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Full text of "Revue britannique, publ. par mm. Saulnier fils et P. Dondey-Dupré"

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REVUE 

BRITANNIQUE, 


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PARIS.  —  IMPRIMERIE  DE  M»»  V»  DOXDEY-DUPRÉ, 

RUE  SAINT-LOUIS,   V^  46,  AU  MARAIS. 


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REVUE 

BRITANNIQUE. 

CHOIX  D'ARTICLES 

TRADUITS  DES  MEILLEURS  ÉCRITS  PÉRIODIQUES 

DE  LA  GRANDE-BRETAGNE. 

SOUSLA    DIRECTION    DE    M.    AM  É  D  É  E  P  I  G  H  O  T. 


CINQUIEME  SERIE. 

TOME   OlfZIÈMS. 


PARIS, 

AU  BUREAU  DE  LA  REVUE,  RUE  DE  LA  VICTOIRE,  6; 

CHEZ  MADAME  V«  DONDEY-DUPRÉ ,  LIBRAIRE,  RUE  DES  PYRAMIDES; 

CHEZ  JULES  RENOUARDy  LIBRAIRE  »  RUE  DE  TOURNOI! ,  6. 

18^2 


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SEPTEMBRE  18^2. 


REVUE 

BRITANNIQUE. 


LIS  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  lÉRIDIONALE  (1). 


SOL.  —  T^fTATIOll.  —  TUIP0L0TSH8.  —  AITliaBS.  —  UMAN.  —  STITOKS.  — 
CLIMAT.— BlTUi.— TEMPÊTE  DE  NEIGE.— PRINTEMPS- "-ÉTÉ  —SÉCHERESSE 
DB  1833.  —  AUTOMNE.  —  RURIAN.  —  WIND-WITCH.  —  DÉFRICHEMENT.  —  LE 
FRC  DANS  LES  STEPPES.  —RÈGNE  ANIMAL.  —LE  S0U8LICK.—  LA  800RIS.  — 
RACE  CANINE.  —  OISEAUX.  —  L'OUTARDB.  —  REPTILES.  —  LA  SAUTERELLE* 

—  TffiABAWNS.  —  CBEVAOX  8AUTAGES.  —  DOMAINES  DES  SElGNSrRS  RUSSES. 

—  VERGERS.  —  LA  VIE  DU  TABUNTSHIK.  —  TABOON.  —  ÉTALONS.  —  BA- 
TAILLES DES  CHETAUX  ET  DES  LOUPS.  —  BÈTES  A  CORNES.  —  COLONIES  AL- 
LEMANDES. —  STEPPES  DU  PONT-EUXIN. 

Les  steppes  de  la  Russie  méridionale  s'étendent  des  fron- 
tières de  la  Hongrie  jusqu'à  celles  de  la  Chine.  Ce  sont  des 
plaines  immenses  et  non  interrompues,  tapissées,  au  printemps 

(1)  Note  du  rédacteur.  Les  diverses  circonstances  de  climat,  de  ter- 
ram  et  de  position  géographique  particulières  aui  provinces  inéridio- 
nales  de  la  Russie,  contribueront  pour  beaucoup  au  futur  développement 
de  ce  vaste  empire.  L'article  suivant  est  riche  de  notions  curieuses  sur 
une  r^oD  généralement  peu  connue.  Ceux  qui  délireraient  plus  de  dé- 
tMls  peuvent  consulter  un  ouvrage  en  deui  volumes  publié  récemment 
(LefpEîg,  1841)  par  un  Allemand,  M.  Von  J,  Kohi,  qui  a  séjourné  plu-» 
sieon  années  dans  les  contrées  qu'il  décrit. 


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6  LES  STEPPES  DE  LA  EUSSIE  MÉEIBIONALE. 

et  en  automne,  d'une  herbe  abondante,  couvertes  en  hiver  de 
neiges  que  le  vent  chasse  et  amoncelé  en  certaines  places , 
et  obscurcies  en  été  par  des  nuages  d'une  poussière  extrê- 
mement fine,  constamment  suspendue  au-dessus  du  sol. 
A  peine  si  les  légères  ondulations  du  terrain  des  steppes  mé- 
ritent le  nom  de  collines.  On  y  rencontre  fréquemment  des 
terriers,  des  éminences artificielles  ou  tumuli^  dont  on. ne  sait 
ni  la  date  ni  Torigine.  Le  caractère  le  plus  remarquable  de 
ces  plaines,  c'est  le  manque  absolu  d'arbres.  Cependant  la 
végétation  est  riche  et  vigoureuse,  l'herbe  y  devient  magni- 
fique. VouBr  pouvez  marcher  devant  vous  en  droite  ligne  pen- 
dant des  centaines  de  lieues  sans  apercevoir  une  touffe  de 
buissons.  Il  existe  quelques  fourrés,  mais  ils  ne  sont  connus 
que  des  chasseurs  tartares.  A  travers  ces  pâturages  que  rien 
ne  limite,  errent  incessamment  d'innombrables -troupeaux. 
Tel  bétail  a  vu  le  jour  au  pied  de  la  grande  muraille  de  la 
Chine,  qui  est  conduit  par  ses  courses  vagabondes  jusqu'aux 
rives  du  Dnieper,  et  vient  figurer  sur  le  marché  d'Odessa. 
Pendant  l'été,  ces  pauvre»  animaux  ont  beaucoup  à  souffirir  de 
la  chaleur  et  de  la  sécheresse,  car  il  n'est  pas  rare  que  chaque 
brio  d^berbe  soit  brûlé  jusqu'à  la  racine.  II  faut  alors  que  les 
bergers  aient  soin  de  s'approvisionner  de  fourrage,  afin  de 
pouvoir  nourrir  leurs  bètes,  en  attendant  le  retour  de  l'au- 
tomne et  les  nouvelles  pousses. 

Partout  où  s'élève  une  rangée  de  montagnes  assez  hautes 
pour  abriter  contre  les  vents  du  nord,  qui  arrivent  des  bords 
de  l'Océan  Arctique,  à  travers  un  pays  plat  et  découvert,  la 
contrée  change  de  caractère.  Dans  la  Ôrimée,  par  exempk  » 
quoique  la  partie  septentrionale  ait  quelque  chose  de  l'ari- 
dité des  steppes,  la  côte  sud,  que  protègent  les  montagnes  du 
centre,  jouit  d'une  température  semblable  à  celle  de  l'Italie. 
On  y  cultive  la  vigne  et  l'olivier  avec  autant  de  succès  qu'en 
Provence.  Ces  montagnes  du  centre  sont  à  la  partie  méridio- 
nale de  la  Crimée  ce  que  lesHimalayas  sontà  l'Inde.  Sicett^ 
vaste  contrée  était  ouverte  au  soufiSe  .puissant  des  vcmts  du* 
nord,  si  la  haute  barrière  qui  la  détod  n'existait  ^s,  elle^ 


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LES  NEP^mS  BE  LA  KV9SIE  MÉUDIONALB.  T 

ne  larderait  point  à  être  conrertie  en  slefipes^  La  bise^aeée, 
pénétrant  dans  l'intérieur  de»  tropiques,  efhoerait  de  la  terre 
ks  pagodes,  et  dessécherait  la  vigoureuse  ▼égétation  dm 
jongles;  les  fécondes  rizières  de  llndoslsA seraient  enyahie» 
par  les  troupeaux  des  Tartares,  et  n'exciteraient  plus  la  cupi- 
dité des  conquérants  étrangersv  • 

La  nature d^slÎAaévidenneat  les steppesde la l^ussiei un 
peuple  pasteur  et  Aemade,  plutôt  qu'à  me  population  d'agri* 
Cttlteurs.  £a  effet,  dans  ces plainetd'ime  monelottie  eingnHère, 
rien  n'attache  Tbommeàtelle  ou  telle  localité.  Cependant  le 
^eweinementruase  parait  s'ètce  imposé  la  t&eke  de  con^i^ir 
les- tribus  nomades  ea  colonies  agricoles  ayant  une  demeure 
fas^  et  la  steppe  elle-ttène  en  terres  de  labour.  On  a  ciienAé 
໫lthrer  des  fiunîUes  allenandes  et  bulgares  en  leuroffirant 
ds  glands  avantages,  dans  l'eapoir  que  leur  exemple  ramè^ 
noEait  les  indigènes  à  des  mœurs  plus  sédentaires.  Cet  essai  a 
rénasi  en  partie,  notmnment  dans  le  voisinage  des  vUles;  mais 
las  fomiUes  ainsi  transplantées  distinguent  bien  vite  quelte 
savte  de  r^aourees  la  nature  du  sk>1  meta  leur  disposition; 
et  é  mesure  que  leurs  moyens  pécuniaires  augmentent,  elles 
ntg^âgenl  la  «uUuie  des  terres  pour  s'occuper  de  l'élève  des 
treupeaus.  C'est  là,  en  effet,  ce  qui  constitue- la  richesse  Téri- 
tahledupays;  c'esfcpsrlè  que.  les  individus  sont  réputés  pau- 
WBs  ou  opulents. 

JKous  avons  dit  que  les  steppes  formaient  une  plaine  im- 
Cette  plaine  est  généralement  très^levèe;  elle  se  ter* 
i  à  la  mer  Noire  par  une  terrasse  taillée  a  pic,  laquelle  n*» 
pas  moins  de  eant  vingtà  cent  quatre-vingts  pieds  angtaia 
aiHdessas  delamer .  Les  rivièfes  dont'Ies  steppeasont  coupées, . 
eliquii deviennent  au  printemps. très-foEtes:ettrè&*rapides  par 
SBÎÉsde  la  fcnte  des  nettes,  les  sillewient  profondément,  et 
comme  elles  changent  fréquemment  de  lit,  elles  laissent  à  sec 
desonavins  qui  «varient  Jiunifarmiié  du  paysage.  Partout  ail- 
kns  eesUgsrs  aemdeolsideterrainseraientooinptéspaorpeu 
deadmae;  imândanB  les^steppcs,  le  moindre  ohangement  qcii 
aCepèceLà:la  aui^SKe  du  sol  estiun  événement  de  grande  impor- 
rîks^dîressesiparties  dm  territoire  prennent  leur  nom 


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8  LES  STEPPES  BE  LA  BUSSIE  MÉRIDIONALE. 

d'après  la  manièFe  dont  l'action  des  eaux  les  divise  entre  elles. 

Dans  les  steppes,  les  eaux  pluviales  s'écoulent  lentement; 
quelquefois  le  sol  demeure  des  semaines  entières  enseveli  sous 
des  mares  et  des  étangs  qui  ont  plusieurs  pouces  de  profon- 
deur. Une  portion  de  cette  eau  est  absorbée  par  la  terre;  le 
reste  filtre  par  des  conduits  secrets  jusqu'aux  fleuves  et  aux 
rivières,  entraînant  dans  son  cours  une  quantité  considérable 
de  limon,  qui  rend  ceux-ci  troubles  et  boueux.  La  plupart  de 
ces  rivières  et  de  ces  fleuves  n'étant  alimentés  que  par  les 
pluies  et  la  fonte  des  neiges ,  demeurent  à  sec  pendant  l'été. 
Chaque  ravin  aboutit  à  une  chute  probablement  formée  dans 
l'origine  par  la  terrasse  qui  borde  la  mer;  mais  à  mesure  que 
l'eau  s'est  frayé  un  lit,  la  chute  a  reculé  d'âge  en  âge  vers 
l'intérieur  des  terres.  En  certains  endroits,  ce  travail  de  l'eau 
est  assez  rapide  pour  que  les  riverains  en  notent  les  progrès. 

Comme  le  niveau  du  sol  est  à  peu  près  le  même  sur  tonte 
l'étendue  des  steppes,  les  ravins  creusés  par  les  pluies  ont 
aussi  une  profondeur  à  peu  près  égale  :  cette  profondeur  est 
rarement  moindre  de  cent  pieds  ;  souvent  elle  dépasse  cent 
cinquante  pieds.  Il  résulte  de  cette  circonstance  et  de  l'escar- 
pement des  deux  côtés,  que  les  vuipolotshs  ou  ravins  opposent 
aux  voyageurs,  aussi  bien  qu'aux  bergers  et  aux  troupeaux, 
un  obstacle  infranchissable.  Pour  les  éviter,  on  fait  au  be- 
soin des  détours  immenses.  L'endroit  où  un  vuipolotsh  com- 
mence est  un  point  où  viennent  toujours  aboutir  plusieurs 
routes  ou  chemins,  ce  qui  lui  assure  une  importance  marquée 
dans  la  contrée  environnante.  Pendant  l'hiver,  le  lit  du  ravin 
est  pour  l'ordinaire  comblé  par  des  amas  de  neige  que  le  vent 
y  a  poussés.  Malheur  aux  voyageurs  égarés  qui  s'approchent 
de  ces  abîmes  I  hommes  et  animaux  y  restent  ensevelis  ;  on  ne 
connaît  leur  sort  que  lorscpie  la  neige  entièrement  fondue 
laisse  leurs  cadavres  à  découvert. 

Ces  détails  ne  s'appliquent  point  aux  principales  rivières,  à 
celles  qui  sont  alimentées  par  des  sources  pendant  toute  l'an- 
née. Les  bords  de  celles-là  sont  moins  escarpés;  mais  quoi- 
qu'ils s'élèvent  plus  graduellement,  ils  sont  aussi  hauts,  c'est- 
à-dire  qu'ils  ont  de  cent  à  cent  cinquante  pieds  au-dessus  du 

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LES  STEPPES  DE  LA  BUSSIE  MÉHIBIONALE.  9 

niveau  de  Tean.  En  général,  le  lit  de  ces  grandes  riTières  est 
extrêmement  large,  et  garni  de  roseaux  qui  ont  six  à  huit  pieds 
de  longueur  :  on  y  trouve  en  quantité  toutes  sortes  d'oiseaux 
aquatiques. 

Si  dans  l'intérieur  des  steppes  l'eflèt  des  pluies  est  si  sen- 
sible, à  l'extérieur  la  mer  n'agit  pas  avec  moins  de  puis- 
sance. Une  particularité  remarquable  de  la  mer  Noire,  c'est 
qu'un  grand  lac  ne  manque  jamais  de  se  creuser  à  côté  de 
rembouchnre  de  chaque  fleuve.  Quelques-uns  de  ces  lacs  sont 
même  entièrement  séparés  de  la  mer.  Onlesdésignesousle  nom 
de  Umai^  D'après  la  supposition  de  M.  Kohi,  ils  se  forme- 
raient par  suite  de  l'action  de  la  mer,  que  la  violence  des  tem- 
pêtes ait  refluer  vers  l'embouchure  des  fleuves,  et  qui  mine 
incessamment  la  haute  terrasse  qui  la  surplombe.  L'absence 
des  tempêtes  produit  l'eflet  contraire.  Les  fleuves,  comme 
nous  l'avons  dit,  charrient  une  quantité  considérable  de  li- 
mon; leurs  eaux  troubles,  repoussées  par  les  vagues,  dépo- 
sent ces  sédiments  sur  le  devant  du  lac  :  c'est  ainsi  qu'une 
langue  de  terre  s'y  élève  graduellement,  et  finit,  à  la  longue^ 
par  protéger  le  liman  contre  les  envahissements  de  la  mer. 
On  donne  à  ce  rempart  naturel  le  nom  deperisnp.  S'il  s'agit 
d'un  fleuve  large  et  profond,  la  perissip  n'est  jamais  complète; 
une  ouverture,  ou  gheerl,  y  subsiste  toujours,  laquelle  établit 
une  communication  entre  la  mer  et  le  liman.  On  conçoit  que 
pendant  l'été  ces  eaux  stagnantes  doivent  répandre  des  exha- 
laisons malignes  :  c'est  un  voisinage  dangereux.  On  cite  un 
village  dont  tous  les  habitants  sont  tombés  malades  de  la  fiè- 
vre dans  l'espace  d'une  seule  nuit,  parce  que  le  vent,  ayant 
diangé  de  direction,  leur  avait  apporté  les  miasmes  d'un  de 
ces  lacs  empoisonnés. 

Quand  on  parcourt  la  surfiace  des  steppes,  on  remarque  que 
le  sol  s'affiiisse  et  se  creuse  en  certains  endroits,  de  manière  à 
fermer  coihmedes  bassins  naturels.  C'est  ce  que  les  indigènes 
appellent  stavokê.  Les  eaux  pluviales  s'y  amassent,  et  quoique 
la  terre  ne  tarde  pas  à  les  absorber,  les  endroits  en  question 
conservent  de  l'humidité,  alors  que  depuis  longtemps  le  reste 


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8  LES  STEPPES  BE  LA  BUSSIE  H^ 

d'après  la  manièFC  dont  Vaclion  des  eai 
Dans  les  steppes,  les  eaux  pluvial  ^ 


quelquefois  le  sol  demeure  des  semr,  4 


des  mares  et  des  étangs  qui  ont 
deur.  Une  portion  de  cette  eau  ^  ^  ^^ 
reste  filtre  par  des  conduits  ?  *^  -^-  ^ 
rivières,  entraînant  dans  sop 
de  limon,  qui  rend  ceux-ci    *^ 
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•*«tTe  :  eit  ^^^ 
.ux.  "  paraît  cjTO 
•  contribuer  à  tetnpé- 
-t  cela  s'explique  par  fe 
r  *e  terrasse  dont  noua  avons 

plus  basses  de  la  colonne  d'air 
.latementsur  la  nappe  d'eau,  de  se 
j8,  et  d'y  porter  la  fraîcheur  on  la  dwK 
.  être  communiquée  :  elle  ne  laisse  passer 
rarement  j  supérieures,  qui  exercent  natupdleu^ot 

cinquar         ,ce.  Un  été  tropical ,  un  hiver  arctique,  tel  est  le 
pemer       ^dinaire  des  steppes.  C'est  seulement  pendant  ua 
aux  '     ^bre  de  jours  de  l'automne  et  du  printemps  qn'ellea 
un    ^„t  de  cette  température  moyenne  qui  d'après  leur  po- 
"        géographique  devrait  constamment  y  régner, 
"^inois  les  phis  rigoureux  de  l'hiver  sont  cenxde  décembre, 
^janvier  et  de  février.  Pendant  toute  cette  périodede  temps, 
]«  nature  entière  est  plongée  dans  un  repos  léthargique,  inteiu 
rMDpu  seulement  par  des  tempêtes  de  neige  :  telle  est  leur 
vMilenee,  quedes  hommes  habitués  aux  convulsions  deFOcéan 
en  sont  effrayés.  Les  Russes  divisent  ces  tempêtes  en  troâ^ 
classes.  Lorsque  la  n^ge  tombe  simplement  des  nuages,.quelle 
qu'en  soit  l'abondance,  ce  n'est  qu'une  mycatyol;  si  le  vent 
sdulèvedans  les  airs  la  neige  qui  couvrait  lesol,  c'est  un  zm-- 
mM:  mais  si  la  tempête  mêlant  la  ne^e  qui  tombe  à  celle  qui 
était  déjà  tombée,  en  fdrme  des  tourbillons  épais  qu'elle 
raule  àteavers  les  airs  de  façon  à  intercepter  la  clarté  du  jour 


l'eau  s'est  frayé  ur 
l'intérieur  des  ter( 
est  assez  rapide  l 

Comme  le  r' 
rétendue  der' 
aussi  une  p 


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\          LES  aat9S  »»  **^/  ^^"woittit.        15 

^  avni^  les  hoio*»**      /'  >  cause  (airf  d»». 

-vjessc  alors  de  cberc»  .,Brojne«re  de  ia 

'.iequelorsque  W  ^    |  ^illusions  d'op- 

tepris  un  pf  ^  ^  |  ■^*«»«»'  «^^ 

Mine,  un  1  Nt»^  gteppM 

-lis  fj  ^  ^t  ceUe 


<MJàî,  o»  T-— ^  nie 

ces  myriades  de  pîJre»»».-.^^ 
.  en  tous  sens.  Mais  pour  admirer  ces-^,. 
.,  il  faut  être  sûr  de  pouvoir  retrouver  son  dû- 
.a«t  n'être  point  préoecopé  d©.l.'idie  du  danger.  Ce 
^erêtréel.  Le  zamet  efface  les  routes  et  le»  sentiers,  corn- 
bteles  ravins  et  change  toUlement  l'aspect  général  du  pays. 
Qné«ré  au  mUieu  des  steppes  et  entraîné  par  le  tonrbfllon, 
«toBune  s'enfonce  dans  un  de  ces  abîmes  cachés  sous  ses 
OM,  sa  mort  est  certaine.  Quant  à  la  viaga,  les  naturels  mè- 
nu  n'osent  point  l'affronter.  Elle  dure  ordinairement  trois 
i-„8,  et  pendant  cet  espace  de  temps  les  courriers  du  gouver- 
îiaUnt  sont  autorisés  à  ne  point  quitter  l'abri  où  Us  ont  pu 

L'wîer,  dansles»teppes,e8tsouyentplu8rigoureux  que  sur 
la  bords  de  la  Baltique.  Ausouffledela  bise  qui  chasse  ineefr 
.«mentde6rosn«agescbar»é8deneiae,lamerNoiresecouvte 
STcroùteépaissedeglace,  et  «^t^e  glace  s'étend  quelque^ 
àmne a.«»  gnindedistance durivage.Pendantrh.verdelSOT 
à-»888,lo  thermomètre  ne  monta  jamais  au  delà  dedix  degrés 
H4»m«ir,et  il  descendit  fréquemmentàtrentedegrés.  On  ««t 

2à^nt.Pétersbourg,  lorsque  le  froid  «t  parvenu  à  cette 
SLité,  ilest  d'usage  de  fermer  les  égliscaetlesthéàtees.  Le. 
rtwes  ont  doncdes  hivers  pamils  à  eeoi  de  la  Rns«o,  m«. 
^ont  pas  les  compensations  que  présente  je  oUmat  delà 
toiesepUtrionale.  En  effet,  dans  le  nord  de  l'Esope,  et 
,dJsimraine,  la  neige  reste  sur  la  terre  penAmtune 


«ode  partie  de  l'hiver.  La  gelée  la  durcit  et  la  r«»d  sol.do, 
ZuniZma  y  glissent  avec  iacilité,et  ee  moyen  detransport, 

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tO  LES  STEPPES  DE  LA  EUSS1E  MÉEIDIONALE. 

de  la  contrée  est  brûlé  par  la  sécheresse  :  aussi,  pendant 
Tété,  la  possession  d*un  stavok  offre-t-elle  des  avantages  pré- 
cieux aux  bergers.  Ceux  qui  en  ont  trouvé  un  le  gardent  nuit 
et  jour,  de  peur  que  des  étrangers  ne  s'en  emparent.  Suivant 
une  croyance  superstitieuse  de  ces  contrées,  les  stavoks  se- 
raient des  trous  pratiqués  par  les  anciens  Mongols  pour  en- 
fouir leurs  tombeaux  dans  le  sein  de  la  terre.  Il  y  a  tout  liea 
de  supposer  que  ces  enfoncements  sont  occasionnés  par  une 
légère  dépression  des  couches  inférieures. 

Le  climat  des  steppes  va  d'un  extrême  à  l'autre  :  en  été^ 
chaleur  accablante;  en  hiver,  froid  rigoureux.  Il  paraît  que 
le  voisinage  de  la  mer  Noire,  qui  devrait  contribuer  à  tempé- 
rer l'atmosphère ,  ne  le  foit  pas  :  et  cela  s'explique  par  la 
hauteur  excessive  de  la  côte.  Cette  terrasse  dont  nous  avons 
parlé  empêche  les  couches  les  plus  basses  de  ia  colonne  d'air, 
cefUes  qui  reposent  immédiatement  sur  la  nappe  d'eau,  de  se 
dissiper  à  travers  le  pays,  et  d'y  porter  la  firafcbeur  ou  la  char 
leur  qui  vient  de  leur  être  communiquée  :  elle  ne  laisse  passer 
que  les  couches  supérieures ,  qui  exercent  natureUemenl 
peu  d'influence.  Un  été  tropical ,  un  hiver  arctique,  tel  est  le 
partage  ordinaire  des  steppes.  C'est  seulement  pendant  un 
petit  nombre  de  jours  de  l'automne  et  du  printemps  qu'elles 
jouissent  de  cette  température  moyenne  qui  d'après  leur  po» 
Bttion  géographique  devrait  constamment  y  régner. 

(Les  mois  les  plus  rigoureux  de  l'hiver  sont  cenxde  décembre, 
de  janvier  et  de  février.  Pendant  toute  cette  période  de  temps, 
la  nature  entière  est  plongée  dans  un  repos  léthargique,  intei^ 
rompu  seulement  par  des  tempêtes  de  neige  :  telle  est  levr 
violence,  quedes  hommes  hatritués  aux  convulsions  derOeéan 
en  sont  ef^ayés.  Les  Russes  divisent  ces  tempêtes  en  trois  * 
classes.  Lorsque  la  neige  tombe  simplement  des  nuages,  quelle 
qn'en  soit  l'abondance ,  ce  n'est  qu'une  wyaihpl  ;  si  le  vent 
saulève  dans  les  airs  la  neige  qui  couvrait  lesol,  c'est  un  sin^ 
mei:  mais  si  la  tempête  mêlant  la  neige  qui  tombe  â  celle  qui 
était  déjà  tombée,  en  forme  des  tourbillons  épais  qu'elle 
ratUe  à  travers  les  airs^de  façon  à  intercepter  ta  clartédu  jour 


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LES  flTSPPIS  DE  L4  JIVSSIE  MÉRIDIONALE.  11 

et  à  aveugler  les  hommes  et  les  animaux,  c'est  une  tinga.  On 
s'empresse  alors  de  chercher  un  abri,  et  le  voyageur  ne  se  re- 
met en  route  que  lorsque  le  ciel  et  la  terre,  qui  semblaient  con-* 
fendus,  ont  repris  un  peu  de  tranquillité.  Contemplé  du 
stairoet  d'une  colline,  un  zamet  oifre  à  l'observateur  un  assez 
beau  spectacle.  Tandis  que  la  tourmente  bouleverse  ainsi  la 
surface  de  la  terre,  il  arrive  souvent  que  le  ciel  est  pur,  que  le 
s^eil  brille  de  tout  son  éclat,  et  que  ses  rayons  colorent  d'une 
manière  fantastique  ces  myriades  de  parodies  de  cristal  que 
l'aquilon  dissipe  en  tous  sens.  Hais  pour  admirer  ces  scènes 
de  la  nature ,  il  faut  être  sûr  de  pouvoir  retrouver  son  che- 
min; il  faut  n'être  point  préoccupé  de  L'idée  du  danger.  Ce 
danger  <»t  réel.  LezaraetefEace  les  routes  et  les  sentiers,  com- 
Ue  les  ravins  et  change  totalement  l'aspect  général  du  pays. 
Qu'égaré  au  milieu  des  steppes  et  entraîné  par  le  tourbillon, 
uft  homme  s'enfonce  dans  un  de  ces  abtmes  cachés  sous  ses 
pas,  sa  mort  est  certaine.  Quant  à  la  vinga,  les  naturels  m6* 
OMS  n'osent  point  l'affronter.  Bile  dure  ordinairement  trois 
jevrs,  et  pendant  cet  espace  de  temps  les  courriers  du  gouver- 
Dament  sont  autorisés  à  ne  point  quitter  l'abri  où  ils  ont  pu 
s^  réfugier. 

•L'hiver,  dans  les  steppes,  est  souvent  plus  rigoureux  que  sur 
les  bords  de  la  Baltique.  Au  souffle  de  la  bise  qui  chasse  inces- 
unraient  de  gros  nuages  chargés  de  neige,  la  mer  Noire  se  couvre 
d-'onecroûte  épaisse  de  glace,  et  cette  glace  s'étend  quelquefois 
ioine  assez  grande  distance  dutivage.  Pendant  l'hiver  del837 
àl838,le  thermomètre  ne  monta  jamais  au  delà  de  dix  degrés 
fiéaumur,  et  il  descendit  fréquemment  à  trente  degrés.  On  sait 
qu'à  Saint-Pétersbourg,  lorsque  le  froid  est  parvenu  à  cette 
ifltensité,  il  est  d'usage  de  fermer  les  églises  et  les  théâtres.  Les 
steppes  ont  donc  des  hivers  pareils  à  ceax  de  la  Russie,  mais 
ettes  n'ont  pas  les  compensations  que  présentele  climat  delà 
Boasie  septentrionale.  En  eflèt,  dans  le  nord  de  l'Europe,  et 
nftme  dans  lUkraine,  la  neige  reste  sur  la  terre  pendant  une 
grvnde  partie  de  rhiver.  La  gelée  la  durcit  et  la  rend  solide; 
l^tralneaux  y  glissent  avec  Cacilité,.et  ce  moyen  detransport» 


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12  LES  STEPPES  DE   LA  RUSSIE  MÉRIDIONALE* 

qu'on  peut  employer  pour  les  fardeaux  les  plus  lourds,  est 
presque  aussi  prompt  qu'un  chemin  de  fer.  C'est  pourquoi  les 
Russes  préfèrent  ordinairement  l'hiver  aux  autres  saisons, 
non  seulement  pour  voyager,  mais  encore  pour  transporteries 
marchandises  d'une  ville  à  une  autre.  Cet  avantage  est  à  peu 
près  inconnu  dans  les  steppes.  Les  tempêtes,  qui  y  sont  très" 
fréquentes,  font  que  les  neiges  sont  comme  mouvantes  et  n'ont 
point  le  temps  de  se  solidifier.  D'ailleurs  nous  avons  dit 
qu'elles  n'ofFraient  point  une  surface  égale  et  continue.  £lles 
sont  semées  par  plaques,  suivant  le  caprice  du  vent  qui  les 
entasse  en  certains  endroits. 

Le  printemps  commence  lorsqu'elles  fondent;  ce  qui  a  lieu 
d'ordinaire  au  mois  d'avril.  Toutefois  le  mois  de  mai  s'écoule 
quelquefois  avant  que  la  masse  d'eau  résultant  de  la  fonte 
soit  absorbée  par  la  terre  ou  se  soit  frayé  une  route  vers  les 
fleuves.  Pendant  ce  temps,  toute  la  surface  de  la  steppe  présente 
comme  une  immense  nappe  de  boue  au  travers  de  laquelle  on 
ne  saurait  s'engager  qu'au  péril  de  la  vie.  Au  fond  de  chaque 
ravin  roule  un  torrent  dont  l'eau  est  la  plus  sale  qu'on  puisse 
imaginer.  C'est  alors  que,  dépouillées  du  manteau  de  neige  qui 
les  couvrait,  les  maisons  laissent  apercevoir  les  dégâts  que 
l'hiver  y  a  produits  ;  mais  ce  passage  d'une  saison  à  une  autre 
ne  se  fait  pas  sans  de  grandes  variations  de  température.  Le 
froid,  qu'on  croyait  parti,  revient  à  plusieurs  reprises  ;  la  neige 
reparaît  ;  la  terre,  qui  commençait  à  s'ouvrir  aux  chaudes  éma- 
nations du  printemps,  se  referme  sous  l'âpre  influence  de  la 
gelée.  II  n'y  a  peut-être  pas  de  région  au  monde  où  l'hiver 
lutte  avec  plus  de  vigueur  et  de  persistance  contre  son  succes- 
seur.. On  peut  dire  qu'il  ne  lâche  pied  que  lorsque  Tété  vient 
au  secours  du  printemps.  Par  exemple ,  un  vent  délicieux  a 
soufflé  du  sud  pendant  quelques  jours;  les  tulipes,  les  crocus, 
les  hyacinthes  se  pressent  d'éclore  ;  la  plaine  commence  à  être 
émaillée  de  fleurs.  Soudain  le  vent  tourne  au  nord-est;  une 
bise  glacée  arrive  en  sifflant  des  monts  Ourals,  flétrit  les  fleurs 
et  la  verdure  nouvelle,  et  change  toute  la  décoration  du  pay- 
sage. Que  le  vent  tourne  encore  une  fois  et  souffle  du  nord- 


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LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MÉKIDIONALE.  13 

ouest  :  il  amène  de  gros  nuages  noirs  tout  chargés  de  pluie, 
qui  versent  des  déluges  d*eau  sur  les  steppes,  depuis  les  monts 
Ourals  jusqu'aux  monts  Carpathes.  Quand  Thiver  a  feit  une 
retraite  définitive,  la  plus  belle  période  de  l'année  commence. 
La  steppe  se  couvre  d'une  végétation  luxuriante  et  charme  les 
yeux  comme  une  oasis  placée  entre  la  sécheresse  dévorante 
de  l'été  et  la  stérilité  désolée  de  la  morte  saison.  La  terre  res- 
semble à  un  vaste  tapis  de  verdure.  Au-dessus  s'étendent  les 
plaines  azurées  du  ciel,  où  l'on  distingue  à  peine  quelques  nua- 
ges. Certes,  le  paysage  est  monotone;  mais  il  contraste  si 
agréablement  avec  les  horreurs  de  l'hiver  qui  vient  de  finir! 
Les  indigènes  se  livrent  à  la  joie;  l'étranger  lui-même  partage 
on  moment  leur  admiration.  Toutefois  il  ne  tarde  pas  à  se 
lasser  de  cette  verdure  uniforme  que  ne  varient  ni  un  seul 
buisson  en  fleurs  ni  le  cours  sinueux  d'un  ruisseau.Point  de  col- 
line qui  borne  et  repose  la  vue  1  point  d'horizons  changeants! 
Un  cavalier  peut  marcher  devant  lui  pendant  des  centaines  de 
milles  sans  rencontrer  aucun  objet  nouveau,  et  presque  sans 
s'apercevoir  qu'il  a  quitté  un  lieu  pour  un  autre.  Ainsi,  de  la 
Hongrie  jusqu'aux  frontières  de  la  Circassie,  on  ne  trouve  pas 
un  bouquet  d'arbres.  Des  monts  Carpathes  jusqu'à  la  capitale 
de  la  Mongolie ,  le  bruit  d'un  ruisseau  coulant  sur  un  lit  de 
cailloux  ne  vient  pas  réjouir  l'oreille.  De  l'herbe,  de  l'herbe, 
et  rien  que  de  l'herbe!  Qu'on  ne  croie  pas  qu'elle  ressemble  à 
ce  gazon  fin  et  velouté  qui  embellit  les  parcs  d'Angleterre.  Les 
brins  en  sont  extrêmement  drus  et  forts;  quant  aux  tulipes 
et  aux  hyacinthes  dont  elle  est  émaillée,  elles  ne  soutiennent 
nullement  la  comparaison  avec  celles  des  fleuristes  hollandais. 
Pendant  le  mois  de  mai,  les  orages^  sont  fréquents.  Mais  un 
orage  au  milieu  des  steppes  n'offre  rien  de  bien  grandiose. 
C'est  un  spectacle  qui  perd  une  partie  de  sa  majesté ,  car  il 
manque  des  rochers  et  des  arbres  pour  refléter  la  pâle  lueur 
des  éclairs;  il  manque  l'écho  des  montagnes  pour  répéter  en 
le  centuplant  le  fracas  retentissant  du  tonnerre.  Néanmoins, 
les  habitants  de  la  steppe  voient  avec  plaisir  ces  convulsions 
atmosphériques,  quisont  toujours  accompagnées  de  pluies  ou 


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ik  LES  STEPFSft  I>E  LA  RUSSIE  MtelMONALE. 

dioodkes  rafrat^lttssanles.  Les  orages  cesseQt  dès  le  mois  de 
jttin.  La  sécheresse  coBimence  déjà  à  se  foire  sentir.  Ce  bmiis 
a'écoule  souvent  sans  qu'une  seule  goutte  de  pluie  désaltère 
le  sol.  Juillet  arrive;  la  terre  desséchée  se  crevasse  en  miHe 
endroits.  De  gros  nuages  passent,  il  est  vrai,  dans  les  airs  an 
dessus  des  steppes;  mais  au  lieu  d'y  verser  leurs  trésors  hu- 
mides, ils  fuient ,  emportés  par  le  vent,  dans  la  direction  dos 
monts  Garpathes  ou  de  la  mer  Noire.  A  cette  ^oque  de  Taa- 
aée,  Tardeur  du  soleil  est  excessive  ;  cependant  les  vapeurs 
pompées  par  ses  rayons  forment  ordinairement  vers  le  milieu 
de  la  journée  des  brouillards  qui  amortissent  un  peu  la  chaleut  ; 
elle  ne  laisse  pas  de  devenir  intolérable,  parce  qu'elle  est  co^ 
tinuelle;  le  temps  ne  fraîchit  jamais,  et  Tabsence  d'arbres  est 
cause  que  l'ombre  est  une  chose  entièrement  inconnue. 

L'été  est  donc  une  saison  de  souffrances  pour  les  êtres 
animés  qui  peuplent  les  steppes.  Excepté  en  quelques  en- 
droits privilégiés,  la  végétation  s'est  entièrement  fanée.  Les 
herbes  ont  jauni  comme  si  la  flamme  avait  passé  dessus.  La 
croûte  du  sol  devient  brune  et  finit  par  noircir  tout  à  fait. 
Hommes  et  bétes  prennent  un  air  chétif  et  hagard.  Les  ânes 
sauvages  et  les  chevaux,  si  farouches  et  si  ingouvernables  au 
mois  de  mai,  n'ont  plus  ni  la  force  ni  la  volonté  de  résister,  et 
quand  arrive  le  mois  d'août  ils  se  traînent  à  peine.  La  peau 
des  malheureux  khakhols  (c'est  ainsi  que  les  Russes  appellent 
les  habitants  des  steppes),  cette  peau  hàlée  se  gerce  sur  leur 
cou,  sur  leur  poitrine  et  sur  leur  visage.  Ils  marchent  en 
chancelant  cqpme  des  hommes  accablés  de  leur  propre  poids. 
Silencieux  et  mélancoliques ,  ils  ont  tout  au  plus  l'énergie 
suffisante  pour  penser.  Les  sources,  les  réservoirs,  les  citernes 
sont  taris.  Les  lacs  et  les  étangs  ne  présentent  plus  que  des 
plaines  de  sable.  Le  prix  de  Teau  augmente  considérablement 
par  suite  de  la  rareté.  Les  sources  en  petit  nombre  qui  en 
fournissent  encore  sont  gardées  nuit  et  jour  par  des  senti- 
nelles, autrement  cette  eau  serait  volée,  et  le  légitime  pro- 
priétaire ne  trouverait  plus  de  quoi  étancher  sa  soif. 
II  périt  à  cette  époque  des  milliers  de  chevaux  et  de  bétes 


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LBS  STBTVK  D£  LA  EUSSIE  MÉRUMOKAtl.  15 

àcornefl.  Tandis  qae  Tescés  de  la  cfaaknr  cause  tant  de  Tft> 
mges,  le  ciel  chargé  de  nuées  qui  semblent,  promettre  de  la 
ploie,  le  sol  calciné,  donnent  lieu  k  d*étranges  illusiei»: d'op- 
tique, et  Ton  croit  voir  de  loin  des  fleuves,  des  étangs,  des 
einx  courantes.  Cette  description  d'un  été  dans  les  steppes 
ne  s'applique  pas  à  toutes  les  années.  Celle  de  18317  et  celle 
de  i888,  par  exemple,  furent  remarquables  par  leur  humi- 
dité; mais,  en  général.  Tété  est  une  saison  terrible  sur  toute 
la  sur&ce  des  steppes  :  souvent  pendant  trois  ou  quatre  âok 
nées  de  suite  les  populations  meurent  de  famine  et  de  soif. 

\oici  la  descriptio»  de  Tété  de  1833  par  un  témoin 
oculaire  : 

«  Las  pluies  cessèrent  dès  le  mois  de  mai.  Pendant  toute  la 
dorée  de  Tété,  les  steppes  n'offrirent  qu'une  plaine  immense 
noircie  par  le  soleil  et  où  l'œil  cherchait  en  vain  un  peu  de 
verdure.  Aucun  souffle  de  vent  ne  se  faisait  sentir.  La  cha- 
leur des  nuits  n'était  pas  moins  étouffante  que  celle  des  jours. 
Quelque  épuisés  que  nous  fussions,  nous  ne  pouvions  goûter 
un  sommeil  réparateur.  Au  moindre  mouvement  des  hommes 
ou  des  animaux,  une  colonne  épaisse  qui  semblait  être  de  la 
fumée  plutôt  que  de  la  poussière  montait  du  sol  dans  les  airsu 
Dn  oiseau,  en  prenant  son  essor,  soulevait  avec  ses  ailes  un 
de  ces  nuages  suffocants.  Les  plantes  les  plus  soigneusemenit 
caltivées  paraissaient  malades  et  languissantes.  Le  blé,  qoi 
d'ordinaire  pousse  avec  une  si  grande  force  de  végétation, 
dressait  à  peine  au-dessus  du  sillon  sa  tige  rouge  et  son  épi 
vide  de  grain.  La  Eskh  et  la  soif  tuaient  tous  les  chevaux;  on 
n'en  sauvait  quelques-uns  qu'en  les  lâchant  au  milieu  des 
champs  de  ïAè  et  en  leur  abandonnant  pour  p&ture  ce  qui 
itait  destiné  à  alimenter  l'homme. 

»  Afin  de  préserver  le  peu  d'eau  que  fournissaient  enco^ 
certains  puits,  on  en  défendait  l'accès  au  moyen  de  chaînes, 
de  barrières,  de  sentinelles,  etc.  :  précaution  inutile  I  Des  mal- 
heureux, réduits  au  désespoir,  surmontaient  tous  ces  obsta- 
cles :  les  barres  étaient  brisées,  les  chaînes  rompues,  les  sen- 
tinelles entraînées  loin  dejeur  poste.  Toutes  les  transactions 


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16  LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MÉRIDIONALE. 

commerciales  demeuraient  suspendues  ;  aucun  négociant  d« 
la  c6te  ne  songeait  à  envoyer  une  caravane  dans  l'intérieur 
des  terres.  C'était  une  circonstance  bien  connue  que  chaque 
goutte  d'eau  devait  être  conquise  les  armes  à  la  main  et  coûtait 
du  sang.  Plusieurs  taboonSf  ou  troupeaux  de  chevaux  sau- 
vages, périrent  ;  ces  pauvres  bétes,  rendues  ingouvernables 
par  l'excès  de  la  souffrance,  se  dispersaient  dans  toutes  les 
directions  afin  de  chercher  de  l'eau.  On  les  rencontrait  çà  et 
là,  tantôt  se  précipitant  au  fond  des  ravins,  tantôt  humant  l'air 
avec  leurs  naseaux  enflammés  et  interrogeant  l'espace,  etc.  )> 

Sous  plusieurs  rapports,  l'été  est  plus  désastreux  dans  les 
steppes  que  dans  le  Sahara  d'Afrique,  ou  dans  les  Uanos  de 
l'Amérique  espagnole.  Dans  aucune  de  ces  deux  régions  l'hu- 
midité ne  disparaît  aussi  complètement  de  la  surface  du  sol. 
Voyez  par  exemple  le  désert  du  Sahara  :  partout  où  il  y  a  une 
source,  ou  une  mare,  ou  une  citerne,  l'endroit  où  ce  trésor 
naturel  est  caché  ae  manque  jamais  de  former  une  oasis  déli- 
cieuse, un  petit  paradis  terrestre  décoré  de  dattiers  et  d'ar- 
brisseaux en  fleurs,  offrant  au  voyageur  épuisé  la  fraîcheur 
bienfaisante  de  son  ombre.  Mais  dans  les  steppes  on  n'aper- 
çoit un  peu  de  verdure  qu'au  bord  des  rivières.  Les  roseaux 
sont  les  seules  plantes  qui  en  ombragent  les  rives.  Le  sein  de 
la  terre  est  partout  fermé,  et  l'insecte,  aussi  malheureux  que 
l'homme,  ne  trouve  pas  même  un  cactus  ou  un  aloès  pour  en 
pomper  le  suc. 

C'est  au  mois  d'août  que  la  sécheresse  atteint  ses  dernières 
limites.  Vers  la  fin  de  ce  mois  les  rosées  de  la  nuit  recom- 
mencent. Les  orages  reviennent,  et  ils  sont  assez  souvent 
suivis  de  pluie.  Ce  nuage  de  poussière  suspendu  au-dessus  delà 
steppe  s'éclaircit,  se  dissipe  et  laisse  voir  l'azur  du  ciel.  C'en 
est  fisiit,  les  dures  épreuves  de  Tété  sont  terminées  :  l'automne 
approche  avec  ses  délices.  La  température  du  mois  de  sep- 
tembre est  des  plus  douces.  Sous  l'influence  des  pluies  et  des 
averses,  la  croûte  poudreuse  du  sol  quitte  la  couleur  noire 
qu'elle  avait  contractée.  La  verdure  reparaît  ;  l'herbe  couvre 
la  plaine.  Les  hommes  et  les  animaux  sont  ravivés. 


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LES  STEFPBS  DE  LA  RUSSIE  MÉRIDIONALE.  17 

Mais  si  la  saison  de  rantomne  est  agréable,  en  revanche  elle 
dore  fort  pen.  Octobre  est  ravant-courear  de  l'hiver.  Il  est 
marqué  par  des  pluies  froides  et  des  brouillards.  Il  ramène 
d'ordinaire  les  zam$t$  et  les  vingoi,  A  la  fin  d'octobre,  l'hiver 
est  déjà  dans  toute  sa  force,  et  les  jours  les  plus  rigoureux  du 
mois  de  janvier  en  Angleterre  seraient  considérés  comme 
des  jours  d'automne  en  comparaison  de  la  température  qui 
règne  à  Odessa  dès  le  mois  de  novembre. 

Un  des  premiers  mots  que  l'étranger  retienne  est  le  mol 
hwrian.  Le  burian  est  en  effet  l'objet  éternel  des  lamentations 
du  fermier,  du  jardinier,  du  pâtre  ;  ce  mot  revient  dans  toutes 
les  malédictions,  dans  toutes  les  plaintes  des  habitants.  L'o- 
reille en  est  aussitAt  frappée,  et  l'on  éprouve  quelque  curiosité 
de  connaître  le  sens  d'une  expression  qui  semble  &ire  le  fond 
de  la  langue.  Après  quelques  informations  on  apprend  que 
chaque  plante,  chaque  espèce  d'herbe  qui  peut  servir  à  la 
p&ture  des  troupeaux  est  désignée  généralement  par  le  mot 
trava^  et  que  toute  plante,  toute  espèce  d'herbe  dont  ils  se 
détournent  avec  dégoût  s'appelle  burian.  La  liste  de  ces  der« 
nières  est  longue,  par  suite  de  la  nature  acre  et  salée  du  sol. 
On  les  rencontre  à  chaque  pas,  elles  désespèrent  le  labou- 
reur et  le  jardinier  ;  le  seul  parti  qu'on  en  tire,  c'est  qu'on  les 
emploie  pour  Cadre  bouillir  le  horsht,  ou  plat  national  des 
Russes.  Le  chardon  occupe  la  première  place  dans  le  burian. 
Nous  ne  nous  figurons  pas  à  quelle  hauteur  pousse  le  chardon 
dans  les  steppes  de  la  Russie  méridionale.  Souvent  il  atteint 
les  dimensions  d'un  arbre  véritable,  et  il  abrite  sous  ses  bran- 
ches  les  huttes  des  Troglodytes  ;  dans  certains  endroits,  les 
chardons  sont  tellement  abondants,  tellement  serrés  les  uns 
contre  les  autres,  qu'ils  forment  comme  un  petit  bois,  au  mi- 
lieu duquel  un  Cosack  monté  sur  son  cheval  peut  se  cacher. 

La  plante  la  plus  mal  fiimée  delà  steppe,  après  le  chardon, 
a  été  nommée  par  les  colons  allemands  mnd^tch  (sorcière 
du  vent).  C'est  une  mauvaise  herbe  qui  épuise  toute  sa  force 
de  végétation  à  pousser  une  foule  de  fibres  et  de  fils,  s'épar- 
pOlant  dans  toutes  les  directions  jusqu'à  ce  qu'ils  présentent 

S*  SÉRIE.  —  TOME  XI.  2 


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19  LES  flSmS  PR  IiA  EUS9IR  iltoUlIOKAU* 

«ne  Ugère  masse  globoUre.  Le  suc  de  cette  heàbe  estd'me 
amertuiM  três-«randa  Mène  dans  le&  étés  les  plusr  IkûIwU» 
hi  animaux  a'abstieiMient.  d'y  ioudif  r«  EUe  a^élèv^  ordinair 
ranflii  A  trais  pied^  de  terre.  Qnand  vieni  TattUnnAe,  la  tige 
sa  fléint  et»  dessèche  p«r  le  haut  Leieete  de  la  plante  est 
enomte  ^^r^^H»^  par  le  premier  souffle  de  vent,  et  la  windr 
witch  est  emportée  à  travers  te  plaine  avec  une  rapidiié  qpie 
le  meilleur  coursier  n'égafanaii  pas.  On  en  veii  quelquefoîa 
des  coataaea  qoi  v^dii^enl,  mentent,  descendent  et  ^entre- 
mêlent les  unes  au  mitres,  aa  gré  du.  tenvbUlon  <pil  lea  a 
anaudiéBs  de  tocca  On  ëirati  de  Juin  ma  lo&oos.  de  chevanx 
sauva^ssL 

Les  Allemands  ne  ptmvaient  pas  inventer  mi  asm  plus  si- 
gnifieafif;.  en  effets  ks  danses  des  vind-witcbs  rappelleni 
celles  des  sorcières  ;  commie  criles^i»  elles  se  poursoîventy 
toinrnent  en  cerele  et  s'enlèvent  dans  les  airs.  D'amtres  fois 
dles  se  véuniaunt  mi  une  masse  compacte  et  forment  comme 
«le  menle  énorme  qui,  chassée  par  le  vent,  roule  sur  elle- 
floÊme  uyea  une  vitesse  prodigieuse.  Chaque  année  la  mer 
fiknro  en  engloutit  des  myriades.  Là  se  termine  leur  course 
démoniaque  ;  mm  £qîs  mouillées  par  les  vagues,  elles  per- 
dent ees  grâces  fantaatkpiea  qui  les  distinguaient  à  terre. 

Il  ne  but  point  onblier^  comme  figurant  en  première  figne 
dans  le  hmiat^  l'absinthe  amère.  Cette  plante  pousse  à  envi- 
son  six  pieds  de  hauteur.  Pendant  tes  grandes  sécheresses  de 
Pété,  les  bétes  i  cornes  ne  dédaignent  pas  de  s'en  noarrir  ; 
mais  alors  le  teit  et  le  beurre  oontraeteni  utt  goût  d'amertume 
bien  prononcé.  Si  par  hnsard  quelques  parcelles  de  cette 
plante  se  mêlent  «s  blé,  le  pain  qui  en  provient  prend  la  sa- 
veur de  l'absinthe. 

Les  herbes  maMsisantea  sont  i  peine  connues  dans  les 
steppes  d'Europe.  Bans  oetien  de  l'Asie,  les  champignons  vé- 
néneux sont  si  communs  et  viennent  en  si  grande  quantité» 
que,  vers  l'autonme,  des  espaces  considérables  de  terrain  en 
sont  couverts.  Ils  sont,  pour  te  plupart,  de  couleur  blanche, 
en  sorte  que  quelquefois,  en  les  voyait  le  matin,  on  croirait 


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qu'il  ea(  tonibé  4e  la  o^g»  pendant  la  mut,  La  chaleur  du 
jour  le»  fui  pérk  d'ordinaire;  mais  rhwmdUé  de  la  J»ujA 
«aoqoe  raremf lU  d'en  pradiûre  mu»  nnoifsoa  oûB^elle, 

Noiui  pourrîoaa  prolonger  cett^reTue  botaoique;  toutafo^ 
le  aonbte  des  diieryea  plan^  qui  croweut  danaTimniema 
étendue  des  steppes  est  beaucoup  plus  UmU4  qu'où  ne  Id 
wppoaei.  iM  eavaate  n'en  eoinpteot  fue  <iiuq  «enta  espèf es 
q«i  appaitie«aenl>au  wA  ^  ^te  ceotrée  ;  cbaoune  da  ces  ea- 
pèces  abonda  et  finponne*  Aîas  l'on  fora  w  trajet  de  pbi^ 
«ienra  miUea  sana  neneo«tser  tvm  wUse  ^oae  «ne  de  l'ab^ 
sintbe,  ou  b^  l'on  tombera  sur  uo  champ  de  tul^ies  on  da 
mignanmltefi  sauvages  cpû  otn^prend^a  des  milliers  d'acref^ 
Beaiarqaoaa  en  passant  que  cette  derniàre  plaAte  ne  poaséid/a 
point  dans  lea  steppes  le  délicieux  parfum  qu'elle  a  dan9  noa 
dimata.  Pins  loin ,  votre  droshky  roulera  pendant  plusieura 
jours  consécutils  sur  une  plaine  unie  qai  n'offre  à  l'œil,  pour 
toute  végétation,  qfue  de  l'herbe  ;  ce  sont  là  des  p&tnrage« 
très-iavorables  à  l'élève  des  okoutona;  ils  y  profitrent  aduH*" 
nblemeaty  et  leur  chair  devient  tellement  savoureuse,  qm 
les  restanraots  les  plus  renoumés  de  Paris  et  les  clubs  lei 
pina  riches  de  JU>nd^es  ne  présentent  rien  de  semblable. 

Un  phénomène  sini^ier  se  produit  dans  les  steppes  lora^' 
que  Vhomroe,  toiqouiis  présomptueux,  entreprend  d'y  porter 
la  charme  :  le  sol  n'est  pas  plus  I6t  euvert  qu'il  y  croit  une 
Ibnle  de  plantes  inutiles  on  nuisibles,  de  celles  qui  compo^ 
sent  le  ^niion.  l<e  fermier  est  obligé  de  défendre  contre  ellea 
son  champ  et  de  les  extirper  avec  soin,  autrement»  adieu  la 
moisson*  Que  si,  Taimée  suivante,  le  même  terrain  demeure 
en  jachère,  le  burùm  s'en  empare,  et  il  le  remplit  de  toutes 
sortes  d'herbes,  de  plantes,  de  résines.  Au  bout  de  qaelquea 
année»,  une  lutte  s'établit  entre  les  jiMiuvaises  herbes  et  le 
gaaoB.  -Chose  étrange  l  c'est  presque  toujours  ce  dernier  qui 
triomphe.  Les  premières  disparaissent  peu  à  peu,  et  il  reste 
un  beau  pâturage  qui  s'améliore  deplui  en  plus,  jusqu'à  œ 
qa'il  atteigne  la  perfiactien,  c'est^^^lire  jusqu'à  ce  que  le  (^ 
rîiw  y  «oit  eeviplètement  ^tonffé*  C'eat  alors  que  9'ôpère  une 


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aO  LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MÉKIDIONALE. 

réaction  :  le  sol  est  envahi  par  une  espèce  de  gazon  dont  les 
brins  sont  gros  et  épais,  et  que  les  botanistes  appellent  stipa 
pinnata.  Cette  herbe  couvre  la  terre  de  ses  tiges,  qui  sont 
dures  et  sèches  comme  du  bois,  et  que  les  troupeaux  ne  peu- 
vent brouter.  A  la  fin,  le  fermier  y  met  le  feu,  et  la  place  se 
trouve  déblayée. 

La  méthode  de  mettre  le  feu  à  la  steppe  pour  améliorer  un 
terrain  devenu  mauvais  est  la  seule  que  pratiquent  les  indi- 
gènes. On  l'emploie  habituellement  au  printemps,  afin  qu'une 
nouvelle  couche  de  gazon  pousse  immédiatement  du  milieu 
des  cendres.  Elle  exige  de  la  part  des  Tartares  de  grandes 
précautions.  Rarement  l'incendie  se  propage  au  delà  des  li- 
mites dans  lesquelles  on  se  proposait  de  l'enfermer.  Quelque- 
fois cependant  le  feu  se  communique  aux  herbes  par  acci- 
dent, ou  par  suite  d'un  acte  de  malveillance.  Alors  l'élément 
terrible  se  déploie  sur  une  étendue  de  plusieurs  centaines  de 
lieues,  ravageant  tout  sur  son  passage,  détruisant  les  planta- 
tions, les  troupeaux,  les  huttes ,  les  maisons ,  et  jusqu'à  des 
villages  entiers.  Ces  incendies  sont  surtout  à  craindre  pen- 
dant l'été,  parce  que  les  plantes  desséchées  s'enflamment 
très-fecilement.  Us  prennent  les  formes  les  plus  diverses  : 
c'est  tantôt  une  mer  qui  roule  devant  elle  avec  une  force  ir- 
résistible ses  vagues  mugissantes;  tantôt  un  tourbillon  qui 
passe  sur  la  surface  de  la  steppe  et  qui  ne  laisse  rien  derrière 
lui  ;  tantôt  un  serpent  qui  trace  à  travers  les  hautes  herbes 
ses  replis  sinueux.  Le  vent  même ,  quand  il  souffle  du  côté 
opposé,  ne  saurait  arrêter  la  marche  du  feu  :  les  flammes  con- 
tinuent d'avancer  sous  le  souffle  de  la  bise,  et  elles  vont 
plus  ou  moins  vite,  selon  la  nature  des  objets  qui  les  alimen- 
tent. Il  arrive  souvent  que  l'incendie  se  trouve  comprimé 
entre  deux  ravins  :  vops  croyez  qu'il  épuisera  sa  rage  dans 
cet  espace  étroit,  et  qu'il  finira  par  s'éteindre;  mais  qu'une 
flammèche  soit  portée  par  le  vent  au  milieu  des  plaines  avoi- 
sinantes,  et  soudain  le  feu  s'emparera  de  ce  nouveau  théâtre, 
et  l'obstacle  qui  l'arrêtait  sera  franchi.  Une  route  bien  frayée, 
un  ravin,  un  terrain  creux,  où  un  reste  d'humidité  a  conservé 


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LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MiRIDIONALE.  Si 

nn  peu  de  verdure ,  sont  autant  de  points  dont  on  peut  pro- 
fiter pour  s'opposer  aux  progrès  de  Vêlement  vainqueur. 
C'est  là  que  les  bergers  viennent  se  poster  :  ils  pratiquent  des 
tranchées  à  la  hâte ,  ils  sont  attentifs  à  étouffer  toutes  les 
flammèches  qui  tombent  autour  d'eux ,  et  quelquefois  leurs 
eflbrts  ne  sont  pas  infructueux;  souvent  aussi  ils  échouent 
dans  leur  tentative.  Les  laboureurs  contemplent  avec  déses- 
poir leurs  champs,  qui  deviennent  successiv^nent  la  proie  du 
feu;  leurs  habitations,  qui  sont  réduites  en  cendres,  et  leurs 
troupeaux  qui,  courant  à  travers  la  plaine,  sont  bientôt  saisis 
par  un  tourbillon  de  fumée  et  asphyxiés. 

Rien  de  plus  capricieux  que  la  marche  de  ces  incendies  : 
ils  laissent  parfois  un  ^pace  considérable  de  pays  sans  y 
toucher;  ils  sautent,  pour  ainsi  dire ,  par-dessus ,  et  portent 
plus  loin  leurs  ravages.  Déjà  le  fermier  dont  les  champs  et 
les  troupeaux  ont  été  épargnés  si  miraculeusement,  se  félicite 
d'avoir  échappé  au  péril;  mais  voilà  que  l'ennemi  revient 
brusquement  sur  ses  pas  :  son  attaque,  pour  avoir  été  tardive, 
n'en  est  que  plus  violente,  et  la  proie  qu'il  avait  négligée ,  il 
la  dévore  entièrement. 

Une  consolation ,  un  léger  dédommagement  reste  au  mal- 
heureux fermier  :  les  cendres  qui  résultent  de  la  conflagra- 
tion des  herbes  forment  un  excellent  engrais,  et  la  moisson 
qui  succède  répare  invariablement  la  perte  de  la  moisson 
précédente.  L'avantage  est  si  grand ,  que  plusieurs  proprié- 
taires mettent  le  feu  à  leurs  champs  toutes  les  quatre  ou  cinq 
années;  mais  alors,  comme  nous  l'avons  dit,  on  emploie 
toutes  les  mesures  de  précaution  nécessaires,  et  on  cerne  le 
feu  par  des  tranchées,  de  manière  à  ce  qu'il  ne  puisse  se  pro- 
pager au  delà  de  l'espace  qu'on  lui  a  assigné. 

On  fidt  aussi  usage  de  ce  moyen  pour  détruire  les  forêts  de 
roseaux  qui  croissent  sur  les  bords  des  rivières  des  steppes  ; 
mais  cela  est  si  dangereux  que  la  loi  le  défend  et  prononce 
contre  les  coupables  la  peine  du  bannissement  en  Sibérie. 
Malgré  cette  sévérité  des  ordonnances,  la  plupart  des  forêts 
en  question  sont  brûlées  chaque  année  au  printemps.  Le 


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il  tÈà  mÉPPÈÊ  tn  tA  «UêftB  tf«1lfOl0]fALfe. 

IHYiêpm'  et  le  Dniester,  d<mt  ïes  rhré§  «i  sont  oonvertës,  ap* 
pfifftiMetit  cMime  des  rivières  de  fai,  et  les  flanimes  qpae  i^ 
llètent  les  eatttc  présetitent  tm  spectacle  vraiment  magnifique. 
Deux  raisons  décident  les  Mforels  à  braver  le  ckàtiment  cJkMil 
Us  sont  menacés  :  la  première,  c'est  que  les  roseau  servent 
tfe  repafre  k  tin^  mûMfttde  de  loéps  que  Kincendie  liiit  sortir 
lie  Icar  cachette  et  qne  l'on  tac  ;  la  seconde,  c'est  q«i'oii  es^ 
père,  ett  t^rfilani  les  anciéiffies  poasses  »  obienfir  des  pOiiMes 
notfvdRes  plus  abovtctantes.  Il  nefant  pas  o^bKer  q«e  e^â  VO'- 
seaM  sont  d'ofte  très-^nde  miHté  dans  les  steppes  t  ^  Jttp'' 
pléent  à  l'absence  de  la  pierre  et  du  bois  4e  diarpente,  et 
f  h  fonmfissent  la  mfttière  principale  pour  la  constm^tMm  des 
IbSFisons. 

Le  t^^tie  «Mimai  n'est  pas  pfos  varié  que  cel«i  des  végè^ 
taux;  Tnn  et  l'autre  sont  pauvres,  malgré  le  nombre  des  êtres 
Mimés  (font  la  steppe  est  penplèe.  La  monotonie  est  en  tontes 
tjhoses  le  trait  dislinctif  de  cette  contrée  ;  mais  si  les  espèces 
j  sont  peu  diversifiées,  elles  multiplient  d'une  manière  éton- 
Mante.  Les  aigles,  les  vautours,  les  faucons  «t  autres  oiseaux 
que  partout  ailleurs  on  ne  voit  guère  qu'isolés ,  se  montrent 
ici  par  troupes.  Les  bords  des  rivières  et  les  endroits  cou- 
verts de  roseauic  abondent  en  canards,  «n  oies,  en  pélicans  ; 
une  multitude  de  lièvres  très-petits  pullulent  dans  les  herbes. 
Les  alouettes,  les  pigeons,  les  grives,  les  merles,  les  pluviers 
sont  très-communs  ;  il  en  est  de  même  des  papillons  et  au- 
tres insectes.  Parmi  eut  figure  en  première  ligne  la  saute^ 
relie,  dont  nons  aurons  &  parler  plus  tard.  Les  steppes  ne 
tomptent  que  peu  d'espèces  qui  leur  appartiennent  exchis{-»> 
rement.  Quoique  la  plupart  d'entre  elles  se  trouvent  aussi 
dans  d'autres  contrées ,  elles  y  diffèrent  de  mcfeurs,  d'habitu^ 
des,  d'instincts.  On  peut  dire  que  ta  nature  toute  pariicuKère 
du  climat  des  steppes  modifie  celle  des  animaux  qu4  y  vivent* 

Dès  que  vous  aveSK  trsfversé  le  Dnieper,  à  Kremenlspng, 
vous  remar(|ue2  un  petit  àwimal  qui  se  glisse  partout  dang 
les  herbes ,  et  qui  s'approche  même  dès  grandes  rotftes  :  ièa 
Russes  rappellevit  êomUh ,  lus  colons  allemands  Uèrre  à  ter* 


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IM  msrPM  M  -Là.  ftUMB  UtÊitOUmAtM  tt 

rier,  et  le»  éradiU  ttffiUtu  tmlgmiê.  Ceit  tiM  gMK^ieasé  pe» 
tite  créature  paitîoillièreMiKteppeB^  4|i]i  fiait  le»  ^y»  boisés^ 
et  i|«'-mi  ràk  Tsrettetti  étans  fc  ▼•bims»  d'ne  irai»  de 
Le  lUmeàieivier  est  exttèDBPcnMOit  kimA  4e  ce» 
I  b«lbM»e»  <qf»iJahioiiritoMdiw.ct«e«Mil»ée.  il  «ntt^ 
pue  tMancoop.  9»  VMme  et  4^upeot,  <1  ptplîoipe  de  U^ 
iWM>tle«tKle1t4o»iMil;iIatt|ilii»  fieUt^ela  lyrenlèie, 
et  îl  diMm  da  eeoeiid  per  la  «Dokw  'de  son  petage«i  1» 
longaeiir  wotii»  Mflwidéfable  de  la  qoeoe.  H  se  oreaee  uit 
terrier  o4  il  mm»»»  de»  pfOf ineas  pour  rhmr.  <:e  lerrier  « 
locÔ^w»  den  ewerturee^  «8»i  e8l41  fiidle  d!expulBer  le 
eowKk  de  »a  retraite  en  y  iin»ant  eatrer  de  l'eao  par  «le 
de»  fisoe».  Ge»  iMiiaMK  «fit  poor  t'en  anMsremoD  décidée. 
On  a  remarqoé  ipie  dan»  le»  saison»  himidea  ih  dimiiiMiit 
de  noubre,  «tipi'iU  araltiplient  peodigiaiBaiiant  pefidaait  le» 
8eRiero9B^w« 

Leur  gentinesM  et  lear  caractère  foMtre  tomi  qiiVm  a  do 
plaisir  à  le»  observer.  On  en  raaeotttne  i  chaque  pas.  Tandis- 
qae  le»  hd»  se  jooeat  an  miliea  de»  herbes,  les  antres  plus 
tinides  ee  tiennent  accroupis  devant  l'entrée  de  leors  terrien^ 
iln  de  aoïveifler  l'approcbe  de  l'ennefeBiL  Apercoivent-lls  wt 
hemne  on  qnelqae  olo^  dont  il»  croient  devoir  se  défier,  ans- 
»IIAl  ilsse  dreseettt  sur  lears  jandie»  de  derrière,  tels  qnede» 
kangnroos  en  minfature,  et  ils  élèvent  »i  haut  leur»  petite» 
tttes,  qn'on  dirait  qu'ils  peuvent  s'allonger  comme  des  télés- 
eepes.  Le»  femmes  emploient  la  fourrure  du  sousUk  pour 
kovder  leurs  habillement».  On  voit  souvent  des  manteaux  et 
de»  robe»  qui  sont  laits  de  oette  matière,  et  qu'on  vend  à  fai 
Mre  de  htÂffiiç  sous  le  nom  de  êiÊêmIehm.  De  tous  lee  qna- 
àrupède»  de»  steppes,  eela&^i  e»t  de  beaucoup  le  phi»  ré* 
panda.  Le»  chiens  saumges  s'en  nnemBsent  principalemelit^ 
les  hMip»,  le»  TCimrd»,  te»  hneon»,  les  aigles  kû  donnent  oon^ 
Mnonent  la  ohasse. 

Apffè»  loi  vient  la  eouris,  qui  infeste  les  greniers  et  lesmia- 
psins.  Poor  «e  débarrasser  de  cet  hèle  inconunode,  les  fer* 
mieresoot  «qpMlquefeis  eUigés-d»  mettre  le  feu  à  des  «as  4e 


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ik  LES  STEPPES  DE  LA  BUSSIE  MBBIBIOHALE. 

blé.  Contrairement  aux  mœurs  du  souslik,  c*est  pendant  la 
saison  humide  que  la  souris  multiplie  le  plus. 

Le  loup  des  steppes  est  plus  petit  que  celui  des  forêts,  et 
se  distingue  en  outre  de  ceux  des  autres  pays  par  ses  habi- 
tudes souterraines.  Partout  aOleurs  le  loup  se  retire  dans  des 
cavernes  naturelles  ou  dans  des  fourrés  épais  ;  ici  il  se  creuse 
des  terriers  de  la  même  manière  que  les  lapins,  et  il  n'est  pas 
rare  de  trouver  une  portée  de  ces  animaux  à  plusieurs  pieds 
de  profondeur  au-dessous  du  sol.  Ils  ne  se  montrent  guère 
aux  environs  d'Odessa  et  des  autres  grandes  vOles  ;  mais  nulle 
part  ils  ne  sont  plus  communs  que  dans  les  parties  boisées 
des  steppes.  C'est  de  là  qu'ils  partent  en  bandes  nombreuses 
pour  attaquer  les  troupeaux  qui  paissent  dans  la  plaine.  Aussi 
chaque  ferme  est-elle  entourée  de  haies  ;  ces  haies  n'ont  pas 
moins  de  douze  à  quatorze  pieds  de  haut,  pour  servir  de  re- 
tranchement contre  les  invasions  continuelles  de  ces  pillards. 
Us  font  une  rude  guerre  aux  chevaux,  aux  moutons,  aux  bétes 
à  cornes;  quelquefois  même  ils  ravissent  des  enfants. 

Les  chiens  sont  de  l'espèce  la  plus  vulgaire,  tant  pour  la 
forme  que  pour  le  fond.  Très-hauts  sur  pattes  et  très-velus, 
avec  leur  longue  queue  et  leur  museau  effilé,  ils  ressemblent 
à  des  loups  plutôt  qu'à  des  chiens.  Leur  couleur  est  généra- 
lement d'un  gris  sale.  Quoiqu'ils  ne  soient  l'objet  d'aucun 
soin  de  la  part  des  Russes  méridionaux,  ils  se  sont  multipliés 
d'une  manière  incroyable,  et  Ton  n'en  compte  pas  moins 
que  dans  la  Turquie.  Pourtant  les  Russes  du  midi  ne  souffirent 
jamais  un  chien  dans  leur  demeure;  jamais  ils  n'admettent 
cet  animal  à  ce  degré  de  familiarité  dont  il  jouit  chez  nous, 
et  dont  jouissent  les  chats  et  les  coqs  dans  toute  l'étendue 
des  steppes;  mais  comme  ces  chiens  écartent  les  loups,  on 
en  laisse  l'espèce  se  propager  à  l'infini.  Les  habitations  sont 
protégées  la  nuit  et  le  jour  par  des  meutes  nombreuses  de  ces 
animaux.  On  ne  s'occupe  nullement  de  les  nourrir;  ils  vivent 
comme  ils  peuvent.  Au  printemps,  cette  saison  de  l'abon- 
dance, et  lorsque  les  chevaux  et  le  bétail  errent  en  liberté  à 
travers  les  steppes,  les  chiens  s'éloignent  des  habitations,  et 


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tJSS  STEPPES  BS  LA  EUSSIB  HBEIDIONALB.  SK 

deviennent  presque  aussi  sauvages  que  les  loups  eux-mêmes. 
Les  fringoi  de  Thiver  les  forcent  de  se  rapprocher  des  fermes 
et  des  villages.  Pendant  Tété  ils  subsistent  du  produit  de  leur 
diasse.  Ils  font  leur  proie  des  rats,  des  souris,  des  soosliks, 
des  œufs  d'oiseaux  et  des  jeunes  couvées  ;  mais  quand  vient 
la  mauvaise  saison,  ils  souffirent  cruellement  du  froid  et  de  la 
fidm.  On  les  voit  parcourir  les  steppes  par  troupes  de  douze 
à  quinze,  cherchant  au  milieu  des  neiges  ou  dans  la  profon- 
deur des  ravins  quelque  corps  mort  à  dépecer. 

Bien  qu'ils  ne  soient  pas  inutiles,  ils  donnent  lieu  à  des 
plaintes  continuelles  de  la  part  des  habitants,  surtout  de  ceux 
qm  se  livrent  au  jardinage.  En  effet,  les  chiens  des  steppes 
sont  très-friands  de  fruits.  S'ils  pénètrent  dans  une  vigne,  ils 
dévorent  les  raisins.  Ils  grimpent  même  sur  les  poiriers  et  les 
pruniers  pour  les  dépouiller.  Plus  ils  sont  repus  d'une  autre 
nourriture,  plus  ils  sont  avides  de  celle-ci  :  on  dirait  que  le 
fruit  les  désaltère  et  rafraîchit  leur  sang. 

De  même  que  les  loups,  ces  chiens  se  creusent  des  terriers 
spacieux  où  ils  cherchent  un  abri  contre  les  chaleurs  de  Tété 
et  le  froid  de  l'hiver.  Par  suite  de  l'état  à  moitié  sauvage 
dans  lequel  ils  vivent,  on  prétend  que  le  croisement  des  deux 
races  est  un  fait  fréquent.  On  débite  là-dessus  en  Ukraine 
plusieurs  histoires  plus  ou  moins  vraisemblables  dont  quel- 
ques-unes sont  accréditées  dans  notre  Europe  occidentale. 
Par  exemple,  la  louve  mènerait  boire  sa  portée,  et  tuerait 
ceux  de  ses  petits  qu'elle  verrait  laper  l'eau  à  la  manière  des 
chiens  ;  d'autres  fois  elle  accepterait  un  chien  pour  mari  et 
pour  compagnon,  puis,  au  bout  de  deux  ou  trois  mois  d'exis- 
tence commune,  saisie  d'un  remords  subit,  elle  se  séparerais 
de  lui,  et  laisserait  à  sa  charge  les  petits  qu'elle  en  aurait  eus  ; 
le  pauvre  père,  ainsi  abandonné,  les  conduirait,  au  retour 
de  l'hiver,  à  la  cabane  de  son  maître  ;  là  ces  fruits  d'une  union 
adultère  ne  manqueraient  pas  d'être  reconnus  à  leur  poil  fauve, 
à  leurs  oreilles  pointues,  à  leur  façon  toute  particulière  de 
mordre,  et  à  leur  goût  instinctif  pour  la  chair  de  mouton. 
On  prétend  encore  qu'ils  chassent  le  loup  avec  plus  d'ardeur 


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^e  leB  chiens  ordinaires.  Jennes,  on  tes  tient  enchaînés; 
vieux,  rni  les  met  à  mort,  et  lear  fearrare  est  presque  aaasi 
estimée  cpie  «elle  des  loops  véritables. 

VanMi  les  oiseaux,  celui  dont  l'espèce  est  la  pks  répandue 
^t  Vottlarde,  ou  irakhna,  comme  t'appeltent  les  Russes.  A 
l'approche  de  Tbiver,  les  outardes  émigrent  de  la  ^lasie  sep- 
tentrionale vers  des  climats  pins  doux;  mais  aux  etrvirons 
d^Odessa,  et  àfembouchure  du  Dnieper  et  du  Dniester,  eUeu 
restent  toute  Tannée.  Elles  vont  communément  par  troupes 
de  douze  à  vingt.  A  mesure  que  l'hiver  s'avance,  ccr  nombre 
devient  plus  eansidérabfe;  il  monté  quelquefois  de  qualtiM- 
^ittgts  à  cenft.  Ce  n'est  point  que  l'oiseau  soit  alors  plus  m^ 
«laMe^;  c'est  que  les  endroits  oà  il  trouve  sa  subsistance  sont 
pks  Hmttès.  Effrayée  par  la  présence  d'un  ennemi  réel  ou 
supposé,  une  de  ces  troupes  prend-^lle  brusqu^nent  son  vol, 
thacun  des  individus  qui  la  composent  fuift  dans  une  direo* 
tion  particulière  et  régale  son  nid.  Vers  le  mois  de  juin  ou 
de  juillet,  on  voit  les  outardes  pattre  avec  leurs  petits;  dans 
ces  occasions,  le  m&le  veille  soigneusement  à  la  sûreté  de  sa 
femelle  et  de  sa  jeune  famille.  Au  moindre  signe  de  danger,  il 
donne  l'alarme.  Sa  vigilance  est  (elle,  qu'il  est  fort  difficile 
de  s'en  approcher  assez  près  pour  les  tuer.  Les  Itussesoroîenf 
que  l'outarde  connaît  exactement  la  portée  d'un  fusil.  Les 
Gosacks,  qui  sont  les  meilleurs  chasseurs  des  steppes,  luttent 
de  ruse  avec  cet  oiseau  :  tantôt  ils  se  glissent  en  rampant  à 
travers  les  herbes  et  parviennent  jusqu'à  hii  sans  être  apei^ 
çus  ;  tantôt  ils  trompent  le  mâle  en  imitant  le  cri  de  h.  femelle 
au  moyen  d^un  petit  sifflet  foit  avec  un  os  de  bœuf.  Cette  imi- 
tation est  d'une  vérité  étonnante.  Mais  la  manière  hi  plus  t^ 
tmrquaM^  de  chasser  les  outardes  se  pratique  en  hiver  :  cette 
saison  venue,  elles  cherchent  un  abri  sous  des  chardons  et 
autres  grandes  herbes  ;  le  froid  redcwble  de  violence,  la  glace 
s'attache  i  leurs  ailes;  elles  ne  peuvent  ph»  futr,  et  elles 
eifirent  une  proie  fecile  afux  renards,  aux  loups  et  suftovt  k 
l'homme.  Montés  sur  leurs  chevaux,  les  Cosacks  les  pour- 
suivant et  les  tuent  à  coups  de  fouet.  Un  chasseur  babile 


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as  «fftm»  Dl  CA  HOSBIt  MÉSmiOirALE.  tS 

peftt  êii  illripèr  mi  ^and  nombre  dan  «ne  jooniée*  On 
elle  d«is  les  eteppes  des  habitaiits  <pii  se  sMit  scquh  «itie  pe^ 
file  (brtmie  par  quekpies  chasses  heureuse»;  un,  entre  «ak*e9, 
qui  dans  mie  seule  matinée  tua  cent  cinqoante  outardes  avec 
ie«i  ffonei/  H  les  vendit  à  Odessa,  et  eUes  lai  rapportèrent 
quatre  eent  einqnante  roubles.  Vers  le  nord,  ehaôin  de  cas 
oiseaux  se  rend  souvent  de  dUc  i  qirinae  rmbtos. 

Les  aigles,  les  vautours  et  autres  oiseaux  de  proie  ont  leu- 
fMtt  été  trèfr-ri)ondaat8  sur  toute  l'étendae  des  steppes  ; 
mab  dans  ces  d^nières  années,  une  oertaine^portiett  de  terre 
ayant  été  défrichée,  une  foule  d'oiseau  granivores,  Jiis(tue4Br 
inconnus,  j  sont  arrivés,  et  d'autres  espèces,  qa\  auparimana 
èùàBûi  assex  rares,  se  sont  nraltipliées  d'une  manière  surpre^ 
ttâste.  Le  seul  oiseau  chanteur  qu'on ytrouve,  c'est  l'alouette. 
Cependant  le  rossignol  se  lait  quelquefois  entendre  dans  les 
jardins  qui  entourent  la  vitle  d'Odessa. 

Malgré  fat  sécheresse  du  sd ,  les  steppes  sdht  infestées  de 
reptâes,  de  grenouilles  et  de  crapauds  :  ces  derniers  surtout 
96  TencontrtBt  à  chuque  pas;  et  quand  il  est  tombé  un  peu 
de  ploie,  il  ^t  difficile  de  mafrcher  sans  en  écraser  plusieurs. 
¥n  phénomène  etfrèinemeiit  eurieut  a  Heu  pendant  les  mois 
<rété  :  M.  Sohl  n'en  a  jamais  été  témein,  mais  il  l'a  entendu 
dèorire  tsnt  de  feis,  non*-si^lement  par  les  indigènes,  mats 
aussi  par  les  colons  allemands,  qu'on  ne  saurait  guère  s'em^ 
pêcher  d'y  ajouter  foi.  Ce  phénomène  dans  la  langue  du  pays 
est  appelé  apparition  de  crapwiis,  Yeici  ce  qu'en  dit  notre 
auteur  : 

«  Tout  lé  monde  rapporte  qae  suivent,  au  mois  de  juin  o» 
de  juillet,  quelquefois  même  au  mois  d'août,  après  une  forte 
ondée,  la  terre  se  couvre  soudarinement  d'une  myriade  de 
^•tits  crapauds,  qui  viennent  on  ne  sait  d^oA,  et  disparais- 
sent cemme  ils  sont  venus.  Il  feut  que  cette  ondée  tombe 
pnr  grosses  gouttes ,  et  soit  accompagnée  des  i^ons  du  so- 
leil. Une  pluie  qui  dure  longtemps  n'amène  jamais  de  cra- 
pnds.  Le  nonAre  des  reptfles  qu'on  voit  dafrs  ces  occasions 
eut  fcbnleux  :  ce  sont  des  millions  de  militons.:  en  dirait  unre 


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28  LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MÉRIDIONALE. 

armée  de  sauterelles.  Marcher  au  travers  de  ces  reptiles,  qui 
grouillent  de  toutes  parts,  est  la  chose  du  monde  la  plus  re- 
butante ;  à  chaque  pas ,  on  en  écrase  cinquante  à  soixante  : 
cela  foit  soulever  le  cœur.  Qu'on  se  figure  un  indigène  cou- 
rant pieds  nus  sur  ces  masses  animées  dont  le  sol  est  jonchél 
Les  roues  des  voitures  les  éventrent,  les  coupent  en  morceaux, 
et  roulent  toutes  dégouttantes  de  sang. 

ce  Ces  reptiles  sont  de  la  dimension  la  plus  exiguë  ;  à  peine 
égalent-ils  en  grosseur  les  petits  crapauds  qui  naissent  au 
printemps;  mais  ils  sont  beaucoup  plus  vifis  et  plus  alertes. 
Quelque  nombreux  qu'ils  soient,  aussitôt  la  pluie  tombée,  ils 
ne  tardent  pas  A  disparaître  ,*  et  dès  le  lendemain  on  n'en 
voit  plus  aucune  trace.  On  ne  remarque  pas  qu'il  y  en  ait  en 
plus  grande  quantité  dans  les  rivières  et  dans  les  étangs  : 
on  croirait  que  la  terre ,  qui  les  produit  brusquement  à 
sa  surface,  les  absorbe  de  la  même  manière.  Que  si  vous 
interrogez  les  naturels  du  pays  sur  la  cause  de  ce  phénomène, 
les  Russes  secoueront  leurs  épaules,  et  vous  répondront  : 
Bog  snayet  (Dieu  le  sait) ,  tandis  que  les  Grecs  vous  adresse- 
ront sans  doute  au  diable  en  personne  pour  pénétrer  ce  mys- 
tère. Un  Allemand  très-intelligent,  que  je  questionnais  sur  ce 
sujet,  m'avoua  qu'il  n'y  comprenait  rien.  Je  pense,  me  dit-il, 
que  ces  myriades  de  crapauds  viennent  et  s'en  vont  avec  la 
pluie;  mais  comment  cela  se  fait-il?  c'est  ce  que  je  ne  saurais 
expliquer.  » 

On  rencontre  aussi  beaucoup  de  lézards  dans  les  steppes. 
Quelques-uns  n'ont  pas  moins  de  dix-huit  pouces  de  lon- 
gueur :  ils  sont  un  objet  d'efFroi  pour  les  Cosacks;  mais  les 
Cosacks  ont  peur  de  tout  animal  qui  diffère  dans  sa  forme  de 
leur  cheval,  de  leur  bœuf  et  de  leur  chien. 

De  tous  ces  reptiles,  les  serpents  sont  encore  ceux  qui  sont 
le  plus  répandus.  Ils  abondent  un  peu  moins  dans  les  parties 
de  la  contrée  qui  sont  bien  peuplées,  particulièrement  dans 
celles  qu'habitent  des  colons  allemands;  car,  en  général,  les 
Russes  méridionaux  craignent  trop  les  serpents  pour  les  tuer, 
alors  même  que  ceux-ci  viennent  se  loger  sous  leur  toit.  «  Ne 


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LSS  ST£FPES  DE  LA  RUSSIE  MÉRIDIONALE.  29 

faites  pas  de  mal  à  un  serpent,  disent  les  Rosses,  et  il  ne  vous 
en  fera  pas.  Mais  si  vous  le  Uxez ,  vous  serez  en  butte  aux 
poursuites  de  toute  sa  race.  »  Ils  sont  persuadés  qu'il  existe 
entre  ces  reptiles  une  sorte  de  corporation,  et  que  les  parents  de 
ceux  qui  ont  péri  ne  négligent  rien  pour  venger  leur  mort. 
Ils  fondent  cette  croyance  sur  le  vingt-huitième  chapitre  des 
Actes  des  Apôtres,  où  il  est  dit  :  «  Et  lorsque  Paul  eut  ramassé 
une  poignée  de  branches,  et  qu'il  les  eut  placées  sur  le  feu, 
fl  en  sortit  une  vipère  qui  s'entortilla  autour  de  son  bras.  Ce 
que  voyant  les  barbares,  ils  murmuraient  entre  eux  :  Certai* 
nement  cet  homme  est  un  meurtrier  ;  et  quoiqu'il  ait  échappé 
aux  périls  de  la  mer,  la  vengeance  qui  le  poursuivait  vient  de 
l'atteindre.  » 

Par  l'expression  de  meurtrier,  qu'offre  le  texte,  ils  entendent 
meurtrier  d'un  serpent;  de  même,  ce  mot  vengeance  signifie 
pour  eux  vengeance  d'un  serpent  sur  l'homme  qui  a  tué  quel- 
que reptile.  Dans  leurs  idées,  les  serpents  sont  chargés  de  punir 
les  meurtriers  en  général,  et  particulièrement  les  meurtriers 
les  plus  coupables,  c'est-à-dire  ceux  qui  ont  tué  des  serpents. 
Le  reptile  le  plus  gros  des  steppes  est  le  eoluber  tndfalis  : 
on  prétend  qu'on  en  a  vu  qui  avaient  dix-huit  pieds  de  long. 
Ceux  qui  n'ont  que  cinq  à  six  pieds  sont  très-communs.  Il  y 
a  parmi  les  Cosacks  une  foule  de  légendes  où  il  est  question 
de  serpents  monstrueux,  qui,  à  une  époque  peu  éloignée,  in- 
festaient les  rives  pleines  de  hautes  herbes  du  Dniester. 
Ils  en  sortaient  pour  s'élancer  sur  les  hommes  et  sur  le 
bétail,  qu'ils  étouflfaient  ou  tuaient  avec  leurs  dards.  Quel- 
quefois ils  donnaient  la  chasse  à  un  cavalier  et  à  sa  monture  : 
le  cheval  le  plus  agile  ne  pouvait  pas  échapper  à  leur  pour- 
suite. Ces  exagérations  fabuleuses  n'étaient  pas  bien  néces- 
saires; la  simple  vérité  est  déjà  par  elle-même  assez  frappante  : 
qu'on  en  juge  par  cette  anecdote,  qu'un  vieux  colon  a  racon- 
tée à  H.  Kobl  : 

a  Nous  étions  un  jour  quatre  jeunes  gens  qui  nous  amu- 
sions à  nous  baigner.  Au  moment  de  reprendre  nos  habits, 
nous  aperçûmes,  parmi  des  pierres  et  non  loin  de  nous,  un 


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80  IX»  STËPVBS  P«  LA  RU^StB  MUUUÛdilAU. 

serpent  toorme  :  aociw  (te  bous  ne  p««0ait  powr  palti>oiu  Go^ 
peacloat  n^us  ^ion»  tous  aMcpt  ieiUés  de  céder  la  plaoe  à  mk 
Mio^aii  aussi  formidable  «  et  de  ae  p^a  Tmqai^r;  mai»  U 
erÛBia  du  ridicule  étouflb  les  coasid^aiions  de  la  prudenee» 
et  neua  eagageàaies  le  combat  ea  lançaat  au  reptile  iiae  valÀa 
de  pierrei«  CelaH^in'ea  paruinalleHiefit  iotimidé;  il  se  dreaeii 
à^oia  eu  quatre  pieds  au-dessus  du  sol,  en  «ifflaak  d'aœ  fti- 
ces  weaacaate»  conine  s'il  »eua  eùk  provoqués  à  Tattaquar 
die  plas  prèsi.  Nos  pierres  étaieiki  mal  dirigées»  ou  eUes  gUsn 
taieat  sarson  eorps  visqueux  saus  l'eAdomnager.  Q^wit  aw 
bAto894iufi  nous  teniouaà  la  «wiA^ils  éteteat  Uop  coaiiapciac 
Dous  élre  d'aaeajae  utilité  contre  lai,  TSous  eoatintt&mes  doM 
à  Taccabler  de  nos  projectiles.  Un  instant  il  se  moalra  Hfi^ 
fiwè  à  se  jeber  sur  nous  ;  oiais  peu  habitué  saoa  doute  à  ce 
mode  d*atAaque,  il  finit  par  battre  en  retraite.  Nons  le  pour^ 
sivlmes  Ytvement  :  un  «^roa  eaiUeu  l'attoiseit  à  la  tète»  et 
retendit  presque  îAaainiésur  le  sdiAe.  New  achevâmes  notre 
victoire  en  le  tuiit.  Il  mesurait  dix  pieds  de  longueur,  et  il 
était  aussi  gros  qu'une  bouteille.  > 

Une  autre  fois,  les  habitants  de  deux  villages  eonftigus 
afvaient  renuirqné  pendant  plusieurs  samaiites  de  lai)gestro«éeo 
i  travées  leurs  champs  de  blé,  comme  si  on  y  eût  tiainé  un 
aac  rempli  de  graia.  On  se  perdait  en  conjectures  à  oe  sujet» 
jusqu'à  ce  que,  un  matin,  on  trouva  dans  ce  champ  un  jeuno 
poulain  à  moitié  dévcoré.  On  soupçonna  d'après  Taspect  et 
ia  aatuve  des  blessures  que  quelque  énorme  serpent  les  avait 
-faîtes.  Ce  soupçon  ne  tarda  pas  à  se  confirmer.  Quaére  à  cinq 
voitures  qui  étaient  parties  la  véiOe  pour  les  terres  de  b^ 
bour»  rentrèrent  précipitamment  au  village.  Les  chevaux  et 
^euTs  conducteurs  semblaient  égalemeut  effilés*  Us  avaiem 
.été  attaqués,  poursuivis  et  serrés  de  près  par  un  reptile  gi- 
gantesque.  La  description  qu'on  en  donna  était  telle  que  i» 
»chulze,  ou  premier  magistrat  du  village,  commanda  une  le^ 
vée  en  masse,  et  invita  les  habitants  des  villages  av^inants 
à  se  joindre  à  hzi  contre  Pennemi  commun.  Vue  centaine  d#^ 
jeunes  gens  partirent  arméa  de  fusils  et  de  longws  perdies  : 


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hB$  WtnWMSk  DB  LA  RUSSiB  MBBlMOIfALB. 

pendast  oa  jour  wtû»^»  ik  baitûrant  le  pays»  maia  ssun  2 
snceès  :  dès  le  lendemaio»  le  reptile  se  meaira  de  ttûw«au 
i  qpMlqHes  beq[^n  quU  ea  le  voyani,  a'eftfiûreai  d^m  hmn 
Uoapenx^  Qaelqiie  pcécipitée  que  fàt  leur  retjraîte»  uik  ^ 
IfiOB  chevaux denatla proie  du  moastare.  Le  lehuUe  se  remît 
4»Bc  ea  campagne.  JLe  reptile  fot  déeoiiveri»  traqué  et-blassé- 
de  pki«ew&  eof^s  de  feu.  U  chercha  un  refuge  panrn  les 
kaules  kerbea  du  Daî^er»  laissant  aprèi  lui  une  largs  tfaA* 
née  de  sai^r  ^  échappa  ai»si  à  ceux  qui  le  poursuivaieut  Ou 
crok  qu'il  périi  de  ses  blessures  »  car  depuis  ou  ne  le  revU. 
plus..  B'aprèa  les  calculs  sans  doute  exaeèrésdeeertaios  ehas* 
sMiT&s  îIl  uVaii  pas  moins  de  trente  fûeds  delonç  :  le  schulae^ 
phiaiuedéré  et  probablement  plus  exact,  a  réduit  cette  éFa- 
faiatioB  i  trois  brasses  et  demie;  ce  qui  pour  ua  serpeni  de 
uatse  Europe  est  fort  raisouuable* 

Aujourd'hui  on  rencontre  peu  de  reptiles  dans  le  yobiu^ 
des  colottîes  alfemaBdes  ;  mais  vers  les  parties  le  plus  reculées 
des  steppes,  il  existe  encore  des  districts  où  ils  sont  si  uosh 
bjreux  que  les  bergers  évitent  d'y  mener  leurs  troupeaux. 

Ualgré  leurs  proportions  extraordinaires  »  les  serpents  des 
steppes  sont  un  eimemi  peu  formidable  eu  comparaison  d'im 
petit  insecte  qui  visite  de  temps  en  temps  ces  contrées,  et  qui 
Y  marque  sou  passage  par  d'affireuses  dévastations.  C'est  la: 
sautereUe.  Qudquefois  il  s'écoule  une  période  de  plusieurs 
années  «ans  qu'on  en  entende  parler;  puis,  pendant  une  autre 
période  plus  ou  moins  longue,  le  fléau  exerce  ses  ravages  cba* 
que  année  et  chaque  saison.  Lorsque  pour  la  première  fois 
les  colons  allemands  vinrent  s'établir  dans  lessteppes,  il  y  avait 
longtemps  que  les  sauterelles  ne  s'y  étaient  pas  montrées.  On 
en  connaissait  deux  espèces  qui  ne  s'y  multipliaient  |point 
outre  mesure  y  et  jusque-là  on  n'avait  point  appris  à  les 
craindre.  Ce  fut  vers  1820  que  l'on  commença  à  remarqpier 
qu'elles  augmeutaieut  en  nombre  d'une  manière  inquiétante. 
En  i82&>  et  en  182S  elles  occasionnèrent  de  grands  dégâts. 
Mais  en  1828  et  en  1829  elles  envahirent  le  pays  pur  trou** 
pes  mnombrables.  Leurs  colonnes  épaisses  interceptaiattt  la 


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33  LES  STEPPES  DE  LA  HUSSIE  MÉRIDIONALE. 

clarté  du  soleil  :  elles  détruisirent  les  moissons,  et  dans 
plusieurs  localités  elles  ne  laissèrent  pas  la  inoindre  trace  de 
végétation  derrière  elles.  Les  colons,  désespérés,  croyaient 
déjà  que  le  jour  du  jugement  était  venu.  Dans  leur  détresse, 
ils  demandèrent  conseil  à  leurs  voisins  les  Russes  et  les  Tar- 
tares.  Ceux-ci  n'étaient  pas  moins  embarrassés.  Les  hommes 
les  plus  âgés  parmi  eux  n'avaient  point  souvenance  d'une 
dévastation  pareille.  Tout  ce  qu'ils  se  rappelaient,  c'était  que 
leurs  pères  en  avaient  autrefois  fait  mention.  Les  Allemands, 
reprenant  courage,  se  mirent  à  l'œuvre.  Grâce  à  un  système 
d'opérations  sagement  combiné ,  plus  d'un  champ  de  blé  fut 
sauvé  des  atteintes  de  ces  essaims  dévorants.  Pendant  les 
années  1830,  1831  et  1832,  les  sauterelles  continuèrent  d'in- 
fester la  Bessarabie  et  te  reste  delà  Russie  méridionale;  mais 
leurs  colonnes  s'éclaircissaient  peu  à  peu.  En  1833,  elles  ne 
causèrent  pas  de  grands  dommages,  et  depuis  1834,  elles 
ont  considérablement  diminué  de  nombre.  On  ne  les  voit 
plus  qu'isolées,  de  même  que  les  autres  insectes. 

Pour  se  défendre  contre  ce  fléau,  les  colons  ont  établi  une 
espèce  de  police.  Quiconque  aperçoit  le  premier  une  nuée 
de  sauterelles  est  tenu  de  donner  aussitôt  l'alarme  et  de  &ire 
avertir  le  schulze.  Celui-ci  se  hâte  de  convoquer  les  habi- 
tants :  sous  sa  direction,  hommes,  femmes,  enfants,  vieil- 
lards, tous  s'arment  de  clochettes,  de  chaudrons,  de  fusils, 
de  pistolets,  de  tambours,  de  fouets,  etc.  On  décharge  les  in- 
struments à  feu,  et  avec  les  autres  on  produit  le  plus  de  bruit 
possible.  Ce  tintamarre  a  souvent  pour  eJFet  d'effrayer  les  sau- 
terelles, qui,  poursuivant  leur  vol,  vont  s'abattre  sur  une  lo- 
calité plus  tranquille. 

Plus  encore  que  le  bruit,  elles  redoutent  la  fumée.  Du  plus 
loin  qu'on  signale  l'approche  d'un  essaim,  les  colons  se  hâ- 
tent d'amasser  près  du  champ  dont  ils  veulent  écarter  ces 
terribles  visiteurs,  de  la  paille ,  des  broussailles,  des  herbes, 
du  fumier  desséché.  On  y  met  le  feu  ;  il  s'en  élève  des  tour- 
billons de  fumée,  et  à  cet  aspect  l'armée  de  sauterelles  change 
la  direction  de  sa  route.  Quelquefois  cet  expédient  échoue 


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LBS  STEPPES  DE  LA  BUS8IE  MÉRIDIONALE.  33 

complètement»  par  exemple  lorsque  Timmense  colonne  s'étant 
abattue  dans  la  plaine,  les  derniers  rangs  poussent  les  pre- 
miers jusqu'au  milieu  des  flammes.  Des  milliers  de  sauterelles 
y  périssent;  mais  leurs  cadavres  amoncelés  éteignent  le  feu, 
et  le  reste  de  la  troupe  envahit,  sans  rencontrer  aucun  ob- 
stacle, le  territoire  qu'on  croyait  en  sûreté. 

Le  plus  communément,  la  fumée  les  force  à  reprendre  leur 
vol  i  travers  les  airs.  Alors  le  comble  de  Thabileté  consiste  à 
les  chasser  dans  une  direction  où  Ton  n'ait  rien  à  craindre 
de  leurs  ravages.  Si  Ton  est  dans  le  voisinage  d'un  lac  ou  de 
la  mer,  on  tâche,  par  tous  les  moyens  possibles,  de  les  pous- 
ser de  ce  côté.  Elles  tombent  par  millions  dans  l'eau,  et  leurs 
corps  y  forment  comme  de  petites  lies  flottantes  sur  lesquelles 
d'autres  sauterelles  viennent  se  poser  en  telle  quantité  qu'elles 
s'entassent  à  vingt  ou  trente  pouces  d'épaisseur.  Que  si  le  vent 
.souffle  de  terre  avec  force,  toutes  sont  submergées  :  si  au  con- 
traire la  brise  est  molle,  celles  qui  sont  encore  vivantes  s'ef- 
forcent de  regagner  le  rivage,  où  elles  sèchent  bien  vite  leurs 
ailes  pour  recommencer  leurs  dévastations.  Quant  à  celles  que 
les  flots  ont  englouties,  leurs  cadavres,  rejetés  sur  la  grève 
ou  le  long  des  rochers,  apparaissent  de  loin  comme  des  mas- 
ses sombres  d'algues  marines.  Il  faut  admirer  l'adresse  que 
montrent  les  sauterelles  en  ces  occasions.  Poussées  par  un 
voit  impétueux  bien  avant  au-dessus  de  la  mer,  elles  réussis- 
sent souvent  à  regagner  la  rive,  non  point  en  luttant  contre 
le  lit  du  vent,  mais  en  louvoyant  à  la  façon  des  navires. 

Leur  instinct  les  guide  de  préférence  vers  les  jardins  qui 
entourent  les  habitations.  S'il  se  trouve  un  village  à  droite  ou 
à  gauche  de  la  ligne  qu'elles  suivent,  elles  ne  manquent  jamais 
de  se  détourner  de  leur  route.  On  s'imagine  à  peine,  on  ne 
saurait  décrire  la  terreur  dont  les  habitants  sont  saisis  à  leur 
approche.  Qu'on  se  représente  un  nuage  noir  d'insectes  dé- 
vorants. Ils  s'abattent  sur  la  terre,  qu'ils  couvrent  à  une 
épaisseur  de  deux  ou  trois  pouces,  tandis  que  des  myriades 
d'autres,  se  succédant  sans  interruption,  obscurcissent  la 
clarté  du  jour.  Les  arbres,  les  toits  des  maisons,  en  un  mot, 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XI.  3 


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iMte  1»  tm|ierfirie  éa  6èl  ^Bt  jMcliéê  4<i  MXè^p&emim^  <qai 
«niilto  êtteordoom  Bsoai  oosm.  Il  fliul  âkir»  fenner  «1^00 
wdû  te*  ]pd«t«^  Itt»  feMéir»«ti«iAaM  leidiami&M  4m  InAil- 
USàans,  wt  des  wilUeft  de  uMetéÊtM  pteèumt  for  ces 
^inrevtwes.  IJim  aMée,  filuMUfs  «gMimi  &'4tiat  «rttéi  siiar 
Odessa,  les  rues  et  l«i  piacfei  pabHqoei  eiv  éiamA<mïveiA»; 
oes  îuaeeKs  eni^ahîssneiirt  t'ifilérieiir  ^bs  «MwonB.  O»  en 
Ifdwaril  deê^sniiâitMW  dvee  ioBplfltset  l6»««nefole9  de»  mi- 
«ioMy  et  fls^lhiMit  s'éftailer  joequesur  les  eote^sbewleise. 
Ott  dÎBliflgee  k»  «laiitevdtee  de-  ki  Keesie  aiéridioMle  en 
deai  eeptees :  l«e nweÉi outisases  (gniêtu$m6fiHa&rim)^  lee- 
quelles  «ent  un  pOMe  et  demi  de  longnew  ;  et  let  Mirdiiiit 
{  griUui  wMwtor)^  lesqaelles^Mii  ettrâon  de«x  ponces  de  long. 
Lee  den  esfièoee  towt  égaiemenl  Toraces  et  égalenail  re- 
doYtéee.  L'une  «I  l'antre  se  rêpvodnisent  par  des  esufii  qne  la 
iMneHe  dépose  éam  la  terre  mi  nMyen  d'un  tid^e  forant  ^m 
miàoc  dont  elle  est  «rmée.  Ceci  a  iîea  d'aoAt  i  septembre, 
lile  ne  se  contente  pas  de  creuser  le  sol  avec  le  tube  en  qoee- 
tien;  1^  8*7  enfonce  eUennteie  tout  entière,  afin  que  les 
crafii  soient  eadiës  le  phn  arant  qu'a  est  peesiMe.  Cette  der- 
nière drconstanœ  dépend  de  la  nalmre  d« terrain»  Si  le  terrain 
est  trop  dur,  la  ftMneRe  laisse  son  dépôt  à  la  snrfiice.  On  a 
observé  qn'elle  chevsit  presqae  toujows  un  endroit  oà  la  terre 
est  friable,  et  qa'elle  y  Ant  son  trou  en  touniant  sur  etle- 
niéine,  een  corps  eerrant  ainsi  de  tarière^  jnsqn'à  ce  qu'elle 
disporaîese  cmnpiélieinent.  Le  iron  netrev^é,  elle  y  pond  ses 
mth  au  «ombre  de  einquanle  à  9oi»»ile-dix.  Le  travai}  de  la 
ponte  dere  généralement  deu  eu  trots  jonre,  après  qnoi  la 
mère  ép«nséei«ste  gisante  et  menrt.  ât  ses  Soroes  ne  Mper- 
nieilent  point  de  «renser  «n  tren  assez  profond,  eMe  demeure 
deesas,  et  eewre  ses  cenfe  de  son  ^Mrrps  inankné.  Les  omis 
de  la  sauterelle  eoift  blancs.  Par  la  forme  et  la  çressenr, 
ils  ressemblent  à  eeux  de  la  fonrmi.  Une  eertaâne  sidMtanee 
fMinense  les  rend  adhérents  les  «ns  tait  antres.  Quand  on 
les  retire  de  terre,  la  menée  compacte  qn*iis  oflrent  ne  se  die- 
eout  pas;  si  on  les  plaee  eor  un  morceau  de  ^v^rre  que  Ton 


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i»  SnVMI  Di  %A  IkVÊÊlM  HlâYlllONAlft.  tt 

aurnSê  omwit»  «tditaMWtt»  M  kMviMbMiMitédorê.irac- 
tion  4e  la  Diitttre  «M  phs  lenit.  tM  4ft«lb  mifod»  4lui»  )è  edl 
f  fiMMI  rMtOMMet  nàwt  t  c«  ti'esl  qu'à  ia  ««4^«Tril  m 
m  MttiâMiMiMnt  é»  ami  ^aH^édosent.  La  Mige  lea  yi^ 
fége^mitm  la  géMè  q^i  to  «iétniteKH;  ma»  lersqae  la  torrte 
^Êi  aoa^et  qprtte  m  Mil  pai  eachAs  a^ici  pKOftmdédMii,  4aa 
Sèiiéraiim9«filièi«a4eaaaÉM«1leitp^  sealenaii. 

Aux  praniera  Imm«  jMiv  «da  fvtnlaaif»»  lag  iasactaB  iu>a¥él- 
taMKl  -éeloa  ooamenMnt  à  w  mcftâtet.  BieiitAt  a«  ea  fait 
dea  tfoapés  considérablea.  LsBplaaJaaiieaii'om^poiiitd^aflea; 
wm  laors  paflea,  <tai  a«  âMH  tartiièarptMifilênieat,  les  aidant 
i  «eannrrair.  Lear  apj^éHI  T«praea  ae  iftaiilfest^  aasntAt  aprte 
lenr  naissafiee.  Les  aai^rterallad  ae  valent  pas  «msare  qaa  déji 
rfles  mamgent.  BHeaiietardeiïtpaBàaemeCtreearotfle,  atfl 
aenMe  cpe  Tessan)  aagaieata  à  aiesiira  qu'il  t'avance.  Btes 
iHiatm  fiâssat  eataMlm  ua  petH  tarait  «ga,  an  Aotâbot  ks 
aaes  aa-derrant  das  aaXaa»,  el  leur  anâtche  eH  aacooiqpagiiée 
d^n  oartahi  eraqncKnaiil  ou  patUlaiBanlderelM  le  phi»  lit' 
aarre.  Eltes  procèdani  prasipia  toiijoan  en  ligne  éraMe,  et 
m  sa  kment  ni  arrêter  ai  détonmer  pu*  aaean  ebataale.  D 
en  périt  das  qaaatitéa  maoaJii  uMig  dana  tea  rayin§,  éawies 
fleavas,  daas  Va  rivîdiea.  L'eaa  disparaît  ipiekpefaû  aaus 
une  ccmche  épaisse  de  santereHes  aoyéas. 

Les  jenaes  occasiattwiit  plus  de  déduits  qoe  les  ?mUes. 
Gomna  «fes  a'oat  paîat  eMcare  lenrs  «Ses,  fl  est  ttés-imAUe 
de  cherdier  à  les  effrayer  par  des  fsax  allnaaiés  ou  par  des 
décharges  de  «soaaqaeleria  :  'enlreprawlni  de  les  détruire» 
c'est  perdre  son  tanpi;  aar  une  andtitade  pareille,  la  dilé- 
i^aeede  qaelqaes  «mIKom  en  pios  ea  en  moins  n'est  rien. 
Ajootea  à  cela  qm  lenr  TOimoilé  est  plas  gran<k  et  qoe  les 
piailles,  herbe  <m  Mé,  i|a'eUes  rengeni  sont  les  pousses  naa^ 
▼eHesdu  prin%eaBps ,  d'o4  il  suit  qae  leurs  dégftts  sont  très- 
^Mhâles  à  réparer.  Â  la  rérfté,  le  théâtre  n'en  est  pas  aasai 
4t€ada  :  tant  qae  ces  inseeta  ne  sont  point  mams  de  leara 
«Ses,  ils  ne  mvdhent  goère  qa'à  taisoa  ds  deux  versts  par 


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86  LES  STEPPES  DE  LA  BUSSIE  MÉRIDIOICALE* 

Aa  bout  de  trois  ou  quatre  semaines,  ils  atteignent  toute 
leur  grosseur.  A  cinq  semaines,  leurs  ailes  sont  formées,  et 
alors  Us  commencent  à  voler.  A  partir  de  cette  époque,  ils  par- 
courent la  contrée  en  nombreux  essaims  jusqu'à  la  mi-sep- 
tembre. Après  une  existence  de  quatre  mois,  tous  meurent, 
non  sans  avoir  pourvu  à  la  perpétuation  de  leur  postérité. 
C'est  vers  le  milieu  du  mois  d'août  qu'on  voit  les  essaims  les 
plus  considérables.  Leur  vol  est  accompagné  d'une  sorte  de 
bruissement  :  on  croirait  entendre  le  vent  qui  souffle  avec 
violence  à  travers  des  arbres.  L'élévation  de  leur  vol  dépend 
de  l'état  de  la  température.  Par  une  belle  journée  ils  mon- 
tent bien  à  deux  cents  pieds  au-dessus  du  sol,  c'est4-dire, 
la  nuée  qu'ils  forment  parait  occuper  cette  position  ;  car  les 
couches  supérieures  doivent  en  être  beaucoup  plus  élevées. 
Si  le  temps  est  sombre  et  couvert,  les  sauterelles  rasent  la 
terre  de  si  près  qu'un  homme  rencontrant  une  de  ces  armées 
volantes  est  heurté  par  elles  au  visage  et  se  voit  forcé  de  de- 
meurer le  dos  tourné  jusqu'à  ce  que  le  tourbillon  soit  passé. 
Lorsqu'elles  volent  à  une  grande  hauteur  et  qu'elles  distin- 
guent dans  réloignement  un  champ  de  blé,  une  plaine  ver- 
doyante, elles  descendent  lentement  vers  la  terre  ;  arrivées 
à  six  ou  sept  pieds  du  sol,  elles  s'abattent  toutes  ensemble  : 
on  dirait  une  pluie  de  pierres. 

.'  Elles  ne  sont  point  réglées  dans  leurs  heures.  Elles  conti- 
nuent quelquefois  leur  marche  jusqu'à  minuit,  et  rarement 
elles  se  remettent  en  route  avant  huit  ou  neuf  heures  du  ma- 
tin. Une  nuée  de  sauterelles  présente  ordinairement  une  forme 
ovale,  ayant  un  quart  de  verst  de  largeur  et  deux  à  trois  versts 
de  longueur.  Parfois  on  voit  ce  nuage  se  séparer  en  deux  ou 
trois  parties  qui  plus  loin  se  réunissent.  Quanta  l'épaisseur  que 
ce  nuage  peut  avoir,  il  est  difficile  de  l'évaluer  exactement. 
Elle  doit  être  considérable,  puisque  les  rayons  du  soleil  ne 
sauraient  la  pénétrer,  et  que  l'ombre  qu'il  projette  sur  la  terre 
en  passant  y  répand  une  fraîcheur  très-marquée.  L'obscurité 
momentanée  qu'il  occasionne  produit  le  même  effet  qu'une 
succession  de  gros  nuages  chargés  de  pluie.  Par  un  temps 


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LBS  STEPPES  DE  LA  BUSSIE  MÉEIBIONAU.  37 

calme,  il  fiait  environ  quatorze  milles  anglais  (trois  lieaes)  en 
huit  heures. 

Une  plaine  où  s'est  arrêté  un  essaim  de  sauterelles  présente 
Taspect  d'an  champ  de  bataille.  Dans  l'excès  de  leur  avidité, 
eHes  s'entre -déchirent  souvent;  plusieurs  d'entre  elles  se 
cassent  les  ailes  en  tombant;  elles  ne  peuvent  plus  reprendre 
leur  essor  et  suivre  le  reste  de  la  troupe.  On  ne  saurait  esti- 
mer que  d'une  manière  fort  conjecturale  le  nombre  d'indi- 
vidus dont  chacune  de  ces  armées  se  compose.  Les  indigènes 
prétendent  qu'une  seule  en  s'abattant  sur  une  plaine  de 
quatre  versas  de  longueur  et  de  une  verst  de  largeur  la  couvre 
entièrement,  qu'en  plusieurs  endroits  les  sauterelles  s'entas- 
sent au  nombre  de  quatre  à  cinq  les  unes  sur  les  autres,  et 
que  les  arbres,  s'il  s'en  trouve  dans  le  voisinage,  menacent 
de  se  rompre  sous  le  poids  qu'ils  supportent.  Admettons  seu- 
lement un  insecte  pour  une  surfieice  de  deux  pouces;  il  en  ré- 
sultera qu'un  essaim  qui  couvre  une  verst  carrée  ne  constate 
pas  moins  de  mille  millions  de  sauterelles  (1),  et  chacune 
d'elles,  au  dire  des  Russes,  mord  comme  un  cheval,  mange 
aussi  gloutonnement  qu'un  loup,  et  digère  avec  une  facilité  et 
une  promptitude  que  ne  possède  aucun  autre  animal. 

Bien  que  les  sauterelles  affectionnent  certaines  plantes, 
elles  sont  en  général  peu  difficiles  pour  leur  nourriture,  et 
elles  dévorent  indifféremment  tout  ce  qu'elles  rencontrent. 
Sons  l'action  puissante  de  leurs  mâchoires,  les  feuilles  et  l'é- 
corce  des  jeunes  arbres  disparaissent  comme  par  enchante- 
ment. Un  riche  pâturage  se  change  aussitôt  en  une  terre  nue 
et  désolée.  Les  herbes  et  les  roseaux  qui,  pareils  à  une  frange 
verte,  garnissent  le  bord  des  rivières,  sont  enlevés  avec  une 
rapidité  magique,  et  là  où  de  beaux  épis  ondoyaient  tout  à 
l'heure,  il  ne  reste  plus  un  brin  de  chaume.  La  troupe  affa- 
mée s'avance  ainsi  en  mangeant;  mais  comme  les  premiers 


(i]  Une  vent  a  3,500  pieds  de  long  (mesure  anglaise).  Une  Tersl  carrée 
eontient  donc  12,250,000  pieds  carrés;  soit  1,764,000,000  pouces  carrés. 


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twf»  m  laifi0Wi  «m  antre»;  qu'une  naîgre  dossefte»  rartièrch 
garde  prend  souvent  son  vol  et  se  substitue  à  Favant^nid. 
Ghimm  frâant,  ka  flanc»  d»  la  coUnuie  a'^tandent»  et  die 
fiwi  fwr  ne  pcéseatar  qu'ue  aenii»  lifo»* 

Ou  ^tingue  d'a»aaii  Uin  la  bcuii  qvM  fcmi  lea  aanler^lea 
m  r<MPWBAnl  la»  buim,  et  1»  frémûfaemeAt  de  leur»  aUea^ 
qn'dlfaMi^aai^iitâ'agjtec  i<piâgopqiiAa  eatendiipattFewMrev* 
pmu  de  immtQQs  peut  »'eA  fanvoc  xkm  îdée.i4i  pviUa  fAd^ 
Im  Uà»  mtk»  .ne  le»  tentent  qne  nédi^crement;,  maia  .toat  iça 
<|aj  est  verdttce  est  intûUibkmeiit  dér^ré.  O  qi^eWmt^éU^ 
ventÀ  tante.antre  c^boa^» .c'e»t  k  Ué  d'Jnde,  B  est  «^^  ^gtr 
tréoMOieiit  cmrâux  da  lea  ¥^  fa^ber  w  champ  plaAtô  de 
oa  blé  qui  a,  dana  lo»  ateppea»  we  tige  U ès-bauteat  tpès^ite* 
Qn4<]ue&  sautereUea  auffiamt  c^ndaat  pour  per^^r  cette 
tige  en  cent  endroit»,  et  cala  an  bmi  d'une  nnnute.;  rinstaal 
d'après  il  n*enre9te  plnadeveatig^a,  Elles  rattaquaat  i  la  foia 
par  répi,  par  ki  nuliisu  et  pai:  la  racintg,  jusqu'à  ce  qu'elle»  la 
neaveraent.  A  chaqiie  tige  déverée,  ka  sauterelle»  qui  en  ont 
fait  leur  proie  s'envolent  poiir  s'abattre  sur  une  tige  nouvdle. 
L'oQuvre  de  destruction  »e  poursuit  sans  reUcbe  juaniu'à  ce 
que  le  chamyp  tout  entier  soit  lasé  et  mis  à  nu. 

I^s  jardins  que  les  marchands  d'Odessa  entretiennent  à 
grands  frais  ont  particulièrement  è  souSrir  des  ravage»  da» 
sauterelles.  Elles  épargnent»  il  est  vrai,,  le»  melon»,  le»  cou* 
combres  et  le»  fruits  qui  proviennent  sur  le»  'arbres  ;  maie 
des  arbres  mêmes»  elles  dévorent  le»  feuille»  et  l'ècorce.  Quant 
au  fruit,  il  se  détacbe  et  tombe  par  terre.  Il  en  est  ainsi  pour 
la  vigne.  Le»  feuilles,  les  tendrons»  les  jeunea  branches  seni 
complètement  rongés»  tandis  que  les  gcappe»  de  raiain  gisant 
dispersées  sur  le  sol  pendant  cq  tQmp»^là;  chaque  arbce  du 
jardin  est  chargé  d'une  foule  de  trav^lleuses  qui  parcent»  qfé 
rongent,  qui  déchirent,  qui  scient;  et  lorsque  la  troupe,  ton** 
jours  affemée,  s'éloigne  enfin,  la  scène  de  désolation  qu'elle 
laisse  derrière  elle  ne  saurait  se  décrire.  D'énormes  amas  d'ex- 
créments signalent  Tendroit  où  elles  se  sont  arrêtées.  Ces 


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chwt,  iM  taielemp9^.4pnèB  1m  troupe^n  Ment  la  'i>bnet  qui 

Wwft  nuici  MT  It  lomitKki  ><értfmwi  (tea^MOs)*  «^  Xdk 
ert  la  |dkrM»4)ii4Uuwm  dM  myagMm  (fcmqu'iifl  «iflItaBi  li 

rosses.  Ceax-ci.9f^  fr<mé,mm  ëa  plus  èÉénMw*  qw  lem 
qiOBio«a^«ttis;  pow  iMéhaasemy  la  «itteivanlf  qnamèaent 
les  iiémmiUlm  (lieB0Mè).iinifiaata  deap^iAqtiëviAé&vfanBani 


i^aanil  miipaile  ém  ^W/fm,  tmnBMatmqim  p«r  4a  i 
tMOPar  ka  «abaraux  aanMagaa  ^q^dii  ;  Imixe.  XSopendasI  «a 
mai  Aedoift  ftknr  «teîa  ^a^^iac  iwniamwi  faatsidioMs.  n  y  a 
laagtaanpa  <|Qer)aparlîe4ai  >teppaa  qai  aq^natieniàlaftimia 
a<waè  dfi  aeafHDaaor  A»  duBvaas  aawiragaa.';  ilast  mtm»e.im* 
pMàbla  da  pateiaar  eaaokoaea*  répoqse,  déjà  So9t  étoifaéav 
Qià  ca  Mkle.wîiiial  amii  au  liharté  an  niliea  des  plaiaaa 
qii  baadoiit  la  FanA-Jinia.  Aj^anid'lmt  chaqae  itéôim^  m. 
troupeau,  a  son  propiâétaiaa  asaqpad  leialMiiitehikdiHi  eosoipla- 
de  to«le  pièce  da  Jbèlail  qui  a  été  pavdua  ou  nMe.  Ce  «"est 
qa'^M  leMdL  da  k  laviaiie  ou  dans  lea  désacis  qni  s'élaAdatft 
Moacdak  mard'AiaU  iquaraiiiaucontreide8.di^aui:masft 
à  J'4iat  de  miim».  Xeatofœs  ils  joaissesl  daaa  les  stappat 
d'a«e  condMoo  qui  appiooka  d'une  iadipeadaiioe  absotaa, 
e4  lia  s'ofrant  aiaaî  à  rabaarvateaar  sans  w  poiok  denua  qi» 
cawi  da  nalra  Eurofa  uofirâaaiikttt  pas.  Aussi  fuaiqiia  làa 
laouloa»  ipnraui  am  preasâsa^  ligna  parnû  le&  aapècesdoiiâea* 
papaaaipauplé»  et  qu'an  eu  Eefiaonlra<dJ&  toanpeaux  powam 
300)  da  btea  à«ouaaa  on  da  eberaax^  u<ias  «ouaecanfnrons 
d'ahard'da  casiiaras^iè  saxenoato  prasqua  toute  la  aavula* 
T»  îanpÉnale,  ai  4'aà  k  {^antaruiraïaut  panrraît  titerv  au  Imn 
aain^  4as  rasaources  tsllaft<qn'aucuaa  auAre  oantséan'au  poa< 
sède  de  semblables. 

PhnieuBB  saiguenas  nnaesaantpfiiprîééakes  de  frauds^do- 


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ko  LES  STBPPE8  DE  LA  BUSSIE  MÉRIDIONALE. 

maines  dans  les  steppes.  On  cite  particulièrement  les  familles 
des  Potocki,  des  OrlofF,  des  Rasumoflsky,  des  Skarshinsky, 
des  WoronzofFy  etc.  La  population  est  si  claii^emée,  sans 
parler  d'autres  obstacles,  que  ces  familles  sont  obligées  de 
laisser  en  friche  une  partie  considérable  de  leurs  terres.  Aussi 
les  seigneurs  les  plus  riches  ont-ils  compris  qu'il  était  de  leur 
intérêt  de  se  livrer  principalement  à  l'élèye  des  montons,  des 
bétes  à  cornes  et  des  chevaux.  Il  parait  que  dès  les  temps  les 
plus  reculés  cette  industrie  a  été  celle  du  pays. 

Comme  noyau  d'un  taboon,  on  envoie  dans  la  steppe,  sous 
la  garde  d'un  berger,  un  certain  nombre  d'étalons  et  de  ca- 
vales. Les  petits  poulains  restent  avec  leurs  mères ,  et  le 
troupeau  va  toujours  en  augmentant  jusqu'à  ce  qu'il  atteigne 
le  chiffire  fixé ,  lequel  est  proportionné  à  l'étendue  et  à  la 
fertilité  de  chaque  domaine.  Rarement  un  taboon  se  cmn- 
pose  de  plus  de  mille  chevaux;  mais  il  y  a  des  propriétaires 
qui  ont,  dit-on,  dans  diverses  localités,  jusqu'à  huit  ou  dix 
de  ces  taboons.  C'est  seulement  lorsque  le  troupeau  est  com- 
plet qu'il  produit  un  revenu,  soit  qu'on  emploie  les  jeunes 
chevaux  sur  le  domaine  même,  soit  qu'on  les  vende  aux  par- 
ticuliers ou  aux  agents  du  gouvernement. 

Le  tabuntshik  aux  soins  duquel  le  taboon  est  confié  doit 
être  doué  d'une  activité  infatigable  et  d'une  constitution  de 
fer,  également  endurci  à  l'excès  du  froid  et  de  la  chaleur,  et 
capable  de  supporter  toute  espèce  de  température,  sans  même 
avoir  l'abri  d'un  buisson.  Il  doit  lui  être  indiffèrent  de  pas- 
ser la  nuit  sur  le  gazon  humide  ou  sur  une  terre  nue  qui  a 
été  brûlée  pendant  douze  heures  par  les  rayons  presque  ver- 
ticaux du  soleil.  Rarement  il  trouvera  une  cabane  pour  le 
protéger  contre  les  froids  les  plus  rigoureux,  et  à  l'époque 
des  chaleurs ,  quoiqu'il  soit  comme  dans  une  fournaise  et 
qu'il  respire  un  air  embrasé,  il  faut  qu'il  reste  en  selle  pres- 
que toute  la  journée,  prêt  à  poursuivre  au  galop  les  chevaux 
qui  s'écartent,  ou  à  secourir  un  jeune  poulain  sur  lequel  un 
loup  vient  de  s'élancer. 

Les  bergers  traînent  avec  eux  leurs  maisons  :  ce  sont  de 


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LBS  STEFPS8  DE  LA  RUSSIE  Mi&IJ>IOKALB.  4l 

grands  chariots  dont  ils  ne  se  séparent  jamais  dans  leurs 
courses  vagabondes,  où  ils  trouvent  un  abri  pendant  la  tem- 
pête, et  où  ils  se  refirent  la  nuit;  mais  ce  luxe  est  interdit 
au  tabuntsfaik  ;  le  troupeau  dont  il  répond  ne  saurait  être 
abandonné  à  lui-même.  On  conçoit  que  les  mille  chevaux 
commis  à  sa  garde  ne  se  tiennent  point  ensemble  dans  Tor- 
dre et  la  discipline  des  chevaux  de  régiment.  Il  est  douteux 
qu'un  adjudant  de  cavalerie  ait  plus  à  courir  et  plus  à  sur- 
veiller un  jour  de  bataille  qu'un  tabuntshik  pendant  la  jour- 
née la  plus  tranquille.  On  peut  dire  qu'il  n'a  pas  le  temps  de 
quitter  le  dos  de  sa  selle.  C'est  à  cheval  qu'il  mange  et  qu'il 
dort.  Il  dort  aux  heures  où  les  autres  hommes  veillent ,  et 
réciproquement;  car  les  chevaux  sont  sujets  à  s'écarter  pen- 
dant la  nuit,  et  la  vigilance  la  plus  grande  est  alors  néces- 
saire pour  repousser  les  attaques  des  loups  et  celles  des  vo- 
leurs. Qu'une  tempête  de  neige  fonde  sur  la  steppe,  le  pauvre 
tabuntshik,  au  lieu  de  tourner  le  dos  au  tourbillon ,  devra 
avoir  l'œil  sur  ses  chevaux,  les  contenir  s'ils  s'effrayent,  les 
poursuivre  et  les  ramener  s'ils  se  dispersent. 

Il  est  presque  tout  entier  vêtu  de  peaux  qu'une  ceinture  de 
cuir  assujettit  ensemble.  A  cette  ceinture,  il  porte  suspendus 
les  divers  instruments  et  les  drogues  dont  se  servent  les  vé- 
térinaires, ainsi  que  d'autres  ornements  bizarres.  Un  grand 
bonnet  tartare,  de  forme  cylindrique  et  de  peau  d'agneau 
noire,  protège  sa  tête,  et  par-dessus  tout  cela  est  jeté  son 
irmêa,  ou  manteau  de  laine  très-ample  et  muni  d'un  chaperon 
pour  encapuchonner  la  tête  au  besoin.  Ce  capuchon  ne  sert 
le  plus  souvent  que  de  poche  et  de  garde-manger. 

hè  tabuntshik  est  encore  chargé  de  plusieurs  autres  har- 
nais sans  lesquels  il  ne  se  hasarderait  point  à  faire  un  pas. 
Le  harabnik  est  un  des  plus  importants.  C'est  un  fouet  dont 
le  manche  est  court,  mais  dont  la  mèche  a  quelquefois 
de  quinze  à  dix-huit  pieds  de  longueur.  Cet  instrument  lui 
tient  lieu  de  sceptre  ;  il  l'a  toujours  à  la  main ,  et  il  s'en  sert 
pour  gouverner  les  turbulents  animaux  sur  lesquels  il  règne. 
La  fronde  vient  en  seconde  ligne.  Le  tabuntshik  l'emploie 


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aw  m^ttflft  iMafOBi  qw  k»  liadiitMtft  de  rAnévifneds  i 
enqplpîeiA  le  hmoi  «noé  de  w  frende,  il  ombmim  i 
di'Attmdte  le  ^ou  du  cheval  qu'il  yeal  «rèler. 
leMjp  eit  eneere  ni»  yaitiQ  indjepeiistblfi  de  «00  éq«ipe«aii. 
GfMavBaanei  est  atteebée  i  Farçon  de  la  seDeelplacéa  à 
porMe  det  isa  maÎA;  elle  a  treis  iw  cpaaAfe  pieds  deJoa^»  let 
eitoefil  »HMiie»  à  rextrémité»  d'uDe  groese  tenle  de^ler.  Ib 
tahmitebA;  mame  oei  engia  fcMmwUUe  awc  oae  dei^lèrité 
smryneiMqle.  Miuiité  «or  ano  eheval  >  (fai  ooact  aa  tri|pie  gar- 
I«^p»  il  toace  aoa  arme  à  la  iéle  d'un  loap;  la  balte  d'aa 
pburteiir  aaaMcaia  ne  deatne  pae.  une  mosi  fk»  praaipte  et 
ptas.etee. 

X«  takiaatahîk  parte  dana  ionta  ses  excmrsiatts  ime  aaÉr» 
pkâae  d'eaa;  »  efièt,  il  ignore  où  ce  quand  il  re&eoaÉveea 
on  paitB»  ane  saaxee,  et  s'il  sait  oiles;traiKrer,  il  nesaît  paa 
slVasa  en  ^era  osa  oanea  tarie.  Un  sae  poar  ie  paia  et  tme 
bontaille  d*eanndj&-Tie  eont  une  pajdie  néceesaira  desoa  ba** 
9me;  ajeatofr-y  me  feate  d'autres  petites  provisions  de  tooi 
genre,  qu'il  suspend i seiï Tétenenta «a à  b sele  de eondi^ 
kA.  Asasi  armé  et  éqaipé,  il  s'e«lo»ee  daas  les  piaiaies  inha- 
bMss  des  stiE^pes^Dèa  toas  il  n'a  phiei  coaqiter  qae  sar  sea 
pcopres  tessaaross  :  il  faat  qa'fl  se  sirfise  à  M?aalme^  qa'a^ 
Tise  aealiaralniik  il  sadie  anôntoiir  l'ordae  pami  h»  trao* 
peau»  et  qu'avec  sa  massue  il  puisse  le  déGeodre;;  tàdie  difla- 
cite  et  fai  eaige  une  actlvkife  coaliaaelle.  Ce  qui  lai  cause  ie 
{dus  d'embariAs,  c'est  la  prtsence  de  qufslqnss  aieaxétalaai 
qui,,  qrauat  paasé  dix  ou  diMaœ  aas  dan»  les  sisppta  aanaaToir 
flairé  l'odeur  d'une  dtaUe  ou  senti  k  aaoïs  et  l'épsaeu,  cfe*« 
¥îennettfc  tout  à  fiaÉ  indociles  e«  iogoovwnblea,.  et  aouvent 
letal3antaUknieaai»dfi  toaiqinltor  »  oa  aebareliffepaa 
dn  taboon. 

ûa  gnsa  de  m,  m  lampti  de  fidâgu»  et  de  dangeia^  na 
aaami  «eoentimier  longtampe.  An  bout  de  quaiaa  aoa aa 
plai,.  le  tabantolâk  est  deweaa  incapable  4e  a'aeqoîÉler  de 
aas  fonotkms.  La  paye  qall  reorà.  est  proporlîanaAi  mc 
MDiaïqa'il  miim»;  oar  c'eai  tou>oaaa  wi  daDHBliquaàj«agea 


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m  u  msêm  mÈwnwKUiM.  kOl 
Nt  lu  cadaàm  étm  cèiiioieaÉi  ni  feapoir  ém  yétampcMes 
n^oklieadnîmt  é'wi  nrf  cette  Tieilaiee  4e  tanske  ûntanls, 
Si»  Uifwllevn  laboM  sertit  réduit  i  ma  en  neiue^W 
Dok.  Ls  «agee  dTim  ItbntiUk  smt  véglés  d'aprj»  le  noi»- 
luede»  AmmBL  iiMiiin  à  m  «erde.  jtaur  ohaoen  (fma, it 
tMHiie  dVrdiiMdre  evu;  à  ttcnclilee  p«r  an*  il  peut  ésme^ 
»'il  rèurit  àéoirtiv  les  leofM  ei  tes  iioleev&>de  son  troupeau» 
9B0BcraMiiMikpamtsix  mUteT^iMes  (ô^ffiSfr.)?  nm  il  vé- 
pMid  deL  taÉ  ohevàk  q«Hl  Mise  Toler  eu^  déroecr.  Or,  le  ¥ei 
à»  dvfax  «e  prarlM|ae  daae  ke  ateppessar  «ne  éobelle  le^ 
:  laiçe  et  evœ  tant  d'adresse  >et  d'asdeot ,  qw  le  ml- 
:  eordiea  pavl  penbe  ea  «ae  seule  Met  k  neiÉMfede 
ses  gafss  de  Umkb  l'eimée.  De  phis»  il  déftwf e  i  ses  dépeae 
d»  aides  oe  gaidieu»  eq  aorns^mlee  qui  eoat  à  son  aervice. 
n  ne  iait  pas  aseies  ds  trois  de  œs  booiouos  poar  an  tabooa 
de  mille  cheyaax.  Malgré  ees  dsreraescfaaBgea,  un  tabantahit 
pcnt,  arec  da  soin  et  de  Tietsitigeace,  réaliser  des  gains  assez 
coDsidécaMesL  Cependant,  pen  dTeotre  eux  amasosat  en  pelil 
ci^âlel  panr  le  tsmpe  a&  ils  derieadroat  îavalides. 

£d  attendaai,  les  pésils  qu'île  attoMtent  sus  eesaefoait 
dos  idaaitihitiT  ka  honanae  les  ph»  isfoncbea  et  les  pins  dé- 
tesmiaée  qu'il  j  astaa  aaoeda.  C'eet  oae  chose  receasiBe  qne 
cdas  qnî  a  aieaé  ee  ^snee  de  vie  pendant  dcsui  oa  trois  ans 
est  iaeapabte  de  se  plier  i  des  babitades  paîsèUes  et  rég»** 
Ijésea.  D'une  aatni  part»  qnicoiupie  tromre  dans  une 
trie  aaoiisi  fatigante  ol  moins  dasgereuse  les  mogrcns  de  i 
sister  n'a  garde  d'eadirasser  catte^Ià,  11  ca  résaUe  jqae  les 
tabnalahiks  seneemtflnt  panai  la  Isedeiapopolataon.  Coasose 
levr  pedie  esA  preaqne  taajaiQ»  assez  bi<ni  garnie,  ils  se  \^ 
vrant,  dana  des  caftateis  bergn»  qu^esi  reaoenif  e  enciertaîm 
eadrails  des  steppes ,  k  des  esgies  efrogrables  i  ils  paisiad 
des  nuits  entières  à  boire  et  à  jouer,  assigné  la  natare  de 
lears  fonotieas,  qnî  leur  défiradmit  de  a'écaeter  ua  asul  aso- 
nsaot  da  laftoon.  Le  jaar  venu,,  sb  Bsjoignent  an  giJop  la 
taoflpeaat  W^  >  peadvd  ae  taaips4à,  était  abandonné  ans 
soins  des  eoa»gnrdicDa. 


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kk  LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MÉEIDIONALE. 

Les  tabuntshiks  vivent  dans  une  crainte  continuelle  des  vo- 
leurs de  chevaux,  et  pourtant  il  n'y  en  a  peuUètre  pas  un  parmi 
eux  qui  ne  soit  lui-même  prêt  à  voler  des  chevaux  dans  Too- 
casion.  Le  voyageur  qui  a  laissé  sa  monture  paître  dehors 
pendant  la  nuit,  le  paysan  dont  les  bestiaux  se  sont  égarés, 
doivent,  avant  de  commencer  leurs  perquisitions,  s'informer 
s*il  n'y  avait  point  un  taboon  dans  le  voisinage.  Qu'ils  se  hAr- 
tent  :  le  tabuntshik  ne  perd  point  de  temps  pour  se  débar- 
rasser du  produit  de  son  vol;  que  ce  soit  un  bœuf  ou  on 
cheval,  il  le  vend  ou  le  troque  au  premier  pâtre,  berger  ou 
tabuntshik  qu'il  rencontre;  celui-ci  l'échange  ou  le  vend  à 
un  autre  :  en  quelques  jours,  un  cheval  qui  a  été  dérobé  sur 
les  rives  du  Dnieper  passe  de  main  en  main  jusqu'à  ce  qu'il 
arrive  aux  bords  du  Danube.  Le  propriétaire  légitime  le 
cherche  encore ,  que  déjà  il  est  hors  des  domaines  du  czar 
et  figure  dans  le  haras  d*un  magnat  de  Hongrie. 

.  Par  suite  de  sa  vie  désordonnée  et  des  excès  dont  il  la 
souille,  le  tabuntshik  est  généralement  mal  vu  ;  cependant  on 
recherche  son  amitié  et  l'on  craint  de  l'avoir  pour  ennemi  ; 
son  maître  lui-même  le  ménage,  car  ce  n'est  point  un  domes- 
tique qu'on  puisse  renvoyer  du  jour  au  lendemain  :  une  fois 
que  les  chevaux  du  taboon  se  sont  accoutumés  à  ses  soins, 
ils  refusent  d'obéir  à  la  voix  d'un  autre.  Il  les  connaît  tous 
individuellement  :  il  sait  quels  sont  les  défauts  et  quelles  sont 
les  qualités  de  chacun  d'eux,  ceux  qu'il  convient  de  vendre 
et  ceux  qu'il  est  à  propos  de  conserver;  il  sait  aussi  où  se 
trouvent  les  meilleurs  pâturages;  en  un  mot,  il  s'est  rendu 
nécessaire,  et  il  a  le  sentiment  de  son  importance.  Certain  de 
l'impunité ,  il  abuse  de  sa  position,  et  il  affecte  un  profond 
mépris  pour  les  tskabaums  et  les  t$herednik$  (pâtres  et  vachers), 
.gens  honnêtes  et  paisibles  qu'il  regarde  comme  appartenant 
à  une  espèce  inférieure. 

Les  foires  les  plus  importantes  pour  chevaux,  entre  le  Dnie- 
per et  le  Dniester,  se  tiennent  à  Balta  et  à  BerditshefF.  Les 
chevaux  y  sont  amenés  libres  de  toute  entrave.  Tandis  qu'ils 
traversent  les  villes  et  les  villages,  ils  s'effirayent  souvent  des 


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LES  STEVPBS  DE  LA  BUSSIE  MÉEIDIONALE.  (5 

noareâux  objets  qui  frappent  leur  vue.  Leurs  conducteurs  ne 
s'en  inquiètent  nullement,  Texpérience  leur  ayant  appris  que 
la  peur  est  le  meilleur  moyen  d'empêcher  leurs  bètes  de  se 
disperser.  Arrivé  à  l'endroit  du  marché,  le  taboon  est  ren- 
fmié  avec  le  tabuntshik  dans  un  enclos  en  dehors  duquel  le 
propriétaire  se  tient  assis.  Les  acheteurs  tournent  autour  de 
l'endos,  afin  de  fixer  leur  choix.  Ils  ne  doivent  point  s'at- 
tendre à  ce  qu'on  fasse  trotter  devant  eux  les  chevaux  pour 
mieux  les  examiner.  Il  faut  qu'ils  en  jugent  par  eux-mêmes  et 
d'i^wès  les  indices  qu'Us  pourront  saisir,  ce  Je  n'ai  i  vendre 
que  des  chevaux  sauvages,  dit  le  maître;  inspectez-les  aussi 
longtemps  qu'il  vous  plaira.  Ce  cheval  que  voici  est  âgé  de  cinq 
ans;  j'en  suis  certain,  puisqu'il  a  été  nourri  sur  mes  steppes. 
h  ne  sais  rien  autre  chose  de  lui.  Son  prix  est  de  cent  roubles; 
voulcK-vous  l'acheter?  —  Oui.  — Je  vais  donner  ordre  qu'on 
l'attrape;  mais  je  vous  conseille  de  donner  quelque  chose 
au  tabuntshik,  afin  qu'il  ait  soin  de  ne  point  blesser  la  béte 
en  l'arrêtant.  » 

Cette  recommandation  n'est  pas  à  négliger;  car,  si  Ton  ne 
procède  point  avec  beaucoup  de  précaution,  le  cheval  peut 
s'estropier,  et  comme  on  ne  se  rend  mattre  de  lui  qu'après  le 
marché  conclu,  le  dommage  est  au  compte  de  l'acheteur,  et 
non  point  du  vendeur.  Si  le  tabuntshik  est  content  de  la  gra- 
tification qu'on  lui  a  donnée,  il  s'approche  doucement  du 
cheval  désigné,  et  lui  jette  sa  fronde  sur  le  cou  de  manière  à 
ne  pas  le  blesser.  Dans  le  cas  contraire,  il  le  jette  par  terre 
au  moyen  d'une  sangle;  l'animal,  qui  s'est  d'abord  cabré  de 
toute  sa  hauteur  et  de  toutes  ses  forces,  se  calme  peu  à  peu 
et  se  laisse  emmener  par  son  nouveau  mattre  ;  celui-ci  em- 
ploie souvent  toute  une  année  à  le  corri(][or  des  défauts  que 
lui  avait  frût  contracter  sa  première  éducation. 

Les  transactions  qui  s'opèrent  dans  ces  foires  sont  peu  de 
chose  si  on  les  compare  à  celles  qui  ont  lieu  sur  les  steppes 
mêmes.  Les  agents  du  gouvernement  russe  et  d'autres  mar- 
chands maquignons  visitent  successivement  les  divers  taboons, 
choisissent  les  sujets  qu'ils  veulent  acheter,  et  les  payent  en 


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^#9  à«mt  fNT  iMe.  H  estf^énéniuMftiiadaiîs  ipie ievtln- 
imu  <V«M  même  tabom  «e  Tritnt  ^  pea  pvèi  fef  ms  leB 
mtrè9j  «^«6t<^^re4ttt'îlB  Boot  Airoiichesy  vicien  «t  dUSoUn 
è  «p^rivoÎBur.  Cdpâidnt  qnel^Mi  tabM»  jimssii^  d^ae 
iiiâU0«re  vépmfttàm  et  Im  froÂnls  en  Mvt  fAia  Mtimè». 

BwMt  M  •^'OH  ifipidlle  ia  fadle  «aisoii^e  Mqfwna  nitiB 
4'0€Utee),  te  UlBOan  erre  jMtf  d  nuil;  i  tiavcn  la  «teppe; 
pendxBt  tes  six  autres  meis  de  ramièe  il  passe  la  mk  à  eea- 
tcDl;  le  jmr  teaii,  <m  ielaitie  Joitir  dânasieplaiose,  et  là  l«e 
pMrereft  dusran  écaitent  Jwrec  leur  nabot  la  'CMcke  de  nmge 
té|Miadiie  mt  le  sol,  allar  4>  chercberna  pem  (ftnerbe*  <^amd 
nous  dôcme  •qo'ifo  passent  la  naît  à  coavert,  noue  «'eniHi 
dens  ingaifier  lien  ifM  rfettenAte  à  iiae  io^^ 
en  qnestioii  eet  aa  enclos  isrmé  d'idi  wsm  en  ttuoii  dee- 
sécbéy  et  sur  leqadl  «n  a  constrsBt  <k  c&tèda  nord  une  eqirèee 
de  toitve^niBsiàrB  afin  de  le  gacsntir  de  la  bîse«  Les  étalotie 
e'eiDpai«eat  d'abord  des  meilleiiiw  places  de  x»  hangar;  Isa 
jeunes  poulains  forment  des  groupes  le  long  da  sÉar^  et  «e 
asnrent  tes  ans  eontre  lessutres  pasv  eBÉRftaDîrparsii  eux 
ma  peu  de  cbalear*  Ce  a'est  pas  du  froàd  qa'ila^nit  ks  pkis  à 
aouRrir  :  le  tabontsMk  lew  délivre  awe  «ertaine  pnotimn  de 
fourrage;  unm  ceftteprovîsiM  eet  varefl^eat  salHsaivte*  Am»- 
snre  que  Tbiver  s'afaoes»  le  foin  dorieaÉ  phn  ram,  et  Toa  tM 
forcé  d'y  aabstitoer  de  la  païUa  et  des  voseaaa  desséchéB 
qo-on  gardait  pour  te  eha«Âige  {!).  Bneore  n'es^ee  pas  sans 
de  graades  contestations  que  le  tabaatsidk  obtsoit  ces  naigMB 
alioients  du  csiisinier  et  dn  sunreittant  des  poêles  (3).  Si  l'hirer 
se  prolonge  au  delà  dn  taa»  oadinaire,  les  nrtbeareax  dia- 
vawx  sont  rédaits  i  manger  ht  terre  dont  le  asar  de  rappentàs 
est  formé;  quelquefois  même  âb  s'avrraebetit  les  «ns  aas 
autres  les  crins  de  la  queae^  et  ils  les  déronreat.  fit  cela  anife 


(f)  Gomme  il  n'y  a  dans  les  steppes  ni  forètf  ni  mines  de  bouille,  on 
se  chauffe  principalement  ayec  de  la  paille  et  des  roseatn. 

(2)  Il  y  â  toujours  dans  les  mafeons  ridiei  an  dmaenaque  diargé  eida- 
meneat  de  teiRer  aat  i^oêlesi 


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poar  «pprtfsriMmiev  tM»  les  l^diMi»  {jfMidml  weti 
II 

v^eiUl  p»  >élêiMiwt  q«»  «elle'  BSàflOA  mlèf«^  nb 
I  CfflttidénMÉ  de  «hefaift.  Il  m  p6rtt  ^elquelbis  h 
îlifc,  et  eon  «piî  mrvmnt  sonl  teH^umnl  «mMeris,  idte- 
i  éfai9és,>qMÂriiiMMrfSB6Rt  à  f«iîfie  pow  learMiMf^. 
L'année  1833  fiit  extrêmement  meuririèrev  ^  dsM\  MB  iiprè^, 
les  f  layi»  qpf'eile  mml  ciMês  n'étaneiH  pas  Hmmt  répsif es. 
JDttt  «B  'lri)dmi  de  HiMe  die^m,  il  y  a  généralenetit  èe 
^fÔKKfàyiù^  étjdms,  ai  quatre  o«  cinq  eenls  carales  qtii 
peawl  piHte^t^  Leff'èlftloiis,  snrtMl  tes  timix,  «ecénsidè^ 
mt  •CMUB6  1m  Mgneors  et  maîtres  de  la  coignwrrnrrté;  ih 
«Kemnt  lenr  mtorité  avec  fort  pen  de  modération,  et  ise 
livMÉft  flntn  0ÊK  4es  conbatH  désespérés,  iinî({n6fflent  pour 
VmÊoat  ûû  la  préémineneê.  Il  existe  fonfours  dans  chaqn^ 
tibosn  imétakm  qâ,  {riva  inécbant  on  pins  fort  que  ses  ca^ 
8*<8t  ae(fa»  sur  ent  une  sorte  de  suprématie.  Les 
I,  kacaMet,  les  intriffaes  s'agitent  parmi  cette  foule; 
it  OM  eoalitîon  ^génémle  se  forme  contre  un  seul  indfh- 
v;  am  ae  jiatte  aiir  My  on  Taecabie  de  ruades  et  de  mor- 
,  iMi  le  oontrMit  de  vivre  à  Técart. 
C-eal  lon^ae-deex  taboena  ae  rencontrent  que  des  combats 
terriUn  s'enga^enL  Ordmaireanent  les  tatmntshiks  ont  soin 
4ê  laisser  entre  leurs  troupe^rt  respectifs  une  distance  con- 
TeeaUe;  OMiia  celte  reafcontre  peut  avoir  lieu  par  suite  de 
qetk|ae  BégMgtnoe  des  gardiens.'  Souvent  aussi  ils  la  provo- 
^qwDt,  quand,  par  exemple,  il  s'agit  d'occuper  un  pâturage 
CBMieité.  Dana  œa  oceasîans,  les  t^avries  et  les  jeunes  pou- 
iMi  iie  preanent  point  part  à  Taetion.  Des  deux  c6tés  les 
éCakina  s'itasmait  avec  une  farie  et  une  impétuosité  dont  ne 
peaieiit  se  Eure  idée  ceux  qui  n'ont  vu  le  cheval  que  dsms 
i'élal  domeatiqaie.  IVmMés  d'atie  rage  incroyaMe,  fis  hé- 
râieat  kar  criniève  coone  des  lions  ;  ils  se  dressent  les  uns 
^lea atttnst  il*  sedéchirent  avec  teurs  dents';  le  Imnt 
aalxrta  qni  s'entrechoquent  retentiit  au  loin,  et  pen- 


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48  LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  BIÉRIDIONALE. 

dant  cette  lutte  acharnée,  dont  le  tumulte  et  l'agitation  ne 
sauraient  se  décrire,  ils  rugissent  et  poussent  des  cris  perçants 
qu'on  n'entend  nulle  part  ailleurs.  La  troupe  victorieuse  em- 
mène toujours  en  triomphe  un  certain  nombre  de  cavales  pri- 
sonnières. Les  tabuntshiks  s'occupent  alors  de  l'échange  des 
captives.  Il  est  bien  rare  qu'à  propos  de  cet  échange  Us  n'en 
viennent  pas  aux  mains,  eux  aussi,  si  toutefois  ils  ont  pu 
rester  neutres  jusque-là. 

Le  printemps  venu,  les  chevaux  s'indemnisent  des  priva— 
tiens  de  l'hiver.  Les  loups  ne  sont  pas  moins  pressés  de  ré- 
parer les  jeûnes  qu'ils  ont  endurés.  C'est  l'époque  o&  la 
chair  des  poulains  est  la  plus  délicate,  et  les  loups,  qui  sont 
connaisseurs,  la  préfèrent  à  celle  du  mouton  et  du  bœuf. 
Nuit  et  jour  ils  errent  dans  le  voisinage  des  taboons,  et 
forcent  les  chevaux  à  se  tenir  constamment  sur  la  |défen- 
sive.  Gomme  ils  se  sentent  les  plus  faibles,  ils  ont  recours  à 
la  ruse.  Us  s'exposeraient  à  une  mort  presque  certaine  s'ils 
attaquaient  un  taboon  en  plein  midi  ;  ils  le  savent,  et  quelque 
pressés  qu'ils  soient  par  la  faim,  ils  ne  se  hasardent  jamais  à 
.commettre  un  pareil  acte  de  témérité.  C'est  la  nuit,  lorsque 
le  troupeau  est  dispersé  dans  la  plaine  et  qu'eux-mêmes  sont 
assez  nombreux,  qu'ils  attaquent  leur  proie.  Alors  un  admi- 
rable esprit  d'ensemble  et  d'union  se  déploie  parmi  les  che- 
vaux à  la  première  alarme  ;  les  étalons  et  les  cavales  se  por- 
tent rapidement  vers  le  point  menacé,  et  fondent  sur  les 
assaillants  avec  une  impétuosité  qui  met  souvent  ceux-ci  en 
déroute.  Les  loups  reviennent  bientôt  à  la  charge;  ils  s'em- 
parent de  quelque  pauvre  poulain  qui  s'est  écarté  dé  quel- 
ques pas  du  gros  de  la  troupe,  et  s'apprêtent  à  l'entraîner; 
sa  mère  se  précipite  pour  le  délivrer,  au  risque  de  partager 
son  sort.  C'est  ici  que  le  combat  s'engage  véritablement;  les 
cavales  forment  un  cercle  dont  les  jeunes  poulains  occupent 
le  centre.  Nous  avons  vu  certaines  peintures  d'après  lesquelles 
des  chevaux  se  défendant  contre  des  loups  leur  présentent 
le  train  de  derrière.  Rien  de  cela  n'est  exact  :  les  chevaux 
s'avancent  sur  leurs  ennemis  en  phalange  serrée;  ils  leur  font 


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LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MÉRIDIONALE.  M 

tète,  ils  les  déchirent  avec  leurs  dents,  ils  les  écrasent  avec 
leurs  pieds.  Pendant  ce  temps^là  les  étalons  se  tiennent  en 
dehors  de  la  ligne;  les  crins  hérissés  et  les  naseaux  dilatés  par 
la  colère,  ils  galopent  sur  les  flancs  de  leur  année,  et  rem- 
plissent à  la  fois  les  fonctions  de  généraux,  de  trompettes  et 
de  porte-étendard.  S'ils  voient  un  loup  qui  ose  les  aflRronter, 
ils  s'élancent  sur  lui,  et  souvent  ils  l'assomment  d'un  seul  coup 
de  leur  puissant  sabot.  Dans  ce  cas,  ils  traînent  avec  leurs 
dents  le  cadavre  jusqu'au  milieu  des  cavales,  qui  piétinent  sur 
lui  jusqu'à  ce  qu'il  ne  soit  plus  qu'une  masse  informe.  Si,  au 
contraire,  l'étalon  échoue  dans  ce  premier  élan,  c'est  fait  de 
lui;  huit  ou  dix  loups  affamés  lui  sautent  à  la  gorge,  et  ne 
lâchent  point  prise  qu'il  ne  tombe  mort  sur  le  sol.  Mais  la 
proie  qu'ils  ont  abattue,  ils  n'auront  point  la  chance  de  la 
dévorer;  les  autres  étalons  se  précipitent  et  vengent  celui 
d'entre  eux  qui  a  succombé.  Les  loups  finissent  toujours  par 
être  complètement  défaits;  ils  fuient  en  désordre,  laissant  sur 
le  corps  des  vainqueurs  plus  d'une  marque  sanglante,  plus 
d'une  entaille  profonde  qui  atteste  l'acharnement  de  la  lutte. 
Ces  grandes  batailles  n'ont  lieu  que  rarement  ;  en  général, 
le  loup  les  évite.  Sa  tactique  consiste  en  surprises  :  il  se  glisse 
sournoisement  à  travers  les  herbes  delà  steppe,  il  s'approche 
du  taboon  en  prenant  le  côté  oii  le  vent  donne,  et  là  il  restera 
en  embuscade  pendant  des  heures  entières  jusqu'à  ce  qu'une 
jument  s'écarte  avec  son  poulain  du  reste  du  troupeau.  Même 
alors  il  ne  tente  pas  une  attaque  à  force  ouverte  ;  il  s'approche 
encore  davantage  en  rampant ,  les  mouvements  de  sa  queue 
imitant  ceux  d'un  chien.  Si  la  cavale,  trompée  par  ses  dé- 
monstrations amicales,  le  laisse  s'approcher  d'assez  près,  il 
lui  saute  à  la  gorge,  et  en  un  moment  il  la  saigne  et  la  tue; 
puis,  s'emparant  du  poulain,  il  l'entratne  ou  l'emporte,  et  il 
disparaît  avec  son  butin  avant  que  le  tabuntshik  ait  soup- 
çonné sa  présence.  Ses  tentatives  de  maraude  n'obtiennent 
pas  toujours  un  succès  aussi  complet  ;  souvent  la  cavale  évente 
sa  ruse  et  donne  l'alarme  ;  le  tabuntshik  accourt,  et  le  dénoù- 
mentde  l'affaire  est  qu'il  augmente  son  bagage  d'une  belle  four- 

5«  SÉRIE.  —  TOME  XI.  h 


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50         tes  àTCims  de  la  Russie  MÉAI^foiirAtB. 

mre  dont  oti  Itri  offrira  dfat  à  âtttne  rouMe».  Ltf  seAale  thMëé 
qui  reste  au  loup  pour  d'échapper,  c'csé  de  rouler  la  lèle  M 
première  au  fotid  de  quelqtw  ratin,  exereiccf  ^f^^iM^Uqtfe  qM 
le  cavalict  ô'absttcnt  prudetwfteifift  d'itoheir. 

Toicî  venir  l'été;  les  loups  sont  nt(Am  iacottinièdefi^,  AMAS 
les  malheureux  chevaux  voWt  tttùît  à  soùflfHf  de  la  ^if  pi» 
tpi'ih  n'ont  scmffert  de  la  fahn  pendant  Phîtèr.  La  chaleftr 
est  extrême  :  nulle  part  ri  y  ti'a  de  Tombée,  9l  c«  n'es*  cteB^r 
que  Ie9  animaux  produisent  en  fen-nani  de  petite  gfoopei. 
Ils  se  rassemblent  donc  ^  et  là,  chae«fi  d'ew  eberebaai  à 
placer  le  corps  de  sort  vois*  «tftte  hii  etle»  tèyons  d'»ii  mk 
leil  brûlant.  Souvent  le  tabuntsMh  èbetctM  un  abri  au  cM-- 
tre  d'un  de  ces  groupes;  il  s'étend  sirt*  la  terre,  tandis  que  les 
efaevaux  se  tiennent  immobiles,  la  tète  baissée  efl  leur  prunelle 
ardente  fixée  sur  le  sol. 

L'automne  ramène  les  plaisirs  et  la  joie.  La  plaine  se  ood- 
vre  d'une  herbe  verdoyante  ;  les  sources  fournissent  de  l'eau 
en  abondance.  Les  chevaux  amassent  des  forces,  afin  de  se 
préparer  aux  privations  de  l'hiver.  C'est  en  automne  que, 
pour  la  première  fois  de  l'année,  les  chevaux  d'un  taboon 
sont  appelés  à  travailler;  encore  ce  travail  est-il  bien  peu 
fktigant.  Il  consiste  à  écraser  des  gerbes  de  blé.  Voici  com- 
ment M.  Kohi  décrit  cette  opération. 

<(  Sur  un  espace  de  cent  pas  carrés,  on  égalise  le  sol  et  oii 
bat  le  terrain  jusqu'à  ce  qu'il  soit  rendu  solide.  Cet  espace 
est  entouré  d'une  barrière  où  l'on  a  ttiénagé  ufte  porte.  On  y 
étend  les  gerbes  de  blé,  sur  lesquelles  on  feil  trotter  les  che- 
vaux ,  de  manière  à  ce  que  le  grain  sorte  de  l'épi.  Dans  les 
petites  fermes,  où  Ton  ne  peut  employer  que  huit  on  dix  che- 
vaux à  cette  besogtie ,  chacun  d'eux  broie  par  jour  trente  à 
quarante  gerbes.  Mais  dans  les  grandes  termes,  où  l'on  a  à  an 
disposition  la  moitié  du  taboon,  vingt  gerbes  sont  le  maxinwm. 
En  supposant  qu'un  taboon  de  mille  chevaux  soit  mis  à  l'œo- 
vre,  dix  mille  gerbes  peuvent  ainsi  être  égrenées  à  la  fois.  On 
forme  le  troupeau  en  detix  divisions.  Cinq  cents  bétes,  éta- 
lons, cavales,  poulains^  sont  introduites  dans  l'enclos  sous  la 


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ua  9rEPns9  im  la  rvssiv  utKimovAtE,  51 
sorrallaBee  &at  tabmtsfiilt  et  de  ses  aides.  Alors  commence 
âne  scène  de  bal  étrange,  fiintastiqne.  Armés  de  leur  formida- 
ble bnrabnîek,  qu'ils  font  claquer  i  grand  bruit,  les  gardiens 
dament  le  signal  de  la  danse.  Les  cheranx,  épouvantés  d'en- 
tendre ÂlDer  les  fouet»  à  leurs  oreilfes  et  craquer  la  paille 
t<ni9  leurs  pieds,  se  précipitent  comme  des  furieux  d'un  bout 
de  l'enceinte  à  l'autre;  les  plus  rétifis  sont  les  meilleurs  ou- 
Trier».  Le  grain  jaOKt  des  épis,  et  les  gens  de  la  ferme  ne 
^oeeopent  qu'à  rejeter  dans  l'enclos  les  brins  de  paille  qui  ont 
rolé  dehors.  Ceci  dure  une  heure  ;  après  quoi ,  les  chevaux 
ayant  été  retirés  pour  un  moment,  on  retourne  la  couche  de 
geibes,  et  Ton  recommence  ainsi  de  suite  jusqu'à  trois  fois. 
II  convient  de  dire  qu'un  pareil  mode  d'égrener  le  blé  n'est 
praticable  que  dans  les  grands  établissements  d'agriculture 
et  qu'on  en  perd  une  quantité  considérable.  y> 

Tel  est  le  genre  de  vie  sauvage  que  mènent  les  chevaux  des 
steppes!  tel  il  était  encore  du  temps  de  Mazeppa;  mais  les 
scènes  que  l'on  vient  de  décrire  deviennent  de  plus  en  plus 
rares  dans  la  Aussie  méridionale.  La  population  s'y  accroît; 
plusieurs  des  grands  domaines  se  morcellent  et  se  divisent 
entre  plusieurs  petits  propriétaires.  Si  le  gouvernement  russe 
exécute  son  plan  fevorî,  c'est-à-dire  l'introduction  d'un  sys- 
tème régulier  d'agriculture  dans  cette  partie  de  l'empire,  les 
taboons  disparaîtront  graduellement  ou  se  retireront  vers  les 
derniers  confins  de  la  Tartane.  A  quelle  époque  ces  change- 
ments s'accompliront-ils?  on f  ignore.  Les  steppes,  il  est  vrai, 
peuvent  produire  du  blé  en  abondance;  mais  la  difficulté  des 
transports,  le  manque  de  matériaux  pour  la  construction  des 
routes,  opposent  des  obstacles  sérieux  aux  améliorations  pro- 
jetées. Quelques  localités  plus  favorisées  que  les  autres  et 
situées  dans  le  voisinage  des  cours  d'eau  ou  de  la  mer  for- 
ment des  exceptions  à  cette  régie  générale. 

En  comparaison  des  mœurs  turbulentes  et  de  la  vie  agitée 
des  tabuntshiks,  les  moeurs  et  la  vie  des  tshahawns  ou  gardiens 
de  moutons  sont  bien  paisibles  et  bien  inoffensives.  C'est 
tfaprès  le  nombre  des  moutons  que  l'on  évalue  la  richesse 


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52  LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  HÉRIDIONALB. 

des  seigneurs.  Tel  d*entre  eux  en  possède  cent  mille,  et  quel- 
ques-uns de  ces  immenses  troupeaux  n'ont  été  formés  que 
depuis  trente  ans.  La  race  wallaque  est  la  plus  estimée.  Elle 
se  distingue  par  la  grosseur  de  la  queue,  laquelle  ne  consiste 
guère  qu'en  une  masse  de  graisse  très  en  renom  parmi  les 
gourmets  russes  et  tartares.  On  a  aussi  introduit  récemment 
des  mérinos.  Ils  se  propagent  avec  rapidité. 

Le  tshabawn  est  presque  toujours  un  personnage  doux  et 
tranquille  et  dont  le  caractère  participe  de  celui  des  animaux 
qui  lui  sont  confiés.  Comme  il  ne  s'écarte  pas  aussi  loin  que  le 
tabuntshîk,  il  peut  se  procurer  une  foule  de  comforts  auxquels 
celui-ci  doit  renoncer.  Il  mène  avec  lui  deux  chariots  traînés 
par  des  bœufs  et  où  il  serre  ses  provisions,  ses  ustensiles  de 
cuisine,  les  peaux  des  brebis  qui  sont  mortes  de  maladie  et  de 
celles  qu'il  a  réussi  à  arrachera  la  dent  du  loup;  car  le  tsha- 
bawn, malgré  ses  mœurs  pacifiques,  fait  aux  loups  une  rude 
guerre.  Outre  le  plaisir  de  les  tuer,  il  réalise  des  gains  fort 
honnêtes  en  vendant  leur  fourrure. 

Pour  donner  une  idée  approximative  du  nombre  des  bètes 
à  cornes  que  nourrissent  les  steppes,  il  suffit  de  dire  que 
presque  tout  le  suif  exporté  d'Odessa,  de  Riga  et  de  Saint- 
Pétersbourg  provient  de  cette  contrée.  On  en  tire  annuelle- 
ment de  quoi  fabriquer  sept  cents  millions  de  chandelles  et 
cent  millions  de  livres  de  savon.  Cela  ne  date  pas  d'une  épo- 
que récente  :  du  temps  d'Hérodote,  les  Scythes  étaient  renom- 
més pour  leur  suif  et  leurs  cuirs. 

C'est  la  vente  des  chevaux,  le  débit  des  suife  et  des  cuirs , 
l'exportation  des  laines,  c'est  en  un  mot  le  développement  de 
ce  commerce  immense  qui  a  porté  si  rapidement  au  plus  haut 
point  de  splendeur  une  ville  tout  à  fait  moderne,  la  cité  que 
déjà  l'on  appelle  la  capitale  du  Pont-Euxin,  Odessa.  En  1838, 
c'est-à-dire  quarante-six  ans  après  sa  fondation ,  elle  comp- 
tait 69,023  habitants.  En  1802,  ses  importations  montaient  à 
719,000  roubles,  et  ses  exportations  à  1,534,000  roubles.  En 
1839,  ce  chiffre  s'est  élevé  pour  les  importations  à  21,309,000 
roubles,  et  pour  les  exportations  à  tô,636,350  roubles. 


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LES  STEPPES  DE  LA  RUSSIE  MERIDIONALE.  53 

M.  Kohi  décrit  longuement  Odessa ,  ville  étrangère,  ren- 
dez-vous accoutumé  des  marchands  grecs  et  italiens ,  qui  y 
sont  comme  les  fecteurs  des  autres  peuples.  Odessa  est  assise 
sur  le  bord  des  steppes.  De  quelques-unes  de  ses  rues  vous  en 
apercerez  les  plaines  nues  et  désolées,  qui  se  perdent  dans 
on  horizon  sans  limites.  De  riches  marchands  ont  dépensé 
des  sommes  incroyables  pour  écarter  ce  voisinage  et  établir 
des  jardins  aatour  de  la  cité.  Ces  tentatives  ont  eu  peu  de 
succès.  Les  arbres  que  l'on  plante  s'étiolent  malgré  tous  les 
soins  possibles,  et  meurent  au  bout  de  quelques  années.  II 
parait  que,  sous  la  couche  de  terre  végétale  qui  forme  le  sol 
dans  les  plaines  deTEuxin,  s'étend  une  couche  d'argile  froide 
qui  détruit  la  végétation.  Dès  que  les  racines  des  plantes  ar- 
rivent à  cette  couche  inférieure,  l'arbre  se  dessèche  et  périt. 

À  quelque  distance  d'Odessa  se  trouvent  les  colonies  alle- 
mandes. Ce  sont  de  petites  communautés  qui  subsistent  pres- 
que indépendantes  au  milieu  du  grand  empire  des  czars.  II  y 
a  vingt-cinq  mille  de  ces  colons  dans  la  Bessarabie  et  dans 
ks  environs  du  Dniester.  On  en  compte  en  tout  deux  cent 
cinquante  mille ,  qui  sont  dispersés  dans  les  diverses  pro- 
vinces de  la  Russie  ;  ils  jouissent  de  plusieurs  privilèges  pré- 
cieux ,  grâce  auxquels  ils  n'ont  pas  cessé  de  prospérer.  Les 
steppes  renferment  aussi  des  colonies  de  Grecs  et  de  Polo- 
nais; mais  aucune  ne  saurait  lutter  avec  celles  des  Allemands  : 
parleurcourageet  leur  persévérance,  ceux-ci  ont  triomphé  de 
toutes  les  difficultés  qui  s'opposaient  à  leur  établissement  dans 
une  contrée  sauvage.  Ils  ont  le  droit  de  nommer  eux-mêmes 
leurs  magistrats ,  et  ils  ne  connaissent  d'autre  contrôle  que 
celui  du  comité  colonial  à  Saint-Pétersbourg.  Jusqu'ici,  ils  se 
sont  peu  mélangés  avec  les  indigènes,  qui  les  regardent  d'un 
œil  jaloux.  Ceux  qui  ont  le  mieux  réussi  occupent  les  bords 
de  la  mer  d'Azoff ,  près  de  la  petite  rivière  de  Molotshna.  Il 
y  a  là  des  paysans  qui  possèdent  des  troupeaux  de  vingt  à 
trente  mille  moutons.  La  richesse  de  cette  contrée  est  pro- 
verbiale dans  la  Russie  méridionale. 

Lorsque  les  premiers  colons  vinrent  se  fixer  dans  les  step- 
pes sur  l'invitation  du  gouvernement  russe,  outre  l'abandon 


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Hk  LES  STEPPES  PS  LA.  BUSSIS  mJÏUMOIULB. 

de  certain  lots  de  terre,  Us  reçurent  à  titre  d'avances,  des 
chevaux,  des  vaches  et  des  instruments  d'agriculture.  Ces 
avances  constituèrent  une  dette  publique  qui  fut  répartie  en- 
tre les  diverses  colonies,  et  un  impôt  foncier  fut  payé  annuel- 
lement à  l'empereur.  Aujourd'hui,  l'impôt  en  question  rap- 
porte i  la  couronne  2,000,000  de  roubles.  La  terre  concédée 
aux  colons  était  considérée  comme  inaliénable  et  indivisibleu 
Le  père  devait  laisser  à  ses  enfants  le  domaine  tel  qu'il  l'avait 
pris;  plus  tard,  les  descendants  d'un  même  propriétaire  ont 
possédé  en  commun  tout  ce  qui  lui  avait  appartenu  dans 
l'origine;  mais  le  domaine  était  placé  sous  le  nom  d'un  seul 
d'entre  eux. 

Les  empereurs  russes ,  en  attirant  des  colons  alleouuids 
dans  les  steppes ,  se  proposaient  deux  choses  :  d'abord,  de 
peupler  des  terres  presque  inhabitées;  ensuite  d'enseigner 
aux  indigènes  l'art  de  l'agriculture.  Si  Ton  en  croit  certains 
voyageurs,  les  Russes  n'auraient  rien  voulu  apprendre  des 
Allemands ,  qu'ils  détestent.  M.  Kohi,  au  contraire,  assure 
qu'ils  se  conforment  à  leur  exemple,  et  que,  dans  tous  les  cas 
douteux,  on  entend  cette  phrase  :  a  C'est  comme  cela  que 
font  les  Allemands,  »  et  que  ces  mots  décident  la  question.  Il 
est  avéré  que,  seuls,  les  Allemands  ont  adopté  des  mesures 
efficaces  pour  la  destruction  des  sauterelles;  qu'ils  ont  intro- 
duit dans  les  steppes  la  culture  des  pommes  de  terre  ;  qu'Us 
ont  travaillé  à  extirper  les  serpents;  qu'ils  savent  donner  la 
meilleure  façon  aux  terres  de  labour,  et  que,  dans  toutes  les 
années  de  famine,  c'est  à  eux  que  les  Grecs  et  les  Russes  eux- 
mêmes  ont  recours.  D'après  cela,  il  n'est  pas  douteux  que  leur 
présence  ne  soit  un  précieux  avantage  pour  le  pays. 

Usseconstniisentdebelles  et  spacieuses  habitations  ;  quant 
aux  naturels,  ils  ne  sont  pas  mieux  logés  que  les  Troglodytes 
dont  parle  Hérodote.  Ces  dignes  descendants  des  ancieAS 
Scythes  se  creusent  un  trou  qu'ils  recouvrent  de  chaume,  et 
voilàleur  maison.  L'édifice  a  tout  au  plus  quatre  à  cinq  pieds 
d'élévation,  et  il  est  toujours  tourné  vers  le  midi.  Il  règne  A 
Vinlérieur  assez  de  comfort.  Cette  espèce  de  hutte  est  fraîche 
en  été,  chaude  en  hiver;  elle  brave  impunément  le  vent  du 


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iJH  Snsm»  PE  LA  ftUSSlB  MÉB1DI09ALE.  6i 

nord,  qai  passe  par-dessus  en  sifBant  et  en  foaettant  devant 
loi  des  tourbillons  ^de  neige. 

Les  ^eppes  duPont-Euxin  doivent  à  leur  position  géogra- 
phique les  avantages  commerciaux  dont  ne  jouissent  point  les 
steppes  de  la  mer  Caspienne  et  de  TAral.  Odessa»  Tapanrog, 
Sebastopol  et  autres  villes  florissantes,  se  sont  élevées  sur  les 
bords  de  la  mer  Noire.  Aucune  grande  cité  n'a  été  fondée  dans 
les  temps  modernes  sur  les  bords  de  la  mer  Caspienne.  Ce- 
pendant, à  part  cette  circonstance  qui  est  toute  locale,  la 
description  que  nous  avons  faite  des  plaines  d'Odessa  et 
du  Don  s*af>plique  fidèlement  aux  steppes  qui  touchent  à 
Yempire  chinois.  Cette  contrée  plate  et  ouverte  a  de  tout  temps 
livré  aux  conquérants  qui  ont  voulu  s'en  emparer  un  chemin 
fiicile;  mais  la  même  cause  qui  permettait  de  l'occuper  mo- 
mentanément empêchait  qu'on  ne  s'y  établit  d'une  manière 
permanente.  Les  Russes  ont  les  premiers  conquis  réellement 
h  Scythie,  et  ils  l'ont  conquise  moins  par  leurs  armes  que  par 
l'influence  pacifique  de  leurs  colons  allemands.  Ovide,  eh 
parlant  des  steppes,  disait  : 

Tu  neque  meMorum  corpore  nuda  vidîi 
Nec  tibi  pampineas  autumnus  porrigit  uvas. 

Pendant  dix-huit  siècles,  ces  vers  ont  pu  être  vrais;  au- 
jourd'hui, ils  ne  le  sont  plus.  Les  plaines  de  l'ancienne  Scy- 
tfaie  sont  couvertes,  en  certains  endroits,  de  riches  inoissons; 
les  vins  du  Don  et  de  la  Crimée  sont  devenus  célèbres  et  ne  tar- 
dat>nt  pas  à  être  un  objet  d'exportation.  La  côte  méridionale  de 
cette  même  Grimée  est  regardée  comme  le  jardin  et  le  verger 
de  Saint-Pétersbourg.  Les  tribus  nomades  se  convertisseùt 
tous  les  jours  à  une  vie  réglée  et  sédentaire.  Qu'il  y  ait  dans 
ces  tableaux,  présentés  par  les  autorités  locales,  un  peu  d'exa- 
gération, c'est  à  quoi  l'on  doit  s'attendre;  néanmoins,  ce  que 
lefouverneoient  russe  a  déjà  fait  s\iffit  pour  justifier  l'admi- 
ration de  l'Europe,  et  s'il  poursuit  son  œuvre  comme  il  l'a 
commencéOy  les  steppes  0e  la  Russie  auront  acquis  dans  vingt 
imsune  grande  importance  politique. 

[Àsiatic  Journal.) 


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jÇtstotn*  —  Mottxvs.  —  iTigiglatton* 


LE  DUEL. 


Le  duel  est  une  coutume  particulière  au  monde  moderne, 
on  n'en  trouve  pas  de  traces  parmi  les  nations  de  l'anti- 
quité. Qu*un  homme  puisse  mettre  deux  existences  en  péril 
pour  une  offense  qui ,  dans  la  plupart  des  cas ,  et  même  ja- 
mais, ne  mérite  le  châtiment  qu'on  veut  faire  subir  à  l'offen- 
seur, en  supposant  encore  que  ce  soit  lui  qui  soit  puni;  que 
cela  ait  lieu  partout ,  en  dépit  des  lois  et  de  la  religion  ;  que 
cela  passe  pour  honorable,  et  qu'on  ne  puisse  s'en  dispenser 
sans  porter  atteinte  à  sa  considération  personnelle,  c'est  ce 
qu'on  ne  voit  que  chez  les  peuples  civilisés  du  monde  chré- 
tien. Toutefois,  il  ne  faut  pas  s'y  tromper,  il  n'y  a  entre  la 
barbare  coutume  du  duel  et  la  charitable  morale  du  christia- 
nisme d'autre  rapport  que  celui  de  la  simultanéité;  ce  sont 
deux  faits  coexistants ,  mais  parfaitement  indépendants  l'un 
de  l'autre.  Le  duel  ne  nous  vient  que  des  coutumes  et  des 
superstitions  des  Barbares  qui  envahirent  l'occident  de  l'em- 
pire romain.  César  et  Tacite  nous  apprennent  que  les  anciens 
Germains  décidaient  leurs  querelles  particulières  par  l'épée  ; 
et  lorsque  la  conquête  eut  mieux  fait  connaître  leurs  mœurs, 
on  voit  le  fait  confirmé  par  les  lois  qu'ils  rendirent.  En  SOI, 
une  loi  de  Gondebaud  le  Bourguignon  ordonne,  pour  remé- 
dier à  l'obstination  et  à  l'avarice,  que  toutes  les  contestations 
doivent  se  décider  par  l'épée;  et  Frothius  le  Danois,  digne 
descendant  des  héros  de  l'Edda ,  dit  expressément  qu'il  est 
plus  noble  de  résoudre  une  difficulté  par  la  force  que  par  la 
parole  :  Speciosius  tiribus  quam  verhis  confligendum  e$se  caiwn. 


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LE  DUEL.  57 

Plus  tard,  lorsque  les  mœurs,  eurent  fait  quelques  progrès, 
Loitprand  dît  encore,  en  701  :  «  Nous  ne  pouvons  pas  croire 
»  i  la  justice  de  ce  qu'on  appelle  le  jugement  de  Dieu ,  car 
»  nous  avons  vu  périr  bien  des  innocents  pour  la  défense 
»  d'une  bonne  cause;  mais  cette  coutume  est  si  ancienne 
»  parmi  les  Lombards  que  nous  ne  pouvons  pas  Tabolir, 
>  malgré  son  impiété,  d  Ces  lois  et  coutumes  expliquent  la 
véritable  origine  du  duel  ;  c'est  de  là  que  le  duel  moderne, 
modifié  par  le  temps,  est  venu  jusqu'à  nous.  Mais,  en  rap- 
portant ainsi  son  existence  à  l'ignorance  et  à  la  brutalité  de 
nos  barbares  ancêtres,  n'est-il  pas  humiliant  de  voir  qu'il  se 
soit  perpétué  jusqu'à  nos  jours  ,  et  que  l'homme  bien  élevé 
du  dix-neuvième  siècle  doive  dire  avec  le  Lombard  du  hui- 
tième :  «  Nous  ne  pouvons  l'abolir,  malgré  son  impiété?  » 

La  féodalité  reçut  le  duel  ou  combat  judiciaire  des  Bar- 
bares ;  mais  elle  le  modifia ,  le  régla  par  des  lois ,  en  fit  une 
institution  sociale,  une  solennité  à  laquelle  les  pouvoirs  tem- 
porel et  religieux  prêtaient  l'éclat  de  leur  présence.  Othon  II, 
par  son  décret  de  Vérone ,  en  étendit  l'obligation  aux  prê- 
tres et  aux  femmes ,  mais  en  leur  accordant  la  faculté  de  se 
(aire  représenter  par  des  champions.  Les  Danois  allèrent  plus 
loin  encore,  car  leurs  femmes  et  leurs  filles  étaient  obligées 
de  détendre  leur  honneur  en  personne.  Cependant,  pour  éga- 
liser les  chances  du  combat,  on  enterrait  leur  adversaire  jus- 
qu'à la  ceinture;  l'héroïne,  libre  de  ses  mouvements,  était 
armée  d'une  lanière  de  cuir  à  l'extrémité  de  laquelle  était  atta- 
chée une  pierre  pesante  :  elle  cherchait  à  frapper  son  ennemi 
sur  la  tète,  et  lui,  pourvu  d'un  bâton,  était  déclaré  vaincu  s'il 
manquait  trois  fois  son  adversaire  ou  laissait  son  arme  tou- 
cher la  terre.  En  Angleterre  cependant,  il  semblerait  que 
le  combat  singulier  était  à  peu  près  inconnu  avant  la  con- 
quête normande.  C'était  par  une  compensation  pécuniaire 
que  devaient  se  terminer  les  différends,  et  les  lois  du  roi  Al- 
fred sont  positives  à  cet  égard.  Hais  le  conquérant  introdui- 
sit les  rudes  coutumes  de  ses  fiers  Normands  :  il  commença 
par  provoquer  Harold  en  combat  singulier,  et  la  seule  res- 


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ëB  hE  WDEL. 

tiiclioa  qu'il  ûapose  daas  ses  lois  a«  oooibai  jiMUcitire,  c'est 
q/ie  «  aucun  prêtre  ae  peut  se  battre  sans  i'autorisation  de 
.9011  évéque.  x>  De  cette  époque  date  le  défi  aolenad  que  le 
cbampioa  des  rois  d'Angleterre  vient  jeter  au  monde  lors  de 
leur  couronnement.  La  dernière  fcm  que  cette  partie  du  ce- 
réiuoaial  a  été  accomplie ,  c'était  au  couronnement  de  Geor- 
ges IV»  et  ce  fut  le  duc  de  Wdlington  qui,  entré  dans  l'^^ae 
de  Westminster  à  cheval  et  anné  de  toutes  pièces,  remplit 
Voffîce  de  champion  du  roi. 

L'on  des  plus  anciens  combats  judiciaires  que  l'on  trouve 
daos  les  annsdes  anglaises  est  celui  que  le  comte  d'Eu,  Ac- 
cusé par  GodeÊroy  Baynard  de  conspiration  contre  GuillauaK 
le  Roux,  livra  à  son  accusateur  daas  la  plaine  de  Salisbury. 
Vaincu  en  présence  de  toute  la  cour,  il  fut  cruellement  mu- 
tilé par  ordre  du  roi .  on  lui  arracha  les  yeux;  son  écUyer  fiit 
fouetté  et  pendu. 

On  raconte  Thistoire  plus  romanesque  d'un  comte  de  Mo- 
dène  qui,  pour  avoir  imité  la  continence  de  Joseph,  fut  per- 
sécuté, comme  l'avait  été  le  patriarche  juif,  par  Marie  d'Ara- 
gon, femme  de  l'empereur  Othon.  Il  eut  beau  protester  de 
son  innocence,  tout  ce  qu'il  put  obtenir ,  ce  fut  un  combat 
en  champ  clos  ;  il  fut  vaincu ,  et  aussitôt  décapité.  Sa  femme, 
sans  se  laisser  abattre  par  cet  épouvantable  spectacle,  prit 
la  tète  sanglante  de  son  mari,  et  la  déposa  aux  pieds  de  l'em- 
pereur en  demandant  vengeance  :  <(  De  qui?  dit  l'empereur. 
—  De  vous-même,  qui  avez  sanctionné  une  iniquité;  car  Je 
suis  prête  à  prouver  l'innocence  de  mon  mari  par  l'épreuve 
du  feu.  »  Une  barre  de  fer  rouge  placée  au  milieu  d'un 
brasier  ardent  décida  l'affaire  :  la  malheureuse  comtesse ,  la 
saisissant  sans  crainte  et,  dit-on ,  sans  douleur,  redemanda 
à  l'empereur  sa  propre  tête  pour  avoir  fait  périr  un  inno- 
cent. La  chronique  ajoute  que  rempereur,~après  avoir  mâr- 
rement  examiné  la  proposition,  imagina,  comme  moyen  de 
conciliation,  de  faire  brûler  sa  femme,  ce  qui  fut  en  effet 
exécuté  à  Modène ,  en  l'an  du  Seigneur  998. 
Le  plus  singulier  exemple  de  combat  judiciaire  est  peut- 


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UB  MJH..  m 

Itee  obM  qai  se  lirn  à  Teh&de  MUS  le  pMiîfieai  de  Grégitt^ 
feGr— d,  et  pmir  eenienir  ses  ambiiîeux  prçîeis.  Nous  iroiik 
voua  le  fidt  dans  rHisioire  de  TÉglise  du  docteur  Waddi«|^ 
IOB«  Il  yenit  qu'eu  ce  iemps-là,  le  nissel  s^H|ue  aTatt  fini 
far  ae  subaltHier  en  Espagne  à  celui  de  l*Église  romaine.  Lu 
Uigai  du  pape  et  la  reine  Caroline  de  Castille  avaient  à  cœw 
de  réiablîr  TaulArité  du  nâssel  romain.  La  iH^lesse»  le  p««- 
fit,  et  mette  la  plus  grande  paartie  du  clergé ,  défendaient 
chaudemeAl  leur  rituel.  Aussi,  après  d'inutiles  discussionil, 
£it-il  résolu  de  décider  la  question  par  Tépreuve  du  combat. 
Los  eh&raliecs  se  battirent  en  présence  d*une  foule  immeasci, 
«t  le  chanpioii  du  rituel  gothique  triompha.  La  cour  ^  mé- 
contente du  résultat,  voulut  renvoyer  la  décision  définitive  à 
une  seconde  épreuve,  celle  du  feu,  que  les  missels  eux-mémefii, 
et  non  plus  des  kommes  en  leur  place ,  eurent  à  subir.  Le 
missel  gothique  trionqpha  encore,  et  fat  retiré  intact  des 
flammes  ou  son  rival  avait  été  consumé.  La  victoire  semblait 
définitive,  lorsqu'on  découvrit  que  les  cendres  du  missel  ro- 
main, s'enlevant  dn  milieu  des  flammes,  s'étaient  envolées  au 
del.  Ce  miracle  renversa  les  positions,  ou  du  moins  la  vic- 
toire du  missel  gothique  devint  chose  assez  douteuse  pour 
qu'on  crût  devoir  donner  raison  au  pape. 

Dans  ces  âges  barbares ,  il  n'y  avait  d'autre  état  pour  la 
noblesse  que  le  cloître  ou  Tépée,  que  chacun  regardait  comme 
sa  seule  sauvegarde.  Les  tribunaux  n'existaient  que  pour  les 
femmes ,  les  gens  de  robe ,  les  bourgeois  et  les  vilains.  La 
force  triomphait  partout,  et  Ton  se  battait  sans  honneur 
comme  sans  merci  pour  prouver  ou  nier  des  crimes  dont 
le  juge  ou  le  bourreau  auraient  fait  bien  meilleure  justice, 
et  ^oi  semaient  entre  les  familles  le  germe  de  querelles 
sans  fin.  Témoin  le  fatal  duel  de  Hereford  et  de  Norfolk,  ori- 
gine de  ces  guerres  dont  Fuller  a  dit  mélancoliquement  que 
«  la  rose  rouge  y  pâlit  du  sang  qu'elle  y  perdit ,  et  que  k 
blanche  y  rougit  du  sang  que  ses  partisans  firent  couler.  » 
Cependant  le  remède  allait  sortir  de  l'excès  du  mal.  La  con- 
solidation des  royautés  et  le  développement  du  pouvoir  mo- 


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60  XE  1H7EL. 

Darchique  donnèrent  une  force  réelle  aax  lois  générales  des 
états,  et  le  combat  singulier  comme  preuve  judiciaire  finit  par 
disparaître  au  quinzième  siècle.  Mais  alors  il  s'ouvrit  une 
nouvelle  carrière  sur  un  terrain quela loi  sembleimpuissanteà 
saisir,  sur  celui  de  l'honneur  individuel.  L'honneur,  senti- 
ment vague,  irritable,  impossible  à  définir,  que  l'état  lui- 
même  encourageait  chez  ses  nobles,  et  dont  il  remettait  la 
défense  à  leur  valeur  individuelle.  Ce  qu'on  appelle  aujour- 
d'hui l'honneur  n'est,  en  réalité,  qu'une  transformation 
des  sentiments  et  des  mœurs  de  la  chevalerie  antique.  Les 
aventures,  qui  ne  manquaient  pas  d'abord  au  chevalier  errant 
protecteur  des  feibles,  opprimés  partout,  ont  disparu  partout 
aussi  devant  l'organisation  d'une  bonne  police;  mais,  en 
mourant  d'inanition,  la  chevalerie  nous  a  laissé  un  code  fan- 
tastique qui,  plus  ou  moins  modifié ,  s'est  perpétué  jusqu'à 
nous.  Les  lois  de  l'honneur,  les  motifs  pour  lesquels  on  doit 
se  trouver  offensé,  la  manière  d'obtenir  une  réparation,  la 
marche  à  suivre,  les  privilèges  de  l'ofiensé,  les  devoirs  des 
seconds  et  autres  points  de  la  matière ,  furent  exposés  dans 
d'innombrables  volumes  et  discutés  avec  toute  la  subtilité  du 
moyen  âge,  avec  un  talent  qu'il  eût  été  facile  de  mieux  em- 
ployer. Puflendorf  et  Grotius  n'ont  pas  recherché  avec  plus 
de  conscience  le  droit  des  gens  et  les  lois  de  la  guerre ,  que 
Mutio,  Fausto,  Attendolo,  Giustinopolitano ,  etc.,  n'en  ont 
mis  à  approfondir  la  noble  science  de  faire  une  offense  et 
d'en  poursuivre  la  réparation.  Ils  ne  reconnaissent  pas  moins 
de  trente-deux  espèces  de  démentis  I 

L'Italie  fut  l'arène  où  ce  nouveau  genre  de  combat  singu- 
lier, le  duel  moderne,  se  déploya  avec  le  plus  de  fureur;  c'est 
elle  aussi  qui  produisit  les  traités  les  plus  estimés  sur  la  ma- 
tière, les  meilleurs  armuriers  pour  les  armes  usitées  dans  les 
combats  de  cette  nature,  et  les  plus  célèbres  maîtres  d'escrime. 
De  là  cette  affreuse  coutume  se  répandit  avec  fureur  en 
France,  en  Espagne ,  en  Allemagne.  En  Angleterre ,  elle  ne 
sembla  prendre  racine  qu'au  temps  des  Stuarts. 

C'est  la  France  qui  fournit  les  plus  riches  matériaux  à  l'his- 


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LE  DUEL.  61 

foire  do  duel.  Les  rois  et  les  parlements  en  reconnurent  long- 
temps la  légalité,  et  François  I*%  qui  donna  au  monde  le 
honteux  exemple  de  manquer  à  la  foi  jurée,  ne  craignait  pas 
de  dire  qu'un  démenti  valait  du  sang,  et  qu'un  bâtard  seul 
pourait  recevoir  un  démenti  sans  en  exiger  satisfaction. 
Henri  II,  assisté  de  toute  sa  cour,  du  connétable,  de  l'amiral 
et  des  maréchaux  de  France,  présida  au  combat  dans  lequel 
la  Chataigneraye  fut  tué  par  Jarnac,  qui,  les  mains  toutes 
fnmantes  du  sang  de  son  parent,  les  leva  au  ciel  en  s'écriant  : 
«  Merci,  mon  Dieu,  non  à  ma  valeur,  mais  à  ton  saint  noml» 
Henri  aurait  pu  arrêter  le  combat,  et  il  fiit  même  prié  de  le 
bire  par  Jarnac  lorsque  celui-^i  eut  la  vie  de  son  adversaire 
entre  ses  mains;  mais  le  roi,  par  un  sentiment  d'honneur, 
disent  les  contemporains,  resta  inexorable,  et  mourut  lui-même 
qndque  temps  après  des  suites  d'une  blessure  reçue  dans  un 
tournoi.  Charles  IX  fut  le  dernier  roi  de  France  qui  présida 
à  l'une  de  ces  fêtes  sanglantes,  et  pour  être  juste  avec  lui,  il 
fimt  dire  que  ce  fut  Jui  qui  essaya  d'arrêter  la  fureur  du  duel 
en  nommant  une  Cour  d'Honneur  chargée  de  poursuivre 
toutes  les  offenses  commises  contre  ses  lois  et  d'en  obtenir 
réparation.  Et  il  était  temps,  car  les  Français,  au  nom  de 
leur  détestable  idole,  avaient  changé  leur  pays  en  un  champ  de 
tuerie;  les  guerres  d'Italie  et  de  la  Ligue,  jointes  au  relâche- 
ment des  liens  moraux  et  religieux,  avaient  réduit  la  société 
à  un  tel  état,  que,  pendant  les  vingt  années  du  règne  compa* 
rattvement  tranquille  et  ferme  de  Henri  IV,  et  malgré  tous 
ses  édits  prononçant  la  peine  de  mort  contre  les  duellistes, 
il  ne  périt  pas  moins  de  quatre  mille  personnes  en  duel,  et  il 
fallut  accorder  quatorze  mille  grâces  â  autant  de  délinquants  : 
chiffres  eflrayants  !  surtout  en  proportion  du  petit  nombre  de 
gentilshommes  qui  avaient  alors  le  droit  de  porter  des  armes. 
D'ailleurs  le  roi  lui-même,  en  dépit  de  ses  propres  lois,  en 
dépit  des  sages  remontrances  du  brave  Sully,  encourageait 
le  duel.  Il  écrit  à  son  ami  Duplessis,  qui  se  plaint  â  lui  d'a- 
voir été  insulté  :  «c  Je  suis  très-fâché  d'apprendre  l'injure  que 
vous  avez  reçue;  j'en  suis  fâché  comme  votre  roi  et  comme 


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^  £S  B0EI.. 

votre  ami.  En  qualité  de  roi,  je  rerrai  à  ee  cpie  justice  soit 
fkite  pour  voas  et  pour  moi  ;  et  «i  je  n'étais  que  votre  ami, 
Vot»  me  trouveriez  tout  prêt  à  tirer  Tépée  et  à  exposer  ma 
vie  poar  vou9.  d  Avec  de  pareils  encooragemeats  il  n'est  pas 
éle«Aant  q«e  to«t  )e  monde  se  battit  :  qui  n'avait  pas  toésoii 
homme  était  indigne  du  titre  de  gentilhomme.  Le  mal  n'es 
resta  pas  là,  car  lorsqu'on  n^obtenait  pas  satiafoction  loyale- 
ment, il  n'était  pa»  beaucoup  moins  honorable  de  la  prendre 
d'me  autre  manière.  Toute  la  France  semblait  atteinte  de  la 
folie  éû  duel.  Montaigne  dit  :  a  Mettes  troi»  Français  dana 
le  désert  de  Libye,  ils  n'y  resteront  pas  «n  mots  aana  se 
battre.  i>  L'évèque  de  Rodez  dit,  dans  sa  74$  de  BenrilV: 
(c  La  manié  des  duels  s'était  emparée  de  l'esprit  de  la  no- 
blesse à  un  tel  point  qu'elle  perdait  en  temps  de  poix,  et  par 
aes  propres  mains,  plus  de  sang  que  dans  les  batailles.  »  Dana 
une  seule  province,  selon  Chevalier,  il  fut  tué  en  sept  mois 
œnt  vingt  gentilshommes.  Brantôme  fait  l'éloge  d'un  digne 
lioble  de  la  Franche-Comté  qui  tua  son  ennemi  d'un  coup 
d'épée  sous  le  porche  d'une  église,  et  de  deux  antres  qui  se 
battirent  dans  une  église,  devantrautel,poardécider  lequel  dea 
deux  devait  être  encensé  le  premier.  Un  journal  contemporain 
dit,  à  la  date  du  6  août  1606  :  «  La  semaine  dernière  nous  avons 
eu  à  Paris  quatre  assassinats  et  trois  duels,  mais  on  n'y  a  pan 
prisgarde.  »Doit*on  s'étonner  que  le  poignard  d'un  assassin  ait 
fini  par  trancher  la  vie  d'un  roi  qui  laissait  de  tels  for&ita 
impunis  ?  Le  fils  atué  du  duc  de  Guise  tua  le  comte  de  Saint- 
Pol  dans  les  rues  de  Reims,  et  deux  ans  après  Henri  IV  le 
nonnnait  gouverneur  de  la  Provence! 

Si  le  roi  récompensait,  les  dames  françaises,  comme  les 
romaines  qui  aimaient  les  gladiateurs,  adoraient  ces  hommes 
de  sang.  Lord  Herbert,  ambassadeur  à  la  cour  d'Anne  d^Au- 
triche,  dit  dans  un  passage  de  ses  lettres  :  «  Toutescboses  étant 
prêtes  pour  le  bal,  et  moi  me  trouvant  près  de  la  reine  enat* 
tendant  que  les  danses  commençassent,  quelqu'un  firappai  la 
porte  plus  fort,  à  ce  qu'il  me  sembla,  qu'il  ne  couYient  à  un 
homme  bien  élevé.  Quand  il  entraj'entendis  circuler  une  subite 


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LE  BtJEL.  as 

pmiiî  les  dames;  on  se  disait  :  C'est  monsieur  Bala« 
gif  I  Pais  je  ris  les  daines  Tune  après  l'autre  Tinvîter  à  s'as- 
seoir près  d'elles,  et  lorsqu'il  s'arrêtait  quelques  minutes 
auprès  de  l'une  d'elles,  une  autre  arrirait  bientôt  qui  disait  : 
VoBs  l'are*  gardé  assez  longtemps,  à  mon  tour  maintenant. 
l'étais  quelque  peu  surpris  de  cet  empressement  hardi;  mais 
c©  qui  m'étonnait  surtout,  c'était  que  cet  homme  n'était  pas 
beau;  ses  cbereux  presque  gris,  un  pourpoint  de  gros  drap 
et  des  culottes  de  gros  gris.  En  prenant  des  renseignements 
•or  ee  personnage,  on  me  dit  que  c'était  un  des  hommes 
les  plus  brares  du  monde,  qu'il  arait  tué  huit  ou  neuf  per- 
sonnes en  duel,  et  que  c'était  pour  cela  que  les  femmes  M 
fimaient  tant  de  fête.  » 

La  folie  était  générale.  Ignace  de  Loyola  défiait  en  combat 
singulier  tout  Maure  qui  oserait  nier  la  divinité  de  }ésus« 
Christ.  Le  cardinal  de  Retz  se  battait  deux  fois  pendant  la 
Fronde,  le  cardinal  d'Esté  présidait  un  duel  à  Ferrare,  et  en 
iM9  on  jugeait  encore  utile  de  faire  revivre  en  Espagne  les 
statuts  d'un  ancien  concile  de  Pefiafiel  qui  défendait  de  pro- 
voquer les  èréques  et  les  chanoines.  Ce  n'était  pas  seulement 
l'offenseiir  et  l'oilensé  qui  se  battaient  ;  leurs  seconds,  leurs 
troisièmes,  leurs  quatrièmes  témoins  mettaient  aussi  l'épée 
à  la  main  pour  le  seul  plaisir  de  se  battre,  sans  avoh*  jamais 
eo  l'ombre  d'une  querelle,  sans  même  se  connaître  ;  tout  cela 
au  nom  de  l'honneur  et  de  la  chevalerie  I  Sans  doute  beaucoup 
de  ces  gens  étaient  des  gens  d'honneur;  mais  ce  n'était  pas 
le  duel  qui  les  foisait  tels,  c'était  la  noblesse  naturelle  de 
leur  coeur.  C'était  le  cas  sans  doute  pour  Gustave-Adolphe, 
lorsqu'au  foUe  de  la  gloire  il  fit  un  jour  appeler  le  colonel 
Seaton,  l'un  de  ses  officiers  écossais,  qu'il  avait  offensé  dans 
un  mouvement  de  vivacité,  et  l'emmenant  dans  un  lien  écarté, 
il  lui  dit  :  «  Maintenant  pied  à  terre,  monsieur;  je  reconnais 
que  je  vous  ai  offensé ,  et  je  suis  venu  ici  pour  vous  donner 
la  satisfaction  qu'on  doit  à  un  gentilhomme;  nous  sommes 
hors  des  terres  de  mon  royaume,  et  ici,  vous  et  moi  Gustare, 
nous  sommes  égaux.  »  Mais  de  tels  exemples  étaient  rares,  et 


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6k  LE  DUEL. 

pour  juger  de  Tesprit  qui  poussait  à  ces  sanglantes  rencon-* 
ires,  on  n'a  qu'à  voir  le  ton  plaisant  et  léger  sur  lequel  Bran* 
tdme  en  parle,  lui  qui,  au  fond,  était  peut-être  un  esprit  lé- 
ger plutôt  qu'un  méchant  homme.  Il  parle  des  combats  les 
plus  affreux  comme  des  plus  beaux  exploits;  il  nous  entre- 
tient avec  délices  de  «  ce  très-beau  combat  »  livré  entre  Que- 
lus  et  d'Entragues  avec  leurs  seconds  :  ces  derniers  se  bat- 
tant ((  seulement  par  envie  de  mener  les  mains,  »  pour  le 
plaisir  de  la  chose  !  Il  regrette  qu'il  n'y  ait  eu  là  de  présents 
que  trois  ou  quatre  personnes  du  commun,  a  de  misérables 
témoins  pour  la  valeur  de  tels  héros.  »  Il  est  fier  de  dire  au  lec- 
teur que  sur  six  combattants  quatre  périrent,  et  c'est  sans  au- 
cun étonnement  qu'il  raconte  que  d'Entragues  dut  la  victoire 
à  une  dague  dont  il  s'était  armé,  contre  les  conventions  du 
combat,  et  avec  laquelle  il  frappa  l'infortuné  Quélus,  le  rail- 
lant encore  lorsqu'il  s'écriait  mourant  :  <c  Vous  avez  une  dague 
et  je  n'en  ai  pas  I  ))  Son  héros  favori  est  un  Napolitain  qui  tua 
trois  personnes  dans  la  même  matinée  et  sur  le  même  lieu, 
puis  les  abandonna  avec  la  plus  parfaite  indifférence,  k  tous 
trois  morts  à  la  garde  de  Dieu  pour  estre  enterrez.  y> 

Et  lorsque  tant  de  victimes  humaines  tombaient  sur 
l'autel  de  l'honneur,  que  rapportaient  à  la  société  de  si  cruels 
sacrifices?  Rien,  ou  pis  que  rien.  Nous  nous  étendons  sur 
cette  époque  parce  qu'elle  a  trop  souvent  été  vantée  comme 
l'âge  d'or  de  l'honneur  et  de  la  chevalerie,  parce  que  der- 
nièrement encore  des  voix  éloquentes  ont  proclamé  avec 
une  dangereuse  assurance  que  le  temps  de  la  chevalerie  était 
passé.  Mais  qu'est-ce  donc  que  ce  temps  si  regretté  et  quels 
fruits  a-t-il  produits?  Lorsque  Bayard,  le  chevalier  sans  peur 
et  sans  reproche,  tuait  au  nom  de  la  courtoisie,  de  l'honneur 
et  de  la  religion  don  Alonzo  di  Soto  Maior,  Machiavel  écri- 
vait son  Prince f  les  Borgia  empoisonnaient,  volaient  et  se 
livraient  à  l'inceste;  les  Sforza  à  Milan  et  les  Médicis  à  Flo- 
rence imitaient  leur  infirme  exemple  ;  un  pape  mourait  em- 
poisonné par  une  hostie  sainte,  un  autre  pontife  bénissait  le 
massacre  de  la  Saint-Barthélémy,  Philippe  II  traduisait  par 


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LE  DEEL.  •  S5 

Teflàsion  de  sang  bamain  les  préceptes  de  Ferdinand,  la  cour 
de  Henri  VIII  était  le  repaire  de  la  lâcheté,  de  l'apostasie  et 
des  massacres  judiciaires  !  En  fait,  Timmoralité,  la  licence , 
Tathéisme  pratique  trônaient  souverainement  par  toute  l'Eu- 
rope à  cette  époque  des  preux  chevaliers,  qui,  par  leur  con- 
duite de  chaque  jour,  insultaient  à  cet  honneur  dont  le  nom 
^t  sans  cesse  sur  leurs  lèvres. 

Si  telles  étaient  les  mœurs  des  chefis  de  la  société ,  que 
devaient  être  celles  de  leurs  sujets  ?  Que  penser  de  la  loyauté 
d'oir  sieur  Malcolom,  qui,  après  avoir  dépéché  son  adver* 
saire  et  voyant  son  second  tarder  à  en  faire  autant  de  son 
c6tè,  vint  à  son  aide  et  répondit  froidement  à  la  victime  de  ce 
guet-apens  :  J*ai  tué  mon  homme,  c'est  vrai  ;  mais  si  vous 
tuez  mon  second,  il  se  peut  que  vous  me  tuiez  à  mon  tour 
quand  nous  serons  seul  à  seul  ;  ainsi  donc  en  garde  1  Que  dire 
de  la  générosité  du  neveu  du  maréchal  de  Saint-André ,  qui, 
s'étant  pris  de  querelle  à  une  partie  de  chasse  avec  Matas, 
un  ancien  officier,  se  vit  bientôt  désarmé  par  lui?  Victime 
de  sa  magnanimité,  Matas  avait  rendu  son  épée  au  jeune  héros 
en  hit  donnant  quelque  avis  salutaire,  lorsque  celui-ci,  sai- 
sissant son  moment,  assassina  par  derrière  son  trop  confiant 
ennemi  et  le  laissa  pour  mort  sur  la  place.  On  n'y  fit  pas  seule- 
mentattention,  dit  un  Mémoriographe  contemporain,  ou  plutôt 
on  fut  d'accord  à  blâmer  le  malheureux  Matas  d'avoir  voulu  faire 
ia  leçon  à  ce  fier  et  honorable  jeune  homme  I  Prenez  encore 
comme  échantillon  des  mœurs  du  temps  la  lettre  suivante 
écrite  et  signée  par  un  des  héros  du  siècle  de  Henri  IV  : 
«  J'ai  réduit  votre  maison  en  cendres,  j'ai  déshonoré  votre 
femme  et  pendu  vos  enfants,  maintenant  j'ai  l'honneur 
d'être  votre  ennemi  mortel.  —  Lagarde.  »  Par  une  juste  pu- 
nition du  ciel,  ce  misérable  mourut  dans  un  duel.  Et  ces 
mœurs  atroces  étaient  générales.  Creighton,  lord  Sinquhar, 
avait  perdu  un  œil  en  s'exerçant  avec  un  certain  Turner, 
maître  ^'escrime  ;  quatre  ans  après  il  était  présenté  à  Henri  IV| 
et  celui-ci  lui  demandait  si  l'homme  qui  lui  avait  feit  cette 
blessure  était  encore  eu  vie.  A  cette  question  le  lord  crut 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XI.  5 


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M  LE  DtrSL. 

qu'il  était  de  son  honneur  de  Tetoorner  en  Anglefterre,  d^ 
prendre  à  sa  solde  une  bande  de  bravi  et  de  fiaire  assasn- 
ner  le  malheureux  malttre  d'armes  à  qui  il  avait  déjà  par*- 
donné.  Â  Milan  il  ne  se  passait  pas  un  jour  où  Ton  ne  se  batftt 
dans  les  rues,  où  l'on  ne  trouvât  sur  la  voiepubUquetles  cada- 
vres abandonnés.  Des  gens  7  venaient  de  tous  les  coins  de  I*Bii- 
rope  pour  y  cultiver  le  noble  art  de  l'escrime  ^  pour  y  apprendiv 
des  feintes  et  des  bottes  secrètes.  Là  aussi  se  trouvaient  de 
nombreux  bravi  qui  faisaient  métier  de  se  louer  à  ceux  qm 
n'avaient  pas  assez  de  courage  pour  se  battre  enx-mèmesr 
dans  leur  propre  querelle.  Gomme  type  de  l'homme  d'bon* 
neur  au  seizième  siècle,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que 
de  citer,  mais  en  l'abrégeant  toutefois,  ce  que  Brant6me  ra^^ 
conte  du  «  Paragon  de  la  France.  » 

(c  Duprat,  baron  de  Vitaux,  le  Paragtm  de  la  France,  étmt 
fils  du  chancelier  Duprat,  et  dès  ses  plus  tendres  années  3 
donna  des  preuves  d'un  courage  indomptable.  Il  débuta  dans 
la  carrière  des  armes  par  tuer  le  baron  de  Soupez,  qui  hn 
avait  jeté  dans  un  dtner  un  chandelier  à  la  tète.  Vitaux  l'at- 
tendit sur  la  route  de  Toulouse,  et  après,  l'avoir  dépéché,  il 
se  sauva  sous  des  habits  de  femme.  Pour  second  exploit,  il 
tua  M.  de  Gonnelieu,  grand-mattre  de  l'écurie  de  Charles  IX, 
qui  avait  traîtreusement  assassiné  un  de  ses  frères,  un  enfoni 
de  quinze  ans.  Craignant  le  ressentiment  du  roi,  il  se  sauva 
en  Italie  ;  mais  il  rentra  bientdt  en  France,  pour  y  venger  ht 
mort  d'un  autre  frère  qui  venait  d'être  tué  par  un  de  ses 
proches  parents,  le  baron  deMittaud.  Pour  arriver  à  son  but, 
il  se  cacha  dan^  un  bouge  du  quai  des  Augustlns,  laissa  pousser 
sa  barbe,  et  se  déguisant  en  habit  de  magistrat,  il  alla  attendre 
le  baron  en  compagnie  des  deux  Boueicaut,  braves  et  vail- 
lants hommes  qu'on  appelait  les  lions  de  Vitaux.  Reneontrant 
enfin  leur  ennemi,  ils  se  jetèrent  to«s  les  trois  sur  lui,  pute 
se  sauvèrent  encore  une  fois  pour  obtenir  eneore  une  foi» 
ibis  leur  grâce.  Mais  H.  du  Gua,  officier  nussi  brave  q«e 
distingué,  et  de  plus  favori  du  roi,  s'était  opposé  à  la  gràœ 
de  Vitaux;  aussi  le  Paragon,  pour  venger  cette  insulte,  s'itt^ 


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LE  DUEL  69 

trodnirit  S6crèleÉient  éhiw  M  évét  ftept  oa  Irait  bons  cooi^ 
pagnons,  et  dépécha  lé  dil  Chia  pendant  son  sommeil.  CM 
acte,  dit  'BrantAmè,  fut  uniretsellemènt  regardé  comme  nu 
tnit  de  la  pluft  grande  audace.  Cependant  il  obtint  encore 
sa  grâce  par  rinterventiofi  dû  duc  d'Alen^on  et  de  la  reiite 
Marguerite.  Enfin  son  betfre  arriva;  le  frère  du  baron  dé 
Ifittaudy  qu'il  avait  assfassiné,  il  y  avait  huit  ans  de  cela^ 
rq)pela  en  duel,  et  ê'itdnt  muni  sétn  ses  Habits  iTune  cuiroise 
conhur  de  chair,  devint  invulnérable  à  Tépée  de  Titaux,  et  le 
perça  de  part  en  part  tout  à  son  aise,  sans  avoir  même  là 
courtoisie  de  lui  offirlr  quartiet*.  C'est  âiiisi,  dit  Brantôme, 
que  mourBt  ce  brave  baron,  le  Faragôn  de  France,  dont  la 
gloire  s'était  répandue  éû  Espagne,  eri  Pologne,  en  Aile* 
nugne,  en  Angleterre;  car  tous  les  étrangers  <]ui  venaient 
à  la  cour  voulaient  le  voir.  Il  était  petit  de  taille,  mais  grand 
de  coiffage,  et  quoique  ses  ennemis  aient  prétendu  qu'il  ne 
tuait  pas  les  gens  loyalement,  c^est  cependant  l'opinion  de 
tous  les  grands  capitaines,  celle  surtout  dés  Italiens,  qui 
senties  plus  grands  vengeurs  du  monde,  qu'il  est  toujours 
permis  d'opposer  stratagème  à  stratagème  sans  manquer  à 
l'honneur.  i> 

Tels  étaient  les  duels,  tels  les  héros  et  les  hommes  d'honneur 
de  cette  époque,  vantée  comme  l'ftge  d'or  de  la  chevalerie. 
Aussi  ne  doit-on  pas  s'étonner  si,  avec  la  marche  de  la  civi- 
lisation, le  législateur  songea  partout  à  réprimer  ces  mœurs 
barbares.  L'Eglise,  la  grande  civilisatrice  du  monde,  avait 
déjà  bien  souvent  condamné  le  duel,  lorsqu'au  concile  de 
Trente  elle  renouvela  ses  défenses  de  la  manière  la  plus  pè- 
remptoire,  en  déclarant  que  «  la  détestable  coutume  du  duel, 
introduite  par  les  artifices  du  diable  pour  perdre  |les  âmes 
après  avoir  cruellement  tué  les  corps,  devait  être  abolie  défini- 
tîveraent  parmi  les  chrétiens.  »  En  conséquence,  l'Église  ex- 
communie «  tous  empereurs,  rois,  ducs,  princes,  mar-> 
qnis,  comtes  et  autres  seigneurs  temporels,  qui  désigneront 
oo  accorderont  un  lieu  de  combat  pour  un  duel  entre  chré- 
tieaa;  les  loondiattants  avec  leurs  seconds  sont  excommu- 


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68  LE  DUEL. 

niés,  leurs  personnes  sont  déclarées  infâmes,  leurs  biens  con- 
fis(|ués  et  leurs  corps  privés  de  la  sépulture  chrétienne.  » 
Les  puissances  temporelles  finirent  par  suivre  cet  exemple; 
Charles  V  interdit  le  duel  dans  les  terres  de  sa  domination;  il 
fut  prohibé  en  Portugal  sous  peine  de  la  confication  des  biens 
et  de  déportation  en  Afrique;  en  Suède  il  fut  puni  de  mort, 
et  Gustave  II,  rencontrant  un  jour  des  gens  qui  allaient  se 
battre,  les  fit  attendre  sur  le  terrain  jusqu'à  ce  qu'on  eât  eu 
le  temps  d'élever  un  gibet  :  «  Maintenant,  messieurs,  leur 
dit-il,  vous  pouvez  commencer  si  le  cœur  vous  en  dit.  » 

En  France,  des  édits  très-sévères  avaient  été  rendus  contre 
le  duel  par  François  I**,  Charles  IX  et  Henri  IV  ;  mais  ils 
étaient  restés  sans  effet.  Louis  XIII  essaya  de  les  appliquer 
avec  une  sévérité  extraordinaire  qui  produisit  peu  de  résultat, 
bien  que  cependant  il  fît  un  grand  exemple  en  faisant  exé- 
cuter un  Montmorency  sur  la  place  de  Grève.  Louis  XIV  agît 
plus  sagement  que  son  père,  il  réorganisa  la  Cour  d'Honneur, 
établie  par  Charles  IX,  et  composée  des  grands  dignitaires 
du  royaume.  Cette  cour  avait  pouvoir  de  décider  toutes  les 
questions  d'honneur,  de  mettre  à  l'amende,  d'emprisonner  et 
d'arrêter  tout  individu  coupable  d'avoir  donné  un  démenti  à 
un  autre,  de  l'avoir  frappé  ou  de  lui  avoir  fait  une  de  ces  in- 
sultes qui  jusque-là  avaient  été  causes  de  duels.  On  eut  re- 
cours à  l'honneur  lui-même  pour  corriger  lés  excès  qu'il  avait 
produits.  Le  marquis  de  Fénélon,  dont  le  grand  Condé  disait 
qu'il  était  également  précieux  dans  un  salon,  dans  le 
conseil  et  sur  le  champ  de  bataille,  se  mit  à  la  tète  d'une  as- 
sociation de  gentilshommes  engagés  sur  l'honneur  et  par  ser- 
ment à  ne  jamais  envoyer  ni  accepter  de  cartel.  Par  un  édit 
public,  Louis  XIV  menaça  de  la  peine  de  mort,  avec  forfaiture 
de  rang,  d'honneurs  et  d'état,  tous  ceux  qui  oseraient  se  com- 
promettre dans  un  duel,  engageant  dans  le  même  édit  «  sa  foi 
et  sa  parole  de  roi  de  n'exempter  personne,  pour  aucune  con- 
sidération que  ce  pût  être,  des  rigueurs  de  la  loi.  »  Cette  ri- 
gueur excessive  manqua  encore  son  objet;  mais  cependant 
on  doit  reconnaître  que,  de  tous  les  souverains  de  la  France, 


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LE  DCEL.  n 

Loais  XIY  est  celui  qai  a  le  plus  fait  pour  la  répression  du 
duel.  Sous  ses  faibles  successeurs,  il  se  réveilla  avec  une 
licence  caractéristique  de  Tépoque.  Lauzun,  Saint-Évremont 
et  le  duc  de  Richelieu  en  étaient  les  dignes  héros.  Les  femmes 
elles-mêmes  suivirent  de  si  dangereux  exemples;  la  marquise 
de  Nesle  et  la  comtesse  de  Polignac  se  battirent  au  pistolet 
jNHfr  Fhonneur  de  la  possession  d'un  Richelieu  I  Le  plus  hr 
meux  des  duellistes  féminins,  ce  fut  la  Maussin,  cantatrice  de 
rOpéra,  qui,  formée  par  les  leçons  de  Sévane,  l'un  de  ses 
amants  et  célèbre  mattre  d'escrime  de  ce  temps-là,  tua  trois 
hommes  en  combat  singulier,  et  s'enfuit  à  Rruxelles,  où  elle 
devint  la  maîtresse  de  l'électeur  de  Ravière. 

En  Angleterre,  Elisabeth  attaqua  le  duel  en  diminuant  le 
nombre  des  salles  d'escrime  et  en  rendant  leur  établissement 
difficile.  Cependant  sir  Henry  Upton,  son  ambassadeur  à  Pa- 
ris, envoya  le  cartel  suivant  au  duc  de  Guise  : 

«c  Parce  que  dernièrement,  dans  la  maison  du  seigneur  Dih 
mogre  et  dans  des  lieux  publics,  vous  avez  impudemment, 
indiscrètement  et  témérairement  mal  parlé  de  ma  souveraine, 
dont  je  représente  la  personne  en  ce  pays,  et  dont  j'ai  le  de- 
voir de  défendre  l'honneur  par  la  parole  et  par  l'épée  (hon- 
neur qui  d'ailleurs  n'a  jamais  été  mis  en  question  parmi  les 
personnes  honnêtes  et  vertueuses),  je  vous  dis,  moi,  que  vous 
avez  ignominieusement  et  malicieusement  menti  en  parlant  si 
lâchement  de  ma  souveraine,  et  que  vous  ne  pourrez  jamais 
que  mentir  toutes  les  fois  que  vous  oserez  inculper  son  hon- 
neur. Bien  plus,  comme  sa  personne  sacrée  (celle  de  l'une 
des  princesses  les  plus  vertueuses  et  les  plus  accomplies  qui 
aient  jamais  vécu  sur  la  terre)  ne  doit  pas  être  exposée  aux 
calomnies  d'un  traître  aussi  perfide  que  vous  l'êtes,  je  vous 
défie  et  engage  ma  personne  contre  la  vôtre  avec  telles  armes 
qu'il  vous  plaira  choisir,  à  pied  ou  à  cheval,  et  je  vous  prie 
de  ne  chercher  à  vous  prévaloir  d'aucune  inégalité  de  rang 
entre  nous,  car  je  suis  d'une  aussi  grande  race  et  d'une  aussi 
noMe  maison  que  peut  être  la  vôtre.  Et  je  maintiens  mon 
dire,  comme  le  démenti  que  je  vous  ai  donné,  vous  prévenant 


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fO  LB  DUU. 

que,  ai  vous  n'acceptez  pas  ce  cartel,  je  vous  tiendrai  et  tous 
ferai  tenir  pour  le  plus  grand  lâche  et  le  pins  ignoble  esclaw 
qui  soit  en  France.  J'attends  votre  réponse  immédiate,  d 

l«es  mesures  prises  par  la  reine  Elisabeth  contre  le  duel  ne 
p]r.Cj4uisirent  rie^  ou  presqi^e  rien;  mais,  sous  le  règne  ssi- 
vant»  le  chancelier  Bacon  lui  déclara  une  guerre  sérieuse.  II 
fl^Unt  un  décret  de  la  Chambre  Etoilée^  et  poursuivit  activq- 
ipent  toutes  les  persoqnâs  impliquées  dans  deaaffoires  de  œ 
g§nre.  On  Iqs  punissait  de  Tamende  e\  de  rempri^anen^enl. 
\^  but  que  se  proposait  Bacon  était  de  prévenir.  leS/duob,  el 
i)  croyait  pouvoir  y  parvenir  par  4ça  peines,  modérées,  «  oe 
qui,  dit-il,  est  d'aiUeura  plus  clément  cpe  dn  pendoelesco»- 
pableei  «yea  leurs  blessures  encore  saignantes,  compne  cela  se 
^\\m  France.  »  Le  résultat  justifia  ses  prévisions;  car  l«s 
dneb  étaient  alors  beaucoup  plus  rares  en  Ân^elerreque  sur 
le  continent.  Sir  Walter  Raleigh,  un  des  hommes  les  plua 
l^aves  c^  son  temps»  s'éleva  vivement  contre  Ip  duel  dans 
We  dissertation  sur  la  matière,  insérée  dans  son  Biitmre  A» 

Les  guerres  de  la  ligue  en  France  ^valent  été  fécondes  on 
4Rels  et  en  assassinats  ;  mais  les  gp^erres  de  la  révolution  an- 
^jse  furent  comparativemisnt  pures  de  ces  fléaux.  LeBso- 
tect^ur,  suivant  les  inspirations  de  Bacon,  rendit  une  ocdoi^* 
V^\ce  qui  punissait  d'un  emprisonnement  de  six  mois  toute 
personne  qui  avérait  envoyé  un  cartel.  Toutefipîs  la  mort  de 
l'un  des  combattants  devait  être  poursuivie  comme  homici4n 
Tplontairc^.  Malbeureusemient,  avec  la  Restauration  les  duels 
i^eçonimencèrent  avec  plus  de  fureur  que  jamais;  il  est  vrai 
que  Charles  II,  dans  sa  prqcl(^mAtio^  d^  1Q79,  wnonça  que 
les  duellistes  seraient  punis  suivant  to\it;e  la  rigueur  d^s  lo^ 
Hais  on  sait  que  les  pratiques  de  Charles  H  étaient  fort  pea 
d*accord  avec  ses  dires.  Pjçpys  appelije  cette  içiajpie  du  d«0 
que  l'on  vit  alors  <(  une  espèce  de  symptôme. 4e  Yét9J^  général 
du  royaume,  »  et  dans  son  amusant  joiurnal,  il.  raç^^nte  l'bis^ 
tôire  suivante  du  d^el  de  sir  £[en]|*y  B^eU^asses  et^d^  IL  Stoter 
en  1667  : 


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LE  DUEL.  71 

«  Os  dînèrent  ensemble  hier  ohez  sir  Rcbeti  Carr,  où  il  pa- 
raît que  Von  boit  copieusement.  Or  il  arriva  que  ces  deux 
l^rsennages)  les  plus  grands  amis  du  monde,  causant  ensem- 
ble, sir  Henri  Bellasses  éleva  la  voix  un  peu  haut  pour  don- 
ner un  avis  à  Tom  Porter.  Une  personne  présente  dit  alors  • 
Eh  4pioiI  est-ce  qu'ils  auraient  querelle  ensemble  qu'ils  parv- 
ient si  haut? — Sir  Henry  Bellasses,  entendant  ce  propos,  re- 
pondit :  Non  p^  1  et  vous  devriez*  savoir  que  je  ne  querelle 
lignais;  je  frappe,  c'est  ma  maniera  —  Comment  1  reprit  Tom 
Porter,  vous  frappez I  je  voudrais  bien  voir  l'homme  d'An- 
{^etene  qui  serait  assez  hardi  pour  lever  la  main  sur  moil 
Sur  ce,  sir  Henri  Bellasses  lui  envoya  un^oup  de  poing  sur 
Fjoreille  et  ils  allaient  sortir  pour  se  battre,  mais  on  les  en 
eopécha.  Cependant  Tom  Porter  finit  par  s'esquiver,  et  ren- 
ODoIrant  Dryden,  le  poëte ,  il  lui  raconte  toute  l'histoire, 
qpntant  qu'il  était  décidé  à  se  battre  et  à  se  battre  sur-I^ 
champ,  vu  que  s'il  attendait  au  lendemain  il  ne  pourrait  pas 
fiûie  autrement  que  de  se  réconcilier,  et  partant  de  garder  la 
conp  qu'il  avait  reçu.  Il  prie  donc  Dryden  de  lui  laisser  son 
domestique  pour  savoir  ce  que  devient  sir  Henry  Bellasses  et 
florreiller  ses  mouvements.  Quelqnes  instants  après  on  lui 
apprend  que  la  voiture  de  son  adversaire  vient  d'arriver;  il 
lort  done  du  café  où  il  attendait  les  nouvelles,  et  arrêtant  la 
voitnre  de  sir  Henry  Bellasse»,  il  le  prie  de  descendre.  — 
Qpoil  dit  celui*ci ,  voulez-vous  me  tuer  pendant  que  je  des- 
oendrai?  — Non  pas,  j'attendrai  que  vous  ayez  mis  pied  à 
lirre.  Puis,  quand  ce  fut  Sait,  ils  dégainèrent  et  se  mirent  à. 
86  battre  en  présence  de  plusieuirs  personnes  de  leur  con^ 
naissance.  Ils  se  sont  touchés  tous  les  deux,  et  sir  Henry  BcW 
lasses  a  été  si  bien  blessé  qu'on  craint  pour  ses  jours.  Quand 
il^'est senti  frappé,  il  abaissé  son  épée»  et  se  jetant  au  cou  de 
lomp  Porter  il  l'a  embrassé  et  lui  a  demandé  son  bras  pour . 
riftider  à  marcher:  car^  dit-il,  Tom,  tu  m'as  bien  touché,  mais- 
jfi ferai  tout  ce  que  je  pourrai  pour  me  tenir  sur  mes  jambes, 
afin  que  tu  aies  le  temps  de  t'échapper  et  de  te  mettre  en  sû- 
reté; je  ne*,  voudrais  paa  qu'il  t'arrivàt  malheur  pour  ce 


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73  LE  DUEL. 

que  tu  as  fiait.  Alors  Tom  lui  montra  que  lui-même  il  était 
blessé.  »  Sellasses  ne  survécut  que  peu  de  jours  à  cet  événe- 
ment, et  Pepys  ajoute,  en  manière  d'oraison  funèbre  :  a  Voilà 
un  bel  exemple!  surtout  de  la  part  d'un  membre  du  parle- 
ment comme  sir  Henry,  de  la  part  de  deux  amis  si  extraor- 
dinaires. C'est  amusant  d'entendre  le  monde  parler  d'eux 
comme  de  deux  amants  qui  se  sont  tués  par  amour.  » 

Dans  ce  temps-là  le  lord  chancelier  lui-même  n'était  pas  à 
l'abri  d'une  provocation.  Lord  Ossory  envoya  un  cartel  à  Cla- 
rendon  à  propos  d'une  question  de  tarif,  d'un  bill  pour  pro- 
hiber l'importation  du  bétail  d'Irlande  en  Angleterre.  Le  duc 
de  Buckingham  ne  sortit  pas  du  cabinet  à  cause  de  ce  bill, 
comme  vient  de  faire  le  son  descendant  le  duc  actuel,  mais  il 
eut  à  soutenir,  dans  la  chambre  des  lords,  un  combat  à  coups  de 
poing  avec  un  partisan  de  la  liberté  du  commerce,  lord  Dor- 
chester,  qui  enleva  au  duc  une  poignée  de  ses  cheveux  gris  et 
perdit  à  son  tour  sa  perruque  dans  la  mêlée.  Un  exemple  de 
la  triste  moralité  de  ce  temps-là,  c'est  le  duel  où  ce  même  duc 
de  Buckingham  se  battit  contre  lord  Shrewsbury,  dont  il  avait 
séduit  la  femme  Ils  avaient  pour  seconds  le  capitaine  Hol— 
man  et  sir  John  Jenkins  d'un  côté ,  lord  Bernard  Howard  et 
sir  John  Talbot  de  l'autre.  Le  rendez-vous  était  à  Barnes 
Elms,  et  tout  le  monde  se  battit.  Buckingham  tua  d'un  coup 
d'épée  lord  Shrewsbury ,  sir  John  Talbot  fut  blessé  aux  deur 
bras,  sir  John  Jenkins  resta  pour  mort  sur  la  place,  et  les  trois 
autres,  y  compris  Buckingham,  furent  plus  ou  moins  gravement 
blessés.  Pendant  qu'on  se  battait,  lady  Shrewsbury,  en  habit 
de  page,  gardait  le  cheval  de  Buckingham  à  quelques  pas  de  là, 
afin  qu'il  pût  s'échapper  si  par  hasard  il  tuait  son  mari.  La 
chronique  du  temps  ajoute  même  qu'elle  passa  la  nuit  de  ce 
jour-là  avec  lui  sans  qu'il  eût  pu  changer  la  chemise  qu'il  por- 
tait sur  le  terrain,  et  qui  était  teinte  encore  du  sang  de  lord 
Shrewsbury  et  du  sien.  Il  est  inutile  de  dire  que  Charles  II 
accorda  un  pardon  solennel  à  tous  les  coupables.  Buckingham 
mit  sa  femme  à  la  porte,  installa  lady  Shrewsbury  dans  sa  maison 
et  dissipa  avec  elle  tous  les  biens  du  jeune  lord  orphelin. 


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LE  DUEL.  73 

Cette  fureur  sanguinaire  s'était  étendue  à  tous  les  rangs. 
Les  médecins  discutaient  en  consultation  Tépée  à  la  main. 
Mead  et  Woodward  se  battirent  à  la  porte  du  collège  Gres- 
bam.  Le  pied  manqua  à  Woodward  et  il  tomba  par  terre.  — 
A  Yous  ce  coup-là ,  lui  cria  Mead.  —  Je  Taime  encore  mieux 
que  Totre  médecine ,  répliqua  Woodward.  Le  docteur  Wil- 
liams transperça  de  part  en  part  le  docteur  Bennett,  après  lui 
aroir  déchargé  une  paire  de  pistolets  sur  la  tète  ;  le  docteur 
mourant,  Tépée  dans  le  corps,  pria  encore  Dieu  de  lui  donner 
assez  de  force  pour  se  venger,  et  d'un  dernier  effort  il  frappa 
son  ennemi  d'un  coup  mortel.  Cela  se  passait  dans  la  rue^ 
deranf  la  maison  même  des  victimes.  Williams  mourut  avant 
d'être  rentré  chez  lui  et  Bennett  ne  survécut  que  quatre  heu- 
res. Les  salles  de  bal,  les  bals  masqués,  les  théâtres,  les  rues, 
les  promenades  publiques,  les  cafés  étaient  tous  les  jours  té- 
moins de  scènes  pareilles.  Covent  Garden  et  Lincoln's  Inn 
Fîelds  étaient  le  Chalk  Farm  et  le  Wimbledon-Common  (1)  de 
ee  temps-là.  Les  rues  retentissaient  toutes  les  nuits  du  bruit 
des  épées ,  des  insolences  et  des  désordres  de  tous  genres 
commis  par  les  hommes  à  la  mode,  par  les  hommes  d'honneur 
de  ces  beaux  jours. 

Ainsi  allèrent  les  choses  depuis  la  Restauration  jusqu'à  l'a- 
vènement  de  Georges  in.  LesBucks,  les  MokawkSyles  Hell-Fires 
donnaient  alors  le  ton  à  toute  la  ville.  Un  de  leurs  lieux  de 
réanion  les  plus  habituels  étaient  près  de  Sominerset-house, 
dans  une  taverne  où  ils  se  réunissaient  le  dimanche  avec  un 
effroyable  corps  de  musique  qui  ne  cessait  de  retentir  pendant 
le  temps  du  service  divin.  Leur  plat  préféré  était  ce  qu'ils 
appelaient  le  gâteau  du  Saint-Esprit!  En  1691,  lord  Mohun 
et  le  major  Hill  assassinèrent  publiquement  dans  Norfolk 
Street  Montford,  le  plus  célèbre  joueur  de  l'époque,  et  à  quel- 

(1]  Lieux  près  de  Londres  où  se  donnent  ]a  plupart  des  rendez-vous, 
comme  autrefois  k  Paris  ils  se  donnaient  sur  le  Pré-aux-Clercs,  ou  au  bois 
de  Boulogne.  C'est  sur  le  WimbledoA-Common  que  lord  Cardigan  s'est 
Intttt  Tannée  dernière  a?ec  le  capitaine  Tucketk. 


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71  u  nuBt. 

(jp^  jours  de  là  ils  osèrent,  sans  y  mettre  plus  de  mystère, 
Q^yer  d'enieyer  Mrs.Bracegirdle,  Tépée  à  la  main.  En  1699» 
le  même  lord  fut  jugé  pour  avoir  £aiit  assassiner  à*  prix  d*ar*- 
gçnt  le  colonel  Coote,  après  avoir  passé  tout  un  jour  et  toute 
une  nuit  à  boire  avec  lui  et  ses  autres  amis  à  Tauberge  du 
(ireyhound  dans  le  Strand;  enfin  il  mourut  dans  un  duel  où 
il  assassina  plutôt  qu'il  ne  tua  le  duc  de  Hamilton.  Steele 
lui-même^  après  avoir  éorit  contre  le  duel  et  blâmé  Tliorahill 
dans  le  jypectaror  pour  avoir  tué  sir  Gholmondeley  Deering^fui 
obligé  de  se  battre  contre  un  de  ses  camarades  qu'il  tua 
presque;  deux  mois  plus  tard  Thornbill  périssait. à  Turnham 
Gxeen  sous  les  conps  de  deux  inconnus  qui  lui  crièrenl  en  le 
frappant  :  Rapp^e^oi  sir  Gholmondeley  Deeringl 

Nous:  n'entreprendrons  pas  l'histoire  de  tous  les  duels  qui 
ont  eu  lieu  depuis  cette  époque  jusqu'à  nos  jours.  Croi<« 
Wt-o,n  cependant  qu'encore  au  commencement  de  ce  siècla 
il  semblait  que  la  société  n'était  pas  asse»  forte  pour  sa  dé* 
barrasser  d'une  peste  comme  le  feu  lord.Gamelford,  qui,, 
après  avoir  fait  de  nombreuses  victimes^  ne  finît  que  par  les^ 
mains  de  Best  y  contre  qui  il  voulut  absolument  se  battre, 
quoique  ses  témoins  et  lui-même  reconnussent  qu'il  avait  tous. 
leS:  torts  l  II  fut  tué  et  trouvé  derrière  Little*Hollaikd-Hou66y 
cpuché  dans  la  boue,  abandonné  par  ses  témoins.  Un  dueL 
irlandais,  qui  ae  date  pas  encore  de  loin^  montrera  combien. 
Çi^u  de  temps,  encore  nous  sépare  de  la  barbarie.  Bn  I&IO, 
VL  Colclougb  et  M.  Sheridan  étaient  ea  concurrence  aveo^ 
M»  Âlcock  pour  la  représentation  du  comté  de  WexCord. 
Quelques  tenaoïQiers^  d'une  personne  du  parti  de  M.  Alcocki 
ayaÂent  annoncé  qu'ils  voteraient  pour  Colclough  et  Sheridajou 
CplelongU  fut  sommé  par  son  adversaire  de  refuser  leurs. 
XW'  U  répliqua  qii'il. n'avait  pas^^  brigué  leurs, sviffiraigea,  ei 
qu'il  ne  se  mêlerait  pas  de  leurs  votes.  Sur  ce,  on  lui  écrivit  : 
«c  C'est  à  vos  risques  et  périls  qu'ils  voteront  pour  vous.  »  Le 
lendemain ,  avant  l'ouverture  du  poil ,  les  candidats  étaient 
•pir  le  terrain  pour  décider»  le  pistolet  à  la  main,  du  vote  da 
ces  tenanciers.  Une  grande  multitude,  dans  laquelle,  on. i*eF>* 


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W  lOtt.  f|5 

«mpiût  pim€i$rê  ma$i9kr«U^  était,  «ooourae  pour  aesister  aa 
Mnbat,  On  marqua  les  diatances»  la  foula  se  sépara  en  deu 
pirtiast  selon  ses  opinions  politicfaes,  le  silence  s'établit,  et 
Î?«i4es  témoins  dit  aux  oombattants  de  commencer.  Une  se- 
conde après,  M.  Golclon^li  tombait,  finappé  d'une  balle  au 
oianr ,  et  deux  heures  plus  tard  M.  Aloock  était  proclamé 
membre  du  parlement  réguliêrefmnt  tiul  Aux  assises  sui- 
vantes il  fiii  jngé  devant  le  baron  SnHth  »  ei  le  jury  rendit 
asns  hésitation  un  vercMci  de  non-culpabilité  I  l.es  oomba^ 
tants  avaient  jadis  été  des.  mnis  intimes.  M.  Alcock  ne  put 
jamais  trouner  le  repos.;  sa  raison  sa  trauUa»  et  sa  sœut» 
dMUemeot  frappée  par  ee  trafiqua  événement,  ipoumt  folle 
de  dooleor.  Toute  cette  histoire  est  di^^iie  de  l'Irlande  el  de 
wi  malheureux  temps. 

AiiÎQurd'bui  où  la  fureur  du  due}  eat  bien  calmée»  il  nous 
ismUe  que  parmi  les  causas  secondaires  de  cette  heureuse 
tendance  on  doit  oompter  Tionombrable  quantité  de  dueb 
saasés  par  la  politique  depuis  un  demi-siécle.  Au  temps  de 
Georges  III,  Û  n'y  avatt.pas  un  homme  politique  qui  n'eA^ 
été  oUigé  (|e  prouver  son  patriotisme  et  son  honneur  à  la 
pointe  de  son  épée  ou  k  pistolet  au  poing.  Lord  Talbot  et 
Wilkes,  kxrd  Shettmrne  et  le  colonel  Fullarton,  lordLauder*- 
date  et  k  général  Arnold,  Tawnshend,  Pitt,  Fox^  Sherida% 
Wîndbam,  Canning,  Tierney ,  Burdett,  Brougham,  Castle*^ 
seash»  le  duc.  de  Wellmglon,  figurent  parmi  lea  personnages 
ifà  n'ont  pas  craint  de  sanctionner  par.  leur  exemple  cette 
élranga  manière,  de  déddev  une  question  en  litige.  Il  y  a  ef 
i.cela'  du  bien  et  du  mal.  Par  la  puUicité  qui  éclaire  n4* 
fassairemeni  la  condnîâe  de  personnages  ai  distingués  dans 
de.pareiUea  occasions»,  fe  àmk  lui-même  est  devenu  une  a& 
^ure  pins  skieuse;  il  a  fiittu  peser/ avea  plus  de  gravité,  lef 
niotife  qui  amènent  les  parties,  sur  le  temraia;  on  a  admis 
p)«s  fecUement  les  excuseia  et  le^.  explieatioi^s^^  et  c^usés^ 
e<9PIMne  ces  dt^ls  Tout  été.  le.  plus  souvent,  par  des  questiona 
d/i«téi;èt  puWk,  oa^  en  a  vu  dispacattre  les  baiuea  partieup* 
l^resi  d'homme  à  hommo»  Ge  sont  des  avantages  manifestée 


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76  LE  DUEL. 

qui  ont  enlevé  à  cette  cruelle  coutume  une  partie  de  son  ca- 
ractère barbare ,  et  jamais  on  ne  Ta  mieux  vu  que  dans  le 
duel  que  lord  Wellington  se  crut  forcé  d'accorder  à  lord 
Winchelsea.  Par  compensation,  en  donnant  au  duel  la  sanc- 
tion de  noms  si  imposants ,  en  adoucissant  sa  barbarie,  n'y 
a-t-il  pas  danger  de  le  rendre  en  même  temps  plus  excusable  ? 
Cependant  c'est  beaucoup  d'en  être  arrivé,  comme  c'est  le 
cas  aujourd'hui,  de  ne  pas  permettre  un  duel  avant  des  ex- 
plications préliminaires,  qui  souvent  donnent  l'occasion  de 
rétracter  des  paroles  imprudentes.  Jusqu'ici,  un  faux  senti- 
ment de  ridicule  orgueil  empêchait  de  faire  des  excuses  araat 
d'avoir  reçu  le  feu  de  son  adversaire;  aujourd'hui  le  sens 
commun  a  enfin  découvert,  quoique  bien  tard  encore,  qu'il 
y  a  plus  de  dignité  réelle  à  s'excuser  dès  qu'on  se  reconnatt 
des  torts,  qu'à  attendre  pour  cela  d'avoir  vu  passer  une  balle 
de  pistolet.  C'est  un  devoir  qu'on  ne  saurait  trop  recomman» 
der,  et  qui,  convenablement  compris  par  ceux  qui  prennent 
sur  eux  la  responsabilité  du  rôle  de  témoins,  contribuerait 
plus  que  toute  autre  chose  à  prévenir  les  duels. 

Telles  sont  les  phases  qu'a  subies  cette  singulière  cou- 
tume ;  aujourd'hui  elle  tend  considérablement  à  s'effiatcer,  et 
espérons  qu'avec  les  progrès  de  la  civilisation  et  de  la  mora- 
lité dans  la  société,  elle  finira  par  disparaître.  Dans  la  plu- 
part des  états  européens,  les  lois  relatives  au  duel  ont  subi 
des  modifications  qui,  en  les  rendant  moins  sévères,  ont  eu 
cependant  d'heureux  effets;  et  on  a  pu  y  arriver  d'autant 
plus  aisément  que,  sur  le  continent,  ce  sont  aujourd'hui  pres- 
que exclusivement  les  militaires  qui  se  battent,  c'est-à-dire 
les  personnes  qui  sont  sous  la  surveillance  de  la  discipline 
la  plus  sévère  et  la  plus  vigilante.  Il  faut  faire  une  exception 
pour  la  France ,  où  les  écrivains  et  les  journalistes  ont  trop 
souvent,  depuis  la  Restauration,  cru  devoir  soutenir  leur  po- 
lémique à  la  pointe  de  l'épée.  Cependant,  après  avoir  vaine- 
ment essayé,  sous  le  ministère  de  M.  de  Martignac,  de  feire 
une  loi  sur  le  duel,  on  a  pris  le  parti  de  poursuivre  les  duel- 
listes devant  les  assises  comme  coupables  d'homicide ,  et  ce 


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LE  DUEL.  77 

parti,  en  réservant  à  la  fois  dans  le  jury  les  droits  de  Tindi- 
ndu  comme  ceux  de  la  société ,  semble  avoir  déjà  produit 
d'heureux  eflfets.  En  Autriche ,  par  un  décret  de  1803,  les 
combattants  sont  punis  d'un  emprisonnement  d'un  à  cinq 
ans;  s'il  y  a  eu  des  blessures,  de  cinq  à  dix  ans,  et  de  dix  à 
vingt  s'il  y  a  eu  mort  d'homme.  Les  témoins  sont  passibles 
d'un  emprisonnement  d'un  à  cinq  ans.  En  Prusse,  la  réclu- 
sion ou  la  détention  dans  une  forteresse  a  été  substituée  à  la 
peine  de  mort,  qui  n'est  appliquée  que  dans  le  cas  où  les 
choses  se  seraient  passées  contrairement  à  la  loyauté ,  ou 
bien  dans  le  cas  de  l'un  de  ces  duels  qui  doivent  nécessaire- 
ment se  terminer  par  la  mort  de  l'un  des  combattants.  Le 
code  prussien  est  surtout  très-sévére  pour  les  seconds.  En 
Belg^qaey  en  Bavière,  il  s'est  £ait  aussi  des  réformes  impor- 
tantes, n  n'y  a  que  rAngteterre  où  le  législateur  n'ait  rien 
tenté  depuis  longtemps;  la  loi  y  est  toujours  sans  force  comme 
par  le  passé;  elle  qualifie  le  duel  d'homicide,  punit  de  mort 
les  combattants  et  leurs  témoins,  et  prononce  contre  tout 
individu  qai  aurait  adressé  un  cartel  à  un  autre  la  peine  de 
l'amende  et  de  l'emprisonnement.  Sous  ce  régime  il  n'y  a  pas 
en,  pendant  les  deux  derniers  siècles,  vingt  condamnations 
prononcées,  et  les  trois  ou  quatre  personnes  qui  ont  été  exé- 
caiëes  pour  s'être  battues  ne  l'ont  été  en  réalité  que  pour 
s'être  battues  contrairement  aux  lois  admises  par  la  société 
en  matière  de  duel.  Quelques  personnes  ont  été  condamnées 
pour  homicide  commis  dans  des  duels  accompagnés  de  cir- 
constances  aggravantes  :  il  y  en  a  eu  de  condamnées  à  un, 
deux,  trois,  ou  au  plus  douze  mois  d'emprisonnement  ;  mais 
on  peut  dire  que  la  très-grande  majorité  a  été  acquittée,  ou 
même  n'a  pas  été  jugée.  Dans  la  pratique ,  il  n'est  pas  pro- 
bable que  la  loi  ait  jamais  prévenu  un  seul  duel  ;  le  plus 
qu'elle  peut  avoir  fait,  c'est  d'avoir  forcé  les  duellistes  à  se 
Ultre  hyalemmi;  mais  c'est,  selon  nous ,  un  résultat  que 
l'opinion  publique  et  lés  sentiments  d'honneur  des  jpersonnes 
qui  ont  été  forcées  de  descendre  à  cette  extrémité  auraient 
parfaitement  obtenu  sans  elle. 

(EUnburg  Review.) 


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Mixao\xt9.  —  Motntii  ^ttsiomtinmi. 

LE  JOURNAL  DE  UnSS  BURMET 

(MABAltfË  1>'i!MLAlr.) 


I. 

«  1778.  —  Cette  année  8*est  ouverte  par  an  événement  dd 
la  plus  haute  importance.  Vers  les  derniers  jours  de  janvier» 
le  monde  littéraire  a  Va  apparaître  le  premier  ouvrage  de  la 
très-spirituelle,  très-savante  et  très-profonde  Fanny  Burneyl 
le  ne  doute  pas  que,  dans  les  temps  à  venir,  cette  manifostar 
tion  sidérale  ne  serve  aux  faiseurs  de  chronologie  poifr  mar- 
quer Tapogée  du  progrès  des  arts  dans  notre  tle.  x> 

k  Cet  admirable  émvain  a  baptisé  son  chef-d'œuvre  :  ÉvB» 
UNA,ou  ¥  Entrée  d'un4  jeune  personne  danê  lemonde  (i).  m 

C'est  sur  ce  ton  de  plaisanterie  que  miss  Fanny  Biirney» 
depuift  madame  d'Arblay,  parle  dleHtnème  de  son  début  dans 
les  lettres;  mais,  comme  il  arrive  souvent  de  ces  ibodéstiea 
d'auteur,  oa  s'aperçoit  bientôt  que  son  aippréciation  sérieuse 
d'ello-mème  est  à  peu  de  chose  prèa  celle  dont  elle  s'amuse  i 
exagérer  les  fortaimles.  C'est  là  m  texte  (|u'elle  fait  passer  eu 
riant,  mais  sur  lequel,  sans  rire  te  moin»  éà  monde,  Tingé* 
nieuse  romancière  a  brodé  u»  eommentaire  dé  stx  fpetê 
Yiriumes.  Son  impof^tmice  bîoghipbique  raéritait'^le  un  Mo- 
nument d€  cette  taîllef  De^ien&^nolis  l'ultendre  d'ude  per- 
sonne qui  avait  plus  qif  èfBeuté  son  sujet  un  publiant,  il  7  a 

(1)  Madame  d^Àrblay'i  Diary  and  Uftiefê,  vèh  1^  ^  IV» 

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iB  MISS  BnmiY  W 

de  l'hoitfÉe  qa'dle  appdint  <x  SêH 
Nn (1).  1»  Ce  Bont  U>de8  {pieslâoiis  qu'il  eeraMassez 
■onildeDéBOtidretDDrt;  d'abord,  et  nmnaittoiiBttiieni 
la  kctaur  à  mAme  de  deviner  à  oat  égavd  noive  penàie. 

Xen  qa'îl  entre  dans  nos  Tues  de  âi§piiter  à  aiira  Bom^ 
ses  titees  oA  sa  ^mir  d'éorivain.  Elle  a  maniiié  tvèi»ce»iaiM^ 
WDt  fanai  les  Temneiere  anglais,  et  ce  n'est  fias  là  an  mè- 
diecre  éloge  pour  une  compatriote  de  Bidhardëoa,  SmaUett^ 
Fielding  eLaiHrea.  A  Tépaqie  où  Evelina  parut,  Tmhnjontêf, 
Jbdgrâi  Haïubm,  Hmmphny  Climker,  avaient  rendu  difficile 
de  fixer  Tattantion  publique.  Triêtrum  Skamdy  et  le  Voy^igi 
fcntîneatiitétaientconnus  depuis  longtemps;  il  est^dono  très* 
difficile  d'admettre  qu'à  cAté  de  oes  cheb-d'ouvre,  unToman 
Aédiocrepèt  se  produiraavecun  grand  éclat  Endina  eut  cettu 
fortuBo.  Nous  sarons  bien  que,  parmi  les  conditions  d'un  tel 
saocès,  Textrème  jeunesse  de  l'auteur  ne  doit  pas  être  omise^ 
et  madaaw  d'Arblay,  qui  ne  se  fiait  fisate  d'aucune  gloire,  in* 
Bsfe  volontiers  sur  ce  point.  Nous  verrons  tout  à  l'heure  si 
e'eit  à  bon  droit;  mais  enfîn,  ce  n'est  pas  à  cette  circonstance 
font  A  fait  étrangère  au  mérite  da  livre  que  Ton  peut  attri- 
buer sa  vogue.  Une  étade  trè»-fiiie,  quoique  un  peu  bavarde^ 
des  mœun  et  des  caractères;  un  naturel  infini  dans  la  ro* 
production  des  dialogues;  et  le  secret  si  rare  de  o^r  des 
peraonaifications  distinctes  et  vivantes,  des  types^  comme  on 
dit,  complets  et  logiques,  le  mettent  bien  certainement  au* 
dessin  -des  ptoéuctions  vulgainss. 

Geoi  une  fois  dit,  nous  croyons  avoir  fiiit  la  part  due  am 
tslent  :  il  nous. reste  à  signaler  les  petits  pièges  du  charlata- 
nîsBw,  et  i  déjouer  les  combinaisons  veaBiteuses  d'un  amour-, 
propre  qui  affe<^tsst  volontiers  les  dehors  ks  plus  modestes. 
Madame  d' AiMaf  est  à  nos  ywx  une  êgoOtit  de  j^Mnièf e  vo* 
Me.  Tout  oe  qoe  noius  voyons  d'olle  nous  rappelle  ce  qu'elb 

(i)  Les  Mémoires  du  docteur  Bumey  ont  été  publiés  par  Isa  fille  il  ya 
quelques  anoées.  La  QuartBrfff  hêtien>  lui  rsproelialt  étm  iâ  csfH^ 
irs*toe  trvp  ssavsatsalMiliBëS'à  isa*p4rs« 


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80  LE  lOUBNAL  BE  MISS  BURNEY. 

dit  elle-même  du  peintre  Bairy,  ce  pauvre  fou,  qui,  entre  au- 
tres supériorités,  s'accordait  une  modestie  au-dessus  de  toutes 
les  autres.  Elle  dit  encore,  en  parlant  d*un  certain  docteur 
Shepherd,  chanoine  à  Windsor,  que,  dans  aucune  comédie,  elle 
n'a  vu  de  personnage  «  s'épanouir  autant  dans  sa  propre  p^fec- 
tion.»C'est  justement  ainsi  que  nous  caractériserions  au  besoin 
le  journal  d*Eveltna,  et  nous  lui  appliquerions  encore  cette  jolie 
comparaison  de  Johnson,  parlant  d'un  autre  romancier  célè- 
bre :  «  Monsieur,  disait  le  docteur,  ce  gaillard  de  Richardson 
ne  se  bornait  pas  à  descendre  tranquillement  le  fleuve  de  la 
Renommée;  il  s'arrêtait  après  chaque  coup  de  rame  pour 
goûter  l'écume  qu'il  avait  soulevée.  »  Mais  Richardson  n'é- 
tait qu'un  enfant  naïf  auprès  de  miss  Burney,  et  jamais  il  ne 
s'avisa  de  toutes  les  petites  finesses  à  l'aide  desquelles  elle  a 
longtemps  dissimulé  son  adoration  d'elle-même.  Si  ses  Mé- 
mmreê  sont  piquants,  c'est  surtout  par  ce  côté.  Il  n'était  pas 
facile,  on  en  conviendra,  de  soutenir  parallèlement  le  rôle 
d'une  personne  modeste  et  les  prétentions  les  plus  exclusives. 
Elle  y  réussit  cependant  quelquefois,  à  force  de  céder  la  pa- 
role aux  autres  toutes  les  fois  qu'il  s'agit  d'elle.  Miss  Burney, 
parlant  de  miss  Burney,  a  toute  la  modestie  d*un  président 
des  Communes  qui  vient  d'être  élu;  mais  d'un  autre  côté» 
elle  se  fait  un  cas  de  conscience,  — ^pur  scrupule  historique — , 
de  dissimuler  les  panégyriques  et  les  compliments  les  plus 
extraordinaires  parmi  ceux  dont  elle  se  dit  accablée.  C'est 
toujours  «  le  cher  docteur  Johnson,  »  qui  proclame  «c  F.  B«  l'é- 
crivain le  plus  spirituel  qui  ait  jamais  vécu.  »— C'est  <(  ^'ai- 
mable mistress  Thrale,  »  qui  s'écrie,  en  parlant  de  «  F.  B.  :  » 
-^(x  C'est  la  plus  charmante  enfoût  du  monde;  »  et  ensuite, 
lorsqu'elle  a  savouré  tout  à  son  aise  le  miel  de  ces  menues 
flagorneries,  Fanny  Burney  se  met  aussitôt  à  rougir,  à  balbu- 
tier, à  trembler;  elle  affecte  les  attaques  de  nerfe  de  la  mo- 
destie blessée  ;  elle  prend  ses  confidents  à  témoin  de  l'into- 
lérable torture,  du  martyre  incessant  que  lui  inflige  l'admira- 
tion universelle.  Mais,  dira-t-on,  quels  étaient  ces  confidents? 
Le  Journal  de  madame  d'Arblay  n'est-il  pas  écrit  sous  forme 


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LE  lOURNAL  DB  MISS  BURNET.  81 

de  confession  privée,  où  devait  pénétrer  seulement  Y  œil  d'une 
sœur?  Hélas  1  encore  une  ruse,  encore  un  de  ces  stratagèmes 
de  l'amour-propre  féminin ,  qui  ne  peut  ni  se  dissimuler  ni 
se  reconnaître.  Le  Journal  envoyé  à  la  soeur  de  madame d'Ar- 
blay  faisait  ensuite  le  tour  de  la  famille;— ^le  là,  il  était  régu- 
lièrement transmis  à  Chessington,  où  toute  la  coterie  de 
M.  Crisp  en  prenait  lecture; —  après  quoi  il  passait  dans  les 
mains  de  M.  et  mistress  Lock  de  Norbury-Park,  —  puis  ail- 
leurs encore, —  et  il  est  hors  de  doute,  d'après  sa  forme  et  sa 
teneur,  qu'il  était  destiné  en  fin  de  compte  à  la  publicité  qu'il 
reçoit  aujourd'hui. 

Mnsi ,  de  Vextrême  jeunesse,  qui  revient  toujours  sous  la 
piomede  madame  d'Arblay  lorsqu'elle  parle  de  la  publication 
d*Eoelina.  Elle  laisse  entendre  que  ce  fut  l'ouvrage  d'un  en- 
fant très-timide, — ^remarquablement  gauche,— et  qui  achevait  à 
peine  son  éducation  ;— que  ce  roman  fut  écrit  à  la  dérobée  par 
une  sorte  de  caprice  enfantin; — qu'il  resta  inconnu  au  père  de 
l'auteur  et  totalement  négligé  par  l'auteur  lui-même,  jusqu'à 
ce  que,  six  mois  écoulés,  son  immense  succès  les  contraignit 
à  y  prendre  garde. 

Ces  détails  avaient  de  quoi  surprendre;  mais  l'aplomb  avec 
lequel  ils  étaient  donnés  ne  permettait  pas  le  moindre  doute; 
et  ce  fut  seulement  après  la  publication  des  Mémoires  de  son 
Père,  que  l'attention  de  la  critique  fut  tout  à  coup  éveillée  par 
l'obscurité  singulière  dont  miss  Burney  enveloppait  non-seu- 
lement la  date  de  sa  naissance,  mais  tous  les  autres  détails 
chronologiques  qui  pouvaient,  directement  ou  indirectement, 
conduire  à  des  données  positives  sur  ce  point  délicat.  La  cu- 
riosité d'abord,  et  plus  tard  certains  soupçons  s'ensuivirent. 
Les  recherches  cependant  n'étaient  pas  faciles,  et  il  s'écoula 
quelque  temps  avant  qu'on  pût  se  procurer  l'extrait  de 
baptême  de  notre  auteur  :  enfin,  en  compulsant  les  registres 
de  la  paroisse  de  Lynn,  dans  le  comté  de  Norfolk,  on  vérifia 
que  Frances  (Fanny),  la  seconde  fille  du  docteur  Charles 
Bnmey,  était  née  dans  Télé  de  1752  (1) ,  et  que,  par  conse- 
il) Au  mois  de  juin. 

5*  SÉRIE. — TOME  XI.  6 


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82  U  IWBUiJL  9B  MIM  MTBNBT. 

qoent ,  lorsque  J?ve/f na  ptroe  (iT78)  »  die  n'avait  pas  qaisae 
«m  seise,  mais  bien  vingt^^inq  tm  vingl-stx  ans.  Ceci,  on  çn 
conviendra,  donnait  aa  prétendu  miracle  une  face  nouvatte; 
îl  ne  restail  plua  à  sa  placée  qu'un  fait  asseai  ordinaira. 

De  aiôaie  encore  pour  le  secret  si  strictaneat  gardé  vianà- 
da  doctenf  Barney.  Peu  è  peu,  la  vérité  m  faisant  joinr ,  il  est 
daveitoassea  pOHttf  que  sa  fille  lui  avait  parlé  du  rottan 
qu'elle  composait,  et  qu'il  en  avait  autorisé  la  publication  ; 
seulement»  afin  de  ne  se  pas  dém^tir  de  point  en  point, 
miss  Bumey  a  continué  à  soutenir  qu'il  n'avait  Jamais  lu  «ne 
seule  page  de  ce  livre; — qu'il  en  ignorait  le  titre,-— et  ne  s'était 
enquis  de  ses  destinées  qu'au  bout  de  six  mois^  averti  par  la 
rumeur  publique.  C'est  beaucoup  demander  à  notre  crédulité 
que  d'entasser  ainsi  invraisemblances  sur  InvraisemblaBoas; 
mais  il  est  vrai  de  dire  que  cette  première  déception,  dont  il 
faut  chercher  l'origine  dans  les  craintes  assez  naturelles  qu'a- 
vait miss  Burney  au  sujet  de  son  premier  roman,  a  ex^cé  sur 
son  avenir  une  trop  grande  influence  pour  qu'elle  pût  se 
résoudreà  un  désaveu  franc  et  loyal.  L'extrême  jeunesse  avait 
fait  le  succès  du  livre.  C'est  grâce  à  l'extrême  jeunesse  qu'il 
passait  pour  un  phénomène;  c'est  sur  l'extrême  jeunesse  que 
s'extasiaient  Johnson  et  mistress  Tbrale;  ce  fut  l'extrême  jeu- 
nesse encore  plus  que  le  mérite  de  l'écrivain  qui  attira  sut 
elle  l'attention  et  les  faveurs  royales.  11  fallait  bien,  par  con- 
séquent, laisser  subsister  l'extrême  jeunesse  :  c'est  ce  que 
miss  Burney  a  fait  constamment,  aidée  par  sa- petite  taille  et 
sa  physionomie  enfantine.  La  dernière  page  de  son  Journal , 
qui  va  jusqu'en  1787— et  à  celte  époque  elle  avait  atteint  l'âge 
très-respectable  de  trente-cinq  ans — nous  la  montre  avec  tous 
les  petits  airs,  les  étourderies,  les  grâces  câlines  que  quatre 
lustres  accomplis  rendent  ordinairement  fort  déplacés. 

Ce  malheureux  secret  doit  entrer  pour  beaucoup  dans  les 

inquiétudes  et  l'embarras  qui  se  trahissent  à  presque  toutes 

les  pages  des  Mémoires  de  miss  Burney.  Il  y  avait  sans  doute 

beaucoup  d'affectation  dans  cette  espèce  d'impatience  con- 

*  fuse  où  elle  prétend  que  la  jetait  la  moindre  mention  de  ses 


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Unwpl'lHiBiBiifelBplM  légitteereiidB  à  son  Ulent.  Maison 
pourrait  y  y«r  anasi  la  fréBMMeiBaiil  intériaar  d'une  con- 
annce  «a  pen  troublée.  En  effet,  quelle  cataitroplie  pour  le 
fBaae  ékf^  de  tani  d'adaub^aliona  eatliMBiaMe*»  m,  quelque 
beau  jour,  tandis  <|B'on  céiéhraît  aulmir  d'elle  la  préeoeité  de 
«Btaient,  «ne  ▼oîx  envieuse  m  quelque  aceîdcâl  inattendu 
aiaîtlOBlèeovp  rèféièlavèrtlél  Quai  erève<xeurpeur  lïfino- 
wiijtfaaajMs  et  ami  aimable  fagaille,  recomtuas  bienet  dftaafit 
cnapablea  d'Bvair  eaeanioté  au  publie  la  tien  environ  des  an- 
néeaqne  cmnpIaîtakffal'iaAèreaiaBt  j^odige!  etquel  fendrojrant 
a  cdàn  déeenaevte  sur  une  organisaAion  dèlicale, 
I  les  drenaalaBoea  les  plus  ordinaires  de  la  vie  trouvaitrat 
cesse  intimidée^  pséte  à  s'èvasauiTy  oanfondue,  ne  sa- 
ebaai  oè  se  mettre,  ebercfaant  un  voile  à  sa  rougeur,  une  at- 
titude à  aon  déseapoiri  Les  héroïaee  de  misa  Bumey,*-^n  l'a 
défi  reaaanpié  coomm  le  déteit  capital  de  ses  remau9,-«eont 
toiqours  victimea  de  tounnent»  microscopiques  et  de  diffi- 
cultés îmaginairea,  que  deux  bk^  d'explication  franche  et 
aensée  avfiBraîeBA  à  dismper.  Il  en  est  ainsi  du  cerveau  qui 
leur  doBOB  le  jour.  S'il  iaut  l'en  croire  et  prendre  à  la  lettre 
les  exagérations  de  sa  prose,  bûsb  Burney  vivait  dans  un  état 
de  perpétuelle  détresse; — la  moindre  interpellation  troublait 
Vèc|iâttffe  desa  modestie  ;-*-e&Be  lui  adressant  pas  la  parole, 
<M  la  ptoBgeait  dans  lea  plus  vives  alarmes;  •—  un  conqpll- 
tmetà  la  frisait  rentcer  à  c^t  pieda  sou»  terre  ;*-^SHiie  d'atten- 
tîoB,  elle  secroyait  mé|>risée,  et  renfermait  dans  une  indigna- 
tkm  muette  lea  souSranciis  de  son  légitime  orgueil*  Nous  la 
voyons  dma  une  soirée  ae  refuser  à  servir  le  thé,  dans  la 
cfBinte  de  prendre  uo  réletrop  en  évidence;  — et  d'un  autre 
côté,  dans  la  crainte  de  paraître  dédaigneuse,  subir  l'agonie 
da  remonis  à  profios  de  ee  refus.  Au  fond,  tout  cela  n'est  que 
vtfiilé  phmoQ  moins  naïve,  plus  ou  meias  maladroite. 

On  s'en  aperçoit  en  décomposant  les  longs  et  fastidieux 
dialogues  qui  composent  la  plus  grande  partie  du  Journal. 
Quand  nous  voyons  tout  d'abord  ces  pages  émaillées  de 
noms  célèbres,  Cj^s  conversations  qui  ont  pour  interlocuteurs 


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M  LE  JOURNAL  DE  MISS  BU&NEY. 

Johnson,  Sheridan,  sir  Joshoa  Reynolds,  Murphy^Camberlandy 
Colman,  et  vingt  autres  célébrités  du  même  ordre,  nous 
sommes  tentés  de  nous  promettre  une  ample  moisson  d'es- 
prit et  de  détails  biographiques.  Mais  peu  à  peu  cette  illusion 
se  dissipe,  et  il  ne  tient  qu'à  nous  de  supposer  aux  hommes 
remarquables  de  l'autre  siècle  les  plus  détestables  habitudes 
de  causerie  qu'on  puisse  imaginer.  En  y  réfléchissant  néan- 
moins, la  cause  de  leur  apparente  stupidité  se  montre  bientôt 
et  se  fait  jour.  Attentive  à  sténographier  tout  ce  qu'ils  dbent 
relativement  à  elle, — et  ceci,  nous  sommes  tentés  de  croire 
qu'elle  l'exagère  quelque  peu,  — miss  Burney  cesse  d'écouter 
ou  du  moins  de  redire  ce  qui  touche  à  d'autres  sujets  plus 
indifférents.  Quand  mistriss  Thrale,  sir  Philip  Jenning  et 
Johnson  se  mettent  à  discuter  le  mérite  relatif  à!EveUna  et  de 
la  Forêt  de  Windêor  (i),  nous  ne  perdons  pas  un  mot  de  cet  in- 
téressant parallèle.  Lorsque,  dans  la  même  coterie,  s'agite  la 
question  de  savoir  jusqu'où  va  l'extraordinaire  modestie  de 
miss  Burney,  cette  modestie  ne  l'empêche  pas  de  rapporter 
le  débat  tout  au  long  (2),  et  nous  lisons  avec  une  sorte  de 
stupeur  la  déclaration  suivante  par  laquelle  Johnson  conclut 
et  résume  les  arguments  échangés  : 

Le  DOCTEUR.  Je  l'admiré  (F.  B.)  pour  sa  finesse  d'observation, 
sonbonsens,  sagaieté,  sondiscernement,  Uchoix  desespersonnagesp 
le  langagequ'elleleur prête;  bref,  pour  toutesses  qualités  d'écrivain. 
Une  autre  fois,  sir  Joshua  Reynolds  et  Sheridan  sont  mis 
en  scène  tous  les  deux,  dignes  interprètes  de  la  curiosité 
publique,  qui  guettait  les  chefis-d'œuvre  futurs  de  l'auteur 
d*Evelina.  Sheridan  sollicite  d'elle  une  comédie,  et  sir  Joshua 
lui  fait  remarquer  sagement  :  a  qu'ayant  déjà  tout  le  succès  et 
toute  la  gloire  dont  peuvent  être  suivis  les  travaux  de  cabinet,  »  elle 
doit  rechercher  les  émotions  des  triomphes  dramatiques  (3). 
C'est  ainsi  que  de  tout  entretien,  de  toute  rencontre,  son 

(1)  Vol.  !•',  p.  23»  et  23e. 

(2)  Vol.  I",  p.  120  et  122. 
(8)  Vol.  !•',  p.  187  et  188. 


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LB  JOURNAL  DE  MISS  B0R2fEY.  85 

industrieux  amour-propre  s'applique  à  pomper  le  miel  des 
loaanges.  Nous  dirions  la  mélatêe,  si  la  métaphore  le  permet- 
tait ;  car  ces  éloges  dont  elle  se  pare  sont  quelquefois  bien 
frdes  et  bien  peu  raffinés.  Comment  qualifier,  par  exemple,  les 
compliments  de  cette  belle  dame  du  grand  monde  (mistriss 
Cholmondeley]  qui,  venue  à  une  soirée  tout  exprès  pour  l'y 
Toir,  dit  en  fiice  à  notre  héroïne  : 

«  Chère  miss  Burney,  souffrez  que  je  vous  dise  une  seule 
chose...  et  cependant  peut-être  allez-vous  en  être  blessée... 
mais  non,  vous  le  permettez,  n'est-ce  pas? 

— Qu'estrce  donc,  madame? 

— C'est...  quey^  vous  admire  plus  qu'itueune  autre  créature 
humaineL..  Et  je  n'y  puis  que  faire  (1).  » 

Certes,  la  modestie  qui  valut  tant  .d'admirations  à  miss 
Burney  dut  se  faire  une  étrange  violence  pour  transcrire  des 
flatteries  de  cette  force. 

Du  reste  il  est  plus  d'une  occasion  où  cette  modestie  si 
vantée  n'exclut  pas  une  susceptibilité  fort  ombrageuse,  et 
nonobstant  la  perspicacité  bien  connue  de  miss  Burney,  elle 
laisse  très-naïvement  percer  une  disposition  peu  compatible 
avec  ridée  qu'elle  prétend  donner  d'elle-même. 

Sous  ce  rapport,  et  sous  ce  rapport  seulement,  nous  trou- 
verons quelque  piquant  à  Thistotre  d'ailleurs  assez  fastidieuse 
de  ses  rapports  avec  un  M.  Crutchley,  jeune  gentleman  assez 
riche,  qui  avait  été  le  pupille  de  M.  Thrale.  Après  la  mort 
de  ce  dernier,  qu'il  avait  désigné  comme  un  de  ses  exécuteurs 
testamentaires,  il  vint  passer  quelques  semaines  à  Streatham, 
où  résidait  mistriss  Thrale  en  compagnie  de  miss  Burney. 
Fut-41  très^alant  pour  la  charmante  jeune  fille,  ou  bien  celle- 
ci  prit-elle  quelques  propos  en  l'air  pour  les  manifestations 
d'un  sentiment  sérieux?  c'est  ce  que  nous  ne  saurions  préci- 
sément décider  ;  mais  nous  sommes  tentés  de  nous  ranger  à 
cette  dernière  opinion  quand  nous  voyons  les  efforts  bien- 
veillants de  mistriss  Thrale  pour  appeler  sur  sa  jeune  com* 


(1)  Vol.  I",  p.  174  et  176. 


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8è  LE  lOtrmKAL  VE  mSft  B0BNKT. 

pagne  l'atleiition  du  riche  célibataire  ;  —  la  sécheresse  avec 
laquelle  cehiî^i  répond  à  ses  arances  indirectes;—^!  enfin  ta 
petite  fèrear  discrète  où  sa  résistance  jette  l'aiinable  auteier 
d^EveHnm{i).  Il  est  vrai  qu'A  l'époque  dont  nous  parlons  die 
avait  atteint  un  fige  amquel  lesdemoisenes  neplaisanlent  plus 
sûr  le  chapitre  fort  délicat  des  prétentions  à  leur  main. 
M.  Crutchley  avait  le  double  malheur  de  compter  moi» 
d'années  qu'eHe  et  de  posséder  une  fortune  beaucoup  plus 
considérable  ;  peuft-^re  aussi  s*était-il  donné  le  tort  d'avoir 
fait  concevoir,  par  des  compliments  peu  ménagés,  un  espoir 
qu'on  était  fôché  de  voir  déçu.  Par  tous  ces  motifs  il  devînt 
haïssable  :  on  le  hri  laissa  voir;  et  à  tous  ces  autres  crimes  il 
ajouta  celui  de  ne  pas  comprendre  une  colère  si  laiteuse.  Am 
moins  en  fit-il  semblant.  Que  de  gens  à  sa  place  auraient  agi 
comme  luit  Quoi  qu'il  en  soit,  cette  petite  intrigue  bien  insi^ 
gnifiante  remplit  de  longs  entretiens^  trop  fidèlement  rap- 
pelés, les  premiers  volumes  du  Journal^  et  nous  en  aurions 
cité  quelques-uns  malgré  leur  dimension  extraordinaire,  si 
l'entrée  de  miss  Burney  dans  l'intérieur  de  la  famille  royale 
ne  nous  fournissait  le  sujet  d'une  étude  plus  intéressante. 

Ce  fut  dans  Tété  de  1786  qu'elle  fut  nommée  seconde 
femme  de  la  garde^ol)e  dans  la  maison  de  la  reine  Charlotte 
de  Mecklembourg,  femme  de  Georges  111.  Sa  réputation  Ktt^ 
raire  eut  beaucoup  moins  de  part  à  cette  faveur  que  l'amitié 
de  la  respectable  Mrs.  Delany,  chez  laquelle  miss  Burney 
était  devenue  familière  après  la  mésalliance  de  mistriss  Thcule 
avec  un  intrigant  italien  nommé  Piozzi.  Mrs.  Delany ,  veuvu. 
d'un  médecin  oélèiMre  et  qui  avait  alors  |riu»  de  qnatr^^ 
vingts  ans,  avait  été  l'amie  iatiaw  de  la  vieille  duchesse  de 
Fordand  (lapetite-fiHe-  dis  grand  trésorier  Oxford,  e^e-l&f 
même  que  ^rier  a  célébrée  dans  ses  poésies) ,  et  c'est  par  fa 
duchesse  qt»  Mrs.  Dehmy  avait  été  présratée  à  LL.  MM^ 
Elles  prirent  bientôt  le  phis  vif  intérêt  à  cette  exceltante  «t 
aimable  fomme  ;  et  lorsque  la  moit  de  la  duchesse  lui  femiar 


(l)Vol.  n,  p.  24et25. 


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LE  «OITR9AL  ^  «9ê  B0RN8T.  8T 

lediAtem  de  Bnlstrode,  où  elle  allait  ordinairement  tous  let 
étét,  le  roi  Georges  fit  arranger  pour  elle  une  petite  maison 
qui  loi  appartenait  près  des  portes  de  Windsor-Castle.  Là, 
ptasqne  chacpie  jour,  elle  nscevail  la  yisite  de  ses  illustrei 
liiles,  qui  TaippeUtient  en  outre  à  leurs  réunions  de  famille. 
Cstte  btenTeillanoe»  ee  eulte  affectueux  pour  un  des  tirée 
débris  qui  enbsistaient  enoore  de  l!époque  où  Pope,  Addisoft 
et  Swift  araient  jeté  lantd'éclM  sur  le  génie  anglais,  se  tro«^ 
rent  décrits  en  délall  dans  la  correspondance  de  Mrs. 
Ddany,  puMiée  il  y  a  ringt  ans^  peu  après  la  mort  de 
Georges  llf,  dont  elle  devait  honorer  la  méniofre.  Il  est  difii- 
cile  en  effet  de  parconry,  soit  cette  correspondance,  soit  le 
Jwtmal  de  miss  Bumey,  sans  ressentir  une  assesi  vive  sym- 
ptCfaîe  pour  un  monarque  dont  la  vie  privée  fiit  toujours  con-*- 
sacrée  aux  affections  les  plus  simples,  et  qui  cherchait  Toubli 
des  plus  graves  soucis  politiques  dans  les  plaisirs  de  la  vie 
champêtre.  Peut-être  le  sentiment  d'une  éducation  imparfeile 
et  d'une  diction  inélégante  entraii-il  pour  quelque  chose  dans 
les  goAts  retirés  du  monarque,  qui  affecta  toujours  d'éviter 
autant  qu'il  le  pouvait  les  exhibitions  publiques  de  sa  per- 
sonne. Adonné  à  la  chasse  et  à  ragriculture,  il  avait  ainsi, 
mérité  le  stimom  de  fermier  (Farmer  Georges),  qui  lui  taxi 
d'abord  donné  en  mauvaise  part.  L'opposition,  dirigée  à  cette 
époque  par  des  hommes  d'un  esprit  et  d'un  talent  remar- 
quables, était  parvenue  à  transformer  en  une  sorte  de  despo- 
tisme Êiroache  l'éloignement  presque  continuel  de  ce  prince 
et  la  sirfitnde  dont  il  s'entourait  volontiers;  mais  peu  à  pein 
CCS  Ciuases  impressions  s'efbcèrent.  On  excusa  chez  le  mo*- 
naïque  ce  penchant  tout  anglais  qui  porte  l'homme  à  s'isoler 
dans  la  vie  de  &miile  et  à  concentrer  sur  quelques  personnes 
choisies  toutes  les  affections  de  son  cœur;  on  le  lui  pardonna 
surtout  lorsque  Ton  vit  que  ses  préférences  privées  et  l^s 
délassements  de  son  cjioix  ne  lui  faisaient  jamais  perdre  de 
vue  le  soin  de  la  diose  publiquie.  Lorsque  les  désordres 
de  1780  édalèrent,  en  présence  d'une  population  déchaînée 
et  d'une  munidpalité  dont  les  scrupules  timides  compromet- 


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88  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNET. 

talent  la  sûreté  publique,  le  rot  fermier  devint  tout  à  coup  un 
roi  capitaine;  sa  décision,  son  courage  personnel,  sauvèrent 
la  capitale,  livrée  depuis  deux  jours  à  toutes  les  horreurs  de 
rémeute  ;  et  à  partir  de  ce  moment  les  sympathies  nationales, 
quelque  temps  égarées,  commencèrent  à  se  manifester  en 
faveur  de  Georges.  Cette  disposition  ne  fit  que  s'accroître 
d'année  en  année,  et  il  trouva,  lors  de  la  monstrueuse  alliance 
entre  Fox  et  North,  un  puissant  secours  dans  Tassentiment 
populaire  quilui  permit  de  lutter  contre  la  majorité  factice  obte- 
nue par  ces  deux  hommes  d'état  au  sein  du  parlement  anglais. 

L'admission  de  miss  Burney  dans  l'intérieur  royal  n'eut 
pas,  à  ce  qu'il  semble,  les  résultats  heureux  qu'on  aurait  pu 
attendre  d'un  choix  également  honorable  pour  la  reine  et 
pour  l'écrivain.  A  qui  devons-nous  en  imputer  la  faute,  si  ce 
n'est  à  miss  Burney  elle-même?  Sans  autre  moyen  de  con- 
trôler ses  mémoires,  ne  suffit-il  pas  de  les  lire  pour  voir 
quelle  fut  sa  conduite  dans  cette  position  nouvelle  ?  Pouvons- 
nous  n'y  pas  remarquer  un  mélange  singulier  de  prétentions 
et  de  timidité,  d'inexactitude  et  de  gène,  et  ce  génie  tout  par- 
ticulier qu'elle  semblait  avoir  pour  se  tourmenter,  elle  et  les 
autres,  par  le  grosMsement  des  incidents  les  plus  simples? 

Il  est  évident  qu'elle  se  croyait  beaucoup  au-dessus  de  ses 
fonctions.  Nous  soupçonnons,  au  contraire,  qu'elle  leur  était 
à  beaucoup  d'égards  inférieure,  et  que,  soit  vanité,  soit  in- 
science des  choses  et  des  personnes,  soit  exagération  de  ses 
craintes  puériles,  elle  mit  plus  d'une  fois  à  l'épreuve  l'inalté- 
rable patience  de  sa  royale  maltresse.  De  là  provinrent  cette 
foule  de  petits  malheurs  que  la  femme  de  chambre  bas-bleu 
prend  un  triste  plaisir  à  énumérer,  et  qui  jettent  un  jour  A- 
cheux,  mais  assez  faux,  Dieu  merci!  sur  l'existence  tourmentée 

Et  d'abord,  notons  ce  point,  que  miss  Burney  ne  fit  ja- 
mais partie  de  la  cour  proprement  dite.  Ce  qu'elle  en  put 
entrevoir  à  travers  des  portes  entre-baillées  ou  du  haut  des 
appartements  réservés  qu'elle  habitait,  ne  constitue  pas 
Fensemble  de  cette  existence  dont  elle  décrit  les  tourments. 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNEY.  89 

Admettons  d'une  manière  abstraite  que  la  vie  aristocratique, 
examinée  de  près,  n'a  pas  tout  Téclat  qu'elle  répand  au  de- 
hors; mais  reconnaissons  aussi  que  toute  manière  d'être,  mi* 
natieusement  et  strictement  étudiée,  semblera  plus  disgraciée 
et  plus  féconde  en  malheurs  qu'elle  ne  Test  effectivement.  Il 
ne  faut  pas. juger  un  décor  de  théâtre  avec  l'enthousiasme 
qu'exciterait  le  paysage  dont  il  est  la  représentation  ;  mais  il 
serait  souverainement  injuste,  pour  en  avoir  une  exacte  idée, 
de  s'en  aller  dans  les  coulisses,  où  l'on  ne  voit  que  toiles  gros- 
sières, charpentes  dégingandées,  cordes  huileuses  et  machi- 
nistes en  sueur  (1). 

Dcfinissoiis  d'abord  le  rôle  exact  que  jouait  miss  Burney. 
Appelée  à  de  certaines  heures  au  service  personnel  de  la 
reîoe,  elle  ne  faisait  jamais  partie  de  sa  société  proprement 
dite.  Jamais,  fût-ce  dans  une  pièce  extérieure,  elle  n'était  in- 
vitée à  prendre  part  aux  plaisirs  des  réunions  royales,  soit 
qu'il  s*agtl  d'un  concert,  soit  qu'une  actrice  en  renom  vînt 
déclamer  devant  Leurs  Majestés.  C'est  ce  qui  résulte  expres- 
sément de  ce  passage  du  journal  où  est  racontée  la  visite  de 
Mrs.  Siddonsà  Windsor-Castle  :  miss  Burney  ne  put  trouver, 

(1)  NoTB  DU  DiRBCTEOR.  N'est-ll  pas  permis  de  trouver  ici,  dans  le  point 
de  Tue  da  critique  tory,  un  reflet  de  la  jalousie  aristocratique  avec  la- 
quelle fat  accueillie  autour  delà  famille  royale  d'Angleterre  la  nomination 
imprérue  et  spontanée  de  la  pauvre  miss  Burney  A  une  place  sollicitée 
par  plusieurs  demoiselles,  pauvres  comme  elle,  mais  d'un  grand  nom  et 
ayant  Tappui  du  plus  haut  patronage?  Si  miss  Burney  n'a  pu  de  sa  place 
voir  la  cour,  pourquoi  la  Revue  en  appelle-t-elle  à  son  journal  pour  mieui 
prouver  les  mœurs  simples  et  la  bonhomie  du  roi  et  de  la  famille  royale  t 
Mous  avons  lu  aussi  le  Journal  de  miss  Burnsy.  Il  nous  semble  qu'elle  y 
voit  et  entend  assez  de  choses,  qu'elle  y  prouve  assez  nm  intimité,  qu'elle 
y  reçoit  asseï  de  confidences  pour  avoir  pu  tracer  une  histoire  vraie,  mais 
respectueuse,  de  la  cour  de  Georges  III.  Elle  prévient  elle-même  qu'elle 
De  dit  pas  tout  ;  mais  en  général  elle  ne  supprime  que  ce  qui  a  surtout 
transpiré  dans  Ip  public.  Enfin,  une  ou  deux  anecdotes  prouvent  aussi 
que  quelques  courtisans  n'approchaient  miss  Burney  qu'en  tremblant  et 
ne  diisimolaientpas  qu'il  y  avait  eu  quelque  imprudence  à  si  bien  placera 
U  cour  une  femme  armée  de  la  plume»  ce  terrible  inêtrument  de  publicité. 


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90  LE  lOniHAL  DE  MISS  EDRiriY. 

elle  le  dit  elle-même,  nae  chambre  ou  un  cabinet  assez  voisin 
pour  entendre  la  lecture  de  la  grande  actrice  (i)  ;  cette  fay««r 
fut  accordée  à  la  première  femme  de  garde-robe  (2).  Ainsi  sa 
position  réelle  était  bien  celle  qui  dans  la  vie  privée  est  ré** 
senrée  aux  fesunes  de  chambre  (lady  maid) ,  et  bien  cpie  des 
fonctions  de  ce  genre  anprès  de  la  personne  royale  ne  soient 
pas  une  dérogation  et  n'ôtent  à  personne  le  rang  que  l'oa 
occupait  dans  le  monde ,  bien  qu'elles  confirment  au  con* 
traire  ce  qu'on  peut  appeler  la  horme  naisMuace  (gentility)  d« 
celui  qui  en  est  revêtu,  elles  Texcluent  néanmoins  du  cerclu 
royal  en  public  ou  dans  le  particulier.  Entre  autres  exen** 
pl^s  de  cette  sévérité  d'étiquette ,  on  a  celui  d'une  grande 
dame  bien  connue ,  qui ,  ruinée  par  de  fausses  spéculations^ 
refiut  en  dédonmiagement  une  sinécure  de  ce  genre,  bien  ré» 
tribuée.  A  sa  grande  surprise ,  il  lui  fut  interdit  de  paraître 
désormais  à  ia  cour ,  dont  jusqu'alors  elle  avait  eu  l'entrée, 
et  il  lui  fallut  renoncer  aux  privilèges  précieux  qu'elle  avait 
pu  croire  invariablement  attachés  à  sa  naissance. 

la  position  inférieure  de  miss  Burney, — avant  de  l'accepter 
elle  e4t  pu  la  connaître,  —  parait  lui  avoir  causé  d'assez  péa^ 
blés  désappointements.  Elle  se  trouva  surtout  choquée  en  dé- 
couvrant dans  sa  chambre  une  sonnette  correspondant  au  ca- 
binet de  la  reine,  et  au  bruit  de  laquelle  il  fallait  se  rendre. 
Voici  le  passage;  il  est  curieux  : 

«  Quand  je  vous  dis  qu'on  m'appelU,  il  faut  nous  entendre, 
et  je  vais  m'cxpliquer.  Toutes  les  fois  que  je  suis  mandéo 
pour  le  service  ordinaire,  c'est-à-dire  pour  les  toilettes  du 
matin,  du  midi  et  du  soir,  ce  qui  m'avertit  de  me  rendre  à 
mon  devoir  n'est  ni  plus  ni  moins  qn^uiM  sonnette.  Dans  les 
circonstances  extraordinaires,  on  m'envoie  chercher  par  un 
page.  Vous  l'avouerai-je?  je  ne  suis  pas  encore  tout  à  tût 
retenue  de  l'impression  que  me  causait,  dans  le  principe,  !• 

(«)  Vol.  ili,  p.  4S7. 

<B)NoTB  DO  DiRccTEUH.  Cs  puNgs  âu  jûwnoi  n'esi  pai  trét-uliir  peittk 
êure:  si  min  Burney  ne  pot,  comméMrs.  Sdiw^lftnbsrg,  entendre  Mrs.  Sid^ 
doai,  oerutparoequemisseurtieyreeeTtUelk-ftiémSMSsMàlIb.  MflBr* 


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LB  KnmiTAL  VÊ  mss  vmnm.  91 

premier  de  ces  appels..  Une  sonnette  t  J'envisageais  eeci  Cimane 
ui  fiîgne  de  serrifnde  tellement  humiliant  que  je  ne  poarais 
Fentendre,  même  seule,  sans  me  sentir  le  front  couvert  de 
roageur,  et  sans  aveîr  en  quelque  sorte  la  consdence  de  ma 
d^gradatton.  » 

U  est  vrai  cpie  l'auteur  d*£reZtna  se  représente  comme  rou* 
giseant  aassi  chaque  fois  que  le  trésorier  de  Tépargne  lui 
cemptail  ses  appontements.  A  ce  compte  ou  peut  voir  com^ 
bien  diromîfiatîom  chaque  journée  lui  devait  apporter. 

KHe  s*était  ègriemeul  tml  illusion  sur  un  autre  point,  en 
prisumant  que  la  reine  réclamerait  surtout  ses  bons  offices 
littéraifes.  Le  bon  sens  de  cette  princesse,  auqoei  fe  Jounud 
rend  d'aiienrs  ample  justice,  ne  se  prêtait  pas  à  iroe  telle 
conAisîon  d'attributions.  De  plus ,  la  reine  l'avait  dit  formel--* 
loaent  aux  protecteurs  de  miss  Bumey,  4c  die  n'aimait  guère 
les  romans,  et  encore  moins  ceux  qui  les  font;  »  et  enfin,  il 
bat  bien  Tavouer,  la  femme  de  chambre  en  secmid  n'avait 
pas  à  beaucoup  près  les  qualités  requises  chez  un  conseiller 
littéraire  ;  nous  en  trouvons  la  preuve  à  chaque  page  de  see 
Mémoires.  A  part  EteHna  et  CecUiaf  peu  de  livres  existaient 
peur  elle.  Ce  fut  la  reine  qui  appela  son  attention  sur  l'O^ 
MPcer  de  Cumberland,  oh  cependant  se  trouvaient  de  £ré^ 
qaeates  allusions  è  miss  Bumey  et  à  ses  amis.  Ce  fut  le  roi 
qui  lui  parla  le  premier  de  la  Vie  de  Johnson,  publiée  par 
HawkiAs.  Enfin  elle  n'avait  aucune  idée  d'une  ballade  cepen- 
dant assez  connue  (  the  G4jtb$rlunzie  Man) ,  doublement  remaiv 
qfvable  par  sa  gr&ce  naïve  et  comme  oeuvre  d'une  tête  couh- 
Tonuée(l],  Ce  fut  encore  à  la  reine  qu'elle  dut  de  la  lire  danu 
uu  petit  traité  philologique  imprimé  en  Altemagne  pour  et»*' 
Mr  la  resBend:>lance  qui  existait  encore  entre  l'écossais  pro^ 
pfemeut  dit  et  TalleRiand.  N'eùt-il  pas  été  surprenant  que,  h 
treuvaait  aussi  m^i  renseignée,  sa-  royale  maîtresse  se  êàk 
adressée  i  elle  pour  en  faire  le  guide  de  ses  lectures,  une 
e^èee  d'aide  de  ean^  littéraire? 

m  lîMfMt  V,  TDl  d'âeoM. 


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92  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNET. 

Peut-être  en  eût-elle  fait  une  lectrice,  si  l'extrême  mal- 
adresse de  miss  Burney  n'avait  rendu  inutiles  les  petites 
avances  qu'on  lui  fit  à  cet  égard.  Mais  voici  ce  que  nous 
lisons  dans  le  Journal,  et  l'on  va  voir  si  la  reine  est  à  blâmer 
pour  avoir  méconnu  des  qualités  singulièrement  obstinées  à 
se  dissimuler  : 

Mercredi,  17  août.  —  «  Depuis  que  la  reine  a  bien  voulu 
m'attacber  à  sa  personne,  j'avais  toujours  pensé,  à  part  moi, 
qu'elle  entendait  me  donner  les  fonctions  de  sa  lectrice  an- 
glaise; en  effet,  les  devoirs  réels  de  ma  charge  avaient  mille 
fois  la  chance  d'être  mieux  remplis  par  d'autres  que  par  moi. 
Cette  idée  rendait  très-solennel  le  moment  où  je  serais  appelée 
à  lire  devant  elle.  Cette  exhibition  m'a  toujours  été  pénible, 
et  l'on  peut  penser  que  je  ne  la  trouvais  pas  adoucie  par  l'idée 
que  S.  M.  me  jugerait  alors  digne  ou  non  de  l'emploi  qu'elle 
m'avait  conféré  d'avance. 

»  Aussi,  pendant  la  première  semaine,  je  ne  pouvais  voir 
autour  de  la  reine  un  livre,  une  brochure,  un  journal,  sans 
être  saisie  d'une  espèce  de  terreur  panique,  m'attendant  tou- 
jours à  être  mise  à  l'épreuve.  Les  journaux  surtout  m'inspi- 
raient une  profonde  terreur.  Je  pressentais  qu'il  y  avait  là 
mille  pièges,  non-seulement  de  diction,  mais  de  choix  :  par 
bonheur,  quoiqu'elle  me  les  demandât  souvent,  elle  les  lisait 
toujours  elle-même. 

»  Aujourd'hui  sa  toilette  achevée,  la  première  dame  de  la 
garde-robe  (1)  s'est  retirée,  et  la  reine,  au  lieu  de  me  ren- 
voyer comme  à  son  ordinaire,  m'a  priée  de  la  suivre  dans  son 
boudoir.  Je  l'ai  d'abord  aidée  à  préparer  son  ouvrage,  des 
dessus  de  chaises  tressés  en  rubans;  puis  elle  m'a  demandé 
de  lui  aller  chercher  un  volume  d\i  Spectator.  J'ai  obéi  le  plus 
tranquillement  du  monde.  Elle  m'a  laissée  debout  un  instant 
sans  m'adresser  la  parole  ;  puis  tout  à  coup,  mais  avec  beau- 
Ci)  La  première  dame  de  la  garde-robe rallemandeMn.  ScbveUenberg, 
a  figuré  plus  d'une  fois  dans  les  satires  du  temps:  les  libelles  poétiques 
de  Peter  Pindar  (Wolcolt)  et  VHeroie  Epiitle  l'ont  presque  popolarliée. 


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LB  lOCANAL  DE  MISS  BURKET.  93 

eoop  de  douceur  :  «c  Voulez-vous ,  m'a-i-elle  dit,  me  lire  un 
chapitre  pendant  que  je  travaillerai?  » 

i>Je  me  suis  trouvée  prise  à  court  et  consternée: j'étais 
bien  loin  de  m'attendre  à  pareille  requête  ;  aussi  n'ai-je  rien 
répondu,  et  le  livre  restait  fermé  dans  mes  mains. 

)>  S.  M.  Ta  pris,  et  m'a  montré  la  page  où  il  fallait  com^ 
mencer.  Elle  lit  cet  ouvrage  pour  la  première  fois  d'un  bout 
à  l'autre.  II  n'y  avait  pas  à  choisir  :  l'obéissance  était  de 
rigueur;  mais  ma  voix  trahissait  à  cet  égard  mon  bon  vou- 
loir. Elle  devint  en  peu  d'instants  si  voilée,  si  tremblante, 
si  difficile  à  mener,  qu'elle  devait  être  fort  déplaisante  à 
entendre.  Le  chapitre  d'ailleurs  se  trouvait  assez  curieuse- 
ment choisi,  roulant  tout  entier  sur  la  position  d'un  favori 
de  cour.  Quand  ma  tâche  fut  à  bout,  je  ne  pouvais  trop  me 
féliciter,  tant  je  sentais  qu'elle  avait  été  mal  remplie.  La  reine 
fit  quelques  réflexions  sur  le  sujet  de  cette  lecture,  et  s'abs- 
tint de  dire  la  moindre  chose  qui  eût  rapport  à  la  lectrice.  Je 
sais  vraiment  flichée  de  m'en  être  tirée  aussi  mal  (1).  » 

La  mortification  de  miss  Burney  dut  être  aggravée  lorsque, 
après  ce  premier  échantillon  de  ses  talents,  elle  vit  la  reine 
ne  plus  les  mettre  à  contribution.  Ceci  dissipait  les  douces 
illusions  dont  elle  s'était  bercée,  et  la  réduisait  à  un  emploi 
dont  elle  n'accepta  jamais  sans  humeur  la  double  dépendance. 
Se  trouver  subordonnée  à  Mrs.  Schvellenberg  était  une  trop 
rude  épreuve  pour  un  amour-propre  aussi  caressé  que  l'avait 
été  le  sien,  et  jamais,  elle  ne  parut  comprendre  cette  leçon  de 
l'honnête  Dogberry,  que  :  «  deux  personnes  montant  sur  un 
cheval,  il  faut  nécessairement  que  l'une  soit  derrière  lautre.  » 
Aussi  désormais  il  nous  sera  facile  de  voir  que  la  lutte  établie 
entre  les  exigences  de  sa  place  et  celles  de  sa  personnalité  un 
peu  suffisante  dut  la  mettre  assez  mal  avec  elle-même  et 
avec  les  autres. 

A  cette  époque ,  Georges  III  et  sa  famille  n'habitaient  pas 
le  château  de  Windsor,  qui  était  eu  effet  inhabitable,  et  qui, 

(i)  Vol.  lil,  p.  117  et  119. 

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9i  us  JtMTRIfAL  mS  ViaS  BCEUBY. 

pour  devenir  ce  qu'il  est  aojovrd'b»,  deraii  coàler  des  sosol 
mes  immenses.  Un  peu  an  sud-^t  du  chàteaa,  ùv  WilUam 
Cfaamb^rs»  le  célèbc e  ai cbitecte,  ayait  élevé  nfte  grande  mai- 
son aases  semblable  à  une  caserne  »  et  qui  a  dû  disparatire 
lors  des  embellissements  postériisurs.  C'est  ee  qu'on  dési- 
gnait sons  le  nom  de  Queens  Lodfn^.  Il  faut  dire,  à  la  louange 
du  sonTerâin  et  de  Tarcbitecte,  qu'ils  n'avaient  aoDgé  ni  l'un 
ai  Vautre  à  en  fure  «se  résidence  permanente  ;  seulement 
Georges  UI^  use  fois  qu'il  y  fut  installé,  s'y  trouva  (rfuseom- 
modément  qu'il  n'eAt  été  dans  tm  palais  poar  j  mener  celle 
existence  de  gentmimnme  campagnard,  la  aieax  «dallée  de 
toutes  à  ses  instincts  simples  et  bons. 

La  reine  et  les  princesse  se  £Bdsaient  un  devoir  de  ne  pas 
contrarier  les  goûts  du  monarque;  elles  écartaient  d'elles 
tout  ce  cpii  ressemblait  au  cérémonial  des  cours,  pareomrai^t 
à  cheval  les  environs  du  château,  et  disaient  des  visites  à  leurs 
voisins.  C'était  l'emploi  le  plus  ordinaire  de  leurs  maftinées. 
Le  soir,  elles  se  rassemblaient  autour  de  la  table  à  tbé,  pcmr 
y  lire  et  y  travailler  pendant  que  le  roi  causait  ou  jouait  au 
trictnic  avec  l'écuyer  de  service,  qui  composait  la  plupart  du 
temps  toute  sa  suite.  Assez  souvent  un  petit  concert  rompait 
la  monotonie  de  ces  plaisirs  sans  recherche,  et  û  avait  poar 
auditeurs,  avec  la  suite  des  princesses,  quelques  hôtes  de  ha* 
sard  et  les  personnes  qui,  comme  mistriss  Delany,  pouvaient 
s'appeler  les  amis  de  la  maison.  De  temps  i  autre,  afin  que 
les  enfants  royaux  pussent  changer  d'air ,  on  transférait  à 
Kcw  ce  cercle  si  étroitement  limité  :  il  était  là  plus  simple  en- 
core qu'à  Windsor.  Tout  vestige  de  la  royauté  di^araisaait 
autour  de  l'auguste  famille  ;  on  ne  s'astreignait  plus  aux  heu- 
res des  prières  et  du  lever;  il  n'était  plus  question  de  chan- 
{jer  de  toilette  deux  fois  par  jour;  le  roi  ne  gardait  pas  même 
d'éciiyer,  et  la  reine  sortait  seule  pour  ses  promenades  (1).  Seu- 

(1^  Note  du  DinscTnun.  II  nons  semble  que  le  critique  tory  admet  ici 
lui-niôinc  la  rérité  de  robservation  que  nous  lui  opposions  dans  une  note 
précédente:  on  va  voirque  miss  Burncy  recevait  aussi  àsa  lableà  thé  tous  les 
gentilshommes  de  la  chambre  et  plusieurs  visiteurs  d'un  certain  rang. 


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IM  lOURNAL  M  VISft  BcmiiEir.  95 

knent,  use  on  deux  fois  la  semaine,  Georges  III  et  par  avon- 
tare  la  reine  Gbarlotie  rerenaient  à  Londres,  soit  pomr  s'oc- 
eaper  des  affaires  publiques,  soit  poux  quelque  réception  so- 
teunelle. 

On  comprendra  que»  se  vouant  à  des  habitudes  si  retirées 
et  limitant  avec  autant  de  soin  le  nombre  des  visiteurs  admis 
dans  leur  résidence,  le  roi  et  la  reine  devaient  s'attendre  à 
voir  leurs  intentions  suivies  par  les  personnes  attachées  à 
leur  service.  Miss  Burney  cependant  parait  avoir  été  très-dis- 
posée à  violer  k  cet  égard  la  règle  établie,  et  il  fallut  phis 
d'une  remarque  indirecte  jémanée  de  sa  souveraine  pour  lui 
fâre  sentir  Tinconvenance  de  certaines  admissions.  En  partie 
par  ignorance,  en  partie  par  présomption,  ellesemblait  toujours 
cbercher  à  empiéter  au  delà  de  ses  privilèges  et  à  se  mettre 
aordessus  de  la  discipline  observée  autour  d'elle.  Si  l'on  veut 
du  reste  se  faire  une  idée  des  sacrifices  qu'on  lui  demandait, 
il  suffit  de  lire  le  programme  qu'elle-même  a  tracé  de  ses 
joumées  : 

c  Je  me  lève  à  six  heures  du  matin,  et  j'attends,  en  robe  de 
chambre  et  en  bonnet,  que  la  reine  m'appelle;  ce  qui  arrive 
en  général  de  sept  à  huit  heures ,  et  presque  toujours  à  sept 
heures  et  demie  précises.  Je  la  trouve  déjà  coifFée,  cette  be- 
sogne étant  confiée  à  sa  femme  de  garde-robe  mistriss  Thielky , 
Allemande  d'origine,  mais  qui  parle  parfaitement  l'anglais. 
Mistriss  Scfawellenberg,  après  les  huit  premiers  jours  de  mon 
arrivée,  a  cessé  tout  à  fait  de  descendre  le  matin.  La  toilette 
de  la  reine  s'achève  par  mes  soins  et  ceux  do  mistriss  Thielky. 
Cette  dernière  me  passe  au  fur  et  à  mesure  les  difiérentes  piè- 
ces de  l'habillement,  et  c'est  moi  qui  les  pl»;e.  Aucune  autre 
femme  ne  pénètre  dans  le  cabinet  pendant  que  la  reine  s'y 
trouve.  A  huit  heures,  ou  fort  peu  de  minutes  après,  car  elle 
est  très-promple  à  s'habiller ,  Sa  Majesté  a  fini.  Elle  va  re- 
joindre le  roi,  les  princesses  y  viennent  de  leur  côté,  puis  tous 
ensemble,  suivis  des  gouvernantes  et  des  officiers  de  l'écurie, 

vont  entendre  les  prières  dans  la  chapelle  royale.  Je  reviens 
alors  chez  moi  pour  déjeuner,  et  j'ai  fait  de  ce  repas  le  passc- 


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96  LE  JOURNAL  DE  HISS  BCENET. 

temps  le  plus  agréable  de  mes  journées.  Un  livre  me  sert  de 
compagnon  et  je  lui  consacre  environ  une  heure...  Quand  neuf 
heures  sonnent,  je  renvoie  mon  couvert  et  quitte  mon  livre 
pour  examiner  sérieusement  ce  dont  j'ai  à  m'occuper,  —  c'est- 
à-dire  les  préparatife  pour  ma  toilette,  non-seulement  du  jour 
présent,  mais  pour  celle  de  la  solennité  à  venir.  Chaque  anni« 
versaire  réclame  un  costume  à  part  ;  il  y  a  aussi  les  toilettes 
de  Kew,  plus  simples  que  toutes  les  autres  et  celles  de  Kîng's 
Lodge  qui  tiennent  le  milieu  entre  le  costume  de  cour  et  le 
simple  habit  de  la  campagne.  Ce  sont  sans  contredit  celles  que 
je  préfère.  Ceci  achevé,  je  dispose  de  mon  temps  jusqu'à  midi 
moins  un  quart,  si  ce  n'est  les  mercredis  et  samedis,  où  l'on 
m'appelle  une  heure  plus  tôt. . .  Alors  recommence  l'ennuyeuse 
besogne  de  la  toilette.  Cette  heure  de  plus  qu'elle  demande 
les  mercredis  et  les  samedis  est  consacrée  à  boucler  età  crêper 
les  cheveux  de  la  reine.  A  une  heure  moins  un  quart  commence 
véritablement  la  toilette  de  jour.  Mistriss  Schwellenberg  ne 
manque  jamais  d'y  assister  ni  moi  non  plus;  mistriss  Thielky 
à  plus  forte  raison,  dont  on  ne  peut  jamais  se  passer.  Nous 
aidons  Sa  Majesté  à  6ter  sa  robe,  nous  plaçons  à  sa  portée  la 
boite  à  poudre  avec  tous  ses  accessoires.  Le  coiffeur  est  in- 
troduit alors,  et  tandis  qu'il  fonctionne.  Sa  Majesté  lit  ordi- 
nairement les  journaux.  Lorsqu'elle  a  remarqué  que  je  suis 
descendue,  ma  toilette  à  moitié  faite,  elle  me  donne,  aussitôt 
assise,  la  permission  de  l'aller  achever.  Si  elle  est  préoccupée 
ou  se  sent  disposée  à  lire  avec  une  attention  soutenue ,  elle 
me  congédie,  que  je  sois  habillée  ou  non.  Dans  tous  les  cas 
elle  n'oublie  jamais  de  me  faire  sortir  tandis  qu'elle  se  pou- 
dre, et  cela  par  un  ménagement  pour  ma  toilette,  qu'on  serait 
loin  d'attendre  d'une  personne  si  haut  placée.  Lorsqu'elle  me 
retient,  j'ai  remarqué  qu'elle  se  fait  une  sorte  de  devoir  de 
lire  à  haute  voix  çà  et  là  quelques  articles  du  journal  qu'elle 
parcourt...  Je  suis  rappelée  quelques  minutes  après,  et  la 
trouve  alors  dans  ce  qu'on  peut  officiellement  appeler,  —  si 
tant  est  qu'il  y  ait  rien  de  très-officiel  ici ,  —  son  véritable 
cabinet  de  toilette.  Quelques  instants  suffisent  pour  donner 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BUBNEY.  97 

b  dernière  main  à  sa  parure.  Elle  me  congédie  alors  et  je  ne 
la  revois  plus,  je  n'entends  pins  parler  d'elle  jusqu'à  l'heure 

du  coucher Nous  dînons  à  cinq  heures,  Mrs.  Schwellen- 

berg  et  moi,  dans  une  salle  à  manger  où  chacune  se  rend  de 
son  cAté...  Ce  repas  fini,  nous  montons  dans  son  appartement, 
qui  est  exactement  au-dessus  du  mien.  Là,  nous  prenons  le 
cafê  jusqu'à  ce  que  les  promenades  sur  la  terrasse  soient 
acherées  :  elles  finissent  ordinairement  à  huit  heures.  Notre 
tèie-à-téte  se  trouve  alors  rompu,  et  nous  descendons  de  nou- 
veau dans  la  salle  à  manger.  L'écuyer  de  service,  quel  qu'il 
soit,  vient  y  prendre  le  thé,  accompagné  de  tous  les  gentlemen 
à  cpii  le  roi  ou  la  reine  ont  feit  l'honneur  de  les  retenir  ; 
après  Je  thé  il  les  conduit  et  va  lui-même  à  la  salle  de  con- 
cert; il  est  ordinairement  neuf  heures.  Dès  ce  moment,  si 
Mrs.  Schwellenberg  est  seule,  il  me  faut  lui  tenir  compagnie 
jasqu'à  mon  petit  souper,  qui  est  servi  vers  onze  heures  :  c'est 
ordinairement  avant  minuit  qu'où  me  rappelle  pour  la  der- 
nière fois.  Je  passe  alors  environ  vingt  minutes  avec  la  reine, 
noe  demi-heure  tout  au  plus. 

»  Je  remonte  ensuite  ;  et  après  avoir,  par'avance,  préparé  au- 
tant que  je  le  peux  ma  toilette  du  lendemain ,  je  vais  chercher 
dans  mon  lit  un  sommeil  qui  ne  s'y  fait  jamais  attendre. 
Croyez  en  effet  qu'un  lever  matinal  et  une  longue  journée 
toute  remplie  de  soins  et  de  soucis  divers  ne  s'achèvent  pas 
sans  une  horrible  fiitigue  contre  laquelle  l'énergie  morale  ne 
saurait  prévaloir.  »  Vol.  III,  p.  27,  31. 

Il  est  difficile  au  premier  coup  d'œil  de  voir  dans  ce  compte 
rendu  la  place  de  tous  les  grands  malheurs  que  déplore  per- 
pétuellement l'auteur  du  Journal  ^  et  nous  sommes  tentés  de 
croire  que  le  mauvais  esprit  dont  ils  étaient  le  produit  chi- 
mérique dut  la  rendre  passablement  ridicule  et  désagréable  à 
ses  compagnons.  Le  grief  sur  lequel  elle  insiste  le  plus 
est  le  caractère  dominateur  et  l'oppression  tyrannique  de 
Mrs.  Schwellenberg.  Nous  ne  nous  refusons  pas  à  croire ,  — 
car  cela  est  dans  l'ordre  naturel  des  choses,  —  que  cette 
brave  dame,  compatriote,  ancienne  amie  et  favorite  de  la 

5*  SÉBIE.— TOME  XL  7 


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96  LE  JOCRNAI*  BE  UlSê  BDRmT. 

reine  y  infirme  à  cette  ^Kxque  et  déjjà  vieiUe,  ei'Sftustkste 
aigrie  par  ce  double  malheur,  •—  ne  vit  pm  avec  ma  aoisîble 
plaisir  qu'on  lui  donnait  pour  aide  et  CMOpagne»  à  la  fhot 
de  sa  co0^)atriote  Mrs.  Haggerdora ,  uue  îeuse  AftglaiM  fvî 
avait  fait  de$  Hvres.  Nous  concevons  enocs'e  qu'à  cette  anvce 
d'ennuis  et  de  tracasserie,  la  maladresse  et  lenéconéeniement 
de  la  nouvelle  venue  durent  -en  4k]outer  d'autres  €ft  trouMcr 
singulièrement  le  paisible  train  de  vie  qu'arvait  •adapté 
Mrs.  Schwellenberg.  Mais,  d'un  autre  cèté,  il  aous  parakévi* 
dent  que  la  roideur  quelque  «peu  hostile  avec  laquelle  la  poe- 
miëre  femme  de  cbamlure  fit  valoir  les  cLnoiii  <ke  sa  positiodi 
et  la  loi  rigoureuse  de  l'étiquette,  vint  surtout  des  petites 
entreprises  fréquemment  réitérées  par  sa  compagne. 

Prenons  pour  exemple  le  point  le  plus  fréquemmment  tm 
litige  entre  ces  deux  dames,  l'autorité  suprême  exercée  par 
Mrs.  Schwellenberg  sur  le  diner  et  le  service  du  thé.  Il  fout 
bien  se  rendre  compte  qu'à  cette  époque  le  roi,  n'admettant 
jamais  à  sa  table  un  seul  gentilhomme  [1),  et  n'y  invitant  qu'un 
très-petit  nombre  de  dames,  avait  dû  chercher  un  moyen  de 
concilier  les  exigences  de  l'hospitalité  avec  celles  du  cérémo- 
nial. C'est  pour  cela  qu'une  table  régulièrement  servie,  et  non 
sans  un  certain  luxe,  était  attribuée  à  la  femme  de  chambre  ea 
premier.  Mrs.  Schwellenberg  en  avait  la  présidence  nominale; 
mais  cette  table  était  en  réalité  réservée  aui^  visiteurs  que  Leur» 
Majestés,  —  surtout  la  reine,  —  invitaient  on  faisaient  inviter. 
Une  autre  table,  soi-disant  destinée  aux  écuyers,  recevait  les 
h6tes  du  roi,  et  dans  la  soirée  l's^partement  de  Mrs.  Schwel- 
lenberg s'ouvrait  pour  les  deux  classes  de  convives  qui 
venaient  ensemble  y  prendre  le  thé.  Très-souvent  le  roi  dai* 
gnait  y  paraître  et  engager  hii-mème  quelques-unes  des  person- 
nes qu'il  y  trouvait  réunies  à  assister  à  ses  concerts.  Les  offres 
de  la  reine  définissaient  très-netteroent  cette  situation  des 
choses,  et  cela  résulte  du  Journal  où  nous  trouvons  (  vol.  II, 
p.  &18]  les  lignes  suivantes  : 

(1)  L'étiquette  ne  permettait  pas  qa*an  homme  s'asstl  jamais  devant 
la  reine. 


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«â.  X.  me  ftopom  «de  ne  dmner  mi  tegnmit  an  palm, 
dem^Macher  i  la«iibte  de  Mre.^ekweHedberg,  «Udde  à  li^pueRe 
tans  'les  -miteurs  deS.  M.,  évèqDes,  tords,  cm  mem- 
kn  «MOBoneB,  de  ne  deimer  «n  doneetique  et  une 
I  4b  éÊsasL  tcmÊBê  livios  par  an.  1» 
roai  'Celt  ^élMl  «lair.  La  «aklei  laquelle  mns  Bomey  se 
IrmvaM  afilacbée  n'en  ÀUsH  pas-  neÎM  oelle  de  Mrs.  ^cWél- 
leabere^;  01  raUtev  dn  JoumM  j  avait  «a  plaee  marquée» 
prisqii'eile  ycenpiaçait  Mrs.  Haggeidom.  Mua  dès  le  pre- 
mier jour^rile  cssajra'de  aelwieiin  rôle  à  part  ron  lut  oiffrït 
le  boiiide  la  table  «que  sa  derancîdTe  mevpak  ;  «nia  elle  le 
Ttinsa  m»  prétexte  ide  nodeslie,  ctt  «-atlla  placer  è  Fnn  des 
dMés  (t).  Le  mène  voir  elle  «asaya  paiement  d'hinover  lora- 
qae  le  tbé  fat  aenî;  elle  avoue  elle-nènie  qoe  Mrs.  Hag- 
gerdom  vivait  lengenra  partagé  avec  la  première  fenmie  de 
dtamïfre  le  «oin  de  rofirir  -avx  eenvivea  de  LL.  MM.  Misa 
Bntiey  affecta  de  regarder  ce  aoin  eomme  un  pririlége,  afin 
de  a'en  débarrasser  mi  prafk  de  Mrs.  Sclvwellenberg.  EHe 
ordonna  qu'on  lui  servit  le  Ihé  dails  sa  chambre,  et  alla  le 
prendre  arec  me  persenne  qui  Tétait  venue  complimenter 
sur  sa  neminertion. 

txï  «toutes  «lioses,  oeCts  taferle^  son  étiquette,  ses  convives, 
twwibléfeHt  singulièremetft  Tesistenoe  de  nîiss  lumey,  et 
nmis  dvrons  le  dire,  en  dépft  de  ses  professions  d'humilité, 
de  résîgnalion,  ée  faiblesse  eaoessive,  nous  entrevoyons  à 
dhaque  instant  les  prdtentions  crt  les  jalousies  dbsm'des  dont 
de  tommeiitaît  lortt  le  mende.  CPe^  ainsi  que  sa  compagne 
diant  ionfbée  malade,  elle  se  refusa  de  propos  délibéré  à  re*- 
cevoir  les  officiers  de  l'écurie  qui  venaient,  selon  l'usage,  lui 
demander  de  présider  letvr  thé.  Elle  ne  disconvient. pas  qu'ils 
nirant  dans  leurs  rapports  avec  elle  toute  la  patience  et  toute 
la  politesse  imaginables,  tandis  >qne  ses  refus,  dont  elle  ne 
Toalalt  pas  donner  le  motif,  afin  de  ne  pas  s'engager  pour 
ravenir ,  «vaîeot  un  •caractère  tout  opposé.  Ils  amenèrent 

(l>Toiii.lII,  p.  14. 


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100  LE  JOURNAL  DE  MISS  BCENET. 

enfin  des  remontrances  directes  adressées  au  roi  par  le  colo* 
nel  Goldswortby,  en  son  nom  et  en  celui  de  ses  compa- 
gnons. Miss  Burney,  en  rapportant  ce  petit  démêlé,  en  donne 
l'explication  d'une  manière  passablement  invraisemblable. 
Elle  prétend,  pour  atténuer  ses  torts,  que  son  laquais,  chargé 
par  les  écuyers  de  lui  notifier  qu'ils  l'attendaient,  les  avai| 
préalablement  avertis,  sans  prendre  ses  ordres,  qu'elle  était 
prête  à  descendre.  Un  pareil  malentendu  ne  pouvait  tout  au 
plus  avoir  lieu  qu'une  fois,  et  selon  l'auteur  du  Journal,  il  se 
serait  reproduit  à  quatre  ou  cinq  reprises  différentes. 

Mais  la  plus  considérable  de  ses  aventures,  et  Dieu  sait  que 
nous  regrettons  nous-méme  d'entrer  dans  des  détails  si  mi- 
nutieux, fut  sans  contredit  celle  du  carrosse.  La  voici  avec 
toute  son  horreur.  Dans  un  des  voyages  de  Windsor  à  la 
ville,  Mrs.  Schwellenberg  et  miss  Burney  se  trouvaient  dans . 
la  voiture  de  la  cour  spécialement  destinée  à  leur  service, 
avec  M.  de  Luc  et  miss  Planta,  tous  deux  de  sa  suite.  Ici  nous 
laissons  à  l'auteur  d^Evelina  la  responsabilité  de  son  drame 
et  des  exagérations  qu'elle  y  mêle  : 

«...  Le  voyage  fiit  très-pénible,  Mrs.  Schwellenberg  s'étant 
obstinée  à  tenir  baissées,  de  notre  côté,  les  glaces  de  la  voi- 
ture. Il  venait  par  là  un  vent  glacial  qui,  bien  avant  l'arrivée, 
m'avait  donné  les  premiers  symptômes  d'une  irritation  de 
paupières.  M.  de  Saint-Luc  et  miss  Planta  étaient  aussi  fort 
incommodés,  mais  ils  n'osaient  en  rien  témoigner;  et  quant 
à  moi,  ce  sont  là  des  maux  contre  lesquels  j'ai  fort  peu  de 
peine  à  me  roidir...  Il  devait  y  avoir  grande  réception  le 
mardi,  et  je  craignais  seulement  de  n'y  pouvoir  remplir  mes 
fonctions... 

»...  Mon  père  vint  passer  la  soirée  avec  moi,  et  l'état  de 
mes  yeux,  presque  aussi  pénibles  à  regarder  qu'ils  l'étaient 
pour  moi-même,  lui  donna  une  colère  telle  qu'il  m'enjoignit, 
le  cas  échéant,  de  relever  les  glaces  de  la  voiture,  quoi  qu'il 
pût  arriver  d'une  pareille  désobéissance.  Ma  place,  eut-il  la 
bonté  de  me  dire,  ne  comptait  pas,  mise  en  balance  avec  ma 
santé.  Ces  paroles  me  touchèrent  vivement,  et  m'ont  depuis 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BDRITET.  101 

lors  donné  un  courage  dont  j'ai  eu  plus  d'une  fois  besoin. 
»  Le  mardi,  je  dus  foire  grande  toilette  et  paraître  à  la  ré- 
ception comme  si  de  rien  n'était. 

»Le  lendemain,  quand  nous  nous  rassemblAmes  pour  re-- 
toarner  à  Windsor,  M.  de  Luc  et  miss  Planta  semblèrent 
consternés  à  la  vue  de  mes  pauvres  yeux.  Le  premier  jeta 
sur  ma  coadjutrice  un  regard  très-significatif  et  auquel  il  pré- 
tendait bien  donner  toute  sa  râleur;  la  seconde,  sans  se  tra- 
hir aussi  complètement,  trouva  moyen  de  me  dire  tout  bas, 
en  descendant  l'escalier,  à  quel  point  elle  était  choquée  par 
nn  aussi  inconvenant  abus  de  pouvoir.  Je  ne  sais  quelle  occu- 
pation de  Mrs.  Schwellenberg  retarda  le  départ;  et  comme  je 
remontais  dans  ma  chambre,  la  vieille  Miller,  notre  soubrette 
en  chef,  vint  me  trouver,  tenant  à  la  main  une  petite  bassine 
en  fer-blanc,  fort  propre  :  «  Madame ,  me  dit  cette  fille,  voici 
une  espèce  de  cérat,  fait  avec  du  lait  et  du  beurre,  que  j'ai 
préparé  pour  vos  yeux.  C'est  le  même  dont  se  servait  Mrs.  Hag- 
gerdorn,  que  vous  remplacez ,  lorsqu'elle  voyageait  l'hiver 
arec  Mrs.  Schwellenberg...  Elle  ajouta  que  la  pauvre  femme, 
à  force  d'inflammations  réitérées,  résultant  des  coups  d'air 
qu'elle  gagnait  en  voiture,  avait  failli  perdre  la  vue.  Ce  sou- 
venir était  d'autant  plus  consolant  pour  moi  que,  selon  la 
bonne  Miller,  «je  prenais  tout  à  fait  le  même  chemin.  » 

»  SoiK;es  entrefaites,  miss  Planta  vint,  toute  joyeuse,  m'an- 
ooncer  que,  selon  toute  apparence,  nous  voyagerions  cette 
fois  sans  notre  aimable  compagne.  Elle  me  quittait  à  peine 
lorsque  Mrs.  Stainforth  accourut  éplorée  :  a  Pour  l'amouK  de 
Dieu,  criait-elle,  ne  la  laissez  pas  icil  Chère  miss  Burney,  je 
vous  en  supplie,  emmenez-la  l»  Il  s'agissait  toujours  de  la 
même  personne,  et  je  ne  pus  m'empêcher  de  rire  à  ce  double 
âan  de  deux  intérêts  complètement  opposés. 

»  Bientôt,  cependant,  nous  nous  réunîmes  derechef  pour 
molater  en  voiture.  A  peine  installés,  M.  de  Luc,  mon  vis^-vis, 
ferma  hermétiquement  la  portière  de  notre  côté,  m  Baissez 
cette  glace,  »  lui  dit-on  aussitôt.  Il  feignit  de  n'avoir  pas  en- 
tendu, et  commença  je  ne  sais  quel  propos.  L'ordre  fut  réitéré. 


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102  U  JOUEVAL  mt  MU»  BIIHfKI. 

eMe  foift,  avec  colère.  H  me  regtuda  d'un  tir  de  compassmiy 
haussa  les  épaules  et  hasarda  u»  :  «  Maia«  madameu.  —  Ou- 
vrez, monsieur  de  Luc,  quaaéje  vom  1b  dia....  Je  veux  91e 
eda  Mate  ouirerê;  ti  voaa  êtes. feUeu^ tant  faa  pour  veaa» 

—  Il  ne  s'agit  pas  de  moi,  madame;  c'eat  mias  Baraejr... 

.—  Tant  pis  pour  misa  Buirnay  ;  elle  paît  bien,  seuifrir  le 
mèneaiv  que  noi,  je  pease.  Baîasea^  nonsienr  de  Lue,.,  «a 
je  fiûs  acrèier  îsmoédiateaMiié.  Cecî  eat  nm  voituee^  et  j'eai- 
ftendahieB  eBdîepoeer  «BtiÀreiaeot  Jeenîe  Utme  d-y.adMettie 
qui  beAflae*  seuibleL..  et  d'y  rifar  seule,  si^  veiuL. 

)>  Effirayée  pour  H.  de  Lue»  et  surleuA  efrayée  de  iM^  du» 
Tuir  à  son  oUtgeanoe,  j/mterviu»  aiava  en  le  priaut  de  baisaer 
les  giaces.  Um'ofoéit  à  regret^  et  je  iue  rejetai  ^laua  le  fi^ud 
du  carrosse,  eu  relevant  mon  manchon  jusque  sur  mes  yeui. 
J'étais  charmée  d'avoir  le  prétexte  du  froid  pour  aie  priver 
de  l'horrifale  aspect  qu'effirait  la  physionomie  de  Mes.  Sebwel- 
lenberg,  bouleversée  par  la  colère.  Miss  Planta  essaya  seule 
de  dire  quelques  mots  :  pour  eaoi,  qu'on  traitait  avec  si  peu 
d'égards,  je  ne  me  crus  pas  le  moins  du  monde  obligée  à  me 
mettre  en  frais  d'amabilités,  d'smtant  que  nulle  excuse  plus  ou 
moins  polie ,  nulle  expression  de  regret  ne  m'était  adressée. 
M.  de  Luc  était  trop  irrité  pour  se  servir  en  cette  occasion  ée 
sa  méthode  ordinaire,  qui  con^ste  à  tout  déguiser  sous  le 
lot  d'un  bavardage  continuel  ;  et  comme  c'était  la^urenûère 
fins  qu'il  s'aventurait  à  montrer  ouvertement  sa  mauvaise  hu- 
meur, je  me  sentis  fort  reconnaissante ,  je  l'avoue,  du  bon 
sentiment  qui  le  jetait  ainsi  hors  de  ses  habitudes.  Il  aSae4a 
nne  diatraetion,  et  releva  le»  earreaux.  Une  voix  forieuse  lui 
enjoignit  derechef  de  tout  laisser  ouvert.  <(  Mon  Uteu,  s'écria- 
t-il  sana  réf»ndre  direetemeuit,  toutes-  les  fleurs  de  Mca.  4e 
Luc  vont  être  tuées  par  cette  ^lée  I  h  Le  Aroid  était  en  eibt 
Irès-vif.  Il  meprofMsa  ensuite  de  chaucper  de  place  aveu  miss 
JMantay  qm  était  assise  en  face  de  Mrs.  SchweUeuberg,  etpur 
tonséquent  du  côté  le  mein»  exposé  à  l'air  :  «  Oui,  s'écria 
l'aimaUeMeeklembourgeoise^  miss  Burney  peut  prendre  eetle 
place,,  elle  le  devrait  même.  »  Je  r^iquai  en  fort  peu  de  naols 


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LK  IMBITAC  DB  MISS  BUBUBT.  103 

ffifit  m'était  mpoeriMe,  sans  beaucoup  souffrir,  de  voyager 
à  reculons  :  «  Ohl  ne  vous  gênez  pas,  ne  dit  Mrs.  Schwel- 
Inberg,  si  cela  vo»  eostrarie.  Mais  vous  vous  y  habitueriez 
UcD  vile,  Mtm.  La  pawFre  Haggevdom  s'y  est  bien  faite...  Et 
qiaid,  s'il  vens  platt?...  Lorsqu'elle  a  vu  <iue  ses  yeux  n'y 
ÉfOMst  plus  et  finissaient  par  swgner.  » 

»  C'en  éÉnit  aussi  un  peu  trop. 

»  Fort  bien ,  m'écriai-je;  je  me  tiens  ponr  avertie  de  ee 
qfûm'altend. 

»  Après  qocri  ye  n'owrts  plus  la  bouche.  Durant  tout  le 
feste  en  voyage ,  jie  repassais  en  moi-même  les  paroles  de 
mon  pèffs  et  la  permission  qull  m'avait  donnée  de  résister  oo- 
weeîettÈenk  k  des  exigences  si  tyranniques.  Vingt  fois  je  me  vis 
snr  le  point  de  suivre  à  cet  égard  ses  intentions  formefls- 
ment  exprimées.  Pourlaart,  hélas  t  je  dus  réfléchir  aussi  au 
désappointement  que  lui  canseraR  la  perte  de  mon  emploi, 
tt  Bsa  chagrin  que  je  ressentirais  moi-même  si  je  donnais  ma 
déonssion  après  une  querelle  dont  l'origine  serait  si  aisément 
dénaturée.  Ges-réfiexions  m'empêchèrent  de  risquer  une  dé- 
marche à  laqudle  me  poussait  tant  d'arrogance  et  de  brûlai 
égoîsme.  Je  les  repassai  longtemps  dans  mon  esprit,  et  leur 
influence  fut  tdie  qu'arrivée  à  Windsor. . .  j'acceptai  sUencisu- 
•ement  un  gàieau  que  Mrs.  Sehwdlenberg  eut  tout  à  coup  la 
Imlaisie  dis  m'offrir...  » 

Maintenant,  si  Ton  d^ge  de  tous  les  artifices  de  narra- 
lion  le  fait  pur  et  simple  qu'il  déguise  d'une  manière  si  mal- 
vettlante,  nous  trouverons  que  Mrs.  Schwellenberg,  beau- 
coup plus  âgée  que  missBuroey,  fort  mal  portante,  au-dessus 
d'elle  par  ses  attributions,  et  habituée  à  regarder  comme  sien 
un  carrosse  dont  elle  disposait  depuis  longues  années ,  d^ 
aim,  ce  qui  était  assez  naturel,  qu'une  des  glaces  demeurât 
baissée  ;  -^quei  miss  Burney ,  dont  les  yeux  étaient  malades,  s'^ n 
trouva  incommodée  ;  — ^^qu'on  lui  offrit  une  place  où  elle  eût  été 
à  l'abri  du  froid,  —  et  qu'elle  refusa  ce  moyen  de  concilier 
toute  chose ,  soit  par  le  motif  un  peu  trivial  qu'elle  nous  fait 
connaître,  soit  parce  qu'une  place  de  devant  lui  paraissait 


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lO/'l'  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNEY. 

incompatible  avec  sa  dignité.  Tout  cela  valait-il  un  réquisi- 
toire de  cette  force  ? 

Nous  en  dirons  autant  de  Tindignation  manifestée,  en  plus 
d'une  page  du  Journal^  contre  un  gentleman  de  la  cour,  dési- 
gné par  miss  Burney  sous  le  nom  de  M.  Turbulent.  Cette  épi- 
thète,  dans  le  goût  du.  Magasin  des  Enfants^  cache  un  nom  que 
nous  pouvons  sans  scrupule  livrer  à  nos  lecteurs,  celui  du 
Rév.  Charles  GifFardier  S  lecteur  français  de  la  reine  et  des 
princesses,  très-avant  dans  la  confiance  et  Tamitié  de  ces  au- 
gustes personnes.  La  position  que  miss  Burney  se  fit  vis^à-via 
de  lui  frisait  de  près  le  ridicule  ;  elle  prenait  au  sérieux  de 
prétendus  transports  auxquels,  selon  toute  apparence,  il  ne 
se  livrait  qu'en  riant.  Mais  il  ne  tiendrait  qu'à  nous  de  croire 
que  cet  ecclésiastique,  investi  de  la  confiance  royale,  marié 
d'ailleurs  et  père  de  plusieurs  enfants,  oubliait  les  conve- 
nances de  son  état  et  de  sa  position  particulière  au  point  de 
témoigner  à  miss  Fanny  l'amour  le  plus  désordonné.  Elle,  ce- 
pendant, se  représente  comme  tellement  surprise  par  la  tur— 
bulence,  le  langage  enthousiaste  et  les  façons  cavalières  de  ce 
nouvel  adorateur,  qu'elle  ne  trouvait  pas  le  courage  de  se 
soustraire  à  ses  importunités.  Nous  remarquerons  néanmoins 
que,  placés  comme  ils  Tétaient  Tun  et  l'autre,  il  suffisait  d'an 
regard  ou  d'une  parole  sévères  pour  rappeler  à  eux-mêmes 
tous  les  turbulents  de  la  terre.  En  ceci  miss  Burney  nous  pa- 
rait donc  avoir  cédé  au  besoin  qui  la  poursuit  de  se  repré- 
senter comme  l'objet  d'une  adoration  universelle.  Nous  la 
retrouvons  telle  que  nous  l'avons  vue  à  l'égard  de  M.  Crutch- 
ley  et  de  quelques  autres  :  elle  ne  s'embarrasse  pas  de  plu- 
sieurs contradictions,  plusieurs  inexactitudes  bien  évidentes, 
pourvu  que  son  rôle  d'héroïne  s'arrange  au  gré  de  ses  désirs. 
Au  fait  et  au  prendre,  toutes  les  démonstrations  de  M.  Tur- 
bulent se  bornaient  à  quelques  formules  plaisantes,  risquées 

(1)  C'est  tîDsi  qu'on  rappelait  le  plus  ordinairement,  mais,  corrcciemenl 
écrit,  son  nom  éUit,  à  ce  que  nous  croyons,  de  Guiffardière,  ihanoint 
prébeiidier  à  Salisbury  ;  il  était  de  plus  vicaire  de  Newingion  et  recteur 
de  Berkhampstead. 


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LE  JOURNAL  DE  HISS  BURNEV.  105 

sans  aucun  doute  pour  amuser  le  tapis,  et  dont  Taccueil  sé- 
rieux de  miss  Burney  devait  feire  d'assez  bonnes  charges.  Il 
est  âcheux  que  nous  ne  puissions  pas  entrer  dans  les  détails 
de  cette  passion  pour  rire ,  et  feire  ressortir  dans  chaque 
scène  le  r61e  bizarre  des  deux  interlocuteurs  ;  mais  le  style 
àïJ(mrnal  a  Ténorme  inconvénient  d'échapper  à  l'extrait  par 
sa  diffusion,  et  à  l'analyse  par  son  obscurité. 

Voici  bien  assez  de  critique  comme  cela.  Quoi  qu'on 
en  puisse  penser,  le  blâme  n'est  pas  sans  amertume  pour 
celairlà  même  qui  se  voit  contraint  à  l'infliger.  Maintenant 
que  nous  avons  fait  ressortir  les  vices  essentiels  de  l'ouvrage 
qui  passe  sons  nos  yeux,  nous  reconnaîtrons  volontiers  qu'au 
milieu  d'une  masse  de  détails  puérils,  de  circonstances  sans 
intérêt,  d'anecdotes  sans  valeur,  ce  livre,  curieux  monument 
d'égoîsme  et  d'amour-propre  féminins ,  renferme  çà  et  là 
quelques  pages  dignes  d'être  conservées ,  quelques  épisodes 
dont  l'histoire  ou  le  roman  peuvent  s'emparer.  Comme  trait 
de  mœurs,  nous  citerions  volontiers  les  preuves  multipliées 
de  l'assujettissement  où  l'étrange  mode  des  coiffures  poudrées 
tenait  nos  respectables  grand'mères.  On  se  fait  difficilement 
une  idée  aujourd'hui  de  l'importance  qu'avait  alors  le  coif- 
feur ;  mais  comment  la  révoquer  en  doute ,  quand  on  trouve 
consignés  dans  les  mémoires  du  temps  des  détails  comme 
ceux  qu'on  va  lire? 

La  première  occasion  où  miss  Burney  se  trouva  chargée  du 
service  en  premier  auprès  de  la  reine  fut  une  visite  que  Sa 
Majesté  rendit  dans  l'été  de  1786  à  Nuneham-Courteney  ,  le 
château  de  lord  Harcourt,  d'où  elle  gagna  Oxford.  Nous  ne 
parlerons  pas  des  petits  chagrins  de  miss  Burney,  qui  jugeait 
très-insuffisantes  les  marques  d'attention  dont  l'honorèrent 
les  nobles  hôtes  de  la  reine  ;  mais  en  voici  de  plus  généraux 
et  qui  marquent  merveilleusement  la  date  du  récit  : 

«  Mon  plus  grand  embarras  fut  ensuite  d'avoir  un  coiffeur. 
Nunehamestà  trois  ou  quatre  milles  d'Oxford,  et  j'étais  sans 
femme  de  chambre  pour  m'aider,  sans  laquais  pour  envoyer 
chercher  l'indispensable  artisan.  Il  me  fallut  avoir  recours  à 


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1D6  LE  lOURNAL  DE  HISS  BUBUBT. 

Mi»«  Tbielky,  qui  se  chargea  d'obtenir  d'un  Taletde  la  rei«e 
qu'il  mtt  cherchèi  un  messager,  pu*  reaireiiHse  duquel  je  pus 
demander  un  coiffeur  pour  le  lendeaniia  à  six  heure»  da 
nutiu...  n 

13  oetU.  ^->  «  A  six  keures,  en  effets  j'eus  le  bouhevr  de  ym 
arriver  mon  homme  :  il  s'escrima  deux  heures  durant,  et  sa 
tâche  n'était  cependant  pas  finie,  lorsque  Svarthy,lecoMiNir 
de  la  reine ,  vint  frafiper  à  ma  porte  pour  m'avertir  que  Sa 
Majesté,  complètement  apprêtée,  me  mandait  auprès  d'elle. 
Je  me  hâtai  donc  autant  que  cela  me  fut  possible ,  et  dans 
mon  empressement  je  descendis  sans  bonneL  La  reine  sourit 
eh  me  voyant  arriver  dans  cet  attirail  incomplet,  et  me  dit 
que  le  lendemain  je  n'aurais  pas  à  me  mettre  en  peine  d'un 
eoîSeur,  que  l'aide  de  Swarthy  s^ait  à  mes  ordres  dès  qu'il 
en  aurait  fini  avec  les  princesses  :  a.Yous  l'auriez  eu  dès  a»- 
»  jourd'hui,  ajoutart-elle ,  si  j'avais  su  que  vous  aviez  besoin 
»  de  lui.  D 

a  Quand  Sa  Majesté  fut  habillée  de  tous  points,  à  l'excep- 
tion du  chapeau,  elle  envoya  chercher  les  trois  princesses; 
le  roi  vint  aussi  peu  après,  le  me  sentais  assez  ridicule  dans 
mon  accoutrement  négligé,  rassurée  seulement  par  cette  cir- 
constance que  la  reine  et  ses  hlles  restent  voloniiefs  en 
cheveux»  encore  que  personne  n'ose  paraître  ainsi  devant 
elles. 

»  Lorsque  le  chapeau  fui  posé  :  «  Maintenant,  miss  Bumey, 
p  dit  la  reine,  je  ne  vous  retiens  plus;  vouis  pouvez  remonter 
»  et  finir  votre  toilette.  y>  Vol.  III,  pag.  89-90. 

On  conviendra  que  le  caractère  aimable  de  la  raine  se  fait 
j^ur  d'une  manière  charmante  dans  ces  menus  încidentf  : 
nous  voyxMfis  en  (41e  une  de  ces  femmes  douces  et  seneées, 
acquises  à  tous  leurs  devoirs,  indulgentes  sans  fiiiblesse,  pru- 
dentes sans  peliiesae  d'esprit,  bienveillantes  et  dignes  toul  à 
la  fins»  qui  font  l'honneur  die  leur  sexe  et  le  bonheur  de  leurs 
familles.  Miss  B^rney,  d^  reste  ».  lui  rend  amplement  justice 
dans  les  passages  suivants  : 

if,  La  reine  est  constamment  douce  et  gra^eieuee  ponv  sm  : 


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ES  immsAL  BB  M1S6  «mrsT.  MV 

jtfMK  rfle  ne  m  lêkm  apercevoir  que  moa  serrîoe,  maiaft*- 
Itenat  ipie  je  snb  seob ,  Im  laisae  le  moins  dn  moaib 
è  éèaîret.  Nos  rapports  en  sont  devenus  phu.  fréquents  ^ 
fias  înlines ,  et  j'adaMre  plus  que  jamais  la  honlé  de  soa 
conr  et  Vétcnéam  de  son  inteUigence.  Je  m'attendais,  à 
#a«ver  en  elle-  un  grand  bon  sens,  ne  povrant  attribuer  qu'i 
cda  b  «oadnite  iMÎoiirB  i  l'abri  d»  bUùne  qu'elle  lient  sons 
k9  yen  d^nne  nniltîtiide  attentive  ;  nais  je  n'tmaipnais  pm 
qnn,  tenjnors  cnnfinée  dans  f  enceinte  des  cours.,  elle  eût  pn 
jmnAtk  ta  eennaissance  du  monde  et  du  cœur  hnmain^  ifd 
ne  révèle  dans  cliaeun  de  ses  actes ,  dans  chacune  de  se»  par 
«oie».  VÂatenant  je  rends  justice  à  l'admirable  sagacité  qm 
kii  a  peramde  snppl^or  les  leçons  de  l'expérienoe.  Durant  Le 
ne»  qni  vient  de  s'éeoéler  j'ai  passé  beauconp  d'heures  senle 
arvec  elle,  je  ne  l'ai  jamais  quittée  sans  «n  sentiment  nouvean 
d'admiration  pour  ses  hautes  facultés. 

»  Ce  qne  j'observe  en  elle  avec  le  plus  de  plaisir  est  précê^ 
sèment  sa  manière  d'entendre  les  soins  à  l'occasion  desquels 
je  me  trouve  ainsi  rapprochée  de  sa  personne  :  tout  ce  qui 
lui  échappe  dans  nos  tête-à-téte  au  sujet  de  ce  qui  nous  ocf- 
cupe  est  à  la  foie»  édifiant  et  aimable.  Convaincue  que  sa  po- 
sition élevée  ne  l«i  permet  pas  de  négliger  sa  parure ,  elle 
apporte  la  plus  grande  attention  au  choix  des  vêtements 
qn'elle  porte  dans  les  occasions  d'apparat.  Néanmoins  c'eat 
U  on  souci  qu'elle  se  donne  ou  qu'elle  accepte  sans  mur- 
murer; amis  au  fond  elle  a  parfaitement  la  conscience  de  œ 
qa'il  7  a  de  futile  dans  cet  éclat  purement  extérieur,  et  lorsr 
fne  le  moment  dm  sacrifice  est  passé,  elle  ne  peut  s'empêcher 
d'eiprimer  tout  le  plaisir  qu'elle  éprouve  à  quitter  ses  magnir 
i<pM»  atours  (1).  y> 
Elle  trace  ailleurs  ee  tableau  toncbant  et  caractéristi^iM^  : 
Dùnmmckê  6  août,  -*  a  L'intérieur  de  la  famille  royale  offre 
nn  apeetaole  si  exenq^laire ,  que  je  ne  puis  m'ea^pécber  d0 
temps  i  antre  de  le  laisser  entrevoir  ji  ma  chère  Suaanne.  €e 

(I)  Tom.  ni,  p.  169  et  170, 


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108  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNEY 

matiUy  avant  le  service  divin,  miss  Planta  est  venue  me  deman- 
der de  la  part  de  la  reine  le  tabac  que  je  suis  chargée  de  mé- 
langer suivant  songoût  :  après Tavoir préparé,  je  Taiportédans 
le  cabinet  de  toilette  de  Sa  Majesté,  comme  cela  m'avait 
été  prescrit.  J'ai  tourné  la  clef  dans  la  serrure, — car  c'est  ainsi 
et  non  pas  en  frappant  à  la  porte  qu'il  est  d'usage  de  deman- 
der si  l'on  peut  ouvrir; — la  reine  elle-même  m'a  dit  d'entrer. 
Je  l'ai  trouvée  lisant  tout  haut  quelques  passages  d'un  ou- 
vrage de  piété,  je  n'ai  pu  savoir  lequel ,  à  ses  trois  filles 
aînées.  Miss  Planta  était  debout  derrière  elles.  Sa  Majesté, 
sans  s'interrompre  lorsque  j'entrai»  m'indiqua  seulement  par 
un  signe  une  boite  qui  était  sur  la  table,  et  dans  laquelle  je 
devais  mettre  le  tabac.  Je  n'eus  garde  de  me  dépêcher,  car  je 
trouvais  un  grand  charme  à  cette  lecture  maternelle,  dont 
elle  faisait  ressortir  les  leçons  plus  particulièrement  applica- 
bles aux  filles  du  monarque  par  les  nuances  variées  d'une 
accentuation  toujours  expressive.  Elle  lit  trè«-bien,^  avec 
beaucoup  de  force,  de  clarté,  de  discernement  (1).  » 

A  la  date  du  ^i*  décembre,  nous  trouvons  consigné  un  sou- 
venir non  moins  précieux  : 

«  Lorsque  je  me  suis  rendue  chez  la  reine  au  sortir  de  la 
chapelle,  elle  m'a  retenue  auprès  d'elle  toute  la  matinée,  me 
parlant  avec  plus  d'abandon  et  de  confiance  qu'elle  ne  m'en 
avait  encore  témoigné.  Le  principal  sujet  de  notre  entretien 
a  été  lady  C,  cette  pauvre  femme  si  fragile  et  si  malheureuse. 
La  reine  l'a  connue  de  tous  temps  et  s'intéressait  particuliè- 
rement à  elle;  elle  l'avait  fréquemment  admise  dans  son  in- 
timité et  s'était  appliquée  à  lui  montrer  toujours  une  estime 
qui  la  relevât  à  ses  propres  yeux.  Jugez  du  triste  désappoin- 
tement ,  disons  mieux ,  de  la  vive  peine  que  lui  a  causée  sa 
chute  I  Sa  Majesté  m'a  parlé  longuement  de  tout  ce  qui  s'é- 
tait passé,  me  peignant  le  caractère  de  lady  C,  dont  elle  m'a 
fait  connaître  aussi  l'histoire  dans  tous  ses  détails.  A  la  fin, 
en  me  racontant  sa  ruine  totale,  et  toutes  les  horreurs  d*une 

(1)  Tome  III,  p.  97. 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNET.  109 

dégradation  aujourd'hui  complète,  elle  n'a  pu  retenir  d'abon- 
dantes  larmes  qui  Tont  forcée  longtemps  de  tenir  son  mou- 
choir sur  ses  yeux.  »  Tome  III,  pag.  2S0-351. 

Noos  allons  voir  avec  quel  bon  sens  la  reine  aida  miss 
Burney  à  se  tirer  d'une  position  assez  délicate.  Il  faut  savoir 
d'abord  que  quelques  amis  communs  à  miss  Burney  et  à  ma* 
dame  de  Genlis ,  plus  ofificieui  que  prudents ,  avaient  voulu 
établir  entre  ces  dames  une  correspondance  régulière.  Mrs.  Do- 
bny  entrevit  du  premier  coup  d'œil  ce  que  des  rapports  si 
iotimes  avec  une  personne  placée  comme  l'était  madame  de 
Genlis  pouvaient  avoir  de  dangers  pour  sa  protégée.  Ce  fut 
par  ses  conseils  cpie  miss  Burney  résolut  de  demander  con- 
seil à  sa  maîtresse. 

«  Une  occasion  s'offrit  dès  le  jour  suivant,  continue  l'auteur 
in  Journal,  car  la  reine  m'appela  de  nouveau  dans  son  salon, 
et  là  elle  me  traita  avec  tant  de  grâce  et  de  douceur  que  je 
me  hasardai  à  lui  parler  de  madame  de  Genlis. 

D  Ce  fut  en  hésitant  beaucoup  et  en  m'y  prenant  à  plusieurs 
fois  que  je  Jui  fis  part  des  instances  de  cette  dame  ;  j'ajoutai 
que  je  l'admirais  de  tout  mon  cœur,  et  pour  son  talent  et 
poar  le  bien  que  j'avais  entendu  dire  d'elle  ;  que  cependant, 
ne  la  connaissant  par  moi-même  que  très-superficiellement, 
je  souhaitais  à  peine  d'établir  entre  nous  des  rapports  que 
j'avais  jusqu'alors  soigneusement  évités  toutes  les  fois  que 
mon  aftction  ne  m'y  engageait  pas  expressément.  — Je  sens, 
ajoQtai-je,  qu'une  telle  demande  est  un  honneur  venant  d'une 
femme  comme  madame  de  Genlis,  et  que  je  ne  puis  la  décliner 
par  un  simple  motif  de  répugnance  ;  d'un  autre  côté ,  je  la 
sais  entourée  d'ennemis  puissants  que  l'on  dit  provoqués  par 
ses  attaques.  J'ignore  donc  si  je  n'aurais  point  tort  de  me 
lier  avec  elle  plus  étroitement  avant  d'être  en  état  de  répondre 
victorieusement  aux  imputations  sans  doute  calomnieuses 
dont  elle  est  l'objet.  J'ai  donc  ajourné  jusqu'à  présent  toute 
démarche  décisive;  mais  aujourd'hui  un  de.  ses  amis  renou- 
velle en  son  nom  les  demandes  déjà  faites,  et  soit  que  je  lui 
remette  une  lettre,  soit  qn'il^s'en  retourne  les  mains  vides,  je 


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UO  LE  lOUHNAI.  BB  «US  WKmXEt. 

neikroweraî  «?oir  pns  mi  psitidèfisitif.  C'est  là  oeifiiicaMe 
non  embarras  actuel. 

»  La  reine  m'arak  écoalée  av€€  faiflns  gmide^tteafeioa. 

•*-Lin  a^e^-roitt  écrk  ?  «e  di^*dite;  et  qaand  j'ea»  rt- 
ponéH  que  nan  : 

— Eli  bienl  repriÉ  £a  Majesté ,  je  mas  dirai  done  met 
bcBMrcovp  de  franobise'qae  je  croîs  flueu  de  ne  pas  mgagcar 
de câofespottdaMe.  Si  k  prenrier  pas  était  Mi,  41  Uiawlcait 
lïOBtiDoer ,  àsneÎBs  de  raiscms  positives  ;  rams  il  n*7«  pafi.d'iii' 
ockiw<éBient,  n'ayant  pas  écrit,  i  rester  eu  yens  en  ^s.  Pour 
M  pas  oiienser  madame  de  Genlis,  vous  pourrez  pvétexter  de 
nombFenses  frocupations,  et  rimpossibilité  absoitiie  de  dûnner 
à  votre  correspondance  le  temps  qu'elle  demanderait. 

»  Je  la  remerciai  de  œ  ceaseil  si  franchemeat'denné,enli]i 
exprimant  cood)ien  j'étais  sensible  à  l'honneor  de  IVivoîr  re^ 
d'elle,  aussi  bien  qu'à  la  bonté  qui  me  donnait  les  moyens  dfe 
me  justifier  auprès  de  madame  defienlis. 

D  La  reine  s'expliqua  très-ouvertement  à  cette  occasion  sur 
le  compte  de  cette  personne  remarquable  :  die  l'ailmiTait 
ooniBie  je  l'admirais  moi-même,  mais  die  avait  entendu  cir- 
Cttier  tant  de  £àcheux  rs^orts -contre  elle,  qn'dle  jugent  ini- 
pmdent  et  peut-être  téméraire  d'«iitrer  en  relatieii  avec  nue 
personne  si  compromise.  Aussi  ne  hii  avait-^lle  accordé  une 
audience  qu'après  y  avoir  été  ponr  ainsi  dire  forcée  par  les 
instances  peu  mesurées  d'une  des  amies  que  madame  de  Ga^ 
hs  s'est  faites  ici.  Mais  fat  reine  regrettait  évidemment  d*aveâr 
eédé,  et,  si  je  ne  me  trompe ,  la  soDiciieBse  indiscrète  aora 
d'un  seul  conp  épuisé  son  crédit.  Après  ces  eqilicalîiam , 
qu'elle  daigna  me  donner  sans  :aacune  réserve,  la  reine  chan- 
gea de  conversation,  et  ce  sujet  n'est  pfais  revenu  dms  nos 
entretiens.  Seulement  il  m'a  étéâicile  devoir  qu'elle «^ra<»- 
vait  ma  démarche  auprès  d'elle.  »  Tome  lU,  pag.  Iâ7-i29. 

Pour  aujourd'hui  nons  bornerons  là  nos  extraits.  Bons  ré- 
servant de  revenir  une  autre  fois  avec  miss  Bnmey  dans  le 
séjour  royal  où  il  loi  a  été  donné  de  \ivre.  Kons  kû  devrons 
d'assister  jour  par  jour  à  ces  dernières  années  du  règne  de 


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i^  jmmMJo.  VE  sias  BumircT.  Itl 

Geof^eB  HI,  oè  œ  priaee,  conme  un  autre  roi  Lear,  pTOme- 
nrit  dans  le  palais  de  ses  pères  uM  TÎeiltesse  privée  de  raison. 
Cest  1i  un  tableau  yraiment  original  qui  se  détache  en  relief 
dans  les  longs  récits  vides  et  verbeux  que  nous  criGquons 
aujoard'bui.  Nos  lecteurs  jugeront  sans  doute  comme  nous 
qu'il  mérite  on  cadre  à  pari  (1). 

(Qmarterly  Revim.) 


{i\  Non  00  nA^McnOÊ.  La sNoarlioa  ée  min  Bomey  écm  sa  pfae»  à 
Utoor •  éùéja^  avec  pli»  dladalgwwe  parle  Waekwaôd  Edinburfjfh 
Séoffmaim,  i(w  €Bi  eapendtni  atiwi  «n  Mtganne  ulira-lory.  «  L«  iroigiAujg 
viliuoe  ëtt/éurvial  neuf  donna,  dit4l,  on  «abieau  avisi  aiaet  ^foe  po»- 
iiUe  4e  UM  ee  ^foe  le  aïonde  -eii  curleai  de  eoDBrftiv  et  ifoi  partit  6lre 
(m  da  wiw  mooêr  été)  la  plat  enmifesse  "ikt  da  monde,  fia  17M  eam- 
neafa  pour  miaa  Bumey  eelte  eapéee  de  aenriee  qa'elle  déclaiv  bieviOt. 
mut  MrritDde.  Onaineraoït  aoa  josrnal  mofrtre  fout  un  jour  aimaMe  le 
ni,  la  raine  €l  leon  ênfanla?  elle  était  traitée  avec  beaneoiip  de  honfltf 
lareene  royale  famiUe,  dont  fl  «emble  qne  la  vie  domeeilqne  fat  naèle» 
pwe  et  affeetuenae.  Mais  la  nature  de  eette  vie  de  eour  ne  ponvait  ènv 
affiaocfaie  de  aet  Inconvénienu  par  le  eaneière  excepUemiel  des  perMaiMi 
rayales.  Sans  émmu  un  mitre  ft  vmt  natirBsae  aérères  enraient  ajouié 
beaacovp  d'aHertanae  à  la  altuafflon  de  mlia  Buraey  ;  cependant  la  mo- 
Doiane  de  cet  Islériewr,  um  ^kiœite  TONratleuBe,  la  pour  de  trop  idlm 
onde  M  pas  dire  aaMK,  et  fonvent  la  peur  de  dire  n'inporfe  ifuoi...  eaao 
inccaiante  oanniilanoe  de  eol*iwlne,  «n  on  rmH,  n'eat^ce  paf  là  me  dépen- 
danaeaaaii  toiace^iiie  l'iUMiglnailon  peut  ae  la  figurer?  et  néanmoina  oeate 
oiinie  dépendance  semble  une  néoasaltédam  lea  rapporta  dn  aouverain  «t 
deaamaiaon.  La  pveniére  lonetion  «fflMelle  de  cette  jevne  fénamm»^ 
tmty  qai  «van  étéboMWée^ela  fafeurvoyale  à  came  de  aa  qnalhé  d'nu* 
tanr,  f«i  de  préparer  le  tabae  de  la  reine  et  de  tenir  aa  tabatière  ton» 
jonra  pleinei  f  Isrent  «nflolu  Ma»  lea  embarras  de  la  toilcftte  de  Sa 
Hajcaté^.  aiaBaUaa  «nibarraa,'en  vérité,  poar  nne  femme  de  taftent,  fêlée 
et  flattée  dam  le  «onde ,  et  n'étant  pas  accoutumée  i  vivre  du  travail 
de  $ti  mains...  Une  leHe  vie,  continne  le  fflacXnrood  aprèa  une  citation, 
aaraitsalB  pour  bébéter  une  ème  raiaemiable  et  lui  faire  envier  les  tra- 
raax  les  plus  obaenra.  «  KveliBai»  en  eut  Acilement  le  dégoût,  et  elle  se 
compare  à  nne  pauvre  fille  qui  vient  de  faire  un  mariage  de  convenance 
poor  obéir  à  aeafMaealB*  Mais  la  famille  royale  n'était  pas  plus  heureoae. 
Geergea  111  fat«n  dea  plue ealimablea  bonmiea  de  son  temps;  il  n^étalt 


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112  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNET. 

pas  sans  intelligence,  et  même  il  aimait  la  partie  pratique  des  sciences, 
mais  le  récit  de  ses  ressources  de  société  à  Windsor  est  tout  i  fait 
désolant.  Pour  passer  ses  soirées  il  était  réduit,  comme  expédient 
principal,  à  faire  une  suite  de  visites  a  une  vieille  et  infirme  mais  très* 
monarchique  dame,  a  une  Mrs.  Belany,  qui  résidait  à  Windsor,  et  à  qui  sa 
douceur  ei  son  ton  perpétuellement  plaintif  (ayant  toujours  quelque  nou- 
veau sujet  de  lamentations)  concilièrent  la  sympathie  de  la  famille  royale. 
Mrs.  Delany  était  une  Niobé  parfaite;  rien  d'insupportable  comme  soo 
éternelle  mélancolie,  sa  fatigante  résignation,  fon  infatigable  adoration 
de  Leurs  Majestés  et  de  tout  ce  qui  avait  touché  Leurs  M«ijestés.  Eh  bien , 
c'était  chez  elle  que  le  roi  faisait  ses  visites  du  soir,  c'était  là  que  la  reine 
suivait  le  roi  et  que  les  princesses  suivaient  la  reine.  Tous  allaient  là  pous- 
sés par  la  sympathie  et  l'ennui;  cependant,  dons  cette  petite  chambre, 
qui  se  remplissait  des  intimes  de  la  cour,  personne  n'eût  osé  s'asseoir 
tant  que  Leurs  Majestés  étaient  présentes,  car  c'était  l'étiquette.  Les  prin- 
cesses ne  parlaient  jamais  à  leuc  père  ou  à  lt*ur  mère  avant  d'être  interrogées: 
c'était  aussi  l'étiquette.  Tous  les  êtres  humains  étaient  obligés,  en  ce  temps 
des  robes  à  queue  et  des  souliers  à  hauts  talons,  d'apprendre  l'art  de 
marcher  à  reculons  et  de  faire  leur  retraite  sans  voir  où  cette  manœuvre 
rétrograde  les  conduisait  :  c'était  aussi  l'étiquette.  On  ne  peut  douter 
que  tout  cela  ne  fût  aussi  ennuyeux  pour  le  roi  et  la  reine  que  désa- 
gréable pour  les  sentiments  et  dangereux  pour  les  membres  des  fidèles 
aujets-écrevisses  de  Leurs  Majestés.  La  pauvre  petite  Bumey  s'en  plaint 
de  toutes  les  façons,  tantôt  burlesquement,  tantôt  sérieasement  ;  mais  Ja 
formalité  d'une  pareille  vie  contrastait  trop  avec  sa  liberté  précédente 
pour  ne  pas  la  tuer  à  moitié.  Enfin  elle  se  lamente  sur  le  ton  d'une  nonne 
prisonnière  entre  quatre  murailles,  espérant  qu'elle  s'y  fera,  mais  disant 
qu'elle  est  résolue  à  subir  sa  destinée  plutût  que  de  contrarier  les  vues  de 
son  père.  En  un  mot,  ses  sentiments  sont  dignes  d'un  trappiste  qui  creuse 
lui-même  son  tombeau.  Il  faut  espérer  que  tout  cela  est  changé  depuis 
longtemps  :  en  tout  cas,  ces  volumes  sont  un  avertissement  utile  pour  les 
ambitieuses  jeunes  ladies  qui  se  sont  donné  ou  qui  se  donneront  encore  tant 
de  mal  pour  parvenir  à  se  rendre  très-malbeureuses  :  celles  que  l'ambi- 
tion ne  tourmente  pas  encore  y  trouveront  de  justes  motifs  de  se  féliciter 
d'avoir  préféré  à  la  vie  brillante  des  cours  cette  vie  comfortable  et  libre 
qui  ne  voit  des  grandeurs  que  ce  qu'en  disent  les  gaxettcs.  » 

Il  y  a  ici  peut-être  une  discrète  allusion  aux  dames  d'honneur  de  la 
reine  Vittoria  et  même  à  l'infortunée  lady  Flora  Hastings. 

Le  Blackwood  Magazine  s'étonne  aussi  de  la  puérilité  d*une  époque 
qui  avait  cependant  produit  «  Gbatham  et  le  fils  de  Chathtm  plus  grand 
que  son  père  (Pitt;,  Holiand  et  le  fils  de  HoUand  pins  grand  aussi  que 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNEY.  113 

MO  père  (Fox),  Burke  sans  rival,  et  Johnson  dont  l'originalité  humorii^ 
KfiM  est  restée  originale  après  tant  d'années,  Johnson  dont  la  vigoureiMO 
iatelligeace  a  rendu  tous  les  paradoxes  plausibles  et  toutes  ses  opi- 
nions plus  sérieuses  proferbiales...  L'époque  de  ces  graves  talents  était 
60  même  temps  une  époque  d'oisiveté  systématique  et  régulière  C'était 
l'usage,  la  mode,  d'aller  à  Bath  et  aux  autres  villes  d'eaux  thermales  ; 
pois,  on  revenait  à  Londres  se  régaler  des  caquets  de  la  saison  dés 
eiox  et  projeter  de  nouvelles  absurdités  pour  la  saison  prochaine.  La  vie 
des  hautes  classes  tournait  ainsi  dans  un  même  cercle.  D'insipides  réu- 
nions appelées  eonvenazziones,  les  présentations  k  la  cour,  auxquelles  on 
te  préparait,  tout  le  mois  d'ayant,  par  des  visites  chez  sa  marchande  de 
■odes  etqni  pendant  tout  le  mois  après  fournissaient  d'amples  provisions 
de  médisance,  enfin  un  échange  de  lettres  sur  des  riens  :  telles  étaient  les 
resftonrcesdu  monde  fashionable  et  de  ce  monde  inférieur  qui  calque  fidô- 
lement  les  folies  de  l'autre  ;  telles  étaient  les  ressources  de  nos  aïeux  et  de 
nos  aïeules  pour  se  débarrasser  du  travail  de  penser,  pour  tuer  le  temps  et 
rapporter  l'ennui  de  la  vie  jusqu'au  jour  oii  arrivant  la  goutte  pour  les 
gentfemen,  la  paralysie  pour  les  iadt'e«,ils  laissaient  leurs  équipages,  leurs 
fauteuils  et  leurs  maladies  à  une  autre  génération  de  Philandres  et  de 
Phillis,  de  lord  Butterflys  et  de  lady  Bettys.  » 


Le  second  article  à  propos  du  Journal  de  M"*«  d'Àrblay  sera  un  extrait 
du  quatrième  volume.  Quelques  mots  de  biographie  sur  l'auteur  noua 
semblent  un  supplément  nécessaire  À  celui-ci. 

Mtsi  Bumey  remplit  pendant  cinq  années  sa  place  auprès  de  la  reine, 
in  bout  de  ce  temps,  sa  santé  la  força  d'y  renoncer.  Ce  fut  bientôt  après 
qu'elle  connut  M.  Alexandre  Piochard  d'Arblay,  émigré  français,  dont 
quelques-uns  font  un  comte,  et  qui  avait  servi  avant  la  révolution  dans 
le  corps  de  l'artillerie.  La  liaison  du  gentilhomme  français  et  de  l'ex-fille 
d'honneur  devint  peu  k  peu  très-intime  et  se  termina  en  1793  par  leur 
mariage.  Cet  événement  fit  de  M"*  d'Arblay  un  avocat  des  réfugiés  que 
l'époque  de  la  Terreur  avait  jetés  avec  son  mari  sur  le  sol  de  l'Angle- 
terre,  et  elle  publia  une  brochure  à  leur  profit  sous  ce  titre  :  Bé flexions 
relatives  au  clergé  émigré  de  France.  En  1795  elle  se  souvint  que  Sheridan 
et  d'autres  notabilités  littéraires  lui  avaient  prédit  un  grand  sucrés  si 
elle  voulait  travailler  pour  le  théâtre,  et  elle  fit  représenter  à  Drury-lane 
sa  tragédie  à'Edwy  et  Mlgytha,  sujet  qui  vient  d'inspirer  un  nouveau 
poème  dramatique  à  M.'  H.  Taylor.  Malheureusement  les  prédictions  de 
Sheridan  ne  se  réalisèrent  pès  :  la  tragédie  de  M"*  d'Arblay  fut  très-mal 
reçue  du  public. 

5*  SÉRIE. — TOHE  XI.  8 


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llfc  LE^^JODHNi^  DB.MIfift'MBKBi^ 

Cette.  ehoM  na  lui  enlem  pai  M^rémitfttioQ  liuénin:  eonme  miei^ 
der,  et  en  17^#  ayant  annoncé,  un  tioiiième.  to»«d,  CamiUor  eUe 
léalisauneaouaciipUonde  trois  miU6.guinte  (7MÛ0€r.)«  Il  j  »vait.Ui« 
de  ce  chiffre  à  celui  dea  vingt  guinéei  que  lui  «Tait.  TaluJEtiaJiiia,JOD  fpar 
mieT'  ouTiage»  bien  niyérieiv  au.  troisième.  M"**  dlArliiaj.  adwlaevee 
cette  somme  une.v<2ta  qu'elle  appela.  U.Coitaçfi^dê'CamUUifM  oà  elle 
Técut  conjugalement  jusqu'en  IflOX  ▲  cette  époque  U  paii  d'AmâBM 
pennit  à  son  mari  de  là  conduire  en.  France»,  oà  M.  d'Ashlej  fut  bien 
accueilli,  de  Napoléon.  Les*  deux,  épyoux  ne  retoucnisent  ea  AngleMm 
qu'après  1812.  M.  d'ArbUj  y  mourut  en  181&.M"*  d'ArbUx«  vécu  josr 
q^'en  1810;  elle  avait  à  sa.  mort  (puLtre-ving^buitans.  Depuis  1818  elle 
avait  publié,  encore. l'ITomme  mrranif  romam  qui. lui. fut  acheté  qnîaie 
cents  guinéesi  et  les  if  ^moires  de.soa  pére^£lie.a;rait.pcBdtt.ea.l8>i7 
son-fils»  qui  était dans-les  ordres.- 

Des  deux  fitéres  de>  M»*  d'Arblay^I'aUé  devint  r«mifal  Janes  Biuraif.. 
le  second»  le.  docteur  Charles  Bumey,  éuét.ua  SATaiU.heUénisU. 


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€|itaoàrft  ifift  sfmnsi  ht  k  })imndiilt. 


TROIS  CBAPITRES  DE  LA  VIE  DE  MARTIN  DIEZ* 

SlWrOJmi  L'SMPfiClNADO  (1). 

SL 

V49B  EBI  WBMBOfk 

Ail  oommencement  de  la  guerre  de  1792  entre  TEspaçne  et 
hr^nblique  française,  un  jeune  homme  de  dix-sept  à  dix-huit 
tt»  s'enrAla  dam  le  régiment  d'El  Rey,  cavalerie.  Dès  la  pre? 
mièrea£EBiire  où  il  se  trouva,  il  se  fit  remarquer  par  sa  bravoure,, 
etbientôl  le  général  Ricardo»  en  fit  son  dragon  d'ordonnance. 
C'était  bien  mal  connaître  l'humeur  du  jeune  volontaire,^ 
qû  ne  tarda  pas  à  regretter  l'animation  de  la  mêlée,  lorsqu'il 
est  bit  quelques  excurnons  moins  périlleuses  à  la  suite  de 
son  général.  H  y  avait  en  lui  un  instinct  d'indépendance  qui 
le  dégoAta  même  tout  à  fiiit  de  la  discq)line  de  l'armée  régu^ 
liére,  et  à  la  première  occasion  il  se  fit  autorisera  aller  lever 
une  espèee  de  gumlla  ou  corps  de  partisans,  sur  les  bords 
du  Buero*  Sa  troupe  était  déjà  organisée  et  avait  rendu  quel- 
ques aervioes  quand  la  paix  fiit  signée.  Juan  Martin  Diez, 
c^élaitle  nom  du  jeune  Espagnol,  connu  aussi  sous  le  sobrir 
qoei  de  l'Empecinado,  se  retira  dans  son  village  natal,  à 
GhstriUade  Duero,  dans  la  province  de  Valladolid. 

Ce  fiil  là  qu'il  demeura  jusqu'à  la  guerre  de  1807,  oubliant 

(1)  ¥^  U  JlMm.flHlsna<fiir,iwi.i841,»' série,  iome  n,  p.  llfi. 


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116*  TROIS  CHAPITRES 

de  son  mieux  ses  goûts  militaires,  tranquille  cultivateur,  et 
content  de  peu,  comme  tous  les  Espagnols.  II  était  surtout 
habile  à  tailler  la  vigne.  Notre  vigneron  gagna  bientôt  de 
quoi  avoir  un  âne  avec  lequel,  Thiver  venu,  il  allait  dans  les 
bois  faire  des  fagots  pour  les  vendre  dans  quelque  ville  voi- 
sine. Il  se  rendait  ainsi  un  jour  à  Aranda  de  Duero,  lorsqu'il 
fut  rencontré  par  des  ofBciers  de  justice  ou  alguazils,  qui 
avisèrent  que  la  charge  de  Tàne  consistait  surtout  en  racines 
d'arbres,  ce  qui,  d'après  les  lois  forestières  de  la  Castille, 
mettait  Martin  Diez  en  état  de  délit  et  de  contrebande.  On 
l'arrêta  lui  et  son  âne  pour  les  conduire  en  prison.  Martin 
Diez  n'avait  pas  d'armes  et  il  ne  songea  pas  à  résister,  quoi- 
qu'il eût  pu  encore  le  faire,  vu  sa^vigueur,  dont  on  jugera  par 
ce  qui  va  suivre. 

£n  dehors  d' Aranda,  au  faubourg  d'Endeduero,  il  existait 
à  cette  époque  une  sorte  d'écurie  sans  toiture  appartenant  à 
la  municipalité ,  et  dans  laquelle  c'était  l'usage  de  déposer 
provisoirement  toutes  les  bétes  de  somme  qu'on  surprenait 
chargées  de  quelques  marchandises  ou  denrées  de  contre- 
bande. Ce  fut  dans  cette  fourrière  qu'on  fit  entrer  et  qu'on 
enferma  l'Empecinado,  avec  Tàne  et  le  bois  confisqué,  pour  y 
demeurer  jusqu'au  lendemain  matin.  Il  semblait  impossible 
qu'un  homme  pût  s'échapper  d'une  pareille  prison,  car  au 
midi,  au  levant  et  au  couchant  elle  était  entourée  d'une  forte 
muraille  de  quatorze  pieds  de  haut,  et  au  nord  coulait  le 
Duero,  rivière  qui,  à  cette  saison  de  l'année,  ne  pouvait  être 
traversée  ni  à  gué  ni  à  la  nage,  tant  elle  était  profonde,  large 
et  rapfde.  Il  n'y  avait  d'entrée  et  d'issue  que  par  une  porte 
massive  bien  verrouillée  et  fermée  par  une  énorme  serrure. 
L'Empecinado,  seul  avec  son  baudet,  eut  tout  le  temps  de  se 
dire  que  le  lendemain  il  serait  condamné  à  perdre  son  bois, 
sa  bète  et  par-dessus  le  marché  sa  liberté  pendant  quinze 
jours  au  moins.  Il  regretta  d'abord  de  n'avoir  pas  eu  plus  de 
confiance  en  lui-même  sur  le  chemin,  mais  il  finit  par  s'en- 
courager à  tenter  au  moins  quelque  moyen  d'évasion.  On  lui 
avait  laissé  son  couteau  ;  |il  s'en  servit  pour  pratiquer  de 


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DE   LA  VIE  PS  MARTIN  DIEZ.  117 

grandes  excavations  dans  la  muraille ,  espèce  d'escalier  im- 
provisé qui  lui  permit  de  grimper  jusqu'au  faite.  Là  il  ne  lui 
restait  plus  qu*à  sauter,  et  il  allait  le  faire,  lorsqu'un  remords 
lui  prit...  Laissera-t-il  en  captivité  son  compagnon  d'infor- 
tane?  La  pauvre  béte  tournait  justement  vers  lui  ses  yeux 
suppliants  et  lui  disait  un  muet  mais  triste  adieu,  au  clair  de 
la  lune.  L'Empecinado  s'atteudrit ,  et  d'ailleurs ,  se  dit-il,  je 
n'ai  pas  de  quoi  en  acheter  un  autre.  Que  faire  ?  Après  avoir 
bien  examiné  le  côté  extérieur  de  la  muraille  il  redescendit 
dans  récurie^prison,  détacha  sa  longue  ceinture  de  soie  tri- 
cotée à  la  mode  andalouse,  renversa  l'àne  sur  l'échiné  et  lui 
lia  les  quatre  jambes,  comme  il  eût  fait  à  un  mouton  ou  à  un 
yeao.  Ensuite,  respirant  largement  pour  se  préparer  à  un 
grand  effort  de  ses  robustes  muscles ,  il  chargea  mattre  bau- 
det sur  ses  épaules  en  passant  sa  propre  tète  entre  la  ceinture 
et  le  ventre  de  l'animal.  Avec  ce  lourd  fardeau,  il  remonta  au 
faite  du  mur.  Là  ayant  délié  les  jambes  de  l'àne,  sa  ceinture 
lai  aer\'it  à  le  faire  glisser  de  l'autre  côté  sans  trop  de  meur- 
trissures et  sans  chute  dangereuse.  A  son  tour,  il  sauta  à 
terre,  monta  sur  son  docile  roussin,  et  alla  se  cacher  dans  les 
montagnes  voisines  de  son  village  jusqu'à  ce  que  le  bruit  de 
l'aventure  se  f&t  apaisé. 

Le  lendemain  matin  les  alguazils  allèrent  de  bonne  heure 
cbercber  l'Empecinado  et  son  àne  pour  les  faire  comparaître  de- 
vant l'alcade  ;  grande  fut  leur  surprise  de  ne  plus  trouver  dans 
l'écurie  que  la  charge  de  bois.  Malgré  les  dégradations  faites 
à  la  muraille  intérieure  ,  ils  pouvaient  à  peine  comprendre 
comment  avait  disparu  leur  prisonnier;  mais  le  quadrupède 
quetaiUil  devenu?  Comment  avait-il  pu,  lui  aussi,  s'échap- 
per? Ils  allèrent  faire  leur  rapport,  et  pendant  longtemps  on 
crut  que  le  diable  s'était  mêlé  de  cette  affaire.  L'Empecinado 
passa  donc  pour  un  sorcier,  jusqu'à  ce  que  les  événements  de 
18Q7  lui  rappelant  sa  véritable  vocation,  il  leva  une  nouvelle 
guérilla,  et  se  rendit  redoutable  aux  Français  pendant  tout 
le  temps  que  dura  la  guerre  de  la  péninsule. 


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liB  'TROIS  anAiPiTUffi 

H. 

XJL  MOBEilA  DE  BIAIiAGA. 

^Le  corrégidor  ^e  la  ville  de  CuellarpaTCOnraît  diverMB 
flépécbes;  il  y  en  eut  tine  qtti  parut  fi'îer  particalièrement  son 
lilieiïtion.  Après  ravoir  Itïedenx'fois,!!  agita  une  p«lile«oib- 
nette  pofsée  sur  kl  lafcle.  Un  damestiqueentni. 

*—  Va,  dit  le  corrégidor,  avertir  le  <*ef  de  laguerilla  ifae 
Jel'^tends  ici. 

Un  quart  d'heure  après,  Hartin  "Biez  fut  într^datt. 

^^^  Buenos  dids'tengay  dîMl'en  entrant. 

-^-  !FéW(?fô,  -répondit  le  corrégidor  en  l'iwrilflaitiàii'&sseofr. 
f\ii  reçu  rordre,  continua-H-il,  dcfeire^arrèter  on  de  détroîte 
nue^bande  dont  les  brigandages  répandent  depuiaplnsiems 
Jours 'la  terreur  dans  cette  provinee. 

'-^Quelques  hussards  françan,  sans  doute,  âjoiita  Martin 
Dîeï.  Je  suis  prêt,  ^eiîor  corrégidor. 

—  Kon,  reprit  le  corrégidor  •en  souriant,  ce  n'est  point -A 
Aes  troupes  firançaises  que  vous  aurez  afiaire  cette  fois,  mas 
&  tm  ennemi  qu'il  tous  ^era  probablement  phis  difficile  de 
rencontrer  que  de  VHincre.  Pour  ne  pas  vous  tenir  davan- 
tage en  suspens,  je  vais  vous  lire  mes  ordres.  Alors  suppri- 
mant le  protocole  qui,  en  Espagne,  conmence  et  termine 
toujours  de  pareils  documents,  le  corrégidor  lut  ce  qui  suh  : 

'((  Aussitôt  que  vous  aurez  reçu  cette  lettre,  vous  ebargerox 
un  officier  actif,  connaissant  pariaitement  le  pays,  de  pour- 
suivre le  bandit  El-Gitâno,  qui,  à  la  tète  de  vingt  hommes^ 
est  passé  de  l'Andalousie  dans  cette  province.  Les  voleurs  é» 
cette  bande,  sous  le  patriotique  prétexte  de  harceler  les  Fran- 
çais, dépouillent  'et  maltraitent  nos  compatriotes.  Ils  s'atta- 
quent plus  particulièrement  aux  prêtres.  Plusieurs  ont  été 
victimes  de  leur  brutalité.  Tous  avez  dû  déjà  recevoir  des 
rapports  à  ce  sujet,  et  vous  pourrez 'fecilement  connattre  la 
direction  qu'ont  prise  ces'brigands.  » 

—  Ainsi  vous  le  voyez,  seilor  Diez,  continua  le  magistrat, 
il  n'y  a  pas  beaucoup  de  gloire  à  gagner  dans  cette  afiaire; 


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BB  LA "^fB  BC  'MiOtrm  DIEZ.  ff8 

nroiei  qai  va  «fimiller  «rotre  'ardeur.  BI-4Hta&o  €t  ses 
i*9e«t,  'dii-^n,  iréiies  de  btttmt  dans  toas  las  cas,  leare 
sapcilwjt  scherattx  andakraa  sereat  paarrcmstme  précieuse 
captere';  1k -^oos ' semrmit  i  inonter ' lesconragevx T6hm- 
tanes  qui  anlMttaBwetrtl^honnetir  de  maréhersoasTOs  ordres. 

'La  eenveasation  diira'qiiékiiie%eiBps'enaDre/Le  tHMrrégidar 
osranniniqiHi'UMXteBles^idioalîoiis^'n'possédftftiponr  tnm- 
Tsr  4e  vepaire  des  iièhéniieHs.  'Baas  Tapi<ès-ini8t  scrtxattte^dix 
gaerifleros,  tovs  bien  mefilés  et >éqiiipés,  sortirent  de  la'rffle 
de€adlar,««e«s  les^oidres  de  ^Martin  Diez,  lear  chef. 

te'ndimi  de  la^nvoiftagne  de  Toftwes,  dans  la  vieille' Gas- 
tiBe,  est  ^an  -petit  'plateau  éloigné  -  de  4otfte  roiHe  passagère. 
Onj  arrive  par  un  sentier  i  étroit  et  dangereux  qui  ^Moiean 
nmtt.  Sor  ceplateau,  on^yoyalt^il^a'trente^inq'ans^enyiron 
une  nFÎeille  'hAteHerie  d^une  aretiitecture  ^ossière  et  d'une 
ti4s-4naairàise  réptttation.  Lee  fenètrss  de  Tétage  supértanr 
étaient  larges  et  nombreuses,  quelque&Hines  même  '  vhrées  et 
protégées  par  desTolels  en  bois;  le  re^de^hausi^  offirait 
moins  de  passage  à  Tair  et  à  la  lumière;  la olaftéMarrivait 
par  une  demi-dottsaine  d*ouvertures  eircalaines  garnies  de 
barreaux  de  fer,  et  *par  une  petite  porte,  à  peine  assez  havie 
poor  qu'un  homme  à  cheval  pûty  passer.  'L'écarie,  qui  oecu- 
pùttoutle  rez-de-chaussée,  ne  conservait  pas  >le  même  niveaa 
que  le  sol  extérieur.  'Son  abaissement  et  les  btoos  de  pierre 
et  de  ciment  qui  en  soutenaient  le  plafond,  lui  donnaient  as-* 
sez  de  ressemblance  avec  une  cave.  A  droite,  en  entrant,  «se 
trouvait  un  escalier  en  bois  conduisant  à  un  étroit  corridor 
qat  partageait  l'étage  supérieur  ,eu  deux  parties.  La  première 
était  coupée  en  éhanlbrespetiteset  mal  tenues,  dont  leauMS 
élaieatoecQpées  par  lafiamille  de  l'aubergiste  et  dont  les^au- 
très  attendaient 'les  voyageurs  qui  prél^ht»eftt>uiie'  eoavertuie 
et 'un 'matelas  d'une  'propteDé  très^^uivoque,  plutôt  ;que  de 
passer  la  nuit  sur  nine  planche  de  ohéne,- enveloppés  dans 
Iturmaiiteau.'La'seeende  partie  consistait  enuoepièce  spa^- 
oieuse  servant-en  'même  temps  «  de  '  cuisine,  4e  «salle  à  manger 
et  de  dortoir.  Rarement  pent^re  eette  'salie  avait  coatenu 


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120  TROIS  CHAPITRES 

une  société  aussi  joyeuse  et  aussi  bruyante  que  cette  nuit-là; 
il  est  vrai  qu'on  y  voyait  tous  les  apprêts  de  la  bonne  chère. 
Sous  le  vaste  manteau  d'une  large  cheminée,  pétillaient 
et  flamblaient  autant  de  branches  de  pins  que  pour  un  auto- 
da-fé.  Au-dessus  de  ce  feu  énorme  étaient  suspendues  par 
des  chaînes  deux  grandes  chaudières  noires  desquelles  s'ex- 
halait un  parfum  qui  attestait  la  nature  savoureuse  de  leur 
contenu.  Deyant  l'àtre  y  une  longue  broche  en  fer  était  gras- 
sement garnie  de  volailles ,  de  viande  de  mouton  et  de  che- 
vreau ;  c'était  un  petit  chien  maigre  qui  la  faisait  tourner. 
Ce  malheureux  animal,  perché  dans  une  cage  de  bois,  à  bar- 
reaux, fixée  contre  le  mur,  souffrait  un  double  supplice  pro- 
venant du  plus  insupportable  degré  de  chaleur  et  de  l'es- 
pèce de  moulin  de  cuisine  sur  lequel  il  était  placé.  On  ne  lui 
accordait  aucun  répit;  toutes  les  fois  qu'il  faisait  mine  de 
suspendre  leur  exercice,  un  geste  menaçant  rappelait  ses 
pattes  brûlées  à  leur  devoir  ;  il  lui  arrivait  même  d'être  firappé 
par  une  brutale  et  laide  fille  de  cuisine,  digne  pendant  de  la 
Maritorne  de  l'immortel  Saavedra. 

En  face  du  feu  on  avait  placé  une  table  composée  de  six 
planches  grossières;  tout  autour,  sur  des  bancs,  sur  des  chaises 
à  moitié  cassées  et  des  tonneaux  renversés,  étaient  une  ving- 
taine d'individus  qui  puisaient  dans  des  brocs  de  vin  la 
patience  d'attendre  le  souper.  Le  costume  de  ces  hommes 
n'était  point  celui  que  portent  les  habitants  de  cette  province 
des  Espagnes;  il  était  beaucoup  plus  élégant  et  dessinait 
mieux  les  formes  du  corps  que  les  vêtements  amples  et  dis- 
gracieux de  la  vieille  Castille.  De  courtes  vestes ,  coquet- 
tement ornées  de  boutons  brillants,  des  chapeaux  noirs  avec 
le  bord  relevé,  des  chausses  attachées  au  genou  avec  des 
rubans  de  couleur  éclatante ,  composaient  un  charmant  cos* 
tume  andalou  ;  l'accent  de  la*  plupart  de  ces  hommes  ache- 
vait de  trahir  leur  origine  méridionale.  Toutefois,  les  san- 
dales et  les  bas  traditionnellement  portés  avec  ce  costume» 
avaient  été  remplacés  par  des  bottes  ou  de  longues  guêtres  en 
cuir.  A  des  crochets  enfoncés  dans  le  mur  pendaient  de  vastes 


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DE  LA  VIE  DE  MARTIN  DIEZ.  121 

manteaux  de  cavaliers  et  de  larges  capotes.  Un  grand  nombre 
de  valises,  des  selles,  des  bats,  désarmes  de  toute  espèce, 
étaient  entassés  dans  les  différents  coins  de  l'appartement. 

£n  entrant  dans  cette  salle,  un  étranger,  après  avoir  re- 
marqué ce  que  l'intérieur  présentait  de  pittoresque  et  de 
bizarre,  aurait  plus  particulièrement  arrêté  son  attention 
sur  deux  des  vingt  individus  réunis  autour  de  la  table.  L'un 
était  assis  à  la  place  d'honneur.  Malgré  le  peu  de  cérémonie 
qui  régnait  parmi  eux,  une  certaine  déférence  le  signalait 
comme  le  chef  de  ses  sauvages  compagnons.  Toutefois  au- 
cune marque  extérieure  de  supériorité  n'expliquait  l'autorité  su- 
prême dont  il  était  revêtu.  Rien  de  brutal  et  de  féroce  comme 
l'expression  de  ce  front  bas  et  fuyant,  de  ces  yeux  enfoncés, 
de  ces  lèvres  épaisses  :  c'était  le  Gitano  en  personne,  qui 
avec  sa  bande  occupait  l'hôtellerie. 

A  la  gauche  du  Gitano  on  voyait  un  jeune  homme  dont 
l'ige  ne  dépassait  pas  seize  ou  dix-sept  ans  ;  les  traits  de  son 
visage,  aussi  fins  que  ceux  d'une  femme,  n'étaient  pas  ce  qui 
contrastait  le  moins  avec  l'air  farouche  du  chef.  Son  habille- 
ment, taillé  sur  le  môme  modèle  que  celui  de  ses  compagnons, 
différait  du  leur  par  la  richesse  des  étoffes.  Il  le  portait  avec 
un  soin  qui  montrait  l'importance  que  ce  jeune  disciple  de 
saint  liicolas  attachait  à  son  extérieur.  Sa  veste,  dont  le 
drap  sortait  de  la  célèbre  fabrique  de  Ségovie,  s'ouvrait  sur 
la  poitrine  et  laissait  voir  une  chemise  de  fine  toile  empesée 
et  plissée  avec  art  ;  une  riche  cravate  de  soie  était  coquette- 
ment roulée  autour  de  son  cou ,  une  épaisse  et  longue  che- 
velure noire  descendait  sur  les  épaules  de  ce  bohémien  ;  ses 
traits  délicats  avaient  une  expression  d'audace  qu'on  rencon- 
tre rarement  chez  un  si  jeune  garçon.  Il  se  mêlait  peu  à  la 
conversation  joyeuse  et  bruyante  des  bandits,  mais  il  adres- 
sait de  temps  en  temps  quelques  questions  au  Gitano  ou  à  un 
jeune  honoune  faisant  partie  des  vingts-deux  et  assis  à  ses  cô- 
^«  ({ni,  à  en  juger  par  la  ressemblance,  devait  être  son  frère. 

—  Egta  pronta  la  cena,  nnores!  Messieurs,  le  souper  est 
prtt,  dit  la  Maritorne  en  s'approchant  du  feu 


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IS2  imOIS  GHAPIIVES 

..^  Aicmarl  A  laUel  orièrent  une  doinsaîne  âeiFois.  Aqsbh 
Un  me  soppe  grossière,  Bonfllée  de  vin,  «est  étendue  sur 'la 
table  ;  deux  ou  trois  de  ces  .faommes  quittent  leor  «Mége  poiir 
aider  à 'servir  le  copieux  repas.  On  délivre  ausii  le  toarae- 
brodhe  de  sa  «prison  ;  il  gagne  le  dessous  de  la  table,  :âaiis 
Tespérance  d'attraper  quelques  brib^  du  festin  quil  avait 
aidé  à  préparer.  Les  TÎandes  sont  placées  devant  les  convives, 
)a4)anâe'allah1es  découper,  quand  un^homme  qui  était  resté 
en  bas  pour  garder  Fécurie,  entre  dans  la  salle  et  dit  quéW 
q«es  mots 'à  voix  basse  au  Gitano. 

'«  Des  'omiletiers  ^traversant  la  montagne ,  je  ^suppose ,  Të- 
penditle  chef  après  que  cet  homme  eut  fini  de  parler.— ^oicî 
Blas,  x^ontinua-t-'il,  qui  a  entendu  le  hennissement  de  chevam: 
eu  demtfles;  «ilcroitqu'ils  yiennent  de  ce  côté. — Retourne 
là-bas,  et  vois  si  tu  peux  découvrir  quelque  chose. *Mais-non  ; 
re^te;  j'irai  moinméme.  Si  ce  sontdesvojageurs,  il  sera  temps 
de  laisser  refroidir -notre  souper,  pendantque  nousferons  la 
visite  de  leur  bagage.  » 

'  Quittant  aussitôt  son  siège,  il  descendît  à  Técurie,  et 'les 
compagnons  commencèrent  à  attaquer  vive mertt  le  souper. 

Im  nuit  était  obscure;  cependant,  à  travers  les  déchire- 
ments d'un  nuage  moins  épais  que  les  autres,  la  lune  jeta  un 
faiible  rayon  de  lumière.  A  cent  pas  environ  de  Hiôtëlleriese 
trouve  un  ravin  large  et  peu  profond;  il  partage' la  phte-foraïc 
et  descend  d^un  pic  grisâtre  et  escarpé  qui  s'élève  précisémi^itt 
en  face  de  la  maison.  De  hautes  montagnes  couronnent  le 
côté  opposé;  pendant  qu'à  droite  le  ravin  "monte  et  disparattt 
parmi  les  crevasses  des  rochers ,  à  gauche  il  descend  vers 
leur  'base;  après  mille  détours,  îl  est  enfin  coupé  àiine  dis- 
tence'd^unquart  de  lieue,  rpar  l'espèce  de  sentier  à  troupeaox 
que  les  paysans  des  environs  appellent  improprement  'la 
gmnd'routeA  travers  les  montagnes. 

*Le  Gitano  s'avança -^sur  le  bord  du  Tavin  ^t  écouta 'atten- 
tivementpendant  quelques  instants. Hien  toutefois  nctrouMa 
le  silence  de  la* nuit,  si  ce  n'est  le  bruit  du  vent  qui  â'en- 
goufiraitdans  les  gorges  et  les  précipices.  *11  s'apprêtait àmau- 


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DE  LA  TIC  DE  MAmTIH  DIEZ.  flS 

fine  les  redeUes  qai  rayaient  imitiiemcnDt  déraii96,'qQafnd  te 
hennissement  d'un  cheval  se  fit  entendre  dans  le  lainlain.'A 
rinstant  même,  on  bruit  semblable  lui  répondit.  Ce  bmit 
paraissait  venir  du  petit  sentier  que  traverse  le  ravin.  Le  Bo- 
hémien tressaillit  :  saisissant  latiranciie  d'an  wbiexpiix^roi»- 
ssit  snr.le  penchant  de  la  colline,  il  s'alloiit[ea*sur  KaMme,  at 
s'efforça  de  voir  ce  qui  se  passait  an^lessous  de  lai.  'L'ebsca- 
rité  était  si  grande,  qu'il  ne  put  rien  distingner  mi  delà  d'une 
cinquantaine  de  pas.  Les  objets  vas  aiasi'âe  haut  en  'bas  res- 
seoiblaieBt  à  une  masse  noire.  Un  ckat4uiaiit -s'enrôla  dn 
tronc  d'an  Tienx  chêne  ;  quelques  chjwvcsiMMiiîs  -vinrent 
voltiger  autour  de  la  tète  des  trois  fbandite;  mas,  à  «Ile 
exception  près,  ils  n'aperçnront  auoune  créature  vpvante. 
Tout  à  coup  la  lune  se  dégagea  du  nuage  derrière  ^lequel  die 
avait dispam,  et  éclaira  cetteseène d'un  feibhenrayon'de  lu- 
mière. Blas  toucha  le  bras  de  son  cfaef. 

a  Onkhol  un  loupl  dit-il  en  désignant  du  doigt  ipielqns 
ehose  qui  s'agitait  dans  l'ombre  an  fond  du  ravin. 

—Des  loups,  oui,  et  en  grand  nombre,  mais  non  de 
eeux  que  tu  penses,  d  répondit  le  Gitano ,  dont  l'œil  perçant 
venait  de  reconnaître  des  hommes  armés  dans  ce  que  son 
compagnon  avait  pris  pcntrutle  bdte'ftroee.  » 

1\  n'-y  avait  pas  un  moment  à  perdre,  que  ce  lussent  des 
Français  ou  des  Espagnols  qui  s'approchaient  ainsi  myst^ 
rieasement  et  en  irop  grand  nombre  pour  que  le  Gitano  son- 
gent i  les  attendre.  En  quelques  bonds  et  sans  bmit,  il  ga- 
gna r  écurie,  éta  le  licou  du  cheval  le  plus  près  de  la  porte, 
le  brida,  et  il  pensa  alors  à  ses  camarades. 

«  A  emallo!  muehaehos!  à  choral!  s'écria-i-ll,  à  <*hevall 
f  ennemi  est  près  de  nous!  » 

Ces  paroles  retentirent  dans  la  vieille  hôtellerie,  et  les  ban- 
dits se  précipitèrent  sur  leurs  armes  ;  mais  il  était  trop  tard. 
Gomme  le  premier  d'entre  eux  posait  ^le  pied»sur  le  seuil  «te 
l'écurie,  le  Gitano  et  tes  deux'vedettes,  montés  A^îoil  ras  sur 
leurs  chevaux,  s'élancèrent  à  travers  la,porte  :  donnant  alors 
de  l'éperon  dans  le  flanc  de  leurs  coursiers,  ils  franchirent 


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121!^  TROIS  CHAPITRES 

la  plate-forme  avec  la  rapidité  du  désespoir,  et  plongèrent 
tête  baissée  dans  le  ravin  ,  qui  fut  un  moment  éclairé  par 
le  reflet  de  cinquante  carabines.  Dix  secondes  plus  tard,  le 
devant  de  rhôtellerie  était  occupé  par  Martin  Diez  et  sa  gué- 
rilla. Les  bandits  eurent  à  peine  le  temps  de  fermer  la  porte 
de  récurie,  qui  était  d'une  grande  épaisseur  et  garnie  de 
nœuds  en  fer,  contre  lesquels  des  sabres  et  des  carabines 
heurtèrent  avec  fracas. 

Plusieurs  sommations  restèrent  sans  réponse. 

«  Rendez-vous,  cria-t-on  aux  Gitanes,  si  vous  voulez  avoir 
quartier;  rendez-vous,  lorsqu'il  en  est  encore  temps;  car  si 
vous  vous  obstinez  dans  votre  résistance,  aucun  de  vous  ne 
verra  se  lever  le  soleil  de  demain.  » 

Un  coup  de  fusil  tiré  d'une  des  fenêtres  porta  la  réponse 
des  bandits.  Un  feu  nourri,  commencé  par  les  assiégés,  fut  vi- 
goureusement soutenu  par  les  guérilleros  ;  mais,  grâce  à  Tobs- 
curitéetà  l'épaisseur  des  volets  qui  abritaient  les  brigands,  il 
y  eut  beaucoup  plus  de  cartouches  brûlées  que  de  morts.  Ce- 
pendant quelques  soldats  espagnols  coupèrent  un  jeune  ar- 
bre, en  arrachèrent  les  branches  et  s'en  servirent  contre  la 
porte  en  guise  de  bélier.  Mais  plusieurs  d'entre  eux  ayant  été 
blessés  à  travers  les  ouvertures  pratiquées  aux  fenêtres,  Diez, 
qui  ne  voulait  pas  prodiguer  inutilement  la  vie  de  ses  com- 
pagnons, leur  cria  de  foire  quelques  pas  en  arrière. 

Ace  moment  même,  sur  une  esplanade  à  gauche  de  l'hôtel- 
lerie, paraissait  Mariano  Fuentes,  dont  la  bande  opérait  de 
concert  avec  celle  de  Martin  Diez.  Il  était  suivi  de  vingt 
hommes  et  de  trois  chariots  chargés  de  paille  pour  ses  che- 
vaux. On  plaça  les  chariots  sur  le  devant  de  l'auberge,  de 
sorte  que  la  paille  atteignait  les  croisées  du  premier  étage  ; 
puis  on  apporta  des  torches,  et  en  un  instant,  à  l'obscu- 
rité succéda  la  clarté  la  plus  vive.  Les  volets  et  les  châssis 
des  fenêtres  prirent  feu  comme  des  allumettes.  Un  cri  de 
terreur  s'éleva  alors;  la  porte  de  l'écurie  fut  ouverte;  les  dix- 
huit  Gitanes  sortirent,  mirent  bas  les  armes  et  demandèrent 
quartier. 


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DE  LA  VIE  DE  MARTIN  DIEZ.  125 

Malgré  la  réputation  sanguinaire  qu'il  s'était  acquise  pen- 
dant les  sept  années  de  guerre  contre  les  Français,  Martin 
Diez  n  était  pas  un  homme  cruel  ;  il  ne  le  fut  pas  du  moins 
atec  ces  hommes,  qu'il  aurait  pu  faire  fusiller  sans  autre  forme 
de  procès,  tout  voleurs  et  bandits  qu'ils  étaient.  Il  préféra  les 
emmener  à  Valladolid.  Une  partie  des  guérilleros  leur  lia  les 
bras  derrière  le  dos  avec  des  cordes;  d'autres  s'empressèrent 
de  faire  sortir  leurs  chevaux  de  l'écurie,  tandis  que  Fuentes, 
suivi  d'un  troisième  détachement,  s'emparait  de  tous  les 
objets  de  quelque  valeur  que  Je  Gitano  et  sa  bande  avaient 
laissés  |dans  l'aaberge. 

Ayant  appris  que  le  Gitano  était  un  des  trois  hommes  qui 
s'étaient  échappés  à  cheval,  Martin  Diez  fit  peu  d'attention  aux 
brigands  subalternes  :  il  jeta  à  peine  un  coup  d'œil  distrait 
sur  ceux  qui  se  laissaient  garrotter  sans  murmurer.  Ce  coup 
d'œil  suffît  cependant  pour  lui  faire  remarquer  le  costume 
singulier  et  la  belle  figure  du  jeune  Bohémien  dont  nous  avons 
déjà  parlé.  Diez  fit  un  pas  vers  ce  jeune  homme,  et  appuyant 
la  main  sur  son  épaule  : 

«  Tons  êtes  encore  un  enfant,  lui  dit-il  avec  bonté;  com- 
ment se  fait-il  que  vous  vous  trouviez  déjà  parmi  de  tels  com- 
pagnons et  que  vous  meniez  une  si  mauvaise  vie?  Etes-vous 
fils  du  Gitano?  » 

Le  jeune  bohémien  avait  tressailli  en  se  sentant  toucher  le 
bras  :  il  regarda  Diez  en  face  avec  fierté  : 

«  Je  ne  suis  point  le  fils  du  Gitano,  dit-il  ;  mais  vous-même, 
qui  ètes-vous,  pour  user  ainsi  de  violence  envers  des  hommes 
qui  ne  vous  ont  jamais  fait  aucun  mal  ? 

— Vous  êtes  hardi  en  paroles,  mon  garçon,  répliqua  Diez  ; 
d'autres  à  ma  place  essayeraient  si  quelques  coups  de  cour- 
roie sur  vos  épaules  ne  rendraient  pas  muette  une  langue  si 
bien  pendue;  mais  je  ne  le  ferai  point  :  il  y  a  plus,  je  répon- 
drai à  votre  question.  Il  faut  bien  peu  de  paroles  pour  dire 
mon  nom  et  ma  qualité  :  je  suis  un  pauvre  guérillero  sur- 
nommé TEmpecinado.  » 

11  se  manifesta  une  curiosité  mêlée  d'admiration  sur  le  vi- 


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126  TRBMB  CHAPITKE& 

saige  âtt.x«iiAe:homiaiB,Joi9qu'iI  entendit  ce  surnom,  q^  déjà 
oélèfare  atoTOiesEipagnev.  devait  rôtro  pbui  tard  dans  tout» 
l!Biuropew 

<!i  710  9oyeuna'  pêbpc'  Gitanckf  et  mû,  je  suis  une  pauvre  bo* 
hénûieonfiy  dit  le  j^we  bandits  9fiè&  un  momenide  silence', 
et;  Toii  m'appelle  IdiMortnade  M^daga. 

—  Une  Csnmel  jNin  Bi&s.l  s'écria  rEmpeebiado.  Airèiei  ^ 
4out»-t-il.  en.sladresaant  à  ceux  de  ses>  honunea  qui  appro* 
diaientavec  déS: cordes  :  unimarehé,. gentille Giianal  voulea*» 
voua  changer  de  conditiout  et  sutirre  r£mpecinado  au  lieu 
des  Gitanes?  Dites  un  mot,  et  votre  choral  et  vos  année  vous 
anoBt  rendiia*. 

—  Le  choix  n'est  pas  difficile,  à  âdre^  réjpliqua  la  bohé- 
mienne; celui  qui  aime  Tair  pur  des  montagnes, J'ombraga 
des  forêts,  le  gaWp  dan»  ht  plaine,  pourrait-4l  vivre  à  rombre 
dhuie  prison?  Qu'ils* fassent  sortir  mon  cheval,  seîior;  dite»» 
leur  de  me  donn^  mon  sabre  avec  ma  brillante  carabine,  et 
vive  l'Empecinado  I  » 

Alors,  avec  une  joie  presque  enfantine  de  recouvrer  sa 
liberté,  laGitana  s'élança  au-devant  du  cheval  ;  elle  fut  bien- 
tôt en  sdle«  . 

Les  guérilleros  se  disposèrent  à  partir.  Laissant  rhôtellerie 
en  flammes,  ils  eurent  bientôt  gagné  la  grand'route,  oh  un 
détachement,  de  leurs  camarades  était  resté  pour  garder  les 
chevaux.  Après  une  heure  de  marche,  la  Gitana  obtint  que 
son  frère  fût  débarrassé  de  ses  liens.  L'£mpecinado  était 
volontiers  galant  pour  les  dames,  bohémiennes  ou  non  ;  le 
frère  et  la  sœur  firrent  enrôlés  comme  volontaires  dans  la 
troupe,  qui  poujisuivit  sa  marche  vers  Valladolid. 

Plusieurs  semaines  s'étaient  écoulées  depuis  l'incendie  de 
rhôtellerie,  et  la  joyeuse  bohémienne  continuait  à  partager  la 
fortune  de  Martin  Dies,  dont  eHe  était  devenue  la  maîtresse 
aveuée.  Il  fout  avouer  qu'une  pareille  maîtresse  semblait  faite 
tmit  exprès  pour  un  ebef  de  partisans.  La  Gitana  elle-même  finit 
par  aimer  l'Empecinado  jusqu'à  en  être  jalouse,  et  sa  jalousie 
fiit  souvent  trop  justifiée» par  la^fialanterie  du  brave  guérillero. 


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DE  Ué  ¥tB  HB.  HJUKOir  DIEZ.  iBI 

Von  la.  fin  de  TamiAe,  ayant  eti^ré  des  papiers  inpvtiifllt 
k  no*  coimner  firaagaisv  r£mpeeinado  se  décida:  su  les  pavioB 
laMoème  à  Ciiidadr-RodrigD  :  il  laissa  donc  sa  bamia  àcAH» 
et  lonnàsi  sans  lat  coiainriemejit  de  Viicnte%  efe  part^ 
uaoÊÊfasgBé  senkamit  de  la.  lyeèèmienne  et  de' son  firève.  M 
la  tDari^é»  de  là:  nnil^  ils<  atteignant  le  fimbourg  de  San^ 
Insnciweo»  qniecften  debaisdesmwaittsftdalaiplacie^  et&'ai»* 
létènat  dâaaiuiahiMetlerÎB.  L'Empeeinade  mit  pied' à  terrer, 
et  déclara  mm  intention,  d'entser  seal  à>  Ëii]dad*^i>dri0ei 
YfliiieawBt la habémienna insisiapour. raoeoiafxagoev,  sovp- 
geaaaal  qu'elle  anatt  li  quelque  rirale.  Sbit  que  ces  sonpç<mt 
fussent  fiuidésv  soôt  cpi'il  eût  d'autrea  raisons  pevr  tenir  à 
u'aroir  pevsanne  arec  lui^  rEmpeeiaada,  ftitigué  de  ses  im- 
portanités».  lui  ordonna  formellemenit  de  Tattendre,  et  il  se 
dirigea  seul  vers  la  ville,  promettant  de  revenir  avant  la  nuiti 
Itiis  il  avait  perda  dn  temps  dans  cette  altereatton  ;  aussi  à 
peine  fuârAl  entré  dans  la  nnuson  dagouveitiear  que  le  canon 
se  fit  euteudre^  les  ponts-levis  furent  levés,  et  les*  portes  fer- 
mées jusqu'au  maim. 

Après  avoir  entendu,  le  canon^  la  bohémienne  espéra  quel- 
qne  temps  encore  que  Diez  aurait  pu  remettre  ses  dépêches* 
avant  la  fenneture  des  portes  ;  mais  ne  le  voyant  pas  revenir., 
sa  jalousie  s'exalta  jusqu'à  la  fureur  : 

d  Le  traître  1  »  nmrmura-t-elle  entre  ses  dents,  et.elle  enfon- 
gait  avec  rage  dan»  les  panneaux  de  la  chunbre  un  petit  poi- 
gnard triangulaire  qu'elle  portait  toujours  sur  elle. 

«  Puissé-je  le  plonger  dans  soa  eœur  1  »  s'écria-t-elle.  Puk 
après  avoir  fidlli  suffoquer  de  sa  propre  violence,  la  sensî^ 
bilité  de  la  fennn^  iBprit  heuceusement  le  dessus  ;  sa  tète  se 
pencha  sur  la  table,  et  elleiondit  en  larmes* 

Son  frère  resta  quelque  temps  sans  lui  iaire  aueune  obser- 
vation, sans  même  essayer  de  la  consoler;  loraquîil  là  vît  un 
peu  plus  calme,  il  rompit  le  silence. 

«  Malbeureux  le  jour  et.rhenre,  dit*il,  oil  nous  avons- suivi 
œt  homme,  ce  Diez  I  Quel  benhenr  peut-il  arriver  à  ceux^  qui 
abandonnent  la  tente  de  Isaor;  \t'ûm.  pour  vivre  parmi  das 


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128  TROIS  CHAPITRES 

étrangers?  Quand  le  Gitano  nous  commandait,  nous  obéis- 
sions à  un  chef  de  notre  race,  nous  vivions  au  milieu  de  nos 
frères  ;  mais  je  crains,  ma  sœur,  que  notre  sort,  le  tien  sur- 
tout, ne  soit  bien  triste,  tant  que  nous  resterons  avec  ce 
farouche  guérillero.  Je  ne  m'explique  pas  cette  passion  in- 
sensée qu'il  a  allumée  dans  ton  âme.  La  bohémienne  de  Ma-- 
laga,  l'orgueilleuse  fille  qui  a  repoussé  tant  de  soupirants,  qui 
a  vu  le  Gitano  lui-même  à  ses  pieds,  qui  a  refusé  d'être  sa 
fiancée,  est  devenue  la  concubine  d'un  étranger!  » 

a  Quant  à  lui,  continua  ce  jeune  bandit,  il  déclarait  ne  s'être 
joint  à  l'Empecinado  que  pour  se  soustraire  à  la  punition 
qui  l'attendait,  mais  qu'il  ne  l'avait  jamais  aimé.  Cette  occa- 
sion lui  paraissait  favorable  pour  rejoindre  leurs  anciens 
compagnons  ;  mais  il  ne  voulait  pas  en  profiter  tout  seul,  il 
fallait  que  [sa  sœur  l'accompagnât  dans  sa  fuite.  » 

Ses  raisons  et  ses  arguments  restèrent  sans  réponse.  La 
bohémienne,  le  visage  caché  par  ses  mains  et  par  ses  longs 
cheveux,  était  muette  comme  une  statue.  Désespérant  enfin 
de  la  convaincre,  son  frère  prit  le  parti  d'aller  se  reposer. 

A  une  heure  du  matin  il  fut  arraché  à  son  profond  som- 
meil. Sa  sœur  se  tenait  debout  à  côté  de  lui;  ses  joues  étaient 
pâles,  ses  yeux  brillaient  d'un  éclat  extraordinaire. 
«  Lève-toi,  dit  la  jeune  fille,  et  selle  les  chevaux.  » 
Le  bohémien  ne  savait  comment  expliquer  cet  ordre;  mais 
habitué  à  l'obéissance,  il  se  rendit  à  l'écurie.  En  quelques 
minutes,  leurs  chevaux,  aussi  bien  que  celui  de  l'Empeci- 
nado, furent  prêts.  Le  jeune  fuyard  n'oublia  point  d'accro- 
cher à  la  selle  de  ce  dernier  animal  la  valise  de  son  chef, 
contenant  près  de  quatre  cents  onces  d'or.  Les  chevaux  sor- 
taient de  l'écurie  lorsque  la  bohémienne  parut,  et  s'élançant 
sur  le  sien,  elle  partit  au  grand  galop,  suivie,  â  une  distance 
de  cent  pas  environ,  par  son  frère,  qui,  d'après  l'étrange  dis- 
position d'esprit  dans  laquelle  il  la  voyait,  n'était  guère  pressé 
de  lui  avouer  le  vol  qu'il  venait  de  commettre. 

Ce  matin  même,  dès  que  les  portes  de  Ciudad-Rodrigo 
s'ouvrirent,  l'Empecinado  s'achemina  vers  le  faubourg  où  il 


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DE  LA  VIE  BE  MARTIN  DIEZ,  129 

arait  laissé  ses  compagnons.  Sa  surprise  fut  grande  quand  il 
apprit  leur  disparition  ainsi  que  celle  de  sa  valise.  L'auber- 
giste ne  put  lui  donner  aucune  explication  à  ce  sujet.  Il  lui 
dit  seulement  qu'ils  avaient  pris  la  route  de  Alba  de  Tonnes, 
et  qu'en  les  voyant  partir  il  avait  supposé  qu'ils  allaient  re- 
joindre la  troupe.  Dans  son  dépit  et  sa  colère,  l'Empecinado 
s'arrêta  A  une  mauvaise  pensée  contre  un  de  ses  frères  d'ar- 
mes ;  il  soupçonna  Mariano  Fuentès  de  lui  avoir  jenlevé  sa 
maîtresse.  Il  se  rappela  son  assiduité  auprès  de  la  Gitana, 
lears  fréquents  entretiens  à  voix  basse.  Fuentès  était  un  beau 
et  fringant  cavalier,  aux  manières  franches  et  agréables,  plus 
capable  peut-être  que  Diez  lui-même  d'obtenir  les  faveurs 
des  femmes. 

Diverses  circonstances  se  représentèrent  encore  au  sou- 
venir de  l'Empecinado  et  achevèrent  de  confirmer  ses  soup- 
çons. Il  retourna  furieux  à  Ciudad-Rodrigo,  et  confiant  au 
gouverneur  ce  qui  lui  était  arrivé,  il  lui  demanda  un  cheval 
et  un  soldat.  Quelques  minutes  après  il  repassait  devant  l'hA- 
tellerie,  se  dirigeant  vers  Alba.  Dans  cette  ville  plusieurs  de 
ses  hommes  qui  jouaient  au  cane  lui  apprirent  que  Fuentès 
était  logé  dans  la  maison  de  l'intendant  du  duc  d'Albe.  Diez 
traversa  les  rues  au  galop,  laissant  bien  loin  derrière  lui  le 
soldat  qui  l'accompagnait,  et  arriva  devant  la  maison  de  l'in^ 
tendant.  Il  gravit  aussitôt  l'escalier,  et,  un  poignard  d'Alba- 
céte  (1)  à  la  main,  il  se  précipita  dans  la  salle  où  se  trouvait 
Fuentès  en  compagnie  de  plusieurs  autres  personnes. 

«Traître!  s'écrie-t-il  d'une  voix  tremblante  de  colère, 
traître  1  où  est  la  Gitana? 

—  Je  ne  suis  point  un  traître,  Martin  Diez,  répondit 
Fuentès  avec  fermeté,  mais  avec  un  calme  admirable;  quant 
à  la  Gitana,  vous  qui  en  avez  fait  votre  page,  vous  devez 
mieux  savoir  que  personne  ce  qu'elle  est  devenue.  » 

L'Empecinado  fut  frappé  de  la  modération  que  Fuentès 

(l)La  ville  d'Albacète  est  renommée  par  Veicellenlo  qualité  de  ses 
poignards,  comme  Tolède  pour  eelle  de  ses  épées. 

5*  SÉRIE. — TOME  XI.  9 


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l&ettait  à  lui  répMidbpe  leraqu'il  Vavaifc  ÎAlerpeHé^  fnm-  ht 
çiMi  aussi  injorieuse.  Se»  soupçona  se  dtBnyèrôtit  ansdl  wilm 
91'ite  9'éUûeiii  fonné».  Lai96aii4i  tonber  90it*  smtef^  H  m  jetf» 
daa»  les  bra»  de  sob  cam^ade,.  liii  doMandr  pardiMy  et  lifld 
laeoBte  le»  événenteiito  de  lu  nuit  En  terminaiit  sdn  véaity^U 
déelare  «yi^ili  est  bien  décidé  à  ae  v<MMirexcki9itemeBfcàtki 
poorsuiie  de  son  infidèle.  Cette  vésoluAîo»  esè  viiiemeat  eMft> 
battue  par  Fuentèâ.  UIuiieprâsenteFaHéundité-d^iineiiareilIfe 
expédition  àia.doB'Quichoite^datt»  l'étatacturi  db  TBapagne^ 
lorsque  suvtout.  le»  fti^fe  ^0%  nti»  ai  ^ande  aRKàvcrt  «1 
^on  ignore  la  reuHe  qiai'il»  Mt  pvise  Li»»«iii#reB  penoano 
purésente»  se  joignent  èFuenti&ss;  ellesi  aappUeniBietf  àa^wat 
point  sacrifier  la  cause  de  son  pays  à  des  motiCs»peiBoaiieb 
Atts&i  puéril».  On  &'adffe9saît  à  ua  hoBUBcr  éfnib  patriottsme 
tfdeni.....  L'Empecinado  se  rendit  à  leurs  raisoABy  et  le  joor 
suiva»!,.  la  guérilla-  quitta^  Alba  poun  fleldurnef  sur  les  bonds 
du  Douro.  Les^succà»  de  TEmpecinado  finieenbpaff  attirer  aé- 
jrieoBement  rattentiom  des  g^éraus  firan^i»  sur  ce  dlNig0ve«x 
.partisan^  Presque  toute  la  cavalerie  qu'ils  avaient  daM  la 
vieille  Castillc  reçut  l'ordre  de  se  disigar  ver»  les  plaines  du 
Douro  pour  lui  donner  la  chasse.  PendanI  q^oelcpie  tempa 
Biez  put  se  soustraire  à  la  poursuite  de»  Fsaaçaisv  A  ia  fin 
cependant,  rencontré  par  treis^  cents*  hommes  de  eavalesie 
légère  dans  le  voisinage  de  San^Bomingp  de  lot  Calnadg, 
a^ès  avoir  bravement  seutenui  le  ehoc^  il  se*  vit  forcé  de  ae 
retirer  dane  Lafrmotttafpies^de  Burges.  Le» Fraudai»  n0  vouAl- 
vent  point  L'y  piHwsuîisTe^  mai»  il»  ceatiaudrent  à  balayer  le 
pays  qui  borde  le  Douro  :  telle  fiil  leutf  actiMiliéy  qu'il  était 
impossible  aux  gncBiUas  de  quittef  leur  refafir  dans  les  mon- 
tages ou.  de  s'aventurer  dans  les  villes.  A  Gaetrillo,.  la  mère 
et  les  parents  de  l'Empecifiado  forent  bhs  en\  priean^  On  uaa 
de  la  même  sévérité  à  Bnnt  enver»  le»  amie  dfrMariaAo*  Fnea- 
tès.  Uae  récompense  de  2av000  feaiie»fut  enfin  pifomisei  celui 
qui  livrerait  l'Empecinado  mort  ou  vif. 

Ltï  jour  que  Diez^  Fuentès  et  leurs  soldats  faisaient  halte 
sur  le  plateau  de  la  montagiM3  A^  Embital  de  Leima,  cpù  do- 


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DE  LA  lOBT  aa  MAAVHF  BIEZ.  |8I 

lîktpHdbrratterde  MbAbh^  îh-nisn*  i'ÉnHmU«f  à  tnvè 
rttKMipe'dttyiii||lt«niq:lioiiin«8  à»eii«faA 
r  cwhDOMMB  Imntpibft^prâB^dfaaaE;,  lie»  gmiiinënisles 
I  séksÊTB  *;  9mr  hmm  qnfîhi  tesMi  adteiraMi»*^ 
mtaÊm»9àé9^  aolBé9^Jh*n'»mIdlancaaoolfÉced^Imiffe^^ 
ynmtti  éJm  k»  BoooMuittne  amw qnriquosmi»  de  ans  «empat 
poiM^,el  il  Mtaiéna'liinitM  ame  IsttétfangvrSi  C'étaiwit  dtM 
9a;^^vs^i'K!^eInBanidé  VAndahNnie. 

IcB  ■— iiiiMiir  veowHf  mèrenlE  frietfà  lleiwi  ApnèwavroH-^pm 
iBm]paBfcdwtm«Jbi0Hpr(wti9M9<fMrl<nr  ottranml^  kas^^eril* 
leros,  ils  répondirent  aux  nombreuses  queali^M^ipiUenp  fweiit 
afawi8%.flm  «BBqniîlB  9»matttv^d^mê  kivr rmite'elaiir'rétat 
dsiai^nritt  dana  VÂnààSaoÊm,  ttdifenti  entre- aattm»  oAomb 
ifg  Aii8.hiLa«BMMHdftBD«itt  wmt  tro«p»dte*la  cayatero  i^- 
lépdite»,.  camnaKlée  pair  le  fiîÉM»*,  a^ait  emaaûw  dk» 


cCek  iBiL  i|a(hiiilBU«  omyiin^  ajimla  te  onvratear  de'  h 
4BmifR  IL  eafi  tqé  ifiidil  attiMpie  prafoifr  Im  FVaaçais^  man 
seulement  lorsqu'il  est  trois  fois  plus  fort  qu'eux,  et  encore 
«vb:M#4  i|DiB>p0iir  cBialttvnYéritaMe>pPorfil86iiMiv  ^iest 
celle  de  voleur  et  d'assassin. 

— SnoE-iwas  iiud^OBchcaî  dfwiajeiiiiefilte  qUiPaccom- 
pagnait  autrefois,  demanda  Fuentès  ;  celle  qu'ils  appelàtenl 
^JfcnnaidK  Malaxa? 

— Oai^  iBcmoBotr  aipowiilt  ïétenger;;  il  persA  qii^èllë 
iÊÊÊm  aataar  kai  naâ»  dés  BapagmiitivU.  f  w  tran  ou  qualVe 
■■îremBOiB;  c'élailleiwdtvaM  «xcninibiv  cpie  le  &iiam»  tenta 
dtan  la  CastiUfti  el(  quit  ftift  aa  firtate >  i  ae9  eiwnimgiMHis  ;  eat 
saKoè  praiviareiili i  se- sanveraveo  Ibr.  L»  Bohé-*- 
eteattafiris^aRrmtwpoBaidaivl^AiMlbtiMaie  sainnine 
ik  pn  pié^  aurni  norias  dépaariL  ft  paKaAi  qu'ella  9faî%  été  la 
«atlaean:  tfinr  oAineii  de  tai  tiiMpa  foL  a^t  siirpria  fé-  6f- 
fano;  à  la  suite  de  quelque  altaacoMÉin'  anUre  eus,  eireédhift 
il  rnotmai  ém  ceMKracai  logabiiade^  elte  déserlaH  se»  atiiânt 
aifSHaîhaqojiBdBvafttBiiiaai:  i  ffaf psbaito  éfo  eaaipement  des 
iriinMi^  iw|l  uwÉBlifc.  li iiii  I  Brtwinaiid#caa!M»at gttife«e  deffetti- 


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132  TROIS  CHAPITRES 

chef,  qui  n'avait  pu  se  fiaire  agréer  d'elle,  la  malheureuse  en» 
yoya  son  frère  pour  préparer  sa  réconciliation:  le  Gitano  feignit 
d'être  charmé  de  ce  retour,  et  il  voulait,  dit-il,  aller  lui-même 
au-devant  de  la  fugitive  repentante;  il  le  fit,  mais  il  rentra  seul 
sous  sa  tente,  apportant  une  valise  pleine  d'or  sur  sa  selle.  Le 
jour  suivant,  un  chevrier  trouva  le  cadavre  de  la  Morena  et 
celui  de  son  frère  au  fond  du  lit  desséché  d'un  torrent.  La 
mort  leur  avait  été  donnée  par  trahison,  car  leurs  sabres 
étaient  encore  dans  le  fourreau  et  rien  n'indiquait  qu'ils 
eussent  résisté.  La  Morena  avait  le  sein  gauche  percé  d'un 
coup  de  couteau.» 

Parmi  les  auditeurs  de  l'étranger  se  trouvait  l'Empecinado. 
En  apprenant  le  lâche  assassinat  de  celle  qu'il  avait  tant 
aimée  et  qu'il  regrettait  encore  malgré  son  abandon,  il  se  leva 
brusquement  et  se  promena  quelque  temps  le  long  de  la 
montagne.  Quand  il  revint,  ses  traits  ne  trahissaient  aucune 
émotion.  Il  était  peut-être  un  peu  plus  pâle  que  de  coutume, 
et  l'on  voyait  une  ou  deux  gouttes  de  sang  sur  sa  lèvre  in- 
férieure. 

«  Encore  un  verre  de  vin,  mes  amis,  »  dit-il  aux  voyageurs 
qui  se  disposaient  à  partir. 

Les  montagnards  burent  à  la  santé  et  aux  succès  des 
guérilleros. 

«  En  arrivant  dans  votre  province,  dit  le  partisan  d*une 
voix  rude  et  perçante,  dites  à  vos  compatriotes  que  vous  avez 
mangé  et  bu  avec  l'Empecinado.  Dites-leur  que  ses  soldats 
ne  sont  point  des  voleurs  comme  voudraient  le  faire  croire 
les  Français  ;  mais  de  braves  gens  se  dévouant  pour  l'indé- 
pendance de  leur  pays,  et  sacrifiant  à  ce  noble  but  leurs  affec- 
tions privées,  ainsi  que  leurs  inimitiés.  Il  ne  faut  point  trom- 
per nos  amis,  ni  laisser  nos  ennemis  se  réjouir.  Cette  guerre 
finira  un  jour  :  on  verra  alors  que  nous  n'avons  oublié  ni  nos 
affections  ni  notre  vengeance.  » 

On  était  en  1816,  et  la  paix  venait  d'être  encore  une  fois 
rendue  à  la  Péninsule.  Le  patriotisme  espagnol,  puissansment 
aidé  par  le  courage  et  la  discipline  des  troupes  anglaises  et 


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BE  LA  VIE  DE  MARTIH  DIEZ.  133 

rhabileté  de  lenrs  généraax,  avait  repoussé  les  légions  de 
Napoléon  an  delà  des  Pyrénées. 

Par  une  après-midi  d'été  de  cette  même  année,  six  ou  sept 
personnes  se  trouvaient  réunies  dans  la  salle  commune  d*un 
petit  cabaret  sur  la  route  de  Madrid  en  Andalousie.  La  corn» 
pagnie  était  présidée  par  le  cabaretier  en  personne,  petit 
homme  réjoui,  à  l'abdomen  proéminent;  on  ne  l'appelait  que 
El  Gordo,  sobriquet  très-expressif  qui  signifie  Le  Gras.  Les 
antres  membres  de  cette  société  paraissaient  être  des  habitués 
de  la  maison,  paysans  et  artisans  du  village  voisin.  Ils  écou- 
taient avec  un  grand  intérêt  des  histoires  de  la  dernière  guerre 
racontées  par  un  voyageur  qui  attendait  pour  continuer  sa 
route  que  la  grande  chaleur  du  jour  fftt  passée. 

Le  voyageur  était  un  homme  d'âge  moyen ,  aux  formes  athlé- 
tiques, mais  d'une  physionomie  peu  prévenante.  Quoiqu'il 
n'eût  rien  de  militaire  dans  son  air,  cependant,  à  croire  ce 
qu'il  racontait,  il  devait  avoir  servi  pendant  la  guerre  ;  il  se 
faisait  le  héros  de  toutes  les  aventures  surprenantes  dont  il 
anrasait  ses  auditeurs  attentifs.  Au  milieu  d'une  de  ses  plus 
merreilleuses  histoires,  un  cavalier  s'arrêta  à  la  porte  du 
cabaret;  il  demanda  s'il  pourrait  avoir  des  rafraîchissements 
pour  lui  et  pour  sa  monture.  Sur  la  réponse  affirmative  de 
ïhMe,  il  conduisit  son  cheval  à  l'écurie.  Ce  ne  fut  qu'après 
avoir  pourvu  aux  besoins  du  fidèle  animal  qu'il  entra  dans  la 
maison.  Aussitôt  l'aubergiste  tira  de  la  poêle  quelques  tran- 
ches de  jambon  garnies  d'œufs ,  et  les  plaça  sur  une  petite 
table  avec  un  pot  de  vin  et  du  pain.  Le  cavalier  fit  honneur 
i  ce  repas  avec  l'empressement  d'un  homme  qui  venait  de 
loin  et  qui  avait  longtemps  jeûné. 

Les  voyageurs  en  Espagne  ne  restent  jamais  sur  la  route 
pendant  la  grande  chaleur;  ils  se  mettent  en  marche  de  très- 
eraod  matin  et  ne  s'arrêtent  que  fort  tard  ;  mais  ils  ont  soin 
de  consacrer  au  repos  six  ou  sept  heures  pendant  le  milieu 
du  jour.  Toutefois  le  nouveau  venu  possédait  un  de  ces  tem- 
péraments de  fer  qui  résistent  également  à  la  chaleur  et  au 
froid,  à  la  pluie  et  au  soleil.  11  avait  quarante  ans  environ 


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n» 

nait  encore  un  air  de  jeunesse,  «t  e«  «b  voyait  pas  «n  «ail 
fàiww  Bl<uii«el4)Mi  :gaisidftiisraaieheM^diBnB<étaa  nmoalache 
A»ve«..S68tvïMeaBatstèiaittDtefliisil'i]iiiiMvgeDift.  GBpandoflt 
yriqae  obMeidUndéfintsBaÉiledaiisibMite  «a  iperawane 
l|ttutle«aldidtetil'iht«tteJiabitaaéÉ  coHHHMler. 

:i(]nè6cav»ir«enKi  son  lUàte^  kt  oabanatier  f  eliranm  m 
0Oin{Migme  ^u'il  imnii  ide  i^oitter.  Iub  l>iifi  râi  de  la  I 
Mnh  pârfeHQoaat  laliàéifaiâaiigHedb  nanotten-.  iAon, 
•fuHl  «Il  dédbtré  9ie  pounair  ipos  ssiariétar  fdus  imigtempa, 
•fiMoiide  fiamifll il  le  (flàQMer;à  racoater mfxire  «iie  Ae^wm 
tmeoÊnatB.  CoU^dà  nonferaialt  ide6>détafife  si  extcaorfimms» 
qu'elle  ébranla  éaiorédulùbé  des  na«fe  ^payeaiH.  jPhis  .d'une  Mb 
-àuMλ  l'étranger  rfétonrm  les  fenc  ide  son  cUanrfmvirv^eter 
des  ncsg»rdsifiMAqtte(peM>mé|)nni^  dâos  -la  idireotiiin  ëan  bat- 
inand.  «Ce  dernier  ttermina  enfin  MnhiaiQtre^  et,  nefitanti^ 
neheval, 'cpiitta  IHiAtellerie.  dLes  pa^^sans^siiivireiii  fcioBlôt  sm 
exeniple;  l'étranger  poakn  sevl  si^c  Tikète. 

a  Vetre  Seigneurie  s'ieaft  mise  en  roule  .par  mu  tampa  i 
dhaud  «ft  bieii  altécant,  tiit  £1  fiocdo  en  cempliaBant  le  ^ 
4kl  voyageur.,  et  en  jetant  un  coup  d'oeil  sur  «es  vèleiiicBiÉB 
«couvents  ée  poussidne.  Vous  amrieGE  mieux  fiiit  m  ,  ee 
ie  digne  pereonnage  qài  vient  de  «'éloigner,  tsus 
.|)8ffti  de  tauBtUenre  heune  et  arrrvé  plus  lÀt  Les  -arkires  * 
•  Arop  Tares  dans  Qotre  pays  ipiour  qu'une  course  ;i  VÊàdi  noât 
•agréable. 

«—V  .ouB  avez  f»eu4-étre  caîaeni,  répendit  .llautse;  si  j 'aurais 
Rgi  commua  »om  rdiies,  j'en  saurais  pfobâbkment  plus  toqg 
des  aventures  de  votre  coaiemr ,  quÂ,  A  len  JMger  par  «e  i^iae 
j  (Si  entendu^  4oit  i)imi  mloir  /la  ^i»e  •d'èice  •àseuté. 

-^ie  sms  ^anooë  <|ae  ce  «sdit  là  re|hni6a  4e  Yotne  fi»- 
igneirie,  peptât  l'kAte  avee  son  isontine  iiabilueL  II  eetanw 
•^tiiil  attonge mu <peu  ie  wécél; «nais <est4einattièpe4e  raoanttir 
.M  assez  bonne  fieur  moi ,  «et  je  suis  toujoi»  ^oatfteni  iga^trl 
:U  passe  4^  id.  Les  gens  4fe  netne  vùHage  arrivent  par  doai 
SEaiee]poRv«AleRdreseslâatoÉrea;<3ar,  après  qwlquos  rasades. 


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BE  LA  V»  Hi  m^fOUIf  DIEZ.  tM 

£t.aviBc  ittu  i0eslej»y6itt  £1  Kiordo  bti^ifA  id'aœ  onain^iir  le 
Aanc  alors  vide  de  Toutre,  et  de  llanlne  aar  la  latoadîfté  A  te- 
qMfllle  U^denraii  aoa  «mtmvu 

c  £i  igwl  ^Bsi  Q»t  th^nam» ?  «demmda  Téteaiif or  ditn  idr 
indifférent.  —  A-t-il  réellemenjt  «0iwî  <p€iii4aQlt  la  ^uance  ? 

—  Servi  et  mm  laecvl;  de  &it  est  <quUl  a  lOOfunMttdé  «ne 
bande  de.jpipiniUaroSf  let  pill  a  iw  ^ar-ci  fiainlà  (peJ^jiea^s- 
pFWoafibes  )a«ac  -{es  Ftim^aÂi.  ie  d^ule  tcep^ndaot  ^'11  lai 
aiH  jaiaaiB  obancliés.  JU  •peA2#i«l)attait  vol(M|tiw^.^i}iie  laraQii'il 
avait  la  perspective  d'un  riche  butin.  Si  les  Français  ne  kli 
aafawuiisaiQBt  {M(s  lleoqa^ion,  il  lûHait  tonaieeitK  4a!il  xtn- 
cofiisaft,  £^p«lgnels  anautses.  En  Andalousie,  oa  caoonie  léa 
loi  des  'Chosea  ifud  v#ii6  ifor^ent  dpesaer  les  cbeveiiK  aw*  la 
Uie.  0  est  ceitain  (^'il  s'^st  vii  pliis  d'une  fois  .pourohaadè 
par  aosiroupes^ans  )e  4aai|is  de  la  guerre-;  maîsâ  la  fMMk 
OB  a  accordé  une  amnistie  géoécale,  et  alors,  oonuae  bea»* 
Map  d'aulres  nanirieaSy  il  est  devenu  boomôle  bocune.  Main- 
tfiaaiit  il  ^t  tovjOiKs  en  roUfte,  et  l'on  prétend  qne  «sas 
vajilgfls  4*iiu0mnteirf  pas  JM^uconples  Tovennsde  6a  ttbi'' 
jesté. 

-*Soa  Aon?  demanda  vivement  Téteaager^ 

-*Soo  vrai  ncun?  ^  oe  l'ai  jamais  cenAU,  seuat,  ifépoaâît 
Je  cabareti^y  surpris  de  rinténrôt  que  manifestait  ^0Mdaia  la 
voyageur.  £1  Giiano  est  celui  qu'il  a  toujours  porté,  «ar  il  •ert 
de  lace  bobémiani^e,  et  voa  le  dit  -chef  d'4iuae  tribu.  s> 

Ces  paroles  étaient  à  j^eioe  |)rooioHcées  que  rétraxvger,  H^. 
raat  lui  à:u  4e.sa  pocbe,  le  jeta  ^ur  la  table.  Avant  qiie  ThÀta 
fàt  revenu  de  son  étoonemeoi,  il  sortait  4iu  Qaiof^  mooté  <^ar 
OBi  «cheval  noir  d'^uie  grande  vigueur. 

41  C  est  étsaajge!  dit  ]E1  Gardo  en  le  suivant  des  yeux^  il 
est  venu  4u  côté  4u  nord  ei  il  retourae  v^rs  :1e  nord.  Après 
tant,  «e  n'eot  pas  mon  afiaire  ;  c'est  vjx  djgae  bomine,  car  41 
paye  biea.  ^  -] 

la  wjf^gWT  suivait  la  même  direction  que  le-conteur  d# 


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136  TROIS  CHAPITRES 

tout  à  l'heure.  Malgré  Theure  d'avance  que  celui-ci  avait  sur 
lui,  il  aperçut  le  Gitane  au  moment  où  il  commençait  à  gravir 
la  montagne  que  traverse  la  route.  Après  dix  minutes  de  ga- 
lop forcé,  il  l'atteignit  enfin. 

«Vous  êtes  le  Gitano?»  demanda  brusquement  le  cavalier. 

Le  ton  et  la  manière  dont  cette  question  lui  était  adressée 
ne  rassura  guère  le  Bohémien. 

«  Je  réponds  à  ce  nom,  dit-il  d'une  voix  faible. 

—  Lâche  assassin  1  s'écria  l'étranger;  souviens -toi  de 
la  Morena  de  Malaga  et  prépare -toi  à  mourir,  car  nous 
sommes  seuls  sur  la  crête  de  la  montagne  et  je  suis  l'Empe* 
cinadol» 

Le  Gitano  trembla  comme  un  oiseau  devant  son  terrible 
ennemi;  mais  son  instinct  de  ruse  et  de  trahison  ne  l'aban- 
donna pas  dans  ce  moment  décisif.  Par  un  mouvement  rapide 
et  assuré,  passant  les  rênes  dans  sa  main  droite,  de  la  gau- 
che il  tira  un  couteau  de  sa  ceinture  et  en  porta  un  coup  vio- 
lent à  l'Empecinado  ;  mais  ce  dernier  se  tenait  sur  ses  gardes  : 
saisissant  la  main  du  Bohémien  dans  la  sienne,  il  la  serra 
avec  tant  de  force  que  les  doigts  s'ouvrirent  involontaire- 
ment; le  poignard  qu'ils  tenaient  tomba  à  terre;  à  l'instant 
les  épées  se  croisèrent  et  le  combat  commença. 

Quoique  le  Gitano  ne  fût  pas  un  homme  courageux,  il  sa- 
vait dans  l'occasion  cependant  montrer  de  l'audace  et  du 
sang-froid.  Forcé  de  se  défendre  dans  cette  circonstance,  il 
prouva  qu'il  n'était  pas  un  ennemi  à  mépriser.  Toutefois, 
pendant  qu'il  ne  songeait  qu'à  parer  les  coups  terribles  de 
l'Empecinado ,  et  à  épier  le  moment  de  les  lui  rendre  avec 
succès,  il  ne  sut  pas  se  garantir  d'une  antre  espèce  de  danger. 

Ce  point  de  la  route  était  le  plus  large  et  le  plus  uni  qu'il 
y  eAt  sur  le  côté  de  la  montagne  :  à  gauche ,  le  terrain  obli- 
quait graduellement  vers  une  hauteur  considérable ,  mais  i 
droite  il  y  avait  un  affreux  précipice  de  près  de  trois  cents 
pieds  de  profondeur  qui  dominait  une  riante  vallée.  L'Empe- 
cinado poussa  rapidement  son  adversaire  vers  cette  pente. 
Le  Bohémien,  sans  y  penser,  retint  les  rênes  et  fit  ainsi  re- 


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DE  LA  TIE   DE  MARTIN  DIEZ.  137 

Ciller  son  cheval.  Soudain  l'Empecinado  donne  de  l'éperon, 
et  s'élançant  sur  son  ennemi,  il  lui  porte  un  coup  violent  sur 
la  tête.  Celui-ci  pare  avec  peine,  et  en  ce  mom  le  pied  de 
son  cheval  commence  à  glisser  sur  la  crête  du  précipice.  Corn** 
prenant  alors  le  danger  qui  le  menace ,  le  Gitano ,  avec  une 
agilité  extraordinaire ,  saute  en  bondissant  de  sa  selle.  Au 
même  instant  le  malheureux  animal  roule  dans  le  gouffre,  et 
va  se  briser  contre  les  rochers  et  les  pierres  an  pied  de  la 
montagne. 

Hais  la  position  du  Bohémien  était  des  plus  critiques.  Lors- 
qu'il s'élança  à  terre ,  les  jambes  de  derrière  de  son  cheval 
avaient  déjà  dépassé  le  bord  de  la  pente ,  et  l'effort  qu'il  fit 
mk  dégageant  son  pied  des  étriers  ne  fut  pas  assez  puissant 
pour  le  jeter  sur  la  route  :  il  resta  donc  suspendu  sur  le  pré- 
cipice, dont  la  crête  arrondie  et  oblique  n'offirait  à  ses  pieda 
qu'un  point  d'appui  glissant.  Force  lui  fut  de  se  servir  de  ses 
mains  pour  saisir  quelques  rares  poignées  d'herbe  et  de  ga* 
zon  que  produisait  la  terre  du  rocher.  Ces  herbes  se  brisaient 
dans  ses  doigts  ;  il  en  prenait  d'autres ,  qui ,  après  l'avoir 
leurré  d'un  faux  espoir,  se  brisaient  à  leur  tour.  Le  misérable 
vit  bientôt  que  son  heure  venait  de  sonner. 

L'Empecinado  avait  rengainé  son  épée  ;  il  regardait  d'un 
air  sombre  le  Gitano,  dont  les  traits  contractés  par  l'horreur 
de  la  mort  avaient  pris  dans  son  agonie  une  expression  qui 
n'avait  plus  rien  d'humain. 

«  Miséricorde ,  sefior  1  s'écria-t--il  ;  grâce ,  grâce  1  et  puis- 
sent Dieu  et  les  saints  vous  assister  à  votre  dernière  heure  I  » 

Il  y  avait  quelque  chose  de  si  horrible  dans  l'accent  qui 
accompagnait  les  paroles  de  cet  homme  au  désespoir,  qui 
allait  mourir ,  que  l'Empecinado  dégagea  son  pied  droit  de 
Fétrier  et  fit  un  mouvement  comme  pour  descendre  de  cheval 
et  aller  secourir  son  ennemi.  Si  telle  fut  son  intention ,  elle 
arriva  trop  tard. 

«  Malédiction  Id  s'écria  le  Gitano  au  moment  où  la  dernière 
poignée  de  gazon  échappa  sous  ses  doigts  crispés  et  couverts 
de  sang. 


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VMmpemmàà^  écouta*  Au  amlieu  4u  .calme  ^esto  à!wèe 
4iâda.&oirée  4'^é,  .vu  bruit  aourd  vint  frs^per  «on  4u?eiUe  .al^ 
ieiAkte.  U  te r.cna  la  «tète  de  son  i)beY.al  vfics  Je  juoinI  et  «'éla^ 
jfiaa  Jeatfweiil. 

Le  matin  ja  deiatinatioA  .ÀUit  t'AadaleHftie  ;  ma»  il  n'axais 
l^his-diBjraisoBs  pouf  jpMtff uivre  «(N)  va«i^;;  il  awit  atteîiit 
fbon  Jbvyi»  .la  Mo]Be«(a4e  Malaga  était  mughe. 

ni. 


L'attda«e<de  rSo^pecMiado  eemptait  4tiiseBM«it  .le  nombce  4^ 
lues  teunemis^  la  «apidité  de  «es  moweaneat»  éqwfalait  â  «uaa 
jèUfuété  yéntable,;  on  pouvait  cpoire  f)arfeiB  ^41  y  aurait 
guntre  £mpeoiii«dk>s  ,au  tteu  «d'un,  aotàwfi  aussi  que  quatre 
tondes  diffàrautefi  lattaquaicat  le  même  jour  sous  «es  onlraa^ 
LtdB  Fi-auçaifi,  «après  Tavoir  vaiuement  poursuivi  ^pendant  wm 
imuée.,  se  décÂdèreiit  à  fiaire  an  deraier  effort  f^our  se  déha»- 
tasser  d'^Mi  ipartiaan  si  inoommode.  Desibalailloas  et  des -a»* 
cadf'Oas  furent  ^envoyés  simultaaémant  .coatro  lui  de.Soria,ii# 
la  Rioja ,  de  Vittocia  «t  d'auioes  liaux.  L'ËinpeiQiaaidto  -eoê^ 
ji^gea  «}OA¥«iiat)Ie  de  dispacattf e  ^fteadan^t  ^[ueLpie  tenqys::  il 
d^psFsa  sa  iroupe  par  dotacifeemients^de  Jj?ois  ou  qusilveiioa^ 
•  mes,  leur  oi^lonoaat  d'aller  ijolndoe  Msunafio  iFu^ntès  <dans^ 
province  de  Palencia,  et  lui-méipe,  a^ec  ^Hkq  Gompagaaas 
dévoués,  il  f>esta  eaobé  au «vifiage •d'Ootorio dd  P4aar^  pour 
j^liteadra  4'.ooGasioB  favoraJxle  dei-epriondre  l'offsnsive* 
;  iMalbe^ireuseuient  paur  itiy,  au  iboutd'uAe  semaine  ou  deux, 
p^e  oiaû^alié  lui  pesa  :  il  éprouKca  «m  vif  besoia  de  4iatrao^ 
^a.,  -at  se  souvenaai  ^u'ii  avait  £ait  autr.e£ois  ia  courÀ  la 
pûèûe  d'au  ^banaiae  d^  JBuiigo  de  Osma^  il  eut  ia  faAtaîai^ 
^'aller/TOudr^  une  visite  .i  la  demoiselle  eXà  Toocle.  LeAurgo 
de  Osma  n'avait  pas  alors  de  garnison  régulièius,  mais  le  jf^ffiR 
^àlaîtsi  reinpli  de  tjcoupes  fraoçaisesy  :(}u'il  ne.se  paisaitrguère 
de  jour  sana  gue  Ja  villie  £ùJl  iraversée  par  .uu  détachement 
D'ailleurs,  le  corrégidor  et  les  autres  autorités  esp^gaolf^ 


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DE  LA  VU  OC  JCAAXUr  DIEZ.  AM 

élaieaUles  afrancie&mia»»  ayant  j^içtt  ieuKs  JLitres  id<is  «Mmiii^ 
raDlâ.  Au&si  Jes  avaU-on  pcèveiMt  j>oar  xittUl»  .eiuseat  à^uoU 
ier  r£iiyieciiiad9^  ibI  à  le  .pDBodre  iiiort  .mi  rif.  Sa  itéto-ét^ 
nifieij[>m:  bref,  c'était  pour  liû  use  grande  ÂaipcudeaQe4f 
bttfifir  ses  «cinq  bonuiMw  àOnUirJD^  «t  4e  slanaUfinseuI,  ai|^ 
ion  chf9M49  aalufir  uoeanciaoBe  matoian 

il  i&taii  une  iieore  de  i^pràHOiidi,  JoEsqn'uit  «cM^er,  Jhi«| 
numlé  ai  hian  arm4  an  *co6tu4ne  4e  Qav)p«|goar4,  fiiais  j^yant 
jn  i^ett  Fair  4'jui  ^ontrahandiec^  antara  dans  ia  ville  duSiir|^ 
de  X)8iaa.  Au  moment  aà  il  jiafiftait  aouB  nn  ^eîl  asoeau  4(14 
Aersait  d'aaicée  «à  «oe  rne^  un  JiamBie  oottché  4aas  un  aagU 
delà  juuûUe  ae qred^essa 4out  à^ceiy)»  et  i'aocoiU  jpour inî 
dwH>mler  Ilaum&nei 
.   — -Xna  iMvwao,  a«ât>r,  j^^r  si  ampr  de  JDim» 

la  ca¥alierjata  iquel^ne  .menue  mooaaie  au/meadiant,  at 
|ii»v  ce  laiie,  ilaa  tourna  de  Aon  eôiè. 

-^  Santa  Virgên,!  ^  En^puinadol  s'éccia  le  mendiant,  fowaf 
xelevantiout^à  tait,  vint  ^nontrer  de  iplus  près  au  guerillara 
la  fignse  |iau  avenaïUe  d*nn  boiteux  surnommé  Nicolas  À 
Coco,  qu'il  avait  connu  autrefois  à  ia  poi^  dcl'églisedeCai^ 
irilie,  au  il  loi  avait  fait  Taumûne.  .Soupçonné  de  quelquai 
peiits  larcins  9  Nicahsal  Cooo  avait  depuis  Vij^bondédaQf 
kwisini^,  continuant, à  vi^re  aux  dépens  desikmes  cbaci^ 
iaUes.  H  y  avait  jub  mois  qu  M  sonblait  s-ètne  fixé  au  Sar^ 
d*Qsma.  LT.nyefinadotaefut  nullement  charmé  de  octteranr 
xumtre;;  mai&,  sans  soupçonner  aucune  tcahison,,  il  nuit  une 
pièce  d*or  dans  la  main  de  sa  vieille  tcannaissance.,  et  lai  dit^ 
a  Pas  un  met  >aur  moi,  Nicolas  I  Que  personne  ne  saclie  que  tu 
m'as  TU,  et  ai  jamais  iu  as  faim  et  soif  xdans  le  voisinage  4$ 
4BnB  bivouac,  ta  y  irou;vei:as  toi^ours  ta  pitanceu  ^>  ^^ 

.  ie  mendiant  .suivit  des  yeux  i'£iapecinado^  qui  conlinnf 
■0B4:l)eBnn.  . 

.  «  Toi^Qura  le  même.,  ;gramela-tt-il  :  toigours  la  main  prâbe 
iWttttvcir,  jtoii}Ours  un  mot.bonnôte  pour  îles  pauvres  gens»^ 
^•«ittiie  lui  plus  d'un  rco/ùe  lorsqu'il  n'était  4[ue  le  meilr 
JsBr  ngnenon  «et  le  plus  adroit  bûcheron  de  la  pnovince  d^ 


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lU)  TROIS  CHAPITRES 

Yalladolid.  Les  temps  ont  bien  changé  depuis,  et  l'or  parait 
être  aussi  abondant  aujourd'hui  dans  sa  bourse  que  les  quar-- 
108  autrefois.  Cela  doit  être,  après  tout  le  butin  qu'il  a  fait  sur 
les  Français.  On  dit  qu'il  leur  a  pris  des  chariots  remplis 
d'or,  de  bons  chevaux ,  de  beaux  habits  et  de  riches  armes. 
Ah  1  Nicolas  I  il  se  passera  du  temps  avant  que  ta  vieille  car- 
casse d'estropié  ait  sa  part  des  biens  de  ce  monde.  Et  ce- 
pendant ,  il  y  aurait  un  moyen ,  continua-t-il  en  changeant 
de  ton  dans  son  monologue ,  comme  frappé  d'une  pensée 
soudaine...  il  y  aurait  un  moyen...  Mais  non,  ce  serait  une 
trahison ,  quand  je  tiens  encore  son  or  tout  chaud  dans  la 
main. . .  Cependant  la  somme  est. .  .d  Le  mendiant  n'acheva  pas» 
comme  si  ses  propres  paroles  lui  faisaient  peur  à  lui-même. 

Sur  le  soir,  plusieurs  habitants  del  Burgo  d'Osma  remar- 
quèrent Nicolas  el  Coco  honteusement  accroupi  contre  un 
mur  voisin  de  la  maison  du  corrégidor  :  quelques-uns  lui  je^ 
tërent  leur  aumône  en  l'invitant  à  aller  chercher  un  meilleur 
gîte  pour  la  nuit  ;  Nicolas  ne  profita  ni  de  ces  bons  avis  ni  de 
ces  aumônes,  laissant  sur  le  pavé  les  maravédis  tombés  à  ses 
pieds.  Enfin,  lorsque  l'horloge  sonna  onze  heures,  le  men- 
diant tressaillit ,  se  leva  brusquement ,  et  alla  saisir  d'une 
main  frémissante  le  marteau  du  corrégidor  :  il  frappa  plu- 
sieurs coups  avec  les  mouvements  d'un  homme  qui  se  hâte 
de  triompher  d'un  remords.  Le  domestique  qui  vint  ouvrir 
recula  d'abord  en  se  trouvant  à  cette  heure  en  présence  de 
cette  figure  hideuse  ;  mais  après  quelques  mots  échangés  entre 
eux,  Nicolas  fut  introduit. 

Pendant  ce  temps-là,  l'Empecinado  avait  été  joyeusement 
accueilli  par  le  bon  chanoine  et  sa  nièce ,  non  toutefois  sans 
subir  leurs  reproches  sur  son  imprudence  à  venir  hasarder 
sa  tète  dans  la  gueule  du  lion.  Notre  hardi  guérillero  ne  fai- 
sait que  rire  de  leurs  craintes,  et  par  sa  bonne  humeur.il 
avait  fini  par  leur  fme  partager  sa  sécurité.  Il  fut  même  con- 
venu qu'il  resterait  leur  hôte  tout  le  lendemain,  et  ne  parti- 
rait qu'à  la  brune.  Le  souper  se  prolongea  jusqu'à  dix  heures, 
et  alors  Martin  Diez  alla  s'étendre  dans  un  bon  lit,  où  il  s'en-» 


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DE  LA  TIB  DE  MABTIN  BIEZ.  141 

dormit  bientôt  d*un  sommeil  profond,  si  profond  même,  grâce 
h  fatigae ,  qu'il  n'entendit  pas  à  minait  qu'on  frappait  à  la 
porte,  lui  qui,  au  bivouac  ou  sur  une  paillasse,  se  réveillait 
au  seul  bruit  de  la  détente  d'un  mousquet  ou  du  cliquetis 
d'un  éperon.  Le  chanoine,  plus  vigilant,  mit  la  tète  à  la  fe- 
iiètre,  et  apercevant  au  seuil  de  sa  porte  un  groupe  assez 
nombreux,  il  se  douta,  sans  distinguer  personne,  que  cette 
visite  nocturne  menaçait  Diez  de  quelque  danger  :  il  se  glissa 
i  la  hâte  dans  une  vieille  soutane,  et  courut  pour  avertir  son 
bote;  malheureusement,  un  domestique  était  allé  déjà  à  la 
porte  pour  demander  qui  était  là. 

—  Genudepaz,  répondit-on.  Et  le  domestique,  reconnais- 
sant la  voix  du  corrégidor,  ouvrit  à  ce  fonctionnaire,  qui  entra 
suivi  de  deux  autres  magistrats  subalternes  et  d'une  vingtaine 
d'alguazils.  Le  corrégidor  fit  poser  deux  sentinelles  à  la  porte, 
et  monta  l'escalier.  Il  se  rencontra  justement,  dans  le  corridor 
de  l'étage  supérieur,  face  à  foce  avec  le  chanoine,  que  Tàge 
et  l'embonpoint  ne  rendaient  pas  très-^le. 

«  Seigneur  chanoine,  lui  dit-il  avec  un  sourire  sardonique, 
nous  voos  remercions  d'avoir  bien  voulu  garder  jusqu'à  la 
nuit  un  voleur  et  un  traître  que  nous  n'aurions  pu  arrêter  de 
jour  sans  causer  beaucoup  de  bruit  et  de  scandale.  Allons , 
ayez  la  bonté  de  nous  précéder  jusqu'à  sa  chambre  ;  »  et  ce  di- 
sant, il  poussa  devant  lui  le  pauvre  chanoine  stupéfait. 

Martin  Diez  dormait  encore.  Son  sabre  et  .ses  pistolets 
étaient  sur  la  chaise  près  de  son  lit  :  un  alguazil  s'en  empara 
prudenunent,  et  néanmoins,  telle  était  la  terreur  qu'inspi- 
raient la  vigueur  et  le  courage  du  fameux  guérillero ,  que  le 
corrégidor  tremblait  encore  en  posant  la  main  sur  cet  homme 
qui  allait  se  réveiller  nu  et  sans  armes  au  milieu  de  vingt  en» 
nemis.  Martin  Diez  crut  Caire  un  rêve  lorsqu'en  se  dressant 
sur  son  séant  il  vit  quel  cortège  remplissait  la  chambre. 

«  Au  nom  du  roi,  Martin  Diez,  vous  êtes  mon  prisonnier, 
lui  dit  le  corrégidor. 

—  Au  nom  de  quel  roi?  répondit  l'Empecinado  :  je  n'en 
connais  pas  aujourd'hui  en  Espagne.  »  Ce  n'était  qu'une  pro- 


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Mit  mMl^  CBKPITflESf 

dMtationt  du  pstriotîeMe  y  car  1  VmpecnMRlb*  avait  eoiiipri^Umt 

;d'iÉMi0d«  qfue  h»  lésistane»  étaM  ikiotife. 

/  <K(Alioii»,  lefWff^-'mm,  MÉitfit  Bfev,  dit*  k^  eofrégHfenr; 

:tt«S'  sfamm»  p»  h^  ftemp^^de  stMil^mir  «ree^voas  une*  Wkésm 

-pAiAcfae, 

'    •—  Vili  atfttaaaesaé»  t  ^'écria  Bim,  t^u»  arae  raîaoïf  avjmDE^ 

:41i«iv.  J^  vm9  nHBsi  dame  en>  sii«n«e  ;'  maïs  on  jovr  Id  6o«nfe 

naameitir'ù»m^BT9s,etfsv  ^mù»  èfSm  aloiv  ré^reilK^  fonrne-  mm 

'"fln  milÉRK  dft*  ho  nuit,  E^agnof  incfigire ,  fiwfe  ne*  niaiHjheroiL 

duisez.  D 

•  i^oonégidDP  iicr  itt  aueane  oivs^rvaden*,  ^estfmmt  heu- 
nonne  éa^  trouver' Harlàii  l^îes  sr  Tésîgifé.  Celtiv-ei  sfliabflla',  et 
SB  plaça  de  Iuî-iiiènfe«aa  milfem  des^  afg^senls^»  aprè9  ayciîir  tSA 
.fw  boii>  ehanome  on-  sahif  qui  signifiiût  rCe*  n'est  pss^  voir 

c    Vendaae  que'  tmt  oeev  se  paesaiît  chez  FBoimAe  eorMSsiasfr- 
que,  un  certain-  mwBbre  âf&  perseimes^  s'étaient  rassemblées 
rdan»  las  TOes,  attir-ées  d^éjà*  par  fe  broîl  d^nne*  arrestalibn  im- 
rportante  ;  c'étaient  pvescpie  tSM»de8  artisans  et  d^^jovma- 
ciietS)  citose  plus  fidèle  à  l'Kspapre*  que  b- classe  élevée,  qni 
c^étailf  généralement  prononeée  penrles^  TVairçaîs  aflfi'  de  ga* 
-rantir  se»  prepriiétés.  Dan»  ce  raesembfcment  éteiiV  aassî'  TSR- 
colaS'Blt  eoee^;  cehiî^  se"  gardait  bien  de  répondre  aux  que»- 
:lionr  qu'échangeaient  enfre  emr  tous-  ce»  hommes*  qtrr  t^no- 
iMient  ençoi^  quel'  personnage  avait  motivé*  ce  déiploroment 
"ér  tbults  I^  ftyrces  diffponîMes^d^  Fii  polfee.  Il  notait  inqutiet 
qne»  de  te  manière*  d^iit  iT  réefameraîf  leprirt  de  se  détran- 
«Mion.  N>fantf  pu  iiMJRqner  dknsqndfe'  demeure  Pffimpeci* 
'iKidb*  s'était  rendn,  i(  avait  survî  le  corrégidbrpar  èè  pa»,  nmts 
.  tl^n'éClnt  pas  entMl  eKez  le  cKanome,  n'osant  pas  braver  lè  re- 
gard' de  Fhomme  trahr  par  M.  ■  (Hssonna  quand  Hartïn 
tWes  dteseendit  dansla-rue,  et  cpi'Fsteban  Ueboncher;  en  le 
reconnaissant,  dit  aux  autres  :  C'est  rEmpmnaid! Ace  nom, 
î  ttmnvBitmttve  se*  fit  entendre  diins  le  rassemblement,  et  If  cor- 
'  fégidov  piarml.  craî»Are  qu'o»  ne  eherehéft  à  délivrer  son  pri- 


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DE  LA«  m  M?  mjixfm  diez.  M 

sonnier,  car  il  pressa  le  pas,  et  les  alguazils  marchaient  aussi 
avec  une  hâte  qui  indiquait  la  m^me  inquiétude  ;  mais  ni  Es- 
teban  le  boucher,  ni  BlaB  le  mercier,  ni  aucun  de  ceux  qui 
étaient  là,  ne  bougèrent,  trop  saisis  par  la  surprise  pour  tenter 
I»  coup  tatfdi  r  anqwil  îb  m  s^étaiena  pt»  frépmi».  Mai»  Ës- 
teban  remarquable  pffmiiev  qne  KicoiaffBI  Coeo,  «pvès  s^AM 
«bè  hoalessemnill  derrière  htit»  se^prAciyitei  ffonâ  à  tmupi  la 
sttile  ésB  aigdasibi  Eststtan  M  deim  pas  en< avant;  sa  targi 
■an  aivètai  par  If  épaule  le  meadiaiit  bofteas.  GeliàîHsv  w  r^ 
Inrw  terrer  ^iimn^dtias  les  joiordo  boudtcrle^soitpçra 
ipÉVaplEiiti  tmim  aasoiRH  l  »'éeria^l^  ao'geooan,  sdlor  eoorè- 
(pdoT.^Maôr  la  maiir  dfSstebn  Veufl  bieniAtr  sain  ài  ht  govgB  : 
cKateikle^  lui  dit4i^  en  étoaiEnili  awaié^.  e'afll.dime  mil  ^p^ 
49  neadurEanfecioado  l  » 

fiei»  01»  arot»  lanfteme»  fîmnt  approchiasv  etileair  biMr 
ttoitra  la  face  hidease  du»  mencUaiat  boaleTeisée'  par  omb 
honftle  terrew.  <i  Cesttoi  qui  a8vaMhi>rEiiip€ttiBari»  iMé^rftta 
le  btiKher  son  làcheB  sa  Tictîma,  mais  eni  loîi  loiasant  ( 
ie-  settOe  pour  vépoadhe; 

e  Ifaa,  MiiHV  ^aiai  ai'eat  pas  ;  p'ig|u>raÎB  oAiit  étaiH. 

-^Àhl  ta  tas»  eaeore  nier  !  dii  Esteban  enr  sevrant  dto^ 
veaa  le  mendianti  à  lai  gerg^  de*  namèm  à  linr  faim  fendse  d|i 
mf  pu  labottéhe;  ^^  Hienteur,  c'eittjoi. 

—  Pardon y  pardon,  dit  enfin  le  misérable ,.  espAmiftaii 
ÈtoinB  obtenia  la  pitié  dku  bouefter  *r  pfifà»ut^.mmféad*f.  <)'est 
vail 

-^  Une*  cordel.  aae  cbrde  l  deannda  Bitefaanv  »  et  îk  baii  an 
ht  appotté  deiiK  ou.  taote«. .. 

Lejom irefws.Ie^paenier  ebyei qm.frapp»  loi  tnedar eané- 
«îdor,  lefaq/ei'ilr  se  mU  àf  la>  fenéfire,  fut  Ir  eoaper  dr  Nimrihs 
JilIGoco  pendhiàiHOiariire  devant  aa<peirtei  Uaefpanaaiaa  ie 
popiev  attachée  aneo-  une^  épin^  sur  sa  poitrinv  éarit  IteiiHe 
du  sang  qui  avait  coulé  de  sa  botehe*^  naisF  eeisang:  net  poii- 
^teaipèebër  le  aiagitltBÂt  afrancesiaiD  drliae  l/insenitiion 
suivante  : 


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Hk  TROIS  CHAPITRES 

LOS  YBNDBDORBS  DSL  EHPBaNADO  : 
NUMERO  UNO, 
YBN6ANZA  (1)  I 

Le  corrégidor  ne  put  retenir  un  mouvement  d'effroi  et  se 
détourna  de  la  fenêtre  en  rêvant  au  numéro  2. 
/  Cette  démonstration  hardie  et  significative  dont  les  auteurs 
se  gardèrent  fidèlement  le  secret  alarma  les  fonctionnaires  de 
Burgo  de  Osma,  et  leur  premier  soin  fut  d'envoyer  au  village 
de  San-Esteban  de  Gormaz,  où  il  y  avait  trois  cents  hommes 
d'infianterie  française,  pour  demander  une  garde  destinée  à 
protéger  la  prison.  Ces  troupes  marchèrent  au  complet,  puis 
d'autres  furent  expédiées  pour  les  appuyer,  et  telle  était  Tîm- 
portance  de  la  capture  qu'il  y  eut  bientôt  jusqu'à  trois  mille 
hommes  dans  la  ville.  On  pensait  que  l'intention  des  vain- 
queurs était  de  faire  passer  l'Empecinado  à  un  conseil  de 
guerre  ;  mais  il  avait  été  arrêté  par  les  autorités  civiles  et  Ton 
jugea  plus  politique  de  le  foire  juger  par  un  tribunal  civil  qui 
le  condamnerait  comme  bandit  et  voleur;  la  procédure  serait 
plus  longue,  mais  elle  frapperait  davantage  les  imaginations,  et 
c'était  un  coup  départi  d'enlever  au  courageux  et  populaire 
guérillero  une  partie  du  prestige  qui  s'attachait  à  ses  prouesses. 
Le  corrégidor  reçut  donc  l'ordre  de  tout  préparer  pour  le  ju- 
gement du  prévenu. 

Quelques  jours  s'étaient  écoulés  depuis  l'incarcération  de 
l'Empecinado;  il  était  un  matin  étendu  sur  sa  paillasse,  réflé- 
chissant à  sa  position,  qui  devait  lui  paraître  désespérée. 
Aucun  ami  n'avait  pu  parvenir  juqu'à  lui ,  il  pouvait  très-bien 
se  croire  abandonné  de  Dieu  et  des  hommes;  mais  il  était 
dans  son  caractère  de  ne  jamais  se  désespérer,  comme  il  le 
prouva  bien  quinze  ans  plus  tard  lorsque  conduit  au  supplice 
il  osa  tenter,  nu  et  sans  armes,  l'évasion  la  plus  hardie  qu'ait 
Jainais  tentée  un  condamné. 

Quant  au  moment  présent,  il  méditait  sans  doute  quelque 

(1)  Les  traîtres  qui  ont  vendu  l'Empecinado  :  numéro  1,  Teogeance  ! 

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DE  LA  VIE  DE  BIAETIN  DIEZ.  It^S 

entreprise  digne  de  son  audace,  lorsqu'il  entendit  prononcer 
son  nom  très-distinctement,  quoique  avec  l'intonation  con- 
tenue de  la  prudence,  et  levant  les  yeux  vers  le  seul  endroit 
d'oa  pouvait  provenir  un  son ,  il  vit  une  tète  d'homme  à  la 
petite  ouverture  grillée  de  sa  porte. 

«Martin  Diez,  ne  me  reconnais-tu  pas?  »  dit  la  voix. 

L'Empecinado  se  leva,  et  s'approchant  reconnut  les  traits 
d'an  cordonnier  nommé  Cambea,  natif  d'Aranda  et  qui  avait 
servi  avec  lui  dans  la  guerre  de  1792.  Logé  dans  la  prison 
pour  quelque  peccadille,  il  pouvait  aller  et  venir  tout  le  jour 
dans  la  cour  et  les  corridors;  il  pouvait  même  exercer  son 
état  avec  la  pennissisn  du  geôlier  en  chef  ou  alcayde.  Il  avait 
guetté  le  moment  fovorable  pour  venir  visiter  son  ancien  ca- 
marade et  lui  offrir  les  moyens  de  feciliter  son  évasion.  Après 
quelques  mots  échangés  rapidement  entre  eux,  Cambea  se 
retira  prudemment;  mais  il  revint  le  soir  avec  un  morceau 
de  cire  et  prit  l'empreinte  de  la  serrure  du  cachot  pour  se 
faire  &ire  une  clef  par  un  ami  qu'il  avait  en  ville  et  qui  était 
serrurier  de  son  métier. 

Be  deux  jours  l'Empecinado  ne  le  revit  plus.  II  commen- 
çait à  croire  que  leur  intelligence  avait  été  découverte  et  que 
Cambea  avait  été  condamné  à  une  réclusion  plus  étroite,  lors- 
qae  la  porte  du  cachot  s'ouvrit  doucement  et  son  ami  le  cor- 
donnier entra  une  clef  à  la  main ,  la  face  radieuse.  Les  deux 
prisonniers  eurent  bientôt  fait  leur  plan ,  et  il  fut  convenu 
qu'ils  en  essayeraient  l'exécution  le  dimanche  suivant,  pen- 
dant la  célébration  de  la  messe. 

Le  jour  fixé  arriva  :  à  dix  heures  du  matin,  la  femme  et  la 
fille  du  geôlier,  leur  domestique  et  le  tourne-clefs  étant  allés  à 
l'église,  il  ne  restait  plus  dans  la  prison  que  les  prisonniers 
et  le  geôlier  en  chef,  qui  fut  adroitement  enfermé  dans  son 
appartement.  Sans  perdre  une  minute  et  observant  le  plus 
e^and  silence,  Cambea  se  rendit  au  cachot  de  Martin  Diez, 
Tanna  d'un  tranchet  à  son  usage,  le  chargea  sur  ses  épaules 
et  le  porta  ainsi  à  la  porte  du  geôlier. 

Celui-ci  n'était  pas  seul  ;  avec  lui  était  l'homme  de  loi  aiT- 

5*  SÉRIE.— TOME  XI.  10 


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1U  mots-  cBAPivBEa 

^pilétoH  oMifiéd  laipnMédure  dto'jug^aiaiit  d^Hastifi  Dm» 
eA  oeadtittx.  hnamê^étûmù,  toanfwîllgmont*airi8  autMvid'i 
mille  kraieillft  de  Xérèa^.  qu'ils  vMatfMfc  en  s'enltfei 
peai^étiwr^ia.flentenca  etide  reKéQKtiMF.dtt-ftiBic«ft  |f*ia«ft* 
nier.  Tout  à  coup  on  frap|ie  à  la  p^rte*:  Àdikuâêi  ecie  V^ 
eayde,  et  C^amtea  se  ppésaoli»  : 

«  Seigiwucalca^'de,  di(-il,  lecerrégidor  estàlafierUyde  la 
ypi8on<et  déaire  vous  parler.  ))L'akayde.s6.1ève<âMr6e  eoipreie^ 
fliyeat  et  va  pouE  recevoir  le  premier  mag^trat  de  la  vittes; 
mais^à  peine  a-^il  franchiila  j^te  derrière  laquelle  l'Ei^ 
cûaado  était  cadié^  qi^e  celui-ci  £aiiua.boad,  ^eiq^'ileùien^ 
core  les  fers  aux..pied8^  le  saisit  d'uae  majsk  par  les  chevevx 
.et  de  Fauire  lui  serre  la  gorgf).  Au  même  moment,  Canbea  se 
jetait  sur  le  légiste  et  Tenveloppait  de  son  manteau  comaie 
un  paquet;  il  le  porte  au  cachot  de  Martin  Diez  où  il  Ten^ 
ferme  ;  puis  revenant  au  secours  de  Diez,  il  l'aide  à-  garrotter 
les  mains  de  l'alcayde  et  à  le  Milionner  pour  aller  le  déposer 
aussi  au  même  lieu  de  sèreté  que  le  légiste.  Cela  Sait,  il  s'a^ 
gissait  de  délivrer  TEmpecinado  de  ses  Cer«,  ce'cpii  devint 
assez  facile  avec  les  instruments  trouvés  dans  la  chambre- du 
geôlier. 

Mais  le  plus  difficile  ou  le  plus  dangereux,  restait  à  £aiire  : 
ce  n'était  pas  tout  que  d'ètrc'los  maitrcs  des  clefs  dela>  pvi* 
son^  il  fallait  en  sortant  traverser  un  corps  de.  garde  de 
factionnaires'  français.  Cambea  et  Martin  Diez  a;vaieiit 
songé  à  ce  dernier  acte  de. leur  petit  drame.  Le  cordonnier 
mit  bravement  sur  sa  tète  le  chapeau  à  trois  cornes  de 
L'homme  de  loi  et  son  manteau  susrses  épaules  ;.le  hardi  gpe- 
lillevo  se  coifiEn  et  se  drapa  de  même  nvec  le  chapyean  et  le 
manteau  de  l'alcayde.  Ainsi  accoutrés,  ils.  eurent  le  hoo» 
heur  de  s'éloigper  sans  ôtre  reconnus,,  sans  mène,  qu'ott 
fit  beaucoup  attention  à.eux^.et  ik  étaient .déj^  prés  de  la 
porte  de  hi>  ville»  lorsqu'il»  aperçurent  un'dragyAnrd'or.doa^ 
nance  qui  gardait  deux  chevaux.sellisietibridés,,attcadaatj; 
selon  toute  apparence,  q^velque  officier  qpi  allait,  faire  «ne 
proG&enade.  Getterue  était.  d'aiUeuca  solitaice  oomme.tontes 


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[de  la  vie  de  MARTIN  DIEZ.  12^7 

lesautres/vu  l'heure  de  la  messe.  LTmpecinado,  fouillant  une 
des  poches  de  son  maotenilteimrapÉ,  y  avait  trouvé  une  ta- 
batière pleine  de  ce  tabac  si  fin  qu'on  appelle  en  Espagne 
\mearnado  de  los  frayles.  II  en  vida  tout  le  contenu  dans  une 
main,  et  marchant  droit  an  si^Mâl,  lui  demanda  la  demeure 
deTofficier  commandant.  Tandis  que  le  soldat  lui  répondait, 
Martin  Diez  lui  jeta  tout  le  tabac  dans  les  yeux,  puis  lui  as- 
séna un  coup  de  poing  si  vigoureux  qu'il  le  renversa  par  terre 
étourdi  et  aveuglé.  Alors  lui  Atant  son  sabre,  il  s'élança  sur 
la  selle  de  l'officier,  et  Cambea  prenant  pour  lui  le  cheval  du 
dragon,  ils  partirent  ensemMèr  av  galop. 

n  y  avait  à  peine  cinq  minutes  qu'ils  étaient  hors  de  la 
ville,  lorsqu'ils  entendbent  battre  les  «tambours  et  sonner  les 
trompettes.  Ils  virent  même  derrière  eux  un  nuage  de  pous- 
sière; on  les  poursuivait;  mais  ils  étaient  bien  montés.  Us 
gagnèrent  les  montagnes  :  trois  jours  après,  l'Empecinado 
avait  rejoint  Mariano  Fuentès,  et  se  trouvait  encore  à  la  tète 
de  sa  guérilla. 

[l/la(hjcood'$  Edinburgh  Magazine.) 


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£Simtiianits. 


ROMANS. 


LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT  (1). 


CHAPITRE  PREMIER. 

Les  biographes  aiment  assez  à  attribuer  aux  qualités  de 
leurs  héros  des  origines  héroïques.  Puisque  c'est  ma  destinée 
d'écrire  moi-même  ma  propre  histoire,  je  veux  la  raconter  à 
ma  manière,  et  je  suis  libre  d'avouer  que  le  trait  distinctif  de 
mon  caractère  provient  du  premier  coup  d'œil  que  je  pus 
donner  à  ma  personne  dans  la  psyché  du  boudoir  de  ma  mère  : 
je  n'avais  qu'un  an  lorsque  je  me  vis,  et  je  devins  un  fat  pour 
le  reste  de  mes  jours.  On  me  permettra  bien  d'ajouter  que 
j'étais  un  joli  enfant.  J'avais  anm  mes  petits  caprices  et  mes 
moment  d'humeur  :  heureusement  on  découvrit  bientôt  com- 
bien 'je  me  plaisais  à  moi-même,  et  quand  mes  cris  ou  mes 
pleurs  importunaient  ma  mère  :  «  Nourrice,  disait-elle  pour 
m'apaiser,  mettez-le  devant  la  glace,  le  pauvre  enfant  1  )» 

Admis  de  bonne  heure  dans  le  sanctuaire  de  la  toUette, 
mes  premiers  joujoux  furent  les  fleurs,  les  bijoux  et  tous  les 
riches  colifichets  d'une  lady  à  la  mode.  Telle  était  lady  Or- 
mington.  Je  dois  dire  que  j'étais  le  premier  de  ses  enfants 
qui  obtint  ce  privilège,  partagé  d'ailleurs  avec  quelques  co- 
lonels des  gardes  et  de  jeunes  membres  du  parlement.  J'avais 

(1)  Note  du  dibectbur.  Cet  article,  comme  les  autres  de  la  ReTue,  ne 
pourra  être  reproduit  sans  l'autorisation  expresse  de  la  direction. 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  B'Ulf  FAT.  U9 

cependant  an  frère  et  une  sœar;  un  frère  mon  atné,  destiné  à 
bériter  des  titres  de  la  feunille;  une  sœur  qui  avait  les  mêmes 
droits  à  l'attention  de  sa  mère  ;  mais  l'honorable  (1)  John 
Danby  louchait,  Thonorable  Julia  avait  des  cheveux  rouges, 
et  lady  Ormington  était  aussi  honteuse  de  ces  deux  enfonts, 
que  s'ils  lui  eussent  été  envoyés  de  l'hospice  des  enfants 
trouvés. 

Depuis  le  jour  de  ma  naissance,  au  contraire,  les  nourrices, 
les  bonnes,  les  JFemmes  de  chambre,  etc.,  furent  unanimes 
i  déclarer  que  j'étais  l'image  vivante  de  ma  belle  maman,  et 
comme  ma  belle  maman  était  la  fille  d'un  gentilhomme  de 
province,  n'ayant  eu  pour  toute  dot  que  sa  beauté,  elle  pou- 
vait bien  être  excusable  de  montrer  quelque  partialité  ma- 
ternelle pour  son  portrait  en  miniature. 

La  vocation  instinctive  de  ma  mère  était  la  toilette;  elle 
semblait  croire  qu'elle  ne  pouvait  trop  donner  de  soins  au 
culte  de  ces  charmes  qui  lui  avaient  valu  le  cœur  ou  pIutAt 
la  main  d'un  lord.  A  force  de  tourmenter  son  imagination 
pour  inventer  des  ornements  nouveaux  à  l'usage  de  l'objet 
exclusif  de  son  culte ,  elle  eut  l'honneur  d'en  mettre  plu- 
sieurs à  la  mode  :  tel  fut  le  pou^  Ormington,  qui  eut  la  vo- 
gue pendant  un  mois.  Si  les  Ànnuaîs  et  les  Keepiokes  eussent 
akro  existé,  elle  y  eût  figuré  comme  la  plus  délicieuse  vi- 
gnette du  volume  :  mais  son  portrait  peint  parCosway,  gravé 
par  Bartolozzi,  a  excité  l'admiration  aux  vitres  d'étalage  de 
tons  les  marchands  d'estampes. 

le  dirai  peu  de  choses  de  mon  noble  père,  lord  Op- 
nington  ;  car,  personnage  influent  à  la  chambre  des  pairs, 
il  était  i  peine  question  de  lui  dans  le  boudoir  où  je  passai 
ma  première  enfance.  Plus  tard  je  dus  l'accuser  seul  de  mon 
^1,  lorsque  je  fus  envoyé  au  pensionnat  de  Cheswick,  véri- 
table purgatoire  où,  comme  dans  un  hôpital  de  fous,  on  com- 

1)  NoTB  DU  DniBCTBOE.  L«  fils  et  filles  de  pairs  n'ont  droit  qu'au  titre 
^honorahU,  et  ne  peuvent  être,  même  par  courtoisie,  qualifiés  de  lord  ou 
^  lady,  à  moins  que  le  pair  ne  soit  aussi  duc,  marquis  ou  comte. 


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«Dttita  parine «Miper «âsgraeien  ^eyeiixbliMids pour «e 

iivvétir  ensttiie  d'an  affreux  uuifoniie.  Odieia  «ouveoir  Zijis 

,viesefaisfoit,pettf -àraoÎHnteie  si  j'avais  tu^aon  apparUkm 

daas  la ,  psyché  de  19a  mère.  Quelle  iriaie  eûgteace  ,fot  ki 

iBÎeAQe  jusqu'à  ce  qu'on  ■  me  tmaslévàt  au  collège  d'Eton  IMûs 

liai  encore  Je  ne  fosrguère  noÎAs  à  plaindre.  Lacly  Onningtea 

avait  vainement  protesté;  elle  protesta  encore  lorsque  je. ^ 

Mpaatriculé  ^à  Toinvecsité  d'Ckfonl  :  une  «éducation  lunhrer- 

tiaîpeéiait  bonne  ponr  nionffrèiealjié  ;.nms,7C[uVivais;ieibfSMi 

fdu^grecet  dalatiA.ponrètre  nn  jouTxOfiîcier/^iux^gaTd^?  .Vov- 

r4raÂiTi>n  àîre  de  niai,:.par haaard,  an  miniatrei de) paroisse  7^. 

.Se.voir  la  mère  d'un, prédicateur  babillé  de,noirret«4Qf)aai,liB 

. dfott«  de.  débiter  en  chaireuu^sennon.nasiUard  «ur  lesvnniAéa 

du  siècle  1 . . .  quelle  horreqr  pour .  Ia4y  Ormingtoa  l  CeUe  -îdé^ 

*$m\e  lui  cansa  un^vanottissementcont^eilequAl  îli&Uat  em- 

iplqyer  tous lessels  deMn:bondoir..On'Con)p«9ndqn'eUe«ii0 

4t.pas  «ne-aenlefois  le  voyage  dfOxfi^rdponr  venir  ^y  voir^^sM 

(infortuné  fils  Cecil  :  il. est  .vrai  gu'alle  y  avait  kîsié  .peii4* 

!dmt  quatre. ans  )alin».nion  .frère  atné,  crokre .péniblemnat 

jm -seience-et  en  sagesse,  et  «que  «a  sonvr  Julie, était  égaln- 

.jnenl  oubliée  dans  ]a.penston  où  eUeespéiait  qu'avec  le  fw^pa 

Mfiifibeveox  rooges^passeraient  à  la  nuance  blonde. 

'Fortder^antîpathiedenanière.pouple  régime  univevsUatfc^ 
leaus  abréger  nion.sé|our.>sur  les. bords  de  rrlsis,  la  claaaifpie 
/ffivière  d'Oxford^enne  foisanten^pulaerau  bouidetlawsecondrs 
année*  Je  rentrai  sous  le  toit  .paternel  presque  «triomphiUt 
dei  cette  diatinctian  négative.  Afa  mère,  en  effdl,  merefat  à 
merveîUe  en.ve^ittnt  sa  miniature  devenue  un  ohaïuiantrAiEleMB 
*davingtaAs;<maiS'moivpèfeiie  vit  pas  duwmèmeœileetîumn 
étourdi  qni^  entperdant>ses>  titra»  schdaire»,ryrdait7en  wOip 
.temps  un  .bé*éfi<9e  «eeolésiaatiqne  réservé  (depuis  des^sià^lea 
an  frère  eadet  deik*fiunille»<at  qpiirue  valait  jpas  tmeîns  id» 
2,000  £  (25,000  fr.)  par  année,  outre  la  perspective  de  con- 
duire un  jour  le  titulaire  sur  le  banc  des  évèques  à  la  cham- 
bre des  lords,  tl  ne  daigna, plus  s'occi^perde  mon  sod 
lui-même  et  m'adressa  à  ses  hommas  d'ai&ire^»  MM.  .lian- 


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seret^SiHitdi,  HamemniK  énm  ce  qnaftî^rtrès-pea  «mf^ 

flK'WMI,  de  ine  Taîi t 'ConiHrttre  ^aon  tihhifafdiin.  '9e  làe  ptn 
itfVwpéehgr^fte'  tf  wiiMw  'ini  pe«i  tte»eé(te  'meMce^-etwe  'voo- 
kttt  fms  Tc^r  |»kis  tonglstiips  >mi  ^Mispeiis,  J'iliai  le  jour 
mtmt  «iierdicT'Via  '•eAtence  t^lvec»  c«b  liomiéteB  ipr<H«i«im. 

Vii'dvrc  «a'UR'iaquaÎB,  «ces  4eoK>oréfftiimc«e  feseemMeitl 
dns  (es  QiitMB#e  fa*  ciHeAiie  (nan^vehii-^,  jê'cre'fs,  *evniiH 
Ut),  "are  Nen'de^^mliltfoànreéMis'I^éiliide,  nne  prm«cle  pmeer 
dtnie^OB^  pfcnnier^élaçe':  leaHBm!'«es'geii94à  Aseilt 
appeler  salon  une  grande  pîjiee  prrafne  «aiiMi  «œ  'ifi%in» 
enage.le  jetâUABtttoorde'inoi'wi-Tegntl  amtz'iiiMaigiieiny 
lonqie'j^qpepv»  ^%  ine  '(Élble'prèB'de  Jla^fAienmiée'^n'élait 
Si«H»4^Bi^l)iHK')«Bne<éuierMail'«eflî9e  et1millRit...4to* 
■at^qve  e'éMt  'la  meMé  i*mn*  éee  tmamiioum  <4e  mm  ouiblB 
iHne,  je  flevairtrap  m  Tnsprmma*  deoMD  ttfikâimVritoit  fm 
MieéaaxîfMsyteiinpcrtiiMate'ettmm...  naMa^jeinedaflB 
tana'IaJfete,  «tjeiiiie'«eiiliS'di^iotéià»ètmBaiiioiM«C^^ 
oi  «TOjwt  'la  'figure  la-  pl«apoétix|Be  du  »oiiéa.><^aIa '7«iua 
9MbciieY«Kl  qMHe.|NMal  «tifin  qade  rttsBiwe^tbmailK 
aMpiirilél<ipMl'OhasMelle;ioaf«»eveft*qnHBllÎ9KM 
<l*ètre  écrasée  par  mon  affiad)ilité  protectrice ,  par  WwoeÉl 
div«fc  awcikqHl  fe  Iniidia::  «  Qwg—iil— p  ■■■■wrtanwiaitte 
■e!te'déniB||;Bf)aa,D<e'fat«elle.i|n  m'iinrilia^enan^dîaant': 
t liUwjuiincimi,  BWMCTt,  i»A'ptttJ|iiABtcaDnBlady>OfaNH||^ 
In  ranait  4tté  «an  -aqpotiiiDam*  ^fcprèt  «oes paobs^eUeifliB 


fpanid(eU)e»AitrpavliB,ihit-<le>nii 
npfÉar-dflns  kqghiae,  nBan:|diinpanr«i^adHHraritoalidSahi^ 
•ÉaB  nMn  hsMlfldB, '■MMB  piynrjne'dvaiaBdar'SPQC  doute  lai 
une  femoie  quelconque  avait  réellement  pu  braver  les  gràaw 
hnÉndcB  «de  oHaB  «àndividu.  Nos  :  :  'ie  JMmd  «de  uua  «omvilte 
tattafefine,  moafAotdlhBCioeniaM  Mi9a,tetc«,<dto«  Ilrô( 
la  dame  n'avait  pu  être  insensible  sans  *inMiloir  Ibisii  vpoM^ 

Mes  réfiexions  furent  interrompues  par  Ventrée  du  vieux 

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152  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT, 

Hanmer  :  il  se  frottait  les  mains,  il  aspirait  son  souffle  ;  entrée 
classique  des  dentistes,  des  procureurs  et  antres  bourreaux 
du  corps  humain  ou  de  la  pensée.  Mon  salut  devait  lui  témoi- 
gner toute  ma  répugnance,  et  il  eut  beau  me  tendre  la  main 
avec  la  franchise  nonchalante  d'un  homme  qui  se  sentait  in- 
vesti par  mon  père  d'une  sorte  d'autorité  sur  moi,  la  mienne  se 
refusa  à  son  insolente  étreinte.  Il  n'en  fut  pas  décontenancé: 
ces  gens-là  digèrent  à  merveille  tous  les  affronts  de  notre 
classe;  et  le  vieux  procureur  continua  à  me  regarder  avec  le 
sourire  de  pitié  que  Togre  dut  adresser  au  Petit  Poucet  avant 
de  le  mettre  sous  la  cage  à  poulets. 

<(  Mon  cher  jeune  gentleman,  me  diUil,  j'ai  le  regret  d'a- 
voir à  vous  exprimer  le  déplaisir  qu'éprouve  mon  noble  client 
lord  Ormington...  »  J'épargne  à  mon  lecteur  le  sermon  qu'il 
me  débita  et  que  je  résume  en  ces  termes  :  a  Vous  ne  pouves 
plus  être  homme  d'église,  M.  Cecil  Danby  ;  votre  père  ne  veut 
pas  que  vous  soyez  homme  de  guerre  ;  mais  si  vous  voulez 
embrasser  la  carrière  diplomatique,  le  ministre  avec  qui  nom 
sommes  en  bonnes  relations  consent  à  vous  attacher  à  ses  bu- 
reaux, et  si  vous  vous  y  conduisez  bien,  nous  vous  y  ferons 
toucher  les  quatre  cents  guinées  dont  vous  avez  jusqu'ici  joui 
à  Oxford.  » 

Je  fus  agréablement  surpris,  moi  qui  m'attendais  à  toutes 
les  rigueurs  paternelles,  entre  autres  à  être  exilé  dans  nos 
propriétés  d'Irlande,  au  moment  ou  les  salons  du  beau  monde 
allaient  s'ouvrir;  mais  voulant,  débuter  en  vrai  diplomate,  je 
dissimulai  au  lieu  d'accepter  cet  ultimatum  avec  enthousiasme, 
et  répondis  que  j'y  réfléchirais.  «  Dans  quelques  jours,  dis-je, 
je  viendrai  vous  porter,  monsieur,  ma  résolution. ..  Il  me  reste, 
monsieur,  à  regretter  d'avoir  tout  à  l'heure  dérangé  Mrs.  Han- 
mer. » 

Il  n'est  pas  de  vieux  barbon  de  soixanto-cinq  ans,  marié 
ou  célibataire,  qui  ne  soit  enchanté  qu'on  lui  attribue  une 
jolie  femme  de  dix-huit. 

«  Mrs.  Hanmer  I  s'écria  le  procureur  évidemment  flatté.  Miss 


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LES  PBEMIÈRES  AMOUBS  B'UN  FAT.  153 

Emily ,  vous  voulez  dire.  Oh  1  c'est  bien  sa  faute  si  elle  8*est  trou- 
vée ce  matin  dans  le  salon  :  elle  savait  que  je  vous  y  attendais.  r> 
Sa  faute  1  péché  moins  que  véniel  à  mes  yeux.  Sans  doute 
miss  Emily...  n'importe  son  autre  nom,  avait  entendu  parler 
de  l'élégant  Cecil  Danby  et  désirait  savoir  si  la  renommée  ne 
le  vantait  pas  trop.  Cependant  pourquoi  avait--elle  été  si  froide? 
fêtais  curieux  ;  mais  je  dus  continuer  à  feindre,  me  proposant 
de  revenir.  Je  saluai  donc  sans  ajouter  une  phrase,  et  je 
partis  avec  Tair  de  la  plus  aristocratique  indifférence. 

CHAPITRE  IL 

Mon  père  était  un  homme  tel  qu'on  n'en  voit  guère  hors 
de  l'Angleterre  :  réservé  sans  être  contemplatif,  de  bonne 
compagnie  sans  être  sociable ,  nullement  méfiant  sans  avoir 
confiance  en  personne;  froid,  très-peu  expansif,  et  démon- 
stratif encore  moins;  remplissant  les  plus  petits  devoirs  de  la 
vie  81  gravement  qu'il  faisait  croire  qu'ils  avaient  de  Timpor- 
taQce;par  sa  gravité  comme  par  son  avarice  de  paroles  prê- 
tant on  air  de  mystère  à  son  insignifiance ,  il  semblait  avoir 
pear  de  laisser  deviner  ce  qu'il  voulait  foire,  et  cependant 
qa'avait-il  à  craindre?..  Dieu  sait  s'il  fit  jamais  rien  qui  valût 
la  peine  qu'on  en  parlât  1  C'était  d'ailleurs  un  homme  moral. 
Sesa&ires  avec  Hanmer,  avec  son  banquier  ou  avec  le  mi- 
nistre, auraient  pu  se  traiter  sur  la  place  publique  sans  faire 
tort  à  sa  réputation  ou  à  sa  vertu  politique;  cependant  il 
semblait  redouter  que  son  valet  de  chambre  sAt  le  mardi 
qu'il  avait  le  mercredi  un  rendez-vous  avec  l'un  des  trois  ; 
et  quant  à  sa  femnie...  il  est  vrai  qu'auprès  de  celle-ci  il  avait 
des  motifs  suffisants  pour  être  réservé. 

Lorsqu'au  bout  de  deux  jours  de  réflexion  je  l'abordai 
avec  rinteution  de  lui  signifier  que  j'acceptais  son  femeux 
«^tmatimi,  je  ne  fus  pas  surpris  d'être  renvoyé  une  seconde 
fois  à  son  procureur  :  «  Pour  tout  ce  qui  est  affaire,  me 
dit -il,  je  désire  communiquer  avec  vous  par  une  tierce 
personne.  y>  A  dire  vrai,  si  je  n'avais  pas  compté  sur  cette 


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rifmae ,  tje  «e  «e  .Amw  fn  v^l^ntiMs  •olirassé^  ioiil'Op- 
«111(101),  et  je  me  MBdbidraE'Haiimcr  (;»ès-«aneax'de  Teroir 
ottas  £nilf . 

M.  UHMMr  était' sorti,  son  «B«eié  ^éteHi^n  TojE^ge  «hepns 
lafveîUe.  «c  Yeuillez  bien,  dis-je  aa  elerc,  informer  iBÎ9s%DÎly 
qMj.*ai  à  hii  patler  de  la  part  de  lerd  Omningten.  d  dpiioiiiy 
le  A0ffi  dtticUent  ie<^8  inporiant  de  Tétnëe,  predvnsttson 
effet}  onne.ooariniflitffU'Saioi). 

Cette  eeoeMie  «rinle,  attendue  m  fmrtteiKhie,  tieJéwncefta 
pas  encore  miss  Emily  :  ce  fut  avec  une  hauteur  superbe 
qu'elle  se  leva  et  attendittma  baflan^Der;  et  moi,  ce  fut  en  bal- 
butiant un  peu  que  je  lui  dis  : 

xic  Pardonnez ,  mias ,  .si  J'oae  votts  (denamdor  ^la  ïJwrwrHie 
TOUS  obarger  d'aurnasM^e confideatieliponr  M. iTSkne^père.r» 

.Son  père  1  iAmÎB-je^étéJMNi  pci»nBiè,i«e  dont  je  éitttaîi, 
qa'elleiétait  kv&Uedu  YMU-proeMPeur,  é  «arvoiJmevc,  àiV^ 
iiiotk>n.de*«Mi.n^rd,  à  ia*flBcpnse,.à«oniindiemilmi>flitBB 
peat"ètre...  je  ^is^que  je.me.trempaâi.  Elle  ne:répenlitipai, 
et.«)oi,  Yxaîfliaàt  coofiis, .jeine :8«iaiBsi  jetdnmatrépéter  «■' 
dmande  â  ;la  fois  «i  kunible  et  ai  knpettiiiBnie.  «e  Mnteii 
que  Je  davais  avoir  l'air  d'miireoafd  pna.mipîége. 

«  Que  déairez^vens  qae  je  .conaïuiiiqve  A  M.  -Bmier  -û 
San  retour?  dit-elle  anin  aptàa  aae  «lîante  de  -sileMe ,  ^ét 
d!iin  ton  ai  madérécqnfi,  si  j'ainM»rexoîlé«aniiadi|fnaitioii,*6tti 
Atoit  d4îà.apaî0Ae. 

— ^Sia)pleaienttqtte«voi]B»TeuiHîez  bien  <lni  «ppienére  qm 
jfafiQapteJesiCoadîiioaB  qoi  mi'ontiélé  propoaAseqMr  «on  «- 
tennédiake,  .répeadistfe,.  n'étant  paai  étneq^faBeKpKcte,  «i  thd 
niveler  la.aitiiaiiûn.aii|0iiIiàreqiii  fa.vendaît,ialfe(«tflf.  ÊSaa^ 
mer,  Tunique  moyen  de^«o■nlaaRal•8n  qnitpftteaiiHiir  mtWm 
un  jMÛr  du^foyannerat  •efijfikirésîdnitvaaBilBunêne:*!»!. 

<«,J'ai  Ulianmar  de  paaler  ià  M.  Jtenfay  Uy  > 
fitBÎdflaienL 

/Je  fia  «n  saint  afirsatif . 

•«Jb  ne 'manfineBai  pas  de4épAlernratfe«aBHige,% 
naa4-aUe  an  avangant  hiimin'vieffB  Inaonnalte,'^ 


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MIMMM  •fou  MT.  1116 

«e'finpe  eMoprorfre^e  mon  aHdMoe  étohttwBriiiée.  Iltn'j 
arait  plus  qu'à  me  retirer,  et  je  le  is  la  tête  basse,  n'iajwM 
•ftgaéÀoioan^iiertinMte  mlrBMOA  qne  de  deaesmlretncord 
an  peu  plu»  1m»  dans  IVstioie  d  «fittily  -et  dans  fat  nîtntte. 

>La  fille  on  la'sièee  il'ua  firocavtiii'l mmaaim^e  oanan 
fooroeffimeT  par  l'accent  népriaafttMec^tqnelj'eswyaMée 
prononcer  ces  motsi  et  j'allai  meniii^jjer  datts  letbiMéeir  de 
«B Bière. flétaal  pmdaotinoaiflégottràrBtoB  ét^fOifoiiiyJes 
années  avaient  marché  pour  elle  :  la  brillante  lady*Oniringtaii 
4iaii«De  coquette  aar  le  tetonr  ^^HeYeDemt  >c0core  iiae<  pe- 
itile  coar  4  «a  toilette,  «Mia  ^aoti  «^pignodle  y  >élait  aoa)e«qHi^ 
^luetoisiafrecaariiiaHfoaae.  Je  lui  5is.pattidoa<kileiitio«(Aa 
'VMNi  fke  at  dermon  4ttce|»taiion. 

ff  Aion,  dittoHe,  onijonri^u  ronti»  toim  poiarez.Aloe  4fli 
ambassadeur,  fin  atkadwit,  Tousinoatorez  'en  )iîile;>ieivott 
doDMiai «ne deaMa/cntDéea.i  l-âpém  «tArowjpféNittorai  à 
b  dachesse  ^  ilhmejmntk.  aMieiMBille^)roiHfdéonMtrde)hi 
fwmiiti  oni^erskaîf e  ;  nais  «évitea  'svriauii  àmx  «abasaa ,  iIb 
tmM  kpoKtiqm.  «Le  jeutirt  la  ipolitii|HetMint  l^apaaage  das 
IHs  aines.  ël^Min  ta'éiaittpafi  «i^  slapide,  il  .poumit-finrorpaiv 
'lar'dehi.AiicâriBailietimiflii(parlanieat;  nattis  Jofan  nettU 
que  lire;  jamais  il  ne  fut  destiné  à  jouer  le  rMe<d/itn  i 


••^AoemmeiittfiM  Taoonnandoa^TOiiB  »de  ipaswr  naon 
teoipa?  hi  .damaadfflije  ipo«r  rine  rptéicr  à  «ms  Mlaa  idéaa;; 
ÊÊm  aD*ae«ioineot  qnelqui'on  «ntfëitdAns.iebaiidoir. 

^  Ah!  WÊÊL  lébète  lady  dianrîfit,  lOoaHWfit  '«Mos^voiis?  'dit 
mtbtaère  ;  tTOUfitraneB  vie  ohordbarrpoiindlei^alnD  larduuhaaaii, 
.itje^fkîai'pas.BiAniefaoMKeMéinia  tetiaile. 

-^■^IHptdwa-^v^atts  donc  1  répondit ane  joiiiie(dani&i|piii{ilit 
JW6'eliaMeuet«'asattrprèa.d«  feu  oMMae«i  «Heiéteitjéh«K^élIe  : 
Vous  avez  OHMîé  »notre  (Teiid«a^.voii8  ^m  iputehaiit  ^yoIib 
<fik;<e'a»t  un  jplaisirfaoDiflie«nfiiutre..4e*Aroiia(«nipnf%,  «aran- 
M^nr^Bie^dit^lle  àfOiôi»  enira6tfot«Mt4in  ^laterqvi  mdiqitdt 
-V^'Me^mefdmKmMilL  ua*ia«am^té»4voHfl  le^^miBtpmUmBtÊk 
4»  sfaai  Ait.OYpidaer  d'Qifoid?  i> 


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156  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

Je  reconnus  alors  la  figure  d'une  jeune  lady,  plus  jeune  de 
douze  années  que  ma  mère. 

c(  Oui,  madame,  c'est  moi-même,  répondis-je,  et  je  ne  re- 
grette pas  ce  brusque  congé ,  qui  me  procure  l'honneur  de 
me  présenter  aujourd'hui  à  lady  Harriet  Vandeleur.  »  Ce  di- 
sant, je  lui  remis  l'écran  avec  un  air  de  galanterie  que  je 
me  persuadai  être  irrésistible. 

Elle  le  reçut  avec  un  éclat  de  rire,  et  me  toisant  de  la  tète 
aux  pieds  : 

<(  Est-ce  que  le  style  des  compliments  à  la  Grandison  est 
encore  en  vogue  dans  nos  universités?  me  dit-elle....  Ma 
chère  lady  Ormington ,  allez  vite  passer  une  autre  robe ,  je 
vous  prie ,  et  je  continuerai  votre  rôle  auprès  de  ce  jeune 
homme...  Il  n'est  pas  mal,  pour  un  ourson  universitaire. 
Confiez-le-moi,  je  verrai  ce  qu'on  en  peut  feire.  » 

J'allais  encore  me  lancer  dans  un  compliment  académique 
pour  lui  exprimer  le  plaisir  de  tomber  aux  mains  d'une  telle 
institutrice  ;  mais  un  coup  d'œil  malicieux  m'y  fit  renoncer. 
Lady  Harriet  était  une  Irlandaise  d'une  naïveté  qui  frisait 
l'eifronterie.  Oui ,  c'eût  été  de  l'eifronterie  chez  une  femme 
laide  ;  mais  chez  la  jolie  et  piquante  lady  Harriet  c'était  un 
charme  de  plus. 

«  L'ourson  doit-il  rester  debout  ou  s'asseoir  ?  ou  bien  lui 
permettez-vous  de  s'agenouiller  à  vos  pieds?  lui  dis-je  quand 
ma  mère  eut  quitté  le  boudoir,  et  m'agenouillant  en  efiét. 

—  A  mes  pieds  1  dit-elle,  pas  mal,  quant  à  l'attitude,  mais 
c'est  une  bévue  quant  à  l'intention.  En  me  faisant  une  décla- 
ration burlesque ,  vous  semblez  me  dire  que  vous  ne  m'en 
ferez  jamais  une  sérieuse.  Allons,  relevez-vous...  avec  grâce» 
et  tâchez  de  ne  pas  paraître  trop  empesé  dans  votre  cravate.  » 
'  Cette  étourderie ,  calculée  ou  non ,  chez  une  jeune  veuve, 
me  rendit  muet;  je  fus  dompté  comme  le  sont  les  lions  et  les 
tigres  par  le  sang-froid  de  leurs  gardiens.  I^dy  Harriet  me 
laissa  le  temps  de  me  remettre  en  faisant  une  sortie  contre 
l'ameublement  du  boudoir  maternel ,  qu'elle  trouvait  en  ar- 
rière d'un  siècle  sur  la  nouvelle  mode;  puis  elle  daigna  s'in* 


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LES  PmBMIÈEES  AMOUBS  B'UN  FAT.  157 

former  de  la  carrière  que  j'allais  suivre ,  et  n'eut  pas  trop 
d'objections  à  exprimer  contre  la  diplomatie. 

«  Yenez-vous  avec  nous  chez  la  duchesse  ce  soir?  mede- 
manda-t-elle. 

—C'est  vous  qui  pouvez  me  l'apprendre,  lui  répondis-je  : 
aarai-je  cet  honneur  ?  J'attends  vos  ordres,  mylady.  Et  je  la 
regardais  avec  une  galanterie  maladroite. 

—Mes  ordres  I  en  ce  cas,  je  vous  ordonne  de  rester  :  bien 
mieai,  je  vous  ordonne  de  rester  chez  vous^  jusqu'à  ce  que 
TOUS  soyez  propre  à  aller  en  société.  Votre  éducation  est  tout 
entière  à  faire;  vous  êtes  à  mille  lieues  de  la  plus  petite  des 
choses  qai  sont  indispensables  pour  être  souffert  dans  notre 
monde  :  vous  feriez  peut-être  sensation;  mais  faire  sensation 
est  on  triomphe  vulgaire  ;  il  s'agit  d'entretenir  cela,  et  pour  y 
réussir,  il  vous  faudrait  toujours  marcher  sur  la  tète  (mora- 
lement parlant);  or,  cette  attitude,  comme  tout  ce  qui  est 
forcé,  deviendrait  fatigante  pour  vous,  ennuyeuse  pour  les 
antres.  Se  maintenir  en  faveur,  comme  il  convient  à  un  homme 
bien  élevé,  voilà  l'essentiel,  et  c'est  ce  qui  exige  simplement 
une  certaine  dose  de  bon  sens.  Avez-vous  du  bon  sens?  Pour 
le  savoir,  pour  en  être  sûr,  commencez,  mon  jeune  ami,  par 
TOUS  dépouiller  de  votre  présomption  :  Il  faut  apprendre  à 
vouîffutr. 

—J'apprendrai  tout  ce  que  vous  daignerez  m'enseigner, 
lai  dis^'e;  mais  comment  parvenir  à  être  humble,  quand  la 
simple  faveur  de  vous  inspirer  quelque  intérêt  ne  pourrait 
que  centupler  cet  amour-propre,  dont  vous  me  faites  un 
crime 

—  Mais  c'est  de.  la  logique,  je  crois.  Allons,  vous  n'avez 
pas  perdu  tout  votre  temps  à  l'Université,  mon  jeune  étudiant  ; 
et  moi  qui  croyais  que  notre  jeunesse  n'allait  à  Oxford  que 
ponr  y  oublier  le  peu  qu'elle  pouvait  savoir....  Néanmoins, 
non  pas  pour  vous ,  mais  pour  moi-même,  je  consens  à  me 
charger  de  vous;  car,  puisqu'il  sera  de  ma  destinée  de  voir 
beaucoup  le  fils  fevori  de  ma  meilleure  amie,  ce  serait  un 
fléau  sérieux  que  de  vous  trouver  toujours  aussi  présontp- 


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IM  UBS  FKBMI AHK  AMOm»  B'OIT  VèX^ 

fliflorvwisiiAculUet^aiMsi.&ique  œ  so».  AUoos,  ne  bém*- 
sez  donc  pas  yos^phunescoinMi  unicoqieik^olère...  Vou6  n'y 
gigowez  TÎM  ((M  ctoiYiM»  tiîfe  vmtfmt  de  vmb^  Je  tous  le 
répète,  cette  franchise  un  peu  brusque,  qui  me. -m  si  bîfio  i 
BHiî^ jeuie  vevrci,  o'iesUàMUre  à  mes  à$auxi  sufiiâP  et  wx  6m«x 
ytw  ie  nwcoiM/U^:  celte»  fraiidnse^  serait  dé(es4able  da»un 
jeune  homme  dont  Icsyeuxae  svai  paspl»  beaw  qneoeuK 
dlua  avtfe,  et  dont  la  eaMette:  est  >un«  cassette  de  eaèet  de 
bmille,  c'esiràHUreirèsKSontostable.  PourcéassirfanoLoeHSv 
mMs^devea  tédtiire  votre  rire  à-uvisenrire,  votre  grosee  roias 
k.wm  demi^toix^  vo&aMeitioas  à  des  suppositioM.  Pendant 
qoalqiMB  années  e&core,  vous  n'av«E  aueun  droit  d'«?oiT-iiiie 
opinion  à  tous;  une  petite  toux  de  vos  aines  veus  couperait 
la<paroie.  Le  jury  se  compose  de.eeox  qin  ont  dix  ans  de  ploe 
cpie»yoiis.  Leshenvnes  de  trente  ans  sont  toni  à  LoAdresî, 
hommes  assez  âgés  p^iM*  aivYMr da  t»ct, pas  asseapoivavoir  de 
lasagesse.  Auss»tèitqucineiis:devenoasTéelleineaè  saçes,  neos 
dnrenons  indnigevirts...  téamn  umm,  q»  ai  trente^roisans... 
Ausst,  tout  envoussigttalant  vos  déâMvtsy  je  s»s  'assez  bonne 
pe«r  souhaiter  que  von»  vou»  corrigiez',  et  lâKlesBua,  benu 
aeir.  J'enteads-le  frohBM«t<de<la  n»bede  seie  de  lady  Or^ 
mington^  et  j'^eo  suis  d'ianianiphis  aise.qne  voiisvoit^  prêté 
éclater...  Je  n*aimepas  les  explosions.  » 

BapS'iefait,  j'ava«9:jbit  pins  d'unteffort'peavi^nteivotnpTe, 
stais  seins  succès.  Il  n'y  avait -pae' moyen  de. fance  baiser  pih 
iidavnHon  à  cette  ohareaaeiAe  andeee. 

«  BeMoir^ajeiita-t-^Ie,  en  portant  fab  main  à^eslèvree»  à 
la  mode  d'Italie  ;  vous  n'êtes  pas  encore  suffisamment  dane 
M»  boAMs  grAoes  panr  qiue  j  accepté  yet#e>bras  jnsqn'à 
mn  voiAvre.  Prowec-mcM  vutne docilM^n^veetant  icipendasl 
qpe  nmn  «tiiena  cfae^  1»  dueheete  pevdve  netreiemps,  notre 
acgent  et  notre  biMfiiie.  hnownr.  Lieee  cppelqaelivre  utUe*. .. 
fa»  UtémMfùê^  A  GnmmlfmK  cm  un  roman*  de  madMie  de 
SkraBa^.pfffievMipies  W<ieyappineeéctz.iei)e«  feai^taie  et  lee 
benMes^mawëretç  D 

fin^éi^ld^eoAiinjjfiMtien^  îe^anomdtiifÎBiJu^       porte 


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de  rhôtel  ;  je  lai  serrai  même  la  main  lorsqu'elle  Tappuya  sur 
la  mienne  pour  entrer  duis««  THîlife;  mais  après  cela,  je  me 
trouvai  presque  hors  d'haleine,  à  force  de  lutter  contre  mon 
dèpâl  et  ma  surprise* 

Quoi  doBcI  mail  un  des  j^umb q^qs  left-pbis  «finUonaUts 
df  rrniïrrniff  j'fitiin  linrihuffmié  pnrunfi  jilii)  frmwM  Afvài 
tout,  ellfr  avait  daàgoi  me^iomnerqNhelcpie-eftpoîrt..  eH&s!6C^ 
c&()efiiit  de  moî.^  elle  Dem'aimait  pas  eoeoDe,  mais  eU^sfa* 
lait  pas  dit  qrfelleae  ro^'aimerafk  jjBWiis  Ab  1  e'ékiît  peuÉ-èto 
sa  dé&l  Oui,  j#  la  {Mcerai  de  m!aiflMffi..cwi,  je  te  j«v«V'«U« 
flùdmeca,  elle  m'adûr^ca»  efc....  roèmd'eU» «'éywiaara.  Je»  m 
sùs-pas  sis  de  m'étfie  senri  ce  seiir-là4iftTerbe  ip$mer:mÊm 
cefiit  au  moios>  d'un  tenue  équwralent.  La  feii  est  epi'àrm^ 
aas  et  six  mois»  ua  frère  cadet  A'esA.{ia»  encoie  très'^Ar  de 
bire  insi  riche  Buxia^, 

Le  lendemain,  j'iètais  ^eacoro  dana  les  mètms  dispiestèioiis\ 
loisqne  je  reçus  une  letlce  qmrémUa  en  bmh  vMantte  senlN 
ment:  c  était  dtt  vieux  Haïuner.  Je  ne  pettraja^  espérer*  cpw 
oe  digae-procaKur  meatiauiierait  le  nom  d'Emily,  el  oepHiw 
dtat  je  fiis  àéuffioisUé  conaie  si  je  feosse  eapéré',  lorsqaa 
j]arriiraiàia.si{[iNiture..ËoiiH»  dia^wt^ee  Halic::  Jrneistiw.jMM 
lATête»  nm$faifiécik4ivee  eUê.  h'éfUne  d'«ii  hooime  d'aAâfeat 
esl-y  rien  de  iuqîjw  peétiqurs  au  monde,  lien  de  pli»  seo,  rîMt 
de  plus  seftlencieux?£bLbieBl  coUe^i^avantqiMrJe  Touirrîase^ 
avait  pour  moi  on  parfum,. un -battquet^.ttiieémaiMitfoii'cA* 
leste.  Q«a]idj^l!ett&paicourue,  il^  trouva  ipi/eUaafaimiih 
çfii  tout  ainiplemiwi  que  j;ayais.à  ma^disposilio»,  chezte'liaii** 
quier  de  mou  père^ie  preaûer  quartier  de  ma.  fienaioa,  et  qaa 
kmiaisiredaB^a&ir^ètraog^nes,  lordVoteilab^ja'atleodiali 
la  lundi  suivant  dajuases  bureawLppurm'y  iaataller  lUMutoit; 
Cent  goiaéea  à  toucher!  la  patte,  des.  hauaeursc^  sTmitt^ 
pour  voua.  Ahl  q|iiietî;^èftais.byùen.ttii«écoIier.de.vii^(t«ai»^^^ 
BOUC  ne  pas  votriàplus  dei^oisie.qua  daoa  tauslesiOuviiatM 
réunis  de  Crabbe,  ScoU^%uui^.Wordswoi:th,MQ<H«>iate.,^^ 


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160  LES  PREMIÈRES  AMOURS  B'UN  FAT. 

CHAPITRE  III. 

Le  lundi  suivant ,  je  fus  donc  enrôlé  parmi  ces  esclaves  de 
la  nation  qui  passent  cinq  heures  de  la  journée  à  tailler  des 
plumes  ou  à  dessiner  des  chevaux,  des  chiens,  des  caricatu- 
res, etc.,  etc.,  sur  le  papier  de  Sa  Majesté  dans  Downing- 
Street.  J'avais  avec  moi  jeunesse,  santé,  espérances;  je  crus 
que  je  devenais  mon  maître.  Ces  cinq  heures  étaient  bientôt 
écoulées.  Après  mon  jour  de  servage  officiel  commençait  mon 
jour  de  servage  amoureux  ;  car  je  me  rendais  au  moins  trois 
fois  la  semaine  des  bureaux  de  Son  Excellence  aux  char- 
mants salons  de  Grosvenor-Place,  où  présidait  lady  Harriet 
Yandeleur.  Cet  aimable  tyran  n'était  jamais  visible  avant 
quatre  heures.  Elle  ne  se  levait  qu'à  midi  (Y aurore  de$  jo- 
lies femmes).  Je  me  demandais  quelquefois  comment  elle 
passait  le  temps  depuis  son  lever  jusqu'à  l'heure  où  ses  salons 
étaient  ouverts.  J'avais  bien  vu  dans  mon  enfonce  lady  Or- 
mington  consacrer  six  heures  consécutives  à  divers  détails  de 
9a  toilette  ;  mais  c'était  une  époque  où  l'arrangement  de  la 
parure  d'une  dame  n'était  pas  une  petite  affaire;  il  ne  fallait 
pas  moins  d'une  heure  alors  pour  se  lacer  ;  tandis  que  lady 
Harriet  était  à  la  tète  de  cette  école  du  Déshabillé^  qui  im- 
provise une  beauté,  avec  tous  ses  atours,  en  trente  minutes^ 
Lady  Harriet  portait  invariablement  une  robe  de  mousseline 
d'une  finesse  exquise  et  d'une  blancheur  irréprochable  :  ses 
cheveux  étaient  toujours  noués  avec  la  plus  grande  simpli- 
cité, sans  colifichets  ni  rubans.  Enfin,  à  l'heureux  moment  où 
j'étais  admis  en  sa  présence,  elle  montrait  un  air  enjoué,  qui 
annonçait  le  contentement  du  cœur...  des  yeux  rayonnants 
d'intelligence,  des  lèvres  fraîches,  des  joues  animées  parla 
conscience  de  sa  beauté  :  non,  avec  une  figure  si  expressive , 
une  femme  ne  saurait  cacher  à  des  yeux  jaloux  si  elle  a  été 
trop  tendrement  occupée  en  votre  absence. 

Je  n'avais  aucune  occasion  de  résoudre  mes  Routes.  Le  ha- 
sard m'avait  favorisé  d'un  tète-à-tète  lors  de  notre  première 


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us  PREMIÈBE8  AMOURS  D'uN  FAT.  161 

entrevae;  mais  depuis  je  ne  la  vis  plus  seule.  Nous  nous  ren- 
contrions  dans  la  foule  du  inonde  ou  chez  elle  ;  mais  je  ne  pou- 
vais jamais  arriver  dans  son  salon  qu'entre  quatre  et  cinq 
heures:  il  était  déjà  plein.  Un  jour,  que  j'avais  dérobé  un  quart 
d'bemie  sur  mes  fonctions  officielles,  et  que  je  mettais  le  pied 
dans  Grosvenor-Place,  cinq  minutes  avant  c|uatre  heures,  je 
me  trouvai  devancé  par  un  certain  colonel  Morley,  le  plus 
laid  des  officiers  de  la  garde,  mais  très-aimable  et  très-sédui- 
sant. Je  ne  veux  pas  dire  qu'il  me  séduisit,  mot  ;  au  contraire, 
il  y  avait  dans  son  regard  perçant  une  sorte  d'ironie  de  bon 
ton  qui  me  glaçait  le  cœur.  Sous  l'influence  de  ce  regard,  je 
seniaôs  mon  esprit  s'évaporer,  et  mes  plus  piquantes  anecdo- 
tes échapper  à  ma  mémoire  :  comment  n'aurais-je  pas  détesté 
an  pareil  homme?  c'était  mon  mauvais  génie. 

Ne  pouvant  arriver  le  premier,  je  m'arrangeai  pour  rester 
on  jour  le  dernier,  et  ma  petite  manœuvre  pour  garder  seul  le 
terrain  fut  si  discrète  et  si  calme,  que  lady  Harriet,  qui  ar- 
rangeait ses  vases  de  fleurs,  me  récompensa  par  le  don  d'une 
branche  d'héliotrope. 

a  Yons  avez  fait  des  progrès,  M.  Cecil  Danby,  me  dit-elle, 
il  est  joste  que  vous  receviez  un  gage  d'approbation  et  d'en- 
couragement. Franchement,  vous  possédez  presque  par  cœur 
la  plus  difficile  des  leçons,  celle  de  vous  contenter  d'être  une 
des  fractions  du  grand  tout,  un  des  mille  anneaux  de  la  chaîne 
sociale.  Ceux  qui  prétendent  à  davantage  ne  deviendront  pas 
même  cela.  Vous  n'avez  à  présent  aucun  droit  de  vous  tndtvt- 
dualis^^  vous  devez  vivre  de  la  vie  de  la  masse,  agir  de  son 
action,  sentir  de  sa  sensibilité. 

—  Sous  un  rapport,  répondis-je  avec  chaleur,  je  sens  en 
effet  ce  que  sent  la  masse ,  c'est  lorsque  je  vous  adore... 

—  Ma  voiture  est  à  la  porte,  interrompit  lady  Harriet ,  et 
si  voos  n'avez  pour  me  remercier  de  ma  gracieuseté  que  de 
pareilles  platitudes... 

—Votre  gracieuseté  1  m'écriai-je  avec  le  soupir  d'un  tendre 
rqproche. 

—  Ne  traitez  pas  la  chose  trop  légèrement,  répliqua-t-elle, 

5*  SÉEIB.— TOME  XI.  11 


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m.  us  PBUnÈBi»  Mtiowm  s^un  Fivr. 

mr  jeTouftlone  «Koeiv  plus  p«r  YeÊei  d»  m«i 
ipief  par  svitrdeTO&fliérîle».  Vo«  été»  tm bo» ehanM:  ymoé 
svea  apprift'  i  rom  baUllar  sinpieBieiii  et  à  vmm  tonr  siar  1« 
gMond  ptanidiilablea«;;mai»Touft  af«iein«Diti  de»noadn 
de  sagesmr  à»  acquérir;  Vm»  parles  liop'  et  ¥««9  ries  iMp. 
¥od  dents  90at  berik»,  inMw  anreH  de  Veeprit*;  mne-  celu  se 
Mrffit  paâ'povi  vdfW'TeiidfraieiisaUBde  iriwieiir  donriaer  par 
hi  yfotjt  dung  ua  (Soton,  eiJB  vetie  vetbiage  rériiift  a»  sileMce  do» 
fvreoMMs  qai  avec  pli»é-€9priili  qneringus  ont  br  vus  mM» 
Ibfte...  Regairdez.  leGoteoiel  Iforiey. 

-^  Grand  metci,  modaflde  ijfùvMÊM  mîta»  Véeouler  qw 
le  pegovdef . 

*-  Ceat  tout  Toppoeé  de  vous, .  me  dié-elle  peur  lélorqnec 
mon  impertinenee.  Voue  feviez  bieib  to«itefeis<  de  l'étudier  ta 
de  ptendre  modMe  9«r  Ymsowiimne€  d*hoiMiiebiett  Mevé  «rec 
bofoeHe  il  consent  à  lesler  îniafiarçu  pour  laisser  la  cairii^ 
ewerte  à  u«  spîntiicd  étourdi  qui  a  son  début  à  iaire  dana  le 
monde.  )» 

J'euB  quelque  peine  à  me  contenir  aprè»  cette  iasulte  ;  hmms 
lodlf  Harriet  avait  un  aourive  si  ykpiaiit  dans  son  sarcasme, 
et^pour  aj!0iilerq«eh|iie  emfhaeeàaes-poroles-mordantes,  elle 
fil mi  geste a:rec  une mrâi' si Uoncbe etsî flûgnoniie,  que je^ia 
laissai  eoiatîiroet: 

«  Oè  est  la  fleur  cpie  je  vîea»de  toob  doiuier?  >^  demoflKk^ 
t«-eHe  en  pensant  penU-Moe  ifa'elle  n'avait  pon  assez  ménagé 
mon  amonr-pvoproc 

Je  sépnndi&onpoTtBnlJaniainaiip  foen^eeeiir. 

K  Ayez  la  bonté  de  la  placée  il  \«s4re  boutonnière,  oonli^ 
nwa  t  f!iUe  froidemant^.  Siq)p€>sen*-vo«s  qoo  jo  vous  aime  aasex 
pour  vono  donner  une-  ileof  dont  je  ne  voudrais  pas  vouo¥oir 
v«ns  parer?  ie  vous  Vai-donnée  eomme  Napoléon  donne  une 
désoration  :  la  croix  d'honneur  cesserait  d'en&nter  des  béios 
si  on  la  portait  en  cachette.  » 

A«  mon  retour  d'Oxford^  l'ordre^de  fake  montre  d'une  flenr 
reçue  de  sa  main  aurait  flatté  ma  vanité  ;  mais  je  n'étais  pfais 
si  novice.  Je  vis  qu'elle  n'avait  aucune  craiate  d'être  corn- 


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pMBMt  pv  ttM  ;  fà  tttriiiiy  et  i  j^ne  élai^edanate  rat^  q«e 
Harriet  l'apercevrait  là  en  montant  daas  m  v^iluBe.  i 

UBJuuaim  f<m  qii»*aiineiilfMv  la^pteniièie  Cm^osI  pue»* 
(|«f  amè  sHMsplitaleH  ^  ont  pe«r  dl&  ridinle  pietf^a  antaot 
(fK  tai'wilkKd^cfn  ainitat  pour  hi  dèniière..  J^'élaM  ftrÎNHi 
de  «pit.  Êtie  le  jsiHt  A'«ne  ed^tteHe...  Ir phAftiMi  d'M  co- 
ta«k  lMb]^LPèBdMÉ  àKM  jpMm»  it*e  l«MMkti  lae  «.  IrawM 
aoBÉtailp  iioB  ^MO,  je  me  prim  é'alkv  A  GnoevMOf- 
fihee.Jh  mt  nooÉnet  à  rdpért  e*  dm»  k»  miees  lieu  eè 
je  rencontrais  lady  Harriet,  j'avais  l'espérance  seerèèe  que 
j'rikn  fseofiMi  m  ds  es»  jettv  bîikiaf  A  p«ttea  dewMlelwqai 
nfmieBifappéayecé^JMtm  adreeits  q»i  bi  «ienne  sttr  fai 
tabk  de  ton  aaten.. Ma»  j'aftendieeA  vm,  ai  je-peidis  p»- 
;  kl  MNâéti  piqMBftir  de^My  HarBÎel  m'iML  dfevtM» 


«  Depnis  quand  de  retour  en  ville,  M.  Danby?  m 
d»4«cile  d'«n  tM  praleelM*  lofafMj'eiitBaft. 

•*- Je  i^eî  pQe<i|«lttèLoMieefl^  tari  rèpolldft»-j^y  piqoèé'élM 
fmfkét  pioelaeHrioiÉft  hininik  fiaâft  deat je levaewaîe  perfû^ 

^m  îe  cn>|M.  Vowaowilè  aldade^  m'eafr^  pM? 

—  Jeme  «ns  tiAvtte&pertéveqrledy, etî'aî  m»  il  f  e  tref» 
je0%  à  rOpéiBr  que  f  IM»  jonkaieiiaigi  de  leeto  velie  Bitt, 

~ilil  4M  VOféim  «I  détealable  eeC«^  siîsonl  Si  en  w 
Doei  ëa— iiiiie  de  ainty  je  fieêreipae  miHKaytf  Mk  le^e» 
dàkbdf  ■■nèiea  ee^dvdMeittefs  le^mui^efaie  deOevereut, 
owén  neweifes  maniêede  VaMiéev. 

-^Ccsl  €v  qi^e^diâ  tei^evto^  iceMerfEet-  le  jeueemantHiae 
ee  HiwiiMil ,  ei  pei»  Foii  geneeraHé  le«iouvs  ao»  eboMM- 
.  B  leedik  ftt^ettneTpeet  ae  peaeor  deeespeeiade,  te«i 
ieat 

—On»  en  eeoMieMeneB&  et  à  1*  fi» de  le  saiao»,  teprii 


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16ik-  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

lady  Harriet,  €[uand  on  n'a  rien  de  mieux;  mais  en  ce  mo- 
ment il  me  faudrait  pour  y  aller  plus  de  temps...  et  de  pa- 
tience que  je  n'en  ai.  » 

L'hypocrite!  elle  ne  manquait  pas  une  seule  représenta- 
tion. Aussi  j'y  allai  ce  soir^à  et  me  plantai  en  face  de  sa  loge^ 
voulant  au  moins  exciter  en  elle  sinon  la  honte,  au  moins  le 
remords.  Comme  je  m'y  attendais,  elle  y  vint;  comme ^e  ne 
m'y  attendais  pas,  elle  y  vint  avec  la  jolie  marquise,  et  je  dis* 
tinguai  au  fond  de  la  loge  le  colonel  Morley  l  Je  fus  bientôt 
certain  que  lady  Harriet  jetait  sur  moi  un  de  ses  plus  ironi- 
ques regards.  Je  résolus  d'affecter  au  moins  l'indifterence,  et 
me  mis  à  promener  ma  lorgnette  sur  tous  les  rangs  de  loges, 
passant  eu  revue  les  beautés  présentes  avec  ^in^>ertinence 
d'un  novice... 

Tout  à  coup  j'aperçus  à  demi  cachée  derrière  le  rideau  d*ane 
troisième...  oui,  c'était  elle  ou  un  ange...  miss  Emily,  anssi 
belle  que  jamais,*  miss  Jlmily,  si  belle,  que  la  surprise  de  la 
voir  là  fut  effacée  par  la  surprise  plus  grande  encore  que  me 
causa  la  réflexion  d'avoir  laissé  passer  un  mois  sans  me  sou- 
venir d'elle  l 

Je  n'eus  bientôt  plus  d'autre  pensée  que  celle  de  la  voir  de 
plus  près,  de  lui  parler  si  c'était  possible.  Je  me  dirigeai  donc 
vers  les  troisièmes  loges,  et  me  plaçai  de  manière  à  y  vérifier 
que  M.  Hanmer  n'était  pas  là  pour  garder  celle  que,  par  une 
insolente  supposition ,  je  persistais  à  croire  de  sa  famille. 
Elle  avait  pour  chaperon  une  vieille  dame ,  vêtue  de  noir 
comme  elle.  Depuis  un  mois,  je  n'arrêtais  plus  mes  regards 
que  sur  ces  teints  fanés  de  la  vie  fashionable,  qui,  vus  en 
masse  avec  la  peinture  fraîche  de  leur  fiard,  n'excitent  ni  sur- 
prise ni  dégoût.  Mais  l'aspect  de  cette  beauté  si  jeune,  si  brilr- 
lante,  si  pure,  m'inspira  une  admiration  qui  fit  terriblement 
tort  dans  mon  cœur  à  lady  Harriet  et  à  toutes  les  autres  belles 
dames  de  la  salle.  Ck>mment  résister  ila  tentation  d'aller  l'ad- 
mirer de  plus  près  encore,  au  risque  d'être  de  plus  en  plus 
mal  reçu?  Je  me  fis  ouvrir  sa  loge,  non  sans  émotion,  et  ce  ne 
fut  pas  avec  trop  d'assurance  que  je  pris  un  air  dégagé  pour 


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LBS  PBEMIÈRES  AMOURS  D'uif  FAT.  105 

demander  des  nouvelles  de  M.  Hanmer.  Les  répouses  d'Emily 
forent  aussi  froides  que  succinctes.  Elle  me  mit  à  ma  place , 
comme  on  dit  vulgairement ,  et  je  me  trouvai  si  petit  à  côté 
d'elle,  que  j'aurais  tenu,  je  crois,  dans  une  coquille  de  noix. 
Quand  elle  vit  que  je  ne  quittais  pas  la  loge,  que  je  continuais 
même  mes  questions ,  elle  se  tourna  tout  à  coup  vers  sa  vé- 
nérable compagne ,  et  elles  s'entretinrent  ensemble  dans  une 
langue  inconnue.  Ignorant  conmie  tous  les  jeunes  diplomates 
frais  éclos  des  bancs  d'Oxford,  je  reconnus  seulement  qu'elles 
ne  parlaient  ni  anglais,  ni  français,  ni  allemand;  mais  je 
n'aurais  pu  dire  si  c'était  en  russe,  en  hongrois,  en  polonais, 
en  espagnol  ou  en  portugais.  Dans  la  bouche  de  la  vieille 
dame,  c'était  un  langage  grave  et  sonore;  dans  celle  d'Emily, 
nn  langage  facile,  doux  et  d'une  mélodie  ravissante.  Je  fus 
doublement  fiasciné  par  les  yeux  et  les  oreilles  :  j'aurais  voulu 
m'éloigner  ;  je  ne  le  pouvais  plus,  et  j'osai  même,  pour  jouir 
plus  complètement  de  mon  extase ,  me  glisser  sur  la  seconde 
chaise,  à  cété  de  l'enchanteresse,  sa  compagne  paraissant  ne 
pas  se  soucier  de  se  montrer  sur  le  devant  de  la  loge ,  peut- 
être  à  cause  de  la  sévérité  de  son  costume  au  milieu  de  toutes 
ces  parures  aristocratiques  de  bon  et  de  mauvais  goût.  Ayant 
plongé  un  regard  dans  la  salle ,  et  m'étant  assuré  que  j'étais 
aperça  par  lady  Harriet  et  par  mes  amis  de  l'orchestre,  je 
sentis  une  assez  forte  dose  de  ma  fatuité  indiscrète  pour  expri- 
mer é  Enûly  le  regret  de  la  trouver  dans  une  si  mauvaise  loge  : 
«Permettez-vous,  ajoutai-je  de  mon  ton  le  plus  insinuant,  que 
je  vous  envoie,  un  de  ces  soirs,  la  loge  de  ma  mère?  c'est  une 
loge  de  balcon,  d'où  l'on  a  le  plus  beau  coup  dîœil  du  ballet.  j> 

Emily  me  regarda  d'un  air  calme,  quoique  un  peu  surprise, 
mais  sans  prononcer  une  syllabe,  et  je  continuai,  comme  pour 
loi  rappeler  la  nature  du  lien  qui  nous  mettait  en  rapport 
elle  et  moi  :  a  Si  lord  Ormington  avait  su  que  vous  aimiez 
rOpira,  je  suis  convaincu  qu'il  aurait  eu  l'honneur,  il  y  a 
longtemps,  de  l'offrir  à  M.  Hanmer.  » 

J'en  étais  trés-peu  eonr^aincu.  Lord  Ormington  n'aurait  pas 
plus  osé  disposer  de  la  loge  de  ma  mère  que  celle-ci  de  son 


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146  LM  raEVlèRl»  AMOVM  9"^  PAT. 

argentem^e  fitnMi4«;  imm  je  voulais  que  iatiUe  oo  la  aite 
4ii  vteu«  procnreitr  se  soirrliit  des  égards  qm  étaîesA  4w  an 
fils  du'ptns >noUe€it du  plus  tmportai^dieot  éa  l'élude. 

JV)biins  k»  IcnsA  jwte  im  léger  «alat  et  tête,  et  pan 
Snifly  reprît  sa  ccmversaiîoa  en  langue  nieonaiie.  Avec  la 
snsceptflnîité  de  mon  ignorance,  je  me  permadaisqv'oii-pav- 
latt  denfioi,  etjeme  sentis  sîma)  àmonaisedanannepanflle 
sHnattofi  fine  je  we  4evni,  je  sertis  de  ta  le^  etredesoendw  aas 
premiièreB,  où  foyant  «qae  liorler  n'étailfihia  tawprés  de  iady 
Harriet,  je  mlnsinusî  à  -sa  ffcioe.' 

Là  dn  moins  f ol)tins  ealni  vxk  «uoeès.  Jamaîa  Iady  Harri^ 
n^avait  été  pkn  affslyle.  On  m'aratt  eert»neinent  aperçu  an 
iroisîémes...  'c'est^^^Rre  à  côlé  «de  U  beanté  la  phis  remap- 
cpiable  de  'la  srifte;  pevt^tre  aussi  parnssatt-on  à  mon  profft 
le  coloml  de  sa  désertion.  Cette  seeo«de  idée,  cette  pem 
tPétre  nn  piê^Ur  me  rendit  toute  ma  vanité  :  à  une  coquet- 
terie manifeste  je  ripostai  par  une  amabilité  inaccoutumée. 
Favais  à  cacher  d'ailleurs  mon  échec  des  troisièmes,  et  je  me 
fis  irrésistible  par  une  gaieté  fectioe ,  appelant  à  mon  secouns 
ee  jargon  fasbionable  aussi  aisé  à  apprendre  que  Tart  de 
mentir,  quand  on  veut  bien  y  appliquer  son  esprit.  Je  crois 
«miment  que  j'inspirai  Iady  Harriet  elle-nméme  :  die  était  iâ 
pomr  moi  comme  une  fée  qui  laissait  tomber  des  perles  et  des 
diamants  de  ses  lèvres;  mais  j'avais  à  venger  une  défaite,  et 
je  la  pris  pour  Tictime  en  l'admirant  beaucoup  moins  que  je 
ne  m'admirai  mot-même ,  je  veux  dire  en  restant  dans  les 
termes  de  la  plus  tendce  galanterie...  Mon  véritaMe  anov 
était  désonnais  aUleufs.  Aussi,  cinq  minutes  avant  la  fin.do 
ballet,  au  imReu  d*un  'feu  croisé  de  bons  mdis  et  ^éTaneedotes 
agréablement  brodées ,  je  me  levai  comme  si  je  me  rappelais 
m  engagement,  je  fis  'unéprofende  ré^^érence  et  je  diapnnas. 

Kien  ne  pique  -une  fcmme  du  monde  comme  de  se  voir 
ainsi  déseilée  par  le  cavufier  cpi  «vient  «de  trouver*. une  ^eon^ 
fortable  hospitalité  dans  sa  loge.  TTestH^e  ip&s  lut^dédarar 
hardiment  qu*U  dédaigne  l*honnenr  de  Toscorterjusquli  sa 
^ture?  Mme  c'eat  un  dovd^le  ufiront  quand  f 'ingrat  a  Jual^ 


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um  mifiimis  àMùmê  »'tnr  pjmt.  MT 

•Mt  «nez  occvpé  raUMlioii  ée  fa  Atme  pour  teair  retp«o» 
ftesC  à  l'éoait  to«t  — tre cewilwti  de  §eB  dbmnumqêi 
t  p«  panier  à  inettîr  {Mue  preiwred'asMduilé  â  ce  iMHMOt 


Je  m  M  noMUèiDe  de  omni  ingnititade  et  me  dirigeai  vem 
f«iQalîfr  4es  troisiènes ,  ««rieux  de  voir  ««ne  qoelie  eeeerte 
masculine  sortirait  Emily.  J'eus  peine  à  faire  une  trouée  é 
limn  fa  inle  qM^etcendail  dé^,  et  eette  pxtie  delamlle 
Attt  é  flMitié  dégarnie  farsqoe  j'y  arrivai. 

TooÉe  penonne  jMsez  OMlbewmwe  yeur  firéipMûter  fas 
IhMAfes  de  l..oiid#es,  «oit  4Si  ce  tenip»4à,  seit  oujoiird^lyii,  o 
dû  remarquer  avec  indignatioa  eenlûen  est  grossièpe  oeMe 
daMe  pc^idaîre  qui  i^uplit  fae  gaiierfas,  et  co«Ql)ien  aussi  est 
incovireiiante  une  anire  ^Aaise  siieux  née  peoi-étre,  maia 
fKsqve  aussi  nai  tievée,  dont  k  gaUnterie  consiste  à  regav- 
dereffiroatément  une  fenune,  et  rhéroïsme  i  tuer  un  homan 
«adad. 

le  (roavai  la  lo^  d'Emily  assiégée  par  un  groape  de  Lov#- 
laeesdeeette  eeooade  classe,  qui  attendaient  que  la  belle per^ 
smatf  sortit,  et  qui  la  tenaient  prisonnièce  par  la  penrdea 
îasrites  asixqaeHes  ette  se  voyait  exposée.  J'eus  lun  bon  ommi- 
wamt,  et  j'offiris  1  ces  danes  de  denr  donner  le  bras  :  cetie 
oiw  fat  aooc^ée  après  qu'Eoitly  eut  adressé  qadqMesfkbcaaeB 
rapides  à  sa  compagne,  et  je  compris  qu'elle  lui  jcitaît  les 
aoDsde  tord  Ontaiiigton  et  de  IL  Hanmer  pour  iaiexpbcpier 
qai  j'iétafa.  et  Je  enaina  bien,  <dtfr*jie  alors  «n  iroyant  ^son  air 
ému,  que  vous  ayez  éprouvé' déjà  quelque  désagrément  ;4ai- 
une!  anieaieat  me  aaontrer  d'individu  qui. . .  » 

Elle  m'»A»ranipit.  <c  Si  j'acoe^te  voire  potitesse,  ne  dit 
&Biiy,  c'ieatA  la  coAdition  iqae  vousne  lérez  aucune  atten- 
lîsa  i  eeupa  a  fni(arri¥W  <ou  peut  aitriver  encere  «par  rappourt 
4910».  BfaA  ne. aie  chaqnacait  eoaime  de  devienÂr  le  siqM 
d'une  idiapvie  an  fnUic.  a 

Iwtioek'Se  passait  tarifa  senti  4^  falote,  «etd^lav»^ 
d'an  iisoleelaHr  aoeonsm  et  autorisé  4oat  on  acceptait  le  bcAS 
dispersait  la  foule  des  insolents.  Nous  desomdkakes  eyaAS  w 


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168  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

coudoyer  un  seul.  Emily,  un  peu  rassurée,  ajouta  :  a  Le  gen- 
tleman qui  nous- a  accompagnées  ici,  le  mari  de  madame 
d'Acunha  (c'est  ainsi  qu'elle  désigna  la  vieille  dame),  doit  avoir 
éprouvé  quelque  accident  qui  Tempéche  de  nous  rejoindre  ; 
il  nous  quitte  ordinairement  pendant  le  ballet  pour  aller  se 
placer  au  parterre ,  mais  il  revient  toujours  à  temps  pour 
nous  escorter. 

—  Et  vous  avez  été  exposée  ce  soir  à  quelque  désagrément» 
j'en  suis  convaincu...  Ne  le  niez  pas,  lui.db-je  en  voyant 
qu'un  dernier  groupe  formait  une  double  haie  sur  notre  pas- 
sage, fixant  sur  nous  des  regards  grossièrement  rieurs...  Sans 
doute  votre  voiture  vous  attend? 

—  Je  n'ai  pas  de  voiture,  répondit  Emily  sans  le  moindre 
embarras,  sans  la  moindre  mauvaise  honte.  Peut-être  aurez- 
vous  la  bonté  de  nous  faire  approcher  un  fiacre,  comme  au- 
rait £ait  M.  d'Acunha  s'il  eût  été  ici.  d 

Je  fus  frappé  d'horreur...  non  à  l'idée  de  faire  approcher 
un  fiacre,  un  vulgaire  fiacre ,  je  le  jure,  mais  à  l'idée  de  lais- 
ser Emily  et  sa  compagne  seules  dans  le  vestibule  du  théâtre 
pendant  que  j'irais  chercher  la  voiture  dans  les  affreuses  ave- 
nues de  Shepherd-Market,  ou  les  fiacres  stationnaient  à  cette 
époque,  a  Je  n'ose  pas  vous  quitter,  lui  dis-je;  accompagner- 
moi  jusque  sous  le  péristyle  extérieur,  et  un  porte-flambeau 
nous  procurera  un  fiacre.  » 

Le  porte-flambeau  (linkboy  )  était  dans  ce  temps-là  la  pro- 
vidence des  personnes  forcées  d'aller  au  théâtre  sans  laquais 
ni  voiture. 

«Une  voiture!  demandez  une  voiture  1  nous  crièrent  une 
demi-douzaine  de  ces  drôles  avec  leur  voix  glapissante; 

—  Une  voiture I  demandez  une  voiture!  répétèrent  en  même 
temps  derrière  nous  d'un  ton  goguenard  une  demi-douzaine 
de  ces  beaux  messieurs  à  l'insolence  desquels  Emily  me  de- 
vait réellement  d'échapper;  et  quand  le  fiacre  fiit  amené»  le 
même  cortège  l'entoura ,  après  avoir  emprunté  les  flambeaux 
des  linkboyt  pour  nous  éclairer  avec  les  mêmes  intentions 
d'insulte  ou  d'ironie. 


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LES  PREHIÈBES  AMOURS  D'UN  FAT.  168 

•^  D  fimt^  dis-je  ioat  bas  à  Emily,  que  vous  me  pennetUez 
de  vous  accompagner  jusque  chez  vous ,  serait-ce  à  côté  du 
cocher.  » 

Eim]y  ne  me  répondit  pas;  j'interprétai  son  silence  comme 
un  consentement...  Si  je  n'avais  tourné  la  tête  pour  chercher 
i  reconnaître  en  parlant  un  de  ses  lâches  agresseurs,  j'aurais 
fQ  qu'elle  pleurait...  A  peine  assis  dans  le  fiacre,  où  je  m'é- 
bnçai  après  madame  d'Acunha,  j'entendis  ses  sanglots  et  la 
yis  se  presser  avec  une  sorte  d*effiroi  contre  sa  compagne. 

Je  fus  assez  mattre  de  moi  pour  ne  pas  lui  offrir  des  con* 
solutions  qui  n'auraient  fait  qu'augmenter  son  embarras. 
Mon  rMe  était  de  rester  là,  champion  silencieux  et  discret. 

la  vieille  dame  —  ou  madame  d'Acunha,  puisque  c'était 
800  nom, — ne  fut  pas  âchée  de  s'emparer  de  la  conversation 
par  on  torrent  de  paroles  que  l'accent  de  l'orateur  me  disait 
assez  être  l'expression  d'une  fureur  conjugale  contre  ce  mal- 
heureux retardataire  ou  réfiractaire  M.  d'Acunha ,  et  proba- 
blement aussi  contre  les  chevaliers  félons  d'Angleterre  qui 
avaient  menacé  de  leur  agression  deux  dames  seules.  Je  pen- 
sai qoe  le  cher  M.  d'Acunha  courrait  quelque  danger  de  la 
part  de  cette  Junon  furieuse,  à  moins  qu'il  ne  parvint  à  jus- 
tifier son  absence  par  quelque  attaque  d'apoplexie  pour  le 
moins.  Cette  idée  fit  sourire  ma  malice  de  vingt  ans  et  demi  ; 
toutefob  je  fus  bientôt  absorbé  par  le  chagrin  d'Emily,  dont 
je  devinais  tout  l'orgueil  blessé,  toute  la  délicatesse  en  souf* 
france.  Ses  larmes  s'arrêtèrent  au  moment  où,  grâce  à  un 
petit  retour  que  je  fis  sur  ma  vertu  digne  d'Amadis  et  de  Pal- 
merin,  je  pouvais  m'attendre  à  en  voir  couler  quelques-unes 
provoquées  par  la  reconnaissance. 

«  Vous  êtes  un  peu  remise,  j'espère?  lui  dis-je,  ne  voulant 
pas  être  réduit  plus  longtemps  à  mon  à-parté^  mais  en  con- 
servant le  calme  le  plus  respectueux  dans  mon  attitude.  En 
tête-à-téte  avec  la  vieille  madame  d'Acunha,  je  n'aurais  pas 
conservé  une  perpendiculaire  plus  décente. 

— II  me  reste  toujours,  répondit-elle  encore  émue,  l'amer 
regret  d'avoir  été  l'occasion  d'un  dérang^nent  aussi  désagréa- 


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tTD  LB5  PUBMIÈRBS  AHeOftfi  D'HIT  PAT. 

Ue^ponr  les  persoDDes  qui  «ODt  arec  moi.  M.  Hmmer  m'a- 
vait biea  avertie  qu'il  y  avait  de  l'impnuleaoe  A  satîsfiMfe  bml 
passion  pour  ?a  musique  en  me  hasardant  à  l'Opéra  acoom*- 
pagnée  senkaieiit  d'élranepara  qui  ignorent  la  langue  anglaise  ; 
iBais  rhabitude  rend  téméraire,  et  j'ai  déjà  ei  souvent  occupé 
iamème  loge  «ans  être  reaiarquée  ou  suivie,  que  je  oMeaîa 
•d'avoir  la  moindre  apprèhensiofi. 

-^  liais  oonHaent,  lui  dis-je,  votre  pêrt,  piévoyant  le  dan*- 
ger,  B'a»t-ti  pas  iainiiéme  voulu  vous  accompagner  au  tbi4- 
4Be?i^ 

£Ue  me  répondit  avec  douc^iri 

<«  Voilà  deux  fois  que  vous  me  parlez  comme  «i  j*4taifi  la 
£Ue  de  M.  Hanmer  -:  TOtre  courtoisie  vous  donne  droût  à  des 
asfriiealioaa  que  je  n'aurais  pas  cru  devoir  à  un  étranger.  Je 
aats  sa  pupnlle,  coniée  è  ses  soins  depuis  quelques  mois,  «t 
^  m'appelle  Enuly  Carnet  » 

£nfin  elle  coamençait  à  se  faire  connaître. 

f(  J'espère,  lui  dis*je,  que,  vu  mes  relatioiw  de  fiunilleacv^c 
IL  Hanmer,  vous  v<oudrez  bien  m'aoeorder  le  privilège  de 
me  montrer  votre  champion  partout  où  vous  aurez  bosoia 
«d'un  proteetear? 

—  Vous  avez  lèté  très^Migeant,  répendst  £m% ,  <t  je  smîa 
aanaible  à  votre  courtoisie.;  mats  vous  deviez  ne  pard 
ai  je  voue  assure  qae  toute  relation  plas  Â&lîme  entre  i 
-aérait  trèsnaal  vue  de  mon  tuteur.  » 

C'était  me  jeter  legaat  de  défi  un  peu  eavaUèrementI 
îeti'avais  plus  le  temps  de  répliqaer.  Les  pleurs  d'Emily  «'é- 
iaient  prolangés  si  déraisonnaidemerà  que  nous  étions  à  la 
porte  de  M.  Hanmer  dans  Sêmtkmnpton»- BuiUUngê.  Je  m'a- 
aperçus  en  mèmctemps  q«'«n  eecoad  fiacre  «leua  «uivait,  eon- 
^eaant  saa«<  doute  des  dievaKers  moins  fliscrcAs  que  bmm. 
r«iUaie  «descendre  p«ar  damier  la  main  âmes  deux  infmtauy 
Inrsque'Emilf  m'aMta  t 

a  J'ai  une  faveur  encoite  A  «vous  demander,  me  dil-eHe^  c'«eat 
de  iiouknr  bien  accompagner  madame  d'Aeunfaa  «bez  ^lle 
iBartoa^nMoiat.  8i  elle  s'arrêtait  M  paur  vaas^Mlar 


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LH  FBni*BBi  AMOBMS  0'UV  FAT.  ITl 

MUe  pane,  IL  liiMMr  «ppieadrait  ifïi\  nou»  est  survenm 
^qw  oboie  d'csIrioniîiiftiM, eltseraii  inquiet  une  avtro 
tà^  Madave  d*.AciualHi.«e  parie  pas  raQglaîft,  autiieffieai  eUa 
foiiàait  aes  nflMRteants  aux  nûmM.')) 

1  •ssflietft,  EnUy  santa  4a  ^pfcnière  hors  du  fiacre,  doot  if 
«nthepiei  awt  été  imasé  peadatttaa'ddriHèrepi}vase^.la 
eMii€r«vaitagîté  lenarÉeau  pretiaUenient.  Le  derolaqnafti 
de  MH.  Hanmer  et  Snatch  était  sur  le  sevil  aivec  lUi  flambeaiM 
iae  o»  rastadt  pfais  qu'à  me  débarrasser  dela'vieiik  dame 
aMchviéamoUkîté  q«0  la  jeune  Vétak  débarraMéedencit 
awptBVDÎrfdanJMr  om  leçon  à  ceax4]iÛA0iia  avaient  sui;^i# 


tteité«edl  dans  le-fiaone  avec  nadante  d*Àcanha«  je  veomh' 
OM  «nÉn  i^se  «e  veapeetaUe  tèiftenm,  fisimplemeot  véliii 
eibafattt  <e  déUcienx  parfont  de  yaaille  cpaî  semble  être  VMêr 
MMphère  Bafenrelle  de  ienies  les  femoMe  <ki  P^rluf^al»  et  je 
regrettais  de  ne  pas  entendre  «a  .mot  de  la  Imgne  -du  Cth 
iDOéag  ,  povr  la  firire  jaser  sor  fimily  Barnet.  Je  la  déposai 
donc  sUeacîenBemeBt  devant  ime  maison  d'assez  honorable 
qjpareaee,  dans  Bnrton-^reseent ,  et  j'allai  dana  mon  petit 
appartement  d'Haaover  Sqpiape  réfléchir  aux  diverses  av€A* 
tares  de  ma  soirée. 

le  n'avais  pas  trop  à  me  plaindre: 

Aamdoné  par  lady  Harriet  —  ajrant  eu  cm  aomrtre  de  la 
«arquise  de  Deireren  —  remeroîé  {finciensemeat  et  afihe** 
taeviement  par  Erail;  !  —  il  7  en  avait  astei  pour  faipe  éenr^ 
ner  une  tète  plus  soitdemeot  iioëe  que  la  mienne  eur  an 
«paaies. 

CHAPITRE  IV. 

tahnéimBin  nagiti,  i  neuf  faemsm,  fe  me  prtpawaîi  ft  aa»»» 
*riB lit,  nn  pn  mmlrarié  d'^4ire  tenu  d'atter^  à  dix, iEaara 
■w  «iami  dans  lni«(rmng.Btreet;  Tim,  si^n  petit  iaipam  (^en 
«e4eaappelnit  paaMmredettigne),  TinÉMmitiri 


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172  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'CK  FAT 

et  posant  un  petit  papier  plié  triangulairement  sur  mon 
oreiller,  me  dit  :  k  Monsieur,  le  valet  de  chambre  delady  Har- 
riet  attend  une  réponse.  )>  Lady  Harriet! — Oui,  le  voilà  enfin 
ce  billet,  messager  du  bonheur.  Elle  est  piquée,  j'en  suis  sArl 
Lisons.  Lecteur,  je  suis  un  jeune  lion  de  vingt  ans  et  sept 
mois,  couché  dans  Tédredon  moelleux  d'un  bon  lit  A  la  fran- 
çaise ;  est-ce  (pie  je  commettrais  une  trahison  en  vous  com- 
muniquant ce  qui  suit? 

«Veuillez  bien  venir  dtner  avec  nous  aujourd'hui  à  Richmond. 
Si  vous  êtes  à  ma  porte  vers  quatre  heures,  lady  Devereox 
vous  offrira  une  place  dans  son  barouche.  Nous  partons  de 
bonne  heure  pour  avoir  le  temps  de  nous  faire  un  peu  cbam- 
pètres  avant  le  dtner;  peut-être,  il  est  vrai,  les  lilas  et  les  la- 
burnums  ne  sont-ils  pas  encore  assez  en  fleurs  pour  satÎBlaire 
aux  désirs  des  rossignols  et  des  dames  du  beau  monde...  A 
propos,  j'ai  une  querelle  à  vous  faire  ;  mais  c'est  à  Richmond 
que  nous  nous  livrerons  bataille.  » 

Une  (pierelle!  mon  cœur  gonflé  de  vanité  me  disait  que 
c'était  au  sujet  d'Emily.  Lady  Harriet  savait  déjà  que  j'avais 
escorté  le  soir  une  beauté  anonyme...  et  d'ailleurs  ne  m'avait- 
elle  pas  vu  dans  la  loge  des  troisièmes!  Délicieux  triomphe! 
Je  méritais  d'être  rappelé  à  l'ordre  avec  réprimande  1 

«  On  attend  la  réponse,  me  répéta  Tim. 

—  Je  répondrai  plus  tard,  dis-je,  bien  décidé  à  ne  pas  ré- 
pondre avant  le  lendemain ,  et  à  répondre  de  manière*  à  dés- 
esp^er  ma  jolie  veuve.  Dix  ladies  Harriet  et  dix  marquises 
ne  m'auraient  pas  fait  aller  à  Richmond. 

De  même  que  l'invitation  de  lady  Harriet  me  déterminait  i 
refuser,  le  refuê  d'Emily  m'excitait  à  retourner  à  Southamp- 
ton-Buildings,  à  y  retourner  ce  jour-là  même  de  quatre  à  cinq 
en  sortant  des  bureaux  de  mon  ministère ,  juste  à  l'heure  du 
rendez-vous  donné  à  Grosvenor-Place.  En  effet,  un  peu  avant 
cinq  heures  j'étais  à  la  porte  du  vieux  Hanmer  et  iiadsais  des- 
cendre le  factotum  de  l'étude  :  «  Dites,  lui  criai-je  de  ma  plus 
grosse  voix,  dites  que  M.  Cecil  Danby  est  venu  s'informer 
des  nouvelles  de  toute  la  famille,  et  remettez  ma  cartel  »  ie 


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LBS  PBBMliB£fl  AVOUBS  D'UN  FAT.  173 

ne  retinds,  bien  persuadé  que  j'avais  été  entendu  de  toute  la 
maison,  et  laissant  le  clerc  abasourdi  de  cette  singulière  dé- 
noBstiation. 

Le  surlendemain  était  jour  d'Opéra;  je  m'y  rendis,  me 
préparant  à  revoir,  avec  un  cœur  ému,  la  scène  de  mes  inté- 
ressantes aventures;  je  savais  que  lady  Harriet  n'y  serait  pas, 
elle  avait  un  engagement,  et  je  me  proposais  d'être  tout  en- 
tier au  souvenir  d'Emily,  en  allant  occuper  sa  loge  solitaire. 

A  mon  extrême  surprise,  à  peine  levai-je  les  yeux,  je  revis 
madame  d'Acunha,  conjugalement  accompagnée  de  M.  d' Acu- 
aha,  cette  fois-ci,  et  bientôt  Emily  ne  put  échapper  non  plus 
à  mon  regard,  quoiqu'elle  restât  au  fond  de  la  loge.  Je  gravis 
l'escalier  des  troisièmes,  et  me  fis  ouvrir  cette  loge  fortunée. 
«  J'ai  pris,  dis-je  à  Miss  Barnet,  la  liberté  de  venir  savoir  com- 
ment vous  êtes  depuis  les  fiatigues  et  les  ennuis  de  l'autre 
soir.» 

]e  fus  accueilli  avec  un  sourire  et,  je  crois,  un  peu  de  rou- 
geur. <c  Vous  êtes  peut-être  étonné,  me  dit-on,  de  me  retrou- 
ver ici;  mais  comme  H.  d'Acunha  nous  a  promis  de  ne  plus 
nons  quitter,  et  que  nous  partirons  avant  la  fin  du  ballet,  je 
n'ai  pas  eu  le  courage  de  me  priver  de  la  Flauto  magico.yi  Je  dé. 
bitai  je  ne  sais  quelle  phrase  stupide  pour  déclarer  que  ce 
n'était  pas  moi  qui  regrettais  qu'elle  aimât  à  ce  point  la  mu- 
sique de  Mozart.  Mais  elle  ne  parut  pas  m'écouter,  et  me  pré. 
senta  i  M.  d'Acunha  ;  celui-ci  nous  interrompit  en  m'ofirant  sa 
place  sur  le  devant  de  la  loge.  Je  me  gardai  bien  d'accepter 
et  restai  sur  la  quatrième  chaise  du  fond  à  c6té  d'Ëmily.  Là, 
grâces  à  l'attention  de  M.  et  madame  d'Acunha  pour  le  jeu 
détestable  de  Tramezzani,  j'eus  presque  la  liberté  d'un  iète- 
i^ète. 

Emily  était  aussi  simple  dans  sa  parure  que  le  mardi 
précédent;  pas  un  nœud  de  ruban  de  plus  à  sa  robe  noire, 
-—  pas  une  boucle  plus  coquettement  arrondie  à  ses  beaux 
cheveux;  c'était  donc  son  premier  sourire  qui  me  la  fit  pa- 
raître deux  fois  plus  attrayante. 

«Vous  autres  Anglais,  me  dit-elle  dans  l'entr'acteivous 


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17*  IBS  vvBmÈam  a«ow»  #»»  fj». 

srez  peine  i  eompreiHftre  qoellff  pâSB»*»  dw  nwrique  fca*M>" 
tre  le  clhiMrt  et  les  impreswow  locaie»  dm  p»f» oéndiiaiu 
Pour  vbus,  la  musique  est  un  luxe  ;  pour  nous,  c'est»»  dMb»> 
sohM  delà vi«.  fc  n'ai  p»  *  TOwappPWwlwqw  te  nmoa  de 
mon  tuteur  ne  eontfentpw  grand^dio»  pour  apfiver  Imé»- 
Ration.  VoBàtro'wBioiB  que  je  «w»  priMwnièie  en  Angk»- 
ferre...  dans  ht  froidr,  uoteiinieile  ««  triste  Angleterref  co» 
patatrremeat,  teeowwM  le  plwa  au»tèrc  de  ma  tetramlBleavec 
tes  hannomes  de  se»  céréwonàe»  reUgiewe»  et  le»  peefums 
de  »oB  atmwpïkèw  «era»  encore  •■  «*re  !*•. 

—  Kè  seraft^epM,  *" lépoodiB-je,.  qoe  vow  fMMdatro^ 
«chwirement  roa  idée»  awr  yezpérience  de  SmrtAeMpÉm- 
BittlUngi  ?  No»  étés  oirt  lears  fc«ra  d'ofMffsr  conme  les  ▼*- 

très  et  nos... 

—  Non,  non,  n'ayer  pas  la  prétention  d'aveir  pw»  la  m»- 
sique  la  moitié  du  goût  qui  anime  le  plus  pauvre  port««r 
(feau  de  Lisbonne.  J'ai  saivi  asseï  eïaele«ent  k»  lefirésen- 
taftons  de  TOpér»;  impossible  de  voir  wwaaUe  plus  frMde 
etmoins  attentrre.  Peut-être  ares-rou»  trop  d'auHea  plaisifs 
poar  attacher  beaucoup  d'importamse  i  la  miisi«iiie;  vwia 
venez  ici  étaler  tant  de  hwa,  q«'il  est  aisède  deviner  qm 
rens  n'en  avea  pas  bemia  ceaw»  d'ime  coii«>latio»  ;  «ife 
n'est  qu'im  de»  Ta«Mme^'d»h:«iode  :  eeetaut»  <AeM 
pov  noos;  elle  fcit  partie  de  wtre  reliçio»...  eHeert  a» 
«?aiil-g»*l  de  notrecieL.,  uBlmnmepcmr  noB  «Mpin»,  et  pwit 
iwa»  «Miir  Me»  de  to*e»  tes  joaisaantts  de  U  vie  opiitante,  » 

le  s«ippriHiai  ma  répUqacv  R'iMmt  pw  ilMshé  de  ne  laieMar 
battre  dan»  la  diB«»sioB  :  «  Bevea-wn»  rester  hmgteiap»  à 
Londres?  M  demaBdairjB. 

Uélas!  quile  sait?  Nous  sommes  des  réfugiés.  Mon  pèrecst 

an  Régodant  de  Lirtwnneqal  kabèteCintra.  L'étaides  aAaiies 
polHiqoe»  daPortagal  Fa  dèlanniiié  i  pceBter  da  départ  de 
ses  amis,  le»  d'Acimha,  paar  me  procurer  un  aiik  «k  Aa^e- 
terre.  Dan»  la  crainte,  pentr*tae,de  kwr  ignorance  des  c««lm- 
mes  de  ce  pays,  il  m'a  adressée  par  le«»  intermédiaire  à  eoa 
eerrespoodant,  M.  Bamaer,  qui  a'est  chargé ée me  servir  de 


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LBS  PBEMIÈBSft  AJIOUBS  D'UN  FAT.  flft 

tatev.  Il  y  a  vingt  ans  que  mon  p^  a  quitté  y Anglfktcrre,  il 
ne  f&W9ài  donc  appfécier  —  exaelenent  comprendre  — «4 
peanpioi  ne  le  dirais-je  pa»  Êrancbement  ?  il  ne  sftraiâ  pas 
dan^ifudle  manson  triste  il  nft*enyoyaît...  Je  lui  ai  écrit  paw 
la  opplier  on  de  me  rappeler  prè».de  luMon  de  ow  tronMT 
«I  aiite  pki»  convenable.  » 

Je  fus  charmé  de  sa  franeMse,  et  d'autant  pbisqne  «i.r^ 
stfve  prudente  me  prouvait  qu'elle  n'accordail  paa  légèrement 
aa  confiance.  A  mesure  qne  nous  devenioan  plu»  toines^  jf •- 
sai  lai  reprocher  sa  kauiêur  loi»  de  nos  deux  pi3enriéies.e»- 
faneyiiea. 

«  Eavérili^  me  dît-eUe9pe«vai9«je  me  MMaèner  aulreè  wiler 
égard?  Veaa  rendez-vous  bien  justice?  N'y  afaîi»il  pa»n» 
certain  air  de  protection  dans  voa  nnaiérea^  comme  ai  voas 
&i6itz,bean€oap  d'honneur  à  celle  qui  paraissait  être  damrfai 
éipendance  de  l'humble  procureur  de  votre  noble  pire?  Nue 
deux  orgueils  se  sont  heurté»;  mai»  le  mien  a  fini  par  céder 
leisqueiie  me  suis  vue  réellement  protégée  pur  le  jeune  cava- 
Uer  4ottt,  d'après  certaine  avertiaeements  de  M.  Hanmer,.  je 
ne  serais  pohnUement  défiée  le  plus  il  y  a  trois  joura.  GoUr 
aoitez  à  une  amnîatîe  réciproque.  » 

Accoutumé  aux  élégants  mensonges  des  salons  de  lady  Oi»- 
mington  et  de  lady  Harmet>.  je  trouvas  cette  Mive  eapUcatîoii 
Favis6aate.£Alraluémoif«iémebors  de  mon  caractère  factice, 
youbiiai  UM  eompltment»  ridicdes^  mes  ruses  de  gatmiAericv 
et  je  m  fia  avec  Eiuîly  naturel  oonme  elle;  peul<4[tcv.  ne 
finie  pa»  akiable  comme  fs^  l'étais  qucdipiefois  avec  kuty 
Barriet,  aiaie  je  le^Cos,  et  il  me  vint  à  ses  cMés  (piques  idées 
beareuses,  préférables  certainement  an  kuprempÉus  fisiita  à 
loisir  c|ae  j*échan0sai»  avec  la  verve  artifictelle  de  la  coquette 
à  qui  je  foisais  une  cour  si  assidue  dans  Grosvenop-Flace. 

II  y  aiak  dans  les  manières  d'Emily  cette  élégance  innée 
aussi  inséparable  de  certaine»  naturea  que  le  parfum  de  cer- 
taines fleura.  Offensée  y  c'était  une  veine  ;  amusée,  c'était  ua 
aA&ttt.  Elle  ne  coanainseit  paâ  grand'cfaose  des  cenvenlfcrna 
de  la  seeiélé.  Tcmtes  ses  idées  du  décorum  émanaient  de  su 


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176  LES  PREMIÈRES  AMOURS  d'CK  FAT. 

modestie  instinctive.  Ma  fetuité  était  aussi  peu  comprise  d'elle 
que  le  serait  d'un  sauvage  le  ressort  de  quelque  machine  ar- 
tistement  compliquée.  Mais  lorsqu'elle  approuvait, — lorsque 
par  hasard  j'exprimais  un  sentiment  qui  excitait  ses  sympa- 
thies — ses  yeux  s'humectaient  aussitôt,  ou  si  par  quelque  sar- 
casme, quelque  saillie,  je  parvenais  à  la  divertir,  le  plus  joli 
sourire  me  montrait  toutes  ses  dents  de  perle. 

A  compter  de  ce  jour,  je  fus  fidèle  à  mon  poste  tous  les 
jours  d'Opéra.  Petit  à  petit,  les  d'Acunha  se  familiarisèrent 
aussi  avec  moi  ;  on  comprend  qu'ils  durent  être  sensibles  à 
mes  avances  dans  leur  isolement  d'étrangers  au  milieu  de 
notre  vaste  métropole.  Emily  me  fit  entendre  qu'ils  avaient  des 
intérêts  communs  avec  son  père ,  et  que  ces  intérêts  étaient 
gravement  compromis  dans  les  destinées  précaires  de  leur 
pays.  Tout  leur  temps  était  absorbé  par  des  affaires  relatives 
aux  finances  de  Portugal  ;  ils  n'avaient  d'autres  distractions 
que  les  deux  soirées  de  musique  que  l'Opéra  leur  offrait  cha- 
que semaine.  Enfin  ils  n'étaient  pas  d'accord  avec  Uanmer, 
et  leur  mésintelligence  provenait  justement  de  leur  position 
réciproque,  relativement  à  la  tutelle  de  miss  Baruet,  ce  qui 
m'explique  le  silence  qui  fut  gardé  à  mon  sujet  auprès  du 
vieux  procureur  de  mon  père.  Au  reste ,  je  ne  me  souciais 
guère  alors  d'aucune  espèce  d'explication. 

Heureusement  pour  moi  que  l'Opéra  n'était  ouvert  que  deux 
fois  la  semaine  :  autrement  c'en  était  fait  de  tout  mon  avenir 
d'homme  à  la  mode.  Plus  de  temps  passé  dans  la  société  d'une 
créature  raisonnable  eût  mis  en  danger  à  la  fois  ma  fatuité 
aussi  bien  que  mon  cœur.  D'un  autre  côté ,  ces  rares  soi- 
rées de  bonheur  me  suffisaient.  A  vingt  et  un  ans  et  demi  on 
reste  entre  aujourd'hui  et  demain  indépendant  de  l'un  et  de 
l'autre.  Aujourd'hui  contient  un  empire I 

Emily  aimait  à  me  décrire  les  habitudes  de  son  enfance,  la 
maison  de  son  père  à  Cintra,  ses  jardins  d'orangers,  ses  mon- 
tagnes, ses  bosquets  de  myrte,  ses  chœurs  de  rossignols ,  son 
désespoir  lorsqu'elle  sut  qu'il  lui  fallait  quitter  tout  cela  pour 
aller  demeurer  parmi  des  étrangers,  dans  un  pays  étranger. 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'CN  FAT.  177 

dans  un  pays  septentrional,  un  pays  protestant  1  «  Et  cepen- 
dant, ajoutait-elle  avec  un  sourire,  j'étais  loin  de  soupçonner 
tontes  les  horreurs  de  TAngleterre ,  ou  d'imaginer  Tétroite 
cage  d'une  maison  de  procureur  dans  Southampton-buildings. 
J'avais  entendu  parler  à  mon  père  de  M.  Hanmer  comme 
d'an  homme  énormément  riche.  Cependant  quelles  jouissances 
s'accorde-t-il?  A  quelle  étude  intellectuelle  s'adonne-t-il  ?  Les 
livres,  la  musique,  les  fleurs,  sont  comme  n'eiistant  pas  dans 
cette  maison.  Mon  père  aussi  est  un  homme  d'affaires ,  mon 
père  est  un  simple  marchand  ;  mais  notre  maison  est  décorée 
detableaux...  nos  jardins  sont  garnis  de  fleurs  1...  Un  jour  passé 
sans  musique  ou  sans  lecture  nous  semblerait  un  jour  perdu... 
Comment  cela  se  feit-il  ?...  Tous  vos  hommes  occupés  sont-ils 
aossi  tristes,  aussi  froids,  aussi  ennemis  des  arts,  ornements  de 
la  vie,  que  ceux  que  j'ai  vus?...  La  conversation  est-elle  consi- 
dérée dans  toutes  vos  sociétés  comme  une  perte  de  paroles  ? 

—  Une  conversation  comme  la  vôtre  serait  partout  appré- 
ciée, t)  lui  répondis-je.  Mais  je  ne  pouvais  m'empêcher  de 
plaindre  cette  plante  du  Midi  s'étiolant  dans  les  prosaïques 
habitudes  de  nos  classes  moyennes ,  exclusivement  occupées 
des  soins  matériels  de  leur  existence  ou  de  l'égoïste  augmen- 
tation de  leur  fortune.  Je  cherchais  du  moins  à  l'arracher  au 
sentiment  de  son  isolement  par  mes  descriptions  de  notre 
monde  aristocratique  ;  je  lui  peignais  surtout  les  salons  de  ma 
mère  aussi  minutieusement  qu'un  intérieur  de  Miéri^  ;  chose 
étrange  !  mon  but  était  de  la  réconcilier  à  l'Angleterre,  et  de 
la  réduire  à  jouer  un  jour  son  r6Ie  dans  ce  monde  d'où  son  in- 
fluence plus  forte  aurait  fini  par  me  détacher  moi-même.  Jus- 
qu'à ce  que  je  l'eusse  connue ,  j'avais  agi  d'après  l'impulsion 
des  autres ,  je  n'avais  existé  que  comme  une  feuille  sur  l'ar- 
bre; maintenant,  j'avais  une  identité  individuelle  que  je  de- 
vais à  une  existence  aussi  douce  que  dangereuse  I 

Une  surprise  désagréable  me  ramena  à  un  autre  ordre  de 
sensations.  Parmi  notre  frivole  jeunesse  aristocratique,  mon 
frère  était  une  exception,  un  être  à  part,  qui  se  préparait  par 
Tétude  à  feire  un  jour  du  bruit  à  sa  manière. 

5»  SÉRIE.  —TOME  XI.  12 


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178  LES  PREHIÈRSS  AHOCRB  l»*UN  FAT. 

a  J'ai  vu  votre  frère ,  me  dk  un  soir  Emiiy ,  lorsque  j'c 
pris  place  à  côté  d'elle. 

*—  J'espère,  lui  répondis^je  avec  un  retour  de  fatuité  «rro- 
gante,  qu'il  a  eu  l'honneur  de  vous  plaire.  Où  jHt«4l  eu  la  il- 
licite de  vous  rencontrer? 

-—  Quel  langa(;e  cérémonieux  ce  soir  1  reprit  Emtly  ;  -*  en- 
tendant dire  que  M.  Daoby  était  dans  le  salon ,  et  ignorant 
que  lord  Onnington  eût  deux  fils... 

<*-  Vous  vouliez  voir  ai  j'avais  toujours  l'air  aussi  gauche 
que  la  première  fois  près  de  la  cheminée,  n'esi*ce  pas? 

^  Mon,  certes;  qu'aurait  pensé  H.  Hanner  de  nous  troo- 
ver  en  connaissance  si  intime  7  je  cherchai  à  satisfiJre  ma  cn- 
riosiié  par  la  fenêtre  lorsque  vous  sortiriez ,  et  je  crus  avoir 
mal  entendu,  tant  vous  vous  ressemblez  peu;  mais  à  dîner 
H.  Hanmer  nous  dit  qu'en  efFet  il  avait  vu  dans  la  journée  le 
fils  aîné  de  lord  Ormington  qui  allait  entrer  au  parlement... 

— Au  parlement  I . . .  Daoby  au  parlement  I . . .  Dois-je  donc  re- 
cevoir toutes  les  communications  de  ma  famille  par  l'intemié^ 
diaire  de  Southampton-Buildings?  ))  Cette  réflexion  m'échappa 
tout  haut  après  l'exclamation ,  tant  je  me  sentais  dépité  de 
la  perspective  des  distinctions  mondaines  réservées  â  mon 
firère. 

Serait-ce  donc,  par  parenthèse,  un  effet  inévitable  de  U 
perversité  humaine,  c^ue  les  frères  naîtront  toujours  ennemis, 
depuis  Gain  et  Abel,  Etéocle  et  Folynice,  Jacob  et  Esaû,  jus- 
qu'aux deux  Chénier  et  aux  deux  Danby  ?  Je  confesse  que  dès 
mon  enfance  j'avais  détesté  ce  vilain  John...  non  parce  qu'il 
était  mon  aîné<  Oh  I  non^  non  ;  je  n'aurais  pas  changé  s'il  avait 
fallu  devenir  l'atné  avec  ses  yeux  louches,  sa  tournure  igno-* 
ble ,  ses  épaules  étroites,  ses  longs  bras  sans  grâce,  ses  che» 
veux  de  la  couleur  de  ceux  de  Judas.  Non ,  je  n'eusse  pas 
voulu  Atre  un  duc  à  ce  prix  ! 

La  nouvelle  d'Emily  n'en  était  pas  moins^  authentique,  et 
le  lendemain  «  le  ministre ,  en  recevant  de  ma  main  quelques 
copies  de  letires,  me  fit  compliment  de  mon  frère.  Je  me  con* 
tentai  de  sourire. .  d*un  sourire  significatif. 


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LU  TmSXiteBi  AMOUSS  9'UV  FAT.  tW 

JLt  winMiff  ne  comprit  pmii^tie,  oar  U  répondît  (imf«- 
mtmi  à  non  aonrire^ 

«  Mab  nnw avons  das  gannties  dntdeni  de  M.  DianbgrI 

— lonl  Omiôgion  eaoB  dente  tous  l'a  recommandé ,  my- 
IndT 

—  Noo»  monsienr  ;  mais  en  me  reoonunandani  «on  cadet 
il  n'avait  oCert  d'avance  ka  servîoes  de  son  aîné»  ijpi'it  se  pro- 
posait de  faire  élire  dans  le  tMMirg  dont  il  dt^ge  rélection .  m 

Je  me  raoniîs  ien  là¥res. 

«  Nous  acceptAmes,  continua  Son  Excellence,  car  nous  sar- 
yions  qu*à  Cambridge  H.  Danby  s'était  distingué  de  manière 
i  être  un  jour  un  orateur  éninenL  a 

Je  ne  fus  pas  converti  à  l'esprit  de  famille,  lorsque  quel- 
ques joon  après  je  Teçm  les  bruyantes  ftlieitations  de  mes 
ûaliègaes  des  affaires  étrangètea.  L'honorsbie  M.  Danby  avait 
fiût  un  admirable  diseonrs.  Quel  bonnenr  ponr  moii  C'était 
hèn  la  peine  d'avoir  Mtuae  lépntatîonà  mon  bottier,  i  non 
liillenr,  à  awa  fournisseur  défauts!  ie semblats  condamné 
i  ne  ptna  briller  nutMnème  que  d'un  reflet  de  la  gloire  frn- 
terneDe.  Ce  jonr4à,  je  ne  privai  de  dtner  au  cM>  :  j'avais 
penr  qa'on  ne  m'y  jeCAt  aussi  mon  lirère  à  la  tète,  qu'on  ne  me 
snnlrAt  du  doigt  comme  le  Castor  de  ce  PoOui  poUtiqne. 
Ben  reseèa  de  ma  ftiblesse,  je  résnhis  de  dtner  en  lamiile. 

Je  a'osdiKeiai  pas  la  gaîc«é  que  fit  éclaÉer  lord  Ormington.  Il 
<(«t  fier  de  son  fils  l'orateur,  et  il  en  parla  tant,  qne  le  noble 
piir  ne  dnt  sans  doute  pas  remarqner,  lui  ordinairement  si  ta^ 
citurne  à  table,  que  lady  Ominglon  «et  moi  nevs  ne  pronon- 
cions pas  «ne  parole. 

LaAy  Onnington  était^le  aussi  faumiliée  de  l'éloqnencede 
sea  fils  ataéT  Non,  sans  doute;  mais  eUe  avait  de  son  cAtè 
aae  petite  cause  de  dépit.  Le  Boatinnèste  était  anMedu  Do- 
vonshnre  i  Londres  une  jeime  pemonne  ^j  depuis  sa  sortie 
fie  pension,  av«ît  demeuré  obea  une  taule  paternelle,  ^  «ne 
jeune  personne  mandée  probablement  powr  prendre  part  su 
triomphe  de  l'konorable  John,  et  qui  méritait  bien  d'avoir  le 
sien  dans  les  salons.  Cétait  ma  sœur  Irim,  devenue  une 


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180  LES  PREMIÈRES  AMOURS  B'UN  FAT. 

beauté  depuis  cpie  le  rouge  trop  ardent  de  ses  cheveux  avait 
passé  enfin  à  la  nuance  blonde.  Il  était  évident  que  le  règne  de 
la  mère  allait  finir  :  il  fallait  qu'elle  cédât  le  sceptre  à  la  fille. 
Pour  mon  compte,  j'aurais  trouvé  Julia  digne  des  pinceaux  de 
Raphaël  ou  de  Titien,  si,  fidèle  à  ses  préférences  de  petite 
pensionnaire ,  au  risque  de  passer  pour  bm-^leu ,  elle  n'avait 
ostensiblement  été  plus  glorieuse  du  frère  qui  louchait  que  de 
celui  qui  avait  pour  lui  l'éloquence  des  yeux  et  les  autres 
agréments  refusés  par  la  nature  à  l'héritier  du  nom  d'Or- 
mington. 

CHAPITRE  V. 

Je  fus  invité  deux  jours  après  à  une  fête  de  Carlton-House 
chez  le  prince  de  Galles.  C'était  une  grande  faveur  qui  avait 
été  sollicitée  pour  moi  par  je  ne  sais  plus  que'lle  comtesse  whig. 
Mais  à  ce  banquet  encore  ce  fut  à  qui  me  parlerait  de  mon 
frère.  Un  nouvel  orateur  au  parlement  est  plus  estimé  par  le 
parti  opposé  que  par  les  siens.  Les  ^higs  se  demandaient 
avec  anxiété  :  Quel  est  ce  jeune  Danby?  —  De  qui  est-il  fils? 
—  Bans  quelle  université  a-t-il  étudié  ?  —  Quel  a  été  son  pré- 
cepteur? —  De  quel  club  est-il?  etc.  —  Enfin,  si  quelque 
douairière  ou  demoiselle,  frappée  de  la  blancheur  de  mon 
linge  ou  du  beau  noir  de  mes  cheveux,  disait  :  Quel  est  ce 
grand  jeune  homme  appuyé  contre  la  porte  ?  je  subissais  la 
torture  d'entendre  répondre  :  Ne  le  connaissez-vous  pas? 
c'est  le  frère  du  Danby  dont  tout  le  monde  est  occupé  1 

Grand  Dieu  1  être  la  partie  supplémentaire  de  John  Danby  I 
faire  la  queue  de  la  comète  t..  J'étais  sur  le  point  d'appren- 
dre à  mépriser  les  distinctions  de  convention  ;  la  noble  na- 
ture d'Emily  avait  tellement  régénéré  la  mienne  ^  que  le  vrai, 
le  réel,  commençaient  à  acquérir  quelque  valeur  à  mes  yeux. 
Hais  adieu  à  mes  vertus  naissantes  I  Du  moment  où  je  me  vis 
au  second  rang,  vint  l'ambition  de  m'élever.  Il  était  indispen- 
sable à  mon  bonheur  de  ne  plus  être  désigné  comme  le  frère 
de  l'honorable  John  Danby  aux  yeux  louches. 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'LN  FAT.  181 

Hais  comment  me  distinguer?  —  comment?  —  Le  premier 
des  gladiateurs  ne  saurait  vaincre  sans  combat  ;  où  trouver, 
hélas I  une  arène?  Ni  Bacon,  ni  Milton,  ni  Burleigh ,  ni  Bo- 
lingbroke,  n'auraient  pu  se  faire  un  nom  remarquable  comme 
eommis  dans  les  bureaux  des  affaires  étrangères.  Appartenant 
enfin  à  la  clique  de  Carlton-House,  je  ne  venais  là  qu'après 
l'illostre  Brummel  et  même  après  quelques  autres  ;  j'étais  la 
goatte  d'eau  dans  l'Océan,  le  grain  de  sable  dans  le  désert! 

Une  pensée  soudaine  releva  mes  esprits  abattus;  une  pen- 
sée que  j'avais  eue  autrefois ,  mais  sans  un  but  aussi  sérieux. 
Si  j'épousais  lady  Harriet  Vandeleurl  Si  je  mettais  la  capitale 
en  révolution  par  nos  fêtes,  nos  dtnersl  Ses  8,000  £  de  rente 
(200,000  fir.)  ne  seraient  rien  dans  les  mains  d'un  joueur  tel 
qne Morley . . .  mais  ce  serait  le  Pactole  en  passant  par  l'adminis- 
tration d'un  génie  aussi  fertile  que  le  mien.  Après  tout ,  me 
disais^e  en  raisonnant  avec  moi-même  an  sortir  de  cette  fête 
dn  prince ,  après  tout ,  sans  mon  expédition  à  Southampton- 
Buildings  je  serais  resté  sérieusement  attaché  à  cette  piquante 
▼cuve,  qu'Emily  m'a  appris  à  regarder  comme  une  jolie  pou- 
pée. Ceserait  un  très-petit  sacrifice  que  je  ferais  de  devenir  son 
nian.  Elle  a  douze  ans  de  plus  que  moi,  oui;  mais  c'est  600  £ 
de  rente  par  chaque  année,  et  cela  comble  la  différence.  En  me 
fournissant  les  moyens  de  briller  dans  le  beau  monde ,  elle 
m'impose  la  plus  tendre  reconnaissance...  L'amour  ne  tardera 
pas  â  venir.  Décidément,  je  veux  me  mettre  bien  avec  elle  . 
Nouveau  lason,  je  me  voue  à  la  conquête  d'une  seconde  toi- 
aon  d'or. 

Le  lendemain  était  jour  d'Opéra;  j'avais  déjà  résolu  de 
cesser  mes  visites  à  la  loge  d'Emily,  quoique  pas  tout  d'un 
coup,  de  peur  de  causer  un  vide  alarmant  dans  son  existence. 
Je  roulais  la  sevrer  peu  à  peu  de  ma  société,  la  pauvre  en- 
fuit I  Je  ne  ferais  ce  soir-là  qu'une  courte  apparition  aux 
troisièmes.  Sous  plus  d'un  rapport,  d'ailleurs,  c'était  désira- 
ble :  les  d'Acunha  commençaient  à  savoir  assez  d'anglais 
pour  devenir  passablement  ennuyeux  ;  s'ils  allaient  foire  des 
(pestions,  mal  interpréter  les  réponses  1 


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181  LES  PKEM1*RK9  AMMTIS  »*Dir  MT. 

Quant  i  Emily ,  personne  n'était  moîm  qaestiMneiir  qn'dle. 
0*119  nos  tète44ète  je  n'arûs  à  redoater  avenu  cnriosili 
décomniéMige^ce  cpi  est  défont  dans  une  fevine  est  om 
délicieuse  cpuiUléde  CMiyersatîM  dans  one  aaùe;  esprit  à  h 
fois  naif  et  origmal ,  qai  tirait  tout  de  son  propre  fbiMfe, 
BniUy  n'avait  jamais  la  un  )oneBal ,  jamais  eatenda  une  né- 
dlsanee. 

£lk  me  trouva  FairlangiiîflBant. 

«  J^ai  été»  Int  répandis^je,  ceAta  miii  à  an  ha)  BMiyifiqye  à 
Cnritoi»-Ho«se. 

— Qa'esl-ce  que  CariHcMi-Mottas  ?  mm  iMfttrerî 

— Non ,  le  palais  d»  l'héritier  da  trAne  ^  dv  prima  da 
Galles. 

«--Le-  prittce  de  GaUest  J^ai  entendu  dire  i  U.  Hananv 
qne  (/étaitt  nn  noble  prince.  I)  eatîeaneeibeaB,  n'estnsepaaî 

-^  A«  contraire»  il  est  (pras,  il  a  qnanmta  an»,  il  porta  un 


—  Quelle  désiUm$km!  s'écria  Emëy;  nais  camment  4te^ 
resté  si  longtemps  au  bal  de  œ  prince ,  qui  est  gras  eC 

qui  a  quarante  ans? 

—  Parce  qne  le  bal  était  jevme  et  cbannant ,  répliquaî-j8 
8i«e  un  entlxMisLasme  ajffecté.  Un  profond  soupir  écbappa 
«ns  doute  à  la  pawre  Emily,  car  M.  d'Acunha  tourna  ds 
notre  côté  son  risage  plombé,  comme  pour  savoir  de  quoi  il 
était  question. 

UndeseliamieslespIu8séduisants.d'EmilyBametétaitFétfr* 
gance  de  son  cou  de. cygne,  un  peu  long  comme  celui  d^Aana 
Boleyn,  et  qui  prêtait  une  gvftee  particulière  à  tous  ses  mouve- 
ments. Que  dis-je  !  tout  en  ette  était  élégance  et  grâce.  Se  ne 
la  voyais  jamais  qai'à  son  désavantage,  toujours  an  même  IsfOy 
taojoars  avec  la  même  toilette  »  toiqoura  daus  la  même  att& 
tude,.  et  cependant  cette  situation  avait  aussi  son  attrait.  Celln 
logtt  sombre  et  sileociense»  —  le  costume  noir  des  troîs.  pe«* 
aesines  que  y* y  rencontraisy—les  partiealarités  de  leuns  pbyi* 
nanomies  ei  an  leur  langue^  to«t  oehi  avait  quelque  cheas^de 
solennel  et  de  monastique  qui  contrulait  avec  les 


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LES  PftBUIÈRBS  AMOVHg  B'Olf  PAT.  18S 

bruyanti  et  n  bien  éclairés  que  je  fréquentait. -Quand  j'avais 
ftanchile  seuil  de  cette  loge,  j*éproQvai8  eomme  Tinfluenoe 
d'nn  sortaége  :  il  me  semblait  entrer  dans  un  tableau  de  Ye^ 
fitoqoet,  o«  dans  les  secrets  d*un  vieux  roman  espagnol. 

«  Non,  non,  n  me  dis-je  pour  me  justifier  à  moi-même  eil 
dsieeadant  lentement  de  cet  autre  monde,  la  loge  des  d'A<> 
«aoka,  «  il  n'est  pas  possfl>leqQ'£mi)y  ait  rêvé  un  avenir  danf 
Isqad  nous  ayons  un  intérêt  coma».  Elle  déteste  TAngle* 
Ine,  cUe  M  petse  q«'à  retourner  en  Portugal.  Ses  lamentai 
tiens  me  rapprileat  sans  cesse  la  cbanson  de  Mignon  : 

Du  knd  wo  die  citronen  blubn  I  (1) 

iQu'est-ee  qui  pourrait  associer  les  destinées  du  fils  d'un 
pair  d'Angleterre  et  de  la  fille  d'un  marchand  de  Lisbonne, 
dn  diplomate  de  Doiming-Street  et  de  la  pupille  du  vieux  pro- 
omeor  de  Southampton-Buildings?  Je  ne  remonterai  pas  au* 
près  d'elle;  je  ne  lui  donnerai  pas  le  bras  pour  qu'elle  y  ap- 
puie son  corps  si  gracieux  dans  les  couloirs  et  les  escaliers 
dn  tbé&tre.  Il  est  temps  que  je  brise  un  lien  qui  ne  doit  pas 
mm  enchaîner  à  jamais,  rf  £n  me  parlant  ainsi,  j'entrais  dans 
Is  loge  de  lady  Harriet. 

Le  mardi  suivant  on  ne  me  vit  pas  une  seule  minute  dans 
eèBe  des  d'Aeunba  ;  j'évitai  même  le  parterre ,  de  peur  d'y 
rencontrer  le  vieux  Portugais ,  qui  aurait  pu  me  dire  :  Eh 
Utn!  vtms  ne  montez  pa$? 

Cette  manœuvre  eut  pour  effet  d'amener  Emily  sur  le  de^ 
vant  de  la  loge  pendant  le  ballet  :  c'était  la  première  fois 
qu'elle  reprenait  cette  place  depuis  la  périlleuse  nuit  où  je 
i^^éiais  jEiit  son  chevalier.  Je  pus  suivre  ses  yeux  qui  me  chef* 
chaient  dans  toute  la  salle,  et  qui  empruntèrent  même  la  \ot^ 
foette  du  vieux  d'Aeunba. 

Toat  cela  ftit  très^vorable  à  ma  politique;  car  j'étais  né*' 
tosairement  insCaHé  à  côté  de  lady  Harriet  Yandeleur,  -^M 
s^nt  à  roreilk  d'Eve...  et  auprès  de  eelle^î  l'attention  gé^^ 

W  Geus  MnPi  oè  iM  sUfonaîsrs  flsivriMSAi^  (Geatai*) 


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ISi*  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

nérale  excitée  par  la  beauté  d'Emily  ne  me  fit  aucun  tort.  On 
en  parlait  malgré  soi,  car  elle  était  à  la  fois  une  beauté  et  un 
mystère.  Tout  le  monde...  c'est-à-dire  le  monde  fiashionable, 
ne  la  connaissait  que  sous  la  désignation  de  Vanonyme  de  CtcU 
Danby;  j'étais  le  seul  homme  admis  dans  sa  loge,  le  seul  qu'on 
eût  jamais  vu  lui  adresser  la  parole;  enfin,  grâce  sans  doute 
à  la  bande  de  mauvais  garnements  qui  nous  avait  suivis  cer- 
tain soir,  un  bruit  vague  courait  qu'elle  vivait  dans  une  rue 
obscure  du  quartier  de  Bloomsbury-Square.  Était-ce  ma  fiiute 
si  le  monde  bâtissait  des  suppositions  indiscrètes  sur  de  pa- 
reilles bases  ? 

La  conséquence  de  tout  cela  était  que  personne  n'osait  citer 
Emily  irrespectueusement  devant  moi ,  pas  plus  qu'on  n'eAt 
cité  ma  sœur  :  quoique  proclamée  partout  la  plus  belle  créa- 
ture de  la  métropole ,  on  n'en  faisait  jamais  mention  en  ma 
présence.  Ce  soir-là ,  pendant  que  je  parlais  à  lady  Harriet, 
je  vis  la  coquette  veuve  diriger  souvent  son  regard  vers  les 
hautes  régions  où  la  gracieuse  tète  d'Emily  se  détachait  du 
rideau  rouge  de  sa  loge  comme  une  tète  de  Vierge  au  milieu 
de  son  auréole.  Je  comprenais  bien  que  son  orgueil  était 
flatté  de  m'avoir  avec  elle...  de  me  rendre  infidèle  à  une  si 
ravissante  figure  ;  ou  peut-être  c'était  moins  orgueil  que  va- 
nité... l'orgueil  est  un  sentiment  plus  élevé;  mais  elle  était 
vaine,  très-vaine  de  penser  que  dans  le  bataillon  de  fats  qui  fai* 
saient  la  revue  de  la  salle  on  se  disait  à  l'oreille  :  «  Âh!  ah  I 
Cecil  a  déserté  ce  soir  la  compagnie  des  dieux  1  —  Cecil  est 
descendu  aux  divinités  de  ce  bas  monde  i  » 

Oui,  Cecil  avait  déserté  la  compagnie  des  dieux;  mais,  hé- 
las I  si  Jupiter ,  en  se  d^-déifiant ,  se  changeait  en  cygne ,  le 
moderne  Jupiter,  en  voulant  l'imiter,  n'était  qu'un  oison. 

((  Je  suis  tout  à  fait  inquiète  au  sujet  de  lady  Ormington, 
me  dit  tout  à  coup  lady  Harriet  en  voyant  que  mes  yeux  sui- 
vaient la  direction  des  siens  ;  elle  redevient  indisposée  et 
nerveuse.  J'ai  voulu  l'entraîner  à  l'Opéra,  je  n'ai  pu  y  par- 
venir. » 

Je  hasardai  quelques  allusions  filiales  sur  la  chaleur  de  la  sai- 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT.  185 

son,  qaoiqae  je  n'ignorasse  pas  que  Tindisposition  de  lady 
Onnington  devait  durer  tant  que  sa  fille  Julia  resterait  en 
fille. 

«  J'ai  voulu  aussi  y  continua  lady  Harriet  froidement,  Tin- 
yiter  à  notre  partie  sur  Teau  de  samedi  prochain. 

—  A  une  partie  sur  leaul  remarquai-je,  persuadé  que  c'é- 
tait une  manière  de  m'engager  à  pétitionner  une  invitation 
pour  moi-même,  et  résolu  de  foire  le  cruel  ;  à  une  partie  sur 
Teau  1  Autant  proposer  ce  divertissement  à  une  Française,  la 
plus  hydropbobe  des  créatures  de  Dieu ,  ou  à  la  femme  de 
Loth  après  sa  transformation.  » 

Lady  Harriet  fut  piquée  :  <c  Vous  êtes  extrêmement  spiri- 
tuel ce  soirl  répliqua-t-elle  sèchement. 

— Ma  mère,  lui  dis-je,  est  une  de  ces  dames ,  nombreuses 
en  Angleterre,  qui  se  confinent  si  longtemps  dans  les  salons, 
qu'elles  y  perdent,  comme  Latude ,  le  baron  de  Trenck  ou 
tout  autre  prisonnier  d'état ,  la  faculté  de  respirer  l'air  des 
champs  et  de  taire  de  l'exercice.  Dans  $a  jeunesse ,  les  jolies 
femmes  n'étaient  jamais  invitées  à  fiaire  usage  de  leurs 
jambes!...  »  De  maladresse  en  maladresse ,  j'oubliais  que  la 
jeunesse  de  lady  Harriet  était  plus  rapprochée  de  celle  de  ma 
mère  que  de  la  mienne. 

«On  ne  marchera  guère  dans  notre  expédition,  répliqua- 
t-elle;  cependant,  peut-être  lady  Ormington  a  bien  fait  de 
refuser,  car  votre  frère  et  votre  sœur  seront  de  la  partie. 

— Ahl  dis-je  avec  amertume,  lady  Ormington  doit  se  sen- 
tir fière  des  miracles  opérés  par  le  succès  de  son  filsl  II  sem- 
ble que  les  triomphes  parlementaires  ont,  comme  la  foi,  le 
pouToir  de  rapprocher  ou  d'écarter  les  montagnes.  Je  me 
rappelle  très-bien  que  vous  me  dites  un  jour  avoir  renoncé  à 
un  dtoer  où  vous  deviez  vous  trouver  avec  Danby...  n'ayant 
pas  le  courage  de  confronter  un  homme  qui  louchait. 

—Oui;  mais  si  M.  Danby  n'est  pas  beau  à  voir,  il  a  prouvé 
qu'il  vaut  la  peine  qu'on  l'écoute ,  et  cela  fait  oublier  ses 
yeoi.  Je  croyais  alors  qu'il  tenterait  de  réussir  auprès  de 
nous,  comme  son  jeune  frère,  par  des  avantages  superficiels. 


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186  LKfl  PREMIÈRES  AXOCmS  D'CH  FAT. 

Qu'importe  la  figare  attachée  i  la  proue  d'un  nayire  qai  fend 
Lm  onde»  arec  une  riche  cargaison  T 

— Eh  mais,  mylady ,  Téloquence  devient-elle  contagieusot 
Vous  fiâtes  aussi  des  tropes  oratoires  l  Que  n'avons-nous  ici 
un  des  sténogni|^Ks  de  la  chambre  l  vous  seriez  une  terrible 
nvale  pour  nos  poètes  comme  pour  nos  orateurs. 

*--Et  TOUS  n'avea,  tovs,  d'autre  rival  qne  vous-même: 
Criêfm  rival  de  Criêpin!  » 

Je  fos  étourdi)  Yenaii^lle  donc  de  former  une  ligne  offm- 
aive  et  déiensiTe  avec  mon  Irère ,  au  moment  où  je  ne  faisais 
plus  le  cruel  que  pour  avoir  un  peu  plus  de  mérite  à  me  lais-' 
ser  apprivoiser?  Se  conteQlait<*elle  de  se  venger  de  la  partie 
de  Richmond,  juste  au  moment  où  j'allais  rompre  pour  elle 
«rec  Scnoithampton^Buîldîttgs?...  Espérait^lle  que  je  consen- 
tirais i  m'ivtrodoiie  avec  la  foule  des  animaux  sans  nom 
dans  Tarche  de  sa  partie  aquatique?...  Non,  non!  elle  m'isK 
vitera; 

«  Il  est  fâcheux,  lui  dis^e,  qoe  vous  ne  persuadiez  pas  4 
locd  Ormington  d'être  des  vétres  :  vous  auriez  ainsi  toutes 
les  fractions  de  la  très4HUDite  et  très-puissante  maison  des- 
Banbr. 

—  Pas  tous  encore,  remarqua  lady  Harriet,  se  prfcparaiity 

.  remme  un  chat  ndalteieux,  à  me  donner  nm  antre  coup  de 
fitte. 

—  Et  qiielle  fraction  vous  manquerait,  je  vous  prie? 

•^ Celle  qui  s'estime  plus  que  le  tout,  rèpKqua-tr^lle  caus- 
tîqaenieat;  et  me  voyant  aflèciev  Tignorance  la  plus  oMose, 
Me  ajouta  :  Vecs-MftHB  l 

•—Ah  l  m'écrîa»«je ,  je  n'y  étais  pas.  Ne  snis'je  pas  le  vrai 
^to  de  hfe  finnUe?  D'ailleurs,  ne  savez-voas  pas  qos  tous  te» 
amis  du  prince  de  Galles  sont  justement  convoqués  pour  sa* 
medi  à  Greenvieh?  0«  m'a  fait  l'homieur  de  me  comprendMi 
dans  la  Uate.  » 

Lady  Harriet  fnt  piquée ,  croyant  qu'en  eflet  il  y  auruM  ee 
jl^r-lè  qoelifue  joyeuse  partie  présidée  par  le  prince,  et  elle 
nfélaitpas,  k  se»  grand  déplaisir,  de  la  cHque  de  Caritmh' 


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LBS  nniÈin  AMomm  »'irv  fat.  Iflt 

BioQse.  0«i,  elle  fol  piiquée  eonne  un  cafiini  gâté  i  qn  oft 
dit  qu'il  oiste  loie  poupée  plut  grande  que  h,  rieune. 

«  Tous  étiei  d^ji  ^  me  dit-elle ,  an  bal  de  la  semaine  der- 
nièffe.  Tniuieiit,  GeeiU  coauneui  eoneittes-vous  ces  écbrtanftt 
flta  de  eanr  arec  Tutare  goM  pour  les  ttmîdea  bergères?  »  El 
elle  ajouta,  e»  braqnanl  sa  lorgnette  sur  la  loge  des  d'Acunba  : 
I A  pvopoa,  voudries^roua  me  dite  le  nom  de  rHIustie  in- 
coDDue  de  là-haut,  qui  semble  nous  sarveiUer  airee  tant  d'io^ 

tMt?B 

h  ne  m'atAendaîsr  pas  i  une  interragatkni  aussi  direete. 

«  Cette  belle  personne  en  noir?  lui  répondi»je;  c^eat  une 
Portugal»,  je  eroîa;  OBais  trous  feriez  mieux,  poot  le  saroir 
nu  jnsie,,  éa  le  demander  à  mon  honorable  frète  ^  qns  est 
mieox  accueilli  que  moi  dans  la  maiaou  oft  j'ai  Tencoritié 
pour  la  ppemière  fois  celte  beauté  qui  semUe  tant  yens  oc- 
cuper, mylady.  » 

Lady  Harriet  s*attendait  encore  moins  i  me  voir  la  ren- 
toyer  à  mon  frère  pour  ce  renseîgneannt.  Le  eetonei  Moiisy 
entra  en  ee  moment  dans  la  loge,  et  je  me  retirai,  ne  sachant 
trop  si  j'arais  è  me  Mliciter  de  la  fin  de  ma  journée. 

Le  lait  est  <pi'i]  n'en  fut  pas  de  la  partie  sur  Teau  comme 
de  la  partie  de  liehmond  ;  il  ne  me  vint  aucnn  billet  pour  ma 
sonmer  de  la  prëCirer  i  ma  prétendue  partie  de  Greenwich  : 
j^étais  eesnpléteaoent  remplacé  par  mon  frère  le  louche  l 

Le  lendennin ,  c'était  un  dimanche ,  je  passais  devant  la 
porte  du  boudoir  de  lady  Ormington,  lorsque  je  distinguai  le 
Ma  de  sa  roiv,  qui  me  parut  très-animée.  Je  pensai  qu'eHi 
grondait  son  épagneule,  et  j'entrai  pour  jouir  de  la  disgrâce 
ds- cette  irilaéne  Bibkhe,,  la  pins  capricieuse  et  la  ph»  grom^ 
fcne  des  fevevites.  Mais  non  ,  étend»  sur  le  divan,  rép#' 
gncnie  semblait  le  témoin  désintéressé  de  la  seène  quv  venait 
f  aroir  lien.  A  mon  aqppartion,.ee  fot  mon  frère  (encore  mon 
frkrel)  qui  se  levn  et  sertit  en  m'honorant  d'un  de  ses  inkià 
aalats  à  la  Grandissons  un.  de  ces  saints  pour  lesquels  on  en* 
iMid  lepîedse  tratier  eésénBoatieaseraent  sur  le  tapisv  L*hon(^ 
rable  membre  de  la  chambre  eût  salué  ainsi  mon  ministre  eii 


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188  LES  PREMIÈRES  AMOURS  d'UN  FAT. 

signe  d'humilité;  mais  adressé  au  petit  secrétaire  de  Son  Ex- 
cellence y  ce  salut  témoignait  d'une  supériorité  impertinente. 

Le  rouge  me  monta  à  la  figure. . .  Ce  ne  fiit  pas  le  rouge  de  la 
colère  ;  non . . .  j'étais  positivement  accablé  par  le  sang-froid  de 
l'honorable  John  Alexander  Danby  !  Avant  que  j'eusse  recoa- 
vré  la  parole,  il  était  de  l'autre  côté  de  la  porte. 

«  Une  jolie  affisiire  que  vous  avez  faite  làl  me  dit  ma  mère 
quand  nous  fûmes  seuls. 

—  Une  affaire  1  moi,  coupable  de  faire  uneaffiaire,  et  le  di- 
manche encore  l  m'écriai-je  en  tâchant  de  reprendre  ma  légè- 
reté moqueuse. 

-—  Il  ne  s'agit  pas  de  faire  le  mauvais  plaisant,  Cecil!  j'ai 
les  nerfis  assez  malades.  Je  vous  déclare  que  vous  avez  mor- 
tellement offensé  votre  frère  1 

—* Mortellement?  à  la  bonne  heure!  Je  n'aime  pas  à  feire 
les  choses  à  demi. 

—  Persistez-vous  à  être  absurde,  Cecil?  Oubliez-vous  que 
vous  dépendez  totalement  de  lord  Ormington  et  de  son  fils 
atné?  Faut-il  vous  répéter  que  le  chiffre  de  votre  légitime  ne 
peut  être  fixé  que  par  eux?  John  vient  de  se  plaindre  à  mot; 
s'il  allait  se  plaindre  à  votre  père...  croyez-vous  que  lord  Or- 
mington prendrait  comme  moi  le  parti  d'un  jeune  fou? 

— •  En  vérité,  madame,  vous  avez  raison.  Mais  qu'ai-je  tait 
à  ce  grand  enfant?  Est-il  venu  pleurer  parce  que  j'aurais,  par 
mégarde,  déchiré  son  cerf-volant  ou  brisé  quelque  joujou!  » 

Ma  mère  exprima  son  impatience  par  un  air  d'autorité  si 
peu  usité,  qu'elle  me  réduisit  enfin  à  un  silence  respectueux. 
(  <c  Cecil,  me  dit-elle ,  avec  toutes  vos  prétentions  de  bonoes 
manières  et  d'esprit ,  Danby  en  a  montré  ici  plus  que  vous. 
n  m'est  venu  trouver  comme  votre  meilleure ,  votre  seule 
amie,  pour  que  je  vous  engage  à  avoir  envers  lui  la  même  ré- 
serve dont  il  use  à  votre  égard.  Il  désire  —  et  il  en  a  pris 
l'engagement  avec  moi  —  que  vous  vous  rencontriez  en  pu- 
blic comme  deux  amis,  et  qu'en  particulier  vous  gardiez  vis- 
à-vis  l'un  de  l'autre  la  déférence  mutuelle  du  frère  aine  et  do 
frère  cadet. 


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LES  PB£MltBES  AMOUES   D'uN  FAT.  180 

—  Mais  voyons  d'abord,  je  vous  prie,  à  quel  article  de  ce 
traité  extraordinaire  j'ai  manqué  par  anticipation. 

—  Vous  avez  fait  tort  à  sa  considération,  Gecil,  et  compro- 
mis ses  sentiments. . . 

—  Comment  cela  ? 

—En  le  représentant  à  lady  Harriet  Yandeleur  comme  com- 
plice de  vos  liatêons  vulgaires... 

—  Je  vous  jure,  dis-je,  non  sans  éprouver  un  peu  de  remords 
de  la  réponse  évasive  et  équivoque  faite  par  moi  quelques 
joars  auparavant  au  sujet  d'Emily;  je  vous  jure  que  lady  Uar^ 
net  a  prêté  à  quelques  paroles  une  interprétation  peu  chari- 
table.. Mab  quoi!  c'est  auprès  de  lady  Harriet  que  j'ai  atta- 
qué la  considération  et  compromis  les  sentiments  de  mon 
honorable  et  galant  frère  atnél  ajoutai-je  avec  un  sourire  qui 
dissimulait  cependant  un  peu  de  dépit. 

—  Oui,  auprès  de  la  folle  lady  Harriet,  qui  en  a  fait  une 
querelle  à  votre  frère  devant  lady  Susane  Theydon,  à  qui 
Danbyiait  la  cour... 

—  Danbyfait  la  cour  à  Susane  Theydon!  Le  fat!  mais 
c'est  une  des  plus  jolies  héritières  de  l'Angleterre  ! 

—  Oui,  Cecil,  et  qui  probablement  avant  six  semaines  sera 
lady  Susane  Danby...  si  John  parvient  à  effacer  l'impression 
fâcheuse  des  plaisanteries  de  lady  Harriet  sur  la  mère,  la 
femme  du  monde  la  plus  puritaine...  Ainsi  donc,  Gecil,  mesu- 
rez â  l'avenir  vos  paroles  quand  vous  parlerez  de  votre  frère.  » 

Je  ne  sais  ce  que  j'aurais  répondu  si  un  laquais  n'était  venu 
à  la  porte  du  boudoir  me  prévenir  que  lord  Chippenham 
m'attendait  en  bas  pour  me  conduire  à  Putney. 

CHAPITRE  VI. 

Se  ftnor  non  è,  cho  danqae  sento.  (PmàicA.) 

Comme  les  premières  contrariétés  de  la  vie  nous  poursui- 
vent longtemps  encore  dans  nos  souvenirs  !  j'ai  eu  depuis  ma 
part  de  chagrins  :  j'ai  bu,  moi  aussi,  le  vinaigre  et  l'hyssope. 


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fM  UES  PBEXI*EB6  ÀlieiJES  ll'iTN  FAT. 

Cependant  je  n'ai  pa  orioUer  jamais  rtrrkaUon  que  me  caa* 
sèrent  en  oe  ieii|p»-làct  rûnpertinence  de  iady  Harriet  Tan* 
delenr,  et  les  mépris  dn  coionel  Morley,  mais  par-deasns  tout 
la  froide  réserve  de  mon  frère  I 

Il  est  des  moments  où  les  petites  contrariétés  sont  plus 
dures  à  «apporter  qu'une  douleur  sérieuse.  On  cHe  des  hemmes 
qui  sont  morts  de  la  piqûre  d'un  moustique.  Eh  bien,  chose 
fitrange,  la  seule  pecuome  sur  qui  je  me  Tengeai  de  mes 
Vexations  iut  oetle  qui  ne  m'ayuil  jamais  offensé...  Emily  de- 
imt  ma  victime,  le  ne  fus  pas  même  touché  de  oe  yisage  pAle» 
tleces  yeux  inquiets  qui,  pendant  deux  représentations  con- 
-nécutives,  ne  cberchaîent  partout,  depuis  le  premier  acte  de 
fopéra  jusqu'à  la  fin  du  ballet.  Elle  était  là,  triste  comme  une 
vose  blanche  sur  un  tombeau...  le  restai  impitoysdrfe...  im- 
pitoyable comme  un  grand  inquisiteur  ou  une  femme  jalouse. 

Je  n'allai  plus  dans  sa  loge.  «^  Pauvre  Emtly  1  —  Quoique 
j'eusse  à  peu  près  renoncé  à  mes  projets  sur  lady  Harriet, 
mon  amour-propre  ne  pouvait  pas  si  facilement  battre  en  re- 
traite et  s'avouer  vaincu  en  revenant  à  celle  que  je  n'avais 
pas  eu  honte  de  lui  sacrifier  tacitement.  D'ailleurs  elle  était 
toujours  là,  à  ma  portée;  il  dépendait  de  moi  de  la  retrouver 
•quand  il  me  plairait.  Tel  fut  le  secret  de  ma  lâche  insensibi- 
4{té.  Nous  devenons  indifférents  aux  bienfaits  dont  la  con- 
tinuation nous  est  assurée,  —  à  la  lumière  du  soleil,  —  à  la 
parure  du  printemps,  —  à  tous  les  plus  brillants  phénomènes 
■delà  nature.  Peut-être  j'aurais  pris  la  peine,  laquatrîèmesoirée, 
4e  monter  à  la  loge  des  d' Acunha  si  j'avais  su  que  je  n'y  verrais 
plus  Emiiy...  En  effet  elle  n'y  reparut  pas  :  la  loge  resta  vide. 
Ce  fut  une  consolation  pour  moi  de  ne  pas  la  voir  profanée  par 
des  étrangers,  surtout  par  ces  tournures  qu'on  aperçoit  or- 
dinairement à  ces  ignobles  troisièmes.  Mais  elle  avait  été 
louée  pour  Ja  saison  aux  d'Acunha,  qui  n'y  revinrent  plus  et 
ne  la  sous-louèrent  pas. 

A  compter  de  la  soirée  où  je  ne  les  aperçus  plus  à  l'Opéra, 
ah  !  comme  je  me  mis  à  épier  cette  même  loge! ....  Un  astronome 
n'attend  pas  avec  plus  d'anxiété  le  lever  de  sa  planète  ré- 


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LSS  PRBMIÈBBS  AMOUBS  D'CN  FAT.  IBl 

eenoieiit  décourerte.  Je  perebUii  k  m'asseoir  au  parterre  dans 

eetfe  altitude  pendaat  une  semaine quinze  jours;  potait 

d'Emily .  La  Maison  toucfaut  à  sa  fin  ;  absorbé  par  cette  attente. 
Je  restai  étranger  i  tous  ses  plaisirs...  Lu  dernière  représen- 
tation de  rOpéra  eut  lieu.  Tout  ce  qu'il  y  a  d'habitués  as- 
siste à  cette  dernière  représentation  :  j'étais  sikr  de  l'y  yoir. 
le  me  munis  d'une  de  ses  flears  favorites.  Je  sentais  que  mea 
joues  étaient  brûlantes  lorsque  je  levais  les  yeux  comme  tou^ 
jours.  J'ose  dire  que  Horley  était  dans  la  loge  de  lady  Harriet  : 
je  oe  regardai  seulement  pas  de  ce  e6té  :  je  ne  pensais  qu'à 
Emily. 

liais  la  loge  était  encore  vide  !  --  Ce  soir-là  elle  me  parut 
semblable  à  une  tombe.  Je  savais  que  je  perdais  ma  dernière 
cbaoce  de  la  rencontrer.  Pendant  six  mortels  mois  plus  d'O- 
péra. Pendant  six  mortels  mois  cette  loge,  qui  (ut  si  longtemps 
BU  paradis,  devait  demeurer  un  petit  réceptacle  poudreux,  hu*- 
mide  et  obscur,  livré  aux  araignées.  Je  montai  pour  m'y  placer 
encore  une  fois.  Je  m'asûs  sur  la  chaise  d'Emily  derrière  le 
rideau,  le  déposai  même  mon  magnolia  sur  le  coussin  rouge, 
comme  si  elle  eût  été  là.  L'odeur  de  vanille  parfumait  encore 
la  loge  comme  si  les  d'Acunha  ne  feisaîent  que  de  la  quitter. 
Mon  imagination  évoqua  leurs  images,  et  je  crus  un  moment 
qu'ils  y  étaient  encore. 

Je  ne  pus  rester  davantage  en  suspens.  Le  lendemain,  e* 
sortant  des  bureaux  du  ministère,  je  courus  tout  droitàSoutb» 
amplon-Buildings.  Bien  plus,  en  parlant  au  clerc4actotum, 
je  demandai  sans  hésitation  où  était  miss  Barnet.  J'étais  dés- 
espéré. 

Ma  demande  n'étonna  pas  ce  garçon-là.  Il  semblait  y  être 
préparé,  il  semblait  presque  avoir  parié  qu'un  des  clients  de 
M.  Hanmer  viendrait  frapper  à  la  porte  et  demandera  voir  sa 
papille,  et  il  y  eut  un  air  de  satisfaction  dans  sa  figure  lors- 
qu'il me  répondit  :  Mi$$  Emily  n'y  est  plus, 

c<  Est-elle  chez  monsieur  d'Acunha? 

—  Peut-être  oui, peut-être  non...  je  ne  saurais  dire.  »  Irai*je 
le  demander  au  mattre-clerc? 


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192  LES   PREMIÈRES  AMOURS  D'DN  FAT. 

Il  m'était  naturellement  plus  agréable  d'aller  m'en  infonner 
chez  M.  d'Âcunha  lui-même  :  je  courus  donc  à  Burlon-Cre»- 
cent!...  Un  écriteau  à  la  porte  :  Maison  a  louer.  Profon- 
dément mortifié,  j'avais  déjà  tourné  la  nie,  quand  je  revins 
sur  mes  pas  et  demandai  à  voir  la  maison  :  la  femme  chargée 
de  la  montrer  fut  interrogée  par  moi  sur  les  précédents  loca- 
taires... Tout  ce  qu'elle  put  me  dire,  c'est  qu'ils  étaient  partit, 
retournés  dans  leur  pays. 

Je  rentrai  bien  malheureux.  Tant  qu'avaient  duré  mes  illu- 
sions j'avais  à  peine  remarqué  les  progrès  de  la  saison.  Mes  il- 
lusions envolées,  je  découvris  que  j'étais  seul.  Tout  était  fini; 
non-seulement  il  n'y  avait  plus  d'Emily,  mais  plus  de  Lon- 
dres. Au  club,  le  soir  de  ce  jour-là,  à  peine  une  âmel...  Je 
ne  m'étais  pas  jusque-là  aperçu  qu'un  employé  du  gouverne- 
ment était  exclusivement  un  citoyen  de  Downing-street,  que 
le  reste  du  monde  chassait,  faisait  un  tour  aux  lacs,  ou  se  ré- 
fugiait sur  les  sables  argentés  de  l'île  de  Wight,  tandis  que  ma 
plume  officielle  continuait  à  se  plonger  dans  l'encre  du  gouver- 
nement. Boudant  seul  sur  le  sofa  du  club,  monarque  unique 
de  tout  ce  qui  m'entourait,  boudant  comme  un  ministre  qui 
a  reçu  une  mercuriale  de  son  souverain  ou  du  souverain  de 
son  souverain  la  chambre  des  communes...  je  songeais  à  en- 
voyer ma  démission.  Le  souvenir  des  conditions  auxquelles 
lord  Ormington  m'accordait  mon  petit  budget  me  fil  heureu- 
sement suspendre  l'effet  de  ce  mouvement  d'humeur  contre 
le  genre  humain.  Et  puis  mon  père,  comme  tous  nos  gouver- 
nants et  tous  nos  hommes  politiques,  avait  pris  le  chemin 
des  champs  :  sans  ma  singulière  préoccupation,  cette  absence 
seule  aurait  dû  m'avertir  que  je  faisais  partie  du  mobilier 
inamovible  de  Downing-street. 

{Cecily  or  the  adventures  ofa  coxeomh  (1).) 

(i)  NoTK  DCDiRBCTKUR.  Ce  roman,  dont  nous  publierons  la  suite daniU 
prochaine  livraison,  est  attribué  généralement  en  Angleterre  à  la  colli- 
boratlon  anonyme  de  sir  Edward  Litton  Balwer  et  de  Mrs.  Gorc. 


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REVUE  ASIATIQUE. 


DERNIERES  NOUVELLES  DE  L'INDE  ET  DE  LA  CHINE. 


Septembre  1849. 

Presque  toutes  les  réflexions  que  nous  faisions  le  mois  dernier 
rar  la  situation  des  Anglais  dans  l'AfTghanistan  s'appliquent  en- 
core aux  nouvelles  qui  arrivent  en  Europe  par  les  derniers  jour- 
naux de  l'Iude  et  les  correspondances,  tant  cette  situation  semble 
être  restée  la  même,  VOverland  Courrier  a  quitté  Bombay  le 
i»  juillet.  Dans  la  disette  des  faits,  quelques  avantages  remportés 
parles  Anglais  du  côté  de  Candahar  ne  suffisent  nullement  pour 
leur  permettre  d'espérer  la  soumission  des  rebelles.  Mais  il  parait 
que  le  gouverneur  général  de  l'Inde,  ayant  reconnu  qu'il  avait  trop 
tôt  ordonné  l'évacuation  du  Caboul ,  cherche  à  donner  le  change 
SUT  la  teneur  de  ses  instructions.  Les  troupes  que  commande  le 
général  NoU  ont  été  plusieurs  fois  attaquées  par  des  forces  supé- 
rieures, et  les  ont  toujours  repoussées  victorieusement.  Il  est  donc 
à  regretter  qu'il  n'ait  pas  chassé  l'ennemi  devant  lui  jusqu'à  Ca- 
boul même,  de  concert  avec  un  mouvement  analogue  du  général 
PoUock.  Au  coniraire,  il  a  retiré  les  garnisons  de  Khelat-I-Ghil- 
zie  et  de  Gherisk,  en  faisant  détruire  les  fortifications  de  ces  deux 
places  qui  sont  si  importantes,  la  dernière  surtout,  si  l'armée  ne 
devait  pas  évacuer  le  pays. 

Voilà  ce  qui  prouve  qu'avant  la  victoire  de  Jallalabad  et  avant 
que  le  passage  du  Kybour  fût  forcé,  lord  Ellenborough  avait  résolu 
de  retirer  les  troupes  anglaises  de  l'AfTghanistan.  On  veut  persua- 
der aujourd'hui  qu'on  a  par  suite  d'un  malentendu  appliqué  à  toute 
l'armée  des  ordres  qui  ne  concernaient  que  le  général  Sale.  Mais 
on  assnre  d'autre  part  que  les  troupes  anglaises  auraient  déjà  com- 
mencé toutes  leur  mouvement  rétrograde ,  si  le  général  PoUock, 
moins  pressé  d'obéir  que  le  général  Nott,  n'avait  par  ses  hésita- 
tions donné  au  gouverneur  général  le  temps  de  revenir  sur  sa 
détermination.  Au  reste,  il  semblerait  que  la  retraite  avait  été 
commandée  par  le  ministère  whig. 

5*  SÉBIE.  —TOME  XI.  13 


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19&  DERNIÈRES  NOUVELLES  DE  L'INDE 

VAHatic  Journal  rappelle  dans  une  noie  que  lorsqne  sîr  Ro- 
bert Peel  s*est  vu  reprocher  en  plein  parlement  Tévacuation  de 
rAflghanisUn,  il  a  répondu  que  les  whigs  devaient  bien  pren- 
dxc  ganic  avant  de  lancer  oeite  accusation,  parce  qu'elle  pourrait 
retomber  sur  d'autres  que  sur  lui. 

Enfin,  tout  en  faisant  honneur  an  général  Pollock  de  son  refus 
de  battre  en  retraite,  on  ajoute  qu'il  lui  serait  tout  aussi  difticile 
de  reculer  que  d'avancer,  faute  d'un  nombre  suffisant  de  chameaux. 
II.  n'eu  aurait  que  trois  mille  pour  une  armée  de  quatorze  mille 
bommes^.etll  ne  lui. en  faudrait  pas. moins  de  sept  mille. 

Maintenant  qy'a-t-il  transpiré  de  ces  discordes  civiles  qui  con- 
tinuent heureusement  à  occuper  Tenncmi  dans  la  ville  de  Caboul? 
U  se  conûrme  qu'Akbar  khan  s'est  emparé  du  Bala  Ilissar  et  de 
la  citadelle,  ce  qui  Ta  mis  en  possession  des  munitions  de  guerre 
ei.de  vingt  laks  de  roupies.  Si  le  souverain  nouveau,  Fallah  Jung, 
était  réellement  favorable  aux  Anglais,  que  leur  sertirait  cette 
lymne  volonté  d'un  prince  qui  ne  peut  conserver  son  ombre  de 
pjoissance  qu'en  devenant  l'humble  instrument  des  projets  d'Akbar^ 
soit  que  celui-ci  le  gouverne  comme  son  vizir,  soit  qu'il  lui  im- 
ptpse  brutalement  son  influence  de  vainqueur?  Étrange  complica- 
tion de  ce  drame  si  obscur  où  l'on  nous  représente  deux  des  fîls 
du  shah  défunt  combattant  sous  deux  bannières  difTérentes,  et  ce 
terrible  Akbhar,  le  fils  de  Dost  Mahomet,  faisant  bon  marché  des 
purélenlions  de  son  père,  peut  être  par  feinte,  de  peur  que  les 
Anglais  n'attachent  trop.de  prix  à  la  possession  d'un  pareil  captif, 
qa.'il  est  toujours  question  d'échanger  contre  les  personnes  an 
pouvoir  d'Akbhar. 

Au  milieu  des  contradictions  de  toute  espèce,  quand  les  uns 
hlâment  le  gouvernement  d'avoir  eu  la  pensée  d'une  retraite  sans 
représailles,  quand  les  autres  lui  disent  avec  la  franchise  de  l'op^ 
position  ou  de  l'intérêt,  qu'ayant  eu  tort  dans  l'attaque  il  n'a  rien 
demieuxàfaîrequede  renoncer  sans  condiiion  à  une  guerre  injuste, 
il  s'est  trouvé  no  tory,  assez  confiant  dans  la  fortune  de  l'Angleterre 
pour  pioppser  la  conquête  sérieuse  et  la  colonisation  du  Caboul.  Il 
ne  faut  pas  tant  se  récrier. sur  cette  hardiesse  :  qoî  sait  le  secret 
de  la  politique  anglaise  dans  Tlndc?  Ce/tes,  il  y  aurait  eu  une  bien 
plus  forte  dose  de  témérité  à  proposer,  il  y  a  soixante  ans,  à  la 
compagnie  des  Indes  dé  fonder  un  empire  la  moitié  seulement 
aussi  éleodu  que  celui  qu'elle  doit  à  l'audace  d*un  dé  ses  commis. 


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Vbîcî  la  lettre  de  ce  lory,  qtii' n'est  encore  un  second  Robert  Clivé* 
que  sur  le  papier.  Cette  lettre  est  cnrîeii^e  et  remarquable  sous  plus 
d'un  rapport' (1).- 

f  INnintnoi  né  pits  colontscr*  lè/'Caboul?  Le  clitnat  de  la  partie 
péninsulaire  de  l*lhdcf  diéfènd  toute  colonisation  européenne  per- 
nfanente.  Les  en ranis  d'Euro (lèens  qui  y  naissent  sont  d^unc  santé 
firîHc;  ils  y  meurent  m^mc',  si  on  ne  les  envoie  en  Europe  se  re- 
tremper dans  un  climat' pftis  c6nf6rintre  à  leur  origine,  ou  s*ilssnN 
ffvpni  et  continuent  de  ré^dcr,  ils  y  ont  rarement  une  postérité! 
Je  pois  bien  assnriEfr  qu'il  ne  faudrait  pas  le  laps  d'iin  siècle  pour 
Toir  s'éteindre  toute  la  génération  an^lâl^e  acWellc  de  Tlnde  si' 
on  l'abandon  riait  à  elle-même.  Xbus  ne  pouvons  occuper  le  pays 
qu'en  y  envoyant  des  renforts  d'cini^ranls  de  temps  à  autre,  lant' 
il  est  vrai  que  dans  la  péninsule  de  l*lnde  les  Anglais  ne  sont  et  ne 
petiTent  être  que  des  oiseaux  de  passage. 

>  Ce  n'est  pas  là  un  état  de  choses  naturel  ni  sûr,  les  maîtres 
de  ta  meilleure  partie  d'un  pays  étant  étrangers,  n'ayant  aucun  lien 
d'origine  avec  le  sol,  et  par  conséquent  étant  incapables  d'éprouver 
pour  les  habitants  d'autres  sympathies  que  celte  d'une  aride  hu- 
manité philosophique.  Xous  pouvons  bien  aller  là  nous  enrichir  et 
puis  nous  en  rct«)urner,  mais  nous  né  pouvons  communiquer  au 
peuple  nos  sentiments,  nos  coutumes,  notre  religion.  Nous  sommes 
de  simples  gouttes  dans  l'oc^'an  de  cette  vaste  population,  et  it  nous 
est  impiïssiblede  nous  y  mêler  pas  plus  que  ne  feraient  des  gouttes 
d'huile. Si  ce  peuple  se  levait  et  nous  expulsaildemain,  il  ne  resterait 
pas  plus  d^'  trace  de  nous  qu'il  ne  reste  ici  de  traces  des  hirondelles  eh 
octobre.  Madras,  Bombay,  Calcutta...  que  sont  ces  villes,  sinon  des 
caravensérails,  des  lieux  de  balte,  où  nous  nous  arrêtons  le  temps 
nécessaire  pour  ramasser  dé  l'or,  et  fuir  bien  vite  après  de  peur 
d'être  atteints  par  lé  démon  de  la  maladie. 

»  Dans  toutes  nos  autres  colonies,  même  dans  la  plus  insalubre 
des  Indes  occidentales  —  (à  rcxceplion  de  cet  hôpital  des  mers, 
Sierra  Leone,  ce  cimetière  qôî  n'est  pai  une  colonie),  —  dans  tou- 
tes nos  autres  colonies,  nous  avons  pu  nous  implanter  dans  le  sol 
d'une  manière  permanente.  Dans  toutes  nous  voyons  fruclificr  les 
semencesdela  nationalisé  anglaise,  l'industrie,  la  liberté,  le  christia- 
nisme. Dans  léè  États-Unis  d'Amérique,  TenfanCs'esl  fait  homme 

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196        DERNIÈRES  NOUVELLES  DE  L'INDE. 

et  rivalise  avec  son  père  —  dans  le  Canada ,  jusqu'à  l'embouchure 
du  Saint-LaiirenU  une  communauté  libre  et  prospère  travaille,  dé- 
friche et  convertit  le  désert  en  terrain  fertile,  animée  par  l'énergie 
britannique,  et  dans  sa  jalousie  même  de  la  Grande-Bretagne,  gui- 
dée par  nos  propres  principes  Notre  constitution  répand  sa  lumière 
sur  le  pauvre  Hottentot  et  le  Bushman  du  Cép  ;  ce  sont  nos  frères, 
parce  que  des  hommes  de  sang  anglais  vivent  avec  eux  et  parmi 
eux»  uotre  mère-patrie  les  rattachant  également  à  elle  par  le  même 
patriotisme  instinctif.  Le  New-Zélandais  a  oublié  ses  horribles 
banquets  et  voit  déjà  des  familles  d'Européens  civilisés  prenant 
racine  autour  de  lui;  il  apprend  rapidement  leur  langue,  leurs  arts, 
leurs  belles-leltres;  il  a  adopté  déjà  cette  religion  qui  leur  a  révélé 
leur  humanité.  Partout,  excepté  daus  l'Inde,  la  liberté,  l'intelli- 
gence, la  doctrine  chrétienne  croissent  côte  à  côte  avec  la  race 
sauvage  du  monde  barbare,  la  supplantant  ou  se  Tasssimilantpeu  à 
peu.  Dans  l'Inde  seule,  le  vieux  esclavage,  la  vieille  civilisation  asia- 
tique, se  transmettent  de  génération  en  génération  sans  aucun 
mélange  de  liberté  morale  ou  civile. 

»  Mais  est-ce  notre  faute  ?  Non.  C'est  le  résultat  forcé  d'une  cause 
sur  laquelle  nous  n'avons  aucune  influence.  Le  climat,  que  nous  ne 
pouvons  changer^  nous  défend  d'y  séjourner  assez  longtemps  pour 
inoculer  au  peuple  notre  caractère  ou  l'habituer  à  notre  genre  de 
vie  et  à  nos  opinions.  Il  n'existe  à  présent  aucun  centre  plus  à  por- 
tée que  l'Angleterre  même  d'où  nous  puissions  propager  notre 
influence.  C'est  ce  centre  plus  rapproché  qu'il  s'agit  d'établir,  etsi 
Tayaut  trouvé  nous  le  négligions,  nous  encourrions  une  grande 
responsabilité. 

»  C'est  le  Caboul  qui  nous  l'ofifre,  ce  centre  désiré;  il  faut  donc 
occuper  le  Caboul,  et  nous  le  pouvons  faire  d'une  manière  perma- 
nente ;  car  là,  aucun  empêchement  physique,  aucun  du  moins  que 
la  puissance  anglaise  ne  puisse  surmonter.  L'Angleterre  ne  peut 
lutter  contre  le  soleil  qui  brûle  et  rend  inféconds  ses  enfants  sur  la 
péninsule  hindoustanique,  pas  plus  que  le  Cypaye  ne  peut  résister 
aux  vents  froids,  aux  neiges  et  aux  frimas  du  Caboul.  La  pénin- 
sule est  essentiellement  le  pays  des  teints  noirs,  le  Caboul  celui  des 
teints  blancs.  Cependant  la  transition  de  Fun  (en  regardant  le 
Pendjab  comme  la  continuation  des  plaines  de  TlndeJ  à  l'autreesi 
presque  aussi  rapide  que  la  transition  des  Lothiânê  diuxff igMands 
(hautes  et  basses  terres)  de  TÉcosse.  Le  Cypaye  est  un  soldat  à  AC- 


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DEBXIÈRES  NOUVELLES  DE  L'INDE.        197 

tock,  une  femme  à  Ali-lfusdjid.  Eh  bien,  la  dislance  entre  ces  deux 
points  n'e^t  pas  plus  grande  qu'entre  A berdeen  et  Edimbourg.  Mais 
ce  qui  tue  le  Cypaye  ressuscite  en  quelque  sorte  le  fils  du  n  rd  aux 
yeux  bleus.  Au  pied  du  Caucase  indien ,  nous  nous  retrouvons 
dans  le  berceau  de  notre  race.  Ce  fut  de  ces  sommets  que  descendit 
le  Goth.  A  travers  ces  défilés  émana  le  sanscrit.  Les  muts  que  j'é- 
cris, sons  primitifs  de  tous  les  idiomes  de  l'Europe  occidentale,  reçu- 
rent ici  leur  première  forme  articulée.  Rien  ne  saurait  empêcher 
une  colonie  anglaise  de  prendre  racine  ici  avec  autant  de  succès 
que  dans  toute  autre  partie  du  monde.  Le  climat  est  aussi  convena- 
ble aux  résidents  anglais  que  le  Cap  ou  l'Australie.  Situé  à  six  ou 
sept  mille  pieds  au  dessus  du  niveau  de  la  mer,  le  sol  produit  toutes 
les  récoltes  de  la  zone  tempérée.  Par  le  fait,  la  vallée  de  Jellalabad 
peut  être  considérée  comme  la  continuation  de  la  vallée  de  Cache- 
mire, dont  la  salubrité  est  proverbiale ,  sur  la  rive  opposée  de 
rindns. 

»  Toute  nation  qui  expulserait  les  tribus  maîtresses  de  la  région 
entre  Caboul  et  Peshawour  serait  justifiée  d'ouvrir  ce»  défilés  au 
commerce  de  l'Asie  centrale.  Un  seul  défilé,  ou  une  série  de  défi- 
lésj  comme  le  Kybour,  seules  issues  d'une  chaîne  d'ailleurs  inac- 
cessible^  appartiennent  à  tous  les  peuples.  Y  lever  un  tribut  de 
péage,  c'est  une  piraterie  comparable  à  celle  de  faire  contribuer 
on  navire  franchissant  le  détroit  de  Gibraltar.  Mais ,  outre  les 
exactions  régulières  exercées  à  l'entrée  du  Kybour,  les  barbares  de 
ces  montagnes,  pillant  tous  les  voyageurs  trop  faibles  ou  trop  peu 
nombreux  pour  leur  résister,  ne  sont  que  des  voleurs  de  grands 
chemins,  qu'il  est  méritoire  de  châtier  et  de  chasser  de  leurs  re- 
paires. 

a  Nous  pourrions  facilement  stipuler  avec  les  peuples  de  l'Hel- 
monde,  que,  pour  prix  de  notre  évacuation  du  C4andahar,  ils  don- 
neraient aux  tribus  du  Kybour  les  moyen  de  subsister  dans  l'inté- 
rieur. Nous  pouvonsaujourd'hui  concentrer  vingt  mille  hommes  sur 
la  ville  de  Caboul  :  n'est-ce  pas  une  force  su fiisan te  pour  dicter  des 
conditions  pareilles?  Or,  nous  avons  acquis  assez  d'expérience  à  nos 
dépens  pour  savoir  que,  si  nous  n'obtenons  pas  l'abandon  d'une 
partie  du  territoire  ennemi,  il  ne  peut  y  avoir  de  sécurité  pour 
aucun  de  nos  établissements.  L'automne  dernier,  la  garnison  de 
Caboul  comptait  plus  de  cinq  mille  baïonnettes  :  c'est  plus  que 
nous  ne  pouvions  en  maintenir  à  une  telle  distance  de  notre  fron- 


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^ièr^;  et  J'qn  a  yu  si  cipq  mille  baîonneUes  <^t  pu  Cûniq(\ir  jj^te 
l^opulation  fanatis^. 

»  Nous  ne  pQuvons  çoi^s^rver  le  Caboul  par  inoitié  :  il  ffifit  fe 
fjàïdçT  lout  eniier,  ou  laisser  I^  clef  de  riode  aiLx  mains  d'eoncmis 
i|fip1acables.  Un  seul  fort  solitaire  à  Tent^rée  du  Kyjbour  serait  af- 
fa^mé  ou  emporté  par  surprise.  L'occu,pfilion  d*un  lel  po^ieavapçé 
serait  pire  aue  Ve^iil  dans  un  étahlissement  pérsitentiaire;  ]es  irqa- 
fp  n'auraient  aucune  sccuriléçn. dehors  des  ^urs,^e  leyr  prison. 
Çftinle-Jlêlène  n'est  rien  compajali^ye^eM^-  -Ce  serait  gjif^.qr^ejpc 
d'^llsa  au  milieu  d'une  flotyte  hosti,)e.  ,Ces  jslpi^i,tcs  ^e  fpnt^^  n\ir 
ri ^e,^'ex terminer  Içs  Ferjngbis,  quocuj!^qjue  mod^o.  Ce  S9,pt  dfîj 
hypocrites  par  patriotisme,, et  héroïquement  perfides.  Nous  devons 
^eur  faire  yi^er  les  liçujc,  .et  rt-mplarer  les  indigènes  j>ar  une  po- 
pulation à  no|ys  dé^vouée,  ou  bien  rebrousser  chemin  jusqu'à  Fa- 
rçzepoury  avec  la  certitude  d*y  être  devancés  pa.r  la  rébell  on. 

»  Mais,  dira-t-on,  où  trouver  des  colons  assez  hardis  pours'ei- 
l^oser  aux  dangers  de  fixer  teur  habitation  au  milieu  d*enaemis 
aussi  implacables  que  le  deviendront  tous  les  AjÇTgba os,  auprès  une 
spoliation  pareille,  et  qui,  jrayanlpas  craint  daUa^uer  six  mille 
hçmmes  de  troupes  disciplupées  dans  Je  Koord-Cabçul»  ne  crait^ 
draieat  pas^  à  plus  forte  Raison,  d'assaillir  une  population  dissé- 
minée d'agriculteurs  et  de  commerçants  ? 

»  A  cela  je  ré;ponds  qu'il  ne  fois  chassés  au  delà  des  monts  qui 
eptourêipt  de  leur  barrière  les  provinces  en  questiçn,  JesKybou- 
ries  n'auraient  aucun  moyen  d'y  rentrer  que  par  leurs  défilés,  et 
certes,  s'ils  les  ont  si  longtemps  défendus,  nous  pourrions,  nous,  ^ 
jamais  les  en  exclure.  Ces  montagnes  son^,  en  effet  inacces^i^Ie$ 
par  tout  autre  district;  et  entre  cette  muraille  de  pierre,  d'une  part» 
e(,la  branche  aflghanc  de  rindusdeTautre,  s'élepd  ,une  région  fer- 
tile et  salubrç,  de^ux  fois  plus  vaste  que  le  plus  vaste  des  con)ié$ 
d'Angleterre;  tandis  qu'au  delà  du  déûl.é  de  K.çordCaboul ,  au? 
tour  de  la  ville  même  de  Caboul,  s'étefid  u^e  autre  région  égale- 
ment clôturée  pa|r  les  défilés  de  Koord-Caboul  au  nord,  et  parceu;^ 
qui  conduisent  à  Ghuznie,  au  couchant.  C'eçt  de  fait  un  jardin 
^rand  coipme  upe  de  nos  provinces,  eutoyré  d'une  muraille  à^ 
deux  ou  trois  mi)le  piids  d|e  haut, avec  des  portes  principales, c)ia- 
cyne  desquelles  pourrait  être  défendue  par  un  s/e^l  régiment  conlFÇ 
toute  la  population  de  l'Asie  centrale. 

»  {('avons-pous  pas  en  Angleterre  iinç  population  plus  consiae- 


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Yihfe  (^  ne-petit  en  iHNiirrir>ii«tre9i»l'et'l*ètat'-«cl««l'de  Dagiécul»* 
tore?  Ne  sommes-nous  pas  en  même  temps  plus  rioiMB*i|«'aiiculi 
tmtre  ndioD'ra  'bitineiifs  tit'ên  mi^•irs^«p|?mMpott^L?lmiBs  na- 
«figiible  cmMaît  t)irette«imit«irpM'Cle»^éfiMsifaîVotivrent«ir/la 
^yëOk  tie  9«1MÉbad  ,  'nwigtfiion  'kidVile  fpDQr*ii<MiS'taiis'iii»  dépôt 
«iffft(vifeà'Son-*teraie'^BS'lfSH«iVM,'t;VKsMMliael  GabcnL,  cetie 
^lle  en  étmft  '4e  pomt  *e«tffi9m^  ;  «Mtîon  *  kidiiprte ,  '«nr,  «Mcare-iè 
présent,  tl>e9t  le igninfQ  tmnpehé  coumNfiroial  tpearl^Jl^ie'caBlmle. 
'QtR  ne-5erâlt-^11e*pBSy^b#té«pffrd«»»artlHiwi8ian^laK4e8  m»- 
'MCKtariers  et  itfes' tenquien-iingiais,' HMfe'ftOf  tdut  »vee  dcaTOuM 
OTfeftes'par'êes  inFgènîeurs  «nf  laîs  ! 

»  Maîfftenatit,  «frppeaez  à  •Gaixyal  les  lois  tt  ta  iibei^téB  anglais 
ses,  un  gouTernemenl  représentatif,  «nre  presse  ^bre,  nrntystèflia 
Ifédocfffmn  poMique,  etc.,  etc.,  truelle  «aivroe  abcmëante'ieban- 
«esinlhieaces  «et.  de^bcms'OKmples  «enfît  Cvbaul,  etpaur  les  tMt- 
^Ki»s4e^apènhi9Me  hfdmiM«ifq«e,  èttp«ir'M^onleB4njo«Mft^kiifi 
ièsorganîséesile  l'AlTiiffaaimtanl  €les<dMlés,  <ygi  laaBnU'eweB^*' 
Traîem  que  prmr  -venri  fleurs  bandes  êe  fMMWvdevrs  et  dlasMsriîAi^ 
Oetiendraien t  «e  Tivia^anai»  Ae  ch4IiMrtiion ,  «liant  smmweÊêe  •  n^ 
pandre  avIoiditnirtropplein'A'mdufttrie,  d^ntdlîgviiceet  AeiièiKfté 
«Misiituffomiéne.   Le  tyaan  de  Bokbara ,  k  l'approdae  4e  ^tle<  in^ 
fwnee  nonif«Hie,  tfemMemt  iaaalesptdaiawQslasqaelB  aoDt  crotté 
lès  tes  cachots  à  v«nmne(i}.  lie  Russe,  en  «'avançant  wm  Aatraèad 
wi¥bffa,  vespînrit  d^à  l^anr  féoend  de  la  IIImtM.  A  l'aot,  letfCy^ 
bour,  le  redoutaMe  Kybour,  ne  lifferaît  pltts  paisii^e  qu'à  Tia»* 
TisJon  du  comneroe,  Abs  arts,  4e  k  littératme.  Les  idées  eur^ 
pêennes  fraient  féconder  et  le  Pendjaib,  et  Pethi,  «t  Agra  ;  enAn  les 
ânglo-Indiens  ne  seraient  ^Ins  de  simples  oiseaux  de  passage.  A 
kvrs  pénibles  tre? erséea  de  Itkéan  fils  svbalîUieiaient  des  visîtesA 
Imatnmtvtih^pahrit  de^leltatabadet  de  Caboul  i ne  seraient  là  peut 
eux  des^exenraioBa  qui  exigeraienti  péîneqttidqttes  jours  et  i 
tnaadépenses  de  ptua^'iHioieuT  enfautponrt^eun  | 
annuelles  aux  montagnes  nord  du  Sutleje.  Les  gaandas  InulIcB  de  In 
péninsule,  au  lieu  d^enva^r  leurs -enfbftls  par  •eamgaiaanaen  An^ 
tHlerre,  les  garderaientprès d'elles  dunslaa mantagncs, jysfu'à 


(1)  Cedaspole-ealtetiant  ome  rétenre  de  vermine  :  puces,  punaises  et 
Irai  insectes d^ignûUDts,  au«queU.lI  liTre  Je«ytctimet  de  ton  déplaisir. 
I^aa  demi-heure  dans  ce  cachot  ptfd<ci«{airs  suffit  pour  tuer  un*  homme. 


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900  J>ERNIËR£S   NOUVELLES  DE  L'INDB. 

ce  qu'ils  fussent  assez  robustes  pour  supporter  Fardeur  du  soleil 
dans  la  plaine. 

)>  Nous  avons  une  grande  dette  à  payer  aux  peuples  de  l'Inde  :  nous 
avons  extrait  de  leur  pays  beaucoup  d'or,  et  en  retour,  qu'avons-nous 
fait,  si  ce  n*est  d'administrer  leurs  affaires  d'une  main  assez  ferme 
pour  maintenir  la  paix  entre  eux?  C'est  un  bienfait  sans  doute; 
mais,  hommes  libres  et  chrétiens,  nous  leur  devions  davantage,  et 
si  nous  ne  pouvons  directement  les  admettre  à  la  participation  de 
nos  idées  politiques  et  religieuses,  montrons-leur  en  grand  l'exem- 
ple d'une  société  chrétienne  complètement  organisée,  dont  Ti mita- 
lion  les  tente.  A  tout  événement,  ne  perdons  pas  l'occasion  de  créer 
une  nouvelle  sauvegarde  à  la  puissance  qui  nous  a  permis  de  faire 
déjà  quelque  chose  pour  eux. 

»  L'Indus  est  la  grand'route  naturelle  entre  l'Asie  centrale  et  le 
Teste  du  monde;  c'est  la  seule  issue  praticable  pour  les  produits 
d'une  portion  du  globe,  aussi  vaste  que  le  continent  occidental  de 
l'Europe.  Caboul  est  la  clef  de  la  navigation  de  Tlndus  du  côté  de 
rAffghanistan,deBokhara  et  de  la  Tartarie  indépendante.  Tout  ce 
qui  descend  l'Indus,  provenant  de  ces  pays,  traverse  ce  grand  eo^ 
trepôt,  dont  nous  avons  l'occasion  de  faire  une  ville  entièrement 
anglaise.  Là  est  une  contrée  que  notre  légitime  défense  nous  force 
d'usurper  sur  ses  occupants  actuels;  là  est  un  nouveau  champ 
pour  l'industrie  agricole,  pour  l'industrie  manufacturière  et  poar 
les  entreprises  du  commerce;  là  un  climat  analogueà  notre  consti* 
iution  physique  et  une  localité  parfaitement  adaptée  à  nos  besoins 
politiques  :  c'est  une  belle  occasion  de  faire  le  bien, 

»  Je  ne  justifîe  pas  la  guorre  de  l'Aiïghanistan  :  au  contrai re,  au- 
tant que  je  puis  juger  la  questionne  la  blâme  ;  mais  si  elle  avait 
été  entreprise  pour  arracher  ces  brigands  de  l'Asie  centrale  à  lears 
forteresses,  et  déclarer  la  route  de  Caboul  à  Peshawour  ouverte  aa 
commerce  paisible  du  monde,  je  la  déclarerais  légitime,  £h  bien  ! 
l'occasion  se  présente  de  faire  sortir  un  bien  du  mal;  un  homme 
juste  ne  peut  hésiter. 

»  Que  les  Kybouries  s'en  aillent  en  paix,  au  nom  du  ciel  !  Il  y 
a  en  assez  de  sang  versé.  La  vengeance  est  un  mot  qui  ne  doit  pas 
être  connu  dans  les  conseils  d'une  nation  magnanime.  Point  d'in- 
cendies! point  de  ravages!  La  leçon  morale  qu'il  s'agit  de  donner 
sera  bien  plus  frappante.  La  machine  à  vapeur,  l'institut  pour  1'^ 
ducation  des  ouvriers,  les  leçons  de  musique  gratuites;  voilà  les 


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BERNiiRES  NOUVELLES  DE  L'INDE.  SOI 

monnmenU  qu'il  faot  fonder  en  Thonneur  des  morts  au  pied  de 
ces  montagnes  ensanglantées;  et  si  le  massacre  de  Sugdaluck  pro- 
duit toot  cela,  nous  pourrons  vraiment  dire  que  jamais  sang  ne  fut 
plus  utilement  Tersè.      Gilbert  Young.  » 

L'atenir  nous  dira  si  ce  n'est  ici  qu'une  utopie  individuelle. 

En  Chine  (les  dernières  nouvelles  sont  du  27  mai),  la  guerre 
traîne  toujours  en  longueur,  soit  qu'on  négocie  de  bonne  foi,  soit 
que  les  Anglais  attendent  des  renforts  pour  leur  grande  eipédition 
SUT  Pékin.  D'après  les  rapports  des  missionnaires  français  (dont  les 
Anglais  reconnaissent  volontiers  l'exactitude),  le  Céleste  Empereur 
se  disposerait  à  faire  sa  retraite  en  Tar tarie.  En  se  transportant  de 
l'antre  côté  de  la  grande  muraille,  le  monarque  chinois  rendrait 
illusoire  tout  traité  conclu  à  Pékin  par  les  autorités  que  les  An- 
glais trouveraient  dans  cette  capitale. 


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9ie(J»VBIjLË6  »m  'SCiEI>M}B8 , 


JBB  (LA   dalTmBIU'rWB  ,    BM   BBAmL-ABflW,  B«J 

DE   L'INDUSTRIB» 'OB  I.1ACRICULTQW  y  1BVC. 

DE  LA  REVUE  BRITANNIQUE. 

EdiQbount,  1$  fqptembK. 

jiA  IWigs  jiQT  icQSSB.  ^  ^ucoàs  nu  criscge  auuat.  —  juss  aamis  ti>!iitfi|p- 

APUHG.  .—  I4A  6I1ASSB  iBN  fiBPTSII>RE.  -«^  UN  MOT  DB  HETVOOD.  «—  QN 
ROHAN  DE  CIIASSBUR.  —  PBRCIVAL  KBBNB.  —  LA  LIBRAIRIE  d'ÉDIMBOUIIG. 
—  LA  RRTUE  BT  LE  HA6AZ1ME ,  BTQ.  —  NOUVELLES  DES  SUENCBS.  CONGBiS 
PB  MANCHBSXBB- 

Vous  allez  me  croire  devenu  tont  à  fiait  courtisan,  n 

TOUS  ne  me  classez  pas  même  parmi  les  amoureux  de  la  reine. 
J'ai  en  effet  suivi  Tauguste  voyageuse  en  Ecosse,  mais  par 
hasard  et  non  avec  l'intention  de  vous  raconter  le  voyage  royal, 
the  Royal  progress ,  comme  on  écrivait  dans  l'ancien  style. 
Je  venais  ici  faire  une  partie  de  chasse,  voir  si  le  capercalzye^ 
ou  coq  de  bruyère,  était  devenu  aussi  rare  que  le  prétendait 
naguère  un  illustre  poète  de  France  qui  avait  besoin  d'aug- 
menter son  catalogue  d'ornithologie  apocryphe.  Je  venais 
aussi  rafraîchir  mes  souvenirs  de  Walter  Scott,  et  grâces  à 
la  coïncidence,  j'ai  pu  voir  comme  vous,  en  1822,  le  gathe- 
ring  des  clans.  Gomme  vous  je  suis  forcé  de  dire  qu'on  a 
donné  à  Sa  Majesté  la  reine  \  ictoria  une  édition  illustrée  de 
la  pittoresque  Calédonie  ;  mais  il  en  est  de  ces  éditions  comme 
de  toutes  les  réimpressions  les  plus  riches  :  les  amateurs  ai- 
ment mieux  Veditio  pr inceps.  Autant  voir.  l'Ecosse  à  l'opéra 
que  de  la  voir  ainsi  remise  à  neuf  avec  ses  montagnards  en- 
dimanchés 1  Ajoutez  qu'à  ces  cortèges  de  théâtre  se  mêlent 
même  des  comparses  fort  mal  exercés.  Les  seigneurs  écossais 
se  piquant  tous  d'exhiber  à  leur  souveraine  une  grande  queue 
(  a  tail  ) ,  c'est  le  mot  local,  quelques-uns  y  ont  enrôlé  tous 


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C(|ix quiontibiAD  vcmtu ^ 4aire ^^o^i^jg^acda^epacade.  ^41 
fidpe  chose  n'était-elle  pas  i^\;ée  pour  .Georges  IV,  ^pui^ 
(ne  le  jnaltre  des  cécémonies  Cjkt  ^l«rs  w  Wia^t^  Scott  J^ir 
oiAmey  qui  de^it  pourtant  ^e  souvwirxl*<avoir  £^Tire  ses  le€«- 
Iqpis  avec  la  ûmattsenrovue  4u <«bAteau,de  la^tf J^Uendeo  (^}. 
Qa  n!a  paa  vu  du  moifls  cette  fois  )a.^Qpiûde.4ii.€oat)ii|ie  l^ghr 
\fakdai»  ^iler  jusqu'à  en  faite  reinôtir  ^Q  v^^^aldermau  d^ 
l^lMces»  ieff^  b9#q^ier  «ouiAiw»»  sÂt'W.  Cm^,,  de  boi^ 
foone  et  gafiti:oi^<piû}He  méwuEe.  Après  .(ofit,  ^acwiea  W 
^boQiVie^^  de  paraître  partout  epp^biinli^e.  fhsim  Qbii, 
le  pe«pie4'E€osse,  ce  peuple^  griiv.e,#Â(diciie9 «si puritain» 
a^èbi€fitA|t  epthouiiiaAiiié  de  cette  japne  seiiie^w  ae.^é^a^ 
ù  firacie^seiuent  à  4<Hites  les  fôtes  ^c^^saîses,  y  xh> wiiis  J9 
«0niioo  doot  «Q  Va  récrée  un  dWMK^  (tiW^Me  J^^çm^fmt 
i  .£ût,aisactéristi9ae. 

Quoiqu'on  eût  annoncé  que  la  reine  VÂfliyweîa  WldaÂtfWPr 
9Maiir  io^  l^s  sites  càtebcés  9/^  ru^ipqiiiren^oiiiamîer  «de 
IJBcoss^^  ieWe  s'.es^  çoutootée  de  vieLvies  weimîtiie  pw> 
tieUe^,  réfflMnravit  ^«#s  ^4^  le  riasjle  poiv  TAiMMie.i^oelM^M» 
fl^/90 lapas  «9wan&  da^Miiter  qti'eUeMaît#i  ehainiée  à0 
90  j)eaji  royaime  iW>4e  pffMeodait  y  «eimr  *nwelJbiVM(t. 
V»  iurim^  Al^ft  o'4t  pee  eu  «mm^s  de  finocès  qi^e  son  aji^sale 
twynae;  a«ipràs4es.dMMs  d'atiard  il  a  ^  a«iei  AiMbU 
q/^i^n  peut  rAtre^pwid  deM  k^  wéoAge  regrel  on  m  p«rte««i 
les  «flottes  ni  le  s<)epU:e.  Hm  U  eà  tf  »M¥^vfi  loueeee 
9e|ctts«  U  o^  il  a  niarclié  dnwea  («Miee  et  ea  libïirtti,  c'est  i 
KuwajvwsM^  d'Ë^binbourg.  Vous  sarepi  ^Bdifubouig  a  tue 
IpéVBalioas  ^mékmkvmt  ^Qpie  (lemiive  «n  Puisse  ;  c'eal 
«l[tppe«Mie  uritte  »n  pew  pM«««e»  e^Jes.daJiKes'ae  piipiept  de 
mw  tto  peu  de^iihysiqwe,  4in.peii  de^ckwie,  ub 'fwi'd'bisr 
foire  naturelle,  un  peu  de  géologie,  etc.,  etc.,  etc.,  c'est-à- 
4pm  un  peu  de  tout  :  le  prince  Atfaert,  a^ec  Bon  Miwatton 
iBurerskaire  allemande,  en  sait  au  moins  autant  que  les  dames 
^Edimbourg.  Il  a  donc  étonné  les  professeurs  de  la  classique 

il)  OH  MforffUUyf 


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20V  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

Edina,  de  VAthènes  du  nord,  comme  un  autre  Pic  de  la  Mi- 
randole,  ou  plutôt  comme  un  autre  mirabiles  Chrieton,  car 
c'est  surtout  ici  qu'il  faut  citer  cet  Écossais  qui,  dans  notre 
siècle  à  romans,  est  devenu  le  héros  d'un  de  ceux  de  M.  Har- 
risson  Ainsworth.  Vous  comprenez  combien  un  pareil  aide 
de  camp  ajoute  au  respect  que  les  loyaux  sujets  de  Sa  Ma- 
jesté sont  si  disposés  à  avoir  pour  la  reine.  Avec  le  prince 
Albert  i  ses  côtés,  Victoria  Regina  est  une  autre  Elisabeth, 
en  état  de  tenir  tète  à  tous  les  hellénistes,  latinistes,  etc.,  de 
ses  trois  royames.  C'est  lui  qui  parle  grec,  latin,  sciences  et 
ie  omni  re  scibili  pour  elle.  Cependant  elle  a  daigné  planter 
de  ses  jolies  petites  mains  un  petit  sapin  et  un  petit  chêne 
dans  un  parc  avec  une  petite  bêche  d'ébène  que,  suivant  les 
Journaux,  écho  de  l'admiration  générale,  elle  a  maniée  avec 
l'adresse  d'un  jardinier  consommé.  Il  y  a  de  quoi  rendre  ja- 
jalouse  Mrs.  Loudon. 

En  attendant  au  milieu  de  ces  (%tes,  vous  devinez  bien 
que  ma  partie  de  chasse  a  été  impossible  :  tous  les  proprié- 
taires de  châteaux  et  de  parcs  espérant  que  le  prince  pour- 
rait taire  à  leur  gibier  l'honneur  de  l'abattre,  se  gardent 
bien,  depuis  le  premier  septembre,  de  laisser  tirer  un  coup 
de  fusil  qui  risquerait  d'appauvrir  leur  réserve.  Plaisanterie 
à  part,  ie  fait  est  que  le  noble  ami  chez  qui  j'étais  venu  s'est 
tenu  religieusement  en  ville  ou  sur  le  passage  de  Leurs  Ma- 
jestés. C'est  un  whig,  mais  de  ceux  qui  pardonnent  à  la  reine 
d'avoir  un  ministère  tory,  pourvu  qu'elle  daigne  ne  pas  leur 
faire  tort  de  son  sourire.  On  en  est  ici  à  compter  combien  de 
fois  on  a  vu  Sa  Majesté,  ce  qui  veut  dire  combien  de  fois  on 
croit  avoir  été  vu  d'elle,  sans  l'avouer  aussi  franchement  que 
le  fit  le  vieux  Heywood  i  Mary  Tudor  (1).  Jusqu'ici  donc,  en 

(1)  Le  poCie-eomëdien  Heywood,  revenu  d'eiil  à  ravéoement  de  Maiy 
Tudor,  se  présenta  à  sa  cour,  ei  la  reine  l'ayant  reconnu,  lui  demanda  quel 
bon  vent  le  ramenait:  «  Madame,  répondit-il,  deux  choses  principaUl 
m'ont  ramené  :  la  première,  le  désir  de  voir  Votre  Majesté.  ~  Je  vous 
remercie,  monsieur  Heyweod  ;  mn\$  quelle  est  la  seconde?  -Le  dénircf  din 
vu  par  Votre  Majesté.»  Marie  lui  donna  la  direction  du  théâtre  de  la  eour. 


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NOUVELLES  DES  SCIENCES.  305 

fait  de  chasse,  bien  m'a  pris  d'apporter  de  Londres,  pour  les 
loisirs  de  la  soirée,  deux  romans  dont  le  premier  m'a  fiiit  dv 
moins  chasser  en  imagination  :  c'est  le  Old  Engluh  Gtntkman^ 
par  John  Miller  («  le  Vieux  Gentilhomme  anglais»),  dont  je 
ne  crois  pas  vous  avoir  parlé  quoiqu'il  ait  un  an  de  date.  Il 
appartenait  à  l'Angleterre  de  créer  le  roman  du  ifort ,  après 
avoir  créé  le  roman  maritime.  Sans  doute  dans  la  plupart  des 
romans  anglais,  depuis  le  Sqydin  WttUrn  de  Fielding,  il  y  a 
toujours  une  scène  ou  deux  de  chasse  ;  mais  M.  John  Miller  est 
le  premier  qui  ait  fait  une  partie  de  chasse  en  trois  volumes. 
Ici  nous  avons  bien  des  amants  et  des  scènes  d'amour,  mais 
les  véritables  héros  et  héroïnes  sont  le  renard,  le  lièvre,  les 
perdreaux,  le  cheval,  le  chien  surtout,  entre  autres  Buttan^  le 
fidèle  ButtonI  Ce  sont  eux  qui  m'intéressent,  quoique  M.  Mil- 
ler ait  donné  ses  beaux  rôles  à  Tom  Bolton ,  le  piqueur ,  à 
Péter  Bumstead,  le  garde-chasse,  et  que  le  Squire  Scouriield 
soit  le  vieux  gentilhomme  campagnard  du  titre  ;  mais  on  voit 
bien  qu'il  n'y  a  pas  encore  des  peintres  parmi  les  lions,  ^et  si 
le  chien  Button ,  à  qui  il  ne  manque  que  la  parole,  pouvait 
écrire  ses  mémoires,  le  roman  serait  peut-être  supérieur;  j'en 
demande  pardon  à  M.  Miller,  qui  a  la  juste  gloriole  d'être 
aussi  original  que  possible  dans  la  nouvelle  mine  qu'il  a  ou- 
verte aux  romanciers.  Tel  qu'il  est  écrit  par  un  bipède,  ce 
livre  offire  dans  un  cadre  très-simple  une  suite  de  tableaux 
piquants  de  la  vie  de  ces  gentilshommes  campagnards  dont  le 
type  ne  saurait  se  perdre;  vous  avez  là  en  relief  Old  and 
■lerry  Englandj  la  vieille  et  joyeuse  Angleterre  avec  ses 
moeurs  provinciales,  ses  mœurs  antiques,  ses  mâles  amuse- 
ments; toutes  les  descriptions  sont  d'après  nature,  car  l'auteur 
est  un  squire  de  la  vieille  roche  comme  son  squire  Scourfield. 
Je  ne  sais  pas  assez  la  langue  du  sport  pour  oser  vous  en 
donner  aujourd'hui  un  extrait  sans  un  de  ces  vocabulaires 
qui  sont  indispensables  aux  profanes,  même  dans  ce  mois  de 
septembre  où  il  n'y  a  pas  un  cockney  de  Londres  ni  un  ba- 
daud de  Paris  qui  ne  se  donne  les  air$  et  Uê  paroUs  d'un  Nem- 
rod  aussi  terrible  que  M/Apperly. 


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JM^  NÔtVfetLlËS  DBS  âtîIEKCES. 

j0'ne*iD»'diMi«  pà8*ntni'plii9  pcmr  uiraëepte  de  Ift  UttétÀ»' 
tÉtomantîne^  oepeirdatitîe  powrris;  je  croie,  très-pftseaMe»* 
ment  voue  traduire  d^oii'bMt  à  l'anlre  le  novresa  roman  do* 
eËpîlanie  Mmryaifti  le  aeconé  d^srdeux  que  j-ai  pri»*  comme 
Iltomibn  de  voj^iaga  PemwUSktn  (Mrchral  le  fin,  le  rasé)»* 
aétasi'  intitulé  suns'devte  par  opposition  h  Pierre  le  Simple, 
du*  mène-  afuâèor,  se  lame  Iîib  sans  dîotionnaîre  nautique, 
bien' que  le  capitaine  nous  fasse  naviguer  dMis  les  trois  qvarC^ 
d«*ronufii,  elt^notis  fosse  vivre  à  terre  avec  dés  marins.  Maf# 
dMord^n^'ètes-vons  pas  de  oem  qni  ont  assez  de  la  liltéraH'' 
tnre  maritime?  Ne  penset^vous  paaqne  M.  Marryat  lui^nvèiM 
devrait  finir  pa^  jeter  Faitcre,  soit  dit  sans  prétention  an  ca^ 
lemkioiiv' déjà  fiait  à*  la  Chambre  des  députés  de  France  (1). 
Veïi  veiix^  pour  ma^part,  àM.  Marryat,  de  son  ffah^eau  fim^ 
Hme^et  de  quelques-  akitres'  mystifieations  navales;  mais,  je 
vous  en  prie,  li^ez  Percival  Keen^ei  vous  pardonnerez  an  en-* 
pitaitte  tous  ses*  péchés;  Ce  roman  m*a  prod^effseinenl 
amusé,  réjoui,  intéressé,  par  son  style  facile  avant  tout;  pnisi 
par  les  bone  teur^  de  son  béros^  qui-  mérite  dès  Féoole  le 
Dom  qu'il  porte.  Par  exemple,  si  vous  avez  un  écolier  en  va- 
oanees  auprès  de  von^,  cachez  bi«in  ces  volumes  :  le  petit 
FercivaMui  apprendrait  à  révoltitionner  tous  les  collèges  de 
Baris,  et  à  faire  même  sailter  un  professeur  comme  un  bàt>* 
meart  qui  laissa  prendre  le  fe^^^dans  là  sainte-barbe.  D'écolier 
plilsrqn'eàpîè^,  Percivnl  -devient  u»  mid$kipm(m  encore  tré»» 
teceu^;  mais  ce  qui  le  distin^jfoer  de  ses  camarades,  c'est  qu41 
n»se  laissejamais  prendre,  et  fant  raipidemeÉit  son  chemivdV 
vanoement.  Dans-  ce  grade  de  novice,  il  lui  arrive  maintes 
«ventureBj  doaH  il  sort  à  son  •honneur;  oeanme  lorsqu'il  est 
aHMidonmé  en  pleine  mer  dans- un  canot',  avec  une  canti- 
nière  poar  tout 'équipage;  ou  lorsque^  tomber  ans  mains  d'un 
pirate  nèg^e,  il  apprivt)îaa  par  son  sang-froid  ce  maître  itH 

(1)  Note  du  directbur%  Notre  correspondant  fait  sans  doute  allusion  ici 
à  Tamiral  Lalande,  qui,  ayant  renversé  l'encrier  dé  son  bureau,  fit  dire  an 
spirituel  président  de  la  cliamliré  élective  que  dànïsôàméÀen'aôEllràl 
était  forcé  de  temps  en  temps  de^jé£6ii1mef«.' 


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nmi  et'  s*emtàit  muann*  Vous  TnrmTrnuinrn  rtwrn  m  Manmi 
M  dneK  (lW€lns6M(  sur  mw,.  dis»  frégatest  pnm»  àU'^cMi^ 
dqpjdninmfavgeft^bra^  toa^teineidesteidiriaiTio'laipUvf 
aHilift;:iiiûstbi9ini0afdiiimbl€n^   rae(l1l4é9^ satts w^si 
éHk^B  de  iiioltit«^l*riqii«B;.e^.eMCNn  in0îii».9ai'oe*le.  fbnr  * 
séologie  sentiiMMlBlefel  aiif»mU0'qiii^lisB>n>iHBrioMrs^é^ 
dmoe;.  àaam  Vtcotk  frangwe;.  amalgaMMt  si  ^  ski^ttU^neh t 
amc  le  jav^m^pInsK  oni  moin»  bten^  goodrmmé  '  de»  conteimi 

A«ui|]  dft! quitter* BdfdiboiirG^,  je  dob^ v^m»  dire qtvc'esb 
taiynn»  le  seoottdimaveMHlilévaire  de  lai  Gituid^-Bvelagwi 
Lee  file  BlackwoHod  céffliniieotswr.iine»  ttèe^llvge  éoheUetlai 
librairie  paternelle.  Voilà  YHiitoire  de  l* Europe  d'>AUeon,>«Bi 
iê  gn»  volMies, .  acberée.  On  trovre  daiie  lèiir  catakq^  nie 
linre»  lUMnreaia  un.  etcelleiit  Fbyefs  emdréet  qiie  voue  ayead 
cité  dèrafciwcBi,  celui  de  M«  Mure  de  Oaldwetl;  la  JVoih 
t€ttt  :Siai»#f<fm  i£0  V'Btomê',  de»  Elémmtê^  de  eAîmt»  du  pt(V 
fesseur  Johnson,  rival  de  Liebig;  une  Nouvelle  théorie  de  Un 
iwpitetioiv,.  eoecim  pffr?  Alison  (2vd;  i»«8''),.^       etc.  Le 
BlatàmKfi  Magasin»  ert.  loigèfurB^  dirigé  par  le  professeur 
h  Wibon^  quiola  rien^perdode  ses  humour,  de  son  énergie;» 
de  «a  rerve  de  poète  et  de  cniiqne.MM.  Bla€k:wood  réioh 
pnwDt  à  pavt!( 3^  voL  j  qnekpies^una  des  principaux  articles^ 
de  cet  benBe  rare  qviin'avaiii'qa''ua  rival  dans  la  littérature' 
périodiqwi,  le^doolëurMàgixin^  6|iC6HH-«i' vient  de  mourir. 
Ces  messieurs  réimpriment  encore,  à  six  shillings  le  volume, 
les  romans  de  leur  fonds  qui  ont  survécu  à  la  vogue  ordinai- 

(i)  Note  du  dirbctbqr.  Ce  roman  sera  probablement^tradait  par  M.  De. 
fauconpretet  publié  i  la  librairie  Charles  Gosselin.  En  attendant,  il  a 
paru  eo  anglais  chez  M.  Baudry,  et  par  un  vrai  tour  de  force  typogra- 
phique, iJ  n'a  fallu  à  cet  éditeur  que  soixante-une  heures  pour  réimpri- 
laer  les  trois  volumes  de  l'édition  anglaise.  Tant  qu'il  n'y  aura  pas  un 
droit  européen  pour  proléger  les  droits  des  auteurs  français,  tout  en  ap- 
pelant cette  loi  internationale  de  tous  nos  vœux,  nous  applaudirons  aux 
représailles  qni  finiront  par  en  démontrer  le  besoin  à  l'Angleterre  et  a 
rAlleougne. 


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a06  NOUILLES  DES  SCIENCES. 

renient  éphémère  de  ce  genre  de  littérature  :  tels  sont  Jte- 
ginald  DalUm  et  Valerius  de  Lockhart  ;  les  ÀnnaUê  de  la  Pa- 
roiae,  et  les  autres  romans  deGalt,  et  Tarn  Cri/ngW$  Log^  dont 
la  Reme  Britannique  a  publié  autrefois  des  fragments.  Ce 
'  roman,  longtemps  attribué  an  professeur  J.  Wilson>  se  trouye 
être  de  Michael  Scott  ;  Tautre  Scott  Teût  avoué. 

La  Retue  d'Edimbimry  appartient  à  HM.  Longmann  de 
Londres;  mais  c'est  bien  toujours  la  Hemie  d'EOmbfmrg^  im- 
primée à  Edimbourg.  M.  Macaulay,  Tauteur  des  beaux  arti- 
cles sur  Clive,  Haetings,' Frédéric  le  Grande  est  d'Edimbourg, 
ainsi  que  la  plupart  des  rédacteurs,  quoique  aujourd'hui 
comme  de  tout  temps  les  auteurs  de  Londres  y  soient  par- 
foitement  accueillis. 

A  l'autre  extrémité  de  la  presse  littéraire,  vous  avez  ici  le 
Chambere'  Edinburgh  Journal  qui  parait  toutes  les  semaines,  et 
dont  rimmense  circulation  égale  celle  des  SiUurday  et  Peimy 
Magazinee.  Un  tirage  a  lieu  à  Londres  et  un  autre  à  Edim- 
bourg. 

Je  m'arrête,  mais  je  pars  demain  pour  Glascow,  et  traver- 
serai à  mon  retour  le  Lancashire.  Je  pense  trouver  à  Lon- 
dres,  entre  autres  publications  annoncées,  deux  volumes  de 
Charles  Dickens  qui  ont  pour  titre  American  Notes  ;  je  ne  pense 
pas  que  ce  soit  un  roman.  Nous  verrons  si  l'auteur  a  observé 
les  classes  populaires  des  Etats-Unis  avec  cette  sagacité  dra- 
matique qui  nous  a  valu  OUver  Twiêtei  Nickolae  NidMbg. 


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BULLETIN 
DBS  SOCIÉTÉS  SAVANTES  D'ANGLETERRE. 

PIUlliRB  BÉUiriOFT  DE  L'ASSOGIATIOIT  BRITANNIQUE  POUl 

l'avancement  de  la  science. 


Suite. 


PUHIÈMI  SECTION.  —   SCIBNCBS    MATHÉMATIQUES  ET   PHYSIQUES. 

Changemmii  proposés  dans  la  dénomination  et  la  valeur  despoidi, 
des  mesures  et  deg  monnaies  en  Angleterre.  Une  commission  a  été 
chargée,  0  y  a  quelques  années,  d'examiner  quelle  serait  la  meil-- 
kore  méthode  à  suivre  pour  remplacer  les  étalons  des  poids  et  me- 
sures (le  jard,  la  livre,  le  gallon  et  leurs  multiples)  qui  ont  été 
détruits  dans  l'incendie  du  palais  des  chambres.  M.  Peacock,  le  pré- 
sident de  la  section,  et  l'un  des  membres  de  la  commission,  fait 
connaitre  l'opinion  qu'elle  a  exprimée  au  gouvernement  sur  quel- 
qocs-ODs  des  points  de  cette  question.  Elle  a  demandé  d'abord  que 
les  étalons  pour  les  poids  et  les  mesures  fussent  indépendants  les 
UDsdes antres,  ce  qui  n'était  pas.  I.a  livre  troy  (375  grammes]  ne 
démit  être  conservée  que  pour  un  petit  nombre  de  transactions,  et 
senit  remplacée  dans  l'usage  général  par  la  livre  avoir- du  poids 
(SOO  grammes),  qui  serait  la  seule  ayant  cours  dans  toute  la 
Grande-Bretagne.  Les  mesures  de  capacité  devraient  être  détermi- 
nées par  celles  du  poids  :  cette  méthode  étant  beaucoup  plus  con- 
venable, puisqu'on  détermine  avec  bien  plus  d'exactitude  la  pe- 
santeur, qu'on  n'arrive,  par  exemple,  à  la  formation  d'un  cube 
parCitt.  La  commission  ayant  rec«inou,  à  la  presque  unanimitéi 
qu'on  ne  pourrait  apporter  le  moindre  changement  dans  la  détermi- 
nation des  premières  unités  sans  amener  une  grande  confusion  et 
des  troubles  multipliés  dans  les  transactions  les  plus  ordinaires  de 
la  vie,  a  demandé  qu'on  conservât  strictement  toutes  les  unités 
déjà  employées,  savoir  :  la  livre  sterling,  le  yard,  le  pied,  l'acre,  le 
gallon  et  la  livre  impériale  ou  avoir-du-poids  ;  cependant,  voulant 
introduire  dans  les  poids  et  mesures,  autant  qu'il  serait  possible, 
5«  SÉRIE.  —  TOME  XI.  i^ 


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filO  NOUVELLES  DES  SaERGBS. 

réchelle  décimale ,  elle  a  ptopmë  an  f  •«▼ernement  de  soumettre 
d'abord  à  cette  échelle  la  division  des  monnaies,  qui  serrirait 
ensuite  lAe  teÉe  jpaiir  niffciiHuiiB  H»  aiHu  «Mirite  Itan  la 
division  des  autres  poids  et  mesures.  Ainsi,  la  livre  sterling  étant 
fNse.conuae  ruaitè  ipiinslive,  i»  frapperait «uae  monnaie  4»  Jn 
Taleur  de  2  shillings  (le  10*  de  laJUse  ateclii^g),;  une  autre  qui 
aurait  le  lO*  de  la  valeur  de  cette  dernière  (20  centimes  et  une 
fraction  )y  et  serait  en  argent  ou.eBJjronze»  enfin  une  troisième,  qui 
aurait  une  valeur  dix  fois  moindre  encore.  La  première  de  ces 
pièces  serait  appelée  Victoria,  du  nom  de  la  reine;  la  seconde, 
cent  (le  lOO*  d'une  livre),  et  la  troisième,  millet  (le  looo*). 
Dans  cette  disposition ,  la  demi-couronne  disparaîtrait  ;  mais  on 
CMnerveraît  *te  ^hMtng»^  le  êias-fmw9^  Ises  ^ 
nîeDTt  ees  ^rnooificatioBB  ^mncwt  'noDBiaCTilNCS ,  ii  l'on  ^n  * 
V.  Feaeodk.  A  'h  Imqne  d' Angtetenre ,  «pvr  «aenpte ,  vk  Vmm  «» 
cenvi^te'puB  uioius  'ùt  iunii!.(en|]lo940s,1tvpp1iuiiîra  de  celle 4ybMe 
flecfmale  TOCiiftefwt  Bingniiefeineitt  leS'tipénimiB^^âe  tmvvI  'M  te 
tonne  des  lifrw.  Ainai,  en 'éonrimt  les  ^nHClM,  «ar  tteatMnqoHi 
iié^tgefrt«Qjmrrd%ifi'Ain»lennvom]Mns4e8«mi»'MmiaHn<^ 
(to  oenlimesf) ,  la  sonmie  *âe  T7  livres  '8  victmm  1  moH  mmÊt 
fepTésenftée  par  T7|7T. 

ILa  commission ,  srppliquant  le  «lême  principe  «nz  *poiiB ,  d»» 
■iaDde'qiiele*Aene,'«nlieQ'H^M«'de  6 -lîvresidvns  mieHflnil,  ût 
f2  ^  même  de  14  dams'un  «ratTO,  so^tpartoittMle  «o4m«s.  <jV 
nodifi^tioiis,  ifue  les  4liéonoinns  *titiu!f  ewmt  yen  iiwpiiilanlM,  i^ 
fefift  déjà  vn  grvnd  *progrèB  ponrtRi  pvyv'vuiii  fiidÛque  ^Ui  1 
g|pt«rre,  et  %n<nienbneata  eengrès,  qoi*«%tleHdai«Mtàii»  < 
gomenii  i^Kii  giww  <A  :0hR  pertoitaleiiM.,  %nt  Twn  'UMii 
Mlle  ff^rnrns  «e  imtwk  «pas  mpgwièe  ipar  le'pnrImMit 

mm/th  p0nêmM*Pit»imé0  ]«4i,'fior  Jif.  ttarph.  iiam 
mnie'âes^flcieiiin  «n  ^piogi^ ^'desquelles  lo^Mgièi  «  toploaapi^ 
iMetuuut  I0iinu<ifi  ww^flé#ls^  wwii'tuifM  'leaiiMMMnrienlHni  iiM 
tt  Mjoi  oiA  %té  remuées  wve  ^une  ^MeiMiQ 
■.§n«irfl8rrl§MiHmwe'i|M<la  te'devB49*4i 
Ii0RMlnMe  ^oe  la  mm  «VAnarfilfioRB  viAéonile 
i^hrai^  M  «Mm  fOBiaittJe  <)«iir  «lia  mdt,  wnnifl 
liim,  iMênft  iOk  «iwéBi^dl'SBtenmfMUMnijftis  à  | 
te  slgrtlai  B<É6wil<His  iiihiWii«ew*h>WBailiiyn  «aMaililii 


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diDteinq  années  consècntÎTes,  de  1887  à  I84i,  et  quelques  re- 
étoAM  YOtles  vents,  faites  avec  ranèmomètre  du  professeur  Whe- 
well.  Ces  observations  ont  élé  reeueilltes  à  la  hauteur  de  76  pieds 
au-dessus  do  niveau  ide  la  mer,  et  réduiles4outesi  la  température 
de  a%  diigrés  Fahr.  Les  moyennes  de  chacune  de  ces  années»  r^pré- 
kdUss  par  des  lignes  sur  «ne  carte,  offamit  une  coïncidence  re- 
marqoable  dans  leur  mavabe  gèhérale.*,  it  un  ^irés^putit^nimibre 
leolement  de  déviations  importantes  :  résultat  bien  digne  de  Ûxer 
PlHMtion/staltDtft  siTôn  tienl  compte  des  nombreuses  variations 
ittiqtrétlesl'atmost^hêfe  eéi  sujette  dans  cette  latitude.  La  pression 
rnsfOOit  âte  ces  années  correspotid  exaciement  avec  celle  qui 
Mit  tté|l  été  obstsWèe.  La  ligne  qui  Yeprésentait  cette  pression 
fMsatt  eiftl^n  heureet  (lemie,  puis'?  et  8  Su  matin ,  entre  niidi 
él  1  beim^,  puis  6  et  7  du  soir.  Le  maximum  de  la  pression  ho- 
Mfh^alfaft  été,  à  une  setïle  excefjtion  près,  pendant  six  années,  à 
tlieitm'dn  maffn  et  du  soir,  et  le  minimum  à  4  heures  du  matin 
et  du  soir.  l;a  ligne  de  h  pression  moyenne  était  dépassée  quatre 
fMs  dafns  Y4lieures,  et  sans  aucune  exception  pendant  six  années. 
Aintd  donc  Wréalisait  ifiltdre,  même  au  milieu  de  nombreuses  et 
iXhportaiites  varia'tioifs  atmosphériques,  le  phénomène  qui  a  été 
dhservé  h  première  fôiï  par  le  baron  de  Humboldt  dans  les  tropi- 
fin»,etqti'il  a  appelé  oscillation  ^horaire.  M.  Airy,  auquel  ces 
ifeafl^  onrt  'été  soumis,  a  p(»nsé  qu'en  continuant  les  observations 
tu  ddà  de  l'année  fir42,  on  n'arriverait  probablement  pas  à  un  ré- 
sultat plus  important.  Les  o'bservations  horaires  sur  la  pression 
fitoumétrlquesontau  nombre  de  48,Oûo,  et  celles  sur  la  tempéra- 

ttttkêrehes  9ifr  4a  tfteêse  du  vent  TLe  même  H.  Snow  àarris, 
pissante  ifti  sujet  qui  a  quelque  analogie  avec  le  précédent,  fait 
àmnaftrb  qtl*t1  avait  cherché  avec  ranèmomètre  de  Whewell  d'ar- 
iHèr  liiiièltiuês  donhées  approximatives  sur  la  vitesse  et  la  direc- 
t»n  des  fetrts  insés'Ctrade  winds),  après  avoir  établi  pourtant  que 
^and  %  ctaytm  qtii,  dans  l\inémomètre,  retrace  l'efiTet  intégral 
<b  vetfty  marréhe  arec  une  i^pidité  d*un  dixième  de  pouce  par 
tan«,  le  éêfiiÊceafêûi  de  la  masse  d'air  est,  en  moyenne,  de  onse 
ffMs-ptrsetondè.^^oici  le'tifbleau  dès  résultats  qu'a  fournis  la  vi- 
iltoeiuoytittfe  dtt>totft  (en  pied^  par  secondé)  pendant  chaque  mois 


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212  KOUVELLES  DES  SCIENCES. 


Pieds  par  seooDde. 
Avril 13 


Mai 12,6 

Juin 10,9 


Pied*  par 

Octobre 15,29 

Novembre 14.06 

Décembre 12,54 

Juillet 9             II       Janvier 12.76 

Août.  '. 12,87         I        Février •  13,97 

Septembre 15,42        |       Htn 14,63 

La  vitesse  moyenne  du  vent  pendant  l'année  serait  donc  environ 
de  neuf  milles  par  heure.  Cette  donnée  sur  la  vitesse  et  la  direction 
du  vent,  obtenue  directement  par  la  voie  de  rexpérimenfalioD , 
est  un  fait  nouveau ,  et  qui  semble  devoir  accélérer  beaucoup  le 
progrès  des  études  météorologiques.  Après  cette  communication» 
un  membre  exprime  Tespoir  que  M.  Harris  ne  discontinuera  pas 
ces  observations  tant  qu'il  n'aura  pas  accompli  au  moins  le  cycle 
de  dix-huit  ans.  Un  autre  membre,  le  Dr.  Horsby,  désirerait  qat 
ces  observations  avec  l'anémomètre  pussent  être  faites  sur  mer,  afin 
qu'on  n'eût  point  à  tenir  compte  du  frottement  et  des  antres 
causées  de  retard  qu'éprouve  le  courant  d'air  sur  la  terre.  Le  colo- 
nel Sykes  dit  que  les  heures  du  maximum  et  du  minimum  de  pres- 
sion observées  par  M.  Marris  à  Plymouth  sont  à  peu  près,  sinon 
exactement,  les  mêmes  que  celles  qui  ont  été  observées  dans  rinde, 
à  une  élévation  de  2,000  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  eC 
que  celles  qui  furent  aus>i  observées  à  Mexico  par  M.  de  Humboldl, 
à  10,0('0  pieds  au-dessus  du  même  niveau. 

Jppareil  mécanique  destiné  à  enregistrer  avec  une  grande  éeo* 
nomie  les  opérations  de  tous  les  instruments  de  météorologie.  Le 
colonel  Sabine  donne  lecture  d'une  lettre  du  professeur  Wheai- 
stone,  qui  propose  de  faire  pour  l'observatoire  de  Kew  un  appareil 
qui  enregistrerait  avec  une  immense  économie  les  observations  de 
tous  les  instruments  météorologiques  dont  le  congrès  a  doté  cet 
observatoire.  L'un  de  ces  instruments,  destiné  à  mesurer  la  forco 
et  la  dirf  ction  du  vent,  pourrait  être  placé  sur  un  ballon  captif,  et 
tenir  compte  avec  une  exactitude  minutieuse  de  tous  les  courants, 
à  une  élévation  de  8  à  10,000  pieds.  Tous  les  essais  que  l'on  a 
fails  pour  obtenir  que  le  baromètre,  le  thermomètre,  etc.,  en- 
registrent eux-mêmes,  par  un  moyen  mécanique,  leur  marche  et 
leurs  variations,  ont  échoué  jusqu'ici,  parce  que  la  force  mécani* 
que  qui  fait  monter  ou  baisser  le  mercure  dans  les  tubes  ne  peut 


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HOUVELLES  DES  SCIENCES.  213 

vaiocre  les  frictions  qu'en iraiae  tout  mécanisme^  ou  ne  le  fait 
qa'arec  des  pertes  qui  ne  permettent  pins  de  compter  sur  Texacti- 
tode  des  résultats.  «  Le  principe ,  écrit  M.  Wheatstone,  sur  lequel 
repose  la  conslruclion  de  mon  télégraphe  météorologique,  savoir, 
k  détermination  (au  moyen  d'un  faible  courant  éleclrique)  de  la 
force  mécanique,  développée  par  le  simple  contact  du  mercure  du 
tube  a?ee  un  fil  mince  de  platine,  me  permet  d'éviter  cet  obstacle. 
Je  propose  donc  de  faire  construire,  sous  ma  direction,  pour  l'ob- 
serratoire  de  Richmond,  un  appareil  de  ce  genre,  et  dont  le  coût 
ne  doit  pas  s'élever  au  delà  de  50  £.  Si  après  trois  mois  d'essai  on 
trouve  qu'il  répond  exactement  à  C4S  que  je  me  crois  fondé  à  en 
attendre,  un  des  plus  grands  obstacles  au  progrès  de  la  météoro- 
logie aura  disparu.  Il  est  peu  de  localités  où  l'on  ne  trouvflt  une 
persoone  an  moins  qui  consentirait  à  consacrer  quelques  minutes 
par  jour  à  l'entretien  de  cet  instrument,  tandis  qu'il  en  est  peu 
fn  pourraient  ou  voudraient  se  charger  de  faire  elles-mêmes  des 
observations  toutes  les  heures  ou  toutes  les  demi-heures.  )» 

Rayporiiuir  le  grand  iyUéme  coopératif  d'observations  tnagné» 
tiques  et  météorologiques,  par  M.  7.  EerseheL  C'est  au  congrès 
adeniifique  qu'est  dû  rétablissement  de  ce  vaste  système ,  qui  a 
appelé  sur  tant  de  points  du  globe  l'attention  des  hommes  spéciaux, 
et  leur  a  fourni  les  instruments  indispensables  pour  recueiller  si* 
ntullanémen  t  les  observations  magnétiques  et  météorologiques  appe- 
lées par  ce  moyen  à  s'éclairer  mutuellement.  Aussi,  depuis  trois 
années  que  cette  entreprise  a  été  commencée,  et  que  le  congrès  a 
pu  intéresser  à  son  succès  la  plupart  des  états  civilisés,  tous  les  ans 
nn  rapport  est  fait  au  congrès  sur  les  progrès  du  système  et  sur  les 
obstacles  qu'il  rencontre.  Le  savant  baronet  chargé  de  ce  travail 
pour  c(ftte  année,  entre  sur  les  conditions  de  cette  vaste  entreprise 
dans  des  développements  que  nous  ne  pouvons  reproduire,  mais 
qni  prouvent  tout  ce  qu'on  peut  attendre  de  tant  d'efforts  réunis 
tànsi  sous  une  même  direction.  Il  a  rappelé  surtout  l'utile 
coopération  du  capitaine  Ross  dans  son  voyage  commencé  en  IS40, 
et  qni  n'est  pas  encore  terminé.  D'après  une  lettre  de  ce  hardi  na- 
vigateur, datée  de  la  Nouvelle-Zélande  et  du  22  novembre  1841 ,  il 
parait  qu'il  devait  mettre  à  la  voile  le  lendemain  pour  reprendre 
son  investigation,  et  qu'après  avoir  traversé  l'aval  isodynamique 
au  milieu  duquel  se  trouve  le  foyer  de  la  plus  grande  intensité,  et 
qn'il  suppose  exister  sous  le  60*  latitude  sud  et  le  286*  de  longi- 


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I«de  eslv  iMefiit iedlrigcp dlfwtwoiit>¥^r»-ll^ M|iie dè^gllMMi *»- 
•ooaaitre  le  nouvotu  contîiieDt  FHùêoriû,  dëtwaverl  llamiée  pié«è^ 
«tote,  ei'ohercbep  à  tr«f«raer  la  barrière  q«e  lin  •▼ftièotoppotèe 
iw»glaQ6»i  lit  seml  dono  faroè  de  ptaser  •noere'  un-  bfver  son»  Ifc 
■dlie  a  Diurétique;  9*11'en  était»  autreneiay  on  ne  tarderatt'pn  â  ap^ 
prendre  son  arrivée  aii>llee'FalklHid(;  ^fttisl^oaseentrftil^,  une 
«BDé*  eoiière  poovait  ^èeouler  avani»  qu'on-  eét  d'aulK»  Boa^to 
d»reapWî«M>D. 

11  rèsvUe  d^a  dociMDentaprébeDiiaparerrJ;  ANMbelt  ptrtMi 
iiBobaeiwafloîreaaiiglfti^etélraogers»  etdeHo»le»te»9taii0iiBMcMtai 
•eil^en'Aoefltoterre»  sok  a«»  Indes,  à«l<e«eeplioo'd^eelleatd'Aéta, 
^jÊrn-  let<  pvifteipauiLr  A|abH9aenMirt»dU'  OMiAilMni  dtatitaés  aov^  m^ 
lÉterohee-  mMrèolbgiquea  seiK*  presque  parlettt<eB^<pleineactMlè. 
le'gomvenMimeiit  rviae'  Mirtaitt'a  fcwrM  de  to«e^  sea  eflbrfs  l^e»- 
If^piîie  dtt'  oeD9«èa:deê^  obierfinteîrea  onfélé  éNMIs  à  aeswfMI 
èTilli^  il  Nkolaje^  à  MosoMii  Lea^^lrvraim  de'Gonalmelion-eti  éN^ 
tablissemeot  ont  demandé  beeucoup^dMemp»,  ei'lè  terne' de*  irofc 
MM^  aooefdé'prinniivementi  parlé  geuf>emenwni  angftiia^eHliCoiii* 
pagme'dfâ  llides,  aHiit  eap!)nep  an- «omevt  oè  towlès  amng» 
menlB  étaient  aolfevés  Burlb  pltis  grande  panfedU*§plobe,  et  où  on 
allmt  oonnenoer  iréoolier  les  ftvîta  de  tant  d^  Iravavx;  mats  H 
faii?emeoient  aoglai»  vient'de  déeîder  qo^M  eentMiueraît'see  a»- 
oeiirs  pendantune  nouvelle  périededetreis  annéeS)  jusqti*^'  i»4<», 
eC^  le  gouvernement  rnsBe,  deeen  oôtéi  appris  l^èngagement  deraov*- 
tettil*  les  observatoires  établis  en  Rnssîe  pendant  l«mt ie- temps  q«a 
eaux  de  TAngieierre  seraiont'  sonienns,  le  eont»  Bninow  ayant 
fermeHement'  assnré  q«e  cette  période  était*  la  plna  courte  dans 
liquelleon  pftt^espérerd^arri^er à  quelques fféaetta ta impor^antSi 

des  trais  aniiéea  n'ont  offi^ndampas  été  perdues  peur  laseietieet 
nen*seulement  les  observatoires  ont  étéeenstruÉtaetentreçu  les 
instriNàienta  qui  leur  étaient  néeeesaites»;  mais  on  a  trouvé  «n 
moyen  de  eorrecttompeur'la  température  des^aiinantay  ce  qui  étnil 
l'un  des  peint»  lespHi»  ilnpertan4»de  ces  reeherebcs;-  en  outrer  on 
a  eu  l'oceasion  de  eomtater  IHibiquité  de-ees  singulières  pertuabn» 
tion»  quVm  S' appelées  lH?>p#»a  mciy wéf lyues ,  cequ%n-n<avaYt'pu 
ftrire  avant,  et  deeonsiater  jusque  un^certaili  poibc  rexaetiAude-él 
ftrthéorfe  de<Sauss%  La  grande pei>iurb#îon' dtt ab&-dé(>embrei s et^ 
qui  tai  observée  à  Glreennvieii-,  Pft  été'  aussi  è^  Vorente,  à  Sèftnte» 
Hélène»  au  Cap  et  k  Trevrandrum  en  T¥avancere*  Toutes  ces  ob» 


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rperturëttton  ntr  dtes  pefhtê  9i  êlbifpiés  sont 
r  ài  fvmp»  peur  tfti*ëllto*aiefrtfm  dlre^publlèes-dmif  Ib 
^TNoMictten»  d^^PlTMORiMmr  pour  Faimèb  194t.  CM 
flU'fltJt  M0VI€iiiiii|umM%,  (|iivoo* ]H^MiiiiDèno' flociâëiilBl  obseryé'à 
B«i*9lmipe»y  eniliie»  ai*i)^frNfii»6i'mi  Amérique,  tiransmik 
véitaîtt,  mfprknë<,  paie  puMiéf  en*  moihs  ûb  trail 
IvitpfMNM^myu»  àbpmê'êm  dlfUlmim  st» 
eci»pui<mfctwii§<wwet  Mé^génèralèf;  et-qne 
•B^MMli  jMitéU^sitrallanée'tBr  tmia^  Hs 
toof «i'  yarllNrtl  dkn»  h  n§M»  joarnéë 
«rtMomliiNiiffn» ,  lesfmfc  teneni'  csractértstt 
éiîiiimilioii*  fHk»  •u-  meta»  owiBiilëra  M»  éte  I4li* 
b,  el  pnr'  lé  mon^nmeaV  d^tfèilrtotié^noni'dii 
'  «0m<  IImmI..  €ilto'  oHwrvaliëB*,  âàiw  laqaeUe  on  a  pv 
wqvi^tèraitr^'dto  MlUeiicf»  lëoalc»,  ei^oequi  ttatt'lb 
iU  Mftflkmcfl»  fèlièralèss  e<r  où  l*ènr  •  pn-smirre  les  chocs 
otoMvalMl»,  d^  slaiioB  en  tl«lidn,  jusiiii*lr  oe 
^  AMiMIà^poHr  élM'e  ■iMqvés  perrhyfltiefiGe  cvoili^ 
de*  poifrtS'pIWipBèii  éseeliiî  eè  éUit  Pobservatoire; 
B^  m^m^J^  BersoM^  es»  de  lit  plbs-  iMute  portée» 
;  dWtkHer  PihflteencB'dee^éisteoees  et  des  IbeM^ 
iÉKSBrksiwwîàtiowmigiiétiiiaes,  et  panftdèmrêtreféiDORdb  en 
VMnsi  meofwqveSk 
i^etl  emcmmvemêmê'cmrémêXi  aymmt'  rapport  à  ImphoHfgrapki^ 
pmt> M{  Momn  db/gwwfèbry»  ei oofmflnmtqnë  par- lé 
Isssel  à-sîr  David  Irewster.  Q»  f^it,  qui  aétécom*» 
Buniqoé  à  peu  près  à  la  môme  époque^à  rilMtkBl  de  Franei',  est 
asMi  InptFlMii  peur  que  noa»  iie<cmgiiioii»  pas  de  lui  donner 
■senoufellepedifeité'daB»  ce  bollelin.  La»  discussion  mtéressanie 
qB^»  s«iv4  celte' cMMiNiiiioaliitm  au  eon^rèè,  el'  les*  détails  dam 
ksqvds  est*  entré  M.  Bssseï;  qui*  étati' présent  à  cettediseussion^ 
ifeotHit  enoasc'  h*  Hnlérèl  du  fàtt  hri-raème^  9k  on  plaee  mie 
pbqne*  noire  dé-  oome  ou'  d'agel»  an*-  dessous'  d'tine  snrfaee 
dlNfeaipeNé^  â  la  dtslMic»4i^aQe  ^ngtième  de  pouce^  et  qti'oft 
ly-  laisse-  feadvii  dix  nûiulM,  la  plaque  d'argent  neçoit  une 
ittapde'ln  i^nrev  de*  Péeriiure  en  de  Pimpreesion  qvt  ponmiit 
s»tttnter  à<liPiMiiee>de!lli^eeiiie  onde-  Fagnie.  Ces  flgnres  ne- 
nnl  pa» fiaibise any  r-argent  itewnéMiatement  après  les dii  minute» 
I  ledempoeat'qnapd'On  «  exposé  la  plaque  d'argent 


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316  NOUVELLES  DES  SCIENCES, 

à  de  la  vapeur  d*eau,  d'ambre,  de  mercure  ou  de  tout  autre  liquide 
Il  paraîtrait  que  les  vapeurs  des  différents  Quides  produiraient  des 
effets  différents  et  analogues  aux  différents  rayons  colorés  du  speo- 
ftre^  et  qu'ils  peuvent,  en  conséquence,  produire  une  couleur  rouge, 
bleue  ou  violette.  On  peut  faire  tomber  l'image  delà  chambre  noire 
sur  une  surface  soit  de  verre,  soit  d'argent,  soit  même  ^ur  la  sini* 
pie  couverture  d'un  livre,  sans  aucune  préparation,  et  on  obtiendra 
les  mêmes  effets  que  si  on  avait  agi  sur  une  plaque  d'argent  cou- 
verte d'iode.  M.  Bessel  avait  vu  plusieurs  dessins  obtenus  de  celte 
manière,  et  qui  lui  ont  paru  à  peine  inférieurs  à  ceux  préparés  par  le 
procédé  Talbot.  — Sir  David  Brewster,  en  terminant  sa  commani- 
cation^  dit  que  ce  fait  contient  le  germe  d'une  des  plus  importantes 
découvertes  de  l'époque  actuelle;  qu'il  semble  démontrer  dans  la 
substance  noire  une  influence  thermaIequiyseraitGxée;bien  pins 
même,  il  paraîtrait,  d'après  d'autres  faits  que  M.  Bessel  avait  rap- 
portés à  sir  David^  que  les  différentes  lumières  n'agiraient  pas  de 
la  même  manière  sur  différentes  vapeurs,  comme  s'il  existait  an 
moyen  de  rendre  la  lumière  latente;  circonstance  qui,  si  elle  ètail 
constatée,  fournirait  sur  la  nature  physique  de  la  lumière  des  don- 
nées fort  remarquables  et  toutes  différentes  de  celles  qui  sont  gé- 
néralement admises  aujourd'hui.  La  théorie  de  l'émission  pourrait 
probablement  rendre  compte  de  ces  phénomènes,  tandis  qu'ils  pa« 
raissent  inexplicables  dans  celle  des  ondulations.  Les  expériences 
que  sir  David  a  faites  lui-même  sur  le  gaz  nitreux  lui  paraissent 
venir  à  l'appui  de  cette  manière  de  voir,  car  elles  lui  ont  démontré 
qu'à  certaines  températures,  ce  gaz  devient  aussi  imperméable  à 
la  lumière  qu'une  pUque  de  fer. 

Deuxième  Section.  —  Chimie  et  Af inèralogib.  De  Vaeiian  de 
ïair  et  de  Veau  sur  le  fer^  par  M.  Mallet.  Ce  rapport  est  le  troi- 
sième que  M.  Mallet  présente  au  congrès.  Dans  les  deux  premiers, 
il  s'était  borné  à  déterminer  la  perle  occasionnée  par  la  rouille 
dans  un  temps  donné;  la  rapidité  avec  laquelle  s'opère  ce  travail 
de  destruction  dans  les  fers  fournis  par  les  principales  usines  de 
l'Angleterre,  et  les  circonstances  qui  retardant  ce  travail,  con- 
tribuent k  prolonger  la  durée  du  fer.  Les  expériences  que  Tautear 
présente  dans  ce  troisième  rapport  démontrent  que  la  marche 
suivie  par  la  rouille  est,  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  dé- 
croissante. Des  expériences  comparatives,  faites  sur  quarante  es- 
pèces de  fer  forgé  etd'acier,  ont  égalemeut  prouvé  que  l'oxydation 


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NOUVELLES  DES  SCIENCES.  217 

du  fer  batla  s*opère,  en  général,  avec  beaucoup  pins  de  rapidité 
qae  celle  de  la  fonte  ou  de  l'acier.  Plus  le  grain  du  fer  forgé  est  fin, 
plus  sa  textnre  est  uniforme  et  homogène,  et  plus  la  rouille  map> 
che aveclentenr  et  uniformité.  L'acier  se  détruit,  en  général,  plus 
lentement  et  d'une  manière  plus  uniforme  que  le  fer  battu  et  la 
foDte.  H.  Mallet  examine  et  détermine  chimiquement  les  résultats 
de  l'action  de  Tair  et  de  l'eau  sur  les  différentes  espèces  de  fer,  et 
décrit  la  plombagine  comme  un  produit  de  l'action  de  l'air  et  de 
Veau  sur  l'acier  fondu.  Une  masse  de  plombagine,  retirée  de  la 
mer  lors  du  sauTetage  du  Royal  Georges,  aussitôt  qu'elle  fut  à  l'air 
absorba  l'oxygène  avec  une  telle  rapidité,  qu'en  peu  d'instants  elle 
airiva  presque  à  la  chaleur  rouge. 

BÎTers  moyens  ont  été  essayés  pour  protéger  le  fer  contre  la 
ronilleqni  le  détruit  si  rapidement.  Celui  que  propose  M.  Mallet 
eansûte  à  revêtir  le  fer  d'une  couche  de  zinc*  Mais,  dès  le  point  de 
départ,  on  éproave  un  grand  obstacle  :  c'est  que  le  fer  n'ayant  au- 
cune affinité  pour  le  zinc,  ces  deux  métaux  ne  peuvent  adhérer  l'un 
à  l'autre.  Il  faut  donc,  dans  le  procédé  de  M.  Mallet,  commencer 
par  nettoyer  la  surface  du  fer,  et  enlever  la  couche  d'oxyde  qui  peut 
le  recouvrir,  et  ensuite  le  plonger  dans  une  solution  d'un  double 
dilomre  de  zinc  et  d'ammonium ,  dans  laquelle  il  se  trouve  en 
coDiact  avec  une  couche  mince  d'hydrogène ,  lequel  augmente 
beiDconp  l'affinité  du  fer  pour  le  zinc;  puis  on  couvre  le  fer  d'un 
amalgame  triple  de  zinc  et  de  mercure.  Plusieurs  échantillons 
de  fer,  soumis  à  cette  préparation,  sont  mis  sous  les  yeux  des  as- 
«sUdIs,  et  entre  autres  un  boulon  de  fer  destiné  au  carénage,  et  un 
boulet  de  canon,  qui  étaient  dans  un  état  de  conservation  parfaite, 
«près  être  restés  à  découvert  sur  le  toit  d'un  bâtiment.  Les  bou- 
lets de  canon,  lorsqu'ils  sont  exposés  à  l'influence  atmosphérique , 
s'oxydent  si  facilement,  qu'ils  ne  peuvent  plus  servir  au  bout  de 
cinq  ou  six  ans.  Une  commission,  formée  de  membres  de  l'Instl- 
tei»  qui  avait  été  chargée  de  faire  des  recherches  sur  ce  point,  a 
voulu  employer  le  zinc,  mais  elle  fut  obligée  d'y  renoncer. 

(La  suite  au  ftochain  jitimdra.} 


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CnRONIQtrE  UTTÊRAIRF 


MX  BlUaaLXLN.  BIAXJJOQEARAJUIUS^ 


Les  pluies  de  septembre  n'ont pMawM  FéngnÉter  dm Ihk 
nondftfiiatîâieft;  Ifénn^mtimii  dft>  tonfecoqui:«l»MMf».o«^4#!tiNit 
mii4iiî»dfMh?aivrD0eaè  înges.efa awwato,. écoliwtafe purfiimniK « ii» 

hirriftiwi  éeftiinéeft.  i  dîeoipiÂneK  la  queue*  gmlnHa>  la. 
iftyifito).eilQnÉMdea  qneaaa  passibles  dn  snoBèsîOv  de-1a*0Ma 
faa.aiiiaii»>.ptffeoD8è^piani».éonfveiil  dévà»am  dÊraalMaB^pimiè^ 
alMsanifiMfvtoQi^éa'foiiaiin.oa  daflftaadQcwna'lHta^  caroolV 
aORMO  sa.  piàea'  i«hlièe  pira»  la  forane  ^  qn'oir  s^appeM»  Biigèaa 
Sanba«o  ideaaidtoa  fiinBiaB».vtt!qiui«^esbà1a  faplMn»yi'ertiirttili 
tafe«la  prima*  abëneifîfoamoDb  linnearé»  p«D  Mt  imeelofc  daaadaa 
Antit'Mrat.  Saiis  pan  da- jonn^  M-.  S..  Soribe  amwi*d9aa»aMlb> 
AaannP  2* on  a  (eaanrqiitad»€anbaade8:lionMies  d^pnli),  «aw 
la:niaDiiflaB»C  dis  Jlfisin*  omiMi^  JiMaiiraiiotii  il  umm  appavUent 
d'aïuioiicenaeUe.Qamédîa  britanoiiiBa*  qat  fioralapaBdaiit  da  Mê^ 
tntmêt  U  RmkmK  NO110  w>ilàf  oW^  da  relîte,  criUqvaa  ai  pvMi^ 
iMieèîttQiBa4'Angla«aive^oarnou»vailaBa^  aair  làniBS  penanaagffs 
a«|Aiti^'aiiMMillii8son'aiiOBiie  :  AAaiidksanubîao.lB^  'vaaii  MêmU,  êm 
diAibanaalev  at  Cimenàtmy.  la  «rai  H^e,  ooatia  de  Clbra«laii| 
•Ma  Bonamlilfcr  m  Ifusn  llautta  i<amii  da*  m^m  géoènMi»  a« 
diplaflsataftda  la^Av  paapltta.qae  leaoïBtB  da  hiMinmm»  ^tm&nm* 
blait  à  aaasMi  da*  eea  dernier»»  aiali^ré  la  parraqua  fPMi^sa  ^pia 
prétèBeiWUlaaaataiini^de  bonilrea.à^  personnage,  en  le  tradaisant 
sur  leur  scène  pendant  l'ambassade  même  de  M.  le  prince  de  Tal- 
leyrand. 

Ln  attendant,  mademoiselle  Rachel  estreyenue  de  ses  voyages 
d'èié,  toujours  avec  son  même  répertoire,  mais  promettant  d*y 
ajouter  prochainement  un  ou  deux  rôles  nouveaux ^  ce  qui  ne  si- 


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f^SÊÊ  pwqo'Mle'lès  draMMideni  à  li  géBéMttoii'  tétante  &t  nm 

JpMidiiDi  (ffi^  M**  âMliiif  BfelàvigiM'porto  mra  tfagèdl6  lyri<fii6 
mt^tÊné'Byéfnr^  od  »  repril^  tu-  7Mâff«-/¥(fiKHit>  sa  oomédlè  éà 
Ik  PbfukiHié.  Màii'ceito^  pièce  f  dfiMepotîlicriie  trop.iteptrtiriè 
Hflt'éU^  poitr-iKilre  ptibHo'  ptftffl^  mit  surtimlid^in  ihtéfèt  trop 

MRMHI  pOVV*MV6''nC9*^[MR9&  PM^'CO  pHOlNb  .^Mlf^Orf^  aUSM*  (BOtM 

■Hitfttoa»  — dolMWB t  BRI  taltaifr  tt  èaniranl^,  mélw*  Mfiiolre  toi^ 
nia)  IL  Q;  IMlivHfne  a  par-lfop»  (rnsér-  iM^  OMptu*  poifliqim  <lli 
MagMiiie&  lfo«»>  pcumiNMi  faMivar  je  n^MiIft'eaMbieB  àe  êeUfi^ 
ëiaie»  «iBi«D'  la  fènlé'  Mlam^nié  dtaw  aetouvragè*,  oè>  dta^lerdl 
»f wait  de»  lifyq»  daloa»anaè>a^1  4'alllMMMi>  eumaM^M  IfreM 
il-lMiidni  ehabiBeai»  ▼oilwlâèrs'  sesi  awtoiHih  maaieipalee  dîna 
mnwiaiie  da  lHig'M*de*BaiiMiaeei  Ifëveafaot-sar-aotre  bareen 
aa^flna  des*  laraj^flHMrsa*  depuis*  ifM^  t  nous*  y^  ▼oyons  Dieiî  QueF 
foes  baronets  (et  encore  des  baronett  dfeeréfcton  persoiweite)  (ij^ 
«isde  lord»,  pas  an  seuP.  (P^st  }l»tenwiitlè  f oh)^  ce  mois  qu'a 
Mmt  l'éteeliba'  aanuellè  da  tbrd^nai^  ;  qvfl  nom-  soit  parmiâ 
vippisaOTOvw.  Cl  DerafTii^nei  et  k  Bps*  auteurs  de  pièces  d^  tIraBh 
IM  M  dfr  maam,  qm-  esptoHenr  ▼olbntlèrs  tes  Ibrdt,  fes  ban^ 
■sis y  kssqairesv etc., que  Tob  esttrès' aèrètetn  Angteterre sur  Ife 
eaapv  aes^  tNics  et  des  preMÉnces*.  L^  nynp'Bsaire  n  est'  lOf^  qaa 
pHHMil^F^Mraéa  db*  ses  IbactiiNis*  Sét  fennaoy  pendant  cette  anoé^ 
■k  wt'aassfrtfailée^  lémy-mayoress-;  mai*  avec  V»  fbnctions cessa 
iilt»«llnbation,  et-  leVord-matre-  sortant,  qvi-  estorditoairemenf 
fasifa»  laareltaHid'  de  fti-  €ité^  retoume^  à  sa  bontique  ou  à  son 
isaiptoir.  Belord»  Dnfty  d^  ^^  PoptikirHé  n'étant  pas  alderman*, 
si  a'^Éfant  p«i>  él*<sbéft'ii$  est  donc  Mn  eoiilre-  toas  tesprébédents. 
^MÉant  oelte<  reinarqae>  noas  nous  a^ouono^à^  nensHnéaselfr 
aassMNpae'piiMler  dans* nos '  procflMaoa^  lllwaisons  qncfque9  es^ 
feails^  moine  d^»  lta«^Nmeiis  inHilalè^  :•  jéMwnmai'  of  dif^fi^ 
■■^  p9iwUêff$ê4HÊ^'pi^$êdéêHttf  M^re  Imo  uInHb,  mnons  IhqBicaB*» 
q«t*veat  parier  de»  Anglais  ot  dè>  l/Anglbterre^sana  trop  choqner 
ks  anglomanès. 

^rssle,  «entas le» fanées  dè^oesliHne)  nensefroon?enon» Tolon- 
tÎM^  a»  aniaentqnc  févC  penà  rfntéïél^'to'dranie  et  d'un  roman^, 


(li  (MnatfepaAnt  la  laidiaitiret  sa  Css^tisa*  tafa  àhêê  aiÉusann  élm 
ViiicieL  de  Galles  ettcréë  liaïaaeL 


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220  CBBOVIQUB  LITTiftAIBB  DB  LA  BBYUB  BRITABHIQUB, 

témoin  les  Mystères  de  Paris  de  H.  Eugène  Sue,  où  entre  antrei 
personnages  apocryphes  figure  un  M.  Afurph,  qui  est  tantdt  un 
squire^  lanlôl  un  kaighty  tantôt  un  baronet^  sans  cesser  d'être  ori- 
ginal et  tendre  comme  un  vrai  boule-dogue  (ce  que  nous  disons 
sans  admettre  le  fait  rapporté  par  tous  les  journaux,  qui  font  dévo- 
rer  une  jardinière  par  le  boule-dogue  d'une  de  nos  plus  célèbres  actrî- 
oes).  Certes»  ce  ne  sont  pas  les  gentilshommes  anglais  qui  forceront 
M.  £.  Sue  de  déclarer  publiquement  qu*il  n'a  pas  voulu  les  insul- 
ter en  les  conduisant  dans  les  plus  mauvais  lieux  de  Paris,  comme 
ont  fait  les  gardes  nationaux,  auxquels  il  a  paru  très-désagréable 
de  fréquenter  les  ckourinmêrs,  les  goualeuses^  les  princes  de  la 
confédération  germanique  et  autres  gens  de  mauyaîse  compagnie, 
^e  M.  £ng.  Sue  lui-même  n'a  étudiés  qu'en  achetant,  dii-on, 
une  blouse  à  la  friperie  pour  garder  son  incognito  chez  la  Chouette. 
Cette  blouse  est  suspendue  dans  Tantichambre  du  romancier,  comme 
une  enseigne  des  Mystères  de  Paris. 

Ayec  le  tome  premier  des  Mystères  de  Paris,  M.  Charles  Gosse- 
Un  publié  aussi  le  tome  premier  de  Paula  Monti.  Cette  double 
publication  n*a  fait  qu'ajouter  à  la  popularité  du  romancier.  Noos 
en  rendrons  compte  avec  plus  de  détail  «juand  les  tomes  seconds  de 
chaque  roman  auront  paru.  Les  Mystères  de  Paris  sont  un  yrai 
voyage  dans  ces  quartiers  dt  Paris  que  le  lecteur  ne  peut  connattie 
que  par  procuration.  M.  £.  Sue  a  fait  en  artiste  ce  voyage  de  dé» 
couvertes,  et  en  est  revenu  avec  des  tableaux  fort  curieux*,  il  a  eo 
l'aimable  complaisance  de  nous  mellre  en  note  la  synonymie  de 
la  langue  que  parlent  ses  personnages,  sans  que  nous  ayons  besoin 
d'avoir  recours  aux  Mémoires  de  Fidocq  pour  la  comprendre.  On 
trouve  aussi  dans  les  Mystères  de  Paris  un  prince  mystérieux  qui 
mange  au  tapis  vert  avec  le  cbourineur,  et  boit  du  cassis  cbei 
les  portiers.—  Dans  Paula  Monti^  roman  de  salon,  le  crime  et  le 
Tice  gardent  leurs  gants  jaunes  et  leurs  robes  de  soie.  La  bonne 
société  est  encore  là  très-mauvaise;  les  Mystères  de  Paris  sont  le 
roman  Yidocq,  Paula  Mantif  le  roman  Fronsaç.  Tous  les  deux 
ont  un  immense  succès. 

On  va  croire  que  nous  allons  faire  dans  notre  chroniffne  ane 
critique  à  mort  aux  théâtres  et  aux  libraires:  non  certes,  nous  te- 
nons à  notre  bonhomie,  et  surtout  quand  nous  venons  de  liie 
deux  volumes  qui  prouvent  que  les  arisUrques  sont  exposés  à  de 
cruelles  représailles.  L'histoire  des  idées  littérairu  m  France 


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■T  BULLmiV  BIBUOGftAFBIQUB.  SU 

au  XIX*  nécle^  par  H.  Alfred  Ifichiels  (i)»  nous  prouve  à  tons/ 
gnnds  et  pelitSy  que  nous  sommes  les  vèri  tables  chacals  de  la 
presse»  dépeçant  depuis  trois  cents  ans  les  auteurs,  les  mutilant 
pour  assouvir  notre  rage,  et  nous  prenant  pour  des  anatoraistes 
qui  disséqueraient  êecundum  ariemf  c'est-^-dire  pour  des  criti- 
qoes.  Sans  abuser  de  la  métaphore  comme  M.  Alfred  Michiels,  ce 
qui  est  peut«étre  un  double  abus  dans  le  style  de  Tanalyse  litté* 
nire,  nous  reconnaissons  volontiers  son  talent  et  l'abondance  de 
ses  idées;  il  a  un  grand  mérite  dans  cette  époque  de  fictions  par« 
lementaires  et  de  mensonges  académiques  ;  il  est  sinoéte  et  coura- 
geux jusqu'à  être  un  peu  tranchant  peut-être.  Son  admiration  et 
ses  dédains  ont  delà  yalenr.  Il  a  un  culte  trop  exclusif  pour  rAUe*" 
magne  et  son  esthétique  ;  il  ne  rend  pas  assez  justice  à  cet  esprit 
français  si  éminemment  propre  k  la  critique ,  et  devant  lequel 
tout  F£nrope  littéraire  s'indine  pour  recevoir  les  couronnes  défi- 
DÎlives  de  la  gloire  ;  mais  enfin  M.  A.  Michiek  sait  aussi  faire 
QDc  part  ï  son  pays.  Nous  pourrions  lui  citer  toutefois  quelques 
noms  oubliés  qui  comptent  en  critique  :  nous  lui  reprocherons 
aussi  de  prendre  au  sérieux  certains  polygraphes  qui  sont  d'une 
monUté  trop  douteuse  en  librairie  pour  être  les  bienvenus  à.prê- 
Cher  la  monlité  en  littérature;  mais  enfin  M.  A.  Ifichiels  a  aussi 
généreusement  défendu  des  victimes ,  et  il  a  arraché  le  masque  à 
des  visages  bien  effrontés.  Ce  que  nous  regrettons  c'est  que  Thy* 
percritique  ait  quelquefois  jugé  ses  devanciers  par  on  seul  de  leurs 
onvngesy  sans  s'enquérir  de  ce  qui  Ta  suivi  ou  précédé,  et  si  les 
doctrines  de  l'flge  mûr  ont  été  encore  celles  de  la  jeunesse.  Que 
M.  A.  Michiels  aime  les  Aristotes  tout  d'une  pièce,  les  auteurs 
comifutniê,  c'est  bien;  mais  avec  ses  idées  de  progrès  et  de  per* 
fectibilité,  pourquoi  n'aocorderait-il  pas  quelque  crédit  k  rexpé" 
rience  de  l'âge?  pourquoi  la  confondrait-il  toujours  avec  Timpuis- 
sauce  sénile?  Nous  l'engageons  à  compléter  son  travail  par  un 
autre  sur  les  productions  de  nos  poètes  et  de  nos  prosateurs  contem* 
porains.  Nous  proclamons  très-volontiers  l'uiilité  des  deux  volumes 
que  nous  venons  de  lire»  comme  introduction  à  un  cours  de  littè« 
ratiK  comparée.  M.  A.  ifichiels  est  très-versé  dans  les  littératu  re^ 
^Inogéres ,  savoir  qui  manque  en  effet  à  nos  critiques  hebdoma- 
daires et  mensuels.  A  ce  propos  nous  lui  demanderons  si  Tidèe  pre- 

(1)  2  toi.  in-8.  Chez  W.  Coquebert,  48,  rue  Jacob. 


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mièieëe  iVbiyiniietdA  JoAphiGhèttier  A  T^M  MHW-lMe,  i|Q*il  cfbi»» 
pire  %  due  «ée  de  Ji.  ^Ipb.  Mie  teoiaplîiie,  o'appUDliest  ipm  4 
lapN  i|tti  i6t  aMii^mie  «afle  cphikiqphiqiie  4Mi.42KeH  tmwMr>W, 

ikMnwwioM  bien  vouta  rnsefoir  qndfpies  joins  plut  4àiiam 
blMbuM  qoe  ^ublto4e  i^ral4liif|eaiid  :  ^L'^AcoAiilft  ,'4l»i  iwuyii 
êf  ettmmwtt  m '^MMimri»0H«  409iffuêê^it}.  No«t>iiW«iifiiiR  li 
Milfi6<4le  âMbBM-ifii»  •it<4oiît««il^dtiitie«rMide  iapMmiae  :di 
«mfiMM  iMittHoup  de  «èrilét  «mk  iinep  i<oiiHiMB«,ioliil  «ii  nrevtti 
dlÉntnt<qii%»  genfimeor  g4adlolili»»yirit<eyl^eeninitf,  iM.èe 
gàft6iel<Biigeeiid  pet le>  aBec«mie  <wrtQri4é»4pM  4dî  ^e-bien^flgèt  4 
ge  f util  ^toft*de<4iire  |K>er  «notée  4BeleDîe-«ffrMeiBe;;*aMm  41 
dkiieaiiile<pe8*l|a)H<e'e^^eMA<eDèeiidi«  le^MivettietoeBt,^] 
IMB^  !le  puUie  ee  léeeier^'cer  H  m  iious^deniMUle 
«^  mlleihoiimei.  ma  »{Mi8«p(Mr4élniéee  nee^eosqnêM,  makip 
ki  eoBMmr ea  tuiipdMiit  4a  i0oeiee  (toit,  ««o  miile  « 
ilmfen:Mleltfpai  ftai  «le  t  mille^toK  lueesiponr  Téfbera 
tjBelBBt.à  «AAffet.  Bli  Me»»  immu  ipenseiis  *noQs<tu^  d'i^rès  wm 
pMpre6«eriettls9'te  0iiiéral.aSeii«deMende)|Me^eiicoee*aiinu  ea  onile 
hemmes  tpotir  .pioM^er  Jiee  40  BiiUe  eoliHit  eotueb-I  Je  géitlMl 
dAokiem«e4eiit«ekin  «eiMTeeu  4{itt  vieadra  aMfiaeyter  ee  Mintae 
tt:ft*evaB$etit  tans  h»  Âmens  de¥ra  étue  JniHnéaie  «Qwidtfl,et 
siohBBl  faîra  au^jneiiis  la/gnerae  en  4ifaaieBrI  «Bhtbîea»>to  gè«(bii 
a  eaisove  vaitem  dans  «o  .paye  où  4»leiiîser  «c'eit  eoniiuénr  le  sel 
pas<à  pas.  i.*Mgéne  ên^^mvd^Attii^eat  un  ««été  déseii  de4{40  lieues 
dedavge,  désert «susoeplîble  d'ôtee  fiMrUlisé,  .«n^ileilé,  bebitè,  «ms 
eu  jainaîs  la  pQpulatîoa  arabe  «se  sseoaaetlea  «noire  ileait  -de  ^se» 
fML  Noos  oit0D8  4MÔOttid'hui^daiiS'la  partie  oetalî^ftetde  la  Ri^ 
«Be  la  lelliie4*ttn  Anglais  qui  «veut  «aussi  'eiAaBÎser  le  filiiMl, 
Isqnel  AmgkMs  a^Msi  bien  raisoa^ea  Asie  fue  mas  «n  AMfae. 
Qtfsad'Ies  AB§lais4iiHN»tla>broehiive  daf èiéialrBi^;ea«diile*T««nl* 
toioiitibie&'flBeiDsde  noasa¥oir.laiss4  farder  Algse^  1*eiil«éliiei 
pièvoyaiit  Que  aobs  aiirpns  bieal^  teonilletboAnesdaM  < 
eeleBia,*se4écidereat4ils«à.pesBiettre^ttejyL.8»tJ^bD».|e«r  ( 
sellîoite  seo  exéguaiur  de  .nelne  .goiivemeaieiit.  «Cbsee  élianie! 
jM(|4i'ieî»ee  eensul  n'est  autetisénufeupeleda  gniv 
Sms  i^avens  «ntendu  aoiMnémes  4Me'jin*jl  «e  <i 

(i)  Prix  :  2  fr.  50  c  Cbes  Deala,  aa.Palais-Rv«l* 


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i  lî>mf  Jim  d^Alf  ^ac  4aioMMDliift 
fmlt  mxiéélufl  Bonrmottt»  «onteniion  âoatH  mH  par  terenr  lift 
■gi|itiaulpgwiiihc  <|aUl  uêmA  montrée. 
Ifoin  pemmi  -qne  'h  broofaimB  du  général  Bugeauflira  défrayer 

lOMaps  Ja  4MiMDiii|iie4e  tai  ^RMe^pdlilifin, 


Tjadifgwatfflchai  delt'Rstim'BtmMMiQViJMfMnmii  èi».re|iroaotli 
mÊ4mt  aatoiiMUeo  ipéeiale.:  la  à$fU  mpl  «MM  M^  k 


I.  te  Ticomtf)  de  Ihrrqufttsic.  "SYdl. 
â-8*.  Chez'Ch.  Coquebert. 

L*iot6ifr'd9  ces  deimrottiDnM  Mp* 
Jftrtieiit  a  I^Aeole  iproridentielle  : 
érMeonBeiit  11  cmit  que  la  France 
en  ttn  titte  inttrumut  dvcnrllisB-' 
don  SaBAla-ttani  fle'Bieu^.  télonlui 
b  France  seule  a  nÎMion  de  po- 
fmranter  loiftet  'les  votAet  idées. 
Certes,  notre  pairiittîtine  ne  eoDtre- 
fin  pas  V.  de  HarqueMac  ;  inais 
aiu  cesser  d*«tf«  'trôna  Trançais, 
M«t  peovoBs  trouver  œ  ^tème  un 
peu  tropexelnsff.Hons  n'admettons 
fassanoot  que  parce  queDieo  nou^ 
■èDo,  Bons  dnVona  nons  jeter  en 
aveugles  dans  tonsilet  dheminr:  de- 
vrioni-DOBs  toujours  trouTer  au  but 
ibirt  on  liberté, 'les  Benz  ensemble 
liéiBe»  Botie  Jibce  nrbitre  sejrévolte 
•antre  on  fiareOifatalîsme  qui  .peut* 
aenriràijusaifier  plos^  crimes  j>o- 
fiiiqaes  qne  me  'le  «oudrnit  «sans 
dsate  riûstorien.  Ceat  fort  diam»-. 
fiipie  et  fort  épiqoe  de  f sire  ^remon- 
ter à  Guillaume  le  Conquérant  rbis* 


taire  de  f  *atf  tagonianie  Se  'la  Rmvce 
iieerilB^eteii^  a  tf  tn^jeviRBe  lewse, 
iaétiiable;  mais  nous  craindrions 
d'accuser  la  Providence  d'avoir  pro- 
laagé  de  quelques  siècles  de  trop  ce 
aw^ffifffiidu  national  qui  coûta  tant 
^eMf.à 


peupbBftépouaent  trop  facilement  Iob 
passions^e  teurscbefs  ;>robéissanc« 
passive  des'maseas«qm  se  ruent  >lea 
unes  ooiiire«t«aeniti«s  est  ub  terrible 
ibos»du  eede  militaire  appliqué  att 
8»iu«enMnient4esjiei9les.SaBs  lea 
armées  peamanentes  on  mirait  épai^ 
geé  bien  des  gneives.;  mais  nous  ne 
voaloiM  pas(ei>tser«ioi  -danstcas  tbé» 
ses qni«ari0NraieAi(deirop^  grands  dé- 
imloppommus  bii4onques.  Au  point 
de  vnemrtisie,  IkMivn^de  M.  de 
ll«n|«essac  a  éeriotdfét.  La  pas- 
sion 'de  'l'itiée  jprimitive  passe  seo- 
veut  dans  la  etylcX^^anteor  eaceile 
aussia  Imte  4es  por4faiU;.bien  on*- 
tMdisi|n*il«uberdoBae4ousleB  carae» 
téaas'*  sensystème^  récoleprovi* 
daMialle.Jlons  4i«mpreooas4Uas  eut 
éta^e  l^appréciation  4ies  «fonds  410- 
UiM|neB  enflais  «qui  ^mt  dirigé  .la 
lutte  4éienr  paMéeoentreltapoJaaik 
An  «eam,  ém  Aillais  soutiennent 
pnimammeM  la  tbéae  oontfaire  * 
oeftlo'^  M.  de  Maaqneasar.:  liaaa 
Waliar««oai,iiee8diîsen,4)'esta*Ati- 
gloiepve.qm  a  eombattn  pouria  ei-» 
siliBatsenieetffrelaANMee.  Les«d4aa 
piilaa^i^nw  anglnitis.  ''r"ïï*-*% 
étaieMieempaîsea^iiaeteanarobai»' 
JiaiJi  aUBlwioi  JanT  le  Jrtooua  oo»* 
tiaenUl.  11  n'y  a  pas  de  civili»afion 
sans  liberté  morale  et  sans  liberté 
publique.  Il  est  de  fait  que  ceci  est  an 
moins  trés-spêclenx.Tttîfi  ueuut  uune 


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224 


CBAONIQUI  UTTArAIRS  M  LA  EBWB  BUTAHHIQI». 


au«S8ac«  c'est  que  l'idée  libérale, 
1  idée  philosophique  fut  toujours  une 
idée  comnerciale  chez  les  Anglais. 

BOWàNB. 

Umb  anhès  a  Pabis,  par  Au  g.  de 
BraceTich,  auteur  et  traducteur  des 
Mémoires  d'UQ  médecin,  etc.  S  yoI. 
in-8.  Chez  Ba'udry^  34,  rue  Coquil- 
liére. 

Les  Mimoireê  d'un  médecin  sont 
connus  des  Ucteurs  de  la  Revue  Bri- 
tanuique^  mais  nous  ignorons  corn- 
meot  M.  A.  de  Bracevich  peut  en 
être  l'auteur  elle  traducteur  à  la  fois. 
En  anglais,  Tauteur  est  M.  Warren; 
en  français,  M.  Philaréte  Ghasles 
a  non-seulement  traduit  la  plupart 
des  chapitres  insérés  dans  la  Revue, 
mais  encore  il  en  a  fait  et  vendu  une 
seconde  version  publiée  par  M.  L, 
DumoQt.  Ceihounételibr.iire,  il  est 
▼rai,  reconnaît  franchement  avec  le 
publie  que  M.  P.  Chastes  ne  lui  a 
▼endu  que  le  son  aprén  avoir  débité 
ailleurs  la  farine;  mais  ayant  payé 
M.  P.  ('.hasles  il  n'autoriserait  pas 
sans  doute  une  «ubstituiion  d*au- 
teur  et  de  traducteur.  EziNterait-il 
une  troisième  traduction  T  Nous  Pa- 
yons pensé  en  lisant  dernièrement 
dans  une  Revue  un  article  où  M.  P. 
Chastes  disait  que  l*on  avait  d^iénor^ 
en  France  l'ouvrage  de  M.  Warren. 
Certes  re  n^est  pas  lui  qui  pourrait 
ainsi  médire  de  la  traduction  de  la 
Revue  Britannique  ni  de  celle  de 
M.  Dumont...  On  ne  se  donne  pas 
des  suurflets  si  modestes  sur  la  joue 
de  ses  éditeurs.  Il  y  a  là-dessous 
quelque  mystère,  une  anguille  sous 
roche,  un  serpent  dans  l'herbe. 

A  en  juger  par  Une  année  à  PariSf 
M.  de  Bracevich  a  pu  très-bien  ira* 
duire  un  roman  anglai».  Il  connaît 
à  la  fois  les  mcrars  de  la  France  et 
de  TAngleterre  :  expliquons-nous 
toutefois  :  Une  année  à  Parit  ne  peint 
que  ner  laines  mœurs.  Le  héros  de 
M.  de  Bracevich  est  un  jeune  An- 
glais qui  vient  en  France  faire  un 


t  voyage  d'agrément  et  ne  fréquenta 
guère  que  ces  salons  soaperts  où  les 
cartes  sont  tenues  par  les  mains  de$ 
grâces»  Il  y  devient  épris  d'une  sî- 
rôoe  qui,  sensible  à  ses  attentions, 
lui  révèle  tous  les  dangers  auxquels 
I  il  s*espose  et  ne  s'épargne  pas  elle« 
'même,  l'bonnéte  fille  I  Hélas I  le 
jeune  Del  m  aine  n'en  est  pas  moins 
la  dope  d'un  escroc  du  grand  monde 
et  va  expier  A  Saiuie-PélaKie  son 
imprudence  de  joueur.  La  pauvre 
Adelioe,  dont  un  véritable  aoionr 
commençait  A  épurt'r  le  cœur,  est 
cruellement  repoossée  au  moment 
où  elle  est  digne  du  pardon.  On  aê 
laisse  aller  à  un  vif  intérêt  puur  cette 
infortunée,  tant  le  romancier  a  été 
vrai  dans  la  peinture  de  ses  aenU- 
ment».  Sans  quelques  scènes  peut- 
être  trop  sensuelles,  ce  ruraan  serait 
aussi  moral  qa" agréable.  Le  dënoû- 
ment  vous  laisse  dans  l'Ame  une 
tristesse  mélancolique.  M.  de  Bra* 
cevich  est  bien  sévère  pour  les  mères 
qui  élèvent  mal  leurs  Biles;  mais  il 
n*est  pas  indulgent  pour  les  pension- 
nais,  d'où,  se'on  lui,  il  ne  sort  que 
des  imaginations  perverties.  Nous 
citerons  cette  phrabC  :  «  Je  pose  en 
fait  qu'uue  jeune  pensionnaire  de 
dix  ans  est  tout  aussi  mauvais  sujet 
que  le  plus  mauvais  garn-ment  du 
collège  de  Louis  le  Grand.  Plus  tard» 
lorsqu'elle  sera  rendue  à  sa  famille» 
elle  ne  sera  qu'un  diable  aux  yeux 
baissés.  »  Vn  diah'e  aux  yeux  baissée 
nous  parait  une  expression  heureuse. 
Rare  au  mari  sur  qui  ce  diable-lA 
fixe  ses  perfides  prunelles! 

VOYAGES. 

La  LiUAH,  ou  Voyage  pittoresque, 
hikiorique,  liitéraire,  A  Genève  et 
dans  le  canton  de  Vaud  (  Suisse), 
par  M.  B  .illy  de  Lalonde.  2  vol.'  io-S. 
Chez  G.  A .  Dentu,  imprimeur-libraire, 
rue  de  Bussy,  n^  17. 

Mous  rendrons  compte  de  cet  ou- 
vrage jdans  la  prochaîne  livraison. 


Imprimerie  de  M»«  V*  Domnr-Dcnti,  me  Saint-Loub,  46,  au  Marais. 


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OCTOBRE  18(3. 


REVUE 

BRITANNIQUE. 

NOUVELLE  CHmiE  AGRICOLE. 


«  L'agricultore,  dit  le  professeur  Liebig,  est  la  vraie  base 
de  tout  commerce  et  de  toute  industrie,  —  la  source  des 
richesses  d'un  état.  Mais  un  système  national  d'agriculture  ne 
peut  être  compris  sans  l'application  des  principes  scientifi- 
qaes;  car  pour  fonder  un  pareil  système  il  faut  connaître 
exactement  la  manière  dont  s'opère  la  nutrition  des  végétaux, 
rinfluence  directe  du  sol  et  l'action  des  engrais.  Cette  con- 
naissance, c'est  à  la  chimie  qu'il  faut  la  demander  ;  c'est  la 
chimie  qui  enseigne  les  moyens  d'analyser  la  composition  et 
d'étudier  les  caractères  des  diverses  substances  dont  les 
plantes  se  nourrissent.  )> 

Lorsque  sir  Humphrey  Davy  écrivait  sur  la  chimie  agricole, 
la  chimie  organique  était  presque  inconnue.  Ce  grand  chi- 
miste fit  tout  ce  qu'on  pouvait  faire  avec  les  matériaux  dont  il 
disposait,  et  il  établit  quelques  principes  de  la  plus  haute  im- 

5*  SÉRIE. —  TOME  XI.  13 


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226  NOUYEI^LH  CHIMIE  A6HIC0LE. 

portance.  Mais  depuis  U.  Davy  a  paru  en  Allemagne  un  pro- 
fesseur qui  a  repris  les  travaux  de  ses  devanciers,  et  a  mis  ad- 
mirablement en  œuvre  les  moyens  plus  étendus  que  lui  offrait 
rétat  présent  de  la  science.  Ce  professeur  est  M.  Just  Liebig. 
.  La  plupart  de  nos  lecteurs  savent  que  la  plus  grande  partie 
de  tout  végétal  consiste  en  quatre  éléments  :  savoir,  le  car- 
bonne»  rbydrogène,  Toixygène  et  Taiote  ou  nitra{èDe;  très- 
souvent  on  n'y  reacontre  que  les  trois  premiers»  tandis  que 
le  reste  se  compose  de  certains  mélanges  salins,  terreux  et 
métalliques  qui  forment  les  cendres  ou  le  résidu  de  la  com- 
bustion des  végétaux.  II  existe  donc  dans  les  plantes  ce 
qu'on  appelle  leurs  éléments  organiques  et  leurs  éléments 
inorganiques.  Le  professeur  Liebig  démontre  que  ces  derniers, 
quoique  en  très-petite  quantité,  sont  cependant  aussi  essen- 
tiels que  les  premiers  au  développement  de  la  plante,  et  il 
est  bien  évident  que  dans  un  ouvrage  comme  celui  qu'il  a 
publié  sous  le  titre  de  Chimie  ^^nique  (1),  il  a  dû  d'abord 
porter  ses  études  sur  les  diverses  sources  d'où  sont  dérivés 
tous  ces  éléments  constitutif  et  nécessaires,  ainsi  que  sur  les 
meilleurs  moyens  de  suppléer  à  leur  absence. 

Quant  à  ce  qui  est  du  carbone  des  plantes ,  généralement 
tous  les  auteurs  qui  ont  traité  de  la  physiologie  végétale,  et 
les  agriculteurs  pratiques,  attribuent  son  origine  à  la  sub- 
stance appelée  humuBj  ou  terre  v^étale,  qu'on  trouve  dans 
tous  les  sols  fertiles  et  qu'on  croit  n'être  que  les  débris  con- 
fondus d'anciens  végétaux.  Cette  substance»  soit  seule,  soit 
combinée  avec  de  la  chaux  et  d'autres  alcalis,  est  absorbée» 
a-t-on  dit,  par  les  racines,  et  fournit  ainsi  directement  soa 
carbone  à  la  plante.  Hais  c'est  là  justement  ce  que  conteste 
M.  Liebig.  Il  démontre  môme  par  une  série  d'arguments  in- 
génieux que  le  carbone  des  plantes  provient  de  l'acide  car- 
bonique de  l'atmosphère.  Tout  au  plus»  —  comme  le  prouw 
l'analyse  des  propriétés  de  l'humus, —  si  dans  les  circonstances 

(1)  CktÊÊdê  wianiçm  ûfp1iqirt$  à  tê§riemitmtB  méia 
ptr  Juatus  liebîf ,  f  rofcMeiir  4e  «Umie  à  t'unimeM  4«  GfttsM^ 


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NOUVELLE  CHIMIE  AfifUCOLB.  29V 

les  plus  &vorable8  Thnoiiu  peut  donner  uae  fraction  de  Tau^ 
mentation  anandle  du  carbone.  Mais  d'autres  conaidératioaf 
plu  élevées  réfuiettl  ropinion  commune  sur  ces  fonctiom 
Qvlritivea  de  Tacids  bumiqne»  et  cela  d'une  maoièrc  si  claire 
et  ri  satisfoiaante»  qu'on  s'étonne  que  cette  opinion  ait  pu  être 
si  généralement  acioptée.  Les  terres  fertiles  produisent  en  eflbt 
k  carbone  sons  forme  de  bois,  de  foin^  de  grains  et  d'autres 
prodoits  dont  las  «asses  loutefois  diffèrent  dans  un  defré  re^ 
narquable. 

IL  LiebiQ  a  calculé  la  noyenm^  4u  produit  annuel  d'uM 
acre  dn  pays  de  Hease  sous  les  diverses  foroAcs  du  bois«  de 
Tberbe  des  prairies^  dn  Mè  et  de  la  betterave  ;  la  terre  daAS 
les  deoi  derniers  cas  était  fumée,  mais  elle  n'avaii  reçu  aucuai 
eagraisxians  les  deiu  premiers,  e'est-èKlire  la  forêt  et  la  prai» 
rie.  Hbû^é  la  vante  différence  de  dimension,  de  poids  e(  de 
fonne»  ebacim  de  ces  produits  js  rendu  une  quantité  de  car** 
boas  praque  exactement  la  même,  i  savoir  mille  livres  par 
acre.  Pnar  ce  qsû  esi  de  la  forét«  ce  résultat  intéressant  a  été 
vérifié  par  la  quaiUlité  de  bois  à  br&ler  coupée  annuellement 
dans  kê  foréU  H  bien  aménagées  de  rAllemagne,  où  ta  coupe 
ne  nuit  jamais  i  la  valeur  des  terrains  boisés.  Cette  quantité 
peut  étfe  eoasidérée  comme  l'équivalent  de  la  récolte  annueUe 
d'une  plante  asmiells,  telle  que  le  blé»  là  où  le  sol  n'est  pas 
imprudemment  épufeé.  Dans  !«»  eas  du  foin,  du  blé  et  de  la 
betterave,  la  récolte  a  été  simplement  pesée  .et  la  quantité  de 
caibone  vérifiée  paor  Tanalyse. 

Que  doiA-oD  coadiife  de  ces  expériences  incontestables? 
demande  M.  Lkebig  :'-^Qiie  des  surfaces  égales  de  terre  cul* 
tirée,  d'une  fertilité  wdiiiaÂre,  produisent  d'égales  quantité 
de  caibane  ;  et  cependant  quelle  dissemblance  entre  les  di^- 
verses  oomBtioRs  de  laicroissan^e  des  plantes  d'où  ce  carbone 
aétéeKfrmtl 

fteehencfaoufs  maintenani  comment  Therbe  d'une  prairie  ou 
le  bois  d'une  forêt  reçoivent  leur  carbone,  puisque  ià  aucmi 
entrais  n'a  lété  feurm  à  la  terre  pour  les  alimenter.  Comment 
se  f/ûirû  que  le  sol  iiinsî  épttisé,  f^irn  lien  -de  s'appasvmr,  dc^ 


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228  NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE. 

vient  de  plus  en  plus  chargé  de  ce  principe?  Comment  se 
fiait-il,  disons-nous,  qu'une  certaine  ou  même  une  très-grande 
quantité  de  carbone  est  enlevée  chaque  année  à  la  forêt  ou  à 
la  prairie  sous  forme  de  bois  ou  de  foin,  et  que  nonobstant, 
la  quantité  du  carbone  du  sol  augmente,  et  le  sol  devient 
plus  riche  en  humus  ? 

On  a  dit  que  dans  les  champs  et  les  vergers,  tout  le  car^ 
bone  qui  a  pu  être  enlevé  sous  forme  d*herbages,  de  paille, 
de  graines  ou  de  fruit,  est  restitué  au  moyen  d'engrais.  Ce- 
pendant ce  sol  ne  produit  pas  plus  de  carbone  que  celui  de 
la  forêt  ou  de  la  prairie  où  il  n'est  jamais  remplacé.  On  ne 
peut  concevoir  que  les  lois  de  la  nutrition  des  plantes  soient 
changées  par  la  culture,  ni  que  les  sources  du  carbone  pour 
le  grain  ou  le  fruit,  pour  le  foin  et  les  arbres,  soient  difFé-- 
rentes.  On  ne  peut  nier  que  l'engrais  n'exerce  une  influence 
sur  le  développement  des  plantes  ;  mais  on  peut  affirmer  avec 
une  certitude  positive  qu'il  ne  sert  pas  à  la  production  du 
carbone,  et  qu'il  n'a  aucune  influence  sur  cette  production, 
puisque  la  quantité  de  carbone  produite  par  les  terres  bien 
fumées  n'est  pas  plus  grande  que  celle  qu'on  trouve  dans  les 
terres  sans  engrais.  Il  s'agit  ici  de  l'origine  du  carbone,  par 
conséquent  la  manière  dont  agissent  les  engrais  est  étrangère 
à  la  question  actuelle.  Le  carbone  peut  provenir  d'autres 
sources,  et  le  sol  ne  le  fournissant  pas ,  il  fout  bien  que  ce 
soit  l'atmosphère. 

«  En  cherchant,  continue  le  professeur  allemand,  à  expli- 
quer l'origine  du  carbone  dans  les  plantes,  on  n'a  jamais 
voulu  voir  que  la  question  était  intimement  liée  à  l'origine  de 
l'humus.  Or  il  est  généralement  admis  que  l'humus  natt  de  la 
décomposition  des  plantes  :  donc  il  n'a  jamais  pu  exister  un 
humus  primitif;  car  les  plantes  doivent  avoir  précédé  Thii- 
mus.  Eh  bien ,  d*où  les  premiers  végétaux  tirèrent-ils  leur 
carbone  ?  et  sous  quelle  forme  le  carbone  est-il  contenu  dans 
l'atmosphère  ?  )) 

Ces  deux  questions  embrassent  l'examen  de  deux  phéno- 
mènes naturels  très -remarquables  qui,  par  leur  influence 


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NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE.  329 

réciproque  et  continue,  entretiennent  la  vie  individuelle  des 
animaux  et  des  végétaux,  ainsi  que  Texistence  perpétuelle  des 
deux  règnes  de  la  nature  organique. 

Quels  sont  les  deux  phénomènes  auxquels  (ait  ici  allusion 
le  professeur  allemand  ?  On  sait  que  les  proportions  de  Toxy- 
gène  et  du  gaz  acide  carbonique  dans  l'atmosphère  sont  et 
restent  longtemps  stationnaires.  Malgré  les  énormes  quantités 
d'oxygène  que  perd  sans  cesse  Tatmosphère  par  la  respiration 
de  l*bomme  et  des  animaux,  aussi  bien  que  par  la  combustion 
et  la  putréfaction,  tout  cet  oxygène  se  convertit  en  un  volume 
égal  de  gaz  acide  carbonique,  et  il  est  restitué  sous  cette 
forme  à  Vatmosphère ,  de  sorte  que  nous  devrions  nous 
attendre  à  voir  Tacide  carbonique  augmenter  exactement  en 
proportion  de  la  diminution  de  Foxygène  ;  mais  il  est  évident 
que  les  quantités  d'acide  carbonique  et  d'oxygène  que  con- 
tient l'atmosphère  doivent  avoir  entre  elles  quelque  rapport 
fixe  et  invariable  ;  il  doit  exister  une  cause  qui  prévienne 
l'augmentation  de  l'acide  carbonique,  et  une  autre  qui  entre- 
tienne la  mesure  de  l'oxygène.  —  Ces  deux  causes  sont  réu- 
nies dans  l'économie  de  la  vie  végétale. 

C'est  pour  nous  un  fait  prouvé,  que  le  carbone  des  plantes 
provient  exclusivement  de  l'atmosphère,  et  que  le  carbone  n'y 
eûste  que  sous  la  forme  d'acide  carbonique,  c'est-à-dire  dans 
un  état  de  combinaison  avec  l'oxygène. 

Aemarqnez  bien  encore  que  le  carbone  et  les  éléments  de 
l'eau  forment  les  principes  constituants  des  végétaux,  la  quan- 
tité des  substances  privées  de  cette  composition  étant  très- 
petite.  Eh  bien,  la  quantité  relative  d'oxygène  dans  la  masse 
totale  des  végétaux  est  moindre  qu'elle  ne  l'est  dans  l'acide 
carbonicpie  ;  il  est  donc  certain  que  les  plantes  doivent  jouir 
de  la  propriété  de  décomposer  l'acide  carbonique,  puisqu'elles 
s'approprient  le  carbone  pour  leur  usage.  La  formation  de 
leurs  principaux  éléments  constitutif  doit  donc  être  suivie  de 
h  séparation  de  l'acide  carbonique  d'avec  son  oxygène,  et 
celai-ci  doit  être  restitué  à  l'atmosphère  tandis  que  le  car- 
bone entre  en  combinaison  avec  l'eau  ou  avec  ses  éléments. 


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180  VODTBLLB  CHIMIE  ÂOBfCOLK. 

L'atmosphère  doit  donc  recevoir  an  volmiie  d'oxygène  égal  à 
chaque  volume  d*acide  carbonique  qui  a  été  décomposé* 

M.  Liebig  cite  les  expériences  de  Prîeatley,  de  Senndii^ 
a  de  Saussure,  pour  montrer  que  les  frfantes,  lorsqu'elles  sont 
exposées  A  ta  lumière,  possèdent  la  propriM  de  décomposer 
ainsi  l'acide  carbonique  et  de  dégager  l'oxygène.  La  vie  des 
plantes,  ajoutent*!!,  est  étroitement  asaoeîée  à  celle  des  ani* 
Aaux  par  un  procédé  très-simple  et  dans  un  but  d^une  sublime 
sagesse.  La  présence  d'une  riche  et  luxuriante  végétation  peut 
se  concevoir  sans  le  concours  de  la  vie  animale  ;  mais  l'exis- 
tence des  animaux  est  dépendante  de  la  vie  et  du  dévelop- 
pement  des  plantes.  Les  plantes  fournissent  à  l'organisation 
animale  non-seulement  ses  moyens  de  nutrition,  de  croissance 
at  de  durée,  mais  encore  ce  qui  est  nécessaire  à  rimportante 
fonction  vitale  do  la  respiration  ;  car  outre  qadlesdéponillent 
Fatmosphère  de  tous  ses  éléments  nuisibles,  elles  sont  aussi 
nne  inépuisable  source  d'oxygène  pur,  suppléant  ainsi  à  celui 
que  l'air  ne  cesse  de  perdre.  Les  animaux  expirent  le  caii>on6 
(sous  forme  d'acide  carbonique)  que  les  plantes  oêpiretu^  et 
c'est  ainsi  que  se  maintient  constamment  la  composition  de 
ce  milieu  dans  lequel  animaux  et  plantes  existent. 

L'acide  carbonique  n'est  guère  que  la  millième  partie  de 
l'atmosphère  :  on  demandera  donc  si  cette  quantité  sufSt  pour 
les  besoins  de  toute  la  végétation  sur  la  surface  de  la  terre. 
Est-il  possible  que  le  carbone  des  plantes  ait  sa  source  unique 
dans  l'air  ?  A  cette  question  la  réponse  est  facile.  On  sait 
qu'une  colonne  d'air  de  3,216,066  livres  (poids  de  Hesse) 
(1108,33  kilogrammes)  pèse  sur  chaque  pied  carré  (mesure  de 
Resse]  delà  surface  de  la  terre;  le  diamètre  de  la  terre  et  ses 
superficies  sont  aussi  connus,  de  manière  que  le  poids  total 
de  l'atmosphère  peut  être  calculé  avec  la  plus  rigoureuse  pr6> 
cision.  La  millième  partie  de  ce  poids  total  est  l'acide  car* 
bonique,  qui  contient  plus  de  vingt^sept  pour  cent  de  carbone. 
Par  ce  calcul  on  peut  démontrer  que  l'atmosphère  contient 
3,000  billions  de  livres  de  carbone  (quinze  cents  billions  de 
kilogrammes),  quantité  qui  excède  le  poids  total  de  toutes  les 


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NMVBtiB  CKIIflB  AfimiGOU.  981 

piaules  el  de  lo«ie9  les  coadheB  de  chtrboa  existant  sur  la 
terre.  Ce  carboae  est  é9mc  plus  qve  suffisant  pour  tous  les 
bBfoîos  de  la  créatkm.  La  quaatîté  de  carbone  contenue  dans 
la  flier  est  encore  proportionnellement  plus  considérable. 

ParloBS  naintenant  de  l'oxygène. 

Les  sooroes  perpétuelles  et  inépuisables  de  ee  gax  sont  les 
fropiquee  et  les  climats  ebauds,  où  un  ciel  rarevent  nua^^eux 
pormet  aux  rayons  ardents  du  soleil  de  luire  sur  une  toMnense 
et  luxuriante  végétation.  Les  sones  froides  et  les  zones  tem^ 
pérées,  où  la  chaleur  artificielle  doit  remplacer  le  ééficit  de  la 
dialeur  polaire,  produisent»  au  contraire,  eu  surabondance 
Vacide  carbonique  consommé  dans  la  nutrition  des  plantes 
tropicales.  Le  même  courant  d'air  que  la  révolution  de  la  terre 
met  en  mouvement  de  Téquateur  aux  pèles  nous  apporte  dans 
son  passage  l'oxygène  de  Téquateur,  etenlôveen  même  tesaps 
Tacide  carbonique  formé  pendant  nos  hivers. 

Les  plantes  épurent  ainsi  Tair  par  l'absorption  de  l'adde 
carbonique  et  par  l'exhalation  de  l'oxygène  qui  s'applique  iuh- 

mèdîatement  aux  besoins  de  l'homme  et  des  animaux La 

enkars  végétale  augmente  la  sahibrtté  d'un  pays,  comme  aussi 
une  contrée  naguère  Irès-saine  deviendrait  inhabitable  par  la 
eessation  de  toute  culture. 

Nous  Tenons  d'abréger  la  belle  théorie  du  professeur  Lie<- 
big.  U  nous  semble  que  ses  éléments  ne  laissent  aucun 
doute  sur  le  parfeit  et  subKme  arrangement  de  l'économie  de 
la  nature.  C'est  (  pour  citer  encore  notre  savant  auteur)  une 
démonstration  directe  de  cette  sagesse  infinie  dont  il  est  ion 
possible  au  langage  himiain  d'exprimer  toute  la  profondeur. 
Quant  à  l'importance  de  ces  conclusions  relativement  à  un 
système  scientifique  d'agrieuUure,  elle  frappe  l'intelligenee 
la  moins  exercée. 

Gemment  arrive4Hlt  »e  demande  le  professeur  Liebig,  que 
Tabsorption  du  carbone  de  l'atmosphère  par  les  plantes  soit 
mise  en  doute  par  tous  les  botanistes  et  les  savants  qui  ont 
fcrit  sur  la  physiologie  végétale?  Pourquoi  la  plupart  vontrils 
i'à  nier  la  purification  de  l'air  par  leur  intermédiaire? 


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232  NOUVELLE  CHIMIE  AORICOLE. 

Ces  doutes  proviennent  de  l'action  des  plantes  sur  Tair  en 
l'absence  de  la  lumière»  c'est-à-dire  pendant  la  nuit.  On  avait 
observé  que  les  plantes  vertes  exhalaient  dans  robscurité 
de  l'acide  carbonique  et  absorbaient  de  l'oxygène.  En  effet, 
l'air  qui  environne  les  plantes  diminue  de  volume  dans  la  nuit, 
€t  il  est  certain  que  'la  quantité  d'oxygène  absorbé  est  alors 
plus  grande  que  la  quantité  d'acide  carbonique  exhalé.  Mais  il 
faut  remarquer  aussi  que  l'azote,  qui  est  d'une  natures!  indif- 
férente, ainsi  que  l'hydrogène  et  une  foule  d'autres  gaz,  exerce 
sur  les  plantes  vivantes  une  action  particulière,  fréquemment 
une  action  pernicieuse.  L'oxygène  ne  peut  être  sans  effet  sur 
la  plante  lorsqu'un  de  ses  actes  d'assimilation  se  trouve  sus- 
pendu. Assurément,  par  l'absence  de  la  lumière,  la  décompo- 
sition de  l'acide  carbonique  s'arrête,  et  une  action  chimique 
s'établit  alors  par  l'influence  de  l'oxygène  atmosphérique  sur 
les  parties  constituantes  des  fleurs ,  des  fruits  et  des  feuilles. 
Mais  cette  action  n'a  rien  de  commun  avec  la  vie  des  plantes, 
puisqu'elle  se  présente  dans  la  plante  morte  sous  la  même  forme 
que  dans  la  plante  vivante. 

C'est  une  erreur  de  rattacher  l'émission  nocturne  de  l'air 
carbonique  à  l'absorption  diurne  de  l'oxygène.  Les  plantes 
qui  vivent  sous  l'eau  prouvent  suffisamment  que  les  plantes 
cèdent  plus  d'oxygène  à  l'air  qu'elles  n'en  enlèvent  en  géné- 
ral. Observez  en  hiver  les  étangs  et  les  fossés  surpris  par  la 
gelée  :  nous  parlons  de  ceux  dont  le  fond  est  couvert  de  plan- 
tes qui  sont  ainsi,  avec  le  reste  de  l'eau  liquide,  complét^nent 
séparées  de  l'atmosphère  par  une  couche  de  glace.  Le  soleil 
venant  à  luire,  des  globules  d'air  se  détachent  continuellement 
de  l'extrémité  des  feuilles  et  des  petites  branches;  ces  globa- 
les s'agglomèrent  en  grosses  bulles  sous  la  glace  transparente. 
Eh  bien,  d'où  provient  cet  oxygène  pur?  De  l'acide  carboni- 
que dissous  dans  Feau,  et  qui  est  toujours  remplacé,  à  mesure 
que  les  plantes  s'en  sont  emparées,  par  l'acide  carbonique 
provenant  de  la  décomposition  progressive  des  débris  végé- 
taux. Si  ces  plantes  aspiraient-de  l'oxygène  pendant  la  nuit,  la 
quantité  n'en  pourrait  être  plus  considérable  que  celle  qui  est 


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NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE.  283 

retenue  ea  dissolution  dans  Teau,  car  Foxygène  séparé  à  l'é- 
tat de  gaz  n*est  plus  absorbé.  Les  plantes  aquatiques  nous 
révèlent  ainsi  conunent  se  composent  les  plantes  aériennes  : 
il  n'y  a  point  poqr  elles  d'exception  à  la  grande  loi  naturelle. 

La  plupart  des  botanistes  et  des  physiologistes  ne  s'adres- 
sent pas  assez  souvent  à  la  chimie  et  à  ses  labQratoires  avant 
de  bâtir  leurs  théories  et  leurs  hypothèses.  C'est  le  reproche 
qoeleur  adresse  le  proC^seur  Liebig  :  nous  ajouterons  que  les 
doctrines  qu'il  adopte  et  qu'il  professe  aujourd'hui  n'avaient 
jamais  été  établies  d'une  manière  si  logique.  Quand  Priestley, 
Sennebier»  de  Saussure,  etc.,  firent  les  recherches  sur  les- 
quelles s'appuie  H.  Liebig,  la  chimie  n'était  pas  assez  avan- 
cée pour  fournir  les  mêmes  moyens  de  décider  la  question. 

Un  des  chapitres  les  plus  intéressants  du  professeur  est 
celui  qui  traite  de  l'assimilation  de  l'hydrogène  par  les  plan- 
tes. Selon  lui ,  la  plante  décompose  l'eau  en  présence  de  l'a- 
cide carbonique ,  et  l'hydrogène  de  cette  eau  s'assimile  en 
même  temps  que  le  carbone  de  l'acide  carbonique,  tandis  que 
l'oxygène  est  mis  en  liberté.  La  végétation,  considérée  sous 
ce  point  de  vue,  est  l'inverse  de  l'action  chimique  dans  la 
formation  des  sels.  En  effet,  si  l'on  met  ensemble  de  l'acide 
carbonique,  de  l'eau  et  du  zinc,  il  se  feit  un  dégagement 
d'hydrogène,  en  même  temps  que  l'on  peut  remarquer  la  for- 
mation d'une  combinaison  pulvérulente  blanche,  qui  ren- 
ferme de  l'acide  carbonique,  du  zinc  et  l'oxygène  de 
Teau.  Dans  la  végétation,  le  zinc  est  remplacé  par  la  plante  : 
grâce  à  l'efifét  de  l'assimilation,  il  se  dégage  de  l'oxygène,  en 
même  temps  qu'il  se  produit  des  combinaisons  contenant  les 
éléments  de  lacide  carbonique,  plus  l'hydrogène  de  l'eau. 

Le  chapitre  sur  l'assimilation  de  l'azote  est  encore  plus 
important  :  cet  élément  est  en  effet  dans  les  produits  végétaux 
l'élément  essentiel  pour  l'alimentation  de  l'homme  et  des 
animaux.  Le  chimiste  Boussingault  a  prouvé  que  la  propriété 
nutritive  des  diverses  espèces  de  nourriture  végétale  était  en 
proportion  de  la  dose  d'azote  qu'elles  contiennent. 

Tout  l'azote  des  plantes  et  des  animaux  provient  de  l'am- 


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tS4  HOUVBLLB  GBIIIIE  AGRICOLE. 

moniaque;  tout  cet  aoisoimqne  Mt  foarni  jMirratmospbère» 
qui  le  distribue  à  la  terre  dans  toutes  les  eaux  pluviales,  et  sa 
quantité  dans  ratmospbire  est  comparativement  très-petite, 
mais  amplement  suffisante  pour  toutes  les  exigences  du  règne 
animal  et  du  règne  végétal.  En  eflfet,  comme  tout  l'azote  des 
anciennes  gestations  de  plantes  et  d'animaux  doit,  dans  le 
cours  incessant  de  la  décomposition  des  êtres,  avoir  été  ré- 
pandu dans  l'atmosphère  sous  forme  d'ammoniaque,  on  au- 
rait pu  reconnaître  sa  présence  dans  l'air  avant  le  professeur 
liebig;  mais  c'est  à  lui  qu'on  doit  la  preuve  expérimentale 
du  fait  II  a  montré  que  l'ammoniaque  contenu  dans  la  pluie 
et  l'eau  de  neige  présente  toujours  Todeur  désagréable  de  la 
sueur  et  des  matières  putrides,  ce  qui  ne  laisse  aucun  doute 
sur  son  origine.  De  l'eau  pluviale  l'ammoniaque  passe  aux 
plantes  qui  l'absorbent;  mais  avant  de  subir  tontes  les  trans* 
formations  chimiques  qui  causent  son  assimilation,  on  peut 
le  découvrir  dans  le  suc  de  toutes  les  plantes. 

Si,  dans  une  terre  privée  d'engrais-,  tout  l'ammoniaque  pro- 
vient de  l'atmosphère,  il  en  est  autrement  là  où  l'on  emploie 
l'engrais  animal.  L'utilité  principale  de  l'engrais  animal  est 
de  donner  plus  d'ammoniaque  que  l'air  n'en  peut  fournir; 
d'où  les  meilleurs  engrais  sont  ceux  qui  contiennent  la  plus 
grande  proportion  d'anuncmiaque  on  d'azote;  de  là  encore  la 
valeur  de  l'engrais  liquide  comparé  à  l'engrais  scdide,  le  pre- 
mier étant  bien  plus  riche  en  azote  que  le  second,  «c  L'agri- 
culture, dit  M.  Liebig,  diffère  essentiellement  de  la  culture 
des  forêts,  d'autant  plus  que  son  principal  ot>jet  consiste 
dans  la  production  de  l'azote  sous  une  forme  capable  de  l'as- 
similer aux  animaux,  tandis  que  le  but  de  la  culture  fores- 
tière se  borne  principalement  à  la  production  du  carbone.  » 

Le  froment,  par  exemple,  est  composé  de  deux  élémenls, 
la  fécule  et  le  gluten,  dont  le  dernier  seul  contient  de  l'a- 
sote.  Or,  un  supplément  d'azote  sous  forme  d'ammoMiaqoe 
augmente  non-seulement  le  nombre  de  graines  obtenues  d'une 
plante,  mais  encore  la  proportion  du  gluten  relativement  i 
la  fécule,  ou,  en  d'autres  termes ,  leur  propriété  nutritive. 


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NOUYBLLE  CHIMIE  AGBICOLB. 

C'est  ainsi  que  cent  parties  de  froment  venn  snr  voie  terre 
engraissée  avec  du  fumier  de  vache  (de  tous  les  fumiers  celui 
qai  contient  le  moins  d'azote)  ne  présenta  que  11.97  parties 
de  gluten,  tandis  que  la  même  quantité  provenant  d'un  sol 
eDgraissé  avec  de  Turine  bmnaine,  qui  est  riche  en  azote , 
présenta  la  phu  forte  proportion  encore  connue  de  {[iulen,  à 
savoir:  3S.1  p.  7». 

Après  avoir  abondamment  prouvé  que  c'est  ramnomaque 
qui  donne  aux  plantes  tout  leur  azote,  le  professeur  Liebig 
«iplique  le  principe  par  lequel  ie  plâtre,  VdLVgAe  cuite  et  les 
teres  fermgîneuses  agissent  sur  ta  fertilisation  d'un  sol.  Tou* 
ta  ces  substances  possèdent  la  propriété  d'absorber  et  de 
fiier  l'ammoniaque,  soit  qu'il  vienne  de  l'air^  soîtqu'il  Tienne 
et  l'engrais.  Plusieurs  autres  substances  ont  le  même  effet, 
telles  que  la  poussière  de  charbon.  L'effet  du  piètre  comme 
stimulant,  de  même  que  l'effet  du  chlorure  de  calcium ,  cou* 
«aie  à  fixer  dans  le  sol  l'azote  ou  plutôt  l'ammoniaque,  prin- 
cipe indispensable  à  la  végétation.  Une  livre  de  plaire  cuit 
fixe  autant  d'ammoniaque  dans  le  sol  que  six  mille  deux  cent 
doqaaiite  livres  d'urine  de  cheval  pourraient  lui  en  trans- 
mettre, en  supposant  que  l'azote  de  l'acide  hippique  et  de 
l'urée  soit  absorbé  par  le  plâtre,  sans  la  moindre  perte,  sous 
forme  de  carbonate  d'ammoniaque.  S'il  est  vrai  que  l'herbe 
ccmtieBl  nn  centième  de  son  poids  d'azote,  une  livre  d'asote 
que  l'on  j  amène  de  plus  augmentera  de  cent  livres  de  four- 
lage  sec  le  rapport  de  la  prairie,  et  ces  cent  livres  seront 
«ossi  le  résultat  de  l'action  de  quatre  livres  de  plâtre.  Il  est 
aisé  de  voir  pourcpioi  le  plâtre  n'améliore  pas  également  tous 
les  sois.  Dans  quelques-uns ,  il  se  trouve  déjà  une  suffisante 
quantité  on  de  plâtre  ou  d'une  substance  analogue  pour  fixer 
l'ammoniaque  qu'ils  reçoivent.  Mais  s'ils  sont  stériles,  leur 
téériiité  doit  dépendre  de  quelque  autre  cause,  car  c'est  l'am- 
aoaiaque  de  l'atmosphère  (là  où  l'on  n'emploie  pas  d'engrais) 
qui  fournit  l'azote  aux  plantes. 

Le  poussier  de  charbon  surpasse  tous  les  corps  connus  par 
«a  faculté  de  condenser  dans  ses  pores  le  gaz  ammoniaque  : 


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236  NOUVELLE  CHIMIE  AGBICOLB. 

on  comprend  l'énergie  de  son  action  lorsque,  d'après  Sans* 
sure,  un  volume  de  charbon  absorbe  quatre-vingt-dix  volumes 
d'ammoniaque  qui  s'en  dégage  par  la  simple  humectation.  Le 
bois  pourri,  celui  de  chêne  surtout,  se  rapproche  beaucoup  i 
cet  égard  du  charbon  ;  car,  dans  le  vide  et  privé  d'eau,  il 
prend  soixante-douze  fois  son  volume  d'ammoniaque.  Vkumuê 
n'est  que  du  ligneux  en  pourriture  :  on  s'explique  facilement 
ses  propriétés  qui  en  font  non-seulement  une  source  continue 
d'acide  carbonique,  mais  encore  d'azote. 

L'azote  étant  partout,  dans  tous  les  terrains  et  même  dans 
des  minéraux  qui  n'ont  aucun  contact  avec  des  matières  or- 
ganiques; l'azote  se  retrouvant  dans  l'air,  dans  l'eau  de  pluie, 
comme  produit  de  la  putréfaction  des  générations  antérieures; 
la  production  des  principes  azotés  enfin  augmentant  dans  les 
plantes  avec  la  quantité  d'ammoniaque  qu'on  leur  amène  par 
le  fumier  animal ,  on  peut  en  déduire  que  c'est  l'ammonia- 
que de  l'atmosphère  qui  fournit  l'azote  aux  plantes.  Conclu- 
sion :  a  L'acide  carbonique,  Feau  et  l'ammoniaque,  contien- 
nent les  éléments  organiques  nécessaires  à  la  vie  des  animaux 
et  des  végétaux.  Ces  mêmes  substances  sont  les  produits  ul- 
times de  toute  décomposition  et  putréfaction.  Ainsi,  les  in- 
nombrables produits  de  la  vitalité  retrouvent  après  la  mort 
la  forme  originaire  sous  laquelle  ils  ont  pris  naissance.  La 
mort  donc,  la  dissolution  complète  d'une  génération,  devient 
une  source  de  vie  d'où  surgit  une  génération  nouvelle.  )> 

Maintenant  une  autre  question  s'élève  :  l'acide  carbonique, 
l'eau  et  Tammoniaque  sont  bien  indispensables  à  toutes  les 
plantes,  parce  qu'ils  renferment  les  éléments  de  tous  leurs 
organes.  Mais  est-ce  tout?  non.  Pour  le  développement  de 
certains  organes  spéciaux,  les  plantes  ont  encore  besoin  d'au- 
tres principes  qu'elles  empruntent  à  la  matière  inorganique. 
Il  est  bien  établi  que  toutes  les  plantes  contiennent,  quoique 
en  petites  quantités,  certaines  substances  minérales  qui  va- 
rient selon  les  plantes ,  mais  sont  généralement  les  mêmes 
dans  la  même  espèce.  Ainsi,  par  exemple,  les  tiges  et  les 
feuilles  de  toutes  les  graminées  contiennent  invariablement 


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NOUVELLE  CHIMIE  AGBICOLE.  23T 

da  silicate  de  potasse,  tandis  que  c'est  du  phosphate  de  ma^ 
gnésie  et  de  l'aminoniaque  qu'on  trouve  dans  leurs  graines. 
Ces  bases  alcalines  ou  terreuses  existant  dans  les  cendres  des 
plantes  sous  forme  de  carbonate  existaient  orièinairement 
dans  la  plante  même  sous  forme  de  sels,  c'est-à-dire  eombi« 
nées  avec  les  acides  végétaux  détruits  par  la  combustion. 
Comme  certains  de  ces  acides  végétaux  sont  essentiels  au  dé^ 
veloppement  de  l'espèce  où  ils  se  trouvent,  et  comme  ils  y 
sont  combinés  avec  des  bases  alcalines,  il  est  évident  que  ces 
bases  sont  aussi  essentielles  aux  plantes. 

Bans  plusieurs  cas,  dans  le  froment,  par  exemple,  les  acides 
aussi  bien  que  les  bases  sont  d'origine  minérale  ;  dans  d'au-» 
très,  telles  que  l'opium  et  l'écorce  péruvienne,  les  bases  sont 
organiques,  tandis  que  les  acides  sont  en  partie  métalliques, 
en  partie  végétaux.  Bien  mieux,  il  parait  qu'une  base  ou  un 
acide  peut»  dans  certaines  limites,  en  suppléer  une  autre  sans 
aucun  détriment  pour  la  plante,  tandis  que  le  développement 
de  la  plupart  serait  entièrement  arrêté  par  l'absence  de  leur 
base  ou  de  leur  acide  propres.  Ainsi  l'opium  contient  des 
proportions  variables  d'acides  sulfuriques  et  méconiques,  et 
lorsque  l'un  est  trop  abondant,  il  y  a  déchet  de  l'autre.  Dans 
l'écorce  de  quinquina,  où  l'on  trouve  la  quinine  et  la  chaux, 
plus  il  y  a  de  chaux,  moins  il  y  a  de  quinine.  Encore  il  est  tel 
sol  où  un  pin  contiendra  beaucoup  de  chaux,  peu  de  potasse, 
point  de  magnésie;  le  pin  de  tel  autre  offrira  à  l'analyse 
moins  de  chaux,  plus  de  potasse  et  une  certaine  quantité  de 
magnésie  ;  mais  dans  les  deux,  les  bases  réunies  auront  exac- 
tement la  même  faculté  de  neutraliser  les  acides.  Enfin  un 
troisième  spécimen  contenant  potasse,  soude,  chaux  et  magné- 
sie, n*en  aura  pas  moins  la  même  force  de  neutralisation.  Ces 
faits  curieux,  tous  puisés  dans  les  recherches  des  observa- 
teurs les  plus  scrupuleux,  mais  tous  observés  sans  aucune  in- 
tention relative  aux  faits  cités,  conduisent  naturellement  et 
sans  surprise  à  cette  conclusion  que  chaque  végétal  exige  une 
quantité  définie  de  bases  métalliques  pour  la  combiner  avec 


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23g  NOUVELLE  CHIMIE  AGBICOLE. 

soa  ou  ses  acides  organiques,  et  par  conséquent  que  ces  bases 
exercent  une  fonction  importante  dans  Téconomiedela  plante. 
Sans  plusieurs  cas  cette  fonction  ne  peut  être  remplie  que  par 
une  base  et  un  acide.  Ain^i,  dans  de  la  paille  de  froment,  la 
silice  est  Tacide,  et  c'est  la  potasse  qui  est  la  base;  mais  sans 
ces  matériaux  qui  existent  heureusement  dans  presque  tous 
les  sols,  le  froment  ne  peut  prospérer.  Il  se  peut  sans  doute 
que  la  silice  et  la  potasse  ne  soient  pas  associées;  la  potasse 
pourrait  être  et  probablement  elle  est  en  partie  combinée  dans 
le  froment  avec  un  acide  organique;  ma»  il  n'en  est  pas  moins 
certain  qne  la  siliee  et  la  potasse  sont  aussi  essentielles  à  l'ac- 
croidseneat  du  froment  que  Vaeide  carbonique,  Teauet  Tarn** 
moniaqœ. 

Tout  cela,  arons-ftous  dit,  est  li^ès-lucidemeat  déoooAtré 
par  le  profiesseur  liebig;  mais  il  a  été  plus  ]mn  en  préleodant 
que  c'est  par  ce  principe  qu'oa  doit  expliquer  les  bons  effets 
de  maintes  pratiques  en^iriqaes  ;  il  a  prouvé  en  ua  mot  que  le 
fumier  de  vaches,  Tengrais  animal  le  fins  commua,  le  plus 
paurro  ^i  azote,  a  son  utilité,  non  à  cause  de  ses  conteaos 
organiques,  mais  de  ses  contenus  inorganiqttes^  à  savoir  la 
potasse  et  les  phosphates.  U  est  impossible  d'imaginer  wm 
résultat  plus  inattendu,  ph»  iacoatestabje  ou  plus  susceptible 
d'une  application  immédinte  dans  la  pratique. 

fie  la  section  de  l'ouvrage  du  professeur  liebîg  sur  les  él6- 
mente  inorganiques  éeê  pintes,  nous  tirons  ces  condusiotti 
bien  importantes  : 

l""  Puisque  le  carbone  et  l'azote  des  plantes  dérivent  de 
l'almosphère,  les  causes  de  la  fiertiUlé  du  soi  doivent  être 
cherchées  dans  ses  éléments  métalliques  ou  i&orgauiques. 

2*  Puisqu'une  plan&e  exige  tds  éléments  mioéranx  et  une 
autre  plante  des  éléneafts  différents,  un  sol  peut  être  fertile 
pour  une  plante  et  «tmle  pour  use  autie,  et  i*of  eemd,  ou 
finalement  fertile  pomr  tonSes  les  <i0ux. 

»  Une  analjfie  (xaeto  des  rendras  et  chaque  pvtied'u 
plauée  nous  douneca  une  «oonuaifisaoee  exacte  de  ces 


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NOUVELLE  CHIMIB  AGB1C9LB. 

Stances  méialUques  qui  soot  essentielles  à  son  déveioppementy 
et  qui  par  conséquent  doivent  être  présentes  dnns  ie  sol  où 
BOUS  voulons  faife  croître  ladite  pfaunte. 

V  Une  analyse  soignée  de  chaqoe  stA^  apiés  que  la  conn 
posilion  des  cendres  d'un  certain  nombre  de  plantes  a  été 
préalaUement  appréciée»  nous  apprendra  tout  d'abord  1»* 
fieliede  ees  plantes  peut  y  être  avatttagensem«it  cultivée, 
qneUe  antre  n'y  réussira  pas  si  bien,  et  conMnent  le  sol  peut 
iUe  leadtt  propre  à  produire  la  premîfare  comme  la  seconde. 

5*  Eaifl  nons  apprenons  de  quoi  d^nd  l'épuisement  du 
Bol,  c'est-à-dire  qnels  sont  les  éléments  mèftatliques  qui  en  sont 
(Ustnits  par  renlèrement  de  la  récolte;  car  si  ces  éléments 
ne  loi  sont  pas  rendus,  le  sol  en  conserve  trop  peu  pour  l'an* 
née  Mirante.  De  U  l'usage  de  laisser  reposer  un  cbamp  ;  car 
pendant  qu'il  reste  en  jachère,  l'action  de  l'air  et  de  rhumèdîté 
extrait  un  supplément  de  bases  dn  roc  sdQjaoent  et  prépare 
la  terre  à  une  nouveUe  culture. 

D'après  ces  principes,  le  parfiit  développement  d'une  plante 
dépend  delà  présence  des  alcalis  ou  terres  alcalines;  lorsque 
ces  sobslanoes  manquent  totalement,  sa  croissance  s'arrête  ; 
lorsqu'elles  ne  jnanqnent  qu'en  partie,  elle  a  besoin  qu'on 
vieaBe  à  son  secours. 

«Comparons  d<«x  espèces  d'arbres ,  dit  M.  Liebig,  que 
nousctterofts  ici  presque  textuellement;  prenons  deux  arbres 
doolie  bois  contienne  d'inégales  quantités  de  bases  alcalines, 
et  oous  trouverons  que  l'un  des  deux  pousse  vigoureusement 
dans  divers  terrains  oi  l'autre  peaut  à  peine  végéter.  Par 
eiemple,  IG^OOO  parties  de  cbène  donfieront  2S0  parties  de 
cendres,  la  même  quantité  de  sapin  n'en  donnera  qise  83,  la 
mène  de  tilleul  dOO»  la  asème  de  seigle  4M,  et  la  même  de  la 
partie  heibacée  de  la  pomme  de  terre  ISM. 

»  Le  pin  et  le  sapin  trouveront  des  bases  alcalines  en 
qvaitités  suffisantes  dans  oessables,  ces  landes  et  ces  terrains 
granitiques  où  le  cbène  ne  prospérerait  pan.  Le  froment  réassit 
dans  le  même  sol  que  le  tilleul,  parce  ipi'il  y  rencontre  leu 
bases  dont  son  dèveiojppement  a  besoin.  Ces  conséquences 


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ikO  NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE. 

si  importantes  ponr  l'agriculture  et  la  culture  forestière  se 
fondent  sur  des  faits  de  la  dernière  évidence.  ?> 

Toutes  les  graminées  contiennent  dans  leurs  feuilles  et  dans 
la  tige  une  grande  quantité  de  potasse  et  de  silice  à  l'état  de 
silicate  de  potasse.  Dans  un  champ  de  blé,  la  proportion  de 
ce  sel  ne  change  pas  sensiblement,  gr&ce  aux  engrais  sous 
forme  de  paille  putréfiée.  Mais  dans  une  prairie  il  n'en  est 
pas  de  même;  en  effet,  nous  ne  voyons  jamais  une  herbe 
riche  sur  des  sols  sablonneux  et  calcaires,  contenant  peu 
de  potasse,  parce  qu'il  y  a  absence  d'un  des  principes  con- 
stituants indispensables  à  l'accroissement  de  la  plante.  Les 
sols  composés  de  basalte,  de  grauwacke ,  de  porphyre,  sont, 
toutes  choses  égales  d'ailleurs,  les  meilleurs  pour  les  prairies, 
parce  qu'ils  renferment  beaucoup  de  potasse.  Les  irrigations 
annuelles  remplacent  continuellement  cette  potasse  et  rendent 
le  sol  comparativement  inépuisable. 

Si  par  le  plâtre  on  active  la  croissance  des  herbes  d'une 
prairie ,  ou  enlève  avec  le  foin  une  plus  grande  quantité  de 
potasse  qu'on  n'en  peut  restituer  dans  les  mômes  conditions. 
Voilà  comment  au  bout  de  quelques  années  le  rendement  de 
beaucoup  de  prairies  plâtrées  diminue  parce  que  la  proportion 
de  potasse  y  décroît.  Si  au  contraire  on  ranime  la  végétation 
prairiale  par  de  la  cendre  sèche  ou  de  la  cendre  en  lessive 
des  savonniers,  c'est  à  la  potasse  encore,  introduite  par  ce 
moyen,  qu'il  faut  attribuer  la  luxuriance  de  l'herbe. 

Dans  les  landes  de  Lunebourg  on  obtient  tous  les  quarante 
ans  une  moisson ,  en  éparpillant  les  cendres  de  la  bruyère 
qu'on  y  brûle.  Pendant  ce  long  espace  de  temps,  ces  plantes 
[erica  tulgaris)  ramassent  en  quelque  sorte  la  potasse  et  la 
soude  que  leur  communique  la  pluie ,  et  c'est  au  moyen  de 
ces  alcalis  qu'un  sable  stérile  se  couvre  d'une  moisson  d'orge, 
d'avoine  et  de  seigle. 

Il  est  d'autres  provinces  où  les  cendres  des  restes  d'un 
abattage  de  bois  recouvrent  aussi  des  semences  et  produisent 
au  cultivateur  de  belles  récoltes  de  céréales. 

Nous  placerons  ici  une  anecdote.  Un  professeur  de  chimie, 


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NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE.  2U 

en  AUemagney  discutait  avec  M.  Liebig  lui-même  la  question 
de  l'utilité  des  alcalis  pour  les  plantes,  et  en  particulier  celle 
de  la  nécessité  de  la  potasse  pour  l'accroissement  de  Tépi 
du  blé;  il  citait  un  sol  purement  calcaire  du  royaume  de 
Hanovre  où  Ton  récoltait  de  belles  moissons  :  «  Eh  bien, 
répondit  M.  Liebig  à  cette  objection,  vous  pouvez  être  sûr 
que  la  craie  contient  delà  potasse.  »  Son  adversaire  s'empressa 
de  le  vérifier,  et  à  sa  grande  surprise,  M.  Liebig  avait  deviné. 
Il  trouva  aussi  la  potasse  dans  d'autres  terres  crayeuses  fer- 
tiles; nous  ne  doutons  pas  par  conséquent  que  la  potasse 
existe,  n'importe  sous  quelle  forme,  dans  tout  terrain  oii 
prospère  le  blé. 

Avons-nous  besoin  de  faire   ressortir  tout  ce  que  cette 

théorie  renferme  d'indications  pour  l'agriculture,  la  rotation 

ou  l'assolement  des  récoltes  et  le  choix  des  engrais  ?  Disons 

'  quelque  chose  des  résultats  obtenus  par  le  professeur  Liebig 

relativement  à  ces  derniers. 

Quand  on  songe  que  chaque  partie  constitulrve  du  corps 
de  Vhomme  et  des  animaux  doit  son  origine  aux  plantes,  et 
qu'aucun  de  ses  éléments  ne  nait  de  l'acte  vital,  il  est  évident 
que  tous  les  principes  inorganiques  de  l'économie  animale 
doivent  être  considérés  comme  des  engrais.  Le  résidu  terreux 
de  la  putréfaction  des  animaux  devient  dans  tout  système 
rationnel  d'agriculture  un  engrais  énergique,  et  le  sol  le 
réclame,  parce  que  tout  ce  qui  lui  a  été  enlevé  sous  forme 
d'aliments  pendant  une  série  d'années  doit  lui  revenir  si  Ton 
veut  entretenir  la  fertilité  de  la  terre.  Pendant  la  vie,  l'animal 
rejette  à  l'état  d'excrément  tout  ce  qu'il  ne  s'assimile  pas 
dans  lacté  de  la  nutrition.  Après  la  mort,  c'est  à  l'état 
d'ammoniaque  et  d'acide  carbonique  que  l'azote  retourne 
à  l'atmosphère ,  et  il  ne  reste  plus  avec  les  os  que  des  matières 
inorganiques,  comme  le  phosphate  de  chaux  et  autres  sels; 
voilà  les  deux  sources  d'engrais  animal  :  les  excréments  et  le 
résidu  de  la  putréfaction. 

On  suppose  communément  que  le  fumier  de  vache  et  celui 
de  cheval  agissent  par  la  vertu  de  leurs  éléments  organiques, 

5*  SÉRIE.  —  TOHE  XI.  16 


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iftâ  NOtJVEtLE  CHiniË  AGIttCOLfi. 

qui  d'un  côté  rendent  de  l'humus  ou  un  résidu  c&rlH>naté,  «t 
de  Vautre  de  l'ammoniaque.  Le  professeur  Liebig  admet  futilité 
de  l'humus,  et  il  prouve  que  celte  utilité  consiste  à  fournir, 
partie  à  l'air,  partie  aux  racines,  une  lente  mais  cotistanle 
provision  d'acide  carbonique  ;  mais  la  quantité  d'hunmâ  doti- 
tiée  par  ces  engrais  est  bien  peu  de  ckose  t^ompârée  A  fa 
•somme  de  carbone  enlevée  par  la  récolte,  et  nous  avons  dh^ 
TU  combien  peu  d'azote  est  contenu  dans  le  crottin  de  cheval 
et  la  bouse  de  vache.  Mais  en  analysant  ces  «ngrais  on  y 
découvre  un  autre  élément  :  des  substances  minérales  H 
salines. 

4,000  livres  (200  kilog.)  de  crottin  de  chex^a!  frais  ou 
1,060  livres  (500kilog.)de  crottin  sec  rendent  de  1©0  è  *n>  li- 
vres [50  à  135  kilog.)  de  sels  et  autres  substances  inorgani- 
tpies.  Ce  sont  là  des  substances  vers  lesquelles  nous  devons 
diriger  notre  attention,  car  ce  sont  les  mêmes  qui  formatent 
précédemment  les  parties  constituïintes  du  foin,  de  la  ptilte 
lèt  deravoitïCjdont  se  nourrit  le  cheval.  Leurs  éléments  prin- 
cipaux sont  les  phosphates  de  chaux  et  de  magnésie^  le  car>- 
bonate  de  chaux  et  le  silicate  de  potasse  :  les  trois  premiers 
prédominaient  dans  le  grain,  les  autres  dans  le  foin.  Aussi 
mille  livres  de  crottin  sec  transmettent  i  un  ehamp  les  sub- 
irtances  inorganiques  contenues  dans  6,000  livres  de  foin  ou 
^,800  livres  d'avoine.  C'est  une  quantité  suffisante  pour  ap- 
provisionner de  potasse  et  de  phosphate  une  récohe  et  demie 
de  froment...  L'action  particulière  des  excréments  solides  est 
limitée  à  leurs  principes  constitutits  inorganiques  qui  i^isti- 
ttient  à  un  sol  Ce  qui  lui  Ait  enle^'é  en  foin  ou  en  paille,  en 
racines  ou  en  graines. 

ïl  est  clair  que  lors  même  que  le  crottin  d'une  ferme  est 
recueilli  avec  soin  et  mêlé  à  la  paille  pourrie,  il  se  ftit  une 
perte  de  potasse  et  de  phosphate  par  les  grains  et  les  ani- 
maux qu^n  vend  tous  les  ans  ;  perte  compensée  en  partie  par 
les  substances  que  Thiver  détache  des  couches  souterraines 
et  en  partie  dans  une  grande  ferme  par  la  fie?nte  que  déposent 
les  animaux  sur  tes  prairies  sans  engrais.  En  Allemagne  on 


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KOUVeULE  CHIMIE  AéGMCOlM.  H$ 

jWÊfflée  «More  par  k  cendre  des  boû  bnUé«  coBtenant  de 
h  pofane  et  d»  ^sphales.  Enfin  la  p<^e  définitive  est 
émtaimèe  nrune^i  large  aurfece  qu'elle  devieBt  pnesnitte 
iaafpréoiable.  Oa  peal  entretenir  la  fertilîié  des  tarifa  e» 
AB^anaant  tims  ies  aae  les  pertes  qu'on  leur  £iit  subir; 
mâs  ee  n'est  qu'en  leur  neodant  pkis  qu'on  ae  leur  preyatf 
qt'il  eaftpnaaîfale  d'jaeaKnter  la  fertilité  du  «al  et  le  pnoduit 

■  eat  iieile  de  oonaprettine  qu'aux  engrais  aakanux  om  peut 
acr  tonte  «obstance  iqiii  contient  leun  ingré^eaU 
En  Flandne,  la  perte  annuelle  4es  matièras  nfeoB- 
aams  à  la  lèrlifité  dn  soi  est  lépAPée  anmeUement  par  des 
cendres  d'os  on  de  «bois  dont  on  aouvre  les  ehanps,  cendi^ 
lessîTées  on  non,  et  nkakes  aorftont  en  phosphate  de  chaux  et 
de  iDa(>pésie.  Il  y  aioi^tenps  qne  les  agriculteurs  ont  i^eomm 
14nportanoe  de  faire  naage  «de  cendres  oooune  engrais.  Xd 
«it  <e  prix  qu'on  ;aittnehe  4  cette  matière  À  Mnsbouig  et  i 
WeHapeaft  (Hesae  éiectoirale)«  qu'on  va  la  «bâcher  i  sii 
^  hnlt  Henes  de  distanoe  «ans  neouler  devant  les  prix  de 
Icanspert. 

L'engrais  d'ossenenta  dent  les  «fifets  ont  tant  leKCÎté  de 
«vprîse,  agît  d'après  ie  même  principe.  Chaque  molécule 
des  m  du  hétaîl,  coaiiBe  les  antres  «latières  du  corps,  pro viesit 
de  nwrbe  4dont  il  ae  nnnrrit  et  par  conséquent  4u  sol  où  a 
poonë  cette  faeiS)e.  En  engcaissant  un  chasnp  de  la  poudre 
d'os,  nous  Ini  Temioyensoe  qu'on  lui  ^  «enlevé  sous  forme  de 
<oin,d%erbe,iiei»lé,  de  navets.  Si  le  vrai  principe  de  l'e^o^rais 
tiil  été  «onnu,  l'intpvdnetion  «de  la  taire  d'os  n'aurait  pas 
tfttendu  4e  dix««eu!vîème  siède.  Ai^urd'huî  encore;,  parmi 
4ceox  qui  en  font  usage,  combien  peu  .ont  la  moindre  idée  de 
lamsoa  qm  fai  œwverfit  en  engrais  1 8  Uvjres  d'os  oooKeaneat 
^Mià^  dephnsphate  de  dbaux  qne  fc,000  Uvres  de.foin  ou  de 
paille,  et  2  li^esen  c(mttennent  autant  que  1,000  des  ipraina 
^e  Irament  et  d'avoine.  M  livres  de  poudre  d'os  appliquées 
â  ta  acre  de  terre  suffisent  pour  approvisionner  de  phosphate 
4e  dmux  trots  iiécoltes  de  firoment,  de  luzerne,  de  pommes 
^  ^enre,  de  navels,  ^c« 


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2U-  NOUVELLE   CHIMIE  AGRICOLE. 

M.  Liebig  recommande  de  pulvériser  les  os,  de  les  malaxer 
avec  moitié  de  leur  poids  d'huile  de  vitriol ,  préalablement 
délayée  dans  trois  ou  quatre  parties  d'eau.  Après  une  macé* 
ration  plus  ou  moins  prolongée,  il  <aut  ajouter  100  parties 
d'eau  et  asperger  le  champ  de  ce  mélange  avant  le  labour. 
Par  ce  moyen,  les  phosphates  sq^t  amenés  à  un  état  soluble, 
et  les  acides  libres  sont  aussitôt  neutralisés  par  les  bases 
alcalines  du  sol,  produisant  des  sels  neutres  infiniment  sub- 
divisés et  éminemment  favorables  à  l'absorption.  M.  Liebig  a 
fait  l'expérience  sur  un  sol  formé  de  grauwacke,  et  assure  que 
c'est  là  une  méthode  parfaitement  sûre  et  heureuse,  autant 
pour  les  céréales  que  pour  les  herbes  potagères. 

C'est  ici  que  la  chimie  offre  ses  nombreuses  ressources  à 
l'agronome.  Dans  les  fabriques  de  gélatine  animale,  dit 
M.  Liebig,  on  perd  annuellement  plusieurs  milliers  de  quin- 
taux d'une  solution  de  phosphate  dans  l'acide  muriatique  ou 
hydrochlorique.  'Se  pourrait-on  pas  conserver  celte  solution 
au  lieu  de  la  jeter,  et  la  substituer  aux  os?  L'acide  hydrochlo- 
rique se  combinerait  avec  la  chaux  du  sol  et  formerait  un  sel 
qui,  comme  on  le  sait  déjà,  exerce  une  action  favorable,  pro- 
bablement comme  fait  le  plâtre,  par  la  fixation  de  l'ammo- 
niaque tombé  avec  les  eaux  pluviales.  11  est  très-imporlant 
pour  l'agronome  de  ne  pas  se  tromper  sur  lés  causes  qui 
produisent  les  effets  indiqués  comme  une  influence  spéciale 
de  certaines  substances.  On  sait  qu'elles  ont  cette  action  bien- 
faisante sur  la  végétation ,  on  sait  que  la  cause  en  doit  être 
qu'elles  contiennent  un  corps  ou  des  corps  qui,  indépendam- 
ment de  la  vertu  de  leur  forme,  de  leur  porosité  et  de  leur 
appétence  pour  l'humidité,  aident  aussi  à  conserver  raclivitê 
vitale  des  plantes.  Si  ce  mystère  est  abandonné  comme  impé- 
nétrable, si  on  jette  sur  la  science  le  voile  d'Isis,  on  ne  con- 
naîtra jamais  la  nature  de  l'aide  qu'on  en  reçoit. 

D'après  ce  principe  d'agriculture  qu'il  faut  rétablir  dans 
un  terrain  tous  les  principes  reproducteurs  qu'on  lui  enlève, 
peu  importe  que  cette  restitution  soit  faite  sous  une  forme  ou 
sous  une  autre  ;  le  temps  viendra  où  au  lieu  d'employer  comme 


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NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE.  S&5 

anjonrdliai  des  fumiers,  on  engraissera  les  champs  avec  une 
solution  de  liqueur  siliceuse  (silicate  dépotasse),  avec  la 
cendre  de  chaume,  avec  les  sels  de  Tacide  phosphorique 
préparés  dans  des  laboratoires  chimiques,  absolument  comme 
i  présent  en  médecine  on  a  remplacé  par  des  extraits  essen* 
tids,  c'est-i-dire  des  principes  chimiques,  plusieurs  médica- 
ments ordonnés  précédemment  en  nature.  Depuis  qu'on  sait 
qaei  est  le  principe  médicateur  de  l'éponge  calcinée,  du  quin- 
quina, de  l'opium,  on  n'administre  plus  ces  substances  aux 
malades  que  sous  forme  d'iode,  de  quinine,  de  morphine,  etc. 
Depuis  que  M.  Liebig  a  publié  son  traité  de  chimie,  il  a  su  que 
les  cendres  de  la  paille  avaient  été  depuis  longtemps  em* 
plojées  comme  engrais  des  terres  à  blé  dans  certaines  parties 
de  TAllemagne.  Mais  ceux  qui  s'en  servaient  ainsi  ignoraient 
la  cause  de  l'excellence  de  cet  engrais.  Ils  agissaient  empiri- 
quement :  cette  coïncidence  ne  prouve-t-eile  pas  qu'il  n'est 
guère  de  découverte  utile  que  la  pratique  n'ait  déjà  expliquée 
par  anticipation? 

^ous  insisterons  sur  ces  deux  principes  qui  nous  semblent 
découler  des  recherches  de  M.  Liebig  :  Puisque  chaque  plante 
n'extrait  du  sol  et  ne  retient  dans  sa  substance  que  les  ma- 
tières inorganiques  qui  sont  essentielles  à  son  développement, 
le  meilleur  engrais  pour  une  plante  doit  être  la  plante  elle- 
même  sous  forme  de  paille  ou  même  sous  celle  de  cendres. 
Noos  venons  de  citer  la  cendre  de  paille,  mais  ce  principe  doit 
avoir  une  application  universelle.  Les  pommes  de  terre,  par 
exemple,  ne  peuvent  être  mieux  fumées  qu'avec  les  cendres 
de  leurs  plantes,  qui  sont  singulièrement  riches  en  phosphate 
de  magnésie,  sel  caractéristique  de  la  pomme  de  terre.  Natu- 
tellement,  dans  ce  cas  comme  dans  tous  les  autres ,  toute 
cendre  contetiant  le  même  sel,  ou  une  source  du  même  sel, 
serait  employée  avec  avantage.  Nous  avons  pu  voir  le  résultat 
de  l'usage  du  phosphate  de  magnésie  pur  comme  engrais  pour 
ce  solanum,  et  nous  n'aurions  pu  imaginer  l'abondance  de  la 
récolte.  Eh  bien,  la  chimie  peut  aisément  produire  ce  sel  en 
quantités  suffisantes  et  à  bas  prix.  Nos  couches  de  carbonate 


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su  NOirVSLLE  CHIMIB  AGBIGOUB. 

de  mafnésie,  qui  tontes  sont  généralement  nuîsitde» 
|9ia»tei,  non»  fourniraient  les  mayeos  d'angBotenter  presque 
sans  frais  nos  récoltes  de  pommes  de  terre. 

Quand  nous  réfléchissons  aussi  à  rimmense  importance  de 
)'aso4e  coraoïe  în(prédient  du  grain,,  et  quand  nous  nooftrap^ 
p(ak»a  qtte  le  crottin  de  choral  et  la  bouse  de  racbe  contien» 
tient  très-pea  de  cet  élément,  nous  voyons  combien  il  est 
esscniiei  de  ne  pas  dissiper  sans  discernement  les  engrais  li- 
qnides,  source  naturelle  de  cette  portion  d'azote  qui  doit 
s'i^onter  i  celle  qui  prorieni  de  l'atmosphère  pour  que  nous 
puissions  obtenir  de  riches  moissons.  Mais  une  sowce  plas 
abondante  encore  d'azote  se  trouve  dans  le  contenu  de  nos 
latrines  et  de  ces  égouts  qu'une  ignorance  barbare  bki  otfdî<* 
mûrement  jeter  à  la  mer. 

a  Quand  on  considère  qu'avec  chaque  livre  d'ammoniaque 
qui  s'évapore  on  perd  soixante  livres  de  blé,  et  qu'avee  dm» 
que  livre  d'urine  on  pourrait  produire  une  livre  de  pur  bvh 
ment,  on  ne  comprend  plus  l'indifférence  avec  laquelle  on 
tiaite  toutes  ces  choses,  n 

L'acide  urique,  le  plus  asoté  de  tous  les  produits  de.  l'éccH 
nomie  animale,  étant  soluble  dans  l'eau,  peut  être  absorbé 
par  les  racinéis  des  plantes,  et  dans  son  assimilation  donner 
naissance  à  de  l'oxalate,  à  du  prussiate  ou  à  du  carbonate 
d'ammoniaque^ 

Le  carbonate  d'ammoniaque ,  produit  par  la  putréfiadîon 
de  l'urine,  peut  être  fixé,  c'eslnà-dire  privé  de  sa  volatilité  par 
une  foule  de  moyens  :  aussi ,  en  saupoudrant  un  terrain  de 
plAtre,  et  en  l'arrosant  d'urine  putréfiée,  on  convertit  tout 
le  carbonate  d'ammoniaque  en  sulfiate  d'ammoniaque  qui  rea* 
tara  dans  le  soi.  On  peut  encore  faire  dispaiattre  l'akalîniti 
des  eaux  de  fumier  en  y  ajoutant  du  plâtre»  du  muriate  de 
chaux»  et  mieux  encore  du  phosphate  de  chaux  acide;  ce  qm 
transforme  le  carbonate  d'ammoniaque  en  sel  qui  ne  se  vola* 
tiliae  plus. 

L'ammottiaquequi  se  développe  dans  les  écuries  et  les  latrioea 
est  toujours  combinée  l'acide  cariMMiicpie.  Le  carbonate  d'an* 


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N^UYSLU  CHIMIE  A&IUGOLS.  9k1 

ino«ia(iiieeile8iilfiM«  4e  chaux  se  décoioposaiit  p«r  leur  coa^ 
««ci  à  ht  tmopéraUire  ardioaire,  oa  désinfecte  lea  lieux  indin* 
qiiée  em  y  lépandant  du  plÂire,  (pii  non-^eidement  fuit  di^^ 
jinttare  VodMr,  lorâ  conserve  encore  ranunooiaque  ainsi 
%nk  poiif  les  besoins  de  Vagricultore. 

teiia  le  rapport  de  la  quantité  d'azote,  cent  parties  d'urin<i 
hunaine  équivalent  à  treize  cents  parties  de  crottin  de  cheval 
frais  et  à  six  cents  parties  de  bouse  de  vache  fraîche. 

L'efficacité  de  l'urine  conune  engrais  est  bien  connue  en 
Hsndre,  mais  elle  est  surtout  appréciée  par  les  Chinois,  la 
plus  anmn  peuple  agricole  du  inonde.  Tel  est  le  haut  pri)( 
sttacUen  Chine  aux  excréments  humains,  que  les  lois  y  d^ 
tindeot  de  les  jeter,  et  que  Yoa  place  daus  les  maisons  dea 
réservoirs  pour  les  recueillir  avec  le  plus  grand  ^iOi  C'est  la 
nul  eagpais  des  champs  de  blé. 

La  Chine  est  le  berceau  de  l'art  d'expérimenter.  Les  Ch^ 
aeia,  dans  leur  ardeur  d'expériences,  avaient  fait,  six  sièclai 
avant  nous,  des  découvertes  admirées  et  enviées  longtemps 
par  VBurope»  surtout  dans  la  teinture,  la  peinture,  la  &bri» 
que  des  porcelaines,  la  préparation  de  la  soie,  etc.  Ils  étaient 
arrivés  à  ces  découvertes  sans  le  secours  des  notions  scientifi- 
ques, car  leurs  livres  offrent  des  recettes  et  des  prescriptions 
pratiques,  mais  aucune  explication  théorique. 

Un  demi^siècle  a  suffi,  il  est  vrai,  aux  Européen^,  non-sen- 
IsoNuit  pour  égaler,  mais  encore  pour  surpasser  les  Chinois 
daas  les  arta  et  les  manufactures  ;  ce  qu'il  fisut  attribuer  4 
PapplieaCion  des  principes  exacts  fournis  par  l'étude  de  la 
chimie.  Hais  combien  l'agriculture  de  l'Europe  est  encore 
inférieure  à  celle  de  la  Chine!  Celle-ci  esta  peu  près  parfaite, 
et  pourtant,  dans  ce  pays  où  le  climat  des  provinces  les  plu; 
fiertiles  diffère  peu  du  nôtre,  on  attache  peu  de  prii^  aux  excréi- 
msols  udid0ê  des  animaux.  Ce  sont  les  excréments  liquides, 
en  efifet,  qui  présentent  la  plus  grande  valeur  comme  engrais 
noté. 

Si  nous  traitions  convenablement  les  richesses  de  nos  latri- 
nes; si  nous  les  mêlions,  par  exemple,  avec  des  cendres  con- 


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2^8  NOUVELLE  CHIMIE  AGRICOLE. 

tenant  des  phosphates  et  avec  un  léger  excès  d'acide  en  dis- 
solution ,  pour  les  foire  sécher  ensuite  de  manière  à  épuiser 
Teau  sans  laisser  échapper  Tammoniaque,  nous  obtiendrions 
le  tout  exempt  d'odeur  désagréable,  et  sous  une  forme  qui  les 
rendrait  d'un  transport  fecile.  Ce  mélange  surpasserait  tous 
les  engrais  employés  jusqu'ici,  et  nous  vaudrait  les  récoltes 
les  plus  abondantes.  Dans  un  autre  demi-siècle,  nous  aurions 
laissé  bien  loin  l'agriculture  empirique  des  Chinois.  On  a  fiait 
déjà  sur  le  continent,  en  France  même,  des  essais  dans  ce 
genre;  et  quoique,  par  l'ignorance  des  opérateurs,  une  grande 
partie,  sinon  la  totalité  de  l'ammoniaque  des  matières  sépa« 
rées,  se  soit  perdue,  eh  bien,  l'engrais  ainsi  obtenu,  et  agi»* 
sant  par  ses  seuls  éléments  inorganiques,  a  produit  des- ré- 
sultats merveilleux. 

Nous  nous  estimerons  heureux  si ,  dans  cette  analyse  de 
l'ouvrage  de  M.  Liebig,  nous  avons  appelé  l'attention  des 
agronomes  sur  une  source  toute  nouvelle  d'améliorations  agri- 
coles :  un  jour,  la  statue  du  professeur  allemand  sera  cou- 
ronnée dans  toutes  les  fêtes  champêtres,  comme  celle  d'un 

autre  Triptolême. 

(Quaterly  Revi9w.)  {i) 

(1)  NoTB  DU  DIRECTEUR.  Nous  crojons  devoir  constater  ici  un  fait  re~ 
marquable  qui  vient  à  l'appui  de  la  théorie  du  professeur  Liebig. 

Longtemps  avant  la  publication  de  Touvrage  qui  fait  Tobjet  de  eel 
article,  un  petit  propriétaire  de  Provence,  Pierre  Jauffret ,  à  force  de 
petience  et  d'observations,  était  parvena  k  deviner,  en  quelque  sorte,  le 
mode  d'action  des  engrais,  tel  qu'il  est  eipliqué  par  le  professeur  alle- 
mand. 

Abandonnant  la  routine,  et  après  de  longs  et  nombreux  essais,  il  étail 
arrivé  à  pouvoir  faire,  à  volonté,  sans  bestiaux,  des  engrais  ëgaui  et 
même  supérieurs  aux  meilleurs  fumiers  d'étable«  et  à  les  modifier  suivant 
la  nature  des  plantes. 

Pierre  Jauffret  est  mort  au  moment  où  il  pouvait  espérer  retirer  quel- 
que  fruit  de  $tB  laborieuses  et  pénibles  recherches. 

Les  personnes  qui  désireraient  connaître  et  appliquer  sa  méthode 
trouveront  tous  les  renseignements  nécessaires  auprès  de  M.  Turrel,  pro- 
priétaire du  journal  Le  véritable  assureur  des  récoltes,  rue  Montorgueil, 
n«  53,  à  Paris. 


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^commit  dorîair. 

COLONIES  PÉNALES  DE  LA  GRANDE-BRETAGNE. 
EXCURSION  A  PORT-ARTHUR. 


LA  TlATiaSÉI.  ~  LA  BAIB  DB  PlléD<BIC-BBN1lT  BT  CBLLB  DB  NORFOLK.  — 
GBnn  DB  BOIS.  —  FOUT-ARTHUB.  ~  aSPBCT  DBS  DÉPORTA.  —  MAHIÈRB 
DOKT  ILS  PRBRNBNT  LBURS  RBFAS.  ^  LBCR  R^IMB.  —  LBS  CABANONS.  -^ 
DiPOIlis  CBARTISTBS.  —  STATION  DES  JEUNES  DÉPORTés.  —  ATELIERS.  — 
l'iLB  DES  MORTS.  —  ÉCOLES  —  UN  MEURTRIER.  —  LE  DOCE.  —  AVENTURE 
DU  CAPITAINE  BOOTH  DANS  LES  BOIS.  —  LES  DIVERSES  ESCOUADES.  —  OBJEC- 
TTOKS  CONTRB  LBS  COLONIES  PÉNALES.  —  LBS  ILES  FALELAND.  —  AVENIR 
DB  U  GOLONIB  DB  PORT-ARTHUR.— BNTRBTUB  AVEC  PROST  LB  CHART1STB. 


Port-Arthur,  pénitencier  de  la  terre  de  Van-Diemen,  a  servi 
de  texte  à  une  foule  de  mensonges,  ou,  du  moins,  à  des  rap- 
ports inexacts.  Cest  un  établissement  dont  l'organisation  est 
pea  comprise  même  dans  cette  colonie,  et  par  conséquent  i 
peu  près  inconnue  du  public  anglais.  La  description  que  j'en 
donnerai  ne  peut  donc  manquer  d'intérêt,  mais  elle  aura  sur- 
tout le  mérite  d'être  authentique. 

S.  Ex.  sir  John  Franklin  se  fait  une  règle  dans  son  admi- 
nistration d'accorder  toutes  les  facilités  possibles  pour  les 
renseignements  ;  j'ai  donc  obtenu  sans  peine  du  secrétaire  de 
la  colonie  un  permis  de  visite,  ainsi  que  mon  passage  sur  un 
des  bâtiments  du  gouvernement  colonial.  En  outre,  Son  Ex- 
cellence a  bien  voulu  me  donner  une  lettre  de  recomman- 
dation, écrite  de  sa  main,  pour  le  gouverneur  de  Port-Arthur. 
H'étant  ainsi  procuré  le  moyen  de  remplir  l'objet  de  mon 


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850  EXCURSION  A  PORT-ARTHUR. 

voyage,  je  me  suis  embarqué  le  6  janvier  i8k%  un  mercredi 
soir,  à  bord  du  schoonerr^^/zA,  capitaine  Harburg. 

Ce  schooner  est  un  joli  bâtiment  de  cent  cinquante  ton- 
neaux. Il  a  été  construit  à  Port-Arthur  en  1835  pour  la  double 
destination  que  voici  :  servir  de  yacht  de  plaisance  à  sir 
Georges  Arthur,  et  croiser  autour  de  Ttle  afin  de  poursuivre 
tous  les  déportés  qui  chercheraient  à  s'enfuir  sur  des  navires 
de  la  colonie.  Nous  avions  plusieurs  passagers,  un  'détache- 
ment du  16"*  régiment,  et  en  outre,  une  cargaison  de  déportés 
arrivant  d'Europe  et  destinés  à  diverses  stations. 

Le  matin  du  jour  suivant,  vers  les  quatre  heures,  nous 
levâmes  Tancre,  et  à  la  faveur  d'une  jolie  brise  qui  soufflait 
de  terre  nous  œtmes  à  la  voile.  La  barque  le  lord  G^derich^ 
Sfttit  déposé  A  Port*Arthur  sa  cargaison  de  déportés,  deaoan- 
dit  la  rivière  de  conserve  avec  nous.  Il  feisait  une  de  ees 
délicieuses  matinées  qui  enchantent  le  cœur  et  les  sens.  Les 
hauteurs  dont  la  contrée  est  accidentée  se  coloraient  aux 
rayons  du  soleil  levant.  Le  paysage,  encore  humide  des  der- 
nières pluies»  étalait  une  riante  verdure.  Vers  les  huit  heures 
du  matin,  le  vent  fraîchit  et  souffla  de  la  mer;  ce  qui  nous 
obligea  de  louvoyer  et  de  courir  des  bordées  afin  de  doubler 
le  Pot'de-Fer  et  les  Iles  de  Betsey .  Deux  heures  se  passèrent  de 
la  sorte;  après  quoi  r£/ûa  put  courir  veat-^arrière,  poussé 
par  une  brise  qui  augmentait  rapidement  de  force  et  tempé- 
rait l'ardeur  brûlante  du  soleil.  Les  points  de  vue  les  plus 
agréables  s'offraient  successivement  à  nos  yeux.  L'eau  était 
transparente  comme  un  miroir.  Aucun  nuage  n'interceptait 
l'azur  du  ciel.  A  mesure  que  nous  avancions,  les  sables  du 
rivage  semblaient  glisser  derrière  nous,  le  vent  murmurait 
doucement  dans  le  feuillage  des  arbres,  l'air  était  chargé  d^ 
parfums  :  tout  dans  la  nature  était  joie  et  harmonie, 

La  brise  continuant  de  fraîchir»  nous  diminuâmes  de  voilep 
pour  longer  les  côtes  de  la  baie  de  Frédéric-Henry.  Ces  c6tas 
présentent  un  caractère  de  grandeur  qui  rappelle  celles  do 
Loch  Linhe  en  Ecosse.  Elles  ont  avec  ces  dernières  quelqui» 
points  de  ressemblance  ;  cependant  les  montagnes  de  l'AttS* 


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BXGOBSION  A  POmT-AVraUR.  SU 

tralie  diffèrent  des  rochers  nus  et  arides  de  la  poétique  Hor* 
yen  en  ce  quelles  s'élèvent  et  s'abaissent  par  de  gracieuses 
ondidalîons.  Elles  ne  sont  point  éternellement  tiattues  des 
tempêtes  comne  les  monts  de  TÉcosse.  Elles  n*ont  point  de 
eeis-ei  1^  escarpements  sauvages»  la  sombre  majesté.  Elles 
sont  à  leors  flancs  et  à  leur  sommet  revêtues  d'arbres  touffu 
cpn  lenr  donnoat  un  air  de  gaieté,  et  illuminées  par  ce  soMl 
fespkendissant  dont  les  pics  glacés  du  nord  ne  connaissent 
pas  la  féconde  influence. 

Noos  longeâmes  l'Ile  Slopen,  et  aperçûmes  dans  le  lointain 
Pîtt-Waler  et  le  Carleton.  Un  peu  après  midi  nous  entrâmes 
dans  ccAle  mer  intérieure  qui  est  enfermée  comme  un  lac»  et 
que  le  capitaine  Flinders  a  appelée  la  baie  de  Norfolk.  La  vue 
que  aons  avions  de  tous  les  côtés  était  magnifique.  En  £&ce 
8*étendait  une  immense  nappe  d'eau  salée,  au  bout  de  laquelle 
•e  dressait  une  de  ces  montagnes  gradeusanent-  arrondies 
en  forme  de  pain  de  sucre»  qui  sont  si  communes  dans  la 
Tansmanie.  Nous  étions  placés  au  centre  d'un  panorama  qui 
cbangeait  à  chaque  minute  :  les  collines  succédaient  aux  col* 
lines»les  vallées  aux  vallées;  c'étaient  tantôt  de  petits  golfss 
qui  se  creusaient  dans  les  terres»  tantôt  des  caps  qui  sem* 
blaint  s'avancer  au-devant  nous.  En  un  mot,  cette  variété 
d'horiaons  était  la  chose  du  monde  la  plus  agréable;  les  der- 
niers nous  paraissaient  toujours  les  plus  pittoresques.  Peu  de 
tableaux  méritent  d'étfe  comparés  à  celui-là.  Les  eaux,  le« 
bois»  les  montagnes  et  les  vallons  composaient  un  ensemble 
parEût  :  nous  ne  pouvions  en  détacher  nos  regards. 

Nous  débarquâmes  nos  déportés  dans  plusieurs  stations 
qni  sont  pour  eux  des  lieux  d'épr^ves  préparatoires.  Comme 
J'aurai  plus  tard  l'occasion  d'y  revenir,  je  m'abstiendrai  d'en 
parier  id.  A  rapproche  de  la  nuit,  nous  jetâmes  l'ancre  prêt 
de  riie  Woody»  au  fond  de  la  baie  de  Norfolk.  La  soirée  fut 
digne  d'un  jour  sî  bean.  Le  coucher  du  soleil  nous  présenta 
OB  speotade  d'one  splendeur  et  d'un  édat  tels  que  les  régione 
tropicales  eUes^mâmes  offrent  à  peine  quelque  chose  de  pareil* 
Kien  de  doux,  rien  de  «ave  comme  la  matinée  du  lendemain» 


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EXCURSION  A  PORT-ARTHUR. 

Notre  navire  flottait  sur  des  eaux  pures  et  tranquilles;  la 
terre,  rafraîchie  par  la  rosée  de  la  nuit,  souriait  au  soleil  levant. 
Aucun  bruit  ne  s'élevait  du  rivage  ;  il  y  régnait  un  repos  ma- 
gique. En  voyant  ce  calme  profond,  cette  scène  paisible, 
comment  se  fût-on  imaginé,  si  on  ne  l'avait  pas  su,  que  cette 
terre  aimée  du  ciel  était  le  réceptacle  d'une  foule  d'hommes 
perdus  de  crimes  ?  Nous  eussions  voulu  bannir  cette  idée  qui 
s'accordait  si  mal  avec  le  tableau  que  nous  avions  sous  les 
yeux.  Et  cependant,  quelque  propre  qu'il  soit  à  faire  naître 
chez  tous  ceux  qui  le  contemplent  un  sentiment  de  pieuse 
reconnaissance  pour  le  Créateur,  ne  doit-on  pas  l'admirer 
plus  encore  en  songeant  qu'il  contribue  pour  beaucoup  à 
l'amélioration  des  misérables  que  l'Angleterre  déporte  dans 
cette  contrée?  Un  jour  viendra  où  ces  convicts  composeront 
une  population  active,  industrieuse,  morale,  et  où  le  spectacle 
de  la  dégradation  de  l'homme  n'attristera  plus  un  des  plus 
beaux  pays  qui  soient  sous  le  ciel. 

A  neuf  heures  du  matin  nous  dîmes  adieu  à  VEUza,  et  nous 
primes  terre  sur  la  jetée  qui  est  construite  au  fond  de  la  baie 
de  Norfolk.  De  là  part  un  chemin  tout  semblable  à  nos  che- 
mins de  fer  ;  seulement  les  rails  sont  formés  d'un  bois  très- 
dur.  Le  chemin  en  question  traverse  un  espace  de  cinq  milles 
anglais,  et  fournit  un  moyen  rapide  de  communications  entre 
la  baie  de  Norfolk  et  Long-Bay.  C'est  le  capitaine  Booth  qui 
en  a  conçu  l'idée,  et  jamais  ouvrage  ne  fut  plus  utUe.  II 
abrège  la  distance  qui  sépare  Hobart-Town  de  Port-Arthur, 
et  l'on  y  voyage  en  sûreté  pendant  la  mauvaise  saison,  alors 
que  la  mer  est  impraticable.  Il  arriva  au  capitaine  Booth  ce 
qui  est  arrivé  à  tous  les  hommes  d'un  génie  supérieur;  il  eut 
à  lutter  contre  les  préjugés  et  l'ignorance.  On  se  moquait  de 
son  entreprise;  on  annonçait  tout  haut  qu'elle  échouerait. 
Le  capitaine  Booth  possédait  la  confiance  du  gouverneur  :  il 
ne  se  laissa  point  intimider  par  ces  fâcheux  pronostics,  et  il 
força  à  la  fin  ses  détracteurs  à  lui  rendre  justice  et  à  l'admirer. 

Le  chemin  qu'il  a  tracé  suit  les  mouvements  du  terrain.  La 
£acilité  des  descentes  compense  le  travail  des  montées.  On  n'y 


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EXCURSION  A   PORT-ARTHUR.  253 

Toit  ni  chevaux,  ni  bœufs,  ui  locomotives  à  vapeur.  Les  dé- 
portés y  suppléent;  ce  sont  eux  qui  poussent  les  wagons. 
Chaque  wagon,  contenant  à  peu  près  un  demi-tonneau  de 
marchandises,  est  attelé  de  trois  hommes;  ces  malheureux 
ont  Élit  souvent  en  une  seule  journée  trois  fois  l'aller  et  le 
retour,  c'est-^àrdire  qu'ils  ont  parcouru  trente  milles,  et  que 
chaque  homme  traîne  un  demi-tonneau  par  voyage.  Certes, 
c*est  un  spectacle  révoltant  que  celui  que  présentent  ces 
pauvres  gens  réduits  à  la  condition  de  bétes  de  somme  ;  il  est 
affreux  de  les  voir  inondés  de  sueur,  haletants,  les  muscles 
tendus,  les  veines  du  visage  gonflées  par  Texcès  de  la  fatigue. . . 
Mais  quoi  i  interrogeons  nos  souvenirs  :  nous  nous  rappelle- 
rons qu*il  existe  en  Irlande  et  en  Angleterre  des  millions 
d'boiDffles  libres  assujettis  à  des  travaux  non  moins  rudes  et 
non  moins  humiliants.  Il  suffit  de  mentionner  les  mineurs, 
les  ouvriers  des  docks  et  des  ports,  et  tant  d'autres.  Quoi 
qu'il  en  soit,  et  en  dépit  de  tous  les  raisonnements,  ce  spec- 
tacle choque  et  révolte. 

Vers  midi,  le  major  Roberston,  M.  Holman  et  moi,  nous 
longeâmes  à  pied  la  chaussée.  Nous  n'y  vîmes  aucun  convoi 
de  wagons;  il  parait  qu'à  cette  heure  de  la  journée  les  con- 
victs  de  la  station  conduisaient  aux  mines  de  houille  le  capi- 
taine Sulivan,  commandant  du  sloop  de  Sa  Majesté  la  Favorite^ 
et  sa  suite.  Arrivés  à  Long-Bay,  les  soldats  s'embarquèrent 
avec  leur  bagage  dans  une  chaloupe.  Quant  à  nous,  nous  prî- 
mes un  joli  bateau  de  pèche  à  quatre  rames,  et  après  une 
traversée,  nous  entrâmes  dans  le  vaste  bassin  de  Port-Ar- 
thur. 

A  l'aspect  de  cette  ville,  des  exclamations  d'étonnement 
nous  échappèrent;  nous  la  contemplions  d'un  œil  ravi.  Quoil 
c'est  là  le  Pandemoniuml  disions-nous;  c'est  là  qu'on  dépose 
les  plus  teiribles  criminels  1  Cette  baie  gracieuse,  ces  nobles 
bassins,  cet  ancrage  excellent,  qu'on  peut  utiliser  de  tant  de 

façons,  tout  cela  appartient  à  un  pénitencier l En  effet, 

nous  voyions  flotter  près  de  nous  le  navire  la  Lady  Franklin^ 
de  210  tonneaux,  et  à  une  demi-encâblure  plus  loin,  le  sloop 


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25fc  EXCUBSIOH   A   FORT-AmTHCm. 

Ht  Sa  Majesté  fai  Fcitorite,  de  18  canom,  )equ^  devnt  être  Ta- 
doabé  enttèrement. 

Nons  débarqniiwes  an  quai  du  Commissariat;  nonsy  troa- 
Times  M.  Carte,  inspecteur  des  dépwtés;  et  grftoe  à  son  in- 
leirention,  mms  pftmes  à  finstant  même  remettre  nos  lettres 
an  gouvemenr.  Le  capitaine  Boolh  nons  reçnt  avec  une  nr- 
hanité  exqnise.  H  nons  présenta  à  sa  femme ,  et  nons  toTtta 
obligeamment  à  nous  loger  chez  lui  :  nous  acceptâmes  cette 
t)flTe  avec  beanconp  de  joie,  car  îl  n'existe  à  Port-Artlinr  ni 
Mtel,  ni  maison  menblée,  ni  ancun  lien  puMic. 

Le  lendemain  était  nn  dimandie.  Bès  que  nous  eâmes  dé- 
jenné,  nons  partîmes  pour  assister  à  la  revue  que  Ton  dit  des 
déportés  avant  qnlls  se  rendent  à  Tég^isc.  Nons  les  Irovvl- 
mes  rangés  sur  trois  lignes,  formant  «ntant  de  divisions  sé- 
parées ;  les  inspecteurs  [déportés  eux-mêmes)  étaSenl  [riacés  & 
la  queue.  Ces  malheureux  étaient  vêtus  d'une  veste  jannesurla- 
quéneètaient  marquéesleslettresP.A.  en  jaune  eten  noir,  ainsi 
que  leur  numéro  d'ordre.  L'expression  de  leur  visage  était 
sinistre  et  repoussante  :  c'est  à  peine  n,  parmi  eux,  on  re- 
marquait nne  physionomie  ouverte.  A  la  manière  dotA  ils 
nous  regardaient,  on  eftt  dit  qu'ils  supputaient  dans  leur 
pensée  ce  qu'ils  espéraient  tirer  de  nous.  Le  crime  et  «es  fu- 
nestes conséquences  se  faisaient  lire  sur  toutes  ces  figures 
marquées  du  sceau  de  la  réfMt>bation.  Saisis  de  dégodrt  et  de 
pitié,  nous  détournâmes  les  yeux.  L'inspection  achevée,  les 
€onvicts  s'acheminèrent  vers  l'église  en  observant  nn  profond 
silence.  Nous  les  suivîmes.  Un  détachement  de  soldais,  ayant 
les  armes  chargées,  stationnait  sur  la  place,  prêt  à  faire  feu  au 
premier  signal.  La  présence  de  «cette  feroe  armée  Matt  a  la 
solennité  nne  partie  de  son  caractère  religieux.  On  remarquait 
parmi  les  assistants  les  matelots  et  les  ofBciers  dn  sloop  fa 
Favorite.  Leurs  figures  mâles,  on  respiraient  la  gaieté  et  la 
franchise,  contrastaient  avec  la  face  humiliée  et  Tair  abject 
des  eonvicts.  Le  service  divin  fut  célébré  par  un  de  nos  com- 
pagnons de  traversée,  le  révérend  M.  Simpson.  Le  respecta- 
We  ministre  profita  de  l'occasion  pour  solliciter  la  charité  des 


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£XCrBSI01f  A  PORT-AKTHCR.  SSS 

Sdèlcs  en  faveur  des  écoles  de  rétablissement,  ayant  soin  de 
hire  remarquer  que,  comme  l'argent  était  une  chose  très-rare 
dans.la  colonie,  le  moindre  don  pécuniaire  serait  reçu  avec 
enpressement.  Ce  langage  choqua  un  certain  nombre  de  per- 
mîmes rigoristes,  qui  ne  le  trouvèrent  point  digne  de  la  chaire; 
inaîs  on  fexcusa  à  cause  de  l'intention. 

Lèglise  de  Port-Arthur  est  un  édifice  beau,  spacieux,  et 
t»nstruiten  pierres  de  taille.  H  a  la  forme  d'une  croix,  et  il 
tst  surmonté  d'une  tour  munie  de  cloches;  l'intérieur  en  est 
simple,  maïs  propre,  et  disposé  pour  contenir  au  moins  deux 
Aine  personnes.  H  n'y  a  point  d'orgue;  on  s'est  contenté  de 
thoîsirpanni  les  déportés  quelques  hommes  ayant  de  la  voix; 
tm  en  a  formé  un  chœur,  et  ils  chantent  les  psaumes  sacrés 
de  manière  à  produire  beaucoup  d'effet.  Jusqu'à  présent,  ao- 
tm  ministre  de  l'église  presbytérienne  d'Angleterre,  ayant 
qualité  officielle,  n'a  résidé  à  Port-Arthur,  et  les  cérémonies 
religieuses  ont  été  célébrées  par  ces  chrétiens  qu'anime  un 
«ète  infatigable,  les  méthodistes  vesleyiens.  Maintenant, 
M.HanleB  est  considéré  comme  le  pasteur  évangéliqnedela 
coli^ie;  c'est  un  homme  qui,  après  avoir  rempli  ces  fdnctwHw 
Importantes  dans  l'î'IabKssement  aujourd'hui  abandonné  de 
Port-Macquarie,  continue  sa  pieuse  mission  à  Port-Arthur, 

L«  service  terminé ,  nous  suivîmes  le  commandant  à  l'en- 
droit oè  se  préparent  les  aliments  destinés  aux  eonvieU,  C'est 
tt  qu'on  leur  distribue  leurs  rations  respectives.  La  manière 
dont  on  procède  mérite  d'être  mentionnée.  Les  parts,  nu  nom- 
bre de  vingt-six  à  trente,  sont  portées  dans  les  salles  du 
pénitencier,  suivant  la  contenance  de  celles-ci.  Deux  délégnés» 
i  tour  de  WMe,  sont  chargés  de  recevoir  les  rations  et  de  les 
distnbuer.  Ils  les  rangent  sur  une  table  A  laquelle  les  dépertës 
viennent  s'asseoir  :  chaque  homme  prend  et  mange  la  part 
qui  est  placée  devant  lui.  La  règle  ordonne  qu'ils  h  mangent 
sans  en  rien  laisser.  Cette  mesure  a  pour  but  d'empêcher  qae 
les  convitls  cachent  leurs  aliments  afin  d'en  Caire  provision. 
On  y  tient  la  nnin  avec  un  rigueur  extrême.  Manger  quoique 
ce  sort ,  et  n'importe  sous  ^piel  prétexte,  hors  des  heiaes 


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356  EXCURSION  A  PORT-ABTUUR. 

prescrites ,  est  un  délit  qu'on  punit  sévèrement.  La  défense 
•s'étend  même  au  poisson  que  l'on  pèche  et  au  gibier  que  Ton 
attrape. 

La  nourriture  des  convicts  est  non-seulement  abondante, 
mais  encore  substantielle.  Elle  consiste  en  soupe  excellente, 
en  bon  pain  de  froment,  en  viande  de  bœuf ,  de  mouton  ou 
de  porc.  J'ai  goûté  de  ces  aliments  et  je  me  suis  assuré  de  leur 
qualité.  Combien  de  laboureurs  en  Angleterre,  combieD 
d'honnêtes  ouvriers  s'estimeraient  heureux  s'ils  avaient  an 
ordinaire  aussi  comfortablel  Les  convicts  à  leur  déjeuner  et  à 
leur  souper  ont  un  morceau  de  pain  et  une  mesure  (  une  pinte] 
de  skilley  ;  on  appelle  ainsi  de  l'eau  dans  laquelle  on  a  foit 
bouillir  une  petite  quantité  de  farine.  Leurs  vêtements  sont 
en  laine;  cette  laine  est  teinte  en  jaune  ou  moitié  jaune  et 
moitié  blanc.  Chaque  individu  est  fourni  de  deux  habillements 
complets,  de  deux  chemises  et  de  deux  paires  de  souliers.  Ces 
effets  doivent  durer  une  année. 

Les  habitations  destinées  aux  déportés  sont  propres,  saines, 
bien  aérées  ;  on  en  blanchit  souvent  les  murailles,  ils  couchent 
dans  des  lits  séparés.  La  literie,  qui  est  suffisante,  est  roulée 
pendant  le  jour.  Dans  la  première  salle  où  nous  fûmes  intro- 
duits, nous  trouvâmes  Jones,  cet  horloger  chartiste  dont  le 
procès  a  fait  quelque  sensation  à  Londres.  Il  remplissait  les 
fonctions  de  surveillant ,  et  distribuait  les  vivres  à  une  dou- 
zaine de  ses  compagnons,  lesquels  composaient  la  chambrée. 
Jones  prononça  les  grâces  ;  lui,  qui  à  son  arrivée  se  montrait 
dissipé,  arrogant  et  licencieux,  il  se  distingue  maintenant  par 
son  esprit  d'ordre  et  sa  docilité.  Pour  opérer  ce  changement, 
quelques  représentations  ont  suffi.  Il  a  su  mériter  les  fonctions 
dont  il  est  investi.  Lorsqu'il  n'est  point  employé  aux  ouvrages 
de  sa  profession,  il  travaille  dans  la  boutique  du  cloutier. 

Le  chartiste  William  est  aussi  un  des  déportés  au  Port-Ar- 
thur. Il  avait  débuté  par  affecter  les  manières  et  le  langage 
d'un  homme  repentant  et  paisible,  et  comme  il  possédait  cer- 
taines connaissances  spéciales,  on  Tavait  employé  à  l'exploi- 
tation des  mines  de  houille.  Là»  il  réussit  à  embaucher  quel- 


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EXCURSION  A  POKT-ARTHCR.  257  . 

qnes-ans  de  ses  compagnons,  et  il  construisit  une  barque  au 
moyen  de  laquelle  il  s*échappa  de  la  colonie  où  il  était  tombé 
une  seconde  fois  au  pouvoir  des  agents  du  gouvernement.  Il 
fiit  renvoyé  à  Port-Arthur.  On  le  dépeint  comme  un  homme 
méchant  et  déterminé.  Quelques-uns  de  ses  compagnons  d'in- 
vasion ne  furent  pas  repris  immédiatement.  Pendant  le  peu 
de  jours  que  dura  leur  liberté,  ils  commirent  un  meurtre,  et 
ce  nouveau  crime  fut  cause  qu'on  les  condamna  à  mort.  Ils 
furent  exécutés.  Si  William  ne  les  eût  point  détournés  de  leur 
devoir,  une  fin  aussi  triste  leur  eût  peut-être  été  épargnée. 

Des  salles  du  pénitencier  nous  nous  rendîmes  aux  caba- 
nons. Les  malheureux  qui  y  sont  détenus  n'ont  pour  toute 
nounrfture  que  dû  pain  et  de  l'eau.  Nous  trouvâmes  dans  une 
de  ces  cellules  un  jeune  homme  de  dix-huit  ans  coupable  d'un 
meurtre.  Il  en  sera  question  plus  loin.  Nous  vîmes  dans  une 
autre  un  conyict  qu'on  y  avait  renfermé  parce  qu'il  cherchait 
continuellement  à  s'évader.  Quelque  temps  auparavant  on 
l'avait  rattrapé  mourant  de  faim  et  exténué  de  fatigues. 
Transporté  à  l'hôpital,  il  s'était  rétabli  non  sans  beaucoup  de 
peine.  £h  bien  ,  il  n'eut  pas  plus  tôt  recouvré  la  santé  qu'il 
recommença  ses  vaines  tentatives. 

Des  cabanons  nous  passâmes  à  l'hôpital.  Ce  fut  là  que  s'of- 
frirent à  nous,  dans  toute  leur  horreur,  les  funestes  consé- 
quences du  crime.  Là  était  confiné,  sur  un  lit  de  souffrances, 
Savary,  ce  raffinenr  de  Bristol  dont  on  a  tant  parlé,  cet  homme  • 
qui,  appartenant  à  une  famille  distinguée  et  jouissant  lui- 
même  de  l'estime  de  ses  concitoyens,  semblait  né  pour  un 
sort  plus  heureux  !  On  n'a  peut-être  pas  oublié  qu'en  1825  il 
fut  accusé  du  crime  de  faux.  Savary,  d'après  les  conseils  d'un 
magîstratde  Bristol,  se  reconnut  coupable,  et  quoique  le  juge 
GJflbrd  le  pressât  vivement  de  se  rétracter,  il  persista  opi-  < 

niàtrément  dans  son  système  de  défense.  Son  crime  ayant 
eu  lieu  très-peu  de  temps  après  le  procès  de  Fauntleroy,  il 
fiit  condamné  A  mort.  Toute  la  ville  croyait  fermement  qu'il 
serait  exécuté.  Cependant  il  obtint  une  commutation  de  peine. 
On  l'envoya  à  la  terre  de  Van-Diemen  comme  déporté  à  vie, 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XI.  17 

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tB8  «XCfJUSIlMr  ▲  PO&T^ARTHUR. 

et  il  fut  employé  dans  les  bureaux  en  qualité  d'expéditîoa- 
oaire.  Sa  femme,  qu'il  ayait  laissée  à  Bristol  et  qui  Taimait 
tendrement,  voulut  partager  sa  destinée.  Elle  s'embarqua  pour 
le  rejoindre,  mais  )e  bâtiment  oi  elle  avait  retenu  son  paaaage 
te  brisa  eontra  le  Aee,  à  Plymeutb.  Bien  que  Mrs.  Sctvary  eAt 
TQ  la  mort  de  près ,  elle  partit  sur  un  autre  navire  :  cette  fois, 
.  elle  fit  une  heureuse  traversée,  liais  il  paraît  que  sa  présanoe, 
loin  de  contribuer  à  la  tranquillité  domestique  de  son  mari,  la 
détruisit  eomplétement.  Savary  a  pris  soin  lui-même  de  nous 
raconter  ses  querelles  conjugales  dans  son  ouvrage  intitulé 
Quintug  S^rvinton^  qui  fut  publié  à  Hobartr*Tovn  en  1830. 
Futi-ce  par  suite  de  ces  qu^elles  que  ce  malheureux,  dans  un 
accès  de  folie,  essaya  de  se  tuer  en  se  coupant  la  gorge  ?  On 
me  sait.  Quoi  qu'il  en  soit,  la  blessure  n'était  pas  mortelle,  et 
des  secours  donnés  à  temps  le  rappelèrent  à  la  vie. 

Peu  de  temps  après,  sa  femme  et  son  enfont  retournèrent 
en  Angleterre.  Savary,  ayant  lui-même  obtenu  plus  tard  une 
autorisation,  s'établit  fermier,  puis  fit  banqueroute,  puis  eut 
encore  une  fois  recours  à  des  faux,  puis  fut  jugé,  condamné 
et  soumis  aux  épreuves  de  Port-Arthur.  Il  y  a  d^à  eu  une 
attaque  de  paralysie  qui,  avant  peu  temps,  ternineni  sa 
-barrière  ai  agitée.  On  prétend  que  l'aspect  du  vice  oonvertit 
au  bien  eeux  qui  étaient  endins  au  mal.  Le  feit  est  que  ]'ai 
eontemplé  avec  un  mélange  de  pitié  et  d'horreur  ee  malben- 
reux  dont  la  blessure  était  à  peine  cicatrisée,  et  dont  le  regajrd 
terne  et  dépourvu  d'intelligence  ne  sewMait  plus  appartewr 
i  un  habitant  du  monde.  J'auraia  voulu  que  les  ecmEqfdicea  de 
aa  vie  criminelle  pussent  avoir  devant  les  yeux  ce  specti^le; 
ils  y  auraient  trouvé  un  grave  et  salutaire  enseignement. 

Moua  nous  embarquAmes  ensuite  dana  un  bateau  monté  de 
aix  rameurs,  et  nous  travers&mes  la  baie  pour  nous  rendre 
nu  Poimt^Pwr,  C'est  là  que  Ton  garde  les  jeunes  enfante  dé- 
portés, lia  étaient  en  ee  moment  occupés  à  apprendre  et  i 
répéter  leur  catéchisme.  Nous  r^oonlr&mes  en  ee  lieu  le 
lieutenant  Flyon,  de  la  marine  royale,  celui  qui  déposa  autre- 
ioiis  comme  témoin  dans  le  procès  de  la  reine  Caroline.  Cette 


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SXCEJBSlOli  A  POBT-ARTHUK.  IM 

roine-priiicesse  lui  avait  fait  donner  l'ordre  de  Saiot-Ferdi- 
aiDd,  troisiènie  classe.  Plu»  tard  ce  personnage  fut  convaincu 
de  box  et  envoyé  4  Port-Arthur.  Depuis  son  arrivée  dans  la 
colonie,  il  a  reçu  des  lettres  portant  cette  suscription  :  À 
mr  Jokm  Fttfnn. 

Les  salles  où  couchent  les  convicts  sont  édairées  pendant 
toiiie  la  nut.  Ceux-ci  ne  savent  jamais  à  quelle  heure  et  par 
qsi  la  ronde  sera  Esite.  Nous  accompagnâmes  le  commandant 
pendant  une  de  ces  inspections  nocturnes.  Il  était  dix  heures 
Al  soir.  Nous  pareonrAmes  plusieurs  salles.  Dans  Tune  d'entre 
riles  «ne  légère  odeur  de  tdMC  était  répandue.  Or  il  est  ex* 
]pTessénient  défendu  aux  déportés  d'avoir  du  tabac  en  leur 
possenion.  C'est  pourquoi  on  signifia  à  toute  la  chambrée  que 
kg  bommea  qui  la  composaient  seraient  punis  s'ils  ne  dénou'^ 
€»ent  point  le  fumeur  ou  si  lui-même  ne  se  dédarait  pas.  Le 
coupable  étant  resté  inoomm,  tous  tes  homme  de  la  chambrée 
fareat  min  an  cachot. 

Od  ae  saurait  nsarcher  dans  les  rues  de  la  ville  après  la  nnîl 
fènnèe  sans  être  arrêté  à  chaque  pas  par  des  sentinelles  qui 
fxigeai  que  Ton  r^nde  au  mot  d'ordre.  Le  commandant 
hu-méme,  s*il  avait  onUié  le  mot  du  guet,  serait  consigné  an 
poste  le  plus  voisin.  Les  soldats  ont  toiqours  leurs  annoa 
chargées.  Ils  occupent  les  points  prindpaax  du  pénitencier  : 
(Mitre  cette  précaution  et  celle  des  rotides  fréquentes  qui  ont 
heu,  teHe  est  la  sévérité  de  la  disciplitte,  telle  est  la  aorvefl- 
hnce  qne  l'oa  exeree  constamment,  telle  est  surtout  la  défiance 
qieles  déportés  ont  les  unscontre  les  autres^  que  toute  oonspi* 
tatien,  toute  tentatire  de  révolte  est  impossible.  Nous  dor- 
mîmes  en  parfaite  aéeurité  dans  une  maison  dont  les  fenêtres 
n'élaîat  défendues  ni  par  des  rolets  ni  par  des  contrevents. 

La  matinée  suivante,  nous  visitâmes  les  ateliers  desjeonea 
détenus.  Six  i  sept  cents  enfieuits  y  sont  employés  et  apprennent 
le  moyen  de  gagner  hoaoïêtenient  leur  vie.  Quand  ils  entrent 
dans  rétabiîsaement,  on  commence  par  leur  enseigner  A  ma* 
nier  la  bêche,  le  pie  et  la  piodie.  On  leur  assigne  un  coin  de 
terre  qu'ils  défrichent,  qu'ils  sarclent,  nettoient,  et  où  ila 


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260  EXCURSION  A  PORT-ABTHUB. 

plantent  des  pommes  de  terre,  des  choux,  des  navets  et  aatres 
égùmes.  Lorsque,  pendant  un  certain  espace  de  temps,  ils 
se  sont  distingués  par  une  conduite  régulière,  on  leur  permet 
d'exercer  un  métier  et  on  leur  donne  &  choisir  entre  cinq  ou 
six  industries.  L'établissement  est  pourvu  des^mattres  néces- 
saires pour  chaque  branche  d'instruction.  Autant  que  pos- 
sible, on  les  prend  parmi  les  Européens  que  leur  volonté 
seule,  et  non  point  la  rigueur  des  lois,  amène  dans  la  colonie. 

Nous  nous  arrêtâmes  d'abord  à  regarder  les  jeunes  gens 
qui  travaillaient  à  scier  le  bois.  Ils  étaient  au  nombre  de 
trente  à  quarante  dans  un  chantier  découvert.  Je  sais  qu'au- 
jourd'hui on  leur  construit  un  hangar  qui  les  protégera 
contre  le  froid  ou  la  pluie.  La  quantité  de  bois  que  débitent 
ces  enfants  est  considérable.  De  là  nous  passâmes  à  l'atelier 
des  charpentiers  pour  navires.  Nous  y  vîmes  une  jolie  barque 
de  pèche,  dont  la  construction  marchait  rapidement  à  sa  fin. 
Les  tonneliers  n'étaient  pas  moins  actife.  D'autres  enfiants 
faisaient  des  cuviers,  tressaient  des  corbeilles  et  des  paniers, 
roulaient  des  câbles,  etc.  Cinquante  tailleurs  découpaient  et 
cousaient  des  étoffes;  soixante-dix  cordonniers  travaillaient 
aux  chaussures  des  colons.  Les  enclumes  des  forgerons  re- 
tentissaient du  bruit  répété  des  marteaux.  Les  charpentiers 
pour  bâtisse  façonnaient  des  portes,  des  châssis  de  fenêtre, 
et  ébauchaient  des  pièces  de  bois.  Les  relieurs  étaient  aussi 
à  l'ouvrage.  Seuls,  les  tourneurs  demeuraient  dans  l'inaction. 

Je  dois  remarquer  ici  que  si  un  officier  civil  ou  militaire 
emploie  à  quoi  que  ce  soit,  pour  son  compte  particulier,  un 
des  convicts ,  une  retenue  proportionnée  à  l'importance  du 
travail  et  de  l'ouvrage  est  opérée  sur  ses  appointements. 

Nous  visitâmes  ensuite  l'atelier  des  maçons.  Ils  avaient 
préparé  des  matériaux  considérables  pour  l'érection  d'une 
vaste  caserne.  Nous  vtmes  à  la  boulangerie,  de  grandes  pro- 
visions de  pain,  qui  attestaient  l'adresse  et  l'activité  des  jeunes 
gens  qu'on  y  employait.  Arrivés  aux  cuisines,  nous  goûtâmes 
d'un  excellent  ragoût  qui  exhalait  un  parfum  tout  à  feit  ap- 
pétissant. 


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EXCURSION  A  PORT-ARTHUR.  261 

La  ration  pour  les  enfants  est  la  même  que  pour  les  adultes. 
Arant  de  prendre  leurs  repas,  les  premiers  sont  tenus  de  se 
larer  les  mains  et  le  visage.  Le  repas  terminé,  on  leur  ac- 
corde quelques  minutes  de  récréation.  Dans  la  soirée,  ils 
vont,  de  deux  jours  l'un,  à  Técole. 

Quoique  cet  établissement  ait  été  fondé  pour  recevoir  des 
criminels  flétris  par  les  lois  de  leur  pays,  il  n'en  inspire  pas 
moins  un  intérêt  profond.  Ces  criminels  peuvent  s'amender; 
le  travail  peut  effacer  l'infamie  dont  ils  sont  couverts,  et  la 
peine  de  la  déportation  les  régénérer  au  bien.  Déjà  beaucoup 
de  ces  pauvres  enfants  qui  sont  renfermés  à  Point-Puer  ont 
dû  bénir  l'instant  où  ils  y  ont  été  conduits.  Plusieurs  en  sont 
sortis  pourvus  d'une  industrie  lucrative,  et  ils  gagnent  hon- 
nêtement leur  vie  dans  diverses  parties  de  l'Ile.  Que  l'on 
compare  leur  condition  avec  celle  des  enfants  des  basses 
classes  dans  la  mère-patrie  :  on  verra  que  l'avantage  n'est 
pas  du  c6té  de  ces  derniers. 

En  retournant  à  Port-Arthur,  nous  abordâmes  à  une  pe- 
tite île  noounée,  d'après  sa  destination,  Y  île  des  Morts,  Parmi 
les  condamnés  qui  les  premiers  y  ont  été  inhumés,  on  cite 
Dennis  CoUins,  celui  qui  lança  autrefois  une  pierre  à  la  tète 
de  Guillaume  IV.  Là  repose  aussi  cet  homme  tristement  fa- 
meux, May,  qui  étouffa  un  petit  garçon  italien  pour  vendre 
son  cadavre  à  un  anatomiste.  Là  dorment  du  sommeil  éternel 
plusieurs  officiers  et  soldats  de  la  garnison  de  Port-Arthur, 
ainsi  que  plusieurs  émigrants.  Quelques-uns  des  monuments 
funéraires  qui  y  sont  élevés  portent  des  épitaphes,  des  vers, 
des  inscriptions  plus  ou  moins  touchantes. 

L'Ile  des  Morts  inspire  naturellement  des  pensées  graves 
et  religieuses.  Ceux  qui  la  visitent  ne  sauraient  se  défendre 
d'un  sentiment  de  tristesse;  mais  cette  tristesse  est  si  douce, 
et  il  règne  dans  ce  lieu  une  solitude  si  paisible,  que  l'idée  d'y 
être  enseveli  n'a  rien  de  repoussant.  J'ai  connu  des  hommes 
qui  ont  demandé  par  leur  testament  qu'on  y  déposât  leurs 
^restes  mortels. 

Port-Arthur  est  véritablement  une  terre  de  merveillesl  c'est 


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262  EXCUB&ION  A  POBT-ABTHUR. 

là  qu'on  déporte  les  criminels  les  plus  redoutables,  les  homr 
nés  les  plus  invétérés  dans  le  vice:  eh  bien,  la  vertu  et  la 
religion  qu'on  aurait  pu  croire  bannies  de  ce  lieu  d'expia* 
lion,  de  ce  désert  moral,  y  fleurissent,  y  sont  ouvertement 
cultivées!  Une  école  a  été  instituée  pour  les  enfonts  des  ofB- 
4^ier8,  des  soldats,  des  inspecteurs,  etc.  :  aujourd'hui,  10  jan- 
vier, j*ai  assisté  à  l'examen  et  à  la  distribution  des  prix.  Ces 
enfants  étaient  réunis  au  nombre  de  trente  à  quarante,  filles 
et  garçons  de  difitrents  Ages.  Les  prix  destinés  aux  plus  sa* 
Tants  et  aux  plus  studieux  étaient  des  livres  instmctîfii  et 
utiles.  L'examen  a  commencé,  une  lutte  animée  s^est  établie 
entre  les  concurrents,  à  tel  point  que  plusieurs  fois  le  capi- 
taine Booth,  patron  de  l'institution,  s'est  vu  fort  embarrassé 
pour  décerner  la  palme  aux  vainciueurs.  Lorsque  cette  céré- 
monie a  été  terminée,  vainqueurs  et  vaincus  se  sont  rendus 
80U8  une  grande  tente  décorée  de  guirlandes  et  ornée  des 
pavillons  de  la  Favorite:  là,  on  leur  a  servi  en  abondance  du 
thé,  du  café,  des  gâteaux,  des  framboises,  des  groseilles,  etc. 
Ce  fut  une  petite  fête  de  l'aspect  le  plus  gai.  Après  le  toiff 
des  enfants,  vint  celui  de  leurs  parents.  Ceux-ci  ayant  pris 
les  rafraîchissements  dont  ils  avaient  besoin,  le  capitaine 
prononça  quelques  mots  appropriés  à  la  circonstance;  puis^ 
MM.  Manton,  Simpson  et  Robertson  exposèrent,  au  nom  du 
comité,  la  situation  pécuniaire  de  l'établissement.  Cette  si- 
tuation n'était  point  extrêmement  brillante.  Il  ne  restait  sut 
l'exercice  de  l'année  précédente  que  30  shillings  :  la  collecte 
de  la  veille  avait  produit  8  livres  10  shillings.  D'autres  con- 
tributions montaient  ensemble  à  70  shillings  environ;  en  sorte 
qu'il  y  avait  en  caisse,  pour  Tachât  des  prix  de  l'année  cou- 
mte,  près  de  1^  £.  Il  faut  dire  ici  à  l'honneur  des  souscrip- 
tenrs  de  Port-Arthur,  que  peu  de  semaines  auparavant,  ib 

aiaiii.t  pn  dssé  entre  eux  if£,afin  de  venir  en  aide  aux  mis- 
«ionnaires  wesleyens. 

Après  avoir  parcouru  les  ateliers  de  Port-Artbnr,  lesqueif 
ne  sont  que  la  répétition  de  ceux  que  nous  avions  déjà  rot 
i  Poînt-Puer,  nous  visitâmes  la  scène  d*un  meurtre  récent. 


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BlLCUBSIOll  A  PORT-ABTHUR.  96S 

d'un  assaMiBftt  affreux  dont  la  cause  était  restée  inconiive. 
L'endroit  en  question  est  éloigné  d'un  mille  anglais  du  chef* 
liea  de  la  colonie.  C'est  une  gorge  sombre  et  isolée.  Leé 
broussailles  qui  y  poassent  étaient  encore  teintes  du  sang  de 
b  yielane  qui  j  avait  péri.  Il  résulte  de  la  déposition  des  té- 
dioiBsqueBelIfieldetBoat(ta(ian,runâgédedix-huitanSfrautrB 
de  dii-sept,  travaillaient  ensemble  dans  le  voisinage.  fiellfieM 
Citant  plaint  de  la  soif,  Boardman  Temmena  vers  une  petite 
sonrcesitaée  à  quelque  distance.  On  les  vit  partir  tous  deux  el 
disparaître:  le  premier  seul  revint;  lorscpi'on  lui  demanda 
et  qa'il  avait  bit  de  son  camarade,  il  répondit  que  celui^ 
|[?ait  pris  la  clef  des  ebamps.  Boardroan  fut  donc  noté  commd 
désertear.  Deux  ou  trois  jours  s'écoulèrent,  au  bout  desqueb 
m  kooHDe  qui  coupait  des  genêts,  crut  entendre  des  gémisse^ 
Heats  étouflës;  il  se  dirigea  du  cMé  d'où  ces  plaintes  paraîa^ 
saieat  s'élever.  Plus  il  marchait,  plus  elles  frappaient  distnio^ 
fement  son  oreille,  tant  qu'enfin,  au  pied  d'un  gomnAer 
l^gantesque,  il  trouve  un  malheureux  couvert  de  sang  cailtAr 
et  de  mouches  que  ses  plaies  avaient  attirées.  Il  appelle  ania^ 
^lAi  da  secours  et  s'empresse  lui-même  d'aller  puiser  ds 
Peai  fraîche  à  la  source  voisine  pour  laver  la  bouche  et  te 
visage  de  cet  infortuné  et  en  6ter  la  vermine  qui  y  pullnlaîL 
Cètait  Boardman,  mais  défiguré  au  point  que  son  sauveor 
ie  le  reconnut  pas  d'abord.  Transporté  à  l'hôpital,  il  recoin 
ffà  assez  de  forées  pour  désigner  son  assassin.  Il  raconte 
9>'en  arrivant  à  la  source,  il  avait  été  assailli  par  Bellfieié 
sans  provocation  aucune,  chargé  de  conps  à  la  tète  et  text» 
tersé.  Le  bâton  dont  le  meurtrier  )e  frappait  ayant  cassé,  ce* 
hi^  en  prit  un  autre,  puis  il  kn  enfonça  son  couteau  dna 
)eee«. 

Boatdmafii  languit  éa«B  Thôpita)  jusqu'au  2  janvier,  épé» 
^fie  i  laquelle  il  mourut  des  suites  de  ses  blessures.  Quant 
ai  meurtrier,  A  M  renfermé  dans  la  geôle  de  Uobert-Towi»^ 
paiiexécalé^Lovaque  noua  visitâmes  la  prison  de  Port-Artbur^ 
i  y  était  encore.  II  avait  Tatr  d'un  bon  jeune  homme  :  sea 
Mts  étaient  agréd>leaet  ne  reapiraient  nullement  la  fièroeité;' 


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26i  EXCURSION  A  PORT-ARTHUR. 

Il  n'essaya  même  pas  de  nier  son  crime.  Interrogé  sur  les 
motifs  qui  Ty  avaient  poussé,  il  n'en  voulut  indiquer  aucun. 
Peut-être  n'y  en  avait-il  pas  d'autre  qu'un  de  ces  inexplicables 
transports  auxquels  certaines  constitutions  sont  sujettes. 

Une  grande  activité  régnait  dans  le  dock.  Une  foule  d'ou- 
vriers travaillaient  au  radoub  de  la  Favorite.  D'autres  étaient 
employés  aux  préparatifs  nécessaires  pour  lancer  à  l'eau  la 
chaloupe  canonnière  lady  Franklin.  Ce  petit  bâtiment  de 
dix-huit  tonneaux  a  des  proportions  élégantes;  il  est  disposé 
pour  porter  un  long  canon  de  32.  Nous  vîmes  aussi  sur  le 
chantier  un  cutter  de  100  tonneaux.  Nous  montâmes  â  bord 
de  la  Favorite:  c'est  un  navire  de  kSO  tonneaux,  armé  de 
18  caronades  et  pourvu  d'un  équipage  d'élite.  De  là  nous, 
visitâmes  ce  qu'on  appelle  à  Port-Arthur  les  jardins  du  gou- 
verneur. L'emplacement  est  admirable,  le  pinceau  peut  le 
représenter,  la  plume  ne  saurait  le  décrire.  De  ce  point  l'œil 
embrasse  un  horizon  où  se  mélangent  les  eaux  de  la  baie,  les 
vallées,  les  forêts,  les  montagnes  de  l'intérieur.  Qui  peut  dire 
ce  que  l'avenir  réserve  à  cette  terre  enchantée?  Lorsqu'elle 
aura  cessé  d'être  un  réceptacle  de  criminels,  peut-être  que 
sur  ces  eaux  limpides  vogueront  d'élégants  steamers  chargés 
de  passagers  ;  peut-être  que  cette  baie  qui  se  creuse  gracieu- 
sement deviendra  un  port  de  la  plus  grande  importance,  le 
Plymouth  des'  mers  du  sud  I  Un  tel  résultat  n'aurait  rien 
d'étonnant.  Où  trouverait-on  ailleurs  un  ancrage  plus  s&r,  on 
port  plus  spacieux  et  d'un  accès  plus  facile,  des  bois  de  con- 
struction plus  abondants? 

Le  lendemain  matin,  le  commandant  nous  mena  à  la  station 
préparatoire  de  Flinders-Bay;  c'est  une  des  nombreuseséchan- 
crures  de  la  baie  de  Norfolk.  Nous  y  allâmes  par  cette  même 
chaussée  que  nous  avions  suivie  pour  nous  rendre  â  Port- 
Arthur,  et  sur  laquelle  le  capitaine  Booth  a  établi  ses  rails  en 
bois.  La  station  de  Flinders-Bay  est  tout  nouvellement  orga* 
nisée.  M.  Smith  en  a  la  direction.  Pour  maintenir  dans  le 
devoir  les  deux  cents  convicts  qui  lui  sont  confiés,  on  a  placé 
sous  ses  ordres  un  sergent  et  douze  soldats  du  96*  régiment. 


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EXCURSIOX  A  POBT-ARTBUR.  2A5 

Tout  ce  inonde  est  logé  sous  des  huttes  faites  d*écorce  ;  mais 
on  en  constmit  d'autres  qui  seront  en  pierre ,  ainsi  que  des 
cottages  destinés  aux  principaux  employés ,  par  exemple  au 
cbirargien,  au  catéchiste,  etc. 

Uoe  station  préparatoire  ou  d'épreuves  est  gouvernée  par 
un  surintendant,  deux  sous-intendants  et  des  inspecteurs 
plas  ou  moins  nombreux,  suivant  la  localité;  aucun  de  ces 
employés  ne  doit  être  pris  parmi  les  déportés.  On  leur  adjoint 
un  catéchiste,  un  chirurgien  et  quelques  soldats.  De  plus,  on 
place  entre  deux  stations  voisines  un  magistrat  qui  a  mission 
de  les  visiter  tour  à  tour.  On  occupe  les  déportés  à  bâtir  des 
maisons,  à  tracer  des  routes,  à  construire  des  ponts,  à  foire 
des  défrichements,  des  terrassements,  enfin  à  cultiver  la  terre. 
Lorsque  le  terme  des  épreuves  est  accompli,  les  hommes  dont 
on  est  content  sont  conduits  à  Ttle  Slopen,  et  de  là  on  les 
dirige  sur  divers  points  de  la  colonie. 

Comme  je  l'ai  dit,  la  station  de  Flinders-Bay  est  un  éta- 
blissement nouvellement  formé.  Les  déportés  qu'il  renferme 
sont  employés  à  brûler  ou  à  couper  les  arbres  dont  la  terre 
est  couverte,  et  à  élever  pour  eux-mêmes  des  habitations. 
L'emplacement  est  bien  choisi  ;  les  sources  y  abondent;  le  sol 
paraît  pierreux  et  peu  fertile,  cependant  il  est  susceptible  de 
s'améliorer  par  la  culture.  Une  situation  heureuse  compense 
souvent  la  stérilité  de  la  contrée,  et  certes,  cette  colonie,  sous 
le  rapport  de  la  position,  n'a  rien  à  désirer. 

Notre  inspection  achevée,  nous  nous  dirigeâmes  par  mer  vers 
le  CoU'de4'Àigle;  on  appelle  ainsi  un  isthme  sablonneux  qui  a 
un  quart  de  mille  de  longueur  et  trois  cents  pas  de  largeur. 
Des  sentinelles  y  veillent  nuit  et  jour,  et  pour  plus  de  sécurité 
on  a  hérissé  l'isthme  d'une  ligne  de  chiens  très-féroces  qui  sont 
postés  à  quelque  distance  les  uns  des  autres.  Ces  chiens 
reçoivent  régulièrement  leur  ration  du  commissariat.  Pendant 
les  ténèbres  on  allume  des  lampes  ;  enfin  toutes  les  mesures 
sont  mises  en  pratique  pour  déconcerter  les  tentatives  d'éva- 
sion que  pourraient  faire  les  détenus.  Grâce  à  cette  précaution 
l'isthme  du  Cou-d' Aigle  est  comme  la  clef  de  la  péninsule  de 


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SI66  EXGUHSIOK  A  PORT-ARTHUl. 

Tasmante.  Il  existe  aussi  une  clef  semblable  pour  la  pénin-* 
sole  de  Forester  :  c'est  le  Cou  de  la  baie  oriéntaie.  Cette  cir* 
constance  singulière  fait  que  les  deux  presqu'îles  dont  it 
s'agit  paraissent  avoir  été  créées  pour  Tusage  auquel  on  le» 
enploie. 

Les  détail»  savent  que  la  fuite  leur  est  impossible,  que  Ut 
BKiiiMire  iq)pttreaee  de  fumée  tmbirait  le  lieu  de  leur  retraite^ 
et  qu'à  un  signal  transmis  de  colline  en  colline  toute  la  gar^^ 
nisoB  serait  à  leur  poursuite;  ils  sarent  qu'ils  n'ont  aueutt 
espoir  de  tromper  la  vigilance  des  gardes,  hommes  ou  chiens^ 
qui  défiendent  le  passage  des  deux  isthmes.  Tenter  ce  passage 
de  vive  force,  ce  serait  une  témérité  insensée.  Traqués  d« 
tous  c6lés,  n'ayant  ni  provisioiiSy  ni  eau,  ni  feu,  il  ne  leur 
resterait  d'autre  alternative  que  de  périr  de  feim  ou  de  aê 
fendre. 

Ces  diverses  considérations  ont  sans  doute  motivé  et  et* 
pliquent  le  choix  que  l'on  a  foit  des  presqu'îles  de  Tasraan  et 
de  Forester  pour  recevoir  des  déportés.  La  première  com^ 
prend  une  surfece  de  40,000  acres;  la  seconde  de  15,000.  Lii 
moitié  de  cette  étendue  est  en  bonnes  terres,  dent  quelques^ 
unes  sont  de  première  quaKté.  Bès  que  les  presqu'îles  en  que»* 
lion  auront  cessé  d'être  un  lieu  de  déportation,  ces  terre»  sch 
tout  avidement  recherchées  par  les  spéculateurs,  coupéet 
eomme  elles  sont  déjà  par  des  cours  d'eau  et  traversées  comme 
elles  le  seront  par  de»  routes  qui  en  doubleront  la  valeur. 
C'est  dans  la  presqa'tle  de  Forester  que  \t  capitaine  Booth  a 
ftiiUi  périr,  il  7  a  trois  ans.  Youlant  examiner  et  connaftre 
riniérieur  du  pays,  il  s'engagea  dan»  des  fourrés  tellemenC 
épais,  tellement  hérissés  de  ronces  et  d'épines,  qu'il  lui  faî 
impcMJbte  de  se  frayer  un  passage  et  de  se  dégager.  Il  son-* 
gea  à  allumer  du  feu  ;  mais  la  batterie  d'un  de  se»  pistolets  stf 
eassa,  et  l'amoreede  l'antre  était  devenue  trop  humide.  Dan» 
cvtle  situation  embaf  rassonte,  il  prit  le  parti  de  »'étendro 
|W  terre,  et  il  »'endonnft.  Lorsqu'il  se  réveilla,  il  était  fra«»l 
de  froid.  Ses  jambe»  engourdies  refusaient  de  le  porter,  et 
fépuîsemefft  de  ses  forces  M  était  tool  moyen  de  travailler 


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EXCURSION  A  PORT-AmTHtm.  2OT 

à  sa  délivrance  :  H  essaya,  maïs  vainement,  de  s'ourrir  ns 
passage.  l\  resta  quatre  nuits  et  quatre  jours  dans  cette  es- 
père de  prison,  dévoré  par  la  soif  et  par  la  faim;  l'espoir  Ta- 
fait  abandonné  :  Textrémîté  de  ses  pieds  se  gangrenait  :  une 
mort  affreuse,  une  lente  agonie  semblait  lui  être  réservée.  En 
ee  moment  les  cris  de  ses  compagnons,  qui  étaient  A  sa  re^ 
ciierche,  retentirent  à  ses  oreilles;  mais  il  était  trop  abattu  pouf 
leur  répondre  et  se  faire  entendre  d*euic.  Ce  secours  qtii  lui 
arrrrait  dans  une  telle  détresse  et  dont  il  ne  pouvait  profiter 
paraissait  être  une  cruelle  dérision  du  destin.  A  la  fin,  deui 
ehiens  qu*il  avait  dressés  lui-même  pour  chasser  le  kangarott 
découvrirait  l'endroit  o&  il  était  couché,  et  par  leurs  aboi^ 
ments  ils  attirèrent  en  ce  lieu  les  gens  de  sa  suite.  Ce  fut  ainsi 
qu'il  échappa  à  la  mort;  mais  les  souflFrances  cpi'il  avait  en* 
durées  avaient  altéré  sa  constitution,  et  il  eut  beaucoup  de 
peine  à  se  rétablir. 

Nous  fttmes  reçus  de  la  manière  la  plus  cordiale  par  H.  Wil* 
son ,  officier  du  96*,  et  qui  commande  le  poste  du  CoimI»- 
V Aigle,  ^ous  visitâmes  avec  lui  cet  isthme  sablonneux,  dont 
Feifrémîté  est  baignée  par  Tocéan  Pacifique,  et  oà  se  creuse 
me  petite  baie  nommée  bah  du  Pirate.  Les  hauteurs  qui  M 
dominent  présentent  à  leur  base  une  curiosité  naturelle,  ex* 
MnemenI  remarquable.  Qu'on  se  figure  plusieurs  coucbetf 
de  rodiers  superposés  et  affectant  les  formes  les  plus  variées. 
Kf  en  a  de  longs,  il  y  en  a  de  carrés,  de  triangulaires,  etc.  ; 
tous  sont  joints  avec  une  régularité  parfaite.  Ces  roches 
fevrniraient  un  pavé  excellent  ;  je  ne  doute  pas  qu'elles  ne 
mÀmi  un  jour  l'orgueil  de  la  Tasmanie,  de  même  que  leu 
lies  de  StafiEa  et  de  Causeway  sont  l'orgueil  de  TÈcosse  el 
dellrlaode.  le  dirai,  et  ce  n'est  point  un  médiocre  compli* 
ment,  que  les  rochers  et  les  promontoires  de  la  baie  du  Pirate 
égalent  en  pittoresque  ceux  de  la  côte  d'Antrhn. 

En  retournant  à  la  demeure  du  capitaine  Booth  ,  noue 
têmes  une  idée  de  la  vitesse  que  l'on  peut  olrtenir  sur  le 
chemin  en  bois  dont  j'ai  déji  perlé.  La  distance  d'un  mille  ef 
demi  que  nous  avions  à  franchir  fut  parcourue  à  raison  de 


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368  EXCURSION  A  PORT-ARTHUR. 

quarante  milles  par  heure.  Lorsqu'on  s'embarque  sur  le  che- 
miuy  il  faut  s'armer  de  courage  ;  car  une  fois  que  les  wagons 
sont  lancés,  rien  n'est  préparé  pour  les  retenir  et  les  arrêter; 
la  moindre  obstruction,  le  moindre  obstacle  occasionnerait 
de  graves  accidents.  Les  officiers  de  la  frégate  française  TAr- 
téndse  se  sont  extasiés,  m'a-t-on  dit ,  sur  la  rapidité  prodi- 
gieuse avec  laquelle  on  descend.  Cela  leur  rappelait,  mais  en 
grané,  les  montagnes  russes  de  Paris. 

Pendant  la  nuit  de  mercredi  à  jeudi ,  le  vent  a  soufBé  avec 
force;  il  a  fait  une  espèce  de  tempête;  mais  le  lendemain,  le 
soleil  s'est  levé  dans  un  ciel  pur,  et  la  matinée  a  été  d'an 
calme,  d'une  suavité  qu'on  ne  saurait  rendre.  Certes,  quelque 
désagréable  que  puisse  être  le  séjour  de  Port-Arthur  pour 
les  malheureux  qui  sont  condamnés  à  y  vivre ,  ce  n'en  est 
pas  moins  un  pays  charmant  :  nous  y  trouvâmes  le  eamfort 
nécessaire,  et  même  le  luxe.  Les  chefis  de  la  colonie  nous 
prodiguèrent  des  soins ,  des  attentions  qui  n'avaient  rien 
d'afiecté,  et  qui  doublaient  à  nos  yeux  le  prix  de  leur  bos* 
pitalité. 

Nous  résidâmes  cinq  jours  à  Port-Arthur.  Tout  ce  que  nous 
y  vtmes  nous  confirma  dans  cette  idée ,  que  le  but  de  l'é- 
tablissement est  éminemment  moral  et  humain.  La  discipline 
qu'on  y  observe  est  sévère  et  même  rigoureuse  :  la  nécessité 
l'ordonne  ainsi.  Aucun  délit,  fAt-K^e  le  plus  léger,  ne  reste 
impuni.  Mais  une  enquête  minutieuse  précède  toujours  le 
châtiment;  enfin  l'on  s'efforce  de  faire  comprendre  au  coupa- 
ble  que  ce  châtiment  ne  lui  est  point  arbitrairement  infligé 
par  caprice  ou  par  tyrannie,  et  que  c'est  la  suite  inévitable  de 
sa  feute. 

Autant  que  possible,  les  déportés  sont  classés  et  séparés  par 
escouades  de  manière  à  être  assortis.  En  mettant  le  pied  sur 
la  colonie,  ils  sont  fouillés  avec  soin,  de  peur  qu'ils  ne  gar- 
dent de  l'argent  ou  du  tabac.  Alors  on  leur  fait  la  lecture  du 
règlement  auquel  ils  vont  être  assujettis  et  on  leur  en  explique 
toutes  les  particularités  :  après  quoi  on  les  conduit  à  l'hôpi- 
tal, et  là  ils  sont  visités  par  le  médecin.  D'après  le  rapport 


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EXCURSION  A  POBT-ARTHUR.  S69 

de  celai-ci,  une  tâche  proportionnée  à  la  vigueur  de  chacun 
leur  est  assignée.  Les  hommes  reconnus  faibles  ou  invalides 
sont  employés  à  briser  la  pierre.  Les  convicts  dont  la  peine 
expire  ou  qui  se  distinguent  par  une  bonne  conduite  sont  oc- 
cupés à  des  travaux  moins  fatigants.  Les  nouveaux  débar- 
qués passent  la  nuit  dans  des  espi^ces  de  cachots»  et  cela  pen- 
dant une  période  de  temps  plus  ou  moins  longue,  selon  la 
nature  de  leur  crime  ;  pour  ceux  qui  se  sont  évadés  et  qu'on 
ramène,  cette  période  est  double. 

L'escouade  qui  est  astreinte  aux  plus  dures  fatigues  est  celle 
des  porteurs  ;  elle  est  quelquefois  composée  de  soixante  à 
soixante-dix  individus.  Ces  malheureux  charrient  sur  leurs 
épaules  d'énormes  poutres  qu'ils  vont  chercher  dans  les  forêts 
et  qu'ils  déposent  dans  le  dock.  Après  eux  viennent  les  ou- 
vriers du  dock,  dont  la  condition  n'est  guère  plus  douce.  Ils 
demeurent  souvent  plongés  dans  l'eau  jusqu'au  cou  pour  re- 
tirer les  pièces  de  bois  qu'il  s'agit  de  transporter  à  l'arsenal  ; 
car  on  ne  souffre  à  Port-Arthur  et  dans  les  stations  d'épreuves 
aucune  bète  de  somme  :  ce  sont  les  convicts  qui  remplissent, 
l'office  de  chevaux,  de  bœufs,  de  mulets. 

Une  de  ces  escouades  est  composée  d'hommes  chargés  de 
laire  la  chaîne.  Ils  voiturent,  en  se  les  passant  de  main  en  main, 
les  pierres,  le  bois  de  chauffage,  les  baquets  d*eau.  Les  dé- 
tenus qui  ont  cherché  plusieurs  fois  i  s'évader  sont,  comme 
dans  les  bagnes  français,  mis  aux  fers  :  de  plus,  on  les  attache 
à  une  chaîne,  et  on  les  force  de  casser  de  la  pierre.  Chaque 
semaine  le  médecin  feit  une  inspection  générale.  Pour  la  su- 
bir, les  déportés  se  dépouillent  de  leurs  vêtements  jusqu'à  la 
ceinture.  Ceux  d'entre  eux  dont  les  muscles  annoncent  de  la 
foUgue  ou  de  l'épuisement  sont  mis  à  un  régime  moins  dur 
ou  soignés  à  l'hôpital. 

Outre  les  escouades  déjà  citées,  il  y  a  celles  des  scieurs  de 
long,  des  fendeurs  de  bois,  des  maçons,  des  défricheurs, 
des  jardiniers,  des  arroseurs,  des  bateliers,  des  terrassiers. 
Tons  les  métiers  ont  leurs  représentants.  Une  demi-heure 
avant  la  revue,  on  suspend  un  ballon  à  l'un  des  bras  du 


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9f70  EXCDHSIOlf  ▲  PORT-ARTHUR. 

sémaphore.  À  ce  signal,  les  convicts  qui  travaillent  dans  les 
champs  doivent  rentrer  à  leurs  quartiers*  Quiconque  s'absente 
est  considéré  comme  déserteur.  Le  capitaine  Booth  a  singii- 
Uèrement  perfectionné  le  système  télégraphique.  Les  messages 
s'échangent  entre  Hobart-Town  et  Port- Arthur  avec  une 
vitesse  surprenante,  bien  que  la  distance  soit  de  cinquante 
milles  en  ligne  droite.  Ce  sont  des  convicts  qui  senreni  de 
courriers.  Au  moindre  sujet  de  plainte  on  leur  retire  leurs 
fonctions  ;  mais  si  elles  étaient  confiées  à  des  soldats  libérés 
du  service  et  auxquels  on  allouerait  une  rétribution,  le  sys- 
tème du  capitaine  Booth  serait  beaucoup  plus  efficace,  et  les 
déportés  fugitifis  seraient  aussitôt  découverts  et  repris.. U  fau- 
drait aussi  que  ce  système  fût  appliqué  sur  toute  l'étendue  de 
la  colonie. 

J'ai  oublié  de  mentionner  une  manufecture  où  Ton  confee- 
tionne  des  briques»  des  tuiles,  des  faîtières,  des  pots  à  fleurs, 
et  autres  articles  du  même  genre.  La  qualité  de  l'argile  étant 
supérieure  à  Port-Arthur,  on  pourrait  y  établir  une  poterie 
dont  les  produits  auraient  une  très^graade  valeur  et  rivalise- 
raient avec  ceux  des  poteries  les  plus  estimées.  la  sianu- 
£aicture  en  question  fournit  assez  de  briques  pour  les  besoins 
de  la  colonie;  elle  en  exporte  même  une  quantité  considérable 
i  Hobart-Town,  pour  le  compte  du  gouvernement  aussi  bien 
que  pour  celui  des  particuliers. 

Port-Arthur  fut  fondé  en  1830  par  le  colonel  Arthur,  qui  y 
établit  une  station  d'essai.  Le  docteur  Russell,  aide-chirur- 
gien attaché  au  63"*  régiment,  fut  envoyé  en  ce  lieu  avec  le 
double  titre  de  médecin  et  de  commandant.  On  lui  confia  seise 
i  dix-sept  déportés.  L'emplacement  de  Port-Arthur  fut  tout 
d'abord  choisi.  Le  nouvel  établissement  passa  tour  a  tour 
sous  l'administration  du  capitaine  Mahon,  du  major  Briggs 
et  du  capitaine  Gibbons,  et  il  ne  cessa  de  se  développer.  Ce 
fut  en  1833  que  le  commandant  actuel  fut  nommé  à  ce  poste 
difficile,  et  après  neuf  années  il  a  fait  preuve  d'une  intelli- 
gence, d'une  capacité,  d'un  esprit  de  justice  et  d'entreprise 
qu'on  ne  saurait  trop  admirer.  Grâce  à  lui  la  colonie  est  un 


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BXCURSIO!!  A  PORT-AmTHrR.  3ffi 

objet  d'étonnement  ponr  les  étraiie[crs,  de  même  cpie  rétablis- 
sèment  de  Port-Arthur  est  un  objet  d'étonnement  pour  le 
petit  nombre  de  colons  qui  Font  visité. 

r»  parlé  déjà  de  son  église;  mais  je  n'ai  rien  dit  de  sa 
caserne,  qui  est  construite  en  pierres  de  taille  et  qui  peut 
contenir  une  centaine  d'hommes.  L'entrée  est  surmontée 
d'nne  tour  crénelée  qui  commande  tout  l'édifice.  De  là  on 
passe  dans  une  cour  spacieuse  au  bout  de  laquelle  est  une 
esplanade»  et  Ton  arrive  enfin  au  bâtiment  principal.  II  est 
question  de  construire  un  nouvel  hApital  sur  la  même  ligne 
que  la  caserne  et  d'après  le  même  plan.  II  s'agit  aussi  d'élever 
un  nouveau  pénitencier.  En  attendant,  les  rues  que  Ton  trace 
sont  tirées  au  cordeau  ;  les  édifices  et  les  maisons  sont  alignés 
avec  soin.  Jusqu'au  milieu  des  préoccupations  du  présent, 
on  prévoit  et  l'on  prépare  l'avenir  ;  et  si  jamais  Port-Arthur 
devient,  comme  tout  semble  l'annoncer,  un  vaste  et  riche 
arsenal,  on  appréciera  alors  le  zèle  et  la  prudence  du  capi- 
taine Booth.  Port^Arthur  a  frappé  d'admiration  tous  ceux  qui 
Vont  vu;  moi-même,  qui  suis  familier  avec  les  colonies  de 
déportation,  j'ai  été  étonné  à  l'aspect  de  celle-là.  Nulle  part 
ailleurs  je  n'avais  rencontré  ces  édifices  bâtis  en  pierres,  ces 
cottages  élégants  et  commodes,  ces  vastes  ateliers,  ces  jardins 
lûen  cultivés,  toutes  ces  ressources  et  t<ius  ces  agréments  de 
h  driliaatioa  ;  et  pourtant  ce  lieu  enchanté  est  l'image  d'une 
pomme  venMiHe  qui  est  gâtée  au  cœur.  C'est  le  réceptacle 
d'une  population  de  criminels  qœ  la  mère-patrie  rejette  de 
son  sein.  Amender  cette  population,  la  convertir  à  des  mœurs 
régulièrfs,  tel  est  l'objet  insmédiat  que  l'on  se  propose;  mais 
fii  éloigné  qu'il  soit,  un  jour  viendra  oi  ce  lieu  de  détention. 
Cl»  ateliers  de  déportés,  cette  école  d'enfants  condamnés  pour 
roi,  se  cèangeront  en  un  établissement  militaire»  en  un  port 
libre  et  commerçant. 

Je  sais  que,  à  propos  de  l'utilité  des  colonies  pénitentiaires, 
on  a  beaucoup  écrit,  beaucoup  discuté.  Je  ne  prétends  point 
jne  constituer  ]uge  de  cette  question  :  je  dirai  seulememl 
qu'en  moins  de  quarante  années  les  convicts^  pionniers  infii- 


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272  EXCUBSION  A  PORT-ARTHCB. 

tigables,  ont  avancé  merveilleusement  la  culture  et  la  coloni- 
sation de  la  terre  de  Van-Diemen.  En  soixante-dix  ans,  la 
Nouvelle-Galles  du  sud  a  dû  au  même  genre  de  travailleurs  les 
mêmes  succès  ;  si  ces  deux  pays  avaient  été  livrés  à  des  colons 
libres,  il  leur  eût  fallu  le  double  de  temps  pour  arriver  au 
degré  où  ils  sont  déjà  parvenus. 

Je  dirai  encore  que  ce  moyen  de  débarrasser  la  mère-patrie 
d'une  foule  d'hommes  dangereux  est  le  plus  convenable,  le 
plus  facile,  le  plus  moral,  et  j'ajouterai,  pour  TAngleterre,  le 
moins  coûteux  de  tous.  A  mes  yeux,  c*est  un  moyen  légitime. 
Dans  un  autre  article  j'ai  tenté  de  démontrer  les  avantages 
qui  résulteraient  pour  nous  de  la  colonisation  des  fies  Fal- 
kland  par  des  convicts.  Je  sais  que  les  vues  développées  dans 
cet  article  ont  obtenu  l'approbation  du  gouvernement,  et  que 
Certaines  mesures  préliminaires  ont  été  prises.  Quant  aux 
raisons  que  je  donne  pour  coloniser  ces  lies,  je  les  récapi- 
tulerai brièvement.  D'abord  le  droit  qu'a  l'Angleterre  de  s'en 
emparer  est  incontestable  (1).  Elles  sont  d'une  extrême  im- 
portance comme  station  navale,  et  peuvent  être  comme  un 
autre  Gibraltar  qui  fermerait  l'océan  Pacifique.  Elles  ne  ren- 
ferment point  de  population  indigène  qu'il  faudrait  dépos- 
séder. On  y  compte  trente  mille  tètes  de  gros  bétail,  sans 
parler  d'une  quantité  infinie  de  porcs,  de  chèvres,  etc.  Les 
ports  y  sont  nombreux  :  on  y  trouve  de  la  houille  en  abon- 
dance. La  pèche  de  la  baleine  et  la  pèche  blanche  y  offriraient 
de  grands  profits.  Cet  archipel  se  compose  de  quatre-vingt- 
dix  îles  ou  îlots,  ce  qui  faciliterait  beaucoup  la  classification 
et  le  partage  des  déportés.  Enfin,  et  c'est  là  une  considération 
décisive,  les  lies  Falkland  sont  moitié  moins  éloignées  que 
l'Australie  ;  par  conséquent,  ce  qu'il  en  coûte  pour  trans- 
porter un  criminel  à  la  terre  de  Van-Diemen  suffirait  poiu*  en 
transporter  deux  aux  îles  Falkland. 

(i)  NoTB  DD  PiRECTEim.  Cependant  le  gouvernement  deBuënos-Ayrei, 
héritier  des  droits  de  l'Espagne  à  qui  appartenaient  ces  Iles,  ne  cesse  de 
protester  contre  les  vues  des  Anglais. 


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BXCUMIOir  A  POBT-AETHUB.  273 

Noos  dtmes  adiea  i  Port^Ârthar,  et  après  une  courte  et 
trè*  agréable  trarenéet  nous  arrivâmes  à  la  Coicade.  C'est 
«De  station  d'épreure  nouvellement  formée.  Il  y  avait  cinq  ou 
six  semaines  qu'on  y  avait  établi  quelques  constables  et  vingt* 
cinq  déportés.  Ces  derniers  sont  aujourd'hui  au  nombre  de 
cinquante.  Ce  que  j'ai  dit  de  la  baie  de  Flinders  s'applique 
exactement  à  la  Cascade.  Là  manière  de  vivre,  les  règlements, 
les  travaux,  sont  les  mêmes  pour  toutes  les  stations.  Là  Cas- 
cade est  une  jolie  localité;  le  sol  y  est  extrêmement  riche;  il 
fournit  de  beaux  bois  de  construction,  et  il  est  bien  arrosé. 

De  la  Cascade,  nous  nous  rendîmes,  en  longeant  la  c6te,  i 
Imfrtanon-Bay  ,  qui  en  est  à  cinq  milles  de  distance.  Cette 
station  est  plus  considérable,  plus  peuplée  (elle  contient 
cent  déportés],  et  dans  un  état  d'exploitation  plus  avancé  que 
la  précédente.  Trois  mois  ont  suffi  pour  défricher  et  cultiver 
une  vaste  étendue  de  terrain,  élever  plusieurs  maisons  et  édi- 
fices, tracer  une  route  et  construire  une  jetée  qui  est  presque 
finie.  C'est  là  que  j'ai  trouvé  le  cbartiste  Frost,  dont  le  gendre, 
Geach,  est  à  Salt-Water  Creek.  Celui-ci  était  malade  dans 
Thôpital,  confié  aux  soins  de  mon  savant  ami  le  docteur 
Agnew.  Je  dirai  tout  à  l'heure  mon  entrevue  avec  le  beau- 
père  ;  mais  le  gendre  n'ayant  témoigné  aucun  désir  de  me 
voir,  je  ne  cherchai  pas  à  l'importuner  de  ma  visite. 

Nous  visitâmes  ensuite  la  Criqfu  de  VEau  iolée.  C'est  une 
station  importante,  pourvue  d'un  vaste  pénitencier,  qui  peut 
recevoir  quatre  cents  détenus,  et  d'une  caserne  pour  un  ser* 
^nt  et  treize  soldats.  Le  personnel  des  officiers  et  des  em- 
ployés y  est  au  complet.  Il  y  a  dix  mois  seulement  qu'elle  a 
été  fondée,  et  dans  ce  court  espace  de  temps,  la  masse  des 
travaux  que  l'on  a  exécutés  est  véritablement  extraordinaire. 
Nous  vîmes  cinquante  acres  de  terre  excellente  dans  un  état 
de  culture  parfait.  Le  sol  est  très-fertile.  On  ne  se  sert  pour 
le  labourage  que  de  la  bêche  :  si  l'ouvrage  n'avance  pas  vite, 
du  moins  il  est  bien  foit. 

Beaucoup  de  gens  sont  partisans  du  système  des  colonies 
pénitentiaires  et  réprouvent  celui  des  stations  d'épreuves  i 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XI,  18 


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SA  EXCBBaiM  A  PMT- 

Je  atia  pennadé  c|iie  ceux  cfui  décrient  ce  ienner  gem  dPé- 
tablissemettt»  ignorent  de  qMKlkr  naniève  ih  soat  < 
Leur  opinmi  né  le  fonde  evr  amn»  fait»  U»  rëpèieirt^  i 
douter  deepre«ve»à  l'appin,  qee  le  ejyevr  de»  i 
ces  statiew  d'éfteewe  n'est  pvofitaUe  ni  i  la  ootooie  mî  i 
enxT-mèmes^;  ({a'Us  se livmt  à  fai paresse  ei  an.  désoidve;  qfse^ 
rassemblés  e»  grand  nenbre  aor  ua  mèoïc  poiot,  ils  •*€■»- 
ieal  nmiaeilsiieiri;  an  crime,  et  adiènreni  de  se  oorrenapie; 
que  si  le  systène  de  Yamiçnment  élaât  adopté,  ^est-è-dim  si 
les^  eonticta  étaient  dispersés  daas  Fintèneor  des  terres^  cft 
eonfiésà  dsspluieiics  ipn âwraieBA  surasK  nne  aatoiité  flli- 
mitée^  ik  fendent  avec  le  temps  de  bons  servitearsy  de  boas 
ceianierçanis  :  tout  cela  peat  être  rrai»  maÎB  îl  reste  à  décider 
kqiAestioa  de  savoir  si  le  système  des  slatiems  d'épreaves  esl 
en  non  contraire  à  ce  bot. 

Quoi  qu'il  en  aeit,  le»  résultats  obten»  sont  immenses  aa 
point  de  rue  de  Viniérèt  commercial  et  politique  delà  GraBde* 
Bretagne.  Ses  cokmiee  pénitentiaires  lit  ouvrent  de  pnédeaz 
débouchés,  et  de? iennent  des  postes  maritimes  d'une  inapor* 
tance  incontestable.  Avant  que  la  péninsule  de  Tasman  iùk 
UA  lieu  de  déportation,  elle  était  i  peine  connue;  on  n'en 
soupçonnait  point  les  avaatages,  on  la  croyait  hérissée  de 
forêts  épaisses,  au  milieu  desquelles  il  était  datt^oremc  de  s*i^ 
vcAturer*  Aujourd'hui,  ette  voit  s'élerev  quatre  stati<ui8  flo- 
rissantes, que  dee  routes  vont  bientôt  relier  entre  elles.  Oa  y 
construit  des  mMes  pour  abrite  les  vaisseaux;  on  perce  les 
forêts,  ou  défridie  le  sol  :  encore  quelques  amiées,  et  la  nu- 
manie  produira  de  riches  moissons,  et  elle  lendra  à  la  mèi^ 
patrie  le  emstuple  ée  ce  qu'elle  en  reçoit  maintenanl. 

Nous  terminâmes  notre  excursion  par.  une  visite  aux  mi* 
nés  de  houUle.  dette  station  renfearme  un  très*graiid  péniten* 
der,  auquel  on  va  ajouter  de  nouvelles  constructions.  Il  y  a 
aussi  une  caserne  pour  trente  soldats,  une  habitation  pew  les 
officiers,  un  commissariat,  et  plusieurs  autres  édifices  en 
pierres  de  taille.  Le  paysage  aux  environs  est  magnifique. 
Nous  débarquâmes  à  sept  heures  du  soir.  Le  lendemain,  je 


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àettemàÊÊ  An»  h  ]Niitoai^tel0  t^ikàtne  Bo«lli.  Ce  poRs  H 
cfoqvaiiteHkttT  pas  de  prvCDfldêtMr.  L*  nmchiiie  a»  moyeir  de 
laquelle  nous  opérâmes  notre  descente  était  nne  en  «imi^^ 
BMt  fnr  cfes  détMiiift  eoiidta— 4ii  à  ce  tiviriil.  iTn  seul  ctmp 
de  couteau  eût  suffi  pour  trattebet  te  coMle?  flialinoMii^app»^ 
kMdKon»  rk«  de  semblabici,  M  actes  de  cnia«cé  étant  fort 
nrMpaTinileice<irrkt9,Latcff0a  ACè  ctMiée  è  cent  dii  pM 
deprefondfeui,  àpâr^dte  rorifie«  dvpvll» prliielpat.  A  droite 
et  à  gauche  s'étendent  les  excavations.  La  ^oMe  *  qnaCM 
pieds  aiiehî»del(aat.  La  qaaRlé  de^la  iMPdlle  que  Teii  eitndt 
db  cette  ifliae  poMfieipe  phis  de  Vantliracile  qoe  dto  biftiaie; 
elle  est  très-sujette  à  se  rompre,  nais^  elle  dofUwunecMeiir 
eitrémenieDt  interne.  Le  travail  des  mnies  est  considéré 
comme  la  punition  la  plus  sévère  pour  les  déportés. 


X.  S.  y  ai  cîlè  daaa*  cejounial  qaelqii»  dépertéa  chatfiîiisa;. 
msôs  j*ai  réservé  ibool  poaVscriptaai  pour  le  irias  célèbte  dv 
tafls,li.  Froaft^le  dHfdeFia6uirffectioii4iipaj<»de  Galks,  le 
J9gt  de  paix  d»  la  noarâiatimi  de  lofd  John  RaMeli.  C'est  à 
layiiaiMiB  tàfqaefat  ym  M.  Froai;  forais  promis  de  le  von 
en  fiusant  mes  adieftxà  nn  mien  ami  d'Aagleterre,  hemoM 
d'«Bcertaia  taong  ei  d^nae  ceBtaiae  fortane^  qui  a  un  memeat 
dnanèdÉBi  k  Mie  da  diaHbas.  le  n'avais  j^mm  via  de  ma 
vielÉL  Fnisty  et  d^aîBeura,  favaia^e  reoaanii  avec  sa  veste 
grîtecisa  easqoettede  déporté?  Oftme  lemoalra,  ei  l'ayant 
saiaév  je  ko  dia  de  la  paai  de  qnî  îe  veaai»« 

Sa  ealandaat  le  Bom  de  M.  E...,  Freet  seai^t^  et,  si  ^s  ne 
me  trompe^  tt  eflai;ya  «m  laïaieu 

«  J'espènt^  monwisar,  wm  répopdil41,  qae  vous  a«e%  laîsséi 
1L&...  ttthattMsmite? 

-^fflèa^boBB^.  VooB  saimsaas  doute,  loatefeis,  fu'îl  en  a 
coûté  cher  à  M.  R...  pour  avoir  étèdMatîate. 

— 4ki^  uMHisîettr,  je  le  ssâav  j*ai  la  ub  rédt  de  son  «Mpû- 
uuMJMiut^  efcaaiéeit.  anasi  de  sa  mise  en  liberté,  ievoa» 
prîe^  monsieur,  que  pense  de  moi  H.  R...  ï 
-«~Okf  ileetfoAMiraidalgttèn.  H  estime  avoir  agi  comme 


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276  EXCUBSION  A  POBT-ARTHUB. 

an  foU|  quoique  sa  folie  n'ait  pas  été  si  loin  que  la  vôtre. 

— Je  m'explique,  monsieur;  je  demandais  quelle  espérance 
il  a  de  notre  grâce. 

— Il  Tespère  très-peu,  et  pour  ma  part,  je  ne  crois  pas  que 
ce  soit  une  chose  i  espérer  du  tout. 

—  En  vérité I  s'écria  Frost,  qui  parut  évidemment  ému. 
Hais,  monsieur,  avez-vous  lu  sur  cette  question  le  débat  de 
la  Chambre  d^  communes,  où  le  ministère  ne  l'emporta  que 
de  la  voix  du  président? 

—  Je  ne  me  souviens  pas  du  débat  dont  vous  voulez  parler; 
mais  relativement  à  votre  grâce,  je  vous  répète  que  ce  serait 
très-déraisonnable  que  d'espérer. 

—  Je  ne  sais,  monsieur,  je  puis  me  tromper  ;  mais  très-cer- 
tainement j'espère. 

— Il  semble  vraiment  qu'il  y  a  cruauté,  continuai-je,  â  vous 
contredire  lâ-dessus  ;  mais  je  ne  puis  m'empécher  de  vous  dire 
que  je  vous  crois  grandement  dans  l'erreur. 

—  Vous  voyez,  reprit  Frost,  persévérant  dans  l'idée  à  la- 
quelle il  attachait  une  espérance,  vous  voyez  que  Feargus 
O'Gonnor  a  été  mis  en  liberté.  Ne  devons-nous  pas  avoir  en 
notre  faveur  l'avantage  du  point  de  droit  t 

— -  Je  ne  puis  disputer  avec  vous  sur  ce  point-4à  ;  mais, 
dites-moi,  pensez-vous  que  le  changement  de  ministère  ait 
amélioré  votre  position  ;  ou  plutftt  pensez-vous  qu'aucun  mi- 
nistère serait  justifié  de  vous  accorder  une  amnistie?  Croyez- 
moi,  vous  n'aurez  jamais  la  permission  de  quitter  cette  lie. 
Le  chartisme  est  un  monstre  à  tètes  d'hydre.  Si  vous  retour- 
niez en  Angleterre  vous  seriez  de  nouveau  par  force  le  point 
de  ralliement  de  votre  parti.  On  vous  traînerait  dans  la  mer 
orageuse  de  la  politique  :  si  vous  n'y  étiez  pas  un  chef,  vous 
y  seriez  un  instrument.  Quel  gouvernement  prudent  voudrait 
s'exposer  à  un  tel  risque  ? 

—  Sans  doute,  monsieur,  il  peut  y  avoir  plus  d'une  raison 
contre  ma  grâce  ;  mais  il  y  a  aussi  pour  l'obtenir  plusieurs 
raisons  et  la  justice. 

—  S'il  m'était  permis  de  vous  suggérer  une  pensée,  mon- 


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EXCURSION  A  PORT-ARTHUm.  977 

sieur  Frost,  je  vous  engagerais  à  vous  tourner  du  o6té  des 
grâeei  eoUmiaUs^  comme  on  les  appelle  :  pourquoi  ne  pas 
chercher  à  améliorer  ici  votre  sort  et  A  vous  entourer  de  votre 
fcmme  et  de  vos  eniants  ?  » 

Frost  rougit  i  cette  idée»  me  déclarant  que  dans  sa  situa- 
^on  de  déporté  il  ne  voudrait  jamais  réunir  à  lui  sa  femme  et 
8ÇS  filles.  Je  discutai  la  chose  avec  calme  et  patience. 

«Voyons,  lui  dis-je.  Quant  à  votre  situation,  le  monde  feit 
une  grande  différence  entre  les  criminels  politiques  et  les 
petits  voleurs  c|u'on  déporte  ici  :  je  ne  vois  donc  pas  quelle 
obiection  vous  auriez  à  faire  contre  Tidée  d'amener  ici  votre 
famille  ;  vous  obtiendrez  i  la  longue  votre  émancipation,  je 
n'en  doute  pas,  et  dans  ce  cas,  pourquoi  ne  pas  jouir  du  repos 
et  de  la  paix  domestique? 

—  Je  n'ai  aucune  objection  physique  à  vivre  ici,  me  dit 
Frost.  J'aime  le  pays  ;  autant  que  j'ai  pu  le  voir,  c'est  le  plus 
beau  climat  du  monde  :  je  m'y  porte  bien.  J'y  suis  de  très- 
bonne  humeur,  tout  bien  considéré.  Cependant  ce  serait  très- 
imprudent  d'attirer  ici  ma  femme  et  mes  enfants  sans  savoir 
comment  je  pourvoirais  à  leur  existence, 

—  Oh  I  pour  cela,  tout  homme  avec  un  peu  d'intelligence, 
ayant  l'usage  de  sa  tète  ou  de  ses  mains,  doit  prospérer  ici. 

—  Hais,  monsieur,  vous  savez  sans  doute  que  je  me  suis 
&it  de  mauvaises  affaires.  J'étais  expéditionnaire  dans  les 
bureaux  du  commandant,  i  Port-Arthur ,  et  j'ai  perdu  cettô 
place. 

—  Oui,  et  c'est  la  faute  d'une  lettre  absurde,  impertinente, 
écrite  par  vous. 

—  Vraiment,  j'en  ai  oublié  le  contenu  :  qu'y  avait-il  dans 
cette  lettre  ? 

—  Un  paragraphe  assez  déplaisant  contre  lord  John  Rus- 
sell.  Vous  vous  livriez  i  un  accès  de  mauvaise  humeur.  Vos 
amis  vous  ont  rendu  un  mauvais  service  en  publiant  cette 
lettre. 

—  Elle  n'avait  pas  été  écrite  pour  être  publiée  :  ce  fut  une 
de  mes  filles  qui  eut  le  tort  de  la  confier  à  un  journal. 


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"w^Cvoyei-moi^  e«  fui  mal  i  ram:  dan»  i^ira  AtnatîM, 
Miis'Ae  poiiveE  être  trop  cifOonfpecL  Je  vais  rom  «aobaitar 
blM^njour.  J'écrirai  à  M.  fi....  <^  Inî  ^ai-jet 

^Dites-lui,  monsieur,  que  je  me  rffanii sMofaernent  4f ap>- 
pneodre  qu'il  «i(t  bien  portasL  IMlef4tti  que  je  jouis  moi- 
«Ama  4'uoe  bornée  aanléu..  auaiiliojtfie...  que  peut  Ta 
un  homme  4aM  ma  aiinaiioa.  Et  ai  lf«  R...  rent  en  i 
Mm.  Froii,  je  iiiî  en  aemî  trèa-eUigi.  M.  krmsiMn%  eat  un 
homme  bon  qui  icnpHt  aan  deroir  avec  fimneté,  maîa  afee 
WfNMreUlaMe;  je  Mie  a«$si  bien  qae  les  ciroeasbisees  pe«- 
rMi  le  p^roeflre.  3» 

La  pbjrsiadioiiiie  4e  Fmai  est  a^^iéaliie  ;  il  s'exprime  tei* 
jtoent;  il  a  Vm  iAteUigest,  et  ea  ^léaéral  U  f  a  dans  sel 
manières  quelque  chose  qui  sédu!t«  Maigre  le  oostume  de 
étçorlé ,  <on  remarque  la  propreté  de  sa  peraomie.  La  seale 
filTeur  dant  il  jouisse  à  présent,  c'est  de  pouvoir  dormir  aenl 
dana  un  Ut.  Il  partage  tous  les  travaux  de  l'escouade.  Il  eat  â 
inqpreesiofi^Bajr  depuis  sixsemunes,  ajranlété  letiré  deBnnm» 
iUver  par  suite  de  son  insolence  envers  l'in^ftoctear.  C'est  la 
seul  trait  inconvenant  qu'on  ait  pu  hii  reprodier  (t}. 

(Fmser's  UagêaimJ) 

(1)  lioTB  DO  Msicffma.  lioai  ne  murisoi  sovi  «mpêdMr  4«  lewiiqucr 
î^  que  le  voys eeur  «DslaM4ivblw  peoui^ire  un>eu  tu  «Itra-lorf  le»  é^rii 
mi*op  doit  lûujoura  à  us  snoemi  politique  dwit  k  mslbeur.  N«i«  m¥Ê$ 
n'avons  pas  voulu  retrancher  de  cet  article  cette  entrevue  avec  un  chaitisla 
dont  le  nom  est  couvent  encore  iiuoquë  on  Angleterre. 


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IJt0jjrû})()ît.  —  3rt  iliaîtûtre* 


MJL  inOB  DS  BUJCBMtL 


Serritl  vrai,  eomiBe  le  prétend  HehRétiM  dans  eon  Inrre  Ht 
TEiprdf  jadis  funevx,  aajovrdliai  peu  la,  q«e  si  le  trfeat 
mSStûre  est  edvi  de  tau  qai  recveîUe  4e  phM  de  ylom 
actuelle  et  de  g^loîre  peethome,  c'eet  qa'en  efleft  l'état  du  eoidait 
eil  A  la  fois  <k  tons  le  plus  briHant  et  le  pluf  utile?  S«tvaatt 
le  phHosoplie  français  »  les  peuples  ae  se  trompeat  pas  dana 
fcnr  reeoDiiaissaiice  intiressée;  ils  estiflMBftdottetOQt  ee  dent 
ils  sentent  le  'besoin.  Hatheurensenient  pour  sa  doctrtiiey 
Helyéfitts  t^onfend  |M«iV-èt«e  raéniralion  et  r^eatîme.  Le  ea«i^ 
lageeÎTfl  dnpatrîole  peotdonc  eneoreiiepas  eéderlepasan 
eonragedo  capîtaine. 

Cependant,  il  fcnt  Men  ravoaer,  qoaait  ans  rtcompensea 
déeeniéea  an  bonnes  de  fmcm  de  leor  TÎvant,  elles  Tam- 
portoat  de  beancoop  en  qttalM  et ea  tpiantitéenr  la  part  qne 
la  raaité  nationale  daigne  «ncore  fssre  anx  autres  ilInatratluM 
eantcinporaînes ,  poêles ,  pUlosophes,  bommes  d'état,  histo*» 
riens  on  romanciers.  Lisez  les  annslea  militaires  de  rSanope 
depeis  la  révolilfilon  française  ;  t'AHeaugne^  la  Fraooe,  !'&- 
pagae,  l'Italie,  la  Rnssîe,  laBelgîf  ne,  «te^  etc.,  n'ont  pasélé 
aTarespour  leors  conbaltaniU.  H  yaea  poar  enx  tontes  sarlea 
dlionnears,  depnia  des  royaumes  jnsqu'i  la  décoralioa  de 
Tordre  Guelfe.  Mais  reste  maintenant  la  postérité  ;  nous  crai- 
gnons bien  que  celle-<ci  «oit  un  peu  plus  difficile.  Combien 
de  noms  survivront  ii  ioutes  nos  balailles?  Combien  de  noa 
Uttasenoait  une  Ira»  ksmîneuaeau  ddi  de 


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380  LA  VIE  DE  BLUCHEE. 

leur  carrière  mortelle?  La  postérité  telle  qae  nous  la  person- 
nifions n'est  pas  celle  de  l'Angleterre  ou  de  la  France  seules, 
car  chaque  peuple  pendant  quelque  temps  encore  grossira  sa 
liste;  mais  la  postérité  collective  de  l'Europe,  combien  de 
grands  hommes  accordera-t-elle  à  chaque  armée?  Pour  ce  qui 
est  de  nous,  en  Angleterre  pourrons-nous  lui  en  demander 
plus  de  deux,  un  sur  mer  (Nelson],  un  autre  sur  terre  (Wel- 
lington] ?  La  Russie  pourra  plaider  pour  SouwarofF;  l'Autriche 
a  son  archiduc  Charles  qui  peut  faire  valoir  son  double  titre 
de  tacticien  et  d'écrivain.  Nous  ne  fixons  pas  le  chiffre  de  la 
France,  mais  nous  plaignons  quelques-uns  de  ses  milliers  de 
braves  qui  croient  à  l'immortalité  des  bulletins  et  des  gazettes. 
Enfin  nous  pensons  que  la  Prusse  sera  aussi  représentée  dans 
ce  congrès  de  la  gloire,  par  un  nom  qui  a  été  souvent  prononcé 
à  côté  de  ceux  de  Bonaparte,  de  Wellington,  de  Nelson  et  de 
Souwaroff,  mais  qui  nous  semble  bien  inférieur  au  moins  â 
trois  de  ces  quatre  noms  :  c'est  le  nom  de  Blûcher.  Nous  ne 
prétendons  pas  dire  que  sous  le  rapport  du  talent  ou  du  génie 
militaires,  Blûcher  puisse  être  justement  classé  de  niveau  avec 
plusieurs  de  ces  lieutenants  de  Napoléon  que  nous  osons  con- 
damner à  un  oubli  comparatif.  Non  ;  si  sa  part  dans  l'avenur 
est  plus  large,  c'est  parce  qu'il  s'est  identifié  à  un  grand  mou- 
vement national  dont  il  fut  le  chef  ostensible. 

Le  duc  de  Wellington  reçut  sa  première  éducation  militaire 
dans  un  collège  français,  conséquence  naturelle  de  l'imper- 
fection de  tous  les  établissements  du  même  genre,  en  Angle- 
terre, à  l'époque  de  sa  jeunesse  (1].  11  est  peut-être  plus  bizarre 
encore  que  l'illustre  frère  d'armes  du  duc  de  Wellington, 
le  champion  enthousiaste  de  la  Prusse,  ait  commencé  par 
porter  les  armes  contre  ce  pays  qui  ne  fut  pas,  il  est  vrai,  le 
pays  de  sa  naissance,  mais  celui  de  son  adoption. 

Gerhard  l^berecht  von  Blûcher  (2)  naquit  en  ilhH  à  Ro9- 

(1)  Note  du  RéDAcrBim.  Voir  la  Via  militaire  du  duc  de  Wellington. 
Bwuê  Britannique,  novembre  et  décembre  1841. 
(9)  Deui  biographies  de  Blttcher  ont  éttf  publiées  en  Allemagne:  la  Riene 


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LA  VIE  DE  BLUCHBB.  ttl 

tock,  dans  le  Mecklenbonrg-Schverin,  province  où  safemOIe 
était  établie  depuis  des  siècles,  ayant  donné  un  évèque  à  Lu- 
beck  dans  le  treisième.  Après  s'être  retiré  du  service  militaire 
de  Hesse-Cassely  son  père  vivait  dans  un  petit  domaine  héré- 
dUiire.Il  avait  cinq  fils.  Ayant  très-impartialement,  mais  non 
fans  dépense,  distribué  ses  trois  aînés  sous  les  drapeaux  de 
h  Russie,  de  la  Pmsse  et  da  Danemarck,  c'était  le  désir  du 
vieux  gentilhomme  de  consacrer  les  deux  derniers  à  la  seule 
occopation  qu'acceptaient  les  gentillàtres  de  son  temps,  la 
eoltare  du  sol.  Pour  cela,  il  suffisait  bien  d'une  simple  édu- 
cation domestique,  et  d'ailleurs  c'était  la  seule  que  les  res- 
sources paternelles  pussent  lui  donner.  En  1756  éclata  la 
fwrre  de  $ept  ang;  voulant  soustraire  ses  deux  fils  à  la  ten- 
tation des  scènes  militaires,  le  père  les  confia  aux  soins  d'un 
parent  dans  l'Ile  de  Rugen.  De  pareilles  précautions  se  termi- 
oent  fréquemment  comme  le  beau  conte  d'Admète  dans  Héro- 
dote. Pendant  quelque  temps  les  deux  jeunes  gens  se  conten- 
tèrent des  occasions  de  dangers  et  de  prouesses  que  leur 
offraient  les  rochers  de  l'île  et  les  flots  de  la  mer.  Quelques . 
siècles  auparavant,  Blûcher  aurait  pu  figurer  parmi  les  rois- 
pirates  de  la  Scandinavie,  et  au  lieu  de  vider  les  caves  d'Ê- 
pemay,  il  aurait  pu  venir  boire  Vole  des  monastères  anglais. 
Malheureusement  la  Suède  s'était  jointe  aux  ennemis  du  grand 
Frédéric ,  et  dans  une  heure  fotale  aux  précautions  du  bon 
gentilhomme  de  Rostock ,  un  régiment  de  hussards  suédois 
dâ>arqna  à  Rugen.  Aucune  remontrance  ne  put  retenir  le 
jeune  Blûcher,  alors  âgé  de  quinze  ans;  il  brava  tout  pour 
s'enrftler.  Il  se  trouva  bientôt  dans  les  rangs  sur  la  terre 
ferme,  et  assista  à  une  bataille  où  ses  camarades  se  laissèrent 
battre  sans  trop  de  façons.  En  1758,  il  fut  fait  prisonnier 
dans  une  escarmouche  par  le  régiment  du  colonel  Belling, 
qui,  s'apercevant  bientôt  des  qualités  du  jeune  hussard,  le 

aiurtout  consulté  celle  du  docteur  Rauihoick,  intitulée  U  Maréchal  En- 
ovani^  ou  Vie,  actions  et  caractère  du  prince  Blûcher  von  Wahlstadt. 

Leipiic,  laaa. 


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IH  JUl  VUE  «E  surcBU. 

teiîia  avec  bMté  ai  iiégotta  «oa  éduMipB  aroe  im  fmoomr 
qui  étaei  PiiueîeB  de  mmêMce  «  voyait €iywé  à  être  ftiHilH . 
Gcito  tiansaotMO  Mit  à  ommmtI  riioime«r4e  Bifi<*€r,i|Dipitf 
imndredo«ervioedaA6leiésiB«t€piravait  (ait  priaanniiar. 
Jusque-la  il  arak  ofaiiHiéBMat  lefiué  le  grade  d'affiâ  t  bimb 
as  drmfma  atoia  eatiaaé  le  ^s  flmem  de  éeaa  4)eax  dn 
eemtiMiit. 

JUâcher  servit  som  BeMioi;  peadaoi  ioat  le  rasie  de  la 
faerre  de  lept  ans.  H  assîata  i  la  balaîUe  flKwrtnèae  deChn 
nondorfiv  où  Tî^fiiiitarie  raase  ae  fit  «oiiaaNre  peur  la  f»»* 
fluèreluM  i  TEiuro^  coalisée,  et  îl  fal  Uesaé  à  Freyteng.  La 
paiK  rétaUlâe,  nelre  jeiitte  kiiasard  itowra  wi  pentnonolom  la 
vie  de  earaison:  il  ee  it  ranarqtter  paraa  imtalettce.  fias 
édocalÂM  iaiparfaite  le  iimii  à  Aons  les  danfers  de  IWiamell 
flpâtiiaire.  U  essaya  donc  de  i«er  te  teo^ps  coiiinie  tant  d'aatraa» 
par  le  jea,  la  «basse»  rivvcigMrie,  rjoBonr  k  la  iwasasda 
(aflOMNir  un  pe«  «eèteuK  pour  «a  ofScî^  ea  deaa»-eolde}«  afc 
enfin  par  des  duels  fréquents  qai,  par  bnabear,  lai  laissènat 
tous  ses  membres.  Sa  nature  querelleuse  ùilKi  mèine  le  kSam 
iîisiller;  €»  ii  osa  provoquer  son  protecteur  ^  «m  ooloBel 
Bettiag,  qui  eut  la  générosité  de  ne  pas  aièflae  lui  faire  penobe 
son  i^ade,  nuis  qui  fit  passer  Tîi^rat  protomleur  dans  in 
légpment  du  augor  Poschasli^  officiel  «pie  des  UosraiAei 
disent  avoir  été  irès-«4ile  à  son  édtt»UkHi  mystaîre. 

JEln  17701a  iologne  fut  envahie  par  les  troupes  de  FrédéiM^ 
et  Blûcber  se  trouva  de  nouveau  soue  le  eoauaandeawnt  da 
Bdling,  qui  ne  cessa  jamais  de  le  proléger. 

Belling  était  un  lion  et  fidèle  offieier;  mais  sa  sianatin» 
en  Pok^ine  exigeais  le  talent  et  Tadrease  d'un  polftiqna;  B 
fut  nen^eé  par  un  officier  d'un  iout  autre  cvnctèee,  «t 
avec  cduî-ci  nuasi  Uûcher  trouva  ImoàAi  le  asoyen  d'amar 
«me  querelle.  Les  Polonais  <eo  ce  teaaps-tà,  eouMue  les  Ëspa* 
gnols  du  nôtre,  se  vengeaient  fréquemment  et  volontiers  par 
l'assassinat  des  victoires  de  leurs  envahisseurs.  Le  capitaine 
Blûcber  avait  soupçonné  un  prèlre  d'avoir  provoqué  denx 
assassinats,  et  il  le  condamna  sommairement  à  Mre  firallè. 


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lA  VIS  »B  SLDGHn.  Ml 

On  ereoM  k  fosM  avae  tes  loimUléft  d'Mfi^f^;  «n  imoda  te 
l«Bx  9m  ^veoM;  on  chifyeA  les  «MMnf  «eU;  on  fit  Cm^. «m 
M  avait  enlevé  d'abord  les  baltedes  cartoncheB.  ha  putoeai 
fiit quitte  pfNurlapttv...  GepeiidaateatlecnieMe<»aiédieétÉk 
i  k  fois  nae  vicdatim  de  tente  joilioe  M  ea  «onUadiclMNi 
dmcte  .aytec  k  politîqw  oiMcikiiAede  Fiédérk.  L'^adaeieaK 
rtpiliiap  fia  puni,  et  de  capitaine  en  peenîer  il  -descettdttA 
k  qaene  de  la  liste.  Une  VBcanee  eat  liai  daM  kfsadeaafi^ 
lienr^oa  ptwni  un  ofiBckr  tité  d'an  aalre  r^gkieat.  L'ûi- 
digaaiioo  de  Mâcher  ae  pnt  se  eealenir  :  il  danMnda  A  4|uittar 
b  service.  Frédéric  lui  répondit  ea  k  mettant  aaxaxrèls..* 
paar  liù  denaer  k  tenpB  de  léftéeUr.  Le  eapitaiae  BUiolMr 
iasistag  et  à  k  fia,  aes  réctenations  réitérées  arrachèrent  aa 
im  eeUe  réponse  :  a  le  eapitaiae  Blâcher  est  antorisé  4  sa 
letiier,  et  il  peat  aller...  an  diabk.  lanvkr  1373«  » 

U  jeut  aae  intemiptioa  de  treiae  ans  daaslaearrière  aûUp 
kirede  Blôcher.  U  ne  hndrait  pas  le  tiersde  ee  temps«U  pour 
fi'ua  avocat  plaidant,  qui  abandonnerait  ses  ctteats,  a'ea 
retrouvai  pas  «a  seul.  Assurénent  il  est  peu  de  soldats  de  for** 
taae  tpû  seieai  asork  feldHBanëehaux  apiés  avoir  dit  adieu  4 
lear  uaîCnraie  pendaat  les  donze  plus  belks  années  de  kar 
Tk.  Peat^re  Blacber  aacaîUlété  aïoins  pressé  de  demander 
son  eoaeé  sans  mie  eiiooaskaoe  fai  k  nëcoaciliait  avec 
ridée  d'an  areair  sans  igkère.  U  était  sérieaseaietfl  «amu- 
laaa;  il  y  avait  aième  promesse  de  mariage  oa  â  peu  près 
enize  lui  et  la  fiUe  d'un  officii»  saxon,  k  colonel  Melling, 
akrs  établi  ea  Pokigae.  La  jeune  personne  avait  dix-sept  aas 
de  UMÎas  que  lui.  Polonaise  par  son  éducation,  par  sa  beaaté  et 
par  tous  ses  charmes,  eUe  devait  être  ea  effet  atlrayanto 
Btecher  l'épousa  et  ae  fixa  sur  k  feime  de  soa  beaupré,  oft 
il  parut  a?oir  renoncé  aux  excès  de  sa  jeunesse  pour  deireair 
un  babik  agncidteur.  Au  bout  de  ^pielques  Années  il  se  keuva 
en  état  d'acheter  uae  propriété  près  de  Stargard  m  Pomé- 
tasiie,  et  quitta  k  Pologne  pour  s'y  tcaaspoiier.  Lé,  k  aoa* 
veau  propriétaire  ooatinna  à  s'occuper  de  culture^  et  devint 
un  homme  important  parmi  ses  voisins,  il  fiit  élu  magifltrak 


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28<h  LA  VIE  DE  BLUCHER. 

local,  et  se  vit  consulté  par  les  autorités  provinciales.  Ce  ne 
fat  pas  tout.  Il  fellait  bien  qu'il  y  eût  quelque  chose  d'essen* 
tiel  dans  un  homme  qui  s'était  toujours  fait  estimer  de  ses 
chefs ,  malgré  tous  les  torts  de  son  brutal  caractère  et  de  sa 
mauvaise  éducation.  Frédéric  II  n'était  pas  homme  à  fermer 
les  yeux  sur  les  huies  d'un  officier  qui  n'eût  été  qu'un  que- 
relleur et  un  spadassin.  Eh  bien,  à  cette  époque,  Frédéric 
correspondait  avec  Blûcher,  et  l'aidait  de  son  argent  pour 
améliorer  son  domaine  ;  il  lui  prêta  d'abord,  et  puis  ce  prêt 
sans  intérêt  devint  une  donation.  Cette  libéralité  de  la  part 
d'un  souverain  passablement  jaloux  de  ses  écus  est  d'autant 
plus  remarquable  qu'il  ne  spéculait  pas  sur  le  dévouement 
militaire  de  son  débiteur.  Plus  d'une  fois  l'esprit  inquiet  de 
Blûcher  le  ramena  à  sa  première  passion,  la  passion  de  1^ 
guerre;  mais  en  vain  il  sollicita  la  laveur  d'être  réintégré 
dans  son  grade  et  de  servir  Frédéric,  celui-ci  fut  toujours 
inexorable.  En  1778  tout  semblait  annoncer  des  hostilités 
contre  la  Bavière  ;  Blûcher  renouvela  ses  sollicitations.  Ce  fiit 
cette  fois  sa  femme*qui  fit  de  l'opposition  ;  mais  le  refus  po- 
sitif de  Sa  Majesté  prussienne  l'obligea  surtout  de  renoncera 
quitter  ses  travaux  agricoles.  Il  se  résigna  donc  à  fiiîre  pro- 
spérer sa  ferme  et  à  augmenter  patriarcalement  sa  famille.  Six 
beaux  garçons  et  une  fille  réjouirent  son  foyer  domestique. 

Mais  Frédéric  II  mourut  en  1786.  La  femme  de  Blûcher  fut 
impuissante  à  le  retenir.  Il  partit  pour  Berlin,  se  recommanda 
à  plusieurs  de  ses  anciens  chefs,  et  revint  avec  la  promesse 
d'être  appuyé  au  moment  favorable.  Le  nouveau  roi  fit  bientôt 
une  inspection  militaire  de  ses  états.  Il  remarqua  Blûcher, 
qui  fit  caracoler  son  cheval  autour  de  lui  avec  l'intention  de 
lui  présenter  sa  pétition  incessante.  Elle  fut  enfin  bien 
accueillie,  et  le  fermier  de  la  Poméranie  rentra  dans  son 
ancien  régiment  des  Hussards  Noirs,  avec  le  même  grade 
qu'il  y  aurait  eu  si  son  service  n'avait  subi  une  si  longue  in- 
terruption. On  reconnut  que  son  ardeur  militaire  ne  s'était 
pas  refroidie  loin  de  la  caserne;  il  semblait  au  contraire 
qu'elle  se  fût  fortifiée  dans  le  repos  de  la  vie  agricole.  Par 


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LA  YIB  DE  BLUCHBB.  385 

malheur  ses  autres  goûts  de  vieux  hussard  lui  restaient  aussi, 
et  il  avait  dû  bien  souffrir  dans  sa  retraite  conjugale,  ou  plu- 
tôt foire  bien  souffirir  sa  femme»  malgré  sa  beauté,  ses  grâces 
et  son  désir  de  le  conserver  auprès  d'elle.  Elle  mourut  à  cette 
époque,  et  les  biographes  allemands  conviennent  qu'elle  fit 
peut-être  aussi  bien  de  mourir.  Blûcher  fut  consolé  facilement. 
On  eût  dit  que,  de  retour  au  camp,  il  venait  de  fiiire  un  rêve 
de  douze  ans,  et  que  toutes  ses  aventures  depuis  son  congé 
obtenu  n'avaient  pas  plus  de  réalité  que  celles  du  sultan  des 
Mille  él  une  Nuitê,  lorsqu'il  plongea  la  tête  dans  un  seau  d'eau 
pendant  un  seul  instant  qui,  par  l'effet  de  la  magie,  se  trouva 
conv^ti  en  des  années  de  déchéance  et  de  servitude. 

Blncher  fut  encore  condamné  à  la  vie  de  garnison  jusqu'à 
ce  que  le  grand  événement  de  la  Révolution  française  vint 
ouvrir  la  vaste  carrière  qu'il  fallait  à  des  esprits  comme  le 
sien.  Lorsque  les  hostilités  commencèrent  entre  la  France  et 
la  Prusse,  il  était  colonel;  mais  il  avait  cinquante  et  un  ans, 
âge  auquel  bien  des  officiers  croient  être  arrivés  au  moment 
de  prendre  leur  retraite.  Depuis  la  fameuse  et  fatale  incursion 
du  duc  de  Brunswick  jusqu'à  la  paix  de  Basle,  il  fut  presque 
constamment  en  activité.  A  la  mort  du  général  Goltz  il  le 
TempUça  dans  le  commandement  de  l'aile  gauche  de  l'armée 
prussienne  :  la  confiance  du  soldat  et  le  succès  du  général 
justifièrent  pleinement  cette  promotion.  La  cavalerie  était  son 
arme  Êivorite  ;  il  conduisit  si  bien  son  corps  de  hussards,  y 
compris  son  ancien  régiment,  qu'on  dit  qu'il  ne  perdit  que  six 
hommes  par  surprise  pendant  ces  campagnes  d'avant-*poste 
de  1792  et  1794,  dont  les  Prussiens  sont  si  glorieux,  pré- 
tendant fièrement  avoir  pris  à  l'ennemi  quatre  mille  hommes, 
quinze  cents  chevaux  et  onze  canons.  Le  général  Blûcher 
y  acquit  la  réputation  d'un  second  Ziethen(l).  Chose  partie 


(1  Le  général  J.  J.  Ziethen  fut  un  des  plus  habiles  et  des  plus  brayes 
lieutenants  du  grand  Frédéric;  il  mourut  seulement  1786,  âgé  de  quatre- 
yingii  ans.  Il  avait  eu ,  comme  BlQcher,  une  jeunesse  turbulente,  et  Mi 
daeli  étaient  aosii  nombieui  que  ses  bauUlef . 


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flS  LA  rrB  BE  BLrCHBR. 

taKère  1  comne  si  Bticher  «▼»!  prévu  qn'il  denôt  «n  jomr 
aeeusé  debaftnrie  parla  postérité,  lon-seuleinent  il  éeriTHÎf 
utofs-m»  joumol  tout  à  fait  digHed'im  militaire  plus  lettré,  ma» 
aneore  il  y  raconte  «me  ov  deox  anecdotes  qui  senMeraienC 
provrer  qu'il  avaift  ses  jour»  oa  da  ofioîas  ses  lieures  de  clé- 
mence. Femtanirt  cp'il  caBmurapdait  à  la  frontière,  il  fit  enferrer 
avec  tons  les  boDMwrs  de  soo  grade  en  oUcier  prisonnier 
n»rt  de  ses  Messures...  aitention  si  rare  ponr  k^  vaiaenay 
qn'eHe  étonna  bcawoowp  les  kdritants  français }  maîa  ils  Anrenf 
encore^  plus  édifiés  Iwrsqa^il  adttmistva  de  ses  propres  nmina 
une  fnstigatioa»  exemplaire  aa  charpenfier  dn  vilb^  qui  araii 
foit  pour  le  mort  va/^  eerenetf  trop  oonrC  et  trèa-nnl  coitféc^ 
tionné.  Ycnci  on  antre  -incident  raconté  dana  som  jonmal,  et 
noas  alkMis  le  crier  textnetienent.  La ehosese  passait  en  1799^ 
i  Kaisersiafliteni  : 

«  Parmi  les  prisonniers,  il  s*en  tronrait  un  qtà  avait  «ne 
fracture  du  fénrar;  on  Tavait  élendn  près  du  fén  et  on  lui 
offrit  comme  aux  antre»  do  pain  et  de  Feao-de^vie  ;  non-seo- 
lement  il  refiisait  Fnni  et  Fantre,  mai»  il  ne  vonlak  pas  qa*on 
tm  bandât  la  cuiase,  et  il  ne  cessait  dé  supplier  les  soldats  de 
hn  tirer  un  coup  de  fusil  pour  Tacbever.  Ceux  qui  rentou-- 
raient  se  disaient  entre  eux  :  «c  Totlft  bien  un  de  ces  enragea 
de  Françatsf  y>  lAffHinf;  etmot,  qui  étions  à  portée  de  tout 
entencbre,  nous  nous  approcMmes  du  groupe.  Le  blessé,  ton- 
jour»  coucbé  et  replié  sur  Inî^méme,  ne  voyait  rien  de  ce  qur 
se  passait.  Gomme  il  me  paraissait  tremMer  de  froid,  je  le  fis 
couvrir  avec  des  amarteaux.  11  leva  les  yeux  sur  mot  alors, 
mai»  il  les  rebaissa  aussitôt.  Ne  possédant  pas  bien  la  langue 
française,  je  chargeai  mon  adjudant  de  rengager  à  laisser 
panser  sa  blessure  et  à  prendre  des  aliments  ;  il  ne  répondit 
rien,  et  je  lui  fia  dire  que  le  désespoir  éUni  une  kontense  fai- 
blesse; que  ne  pas  savoir  supporter  son  sort  était  indigne  d'un 
homme  et  surtout  d'un  soldat;  qu'il  devait  prendre  courage, 
espérer  sa  guérison^  et  bien  se  petsnader  qjue  les  homoies 
parmi  lesq^la  il  ae  troonrait  ânienà  tout  œ  qm  seaai&ea 
leur  pouvoir  pour  le  soiriagar.  H  dm  nsgHda  de  Muvmo,  év 


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fient  CM Urtrt  4e  les  jeax  el  il  me  tendil  la  maîn*  (hi  hii 
oftril  da  vin,  il  en  but,  et  dès  lors  il  s'abanéoun  mna  tém^ 
tasce  9fà  chtrargien.  Je  hû  dflmMéM  eosaite  la  came  de  sa 
première  ehatînaltOB ;  îl  me  répondît:  e  On  m'a  foreé  àter* 
vir  la  répabUqae;  mon  père  a  éti  gafllotiBé)  mes  frèiee  ont 
péri  dan*  noe  guerres  âriles;  am  feaime,  mea  enfants  soa( 
dana  la  détresse;  v<Mlà  ponnpMM  je  déeinûa  la  awrt^  car  je 
pensais  que  la  mort  seule  pouvait  finir  meamaux.  Votre  boaM 
ma  lamenè  à  de  meUleur»  seatimenis»  je  tous  en  remercie; 
mainlenam,  je  le  sens^  j'attendrai  avec  résohitien,  »ree  pa- 
tienfie,  le  sc^t  %tte  me  réserve  l'avenir.  » 

Ce  tiaii  sentie  déaMmtrta  la  vérité  dn  vieil  adage,  qae 
a  le  diable  n'est  pae  si  noir  «lu'cm  vent  lâea  le  peindre,  »  et 
aartent  qpiand  c'est  un  Français  fai  tient  le  pinceau. 

Après  la  paix  de  Basle,  Blûcber  tre«vant  le  loisir  de  penam 
à  an  second  mariage,  épousa  Maria-Amelia  von  CMomb.  Il 
eoi  pendant  quelque  temps  un  commandement  à  Munster^ 
sons  les  ordres  du  duc  de  Bniaswick.  Là»  il  fit  coanaissance 
«vec  an  gmad  nombre  d'émigrés  françab ,  parmi  lesqneb 
l'abbé  de  Pradt  devint  son  favori.  Le  dernier  roi^  Frédéric 
Guillaume  III,  qui  monta  sur  le  trône  en  1797»  avait  eu  occa* 
sioo,  lorsqu'il  servait  dans  les  armées  de  son  père  en  qualité 
de  prince  royal,  de  remarquer  le  mérite  de  Blûcfaer.  En  i801 
il  le  promut  au  grade  de  lieutenant  général,  et  en  1803  il  k 
ttOJBnia  gouverneur  de  Munster,  viUe  qui»  aux  tenaesde  la 
pais,  était  échue  en  partage  à  la  Prusse.  La  résidence  de  Blil- 
cber  au  palais  épiscopal  fit  renaître  les  scènes  qu'on  y  voyait 
au  tenq>s  du  prince  évéque,  de  guerrière  et  bachique  mé- 
moire, oélébré  par  sir  W.  Temple.  Blftcber  avait  toujours 
aimé  le  jeu;  c'était  une  passion  qui  n'avait  d'égale  cbei  lui 
que  la  passion  plus  noble  de  la  guerre,  «  cet  amusement  des 
rois,  »  dans  lequel,  dit  le  poète  anglais  : 

liofpi  hold  the  hottle,  and  Europe  tbe  staker  (1). 

Aussi  profita-t-il  de  la  dangereuse  fiicilité  que  kit  olBbait  la 

(i)  Les  rois  tteuasai  la  bouteille,  et  FEarope  Tenjea. 


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888  I^  VIB  DE  BLUCHEB. 

proximité  des  bains  de  Pyrmoni,  pour  se  livrer  sans  râserre 
à  ce  pernicieax  penchant. 

La  paix  n'était  rien  moins  que  solide.  Les  Français  occii« 
paient  le  Hanovre»  et  cette  occupation  plaçait  les  deux  iui« 
tiens  dans  un  dangereux  voisinage.  Il  y  avait  en  Pnisaey  et 
particulièrement  dans  l'année,  un  fort  parti  pour  la  guerre  ; 
ce  parti,  on  le  pense  bien,  comptait  Blûeher  au  nombre  de 
ses  principaux  chefs. 

En  1806 ,  la  scène  s'ouvrit  tout  d'abord  par  le  grand 
désastre  de  léna;  après  cette  bataille,  où  l'orgueil  militaire  et 
la  confiance  arrogante  de  la  Prusse  reçurent  une  si  cruelle 
leçon,  l'existence  de  cet  état,  isolé  désormais  sur  la  carte  de 
l'Europe,  se  trouva  livrée  à  la  merci  du  vainqueur.  Le  courage 
que  déployèrent  les  corps  abandonnés  de  l'armée  prussienne 
en  s'opposant  aux  admirables  combinaisons  et  aux  niasses 
concentrées  de  l'ennemi,  ne  fit  que  rendre  plus  éclatantes  les 
foutes  et  les  divisions  de  ceux  qui  avaient  le  commandement 
en  chef.  Tous  les  avantages  résultant  de  la  connaissance  des 
lieux ,  toutes  les  ressources  qui  favorisent  les  troupes  corn* 
battant  sur  leur  propre  sol,  tournèrent,  dans  cette  étrange 
circonstance,  au  profit  de  la  France. 

Ce  n'était  plus  l'esprit  du  grand  Frédéric,  mais  celui  de 
l'Agramant  de  l'Arioste  qui  régnait  dans  le  camp  prussien. 
Blûeher,  comme  général  de  la  cavalerie,  n'était  point  en  po- 
sition de  contrôler  les  mouvements  ni  de  réparer  les  fautes 
de  Brunswick,  de  Mollendorf  et  de  Uobenlohe.  Tout  ce  qu'il 
pouvait  faire,  c'était  d'offrir  ses  braves  cavaliers  pour  essayer 
de  ramener  la  fortune  par  une  charge  désespérée.  Mais  cette 
offi'e,  d'abord  acceptée  par  le  roi,  fut  presque  aussitôt  rejetèe, 
et  Blûeher  n'eut  plus  qu'à  sauver  le  reste  de  ses  forces  par  une 
retraite  dans  le  nord^de  l'Allemagne.  Cette  mission  difficile, 
il  l'exécuta  avec  tant  de  courage  et  de  persévérance,  qu'une 
victoire  n'aurait  pu  être  pour  lui  plus  glorieuse:  car  il  faut  bien 
le  reconnaître,  rien  ne  saurait  égaler  la  vigueur  et  l'activité 
des  généraux  de  Bonaparte,  qui,  une  fois  à  sa  poursuite,  surent 
déjouer  ses  ruses  et  paralyser  ses  efforts.  Traqué  conune  une 


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LA  VIE  DE   BLUCHER.  280 

béie  fauve,  Blûcher  trouvait  partout  la  retraite  interceptée. 
Chacun  de  ses  plans,  soit  qu'il  cherchât  à  s'échapper  sur 
l'Elbe,  soit  qu'il  voulût  passer  l'Oder,  soit  qu'il  prit  la  direc- 
tion de  Hanovre,  était  aussitôt  deviné  et  prévenu.  Enfin  re- 
foulé sur  Lubeck,  qu'il  occupa  un  moment,  malheureusement 
pour  cette  ville  neutre,  et  où  il  faillit  être  pris  lui-même,  ré- 
duit aux  abois,  accablé  par  la  fièvre,  manquant  de  munitions 
et  de  vivres,  il  fut  forcé  de  capituler. 

Blûcher  se  retira  à  Hambourg,  où,  après  être  resté  prison- 
nier sur  parole,  il  fut  échangé  ensuite  contre  le  général  Vic- 
tor. A  l'occasion  de  sa  délivrance,  il  visita  les  quartiers  des 
Français,  et  il  fut  reçu  avec  distinction  par  Napoléon. 

Les  hostilités  continuaient  toujours  dans  les  provinces  du 
nord  :  la  Russie  prêtait  son  puissant  secours;  la  Suède  offrait 
sa  coopération  :  le  roi  ordonna  donc  l'organisation  d'un 
corps  destiné  à  agir  sur  les  derrières  de  l'ennemi,  le  long  des 
efties  septentrionales.  Blûcher  fut  choisi  pour  commander 
cette  expédition,  qui  échoua  toutefois  dès  le  début  par  les 
hésitations  du  souverain  delà  Suède,  et  se  termina  fatalement 
par  la  bataille  de  Friedland  et  la  paix  de  Tilsit,  qui  en  fut  la 
suite.  Après  la  signature  du  traité,  notre  héros  garda  le  com- 
mandement de  l'armée  de  Poméranie,  poste  rempli  de  dif- 
ficultés ;  car  les  troupes  du  conquérant  étant  campées  dans 
le  voisinage ,  de  fréquentes  discussions  et  des  querelles  même 
s'élevaient  entre  les  généraux.  Dans  cette  position,  Blûcher 
montra,  dit-on,  beaucoup  d'adresse  et  d'habileté.  Il  savait 
donner  de  la  valeur  aux  concessions  qu'il  était  obligé  de  faire 
comme  étant  le  plus  faible.  Mais  s'il  est  vrai  que  le  langage, 
selon  un  satirique  anglais  (théorie  adoptée  par  Talleyrand), 
ait  été  donné  à  l'homme  pour  cacher  sa  pensée  ou  déguiser 
ses  intentions,  Blûcher  adopta  aussi  cette  théorie,  et  sut  tirer, 
dit-on,  dans  ses  négociations ,  tant  d'avantages  de  la  langue 
allemande,  la  seule  qu'il  pût  parler,  que  les  militaires  français 
lui  reprochent  d'en  avoir  abusé.  Lors  de  la  retraite  d'Iéna, 
dans  une  entrevue  qu'il  eut  avec  le  général  Klein ,  il  parait 
certain  qu'il  parvint  à  faire  croire  à  cet  officier  qu'un  ar- 

5*  SÉRIE.  — TOME  XI.  19 

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290  LA  ns  DE  BLUCHER. 

-mistice  arait  été  conclu.  Aussi  les  généraux  Klein  et  Lasalle, 
trompés  par  cette  assurance,  ayant  diflMré  leur  attaque,  BId- 
cher  put  gagner  un  jour  de  marche  sur  ses  ennemis.  Toute- 
fois, il  est  bien  difficile  de  croire  qu'il  se  fût  compromis  dam 
cette  circonstance  au  delà  des  limites  permises  dans  les  sitra- 
tagèmes  militaires;  car  Napoléon ,  indulgent  pour  les  ruses 
de  ses  propres  officiers,  n'eût  pas  craint  sans  doute  de  oom^ 
promettre  la  réputation  d'un  adversaire  en  soumettant  à  une 
enquête  sévère  Vexamen  de  cette  accusation  ;  bien  phi»,  e$t-il 
croyable  qu'il  lui  eût  fait  une  si  honorable  réception ,  lors- 
qu'il vint  visiter  son  quartier  général?  Klein  et  Lasalle  avaient 
la  confiance  de  l'empereur  ;  ils  pouvaient  lui  raconter  leur 
mésaventure  comme  ils  l'entendaient  pour  se  justifier.  Ce- 
pendant il  faut  convenir  qu'outre  ce  témoignage  négatif,  les 
relations  allemandes  de  cette  transaction  nous  laissent  dans 
le  doute.  On  a  élevé  contre  Blûcher  une  autre  accusation  du 
même  genre  :  celle  d'avoir  violé  l'armistice  de  1813  en  occu- 
pant le  terrain  neutre  en  Sîlésie,  avant  le  jour  désigné  pour 
le  renouvellement  des  hostilités;  mais  pour  cette  fois,  les 
rapports  prussiens  répondent  à  cette  accusation,  en  affirmant 
que  la  violation  de  ce  territoire  fut  le  feit  du  corps  français 
sous  les  ordres  de  Macdonald. 

Malheureusement  pour  la  gloire  de  Blûcher,  les  Français 
n'ont  pas  été  ses  seuls  accusateurs.  Pendant  son  commande- 
ment en  Poméranie,  il  dut  se  défendre  contre  les  attaques 
anonymes  de  la  presse  de  LeipsLck,  qui  condamnait  sa  con- 
duite militaire  dans  sa  récente  et  difficile  retraite.  Il  lui  fallut 
paraître  devant  une  cour  d'enquête,  qui  avait  reçu  l'ordre  de 
siéger  à  Kœnisberg  pour  y  juger  des  laits  d'une  nature  plus 
grave;  mais  le  témoignage  d'un  officier  distingué,  de  Schara- 
faorst,  qui  avait  partagé  les  fetîgues  et  les  dangers  de  sa  re- 
traite, parut  si  concluant  en  faveur  de  Blûcher,  qu'il  sortit  de 
cette  épreuve  complètement  blanchi. 

C'était  une  époque  fatale  pour  la  patrie  d'adoption  de  Blti- 
cher.  La  Prusse  vit  se  succéder  quatre  années  d'humiliatio», 
d'asservissement,  d'oppression  et  d'outrages.  Il  eût  été  de  la 


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LA  YIB  •■  BLVCHER.  991 

poliliqiie  delà  France,  ou  d'asmirer  sa  conquête  en  achevant 
le  complet  déiaembrenient  de  la  Prusse,  on  d'épargner  la  di- 
giité  du  vaincn.  La  mort  d'une  reine  aimable  et  justement 
vaaéey  qne  Ton  regarda  comme  nne  victime  des  insuites  que 
Napoléon  n'épargna  pas  à  cette  auguste  ennemie,  provoqua 
les  resaentînients  populaires.  En  dépit  de  la  vigilance  fran- 
çaise, en  dépit  dee^  termes  même  de  la  paix,  qui  limitaient  le 
aoBbre  des  bMonnettes  de  l'armée  permanente,  une  armée 
leenitée  en  silence,  on  matériel  nombreux  secrètement  amassé, 
fonnèrent  lee  éléments  d'une  campagne  prochaine.  Le  baron 
de  SteÎD  organisa  la  fameuse  tu§etMw%d^  et  l'on  regarda 
ttw^or,  malffé  son  âge  avancé,  comme  le  futur  vengeur  des 
nalheors  delà  patrie.  L'infinnilé'qui  l'affligea  pendant  la 
pins  grande  partie  de  l'année  1806,  et  qui,  de  temps  à  autre, 
aiectait  même  sa  raison,  ne  fit  qu'ajouter  une  ardeur  ma^ 
ladive  i  son  enthousiasme;  dans  ses  moments  de  délire,  il 
s'âera  plus  d'une  fois  jusqu'à  une  sorte  d'inspiration  pro- 
pliéliqne,  et  l'on  assure  qu'il  prédit  la  complète  délivrance  de 
son  pays  et  la  chute  de  son  oppresseur.  «  Cdia  doit  arriver, 
et  il  £iol  que  j'y  assiste,  disait-il,  et  je  ne  mourrai  point  que 
révénem'eat  ne  soit  accompli.  » 

L'éducation  de  Blûcher  avait  été  celle  d'un  soldat.  Il  ne 
savait  d'antre  langue  que  la  sienne,  mais  il  avait  la  passion 
d'écrire,  et  c'était  pour  lui  un  vrai  plaisir  de  dicter  ses  dé^ 
pêches  et  ses  prqplamations.  Nous  avons  vu  les  lettres  qu'il 
adressait  au  roi  à  cette  époque  :  le  sujet  invariable ,  c'était 
toujours  cette  régénération  de  la  Prusse  qu'il  attendait  avec 
une  constance  que  rien  ne  pouvait  ébranler.  Ces  lettres  ren- 
ferment toutes  des  passages  d'une  éloquence  vraiment  digne 
d'un  si  beau  thème.  De  temps  en  temps  quelque  événement 
venait  raviver  ses  espérances,  comme  la  guerre  autrichienne 
et  l'entreprise  chevaleresque  de  Schill  ;  mais  le  ciel  se  reifr* 
brunissait  bientôt,  et  jusqu'au  jour  oik  les  deux  puissances 
colossales  de  l'Europe»  la  France  et  la  Rtnsie,  se  précipitè- 
nnt  déddémtnit  Tune  contre  l'autre  dans  l'arène,  il  n'eut, 


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292  LA  VIE  DB  BLUCHER. 

pour  nourrir  ses  ressentiments  et  se  consoler,  qne  les  succès 
lointains  des  armes  anglaises  dans  la  péninsale  d'Espagne. 

Parmi  les  concessions  que  Napoléon  arracha  de  son  dou- 
teux allié  avant  son  expédition  de  Russie,  il  faut  compter  le 
rappel  de  Blûcher  de  son  commandement  de  Poméranie.  C'é- 
tait une  mesure  que  justifiaient  complètement,  du  reste,  et  les 
discours  trop  peu  mesurés  et  la  conduite  du  vieux  soldat.  Le 
roi,  pour  dorer  ce  changement,  fit  don  d'une  magnifique  terre 
en  Silésie  au  général  Blucher,  qui,  après  une  courte  résidence 
à  Berlin,  se  retira  dans  la  capitale  de  cette  province. 

Ce  fut  aussi  à  Breslau  que  le  roi  se  rendit  lors  de  la  fameuse 
défection  du  général  D* York.  A  ce  signal ,  tous  les  éléments 
d'insurrection  depuis  longtemps  amassés  s'enflammèrent  tout 
d'un  coup,  et  l'incendie  se  propagea  rapidement  d'un  bout  de 
la  Prusse  à  l'autre.  Dans  ces  circonstances  il  était  facile  de 
prévoir  de  quelle  nature  seraient  les  avis  et  l'opinion  de  Blû- 
cher ;  il  se  prononça  hautement  en  faveur  d'un  mouvement 
en  avant,  et  rejeta  avec  mépris  toute  proposition  de  mesures 
dilatoires  ou  timides.  Le  roi  hésitait  à  lui  confier  un  coni- 
mandement  que  le  vœu  populaire  et  le  choix  unanime  de 
l'armée  lui  auraient  déféré  tout  d'une  voix.  Les  conseillers 
de  la  couronne  ne  regardaient  Blucher  pour  la  plupart  que 
comme  un  brave  hussard  dont  la  témérité  et  l'ignorance  mi- 
litaire étaient  capables  de  compromettre  les  espérances  de  la 
crise  du  moment,  et  ils  soutenaient  les  prét^ptions  de  Tauen- 
zien.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'opinion  éclairée  et  les  conseils  de 
Scharnhorst  prévalurent,  et  le  15  mars  1813,  le  long  rêve  de 
Blûcher  était  réalisé  :  il  se  trouvait  à  la  tète  de  l'année  de 
Silésie. 

.  Nous  nous  sommes  étendus  sur  les  premières  années  de  la 
carrière  de  Blikcher,  parce  que  cette  partie  de  sa  biographie 
nous  fournissait  des  traits  de  son  caractère  généralement  peu 
jEeuniliers  aux  lecteurs.  Quant  aux  derniers  incidents  de  sa  vie 
militaire,  ils  sont  si  bien  connus  qu'à  peine  est-il  besoin  d'en 
retracer  même  un  aperçu  sommaire.  Il  est  une  chose  toutefois 
qu'il  ne  faut  point  oublier  de  reconnaître,  c'estque  si  l'influence 


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LA  VIE  DE  BLUCHEB.  29â 

politique  appartint  à  l'empereur  Alexandre,  si  Ton  dut  à  Ta- 
dressede  Schwarzenberg  cette  force  de  cohésion  qui  relia  entré 
eux  les  éléments  si  peu  homogènes  de  la  coalition,  Blûcher 
seul  en  fut  l'élément  actif.  Ce  fut  lui  qui  inspira  aux  masses 
eette  audace  dans  l'attaque  et  cette  constance  dans  les  revers 
dont  aucune  coalition  jusque-là  n'avait  donné  l'exemple.  Dans 
des  temps  ordinaires  et  avec  des  événements  ordinaires,  un 
soldat  comme  Blûcher  eût  été  déplacé.  11  se  fût  trouvé  dans 
l'impossibilité  d'agir  entre  la  ruse  jalouse  du  Russe  et  l'apa- 
thie proverbiale  du  Suédois,  auquel  les  Allemands  font  l'ap- 
plication de  ce  passage  du  poème  de  la  Cloche^  de  Schiller  :  - 

Ach  I  ihm  fehlt  kein  theures  haupt. 

Blûcher  n'avait  ni  l'amabilité  de  Schwarzenberg,  ni  le  calme 
inaltérable  de  Wellington  ;  mais  pour  l'accomplissement  de 
ses  deux  grands  projets,  la  délivrance  de  son  pays  et  l'abais- 
sement de  la  France,  il  sut  montrer  la  réunion  de  ces  qualités 
contraires.  Certes,  il  eut  à  subir  plus  d'une  défaite,  ci  vouloir  le 
comparer  à  ce  grand  capitaine  dont  les  campagnes  dans  l'Eu- 
rope et  dans  l'Inde  ne  comptent  pas  un  revers,  serait  assuré- 
ment chose  absurde  ;  mais  quelle  bataille,  pour  ne  rien  dire  des 
conséquences,  fut  jamais  plus  justement  gagnée  que  la  grande 
bataille  de  Katzbach  !  Jamais  simple  hussard  ne  sut  mieux  que 
Blûcher  inspirer  à  ses  troupes  ce  noble  enthousiasme  qui  les 
animait  dans  la  poursuite  de  leurs  avantages  et  les  ralliait  après 
la  débite.  Ce  fut  là  ce  qui  lui  permit  de  réparer  la  journée  de 
Montmirail  sur  les  hauteurs  de  Montmartre  et  de  suivre  avec  vi-  • 
gaeur  un  plan  de  mouvements  combinés  après  l'échec  de  Ligny . 

Blûcher  n'ambitionna  jamais  la  gloire  d'un  général  strate- 
giste.  Sans  aucun  doute,  c'est  à  son  mépris  du  danger,  à  U 
téméraire  insouciance  avec  laquelle  il  exposait  constamment 
sa  personne,  qu'il  faut  attribuer  la  plus  grande  part  de  ses 
succès.  Il  possédait,  ainsi  que  Marmion  et  Napoléon,  Tart  de 
se  fiiire  aimer  du  soldat. 

Ses  plaisanteries»  souvent  hasardées  et  peu  feites  pour  de 
chastes  oreilles,  manquaient  rarement  leur  eflet  sur  les  audi- 


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SM  LA  VIE  DE  BLUGHER. 

teors  auxquels  elles  s'adressaient  ;  les  lèvres  noircies  par  la 
poudre  des  cartouches  s'entr'ouvraient,  et  un  gros  rire  pai^ 
courait  la  colonne,  tandis  que  la  mitraille  en  décimait  Im 
rangs.  Quand  au  milieu  d'une  chaude  canonnade,  il  arrêtait 
tout  à  coup  son  cheval  et  venait  allmner  sa  pipe  k  la  mèche 
au  canonnier,  la  pièce,  on  le  pense  bien,  n*en  était  pas  plvs 
mal  servie.  Vers  la  fin  de  la  campagne  de  France,  les  infiiw 
mités  de  Tàge  l'obligèrent  un  moment  de  songer  à  abandon* 
ner  aon  commandement  et  à  se  retirer  dans  les  Pays-Bas; 
mais  rame  triompha  du  corps,  et  bien  qu'incapable  de  se  tenir 
en  selle,  ce  fut  du  haut  d'une  voiture  qu'il  donna  ses  ordres 
avec  autant  de  calme  que  de  précision,  lors  de  la  dernière 
attaque  de  Montmartre.  La  gravité  allemande  de  son  état-ma- 
jor dut  être  ébranlée  à  son  apparition,  car  pour  protéger  ses 
yeux,  alors  dans  un  état  d'inflammation  violente,  le  vieux 
vétéran  avait  remplacé  le  chapeau  de  général  par  un  chapeau 
de  dame  française  orné  d'un  voile.  11  n'assista  point  à  l'entrée 
triomphante  des  souverains  dans  Paris,  sa  santé  l'en  empêcha, 
et  le  2  août  il  se  démit  du  fardeau  de  son  commandement 
militaire. 

La  paix  de  Paris  ne  l'avait  point  satisfait;  il  avait  soif 
d'humilier  la  France.  Après  avoir  goûté  la  récompense  de  ses 
services  dans  les  éloges  enthousiastes  de  Londres  et  de  Berlin, 
il  partagea  pendant  quelque  temps  sa  résidence  entre  cette 
dernière  ville  et  Breslau,  exhalant  partout  et  toujours  son  mé- 
contentement, ne  cessant  de  blAmer  les  concessions  des  alliés. 
Peu  mesuré  dans  ses  paroles,  sans  réserve  dans  le  choix  de  ses 
firéquentations,  se  mêlant  indistinctement  à  toutes  les  classes, 
il  exprimait  si  ouvertement  son  mépris  des  diplomates,  et 
spécialement  de  Hardenberg,  que,  bien  que  sans  ambition 
personnelle,  sans  aucun  motif  d'agrandissement  ou  d'intérèly 
il  se  laissa  aller  à  être  le  point  de  ralliement  d'une  petite 
fronde,  plus  propre  à  offenser  les  souverains  ou  leurs  minis- 
tres qu'à  influencer  leurs  résolutions. 

Que  Bliîcher  ait  désiré  voir  s'élever  un  nouveau  conflit 
entre  son  pays  et  la  France,  cela  parait  de  la  dernière  ivir* 


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LA  VIS  IMB  BLUCHER.  WSf 

deoce;  msd»  cpi'il  ait  pu  eapérer  à  aon  Age,  avec  ses  infirniUéi, 
diriger  encore  ea  personne  la  fortune  des  combats»  et  cela 
dans  le  seul  but  de  satisfaire  cette  vieille  rancune  qu'il  gar«> 
daît  â  Napoléon,  tout  aussi  bien  qu'à  la  nation  française, 
c'est  ce  qui  peut  paraître  iskpossible.  Très-probalement»  les 
pnijetSy  les  opinions  de  Blûcher  étaient  l'expression  de  ses 
senlîBents  plutôt  que  le  résultat  d'une  étude  profonde  siur 
réiat  politique  de  l'Europe.  Quoi  qu'il  en  soit,  ses  vues  étaient 
partagées  par  un  homne  dont  le  jugement  calme  et  l'c^jeer^- 
?alion  sagace  n'avaient  pu  subir  les  mêmes  influences,  et  qoi 
n'avait  ni  défaites  personnelles  à  réparer  ni  insultes  natio^ 
naks  à  venger.  Le  duc  de  Wellington  écrivait  à  son  frère  sir 
HaniT  Wellesley  (Gurmod,  decmber  ntk.  181i)  : 

«  La  vérité  est  que  je  crois  que  ce  pays  (la  France)  est 
teUement  ruiné,  idlement  ^uisé  par  la  révolution  et  que  le 
peuple  a  tant  souffert,  qu'il  ne  saurait  plus  exister  sans  pillage 
et  qu'il  ne  pourra  supporter  l'état  de  paix.  Si  cela  est,  com- 
ment avons^nous  laissé  se  dissoudre  la  grande  alliance  et 
pourquoi  ne  chercherions-nous  pas  comme  une  ancre  de 
^Lt  à  en  former  une  nouvelle  avec  la  Péninsule?» 

Toujours  fmnant,  jouant  ou  querellant^  Blûcher  eut  sans 
doute  continué  cette  agréable  vie,  si  un  grand  événement  ne 
tu  venu  le  rappeler  à  l'exercice  de  plus  nobles  facultés.  U  se 
trouvait  à  Berlin  quand  on  y  apprit  que  Napcdéon  s'était 
échappé  de  l'tle  d'Elbe.  Il  courut  diez  l'ambassadeur  anglais 
pour  loi  reprocher  la  négligence  de  son  gouvernement,  et  le 
jour  même  il  se  montra  dans  les  principales  rues  de  la  ville 
en  grand  uniforme  de  feld*maréchal ,  pour  indiquer  claire- 
ment qu'an  moment  d'une  guerre  prochaine  il  n'entendait  pas 
eider  à  de  plus  jeunes  chefe  ses  droits  au  poste  le  plus  hono<* 
raUe  ^  le  plus  périlleux.  Bientôt  il  fut  nommé  au  comman* 
dament  de  l'armée,  et  Gneiseneau,  son  ancien  compagnon  et 
conseiller»  revint  aussi  prendre  place  à  ses  c6tés. 

Le  duc  de  Wellington  arriva  de  Vienne  à  Bruxelles  le  5 
avril  1815.  Kleist  commandait  alors  l'armée  prussienne,  et  le 
17  seulement,  Bliicher  entrait  à  Liège.  D'après  une  lettre  de 


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996  LA  VIE  DE  BLUCHER. 

Wellington  à  lord  Clancarty,  datée  du  6»  il  parait  que  le  duc 
trouva  Kleîst  disposé,  en  cas  d'attaque,  à  se  retirer  derrière 
Bruxelles,  et  qu'il  s'opposa  vivement  à  cette  résolution  da 
général  prussien,  bien  que  lui-même,  dans  une  autre  lettre 
adressée  le  même  jour  à  lord^Batburst,  il  se  plaignit  de  ne 
pouvoir  disposer  que  de  forces  insuffisantes.  Mais  les  dr^ 
constances  politiques,  tout  autant  que  les  considérations 
stratégiques ,  déterminaient  le  duc  à  se  maintenir  en  avant 
de  Bruxelles  ;  l'événement  a  prouvé  que  Blûcher  adopta  cet 
avis,  qui  était  trop  d'accord  avec  son  caractère  pour  qu'il  ne 
s'y  rangeât  pas  facilement. 

Le  10  avril,  Wellington  écrivait  à  lord  Clancarty,  qu'il  es* 
pérait  prendre  l'initiative  vers  la  fin  du  mois  ou  au  commen* 
cernent  de  mai  ;  selon  ses  calculs,  les  alliés  devaient  à  cette 
époque  lancer  270,000  hommes  sur  la  France,  qui  ne  |M>ur- 
rait  leur  en  opposer  que  180,000  :  mais  huit  jours  plus  tard  on 
avait  dA  renoncer  à  cet  espoir,  par  suite  de  nouveaux  rensei- 
gnements sur  les  préparatifs  de  Napoléon  ;  et  le  duc  joignit  i 
l'envoi  d'un  mémoire  basé  sur  ses  premiers  plans,  les  obser- 
vations suivantes: 

«  Depuis  que  j'ai  fini  d'écrire  à  Votre  Seigneurie,  de  graves 
événements  se  sont  accomplis  en  France  ;  il  en  résulte  qae 
Napoléon  pourra  disposer  de  toutes  ses  forces  plus  librement 
que  nous  ne  le  supposions  :  et  d'ailleurs,  les  mesures  qu'il  a 
su  prendre  vont  certainement  et  promptement  augmenter  son 
armée.  D'après  les  pièces  ci-jointes,  vous  verrez  que  le  dnc 
d'Ângouléme  sera  forcé  de  quitter  la  France,  que  Napoléon  a 
rappelé  tous  les  soldats  récemment  congédiés,  c'est-à-dire 
environ  127,000  hommes,  dont  100,000  peuvent  être  immé- 
diatement employés,  et  qu'en  outre  il  a  organisé  200  batail- 
lons de  garde  nationale.  Quoique  cette  dernière  force  ne  me 
semble  pas  devoir  être  bien  formidable,  j'estime  cependant 
que  nous  nous  exposerions  à  rencontrer  une  armée  trop  égale 
en  nombre,  si  nous  persistions  à  exécuter  les  opérations  in- 
diquées dans  le  présent  mémoire.  r> 

Les  dépêches  suivantes  prouvent  en  eifet  que  le  duc  se  fài 


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LA  VIE  DE  BLCCHER.  29T 

compromis  en  ne  modifiant  pas  ses  dispositions.  Ni  l'armée 
an^aise,  ni  celles  des  autres  alliés,  n'étaient  préparées  suffi- 
samment, et  peut^tre  eût-il  suffi  d*une  mutinerie  fort  à  crain- 
dre parmi  les  troupes  saxonnes  pour  faire  échouer  les  opéra- 
tions. Plusieurs  officiers,  tant  anglais  que  français,  ont  pré- 
leiidQ  que  déi  le  cotmimneiment ^  bien  mieux  que  les  alliés» 
Napoléon  arait  toujours  été  en  état  de  prendre  l'offensive  ;  et 
que  si,  immédiatement  après  sa  réinstallation  aux  Tuileries»' 
il  eût  firaDchi  la  frontière,  ne  fût-ce  qu'avec  quarante  mille 
hommes,  il  eût  eu  beaucoup  plus  de  chances  en  sa  faveur 
qu'il  ne  lui  en  restait  au  mois  de  juin  suivant.  On  voit  en 
effet  que,  malgré  tous  ses  efforts,  Wellington  n'eut  pas  trop 
de  temps  pour  organiser  toutes  ses  forces,  composées  d'élé- 
ments si  divers ,  et  que  l'armée  qu'il  put  enfin  former  n'en 
Testa  pas  moins  bien  inférieure  en  nombre  à  toutes  celles 
qu'il  avait  jusque-là  commandées  en  Europe.  Sa  correspon- 
dance de  cette  époque  est  toute  remplie  de  son  désir  conti- 
nuel de  devancer  l'attaque  des  Français,  désir  bien  sincère- 
ment partagé  par  Blûcber,  en  même  temps  qu'elle  explique 
les  raisons  qui  le  forçaient  à  l'immobilité.  Et  ces  raisons  n'é- 
taient pas  seulement  celles  qui  inspiraient  une  si  grande  con- 
fiance à  Napoléon  ;  on  savait  partout  que  l'armée  alliée  ne 
pouvait  être  qu'un  assemblage  fort  défectueux  de  forces  hé- 
térogènes ;  on  connaissait  l'absence  de  l'élite  de  l'infenterie 
anglaise,  le  refus  de  concours  des  Portugais,  etc.,  etc.  ;  mais 
on  eût  difficilement  supposé  que  malgré  toutes  ses  instances, 
le  duc  ne  pût  faire  sortir  de  Timmense  arsenal  de  Woolwich 
que  des  envois  tardifs  et  insuffisants.  Le  6  avril»  il  demandait 
à  Londres  150  pièces  de  canon;  le  21,  il  était  réduit  à  n'en  ' 
attendre  que  k%  ce  qui,  joint  à  pareil  nombre  de  pièces  alle- 
mandes, lui  donnait  un  total  d'environ  82  pièces.  Cependant 
l'année  prusienne  avait  au  moins  600  pièces  pour  entrer  en 
campagne,  le  corps  sur  la  Meuse  en  ayant  à  lui  seul  plus  de 
200.  Le  duc  n'eut  pas  moins  de  peine  à  s'approvisionner  de 
fourgons,  de  chevaux,  de  pontons,  de  grosse  artillerie,  etc.; 
mais  outre  ces  graves  obstacles,  il  est  évident  que  ses  pro- 


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S8B  lA  VIE  DE  BLUCBBR. 

jets  d'ofiensive  étaient  encore  grandemeni  subc^donnés  aux 
mouvemetUi  des  alUé$  sur  le  hanU  et  le  bas  Rhin,  et  c'est  ce 
qu'il  exprimait  clairement  dans  deux  lettres  datées  du  2  juia 
1815(1),  la  première  adressée  à  Schwarzenberg,  et  la  seconde 
à  sir  Henri  Wellesley.  Mais  déjà  Napoléon  avait  engagé  la 
partie,  et,  au  début  du  moins,  il  la  menait  avec  une  habileté  et 
une  éneigie  dignes  de  ses  plus  beaux  jours  de  bonheur  et  de 
gloire. 

Jamais  peut-être  dans  une  grande  guerre,  cpielque  bien 
conçus  qu'aient  été  les  plans  des  généraux  et  quel  qu'ait  été 
définitivement  le  succès,  il  n'a  manqué  de  survenir  au  moment 
critique  de  l'action  un  de  ces  événements  fortuits,  une  dépA* 
che  fourvoyée,  un  ordre  mal  donné  ou  mal  compris,  une 
colonne  mal  dirigée,  etc.,  qui  dérangent  tout  à  coup  l'ordre 
immitif  des  opérations.  La  campagne  de  1815  est  loin  de  Eure 
exception  à  cette  règle.  Si  Ton  s'en  rapporte  aux  Mémoires 
dictés  par  Napoléon  lui-même,  peu  de  chefs,  dans  des  circon- 
stances aussi  difficiles,  trouvèrent  dans  leurs  lieutenants  aussi 
peu  d'obéissance  et  de  ponctualité.  Ney  et  Grouchy,  au  con« 
traire,  dans  leur  défense ,  ont  prétendu  que  jamais  chef  ne 
donna  des  ordres  plus  indécis  et  plus  contradictoires.  A  ce 
propos,  le  ci^fiitaine  Pringle,  dans  ses  exceUenies  remarques, 
qui  font  partie  de  l'appendice  à  la  Vie  de  Napoléom  par  sir 
Walter  Scott,  observe  fort  judicieusement  que  jamais  un  écri* 


(1)  «Sous  ces  circonstances  il  est  très-important  queje  sache  aussitôt  que 
possible  quand  tous  pourrez  commencer  vos  opérations,  et  de  quelle  na- 
ture elles  MronI,  et  vers  quel  temps  nous  pourons  attendre  que  vous  seres 
èniré  à  une  hauteur  quelconque,  afn  que  Je  pmitee  eommancor  es  ee 
eùté'Ci  de  Moniérs  à  avoir  Vappui  de  vos  opérëUime.  Le  mapédial  BlU- 
clier  est  préparé  et  très-impatient  de  comnencer  ;  mais  je  lui  ai  tàil  diio 
aujourd'hui  qu'il  me  paraissait  que  nous  ne  pouvitna  rien  faire  jusqu'à 
ee  que  noue  futeions  certains  du  jour  auquel  voue  commenceriez,  et  en 
général  de  vos  idées  sur  vos  opérations.  »  (Gurwood.  XII.  p.  137.) 

«  L'armée  de  Scliwarrenberg  ne  sera  toute  entière  réunie  sur  le  haut 
Rhin  qua  le  16,  tomps  veis  lequel  j'espère  que  nous  eommeaeerons.  » 
(Gurwood,  XU,  p.  i».) 


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LA  YIB  DB  BLUCHEB.  SM 

Tiîn  français,  en  parlant  d'une  bataille  perdue  par  une  armée 
française,  ne  manque  d'expliquer  cette  débite  par  ce  que 
M.  de  Las  Cases ,  par  exemple»  appelle  un  concours  inouï 
de  circonsiances  fatales. 

Non  nostrum  tanlas  componere  lltei. 

Aux  yeux  d'un  lecteur  impartial,  Grouchy,  dans  sa  justii* 
cation,  a  toutes  les  apparences  de  la  yérité.  Éridemment  cette 
fois,  comme  presque  toujours,  le  hasard  a  joué  un  grand  rftle 
dans  les  événements,  sans  pour  cela  que  Tannée  française  ail 
m  seuleâsooffirir  de  ses  caprices.  Ainsi  le  16  juin,  à  Tailinre 
de  Ii(By,  le  résultat  de  la  journée  eût  pu  être  tout  difKrent 
sans  remeur  bien  connue  qui  tint  éloigné  de  l'action  le  qua* 
triéme  corps  sous  les  ordres  de  Biûcher.  Yoici  comment  se 
tio«?e  mentionné  ce  foit  dans  un  rapport  très-circonstancié 
de  l'allemand  Plotho.  Il  dit  a  qu'un  exprès  avait  été  envoyé 
à  Bulow,  que  l'on  présumait  avoir  établi  ses  quartiers  à 
Hannut,  avec  ordre  de  faire  dès  le  matin  suivant  sa  jonction  ; 
que  ce  général  se  trouvant  encore  à  Liège,  l'ordre  fiit  laissé 
à  Hannut  sans  avoir  été  ourc.l,  comme  étant  de  peu  d'impor- 
tance, wnwiekiig  ihtinef^,  et  que  ce  ne  fut  que  le  lendemain 
à  son  arrivée  à  Hannut  que  Bulow  eut  connaissance  de  cet 
erdre.  b 

baninoiis  encore  succinctement  dans  quelles  circonstances 
BUdiar  fut  amené  à  engager  l'affaire  k  Ligny.  On  n'a  jamais 
eontesté  que  l'infianterie  prussienne  n'ait  été  admirableen  cette 
occasion  contre  les  masses  ;  mais  il  n'en  fut  pas  de  même  de  la 
cavalerie  et  de  l'artillerie.  Biûcher  luinnème  en  exprima  son 
mécontentement.  Quelque  avantageuse  que  fftt  la  position,  il 
était  clair  que  Napoléon  devait  Mre  les  plus  grands  efforts 
ponrVcnlcver  avant  la  nuit  au  vieux  guerrier  qui  roccupait. 
Une  circonstance  importante,  et  que  peu  de  relations  anglaises 
rapportent  de  cette  campagne,  c'est  que  le  duc  de  Wellington 
avait  visité  la  position  peu  de  temps  avant  le  commencement 
de  l'action,  et  que  ce  fut  en  cette  occasion  que  les  deux  gé- 
néraux en  personne  se  concertèrent  pour  leurs  mouvements 


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800  LA  VIE  DE  BLUGHER. 

futurs,  et  convinrent  d'une  mutuelle  coopération,  quel  que 
dût  être  d'ailleurs  le  résultat  de  la  première  collision.  Les 
rapports  allemands  n'ont  pas  manqué  de  rappeler  cette  entre- 
vue, dans  laquçlle  l'attention  «des  Prussiens,  dont  la  taille 
droite  était  serrée  d'un  étroit  ceinturon,  fut  attirée  par  la 
cravate  blanche  du  général  anglais,  que,  sans  son  chapeaa 
orné  d'une  cocarde  aux  quatre  couleurs  désignant  le  feld- 
maréchal  de  quatre  royaumes,  l'Angleterre,  l'Espagne,  le 
Portugal  et  les  Pays-Bas,  l'on  eût  pu  prendre  pour  un  simple 
gentleman  foisant  à  cheval  sa  promenade  du  matin.  » 

L'opinion  de  la  plupart  des  officiers  anglais  qui  ont  visité 
la  position  de  Ligny  est,  nous  le  croyons,  que  le  duc  de 
Wellington  dans  une  circonstance  semblable  aurait  employé 
un  tout  autre  système  de  défense  ;  ce  système,  adopté  par  les 
Prussiens,  les  exposait  sans  nécessité,  tandis  que  les  dispo- 
sitions des  lieux  permettaient  de  garantir  les  masses  qui 
n'étaient  pas  immédiatement  engagées  contre  le  feu  meur- 
trier de  l'artillerie  française  (1).  Gneisneau,  nous  a-t-on  assuré, 
avait  bien  reconnu  les  inconvénients  de  la  configuration  du 
terrain  pour  ses  dispositions  ;  mais  il  n'en  avait  tenu  compte, 
et  il  avait  passé  outre,  se  reposant  sur  l'expérience,  les  habi- 
tudes et  le  moral  de  ses  troupes,  qui,  comme  il  le  disait  lui- 
même,  aimaient  à  voir  l'ennemi.  Afin  de  mieux  démontrer  la 
tactique  contraire  du  duc  de  Wellington  dans  un  cas  sem- 
blable, nous  cédons  au  désir  de  citer  le  passage  suivant  d'an 
écrivain  militaire  français.  Il  est  tiré  d'un  article  sur  l'histoire 
de  l'expédition  de  Russie  par  le  marquis  de  Chambray,  inséré 
dans  le  Bulletin  universel  des  Sciences  de  1825. 

L'auteur,  dit  cet  écrivain,  compare  les  tactiques  anglaise  ei  franchie 
elles  opérations  des  généraui  Masséna  et  Wellington  en  1811.  Au  nombre 
des  propositions  remarquables  auxquelles  il  est  conduitpar  les  résultaude 
ces  comparaisons,  nous  choisirons  la  suivante  comme  eiemple  :  Lorsqu'elle 
avait  à  défendre  des  hauteurs,  Tinfanterie  anglaise  n'en  couronnait  pas 

(1)  Ces  réflexions  sont  dues  aux  remarques  d'un  excellent  critique  de 
cette  campagne,  le  général  prussien  Clausewitf. 


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LA  YIE  DE  BLUCHER.  301 

lef  crétfs,  selon  U  méthode  des  autres  nations.  Masséna  fut  repoussé  parce 
que  les  Anglais,  pour  défendre  les  hauteurs  qu'ils  occupaient,  employaient 
la  manœuvre  dont  j'ai  parlé  plus  haut  (celle  de  se  placer  à  une  cinquan- 
taine de  pas  en  arrière  de  la  crête,  en  semant  seulement  des  tirailleurs 
sur  la  pente),  ce  qui  est  préférable  à  la  manœuvre  jusqu'ici  en  usage.  Celte 
manière  de  défendre  les  hauteurs,  continue  le  critique,  n'est  pas  nouvelle; 
on  l'avait  quelquefois  employée,  mais  elle  a  été  généralement  adoptée  par 
ks  Anglais  pendant  la  guerre  d'Espagne,  et  ils  l'enseignaient  même  à 
IcQfs  troupes  en  temps  de  paix.  L'infanterie  des  autres  nations  se  place 
ordinairement  sur  la  crête,  en  vue  des  assaillants  ;  l'infanterie  française 
reste  rarement  sur  la  défensive,  et  quand  elle  a  culbuté  l'ennemi,  elle  le 
poursuit  avec  tant  d'impéluosilé  qu'elle  ne  peut  pas  toujours  conserver 
ses  rangs;  de  là  ces  revers  qu'elle  a  essuyés  dans  quelques  occasions,  rares 
tttutefms  qnand  elle  défendait  des  hauteurs;  car  dans  la  plupart  des  occa- 
sions, telles  qu'à  la  Corogne,  à  Busaco,  à  Faentes  de  Onora  et  i  Albuera, 
ce  fut  elle  qui  atUqua. 

Sans  doote,  il  y  a  une  grande  différence  entre  la  configura- 
tion locale  de  Ligny  et  celle  de  Busaco,  entre  une  colline  fia* 
mande  et  une  sierra  portugaise,  et  nous  savons  de  reste  que 
le  plus  fort  de  l'action  eut  lieu  dès  Tabord  dans  les  parties 
basses  des  villages  de  Ligny  et  de  Saint-Amand;  mais  le  prin- 
cipe qui  dit  que  Ton  ne  doit  pas  s'exposer,  n'en  reste  pas 
moins  le  même.  On  assure  que  Napoléon  étant  monté  à  che- 
val dans  la  matinée  du  18,  et  n'apercevant  que  quelques  gui- 
dons anglais,  s'imagina  que  la  division  anglaise  lui  était 
échappée,  et  qu'il  en  manifesta  son  désappointement;  mais 
que  Foy,  qui  avait  eu  une  longue  expérience  de  la  guerre  de 
la  péninsule ,  l'avertit  de  ne  pas  trop  s'en  rapporter  aux  ap- 
parences. Wellington,  ditril,  ne  montre  jamais  ses  troupes  : 
une  patrouille  de  dragons  pourra  bientôt,  au  reste,  vériBer  le 
fait;  mais  s'il  est  là,  je  préviens  Votre  Majesté  çue  Vinfanterie 
an^iaitt  m  dud  est  le  diable. 

On  connaît  l'incident  de  la  chute  de  Bliicher  sous  son 
cheval  expirant  à  Ligny,  et  le  trait  mémorable  de  dévouement 
de  son  aide  de  camp.  Les  fastes  modernes  pourraient  four- 
nir à  peine  un  exemple  d'un  trait  semblable,  et  Froissard 
même  n'a  pas  raconté  un  exploit  plus  chevaleresque  que  ce- 


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388  LA  TIB  DE  BLUCHEH. 

lui  de  Nostitz.  D'après  les  récits  prussiens ,  on  voit  qne  cette 
femease  charge  de  cavalerie  à  la  tète  de  laquelle  Blûcher 
8*était  si  dangereusement  et  si  vainement  exposé,  fut  repoussée, 
non  point  avec  le  sabre,  mais  avec  la  carabine,  la  cavalerie 
française  attendant  pour  tirer,  et  se  tenant  ferme  à  ses  rangs. 
Nos  jeunes  officiers  pourront,  s'ils  le  veulent,  regarder  cette 
méthode  comme  un  vieux  procédé  plus  digne  des  cuirassiers 
da  seizième  siècle  que  de  ceux  de  notre  époque.  Toutefois, 
cette  même  méthode,  employée  par  la  cavalerie  française  sous 
les  ordres  de  Grouchy  dans  une  affaire  près  de  Namur  le  19, 
fut  suivie  du  même  succès. 

La  victoire  restait  à  Napoléon  ;  mais  Blûcher,  au  lieu  de  se 
retirer  sur  Namur,  maintenait  avec  ténacité  ses  communica- 
tions avec  Tarmée  anglaise  ;  et  précisément  comme  il  avait 
été  convenu,  il  fit  sa  retraite  sur  Wavre  ;  en  sorte  que  jamais 
armée  battue  ne  se  rallia  plus  vite  et  plus  heureusement. 
Blûcher  fut  transporté  dans  une  chaumière,  d'où  il  dic- 
tait et  envoyait  ses  ordres ,  l'esprit  toujours  inAranlaUe  et 
plein  de  confiance,  le  corps  accablé  et  brisé.  Pendant  que  le 
chirurgien  pansait  ses  blessures,  il  demanda  de  quelle  nature 
était  le  Uniment ,  et  comme  on  lui  dit  que  c'était  de  reau-<le- 
vie,  il  exprima  l'opinion  qu'une  dose  intérieure  serait  bien 
plus  efficace.  Aussitôt ,  ayant  fait  apporter  de  l'ean-de-vie 
qu'il  mêla  avec  du  Champagne,  il  adressa  ces  paroles  an  cour- 
rier qui  allait  partir  avec  ses  dépêches  :  «c  Dites  à  Sa  Hijesté 
doê  ich  hotte  kaltnackgttrunkenj  et  qu'en  censéquence,  tout  ira 
bien.  i>Son  ordre  du  jour  pour  le  17,  après  quelques  réflexions 
sur  la  conduite  de  la  cavalerie  et  de  l'artillerie,  se  terminait 
ainsi  :  «  Je  vous  conduirai  de  nouveau  à  l'ennemi,  et  nous  le 
battrons;  il  le  faut.  » 

Le  18,  il  se  remit  en  selle  à  la  tète  de  la  division  de  Bulow 
nouvellement  arrivée,  et  le  défilé  de  Saint-Lambert  retentit 
de  ce  cri  de  ytierre  devenu  son  sobriquet  :  En  wamt!  Bappe- 
lant  à  ses  troupes  que  la  pluie  de  la  journée  de  Katzbath  leur 
valait  un  surplus  de  provisions  de  poudre,  il  ajouta  que 
d'ailleurs  il  avait  promis  aux  Anglan  d'aller  à  leur  secours  : 


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LA  TIE  BE  BtDCHBK.  808 

il  tint  noMement  cette  promesse,  nous  serions  ingrats  de  ne 
pad  le  reconnattre,  qnoiqne  nous  ne  puissions  souscrire  à  toft- 
tes  ces  théories  françaises  ou  prussiennes ,  qui  attribuent  ait 
maréchal  Blûcher  le  mérite  d'avoir  sauvé  l'armée  anglaise 
d'une  défoite  certaine,  comme  si  cette  armée  n'avait  pas  sans 
ses  alliés  repoussé  toutes  les  attaques  et  détruit  la  cavalerie 
de  Napoléon.  Aucune  prévision  d'un  résultat  aussi  désastreux 
ne  rint  à  l'esprit  de  ceux  qui  entouraient  le  duc  de  Welling- 
ton. Des  officiers  de  son  état-major,  ceux  qui,  étant  blessés, 
quittèrent  le  champ  de  bataille  avant  la  fin  de  la  bataille,  le 
firent  sans  éprouver  aucune  anxiété  pour  la  sûreté  person- 
nelle de  celui  qu'ils  laissaient  derrière  eux.  Ses  domestiques, 
qui,  dans  le  village  de  Waterloo,  eurent  l'occasion  d'être  té- 
moins des  incidents  qui,  dans  une  journée  semblable,  se  pas- 
sent à  l'arrière-garde  (incidents  plus  terribles  peut-être  que 
la  bataille  elle-même  pour  ceux  qui  ont  les  nerfs  délicats), 
connaissaient  bien  leur  maître.  Les  moMtÉuvrei  de  la  cuisine 
furent  ordonnées  avec  autant  de  précision  qu'elles  peuvent 
l'être  à  la  caserne  de  la  garde  à  pied  dans  le  palais  de  Saint- 
James.  Quelle  que  fût  la  confusion  dans  l'avenue  de  Soignies, 
il  n'y  en  eut  aucune  dans  le  service  de  la  table  du  duc,  et 
l%onneur  du  Yatel  de  sa  maison  demeura  sans  tache  oonune 
le  sien. 

Mais  si  le  duc  revint  profiter  du  dtner  préparé,  ce  ne  fut 
pas  qu'il  évitât  d'exposer  sa  personne.  Nous  ne  doutons  pas 
davantage  du  sang-froid  de  Bonaparte  devant  le  feu;  mais 
quoique  dans  cette  grande  journée  ces  deux  capitaines  ne  se 
soient  pas  rencontrés,  nous  ne  nierons  pas  qu'ils  n'aient  été 
plus  d'une  fois  près  l'un  de  l'autre  sans  se  voir.  Tout  ce  que 
nous  pouvons  affirmer,  c'est  que  le  duc  de  Wellington,  après 
avoir  eu  plusieurs  officiers  tués  à  côté  de  lui ,  échappa  en- 
core au  danger  de  périr  d'une  chute  de  cheval.  II  était  resté 
seize  heures  en  selle,  lorsque  tout  à  coup  le  fameux  Copen- 
hague^ comme  s'il  avait  eu  la  conscience  de  la  fin  de  ses 
campagnes,  s'abattit  d'une  façon  qui  faillit  être  aussi  funeste 
à  son  cavalier  que  l'avait  été  à  Guillaume  III  le  même  acci- 


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soi*  LA  VIE  DE  BLCGHER. 

dent  arrivé  au  petit  gentleman  en  velours  notr,  comme  les  jaco- 
bites  appelèrent  longtemps  le  coursier  du  monarque,  objet  de 
leur  haine. 

Il  ne  fallait  pas  espérer  que  les  deux  peuples  alliés  se  fissent 
deux  parts  égales  de  leur  gloire.  Heureusement  pour  le  mo- 
ment, elles  continuèrent  à  s'entendre  admirablement  pour 
continuer  les  opérations  de  la  campagne.  Les  deux  généraux 
surtout  furent  parfaitement  d'accord  ;  mais  ce  qui  nous  a  un 
peu  surpris,  c'est  qu'un  historien  anglais,  M.  Alison ,  vienne 
de  terminer  ses  dix  volumes  par  une  censure  qui,  si  elle  était 
méritée,  amoindrirait  un  peu  les  talents  militaires  déployés  à 
Waterloo  et  par  le  duc  de  Wellington  et  par  le  maréchal 
Blûcher.  Selon  lui,  tout  battu  qu'aurait  été  Napoléon,  il  aurait 
bien  mieux  manœuvré  que  ses  vainqueurs  «l)- 

Plus  d'une  épée  rentra  malgré  elle  dans  le  fourreau  après 
la  convention  de  Saint-Cloud;  mais  ce  fut  surtout  celle  da 
général  qui  aurait  préféré  entrer  par  un  assaut  dans  la  ville 
de  Paris.  Retenu  comme  il  le  fut  par  les  tètes  plus  froides  et 
l'esprit  moins  vindicatif  des  souverains  qu'il  servait ,  ainsi 
que  par  l'homme  supérieur  à  lui  dont  il  partageait  le  succès, 
Blûcher  aurait  au  moins  vouhi  signaler  son  retour  sur  les 
bords  de  la  Seine  en  faisant  sauter  le  beau  pont  d'Iéna  (2]. 

(1)  Note  du  directblr.  L'histoire  de  M.  Àlison  est  le  sujet  d'ane  vio- 
lente rérutalion  en  plus  dé  20  pa^es.  il  paraîtrait  que  la  Vie  de  Blûcher 
ii*a  été  qu'un  prétexte  pour  que  le  publiriste  tory  ameiiAt  ici  une  longue 
dissertation  tendant  à  prouver  que  la  bataille  de  Waterloo  t  été  gignée 
selon  les  règles.  Si  nous  supprimons  U*  ho  s-d*œuvre  de  cet  article,  ce  n'est 
pas  que  nous  pensions  que  la  rt^putation  militaire  de  Napoléon  «il  rien  à 
y  perdre;  mais  nous  devons  publier  une  suite  aux  deux  |  riM<i  ■•«  riides 
de  l'Histoire  militaire  de  Wellington,  et  nous  réservons  nos  Mip,. rissions 
d'aujourd'hui  pour  en  faire  usag«>aii  besoin. 

/2  Dans  la  corre.spondnnce  aujourd'hui  publique  du  duc  de  Welling- 
ton se  trouve  une  longue  scorie  de  lelires  au  su  et  de  ce  pont.  Nous  n'en 
citerons  que  deux  : 

Paris,  9  juillet  ISltf. 
«  Mein  lieber  fust, 

'    >  Les  dcui  sujets  sur  lesquels  lord  Castlereagh  et  moi  nous  nous  sommei 


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LA  TIB  DB  BLCCffBE.  305 

Sa  eolère  s'exhala  comme  d'ordinaire  par  d'amers  sarcasmes 
contre  tonte  la  race  des  hommes  de  plame  et  des  politiques. 
n  tronva  aossi  qaelqoes  distractions  dans  le  vice  du  jeu.  Sous 
Bonaparte  et  jnsquà  Louis-Philippe,  on  sait  que  rien  n'était 
phis  fecile  que  de  s'y  Hyrer  dans  la  capitale  de  la  France.  De 
pareilles  distractions  ne  pouvaient  que  favoriser  la  rapide 

eotretenus  ee  malin  avec  Votre  AUaMe  et  le  général  comte  Gneifenau,  k 
«noir  :  la  dcttniction  du  pont  d'Iéna  et  la  levée  d'une  contribution  de 
tml  millioDfl  de  frana  sur  la  fille  de  Paris,  me  paraissent  si  importants 
pour  les  alliés  eu  général,  que  je  ne  puis  m'empècher  d'y  appeler  encore 
l'aitcntîM  de  Votre  Altesse  par  cette  lettre. 

>La  destruciion  du  pont  d'Iéna  est  trés-désagréable  au  roi  et  au  peuple 
de  Paris  :  il  peut  en  résulter  des  troubles  dans  la  fille.  Ce  n'est  pas  seu- 
lement une  mesure  militaire,  mais  une  mesure  politique  qni  peut  influer 
snr  Je  caractère  de  nos  opérations.  Vous  ne  l'avex  ordonnée  que  parce  que 
le  pont  est  considéré  comme  un  monument  de  la  bataille  d'Iéna,  quoique 
le  gottf  ernement  consente  à  changer  le  nom  du  pont. 

>Eb  considérant  le  pont  comme  un  monument,  je  vous  demande  la  per- 
nisMon  de  tous  foire  observer  que  nous  ne  pourrions  le  détruire  sans  man* 
qioer  à  la  promesse  faite  par  nous  aux  commissaires  français  pendant  les 
oégociatîons»  que  toute  décision  sur  les  monuments,  les  musées,  etc.,  serait 
réservée  aux  souverains  alliés. 

>  Tout  ce  que  je  demande,  c'est  que  l'exécution  des  ordres  donnés  pour 
la  destruction  du  pont  soit  suspendue  jusqu'à  l'arrivée  des  souverains  ici. 
âlofs,  s'y  est  convenu,  d'un  commun  accord,  que  le  pont  doit  être  détruit» 
je  n'aarai  plus  d'objection. 

»  Agrées,  Wbllugton.  » 

•  Paris,  ce  10  juillet  1815,  à  neuf  heures  du  matin, 

c  Mein  lieber  furst, 
•Le  dîner  est  chex  Vérj,  aujourd'hui  à  six  heures,  et  j'espère  que  nous 
passerons  un  journée  agréable. 

•  Je  viens  de  recevoir  la  nouvelle  que  les  souverains  arrivent  aujourd'hui 
à  Bondy»  et  des  ordres  d'y  envoyer  des  gardes,  etc.,  etc.,  ce  que  je  fais, 
ie  crois  qu'ils  ne  s'arrêteront  que  quelques  heures  à  Bondy  et  qu'ils 
poomont  arriver  ce  soir. 

»  Agrées,  WKixmoToif.  » 
Le  maréchal  prince  Blûcher. 
(Cette  lettre  est  en  français  dans  la  correspondance  du  duc) 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XI.  30 


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806  LA  TIB  DE  BLDCaiER. 

décadence  de  son  inieHlgeace  et  de  sa  santé  pStysiqne,  tors- 
qu'im  accideat  vint  encore  b  bâter.  Une  gamison  an^^aîse 
sans  une  oourse  de  chevaux  serait  presque  une  chose  contre 
nature.  U  y  eut  donc  une  course  à  Saiot-Gloud.  Blûcher»  qm 
avait  la  vue  tràs-courie»  se  heurta  tourdement  contre  une 
corde,  et  l'effet  de  sa  c^ute  fut  de  lui  donner  des  halinana- 
tiens  dont  quelques-unes  étaient  assez  curieuses  pour  £aire 
sourire  les  personnes  qui  compatissaient  le  plus  sincèrement 
au  triste  spectacle  de  cette  ruine  vivante. 

Les  attraits  de  Paris  anraient  pu  séduuie  le  vieux  général, 
sans  la  haine  qu'il  ressentniit  pour  ses  habitants.  Il  araiC  son 
quartier  général  à  Sainl^loud,  et  il  le  transféra  par  occasion 
à  Rambouillet  et  à  Chartres.  Bientôt  les  préliminaires  de  la 
paix  de  Paris  lui  permirent  de  retourner  en  Prusse.  Il  n'at- 
tendit même  pas  la  ratification  de  toutes  les  signatures.  Ses 
adieux  à  son  armée  portaient  la  date  du  31  octobre  1815.  Il 
mit  en  marche  ceUes  de  ses  troupes  qui  devaient  passtt  la 
frontière;  mafis  en  chemin  ayant  entendu  perler  de  quelques 
difficultés  diplomatiques,  il  prit  sur  lui  de  feire  faire  une  halte 
qui  ne  laissa  pas  que  tTembarrasser  les  souverains.  Il  fiallut 
qu'un  ordre  positif  lui  fût  transmis  de  Paris  pour  qu'A  se  rendit 
aux  quartiers  qui  lui  étaient  indiqués  par  le  roi  de  Prusse.  La 
paix  fot  enfin  signée  le  20  novembre  :  ce  Jaur-U  seulement  BUh 
cher  entra  à  Âix-la-Chapelle.  Il  y  arrivait  d^ns  un  triste  étnt 
de  santé.  Il  oontîmia  très-lentement  son  retour  à  Berlin,  retardé 
par  de  fréquentes  haltes  et  aussi  par  toutes  les  bnyantes 
démonstrations  dont  on  Tentourait  sur  son  passjige. 

Il  semblait  que  Blûcher  n'avait  plus  que  quelques  jours  à 
vivre  :  la  hieur  de  la  lampe  ne  jetait  plus  qu'une  faible  et 
vacillante  clarté.  Il  se  survécut  cependant  encore  i  lui-même 
pendant  quatre  ans.  En  iSli,  le  roi  4e  Arasée  lui  avait  donné 
un  domaine  à  KUsbhmts,  «n  Silésie;  il  y  résida  piî&apal^ 
ment,  mais  en  allant  quelquefois  à  Brestam  et  à  Berlin.  Un 
voyage  qu'il  fit  aux  bains  de  Dobberon  par  ordre  des  méde- 
cins, lui  fournit  l'occasion  de  visiter  Bostock,  le  lieu  de  sa 
naissance,  ci  il  TeconmH  et  accueillit  avec  une  toudiante 


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LA  VIE  DE  BLUGHEB.  307 

ai&bilité  quelques  vieilles  connaissances  de  ses  jeunes  années. 
Il  passa  quelques  heures  à  Hambourg  et  à  Altona ,  et  voulut 
s'arrêter  ensuite  au  cimetière  d'Oltenfen,  oîi  reposent  les  cen- 
dres de  Klopstock.  Il  avait  connu  personnellement  le  poète, 
et  â  l'aspect  de  la  terre  de  son  dernier  sommeil  il  découvrit 
sa  tête  blanche ,  hommage  du  soldat  à^la  muse  nationale  qui 
eût  feit  sourire  son  premier  patron  Frédéric  le  Grand.  Il 
rendît  aussi  v«ite  à  la  ve«ve  de  Hopsieck,  qui  ««[oellte  ooca- 
sion  fit  sauter  le  liège  d'une  bouteille  de  Tokay  que  trente 
ans  auparavant  le  poëte  lui  avait  recommandé  de  garder  pour 
qaelqae  fête  extraordinaire.  Ces  petits  incidents  ont  leur 
prix  dans  la  vie  des  capitaines.  L'estime  de  Napoléon  pour 
OsfiitD  et  celle  de Blitc^er  po«r  kpoévede  laMemMetyùns 
TSfféMaïi  ce  respect  povr  la  dBaisteié  des  vienges  qfi^om  attri- 
fanût  îadii  m  roi  des  ammaiix.  Apote  avoir  meMUoimé  ce 
ciUe  éà  gnemer  pour  1b  pocie,  nous  ne  crejoias  pas  ^èl- 
néoeflsûre  de  oîter  tous  les  iiometn»  qm  le  géftécal  fruasiea 
reçut  ki-mêne  «de  4ant  de  rois,  de^brasgOMstres  et  d'ofS- 
rim  maairip^iT 

Hmiê  Avoitt  dk  «que  Binofaer  Ad  um  éùnsmax  lénengique  et 
&eîle;  mb  iafinee  aœarent,  de  pins,  qu'il  était  né  «imtaiir. 
lÉiBies  kejMfMÉs^et  jasqu'âsoB  denûer  ^our  il  aima  la  table], 
c'était  m  liestor  par  aen  ftge  «oMMae  par  aes  hanmewce  et 
ses  IngB  técàÉm  ;  œpeadant  son  Idèfaat  >de  mémoire  qaaot 
atK  date  aarait  «a  pea  •emboacasBé^le  sténographe 'fai  eàt 
iwita  AfaaflDBttiie  aes  fanilee  d  fa  paifémté.  il  «fanatt 
JQBtioe  an  géoénd  fiaeÎBtnan  et  à  lui  attribuer  une  gcMde 
partdana  aeecapieitsinilitaireB.  Uajonr  ilpropeita  ane  espèce 
d'^éaipae  i^  &  ouvrir  de  ^aada  yeu  à  «es  caBvtves  i  car 
josteaieBtiS  anaam^  i'tnéenÉîaa  de  «  haàMr  aa,preffire  iéte.  » 
Décidément,  fOBiaiU)*, le  générai  ï^atoatàhAp^due; màà 
il  ee  ieva  et  alla  ambraaier  la  ièie  de  GaeiieBiaa. 

Sa  dernière  maladie  eut  lieu  en  1819,  au  mois^de  septembre. 
Le  rai  vint  Je  vmr  àtSoatUt  de«M>I^t  ;il  mttuiait  4:aL»ie  cAréoi** 
gaé  daw  les  «ras  de  MO  &iàle«îée  de  «wqp  Keatiit. 

«Jwarfwly  Rwmt.) 


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Mptnrs  ^xvstccratiqnts. 


LES  CHASSEURS  ANGLAIS  EN  1842  (i). 


La  pratique  et  la  théorie  ont  été  longtemps  ennemies  jurées. 
Jadis  tous  les  individus  qui,  par  passe-temps  ou  par  intérêt, 
s*adonnaient  à  une  spécialité,  professaient  un  souverain  mé- 
pris pour  les  livres.  Un  savant  se  décidait-il  à  révéler  au 
monde  les  résultats  de  ses  travaux,  il  ne  s'adressait  qu'à  un 
public  d'élite,  il  se  servait  d'une  langue  inconnue  au  vulgaire. 
La  génération  actuelle  est  moins  vaine  et  plus  généreuse.  Le 
nombre  des  auteurs  égale  presque  maintenant  celui  des  lec- 
teurs. Non-seulement  chacun  cherche  à  s'instruire,  mais  cha- 
cun veut  se  foire  professeur  à  son  tour.  Certains  écrivains 
éprouvent  même  un  tel  besoin  d'être  utiles  à  leurs  semblables, 
qu'ils  ne  reculent  pas  devant  la  pénible  tâche  d'enseigner 
des  choses  qu'ils  ignorent  ;  aussi  n'existe-t-il  plus  aucun  art 
—  en  prenant  ce  mot  dans  son  acception  la  plus  étendue  — 
qui  n'ait  été  l'objet  d'un  traité,  d'un  essai,  ou  tout  au  moins 
d'un  article  de  Revue  et  de  journal.  Les  souverains  de  la 
librairie  britannique  payeront  bientôt  la  découverte  d'un 
sujet  nouveau  plus  cher  que  les  monarques  de  l'Orient  l'in- 
vention d'un  plaisir  inconnu  à  leurs  prédécesseurs. 

La  chasse  ou  le  iport  ne  pouvait  pas  échapper  à  cette  loi 

(1)  Voir  dans  la  Revue  Britannique  (octobre  et  novembre  1840)  deui 
articles  sar  les  Chaaeuu  flrançaii^  et  dans  le  numéro  de  janvier  1841,  un 
article  intitulé  Nemrod  en  Allemagne» 


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LES  CHASSEUBS  ANGLAIS  EN  1842.  909 

commune.  En  1780,  la  Monthly  Revieu)  —  la  plus  redoutable 
autorité  de  cette  époque  —  critiquait  avec  une  impitoyable 
sévérité  un  petit  livre  sans  prétention,  récemment  publié  sous 
le  titre  modeste  de  Penséeê  êur  la  chasse^  lettres  familiéreê  à  un 
mm.  Dans  cet  article  le  iport  était  encore  plus  maltraité  que  le 
gentilhomme  provincial  qui  avait  eu  Timpertinente  audace  de 
traiter  nn  pareil  sujet.  Cette  diatribe  injuste  ne  produisit  pas 
l'effet  qu'en  espérait  vrabemblablement  son  auteur.  On  con- 
tinua de  chasser  comme  par  le  passé  ;  loin  de  se  calmer,  cette 
passion  s'exalta;  le  livre  de  M.  Beckford  obtint  même  un  tel 
succès  qu'il  fiit  réimprimé  quatre  ou  cinq  fois,  et  suivi  d'une 
multitude  innombrable  de  peni^M,  de  remarquée  et  de  ri- 
fUxùms  sur  la  chasse,  le  tir  au  fusil,  l'équitation  et  la  pèche. 
Faot41  recommander  quelques-uns  de  ces  ouvrages  aux  véri- 
tables amateurs,  nous  n'aurons  que  l'embarras  du  choix  : 

Partiei  de  ehaue  de  Nemrod  {M.  Jpperley).  Nimrod's  hunting 
touTS.  In-8^  Londres,  1838  (i). 

IngtructioM  atix  jeunes  chasseurs  pour  tout  ce  qui  concerne  les 
fiuils  et  le  tir  au  fusil,  par  le  lieutenant  col.  P.  Uawker.  Instruc- 
tions to  young  sportsmen  in  ail  that  relates  to  guns  and  shooting. 
Huitième  édition,  in-8%  Londres,  1838. 

Scènes  de  chasse  et  caractères  provinciaux ,  par  Martingue, 
Sporting  scènes  and  country  characlers  (avec  de  nombreuses  gra- 
vures sur  bois)  ;  in-8*,  Londres,  i840. 

Encyclopédie  des  chasses  rurales,  ou  Traité  complet,  histori- 
que, pratique  et  descriptif,  de  la  chasse,  du  tir  au  fusil,  de  la  pèche, 
des  courses  de  chevaux  et  des  autres  plaisirs  de  la  campagne  et  des 
amusements  corporels  de  l'époque  actuelle;  par  Delabbrs-Blaire, 
esq.,  avec  600  gravures  sur  bois.  Londres,  in-8<>,  ]840.^An  Ency- 
dopœdia  of  rural  sports,  etc.  Excellent  manuel. 

La  hruyére  et  le  lac  ;  par  John  Colquhoum,  esq.,  seconde  édition, 
in-S^  Londres,  184]«  The  moor  and  the  loch. 

Nous  en  passons  et  des  meilleurs,  comme  dit  Hernani  ; 

(i)  Voir  sur  ee  personnage  célèbre  une  note  de  la  Revue  Britannique 
an  mois  d'octobre  1840,  page  347. 


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8ft0  IMS  CHASSEDBft  ANfiUUJS  EN  18^2. 

Huds  cette  liste^est  déjà  suf&aauBeDi  longve.  Qua  ceux  de  dos 
lecteurs  qui  désirent  connaître  à  fond  toutes  les  règles  de 
l'art  dtt  sport  étudient  doac  avec  Tattention  qu'elles  néritent 
ces  œuvres isimortelles  des  grands  maîtres.  Biainell  Martin- 
(alel!  Kemrodll  CoUpihounill  et  qu'ils  profitent  de  leurs 
kçons  l  De  tellespuissamces  ne  sont  pas  faites  pour  un  pauvre 
diaMe  de  critique,  qui  n'a  d'autre  ressource  que  son  travail 
de  chaque  jour.  Cessez,  donc  de  le  tenter  par  vos  sédaisantes 
promesses ,  perfides  magiciens  l  ]i  aura  le  courage  de  vous 
résister,  et  s'il  consent  à  ouvrir  vos  livres  enchanteurs»  ce  sera 
seulement  dans  l'errance  d'y  trouver  des  motife  de  conso- 
latiofi  en  y  glanant  çà  et  la  quelcpies  esquisses  de  mœurs. 

La  vue  de  ces  somptueux  édifices  dans  lesquels  voa  pria- 
cîpaux  disciples  ont  logé  leurs  meutes  et  leurs  chevaux  sufi- 
rait  pour  adoucir  d'abord  l'amertume  de  ses  regrets.  N'esl-ce 
pas,  en  effet,  un  spectacle  vraiment  humiliant  de  voir  des 
èeorles  pi»»  éléganles^  plus  eomfortables  que  dey  palais; 
des  chiens  et  des  chevaux  élevés  arec  plus  de  9oîn  et  de  dé- 
pcinses  que  les  enfiwrts  de  leur  maître,  mieux  traités  sous  tous 
tesr  reporta  que  les  hôtes  du  ch&teaufLa  passion  de  la  chasse 
t6i  une  passion  terrible;  elle  absorbe  toutes  les  autres  pas- 
sions; elle  étouffe  dans  le  cœur  de  l'homme  dont  elle  a  &it  sa 
victime  tous  les  sentiments  tendres,  généreux,  délicats,  élevés, 
que  la  nature  avait  eu  la  prévoyance  d'y  déposer  en  germe. 
On  a  même  vu  des  sportsmen  donner  à  la  chasse,  au  moment 
de  leur  mort,  leur  dernière  pensée.  M.  Shafto,  le  plus  in- 
trépide collègue  des  chiens  du  chikteau  de  Raby,  se  rendait 
un  jour  en  Irlande  avec  un  de  ses  amis.  Une  tempête  éclata 
pendant  laquelle  le  naviru  courut  risque  de  se  perdre  contre 
un  écueil.  Un  moveat  même  le  Capitaine  avertit  les  deuaLaad- 
heureui  passagers  qu'ils  n'avaient  plus  que  le  temps  de  se 
préparer  à  la  mort,  a  Bb  qMit  s'éeriïi  M.  Bfaafto  en  poussant 
un  profond  soupir,  je  ne  pourrai  plus  chasser!  » 

L'anecdote  suivante,  empruntée  au  même  écrivain,  n*est 
pas  moins  caractéristique.  «  Nous  déjeunions,  dit  Nemrod, 
au  château  de  Raby,  lorsque  lord  Darlington  (  le  duc  de  Oe- 


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U»  CaâflSBDU  JJfUAS  BS  ISkS.  811 

yiéuid  adoel)  entra  (fatat  la  aaUe  à  auaiger.  A  pând  si  on  le 
•alva  eÉ  â  on  lai  demanda  des  noorelleft  de  sa  santé  :  «  Com- 
ment ae  porte  Will  f  lui  crièrent  quatre  ou  cîiiq  eonvires  à  la 
fois  (Will  était  un  piqueur  qui  s'était  blessé  assez  i^èvement 
la  veîUe  en  toaibant  de  cheval). — Je  riens  de  passer  quelques 
instants  auprès  de  hii^  répondit  lord  Darlington  ;  il  a  eu  une 
trèa-mauvawe  nuit  ;  j'espère  qu'il  ne  tardera  pas  i  se  rétablir  ; 
nMÎs  je  n'ai  pu  m'empècher  de  sourire  quand  il  m'a  dit  qu'il 
ferait  Yraiseurfiltthlement  en  état  de  chasser  mercredi.  Il  m'a 
anan  demandé  si  les  ymz  d$  Idghtning  iîaittU  mains  wialades^ 
«I  «ommenl  Rufiàê  §t  Mortiner  atcdmâ  mangé,  y»  Le  duc  de  Cle- 
Telandy  nous  devons  le  dire  à  sa  justification,  a  une  telle 
passion  pour  la  chasse  qu'il  ne  peut  s'empéeher  de  courre  le 
lenard  au  moins  six  jours  par  semaine.  Tous  les  matins  ses 
damesUques  déposent  un  habillement  complet  chez  tous  les 
aubergistes  des  environs*  Son  Excellence  ne  rentre  j»nais  au 
di&teaii  à  cheval  et  avec  son  costume  de  chasse.  Une  voiture 
i  quatre  chevaux  va  l'^endre  à  la  porte  de  l'auberge,  où  elle 
fui  sa  toilette  du  soât •  Un  coup  de  canon  tiré  de  l'extrémité 
du  parc  annonce  son  retour.  Quaad*elle  rentre  au  château,  le 
dtoer  est  déjà  servi,  et  on  se  met  immédiatement  à  table. 

«llylord»  demandait  un  jour  l'auteur  des  Parties  de  diasse 
au  duc  de  Gleveland,  votre  chenil  n'est-îl  pas  trop  rapproché 
de  votre  chftteani  les  mauvaises  odeurs  de  la  cuisine  ne  pé- 
aiétreni-elles  pas  quelquefois  dans  le  salon  ? 

-—  Gela  se  peui^  répondit  Son  Excellence;  mais  nous  ai- 
mons trop  passionnément  la  chassa  pour  nous  inquiéter  de 
pareitles  choses.  » 

Malheur  doncl  trois  et  quatre  fois  malheur  à  la  pwvre 
fimme,-**  mare,  épouse,  sceur  ou  fille,-*qnî  laisse  échapper  en 
présence  d'un  chasseur  quelques  signes  de  mauvaise  humeur  I 
On  racontait  devMt  Neaarod  les  infortunes  d^un  gm^timan 
dent  la  femme  détestait  la  race  canine.  Son  mari  lui  ayant 
amtmfi  uao  meute  qu'il  venait  d'acheter,,  elle  eut  aussitôt  une 
uiolante  attaqua  de  nerfis  et  elle  ne  reeouvra  l'usage  de  ses 
que  lorsque  les  chiens  eureni  été  renvoyés  à  leur  an<- 


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312        LES  CHASSEURS  ANGLAIS  BU  1812. 

cien  propriétaire,  a  Si  ma  femme  se  conduisait  ainsi,  s'écria 
M.  Corbet,  qui  avait  écouté  attentivement  ce  récit,  je  n« 
Tembrasserais  pas  qu'elle  n'eût  jeté  son  bonnet  de  nuit  en 
Tair  et  crié  tayau.  » 

Lady  Londonderry  partage,  à  ce  qu'il  paraît,  la  même  an- 
tipathie, car  elle  s'est  attiré  les  reproches  d'un  de  ses  voisins» 
grand  amateur  de  chasse.  <c  J'étais  furieux  contre  Son  Excel- 
lence, écrivait  M.  R.,  et  je  l'avouai  l'autre  jour  à  ma  femme; 
elle  ne  peut  pas  entendre,  dit-elle,  les  aboiements  des  chiens. 
N'est-ce  pas  honteux?  son  père  était  pourtant  un  si  excellent 
chasseur  I  Quoi,  la  fille  de  sir  Harry  Yane  Tempest  ne  pour- 
rait pas  supporter  les  aboiements  des  chiens.  Fil  quelle  hor- 
reur I...  je  ne  retournerai  jamais  dtner  i  Wynyard-Park.  » 

Toutes  les  femmes  mariées  à  des  cliasseurset  assez  heureuses 
pour  posséder  quelques  épargnes  devraient  suivre  l'exemple 
que  leur  a  donné  Mrs.  Ward  du  Hampshire.  Il  y  a  quelques 
années,  à  la  suite  d'une  longue  crise  industrielle  et  commer- 
ciale, M.  Ward  annonça  à  sa  femme  qu'il  craignait  d'être 
forcé  de  se  défaire  de  sa  mente,  ce  Attendez  encore,  lui  ré- 
pondit-elle, les  affaires  vont  peut-être  reprendre  bientôt.  » 
Peu  de  jours  après  cette  conversation,  il  alla  chez  son 
banquier,  qui  l'avertit  qu'u|i  amateur  de  la  chasse  au  renard 
avait  déposé  la  somme  de  1,000  £à  son  crédit. — Cet  amateur 
était  Mrs.  Ward, — cette  somme  le  montant  de  ses  économies 
particulières.  «  Retenez  bien  cette  anecdote,  femmes  mariées, 
et  qu'elle  vous  serve  de  leçon  —  c'est  Nemrod  qui  parle  :  — 
si  vous  désirez  conserver  l'affection  de  vos  époux,  encoura- 
gez et  ne  contrariez  pas  leurs  passions  favorites.  Votre  beauté 
passera,  vos  charmes  tomberont  un  à  un  sous  la  faux  meur- 
trière du  temps,  mais  votre  généreuse  conduite  ne  sera  ou- 
bliée que  dans  Ja  tombe.  » 

Certaines  femmes  anglaises  ne  se  contentent  pas  d'encou- 
rager les  passions  de  leurs  époux,  elles  veulent  encore  les 
partager:  montées  sur  d'élégants  coursiers,  elles  s'élancent 
à  leurs  c6tés  à  la  poursuite  du  renard.  Le  récit  de  la  scène 
suivante  est  emprunté  à  Nemrod  : 


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LES  CHASSEURS  ANGLAIS  EN  18b2.        313 

J'éliis  astts  daus  un  coin  du  grand  salon  de  Baby-Castle,  tran- 
quillement occupé  à  achever  une  lecture,  lorsque  la  porte  s'ouvrit 
avec  fracas,  et  on  annonça  M.  Uodgson.  En  effet,  Tommy  Hodgson, 
franchissant  le  seuil  de  la  porte^  s'avança  d'un  pas  lent  vers  son 
naitre,  et  loi  présenta,  sans  mot  dire,  la  liste  des  chevaux  de 
chasse  en  état  de  service.  Alors  s'engagea  entre  eux  la  conversation 
suivante,  véritable  modèle  de  laconisme  : 

~ MoUe  est- il  prêt?  dit  le  marquis.  —  Oui,  mylord,  répondit 
le  groom. 

—  Alors  je  le  monterai.  —  Oui,  mylord. 
-*  Bergami  aussi  ?  —  Oui,  mylord. 

—  Bidr,  Swing  f  —  Oui,  mylord. 

—  Will,  Salopian?  —  Oui,  mylord. 

—  Lady  Gleveland,  Raby?  —  Oui ,  mylord. 
»  £dward,  le  Curé?  —  Oui^  mylord. 
^Lady  Arabella,  la  Duchêue?  —  Oui,  mylord. 
-*  Est-ce  tout?  —  Oui,  mylord. 

Les  ministres  de  TEglise  établie  ne  se  font  aussi  aucun 
scrupule  de  courre  le  renard.  Nous  lisons  ce  qui  suit  dans  le 
journal  du  duc  de  Gleveland  :  a  Je  ne  dois  pas  oublier  de 
mentionner  que  le  Rév.  J.  M.  s'est  plus  distingué  aujourd'hui 
sur  sa  jument  grise  que  dans  sa  chaire,  et  qu'il  resta  seul 
avec  les  cbiens  sur  les  marais  d'Ainderly,  près  des  saules  de 
Thombill.  »  Nemrod  célèbre  également  les  exploits  d'un  autre 
héros  clérical  :  «  Le  vicaire  de  P.  est  un  bon  diable;  il  chante 
souvent  à  ses  paroissiens  des  chansons  de  chasse;  le  jour  de 
la  fête  de  la  dime ,  il  leur  raconte  un  grand  nombre  d'his- 
toires amusantes  et  il  les  régale  de  son  mieux.  Je  me  rappellerai 
toujours  l'invitation  qu'il  nous  adressa  à  sir  Bellingham  Gra- 
ham  et  i  moi,  la  dernière  fois  que  la  chasse  passa  dans  son 
voisinage.  «  Mon  vin,  nous  écrivit-il,  est  de  la  meilleure  ré- 
colte, et  si  vous  en  buviez  une  certaine  quantité,  vous  auriez 
bientôt  des  yeux  semblables  à  des  groseilles  cuites.x) —  C'est  à 
ce  di^e  ministre  qu'un  ami  dit  un  jour  au  sortir  de  l'ofBce 
où  il  avait  prêché  :  «Décidément,  je  vous  aime  mieux  en  bou- 
teille qu'en  pièce.  » 


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31&  Ua  GHASSEUBI»  AKUJOS  EN  18(^2. 

La  pfovîace  de  Graven  se  vante,  depuis  l'aînée  1898,  de 
posséder  le  phis  extraordÎDaire  de  tons  les  ministres  passés, 
présents  et  futurs:  ce  Le  révérend  F.  F.,  dît  Tauteur  des 
Bunting  tours  (page  138),  habite  le  village  de  Kentbury, 
situé  à  quatre  milles  de  Hungerford,  dont  il  est  le  recteur. 
Il  a  rendu  d'éminents  services  à  la  société  à  Tépoque  des 
troubles;  quand  la  chasse  au  renard  et  toutes  les  autres  tn- 
stitutions  précieuses  de  l'Angleterre  se  trouvaient  menacées  des 
plus  grands  dangers,  il  demanda  et  obtint  le  commande- 
ment d'un  corps  de  yeomen  du  comté  de  Berk.  Georges  III 
passait  un  jour  ses  troupes  en  revue  à  Windsor:  «Le  oolonel 
Fowle,  dit-il,  est  non-seulement  un  des  meilleurs  oSdersde 
mon  royaume,  il  en  est  encore  un  des  meîHears  prédicateurs, 
un  des  meilleurs  tireurs,  un  des  meilleurs  chasseurs,  un  des 
meilleurs  cavaliers.  Qui  n'eût  été  fier  d^in  pareil  compliment 
fait  par  un  tel  homme  ?  » 

Blackstone  assure  qu'à  la  mort  de  chaque  évoque,  sa  meute, 
ou  une  somme  équivalente  à  sa  valeur,  revenait  de  droit  au 
roî.  La  chasse  a  donc  été  au  moyen  âge  considérée  comme 
une  récréation  épiscopale,  et  nous  ne  devons  pas  nous  éton- 
ner que  quelques-uns  des  chefs  suprêmes  de  Téglîse  d'Angle- 
terre en  conservent  encore  aujourd'hui  le  goût.  Un  ministre 
mort  il  y  a  peu  d'années  entretenait  une  meute  magnifique  et 
passait  pour  un  des  meilleurs  chasseurs  de  son  temps.  Quand 
il  eut  l'honneur  d'obtenir  la  mitre,  il  donna  ses  chiens  à  son 
irère,  qui  en  eut  le  plus  grand  soin,  et  il  renonça  à  tous  les 
plaisirs  du  sport.  Un  jour  cependant  il  se  promenait  à  cheval 
dans  une  forêt  oà  il  ne  s'attendait  nullement  à  rencontrer  une 
chasse.  Tout  à  coup  i)  aperçoit  un  renard.  Les  chiens  étaient 
en  défiiut.  A  cette  vue ,  Son  Excellence  ne  peut  pas  se  conte- 
nir, elle  hâle  les  chiens  de  sa  voix  la  plus  belle.  «HaHool 
—  répond  un  des  chasseurs.  —  Halloo,  balloo  !  répète  Son 
Excellence. — ^Bfarchons,  s'écria  un  piqueur  à  ses  compagnons, 
Dieu  me  damne  si  ce  n'est  pas  YBvangih!  r> 

Si  les  membres  du  clergé  ne  chassent  plus  par  plaisir,  îb 
devraient  désormais  chasser  par  devoir  ;  car  ih  trouveraient 


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GHASSBCXft  AirttLiJS  MB  1813.  M5 

soavMi  VùQfumm  d'eiercer  leur  saint  minîslère,  de  prodigver 
«aUeseéft  etau  mcHUuUs  lescoMBoteticMisel  lessccoars  delà 
rdigion.  La  dbaaêt  n'est  plus  oqoard'kai  qa'une  course  au  clo- 
ebery  c'est-à-dire  le  plus  dangereux  de  tous  les  divertissenents 

fu^ )'lK>iDnifte  ait  pu  ûvrenler  poar  se  distraire oupourse 

roBprele  com;cariliie  s'agit  paftmainileBaiitde  faire preuTé 
dhiîiileté,  d'adresse^  4e  scicnee^  mais  sericment  de  vitesse. 

c  Nous  avons  fidt  une  cbasse  saperfoe,  ècriraît  un  Meho^ 
niett  i  soa  père.  Huîtmitks  en  vingt-six  minutes.Si  je  n'avais 
pas  trouvé  ua  diefal  de  relais  i  moitié  ekemi»,  il  n'eàt  été 
impossible  de  suivre  les  dûens.  »  Dans  certains  comtés,  les 
chiens  coooBiienccBt  i  partager  ropinioo  de  leurs  maîtres. 
Pour  eox  la  dusse  ne  sera  plus  désormais  qu'une  simple  pro- 
awMde  de  quekptts  heures  au  triple  galop.  De  trouver  du  gi- 
hifir,  ils  ne  s'en  inquiéteroDt  plus.  La  meute  de  M.  Gorbet  a 
bnè  denûèrement  un  boule-dogue  en  une  heure. 

Ces  anecdotes  m'en  nqppellent  une  antre  fovt  divertissante 
ipej'aî  entendu  raconter  plusieurs  fois  i  un  de  mes  amis. 
—  Un  vieux  gentillàtre  provincial»  ayant  beswi  d'un  fiisil 
qu'il  avait  déposé  cbes  un  armurier  de  la  ville  voisine  éloi- 
(Bée  de  cittq  ndUesy  fit  venir  son  fils  ;  ce  jeune  honune  était 
ééjiégé  de  seiieans:  a  Georges,  lui  àii-Q,  tu  vas  fiaire  seller 
Ion  meiOenr  cheval  tk  aller  i  la  ville  chercher  mon  fasil.  Je 
te  donae  traite  minutes.  D  est  cinq  heures,  par  conséquent 
il  imt  que  tu  sois  de  retour  à  cinq  heures  et  demie. 

—  Vous  pouvez  compter  sur  moi,  mon  père,  »  répondit  le 
jeane  homme,  et  il  partit. 

Vingt  minutes  après  il  était  de  retour  et  il  se  précipitait 
dans  le  salon  la  montre  à  la  main.  «  Vous  le  voyez,  mon 
père,  s'écriait-îl,  vous  m'aviez  donné  une  demi-heure,  et  je 
n'ai  mis  que  vingt  minutes. 

— Cest  bien,  Georges,  répondit  le  père  ;  où  est  le  fusil? 

—  Le  fusil,  s'écria  Georges  en  se  frappant  le  front  comme 
si  la  raison  lui  fAt  revenue  tout  à  coup,  je  Toi  oublié...  mais 
je  n'ai  mis  que  vingt  minutes.  » 

Kon-seulement  pour  être  bon  chasseur  il  faut  faire  quinze 


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316  LES  CMASSEUBS  ANGUUS  EN  18^3. 

oa  vingt  milles  à  Thevre,  mais  on  doit  nerecuter  devantaacun 
obstacle,  franchir  et  sauter,  quelles  que  soient  leur  largeur 
et  leur  élévation,  toutes  les  barrières,  toutes  les  baies,  tontes 
les  rivières,  tous  les  fossés,  toutes  les  murailles  que  Ton  ren- 
contre. Et  ce  n'est  pas,— soyez-en  bien  convaincu,  cber  leo» 
teur  qui  avez  des  goûts  tranquilles  et  pacifiques, — une  petite 
besogne  dans  un  pays  sillonné  de  coyrs  d'eau  et  tout  hérissé» 
outre  les  portes  et  les  clôtures  ordinaires,  de  ox  et  de  bul/mck 
fenety  comme  le  Leicestershire.  Peut-être  désirez-vous  savoir 
ce  que  signifient  ces  mots  ;  eh  bien,  je  vais  vous  l'apprendre. 
Leaxfence  (clôture  du  boeuf) se  compose  d'un  large  fossé,  d'une 
énorme  haié  bien  remplie  d'épines,  puis  deux  verges  plus  loin 
d'une  forte  palissade  en  bois  d'environ  quatre  pieds  de  haut.  Le 
hulfinchfenee  (clôture  du  taureau)  est  une  haie  très-fourrée,  entre 
deux  fossés,  et  si  épaisse  et  si  haute  qu'aucun  cheval  ne  peut  la 
sauter.  Les  chasseurs  travenent  ces  clôtures  au  grand  galop  ; 
les  branches  qui  s'écartent  pour  leur  livrer  passage  se  refer- 
ment si  vite  derrière  eux,  que  dès  qu'ils  sont  de  l'autre  côté, 
il  est  impossible  de  voir  par  où  ils  ont  passé.  On  a  peine  à 
comprendre  comment  les  épines  ne  leur  crèvent  pas  les  yeux. 
Les  jportfmen  anglais,  notre  impartialité  nous  iait  un  devoir 
de  leur  rendre  la  justice  qui  leur  est  due,  bravent  tous  les 
dangers  avec  un  sang-froid,  un  calme  et  un  courage  qu'on 
peut  regretter  de  voir  si  mal  employés,  mais  qui  méritent, 
après  tout,  d'être  signalés  à  l'admiration  publique.  Les  preu- 
ves ne  nous  manqueront  pas  : 

De  tous  les  chasseurs  que  j'ai  connus,  dit  Nemrod,  un  gentleman 
nommé  Stanhope  est  celui  qui  a  montré  devant  moi  le  plus  pro- 
fond mépris  pour  les  conséquences  d'une  chute  de  cheval.  Il  tomba 
le  vendredi  et  se  blessa  à  l'épaule;  mais  il  n'avait  rien  ni  de  cassé 
ni  de  démis.  Le  lundi  suivant,  nous  le  vîmes  arriver  cependant,  le 
bras  en  écharpe,  et  il  tint  presque  toujours  le  premier  rang  parmi 
les  chasseurs  qui,  ce  jour-là,  forcèrent  un  renard  en  quinze  mi- 
nutes. Ayant  eu  le  plaisir  de  le  revoir  le  soir  chez  sir  Bellingham, 
je  lui  demandai  s'il  n'était  pas  dangereux  démonter  à  cheval  quand 
on  n'avait  qu'une  main  de  libre.  Il  me  répondit  que  son  cheval 


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LES  CHASSEURS  ANGLAIS  EN  18b2.  317 

était  trè»-doQx,  et  ne  TaTait  jtmais  jeté  par  terre.  —  Ne  vous  y  fiez 
pas»  répliqaai-je  à  mon  tour;  et  notre  conTersaUon  finit  là.  Le 
jour  soÎTant,  nous  chassâmes  un  autre  renard  qui  nous  fit  courir 
une  heure  dix  minutes.  Au  milieu  de  cette  course  rapide»  il  Tallut 
sauter  un  ruisseau.  Nous  étions  tous  sains  et  saufo  sur  l'autre  boid 
lorsque  Stanhope  arrifa.  Malheureusement  pour  lui,  il  sauta  sans 
afoir  choisi  sa  place,  et  il  toml»  avec  son  cheval.  Nous  le  crûmes 
tous  mort,  car  ce  ne  fut  qu'au  bout  de  cinq  minutes  qu'il  com- 
mença k  donner  quelques  signes  de  vie.  On  le  saigna  à  Bosworth 
avant  de  le  ramener  chez  sir  Bellingham,  et  le  docteur  eut  toutes 
les  peines  du  monde  à  lui  persuader  qu'il  avait  deux  ou  trois  côtes 
enfoncées.  Cependant  une  petite  toux  sèche  et  d'autres  symptômes 
également  infaillibles  ne  permettaient  pas  de  conserver  le  moindre 
doute i  cet  égard;  mais  il  repoussa  tous  les  conseils  qu'on  lui 
doona^  affirmant  qu'il  serait  parfaitement  rétabli  sous  peu  de  jours; 
Aussi,  le  jeudi  suivant,  à  peine  entendit-il  résonner  le  cor  qui  ap« 
pelait  les  chiens  k  la  chasse,  qu'il  se  leva  et  monta  à  cheval,  tenant 
toujours  son  bras  en  écharpe. 

Ce  jour-là,  quelques  chasseurs,  parmi  lesquels  était  M.  Stanhope, 
se  trouvèrent  tout  à  coup  à  l'extrémité  d'un  champ  fermé.  Un  des  plus 
hardis  cavaliers  de  la  Grande-Bretagne  descendit  de  cheval,  chose 
rare,  et  essaya  d'enlever  quelques  pièces  de  bois  d'une  barrière  qui 
lui  paraissait  infranchissable.  «  Laissez  cela,  lui  dit  tranquillement 
M.  Stanhope;  j'ai  un  bon  cheval.  »  En  achevant  ces  mots,  il  lança 
son  cheval  contre  la  barrière  ;  mais  la  pauvre  béte  retomba  à  terre 
avec  son  maître,  après  un  eifort  inutile.  Alors  sir  Bellingham  s'ap- 
prochant  de  son  hôte  :  «  Stanhope,  lui  dit-il,  vous  êtes  un  brave; 
mais,  au  nom  de  Dieu!  vous  ne  remonterez  plus  à  cheval  aujour- 
d'hui. Allez  à  Leicester,  montez  dans  votre  voiture,  faites-vous  con- 
duire à  Londres,  et  soignez-vous.  »  Stanhope  suivit  enfin  ce  sage 
conseil,  et  M.  Ueaviside  constata  qu'il  avait  deux  côtes  brisées  et 
le  sternum  enfoncé. 

II  parait,  si  nous  en  croyons  Nemrod,  que  sir  Bellingham 
aurait  dû  profiter  quelquefois,  pour  son  propre  compte,  des 
excellents  conseils  qu'il  prodiguait  aux  autres  : 

Comme  tous  les  cavaliers  un  peu  hardis,  sir  Bellingham  Graham 
fit  plusieurs  chutes  graves;  mais,  deux  fois,  il  échappa  par  miracle 


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316  LES  CHASSBUBS  A9GLAIB  EK  IBiA. 

à  la  mort.  Un  jowr,  il  poursuivait  «n  reaard  de  très-près,  qinndll 
raacoatra  une  bortière  four  les  boeufe.  Traés  chasseors  inlvépite 
étaient  sur  ses  iaWas...  Janais  sîr  BeUhiginm  n'aimit  fait  voMa- 
faœ.  Il  lance  son  cheval,  qoi  saute  et  ^i,  retomliant  sur  hb  pa» 
teaw»  Tenvcrse  son  aaâtre  sous  lui.  Tout  «toujdi  'de  sa  oliole , 
sir  fidlingham  se  relève  «t  ae  react  en  selle  ;  nais  quelquea  pu 
pte  ioin,  sîr  fiarry  Goodrîcke,  s'aipensevant  qu'il  chancelait,  ea«> 
rul  i  son  seooars,  et  farviiit  à  Tempécher  de  tomber.  Depvis  w 
n»ment,  c'ert-è-dire  di^oîs  midi  jusqu'à  neuf  bernes  du  soir,  le 
lendemain,  sir  Beilingham  resta  sans  connaissance»  «craché  sur  «■ 
tas  «de  fein,  oii<ses  annîB  t'avalent  transporté.  On  eut  les  «raînies  Jea 
pi«B  aériennes  pour  sa  vie.  Le  premi>er  jmir^  «n  le  satgna  trois  Mb. 
Il  garda  ensuite  ia  liât  pendant  cinq  javrs.  le  septième  jour^  ses 
amis  fiareat  ètan»semen t  sntpris  de  Tapercevair  en  calèdhe  à  Scrap- 
toff.  n  il  avait  voulu,  disaîl-él,  assîMr  srarplement  au  départ  des 
chaens«  i»  Cependant  sa  Toiture  ne  pcpavant  pas  dépasser  'sne 
certaine  limite,  il  «onU  «n  <flieval  très-éevx,  qifil  avait 
fait  amener  tout  exprès,  et  enveloppé  dasM  «ne  ^épaisse  redingale 
et^ans  un  <Mle,  il  atle&dit  patiemment  Couverture  de  la  chasse. 
Le  renanl  fat  Menlôt  lancé.  BisfffaenreiiseBBent  pour  sîr  9cS- 
ingham,  il  -Aécmtt  «ne  lègève  i»uit)e,  Kvint  sur  ses  pas  «I  dè> 
pista  les  «dhiens.  A  t^eVte  vue,  sir  Béifingfaam  Iran  éalin  se  dé- 
bairasse  des  vêlements  qm  le  gênent,  lance  son  cheval  au  galop,  et 
ramène  les  chiens  sur  la  pîsle.  Un  instant  après,  A  «*apercoU 
qif  une  aosnclle  etreur  vient  fl^^étre  comnnse;  H  amrdie  son  vnt  & 
un  piqueur,  car  il  ne  pouvait  parier,  «n  sonne  avec  une  vigueur 
peu  commune,  puis,  empoitéparsa  passion,  11 'suît la éhasse  pendant 
une  tieure  «ft  demie,  franchit  des  barrières,  saute  des  fossés  et  ne 
s'arrête  enfin  que  lorsque  le  lenard,  épuisé  de  fatigue,  s^est  Inssè 
pnendre  parles  chiens  sous  ses  yeux.  Alors,  le  visage  couvert  d\me 
pîflcnT  mortelle,  ildescend  ^e  cbeval,  «  s*asseyairt  par  terre  :  «  Keu 
seul,  s'ècrie-t-il,  sait  comment  je  regagnerai  mon  lit.» 

L'exemple  de  sir  Bellingham  trouve  chaque  Jour  de  nom- 
breux imitateurs.  M.  Henry  Kii^scote  montait  un  cheval 
borgne.  A  la  suite  d'une  longue  course,  l'œil  unique  de  cet 
anÉHud  s'entaflHBa,  et  la«^îcr.acqiitlNefitlti9aB46peB8 
laprouve^ioe  In  pauvre  bAeiie^ii!^Ss{^aitplnsTîm*âevaBt 


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LB8  GDAflSRnS  A1I6L4IS  SV  «BMi.  319 

eOe.  D  ne  s'e«  mqaiéta  pas  cepêmlmft;  et  Inen  qa^H  tombU 
ùisteBt  sur  une  hute  ou  daos  vu  fossé,  îl  suivit  h 
l'i  la  te.  Il  avait  feit  osée  chutes  ^gncfes. 

M.  Âssheton  Smith  (le  Tom  Snith  si  connu  des  chasseurs) 
était  enoem  fdas  diifidie  à  confeater.  fl  ami  calcnlé  qa'il 
tonbaîlytm  moyenne,  quatre-yingfts  oa  cent  fois  chaque  année. 
Un  jonr  il  snivait  à  la  dnksse  M.  John  White ,  qui,  arrivé  le 
pranier  devant  une  haie,  au  u&A  endroit  qni  fAt  praticable, 
s^éfcait  engagé,  mais  ne  pouvait  pas  parvenir  à  en  sortir. 
«Avanoes  donc,  toi  cm  M.  Saoîth. — Impossible,  répondit 
H.  liXUte. — Un  bon  coup  d'éperons,  et  vous  <6les  de  Faotre 
cbiè. — Corfalenl  répliqua  IL  Wiiite  farieux,  si  vons  êtes  si 
pressé,  pcarquoi  ne  me  poossez-vons  pas?)»  A  ces  mots, 
M.  Smith  s'élance  comme  à  l'assaut,  envoie  M.  White  tomber 
avec  MB  tdbevBi  dans  le  champ  msin,  et  Ipqus  deux  oontî- 
oneat  knr  chasae  ooniiie  si  elle  n'avait  pas  été  nlerrosipu^. 

Les  thevatox  de  M.  Snitfa  étaient,  A  ce  qu'il  paraft,  habi- 
taés  à  ne  reculer  devant  nncan  obstade;  car  on  jour,  tandis 
que  «et  intrépide  ohaBsenr  m  reteum^  peur  exdter  ses 
,  hdbBvwi  qu'il  monteât  s'âança  avec  lai  «a  miliea  d*iai 
i  profiand  eu  ils  finHirent  se  noyer  tous  deax.  Td  «aaftre, 
td  valet,  dit  le  fro^ibe.  iadk  Shîrief ,  un  des  piquemrs  de 
ILâttilii,  griopailA  la  descente  d'une  côte  escarpée,  les  vènes 
pendanteB,  un  énenne  couteau  <nrvertdaBs  ta  bmdhe,  et 
trés-eénensenaent  occmpé  i  mettre  une  notr^lle  m&die  A  son 


Kans  ipencnons  nndlqAier  A  Tinfini  des  ameedoites  de  oe 
geare.  Un  piqneur  de  IL  Lambton  franchit  une  InmAe  barrière 
de  bois  poiur  mnsttre  les  «Ineas  sur  la  voie.  Le  <A»oc  egt  m 
râlent  ^pe  ia  pauvre  béte,  incapable  de  nl^B^ler,  toid»é 
tene  nvee  un  bruit  AamUe,  la  lète  en  avant  ;  Ile  cwvalîer  fuito 
debout  sur  sn  rHu,  et  ne  •œsee  pas  an  eeul  imttant  d'esciter 
lesthiens  delà  voix.  Un  autre  chàaBearatvafit  b^  un  nombre 
prodigieux  de  chutes,  laass  il  ne  s*étail  jamais  blessé.  €n 
jonr— jour  néfaste — son  cheval  s'abattit  sur  lui,  et  pour 
■oasserrindas  expnmiom  de  Kemrod,  le  roula  comme  «n 


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aSO  LES  GflASSEURS  ANGLAIS  BN  18^2. 

cuisinier  fait  d'une  croûte  de  pâte.  Lorsqu'il  se  releva  il  était 
tout  aplati,  et  il  pouvait  è  peine  se  tenir  sur  ses  jambes.  Ce- 
pendant il  remonta  à  cheval,  a  Cette  fois-ci,  grommela-t-il 
entre  ses  dents,  je  dois  être  blessé.  x> 

« — J'ai  un  mauvais  cheval,  disait  un  autre  chasseur;  non- 
seulement  il  tombe  souvent,  mais  quand  il  est  par  terre  il 
reste  sur  moi  pendant  plus  d'une  demi-heure.  » 

—  Un  quatrième  original  de  la  même  force  eut  la  conver- 
sation suivante  avec  Nemrod  :  «  Âh  !  monsieur,  j'ai  été  cruelle- 
ment maltraité;  j'avais  trois  côtes  enfoncées  du  côté  droit, 
deux  du  côté  gauche,  les  os  du  cou  brisés,  une  cuisse  cassée, 
et  j'étais  scalpé.Yous  vous  rappelez  Valentine  de  sir Watkins? 

—  Sans  doute  ;  la  béte  la  plus  vicieuse  qui  ait  jamais  porté 
une  selle. 

—  Eh  bien,  monsieur,  au  moment  où  nous  partions  à  la 
poursuite  d'un  renard ,  elle  me  jeta  à  terre  et  me  détacha  de 
telles  ruades  sur  la  tête  que  la  peau  de  mon  front  tombait 
sur  mes  yeux  et  le  long  de  mes  joues.  x> 

Un  des  veneurs  de  M.  Newton  Fellowes  fut  plus  heureux. 
Sautant  un  jour  par-dessus  une  barrière  sur  une  route  récem- 
ment chargée  de  pierres,  il  eut  la  présence  d'esprit  de  saisir 
au  vol  une  branche  d'arbre  suspendue  au-dessus  de  sa  tête 
et  de  laisser  son  cheval  continuer  seul  un  saut  trop  dangereux. 

Il  y  a  quelque  temps,  une  jeune  femme,  qui  avait  pris  le 
chemin  de  fer  pour  se  rendre  à  Souths^pton,  eut  la  douleur 
d'être  séparée  à  tout  jamais  de  son  nez  par  une  pièce  de 
bois  qui  le  lui  emporta.  Dès  que  ce  malheureux  événement  fut 
connu,  le  nombre  des  voyageuses  diminua  de  plus  de  moitié 
sur  ce  chemin  de  fer.  Ainsi,  à  en  croire  quelques  historiens, 
les  jeunes  patriciens  de  l'armée  de  Pompée  s'enfuyaient  en 
désordre  quand  les  vétérans  de  César  visaient  à  leurs  visages. 
L'accident  arrivé  à  M.  Wiliiamson  aura  sans  doute  guéri  plus 
d'un  Meltonien  de  sa  passion  pour  la  chasse.  Mais  cédons 
encore  une  fois  la  parole  à  Nimrod  : 

Billy  WlUiamsoa ,  dit  l'auteur  des  BuMing  tours,  fat  mis  ce 


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LES  CHASSEURS  ANGLAIS  EN   1842.  321 

jour-là  hors  de  chasse,  qu'on  me  permette  celte  expression,  par  an 
aiïreux  accident.  Nous  franchissions  une  petite  barrière  qui  nous 
séparait  de  la  route,  lorsque  son  cheval  s'abattit  et  le  jeta  à  terre 
avec  une  grande  yiolence.  Comme  je  le  suivais  de  très-près^  je  m'a- 
perçus immédiatement  que  l'accident  était  grave;  car,  dès  que  le 
jnaitreet  Tanimal  se  furent  remis  debout  sur  leurs  jambes,  ils  allè- 
rent l'un  à  droite,  l'autre  à  gauche.  Les  mouvements  de  William- 
son  avaient  quelque  chose  d'effrayant;  il  courut  comme  un  fou 
furieux  tout  le  long  de  la  route,  en  frottant  sa  tcte  avec  ses  mains 
pendant  plus  de  cinquante  verges,  puis  il  s'arrêta  tout  à  coup  et 
tomba  à  terre.  M.  H.  et  moi,  nous  courûmes  aussitôt  vers  lui,  et 
nous  Vaidâmesà  se  relever.  Toutes  les  dents  du  devant  de  la  mâ- 
choire supérieure  étaient  brisées;  il  vomissait  des  flots  do  sang,  et 
il  se'pbignait  beaucoup  de  la  tête.  Il  est  complètement  guéri  à 
présent;  mais  c'est  une  triste  chose  de  se  voir,  dans  la  fleur  de 
l'âge,  défiguré  pour  jamais.  Plus  tard,  il  racontait  sn  disgrâce  : 
«  Je  n'aurais  pas,  disait-il,  donné  mes  dents  pour  I,000  liv.;  mais 
j'en  regretterais  moins  cruellement  la  perte  si  cet  accident  fût  ar- 
rifé  à  la  fin  d'une  belle  chasse.  » 

En  général,  les  chasseurs  aiment  mieux  sauter  des  barrières, 
des  murs,  des  haies,  que  des  cours  d'eau.  La  crainte  de 
prendre  un  bain  froid  calme  l'ardeur  den  plus  intrépides. 
Toutefois,  quand  la  nécessité  l'exige,  ils  s'exécutent  avec  un 
empressement  et  un  sang-froid  remarquables  ;  souvent  même 
ils  bravent  le  danger  uniquement  pour  se  procurer  un  mo- 
ment de  distraction.  M.  Mytton,  un  des  plus  hardis  cavaliers 
de  notre  époque,  sauta  un  jour,  à  la  fin  d'une  chasse,  une 
rivière  qui  avait  plus  de  sept  verges  de  largeur.  Une  autre 
fois  il  s'engagea  à  faire  faire  au  même  cheval  —  le  fameux 
Bwronet  —  un  saut  encore  plus  extraordinaire  par-dessus  des 
claies;  mais  Baronet,  qui  avait  sauté  plusieurs  fois  admira- 
blement avant  l'heure  fixée,  refusa  de  recommencer  en  pré- 
sence des  juges,  et  son  mattre  perdit  son  pari. 

Lord  Alvanley  et  M.  Maher  parièrent  un  jour  cent  guinées 
qu'ils  sauteraient  un  ruisseau  de  six  verges  de  largeur  sans 
troubler  en  rien  la  surface  de  l'eau.  Ils  sautèrent  l'un  après 

5*  SÉRIE. — TOME  XI.  21 


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322  LES  C1U5SEUBS  ANGLAIS  EN  i8ik2. 

Tautre;  mais  le  cheval  de  lord  Alvanley  fit  tomber  un  peu  de 
boue  dans  Teau,  et  les  juges  dédarëreni  à  Tuioiiimité  qœ 
M.  Maber  avait  gagné  les  cent  guinées* 

Si  le  cheval  qai  santé  un  covrs  d'eao  n^atteint  pas  la  me 
opposée,  le  malheur  de  son  cavalier  inspire  rarement  à  ses 
compagnons  de  plaisir  qnelqne  sentiment  de  pitié.  Lorsque 
te  fameux  Dick-Knight  chassait  dans  le  Northamptonshire,  il 
aperçut  un  jour,  en  sautant  une  large  et  profonde  rivière,  un 
fnFortuné  gentleman  que  sa  monture  avait  précipité  au  milieu 
même  de  la  rivière,  et  qui  se  débattait  contre  le  courant  : 
«  Vous  nagez  comme  un  bouchon,  »  lui  cria-t-il  en  riant,  sans 
songer  à  s'arrêter  pour  lui  porter  secours. 

Nemrod  raconte  dans  son  ouvrage  intitulé  The  chose»  thê 
turf  and  the  road^  une  anecdote  du  même  genre,  mais  encore 
plus  caractéristique.  Il  s'agissait  de  firanchir  le  Whissendine» 
ce  Rubicon  des  Césars  de  la  chasse.  Sept  cavaliers  arrivaient 
en  même  temps  sur  ces  bords  fiuneux;  trois  s'arrêtèrent  tout 
court,  car  leurs  chevaux  refusaient  de  sauter;  cependant  une 
seconde  tentative  fut  plus  heureuse,  et  ils  parvinrent  sains  et 
saufs  sur  la  rive  opposée  :  les  quatre  autres  étaient  tombés 
avec  leurs  montures  au  milieu  du  ruisseau.  «  Quel  est  celiii 
d'entre  nous  qui  disparaît  sous  son  cheval  ?  demanda  M.  Green 
de  Rolleston,  non  moins  bon  chasseur  qu'excellent  cavalier ,  et 
dont  la  vieille  jument  avait  rasé  la  surface  de  l'eau  aussi  l^è- 
rement  qu'une  jeune  hirondelle  qui  se  mire  en  se  jouant  sur 
les  flots  par  un  beau  soir  d'été.  *-  C'est  M.  Middleton  Bid- 
dttlph,  répondit  une  voix.  —  Pas  de  méchante  caloraniep  s'é- 
eria  M.  Middleton  Biddulph;  me  voici. — Alors,  répliqua  lord 
Forester,  ce  n'est  que  Dick  Christian;  il  est  habitué  à  de  pa* 
reils  malheurs.  — *  Mais  il  va  se  noyer,  s'écria  avec  effiroi  lord 
Kinnaird.  -^  Il  n'y  aurait  riem  d'étomnamt,  répondit  M.  Wil- 
liam Coke,  mais  nous  n'avons  pas  le  temps  de  nous  en  ocot* 
per.  En  avant,  messieurs*  »  Ce  malheureux  Dick  Christian,  qui 
inspirait  un  si  tendre  intérêt  à  M.  William  Coke,  est  un  cé- 
lèbre écuyer  ;  il  dresse  de  jeunes  chevaux  à  la  chasse  an  renard 
moyennant  la  faible  somme  de  15  shellings  (23  fr.)  par  jour. 


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us  CHASSECBS  AVQLAIS  JÊM  1819.  39S 

Les  murailles  sont  plus  dangereuses  que  les  coms  d*eaii; 
iHis  les  cheraux  et  les  cavaliers  irkndais  les  affironteat  avec 
la  plus  par&ûte  indifléreiiGe.  Aox  graiides  foires  de  cheraax 
de  Ballinasloe,  tous  les  chevaux  dâiiveat  snter  le  mur  da 
marché»  haut  de  plus  de  six  pieds;  et  H.  Blaine  affirme  avoir 
fil  une  jHment  irlandaise,  qui  n'était  pas  de  par  sang,  sauter 
dans  le  Parfc-Phœnix  un  mur  de  sept  pieds,  coMtmit  tout 
exprès.  En  1798,  un  aatre  cheval  irlandais  appartenant  k 
M.  Bingham,  sauta  deux  fois  de  suite  le  mur  d*Hyde-Pait 
à  un  endroit  où  il  avait  huit  pieds  de  haut«  La  seconde  fois 
il  déplaça  seulement  quelques  pierres.  M.  Mytton  a  passé  un 
jour  par-dessus  une  porte  hanie  de  sept  pieds  avec  un  che- 
val que  Nemrod  lui  avait  vendu  cinq  cents  guinées.  Toutefois, 
SI  nous  devons  ajouter  foi  aux  indiscrétions  de  Neaorod,  dans 
le  pays  quThabite  M.  Mytton,  c'est-à-dire  dans  le  Shn^bire» 
kmqu'on  désire  connaître  d'avance  les  exploits  foturs  d'un 
diasseur,  on  ne  demande  pas — qad  cheval  monte-t-il  aujour* 
dirai?  mais  -»  combien  de  bouteSles  *-441  vidées  ce  matin? 
Les  chasseurs  de  renards  s'exposent  qadquefois  à  d'aussi 
glands  dani^rs  en  traversant  les  cours  d'eau  à  gué  ou  à  la 
nage  qn'en  faisant  les  sauls  les  plus  périUeax.  Il  y  a  quel- 
ques «uiées,  trois  gentlemen  se  noyèrent  le  même  jour  dans 
divers  comtés.  A  ce  propos,  nous  croyons  utile  de  relever 
Me  grave  erreur  commise  par  Nemrod  et  asset  généralement 
lépandae.  c  Un  de  ces  trois  chasseurs,  M.  Theakstone,  dit-il» . 
était  un  excdient  nageur,  mais  on  doit  croire  que  le  poids 
de  ses  habits  l'a  entraîné  an  fond  de  l'eau,  car  les  habits  d'un 
chasseur  pèsent  an  moins  dix  livres  lorsqu'iU  sont  secs  et  le 
double  quand  ils  sont  mouillés.  »  Comment  ce  savant  et  spi* 
ritael  écrivain  a-l41  pu  écrire  une  pareille  phrase?  Ignofe4-il 
donc  que  l'eau  ne  peut  pas  augmenter  le  poids  d'uo  objet 
qnalcoaciae  {dacé  dans  l'eau?  Vu  reste,  nous  devons  recon- 
naltare  «pmTleattod  donne  d*exoslIents  conseils  aux  sportsmen 
qd  se  trouveraient  obligés  de  passer  une  rivière  profonde  avec 
leur  dieval.  Il  leur  recommande  de  quitter  la  selle,  de  se  tenir 
dans  rean  jusqu'au  cou  et  de  ne  pas  Ikher  la  crinière.  Après 


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SSk  LES  CHASSEURS  ANGLAIS  EN  181^2. 

tout,  la  manière  de  se  tirer  d'aiFaire  en  pareil  cas  est  de  sui- 
vre Texemple  d'un  gentleman  de  StafFordshire  qui  chassait 
un  jour  avec  feu  M.  Meynell,  le  grand  M.  Meyndl,  comme 
disent  encore  les  chasseurs.  Avant  de  se  mettre  à  Teau,  il 
s'était  complètement  déshabillé  et  n'avait  gardé  que  son  vê- 
tement indispensable  «  Avez-vous  vu  la  chasse?  demanda 
lord  Forester  à  un  paysan.  —  Oui,  monsieur,  répondit  cet 
homme;  mais  elle  est  déjà  loin  d'ici.  — Qui  est-ce  qui  sui- 
vait les  chiens?  dit  alors  son  Excellence. — Je  n'ai  vu  que  le 
meunier,  répliqua  le  paysan;  mais  il  allait  bon  train,  je 
vous  assure.  »  Ce  prétendu  meunier  était  M.  G.  en  cherme. 
.  Lord  Byron  a  fait  de  don  Juan  un  chasseur  assez  distin- 
gué. ((Il  sautait,  dit-il,  haies,  fossés,  doubles  clôtures;  il  ne 
caponnait  jamais  (lord  Byron  dit  craned]^  il  ne  faisait  qu'un 
petit  nombre  de  faux pcLs,., .  il  violait,  il  est  vrai,  divers  sta- 
tuts des  lois  sur  la  chasse,  car  le  jeune  homme  le  plus  sage 
fait  souvent  des  fautes;  danç  plusieurs  chasses,  il  laissa  son 
cheval  passer  par-dessus  les  chiens,  et  dois-je  le  dire?  une  fois 
par-dessus  quelques  gentillâtres  provinciaux.  » 

Sauter  par-dessus  un  chasseur  au  risque  de  lui  casser  la 
tête,  c'est  une  peccadille  dont  les  plus  habiles  sportsmen  se  ren- 
dent journellement  coupables.  Un  ami  de  Nemrod  lui  racon- 
tait que  dix-sept  chevaux  avaient  sauté  l'un  après  l'autre  au- 
dessus  de  lui  sans  lui  faire  aucune  blessure  grave;  il  n'avait 
eu  qu'une  légère  contusion  au  bras  droit.  Le  duc  de  Wel- 
lington, chassant  un  jour  dans  le  Hampshire,  fut  jeté  avec  sa 
monture  au  fond  d'un  fossé,  et  il  vit  huit  paires  de  sabots  or- 
nés de  fers  brillants  passer  successivement  à  quelques  lignes 
de  ses  yeux. 

Une  fois  lancés,  certains  chasseurs  ne  peuvent  plus  s'ar- 
rêter; il  y  en  a  même  qui  partent  avant  les  chiens  ou  qui 
cherchent  constamment  à  les  dépasser.  Un  vieux  marin  avait 
été  invité  par  lord  Hivers  à  une  partie  de  chasse.  Dès  que  le 
lièvre  fut  lancé,  il  s'élança  ventre  à  terre  à  sa  poursuite. 
«  Que  diable  prétendiez-vous  faire?  lui  demanda  son  hôte 
quand  il  fut  revenu  auprès  de  lui  après  une  course  inutile. 


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LES  CHASSEURS  ANGLAIS   £N   18^2.  325 

—  Forcer  le  lièvre,  répondU-il  ;  n'est-ce  pas  dans  ce  but 
que  nous  le  chassons?  Si  vous  aviez  tous  suivi  mon  exemple, 
nous  le  tiendrions  déjà.»  —  «Monsieur,  disait  M.  Ward  à 
un  autre  de  ces  héros  impatients  et  inexpérimentés,  pensez- 
vous  que  vous  pourrez  forcer  le  renard  vous-même?  —  Non, 
monsieur.  —  Alors  retirez-vous  et  laissez  mes  chiens  le 
chasser.  » 

<K  Prenez  garde  aux  chiens,  monsieur,  criait  un  jour  Watty 
Wilkinson  à  un  dandy.  — Oh!  mon  cheval  ne  rue  jamais.— 
le  vous  crois,  mais  il  pourrait  leur  écraser  la  queue.  » 

M.  Corbet  affectait  en  pareille  circonstance  une  politesse 
ironique.  «  Ce  n'eêt  rien^  dit-il  à  haute  voix  en  passant  près 
d'un  chasseur  qui  venait  de  tuer  un  chien  ;  on  a  tué  le  meil- 
leur chien  de  ma  meute  :  voilà  tout.  » 

Lorsque  les  conseils  bienveillants  ne  produisent  aucun 
effet,  M.  Beckford  engage  ses  confrères  à  employer  successi- 
vement les  allocutions  suivantes  :  «  Je  vous  en  prie,  mon- 
sieur, arrêtez  votre  cheval.  —  Je  vous  en  prie,  arrêtez-vous. 
—Dieu  vous  bénisse!  monsieur,  arrêtez.  — ^Dieu  vous  damne, 
monsieur,  arrêtez  votre  cheval.  »  M.  Nicholls  avait  un  jour 
profité  de  la  leçon  de  M.  Beckford;  mais  le  gentleman  auquel 
il  s'adressait  prit  la  chose  au  sérieux  :  «  M.  Nicholls,  s'écria- 
t-îl,  je  ne  suis  pas  venu  ici  pour  être  damné.  —  En  ce  cas, 
répliqua  tranquillement  M.  Nicholls,  retournez  chez  vous,  et 
soyez  damné.  » 

Un  bon  cavalier  peut-il  soutenir  son  cheval  avec  sa  bride, 
Fempécher  de  tomber  quand  il  fait  un  faux  pas,  ou  l'aider  à 
s'enlever  quand  il  veut  sauter?  Blaine  et  Nemrod  n'hésitent 
pas  à  l'affirmer  ;  mais  le  lieutenant  colonel  Greenwood,  un 
des  meilleurs  cavaliers  de  la  Grande-Bretagne,  a  publié  il  y 
a  quelques  années,  un  petit  traité  de  l'équitation  (1),  dans  le* 
quel  il  émet  et  défend  l'opinion  contraire. 

On  entend  souvent,  dit-il,  un  cavalier  assurer  qu'il  a  enlevé 

(1)  Binti  on  horsemanêhip,  by  an  officer  in  the  household  brigade 
CtTalrj.  LondoD,  1837.] 


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398  LES  GHASSECBS  ANGLAIS  BK  iSk/à. 

ton  cheval  par-dessus  une  barrière,  on  que  son  cheral  anrait  Mt 
plusieurs  chutes  s'il  ne  l'eût  pas  soutenu.  II  importe  de  relefer 
cette  erreur  vulgaire,  qui  repose  sur  une  i«ipossibîlilè  mécaniqm. 
Dix  hommes  pourraient  sans  doute,  à  l'aide  d'un  cric,  somleverle 
poids  d'un  cheval;  mais  attachez  ce  poids  â  la  faible  rêne  d'à 
bride  de  femme»  une  jeune  amazone  le  soulèvera-t-elle  de  i 
gauche?  Je  ne  le  pense  pas,  bien  qu'on  le  croie  génëralemeat...«. 
Cette  erreur  à  des  conséquences  fâcheuses  :  plus  d'une  fois  un  ca- 
valier tourmente  son  cheval  alors  qu^îl  devrait  au  contraire  l'aban- 
donner entièrement  à  lui-même.  En  serrant  sa  bride  et  en  lui  cau- 
sant une  douleur  plos  ou  moins  vive  à  la  bouche,  il  l'oblige  i 
secouer  en  l'air  la  télé  et  le  cou;  il  l'empêche,  par  conséquent,  de 
choisir  Tendroit  où  il  doit  poser  le  pied  dans  un  passage  difficile  et 
sauter  une  barrière.  Quand  le  ébeval  libre  fioiit  un  faux  pas,  fl 
baisse  la  tête  et  le  cou.  En  effet,  ses  épaules  se  trouvent  alors  dé- 
iMirrassées  d'usé  partie  de  leur  poids,  et  il  profite  de  cet  instant 
pour  tenter  de  se  remet<re  debout.  Le  ooutraignez-vous  ea  puiuil 
cas  à  relever  la  tête  et  le  cou,  uius  charges  ses  épaules  d'uu  poids 
inutile;  en  outre,  vous  retirez  à  ses  jambes  la  foroe  musculain 
qu'il  emploie  pour  faire  un  pareil  mouvement. 

Il  y  a  donc  impossibilité  mécanique  à  soutenir  un  cheval  laah 
qu'il  tombe.  Je  démontre  cette  vérilé  de  la  manière  suivante  : 

Aucun  corps  ne  peut  être  mis  en  mouvement  sans  une  force 
étrangère,  ou  sans  un  point  d'appui  étranger  :1a  force  d'un  cavalier 
n'est  pas  une  force  étrangère,  puisqu'elle  est  employée  entièrement 
sur  le  cheval;  elle  ne  peut  pas  trouver  un  point  d'appui  étranger. 
Un  homme  assis  dans  une  barque  peut,  à  l'aide  d'une  rame,  ac- 
oâérer  ou  ralentir  la  marehe  de  la  barque,  parce  que  sa  force  agit 
par  cette  rame  sur  l'eau,  qui  est  dans  ce  cas  un  point  d'appui 
étranger;  mais  s'il  tirait  violemment,  dans  un  sens  ou  dans  un 
autre,  la  chaîne  attachée  à  l'extrémité  de  la  barque,  il  n'obtiendrait 
plus  les  mêmes  résultats,  car  il  manquerait  alors  de  la  force  et  ûa 
point  d'appui  néoessuires. 

Hais  laissons  là  cette  intéressante  digression  et  revenons 
à  nos  renards  ou  plutôt  à  nos  chasseurs,  à  H.  Hansted,  dont 
la  noble  conduite  nous  fera  bien  vite  oublier  les  sottes  bévues 
que  nous  avons  reprochées  à  ses  indignes  confirères.  M.  Ha 


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LES  CHASSEUES  ANGLAIS  BN  1819.        SST 

ted  exerçait  près  de  Newirary  là  profession  de  médecin.  Un 
joor  il  donna  Tordre  à  son  jardinier  de  tendre  an  piège  dans 
son  jardin  pour  s'emparer  de  quelques  animaux  malfaisants 
qai  venaient  la  nuit  manger  ses  fruits  et  ses  légumes.  Le  len- 
demain matin  cet  homme  apportait  à  son  maître  un  beau  re- 
nard qni  avait  une  jambe  cassée,  a  Malheureux,  s'écria 
M.  Hansted  pourquoi  ne  m'avez-vous  pas  réveillé  de  meil- 
leure heure?  je  lui  aurais  remis  la  jambe.  »  Le  jardinier  était 
stupéfait  :  «  Il  vaut  mieux  tard  que  jamais,  dit  le  proverbe.  » 
H.  Hansted,  pansa  la  pauvre  bëte,  la  soigna  pendant  plu^ 
neuis  semaines  comme  le  plus  cher  de  ses  malades  ;  puis, 
quand  il  Veut  radicalement  guérie,  il  lui  rendit  sa  liberté,  et 
quelques  mois  après  il  la  tua  de  sa  propre  main  à  la  fin  d*une 
cKasse  magnifique. 

«  Je  n'ai  pas  vu,  disait  souvent  lohnKemble,  un  amateur  jouer 
assez  bien  la  comédie  pour  pouvoir  gagner  treize  shellings 
par  semaine  à  Covent-Garden  otf  à  Drury-Lane.  Ainsi,  malgré 
Its  éloges  qu'il  leur  prodigue  sous  tous  les  rapports,  Nemrod 
place  toiqours  les  plus  fameux  sportsmen  de  la  Grande-Bre- 
tagne, le  duc  de  Cleveland,  M.  Ralph  Lambton,  M.  Nicholls, 
M.  Mttsters  et  autres,  bien  au-dessous  des  veneurs  de  profes- 
sion :  «  n  chasse  bien  pour  un  gentleman,  ))  disait  un  piqueur 
célèbre  en  parlant  de  M.  Ralph  Lambton.  Le  duc  de  Cleveland 
donnait  tons  les  jours,  sans  exception,  leur  ration  à  ses 
ekiens;  mais  il  est  permis  de  douter  qu'il  exerçât  sur  eux  une 
autorité  égale  à  celle  dont  le  nourrisseur  [feeder)  de  sir  Bel- 
lin{^ham  Graham  nous  fournit  un  exemple. 

U  oiiTre  à  deux  battants  la  ptrte  du  ctonil ,  raconte  on  témoîii 
•caUire,  ei  se  teoant  debout  à  une  œrtaine  distance»  il  appdle 
plasienis  chiens  par  leurs  noms.  Alors  il  se  promène  devant 
les  auges,  renvoyant  à  leur  place  habituelle  les  chiens  qui  ontaul 
fisamment  mangé.  Pas  un  chien  ne  cherche  à  franchir  le  seuil  de 
la  porte.  Ce  jour-là»  Yulcain,  le  chef  de  U  meute»  se  trouvait  près 
de  la  porte,  attendant  patiemment  qu'on  l'appelât.  J'en  fis  la  r^ 
marque  à  voix  basse^  mais  il  entendit  son  nom^  et  il  accourut 
aussitôt  lécher  la  main  de  sir  Bellingham.  Bien  qu'il  se  trouvât 


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338  LES  CHASSEURS  ANGLAIS   EN  lWk2. 

alors  à  quelques  cenlimclres  d'une  auge  remplie  d'une  pAtéeodo- 
ranle,  il  n'essaya  pas  d'y  loucher.  —  Vulcain,  lui  dit  son  maître, 
TOUS  n'avez  rien  à  faire  ici.  Aussitôt  il  se  relira,  et  il  alla  rejoin- 
dre ceux  de  ses  compagnons  qui  étaient  encore  à  jeun. 

Une  autre  meute  était  tellement  bien  dressée,  que,  lorsque 
le  veneur  prononçait  ce  mot  de  bitches  (chiennes) ,  toutes  les 
femelles  sortaient  des  rangs  et  venaient  auprès  de  lui. 

Un  bon  veneur  doit  connaître  non-seulement  les  noms  et 
la  physionomie  de  chacun  des  chiens  de  sa  meute,  mais  ses 
forces  et  son  caractère.  Il  faut  aussi  qu'il  ait  une  voix  forte, 
pure  et  mélodieuse.  Enfin,  pour  rendre  sa  tâche  moins  pé- 
nible, il  est  nécessaire  de  donner  aux  chiens  des  noms  faciles  à 
prononcer,  «Voulez- vous,  dit  l'auteur  de  l'article  kound [chien] 
dans  l'Encyclopédie  britannique,  voulez-vous  donner  des 
noms  à  vos  chiens  ?  choisissez  de  préférence  des  mots  de  deux 
ou  de  trois  syllabes  brèves,  bs  spondées  ne  convenant  nulle- 
ment à  un  pareil  usage.  »  Du  reste  les  amateurs  pourront  con- 
sulter une  liste  de  quatre  ou  cinq  cents  noms  cpie  M.  Blaine 
a  insérée  dans  son  ouvrage.  «Peut-être,  dit  Nemrod,  nous 
fera-t-on  un  reproche  de  donner  à  des  chiens  des  noms  de 
femmes  ;  on  aurait  tort  cependant  ;  car  après  une  belle  femme, 
il  n'y  a  rien  de  plus  beau  sur  la  terre  qu'une  belle  chienne.» 

Nous  ne  saurions  mieux  terminer  cet  article,  entièrement 
consacré  aux  fox  huniers,  que  par  les  deux  citations  suivantes, 
qui  en  deviendront  pour  ainsi  dire  la  moralité. 

Si  elle  ne  délivre  pas  l'Angleterre  d'une  grande  quantité 
de  bètes  malfaisantes,  la  chasse  au  renard  produit  du  moins 
—  à  en  croire  ses  plus  ianaticpies  partisans  —  d'immenses 
résultats  sociaux.  D'une  part,  elle  tend  à  niveler  toutes  les 
conditions;  d'autre  part,  elle  forme  de  braves  et  de  vaillants 
soldats.  «La  chasse,  dit  Nemrod,  est  une  espèce  de  ftte 
saturnale,  dans  laquelle  tous  les  rangs  sont  confondus,  tous 
les  privilèges  cessent  d'exister.  Celui  qui  monte  le  meilleur 
cheval  et  qui  est  doué  de  la  meilleure  constitution  occupe  la 
première  place  pendant  toute  la  journée.  Un  garçon  boucher, 


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LES  CHASSEURS  ANGLAIS  EN   1&V2.  329 

solidement  assis  sur  son  pony,  peut  jeter  de  la  boue  à  la 
figare  du  premier  duc  du  royaume.  Tel  est,  bien  qu'on  y  font 
peu  inattention,  un  des  nombreux  avantages  dont  jouit  le  peuple 
dans  un  pays  de  liberté.  )>  Cédons  maintenant  la  parole  à  un 
Tieil  écrivain  :  «  Quel  fantassi;i  s'élance  à  l'assaut  avec  plus 
de  courage  que  le  jeune  homme  qui  a  depuis  longtemps  Tha- 
bitude  d'escalader  les  fortifications  des  prairies  ou  des  jar- 
dins ?  quel  cavalier  maintient  et  dirige  son  cheval  avec  plus 
d'adresse  et  d'intrépidité  au  milieu  d'une  mêlée,  que  celui  qui 
a  passé  sa  vie  à  sauter  des  barrières,  des  fossés,  des  haies  ou 
des  murs  ?  Instruit  par  l'expérience,  le  chasseur  de  renards 
sait  se  tirer  d'affaire  dans  les  plus  mauvais  pas  ;  collines  ou 
yallées,  marais  ou  déserts,  défilés  ou  précipices,  rien  ne  l'ar- 
rête, rien  ne  l'effiraye  ;  il  est  capable  de  supporter  une  longue 
fatigue;  il  sait  dresser  une  embuscade,  surprendre  l'en- 
nemi, attaquer  ou  battre  en  retraite  à  propos.  Que  de  fois 
le  chasseur  de  renards  n'est-il  i)as  revenu  dans  ses  foyers 
après  avoir  vaincu  les  ennemis  de  sa  patrie  !  Que  de  héros, 
héritiers  de  ses  vertus  et  de  sa  valeur,  n'a-t-il  pas  laissés  en 
mourant  à  son  pays  I  d 

(Edinburgh  Remew.) 


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DBS  COLONIES  ANGLAISES 

COflSISÉMÉMS 
COMME  POSITIONS  MILITAIRES^ 

Sixième  article  (1). 

Le  trident  de  Neptaae  est  le  iceptse  da  neade  (S). 

ux.  —  PQcuHPÉiriifa. 

Tirant  une  ligne  de  Trinquemaie  à  environ  dix-huit  degrfi 
plus  loin  de  longitude  est,  nous  arrivons  à  Tile  de  Podo* 
Pénangy  située  à  l'entrée  septentrionale  du  détroit  de  Ml- 
lacca  et  à  peu  de  distance  de  la  péninsule  du  même  nom. 
Celui  que  les  indigènes  !donnent  à  celte  tle  vient  du  palmier 
qui  produit  l'arack,  dont  elle  est  couverte,  et  je  Tai  adopté  de 
préférence  à  l'appellation  anglaise  d'Ile  du  Prince  de  Galles; 
c'est  le  nom  original. 

La  Compagnie  des  Indes-Orientales  a  au  moins  autant  de 
droit  que  le  roi  d'Espagne  à  prendre  la  fameuse  devise 

Id  utmmque  felîx  ; 

car  de  ses  vastes  possessions,  celles  qu'elle  n'a  pas  gagnées 
par  la  victoire  elle  les  a  acquises  à  titre  de  don  gratuit,  et 
c'est  à  ce  titre  qu'elle  est  devenue  maîtresse  de  Poulo-Pénaflg. 

(1)  Voir  les  numéros  de  décembre  1841,  février,  mars,  mai  et  juiolMi 

(2)  NoTB  DU  DIRECTEUR.  L'autcur  anglais  a  jusqu'ici  attribué  à  la  Harps 
ce  vers  de  Lemierre,  que  ce  poëte  appelait  le  vers  du  sUele.  lusà  m 
bomme  d'esprit  impatienté  dit-il  un  jour  que  Lemierre  avait  le  rers  soli- 
taire. 


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DES  COLOHUS  AHfiLAISES»   ETC.  331 

L'histoire  de  cette  Ile  est  quelque  peo  romanesque.  Après 
Mre  restée  déserte  et  sans  eulture  pendant  des  siècles»  elle 
appartenait  an  roi  de  Quedah,  dont  la  capitale  était  située 
sur  le  continent  En  1785,  le  capitaine  d'un  navire  armé  daot 
rinde  vingt  jeter  Tancre  dans  le  port  de  Pénang  pour  y  faire 
de  l'eau.  Pendant  cpie  ses  matelots  étaient  occupés  à  roonplir 
ses  pièces,  il  imagina  qu'il  serait  civil  à  lui  d'aller  présenter 
ses  hommages  à  sa  majesté  le  roi  de  Quedah.  Or»  tandis  qu'il 
était  aUé  £aire  ses  révérences  an  petit  lever  ou  darbar,  la  pim* 
oesae  de  Qœdah»  soit  curiosité,  soit  tout  autre  motif,  s'ar« 
langea  pour  voir  le  capitaine  anglais,  et  à  la  première  vue 
éUe  s'éprii  d*nne  belle  passion  pour  lui.  Au  lieu  de  dévorer 
ses  sentîinents  et  de  cacher  ses  pensées,  elle  révéla  l'état  de 
80ii€aDarasonpapa,elIui,en  honnête  homme  qu'il  ètait,jetail 
un  regard  miséricordieux  sur  les  passions  de  mademoiselle  sa 
fflie,  consentit  au  mariage.  Comme  il  ne  savait  pas  ce  que 
c'était  que  la  diplomatie,  il  conta  tout  naïvement  le  cas  as 
marin  anglais,  et  lui  offrit  avec  la  main  de  sa  fille  la  propriélé 
de  la  bette  Ile  boisée  où  il  avait  laissé  son  navire  à  Fancre. 

Le  galant  marin,  qui  s'appelait  Light,  trouvant  qu'une 
princesse  avec  une  Ile  était  un  assez  bel  établissement,  ao* 
cepta  Faffiiire,  qui  s'arrangea.  Mais  elle  ne  fut  pas  plus  tôt  con- 
due,  que  Thonorable  Compagnie  des  Indes  le  força  à  lui 
livrer  son  Qe  pour  la  somme  de  30,000  £  (750,000  fr.). 
Malgré  l'envie  qu'il  avait  de  garder  son  royaume  pour  lui,  il 
bUnt  céder,  tt  céder  pour  une  somme  qui  ne  représentait 
eertaineineiit  pas  un  dixième  de  la  valeur  réelle  de  cette  Ile. 
Cependant  le  transfiort  fut  consenti  par  le  roi  de  Quedah,  ipà 
céda  hii-mëme  à  la  Compagnie,  et  ea  Tannée  1800,  une  cer^ 
taine  étendue  de  territoire  siur  la  côte  Malaie,  vl8-4-vîs  l'Ile  de 
Pénang,  depuis  l'embouchure  du  Qualla-Madda  jusqu'àcetledu 
Krian,  eÉk>ng  de  trente-cinq  milles  sur  une  largeur  moyenne 
de  quatre.  La  Compagnie  s'était  d'abord  engagée  à  payer 
pour  la  possession  de  l'Ile  une  r^te  annuelle  de  6,000  dollars 
[H,&»t);  cette  rente  fut  portée  ensuite  à  10,000  (53,000f }, 
lors  de  la  ooncessioa  du  territoire  continental,  qui  fut  appelé 


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332  DES  COLONIES  ANGLAISES 

province  Wellesley.  Les  mesures  prises  pour  attirer  des  colons 
dans  rtle  et  la  défricher  en  ont  aujourd'hui  porté  le  nombre 
à  plus  de  60,000.  Cette  population  est  ce  qu'on  appelle  en 
France  une  macédoine.  On  y  trouve  des  gens  de  tous  pays, 
des  Arabes,  des  Arméniens,  des  Bengalis,  des  Battas,  des 
Birmans,  des  Chinois,  des  Chalcas,  des  Caflres,  des  Chrétiens 
indigènes,  des  Malais,  des  Boujis,  des  Parsis,  etc.,  etc.,  sans 
parler  des  Européens  et  des  Cipayes.  On  y  compte  1,300  cri- 
minels déportés  des  présidences,  et  employés  là,  comme  à 
Singapore,  aux  défrichements.  Une  fois  mis  en  valeur,  le  sol 
est  très-riche ,  donnant  en  abondance  tous  les  produits  des 
tropiques.  Parmi  les  plantes  qui  y  croissent  naturellement, 
on  remarque  ce  jonc  solide,  souple  et  à  nœuds,  dont  on  Sait 
des  cannes  si  connues  ;  on  les  appelle  dans  le  pays  juges  de 
paix  de  Pénang,  et  si  nos  tribunaux  avaient  le  talent  de  ter- 
miner les  litiges  soumis  à  leur  sagesse  aussi  rapidement  qu'on 
le  fait  avec  ce  produit  du  règne  végétal  de  TOrient,  il  n'y 
aurait  pas  lieu  à  augmenter  le  nombre  de  nos  juges,  comme 
on  l'a  fait  encore  récemment. 

Le  détroit  qui  sépare  l'île  du  continent  a  environ  deux  milles 
de  large,  et  on  dit  que  les  animaux  le  traversent  assez  sou- 
vent à  la  nage  lorsqu'ils  veulent  changer  d'air  ou  d'eau, 
pour  le  bénéfice  de  leur  santé  probablement.  J'ai  entendu 
raconter  la  merveilleuse  histoire  d'un  terrible  combat  entre 
nn  alligator  et  un  tigre.  Une  chaîne  de  montagnes  nommées 
Tandjong  lancent  dans  le  détroit  deux  promontoires,  sur 
l'extrémité  de  l'un  desquels  sont  construites  la  capitale,  appe- 
lée Geôrge-Town,  et  la  citadelle,  qui  protège  et  défend  le 
mouillage,  lequel  est  sAr  par  toutes  les  saisons  et  par  tous  les 
vents.  Le  ciel,  même  au  renversement  des  moussons,  est 
toujours  clair  et  serein  dans  ces  parages;  le  vent  n'y  est  ja- 
mais violent;  et  enfin  Pénang  est  l'un  des  lieux  les  plus  salu- 
bres  de  notre  empire  asiatique.  Le  détroit  de  Malacca,  formé 
par  la  péninsule  Malaie  et  l'ile  de  Sumatra,  est  comme  un 
entonnoir;  il  va  sans  cesse  en  se  rétrécissant  du  cété  de  son 
extrémité  sud-^st.  A  son  extrémité  nord  est  l'Ile  de  Pénang, 


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CONSIDÉRÉES  COMME  POSITIONS  MILITAIRES.        333 

placée  là  comme  une  sentinelle  pour  garder  le  passage.  En 
temps  de  guerre,  une  frégate  et  une  corvette  seraient  plus  que 
suffisantes  pour  le  défendre  et  pour  donner  la  chasse  aux  pi- 
rata qui  souvent  infestent  ces  mers. 

Poulo-Pénang  a  été  pendant  longtemps  un  des  principaux 
entrepôts  du  commerce  de  Topium,  le  plus  singulier  sujet  de 
guerre  qu'on  ait  jamais  vu.  C'est  pour  le  défendre  que  nous 
avons  déjà  enseveli  bien  des  braves  dans  les  rizières  de  Chu- 
san,  et  c'est  à  cause  de  Poulo-Pénang  qu'on  a  vu  récemment 
plus  d'un  soldat  chinois  cuit  en  papillote  dans  ses  habits  de 
coton,  à  la  sauce  de  pierres  à  fusil  avec  un  ioufflé  de  poudre 
à  canon. 


XX.  —  BIÂLACCA. 


Cette  colonie,  située  sur  la  péninsule  du  même  nom,  entre 
Pénang  et  Singapore,  a  suivi  le  destin  de  la  plupart  des  colo- 
nies asiatiques.  Prise  en  1511  sur  les  Malais  parles  Portugais, 
elle  a  été  enlevée  à  ceux-ci  en  16^0  par  les  Hollandais.  A 
notre  tour ,  nous  nous  en  sommes  emparés  en  1795  pour  la 
rendre  à  la  paix  d'Amiens.  Reprise  par  les  Anglais  en  1807, 
elle  a  encore  été  rendue  aux  Hollandais  en  1815  ;  mais  enfin 
elle  est  retombée  une  troisième  fois  dans  nos  mains,  en  com- 
pensation de  quelques  établissements  que  nous  avions  formés 
à  Sumatra  et  que  nous  avons  abandonnés  à  la  Hollande.  L'im- 
portance de  Malacca  vient  des  riches  mines  d'étain  qu'elle 
possède  dans  son  voisinage.  Elle  n'a  de  valeur  comme  posi- 
tion militaire  que  parce  qu'elle  possède  un  excellent  port  et 
peut  fournir  de  la  viande  et  des  provisions  fraîches  de  toute 
espèce  aux  bâtiments  qui  viennent  y  mouiller.  C'était  le  lieu 
de  rendez-vous  de  l'expédition  destinée  contre  Java,  et  pen- 
dant le  temps  de  son  séjour  les  30,000  hommes  qu'elle  portait, 
matelots,  soldats  et  suivants  de  l'armée,  trouvèrent  à  s'y  pro- 
curer tous  les  vivres  dont  ils  pouvaient  avoir  besoin. 

XX!.  —  SINGAPORE. 

On  nous  parle  de  villes  qui  sortent  de  terre  comme  des 


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331b  BKS  COLONIES  AVtfLAISKS 

champignons  dans  les  forêts  de  TAmériqne;  ici  nons  voyons 
«ne  grande  yille  sortie  de  l'eau  en  mocns  qne  rien,  comme  dirait 
l'Irlandais  Paddy.  C'est  sir  Stamford  RafRes  qui  a  été  le  fonda- 
teur de  cet  établissement.  Jugeant  parfeitementle  grand  avenir 
promis  an  commerce  anglais  dans  l'archipel  asiatique,  il  sentit 
le  premier  qu'après  la  restitution  de  Java  aux  Hollandais^  un 
entrepôt  nous  deviendrait  absolument  nécessaire  dans  ces 
parages,  et  avec  le  coup  d'ceO  du  politique  et  du  général, 
il  arrêta  ses  regards  sur  cette  He,  alors  presque  inhabitée  et 
à  moitié  ensevelie  sous  les  eaux.  Le  résultat  a  justifié  tontes 
ses  prévisions.  C'est  en  1818  qu'on  prît  les  premières  mesures 
pour  fonder  un  établissement  dans  cette  tle  ;  mais  c'est  en 
1820  seulement  qu'elle  fut  déclarée  territoire  anglais.  En  1825, 
la  souveraineté  de  la  Grande-Bretagne  fut  reconnue  par  une 
eonvention  avec  le  roi  de  Hollande,  et  par  un  traité  conclu 
avec  le  radja  de  Djihore,  dont  te  territoire,  situé  à  l'extréfaité 
de  la  péninsule  de  Malacca,  n'est  séparé  de  Siagapore  que 
par  un  détroit  qui,  en  certains  endroits,  n'a  pas  un  demi-mille 
de  large .  On  paye  à  ce  dernier  personnage  une  8<wime  annuelle 
de  20,000  piastres  (106,000  fr.  )  comme  le  prix  de  location 
ées  terrains.  Lorsque  les  Anglais  vinrent  s'étaMir  sur  ce 
point,  toute  la  population  de  l'Ue  n'allait  pas  à  plus  de 
150  Malais,  moitié  pirates  et  moitié  pécheurs;  aujour- 
d'hui elle  dépasse  26,000  âmes.  Toutes  les  productions  du 
monde  commercial  se  trouvent  à  Singapore;  éL  quoique  je  ne 
doive  peut-être  pas  en  parler,  on  me  permettra  cependant  de 
dire,  pour  rassurer  les  vieilles  dames  et  les  membres  des 
sociétés  de  tempérance,  que  si  nos  rdations  avec  Canton 
avaient  dA  cesser  par  suite  de  notre  querelle  à  propos  de 
l'opium,  nous  n'aurions  pas  eu  à  craindre  wae  disette  de 
l'herbe  précieuse  «c  qui  excite  le  cerveau,  mais  qui  n'enivre 
pas,  »  car  les  jonques  chinoises  nous  en  apporteraient  à  Sin- 
gapore autant  que  nous  voudrions,  et  presipie  sans  augmen- 
tation de  prix  sur  le  cours  de  Canton.  Sans  compter  les  per* 
sonnes  amenées  à  Singapore  par  les  jonques  du  commerce, 
on  y  compte  encore  une  population  fixe  de  10,000  Chinois,  la 


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CONSIDÉRÉES  GOMME  POSITIONS  MILITAIRES.        33$ 

meilleure  et  la  plus  utile  race  de  colons^  et  que  je  voudrais 
bien  voir  introduire  dans  toutes  nQ3  colonies  intertropicales, 
y  compris  les  Antilles.  Ce  qui  distingue  celte  tle  elle-même, 
c'est  sa  salubrité,  surtout  avec  les  causes  qui  sembleraîeni 
devoir  agir  en  sens  contraire.  Une  bonne  partie  du  terrain 
n'est  pas  autre  chose  qu'une  suite  de  marais  d'eau  douce  ou 
salée,  et  à  tel  point  que  dans  les  faubourgs  habités  par  les 
Chinois  et  les  Malais,  leurs  huttes  de  bambou  sont  perchées 
m  des  pilotis,  de  sorte  cpi'une  partie  de  la  population  a  l'air 
de  dormir  sur  des  échasses.  Les  marchands  anglais,  qui  ont 
fait  construire  de  très-belles  maisons  à  Test  du  port,  ont  eu 
soin  de  les  établir  sur  des  remblais  de  trois  ou  quatre  pieds 
de  haut  pour  se  tenir  les  pieds  secs.  II  ne  faut  pas  oid)lier 
que  cette  eau  stagnante,  mêlée  de  matières  végétales  en  putré- 
fiiction,  est  soumise  à  l'action  du  soleil  des  tropiques. 
Sous  une  latitude  où  le  thermomètre  ne  descend  jamais 
au-dessous  de  70*  Fahrenheit  (21%11  centig.),  la  position 
insulaire  de  cet  établissement  ne  suffit  pas  pour  expliquer 
comment  toutes  ces  causes  d'insalubrité  n'agissent  pas  sur  les 
habitants;  il  doit  y  avoir  encore  d'autres  raisons.  Batavia, 
situé  sons  des  conditions  presque  semblables,  est  regardé 
coamie  le  tombeau  des  Européens  ;  Chusan,  situé  sous  le  32* 
de  latitude  Bord,  et  couvert  de  rizières  inondées,  n'est  pas 
moins  insalubre  que  la  capitale  des  établissements  hollandais 
en  Asie  (1). 

Si  Singsqpore  s'est,  dès  les  premiers  pas,  élevé  à  une  gran- 
deur c<munerciale  qui  ne  le  cède  qu'à  celle  de  Bombay,  il 
l'est  pas  moins  important  comme  ppsition  militaire.  J'ai 
comparé  le  détroit  de  Malacca  à  un  entonnoir  dont  une  des 
extrémités  est  occupée  par  l'ile  de  Pénang;  i  l'autre,  celle 
fû  débouche  dans  les  mers  de  la  Chine,  s'élève  Singapore 


(1)  Note  du  ntfDACTBUB*  ta  rmiai^d  du  coIsbsI  WilUe  manque  peal- 
élre  de  justesse.  Une  enquête  mUitaire  semble  prouver  que  la  mortalité 
des  troupes  anglaises  à  Chusan  doit  surtout  être  attribuée  à  la  mautaise 
qualité  des  Yivres  qui  leur  furent  fournis. 


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336  DES   COLONIES  ANGLAISES 

comme  une  sentinelle  qui  veille  à  rentrée  du  détroit  ;  en^effét, 
les  navires  qui  vont  à  Test  doivent  nécessairement  passer 
presque  à  portée  de  voix,  à  moins  qu'ils  n'allongent  leur  route 
d'un  immense  détour  en  passant  par  les  détroits  de  la  Sonde 
ou  de  Gospar,  ou  par  celui  qu'on  appelle  le  passage  de  Gara- 
matto;  et  même  alors,  quand  ils  mettent  le  cap  au  nord,  sont- 
ils  obligés  de  passera  portée  de  notre  garnison.  La  seule  route 
qui  permette  d'éviter  Singapore  est  celle  qui  suit  l'immense 
et  difficile  navigation  du  détroit  de  Macassar  pour  aller  ensuite, 
à  travers  les  écueils  et  les  bas-fonds  dont  cette  mer  est  toute 
parsemée ,  passer  au  nord  de  Bornéo. 

Singapore  était  le  lieu  de  rendez-vous  de  l'expédition  diri- 
gée en  18W  contre  la  Chine ,  et  ce  n'est  pas  trop  de  dire 
qu'il  commande  la  navigation  des  mers  de  la  Chine  d'une 
manière  beaucoup  plus  efficace  que  Gibraltar  celle  de  la 
Méditerranée,  ou  Malte  celle  du  Levant.  En  temps  de  guerre, 
une  frégate  et  un  bateau  à  vapeur  seraient  ordinairement 
plus  que  suffisants  pour  répondre  de  la  sécurité  de  ces  mers, 
aujourd'hui  surtout  où  il  n'y  a  plus,  à  l'est  du  cap  de  Bonne- 
Espérance  ,  d'autre  point  que  Bourbon  ouvert  aux  flottes  de 
l'ennemi;  et  on  sait  quelle  est  la  valeur  de  cette  tie  comme 
établissement  maritime  [Ij.  Si,  par  hasard,  une  expédition 
importante  arrivait  dans  les  mers  de  l'archipel  indien,  Trin- 
quemale  nous  fournirait  les  moyens  de  renforcer  nos  escadres, 
et  de  Singapore  nous  dominerions  toutes  les  lies  voisines 
comme  déjà  nous  les  dominons  de  fait.  En  temps  de  paix, 
deux  ou  trois  bateaux  à  vapeur  armés  pourraient  être  em- 
ployés sur  ce  point  avec  grand  profit,  pour  en  faire  le  relevé 
hydrographique,  qui  n'a  pas  encore  été  fait,  que  je  sache,  et 
pour  y  protéger  le  commerce.  Tout  en  poursuivant  leurs  tra- 
vaux scientifiques,  ils  pourraient  tenir  l'œil  ouvert  sur  les 
pirates  malais  ;  et  pour  ce  double  dessein,  des  bateaux  en  fer, 
tirant  peu  d'eau,  seraient  les  plus  utiles. 

(1)  NoTS  DU  RÉDACTEun.  Le  colonel  Wilkie  semble  oublier  les  ports  hol« 
landais  de  Java,  Sumatra,  etc. 


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CONSIDÉBÉES  COMME  POSITIONS   MILITAIRES.        337 

On  connaît  assez  aujourd'hui  les  proas  des  Malais  pour  que 
je  n'aie  pas  besoin  d'en  faire  la  description  ;  ce  sont  de  longs 
bateaux  construits  surtout  pour  la  marche  et  qui  bordent 
îingt  oa  trente  avirons.  Ils  portent  aussi  une  voile  latine; 
mais  ils  se  comportent  assez  mal  sous  voiles,  et  dans  cette 
position  ils  ne  peuvent  résister  ni  à  une  rafale  ni  à  une 
brise  un  peu  fraîche.  Mais  dans  ces  latitudes  où  les  calmes  ré- 
gnent presque  éternellement,  ces  proas  sont  très-dangereuses 
i  rencontrer  pour  des  bâtiments  mal  armés  ou  qui  ne  se  tien- 
nent pas  assez  sur  leurs  gardes.  Par  des  brises  légères,  avec 
la  mer  calme,  elles  ont  bientôt  distancé  tous  les  bâtiments  de 
guerre,  et  c'est  en  vain  que  nos  canots  essayent  de  leur  don- 
ner la  chasse.  Mais  aujourd'hui  elles  ont  trouvé  leurs  maîtres. 
n  n'est  pas  de  poissons  volants  qui  soient  plus  effrayés  de  l'ap- 
proche d'un  dauphin  ou  d'un  bonite  que  lie  le  sont  les  pirates 
malais  à  la  vue  d'un  monstre  marin  tel  qu'un  bateau  â  va- 
peur tirant  peu  d'eau  :  toutes  leurs  ruses  et  tous  leurs  sub- 
terfuges ne  leur  seraient  d'aucun  secours  contre  un  ennemi 
qui  les  poursuit  sans  jamais  se  fatiguer.  La  moitié  de  leur  ter- 
reur doit  s'attribuer  â  l'ignorance  où  ils  sont  de  la  nature  des 
(orées  dirigées  contre  eux. 

Il  n'y  a  pas  â  s'y  tromper,  la  plus  grande  partie  de  nos 
fiiccès  contre  les  Birmans  est  due  au  prestige  du  bateau  â  va- 
peur que  nous  avions  sur  l'Irawaddy.  Les  bateaux  de  guerre 
des  Birmans  sont  peut-être  les  meilleurs  et  les  plus  fins  de 
leur  espèce  ;  beaucoup  d'entre  eux  bordent  jusqu'à  cent  grands 
avirons  maniés  chacun  par  deux  rameurs,  et  ils  pouvaient 
au  premier  instant  distancer  le  bateau  à  vapeur;  mais  les 
moscles  et  la  force  des  hommes  ne  pouvaient  pas  tenir  long- 
temps contre  la  persévérance  du  piston,*  et  ils  finissaient 
par  renoncer  à  la  lutte,  car  ils  ne  comprenaient  pas  la  raison 
d'existence  de  ce  mouvement  perpétuel  :  idolâtres  qu'ils  sont, 
ils  avaient  imaginé  que  cette  machine  flottante  avec  sa  che- 
minée n'était  rien  moins  que.  le  Dieu  des  Anglais  qui  venait 
les  combattre  en  personne.  Ils  en  étaient  si  bien  persuadés, 
qd'après  la  conclusion  de  la  paix,  lorsque  tout  fut  arrangé, 

5*  SÉBIE.  —  TOME  XI.  ^ 


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338  DES  CÛLOHlEft  JilfiLA16BS 

on  eut  toutes  les  peines  du  monde  à  décida  deux  cheb  bir- 
mans à  venir  visiter  le  bateau  à  vapeur.  Lorsqu'ils  arrivèrwit 
à  réchelle^  conuBe  on  éteignait  las  feux,  oa  lâcha  la  sem- 
pape  pour  débarrasser  la  chaudière  delà  vapeur  qu'elleeo»* 
tenait  encore  ;  le  sifflement  de  la  vapeur  les  effraya  teileamt 
que  rien  ne  put  les  décider  à  manier  TécheUe  et  à  s'avenUimT 
sur  le  pont;  ils  étaient  convaincua  que  le  Dieu  desiU^Us 
était  irrité  de  leur  présence  et  av^t  iémoigaé  son  méeoDtea- 
tement  par  ce  bruit  efibajanL 

£n  parlant  des  piraies  laalaia»  il  ne  iiaudraîi  pas  imaeiAtr 
que  toute  cette  race  est  donnée  a  h  piraterie  ;  en  réalité»  elle 
n'est  exercée  que  par  des  fragments  xLe  tribus.  Lm  Malais  ont 
été  jadis  une  nation  puissante,  ou,  si  l'on  ve«t,  une  puisBMle 
confédération  de  tribus^  et  par  k  nombre  ils  sont  ^loare 
redoutables.  Sumatra  et  lava  ont  été  le  berceau  de  oetle  caœ, 
et  c'est  de  là  qu'elle  s'est  répandue  4ans  toutes  les  Qes  des 
mers  de  l'Inde.  H  est  vraisemblable  aussi  qu'elle  a  iMné  la 
base  de  la  populatioa  de  la  Polynésie,  ^  même  qu'elle  s'est 
établie  jusque  sur  les  c6tesonenia]fisde  l'Amérique  du  Sud.  An 
commencement  duireizième  siècle,  nne  émjgratioA  partie  de 
Palemberg,  dans  Tlle  de  Sumatra,  aUa  fondtf  uae  ooiooîe  daas 
Japresqu'Hede  Malacca^quia  donAéleAomgéoàriquedeMBlais 
i  toute  la  racew  quoiqu'elle  ne  soit  pasaborigèyae  de  oe  pajs. 

Sous  leurs  rois  de  Java  et  de  Suttatca,  les  Misais  étaient 
un  des  peuples  importants  de  l'Asie.  Ils  avaient  «ne  langne 
écrite  et  soumise  à  des  rifles  grammaticales  ;  quelques  livras 
écrits  dans  cette  langue  se  trouvent  dans  les  biUiothèfnts 
des  personnes  qui  s'oocupeat  de  liitèratore  orientale.  Les 
jplus  célèbres  sont  la  ik  GouronnedesauUans,  »  par  BaUbory  de 
DJohor;  la  «grande  Chroniquedes  rois  de  Java»  »  et  iepetae 
de  « Kiri  Tamhouhan.»  Quand  les  Portugais  arriviseal  en  Asie;, 
ils  mirent  à  profit  les  querelles  întestines  des  radyas.  Dimêe 
et  impera,  fut  la  devise  de  l^ur  poUtiqiie.  Qs  lesamiomt  ks 
uns  contre  les  autres  et  produisirent  une  S^iai»  de  piiihf 
guerres.  A  la  suite  de  ces  démélés^aaaglaais,  qnehpies  tôhns 
forent  vendues  en  esclavage^  d'autres  émiigrèreBt»  et  si  la  pins 


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CONSIDÉRili  GOVUe  tOHJlWS  MLITAIRES.         99$ 

gnMNie  9tKrim  rtata  dans  s«»  Ut»  cm  dur  (a  péniD«iUe,  la  ^eim 
eepead^ai  éiaii  biisÀ»;  la  fMO'tia  la  plus  daff^^euse  da  la 
popnialton,  ceHe  q«tt  conivendU  iiu^  les  esprits  ûiquiet^  at 
Uiiïbitleata»  «a  eonfia  à  4  i'azar  profond  d^  flots  »  pwr  y 
cberehar  sa  via  dans  das  ositvre»  4e  meurtre  ^  df  lapina. 

On  troave  des  Nalaip  mit  laate$  le»  •eôlas  d«  rtiida  ;  daai 
laaies  ae»  ttee  ik  y  tant  aam  nombrt ux  que  la»  jtiife  en  £i»« 
nya.  Il  n'ert  pas  un  de  noe  éiabUeeeiMato  warti imee»  dapnîi 
le  Cap  j«riqa'à  Siaeepora,  qui  m  compte  quelque»  ha})Uaala 
de  ccÉte  raea;  ile  j  axerceai  lee  nuèikr»  de  r6veo4euia,  da 
BBirctonde  d'otijeto  d'oceasîoa»  d'acmfst  de  veille»,  et,  an 
général,  de  toolae  la$  dearto  pour  rapprovieionneoieal  4ef 
navire.  Quelquefois  nous  les  avons  employés  comme  soldats  ; 
nous  les  avons  toujours  (roavés  bneres  et  fidèles,  et  il  y 
aurait  avantage  à  s'en  servir,  si  leur  esprit  vindicatif,  le  trait 
le  plaa  earad^éristiqua  de  toute  la  race,  ne  rendait  pas  fort 
difieîla  l'art  de  lee  £ûre  vivre  avec  de»  boaunes  de  race  ditlè^ 
lenta.  On  dit  que  ni  le  temp»  ni  la  distance  ne  peuvent  a<&i«* 
Mif  cette  roalheureuee  passif  de$  Alalab,  et  qu'ils  déploient 
aeavant  pour  aesouvir  leore  vengeances  un  raffineiaent  d'à*» 
dresie  ai  4a  perséyénancef  iocoaipréhensibles  dans  les  froidea 
rigiane4w  ^ord.  On  me  permettra  d'en  citer  de  mémoire  un 
asonpla  entrante  an  Une  da  Sarraw  eur  «le  Cap  de  Bonn^ 
£ipéranca» 

Un  marcband  boUandaia  avait  acheté  comme  esclaves  un 
jeane  «[arçon  et  une  jeune  fille  de  race  malaiae.  0  avait  feit 
^ïpreadre  au  premier  la  métier  d'ébéniste^  et  à  la  jeune  ilie 
le»  travaaji  d*aî(uiUe  qpi'on  apprend  à  son  se^^e.  Us  devinrent 
tOH»  la»  4ew  ai  babiles»  que  leur  mattra»  après  avoir  profité 
fendant  plu»îeur»  année»  4u  fjruit  de  leur  travail,  promit  un 
ifmranîettnabomnief  danaunaceéscbgénérDsité,  de  luidonnisr 
Ja  JiiMnnbé  à  une  épo«pie  4étemiinée.  l^  temps  arrivé,  il  mtnr 
qntàaa  pai^,  et  an  renveya  indéfiniment  l'apcomplisça^ 
ttist.  lieMelaie  attendit  p«Mep^a>ent  pendant  deux  an»  Teffejt 
ée  catta  proineese  troppewe;  mai»  à  la  troisième  année,  9f 
forant  aneii  lojn  qaa  tmm  4e  la  liberté,  il  prit  aonjiparti* 


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SkO  DES  COLONIES  ANGLAISES 

Un  jour,  il  monta  dans  rappartement  occupé  par  sa  compa* 
gne  d'esclavage,  et  il  la  tua  de  sang-froid.  Quant  A  lui,  il  n'es- 
saya pas  même  de  se  sauver.  Questionné  dans  sa  prison  sur 
les  motife  qui  avaient  pu  le  conduire  à  commettre  ce  crime, 
il  répondit  qu'après  avoir  longtemps  médité  sur  le  moyen  de 
se  venger  de  son  mattre,  il  avait  fini  par  se  décider  à  tuer  sa 
compagne  d'esclavage.  En  tuant  sonmattre,  il  ne  l'eût  fiiitsouf- 
frir  qu'un  moment;  mais  en  assassinant  son  esclave  favorite, 
•crime  pour  lequel  il  savait  qu'il  serait  pendu,  il  enlevait  à  la 
fois  au  vieil  avare  les  deux  sources  de  son  bien-être,  lui  lais- 
sant le  regret  d'avoir  manqué  à  sa  parole,  regret  qui  finirait 
pentrètre  par  le  conduire  lentement  au  tombeau. 

ZXII.  —  BOICG-KOIIG. 

En  quittant  les  côtes  de  Malacca,  il  serait  peut-être  nature} 
de  s'arrêter  quelques  instants  à  Java,  à  Banda,  à  Amboyne, 
ties  qui  ont  été  pendant  quelques  années  occupées  par  les 
troupes  anglaises.  Mais  cela  nous  entraînerait  peut-être  trop 
loin,  et  je  prierai  le  lecteur  de  vouloir  bien  repasser  la  ligne 
avec  moi  sans  craindre  le  rasoir  du  barbier  de  Neptune,  et 
de  faire  voile  pour  la  nouvelle  acquisition  cpie  nous  avons 
faite  dans  les  mers  de  la  Chine ,  quoique  nous  possédions 
encore  bien  peu  de  renseignements  sur  Hong-Kong,  et  qu'il 
nous  soit  par  conséquent  bien  difficile  d'estimer  sa  valeur. 

Il  semble  que  ce  soit  une  ironie  des  Chinois  de  nous  avoir 
cédé  la  possession  d'une  Ile  située  dans  un  groupe  qui  porte 
le  nom  peu  honorable  de  LaJrone.  De  ces  lies  des  Voleurs^ 
Hong-Kong  est  la  plus  septentrionale,  et  celle  qu'on  appelle 
les  Oreilles  d'âne  est  la  plus  méridionale.  Le  groupe  est  très- 
considérable,  et  les  lies  qui  le  composent  remplissent  le 
golfe  dans  lequel  vient  se  jeter  la  rivière  de  Canton.  Les 
Portugais  ont  changé  presque  tous  les  noms  chinois,  et  nous 
avons  adopté  le  plus  souventles  substitutions  qu'ils  ont  faites  : 
ainsi  les  Iles  Pescadores  dans  le  détroit  de  Formosa  et  le  nom 
de  cette  lie  elle  même,  ainsi  le  Tigre  et  son  embouchure  U 


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COXSIBÉBÉES  COMME  POSITIONS  MILITAIRES.       3^1 

Bocca-Tigris.  Il  est  singulier  que  nous.  Anglais,  qui  aimons 
tant  les  monosyllabes,  nous  ayons  préféré  les  noms  si  longs 
des  Portugais  aux  noms  beaucoup  plus  doux  et  plus  courts 
des  Chinois. 

Pour  revenir  à  Hong-Kong,  voici  ce  qu'en  raconte  un 
voyageur  qui  Ta  visité  récemment  : 

«  L'Ile  de  Hong-Kong  est  éloignée  à  l'est  de  Macao  d'en- 
viron quarante-cinq  milles,  et  à  cent  vingt  milles  sud-est  de 
Canton.  Elle  est  séparée  du  continent  par  un  détroit  qui  dans 
plusieurs  endroits  n'a  pas  trois  quarts  de  mille  de  largeur. 
Bans  le  sens  de  sa  plus  grande  longueur,  de  l'est  à  l'ouest,  l'tle 
a  environ  huit  milles  sur  deux  milles  et  demi  à  trois  milles  de 
large.  Ses  côtes  sont  dessinées  par  des  hauteurs  dont  quelques- 
unes  se  projettent  dans  la  mer,  où  elles  forment  plusieurs  pe- 
tites baies.  Le  sol  est  très-montueux,  on  devrait  presque  dire 
montagneux,  mais  très-peu  boisé.  Ces  montagnes  sont  formées 
de  bases  granitiques  qui  souvent  sortent  en  saillie  sur  leurs 
flancs;  dans  les  intervalles  de  ces  rocs  dépouillés  on  trouve 
du  gazon  et  des  arbustes  que  les  Chinois  brûlent  à  l'automne; 
ces  incendies,  vus  de  la  mer ,  présentent  un  spectacle  très- 
curieux  pendant  la  nuit.  Sur  le  côté  oriental  de  l'tle  qui  feit 
fiice  au  continent,  s'ouvrent  de  petites  et  étroites  vallées  cul- 
tivées avec  ce  soin  minutieux  et  cette  patience  infatigable  dont 
les  Chinois  seuls  semblent  être  capables.  La  principale  de  ces 
▼allées  est  située  précisément  en  face  de  la  ville  de  Cow-Loun 
sur  le  continent.  Cette  vallée  elle-même  n'a  qu'une  ouverture 
très-étroite  du  côté  de  la  mer,  obstruée  par  un  immense 
rocher  détaché  des  montagnes  voisines,  mais  dont  l'industrie 
chinoise  a  su  tirer  merveilleusement  parti.  Au  sommet,  ils 
ont  creusé  un  réservoir  où  ils  conduisent  l'eau  des  monta- 
gnes voisines  par  de  simples  tuyaux  de  bambou ,  et  de  là  ils 
la  dirigent,  selon  leurs  besoins,  dans  les  parties  basses  de  la 
vallée,  qui  autrement  serait  restée  stérile  et  désolée. 

Cette  vallée  est  certainement  la  plus  populeuse,  la  plus 
pittoresque  et  la  mieux  boisée  de  toute  Tile.  Dans  peu 
d'années,  sans  doute,  à  côté  des  toits  bleus,  sculptés  à  leurs 


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Zki  1DE9  COLONIES  ANGLAISES 

extrémités  et  ornés  de  ces  dauphins  et  de  ces  dragfOns  que 
prodigue  l'architecture  chinoise^  on  rerra  s'élerer  les  comfbr'» 
tablesvillas  des  Anglais.  Ce  n'est  pas  là  cependant  que  seront 
fondés  les  premiers  établissements;  ce  lieu  est  trop  éloigné  de 
la  baie  principale  située  sor  la  côte  occidentale  de  File  dans 
ja  partie  la  plus  stérile,  lapins  aride  et  la  plus  triste  de  Hong* 
Kong;  mais  la  baie  elle-même  est  une  des  plus  magnifiques  de  la 
Chine.  £lle  peut  contenir  uil  nombre  infini  de  narires  ;  elle 
fK>ssède  un  excellent  mouillage  abrité  contre  les  vents  du 
nord-^st  et  contre  les  violents  typhons  qui  pendant  la  mous^ 
wbn  du  sud-'ouest  causent  tant  de  sinistres  dans  ces  parages. 
Fondant  mon  séjour  à  Kong-Kong  on  ressentit  dans  le  golfe 
itn  de  ces  redoutables  coups  de  tent  dont  nons  nous  aper- 
çâmes à  peine. 

»  La  plage  de  cette  baie  est  basse,  bordée  de  bas^fbnda,  et 
•n  somme  très*peu  commode  pour  le  batelage  ;  mais  le  remède 
i  ces  inconvénients  se  trouve  heureusement  sons  la  main* 
L'ossature  de  Tile  lui  p^ce  la  peau  en  trop  d'endroits  sons 
fM^me  de  rocs  détachés,  et  en  quelque  sorte  tout  {Hréparés, 
pour  qu'on  n'ait  pas  l'idée  et  les  moyens  de  construire  i 
bon  marché  des  môles,  des  quais»  etc.  De  plus,  dans  la  baie 
qui  fait  face  à  Cow-Loun,  et  pour  ainsi  dire  sous  la  main,  setro«« 
Tent  de  magnifiques  carrières  de  pierre  qui  ne  sont  séparées 
de  la  grande  baie  que  par  une  étroite  langue  de  terre.  Sur 
ce  point  s'élevaient  les  huttes  de  quelques  charpentiers  ehî* 
noîs  qui  gagnaient  leur  vie  à  réparer  les  embarcations  des 
navires  anglais  ou  américains  employés  à  la  contrebande  de 
l'opium.  Quelque  temps  avant  la  cession  de  rtle»  ces  huttes 
forent  détruites  par  les  mandarinsy  et  les  habitants  expulsés 
en  punition  de  l'assistance  qu'ils  avaient  donnée  aux  barbares- 
Avant  l'établissement  des  Anglais,  et  lorsque  la  grande  baie 
n'était  encore  occupée  que  par  les  navires  chargés  d'opium, 
cette  même  langue  de  terre  servait  de  lieu  de  rmidea^-vons  et 
en  quelque  sorte  de  bourse  aux  capitaines  des  navires  momBés 
en  rade.  » 

Le  port  de  Hong-Kong  n'a  eommeneé  à  être  fréquenté 


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CONSIDÉRÉE»  ammE  VOSUWSS  afLITAIRES.        3%3 

pv  les  eontrebaiidien  qn'aprè»  qa*ils  eerent  été  chassés  de 
Cap-Sîng-Moiro,  mùmÊ/inBp  à  nevf  milles  ef  au  nord  de  Ma- 
CM ,  sur  kqael  hs  Cbiaois  ont  établi  des  batteries  daas  ces' 
éumietB  temps.  Llmportance  commerciale  que  pourra  pren* 
dre  rétablissement  ée  Hong-Kong  dépendra  donc  principa- 
lement da  traité  à  intervenir  arec  les  Chinois,  ef  smiout  de  la 
■amière  dont  ses  stipulations  seront  obserrées  ;  mais  même 
en  admettant  que  sons  ee  rapport  tout  s'accomplisse  de  far 
StÊçon  la  plus  satisfaisante,  il  est  douteux  que  les  avantages  k 
opérer  paissent  compenser  les  dépenses,  les  peines,  les  pertes 
et  snrtoirt  Teffusioii  de  sang  qne  cette  guerre  nous  aura 


B  n'en  est  pas  de  même  au  point  de  rtte  militaire.  J'ai 
déji  montré,  dans  les  précédents  articles,  comment  nous 
avons  investi,  dans  nos  positions  militaires,  les  continents  de 
llnrope  et  de  l'Afrique.  Noins  Hgne  de  blocus  asiatique,  qui 
commence  dans  l'ouest  à  Aden,  se  complétera  de  la  manière 
In^ns  nvantngeuse  sons  tous  les  rapports  par  notre  établis* 
aemeni  à  Hong-Kong.  Arec  une  escadre  dans  son  port,  nous 
eomnmndons  tout  le  commerce  de  la  Chine;  nous  avons  l'œil 
mr  les  Fhilîppnies,  sur  les  fies  orientales  de  Lou-Ghou,  suc 
celles  du  Japon;  enfin,  avec  Singapore  et  Hong-Kong,  toute 
la  navigatioa  des  mers  de  la  Chine  est  sous  notre  contrôle. 
Qnoiqne  Taeqinsîtion  d'une  Ile  que  nons  aurions  toujours  pu 
pfendre  en  dix  minutes  semble  une  fsiibte  indemnité  pour  les 
dépenses  et  les  peines  de  notre  eiqiédition ,  c'est  cependant 
nn  nvnntage  réel  de  l'avoir  obtenue  par  un  traité,  car  les  Chi- 
nois n'auront  pins  rien  à  voir  dans  ee  qu'il  nous  plaira  d'y 
faire.  Non  pourrons  à  loisir  en  faire  une  position  militaire 
d'une  grande  importance,  y  concentrer  d'importantes  res- 
nemces  pour  nos  opérations  future».  L'indigne  perfidie  dont 
les  Chinois  ont  tonjocirs  fait  prente  josqulcî  dans  nos  rap- 
porte nvee  eux  doit  nous  fiiire  prévoir  la  nécessité  d'en  être 
aonrent  réduits  avec  en  è  la  raUa  ulfmui  r$sum.  Toutefois,  en 
faisant  In  gnerrei  cette  race  eipeo  guerrière,  il  doit  naître  dans 


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3kk  DES  COLONIES  ANGLAISES 

rame  de  tout  véritable  militaire  an  sentiment  de  profonde 
commisération  pour  un  peuple  presque  incapable  de  résis- 
tance; et  cependant  son  ignorance  des  lois  de  la  guerre,  telles 
que  les  observent  les  peuples  européens,  l'horrible  coutume 
qu'il  a  de  ne  pas  faire  de  prisonniers  de  guerre,  nous  mettent 
dans  la  nécessité  de  ne  jamais  accorder  de  quartier,  c'est-à-dire 
de  tuer  les  malheureux  Chinois  comme  des  moutons.  Une  autre 
considération  ne  fait  pas  naître  des  idées  moins  afBigeantes  : 
la  masse  du  peuple,  qui,  dans  toutes  les  opérations  militaires, 
est  la  véritable  victime,  n'a  pas  la  moindre  idées  des  motiis 
pour  lesquels  nous  lui  faisons  la  guerre  ;  elle  n'a  pas  de  cause 
réelle  d'antipathie  pour  les  étrangers  ;  ce  n'est  qu'un  troupeau 
d'esclaves  obéissant  passivement  au  plus  bizarre  et  en  appa- 
rence au  plus  durable  despotisme  qu'on  ait  jamais  vu.  Aussi, 
combien  doit-il  être  pénible  de  ruiner  une  race  si  peu  résis- 
tante! Les  missionnaires  chrétiens,  qui  ont  entrepris  d'arra- 
cher ce  peuple  à  son  idolâtrie,  auraient  dû  être  des  quakers. 
L'espèce  de  gens  qu'on  appelle  en  Chine  des  soldats  semblent 
avoir  la  même  manière  de  penser  que  ces  disciples  de  Wil- 
liam Penn  ;  le  peu  de  courage  qu'ils  ont  n'est  qu'un  courage 
passif,  et  produit  par  l'enivrement  de  l'opium,  comme  on  Ta 
vu  à  l'attaque  des  forts  du  Bogue.  Aussi  semble-t-il  que  le 
frère  du  soleil  et  cousin  de  la  lune  a  de  bien  singulières  idées 
politiques  lorsqu'on  le  voit  priver  ses  soldats  du  seul  stimu- 
lant qui  puisse  les  faire  tenir  devant  l'ennemi.  Sans  doute,  on 
a  raison  de  croire  qu'une  armée  européenne ,  composée  de 
vingt  mille  hommes  de  toutes  armes ,  assez  heureuse  pour 
conserver  sa  santé  et  sa  discipline,  et  fournie  d'ailleurs  des 
munitions  nécessaires,  ne  se  ferait  qu'un  jeu  de  la  conquête 
de  la  Chine  entière,  si  vaste  qu'elle  puisse  être. 

Il  est  fort  difficile  de  savoir  encore  quelle  sera  la  nature  ou 
l'importance  des  établissements  militaires  que  nous  formerons 
A  Hong-Kong.  Sans  doute ,  la  plus  simple  fortification  qu'on 
puisse  imaginer,  le  plus  faible  bockhaus  suffirait  pour  tenir 
en  respect  toutes  les  armées  chinoises;  mais,  dans  le  cas 


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CONSIDÉBBES  COMME  POSITIONS  MILITAIBBS.        8WS 

d'une  gaerre  arec  une  puissance  eoropéenne,  il  foudrait  pren- 
dre plus  de  précautions.  Selon  tonte  probabilité,  la  langue 
de  terre  qai  forme  le  côté  sud-est  de  Tytam,  nom  du  grand 
port  de  Hong-Kong,  recevra  l'arsenal  et  les  constructions  ma- 
ritimes ou  militaires  ;  on  devra  alors  élever  à  son  extrémité 
an  fort  qui  défendrait  en  même  temps  l'entrée  de  la  rade. 

Le  L.  Colonel  Wilkib. 
(  United  Service  Journal.) 


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£îttmtvxc. 


POÉSIE. 


LE  POETE.  —  LADT  CLARE  ET  LORD  RONALD.  --  LES  DEUX  SŒURS.  —  UN 
TABLEAU.— l'amour  ET  LA  MORT.  —  LA  PARTIE  SUR  L'HBRBE. 


Nous  ayons,  dans  la  livraison  du  mois  d'août  dernier,  inséré  quatre 
petits  poCmes  de  M.  Alfred  Tennyson,  traduits  littéralement  en 
prose,  et,  dans  une  note,  nous  distons  que  ce  poète  était  surtout  re- 
marquable par  ses  poésies  lyriques.  Quelques-uns  de  nos  lecteurs 
(de  ces  lecteurs  qui  portent  à  leur  Revue  cet  intérêt  d'anciens  abon- 
nés^  équivalant  presque  à  une  collaboration  quand  il  se  traduit  en 
bons  conseils  qu'un  direcleur  est  trop  heureux  de  recevoir  de  temps 
en  temps],  quelques-uns  de  nos  lecteurs,  se  rappelant  avoir  tu 
quelquefois  dans  la  Revue  Britannique  des  fragments  en  vers  qoi 
prouvent  que  nous  avions  et  que  nous  avons  encore  des  poètes  parmi 
nos  rédacteurs,  nous  ont  écrit  que  c'eût  été  le  cas  d'essayer  au 
moins  de  faire  connaître  par  une  version  plus  poétique  le  nonfeaa 
poëte  qu'on  leur  révélait.  Nous  aurions  pu  répondre  par  des  objec- 
tions assez  plausibles,  discuter  sur  la  question  générale  des  traduc- 
tions en  vers  ou  en  prose,  éluder  en  un  mot  la  difficulté  ;  nous 
avons  préféré  nous  soumettre,  en  choisissant  même  six  poèmes 
nouveaux  aussi  variés  que  possible  par  le  sujet,  la  couleur  et  le 
rhythme,  une  ode, —  deux  ballades, —  un  petit  tableau,  —  une  allé- 
gorie—  et  une  églogue  moderne  dans  laquelle  M.  Alfred  Tenoyson 
remplace  Corydon  et  Tircispar  deux  jeunes  gens  en  frac  faisant  on 
pique-niquCy  ne  se  contentant  pas,  véritables  Anglais  de  1842,  des 
produits  classiques  de  la  Pomone  virgilienne,  ni  de  l'eau  da  fon- 
taines limpides,  mais  étalant  sur  l'herbe  un  prosaïque  pftté  de  lièvre. 


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LE  POSTE.  MF 

nnwnit  da  oidra  ée  I^oiuhire,  et,  au  Heu  de  ehanttr  lai  fifréU 
pour  le  consul,  le»  ctaaaUat  pow  le  sben/r, 

Arcades  ambo» 

Et  eantare  pares  et  re^oadere  parati. 

Noos  ne  garantbsons  pas  à  nos  lecteurs  indulgents  et  bénéroles 
^e  nous  ayons  été  également  fidèles  à  notre  auteur  dans  ces  six 
morceaux.  Mais  aussi  nous  citerons  franchement  en  note  quelques 
leis  du  texte,  tantôt  pour  faire  voir  notre  exactitude  littérale, 
tantôt  pour  justifier  l'impossibilité  de  rendre  rers  ponr  vers,  trop 
beureux  de  conserver  l'idée. 

Maintenant  sommes-nous  contents  nons-méme  de  cetessaiT— 
Jusqu'à  un  certain  point  ;  un  peu  plus  de  l'ode,  qne  nous  avions  crue 
peut-être  plu»  difficile  à  imiter,  que  de  la  grande  Mlude,  ^i  nous 
semblait  presque  plus  facile  à  rendre  eu  vert  qu'en  prose,  et  à  la- 
quelle nous  n'avons  pu  même  conserver  sa  coupe  en  stances  de 
quatre  vers. 

Nous  ajouterons  encore  que,  comme  nous  nous  y  aiteadions,  la 
Quarterîy  Bevieto  vient  de  consacrer  un  grand  article  aux  deux 
volumes  de  M.  Alfred  Tennyson,  et  malgré  quelquce  sévérités  de 
plus  ancienne  date,  celte  Kevue  convient  de  bonne  foi  que  l'Angle- 
terrea  enfin  un  poète  qui  est  digne  de  succéder  à  lordByron.  Nous 
ne  renonçons  pas  à  publier  un  jour  cet  article,  ne  serait-ce  que 
pour  indemniser  M.  Alfred  Tennyson  de  l'essai  de  traduction  à  la 
Ibis  téméraire  et  timide  que  nous  donnons  aujourd'hui. 

LE  POETE. 

ODB. 

De  ses  feus  les  plua  purs  le  soleil  ceint  sa  tète 

Quand  un  poète  a  vu  le  jour. 
Monarques,  redoutez  la  haine  du  poète  ; 

Femmes,  recherchez  son  amour. 

Bans  la  vie  et  la  mort  pour  lui  point  de  mystère  ; 

Jusqu'aux  enfers  plongent  ses  yeux  ; 
Dieu,  pour  lui  révéler  réiemelle  Imnière, 

Déchire  le  voile  des  cieux. 


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ShS  .  POÉSIE. 

Sur  les  montSy  sur  les  flots,  pour  nous  quand  tout  résonne 
Comme  un  murmure  ou  eomme  un  bruit , 

Pour  nous  quand  Toiseau  chante  et  l'insecte  bourdonne, 
C'est  un  langage  qu'il  traduit; 

Langage  aux  mille  échos  que  le  noble  interprète 

Explique  au  profane  étonné , 
Langage  qu'à  son  tour  la  nature  répète 

Au  cœur  par  sa  verve  entraîné. 

Car  l'àme  du  poète  incessamment  féconde 

Est  semblable  à  ces  belles  fleurs 
Jetant  à  tous  les  vents  leur  graine  vagabonde, 

Peuplant  le  désert  de  leurs  sœurs  (1). 

Ainsi,  quand  le  poète  a  parlé,  l'espérance 

Sème  au  loin  ses  étoiles  d'or, 
La  terre  rajeunie  est  un  jardin  immense, 

A  l'Éden  l'homme  croit  encor  (2). 

Préjugés  du  vieux  temps ,  noirs  fantômes ,  arrièrcl 

Voici  le  jour  de  vérité  ; 
A  la  voix  du  poëte,  arborant  sa  bannière, 

Répond  la  sainte  Liberté  ! 


(i)  Like  the  arrow-8eed<  of  Ihe  field-flower, 

The  fruitful  m^it 
Clea?iog,  took  root  and  springing  forth  «new 

Where'er  thej  fell,  behold 
Like  to  the  mother-plant,  in  semblance  grew 

A  flower  ail  gold. 
(2)  Heaven  flow'd  upon  the  souI  in  many  dreams 

or  high  désire 
—  Thus  tmth  was  muUiplied  in  trutb,  the  vorld 

Like  one  great  garden  show'd 
And  thro'  the  wrealhs  of  floating  dark  upcurl'd 

Rare  sunrise  flow'd. 


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LABT  CLABE  ET  LORD  KONALD.         Sk9 

Sœor  des  anges,  salut I...  On  dirait  qa'autour  d'elle 

Rayonne  un  magique  flambeau; 
Mais,  au  lieu  d*ébIouir,  eette  aurore  nouvelle 

Des  yeux  (ait  tomber  un  bandeau. 

Le  sang  ne  souille  pas  l'hermine  éblouissante 

De  son  blanc  manteau  rirginal , 
Où  sa  main  a  brodé  sur  la  frange  flottante 

Un  nom  aux  seuls  tyrans  fotal  : 

Sagesse  1  nom  sacré  qui  prouve  Vorigine 

DelafillederEternell 
Aussi  la  fondre  suit  sa  parole  divine 

Comme  elle  suit  l'éclair  au  ciel. 

Son  bras  vengeur  soulève  une  horrible  tempête  ^ 

Du  fourreau  sans  tirer  l'acier  ; 
D  lui  suffit  des  mots  écrits  par  le  poète 

Sur  une  feuille  de  papier  (1). 


LADY  GLARE  ET  LORD  RONALD. 

BALLADE. 


Us  avaient  les  mêmes  aïeux  f 
Le  même  jour  vit  leur  naissance  ; 
Us  s'aimaient 9  orphelins  tous  deux, 
Us  s'aimaient  depuis  leur  enfance. 
Préparez-vous,  bon  chapelain  :  — • 
Grande  fête  dans  le  village  : 
Sonnez  les  cloches,  sacristain, 

(1) No  sirord 

Ofwrath  her  righl  ârm  whirld, 
But  one  poor  poel's  scroll,  and  yriih  his  word 
She  ihook  the  world. 


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2Se  PO£SI£. 

Pour  célébrer  ce  mariage; 
Lady  Clare  épouse  deHiam 
Lord  Ronald,  son  jeuoe  cousin. 

Devant  le  miroir  elle  admire 
L'éclfut  de  ^^  nouve^ax  atoim» 
Et  se  dit  y  avec  un  sourire: 
((  Ronald  jB'adorara  ioi^om». 
Il  ne  m'aima  que  pour  moHnAm^, 
Non  pour  mes  châteaux  et  mes  bois; 
C'est  ainsi  <(ii*à  men  tour  ]e  Vàisie 
Et  le  préfère  aux  fils  des  rois.  *> 
Puis  s'adres^nt  à  sa'nourrîee  : 
(c  Quelle  est  ta  tristesse  aujourd'hui? 
Lui  dit-elle,  ma  bonne  Alice» 
Douterais-tu  de  moi...  de  lui? 
Mais  nou;  c'est  toi;  qui  la  première 
M'appris  notre  tendre  secret; 
Je  croyais  l'aimer  comme  un  frère... 
Son  amour  était  si  discret  I 
Pré«  de  noi  quand  cbaeun  partage 
Mes  espérances  de  bonheur. 
Ta  tristesse  est  un  wm  présage 
Qui  déjà  me  glace  le  cœur. 
Conviens-en,  allons,  sois  sincère» 
Je  devine. . .  un  souei  jaloux 
Te  fait  craindre  qve  mon  épMCC 
Ne  me  fiiMe  oublier  ma  iiière«.. 
Ne  l'es-tn  pas  ?  €e  mom  «i  éouE  1 
Il  t'est  hiefk  dé;  Ql^onaid,  j'atpère. 
Te  le  dira...  Des  pleurs!  p<i«rqaoif 
Réponds,  mon  ÂHoe^dèie. 

—  Ahl  s'il  savait,  répondit-elle. 
Tout  ce  qu'Alice  fit  pour  toît 

—  Achève  ;  plus  je  te  regarde^ 
Et  plus  redouble  mon  ^Srpi^ 


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LADT  CLARE  ET  hD^D  RONALD.  8U 

Parle.  —  Demain.  —  Non,  il  me  tarde 

De  tout  savoir...  cède  à  mes  vœoxl 

Ma  mère I...  Alice,  je  le  veuxl 

—  Apprends  donc  tout,  fille  trop  chère  : 

Tu  n'eus  d'autre  Bière  que  moil... 

Ecuyer  croisé  pour  sa  fei. 

Quand  tu  naquis,  ton  paivre  pêne 

TûBAait  sur  la  terre  étrangère 

Avec  son  Beigneur  suzerain. 

Et  bientôt  notre  eh&telatne 

Fut  mère  aussi;  ttais,  rar  mon  Bein, 

L'héritière  de  ce  domaûie. 

Pendant  la  iiiiil  »  «Kwmt  sondaia... 

Je  la  remplaçai  pta  ma  fille. . . 

Lord  Ronald,  .conaie  die  orphelûa , 

Est  le  dernier  de  la  fiuBille... 

Ma  fille^  em  hà  donnant  ta  mais 

Je  lui  rendrai  son  l^ritiige... 

Toutes  met  craiiiAes  vont  demaîn 

Cesser  put  votre  mariage,  d 


<{  Ma  nèrel...  9b  !  puis-je  raccisert 
Je  n'ose...  mms  de  l'artifice. 
Si  je  me  taîs»  jp  sois  complioe  ; 
L'honeeôr  le  reot^  il  fimt  ToBer.  » 
Un  instant,  elle  lièaHe  encore; 
Mais  €n  wmn  Aiîœ  l'infilore  y 
Elle  rejette  ayec  dédain 
Toute  cette  ridbe  parure 
Dont  dUettraît  orné  son  mb^ 
Ses  cheveÀ*  Bes  bras,  aa  œiature. 
«  Ma  fille  ion  monde  Ion  aoDovry 
Garde  mon  aecset..  ui  seol  joarl 
De  donkmr  vMx4a  qae  je  tneoret  e 
Elle  ne  répond  pae  et  pkufe. 


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353  POÉSIE. 


II. 


En  simple  fille  du  hameau, 

Mais,  sous  ce  costume  nouveau, 

Jolie  encor,  la  châtelaine. 

Quand  le  jour  vient  de  poindre  à  peine, 

Sort  du  château,  d'un  pas  furtif, 

Les  yeux  baissés  et  l'air  pensif. 

La  voilà  déjà  dans  la  plaine. 

Quelqu'un  l'aperçoit  et  la  suit 

D'un  œil  curieux,  marchant  sans  bruit. 

—  C'est  elle  :  —  a  Bergère  jolie. 

Qui  vous  fit  lever  si  matin? 

Seraitr-ce  le  berger  Lubin, 

Qui  vous  attend  dans  la  prairie  ?» 

Elle  s'arrête  à  cette  voix 

Beaucoup  plus  tendre  que  moqueuse  ; 

«  Mais  est-ce  bien  vous  que  je  vois , 

Ma  châtelaine  matineuse? 

Poursuit  Ronald.  —  Monseigneur,  oui, 

...Ne  m'appelez  plus  châtelaine, 

Je  n'ai  plus  rien;...  de  ce  domaine 

Vous  êtes  seul  mattre  aujourd'hui.  » 

Elle  dit  toute  son  histoire  : 

Ronald  sourit  :  <c  Je  dois  vous  croire. 

Répondit-il  ;  mais  dans  vos  yeux 

Je  vois  à  vos  pleurs,  ma  bergère, 

Qu'à  tous  mes  serments  d'amoureux 

En  retour  vous  ne  croyez  guère. 

J'aurai  donc  de  la  foi  pour  deux  ; 

Pour  prix  de  cette  foi  sincère , 

Bien  plus  que  vous  je  suis  heureux  I 

Je  n'avais  plus  que  des  aïeux , 

Je  vais  vous  devoir  une  mèrel 


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LES  DEUX  SOEUBS.  353 

LES  BEVX  SOEURS  (1), 

BALLADE. 

Ha  sœur,  ma  compagne  fidèle. 

Ha  pauvre  sœnrl  qu'elle  était  belle  I 

(L'ouragan  ébranle  la  tour.) 

Le  comte  vint,  parla  d'amour,  | 

Et  ma  sœur  crut  à  sa  constance. 

—  Beau  comte,  craignez  ma  vengeance  I  I 

I 
Elle  mourut,  sur  son  blason 

Laissant  la  tache  de  sa  honte  ;  I 

Pour  châtier  la  trahison,  ! 

Je  feignis  d'adorer  le  comte  :  i 

Il  était  beau  comme  l'amour.  j 

(L'ouragan  ébranle  la  tour.) 

Beau  comte,  je  veux  être  à  vous; 
Venez  ce  soir  au  rendez-vous. 
(Dans  le  ciel  mugit  la  tempête.) 
Il  vint,  il  reposa  sa  tête, 
Après  le  banquet,  sur  mon  sein, 
Et  sa  main  était  dans  ma  main. 

Mon  baiser  ferma  sa  paupière  : 
Qu'il  était  beau  1...  Ma  pauvre  sœur, 
A-t-il  aussi  séduit  mon  cœur? 

(1)  Dans  chaqae  sunce  de  Torigiaal  est  reproduit  avec  quelques  va- 
ritot«8  ce  Ycr«  : 

The  wiod  is  bowling  ia  tarret  asd  tree. 
U  9mt  mugit  dont  la  tour  et  Varbre.... 

«  C«tte  ballade  appartient,  dit  la  Quarterly  Review,  à  des  mœurs  et  à  des 
UMiments  qui  n'eiistent  pas  dans  la  société  actuelle.  »  Elle  fait  con- 
inste  i  Lady  Clore,  sujet  dont  on  a  pu  faire  un  roman  moderne  :  Th9 
*«*«r<«anw,  par  Mrs.  Ferriar. 

5*  SÉRIE.  —TOME  XI.  23 


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$tk  totaSL 

Non,  non,  ma  haine  reste  entière. 
Quoiqu'il  9011 1mm  eoMM  FaMM*. 

(L'ouragan  ébranla  la  tour.) 

Voici  rheurif  de  la  TcafiMee, 
Ma  sobitr,  }e  te  jol«é  m  éttfcrt 
Bientôt  je  me  1ère  en  silcvoe^ 
Armant  ma  mthi  droîde  4t  fer^ 
Pendant  que  le  btaa  eomie  fè?#, 
DiuM  iOB  0oeitr  j'»i  {>longë  non  gtah^ 

Qu'il  était  beau  dans  te  tfépatff 
Je  Vadmire  M  ne  Arémis  pa»; 
Je  l'enveloppe  d'un  raarre, 
Et  le  porte  atlt  pied»  âê  aa  fliAi^* 
Il  était  beau  comme  Tammir. 
(L'ouragan  ébtanla  la  tour.) 


€N  TABLEAU^ 

Deux  enfants  qui  tmû\eni  de  dem  bameanr  rofains 
Jouer  et  folâtrer  dans  les  même»  jardina  ^ 
Elle  et  /ut  réunis  pins  tard  dans  nne  Me; 
Deux  amants  sous  rormean  parlant  en  lM^è4él6; 
Deux  cœurs  fondus  en  un  par  l'ardeur  de  l'amonr; 
Deux  tombeaux  que  Tégiise  abrite  sous  sa  tour. 
Ornés  de  vert  gazon,  arrosés  par  la  pluie  ; 
Deux  orphelins  laissés  dans  le  même  hameau... 

D'heure  en  heure  la  vie 

Mcws  offre  ee  lablean  (f  ). 

(1)  Les  eiigeDces  de  la  versification  ont  forcé  de  terminer  cette  trid1l^ 
tion  par  deui  vert  de  sii  :  d'ailleun  ta  fîéeeeslIraianerillMraleiiiat 
et  elle  est  si  courte,  que  nous  pouvons  la  «iter  iml  «mien  : 

Two  childreo  in  two  neighboaring  villages 
MiTfflg  Aad  praols  aïong  iKe  hkHhj  \eu; 
f#*iti>»»f{M»ÉM«ling  M  a  restfvafi 
f  «o  lowr*  w  bwpenof  hy  an  •rcbard  w «Il } 
Two  liTes  bound  fast  in  oDe  wi(h  golden  eaie  ; 


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LE  DixEn  sni  ^'hebbe. 

1/AMmiR  ET  LA  MORT. 

Dans  un  jardia  TAnow  wr^ii  pannî  k»  aew9» 
Respirant  leurs  parfeo»»  adniraAi  hm%  <»akvm; 
Au  détour  d'«i  Matier  tONAi  à  coup  il  rencoBAr^ 
La  Mort,  qai^  toos  ua  if^  triste  ei  fière  se  SKMitr^. 
Elle  lui  <lî&  ;«  Yae-t'an»  j/à  règne  dans  ees»  li««xl» 
L'Amour  a  peur;  il  pleure,  et  tôle  ver»  les  ckw^ 
Hais  ayant  dt  partir  :  a  Oui,  cette  benr^  «st  U  liwne. 
Répond-il  »  et  ta  pem:  parl^  eu  scyaveriÂDe  ; 
Car  la  Mort  de  la  vie  est  roiiU>re  ;  eo  ^aîa  1»  jwr 
Eclaôre  ce  grand  «orbre,  il  &U  sombre  à  rMHm. 
Ainsi  TEtemiti  produit  «ous  sa  lumière 
La  vie  avec  la  mort,  soo  ombre  sar  la  terre} 
Hais  roml»e  doit  cesaer  quand  l'arbre  teaiberty 
Et  ce  sera  FAmaur  qui  toujoura  réopéra  (1)*» 


UB  MNER  SUR  Ii  HBRB& 

ËGX.0GVB  irODKRlffE. 

«  L'hAtel  du  Tamnm  aejr»  celui  de  la  Tûifom 
Sont  pleiasé..  alloas,  ami»  dîner  «ur  le  gaMn. 

Two  grires  gn«-gReik  beude  a  gray  cïutck  tover, 
Waab'd  wîl&  slill  raina,  and  daisy-blosaomed; 
Tw»«MiNa  l»OM%«ttlai  bMs  aad  Wad; — 
8« ■■•  Ih4  iqm4 tf  ua  fimn  bowia Iio«t. 

(1)  La  fîèoe  pi^eédmle  M  trèft-^miré«  par  U  Qtkirterly  lUvifw»  et 
celle-d  p«r  U  WutmênUêr;  il  y  a  quatooe  yqm  dtoi  rorisinal  :  Toiei 
lei  neuf  derniers  yert  : 

«  Ton  nrast  begonê,  »  said  Deaih,  t  thaaa  xuàÏÈ  are  aiiae. 

Lof*  wepi  ami  ipread  kis  theênj  vaDs  fto  ffighl; 

ItalkM»  tefATlêA  aaia  s  •  TMa  h«tt  i*  ay^  : 

Tb«Bart  Un  iludov  «f  UCe,  aad  a»  tbe  u«« 

SùadaîB  the  sua  and  shadows  ail  beneatb, 

■»  telb»kBht«r9raBtttamily 

lib  «minent  créâtes  tbe  sbade  of  Deatb  ; 

The  shadow  panetb  wben  the  tree  shall  fall, 

Bat  I  ihall  reign  for  ever  oirer  ail.  » 


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956  POÉSIE. 

—  Volontiers,  i»  dit  Francis,  mon  joyeux  camarade, 
Qui  venait  d'amarrer  notre  nef  dans  la  rade, 
Et  portait  à  son  bras  un  assez  lourd  panier. 
Contenant  le  festin  dans  son  ventre  d'osier. 
Le  peuple,  de  la  foire  admirant  les  merveilles, 
Bourdonnait  sur  les  quais  comme  un  essaim  d'abeilles. 
Nos  coudes  dans  ses  rangs  se  firent  bientât  jour; 
Puis,  gagnant  la  campagne  au  moyen  d'un  détour. 
Nous  laissâmes  à  droite  et  la  plage  et  ses  sables. 
Après  avoir  marché  sous  un  berceau  d'érables, 
Nous  vîmes  devant  nous,  à  cent  pas  du  chemin, 
Du  cottage  d'Audley  le  champêtre  jardin  : 
Là,  sur  un  tertre  vert,  Francis  étend  la  nappe. 
Beau  linge  damassé  d'où  maint  chevreuil  s'échappe. 
Suivi  par  maint  chasseur  et  maint  ardent  limier. 
Le  pain  rond  de  ménage  est  servi  le  premier; 
Le  pâté  lui  succède  ;  une  brèche  récente 
Y  trahit  d'un  levreau  la  chair  appétissante  ; 
Sous  sa  couche  de  lard,  ce  fossile  nouveau  (1) 
Attendait  notre  éloge  à  cdté  d'un  perdreau. 
Nous  n'oubliâmes  pas  au  fond  de  la  corbeille 
Un  cidre  pétillant  déjà  vieux  en  bouteille. 
Nous  voilà  tous  les  deux  assis  :  nous  dévorons. 
Nous  nous  versons  rasade,  et  de  tout  discourons; 
Le  prochain  fit  les  frais  de  notre  causerie  : 
«  Un  tel  est  donc  défunt?  —  Tel  autre  se  marie. 
—Les  courses  du  printemps  ont  vu  de  grands  vainqueurs. 
— Nous  aurons  du  gibier. —  Bien  moins  que  de  chasseurs. 
— Le  prix  des  grains  est  dur.  —  La  loi  des  céréales 
Provoquera  bientôt  de  tristes  saturnales. 
— Le  roi... —  Mais,  dit  Francis,  nous  allons  nous  heurter 
Contre  un  sujet  scabreux...  J'aimerais  mieux  chanter.  y> 
Puis,  me  prenant  la  main  :  «  Trêve  à  la  politique, 
Je  commence  et  j'entonne  une  chanson  comique,  d 

(1)  Lik9  fosêilei  ofthcrock. 


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LE  DINER  SUR  L'HERBE.  857 

Un  merle  se  cachant  dans  le  pommier  voisin 
Paraissait  raconter  arec  son  air  malin  : 

«  Qu'an  autre  marche  au  pas,  le  mousquet  sur  l'épaule. 
Et  pour  six  sous  par  jour  cherche  un  sanglant  tombeau 
Âa  fond  d'un  vieux  fossé  dans  les  plaines  de  Gaule. 
Je  suis  libre  et  bourgeois,  mon  sort  est  bien  plus  beau. 

Je  laisse  les  marchands  à  leur  arithmétique  ; 

Sur  un  trépied  de  bois  perché  comme  un  corbeau  (1), 

A  ce  métier  on  meurt  goutteux,  paralytique. 

Je  sais  libre  et  bourgeois,  mon  sort  est  bien  plus  beau. 

lyantres  servent  l'état,  et  leur  nom  honorable 

Sarle  brome  est  gravé,  glorieux  écriteau. 

J'aime  autant  que  le  mien  soit  gravé  sur  le  sable. 

Je  suis  libre  et  bourgeois,  mon  sort  est  bien  plus  beau.  » 

€n  jour,  je  me  lançai  sur  la  mer  amoureuse; 
J'attendris  une  belle  au  moyen  d'un  cadeau  ; 
Puis  je  fus  moins  galant  :  ma  belle  fut  boudeuse. 
Je  sais  libre  aujourd'hui,  mon  sort  est  bien  plus  beau.  » 

A  mon  tour  je  chantai.  —  Cet  hiver,  à  la  ville , 

Je  vis  exécuter  un  vieux  bibliophile, 

Sir  Robert...  Quelle  horreur  1  Faut-il  qu'un  créancier 

Prostitue  un  beau  livre  aux  griiFes  d'un  huissier  I 

Bans  un  recueil  chantant,  acquis  à  cette  vente, 

Je  me  suis  emparé  de  la  chanson  suivante, 

En  chiMigeant  quelques  mots,  comme  fait  maint  auteur, 

Pour  se  deanw  les^  airs  d'un  improvisateur  : 

<c  Adieu  pour  un  jour,  Emilie, 
Je  pars  au  coucher  du  soleil  ; 
Partage  de  ta  sœur  Julie 
la  chaste  couche  et  le  sommeil. 

(l)Perch'dlike  a  erow  upon  a  tbree-legg'd  stool. 


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MÉSIB 

Maissooiîrcyd  owlireBse  MkM 
Qu'un  rêve  envoyé  par  fawimry 

Sur  ton  front  agitant  son  aile. 
T'entretienne  de  mon  retour. 

%lt  «que  W^aHie  na  tenaressc 
N«  «siivrvîi  t^Hmer  cfi  nen. 
^n  le  visa  oe  ta  Sttfsr  te  ^rcAe^ 
Crois  seulement  que  c'est  le  mien. 

JFoii  %ennw  vtnMr^  *Bass  toft  son^iiBy 
Si  tu  re«M!W«oiidain  rvHl^tir^ 
ftflnda-l^-iBoi,  pgt  «a  4euft  -nenaoïigey 
Ce  sera  le  rendre  à  ta  sœur.  » 


C'est  ainsi  que  nos^chants  égaryaâent  Rdtve  flto; 
Hais  M  idlui  enfin  ^songer  à  la  rcAraîle. 
a  Allons,  dis-je  à  Francis,  voici  Tombre  dn  soir. 
Place  an  doux  rossignol,  et  rentrons  an  manoir. 
Nous  avons  encor  loin  de  ces  lieux  au  rivage. 
Et  nos  mères  déjà  doivent  rêver  naufrage. 
Nous  partons;  par  bonheur,  le  lumineux  croissant 
Sur  les  arbres  bienlôt  jeta  ses  rais  d^ar^^ant. 
Arrivés  sur  le  quai,  nous  trouvâmes  la  ville 
De  ses  jeux  fatiguée  et  qui  donnait  tntnquîUe. 
Nous  détachons  du  bord  notre  esquif  bondiseant» 
Et  nous  armons  sas  bras  de  la  rame,  en  chantoni 


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Mmtiimiits. 


ROMANS. 


UBS  VBEBaÈBES  AJUOITBS  P'IW  TAT  (iX 


CBAfmC  flL 

Gev4e  mw  lecAewt  qiÉi  ojrt éië  fbre(«4e reticr  i  i 
apièfl  U  «ésoB,  soit  par  tes  devoirs  4e  leur  pUee,  Mil  paffM 
qiHf  iraient  des  detHes,  soit  parce  qu'as  étaient  Miumewc, 
doifeat  ae  rappeler  ce  quHl  y  a  d'étrange  4  déco«¥rir  toiA  à 
osap,  caMae  aÀladia,  qae  le  psAsas  anagique  a  diepara.  Fen- 
dant le  dernier  mois  nous  voyons  défiler  avec  joie  les  w^ 
tes»  4a  'roj^ige.  Les  ennayeax  et  les  vieilles  gens  a'ea  '^ent 
lis  pranîen.  Vendait  jmn  et  juillet  îl  y  a  eneora  de  la  wzêêM 
àaepasyarfir;  il  siereste  que  le  petit  nombre  ét&ikmfomt 
osnpaaer  les  convives  des  dk^erê  dtéli^  ^  inventer  œs  poi^ 
iîss  infimes  denH  on  ne  «('aviserait  pas  taaft  ^pie  jla  ibuie  ^ 
11.  I  fant  êlpe^rèa^atingué  ponr  qa'on  V'Ons  admette  an  Jen 
des  bonnes  maisona»  ^GaiAoa-Venee  était  surtout  MHanl 
pmrtiat  la  canoide.  La  dernière  qnitttaî«e  enfin  «esseaMa  I 
oss  b^as  «ailB  d'été  oèf  on  ne  pent  apereev^oir  que  les  na« 
tossda  ppenéère  «laese  ;  nwis  ta  nuit  compltic  n'on  pandfn 
MealK  ^ne  pins  «oiae.  Dèsqnenoaenousaorprenonséétrn 
la  «^«Me  kriHante  «t  paodronso,  qne  ies 


I  f anlBSJMiii  n  ^eioranc  4e  is  dimatao* 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

s'apprivoisant  viennent  sautiller  et  gazouiller  avec  insolence 
dans  la  rue,  que  les  commis,  la  plume  sur  Toreille,  sont  sur  la 
porte  et  non  derrière  le  comptoir,  que  les  théâtres  de  la  ban- 
lieue bariolent  les  murs  de  leurs  affiches  de  toutes  couleurs... 
c'est  alors  que  nous  nous  demandons  :  Où  le  monde  est-il 
allé?  et  rÉcho  nous  répond  :  ou? 

Jamais  la  solitude  n'avait  autant  pesé  sur  mon  cœur  ;  j'al- 
lais avoir  tout  le  loisir  possible  pour  maudire  le  résultat  de 
cette  première  saison.  Après  un  si  beau  début...  Fiascol^^c'é' 
tait  mon  frère  le  louche  qui  était  au  haut  de  l'échelle  ;  — fiancé 
accepté  par  lady  Snsane,  la  plus  jolie  et  la  plus  riche  héri-* 
tière  de  Londres ,  c'était  lui  qui  se  voyait  préféré  à  moi  chez 
lady  Harriet  Yandeleur,  et  se  disposait  à  aller  à  Warburton- 
Lodge  fietire  sa  paix  avec  la  douairière  lady  Theydon. 

Quand  je  méditais  sur  ces  conclusions  humiliantes,  j'étais 
quelquefois  prêt  à  accuser  Emily  de  mes  échecs...  mais  oo 
remords  me  criait  du  fond  du  cœur  :  Ingrat,  ne  maudis  pas 
Southampton-Buildings,  même  dans  ta  pensée  I  Un  triste  pres- 
sentiment s'associait  à  cette  angélique  figure  que  j'avais  laissée 
trois  soirs  de  suite  se  pencher  tristement  sur  le  parterre  de 
rOpéra. 

Cette  impression  n'alla  pas  en  diminuant  à  mesure  que 
nous  entrions  dans  l'automne.  Les  jours  se  suivmi  et  nssê 
ressemblent  pas  :  ce  proverbe  reçoit  un  démenti  formel  de  la 
monotonie  de  Londres  après  la  saison^  monotonie  qui  m 
peut  se  comparer  qu'à  celle  d'un  voyage  sur  mer.  Ma  vie  offi- 
cielle était  trois  fois  plus  insipide  que  pendant  la  session  du 
parlement.  Les  dieux  étaient  partis,  ces  génies  transcendants 
qui  donnaient  quelque  relief  à  mon  pauvre  travail  :  il  n'y  avait 
plus  avec  moi  que  Herries ,  —  le  piocheur  Uerries,  —  ua 
vieux  commis  silencieux,  espèce  de  machine  d'arithmétique, 
«—et  deux  ou  trois  surnuméraires  dont  toute  la  récréatioii 
comme  la  mienne  consistait  à  bâiller.  Les  parcs  publies  étaient 
enveloppés  de  brouillards  ;  la  ville  moisissait  au  bord  de  la 
Tamise  ainsi  qu'un  fucus  sur  le  quai  du  Léthé.  C'était  comme 
une  voie  pestiférée,  ou  pire  encore.  Dans  les  lamentables  ta- 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT.  361 

bleaiuc  de  De  Foe  et  de  Boccace  il  y  a  au  moins  quelque 
diose  qui  excite  nos  deux  sympathies  les  plus  fortes  :  pitié 
et  terreur.  Londres  en  automne  n'excite  que  Tennui...  Autant 
gagner  son  pain  dans  une  mine  de  plomb. 

Si  j'appuie  sur  tout  cela,  c'est  pour  expliquer  la  véritable 
dànence  avec  laquelle  je  commençai  à  m'attacher  au  souvenir 
d'Emily  Barnet.  Ahl  comme  elle  gagnait,  la  pauvre  Emily, 
par  cette  revue  rétrospective!  Quelle  douceur  dans  ces  pa- 
roles et  ces  regards,  que  me  retraçait  ma; mémoire!  Jamais  je 
n'avais  entendu  sortir  de  ses  lèvres  un  sentiment  qui  ne  fût 
noble  ou  gracieux;  jamais  je  ne  l'avais  vue  dans  une  attitude 
qui  ne  pAt  servir  de  modèle  à  un  artiste.  Une  atmosphère  de 
poésie  l'environnait,  communiquant  un  charme  à  tout  ce 
qu'elle  touchait,  à  tout  ce  qu'elle  disait.  Je  me  rappelai  l'ori- 
ginalité de  ses  opinions ,  la  fraîcheur  de  ses  idées,  le  pitto- 
resque de  ses  expressions.  Je  ne  m'étonnai  plus  qu'une  société 
pareille  m'eût  arraché  aux  fodes  inutilités  du  grand  monde. 
Lady  Harriet  était  également  brillante. . .  plus  brillante  même  ; 
maïs  en  elle,  pas  un  trait  naturel,  pas  un  de  ces  éclairs  de 
clarté  divine,  qui  permettent  de  comparer  la  femme  à  un  ange. 

Et  cette  créature  céleste  était  à  jamais  perdue  pour  moil 
comme  une  apparition,  comme  la  divinité  d'un  rêve,  comme 
uneÉgérie  idéale.  A  cette  pensée,  ma  tête  s'exaltait;  j'aurais 
voulu  qu'elle  eût  été  une  fée,  une  Mélusine,  qui  se  fût  fait  un 
jeu  infernal  de  mes  illusions.  Mes  rêveries  me  transportaient 
ainsi  tour  à  tour  au  ciel  et  à  l'enfer...  Mais  je  ne  savais  que 
fidre  de  mon  désespoir.  La  poésie  byronienne  n'était  pas  en- 
core à  l'ordre  du  jour  ;  lapAle  muse  de  Childe-Harold,  avec  ses 
crêpes  noirs ,  n'avait  pas  encore  mis  à  la  mode  la  désolation 
et  les  strophes  rimées. 

L'hiver  vint,  et  je  n'étais  pas  guéri  ;  je  continuais  à  remplir 
mes  devoirs  officiels  comme  l'eût  fait  un  somnambule.  A  moins 
qu'il  n'arrivât  un  navire  avec  des  dépêches  de  Lisbonne,  il 
m'était  impossible  de  prendre  le  moindre  intérêt  aux  affiEÛres 
publiques.  Après  des  mois  passés  dans  la  dissipation,  je  me 
trouvais  de  plus  en  plus  irritable  d'humeur,  foible  de  santé,  et 


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9tt  LIS  FmCMlteES  AMCMJM  H'OIT  FAT. 

digoMé  de  ce  beau  moade  pour  lequel  j'avrâ  Téca.  Les  Un» 
de  stioaeit ceux  du  iiarleBMilInrreiiaieiitea  ville:  peu  oit»* 
portait  leur  retour.  Un  ncnge  «'«ppeniittssaitrar  moa  Ino. 
Je  n^éiais  plus  que  la  moitié  de  moi-même,  la  moitié  d'vm  fiit 

Onjour damlasemaioeafvantroQiwrturedelataasioiiy 

fmtteiidais  la  priaeace  de  lord  Omingtam  et  de  moa  fMre, 
pomr oKttre  le  cemMe 4  mes  déplaisirs  domertiques..*  Ion* 
qoe  je  tîs  «oitir  d«  cd>iiict  da  ministre,  Bénies,  le  pioAem 
■emea,  avec  um  mine  allongée. 

m  Deqam,  diaMe,  s'aeit41.  Hait  lui  cria  iielpe  eoBèyaa 
(Twpprsriism.  «rimemM^off  (c'était  le  sobriquet  de  Soi  Bb* 
oeHenee  daus  uos  bureaux)  «it-il  iMidiflpoeé  oe  amtm?  A-t4l 
décoarert  quelque  fMte  d'^thographe  daut  votre  demiéra 
dépêche,  ou...?» 

A  notre  grâfude  aurpriae,  Herries,  le  secriftaîpe^iiiodjieetla 
plus  doua  desbommes,  tépondit  en  jetant  uur  la  table  lesp»- 
piers  qulA  tenait  A  la  amin ,  et  en  lançant  «ne  de  ces  inter- 
jections qui  ne  se  trouvant  dans  aueun  Toeabulaive  pâli. 

«  Mon  cher  garçon ,  ifous  semblés  borriblemettt  ve»é ,  hd 
din-jeà  mon  tour,  lui  «mriant  presque  le  bonheur  de  poumir 
Aire  «n  colère  «outre  quelque  chose  d'aussi  indiMreBt  que  la 
aeerêtairerie  d'état  de  Sa  Hsfeslé. 

---St  vousleserieE  comme  mot,  décria  Herries,  iautUèma 
desa  rage  concentrée ,  ai,  npvès  aroîir  pioché  ici  «runurnc  jefito 
depuis  quatorse  mois,  sans  tous  danner  un  fourde  fucances^ 
él  ua  «ftoment  de  selRcitor  un  congé  de  six  aemaines  pour.... 
mais  n'importe  pourqnoL.. 

-^^kâ,  u'fmpoiteyounqwN,  un  fint 

— «Ekhieu'l  «que •diriez-^iious  ai,  au  naois  de  déeemhne,  as 
vous  envoyait  dans  la  baie  de  Biscaye  porter  à  air  €fanri«a 
9luafftdes4épédmB  quionmiest  tout  aussi  conuenaUemant 
anufiées  iiiim,  iecoumussionuaireéel'hMelt 

—  fisbaune'.  s'éonèrent  Oiippenham,  Perey,  loatt  lesa^ 
ortiuâres,  y  oampiîs  omî,  ^iujaului  seul  d'un  iunphiaima; 
LIfaenrauK  arartell 

axi  UR  lépoala  Hamea;  je  «ondraii  iiian  imb  V 


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m  juKocw  B'ra  fat. 

iM  las  jutai.  Mm,  diduUew  le  ma 
fiaboff  s'eaavîsBniil!  œ  «erait  se  mettre  âdei  pères  et  i 
eQ]iliMAIaulesmadiMS4fai  parienott,  d 
ib  elles  ne^ran.  Mais  {>aica  qee  je  a'ai  pas  le i 

on  me  choisit,  moi,  Beaty  Amas,  /iis  é$  mm  wmKcrm.  » 

Pendant  que  les  uns  compatissaient  an  désespoir  de  Her- 
riesy  et  que  les  autres  ne  faisaient  qu'en  rire ,  je  réfléchissais 
i  part  et  prenais  une  résolution  imprèrue. 

«  Herriesy  lui  dis-je,  si  vous  êtes  de  bonne  foi,  si  tout  ce  dés- 
jypeiotaaieat  a'ealpas  iia  jea,iiaiaotogpitQyart4tplflaiiÉîiflie, 
dtoas  Iroover  «aeeBiUa  le  aiaîste  :  cette  BHdsâan  aie  «oariti 
j«jais^el9iesiBo(edeparlageîsi  le  vayi^ahepeut^aeaft» 
iaUîr  ma  saaté  biea  ébcaalée.  a 

fiemes  àUkdebeanafoî«et  il  accepU.  Le  auaietmfpMÇi 
d'aboid  le  aonrcil;  Je  lui  parus  ua  îadiecret  fat  oeeàt  Imh 
Jaierser  les  chaÎK  àù  Tautorilé  minislérieUe;  ibsb  je  lai  fie 
ekeenrer  4|u  BenieB  éUit  justeiBeatt  dàugè  4e  mettre  et 
ordre  certaias  decameals  ofiicîele  iadJapeusaUee  kane  4e  la 
prodiame  <Mivertare  da  parlement.  Cet  «rgianeai  le  déeida« 
et  je  iteçae  Tordre  de  me  tenir  pi^t  à  partir  pour  Fakaeatfl 
le  soir  même.  Aucun  être  biimain  n'était  dans  la  coafideaae 
deaMsamoois.  MadéaiardieâdtiiAeaapdefotidffedaasles 
JbareeHx  :  Henâes  aae  cnit  fou.  Si  lordOnoioftoa  «eût  éèé  aa 
riUe»  probaUeaaeat  il  tarait  trouvé  des  otyectîeaeA  aïondé* 
put;  aciais  je  a'aus  pêA  de  peine  à  persuader  à  «a  inèie  ^m 
le^ttT^meaieAt  me  choisissait  pour  iiae  aiisfiioB  oanâdea- 
tielle  irè&-difificile.  SUe  pleura  un  pea^;  me  recoaMaanda  de 
ae  pas  ai'«xposer  à  la  peste  ou  à  la  lièvre  jaaae;  aMuaun 
qnel^faee  jaole  sur  les  irestUemeats  de  teive,  et  se  oaneoia 
quand  je  lui  promis  de  lui  envoyer  par  le  plusprochaia  œev» 
lier  une  ehalae  de  Lisbenae  -et  deux  «ii^fes.  Je^oaaai  di^nc 
mm  iaeÉTuctions  darxiières  à  Tin,  4fiL  devait iB'aj^asaip^gaef; 
9t  4gaat  laissé  à  ladf  Oraiington  le  soia  de  aégler  mes  ad^ 
Aoiresdela  find'aaaée,  je  fis  ma  JBaile^ 

Qaelqyaslieaiosaprès^  j*<étais  sur  la  roule  da  falamaHij  al 


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36i  LES  PREMIÈRES  AMOURS  B'CN  FAT. 

le  lendemain,  le  Morning-Post,  ce  journal  qui  n'oublie  aucune 
nouvelle  importante,  annonçait  à  ses  lecteurs  que  la  veille, 
l'honorable  Cecil  Danby  avait  quitté  le  ministère  des  affaires 
étrangères,  avec  des  dépèches  pour  Tembassadeur  de  Sa  Ma- 
jesté à  Lisbonne.  Ce  petit  article  contenait  tous  mes  adieux  à 
mes  amis  inconsolables  et  à  mes  créanciers. 


CHAPITRE  VIII. 

Indépendamment  de  l'espérance  de  revoir  Emily,  la  soudai* 
neté  de  ma  résolution  lui  prêtait  quelque  chose  de  piquant. 
Tout  en  dévorant  l'espace  de  la  route  au  pas  des  courriers 
d'ambassade,  je  ne  pouvais  m'empécher  de  jouir  de  la  sur- 
prise qui  attendait  lord  Ormington  en  ville,  lorsqu'il  appren- 
drait que  sans  sortir  de  notre  traité  j'avais  su  l'esipiiver,  lui 
et  MM.  Hanmer  et  Snatch  I  C'était  un  triomphe  encore  de  sa- 
voir que  j'échappais  à  la  mortification  d'être  oublié  ou  invité, 
n'importe,  à  la  noce  de  mon  frère  John ,  qui,  selon  les  bruits 
des  journaux,  devait  épouser  après  Noël  sa  riche  prétendue. 
En  vrai  Parthe,  je  fuyais  par  la  poste,  heureux  de  laisser  der- 
rière moi  des  blessures ,  ou  du  moins  des  égratignures. 

Cependant  mon  enthousiasme  commença  à  se  calmer  à 
mesure  que  se  dissipait  aussi  l'excitation  bruyante  du  dé- 
part. Au  moment  de  m'embarquer,  je  vis  les  choses  sous  leur 
vrai  jour  :  ce  jour-là  était  peu  gai.  Sans  partager  les  craintes 
de  ma  mère  sur  le  golfe  de  Biscaye  et  ses  tempêtes,  sans  avoir 
peur,  comme  elle,  qu'un  second  tremblement  de  terre  de 
Lisbonne  m'engloutit  au  rivage,  je  commençai  à  comprendre 
^e  les  beaux  yeux  de  ma  mystérieuse  divinité  m'entraînaient 
bien  loin  de  ma  latitude. 

Non  que  la  vue  du  bleu  sombre  des  flots  m'inspirât  cette 
nausée  c[ui  afflige  d'avance  la  foule  vulgaire  ;  non,  de  même 
que  les  nourrices  grondent  un  enfant  qui  pleure  en  voiture, 
en  lui  disant  que  ceux  qui  ont  le  mal  de  cœur  sont  nés 
pour  aller  toujours  à  pied ,  je  pense  que  tout  homme  qui  a  le 


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LES  PBBMliBB9  AMOURS  D'UN  FAT.  385 

mal  de  mer  n'est  pas  né  pour  naviguer  jamais  dans  son  pro* 
pre  yacht.  Je  mets  quelque  vanité  à  déclarer  que  le  plus  gros 
temps  me  laisse  à  bord  toute  la  robuste  santé  qui  convient  i 
un  genileman* 

Cependant  la  mer  en  décembre  1  le  golfe  de  Biscaye  à  la 
Noél  1  La  traversée  dura  trois  semaines  ;  les  périls  et  les  en* 
nuis  d'une  traversée  pareille  m'auraient  fecilement  réconcilié 
avec  l'hôtel  paternel  d'Hanover-Square.  La  Bruyère,  ou  tout 
autre  de  ces  auteurs  qu'on  cite  sans  cesse,  a  fiait  l'observation 
que  c'est  une  femme  bien  aimable ,  celle  dont  le  mari  ne  se 
souhaite  pas  démarii  au  moins  dix  fois  par  jour.  De  même  il 
but  qu'un  voyage  sur  mer  présente  des  circonstances  par- 
ticulièrement favorables  ,  pour  qu'un  passager  ne  regrette 
pas  la  terre  ferme  au  moins  quarante-huit  fois  dans  les  vingt, 
quatre  heures.  Je  n'oublierai  jamais  avec  quelle  ferveur  je 
remerciai  la  Providence  lorsque  je  me  trouvai  enfin  sur  les 
eaux  faciles  du  Tage. 

Me  voilà  mettant  pied  à  terre...  Mais  le  service  de  Sa  Ma- 
jestèl...  comment  ne  pas  me  ressouvenir  que  j'appartenais  à 
Sa  Majesté  corps  et  biens,  c'est-à-dire  moi  et  mon  portefeuille 
des  dépèches?  En  vain  je  me  disais  que  l'aimant  qui  m'appe- 
lait sur  les  rivages  lusitaniens  était  dans  une  quinta  (maison 
de  plaisance)  de  Cintra;  je  fus  forcé  de  passer  par  la  céré- 
monie de  remettre  en  mains  propres  mes  lettres  diploma- 
tiques et  mes  notes  confidentielles  ;  je  dus  rester  tout  un  jour 
à  là  disposition  de  la  Majesté  collective  et  individuelle  de 
l'ambassade  britannique ,  avant  de  prononcer  seulement  le 
nom  de  Barnet. 

Mais  comment  faire  comprendre  l'ennui  d'être  successive- 
ment interrogé  comme  un  témoin  de  cour  d'assises,  par  l'am- 
bassadeur, par  le  premier  secrétaire,  par  le  secrétaire  parti^ 
culieretpar  trois  attachée  fW abord  ^  tous  ces  personnages 
avaient  à  cœur  de  connaître  les  petits  secrets  de  leur  position, 
relativement  au  ministre  dont  ils  dépendaient  à  Londres;  en- 
suite ils  ne  mirent  guère  moins  d'insistance  dans  leurs  ques- 
tions sur  tous  ces  insignifiants  caquets  de  la  capitale  qui  de- 


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un  psnoten  amooês  vfvm  fat. 
à  imporUBl»  dès  q^'oa  en  est  tssn  éloigné  pov 
■e  {dus  cafendre  i  son  oreffle  leur  hoardomeoieiit  910H- 
dieu.  Cette  içresâîeatkfflL  anonamte  fol  Ilaeident  le  fhs 
déplaisant  de  mon  arrivée  après  l'odieuse  odear  des  qaab 
de  Beleia  et  le  qpedade  de  la  aiAe  et  dégoeniliée  peipak- 
lâm  qu'on  y  décoarre. 

Qn'oQ  ne  soppeee  pas  toviefois  qo'i  Fâge  nùr  de  Tingt-uii 
ans  je  iusse  aaaez  îeuna  po«r  ne  laîaser  aller  de  an»  oftéé  i 
fûre  des  questions  précipitéea.  Ponr  rien  an  monde  je  n'ensse 
pis  trahi  b  moÛMire  caiiosilé  eoacenant  qaî  qne  ce  fftt  on 
i|aoi  que  ce  fikt  à  LiAonne.  Aiqnrès  de  mes  dédaigneos  ooUè» 
gnes  en  diplomatie^  je  me  donnai  les  airs  de  mieux  connaître 
tant  ce  qoi  se  passait  sor  le  théftire  de  la  guerre  qne  Wd* 
Ungton  ou  Beresfard.  Je  voulus  biea  leur  apprendre  toot  œ 
qai  aTsit  euKen  et  tout  œ  qui  devait  suivre;  je  leur  fis  même 
de  l'état  des  partis  à  Lisbonne  un  tableau  si  exact ,  qne  Ton 
dut  m'écouter  avec  une  confiance  illimîtéel 

Avance  besoin  d*eipltquer  à  ces  messieurs  comment  Tété 
précédent  j'avais  passé  des  soirées  entières  avec  des  per- 
sonnes à  qui  le  bonheur  du  Portugal  était  aussi  cher  que  leur 
existence»  et  qui  ne  parlaient  des  beautés  du  Tage  qu'avec  le 
adie  d'un  saint  souvenir? 

Le  haut  rocher  de  Lisbonne,  tel  que  me  Favait  décrit  Emil  j 
daas  sa  poétique  conversation ,  m'était  fatmilier  avant  qne 
j'eusse  parcouru  les  flots  qui  baignent  ses  abords»  et  je 
reconnus  de  m£me  les  murailles  aujestueuses  du  monastère 
de  Mafra.  Loingtemps  avant  que  nous  eussions  jeté  l'ancre 
dans  le  Tage,  j'aurais  pu  peindre  les  tours  de  Saint-Julien  et 
le  château  de  Belem»  les  blanches  quintas  et  les  couvents  dont 
la  toitiure  caractéristique  sort  du  sein  d'un  feuillage  vert»  le 
palais  imposant  de  l'Àjuda,  le  vénérable  portail  de  Saint- 
Jérôme  et  les  tours  élevées  de  l'église  métropolitaine  qai  se 
réOéchisseat  sur  la  surface  des  ondes. 

S'il  faut  tout  dire»  j'amrais  bien  pu  désirer  ne  connaître  tous 
ces  lieux  que  par  la  description;  car  Bien  sait  si  la  scène  ani- 
mée où  je  les  retrouvais  gagnût  beaacoup  au  teuit  et  aux  éma- 


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u»  nmitou  ▲vovis  b'hii  pat.  MB 

matàonê  q«î  vewmf  provoqver  mon  oreille  ei  mon  odoiat 
laÊpùÊÙiÀt  d'îoiagiiier  «ne  popvktte  plus  laide  et  plus  d^qiA* 
taule  cpie  la  capiaÂUe  dee  quais  de  Belem.  Pendant  quelque! 
.  jooKS  qiMPès  mon  arriTée,  j'étais  à  toute  heure  tenté  d'invo- 
quer eomme  des  idéaliléa  le  parftun  des  fleura  d'oranger  et 
la  nmique  dea  guitares  dont  mes  ronumesqves  Portugaii 
de  Londres  avaient  eaabelU  leurs  descriptions.  Les  criaiUeries 
des  nendianls,  les  grognements  des  pourceau,  Todeur  de 
oes  quadrupèdes  ei  autres  anîmaux  immondes^  tels  que  le$ 
Boines  dédiaussés,  finissaient  par  fatiguer  ma  patience. 

Mon  sens  de  Vodorai  est  en  tout  temps  très^niblemenl 
ifheiè.  Le  moins  ostensiMement  développé  de  tous  ks  sena^ 
il  n'en  est  pas  le  moins  susceptible.  Chose  étrange  que  nous 
tt'ajoos  pas  un  terme  qui  définisae  son  imperièction  ou  son 
fistiactioB  1 — Il  en  est  un  pour  les  sourds  et  les  aveugles,  il  en 
cit  pour  les  vues  courtes  et  les  durs  d'oreille;  mais  de  quel 
nom  appeler  ces  fortunés  individus  qui  traversent  sans  sow 
eilkr  un  nmrché  aux  poissons  ou  une  manufiicture  de  coUe 
focte,  ei  qui  en  compensation  se  promènent  sans  ravissement 
an  milien  d'une  serre  ou  d'un  tmilis  embaumé  par  le  thym) 
Pour  ma  part»  je  déclare  que  ma  plus  vive  anticipation  des 
jouissances  du  paradis  consiste  dans  ces  brises  aromatiques 
qui,  selon  le  chantre  d'Eden,  peuvent 

Diu^er  tout  Uà  maux»  hormis  le  désetpcMr  (!)• 

Quelque  affreuse  torture  qui  f&t  infligée  à  ihes  nerfis  olfoc« 
tifs  sur  les  quais  de  Belem,  je  fus  amplement  récompensé  par 
la  brise  lorsque  je  traversais  quelques-unes  de  ces  vallées 
délicieuses  des  bords  du  Mondego,  toutes  parfumées  de  la*- 
vande,  de  romarin  :  là  des  bocages  de  citronniers,  les  lauriers 
roses,  les  cyprès  ou  les  cèdres,  favorisés  par  les  rayons  du 
soleil  brûlant,  communiquent  à  l'atmosphère  les  émanations 
des  contrées  orientales.  Mais  auparavant  combien  j'avais  eu 

(D  Ablê  10  ctifo M  KMinffi  M  doifo^r.  MiKOtt. 


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868  LES  PREMIÈRES  AMOCRS  D'UN  FAT. 

à  souffrir I  Mon  irritation,  après  trois  jours  passés  dans  aa 
hôtel  empesté  d'ail  et  de  tabac»  et  sous  les  fenêtres  duquel  dix- 
huit  heures  dans  les  vingt-quatre  passaient  les  tambours  et 
les  fifres  de  la  parade  militaire,  mon  irritation,  dis-je,  était 
Tavant-coureur  d'une  maladie.  J'avais  vu  plusieurs  exemples 
de  ces  constitutions  qui  n'échappent  aux  conséquences  or* 
dinaires  du  mal  de  mer  que  pour  en  subir  les  effets  les 
plus  délétères  sous  une  autre  forme  ;  mais  moi  je  n'en  redou* 
tais  rien.  N'ayant  jamais  éprouvé  une  heure  d'indisposition, 
je  riais  à  l'idée  d'être  malade,  et  pendant  les  trois  ou  quatre 
premiers  jours  qui  suivirent  mon  débarquement,  j'attribuai 
mon  malaise  au  changement  de  climat  et  de  nourriture  ou  i 
la  fatigue. 

Je  me  crus  presque  insulté  quand  ou  me  conseilla  de  voir 
le  médecin  de  l'ambassade;  je  fus  encore  plus  piqué  lorsque 
ledit  médecin,  ayant  été  introduit  dans  ma  chambré  péremp* 
ioirement  par  un  des  attachés,  parla  de  saignée  et  de  bouillon 
de  poulet.  Mon  indignation  ne  me  servit  pas  à  graiid'chose; 
car  trois  jours  après  une  fièvre  bilieuse  me  fit  infliger  l'igno- 
minie de  la  tonsure  sans  que  j'eusse  seulement  la  conscience 
de  ce  que  Ton  me  faisait.  Au  lieu  de  me  rendre  à  Cintra,  je 
gardai  le  lit  ;  j'eus  le  délire  et  tous  les  paroxysmes  d'une  affec- 
tion cérébrale. 

Pauvre  lady  Ormingtonl  — qu'elle  était  loin  de  se  douter 
que,  lorsque  dans  nos  adieux  elle  me  disait  de  prendre  garde 
à  la  peste  et  à  la  fièvre  jaune,  son  Benjamin  emportait  avec  lui 
le  germe  d'une  maladie  non  moins  dangereuse  1  Bref,  au  lieu 
de  recevoir  par  le  paquebot  qui  lui  annonçait  mon  arrivée 
un  singe  et  des  chaînes  de  Lisbonne,  ma  chère  mère  risquait 
d'apprendre  que  je  dormais  de  mon  dernier  sommeil  dans  le 
cimetière  de  San-Jeronimo. 

En  tout  cas,  je  doute  beaucoup  que  Ton  m'eût  longtemps 
regretté  ;  mais  ma  sensibilité  sur  ce  point  ou  sur  tout  autre 
ne  fut  pas  mise  à  l'épreuve,  car  pendant  trois  semaines  je 
demeurai  dans  un  état  de  torpeur.  Je  ne  savais  pas  mèm 
que  je  souffrais,  quoique,  à  en  juger  par  les  résultats,  je  dus 


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LES  PEEMIÈEES  AMOURS  D'UN  FAT. 

souffrir  beaucoup ,  car  dès  que  le  danger  fut  passé,  j'étais 
bSble  comme  un  enfant. 

Une  de  mes  premières  impressions  fut  la  réflexion  pénible 
que,  tombé  malade  au  milieu  d'étrangers,  A  deux  doigts  de  la 
mort,  j'avais  reçu  autant  de  soins  et  inspiré  autant  de  sym- 
pathie que  j'en  eusse  trouvé  dans  mon  pays  et  sous  le  toit 
dé  mon  père.  C'est  un  aveu,  soit  dit  en  passant,  qu'on  est 
ass^  disposé  à  faire  retomber  sur  ses  proches,  mais  qui  ne 
fait  tort  qu'à  nous-mêmes.  Est-il  un  plus  grand  malheur  que 
de  n'être  pas  aimé  des  siens  autant  qu'on  voudrait  et  méri- 
terait de  l'être?  Pour  moi mais  là-dessus  ma  franchise 

permet  à  mon  lecteur  de  me  juger. 

Le  poète  de  mon  temps  dont  l'imagination  a  été  le  plus 
extraordinaire,  celui  dont  la  poésie  a  peut-être  servi  de  moule 
à  la  poésie  de  Byron,  nous  a  fait  connaître  une  de  ses  compo- 
sitions, vraie  curiosité  psychologique  :  elle  fut  le  produit  d'un 
lèTe  à  la  suite  probablement  d'une  dose  d'opium  ;  mais  un 
Toyageur  récent  (lord  Lindsey)  assure  que  cette  pièce  est  un 
tableau  si  exact  du  paysage  qu'on  aperçoit  du  mont  Liban, 
qne  lorsque  ce  voyageur,  arrêté  sous  les  cèdres  de  l'ancien 
monde,  voulut  décrire  le  site  qu'il  avait  sous  les  yeux,  il  ne 
pat  mieux  faire  que  de  répéter  les  fameux  vers  de  Coleridge  (1] . 
Faut-il  en  inférer  que  le  poète  inspiré  eut  une  révélation 
littérale  de  la  nature  d'Orient?  «  Vraiment,  dit  Hamlet,  il  est 
dans  les  cieux  et  sur  la  terre  plus  de  choses  que  n'en  a  pu 
rêver  la  philosophie  d'Horatio.  d  Oui,  et  dans  l'àme  humaine 
il  est  aussi  plus  de  choses  que  n'en  a  pu  rêver  Hamlet,  ou 
Shakspeare  lui-même.  Qui  sait  s'il  n'existe  pas  des  sens  encore 
imparfaitement  définis  par  la  science  psychologique?  qui  sait  si 
Tàme  ne  contient  pas  des  mystères  encore  inconnus  de  la 
métaphysique  des  écoles,  mais  très-perceptibles  à  ces  orga- 
nisations délicates  qui  ont  la  conscience  des  influences  ma- 
gnétiques?... influences  qui  feraient  croire  à  des  communica- 

(1)  NoTi  DU  DiABCTBUR.  Allusion  au  fragment  de  Coleridge  intitulé 
Kubh-Khan. 

5"  SÉRIE.— TOME  XI.  24 


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370  LES  PREMIÈRES  AMOURS  B'OK  WkT. 

lions  avec  le  sionde  invisible...  si  notre  frêle  et 

nature  pouvait  être  digne  de  la  moindre  cominuiiiGatio&  «fec 

les  êtres  surnaturels  (1)  1 

J.e  ne  saurais  avoir  aucun  intérêt  à  me  tromper,  ni  moi  ai 
les  autres,  et  je  jure  que  dans  ma  maladie  à  Belem,  ma  dbam- 
bre  fut  un  séjour  d'apparitions.  Pendant  tout  le  temps  qœ 
mes  médecins  me  déclarèrent  dans  le  délire»  je  jure  solett- 
nellement  que  je  voyais  des  lieux  dont  le  souvenir  est  resté 
ineffaçable  dans  ma  mémoire,  des  lieux  que  j'aurais  été  ia- 
capable  d'inventer  avec  les  idées  étroites  que  j'avais  alots  en 
peinture,  car  je  n'avais  vu  de  l'Angleterre  que  ses  comtés  les 
plus  prosaïques;  Claude  et  Poussin,  Salvator et Ruysdaeléiaieiat 
pour  moi  des  peintres  aux  beautés  incomprises.  £h  bien,  pen- 
dant trois  semaines,  je  vécus  dans  les  contrées  les  plus  pitto- 
resques delà  terre,  parmi  les  roseaux  et  les  palmiers  de  l'Asie, 
dans  des  montagnes  hérissées  de  bambous,  dans  des  champs 
avec  des  haies  de  cactus  et  d'aloës.  O  médecins  matérialislesl 
vous  appeliez  trouble  du  cerveau,  hallucinations,  mensonfes 
des  sens,  ce  qui  peut-être  était  leur  perception  raffinéel  Je  ne 
changerais  pas,  moi,  les  jours  de  mon  existence  la  phis  i^ 
tionnelle  contre  une  seule  nuit,  une  seule  heure  de  cette  lé* 
yerie  pendant  laquelle  un  bon  génie,  une  fée  giudaît  et  sou- 
tenait mes  pas  1 

Cette  confiante  foi  en  un  monde  transfigoré  n'alla  pas  jw- 
qu'à  me  faire  oublier  que  je  pourrais  hien  paraître  trèsHrîdi- 
cule  à  ceux  auprès  de  qui  je  me  vanterais  de  mes  visioiis  : 
revenu  à  la  santé,  j'interrogeai  seulement  ma  garde  pour 
savoir  jusqu'à  quel  point  les  exclamations  de  mon  ptéCendR 
délireavaientpu  trahir  mes  secrets  ;j'interro(j^ le  fidèle Trim, 
qui  ne  m'avait  pas  quitté  jour  et  nuil,  couché  au  pied  de  mon 
lit  Je  me  convainquis  heureusement  de  ma  parfiûte  discrétîoM; 
personne  n'avait  rien  omipris  à  mes  paroles  entrecoupées. 

Dans  l'intervalle,  le  courrier  d'Angleterre  m'avait  i 


(1]  Note  du  teaddctiiuu  U  aenhlo  ^o  ee  ^mi^uphi  romtost  fa  pis- 
fée  du  roman  de  Zanoni,  de  sir  Ed.  L.  Biilwer. 


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LSS  PBBHIÈEB9  AU 0I7M  B'UH  FAT.  S71 

des  teHotfl  de  ptfner...  lettres  de  reproches  sur  papier  roee, 
liitlels  mons  don  s«r  papier  timbré...  enfin,  sur  papier  ordi» 
Daire,  une  communication  de  lord  Ormington,  qui,  ton  oam 
par  rintermédiaire  de  MM.  Hanmer  et  Snatch,  me  faisait  sa- 
Toir  tout  son  déplaisir  à  Toccasion  de  mon  départ  d'Angle- 
terre précisément  au  moment  où  la  famille  était  toute  entière 
occupée  de  l'heureiix  mariage  de  buhi  frère. 

Mais  ce  n'était  pas  tout  :  la  maison  patentée  de  Soutfaaan» 
ploa  Boildings,  investie  par  Sa  Très*Honorable  Seigneurie 
du  privilège  de  ne  s^mcHiBer  en  son  nom ,  daignait  encera 
m'intiiBer  que,  a  si  mon  v<^age  en  Portugal  avait  pour  but  de 
«leaonveler  aies  relations  avec  une  certaine  famille,  ma  peo* 
»sioa  aérait  définitivemant  suspendue  dès  qu'on  recevrait  la 
I»  moindre  renseignement  tendant  à  me  représenter  comsse 
>  jaloux  de  ciMitnicier  une  plus  tendre  alliance.  » 

Le  vieux  praciurettr  faisait  long  feu ,  et  tirait  avant  la  b^ 
taille.  J'étais  depois  plus  d'un  mois  i  Lisbonne»  sans  av<ùr 
cherché  la  nsoîndre  informatûm  concernant  les  personoei 
qu'il  m'était  interdit  de  revoir  dans  des  termes  si  dura. 
Quant  à  ce  qui  regardait  les  d' Acunba,  je  savais  bien  que»  vu 
la  fréquence  de  ce  nom  à  Lisbonne,  autant  aurait  valu  aller 
par  les  rues  de  Londres  demander  une  fronille  du  nom  de 
Saûth.  Quant  à  Emily ,  je  ne  pouvais  naturellement  risquer 
de  la  désigner  aux  jeunes  gens  en  gants  jaunes  qui  co* 
piâent  les  dépêches  échangées  entre  l'Angleterre  et  le 
Portugal. 

Lisbonne  et  ses  environs  étaient  alors  peuplés  de  mur-- 
ebands  anglais.  Le  blocus  hermétique  des  ports  de  France 
Usaii  de  TEspsigne  et  du  Portugal  nos  seuls  refuges  contra 
Fhaaaîde  dimat  de  la  Grande-Bretagne.  Je  me  déterminai  4 
diifcrer  oas  enquêtes  jusqu'à  ce  que  je  fosse  en  état  d'aller  ft 
Guida  en  personne.  Les  prohibitions  exténues  dans  l'épKre 
eSoeUe  de  MM.  Heniner  et  Snetcb  n'avaient  servi  qu'à  me 
leadre  plus  impatient  de  firancbir  le  eordon  sanitaire  de  ma 
chambre  4e  eialadef  Je  eortis  donc  une  bonne  quinzaine  w 


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373  LES  PREMIÈRES  AMOURS  B'UN  FAT. 

moins  avant  Tépoque  fixée  pour  ma  première  promenade  au 
grand  air  par  cette  respectable  et  aveugle  corporation  qu'on 
appelle  en  tous  pays  la  Fatmlié. 

CHAPITRE  IX. 

O  le  bonheur  de  la  convalescence  1  Socrate  a  décrit  les 
transports  de  Thomme  qui  s'échappe  de  sa  prison  ;  mais  la 
transition  de  l'air  renfermé  de  la  chambre  du  malade  à  l'air 
pur  des  champs,  la  transition  de  ces  lugubres  figures  qui  in- 
terrogent tristement  la  v6tre  A  la  vue  des  oiseaux  du  ciel  qui 
chantent  et  voltigent  sur  les  arbres,  cette  transition  n'est 
guère  moins  ravissante  :  c'est  un  avant-goût  du  retour  de 
l'homme  au  jardin  d'Eden. 

Mais  moi  surtout,  moi  qui  étais  venu  dans  le  pays  des  oran- 
gers et  des  citronniers ,  bravant  mon  père  et  ses  procureurs 
uniquement  pour  revoir  encore  une  fois  la  plus  angélique 
des  figures  humaines,  n'avais-je  pas  un  double  motif  de  me  ré- 
jouir de  la  prochaine  délivrance  qui  allait  enfin  me  permettre 
d'accomplir  le  but  réel  de  mon  voyage? 

Impossible  de  faire  une  excursion  à  Cintra  le  premier  jour 
de  ma  sortie ,  ni  même  pendant  toute  la  première  semaine, 
ce  Mais  tout  vient  à  point  quand  on  sait  attendre,  y>  dit  le  pro- 
verbe français;  encore  huit  jours,  et  j'irai  jusqu'au  Richmond 
de  Lisbonne.  Cintra  n'était  pas  près  de  s'envoler  de  son  pié- 
destal de  rocher;  encore  huit  jours,  et  je  pourrai  presser  la 
main  d'Emily  dans  la  mienne. 

Combien  de  fois  j'avais  compté  les  heures  de  ces  huit  jours! 
comme  je  me  recueillais  chaque  matin  avec  un  redoublement 
d'impatience  I  comme  les  rêves  de  ma  fièvre  avaient  donné 
de  nouveaux  élans  à  ma  première  passion  !  Un  nouveau  jour 
avait  enfin  lui  pour  mes  yeux.  Je  commençais  à  apprécier 
la  perfection  d'Emily,  comme  je  ne  l'avais  jamais  appréciée 
auparavant:  —  la  noble  sécurité  de  son  caractère,  la  naïve 
et  loyale  confiance  de  son  cœur,  l'absence  de  toute  pré- 
tention et  de  toute  affectation  en  elle;  car  c'étaient  là  des 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'uN   FAT.  373 

qualités  que  mon  expérience  des  manières  artificielles  du 
monde  rendait  doublement  attrayantes.  Je  ne  puis  com- 
prendre comment  des  hommes  qui  ne  sont  pas  dépourvus 
de  sentiment  et  d'esprit  peuvent  se  laisser  captiver  par  des 
femmes  qu'ils  ne  voient  jamais  se  livrer  à  une  émotion  na- 
turelle, qu'ils  n'entendent  jamais  avouer  un  sentiment  sin- 
cère. Selon  moi  y  il  n'est  pas  de  charme  plus  irrésistible  que 
h  société  de  ces  personnes  dont  la  physionomie  réfléchit  tous 
les  mouvements  de  leur  &me ,  et  dont  toutes  les  remarques 
on  toutes  les  réponses  naissent  de  l'impulsion  directe  du  cœur. 
J'étais  sàr,  par  exemple,  qu'en  paraissant  en  la  présence  d'E- 
m3y  j'apprendrais  tout  d'abord,  soit  par  son  sourire  expansif, 
soit  par  sa  froide  sévérité ,  si  elle  ne  me  pardonnait  pas  ma 
conduite,  ou  si  son  départ  soudain  d'Angleterre  avait  été  une 
égale  source  de  chagrin  pour  elle  et  pour  moi. 

Je  me  disais  qu'amant  non  déclaré ,  je  n'avais  épargné  ce- 
pendant aucun  sein  pour  me  faire  bien  venir  d'elle ,  et  que 
mes  attentions  avaient  été  de  celles  qui  ne  doivent  jamais 
cesser  une  fois  qu'elles  ont  été  accueillies. — Oui,  si  je  décou- 
vre que  ses  regrets  ont  été  aussi  poignants  que  les  miens ,  j'y 
snis  bien  décidé,  aucun  sacrifice  d'ambition  mondaine  ne 
me  coûtera  pour  m'assurer  un  trésor  que  la  Providence  semble 
avoir  placé  exprès  sur  mon  chemin.  Elle  sera  à  moi...  m'é- 
criai-je,  ou...  Je  n'étais  pas  encore  exactement  fixé  sur  l'al- 
ternative. 

En  faisant  ainsi  poser  Emily  devant  moi  avec  les  attributs 
de  ma  fiancée ,  je  retouchais  aussi  dans  ma  mémoire  le  por- 
trait de  sa  beauté  incomparable;  beauté  si  fraîche,  si  pure 
et  si  piqpante  à  la  fois ,  comme  celle  des  divinités  du  Prin- 
temps ou  de  la  Jeunesse.  Devant  cette  image,  ma  tête  s'exal- 
tait. À  force  de  l'évoquer,  je  la  revoyais  elle-même,  là, 
visiblement  présente,  mon  idole,  ma  maltresse...  l'épouse  de 
mon  choix.  O  malheureux  que  j'étais  de  l'avoir  laissée  des 
mois  entiers  exposée  aux  profanes  suppositions  du  monde  1 
an  lieu  de  l'appeler  sur  mon  lâche  cœur  en  lui  donnant  ce  nom 
•acrél 


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ftk  UBS  PREMliBBS  AMOUB8  D'UN  FAT. 

Enfin ,  j'allais  la  revoir  et  réparer  tous  mes  torts  :  le  jov 
que  j'sd  fixé  pour  courir  à  Cintra  a  Im  enfin.  —  Brûlez  Tes 
fiyres,  mon  cher  docteur,  dis-je  à  mon  fidèle  et  assida  Esco- 
IqHfi  avant  de  partir....  j'ai  par  devers  moi  de  meilleurs  re- 
mèdes que  les  forêts  de  quinquina  et  de  cascarille  q«e  vous 
m'infligez.  Avant  huit  jours,  je  vous  le  promets ,  je  ne  «rai 
plus  le  même  homme ,  vous  ne  me  reconnaîtrez  plus.  A  tout 
évtoement,  c'est  moi  qui  ne  voua  reconnaîtrai  plus,  et  toub 
me  verrez  vous  dépasser  rapide  et  fier  comme  cette  brise  dn 
printemps  qui  rit  de  vps  ordonnances. 

— *  Tant  mieux,  me  répondit  le  docteur  Arnold,  tant  mieux  ! 
Mais  j'aimerais  tout  autant  que  cette  menace  ne  me  fAt  pas 
adressée  avec  un  œil  si  enflammé  ou  un  pouls  si  précipité.  Je 
Tiens  ce  matin  même,  par  Tordre  de  air  Charles  Stuart,  d'^ 
crire  à  lord  Ormington  un  brillant  bulletin  de  votre  conTS- 
lescence.  Si  vous  ne  modérez  pas  votre  ardeur  et  ne  baissez 
paa  le  ton  de  votre  voix ,  je  vais  retarder  le  d^nrt  de  na 
lettre  jusqu'au  mois  prochain. 

Je  ne  jugeai  paa  nécessaire  de  demander  à  TEscolape  of- 
ficiel s'il  avait  envoyé  sa  misaive  doctorale  a  mon  père  par 
le  canal  obligé  de  Southampton  Buildings  ;  bref,  j'étais  trop 
keureux  ce  jour-là  pour  m'inquiéter  d'aucune  parenté  aa 
monde. 

Beaux  sites  de  Cintra  1  combien  je  me  réjouissais  de  recon* 
naître  dans  vos  accidents  pittoresques  les  tableaux  d'Enûlyt 
Paux  images  semblaient  marcher  devant  moi  pendant  (p^fi 
gravissais  la  Calçada  de  cette  région  de  çutnlaa  ;...«rane  était 
k  réalité  du  grand  jour,  les  blanches  muraQlea  et  la  verdoie 
qnl  brillaient  au  soleil  ;  maia  en  même  temps  fadminîs  la 
tableau,  la  copie  divine  de  ce  beau  paysage,  tel  que  je  le  tenais 
d'une  voix  si  douce  pour  moi. 

O  haleine  odorante  des  jardins  l  que  de  vie  dans  cet  air 
printanierl  quelle  magnifique  résurrecticm  de  toute  la  natirB 
dans  ce  monde  de  boutons  et  de  fleurs  qui  naissaîoit  aotoor 
db  moi!  Me  voilà  sur  la  hauteur  du  presnier  plateau;  ao^«* 
sus  de  ma  tète  se  dressent  les  tours  monastiques  de  Nossi 


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LES  rRBMTÈRBS  AMOmS  D'CIT  PAT.  8T5 

Senbora  de  Penfia.  Aht  que  le  fardeau  de  Texistence  m'est 
doux  à  porter  I  Je  me  sens  le  cœvr,  ainon  les  ailes,  d'un  oiseaa. 
Je  taux  toujours  mieux  en  ce  moment  que  le  Cécil  Danby  de 
tons  les  jours.  Je  suis  un  être  humain,  créé  pour  être  heureux 
elpoor  rendre  heureux;  je  porte  mes  joyeuses  pensées  et  . 
to«  mes  généreux  sentiments  sur  l'autel  d'une  divinité. 

CHAPITRE  X. 

Je  demandai ,  c'est-à-dire  mon  domestique  portugais  de- 
manda à  un  jeune  vinhateiro  que  nous  rencontrâmes  en  che- 
min a?ec  une  longue  perche  sur  l'épaule  et  une  VMàinha  sur 
ses  lèvres,  personnage  bien  en  harmonie  avec  la  saison  et  le 
site,  — nous  lui  demandâmes,  dis-je,  s'il  pouvait  nous  indi- 
qua à  Cintra  le  quinta  d'un  Anglais. 

*  Inqltst  I  nous  cria-t-il  après  le  salut  ordinaire  du  pays  ; 
fwat  Inglese!  Il  y  a  tant  d'Anglais!  Il  y  a  le  général,  il  y  a 
le  commissaire  général,  il  y  a  le  chirurgien  général,  il  y  en  a 
lingt  autres  qui  ont  des  quintas  sur  la  montagne. 

c  Non,  ce  n'est  pas  un  Anglais  attaché  à  l'armée. 

—  Un  fidalgo,  donc  ?  ^ 

—  Non ,  pas  un  fidalgo  ;  un  Anglais  anciennement  établi 
id;  un  marchand. 

—  Le  senhor  Barnet,  dit  alors  le  vigneron  avec  cet  air  de 
joie  honnête  qui  faisait  deviner  que  ce  nom  lui  rappelait  une 
influence  bienfaisante,  la  richesse  unie  à  la  bonté.  —  No$sa  #fr- 
nkoral  qui  ne  connaît  pas  la  quinta  de  San-José?» 

Et  ce  fut  avec  un  empressement  cordial  qu'il  indiqua  au 
cocher  tousles  détours  qu'il  avait  à  faire,  tantôt  à  droite,  tantôt 
àganche,  pour  nous  conduire  à  la  maison  de  campagne  que  nous 
demandions.  Nous  continuâmes  notre  route  entre  des  murs  de 
dôtore,  au-dessus  desquels  s'étendaient  les  rameaux  des  chê- 
nes verts  ou  des  lauriers,  et  coupés  de  distance  en  distance  par 
des  grilles  à  travers  lesquelles  l'œil  pouvait  pénétrer  dans 
Fintérieur  des  jardins,  et  des  plantations  d'orangers  de  chaque 


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376  LES  PBEMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

quinta.  Pour  moi,  la  terre  que  je  foulais  était  une  terre  sacrée. 
Je  jouissais  déjà  de  la  surprise  d'Émily,  de  son  gracieux  ac- 
cueil, de  ses  yeux  rayonnants  de  plaisir  ou  versant  de  douces 
larmes  ;  je  jouissais  de  sa  tendre  reconnaissance  pour  tout  ce 
que  j'avais  bravé  et  tout  ce  que  j'avais  abandonné  afin  de 
lui  prouver  que  j'étais  digne  d'elle.  A  mesure  que  nous  appro- 
chions, ma  tendre  anxiété  redoublait.  Au  dernier  détour  indi- 
qué par  le  vinhateiro,  je  pouvais  respirer  à  peine;  mon  cœur 
battait  si  péniblement,  que  je  sentais  que  je  ne  pouvais  plus 
supporter  longtemps  l'excès  de  mon  émotion.  Triste  état  pour 
un  fot  d'être  ainsi  agité  :  mais  je  sortais  d'une  maladie  de  deux 
mois,  d'une  maladie  compliquée  de  trois  médecins  I 

Enfin  nous  aperçûmes  une  grille  plus  apparente  et  plus 
ornée  que  les  autres  :  je  la  reconnus  tout  d'abord  pour  la 
grille  de  San-José,  à  un  petit  bois  d'arbres  verts,  dominé  par 
un  vieux  cyprès  solitaire  d'une  hauteur  prodigieuse,  qu'Emily 
m'avait  décrit  comme  le  premier  objet  qui  de  loin  lui  annon- 
çait la  maison  paternelle. 

Nous  étions  à  la  porte  :  la  maison ,  bâtiment  modeste  en 
pierres  blanches,  élevé  de  deux  étages,  ne  différait  guère  des 
autres  quintas  ;  mais,  plus  rapprochée  de  la  route,  elle  exposait 
tout  d'abord  sa  façade  entifre  aux  regards.  Jamais  aspect  de 
maison  ou  d'édifice  ne  me  parut  plus  splendide  que  celui-là 
en  ce  moment  solennel.  Je  dois  ajouter  qu'elle  était  entourée 
d'amandiers  dans  toute  la  pompe  de  leur  floraison.  L'air  sem- 
blait doublement  éclairé  par  ces  myriadeis  de  petites  étoiles 
végétales,  pourprées  et  tachetées,  qui  se  détachaient  en  relief 
sur  le  sombre  feuillage  d'un  bosquet  de  pins  rejetés  derrière  la 
quinta.  Mais  je  n'abuserai  pas  des  figures  de  la  poésie  en  com« 
parant  cette  jolie  maison  blanche  au  milieu  de  ses  arbres  en 
fleurs,  et  dorée  par  un  brillant  soleil,  à  une  fiancée  parée  pour 
sa  noce.  Les  rossignols,  qui  ne  chantent  nulle  part  aussi  mé- 
lodieusement que  sur  les  bords  du  Tage,  conmnençaient  leurs 
hymnes  d'amour  dans  ces  bosquets  enchantés.  Je  n'aurais  ja- 
mais pu  imaginer  un  site  plus  gracieux  pour  y  revoir  la  douce 
et  souriante  figure  d'Emily. 


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LES  PRBMiiRES  AMOUBS  D'DN  FAT.  377 

Les  deux  battants  de  la  grille  s'ouvrirent ,  mais  je  ne  laissai 
pas  entrer  la  voiture.  Je  ne  me  sentais  pas  assez  autorisé  par 
mes  rapports  avec  cette  demeure  pour  m'y  introduire  sans 
l'avoir  demandé.  J'aperçus  deux  messieurs  qui  se  promenaient 
sur  la  large  avenue  sablée  qui  serpentait  à  l'ombre  des  aman- 
diers :  c'étaient  deux  hommes  d'un  certain  &ge,  et  l'un  était 
probablement  le  propriétaire. 

Je  mis  pied  à  terre,  et  demandai  au  concierge  si  c'était  là 
M.  Barnet,  montrant  celui  des  deux  messieurs  qui  venait  de 
suspendre  tout  à  coup  sa  marche  et  de  se  retourner  attenti- 
vement, averti  par  le  bruit  de  la  grille  roulant  sur  ses  gonds. 
Son  regard  même  était  si  ardent  d'attention,  que,  sans  presque 
attendre  une  réponse,  je  crus  devoir  h&ter  le  pas  et  lui  expli- 
quer le  motif  de  ma  visite.  Heureusement  pour  le  tremblement 
nenrenx  qui  m'agitait ,  il  m'épargna  la  moitié  du  chemin  en 
Tenant  à  ma  rencontre. 

a  Monsieur,  lui  dis-je  le  chapeau  à  la  main ,  et  avec  la  po- 
litesse la  plus  suppliante,  j'ai  pris  la  liberté  de  venir  me  pré- 
senter chez  vous,  dans  l'espoir  que... 

—  Arrive-t-elle?  me  demanda-t^il  tout  bas  en  m'interrom- 
paot,  comme  s'il  eût  craint  d'être  entendu  par  la  personne 
qai  l'accompagnait.  « 

—  Je  m'appelle  Gecil  Danby,  je  n'ai  pas  l'honneur  d'être 
connu  de  vous  personnellement,  lui  dis-je,  pensant  qu'il  me 
prenait  pour  un  autre. 

—  Arrive-Uelle?  répéta-t-il  sur  le  même  ton,  et  continuant 
de  me  questionner  des  yeux  avec  la  même  fixité  de  regard. 

—Vous  vous  méprenez,  je  le  crains,  monsieur,  repris-je, 
commençant  à  penser  que  je  pouvais  bien  être  moi-même  dans 
Terreur;  j'ai  eu  l'honneur  de  connaître  votre  fille  en  Angle- 
terre, et  je... 

—  Arrive-t-elle  ?»  répéta  encore  le  vieillard,  toujours  du 
même  ton,  toujours  avec  cette  même  fixité  de  regard,  qui  ex- 
citait déjà  en  moi  une  vague  inquiétude.  Je  finis  par  ne  plus 
douter  que  je  parlais  A  un  homme  privé  de  sa  raison,  avant 


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afI8  UBS  PRBMIÈmJiS  AMOUBS  B'IJK  FAT. 

niéme  que  j'eusse  aperça  les  signes  d'intelUgenoe  que  ne  fai- 
sait soD  conpagnon. 

Ayant  surpris  hii-mèoie  oa  de  ces  signes  qui  s'adressaient 
à  moi  pour  me  Eure  désister  de  la  couyersation,  ce  fot  sur 
rintemiptenr  que  M.  Bamet  arrêta  alors  son  œil  interroga- 
teur en  lui  demandant  à  son  tour  comme  à  moi  : 

«  Arrive-t-elle  ?  simple  question  répétée  avec  le  même  air 
de  mystère. 

—  Tout  à  rheore,  tout  à  l'heure,  répondit  Vautre  arec  ce 
ton  de  complaisance  dont  on  se  sert  pour  tromper  lesen&nts 
et  les  insensés.  —  Mais,  monsieur,  vous  avez  fait  une  Jongue 
promenade;  ne  devrions-nous  pas  rentrer  pour  nous  leposeit 
Ce  gentleman  a  promis  de  revenir  vous  rendre  visite  une  autre 
fois. 

—  Une  autre  foisl  murmura  le  vieillard  en  joignant  les 
mains  et  avec  l'expression  d'un  profond  désespoir;  c'est loa- 
jours  une  antre  fois.  r> 

Cependant  il  prit  tranquillement  le  bras  que  lui  tendait  son 
compagnon  (celui-ci  me  faisant  signe  d'attendre  son  retour 
dans  le  jardin),  et  il  fit  doucement  quelques  pas  vers  la  mai- 
son; mais,  l'instant  d'après,  il  s'arrêta  comme  frappé  soudain 
d'une  nouvelle  idée,  et  se  retournant  encore  de  mon  côté,  tou- 
jours avec  le  même  regard  et  le  même  accent,  il  dit  :  «An 
moins,  avant  de  le  laisser  s'en  aller,  qu'il  me  dise  si  elle  ar* 
rive.  »  Puis,  se  rapprochant  de  moi  et  posant  familièrement 
une  main  sur  mon  bras  et  se  penchant  à  mon  oreille,  il  me 
dit  encore  plus  bas  que  tout  à  l'heure  :  ce  Je  ne  le  répét^ai  i 
personne,  mais  dites-moi  la  vérité...  vous  m'avez  dit  queroas 
connaissiez  Émily...  eh  bien,  arrive-t-elle? 

—Repensais  laretrouver  ici,  monsieur, r^ondi&je  pénible- 
ment ému  et  n'osant  pas  lui  refuser  une  réponse;  voilà  plu- 
sieurs mois  que  nous  nous  sommes  renc<Mitrés.  J'appris 
avec  plaisir  son  heureux  retour  en  Portugal  ;  c'est  principa- 
lement l'assurance  de  la  revoir  qui  m'a  fait  entreprendre  le 
voyage  de  Lisbonne. 


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LES  VREMIÈBBS  AMQI7BS  B'UN  FAT.  9N 

—  Alors  voQS  serez  mon  ami....  vm»  m'aiderez  à  la  cher- 
cher,  s'écria-4-il ,  se  lirraiit  tout  à  coup  à  une  explosion  de 
sestimeiit  passioDiié.  Vous  avei  coanu  Eoiîly;  vous  Tavez 

appréciée peat-étre  Tayez-vovs  aimée.  —  Hais  uon,  vous 

a'étes  pas  son  père...  voas  ne  pouviez  l'aimer  comme  je  Tai- 
iiaîsI...yoQsn*auriez  pu  vous  imposer  le  cruel  courage  de  Té- 
loigner  de  vous,* afin  qu'elle  pût  être  en  sûreté  en  Angleterre, 
dansrbenreose  An^eterre...  àFabri  des  terreurs  de  la  guerre... 
i  l'abri  de  la  mine  qui  menace  d'engloutir  le  Portugal  et  tout 
ce  qui hii  appartient...  Savez-voiis comment  <m  traita  ma  fille 
es  Angleterre?...  ma  belle  Emily,  mon  orgueil,  ma  gloire,  la 
consolation  de  ma  vieillesse... on  la  persécuta,  on  Tavilit,  on 
mêla  tna,  monsieur. — La  malédiction  de  Dieu  sur  eux  I  qu'ils 
m  soient  punis  par  le  feu  étemel  I  —  Mais  arrive  i-eUi? 
lyoata-t-il  en  revenant,  sans  antre  transition,  de  la  fureur  de 
les  imprécations  à  son  premier  accent,  à  sa  douceur  de  tout 
i  l'heure...  Je  me  sentis  frissonner. 

—  Si  TOUS  TOUS  agitez  de  la  sorte,  monsieur  Bamet,  dit 
son  compagnon  avec  une  parole  d'autorité  qui  révélait  le  sur- 
veiUaiil  de  l'insensé ,  je  ne  pourrai  plus  vous  permettre  de- 
main une  promenade  au  jardin.  Vous  affligez  ce  monsieur, 
qui  est  un  étranger  pour  vous. 

—  Un  étranger  1  Non  pas,  reprit  le  pauvre  M.  Barnet,  qui 
passa  de  nouveau  une  main  sur  mon  bras  ;  je  vois  bien  à  sa 
physionomie  que  ce  n'est  pas  un  étranger.  Il  me  plaint ,  il 
s'afflige  pour  moi....  pour  Emily....  Il  sait  que  longtemps  se 
passera  avant  qu'on  laisse  revenir  ma  chère  enbnt  :  vous 
Toyez  bien  qu'il  n'ose  pas  répondre  à  mes  questions  sur  elle... 
et  c'est  ainsi  que  vous  fiaites  tous....  Personne...  personne 
Be  vent  m'apprendre  si  elle  arrive....  Mais  vous  avez  pro- 
Mmeè  votre  nom  tout  à  l'heure ,  poursuivit-il  en  se  retour- 
raïf  encore  vers  moi  et  m'interrogeant  avec  sa  Sévreuae 
attmtion  : 

«--Dianby,  lui  répondis^je;  Cecil  Danby. 
— Danby  I  ce  nom  devrait  m'étre  connu...  Il  me  semble  que 
js  le  oonnais,  s'écria-t-il  avec  un  mouvement  impatient  des 


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380  LBS  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT. 

épaules;  je  ne  sais  comment  je  perds  la  mémoire....  II  ne  me 
reste  plus  rien  dans  Tesprit....  Et  ma  fille  aussi  ne  yonlat 
plus  rester.  La  pauvre  Emily  ne  voulut  pas  rester  à  San-José. 
On  m'assure  que  je  la  reverrai...  Mais  quand...  Ponvez-vous 
me  dire  quand?  —  Foik,  monsieur...  monsieur  Danbyl  — 
Anglais,  n'est-ce  pas?  —  Qu'étes-vous? —  Arrive-t-elle  ?  Oh  I 
arrive-t-elle?... 

—  Vous  feriez  mieux  de  vous  retirer,  me  dit  le  surveUlant 
de  M.  Barnet  avec  le  sang-froid  d'une  personne  habituée  à 
de  pareilles  scènes;  je  vous  rejoindrai  tout  à  l'heure  à  la 
porte ,  quand  je  l'aurai  un  peu  calmé  :  il  est  toujours  excité 
ainsi  par  la  présence  d'étrangers,  n 

A  ces  mots,  le  vieillard  se  tourna  avec  une  émotion  de  colère 
contre  lui  :  «Comment,  s'écria-t-il ,  pouvez-vons  appeler 
étranger  quelqu'un  qui  vient  à  San-José  demander  l'hospita- 
lité au  nom  de  ma  fille?  Ne  savez-vous  pas  qu'Emily  est  tou- 
jours la  maîtresse  ici?  Ne  savez-vous  pas  que  lorsqu'elle  me 
reviendra,  son  premier  soin  sera  de  mettre  hors  delà  maison 
le  brutal  qui  a  osé  tyranniser  son  pauvre  vieux  père?....  Me 
battre  comme  un  enfant  I  moi,  un  homme  à  cheveux  blancs  1 
Elle  m'aimait  tendrement,  monsieur,  continua-t-il  en  s'adres- 
sant  brusquement  à  moi;  quoiqu'elle  m'ait  quitté,  elle  m'ai- 
mait très-tendrement.  Venez  avec  moi  dans  la  maison ,  vous 
y  verrez  mon  portrait  fait  par  elle....  On  dit  qu'il  n'est  pas 
fini...  Elle  n'avait  pas  eu  le  temps  de  le  finir  avant  de  m'étre 
enlevée....  Mais  elle  reviendra  le  terminer....  Abl  elle  devrait 
déjà  être  ici  depuis  le  temps ,  me  dit^il  en  me  montrant  les 
amandiers  en  fleurs....  et  les  oiseaux  chantent...  et  le  soIeU 
brille....  comme  si  Emily  était  encore  ici....  Oui,  le  soleil 
brille ....  trop ,  beaucoup  trop ....  Sa  lumière  brûle  ma 

pauvre  tète.  Et,  monsieur c'est  une  saison  bien  triste 

que  le  printemps!...  Àrriverait'elle ,  monsieur^  que  vous  êtes 
venu  ici  pour  la  voir?  Ahl  ahl  nous  les  attraperons  bien 
encore...  Ils  pensent  l'avoir  ensevelie...  mais  je  sais  à  quoi 
m'en  tenir.  Je  sais...  je  sais. ...  qu'elle  arrive  I  » 

Il  avait ,  en  parlant  ainsi,  enlacé  son  bras  dans  le  mien,  et 


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LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'CPT  FAT.  381 

son  gardien  me  pria  tout  bas  de  vouloir  bien  l'aider  à  lui 
rendre  un  peu  de  calme  en  l'accompagnant  dans  la  quinta. 
Cette  proposition  ne  pouvait  qu'être  bien  accueillie;  les 
forces  commençaient  à  me  manquer. 

Comme  nous  nous  approchions  de  la  maison,  la  porte  d'un 
vestibule  fut  ouverte  par  deux  domestiques ,  qui  nous  intro- 
duisirent dans  un  vaste  salon,  dont  les  jalousies  étaient  fer- 
mées; de  sorte  qu'en  y  entrant  je  ne  pus  d'abord  distinguer 
les  objets,  car  je  passais  du  grand  soleil  à  une  demi-obscurité, 
le  me  laissai  tonil>er  sur  un  fauteuil...  J'étais  accablé....  Ahl 
si  l'horrible  pressentiment  provoqué  par  les  rêves  du  pauvre 
maniaque  étaitfondésur  laréalité  !.. .  Emily  serait^elle  morte?. . . 
mortel 

Un  mot  de  question  au  gardien,  qui  restait  debout  devant 
moi,  aurait  dissipé  tous  mes  doutes  ;  mais  je  n'osais  l'interroger. 
Je  ne  me  sentais  pas  le  courage  de  connaître  toute  l'étendue 
démon  malheur.  Il  me  prit  une  grande  faiblesse...  Il  me 
sembla  distinguer  autour  de  moi  ce  parfum  particulier  de  va- 
nille qui  accompagnait  autrefois  la  présence  d'Emily.  Comme 
800  vieux  père,  je  ne  pus  retenir  mon  exclamation  in- 
sensée :  — Àrrive-t-éUe?  m'écriai-je;  et  je  perdis  connais- 
sance. 

Quelques  minutes  durent  s'écouler  avant  que  je  fusse  revenu 
de  eet  évanouissement.  Quand  je  rouvris  les  yeux,  ce  fut  avec 
une  sensation  de  froid.  J'étais  toujours  assis  sur  le  même 
fauteuil;  d'un  cêté,  le  vieux  père  d'Emily  en  démence,  ses 
yeux  fixés  curieusement  sur  les  miens;  de  l'autre,  son  sur- 
veillant, qui  tenait  une  de  mes  mains  dans  les  siennes,  comme 
me  tatant  le  pouls....  Grands  dieux  I  allait-il  exercer  aussi 
sur  moi  ses  horribles  fonctions  ? 

Cet  homme  s'adressa  alors  d'un  air  bourru  à  l'infortuné 
vieillard  :  a  II  revient  à  lui,  dit-il  ;  mais  je  vous  avais  dit  que 
vos  étranges  questions  finiraient  par  l'excéder.  Comment 
pouvez-vous  espérer  que  vos  amis  retournent  vous  voir  si 
vous  les  troublez  et  persécutez  de  la  sorte  ?j 

— n  n'est  pasmon  ami...  maisVami  d'Emily;et  ses  amis  se- 


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382  LES  PKBMiteES  AMOUBS  O'UH  FAT. 

ront  toujours  indulgents  pour  noû  »  s'écria  ie  pMTre  riéà^ 
lard;  et  il  se  pencha  Ters  moi  avee  une  expression  si  piaifr- 
tive ,  que  mes  forces  finillîrent  m'abandonner  tout  à  Cail  de 
nouveau.  Je  restai  immobile  sur  le  fauteuil,  comme  un  homme 
étourdi  et  haletant. 

Toutefois  mes  yeux  s'étaient  aocoetumés  au  joar  sombre 
de  l'appartement.  Je  pus  reoonnaitre  peu  à  peu  q«'il  contenait 
mille  indications  d»  habitedes  d'une  fiemme  :  c'étaient  don 
instruments  de  musique,  des  lines,  des  fleurs.  Sur  la  table» 
je  remarquai  un  tambour  à  broder;  un  loriot  enchidné  à  un 
perchoir  agitait  sans  cesse  ses  ailes,  comme  impatient  du 
l'obscurité  et  du  silence  du  salon.  Mes  terreurs  commencé- 
rent  à  se  calmer.  Pourquoi  avoir  si  faussement  interprété  ha 
paroles  incohérentes  d'un  honune  en  démence  i — £mily  était 
pnAablement  dans  la  maison....  Oh  1  oui —  et  j'allais  enfin  à 
mon  tour  adresser  au  gardien  de  M.  Barnet  l'inccnoante  ^pet- 
tion....  Ârriee^Udht  au  risque  de  lui  persuader  que  la  eon- 
tagion  de  la  folie  avait  gagné  mon  cerrean.  ie  me  letni  de 
mon  Cnitenil,  et.... 

ce  Ce  sont  les  livres  d'Eauly,  c'est  l'oufrage  d'Emilf,  me 
dit  le  vieiliafd  en  me  coupant  la  parole  pour  me  condnira 
lui-même  courtoisement  à  la  table.  Si  elle  était  ici,  elle  veos 
montrerait  ses  gravnras...  ses  Uvres...  et  elle  tous  dmntarait 
aussi  pour  vous  prouver  son  plaisir  A  vous  recevinr...  Tumi, 
il  y  a  encore  la  marque  laissée  par  eUe  dans  son  valuBie  fa- 
vori. »  fit  H  me  montra  une  petite  branche  de  myrte  fléirie 
entre  les  fisuillets  des  Poésies  de  Bams,  auteur  que  nens 
avions  souvent,  très-souvent  cité  et  vanté  easemble  c  Ccst 
singulier  qu'elle  ne  revienne  pas  pour  terminer  tout  ce  qu'elle 
a  laissé  ici  d'inachevé.  On  ne  bûnae  pas  cenuM  eela,  pen- 
dant des  semaines  entières,  sa  broderie  ininriompmi  et  un 
signet  dans  un  livre.  Je  ne  puis  voûsdire,  monsieur,  eombicB 
de  jours  se  sont  écoulés  depuis  que  fui  entendu  de  la  n^- 
sique  dans  ee  salon.  Vous  saros  cmmne  etts  dmntait  :  jamam 
on  n'entendit  une  voix  phn douce  sur  ter»!...  NdSiêmMiê... 
lie  raveat-vous  jamab  entemlM  chanter  iVW^SUIeiisià/ La  Bteti 


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LES  vmsmftBBS  AxoimB  D'uir  fax. 

m'om  janais  le  lépéter  après  qu'dle  eat  entendu  mon 
Eaîly  1..  £t  maintenant  pas  nne  noie...  pas  une  senie  note... 
Bîen.«.  rien...  Un  silence  tel  qne  dm  natin  an  soir  tovs  en- 
tendez remuer  la  chaîne  du  pauvre  Yilko.  Je  lâcherais  bien  le 
paivre  oîsean  s'il  ne  lai  amit  appartenu...  Il  semble  l'at- 
tendre comnw  moi...  Tout  le  aMmde  l'attend  ici.  » 

Je  frémis»  éeonlant  traîovrs  arec  une  liorreur  instindire 
oeqn'il  aUaît  ajouter,  partagé  entre  tous  mes  doutes  et  tontes 


c  Et  si  nous  allions  an-devnnt  d'elle^  si  nous  allions  la 
«tercher  ?  s'écrift-l41 ,  oomme  cédant  à  une  idée  Ivmineuse , 
mais  toqonra  avec  le  sonriie  vague  de  la  folie...  Je  sais  oè 
eue  Cit  conduite  qnand  on  l'enlevn  de  San^osé...  Si  nous 
allions  ensemble  jnsqne-lA  pour  l'appeler..*  peut-être  nous 
lépoBdrait-elle,  peni-étre  retovmeraii-dle  avec  nous. — Priez 
awsicnr  de  m'aeoompagner!  (Il  s'adressait  à  son  gardien.) 
B  aw  refasera  si  «snt  ne  vous  joignes  pas  à  moi  pour  le  lui 
demander.  Personne  n'ose  ici  rien  Ûre  que  vous  n'ayez 
donné  votre  avis,  s  ponrsnivit41  avec  un  regard  significatif. 

Le  gardien  répoMËt  prademment  : 

«  Voules-^oos  me  promettre»  monsieur,  si  nous  cédons  à 
votre  fimtaisie  »  de  revenir  tranquillement  ensemble ,  et  de 
piendre  quelques  heures  de  regos?  Vous  savez  que  vous  n'a- 
vas  pas  fermé  l'œil  depuis  deux  mrits. 

— VooUea-vous  qne  je  m*endormÎ8se  «piand  Eraily  «vaitan- 
nencé  «a  visiteur  t  demanda  le  pauvre  Bamet  avec  un  de  ces 
seurves  de  finesse  pnrtieuliers  anz  tnsensés.  — -  Mais  je  Tai 
attendu  et  bien  reçu,  vous  voyez,  en  dépit  de  vous.  le  lui  ai 
montré  ses  livres,  ses  flens,  son  oiseau  &vori,  et  maintenant 
je  le  oonduirai  auprès  d'elle..*  c'est-à-dire  si  vous  voulez  me 
le  panaettre,  n 

le  gardien  ase  tira  i  part 

a  Si  vous  venliea,  me  dit-il ,  vous  prêter  à  cette  fantaiste, 
ce  serait  une  oeuvre  charitable.  Voilà  {dusieurs  jours  que  les 
farozfsams  de  M.  Bamet  ont  été  bien  terribles;  il  est  au- 
tottid'hui  un  peu  moins  agité.  Si  je  pouvais  smilement  lui  feire 


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aSk  LES  PREMIÈRES  AMOURS  D'UN  FAT 

verser  quelques  larmes,  comme  cela  lui  arrive  après  cette 
excursion  favorite,  je  lui  assurerais  une  nuit  de  sommeil,  b 

Jecommençais  à  m'excnser  en  disant  :  <ic  Je  suis  moinooième 
si  faible.... 

— Fai6Ie/  reprit  le  pauvre  insensé,  saisissant  le  mot...  Oh  1 
n'importe...  vous  vous  appuierez  sur  mon  bras...  je  voas 
soutiendrai!...  Nous  irons  ensemble  voir  Emily...  Il  n'y  a 
pas  loin...  AUan,  la  clef  1...  Vous  êtes  un  brave  homme, 
quoique  brutal...  Vous  viendrez  avec  nous.  Là...  doucement. 
Ne  vous  pressez  pas,  monsieur...  Votre  nom?  Pardonnez  ... 
Ah  1  j'y  suis  ;  M.  Danby,  n'est-ce  pas?  Oh  1  doucement...  Elle 
nous  attendra,  allez...  Toujours  si  bonne...  si  patientel... 
Elle  ne  se  serait  pas  même  fkchè^  contre  le  chien  de  la  mai- 
son... Elle  nous  attendra...  elle  nous  attendra,  d 

Et  tout  en  continuant  à  s'étendre  sur  l'éloge  de  sa  fflle,  il 
me  conduisit  à  travers  une  suite  de  chambres  où  le  gardien 
venait  après  nous.  Une  de  ces  chambres  se  faisait  remarquer 
par  divers  articles  d'une  toilette  de  femme,  aussi  bionique  par 
un  air  tout  particulier  de  propreté  et  d'élégance  :  je  devinai 
que  ce  devait  être  la  chambre  de  miss  Barnet. 

a  Elle  n'est  pas  ici,  comme  vous  voyez,  me  dit  le  vieillard 
en  s'arrètant  un  moment  devant  l'alcêve  froide  et  solitaire... 
Elle  aimait  cette  chambre...  voyez...  le  portrait  de  son  père 
est  là...  en  face  de  l'endroit  où,  lorsqu'elle  était  petite,  obéis- 
sant aux  dernières  recommandations  de  sa  mère,  elle  s'age- 
nouillait chaque  soir  et  chaque  matin  en  priant  Dieu  pour 
moi...  Personne  ne  prie  pour  moi  maintenant.  IHeu  a  aban- 
donné la  maison  1  » 

Le  gardien  crut  distinguer  certains  symptômes  d'excitation 
mentale,  provoqués  sans  doute  par  la  pièce  où  nous  nous 
trouvions,  et  il  intervint  pour  lui  dire  :  «  Mais,  monsieur 
Barnet,  vous  aviez  proposé  à  monsieur  de  le  conduire  auprès 
d'elle...  il  ne  faut  pas  manquer  à  votre  parole. 

—  Manquer  à  ma  parole...  s'écria-tril,  passant  A  uile  autre 
série  de  sensations...  ne  suis-je  plus  un  gentilhomme,  un 
homme  d'honneur?.,..  Ma  fille  m'a  quitté...  les  soldats  firan- 


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LES  FlBMlftRBS  AM0VA8  D'UN  FAT.  385 

ç«9  ont  brûté  mes  magasins  et  ravagé  mes  vignes...  ils  m'ont 
ruiné;  ils  ont  dévasté  le  Portugal  ;  mais  je  suis  resté  un  homme 
d'honneur,  j'espère,  un  gentilhomme  anglais,..  Ne  me  presses 
pas,  AUan  ;  vous  savez  que  je  n'aime  pas  à  être  trop  pressé. 
Je  sais  un  gentilhomme,  un  homme  d'honneur»  et  je  n'ai  ja- 
mais manqué  à  ma  parole  I  d 

Et  en  parlant  encore,  il  me  conduisit  hors  de  la  chambre  ; 
pois  arrivé  dans  un  vestibule  qui  paraissait  communiquer  avee 
le  jardin,  il  essaya  d'en  ouvrir  les  portes  vitrées.  AUan  tira 
alors  ane  clef  de  sa  poche  et  nous  fit  sortir.  Nous  marchâmes 
seus  une  allée  couverte  qui  aboutissait  à  l'extrémité  du  jai^ 
^n.  Là  encore  le  gardien  eut  besoin  d'un  passe-partout  pour 
ouvrir  une  petite  porte  par  laquelle  on  descendait  à  un  bois 
d'orangers. 

Qu'est-ce  qu'un  bois  d'orangers  aux  yeux  d'un  habitant  du 
Portugal  ?  Rien  de  très-intéressant  pour  lui,  accoutumé  comme 
il  l'est  à  la  feuille  lustrée,  aux  fruits  d'or  et  aux  émanations 
odorantes  des  blanches  fleurs  de' cet  arbre  des  Hespérides  : 
c^est  comme  pour  nous  un  verger  planté  de  pommiers.  Mais 
ici  c'était  la  première  réalisation  d'un  bocage  si  souvent  et  si 
pittoresquement  décrit  par  Emily  ;  c'était  l'asile  où  la  rame- 
nait si  volontiers  le  souvenir  des  jeux  de  son  en£&nce. 

M.  Barnet  prit  plaisir  à  me  faire  admirer  plusieurs  oran- 
gers chargés  de  leur  double  trésor  d'or  et  d'argent  :  a  Emily  les 
admirait  aussi  quelquefois,  me  dii-il,  mais  passons,  c'est  plus 
loin  que...» 

Nous  étions  en  ce  moment  devant  une  autre  porte  qu'Allan 
ouvrit  aussi,  et  après  l'avoir  franchie  je  me  trouvai  dans  un 
petit  clos...  dont  le  gazon  s'élevait  de  distance  en  distance 
en  tertres  d'une  forme  particulière...  Ah!  pourquoi  décrire 

Le  rieillard  me  conduisit  lentement,  respectueusement  et 
solennellement,  à  l'angle  le  plus  éloigné  de  ce  petit  clos.  Dans 
ce  coin  retiré,  un  beau  laurier  jetait  par  dessus  la  muraille 
de  la  quinta  l'ombre  épaisse  de  ses  rameaux...  il  y  avait  sur 
le  50l  une  dalle  de  pierre  placée  là  tout  récemment,  car  la 
6*  siniB.— TOMB  XI.  25 


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terre  encco»  iokWmeiiitfraleYéa  mtoo»  dft«e^bei«l»i»'a«iit 
pas  repria  aa  veféore,  el  quokpiM  «loltoft  d^w^cien  pmi 
éteiMt  à  e6tA  toutes  jaaiiîaa. 

a  C'ealid,  ùwmuà  vous  I0  savez  ptobabtaMiii,  moiiaMtf»)^ 
«9iietiér«  des  Angbôa»))  me  dit  AllanàroreUle.,.  (odieuâeeot- 
fidence...]»  Je  ne  puis  pas  lui  penueltre  d*y  Yenic»  aconit 
pas  Vy  conduire  seul...  tegardea*  ip> 

Le  pauvre  vieillard  &*était  aeeaottitté;  la  i/ite  peaehé«ai|r 
k  pierre,  il  parcourait  d'un  doigt  iremblant  toutes  les  MtMs 
de  cette  insoripiioa  : 

friez  pour  téme 

EBI^ILY  RÀJtNET 

dgie  de  18  am 

mocte  le  17  février  1811. 

QUA  PRo  ua. 

Depuis  trois  semainea  seulement  dajae  sw  tombent  ^\^ 
terre  venait  à  peiae  de  se  fermw  sur  eelte  tMe  biea  wM^- 
Oh!  déaeapoir  *-  désespoiri  Si  j'axai»  epii^a  à  SmrM  ^ 
débarquant,  j'ausaîa  été  è^  teia^s  (jte  la  awvei^...  4®  (^w^ 
la  raison  égarée desoA^albeureuKpèr&I...  PoufquM^-'PM^ 
quoi  avoir  tant  tardé  à  aïoitoaqplir  mou  ei^\i^im!l 

Car  ellet  était  morte  le  oœur  brisé...  Je  s^^  tout»  biiatftt 
.^pfèa,  de  la  lnoocte  du  digne  homme  q«i  fiit  une  seconde 
firi»  appelé  à  mon  ob^vei  pour  m'arrafeher  eut  si»^  iMS^ 
telles  de  ma  propre  douleur.  C'était  le  même  médeeia  V^ 
l'avaU  soignée  d^«etAe  mejladte  de  lacMR^i^  de«e  dépéo^ 
mevit  dQiM  il  avait  eu  à  peu  prèa  seul  la  secret-  U  9vait  # 
.aon  amihv  #on  wufide^t.  A,  soi>  Ut  de  mort»  elle  toiwi* 
as^Wé  quf)  eon  rappel  subit  d'Aqgl^erreen  Portage  euipav 
cause  les  inE&mes  bruits  répandus  à  Londres  par  une  vdûjfi 
femilLe,  offooftée  de^battwtîMs  qu'a^v^iit  p(mI^eUe  un  d^^ 
membrea. 

«  L'homine  sans  entrailles  aiiquel  m'avait.  confiée-moïkP^ 
dît  :&nily  mo^ranie»  ayant  reçu  les  remontra^9fesi  ^  ^^^^^ 
cette  (m^lei  Qi  n'oMiit  pas  brayec  so^  d^airâi  vi^^^^ 


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t9§  TmHlÈRKS  ASOUM  U*IU!I  TAT.  987 

TOjée  de  sa  maison  pour  s'excuser  à  la  fois  auprès  de  mon 
père  et  auprès  de  son  noble  client;  il  osa  même  m'accnser de 
légèreté,  de  dupltcilé...  (fune  conduite  honteuse.  Mais  ce  ne 
fut  pas  tout...  Lui  —  celui-là  même  pour  qui  je  subissais  un 
pareil  ootnge;  eehii  denl  laa  ilôuatei  et  finmet  vanteriea 
m'avaient  ainsi  déshonorée  — >  lui  aussi,  en  même  temps,  il 
m'évita  dans  ma  disgr&ce,  il  ne  daigna  plus  même  s'enquérir 
de  celle  qu'il  avait  payée  d'une  si  outrageante  ingratitude... 
mais  n'importe...  que  Dieu  lui  pardonne  comme  je  lui  par- 
donne !  i> 

Quand  ces  paroTes  me  furent  rapportées,  je  sentis  que  les 
prières  mêmes  de  cette  âme  pure  ne  suffiraient  pas  pour  me 
procurer  le  pardon  du  ciel.  Les  larmes  tombaient  des  yeux  de 
monaffectueux  docteur  pendant  qu'il  me  décrivait  ce  touchant 
Ht  de  mort.  Toute  la  science  humaine  avait  été  inutile...  elle 
n'avait  pas  voulu  être  consolée...  elle  avait  dédaigné  de  vivre  ; 
nais  elle  expira  en  paix  avec  tous  les  hommes  —  une  sainte* 
unemartyrel 

'Par  une  étrange  coïncidence.  Te  docteur  Arnold  lui  avait 
fermé  les  yeux  le  même  soir  qu'il  avait  été  appelé  pour  venir 
me  donner  ses  soins.  Deux  heures  après  avoir  été  témoin  de 
la  dernière  agonie  de  la  victime,  il  était  accouru  au  chevet 
du  bourreau.  Sa  main  quittait  à  peine  la  froide  main  dTmilj, 
qu'elle  interrogeait  déjà  l'artère  brûlante  de  la  mienne. 

Et  je  n'avais  rien  su  de  tout  celai...  Moi  venu  de  si  loin  et 
uniquement  pour  le  bonheur  de  la  revoir...  j'avais  entendu 
la  cloche  qui  demandait  des  prières  pour  son  agonie  et  pour 

sa  mort...  fàvais  vu  le  deuil  porté  pour  elle...  j'avais...  Ah! 

Depuis  ce  jour^-*-^. .  je  ne  {os  plus  le  même  hooune. 

t  Jfoneîrâ  o/*  a  Coxcomb.  ) 


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DE  L'ESCLAYAGE 

EN  ORIENT  ET  DANS  LE  NORD  DE  L' AFRIQUE  (1). 


L'esclavage  des  noirs  a  été  aboli  dans  les  colonies  anglaises; 
les  États-Unis  font  surveiller  leurs  côtes  avec  assez  de  soin 
pour  qu'on  n'introduise  pas  de  nouveaux  esclaves  dans  leur 
territoire,  espérant  ainsi  arriver  graduellement  à  rabolitioo 
de  l'esclavage;  toutes  les  puissances  européennes  ont  fait  une 
sainte  ligue  pour  mettre  un  terme  à  la  traite  des  noirs  dans 
TAtlantique  ;  mais,  dans  la  Méditerranée,  à  côté  de  nos  éta- 
blissements et  de  ceux  de  l'Angleterre,  ce  commerce  est  très- 
actif,  et  Ton  n'a  presque  rien  tenté  pour  s'y  opposer.  Il  sera 
difficile  sans  doute  de  faire  cesser  entièrement  cette  déporta- 
tion violente  de  la  race  noire  par  la  race  blanche  ;  mais  tout 
est  possible  aux  nations  civilisées,  et  tôt  ou  tard  l'humanité 
n'aura  plus  à  gémir  sur  l'impunité  d'un  trafic  flétri  à  la  fois 
par  les  codes  politiques  de  l'Europe  et  par  les  lois  du  chris- 
tianisme. 

C'est  surtout  aujourd'hui  notre  intention  d'appeler  l'atten- 
tion sur  la  traite  des  noirs  qui  s'opère  par  terre  jusqu'à  Tri- 
poli, Maroc  et  Tunis,  et  par  mer  jusque  dans  le  Levant.  Nous 
examinerons  donc  quel  est  l'état  de  l'importation  des  esclaves 
par  la  grande  route  du  désert  qui  sépare  l'Afrique  méridionale 
de  l'Afrique  septentrionale,  quelle  est  la  situation  des  es- 
claves en  Orient  et  dans  le  nord  de  l'Afrique. 

L'existence  de  l'esclavage  en  Orient  et  dans  l'Afrique  sep- 

(1)  Ce  trarail  a  été  fait  i nr  lei  relation!  de  diveri  Toyageun  anglais, 
ifir  lea  documenta  publiés  par  le  Malta  Time$,  par  les  feuilles  abolitiontt- 
let  de  Londres,  par  le  gouvernement  français,  ete.,  etc. 


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DE  l'esclavage  Elf  ORIENT,  ETC.  389 

tentrionale  avait  deyancé  l'établissement  de  rislamisme  ;  les 
populations  placées  entre  l'Atlas  et  la  Nigritie  amènent  de 
temps  immémorial  vers  la  côte  nord  des  esclaves  noirs  pris 
en  Ethiopie,  en  Abyssinie  et  dans  le  Soudan.  Les  Carthagi- 
nois entretenaient  avec  Tintérienr  de  l'Afrique  un  commerce 
considérable,  surtout  en  esclaves  noirs  ;  c'est  parmi  ces  der> 
niers  que  se  recrutaient  particulièrement  les  rameurs  de  la 
marine  carthaginoise,  dont  le  nombre  contribuait  à  la  vitesse 
renommée  de  ses  vaisseaux.  Asdrubal  acheta  en  un  seul  jour 
daq  mille  de  ces  rameurs.  C'étaient  les  Garamantes,  habitants 
du  Fezzan  (Phasania  des  Romains),  qui  fournissaient  aux 
Carthaginois  la  plupart  des  esclaves  noirs,  ces  Troglodytes 
d'Ethiopie,  qu'ils  allaient,  au  dire  d'Hérodote,  chasser  sur 
des  quadriges,  précisément  aux  mêmes  lieux  où  les  Touaricks 
et  les  Tibbons,  descendants  probables  des  Garamantes,  vont 
encore  chercher  des  nègres  pour  les  musulmans  d'Egypte 
et  de  Constantinople.  Carthage  fournissait  des  esclaves  aux 
Baléares  et  en  général  à  toutes  les  Iles  de  la  Méditerranée 
qu'elle  avait  conquises,  et  d'où  elle  tirait  des  produits  de 
toute  espèce. 

Depuis  la  fondation  de  Carthage.  jusqu'à  nos  jours,  on  peut 
sans  exagération  évaluer  à  vingt-cinq  millions  le  nombre  des 
noirs  arrachés  de  leur  pays  pour  être  conduits  en  esclavage 
dans  le  nord  de  l'Afrique  et  en  Orient  ;  aujourd'hui  encore 
il  y  en  a  plus  d'un  million  dans  ces  pays.  L'établissement  du 
christianisme  dans  ces  deux  contrées  dut  arrêter  quelques 
instants  cet  in£àme  trafic  ;  mais  la  loi  musulmane  lui  ouvrit 
de  nouveaux  débouchés,  car  Mahomet  affranchissant  un  de 
•es  esclaves  faisait  un  acte  isolé  d'humanité ,  et  n'entendait 
pas  porter  atteinte  à  la  loi  générale. 

La  traite  des  noirs  est  faite  par  les  Arabes  de  cette  lisière 
du  Sahara  qui  s'étend  de  Tripoli  à  Coûta,  dans  le  Maroc,  et 
par  les  caravanes  égyptiennes  qui  fréquentent  le  Darfour.  Les 
Arabes  des  états  barbaresques  n'étant  pas  assez  riches  pour 
posséder  un  grand  nombre  d'esclaves,  ont  dû  devenir  les 
•oortiersde  l'Orient;  leur  position  géographique  leur  en  £a- 


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900  DE  I/8SCLAVAOB  BS  OUBIT' 

dlîUât  «durablement  les  mojrmB ,  et  lenbltii  les  npfdmi 
ce  genre  de  courtage;  ik  avaieat  là,  à  leara  portai,  me  ca- 
easioB  de  lucre  à  laquelle  ils  n*ont  jamaisTéaialé.  Les  iritas 
des  parties  les  plus  avancées  du  désert,  aoit  Adrabea^  soii  Bv- 
bèrea,  se  tieonent  conatamment  à  Taffàt  des  laîséraUes  pa- 

.  pulations  noires  de  rintériewr,  dont  la  venle  est  aqeanfkai 
la  branche,  la  plus  productive  de  leur  conmerce.  Larâgesse 
de  Tripoli  s'enfonce  par  une  grande  langue  de  terre  a  nerf 
eents  kilomètres  environ  vers  le  sud»  entre  10  et  15%  et  saa 
eoLtrémité  la  plus  méridionale  est  soua  le  tropique  daCsaser, 

.  entre  le  Sahara  et  le  grand  désert  de  m>ye  ;  les  canvaMs 
qui  partent  du  Fezsan  sont  conduites  presque  en  droite  li|DB 
vers  le  Soudan  par  une  chaîne  de  montagnes  qui  travnse  k 
désert  et  lie  le  nord  de  T  Afrique  au  midi;  il  n*y  a  qoequaln 
oent  soixante  kilomètres  de  désert.  Les  Arabes  parcoinat 
en  un  jour,  avec  leurs  chameaux,  un  espace  de  qoatre-fbfli 
kilomètres,  et  ceux  de  Tripoli  peuvent  arriver  dans  le  Swdm 
le  sixième  jour  de  marche  à  partir  de  la  frontière  sud  de  h 
Régence.  Les  caravanes  tunisiennes  ont  à  traverser,  poir  alhr 
dans  le  centre  de  rAfrique ,  le  Beled-ul-Bjérid  et  le  fotà 
désert  de  Sahara:  la  course  est  longue.  On  compte  onwcsots 
kilomètres  de  la  pointe  sud  de  la  régence  de  Tunis  an  9q^ 
dan  ;  mais  on  rencontre  sur  cette  ligne  une  assez  gnaée 
quantité  d'oasis,  dont  les  habitants  sont  paisibles  et  wtàm 
pillards  que  ceux  du  sud-est  et  du  sud^ouest  ;  ils  n'inqoi^ 
tent  guère  les  caravanes.  La  régence  d'Alger  n'a  plus  de  is- 
lations  directes  avec  l'Afrique  centrale,  ou  du  moins  ces  nit 
lions  sont  bien  peu  fréquentes.  Les  caravanes  du  Marocsa^ 
au  contraire,  très-*nombreu6es  et  fort  actives;  la  frontîèiesMl 
de  cet  empire  n'est  séparée  du  Soudan  que  par  un  désert  da 
huit  cent  soixante  kilomètres;  Tombouctou  se  trouvai  Tes* 
trémitéde  cette  ligne,  et  le  eommerce  est  très-important  entte 
cette  dernière  ville  et  Tafilet.  Enfin  l'Egypte  entretient  é0 
reUtions  très4réquentes  avec  le  Sarfonr,  enclavé  dana  la  Si*- 
dan.  Voilà  les  qwtre  grandes  voies  par  lesipiellea  les  i 
noirs  arrivait  en  Orient  et  dana  le  nord  de  rAfrique. 


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ET  1>ATO  LE  KQWD  IM  L'JàteigiTE  Wt 

tTiMt  te  f)lQ8  Miivent  pHT  des  édi«ii|{ot  cpM  les  eararaMr 
«MTMt  M  pOBMâfitoii  de  qiielcpiM  eentaine»  de  sègres  qu'efle» 
MtmtMni  et  TienneM  vendre  etisolte  sur  le  littoral.  Ces  ee«*' 
^  MHt  RvréB  par  otn  de  leurs  coiiipttri«tos  qui  leB  ont 
prieoiittterK  par  suite  des  dissensions  perpétnelles  qni 
it  dans  VintéHeitr.  Les  objets  d'échange  sont  :  le  sei,  Ir 
;,  les  Agnes ,  dn  drap.  Une  des  marchandises  qui  ont  le 
pilla  de  débit,  un  des  appAto  les  pins  sArs  povr  ees  noirs  qni 
ilMident  lenrs  frères,  ce  sont  les  cornalines ^  snrtont  ceHen 
faf  viennent  de  rArabie»  et  qui  sent  appelées  cornalines  àm 
VAmen.  Mais,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  pkis  haut,  il  airive 
eMvent  qne  les  caravanes  «ont  asset  nombreuses  et  asséi  Iriév 
pour  s'emparer,  par  une  razzia  on  par  trahison,  dn 
I  entiers  de  nègres,  et  alors  elles  n'ont  à  donner  ni  ai^ 
gent  ni  objets  d'échange.  Elles  se  font  aider  dans  ces  entre* 
prises  par  les  Toureq  des  environs  de  Ghadaméa»  de  Qorarah 
•Idea  autres  points  habités  dn  désert.  Les  nègres  qui  arriraaf 
<5  Teniboncton  et  du  pays  appelé  par  les  Attibes  Ouenaomi 
(«i  c'est  le  pins  grand  nombra) ,  viennent  par  le  Sahara  dm 
Maroc  et  le  pays  des  Beni-Mzab  jusqu'à  Tafilel  ;  d'autres  ai» 
liv«iit  dans  la  régence  de  Tunis  par  Ghat  et  Ghadamès  ;  uA 
fnnd  nombre  est  importé  par  Tripoli. 

Dn  reste,  riraportation  des  esclaves  a  beaucoup  varié  de^ 
fois  dit  ans;  l'occnpation  de  l'Algérie  par  les  Français,  la 
guerre  civile  qui  désole  la  régence  de  Tripoli,  l'appauvrisse» 
sent  dee  popubitions  de  TOrient,  ont  porté  les  premiers  conps 
A  ce  trafic.  Bans  la  régence  de  Tripoli,  le  chiflfre  des  impor^ 
MMm9aélédeMAàl,O0Oparan;  en  établissant  une proi- 
|Nyrtion  de  ft  A  fc  avee  le  Maroc,  de  fi  A  S  avec  Tunis,  de  9  A 
è4iTecrigypte,  on  trouve  qu'en  dix  ans  il  a  été  importé  dli 
■ridt'an  nm^d  de  l'Afrique  environ  U,000  esclaves. 

JLes  noira,  arrivés  à  teur  premièra  destination,  sont  exposés 
Mr  les  mardiés  pubBcs,  et  ceux  qui  ne  sont  pas  achetée»  et 
Ami  on  n'oAfe  qu'une  MMe  somme,  sont  dirigée  vers  leb 
^nta  de  la  cAta  oA  le  besoin  en  est  le  plus  urgent  et  le  débit 
la  filneavantageat»  AConstnntinople,  Smyne,  etc.  On  se  sia- 


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392  DE  l'esclavage  en  orient 

Tait  autrefois  de  bâtiments  grecs  pour  opérer  ce  transport  ; 
mais  depuis  la  promulgation  de  la  loi  contre  la  traite  rendue 
par  le  gouvernement  du  roi  Othon»  le  transport  se  lait  sons 
pavillon  ottoman,  et  les  navires  grecs  qui  violent  la  loi  de  leur 
pays  et  veulent  échapper  à  la  punition  qui  les  menace»  se  ooo» 
vrent  de  ces  couleurs  pour  tromper  la  surveillance  des  agents 
consulaires.  C'est  vers  le  mois  d'avril  que  les  nègres  sont 
amenés  à  la  c^  par  de  grandes  caravanes  de  cinq  à  six  cents 
chameaux,  conduisant  quatre  ou  cinq  cents  esclaves  enchaî- 
nés :  ordinairement  il  en  meurt  en  route  un  quart  de  douleor 
ou  de  fatigue,  car  la  marche  forcée  faite  dans  le  désert  est 
très-pénible.  Il  £&ut  convenir  toutefois  que  les  caravanes  mon- 
trent plus  de  sollicitude  pour  leurs  noirs  que  les  négriers  en* 
ropéens,  dont  les  actes  de  cruauté  dépassent  tout  oe  que 
l'homme  peut  imaginer  de  plus  horrible. 

Il  y  avait  autrefois  à  Alger  un  marché  d'esclaves  près  le  pa- 
lais du  dey;  il  n'existe  plus  depuis  la  conquête;  car,  quoique 
l'esclavage  n'ait  pas  été  aboli  de  foit  à  Alger,  la  vente  des 
noirs  n'y  est  pas  permise.  A  Tunis,  les  nègres  se  vendaient  an 
marché  appelé  £1-Barka ,  et  dans  quelques  autres  marchés 
établis  dans  l'intérieur  de  la  Régence;  mais  le  bey  les  a  tons 
fait  supprimer  depuis  l'année  dernière.  Il  n'existe  plus  main- 
tenant de  marchés  publics  d'esclaves  qu'A  Soukara,  sur  les 
confins  du  Maroc,  à  Tafilet,  à  Bengale  (régence  de  Tripoli), 
près  du  Caire  (Egypte]  ;  à  Smyrne  et  à  Constantinople. 

Autrefois  le  prix  d'un  noir  arrivant  de  l'intérieur  variait  de 
300  à  350  fir.  L'esclave  est  alors  très-ignorant  et  peu  utile  ; 
mais  lorsqu'un  nègre  ou  une  négresse  avait  appris  à  foire  qnd- 
que  chose  et  commençait  à  parler  l'arabe,  il  valait  le  double. 
Aujourd'hui  le  prix  des  noirs  est  réduit  de  plus  de  la  moitié. 
Quelquefois  les  marchands  d'esclaves,  avant  de  les  exposer 
an  marché ,  les  font  séjourner  deux  ou  trois  mois  à  la  cam- 
pagne, afin  de  leur  enseigner  un  peu  d'arabe  et  de  s'en  de- 
fiûre  plus  avantageusement;  ils  sont  ensuite  exposés  tout  nns 
sur  le  marché,  où  chacun  vient  les  examiner.  On  prend  gé- 
néralement un  esclave  chez  soi  pendant  trois  jours  :  dans  cet 


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BT  DANS  LE  NORP  DB  L'AFEIQUB.  399 

intenralle,  on  examine  8*il  n'a  pas  quelque  défiiut  grave  ou 
des  ininnités  et  incommodités  très-communes  chez  les  nèr 
grès.  Au  bout  de  ce  temps  l'acheteur  confirme  Tachât  ou  rend 
l'esdaTè.  . 

Du  moment  qu'un  noir  est  acheté  par  un  musulman»  il  de- 
vient sa  propriété  légitime  aux  yeux  des  Arabes,  qui  ne  dif- 
fiient  pas  en  cela  de  nos  colons  planteurs,  et  les  enfiints  de 
œt  esclave  lui  appartiennent  aussi.  On  s'occupe  de  convertir 
i  l'islamisme  les  nouveaux  esclaves,  tout  en  les  initiant  à 
une  profession  ou  à  une  industrie.  En  général,  ils  sont  en- 
suite dans  une  position  qui  se  rapproche  un  peu  de  celle  des 
valets  de  ferme  dans  nos  montagnes,  prenant  leurs  repas  avec 
leurs  maîtres,  et  travaillant  soit  aux  champs,  soit  dans  les 
maisons  ou  sous  la  tente  ;  les  femmes  deviennent  souvent  les 
concubines  du  chef  de  Camille ,  et  quelquefois  leurs  femmes 
légitimes.  Quoique  l'esclave  ne  puisse  jamais  être  personnel- 
lement propriétaire  de  quoi  que  ce  soit ,  attendu  que  sa  per- 
sonne et  ses  biens  sont  à  son  maître ,  il  en  est  qui  savent 
s'attirer  la  confiance  et  l'afiection  de  la  fomille  ;  il  en  est  qui 
deviennent  même  les  fondés  de  pouvoir  du  maître,  quand 
celui-ci  est  obligé  de  s'absenter. 

Voici  quelles  sont  les  principales  dispositions  de  la  loi  mu- 
sulmane au  sujet  des  esclaves  :  le  droit  de  propriété  du  maître 
sur  l'esclave  entraîne  celui  de  disposer  de  lui  par  vente,  do- 
nation et  testament.  Dans  le  cas  d'enlèvement,  le  mattfe  con- 
serve en  tout  temps  le  droit  de  revendiquer  son  esclave,  et 
même  les  enfants  qui  sont  nés  de  l'esclave  femelle  :  l'achat 
ne  constituerait  pas  un  droit  légitime  de  propriété  en  foveur 
d'un  détenteur  nouveau.  Le  pouvoir  du  maître  sur  la  personne 
de  l'esclave  ne  va  pas  jusqu'à  lui  permettre  des  violences  non 
justifiées;  le  cadi  peut,  le  cas  arrivant,  contraindre  le  maître 
à  vendre  l'esclave  au  marché.  L'esclave  n'a  d'autres  droits 
que  ceux  qui  lui  sont  expressément  conférés  par  son  maître; 
s'il  a  plein  pouvoir  d'agir,  il  peut  vendre  et  acheter,  prendre 
et  donner  à  gage  ;  mais  il  ne  peut  se  servir  du  mandat  pour 
se  marier,  ni  marier  d'autres  esclaves ,  ni  les  affranchir,  ni 


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entier  i  (Att  gr«tiiil.  Si  le  tuikre  fefttte  ite  psj^i:  te^  < 
Wiitractëes  par  l'eMls^,  ks  tfrèaiiotetB  deviennent 
«rfrê9  de  là  personncf  de  ce  dernier  ;  41»  le  ^Mdentiet  ie  | 
tagent  le  prix  au  marc  le  franc  de  leur  créance.  L'c 
tlèveiDa  mandataire  est  à  ttoitîé  énaâfneipé;  on  en  taronare  la 
pfCfute  dans  ce  que  wms  teûcme^le  dire,  et  dan  ki  dispoifc» 
tton  M{^Ie  portant  qne  ri  le  prix  de  la  Tèn^  de  sa  peiwnMi 
ne  couvre  pa»  tentes  \èê  dettes,  il  penl  AtrereeheKhé  pov 
l'excédant.  L'enfant  de  rescfave  stfit  la  condttfovi  de  enaière» 
à  moins  qne  le  maître  ne  soit  son  père  et  qn'il  le  reconsaien; 
49ans  ce  dernier  cas ,  il  est  égal  aux  enfents  nés  de  fcinima 
légitimes ,  et  il  est  admis  avec  eux  au  partage  de  l'héritaffaL 
Pendant  le  djebad,  ou  guerre  sainte,  les  esclaves  n*oiil  pse  4 
répondre  à  rappel  de  Timan.  Bn  général,  l'esclave  ne  pent 
eoM>attre  sans  l'autorisation  du  maître  ;  mais ,  lorsqoe  le 
danger  est  grand,  par  exemple  lorsqu'il  y  a  irraptioa  de  Ten* 
nemi ,  tout  ce  qui  peut  combattre  doit  se  rendre  à  l'appel  de 
Fiman,  même  l'esclave,  sans  le  consentement  du  maître. 

L'esclave  devient  libre  par  l'émancipation  ou  l'affiraiichl^ 
sèment  pur  et  simple  ;  par  la  déclarafion  du  mettre  qne  Te»- 
clave  sera  libre  à  sa  mort  :  dans  ce  cas,  il  ne  peut  plue  èin 
'rendu  ni  donné  par  une  disposition  testamentaire.  Gomme 
cette  disposition  est  révocable,  le  maître  peut,  s'il  le  joge  à 
propos,  vendre  l'esclave  avant  sa  mort;  par  l'affiranchiee». 
ment  conditionnel ,  c'est-à^lire  au  moyen  d'un  traité  par  le- 
quel le  maître  s'engage  à  affranchir  l'esclave  moyennant 
somme  que  celui-ci  s'oblige  à  payer.  L'affranchissement  a  I 
aussi  par  la  reconnaissance  d'un  enftint;  danece  cas,  l'en»- 
Aint  est  libre  en  naissant,  et  la  mère  ne  peut  plus  Aire  vendae 
ni  considérée  comme  une  propriété;  mais  le  mattre  peut  ton» 
jouTs  la  forcer  â  cohabiter  avec  lai  ou  Tépouser.  Quand  nu 
esclave  appartient  à  plusieurs  maîtres,  il  peut  être  paitiell»- 
ment  affl^anchi  ;  son  travail  ou  le  produit  qu'il  m  retire  eet 
alors  divisé  en  deux  parts ,  dont  Tune  lui  appartient  dana  la 
proportion  de  l'émancipation  obtenue  :  reîdave  peut  anaal 
Itre  admis  i  racheter  l'autre  portion  de  aa  libartA  en  à  d^- 


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ET  tTAm  LE  K0ft9  tm  t'ArRIQtE.  395 

an  jiige  (fêlîe  donné  e*  servage  à  tin  étrahger ,  eii 
«e  rémrvMSl  su  poHlon  du  prîr  cônrenu. 

L'eBdâ^e  tfilninelii  rentre'  dans  la  catégorie  dès  hommes 
iflyres;  senlemefft  son  patron  et  ses  héritiers  mftles  conserrent 
le  droit  d'hériter  des  biens  de  resclave ,  homme  ou  femme , 
i|ii^il  a  affranchi,  lorsque  ce  dernier  manque  d'héritiers  m&les  ; 
la  loi  défend  au  patron  de  renoncer  à  ce  droit. 

En  résonié,  les  noirs  sont  moins  malheureux  en  Orient  et 
dans  le  nord  de  TAfHqne  qne  dans  nos  colonies  ;  ils  devien- 
nent presque  membres  de  la  femille  arabe,  soit  que  les  mœurs 
<t  la  inamère  de  virre  des  peuples  africains  et  orientaux  aient 
beaueoap  de  rapports  et  ne  présentent  pas  ces  différences 
eifféflies  qui  se  rencontrent  dans  nos  colonies,  soit  que  Tes- 
dayedn  pauvre  éprouve  moins  de  souffirances  morales,  moins 
de  aBiivais  traitements,  que  celui  du  riche.  Toutes  les  fois 
4|oe  la  guerre  sainte  a  été  proclamée  en  Algérie,  tous  les  noirs 
capables  de  porter  les  armes  ont  marché  avec  leurs  maîtres»  et 
n'ont  pas  profité  des  circonstances  favorables  qui  se  sont 
offertes  pour  déserter  et  conquérir  leur  liberté  ;  la  résolution 
av6c  laquelle  ils  se  sont  battus  prouve  qu'ils  sont  fortement 
«ttachés  à  leurs  maîtres. 

Il  j  a  en  Algérie,  surtout  vers  le  Maroc,  quelques  tribus 
qui  descendent  de  la  race  noire.  Ainsi  la  puissante  tribu  des 
Gharabas,  dans  la  province  d*Oran,  est  composée  des  descen- 
dants de  nègres  venus  du  Maroc  â  la  suite  du  sultan  Moulef- 
Ismaîl.  Lorsque  leur  chef  fut  pris  et  décapité  dans  la  forêt 
qni  conserve  encore  son  nom ,  ils  restèrent  dans  le  pays,  et 
s'untreat  à  des  femmes  arabes. 

La  mère  du  célèbre  Monley-Ismaîl ,  qui  pendant  soixante 
ans  avait  travaillé  au  développement  de  la  prospérité  du  Ma- 
roc, était  une  négresse.  Ce  chef  ne  renia  pas  son  origine  :  il 
se  servit  des  noirs  pour  gouverner  ses  sujets  et  repeupler  son 
empire;  il  appela  à  lui  plusieurs  peuplades  de  nègres,  choisît 
parmi  eox  les  hommes  4es  plus  robustes  pour  former  sa  car 
nierie  régulière;  et  depuis  eette  époque  ils  ont  oonservé  le 
privilège  de  garder  l'empemur,  ses^  trésors  et  ses  femmes.  On 


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396  DE  l'esclavagb  en  orient 

a  vu  plasieors  fois  les  premiers  ministres  choisis  parmi  lei 
nègres,  qui  sont  préférés  aux  Maures  pour  remplir  les  pre- 
mières charges  de  Tétat.  Le  gouvernement  de  toutes  les  places 
et  provinces  méridionales  du  Maroc  est  confié  i  des  noirs 
d'une  fidélité  éprouvée. 

Quelques  tentatives  ont  été  faites  en  Grèce,  à  Tunis,  à  Tri- 
poli ,  pour  entraver  le  commerce  des  noirs  ;  mais  les  efibrts 
isolés  sont  toujours  impuissants ,  et  ne  peuvent  atteindre  le 
but  qu'on  s'est  proposé.  Depuis  que  les  puissances  ont  pu 
s'entendre  sur  la  grande  mesure  de  l'abolition  de  la  traite  des 
noirs,  cet  odieux  trafic  a  perdu  une  partie  de  son  activité,  et 
la  Guadeloupe ,  la  Martinique ,  Bourbon ,  ne  reçoivent  tous 
les  ans  qu'un  nombre  très-restreint  de  noirs,  introduits  frau- 
duleusement dans  ces  lies  par  la  tolérance  du  gouvernement 
français,  qui  punit  la  traite  sur  mer  et  sur  les  côtes,  et  semble 
l'encourager  dans  l'intérieur  des  îles.  Nous  nous  expliquons. 
Les  autorités  coloniales  doivent  avoir  un  état  exact  des  noirs 
de  chaque  habitation  ;  or,  si  tout  à  coup  ce  nombre  aug* 
mente,  il  y  a  évidemment  un  nouvel  achat;  si  cet  achat  n'a 
pas  diminué  le  chiffre  des  noirs  d'une  autre  habitation,  il  font 
en  conclure  qu'une  cargaison  a  été  débarquée  :  dans  ce  cas, 
il  y  a  de  la  part  du  propriétaire  complicité  dans  le  crime  de 
traite,  et  la  loi  punit  la  complicité  (1). 

Mais  le  trafic  des  esclaves  n'a  pas  diminué  d'une  manière 
très-sensible  en  Orient  et  dans  le  nord  de  l'Afrique,  quoique 

(1)  Les  autorités  de  la  Havane  viennent  d'adopter  des  mesures  eflicaees 
pour  arrivera  la  suppression  de  la  traiie  des  noirs.  Elles  ont  publié  un 
décret  portant  que  toute  plantation  sur  laquelle  on  trouverait  des  nègres 
Douvelleoient  importés  serait  confisquée,  et  que  les  nègres  seraient 
affranchis,  après  avoir  fait  un  apprentissage  de  quatre  années.  Aux  termes 
de  ce  décret,  dii années  de  galère  doivent  être  prononcées  contre  tout  in- 
dividu convaincu  de  s*ètre  livrée  la  traite  des  noirs.  Deui  cargaisons  d'e»- 
daves  récemment  débarqués  ont  été  saisies  sur  les  plantations.  Les  auto- 
rités exercent  la  plus  grande  vigilance.  Deux  vaisseaux  étaient  venus  a 
vue  de  la  Havane.  On  savait  qu'ils  avaient  des  nègres  à  bord,  et  toutes 
les  tentatives  faites  pour  opérer  un  débarquement  ont  échoué. 


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ET  DAKS  LE  NORD  DE  L'aFRIQUE.  39T 

le  prix  des  noirs  soit  bien  bas  et  ne  présente  pas  un  grand 
lacre  anx  marchands.  La  Grèce  a,  la  première,  proclamé  Ta- 
bolition  de  la  traite  ;  le  gouvernement  du  roi  Othon  a  folt 
promulgaer  une  loi  qui  défend ,  sous  les  peines  les  plus  s^ 
vèreSy  le  commerce  des  esclaves  dans  son  royaume  :  le  roi 
invite  à  lui  prêter  un  concours  efficace  tous  les  agents  def 
gouvernements  étrangers  établis  soit  en  Grèce,  soit  ailleurs. 
Lebey  de  Tunis  a  suivi  l'exemple  du  roi  Othon;  il  a  supprimé 
tous  les  marchés  d'esclaves  dans  la  régence  confiée  à  son  ad^ 
ministration  ;  il  a  aussi  défendu  sous  les  peines  les  plus  fortes 
le  commerce  des  noirs  dans  ses  états ,  et  il  a  émancipé  ses 
propres  esclaves,  invitant  ses  sujets  A  l'imiter. 

Nous  arrivons  aux  moyens  qui  nous  semblent  propres  à 
affiiîblir,  sinon  à  arrêter  complètement  le  commerce  des  en- 
claves snr  la  Méditerranée.  Voici  les  mesures  qui  pourraient 
être  prises  par  les  puissances  européennes  :  V  obtenir  de  la 
Porte  et  de  Héhémet-Ali  la  suppression  de  tous  les  marchés 
d'esclaves  qui  existent  en  Turquie,  à  Tripoli  et  en  Egypte,  et 
la  prohibition  de  la  traite  par  le  Fezzan  et  la  Nubie;  2^  sur- 
veiller les  embarquements  de  noirs  dans  tous  les  ports  et  les 
navires  chargés  de  les  transporter  dans  le  Levant  ;  3*^  fournir 
aux  caravanes  arabes  les  moyens  de  rendre  leurs  voyages  plus 
lucratife  par  l'échange  de  marchandises  que  par  la  traite  des 
noirs. 

Nous  ne  saurions  trop  recommander  au  gouvernement  fran- 
çais de  faire  surveiller  le  trafic  des  noirs  qui  se  fait  à  Cons- 
tantine,  qui  a,  dit-on,  pour  intermédiaires  des  Européens.  Le 
gouvernement  n'ignore  pas  aussi  qu'il  existe  des  esclaves  à 
Alger  et  dans  toutes  les  villes  occupées  par  l'armée  française 
qui  n'ont  pas  été  évacuées  par  les  indigènes  :  c'est  une  ano- 
malie qu'il  feut  feire  disparaître  ;  car  les  Anglais,  qui  travail- 
lent avec  ardeur  â  l'abolition  de  l'esclavage  dans  les  régences 
de  Tunis  et  de  Tripoli ,  nous  reprochent  avec  raison  notre 
tolérance.  Partout  où  la  loi  française  est  en  vigueur,  nul  ne 
doit  avoir  un  droit  de  propriété  sur  son  semblable. 

S'il  n'y  avait  plus  de  marchés  d'esclaves  en  Orient,  et  sLle 


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398  V^  L'JS^CUIVAGE  £K  OVUBpT 

commerce  des  noirs  était  déFendu  dans  les  éteis  de  la  Porte 
et  du  vice-roi  d'Egypte,  les  marchands  maroaaiQs  n^anrawnt 
jplus  qu'un  intérêt  ))ien  minimeà  riaiportation  des  esclaves*; 
car  ce  n'est  guère  dana  le  Maroc  ai  ^n  Algérie  qu'ils  tnoayeal 
des  placements  avantageux  pour  leur  laarchaifdlse,  mais  bita 
dans  le  Levant.  Ce  débouché  une  fois  fermé»  la  traita  fiiite  par 
la  voie  de  Tafilet  diminuerait  aussitôt.  Par  la  s^ppression  dei 
marchés  de  Tripoli  et  l'interdiction  du  commerce  des  noîn 
dans  cette  régence,  on  arriverait  au  même  résultat.  Enfia, 
cjuand  Méhémet-Ali  le  voudra,  les  caravanes  du  Darfonr  nV 
mèneront  plus  d'esclaves  en  Egypte.  Or»  nous  cxoyoas  que 
les  puissances  européennes  ont  assez  d'influence  à  Gonstanftir 
nople  et  à  Alexandrie  pour  obtenir  tout  ce  ({l'elles  deman- 
deront au  nom  de  l'humanité.  Le  sultan  et  le  vice-roi  enifiMl 
à  l'Europe  des  concessions  autrement  imperiaates,  an  risqjBa 
de  compromettre  leur  religion  et  leurs  intérêts  politiques. 

Le  transport  des  esclaves  de  la  côte  de  Marae ,  de  Tripoli 
et  de  Bengale  dans  le  Levant  s'opère  encore  aujourd'hui  par 
des  navires  turcs  et  par  des  navires  grecs  sens  paî^illoa  ot* 
toman  ;  l'embarquement  a  lieu  au  vu  et  su  des  agents  coos»- 
laires  des  puissances  européennes  :  il  est  donc  £acile  de  saisir 
ces  navires,  puisqu'on  peut  les  signaler  à  l'instant,  et  qae  les 
cargaisons  de  noirs  passent  en  vue  de  nos  ports  de  ViJtgèrie 
et  des  stationnaires  de  Tunis,  Tripoli,  Smyrne,  etc.  Les  bà* 
timents  de  guerre  français»  anglais  et  autrichiens  qoi  sillon- 
nent la  Méditerranée  dans  tous  les  sens»  ont  le  dteit  de  vi- 
siter les  navires  grecs^  que  l'on  peut  aisément  distinguer  des 
navires  turcs.  On  pourrait  étendre  le  droit  de  visite  à  ces 
derniers ,  si  le  sultan  publiait  un  firman  contre  les  iadividiis 
qui  font  la  traite.  Les  régences  barbaresques  étant  tit^  pau- 
vres pour  acheter  de  nouveaux  esclaves,  et  les  expéditions 
pour  rOrient  devenant  périlleuses,  il  est  probable  que  le  dé- 
sert de  Sahara  ne  verrait  plus  passer  des  bandes  de  malheu- 
reux noirs  traînés  en  esclavage.  Les  gouvernements  européens 
doivent  surtout  recommander  à  leurs  agents  dans  tous  les 
ports  la  plus  active  surveillance  au  sujet  de  rembanpifinent 


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agents  fermaient  les  yeux  sur  c^  •pàratioQg»  dont  ils  «Qift 
gfi%Uipe&w  UvM^ins.,  ^  4a# ,  m^^é  la  (ei;(>i|im«ndal»oa  du 
K^i  Ofthaa,  il3lMS4ieivt  tendre  aw&  opposHioa^  ii«r  d«ft  lA- 
tiwiàU  4P«e8»  de»carg9iiBQiv»4«  oair».  Taules  les  loû  devien- 
iVttt  iipiwfMwilirt,  quand  c«m  f  uil  sont  ohiu^gé»  de  leur  93(è- 
0àoa  p^n^t^^  ^'0%  le»  i^fe  uvi^unéinent. 

Kooa  avoBft  dit  gu^  le«  varehMids  aprabcs  n'avaient  qa'np 
Jwt  »  cetHÎ  du  epjii-  SI  on  pantait  leur  foire  campicndre  ^lo 
la  aAcoM  «nr  dw  articles  d'Europe  vendus  dans  l'Aficicpivs 
ceatoale»  et  sur  les  articles  de  l'intérieur  vendus  dan&les  poits 
VttSwropéeii^,  leur  présenterait  beaucoup  plus  d'avantagé 
ff99  la  ^raiie  des  noirs^,  iU  se  bâteraient  dâ  trafiquor  sur  çt» 
irit^to.  l\  convient  d'abonl  de  femner  tws  les  déboucbés  ap 
.gbfimmii  des  esclaves  ;  alors  las  marchands  donneront  un 
aatre  ^mrs  à  leurs  idées  de  spéculation,  et  iU  ont  assez  de 
tact  et  d'expérience  pour  choisir  les  objets  qui  peuvent  lenr 
donner  dna  béuéiftoes  certains,  pourvu  que  les  maisons  euro- 
.giteAMs  laa  tifiimeot  ^fiprovî^naés  et  aicbètent  les  produits 
4e  VAfriqpe« 

£n  prewvMt  las  mesures  q^c  nous  venons  d'indiquer  aom- 
mireioent»  les  gouvernements  européens  n'auront  pas  aboli 
l'esclavage  en  Orieut  et  dans  le  nord  de  l'Afrique  ;  mais  Us 
l'auront  relégué  dans  un  petit  cercle,  qui  se  rétrécira  de  plus 
en  plus,  car  la  moct  et  les  actes  d'émancipation  diminueront 
tous  les  jours  le  nombre  des  esclaves ,  et  il  sera  difficile  de 
laacemplaiMr.  (ka  n'aiHia  plus  i  craindie  que  le  Maroc,  àont 
il  ne  fout  attendre  Mcuiie  ooncassion^  mais  dont  on  peutaiir- 
iFeHIer  te»  eMeapovr  an  intevdire  rexportalion  des  nèfres. 

ABOLlTIOlf  DE  LA  TRAITE  DES  ITOIRS  A  Tfjm9. 

'L*abontion  de  la  traite  des  noirs  dans  la  régence  de  llinls 
est  un  acte  si  important  et  si  remarquable ,  que  nous  avons 
cm  devoir  retracer  les  circonstances  qui  Tont  accompagna, 
et  consigner  ici ,  comoie  éléments  d'histoire ,  les  félicitations 


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bOO  DE  L'ESCLAVAGE  EN  OBIBHT 

0t  les  encouragements  adressés  au  bey  par  les  sociétés  aboii- 
tionistes  de  Paris  et  de  Londres. 

Le  bey  de  Tunis,  à  la  sollicitation  de  sir  Thomas  Reade, 
consul  général  d'Angleterre,  du  chevalier  Rufib  et  de  ses  an- 
tres conseillers,  a  supprimé  tous  les  marchés  d'esclaves  dans 
la  régence,  et  a  défendu  la  traite  des  noirs  dans  ses  états  :  en 
même  temps,  il  a  émancipé  tous  les  noirs  qui  lui  appart^ 
naient.  Il  est  difficile  d'évaluer  le  nombre  des  malheoreui 
qui  ont  été  ou  qui  pourront  être  délivrés  si  l'exemple  du  bey 
trouve  des  imitateurs  :  chaque  famille  a  de  un  à  quatre  e»- 
daves,  et  certains  propriétaires  en  ont  jusqu'à  trois  cents.  D 
y  a  eu  des  affranchissements  dans  l'intérieur  de  la  régence, 
puisqu'il  est  arrivé  à  Tunis  une  centaine  de  noirs  libres  :  le 
bey  leur  a  fait  distribuer  des  provisions,  et  a  ordonné  i  lean 
anciens  maîtres  de  les  garder  à  leur  service  en  qualité  de  do- 
mestiques à  gages,  jusqu'à  ce  qu'ils  trouvent  à  se  placer  con- 
venablement. 

A  peine  la  décision  du  bey  étaitrcUe  connue  à  Halte  et  dans 
quelques  autres  ports  de  la  Méditerranée ,  que  des  adresses 
de  remerctment  et  de  f&licitation  furent  signées  par  tons  les 
amis  de  l'humanité,  et  que  le  bey  reçut  des  lettres  très-flat- 
teuses deV  Institut  d'Afrique  et  des  sociétés  formées  à  Paris  et 
à  Londres  pour  l'abolition  de  l'esclavage. 

LBTTRB  DD  BBT  DE  TUNIS  A  Sim  TB01U8  BBADI. 

De  la  part  du  serviteur  du  Dieu  de  gloire,  le  meschir  Ahaei- 
Bassa-Bey,  prince  du  gouTernement  tunisien , 

A  notre  allié  le  chevalier  Thomas  Reade,  consul  général  dugOQ- 
vernement  anglais,  à  Tunis. 

Ensuite  de  la  conversation  que  nous  avons  eue  au  sujet  deFeai- 
barquemeni  des  esclaves  nègres  pour  en  faire  commerce,  doos de- 
vons vous  faire  connatlre,  comme  à  notre  ami,  que  les  priDcipes 
sacrés  de  la  création  s'y  refusent,  et  notre  cœur  bat  de  pitié  loaUi 
les  fois  que  nous  en  écoutons  le  récit. 

Quant  à  nous,  nous  n'avons  pas  personnellement  même  un  esclave 
selon  les  lois  qui  concernent  la  servi  Inde  des  esclaves  qu'on  vend  et 


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ET   BAKS  LE  NOBD  DE  L' AFRIQUE.  (01 

qii*on  achète  comme  s'ils  éUientdes  animaux,  parce  que,  dans  no- 
tre feligion,  les  restrictions  à  ce  sQjet  sont  si  séTères,  qu'il  serait 
très^ifficile  d'en  maintenir  les  conditions. 

Noos  sommes  du  nombre  de  eeuz  qui  admirent  les  opinions  du 
gouvernement  anglaisa  ce  sujet;  la  nôtre  est  entièrement  d'accord 
ifee  celle  de  notre  ami  le  parfait  politique,  le  ministre  lord  Pal- 
laenlon,  et  je  la  regarde  comme  un  effet  de  la  perfection  et  de  la 
boDtè  de  sa  morale. 

Nous  défendons  donc  à  présent  l'exportation  d'esclaves  de  notre 
régence  pour  en  faire  un  co  mmerce. 

Nous  mettrons  toute  notre  attention  à  affaiblir  ce  commerce.  Et 
paisse  Dieu  extirper  ce  traûc  du  monde  !  Nous  en  espérons  la  ré- 
compense du  Dieu  qui  nous  créa,  et  qui  accorda  à  tous  le  don  du 
JDgement.  Notre  désir  est  que  vous  fassiez  connaître  à  notre  ami  le 
ministre  susdit  le  contenu  de  notre  présente  lettre. 

Conservez-vous  dans  la  croyance  de  Dieu. 

écrit  le  9  de  rabih  1257  (99  avril  tShi). 


LtrtKK  DB  Sia  T.  MUDB  AD  BBT. 

Tunis,  le  30  avril  1811. 
Altesse, 

Il  y  a  peu  d'événements  dans  ma  vie  qui  m'aient  inspiré  une 
joie  égale  à  celle  que  j'ai  éprouvée  à  la  réception  de  la  lettre  dont 
Votre  Altesse  m'a  honoré  à  la  dale  d'hier»  et  il  n'est  rien  qui 
paisse  faire  rejaillir  plus  de  gloire  sur  son  nom»  que  les  sentiments 
qui  y  sont  exprimés. 

La  promptitude  avec  laquelle  Votre  Altesseaaccueilli  l'idéede  pro- 
hiber l'exportation  des  esclaves  de  son  royaume,  est  digne  de  la  bonté 
de  son  cœur  et  des  meilleures  pages  de  Thistoire;  elle  répond  à  la 
connaissance  que  j'avais  de  son  caractère,  et  prouve  combien  son 
esprit  est  supérieur  à  l'état  moral  des  populations  sur  lesquelles  il 
règne. 

Puisse  Votre  Altesse  faire  toujours  de  plus  en  plus  le  bonheur 
de  son  royaume,  accomplir  toutes  les  améliorations  qu'elle  a  en 
vue,  et  suivre  enfin  Timpulsion  de  son  cœur  en  extirpant  de  ses 
états  le  commerce  de  l'espèce  humaine. 

5*  SÉRIE.— TOME  XI.  26 


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m  1»E  L'SSCULVAftB  EU  OllBR 

iL'adviiratiMi  de  raniren  récompeMera  VoUe  Altese  ée  ses  ef- 
IMi  jponr  la  came  de  rtomanité,  et  i'apyrobetkm  de  saconecieiM 
sera  l'écho  de  la  reconnaiiMMe  àm  menée  chiiîiè  cH  dos  Mttédic* 
idoiM  des  malheorrnxeKlafes  éMncipés. 

Qae  Ve<fe  Alteiie  agrée  mes  foetx  poer  ses  — ccès  dans  me  car» 
tttère  i|iii  l*élèfe  au  aifen  des  prennes  dt  monde,  et  ^n\  eel  digie 
deao*  géaie;  qu'elle  me  permeiledB  lui  eifrimer  lasympathit 
et  l'estime  du  gouvernement  de  S.  M.  pour  Vot«e  Ahease. 

J'ai  nrannettr,  etc.  Si§9^  .•  T.  Bi 


UTTAB  DU   BBT  AU  CONSUL  D  AN CLBTBRltf. 

De  la  part  du  serviteur  de  Dieu,  elc 

Vous  savez  combien  le  commerce  de  l'espèce  humaine  nous  con- 
trariait, et  combien  il  offensait  tous  nos  sentiments.  Notre  pîiié 
envers  les  pauvres  esclaves  n'a  point  cessé  d'animer  notre  sollicitude. 
Nous  avons  donc  jugé  utile  d'abolir  la  vente  des  noirs  dans  les  mar- 
chés, où  le  crieur  public  les  mettait  aux  enchères,  comme  des  ani- 
maux; dans  Tunis,  notre  capitale,  aus&i  hiea  que  dans  toute  la 
régence. 

Nous  avons  aboli  le  droit  qui  nous  revenait  sur  leur  vente,  et 
avons  écrit  dans  ce  sens  à  toutes  les  parties  de  notre  régence. 

Dieu  sait  l'élat  de  ces  paavres  gens,  lorsque  le  crievir  public  les 
exposait  en  vente  dans  le  marché  cenme  des  animax  ;  et  eria, 
•dans  le  seul  but  de  profiler  de  la  redevance  ftxée  pour  fear  vente; 
mais  une  redevance  pareille  devait  être  méprisée  par  les  geas  qii 
pensent  avec  humanité. 

Cad  sera  ,  al  Dieu  le  ppimet,  une  «erasîefi  de  efcawgei  la  mal- 
iMsureose  situation  des  esclaves  sans  eavser  de  perte  aux  eai^taos 
de  leurs  propriétaires,  et  park  volonté  de  Dieu,  dans  peu  de  temps 
la  nMsare  sera  coaaplétée  par  l'abolitian  4e  •cette  espèce  de  pra- 
prîélé  dans  la  régence  entîè  re. 

Nous  avons  communiqué  cette  nouvelle  à  vous  seul,  conoMMit 
l'accord  de  vos  sentiments  avec  lesn^rcs  à  «eanfet. 

Conservez-vooB  dans  la  sauvegarde  de  Diem. 

t2  regeb  1257  (6  septembre  I84i). 


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ET  MM  U  VCttD  HB  X'^nUQUE.  Mtt 

sfrOnSl  DU  COffSVL. 

Aiffnw, 

Si,  dans  une  autre  occasion,  j*ai  pu  à  peine  trouver  des  termes 
poor  TOUS  exprimer  mos  admiration ,  fos  demièiies  r^hitioms 
Tiennent  encore  augmenter  mon  embarras. 

Par  ordre  de  Votre  Allesae,  fe  nègre  n'est  plus  exporté;  la  mer 
n'aura  plus  i  gémir  de  l'infime  trafic  de  l'espèce  humaine  ;  la  vente 
publique  a  cessé;  et  d'après  vos  promesses,  la  régence  n^est  pas 
-éloigDéede  voir  disparaître  l'esclavage  des  noirs. 

Quels  litres  à  la  reconnaissance  du  monde! 

Altesse,  Témancipation  des  noirs  Taudra  pour  votre  gloire  plut 
qoe  la  conquête  d'un  royaume.  La  faiblesse  des  noirs,  ou  la  crvauté 
deThomme^  les  réduisait  à  la  condition  des  brutes.  L'habitude 
avait  donné  à  cet  acte  l'apparence  delà  légalité;  mais  Tuniven 
terra  avec  satisfaction  qu'il  se  trouve  des  hommes  qui  comprennent 
les  inlentions  du  Créateur  en  laissant  fibres  les  blancs  et  les  noirs. 

La  ?o/x  de  la  médisance  se  taira  devant  vos  trophées  ;  le  philan- 
trope  les  admirera ,  et  l'histoire  comparera  les  efforts  de  Votre 
Altesse  à  l'apathie  des  autres;  l'Anglclerre  sera  remplie  d'en-" 
thoosiasme;  mon  gouvernement  vous  en  sera  reconnaissant,  et  le 
cœar  de  Votre  Altesse  sera  plein  d'une  joie  pure.  L'esclave  rendu 
an  monde  apprendra  à  ses  enfants  à  bénir  celui  qui  a  brisé  ses 
chaises.  Le  nom  de  Sidy-Ahmet-Ba$s»»Bey  sera  enseigné  aux  en- 
iuiuà  la  manaellc,  et  accompagnera  leurs  prières  dans  leur  jeune 

âge. 

De  si  grands  progrès  en  peu  d'années  de  règne,  de  si  grandes 
difficttUès  vaiacnes,  doivent  étM  déjà  d'un  bon  augure  pour  le  cœur 
hUntaisant  de  Votre  Altesse. 

£lle  a  choisi  le  sentier  qui  conduit  à  la  paix,  à  l'honneur,  à  la 
coDsidératton  dans  œ  monde  et  au  bonheur  dans  l'autre.  Puisse 
Voire  Altesse  le  parcourir  pendant  de  longues  années,  accompagné 
des  vaux  que  je  forme  pour  ses  succès! 

Qie  Votre  Altesse  agrée  les  sentiments  de  mon  profond  respect 

Signé  :  T.  Reade. 


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Mk  DE  l'esclavage  en  orient 


INSTITUT  D  iFRIQUB. 

PrésfaenU  :  MM.  le  duc  de  Doudeauville ,  le  duc  de  ModUho- 
rency ,  le  lieutenant  général  marquis  de  Frégeville»  le  comte  de 
Laborde ,  aide  de  camp  du  roi»  le  comte  de  Paisent,  giand  d'Es- 
pagne. 

Bureau  des  présidents  et  du  secrétaire  général,  1,  meSaint-Flo- 
rentin,  à  Paris. 

Paris,  le  25  octobre  1841. 
Monsieur  5 
Nous  prenons  la  liberté  de  vous  prier  de  présenter  à  Son  Alteise 
le  bey  de  Tunis  Tadresse  ci-jointe  de  VInstitut  d'Jfriquef  relatite 
à  l'acte  bienfaisant  dont  vous  avez  été  le  promoteur. 
.  Nous  sollicitons  aussi  votre  appui  et  votre  influence  pour  enga- 
ger le  chevalier  Ruffo»  ministre  du  bey,  à  se  faire  inscrire  au  nom- 
bre  des  membres  de  notre  Société. 
Nous  avons  l'honneur,  etc. 

Signé  :  Prince  de  Rohan-Roghefokt,  Président; 
Hipp.  DE  Saiht-Anthoine  ,  Secrétaire  général. 
A  M.  Thomas  Reade^  consul  d'Angleterre. 


a  son  altesse  le  bbt  de  tunis. 
Prince, 

Nous  avons  appris  avec  joie  que^  poussé  par  vos  sentiments  de 
bienveillance  et  d'humanité,  vous  avez  aboli  le  traûc  des  esclares 
dans  vos  états. 

Gloire  et  louanges  vous  sont  dues  pour  avoir  protégé  les  droits 
si  longtemps  méconnus  de  cette  malheureuse  race  d'hommes  I 

Nous  espérons  que  vous  userez  de  votre  puissante  influence  sur 
vos  voisins  pour  les  convertir  à  vos  généreux  principes. 

En  supprimant  ce  traûc,  condamné  d'ailleurs  parles  lois  divlfl^ 
et  humaines,  vous  avez  fait  non-seulement  un  acte  de  justice, 
mais  aussi  un  acte  de  saine  politique.  Les  esclaves,  privés  de  tonte 
énergie  par  leur  misérable  condition,  se  trouvant  aujourd'hui  ré- 
générés el  capables  de  devenir  d'utiles  et  laborieux  citoyens,  peu- 


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ET  DANS  LE  NORD  DE  L'AFRIQUE.  1^05 

îent  en  peu  de  temps  aider  aux  progrès  de  rindustrie,  de  Tagri- 
CDltnre,  dn  commerce,  et  se  ranger  sons  vos  drapeaux,  si  cela  de- 
Tenait  nécessaire. 

VlmHtui  ^Afrique  se  sentira  heareux  si  tous  acceptei  le  di- 
plôme de  protecteur  qu'il  prend  la  liberté  de  tous  offrir. 

Paisse  la  dirine  Providence  protéger  longtemps  Votre  Altesse 
pour  la  montrer  comme  un  glorieux  exemple  aux  chefs  de  tous  les 
ntres  états  barbaresques,  et  pour  Télévation  et  la  prospérité  d 
Tunis. 

Noos  avons  l'honneur,  etc. 

Sigfié  :  Prince  de  Rohan-RocheforTy  Président, 

Hipp.  DE  Saint- Anthoine,  Secrétaire  général. 

iVofo.  Le  bey  a  accepté  avec  plaisir  le  titre  de  protecteur  de  Tin» 
stilot  d'Afrique,  qui  lui  avait  été  offert. 


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REVUE  ASIATIQUE. 


VOYAGES. 


ROONAWU». 


n  n'y  a  pas  bien  longtemps  encore ,  la  chaîne  des  monts 
ffimMart  <ni  Mwmmkk  était  aitt  rniVitu  de  VAme  comme  vn 
monde  inconnu  des  EuropéMs.  Si  l'on  excepte  les  rehtîoBi 
de  quelques  voyageurs  des  dix-septième  et  dix-huitième  siè- 
cles, telles  que  celles  de  Bernier  et  de  Forster,  ellesHaaèmes 
fort  incomplètes,  on  ne  possédait  rien  ou  presque  rien  snr 
cette  contrée  curieuse.  Les  difficultés  naturelles  du  voyage» 
les  périls  sans  nombre  suscités  par  le  fanatisme  des  popYi- 
lations  qu'il  fallait  traverser,  en  défendaient  Taccès  aux  plus 
aventureux.  Peu  de  voyageurs  étaient  alors  assez  favorisés 
pour  pénétrer  dans  l'intérieur  de  la  montagne  sainte.  Les  Hin- 
dous et  les  Persans  ignoraient  eux-mêmes  ce  sanctuaire  sa- 
cré, dont  un  respect  religieux  les  tenait  éloignés.  De  tous  temps 
ces  peuples  se  sont  fait  une  idée  extraordinaire  des  monts 
Himalaya.  Les  premiers  les  considèrent  encore  comme  la  r^ 
sidence  mystérieuse  du  Dieu  inconnu;  les  autres  regardent 
cette  vaste  chaîne  comme  les  limites  du  monde,  derrière  les- 
quelles commence  la  région  des  esprits. 

Ainsi,  la  superstition  des  populations  asiatiques,  jointe i 
Tombrage  que  leur  inspirait  la  domination  toujours  croissante 
des  Anglais  dans  Tlnde,  opposaient  auxEuropéens  une  répul- 
sion invincible.  On  connaît  la  fin  déplorable  du  docteur  Moor- 
croft ,  victime  de  cette  antipathie.  Déguisé  sous  Thabit  d*ao 
fekhir  ayant  fait  vœu  de  mutisme,  il  visita  plusieurs  contrées 
intéressantes ,  se  mêla  aux  caravanes ,  et  atteignit  de  la  sorte 


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jBBqo'an  rives  Mcrées  dm  Mansaroinir.  EMoungé  par  ow 
pnmiefs  raceis,  il  entreprit  um  antre  pérégrijutian  daule^ 
Moollao.  Celte  km,  moins  hesrenx  on  moins  prudent»  ss  esh 
notilélui  fitevUier  sea  rôle;  il  pnrk,  trahit  pnr  son  lançt^pi 
koMtame  4|nll  arait  reirèta»  et  monnit  empoJBOnnéu 

CeteBemple  n'est  pmot  le  seul  de  la  mauvaise  disposilio» 
te  Asiatiques  contre  les  Européens;  néanmoins  depuis  qnn 
IsGsmpagnie  des  Indes  a  étendu  ses  concptètes  et  affennî  m 
paiMBoe ,  les  excaraions  dans  T  Asie  centrale  sont  daTennw 
jkÊA  faciles  et  pins  fréquentes.  De  temps  en  temps  wa^omh' 
i'hai,  qnelqne  nouvelle  sone  de  ce  monde  plein  de  curiosHte 
HÉèreMantes  nous  est  rèrélée.  Les  monts  Himalaya»  si  pm 
eipkiés  auparavant  y  commencent  i  Tètre  avec  plus  de  fnùL 
I^S^ographie,  la  science,  la  poésie»  rhiaéoire,  en  retirent  îm* 
ccssamment  de  nouvelles  richesses.  Déjà  plusieurs  observa^ 
tears  de  spécialités  dîSërentes  nous  ont  initiés  aux  menreiUen 
aatarelles  de  tous  genres  que  Ton  rencontre  à  chaque  pas  am 
milieu  de  ces  géants  de  pierre  couronnés  de  glaci^s  qui  na 
fendent  jamais.  A  M.  James  Uougb  nous  devons  la  connaiis- 
ianoe  des  montagnes  Bleues  avec  leur  étonnante  végétation* 
le  docteur  Hamilton  nous  a  donné  la  botanique  des  provio* 
ees  septentrionales  de  THindoustan.  M.  Royle  a  publié  des 
observations  précieuses  sur  les  vallées  de  Kachemire  et  kn 
SMnts  Himalaya.  M.  V*  Jacquemont»  mort  beaucoup  trop 
ttt  pour  b  science»  étudia  plus  parliculièrenient  la  stnictnm 
féologiqne  de  ces  montagnes.  En  1819»  le  capitaine  HerbetI 
découvrit  la  route  du  Koonawur»  que  le  capitaine  Weble  vi* 
Hta  an  peu  plus  tard.  Enfin  »  le  capitaine  Alexandre  Gérasd, 
de  la  reiatâon  duquel  nous  allons  rapporter  ici  quelques  fraf» 
vaalft»  mms  a  laissé  sur  cette  région  encore  fort  peu  connm 
des  détaOs  du  plus  haut  intérêt. 

le  district  de  Koonawur  dans  THindoustan  septentrional^ 
MAvé  des  monts  Himmaleh ,  réalise  en  quelque  aorte,  pw 
h  boulé  des  sites  et  la  richesse  de  la  végétation»  l'idée  qon 
^«s  nous  faisions  de  la  Vallée  heureuse.  Bordé  par  la  Su** 
Uge»  VwÊt  des  cinq  rivières  dont  la  réunion  forme  le  Penc^ 


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U)8     '  KOONAWUR. 

J&b  [fleuve  aux  cinq  sources) ,  il  se  trouve  dans  la  situation  la 
plus  délicieuse.  Son  étendue  est  d'environ  quatre-vingts  milles. 
Les  vallées  et  les  collines  de  cette  contrée  sont  rafratchies 
par  mille  torrents,  qui  se  précipitent  avec  fracas  du  haut  des 
monts,  fuyant  les  neiges  éternelles  pour  se  confondre  ensuite 
dans  la  grande  rivière ,  dont  les  eaux  serpentent  au  bas.  Les 
scènes  les  plus  pittoresques  et  en  même  temps  les  plus  gran- 
dioses s'ofFrent  aux  yeux  de  toutes  parts.  On  ne  peut  contem- 
pler ce  vaste  panorama  sans  éprouver  un  sentiment  mêlé  d*è- 
tonnement  et  d'admiration  :  çà  et  là  se  déroulent  à  la  vue  des 
collines  émaillées  de  fleurs,  des  forêts  séculaires  de  pins  et  de 
mélèses  attachées  aux  flancs  des  montagnes  comme  une  cein* 
ture  verdoyante;  des  cascades  innombrables  bondissant  de 
roc  en  roc  par  dessus  leurs  cimes  élancées,  des  murs  de  gra- 
nit à  pic,  des  précipices  effrayants  ;  puis,  plus  haut,  l'œil  se 
fixe  enfin  avec  stupéfaction  sur  le  gigantesque  Himmaldi» 
dont  le  front,  constamment  couvert  d'une  coupole  de  glace, 
semble  noyé  dans  l'azur  foncé  d'un  ciel  pur. 

Perdue,  cachée  au  sein  de  ces  montagnes,  la  vallée  de  Roo- 
nawur  est  restée  longtemps  ignorée  des  voyageurs.  Il  iallait 
être  excité  par  une  ardente  curiosité  et  un  vif  amour  de  la 
science  pour  oser  franchir  ces  passes  dangereuses,  ces  sen- 
tiers suspendus  dans  la  région  des  nuages,  seules  voies  de 
communication  praticables  pour  y  arriver.  La  plupart  des 
défilés  conduisant  à  cette  zêne  surpassent  de  beaucoup  le 
mont  Blanc  en  élévation;  très-peu  sont  au-dessous  de  oe 
géant  des  Alpes. 

On  pourrait  croire  qu'une  telle  barrière  aurait  dû  préser- 
ver les  habitants  du  Koonawur  des  vices  et  de  roppression 
qui  ont  réduit  la  vallée  de  Kachemire,  autrefois  si  florissanie, 
à  la  misère  et  à  la  ruine.  Il  n'en  a  pas  été  ainsi  :  les  paisibles 
populations  de  ces  montagnes  ont  vu  leur  retraite  violée  et 
leur  sécurité  troublée  par  des  agresseurs.  Du  reste,  quoique 
la  guerre  ait  pénétré  de  temps  à  autre  dans  le  Koonawnr,  ses 
suites  les  plus  déplorables  en  ont  été  néanmoins  exclues,  et 
les  habitants  de  la  vallée  conservent  encore  les  vertus  qui  sont 


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KOONAWUR.  kWi 

ordinairement  Tattribut  de  l'indépendance.  Hais  avant  de 
parler  de  leurs  mœurs  et  de  ce  qui  les  concerne  particulière- 
ment, nous  accompagnerons  le  capitaine  Gérard  à  travers 
quelques-uns  de  ces  défilés  remarquables,  dont  les  difficultés 
et  l'élévation  constituent  un  des  traits  principaux  de  la  ré- 
gion dont  nous  nous  occupons. 

Quinze  passes  ou  défilés  conduisent  du  sud  au  Koonawur, 
en  passant  sur  THimAlaya  extérieur.  C'est  celui  de  Boorendo 
qui  est  le  plus  sûr  et  le  plus  fréquenté;  toutefois  il  n'est  pas 
entièrement  exempt  de  dangers.  Selon  le  capitaine  Gérard, 
il  n'aurait  pas  moins  de  15,171  pieds  de  haut. 

«Tonte  la  partie  déboisée,  dit-il,  n'a  pas  au  delà  de  sept 
milles  d'étendue ,  et  les  arbres  sur  le  flanc  s'élèvent  jusqu'à 
la  distance  de  deux  milles  seulement  de  la  crête.  Plusieurs 
malheurs  sont  arrivés  dans  cet  endroit,  malgré  la  fttcilité 
qu'il  offre,  et  il  est  tout  aussi  concevable  que  des  accidents 
T  surviennent,  qu'à  Shatool,  quoique  ce  défilé  soit  trèsHlange- 
reux,  par  la  raison  que  le  chemin  de  Boorendo  étant  bon,  on 
ne  craint  pas  de  s'y  hasarder,  tandis  qu'on  n'ose  guère  tra- 
verser l'autre.  Les  guides  montrent  aux  voyageurs  le  lieu  au- 
dessous  des  limites  de  la  forêt ,  où  plus  de  vingt  personnes 
périrent,  il  y  a  environ  six  ans,  en  rapportant  du  sel  de  Koo- 
nawur.  La  caravane  fut  surprise  par  la  neige,  IcMrsqu'elle  était 
encore  de  l'autre  c6té  de  la  montagne;  mais  plutôt  que  de 
fiôre  un  long  circuit  de  six  ou  sept  jours  de  voyage,  elle  pré- 
féra tenter  de  passer  par  le  défilé.  Le  vent  s'étant  élevé  pen- 
dant le  trajet,  les  voyageurs  furent  tellement  engourdis  par  le 
froid,  qu'arrivés  à  la  région  des  arbres,  personne  n'eut  le 
courage  ni  la  force  d'allumer  du  feu,  et  tous  s'endormirent 
pour  ne  plus  s'éveiller.  Dans  le  mois  de  décembre,  quatre  ans 
auparavant,  une  autre  troupe,  composée  à  peu  près  d'un  même 
nombre  de  personnes,  périt  aussi  gelée  dans  le  voisinage  du 
défilé.  Il 

En  allant  vers  l'est,  hi  hauteur  des  passes  s'élève  jusqu'à  16 
ou  17,000  pieds.  A  cette  élévation,  la  dureté  de  la  neige  per- 
met ordinairement  de  les  traverser  pendant  quelques  mois  de 


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ut  KOONAWVR. 

Fannée  avec  des  ehèrres  et  des  montons  chargés.  Les  con- 
ciles de  neige  sur  les  créCes  des  mamelons  infèrteiirsy  dn  cMé 
de  Fonest ,  sont  souvent  trompeuses ,  et  de  nombreux  troir- 
peaux  avec  leurs  bergers  s'y  sont  engloutis.  Les  montagnea 
sur  la  frontière  orientale  du  Koonawur,  qui  séparent  ce  dis- 
trict de  la  Tartarie  chinoise,  ont  encore  une  plus  grande 
baotenr.  CTesl  là  que  se  trouve  le  défilé  de  Keo<^rung,  de 
18,313  pieds,  on  trots  milles  et  demi  de  haut,  ce  qui  est  à  peu 
firès  rétéTUttou  où  atteint  le  nuage  le  plus  léger  en  été. 

tf  Le  climat  de  ce  pays,  dit  le  capitaine  Gérard,  est  si  deux 
dans  la  belle  saison ,  que,  bien  que  je  traversasse  le  Keoo- 
bnuig  et  le  Gangtung  an  mois  de  juillet  pendant  une  chute  de 
neige,  la  température  de  l'air  ne  s'abaissa  pas  au-dessous  de 
33*  F.  La  seule  chose  qui  inspira  de  la  crainte  aux  guides 
fat  de  perdre  la  route  au  milieu  d'un  nuage  épais.  Heureuse- 
ment j'avais  eu  la  précaution  de  m'orienter  auparavant  sur  ta 
position  d'un  monceau  de  pierres  qi^  j'avais  vu  dans  le  d^ 
filé,  et  je  me  dirigeai  à  l'aide  de  ma  boussole  de  poche,  sasa 
apercevoir  nulle  trace  de  sentier  pendant  fort  longtemps. 
Tant  que  nous  fiâmes  enveloppés  dans  le  nuage,  les  guides  ne 
cessèrent  de  fiiire  entendre  un  bruit  semblable  au  rugisse- 
ment des  bètes  féroces,  afin  que  les  personnes  les  plus  éloi* 
gnées  de  ma  suite  pussent  suivre  la  direction  indiquée  par  es 
Siu>yen.  Sans  doute  aucun  voyageur  chargé  de  bagage  n^a»* 
rait  osé  se  risquer  même  dans  les  défilés  les  plus  bas  de  I^Hi- 
asàlaya  extérieur,  par  un  temps  semblable  à  ceini  que  noos 
tûmes  en  traversant  le  Gangtung,  car  il  tomba  de  la  neige  el 
eu  givre  tosAe  la  journée.  )> 

La  même  remarque  peut  s'appliquer  également  au  défilé  ds 
Manemng,  du  côté  septentrional  du  Koonawur,  dont  Téléfa* 
tîon  absoke  est  de  18,étâ  pieds.  Lorsque  le  capitaine  Gérard 
ie  traversa  au mrâ. d'août,  il  n'était  couvert  que  d'un  pied  de 
neige,  tombée  tout  récemment;  mais  les  anciennes  cew 
ehes  dans  les  tonds  eavîronnaals  étaient  d'une  énorme  pro- 
fondeur. 

Il  ne  suffifisit  pas  à  l'ambition  du  capitaine  Gétaid  d'afsîr 


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KOOHAWini.  ili 

fianehi  les  hmrteorB  déji  dtées;  il  perséf^ra  dans  la  tentatire 
et  gniTv  la  grande  montagne  de  Forgeool ,  à  Tangle  le  plus 
septentriond  de  la  Solledge,  et  parrînt  à  noe  crête  de  i9,Ml 
pMs  de  banleiir  abeolne.  Cette  élévation  eat  presqne  égale  à 
oeRe  qne  M.  de  Hmnboldt  atteignit  snr  le  Cbimborazo.  On 
pnt  s*en  feire  nne  idée  en  snpposant  q«e  Shooter'ê^HiH  soif 
placée  svLvSfunodan,  et  celle-ci  sur  le  mont  Blanc.  Les  sonnneta 
4e  rHinélayn  difféient  de  ceax  des  Andes  par  la  doncenr  re- 
lative de  leur  ciimat ,  provenant  principalement  d'une  pinn 
gnnde  sécheresse  de  l'atmosphère.  L'air  y  est  si  pur,  si  m» 
réfié,  qae  l'ettl  pent  plonger  an  fond  d'un  horizon  immense, 
cty  ëistiiigner  nettement  tous  les  objets  :  toutefois  les  transi- 
tioas  brusques  de  la  température  y  sont  fort  incommodes.  Il 
n'est  pas  rare,  sur  ces  cimes  élevées»  de  passer  tout  à  coup 
d'an  froid  de  7  on  8  degrés,  à  âO*  au-dessus  de  zéro.  La  ré^ 
Terbération  des  rayons  du  solcU  par  les  {^aces  et  les  neiges  y 
prodait  même  une  chaleur  insupportable  dans  le  milieu  du 
îour.  A  répo<pie  où  notre  voyageur  se  trouvait  au  Purgeool» 
cette  montagne  était  entièrement  débarrassée  de  neige  ;  mais  an 
delà  y  vers  le  nord,  la  grande  chaîne  centrale  de  THimnialeh 
se  montrait  dans  le  ciel  tout  enveloppée  de  son  manteau  blanc» 
à  l'immense  hauteur  de  29,000  pieds,  ou  environ  cinq  milles 
et  demi;  hamleur  que  nous  n'atteindrions  pas  tout  à  fait  si 
Boss  placions  le  pic  de  Ténérîffe  sur  le  sommet  le  plus  élevé 
dm  Alpes, 

Les  chaînes  extérieures  de  l'Himalaya  sont  assez  élevées 
pour  arrêter  au  passage  les  nuages  aqueux  les  plus  ftigaces  qui 
se  forment  sur  les  plaines  de  l'Inde;  c'est  pourquoi,  plus  on 
pénètre  loin  dans  l'Himnaleh ,  moins  il  tombe  de  neige  dans 
lecoarantde  Tannée.  On  peut  expliquer  par  ce  fait  l'existenoe 
des  osaches  dont  les  cimes  les  plus  hautes  sont  perpétuelle 
ï  recouvertes.  Tous  les  hivers,  les  neiges  venant  se  dé- 
sur  la  crête  des  chaînes  dans  nne  proportion  cpii  dé- 
passe la  quantité  fondue  pendant  les  dmleurs  de  l'été,  elles 
s'y  accumulent  et  y  demeurent  constantes.  Nous  savons  aussi 
qne  rinemstation  particulière  à  la  zone  des  neiges  perpé- 


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kii  KOOKAWUB. 

tuelles  de  rHimmaleh,  plus  élevée  ordinairement  sur  le  flanc 
septentrional  que  sur  le  flanc  méridional  des  montagnes,  est 
attribuée  à  la  chaleur  des  rayons  du  soleil  réfractés  par  les 
plateaux  de  Tintérieur.  Les  neiges  alors  s'y  ramollissent»  s'im- 
prègnent d'eau  durant  les  journées  chaudes  de  Tété  ;  puis 
quand  la  nuit  vient,  elles  reprennent  de  la  solidité  et  se  trans- 
forment en  glace. 

Entre  tous  les  dangers  auxquels  on  est  exposé  sur  les  crêtes 
de  l'Himmaleh ,  le  plus  grand  provient  du  vent  qui  souffle 
ordinairement  avec  une  extrême  violence;  et  comme  il  est 
excessivement  froid,  il  engourdit  bientêt  ceux  qui  y  sont  ex- 
posés. Le  voyageur  surpris  par  cet  aquilon  glacial  ne  trouve 
aucune  espèce  d'abri  pour  s'en  préserver.  Il  est  obligé  sou- 
vent de  faire  plusieurs  milles  à  travers  des  sentiers  anfirac- 
tueux  et  glissants,  avant  d'atteindre  un  endroit  où  il  puisse 
se  procurer  du  combustible.  Ce  qui  augmente  encore  le  péril, 
c'est  la  raréfaction  de  l'atmosphère,  qui  produit  chez  l'homme 
un  grand  afbiblissement.  Ces  effets  de  la  dilatation  de  l'air  sont 
attribués  par  les  montagnards  à  une  plante  vénéneuse  dont 
l'existence  est  mystérieuse  et  cachée.  Les  habitants  des  ré- 
gions supérieures  du  Koonawur  éprouvent  si  fréquemment 
ce  malaise,  qu'ils  peuvent  déterminer  avec  certitude  la  hau- 
teur comparative  des  différents  défilés  par  la  nature  de  leurs 
sensations  en  les  traversant.  D'après  ce  que  nous  avons  dit 
du  caractère  particulier  du  climat  et  de  l'atmosphère  dans 
cette  partie  de  l'HimAlaya ,  les  remarques  suivantes  du  capi- 
taine Gérard  sur  la  culture  de  ces  montagnes  ne  paraîtront 
nullement  surprenantes: 

«  Les  limites  des  terrains  cultivés  sur  le  flanc  sud-ouest  de 
l'Himmaleh,  dit-il,  atteignent  à  peine  10,000  pieds,  et  il  est 
assez  singulier  que  la  culture  et  la  végétation  s'élèvent  i  me- 
sure qu'on  avance  vers  l'intérieur  de  ce  pays  extraordinaire. 
Sur  la  descente  nord-est  de  la  chaîne  extérieure  couverte  de 
neige,  en  allant  vers  l'ouest  par  le  78  degrés  de  longitude,  la 
culture  s'étend  dans  l'endroit  le  plus  élevé  à  10,500  pieds. 
Dans  la  vallée  de  la  Buspa ,  elle  monte  jusqu'à  11,U)0  pieds  ; 


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K009AWUB.  413 

et  dans  le  Hungrang  on  trouve  le  grain  à  13,000  pieds  :  c'est 
je  crois  la  position  la  plus  haute  de  cette  contrée  où  il  mû- 
risse. Les  champs  de  blé  que  je  vis  à  13,000  pieds  étaient 
très-maigres ,  et  les  habitants  m'assorèrent  que  le  grain  ne 
mûrissait  jamais  complètement ,  quoique  dans  la  Tartarie 
chinoise  il  arrive  à  parfeite  maturité  dans  le  voisinage  de 
KooDg-loong,  qui  se  trouve  à  16,000  pieds  environ  au-des- 
dessus  du  niveau  de  la  mer,  et  dans  le  cercle  de  la  con- 
gélation. 

n  La  variété  des  situations  produit  une  bien  plus  grande 
dîi&rence  dans  l'accélération  ou  le  retard  de  la  récolte,  que 
la  hauteur.  Nous  en  avons  un  exemple  remarquable  en  cora-  I 

parant  ensemble  Numgea,  Shipke  et  Nako.  Le  premier  en- 
droit n'est  qu'à  9,300  pieds  au-dessus  de  la  mer,  mais  il  est 
entouré  de  si  hautes  montagnes,  qu'il  y  a  A  peine  neuf  heures 
de  soleil  dans  le  plus  long  jour.  Au  commencement  d'août  les 
grains  y  étaient  encore  parfeitement  verts,  tandis  que  ceux 
de  Shipke  A  IbOO  pieds  plus  haut,  étaient  jaunes,  et  quelques 
récoltes  se  trouvaient  même  feites.  Près  de  Nako,  où  la  cul- 
ture s'étend  au  moins  à  12,700  pieds  de  hauteur,  les  grains 
araient  commencé  à  jaunir  le  même  jour,  et  paraissaient  bien 
plus  avancés  qu'à  Numgea. 

)>0n  dégage  ordinairement  le  blé  de  l'épi  en  le  faisant  fou- 
ler par  de  jeunes  taureaux  ou  yaks,  dans  de  grands  enclos 
circulaires,  pavés  d'ardoises,  dont  les  murs  d'enceinte  ont  un 
pied  et  demi  ou  deux  pieds  de  haut.  Au  centre  de  l'aire  est 
ao  poteau,  auquel  les  bestiaux  sont  attachés  sur  une  ligne 
formant  un  rayon,  de  manière  à  pouvoir  tourner  ensemble 
autour  de  l'axe.  Chacun  d'eux  est  muselé,  et  j'en  ai  vu  vingt 
ou  trente  employés  à  la  fois  au  foulage  du  grain,  d 

L'abricot  cesse  de  mûrir  à  la  hauteur  de  11,000  pieds,  tan- 
dis que  les  groseilles  y  viennent  parfaitement.  Un  buisson 
épineux,  assez  semblable  au  genêt,  couvre  les  flancs  de  la 
montagne  à  17,000  pieds  d'élévation.  On  y  rencontre  aussi, 
entées  sous  les  touffes  des  rhododendrons,  l'anémone  et  la 


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kii  KOCHTAVim. 

eanpanvle.  lin  peu  au-dessous,  les  sycomores  et  les  bonkaux 
déploient  leur  AM^aiique  végëtalioa.  Des  baissons  de  gesé- 
tnens  (>arfiajneiit  de  loors  rameaux  odorants  ratmospkère  de 
ee  ravissant  paysage.  Les  vignes  sont  généralement  irfnntées 
•or  les  bords  des  raîsseanx,  à  pen  de  distance  des  viUages. 
Elles  fonnent  des  beroemis  épais  soutenus  par  des  treittages, 
qui  ont  quelquefois  jusqu'à  an  deMMnîlle  de  long.  Leun 
grappes  yermniUes  pendent  à  Tinlérieur  sous  le  feuîlbige  et 
produisent  un  effet  très-pittoresque,  a  A  Tépoque  où  ces  ber- 
eeanxsottt  tont^ouverts  de  pampres  inerts,  le  voyaeeur  peut 
j  irouTer  mi'  abri  d'une  fratcfaear  cbmwante»  inq)énétffnble 
anx  rayons  du  soleil.  U  ne  faudrait  pas  cependant  se  basnrder 
i  y  entrer  seul  ;  on  nenût  mis  inSsôUiblement  en  pièces  par 
les  chiens  qui  les  gardent.  » 

A  la  liste  des  fruits  déjà  mentiotnnés,  on  pent  ajooler  em^ 
oore  les  pêches,  les  noix€t  les  pommes.  Ces  dernières  surtait 
sont  excellentes  et  y  viennent  en  grande  quantité.  Les  habi- 
tants da  Koonairur  ne  sont  point  du  tout  avures  des  prodnâb 
de  leur  cnltore.  Toutes  les  fois  que  notre  voyageur  passa  avec 
la  suite  dans  des  avenues  d'abrîcotîers,  il  rencontra  des  vil- 
lageois  qui  s'empressèrent  de  monter  sur  les  arbres,  pour  les 
secouer  et  en  Caire  tomber  les  fruits  en  abondance.  La  va- 
riété du  dnnat  permettrait  iicilement  une  grande  diversité 
d'objets  de  culture,  si  les  circonstances  étaient  fevoraUes  â 
ce  genre  d'industrie;  car  dans  un  espace  de  dix  ou  doute 
milles,  vous  trouvez  au  Koonairur  le  froid  intense  de  la  La- 
poaie  et  la  chaleur  étouffante  de  la  xone  torrîde.  Là  ai  don- 
ment  les  rayons  du  soleîl,  l'ataosphère  y  est  embrasée,  pen- 
dant qu'il  gèk  fortement  à  l'ondire. 

Parmi  les  traits  caïuctéristîques  de  ce  pays-silleuné  de  mon- 
tagnes et  entrecoupé  d'un  grand  nombre  de  cataractes  et  de 
torrents  non  gnédiles,  nous  n'aurons  garde  d'omeMra  les 
différents  genres  de  ponts  en  usage  peur  les  traverser.  Le 
mmgo  on  pont  de  bois  n'est  quelqnefois  qu'une  seule  planche 
jetée  au-dessus  d'un  abîme,  ou  peut-^tre  un  tronc  d'arbre  dans 


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KeOKAWUE.  %tB 

«ae  position  nicliaée,  avec  des  eniaillures  «n  fome  d'écho 
kvs.  Mais  plus  soaTent,  an  lieu  de  ponU,  os  trouve  oe  qù 
les  supplée  décrit  de  la  maaîère  «livaate  par  le  capitaÎDe  Gé- 
rard: 

«  La  jh^Uy  dit-il,  est  une  espèce  de  pont  de  corde,  \ 
pesé  de  cinq  ou  aix  câbles  laits  d'une  sorte  d'herbe  i 
m»nfà.  Ils  sont  tendus  obliquement  de  la  rive  la  plus  élevée 
i larive  la  plus  basse  et  très^^i^^prochés  les  uns  des  autres, 
iadossofi  est  un  morceau  de  sapia  creusé»  qoe  des cbevfllea 
retiennent  par  le  bas,  ain  qu'il  ne  pinsse  s'échapper  des  ei^ 
hies.  A  ce  mcm^eau  de  bois  pendent  quatre  fortes  cordesam- 
qaeUes  se  trouve  attachée  une  autre  pièce  de  sapin  servant  de 
àkfjt  aux  passagers  et  destinée  aussi  k  recevoir  les  bagages. 
Oa  fût  courir  cette  espèce  de  gUssoire  an  sMïyen  de  deux  fi-» 
eslles  qu'on  tire  du  bord  opposé  lorsque  l'inclinaiBon  ne 
safit  pas  pour  déterauAer  la  course.  Quelquefois  il  suffit  d'sh 
handenner  la  glissoire  i  eUe-mème,  et  le  passager  arrive  au 
beid  le  plus  bas  avec  tonte  la  rapidité  que  lui  imprime  la 
peste  des  câbles.  Ce  mode  de  passage  est  assec  sAr  ;  mais  il 
est  irès^fraf aot  pour  ceiui  qui  n'y  est  point  hdbitaé.  Il  est 
diftcile  de  ne  pas  éprouver  une  sorte  de  terreur  lorsqu'on  se 
v<ttt  suspendu  par  quelques  frêles  cordes  seuleffient  au-des- 
sus d'un  abîme  an  fond  duquel  le  torrent,  formant  mille  cas- 
cades,  roule  ses  eaux  en  nHigissaat  à  une  profondeur  effirofu* 
ble.  Des  nuées  d'oiseaux  sauvages  attirés  par  le  mirage  des 
eanx  toomoient  constamment  dans  le  gouSre  au  aûMeu  des 
vapeiws  des  cataractes,  et  vous  donnent  le  vertige. 

»Gb  fat  à  Bampoor  que  je  traversai  le  pont  le  plus  loag  de 
ce  genre.  Dans  cet  endroH,  la  rivière  a  21i  pieds  de  iarçe. 
A  Wangioo,  elle  n'a  que  92  pieds;  ssais  la  rapidité  de  ia 
cosrse  est  telle,  €|ue  deux  de  mes  domestiques  l'ayant  tra* 
venée  une  fois,  eurent  si  peur,  qu'ils  ne  voulurent  p»  s'y 
hasarder  une  seconde,  et  préférèrent  la  passerais  nage.  L'un 
parvint  avec  beaucoup  de  difficulté  au  rivage  opposé,  dans 
un  état  complet  d'^isement,  et  l'autre  se  noya. 

1»  Le  Muum,  autre  genre  de  pont  suspendu,  dont  il  csiste 


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1^16  KOONAWUR. 

un  très-mauvais  au-dessous  de  Numgea,  est  fait  de  petites 
branches  très-mal  entrelacées  et  supportées  par  cinq  ou  six 
cftbles  servant  à  appuyer  les  pieds.  Des  cordes  sont  tendues 
sur  les  côtés  à  environ  quatre  pieds  au-dessus  des  autres, 
pour  se  tenir.  Elles  sont  réunies  à  celles  du  bas  par  un  treil- 
lage d'osier,  dont  les  ouvertures  ont  un  ou  deux  pieds  de 
large.  Les  cordes  des  côtés  sont  à  une  distance  les  unes  des 
autres  très-incommode.  Dans  un  endroit,  )  ?       se  trouvent 
même  si  éloignées,  qu'une  personne  ne  peut  en  atteindre  deux 
en  ayant  les  bras  étendus.  Comme  elles  sont  faites  de  maté- 
riaux très-faibles,  elles  ne  peuvent  être  suffisamment  roidies, 
en  sorte  que  le  pont  forme  une  courbe  d'environ  un  sixième 
de  cercle.  De  fréquents  accidents  ont  lieu  dans  cet  endroit. 
Vers  le  mois  d'août,  c'est-à-dire  un  mois  avant  mon  pas- 
sage, deux  personnes  y  périrent  parce  qu'une  des  cordes  de 
côté  se  rompit.  Les  guides  qui  m'accompagnaient  m'apprirent 
cet  événement  lorsque  déjà  dix  ou  douze  personnes  de  ma 
suite  se  trouvaient  sur  le  pont,  toutes  chargées.  Heureuse- 
ment j'étais  sur  le  bord.  La  nouvelle  de  cet  accident  parvint 
à  eux  avec  rapidité.  Quelques-uns  en  prirent  une  telle  épou- 
vante, qu'ils  n'osaient  plus  ni  avancer  ni  reculer.  Ils  restè- 
rent tremblants  et  indécis  pendant  longtemps  sans  pouvoir 
retrouver  leur  courage.  Deux  d'entre  eux,  saisis  de  plus  de 
firayeur  que  les  autres,  précipitèrent  ma  tente  dans  la  Sut- 
ledje,  qui  grondait  au  bas.  » 

En  outre  de  ces  ponts  grossiers  et  informes,  on  pratique 
aussi  les  ponts  de  chaînes  dans  le  Koona'wiir.  Il  y  en  a  un 
sur  la  Barrampooter  dans  le  Thibet,  dont  la  longueur,  dit-on, 
est  de  cinq  cents  pieds.  Un  grand  nombre  de  personnes  pé- 
rissent tous  les  ans  dans  les  rivières,  à  cause  des  moyens  peu 
sûrs  de  les  traverser.  Dans  plusieurs  endroits,  les  chemins 
des  montagnes  ou  plutôt  les  sentiers,  sont  aussi  dangereux 
que  le  passage  des  ponts.  Les  rochers  qui  se  détachent  conti- 
nuellement des  crêtes  supérieures,  les  avalanches  de  neige 
fréquentes,  forcent  les  voyageurs  à  se  hâter  sans  trop  faire 
attention  aux  difficultés  de  la  route,  et  c'est  ainsi  que  des  ac- 


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K009AWITR.  417 

cidents  nombreux  arrivent  consécutivement.  On  peut  se  feire 
une  idée  des  dangers  que  présentent  les  chemins  dans  ces 
montagnes»  par  la  description  suivante  : 

«  Çà  et  lày  dit  le  capitaine  Gérard,  on  rencontre  des  cou- 
ches de  neige  durcies  et  inclinées  d'un  angle  de  trente  ou 
trente-cinq  degrés,  dans  lesquelles  on  est  obligé  de  creuser 
des  marches  avec  une  hache  pour  pouvoir  les  gravir.  Lors- 
qu'on veut  les  descendre,  le  moyen  le  plus  facile  et  le  plus 
prompt  est  de  se  laisser  glisser  tout  naturellement  jusqu'en 
bas.  Ces  couches  de  neige  ne  constituent  pas  encore  les  plus 
grandes  difficultés.  Les  pas  réellement  les  plus  mauvais  de 
cette  région  sont  les  rochers  inclinés  et  les  pentes  de  sable 
dur  ou  de  petits  cailloux,  qui  roulent  sous  les  pieds  vers  un 
torrent  rapide  et  profond.  Il  feut  ordinairement  se  déshabiller 
peur  en  franchir  quelques-uns,  et  si  je  ne  me  déchaussai 
que  dans  un  seul  endroit,  je  fus  obligé  souvent  de  saisir  la 
main  de  quelqu'un  des  guides  pour  marcher  sur  les  roches 
glissantes  dont  les  têtes  saillissent  hors  de  l'eau.  Dans  un  pas- 
sage, bien  certainement  le  plus  dangereux  que  j'aie  vu,  on  fut 
dans  la  nécessité  de  se  servir  de  cordes  pour  monter  et  des- 
cendre les  bagages.  De  temps  à  autre  on  rencontre  des  mar- 
ches en  pierre,  des  troncs  d'arbres  avec  des  crans  sur  les- 
quels il  faut  se  tenir  en  équilibre  et  monter  comme  sur  une 
échelle.  Afin  d'éviter  les  détours,  les  gens  du  pays  ont  prati- 
qué des  chemins  sur  le  flanc  perpendiculaire  des  montagnes 
en  faisant  arc-bouter  des  solives  de  roche  en  roche,  ou  en 
dressant  des  échafaudages  grossiers  faits  d'échalas  enfoncés 
horizontalement  par  un  bout  dans  des  crevasses  et  appuyés 
par  l'autre  sur  des  arbres  ou  des  poteaux  inclinés  sortant  des 
fentes  des  rochers  au-dessous.  Ces  échalas  recouverts  de  plan- 
ches minces  offrent  ainsi  au  voyageur  un  sentier  étroit  et  fra- 
gile qui  rampe  après  le  flanc  des  rochers  à  pic,  ou  le  long  des 
couches  de  neige.  La  couche  la  plus  extraordinaire  que  j'aie 
rencontrée  dans  mon  voyage  est  dans  la  vallée  de  Teedoong; 
elle  s'appelle  Rapeea.  L'échafaudage  suspendu  sur  sa  décli- 
vité avait  150  pieds  de  long.  Il  était  construit  dans  le  même 

5*  SÉRIE.— TOME  XI.  27 


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«yàlëiBe  que  œux  doot  ^  viens  ide  donner  .k  idescpîpiioi^ 
av^c  cette  difféirânioe  sBulenant,  que  s»  fûeux  étaienl  enfon* 
ces  horizontalement  dansiles  £eute6<de6)roohfirs.avec  des  ommi 
pour  les  aflBi^ettti:,  sans  èlre  fiouAenufi  par  le  côté  exténeur. 
Jliné  sans  icease  :fiar  Je  tocr^it  4fui  fn«ig|U  au  pied  «avec  «loe 
iaoroyablc  fupenc,  le  voyageur  «eut  œ  »frële  chomin  «hnmié 
«OU6  ses  pas  -01  tie  >|ieui  «e  défendre  «d'un  vif  seoftiMent  de 
(creinie.  Loraqne  J'y  passai,  je  île  sentais  4naniblBr  ai  fort  aon 
anoi,  «[ue  je  oi'aitendais  à  cdiaqae  instant  ià  le  voir  «'éfiroidflr 
dws-ksBxunuL» 

Xie  capîkaiBe  (Gérard  fiak  enanke  nae  fieint«re4nès4aii>omMe 
des  .habîtanlBidu  fik)Mawiiir  : 

«Lofi^ens  de  ceidistrict,  dtt^il,  sani  ficanca,  «ctife,  géné- 
reux, iioBpitalierB,  et  d'une  iprobité  .parfaite  dans  fea  afiisirea. 
Ayant  peu  d'expérience  de  Ja  trompene»  ils  ne  jont  ni  flié~ 
fiaufts  m  BQnpçoRBesx.  JLa  «iviUsation  nia  paini  ettoare  dé- 
truit chee  em  ka  westus  matives.  Fiers  de  leur  payfi«  ik  ae 
considèrent  au-^esass  des  .autres  .moatagaards.  Cet  «Kj^eîl 
anème  les  gasantit  de  fbien  ides  vioea.  ils  coindcaient  de  i«a- 
loir  moins -que  leurs  voisinsy  s'ik  ne  leur  étaient  ^ 
foor  les  qunHtés  nMiralea.  d 

ûonune  ik  tne  sont  'poumms  ^e  nédîooiBmenÉtde  ; 
km  principBkimmnrilane  eat  :1a  «viande.  Le  AécDfl^pasekv 
faaiflsoB  «rdtnaire,  qnoiqae  ks  Uqoems  i^tritnenflaB  jie  loor 
déphÔBenA  pas.  Aa  vesle,  ik  sont  sabres  en  êoBtesn 
Quant  à  ilbabiUemant,  il  consiËle  enimeàiknise»  un 
de  ikaae  ÉdansliE,  souvent  tdembie,  un  Ponant  de  i 
et  deiuAme  fii«lau;iet  des^aaidierstde  kine  avacdeB;] 
de  cmr.  K^dqnefois  îk  netleiitipar^deBaus  knrs  ; 
bîttenenk  in  irètenant  en  poil  de  •dhàv^ie  Jmpeirmédfle.  les 
fiammes  :8eiiiaÉinQBeni4^  leiu»  pamirea,  <qui  osasktatt^en  et 
gcandes  carafes  ide  cmvre,  placées  isur  k^devantdeikfn»- 
tnne,  des  inaecfteta,  et  des  ornemente  ^de  xibetrilks  «en  étaiB*et 
ea  msgtBt  En  igànéral,  k  pei^ik  jne  snaaqae  (pas  d'aÛMioe. 
Lea  Iroiqpeanx  cnnqMiBettt  ia  princîpBle  jnebasie  des  Ka^ 
Ba^fvurkns.  Ouftne  kass  yaks  (jeunes  tamana],  ils  mai  Aas 


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KOONAIHTB.  M9 

nouions  et  des  cbêrres  à  belle  laine.  Leur  activité  commer- 
ciftle,  car  Us  sont  tous  marchands,  leur  donne  les  moyens 
de  se  procurer  une  foule  d'objets  de  luxe,  et  varie  agréable- 
ment leurs  occupations.  Voici  ce  que  dit  le  voyageur  à  ce 
sajft: 

«  Les  fCoonawuriens  mènent  une  vie  fort  agréable  et  qui 
n*a  point  la  monotonie  .ordinaire  aux  habitants  des  monta- 
gnes. Dans  le  mois  de  novembre,  il  en  vient  un  grand  nom- 
bre à  Rampoor  pour  apporter  des  laines.  Quelques-uns  vont 
d«ns  les  plantes  «cheter  des  marchandises  pour  les  marchés 
de  Garoo  et  de  Leh.  1U  vont  aussi  à  la  foire  de  flardwas. 
Durant  les  mois  de  Tété,  on  les  rencontre  fréquemment  ft 
LA  et  à  Caroo,  oè  fls  sont  très-iconnus.  Ces  pays  leur  offrent 
beaucoup  plus  de  facilité  pour  la  circulation  que  le  Koo- 
nawur.  Les  chemins  y  sont  si  bons  qu'ils  ne  portent  rien  eux- 
mêmes;  ils  transportent  toutes  leurs  marchandises  à  dos  de 
mriet,  sur  des  chevaux,  des  ânes,  des  yaks  et  des  moutons, 
ftifiieurs  même  vont  à^chevid  et  font  des  courses  sur  la  route. 
FanVress^amusent  à  chasser  avec  des  fusils  pendant  le  voyage, 
tnent  des  lièvres  et  des  cerfs,  dont  ils  mangent  la  chair  et 
font  du  cuir  de  soulier  avec  la  peau.  Ceux  qui  restent  chez 
cm  s'occupent  de  leurs  vignes  et  veillent  à  leurs  troupeaux, 
qui4)endant  quatre  ou  cinq  mois  de  Vannée  vont  paître  dans 
llittérieur  des  montagnes.  Les  bergers  se  relèvent  régulière- 
ment et  durairt  tout  le  temps  du  paccage  ;  ils  vivent  dans  de 
prtites  maisons  nommées  dogree  ou  shurnungy  où  ils  fabri- 
qnent  du  beurre. 

«>La  position  de  plusieurs  de  ces  dogrees  est  très-romantique. 
.Vsslses  sur  des  coirines  riantes,  au  milieu  de  bosquets  de 
fleurs  odoriférantes,  drapées  extérieurement  de  rameaux  verts 
et  fleuris,  elles  offrent  un  aspect  ravissant.  Quelques-unes, 
ifl^ées  au  fond  des  valîées  solitaires,  sont  entourées  de  hau- 
tes montagnes,  dont  les  cimes  élancées  jusqu'au  ciel,  avec 
leur  couronne  de  neiges  perpétuelles  ou  leur  front  de  granit 
à  découvert,  menacent  d'écraser  au  bas  les  paisibles  trou- 
p^Qx.Leurctnitra^e  avec  les  sonlbres  forêts  de  chênes  cou- 


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&20  KOONAWUB. 

verts  de  mousses  et  de  lichens  flottant  dans  Tair  comme  les 
franges  d'une  draperie,  le  vert  clair  des  pins  et  des  mélèzes 
entourés  d'une  ceinture  jaune  de  bouleaux  et  de  rhododen* 
drons  en  fleurs,  forment  un  paysage  à  la  fois  majestueux  et 
pittoresque.  En  été  le  climat  de  ces  lieux  charmants  est  déli- 
cieux. C'est  sur  les  bords  verdoyants  des  ruisseaux  limpides, 
alimentés  par  les  neiges  fondues,  que  les  framboises,  les 
groseilles  et  les  fraises  sont  d'un  goût  parfait.  Les  fraises 
surtout  ont  un  parfum  dont  l'air  au  loin  est  embaumé. 

»  Dans  la  saison  froide,  lorsqu'on  est  obligé  de  rentrer  les 
troupeaux,  les  Koonawuriens  renfermés  dans  leurs  villages 
s'occupent  à  tisser  des  couvertures,  des  bonnets  et  des  sou- 
liers. Ces  objets  simples  composent  à  peu  près  toute  leur  fa- 
brication. Ils  commencent  de  bonne  heure  à  s'approvision- 
ner de  combustible  et  de  nourriture  pour  les  bestiaux.  Celle- 
ci  consiste  principalement  en  feuilles  d'arbres,  qu'ils  entas- 
sent sur  les  toits  de  leurs  maisons.  Du  reste  leur  vie  intérieure 
pendant  tout  le  temps  de  la  saison  rigoureuse  est  très-pa* 
triarcale.  Contents  de  peu,  unis  dans  leur  fomille,  où  la  bonne 
harmonie  n'est  jamais  troublée,  ils  jouissent  d'un  bonheur 
qui  ferait  presque  envier  leur  sort.  » 

Les  habitants  du  Koonawur  célèbrent  leurs  fêtes  annuelles 
avec  une  joie  pleine  de  franche  expansion  et  une  gaieté  peu 
connue  dans  beaucoup  d'autres  parties  de  l'Inde.  Ils  ont  des 
jeux  de  différentes  espèces  et  d'une  physionomie  très-poétique 
Ils  s'ornent  et  s'entourent  de  guirlandes  de  fleurs  et  de  vêle- 
ments éclatants.  Des  musiciens  jouent  de  divers  instruments 
dont  ils  doivent  la  variété  et  la  perfection  relative  à  leur  voi- 
sinage des  sectateurs  de  Lama,  dont  toutes  les  formes  du 
culte  sont  accompagnées  de  musique.  Tels  sont  les  habitants 
du  bas  Koonawur.  Mais  dans  les  parties  les  plus  hautes  de 
la  vallée,  sur  les  collines  découvertes  et  élevées,  le  peuple  est 
Bhoteeas,  Tatars  ou  de  race  tatare ,  et  sectateur  de  Lama. 
C'est  une  race  plus  grande  et  plus  forte  que  celle  qui  habite 
le  bas  pays.  Plusieurs  de  ces  hommes  ont  une  taillé  de  plus 
de  six  pieds.  Leurs  traits  ressemblent  beaucoup  au  type  chi- 


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KOONAWCTR.  (^21 

nois;  leurs  manières  sont  franches  et  tout  à  fait  dépouillées 
de  la  timidité  qui  caractérise  les  Hindous.  Le  capitaine  Gé- 
rard les  considère  comme  la  plus  belle  nation  des  montagnes, 
et  bien  supérieure  aux  habitants  des  plaines  de  llnde. 

«  Ces  peuples,  dit-il,  sont  d'un  naturel  doux,  bienveillant 
et  fort  éloigné  de  cette  férocité  inhérente  au  caractère  ta- 
tare.  J'ai  pu  juger  plusieurs  fois  de  leur  humanité.  Etant  i 
Peenoo,  dans  le  Speetee,  je  fus  retenu  deux  jours  au  lit  par 
des  douleurs  rhumatismales.  Leur  sollicitude  pendant  tout  ce 
temps  les  fit  s'occuper  de  moi  comme  si  j'avais  été  de  leur 
famille;  et  cependant  je  leur  étais  complètement  étranger; 
j'étais  même  le  premier  Européen  qu'ils  eussent  jamais  vu. 
Aussitôt  que  la  nouvelle  de  ma  maladie  leur  fut  connue,  ils 
m'apportèrent  du  nerbissi  (le  doary),  qu'ils  regardent  comme 
un  remède  souverain  contre  beaucoup  de  maux.  Plusieurs 
vinrent  avec  du  sucre  et  des  épîces,  tandis  que  d'autres  s'oc- 
cupaient à  me  faire  du  thé.  Chacun  d'eux  cherchait  à  me  té- 
moigner de  l'intérêt  à  sa  manière ,  ce  qui  était  assez  fatigant 
pour  moi,  bien  que  l'intention  fùt  bonne.  Loin  d'être  indis- 
crets néanmoins,  ils  ne  restaient  pas  plus  longtemps  auprès 
de  mon  lit  que  je  ne  le  voulais. 

»  A  cette  époque,  je  négociais  avec  le  premier  de  l'endroit, 
afin  d'obtenir  la  permission  de  m'en  retourner  par  le  défilé 
de  Tarée.  Cet  homme  fit  preuve  d'un  degré  de  fermeté  que 
je  ne  pus  m'empêcher  d'admirer,  quoique  j'en  fusse  très-con- 
frarié.  Il  prétendit  que  les  instructions  qu'on  lui  avait  don- 
nées à  l'égard  de  l'interdiction  de  ce  passage  étaient  si  posi- 
tives, qu'il  ne  se  permettrait  jamais  de  les  enfreindre.  Rien 
ne  put  le  Eaire  changer  de  résolution,  pas  même  les  150  rou- 
pies que  je  lui  avais  envoyées  comme  moyen  conciliatoire,  et 
qu'il  me  rendit  en  me  disant  :  «  Vous  aurez  des  chèvres,  des 
montons  et  des  couvertures  tant  qu'il  vous  plaira,  mais  vous 
ne  prendrez  pas  ce  chemin.  Nous  viendrons  nous  y  poster 
pour  vous  en  barrer  le  passage.  Vous  avez,  il  est  vrai,  un 
nombre  suffisant  de  gens  pour  forcer  la  consigne,  car  nous 


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432  KOONAWCIU 

ne  nous  battrons  pas  contre  vous;  mais  nous  espérons  qjoe 
vous  renoncerez  à  votre  projet.  » 

»  Les  Tatares  chinois  sur  celte  frontière  éloignée  de  leur 
vaste  empire  sont  tout  aussi  vigilants  à  empêcher  rinlrufiion 
des  étrangers.  Les  plus  belles  promesses  d'argent  ne  sau- 
raient les  décider  à  violer  les  ordres  de  Icujbs  supérieurs.  J'at- 
teignis Tannée  dernière  les  limites  de  leur  contrée  dans  qua- 
tre quartiers  différents,  sans  pouvoir  avancer  d'un  pas.  La 
même  chose  m'arriva  en  1818,  lorsque  jje  visitai  Shipke  avec 
mon  frère.  Nous  étions  alors  les  premiers  Européens  qui  s  oS- 
iraient  à  leurs  yeux.  » 

On  peut  dire  à  la  louang/B  de  ces  giens,.  que  le  vol,  le  men- 
songe et  la  tromperie  leur  sont  complètement  inconnus.  Ik 
comprennent  peut-être  mieux  que  tous  les  autres  peuples  de 
la  terre  rhonnèteté  dans  toute  sa  délicatesse.  Ils  oui  de  la 
gaieté,  de  la  vivacité,  et  ne  sont  point  dépourvus  d*éducar 
tion;  car  les  lamas,  dont  le  nombre  est  très-grand  parmi  eux, 
savent  tous  lire  et  écrire.  Leurs  habitations- se  trouvent  sou- 
vent à  17,000  pieds  d'élévation  au-dessus  du  niveau  de  la  mer, 
et  quoique  placés  sur  la  frange  d'une  congélation  perpétuelle, 
ils  mènent  une  vie  heureuse  au  milieu  de  la  paix  et  de  l'abon- 
dance. L'anecdote  suivante  nous  donnera  une  idée  de  la  ma- 
nière dont  ils  se  préservent  contre  la  rigueur  du  climat; 

«  La  passe  de  Ludak,  dit  le  capitaine  Gérasd,  est  ordinair 
rement  praticable  au  milieu  de  l'hiver  et  ne  se  trouve  jamais 
fermée  par  la  neige.  J'avais  entendu  raconter  des  choses  si 
effrayantes  sur  les  gelées  de  ce  chemin,  que  j'étais- curieux 
de  voir  comment  les  hommes  s'habillaient  pour  n'être  pas 
engourdis  par  le  froid.  Putéa  Ram  satisfit  bientôt  mon  désir. 
Le  jour  suivant  il  se  présenta  à  moi  dans  son  costume  d'hi- 
ver, qui  me  parut  tellement  lourd,  tellement  embarrassant^^ 
que  je  ne  concevais  pas  comment  on  pouvait  marcher  ainsi 
accoutré.  Voici  de  quoi  se  composait  ce  costume.  Il  avait  un 
vêtement  de  peau  de  mouton  à  longues  manches,  appelé 
laftpa,  dont  la  partie  laineuse  était  tournée  en  d£dans,  l'ex- 


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KOONAWUR.  k^ 

ièriear  recouvert  d'un  sooklàt,  espèce  de  couverture  épaisse, 
teiate  %n  bfeu ;  de» pantalene  pareils;  dé  grandis  bas  dte  tatoe, 
et  par  desso&tout  cela  les  bottes  d'usage,  dont  les  pieds  étaient 
fourrés  de  deux  pouces  de  laine.  Les  mains  se  trouvaient  ga- 
ranties par  des  gants  de  flanelle  épaisse,  montant  jnsqu'au- 
dfôsus  des  coudes.  Une  couverture  s'enroulait  autour  de  sa 
taille;  une  autre  était  jetée  sur  ses  épaules;  enfin  ua  grand 
dall  eaveloppaii  son  bonnet  et  une  partie  de  sa  figure.  Dans» 
cet  équipage  on  avait  peine  à  distinguer  la.  févmc  humaine. 
Cétût  phiièl  un  m(H)cean  de  bardes  qu'une  fecsoone  véritar 
Ueneni  habillée.  Tel  est  pourtant  l'ajustemeat  ordinaice  dtt 
leyageiir  h>rsqn'il  traverse  ces  cootrées  pendant  l'hiver;  eiH 
eofe  a-t-il  soin  de  se  feîre  toujours  suivre  d'une»  mute  cImv*- 
gée  de  couvertures,  et  d'un  autre  lakpa^  toutes  choses  in*- 
dispensables  pour  la  nuit,  lorsqu^il  faut  se  coucher  sur  la 
Berge.  » 

En  quittant  les  vallées  et  tes  hauteurs  de  l'Himmaleh,  Te 
capitaine  Alexandre  Gérard  exprime  le  vœu  philanthropique 
que  le  commerce  britannique,  dont  le  développement  a  pris  une 
si  rapfde  extension  à  travers  les  barrières  moutagoenses  de  la 
frontière  septentrionale  de  l'Inde,  puisse  ajouter  au  bien-^tre 
de  ces  braves  montagnaidâ,.  sans  introduire  parmi  eux  les. 
vices  eh  la  corruption,  ou  sans  détruire  leur  indépendance. 
Les  nations-  qui  marchent  à  ht  tête  de  la  civilisaiioo  ne  de- 
naîeftt  jaoMiû  se  rnootcer  meÂas  générenses  û  moins  équir« 
iible»  qse-  les  populatioiis  simptes  et  ignorantes  subjuguées 
par  elfesw  Sî  jusqu'ici  les.  Imnières  avaieiii  toiiîoiirs  servi  la: 
jMîee,  la  crMilîsation  aurait  des  titres  hma  plus  légifime»  k 
h  re^aanaissmee  des*  homnies;  nnia  nallieiireiisemeiit  om  119 
peut  ew  dlseouyenir,  îl  en  a  éf6  souven*  aufirement. 


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su. 

DERNIÈRES  NOUVELLES  DE  L'INDE  ET  DE  LA  CHINE. 

Octobre  ISn. 

Noos  ayons  peu  de  chose  à  ajouter  aux  nouvelles  du  mois  der- 
nier, surtout  pour  la  Chine.  Les  Anglais  ont  pris  la  ville  de  Gha- 
poo,  entrepôt  de  commerce  (rès-imporlant ,  situé  à  l'embouchure 
d'une  rivière,  sur  la  côte  nord-est  de  la  province  de  Che-Keang. 
La  résistance  qu'ils  y  ont  éprouvée  confirme  tout  ce  qu'on  sait  de 
l'obstination  chinoise.  On  continue  donc  dans  Tlnde  à  se  récrier 
contre  la  perte  du  temps;  d^ailleurs,  la  guerre  n'empêche  pas  le 
commerce  du  thé  :  les  Chinois  ont  besoin  de  placer  ce  produit; 
et  quoiqu'il  en  couteaux  Anglais  de  le  recevoir  sans  rien  vendre  en 
retour,  comment  se  passer  de  thé  ?  Les  dernières  nouvelles  de  Can- 
ton sont  du  7  juin. 

Celles  de  Bombay  portent  la  date  du  27  août.  Le  Bombay  Tïma 
désespère  de  la  nouvelle  campagne  que  le  gouverneur  général  de 
rinde  vient  enfin  d'ordonner.  La  saison  est  trpp  avancée;  les 
troupes  n'ont  pas  tout  le  matériel  et  tous  les  moyens  de  transport 
qu'il  leur  faudrait  pour  être  à  Caboul  avant  les  mauvais  temps 
d'automne.  Cependant  Tordre  est  sérieusement  donné,  à  la  grande 
satisfaction  des  soldats,  y  compris  les  Cypayes,  qui  brûlent  de  pren- 
dre leur  revanche  des  dernières  défaites.  On  cite  avec  enthousiasme 
un  bon  mot  du  général  Nott  à  Candahar,  qui,  lorsqu'on  lui  dit 
qu'il  devait  se  retirer  sur  l'Inde,  aurait  répondu  :  Par  quelle  route  ? 
par  le  défilé  de  Kudjusk  ou  par  Caboul?  Au  reste,  que  ce  soit  par 
Caboul,  en  effet,  qu'il  faille  repasser  pour  l'honneur  du  drapeau 
britannique,  il  ne  s'agit  plus  de  s'établir  dans  l'Affgbanistan;  on 
consent  à  tout  perdre  ^  fors  Vhonneur.  C'est  aussi  peut-être  celte 
conviction  qui  ne  laisse  pas  que  d'effrayer  un  peu  les  Affghansde 
Caboul.  En  effet,  si  les  Anglais  rentraient  dans  leur  ville  pour  s'y 
fixer,  ils  y  reviendraient  en  conquérants  bénévoles,  intéressés  à  s'y 
faire  des  amis,  un  parti;  mais  avec  la  vengeance  pour  but  exclu- 
sif, qu'auront- ils  à  ménager?  Ils  ne  laisseront  que  terreur  et  dé- 
vastation sur  leur  passage.  Cette  réflexion  préoccupe  surtout  les 
castes  ou  tribus  qui  n'ont  pris  qu'une  part  très-indirecte  à  la  r^ 
hellion^  puisque  le  mot  est  encore  employé.  Il  existe,  par  exemple, 
à  Caboul,  une  classe  de  Kuzzilbashes,  ou  familles  d'origine  per- 
sane, qui  ne  serait  pas  fâchée  de  détourner  le  malheur  dans  lequel 


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BEENliRES  NOUVELLES  DE  L'INDB.  425 

tonte  la  population  risque  d'être  eoYeloppèe  par  un  siège  et  un 
assaut.  Les  Kuzzilbashes  voudraient  se  placer  comme  modérateurs 
entre  les  Anglais  et  Akhbar-Khan.  On  cite  encore  le  parti  de  Zé- 
man-Shah  comme  très-disposé  à  traiter  du  renvoi  des  prisonniers 
en  dehors  de  Finfluence  du  vizir,  car  c'est  le  titre  qne  prend  tou- 
Akhbar  auprès  du  nouveau  shah  Futteh-Jung.  Il  a  été  question 
tantôt  de  les  renvoyer  sans  condition  pour  faire  acte  de  générosité, 
et  dans  la  persuasion  que  les  Anglais  se  regarderaient  comme  sa- 
t»6dts,  ce  qui  serait  possible;  tantôt  d'envoyer  le  lieutenant  Co- 
nally  pour  stipuler  une  rançon.  Celui-ci  a  refusé,  de  peur  d'indis- 
poser Akhbar-Khan.  Après  tout,  c'est  Akhbar-Khan  dont  le  cré- 
dit domine  les  intrigues  des  autres  chers,  parce  qu'il  est  le  seul 
sirdar  qui  ait  su  rallier  à  lui  tout  ce  qu'il  y  a  de  nationalité  à  Ca- 
boul, c'est-à-dire  tout  ce  qui  est  antipathique  à  la  domination  an- 
glaise. £h  bien,  Akhbar-Khan  lui-même  se  conduit  en  homme  qui 
prévoit  an  dénouement  funeste  à  sa  puissance  usurpée.  Des  lettres 
eaeheiéet{êealed)f  disent  les  journaux  de  l'Inde,  sont  arrivées  à  Cal- 
cutta, écrites  par  les  prisonniers  et  les  prisonnières.  Ces  lettres  sont 
parfaitement  d'accord  avec  les  lettres  non  cachetées  pour  louer  les 
bons  procédés  de  ce  terrible  et  sanglant  Akhbar  :  c*est  le  plus  doux, 
le  plus  familier  des  vainqueurs.  Loin  d'être  un  ogre^  il  aime  les  en- 
fants, pour  les  caresser,  pour  jouer  avec  eux.  Henri  IV  n'élait  pas 
plus  bonhomme  avec  sa  famille  qu'Akhbar  avec  les  petits  captifo 
anglais.  Quand  il  vient  les  visiter,  c'est  une  fête.  Ils  accourent  i 
loi;  Tun  lui  monte  sur  le  dos,  l'autre  lui  tire  la  barbe,  etc.  Ils  Tin- 
viteni  à  manger  avec  eux,  et  il  accepte,  etc.  La  même  lettre  qui 
raconte  ces  anecdotes  ajoute  :  «  C'est  le  chef  le  plus  habile,  le  plus 
résolue!  le  plus ^nfr^tguf  de  rAffghanistan.  »  N'est-il  pas  présu- 
mable  qu'Akbbar-Khan  n'est  pas  fâché  de  se  faire  une  popularité 
par  l'intermédiaire  de  ses  prisonniers,  et  que  les  prisonniers  flat- 
tent Akhbar  pour  justifier  les  concessions  que  leurs  compatriotes 
sont  disposés  à  lui  faire?  On  parle  encore  de  relâcher  Dost-Maho- 
med,  et  toujours  d'accord  avec  son  fils,  à  moins  que  ce  ne  soit  une 
menace  contre  l'ambition  de  celui-ci. 

En  dernière  analyse,  voici  la  situation  des  Anglais  dans  l'Affgba- 
nistan  :  ils  possèdent  toute  la  partie  occidentale  de  ce  royaume; 
ils  ont  franchi  les  défilés  si  redoutés  qui  en  défendent  l'accès.  Leurs 
armées  ne  sont  qu'à  trente  lieues  de  Caboul....  L'ordre  est  de  mar- 
cher en  avant.  Eh  bien,  tout  cela  est  peut-être  le  signal  de  la 
retraite,  c'est-à-dire  d'un  traité  avec  Akhbar,  malgré  la  résolution 


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iSS  HBRlfliRES  IMUVEtLra  DE  l.'lNB«. 

des  Ghed,  îe  ben  esprit  des  soldats  et  le  désrr  que  dohrent  éproiiTer 
eciix-«i  d»  faive  un  mcHiTeiDefrt ,  Ibrsque  la  maladie  les  déchue 
crueHemeii't  dans  les  halles.  Si,  pwr  une  dernière  chance,  le  traité 
d^évaciiatlon  n'avait  pus  Keu,  on  doute  encore  que  le  général  Noll 
et  le  général  Pollock  aient  pu  se  joindre  à  Caboul  le  1*.*'  septembre 
dernier;  ce  ne  serait  qu'en  décembre  que  nous  connaîtrions  posr- 
tÎTement  le  résultat  des  nouvelles  instructions  envoyées  aux  gén^ 
nux  de- l'expédition  par  lord  EUenborough. 

Ou  a  dit  que,  pour  se*  dédommager  de  leurs  revers  du  C^wêHb- 
tan,  les  Angiats  allaient  s*em  parer  du  Pendjab.  Il  paraît  que  Sher^ 
Singh  se  trouve  toujours  dans  une  position  diflicile;*  il  ne  cesse  dé 
solliciter  l'intervention  britanniqae.  L'armée  d'observation  ras- 
semblée sur  les  bords  de  l'Indus  peut  d'un  moment  à  Uavtre  être 
dirigée  sur  Lahorc;  mais  il  n'est  pas  à  penser  qu«  rien  dt  sôrieox 
ait  lieu  de  ce  côté  avant  que  les  afiatresde  rAfTghanistan  aient  été 
arrangées. 

les  dt-micrs- événements  du  cap  de  Bonne-Espérance  ont  excité 
l'attention  de  la  presse  euiopéenne.  On  a  cm  un  moment  qm  lu 
Hollande  allait  prendre  parti  pour  ces  malheureux  Boéri  qoi 
a;raient  bien  voulu  se  laisser  vendre  ou  céder  politiquement  et 
géograpbîquement  à  1* Angleterre ,  mais  à  condition  que  ceDe- 
ei  respecterait  leurs  mœvrs,  leurs  idées>  leurs  coutumes.  Cest  im 
déplorable  spectacle  que  de  voir  une  population  de  cinq  mille  boni- 
mes  abandonner  ses  propriétés ,  ses  torts  domestique»  et  ton»  les 
avantages  de  la  aivilisation  coloniale,  pour  aller,  comme  une  pev- 
pAade  de  sauvages,  porter  ses  tentes  dans  le  désert.  L'Angleterre 
n'a  pi7s  voulu  abandonner  sa  suzeraineté  à  ces  émigrant»  :  ses  sol- 
dats et  les-  fermiers  boers  en  sont  venus  aux  mainsv  Hé  nomftre  a 
d'abord  favorisé  ceux-ci  ;  mais  des  ren  forte  sont  arrivés  par  terre  et 
par  mer  :  il  a  failk»  capituler.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  terrible  pour  les 
valnciM  de  Per&-FCatail,  c^esi  qu'ils  sont  placés  entre  la  ei^piiKatm 
Bvmée,  à  laquelM  ih  ent  dédaré  la  guerre,  (  t  les  barbares  de  TÀf 
finque  centrale,  tels  que  les  Kalirs,  qui  voient  en  cwx  les  preAîen 
ennemis  civilisés  qui  sont  verni» afatrefbi»  les  repousser,  euxanari^ 
dons  le  désert*  Nous  aurons  rooeasion  de  reparler  de  ces^événenents. 
finfis  l'oavRige  du  capitaine  Harris  (i),  dont  la  Rmuê Bnti*mm 
fur  ai  publié  de»  extrait»^  on  trouve,  les  détails  les  plus  exacinsar 
Fhihioire  des  BȎKs. 

it)  Wild  sports  of  Southern  A frica, 

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NOUVELLES  DES  SCIENCES , 

DB  LA    LITTÉRATURE  ,    BES    BBAUX-ART&,   JbU    GOMHfiHCI?  , 
9E  l'LNDUSTRIR,  SB:  L'A>GAieULTUBA,,  BSe. 


CORRESPONDANCE  POUTIQUE  ET  LITTËRAinE 
DR   LA  REVUE   BRITANNIQUE. 

OCTRin  STR  LE  TOYAGB  DE  LA  REINE.  —  6LASC0W  ET  MANCHESTER  EN 
4M8.  —  CBARTISTES.  —  PALAIS.  —  SÉPULCRES  BLANCHIS.  —  FCMÉE.  — 
lAfWN  FAniB\RIV.  —  USINE».  —  RMVCPACTtmES  DB  COTOX.  —  OUTRfma 
WURCJnBIRB.  —  BDSI«OB  REUGIEIUtR.  —  LA  FÊTl  SAGRiV.  —LA  MAWOll 
liAai9l&,  ETC.  —  HOOTRLLIS  M»  SCMIMEA. 

Londres,  3t  octobre. 

TarriTe  de  mon  excursion  dans  les  comtés  du  nord.  —  Je 
n'ajouterai  rien  à  ce  (yie  ].e  vous  ai  écrit  du  voyage  de  la 
reine.  Une  publication  est  annoncée  qui  nous  en  révélera  le», 
moindres  détails.  Je  faisais  allusion  à  ces  relations  des  pro* 
menades  royales  de  l'ancien  répme  britannique  ;  on  les  renour 
relle  pour  k  reine  Victoria;  MM.  Adam  et  Charles  Black^ 
libraires  de  Sa  Majesté  à  Edimbourg,  publieront,  sous  se& 
auspices»  yers  le»  premiers  jours  de  18U,  un  magnifique  ' 
iRHparto  avec  gravure»  qui  aura  pour  titre  :  Mémorial  ov 
TR£  ROYAL  PRDGRBSS  IN  ScoTLAND.  Sir  Thomas  DicIiLandeE 
est  chargé  du  texte,  ce  qpii  donnera  un  caractère  littéraire  4 
ce  beau  volume ,  car  c'est  lui  qui  publia  dans  le  temps  cette 
description  du  déluge  de  Moray,  que  la&vtMs  ^rttanmgiM 
traduisit  presque  en  entier.  Je  trouvai  Glascow  moins  ému  que 
je  De  pensais  de  la  préférence  accordée  par  la.  reine  à  Édimr 
boQi^  :  il  existe  toujours  la  même  jalousie  de  marquise  à 
bourgeoise  entre  la  noble  capitale  du  reyaume  de  Bruce  et  la 
grande  cité  commerçante  et  manufacturière;,  mais  celle-ci  est 


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i^28  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

toute  absorbée  de  ses  préoccupations  mercantiles ,  et  tout  ce 
qu'elle  a  d'oisifs  s'était  contenté  en  courant  à  Edimbourg 
prendre  sa  part  du  spectacle  de  la  rue.  On  s'estimait  heureux 
à  Glascow  que  le  mouvement  insurrectionnel  du  Lancashire 
ne  se  fût  pas  propagé  sur  les  bords  de  la  Clyde.  Glascow  compte 
à  la  fois  plus  de  chartistes  et  plus  de  populace  dangereuse 
que  Manchester.  Vous  avez  assez  souvent  cité  les  statistiques 
qui  dissèquent  annuellement  les  plaies  de  ces  villes  pour  que 
je  me  dispense  de  vous  dire  ce  que  j'en  ai  vu  :  je  vous  avouerai 
même  que  ce  qui  m'a  le  plus  émerveillé,  c'est  au  contraire 
la  surface  dorée  qui  recouvre  tout  cela.  Depuis  une  année 
seulement,  à  Manchester  comme  à  Glascow,  de  nouveaux 
quartiers  se  sont  élevés  par  enchantement,  et  il  y  a  des 
rues  entières  de  palais  plutôt  que  de  modestes  maisons. 
Comme  la  fumée  des  cheminées  d'usine  n'a  pas  encore  noirci 
la  pierre,  on  peut,  en  style  biblique,  comparer  tous  ces  édi- 
fices à  des  sépulcres  blanchis!  — Il  n'est  pas  jusqu'à  ces  mêmes 
cheminées  vomissant  d'éternels  nuages  noirs  mêlés  de  som- 
bres éclairs,  qui  ne  soient  en  général  construites  avec  tant 
de  hardiesse  et  d'élégance  qu'elles  rivalisent  avec  les  flèches 
gothiques  et  les  obélisques  égyptiens.  Toutes  ces  colonnes  se 
dressant  vers  le  ciel  comme  les  silent  fingers  du  vers  de 
Wordsworth,  ne  produisent-elles  donc  que  de  \sl  fumée?  Que 
devient  tout  le  capital  que  ces  fourneaux  transforment  sans 
cesse?  Est-ce  la  machine  seule  qui  dévore  le  salaire  de  rou- 
vrier  ?  Mais  à  Manchester  les  manufactures  de  machines  mêmes 
emploient  plus  de  bras  que  le  fonctionnement  desdites  ma- 
chines n'en  remplace.  La  manufacture  de  M.  Fairbam,  d'où  il 
sort  tant  de  roues  de  fer,  tant  de  cylindres,  tant  de  locomo- 
tives, etc.,  ne  réunit  pas  moins  de  six  cents  serruriers, 
fondeurs ,  forgerons  et  autres  mécaniciens  fils  de  Yulcain  I 
J'ai  vu  sortir  de  cette  usine  une  petite  roue  de  moulin  qui 
mesurait  soixante  pieds  de  diamètre.  M.  Fairbam  consomme 
soixante  quintaux  de  métal  par  semaine,  ou  trois  mille  cent 
vingt  quintaux  annuellement.  J'ai  interrogé  les  ouvriers  eux- 
mêmes  sur  le  chiffre  de  leurs  salaires  ;  eh  bien ,  le  moins  bien 


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NOUVELLES  DES  SCIENCES.  &.29 

rétribué  gagne  25  shillings  (  36  fr.  )  par  semaine,  et  il  en  est 
qui  gagnent  le  triple.  Remarquez  encore  que  le  capital  qu'il 
font  pour  acheter  la  matière  première  et  payer  l'ouvrier  est 
une  avance  feite  à  des  consommateurs  étrangers.  Ainsi,  vous 
demandez  chez  M.  Fairbarn  pour  qui  est  cet  article  ?  Il  est 
pour  Saint-Pétersbourg.  Cet  autre?  pour  Paris.  Cet  autre? 
pour  Calcutta.  Cet  autre?  pour  la  Nouvelle-Galles  du  Sud.  BreF, 
ce  sont  les  deux  mondes  qui  se  cotisent  pour  rembourser  à 
M.  Fairbarn  ses  avances  (1). 

Maintenant,  c'est  surtout  le  coton  que  Manchester  travaille. 
Le  coton  fait  mouvoir  dans  cette  ville  seule  une  force  de 
10,000  chevaux.  C'est  probablement,  direz-vous,  cette  force 
qui  ûiit  concurrence  aux  ouvriers.  On  vous  répondra  que 
Manchester  occupe  encore  M,000  bras  d'enfants,  de  femmes 
et  d'hommes.  Or,  sans  doute,  il  y  a  mieux  pour  l'enfance  et 
le  sexe  faible  que  ce  travail  :  la  philanthropie  ou  la  philosophie 
réclament  leur  intelligence  (autre  thèse  à  discuter);  mais  le 
père  de  Êimille  aime  mieux  dans  ce  pays  que  son  petit  garçon 
lui  apporte  le  soir  son  demi-shilling  que  de  lui  réciter  une 
table  ou  un  chapitre  de  la  Bible.  Tout  ce  que  je  veux  dire, 
c'est  qae  l'ouvrier  utilise  ici  jusqu'aux  bras  les  plus  débiles 
de  sa  maison,  et  qu'ainsi  il  perçoit  sa  part  de  la  circulation 
incessante  du  capital  monétaire.  La  plus  forte  manufacture 
de  coton  à  Manchester  est  celle  de  MM.  Birley  et  compagnie. 
Ces  messieurs  consomment  annuellement  &,000,000  de  livres 
pesant  de  coton!  Ajoutez  à  cela  8,000  quintaux  de  charbon , 
5,000  gallons  d'huile  et  50  quintaux  de  suif  pour  graisser 
leurs  machines,  qui  équivalent  à  une  force  de  397  chevaux. 
Eh  bien,  MM.  Birley  occupent  1,600  ouvriers,  et  leur  payent 
annuellement  iS^O,000  £  (1,000,000  fr.)  —  Que  conclure  de 
tout  cela?  que  dans  tous  les  malheurs  du  haut  commerce  de 
Manchester  comme  des  autres  villes  manufacturières,  et  dans 

(1)  H.  Fairbarn  a  encore  un  établissement  immense  à  Millwall,  près  de 
Londres,  où  il  occupe  plus  de  40O  ouvriers  et  où  il  fabrique  des  baiteaui 
i  vapeur  et  autres  b&timenU  ou  accessoires  de  bâtiments  en  fer. 


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fraO  NOUVELLES  PES  SCUBNGES. 

la  .détresse  de  l'ouvrier, -il  £snt  £aire  une  forte  part  aux  i 
^culatioBs,  au  jeu  commeroiai,  aMX  «cies  d'improbité  même 
défi  gros  capitalisies  ou  de  leurs  aBHOciés ,  Goanae  à  Timpré- 
voyance  fit  aux  babkudes  imnorales  de  l'ouvrier.  Voîct  la 
banque  de  Manchester  qui  fait  banqueroute  de  20,8M,08B: 
certes  il  y  a  un  fripon  dans  celie  banque  ;  ^'oUà  des  omrwrs 
igêi  crient  la  faim  :  eh  biea,  Sa  plupart  ont  laissé  au  comptoir 
du  puUdcain  la  moitié  au  moins  de  Imtrs  gages. Vous  ne  pou-- 
vcz  vous  imaginer,  monsieur,  rintempéiance  de  l'eirvrier 
wglais.  Il.&ut  dire  autai  que  les  déhitanis  de  li^aides  saiient 
admirablement  séduioe  ledit  ronvriar.  Les  prédicateurs  an^^ 
cans  jaclament  au  mcnns  leurs  «naîlles  le  iUmanche;  nais  11 
s'est  établi  à  Manchester  des  «abaoeis  qui  fastaiidaciense- 
menlïûonottu»ence.i  TégHae.  ¥ûih  lises  sur  une  «oteigne  :  £ai 
on  fait  jde  la  nmêiqut  r^peu$€^  QatDen,  vnffs  Toyec  au  milien 
d'tunegiande  salle  un  mffte  JbliaLlDtarie.qiii  vous  dhante  4m 
airs  de  psaume;  imaas  tout  mtianr  de  tla  salie  des  tsAdea  t%»- 
Uflsent  des nuditettES,^nâ  éoouteai  jesa^iûdnBt  des  pois  d'rie  on 
de  porter.  Aivec  une  jpafeffle  eafieigoe^anïec  oetteanBÎqQn 
dominicale  qui  jvrive  dans  la  rue  par  latponie  eRtnerhàilléi^ 
le  petit  gairçan  sortant  de  l'école  da  dimancfae  enire  aaas 
aorupule.  U  ium^  «d'abord «et  bait  ;à  l'âmitatiaa  .des  komaKs; 
ands  i'enfittgnnmflnt  (nmtndl  pei^rt  aMer  plus  lain,  «lar  4eB  -éeaK 
sexasaont  admis  à  œ  rendes^aas  pianx,  ransîc6d<6tl)aidiiqiie. 
Il  y  a  déjà  plus  de  ciaqnanteideioes  Danoerts  reUgifeasàffa»- 
chfiBter;  an  général  on  paye  {pour  «y  eiltaer  conwne  à  Pterisavx 
eoBc^rts  Muiard;  mais4m  yauBrambauM»  votre.prîx  d'entrée 
sur  TûÉre  consommation. 

.€e  n'est  M,  il  est  vrai,  qU'ua  dnspûinisrde  vne4e3afpnade 
^(aestion  qui  agite  l'Anglfitanie.;  tnaîs  jeHaas.eavaiei'amaiq» 
da  docteur  Taylor  (l) ,  ti  raasiMrBz^.danaia'daniifeBe  Wm^ 
mâniter  Rttiew^  un  jurtidejair  catmmagpa  qae  iimi  fluiisais 
sans  doute  à  vos  lecteurs  ;  vous  conviendrez  que  je  n'ai  pas 
très-mal  vu  ce  que  J'ai  v.i|^  jst  v^ous  jdii:ez  avecmoiqu'âl^aeiait 

(1)  NoUtifia  TlmriintAe 


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NOUVELLES  ]>ES  fiClENGES.  431 

absurde  de  n'attribuer  qu'à  la  lé{pâIation  des  céréales  lami- 
sère  des  clafises  o&vrierefi. 

Quant  au  ràle  du  chartifimfi  dans  les  derniers  anouvement^ 
il  est. trè&^xsiBu  aujourd'hui;  ils  ont  laissé  le  fou  s'allumer  6t 
s'étendre.  I.arfiqu'ils  ont  vu  que  les  auvriers  niécantents ,  à 
force  de  recruter  bon  gré  mal  gré  dans  les  atciliers,  formaient 
inearmée, ils  s/ont  "vemis  leur  dire  :  Youloz-vous  des  chefs? 
niMifl  MoHà  !  Les  ouvriers  proclamaient  :1a  suspension  des  ira- 
yami^xMBq^'iVaugmentatioH  des  sa^aireê:  ils  sont  venus  y  suii- 
stituer  fie  ^ue  dans  leur  utopie  sociale  ils  i^ppellcnt  ïesaor^d 
hûUdi^^  «  la  fête  sacrée,  »  c'est-à-dire  la  cessation  de  toua 
^laaai  Jusqu'à  ce  qm  la  charte  ioit  reconnue  loi  de  l'état.  Alorg 
le  maayeflient  a  pias  une  couleur  politique;  mais  c'est  alocs 
aussi -que,  d'une  part,  oeux  des  ouvriers  qui  ne  sont  pas 
ckartistfiB  ont  conunenoé  À  déserter,  et  que,  d'une  autre,  le 
gDuvesBAiBentE'esUdécidéàdi^erserles^ autres  parles  troupes, 
n  en  est.sésuUé  qu'en  sait  à  peu  près  le  nombre  d'ouvriers 
finrorables^aux  chartistes,  c'est-à^ire  à  une  révolution  sociale, 
et  ce  nombre  est  efirayantv;  mais  on  est  aussi  très-convaincu 
que  le  j^svesnement  ne  s'abandonnera  pas  iui-môme  si  om 
l'attaqne  4iceoteBi6ilt.  C'est  une  crise  qui  jse  renouvellera.  La 
dMUie  Aût  des  jprogrès  ;  les  femmes  s'en  mêlent  et  ont  aussi 
IfiODs  SDeetii^  oà  eHes  usent  de  la  parole. 

La  aott^le  du  traité  Avec  les  £tats4lBis  a  été  fort  bien 
raçue^A  Jbnchestec,  à  Gksoow  et  à  Liverpool  ;  on  escose 
parfiûtement  k)cd  Ashburton  d'&voir  tfaît  boa  mardié  de 
rtoBBeur  national  pour  consolider  les  relatiinks  commercialev 
des  deux  peuple.  On  con^rend  focilement  cela  quand  on  se 
npiNaUe quelles  sommes éfiomies4ses irais  villes^t  Birmingham 
ont  iHiflupM»  dans  les  JBiats^Ujii&.  Le  choix  du  négociateur 
disait  assez4Hix>Amérii:ains  qu'on  v^xulait  une  paix  marchande. 
HoiHsealement  lordÂ&hbuFton^st  un  lord  d'origine  commer- 
QîaU,  mai6iencore.c'^est  de  la  jguerre  de  l'indépendanoe  que 
date  l'imoiMaseioctune'des.Bariqg,  dont  il  estlecepséseutant 
pervemi.  Yoîci  nue  ootejcurieufie  sur  .cette  ismille,^»  «'a  de 
rivale  peut-Ake  que  la  famille  Aothichild^ 


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hSà  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

Les  membres  actuels  de  la  maison  Baring  frères  sont  Tho- 
mas Baring ,  le  plus  jeune  fils  de  lord  Ashburton  ;  Francis 
Baring  (l'ex-chancelier  de  Téchiquier)  ;  le  capitaine  Mildmay, 
baronet  de  peu  de  fortune ,  gendre  de  lord  Ashburton ,  et 
Josué  Bâtes,  citoyen  de  Boston,  qui  a  commencé  par  être 
subrécargue  d'un  b&timent  marchand.  Le  premier  Baring  qui 
se  fit  connaître  était  le  père  d'Alexandre  Baring,  actuellement 
lord  Ashburton;  c'était  le  fils  d'un  Allemand  qui  vint  s'éta- 
blir à  Londres  comme  marchand  de  joujous  d'enfants.  A  l'é- 
poque de  la  guerre  d'Amérique,  Baring  le  père  fit  le  commerce 
très-impartialement  avec  les  colonies  et  la  mère-patrie.  Son 
fils,  le  lord  actuel,  était  le  voyageur  de  sa  maison,  lorsqu'il  fit 
la  connaissance  d'un  Américain  nommé  Bingham ,  agent  des 
rebelles.  La  guerre  finie,  Bingham  et  les  Baring  s'entendirent 
pour  acheter  toutes  les  créances  sur  les  deux  gouvernements 
qu'ils  purent  se  procurer  à  bas  prix ,  soit  des  fournisseurs, 
soit  d'autres  créanciers.  Plusieurs  de  ces  créances  étaient 
douteuses,  mais  ils  eurent  le  secret  de  les  faire  admettre 
toutes  et  de  s'en  faire  rembourser  en  rentes  ou  fonds  consoli- 
dés. La  hausse  des  fonds  publics  leur  permit  de  réaliser  ra- 
pidement d'énonnes  bénéfices.  M.  Alexandre  Baring  et  son 
frère  épousèrent  deux  filles  de  M.  Bingham,  qui  s'était  établi 
à  Philadelphie  avec  un  revenu  de  prince.  M.  Alexandre  Baring 
se  retira  de  sa  maison  avec  une  immense  fortune  et  y  laissant 
600,000  £  (2,000,000),  auxquels  il  ajouta  encore  1,100,000  fr. 
en  1836.  La  maison  Baring  a  des  succursales  à  Liverpool,  à 
New-York,  à  la  Nouvelle-Orléans,  et  dans  plusieurs  ports  du 
continent  européen.  Elle  fait  des  affaires  colossales,  mais  elle 
a  surtout  de  grands  intérêts  dans  les  finances  américaines. 
Les  alliés  de  lord  Ashburton  aux  États-Unis  ont  tiré  grande 
vanité  de  l'ambassade  de  ce  hrd  à  moitié  américain. 

Je  suis  trop  loin  de  la  littérature  pour  vous  en  parler  dans 
cette  lettre;  j'aurais  cependant  une  bonne  transition,  grâce 
aux  deux  volumes  de  Dickens,  American  noiesy  qui  viennent 
de  paraître;  ce  sera  pour  le  mois  prochain.  Je  reste  aujour- 
d'hui votre  correspondant  industriel,  économique,  etc. 


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NOUVELLES  DES  SCIBHCES.  &38 

BULLETIN 
DBS  SOCIÉTÉS  SAVANTES  D'ANGLETERRE. 

BBBNIÈRE   BÉDNION  DE  L'ASSOCIATION  BRITANNIQUE  POUR 
l'avancement  de  la  SCIENCE. 

Suite. 

M.  MaUetcommunique  encore  une  méthode  pour  empêcher  Tac- 
camalaUon  des  immondices,  qui  se  faitsi  fréquemment  sur  les  flancs 
des  Taisseaax  en  fer,  surtout  sous  les  tropiques.  Il  a  constaté  que, 
par  ce  moyen,  on  empêchait  les  plantes  et  les  animaux  de  s'atta- 
cher an  fond  des  navires.  11  dit  aussi  quelques  mots  de  la  théork 
ptr  laquelle  M.  Nasmy th  a  tenté  d'expliquer  pourquoi  les  rails  des 
chemins  de  fer,  sur  lesquels  les  trains  ne  marchent  que  dans  una 
leole  direction,  s'oxydent,  tandis  que  cela  n'a  pas  lieu  sur  ceux  où 
les  wagons  marchent  dans  les  deux  directions*  Déjà  il  a  fait  quel- 
ques expériences  dans  le  but  d'éclaircîr  cette  question,  mais  il  est 
disposé  à  croire  que  la  différence  entre  les  deux  conditions  est  plus 
apparente  que  réelle. 

Afpwreil  voltatque  Sune  forée  extraordinaire  et  trèi-peu  die- 
fendieux^  M.  de  Moleyns ,  persuadé  que  l'électro-magnétisme  doit; 
k  une  époque  peu  éloignée,  fournir  à  Tinduslrie  une  force  supé- 
rieure à  celle  de  la  vapeur,  a  pensé  qu'il  serait  d'une  grande  im- 
portance d'arriver  à  communiquer  la  force  d'attraction  au  Ter  mal- 
léable, à  un  prix  qui  permit  de  l'employer  en  concurrence  avec  la 
tapeur,  et  croit  avoir  trouvé  un  procédé  qui  donne  cet  avantage, 
sans  lequel  la  Torce  électro-magnétique,  quelque  énergie  qu'on 
lui  suppose,  ne  sortirait  pas  des  laboratoires  de  physique  et  de  chi- 
mie. Cet  appareil  renferme  d'un  côté  une  solution  acidulée  de  ni- 
trate d'ammoniaque  en  contact  avec  le  platine  ;  de  l'autre,  une  solu- 
tion de  nitrate  d'ammoniaque  et  de  zinc  ;  les  deux  solutions  étant  se- 
inréesTunede  l'autre  par  un  diaphragme  de  bois,  de  terre  cuite  ou 
de  tout  autre  substance  poreuse,  sur  laquelle  les  acides  n'exercent 
aucune  action.  Voici  comment  les  solutions  sont  préparées  :  Six 
onces  de  nitrate  d'ammoniaque  sont  dissoutes  dans  deux  onces  d'eau 
douce,  et  celte  solution  est  combinée  avec  égale  quantité,  en  me- 
ssie, d'acide  sulfurique  pur  du  commerce.  On  doit  avoir  soin  de 
mêler  Tacide  graduellement,  et  même  de  faire  le  mélange  dans  une 

5*  SÉBIE.— TOME  XI.  28 


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préparation  rëfrigérante,  de  manière  à  ce  que  la  chaleur  ne  s'é- 
lève pas  au  delà  de  cent  degrés.  Quant  au  muriale  d'ammoniaq[iie, 
on  iedissmit  dans^rean- douce  ju^[u*à  aatttrtlion/On.ne  iMi  point 
employer  le  zinc  amalgamé  ni  le  zinc  coulé.  M.  de  Moleyns  as- 
sure qu*ayec  une  combinaison  voltaTque  consistant  en  une  demi- 
once  de  solution  de  nitrate  acide  et  une  once  de  solution  saturée 
de  muriate  d'ammoniaque,  puis  une  plaque  mince  de  platine  de 
trois  pouces  sur  deux  ,  entourée  d'une  plaque  de  zinc  d'une  égale 
surface,  il  a  réussi  à  soutenir  un  poids  de  deux  mille  livres  avec 
un  aimant  de  la  forme  d'un  fer  à  cheval,  ayant  seize  pouces  d*an 
pôle  à  l'autre,  et  trois  quarts  de  pouce  de  diamètre.  La  force  d'at- 
4raetion  était,  avant  le  contact,  en  proportion  équivalente. 

Taonmii^  •6£QTioif.--*GAobOGiB  KT  CtÉoaBArBiBTirrsiQOB.  -«-ite 
nombreuses  eommuoications ,  dont  il  serait  même  trop  long  de 
donner  seulement  la  liste,  sont  faites  dans  cette  section  snr  les  an- 
jets  variési  qu'embrasse  If  étude  de  la  ^logie  et  de  la  géograpliie 
.physique.  Quelqnes-nns  de  ces  attèmoires  sur  l'origine  ihi  cfaafffaan 
de  terre, -et, les  causes  qui  lai  ont  donné  les  formes  sons  le 
il  se  présente,  n'offrent  rien  d'assez  neuf  ou  d'assez  imporlanli 
«cette  question  si  fréquemment  agitée  dans  les  aociClés  aa^mtei 
i4!Anglelerre,  ipanr  .que  nous  nons  y  arrêtions  pAus  longtemps. 
4'au(r^Qt  en  grand  «nombre,  les  autaun  rapportent  ds  hiu  i 
Iraireaon  favorablesè  la  doctrine.qui  atlribneà  Taiftiondei  | 
fledransporldAS  blocs  erratiques,  lessiUons  qu'on inrave  snr  le  1 
des  menUignes  les  plus  élevées,  ainsi  qne  ces  surfaces  pelles  qnefifl 
senteoit  quelques  rochers,  et  qui  indiquentiun  frottement  pn 
longtemps  continué.  Cette  doelrkiedes  glaciers,  à  laqndle  te  i 
Agffssiz  a  peut-être  eu  le  tort  de  donner  Irop  d^tension,  man  qn*il 
a  le  premier  formulée  d'une  manière  générale,  et  qu'il  a  appliqoée 
4vec  lant  desuccèl  à  l'élude  des  Alpes,  partage  aujonrd'èni  tes  «éolD- 
gVbss  ancrais  en  deux  camps  presque  égaux.  GependantteplaagvHad 
nonibre  d'^n(re  eux  «emUent  admettre  que  eeMe  théorie  n^eat  pas 
^pplic#ble«  comme  l'ont  avancé  M.  Agassii  et  le  docteur  ] 
f ux  plaines  de  l'Ecosse,  où  des  causes  d'nne  autre  nainro  \ 
sent  avoir  produit  les  phénomènes  que  les  fiartisana  dea  \ 
«Itribuent  exdusivemeat  à  ces  demieou 

De$  pummittrsi  fo$tiU$  de  VJtngUitrrêy  par  le  fMrotasinr  Om». 
Pans  cie  brata^l,  qui  (ait  suite  i  plqsieoit  «Qties  t 


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JHfcrmjMs  vEs  menaça.  tSI 

«ongrès  ptéeëdeats,  ce^lrorcsseur,  «iirès  avoir  indiqué  les  ordres  de 
Bimiiiîl&Ms  4m'on  wtroirre  à  Tètat  fossile  en  Atigletate,  -ftni  re* 
marquer  qael'uB  de  ees  ordres,  celui  des  maMipiaux,  a  totalemeot 
disparu  de  rancien  monde ,  et  qu'un  autre  ordre ,  fui  n'existe 
qu'en  Eerope,  où  11  est  représenlè  par  leipetii  nomfore  de  singes 
qui  se  trowent  encore  sur  le  roc  de  <!rilira}tar,  habitait  autrefoik 
le  sol  où  «t  stujoord'iiui  l'Anglelcrre.  Les  fossiles  les  plus  iii^ 
«èresBaiitsdèoiftidans-ce'trATail  sofït  ceux  des  grands  quadrvpète 
tumiTorcs»  tels  que  Tours,  le  Itgre,  rhyènè  et  le  léopard.  A  l'œ* 
CBsioB  en  genre  urtUB,  le  profeéseor  signale  la  différence  qui  extatu 
cntfe  TAnglètorre  et  FËurope  continentale  dans  le  nombre  desca 
4s86iks  d'ours  que  contiennent  les  cavernes  et  les  autres  grandi 
dépdis.  Gesfossilea,  trèa^eiHnmuns  sur  le  contineni,  soii  très-imM 
un  Ant^eterre,  od  firédomioent  au  contraire  les  restes  d'hyènos^ 
qui  sont  très-rares  dans  les  cavernes  k  osscnenfs  de  i^AUenuf^ne. 
Ou  povrrait  se  deoMSider  -si  cetle  différence  dabs  la  dIstributioB 
géographique  des  deux  genrcs,  à  une  époqtte  «utédiluvienne  <m 
«Méi^adale,  n'indique  pas  que,  mène  à  cette  époque,  la  Grande- 
Bretagne  était  dqjà  séparée  du  continent  |Mir  uA  bras  de  mer.  Le 
fins  lîiAe  dépét  de  fossiles  d'oars  que  1^  «onnaifte  actnellemerit 
en  Angleterre  est  la  caverne  dé^gtaée  sous  le  nom  de  KetUê^-Boh^ 
près  de  Torquaf .  Après  avmt  -signalé  les  nombreuses  oavemes 
et  autres  localttés  éù  i'tm  trouve  les  restes  d'une  grande  es- 
pèce d'hyène»  le  {>rofes8eur  se  livre  à  l'examen  des  oaraelères  dé 
cotte  uspèee^  tst  des  afBintés  qu'elle  peut  mvoir  avec  les  «spèoes  en* 
tore  existMites.L'8i*cîenne  hyène  des  cavernes  anglaises  ressemble 
plusè  rfty««Mi  étoc^a  de  l'Afrique  méridionale,  qu^  VhpwM 
^migariê  du  nord  de  l'Afrique  «Ide  l'Asio-MiBenre.  On  pourra  m 
iMre  idée  du  «lombre  des  hyènes  de  l'espèoe  ^mna  âpeima^  que 
nmnrtiisak  l'Angleterre  è  une  époque  roeulées  ^uaud  on  sawra 
qu'ta  a  trouvé  dans  une  seule  caverne  les  restes  de  ptusdedeut  à 
trois  cents  Imdlvidus;  par  euemple^  dans  celle  de  Keriby^oevstde. 
Le  doeteur  Bucàlaud  a  uonstaté  que  les  hyènes  fsssiles  se  rançon^ 
Ireat  en  Angleterre,  eomase  sor  leuèntinent^  dans  deux  «ondttiolB 
dtfTdirenCffS)  saveur  :  dana  des  eaiieittes  et  dans  des  dépéts  forméspar 
les  ^anx  cauRPiRHHSb 

Lés  vesMd'ttd  «dlmiA  de  la  fuce  IHiuov  surpassant  en  groasé«Rr 
lé  Itou  m  m  tigre  leyitfigms,  eut  été  trsuvés dans  les  cavumesè 
ossements  de  Ifendej-Hills,  dans  celles  d'0resleirieideKent'%4foIé. 


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436  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

On  a  découvert  dans  les  cavernes  de  Gailenreuth  les  os  les  plus 
caractéristiques,  et  qui  n'ont  laissé  aucun  doute  sur  la  nature  réel- 
lement féline  de  cette  espèce  remarquable  que  Ton  a  appelée 
fdis  gpelœa. 

Ordre  des  eitaeéeê.  La  plupart  des  fossiles  de  cet  ordre  qu'on  a 
trouvés  en  Angleterre  étaient  dans  des  couches  de  sable  peu  éloi- 
gnées du  rivage  de  la  mer  ou  des  grandes  rivières»  dans  le  dépôt 
marin  ou  dans  la  couche  d'argile  sur  lesquels  il  repose  ;  mais  bien 
que  ces  formations  soient  superficielles  et  appartiennent  aux  épo- 
ques les  plus  récentes  de  la  géologie ,  les  fossiles  de  cétacèes  sont 
toujours  sur  des  points  qui  ont  été  abandonnés  par  la  mer.  Ainsi 
le  squelette  d'un  balénoptère,  long  de  soixante-douze  pieds,  que 
l'on  a  trouvé  dans  l'argile  sur  les  bords  du  Forth,  éuit  à  pins  de 
vingt  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  plus  haute  marée.  Plusieurs 
os  de  baleine,  découverts  àDumer-Rock,  étaient  à  plus  de  gaa- 
rante  pieds  au-dessus  da  niveau  actuel  de  la  mer.  Les  vertèbres 
d'une  baleine,  trouvées  par  M.Richardson  dans  la  Reis,  étaient  à 
dix  pieds  au  dessus  du  point  le  plus  élevé  où  monte  la  mer  sur  cette 
côte.  Beaucoup  d'autres  faits  semblables  sont  rapportés,  desquels 
il  résulte  que  l'Angleterre  a  déjà  fourni  des  fossiles  du  genre  te* 
tefia,  haXœnoptera9  physeierj  delphinus^  monodon  et  phoeœna. 

En  terminant,  l'auteur  signale  l'analogie  remarquable  entre  les 
autres  fossiles  trouvés  dans  les  terrains  oolithes  de  l'Angleterre,  et 
les  formes  qui  existent  encore,  mais  reléguées  dans  le  continent 
d'Australie  et  dans  les  mers  qui  l'entourent.  C'est  dans  ces  eaux 
que  nage  le  cistracion,  qui  a  amené  à  reconnaître  la  nature  de  cei^ 
tains  fossiles  trouvés  dans  ces  terrains,  et  qu'on  reconnaît  main- 
tenant pour  les  denU  de  gigantesques  et  antiques  poissons  carti- 
lagineux. Les  térébratules  et  les  trigonies  fourmillent  aujourd'hui 
dans  les  mers  de  l'Australie,  où  elles  servent  de  pâture  au  cistra- 
cion, comme  leurs  analogues,  qui  ont  disparu  depuis  longtemps , 
ont  probablement  fait  pour  les  acrodi,  etc.  Des  plantes  telles  que 
les  araucariées,  les  cycadées,  abondent  sur  le  sol  de  l'Australie,  où 
vivent  encore  en  grand  nombre  les  quadrupèdes  marsupiaux ,  et 
4Mrab8ent  réellement  compléter  le  tableau  de  ce  qu'était,  à  une 
époque  bien  éloignée,  la  surface  de  la  terre,  tandis  que,  dans  notre 
hémisphère,  elles  été  modifiée  par  de  nouvelles  formations  de  ter- 
rain et  par  des  mammifères  appartenant  à  un  type  plus  élevé  dans 
l'échelle  des  animaux. 


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NOUVELLES  DBS  SCIENCES.  437 

QoATftiÈHB  Sbction.  ~  BoTANiQOB  ET  Gëologib.  —  De$  moyem 
à^aecroiire  la  végétation^  par  M.  Webb-Hall.  Ce  sujet  est  d'une 
bauie  importaDce»  non-seulement  par  ses  rapports  avec  la  richesse 
et  les  ressources  du  pays,  mais  encore  par  les  questions  scientifi» 
ques  qui  s'y  rattachent.  Deux  points  de  vue  différents,  et  que  l'au- 
teur de  cette  communication  a  embrassés  à  la  fois,  rappellent  d'abord 
les  causes  de  la  végétation,  ainsi  que  les  principes  élémentaires  qui 
lui  sont  indispensables^  et  montrent  les  changements  progressifs 
déterminés  dans  ces  premiers  éléments  par  la  fermentation  et  la 
combustion  qui  sont  toujours  en  activité  dans  la  végétation.  Les 
produits  de  ces  deus  modes  de  dissolution  sont  les  éléments  indis» 
pensables  au  développement  de  la  végétation,  car  le  produit  de  la 
végétation,  après  avoir  été  désagrégé  en  ses  éléments  constituants 
par  l'une  de  ces  deux  opérations,  peut  rentrer  encore  dans  les 
organes  des  végétaux,  et  activer  ainsi  leur  croissance.  C'est  en  par- 
tant de  ce  principe  sur  lequel  reposent  les  lois  de  la  végétation,  et 
en  plaçant  dans  le  sol  même  les  iources  de  la  fermeniaiion  et  de  la 
combustion»  dans  des  conditions  de  subdivisions  mécaniques  ex- 
trêmement fi  nesy  et  dans  un  état  très-favorable  à  la  solubilité,  que 
H.  Daniel  de  Traverton  a  adopté  sa  méthode  d'engrais,  qui  doit 
a  jottler  àla  ferlilité  dn  pays  et  faciliter  la  culture  des  plantes  les 
plus  utUes.  Les  expériences  longtemps  continuées  sur  cette  mé- 
thode ont  permis  de  constater  combien  les  résultats  en  sont  favo- 
rableSy  tandis  que,  d'un  autre  côté,  il  ressortait  de  la  nature  des 
substances  élémentaires  employées  et  de  la  facilité  avec  laquelle 
elles  remplissent  dans  ces  opérations  le  rôle  qu'elles  sont  appelées 
à  y  jouer,  que  l'Induction  sur  laquelle  s'appuie  cette  méthode  était 
juste  et  d*accord  avec  les  faits. —  Après Ja  lecture  de  cette  commu- 
nication, dont  nous  supprimons  tous  lés  détails  pratiques,  il  s'éta- 
blit une  discussion  à  laquelle  plusieurs  membres  prennent  part. 
LeprofesseurDaubeny,  reconnaissant  que,  dansTétatactuel,  les  en- 
grais naturels  sont  insuffisants  pour  faire  produire  au  sol  de  l'An- 
gleterre la  quantité  d'aliments  nécessaires  pour  son  immense  popu* 
lation,  en  conclut  qu'on  doit  nécessairement  aller  à  la  recherche  de 
tous  les  engrais  artificiels  possibles.  C'est  pour  fournir  aux  céréales 
la  nourriture  qu'elles  ne  trouvent  plus  dans  le  sol,  que  Ton  a  im- 
importé  du  Pérou  de  grandes  quantités  de  nitrate  de  soude.  Celui 
qui  trouverait  un  moyen  rapide  et  facile  de  transformer  la  fibre 
ligneuse  en  humus,  aurait  rendu  un  service  signalé  à  l'agricul- 


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fea»  ROUVBUJBB  »E8  SC»irCB9, 

tare  moderne.  ^  Le  docleiii'-Playfairiie  pente pM-qae-Ift  matière 
faitnminease  qui  Taii  parlie  de  l'engraU  de  Daniel  y  sût  d*aiiciHie 
vUlité;  il  a  va  l'eau  de  goudron  faire  beaucoup  de  mal  au  gaies 
sur  lequel  on  l'avait  versée,  et  il  pense  que  Tengrais  gagnerait  à 
être  séparé  de  cette  matière.  —  Le  docteur  Lanlroster  reconnaît  que 
l'engrais  de  DanieU  pourrait  ne  pas  réussir  sur  tous  les  terrai», 
bien  que,  jusqu'à  présent,  on  Tait  toujours  employé'  avec  suœès. 
Hcontient  probablement  les  ingrédients  inorganiques  que  n'ont  pas 
oa  dont  n'ont  pas  assez-  les  champs  où  il  a  été  mis  avec  sueoès;  et 
bien  qu'il  fournisse  une  grande  quantité  d'aeide  carbonique  et 
d'ammoniaque,  dont  les  plantes  font  une  si  forte  consommation,  il 
est  probable  qu'il  lui  manque  quelques  principes  qui  pourraient 
dire  utiles  dans  d^utres  terrains.  On  a  dit  que  cet  engrais  eontlent 
du  soufre;  le  docteur  a  vu  des  plantes  pousaer  avec  une  vigueur 
eslraord  inaire  dans  certains  cas  où  elles  recevaient  de  petites  qnan« 
tités  d'hydrogène  sulfuré ,  et  il  regarde  ce  corps  comme  devant , 
dans  certaines  circonstances,  fournir  un  utile  engrais.  La  plupart 
des  substances  organiques  contiennent  de  petites  quantités  de  sou- 
fire.  Il  serait  facile  de  faire  arriver  ce  corps  aux*  plantes  par  la  dé« 
eompoaition  des  sulfates  mis  en  contact  avec  la  matière  Yégétale  dn- 
sol.  —  Le  professeur  Johnston  pense  que  Fengrais  de  Danieil  ne 
contient  pas  tous  les  principes  nécessaires  pour  la  nutrition  des 
plantes  céréales,  et  qu'il  doit  échouer  dans  certains  terrains.  Il  7  a 
longtemps  que  Sprengel,  regaréantrhydrogène  sulfuré ea  petite 
quantité  comme  favorable  à  la  végétation ,  a  pr>posé  d'employer 
les  sulfures  en  guise  d'engrais;  et  en  effét^  il  en  avait'  trouvé  de 
légères  traces  dans  la  plupart  desr terrains.  —  Jâi  Solly  pense  que 
le  bitume  doit  avoir  une  action  mécanique  sur  le  sol.  Des  pois  et 
des  fèves,  qu'il  avait  arrosés  avec  de  l'eau  sulfureuse^  ont  pemaé 
aveoviguear.  Des  choux,  planté»  sur  du  flimier  d'où  s'cKhalait  une 
grande  quantité  de  gaz  hydrogène  sulfuré,  ont  pris  un  rapide  ëo^ 
eioissement.  Les  eapérienees  de  Tnmer  et  de  Qbrisiison  provveaf 
eependant  quecegaz-est  nuisible  aux  fiantes,  quand- tan  isiiinea 
wnt  ezpeséesâ  ses  émaoationst* 

SixiÈHB  SRCTiON.  -*  STATISTIQUE.  -^ReeheTçku  $wr  tawtgrUUiU 
4e$  fileun  etdes  raUaeheurs  emphifésdani  let  fUaùureêde^MoMcàif^ 
Ws  <^  Von  ne  file  que  de$  numéros  é/eoÀ,.|^r  IL  AMennaaja 
ShutUeworthâ  On  compte  à  Manchester,  dixrneut  fUatures  oÀToa 


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flÉ  ÏBtoàùmk  dflr.Dimièros  éteré»;  œioni  les  rèsunitt^oMMunsor 
ÎMftqm  tratailkQt  do»  ces  dix-aeiif  èteblineinetit»  qaf 
tila  base  ds  la  coinmitiMoatlon  et  M.  Shnitlewwtb.  AtmiC' 
de^Dpmdoire  ces  résultats,  nom' devent  Mre eonmittre  les  eir- 
parlesquelks  l'aoteop  a  été  amené  à  s'oceoper  de  ces 
LesHenx  où  Ton  Aie  desnuinéros  trè»4lns  ont  besoin, 
on  le  sait,  d*ètre  à  une  température  bien  plu»  ëkvèe  que  ceux  où 
PearfieUte  que  des  numéros  ordinaires  ,  et  de  cette  condition  on*a 
généralement  conclu  que  la  santé  desowrriers  qui  7  sent  empK^yés 
dskiélveexfiosée  à  plus  de  dangers  que  dans  la  plupart  des  autfw 
mannfactares.  D'après  celte  opinion  généraiement  adoptée,  et 
aunamd'ailkars  itest  Trai  que  les  filenrs  de  fin  sont  dans  des 
eandîtMMS  tout  à  fait  spéciales,  on  a  pensé,  à  l'époque  où  la  com- 
mission p#ur  le  traraîl  dans  les  manufactures  fut  nommée  en  1S89, 
qnïl  semit  bon  de  recueillir  des  infomnatiotts:  partielles  sur  ee» 
onrricrs^EcliisivenneDt,  et  en  les.  considérant  comme  nne  classe 
distincte  et  séparée  parmi  les  fileurs.  Les  personnes  obargées  de 
aille  enquête,  désirant  que  les  faits  fussent  recueillis  dans  de  telles 
candîtîons  d'impartialité  qu'ils  pussent  inspirer  toute  eonflance^ 
inèrent  Tantenr ,  qui  jnsqulalors  n'arait  pris  aucune  part  aor 
discnsHonssnr  ce  sujet  et  ne  pouTaît  a?oir  aucun  intérêt  person* 
nel  dans  le  résultat  de  rinvesligatien,  de  ae  charfser  du  soîn  de  df-- 
riger  cette  eaquê&e.  Les  précautions  les  plus  sérieuses  fnrent|»rissr 
panr  que  les  faits  fusseAt  recneillisaveo  impartialité.  Bes  ques^ 
tionsaortoiisrles  points  sur  lesquels  on  désirait ^s  renseignemenia 
fiarent  reoaîsestéierites  à  obacun  des  filcnrs,  arec  inritation  de  rh*- 
léchîr  pendant  deux  jours  avant  de  formuler  leur  réponse. 

Ces!  a|irèe«avoir  examiné  avec  attenlIsBi  etaeomptè  tes*  faitsTé*». 
vHés  par  ces:  réponses  que  M.  Staltlewortb  a  construit  lés  tableau» 
9V1I  présente  au  congrès,  et  qui  n'ont  pn,  ayant  été  anhevéstrep 
Vuâ,  être  mis  à.prefit  par  la  commissiQn.à  laquellcf  ils  étaient das<^ 


Veici.Iea  principajix  résultats^qni  ressertent  deces  taUetna. 
JLea  dix-neuf  filaiurefrtraTaillent  ^  heurcsi  pAn  semaii 
laient  sa7,  Ëleurs>  tous  adultes  et  âgés  : 

33  de  46  à  50  ans. 

12  de  51  à  65 
5  de  56  à  60 
1  au-dcMus  de  60 


16  de  moins  de  20  ans 

176  de 

20 

à  23 

196  de 

26 

à  30 

ISS  de 

31 

à  35 

102  de 

36 

é  40 

8»  de 

41 

à  45 

837 


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I^IM  NOUVELLES  DBS  SCIENCES. 

L*âge  moyen  de  chacun  de  ces  ouvriers  est  82  ans,  tandis  que  la 
moyenne  des  années  qu'ils  ont  passées  à  travailler  dans  ces  mann- 
fkctures  est  de  22  ans  10  mois  ;  255  ou  près  de  30  i/2  pour  ceni 
ont  quitté  l'ouvrage  pendant  Tannée  pour  cause  de  maladie, 
et  la  durée  moyenne  de  leur  absence  pour  cette  cause  a  été  de  24 
jours  1/2  pour  chacun,  ce  qui  porte  le  nombre  des  jours  de  maladie 
à  7  1/2  pour  chacun  des  837  ouvriers. 

A  ces  ouvriers  il  faut  ajouter  3,283  garçons  et  jeunes  filles  qui 
sont  employés  comme  rattacbeurs,  ce  qui  donne  environ  quatre  rat- 
tacheurs  pour  un  fileur.  Sur  ce  nombre  d'enfanls ,  488  tiennent 
aux  fileurs  par  les  liens  de  la  parenté. 

Sur  le  chiffre  de  837  fileurs,  707  sont  maries  et  ont  eu  8,166  en- 
fants, ce  qui  donne  4  i/2  pour  chaque  ménage.  Sur  ce  nombre 
d'enfants,  i,244  sont  morts  et  1,922  restent  vivants.  640  deces  en- 
lants  avaient  travaillé  dans  les  filatures ,  et,  de  ces  derniers ,  48 
seulement  étaient  morts ,  ou  2  3/4  pour  100;  58  ont  été  employés 
à  d'autres  travaux,  et  4,  c'esuàdire  7  pour  100,  ont  succombé. 

Il  résulte  de  ces  fails  que  la  santé  des  ouvriers  employés  dans 
les  filatures  où  l'on  fabrique  les  fils  de  numéros  élevés  souffre 
moins  qu'on  ne  l'avait  prétendu  de  la  température  élevée  dans  la- 
quelle ils  sont  obligés  de  passer  soixante-neuf  heures  par  semaine, 
et  que  cette  influence  n'est  pas  plus  fâcheuse  même  pour  les  en- 
fants qui  sont  exposés  à  son  action  pendant  le  même  temps. 

On  remarquera  sans  doute  combien  le  nombre  des  vieillards  est 
peu  considérable  parmi  ces  ouvriers  ;  mais  deux  causes  contribuent 
à  cette  circonstance,  qui  sans  cela  pourrait  être  considérée  comme 
très-défavorable.  La  première,  c'est  qu'il  n'y  a  que  peu  de  temps 
que  cette  industri<^  est  établie;  la  seconde  tient  à  ce  que  le  travail 
auquel  les  fileurs  se  livrent  exigeant  une  vue  très-fine,  ib  sont 
obligés,  lorsqu'ils  vieillissent,  de  se  livrer  à  d'autres  occupations. 
Ce  n'est  donc  pas  à  l'influence  de  ces  manufactures  que  l'on  doit 
attribuer  la  mortalité  considérable  de  la  population  de  Manchester  ; 
mais  c'est  à  un  autre  ordre  de  causes,  parmi  lesquelles  la  misère, 
Tétroitesse  et  la  malpropreté  des  rues  et  des  habitations ,  et  l'ab- 
sence d'une  police  hygiénique ,  paraissent  mériter  la  première 
place. 


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NOUTELLBS  BB8  8ClBNGEft.  Ui 

^tetotre  C0ntcmporittne. 

Louis- Philif^pe,  par  un  Américain,  —  Quelques  mois  après 
les  éTénements  de  mai  18S9 ,  un  recueil  américain  publia  sous 
forme  de  lettre  un  travail  fort  remarquable  sur  la  situation 
morale  da  peuple  français  à  Tépoque  où  éclata  cette  dernière 
tentative  violente  du  parti  républicain. L'écrit  dont  nous  parlons, 
réimprimé  depuis  en  volume,  a  pour  auleur  le  général  Cass,  mi- 
nistre plénipotentiaire  de  TUnion-Américaine  à  Paris,  qui  fut  re» 
connu  tout  d'abord,  malgré  ses  efforts  pour  garder  l'anonyme. 
Ubonorable  général  avait  vu  de  près  la  lutte  sanglante  et  déses» 
pérée  qu'engagèrent  d'une  manière  si  soudaine  quelques  hommes 
téméraires  contre  une  grande  cité,  contre  une  double  armée  de 
militaires  et  de  gardes  nationaux.  Descendu  dans  la  rue  au  pre- 
mier coup  de  fusil,  le  général  Gass,  en  véritable  et  intrépide  Amé- 
ricain, voulut  juger  par  lui-même  de  la  portée  du  mouve- 
ment insurrectionnel  ;  il  se  porta  sans  hésiter  au  cœur  même  de 
la  sédition.  11  parcourut  seul  et  à  pied  les  boulevards,  les  rues 
Sûnl-Marlin  et  Saint- Denis,  le  théâtre  ordinaire  des  émeutes 
ptrisiennes.  Il  vit  les  barricades  s'élever  à  la  voix  de  quelques 
chefs  mystérieux  cachant  leurs  armes  et  leurs  habits  noirs  sous 
des  blouses  grossières,  et  quelques  instants  plus  tard  il  entendit 
gronder  U  fusillade. 

On  se  rappelle  quelle  fut  l'issue  de  cette  prise  d'armes;  on  n'a 
pas  oublié  non  plus  les  mémorables  et  solennels  débals  de  la  cour 
des  pairs.  Le  général  Cass  suivit  le  procès  des  accusés  avec  assiduité, 
et  adressa  à  ses  compatriotes  le  résultat  des  impressions  et  des  ré- 
flexions que  lui  suggérèrent  les  événements  dont  il  avait  été  té- 
moin. Esprit  logique,  M.  Cass  ne  s'astreignit  pas  à  raconter  les 
mille  incidents  de  ce  drame  sanglant;  c'est  ce  qu'a  pu  faire  alors 
le  moindre  gazetier;  mais  remontant  des  effets  aux  causes,  il  fit 
voir  avec  cette  sagacité,  avec  ce  jugement  si  sur,  qui  forme  le  ca* 
ractére  dislinclif  de  son  talent,  il  fit  voir  quelles  étaient  les  véri- 
tables sources  du  mal;  puis,  laissant  de  côté  les  barricades  et  touies 
ees  scènes  afOigeantes,  il  peignit,  toujours  avec  un  rarebonbeur, 
quelques-unes  des  mille  faces  de  cette  société  française  qui  est 
toujours  pour  l'étranger  un  objet  de  la  plus  vive  curiosité. 


I 


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Nous  ferons  comme  lui,  nous  tirerons  un  voile  sur  des  faits  qui 
heureusement  commencent  à  être  loin  de  nous,  et  qui  ne  réveil- 
lent dans  le  cœur  de  tout  homme  de  bfen  que  des  sentiments  péni- 
bles. Aussi  ^  ce  qui  a  assuré  la  vog^e  constante  qui  accompagne 
chaque  édition  de  Fœuvre  du  général  Gass,  c'est  non-senlement 
cette  raison  supérieure  arec  laquelle  il  examine  et  juge  les  faits 
généraux  de  la  politique,  mais  encore  cette  variété  qu'on  y  trouve, 
ce  choix  si  bien  entenuu  de  peintures,  de  descriptions  et  dé  por- 
traits de  tant  dé  personnages  et  de  tant  d'objets  intéressants,  fts^ 
sant  en  revue  lès  hommes  et  les  choses,  M.  Cass  émet  des  opinions 
souvent  neuves  et  fort  remarquables  sur  la  marche  du  gouverne- 
ment et  le  mouvement  des  esprits  en  France;  iltrace  des  aperçus 
pleins  de  Gnesse  sur  le  caractère  et  là  portée  de  divers  hommes  d'é- 
tat, et  donne  çà  et  Ta  quelques  conseils  qui  ne  seraient  nullement 
k.  dédaigner.  Hâtons-nous  d'ajouter  que  M.  Cass  sympathise  vive- 
ment avec  Te  caractère  fi'ançais,  et  que,  dans  le  cours  de  son  ou- 
vrage, il  approuve  très-souvent  et  ne  blâme  ou  ne  raille  qu'avec  la 
plus  grande  réserve,  bien  que  l'on  devine  k  certaines  allures  parfbîs 
un  peu  vives,  à  quelques  alltsions  à  demi  dissimulées,  que  le  styFe 
de  l'honorable  écrivain  se  prêterait  volontiers  à  la  malice  et  à 
Pîronie. 

Mais  il  est  un  illustre  personnage  auquel  HT.  Cass  paye  sans  au- 
cune restriction  son  tribut  d*hommage  et  de  respects.  Ce  person- 
nage, c'est  Sa  Majesté  le  roi  Louis-Philippe.  Voici  le  portrait  de  ce 
prince,  esquissé  par  l'auteur  lui-même  :  nos  lecteurs  jogerout  ffW 
est  ressemblant  :  «  Le  roi  Louis-Philippe  est  âgé  d'environ  soixante- 
six  ans  (i).  Tonterois,  sa  constitution  vigoureuse  ne  présente  aucun 
signe  de  décadence.  Robuste  et  un  peu  gros,  le  roi  détdoîe  néan- 
moins beaucoup  d'aisance  et  même  d'élégance  dans  tous  ses  mon* 
vements.  Sa  tête  remarquable,  son  visage  expressir,  annoncent 
clairement  une  haute  intelligence.  En  un  mot,  Sa  Majesté  appar- 
tient à  ce  petit  nombre  d'hommes  privilégiés  que  l'on  ne  peot 
rencontrer  dans  une  rue,  dans  une  foule,  sans  se  retourner  invo- 
lontairement pour  les  considérer  encore,  en  se  demandant  à  soi- 
méltne:  Qtii  sonMls?  Aussi'  tous  les  portraits  de  Louis-Philippe, 
même  ceux  qui  sont  lè  pltas  médiocrement  exécutés  sous  le  rapport 

(1)  Le  0Mtd{QasiréerhBit  aiil8i»i 


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momUJiB»  BS»  M18VGB81  «W 

it  V$H,  offi^Bl^ils^  ian§  ««ception  une  imaimMapce  «Ma  fidèki 
te  Iraiu  de  Sa  Majesté»  Le  roi  parle  el  écrîl  rangllth  aoMi:  oo«<- 
nmment  et  aussi  oorreeteneBl  qu'on  gentlentir  anglaifr  ov  amè^ 
Hmiu,  et  on  assovequ'iMicDiieiaiiffiievimvlede  rBoiefiene  Ini^est 
étreogère.  Sa  eenversation  spîHtuelle  et  animée  abende  en  obser» 
vation»  pleines  de  tact;  de  délieatesse  et  de  haute  reitoa.  Les  ? ei» 
tai  privées  de  Sa  Majesté  sont  admirées  de  tout  le  monde,  etDiea 
a  béni  son  intérieur  en  d6tant  sesenfentsdes  qualités  les  pkn  aim«^ 
blcsy  en  leur  lenr  accordant  les  dont  les  plus  précieux ,  le  talent,  lè 
conrege,  l'esprit,  le  beauté.  Gomme  père,  eemme époux,  la  ooih 
diiite  de  Louls*Philippe  6St<  aiiodessus  de  tout  étoge;  oonvne 
prince,  oomme  roi,  nous  sommes  oenTaineu  qoe,  dans  rexeroioa 
de  ses  fonctions  si  importantes  et  si  cKfliciles,  Sa  Majesté  ne  eon^ 
salle  qne  l'amour  de  rfaumaniléy  les  intérêts  de  sa  couronne  et 
las  inspirations  de  sa  conscience.  A  l'appui  de  cette  opinion ,  nons 
oe  citerons  qn'on  seul  fait  qui  nous  a  été  conté  par  M.  Sle^ 
fCBsen,  actuellement  ministre  de  la  république  en  AYtgletevre» 
Un  nnit,  vers  deux  heures  du  matin.  M»  Stevenson  fut  obligé 
de  se  rendre  aux  Tuileries  penr  une  affaire  tout  exceptionnelle: 
Introduit  dans  le  cabinet  du  roi,  M.  Sterenson  troaya  Se  Majesté 
profondément  occupée  à  parcourir  une  liasse  volumineuse  de  p«^ 
piers.  Or,  ces  papiers,  qui  absorbaient  ainsi  tou  te  son  attentien*» 
e^éCaîent  IH  pièces  du  procès  d\in  criminel  condanmé  à  mort.  Le 
loi,  eneffel,  sent  tout  le  prix  du  droit  de  faire  grflce  que  luiat^ 
triime  la  constitution ,  et  c'est  pendent  les  léngoes  el  s»>lennella8 
benrcs  de  le  nuit  qu'il  eiemine  avec  le  soin  le  pins-  scrtipulea 
les  dossiers  des  condamnés.  Apportant  dans  une  matière  aussi 
grave  oel  admirable  esprit  d'ordre  qui  distingue  d'ailleurs  tousses' 
actes,  le  roi  tient  un  registre  sur  lequel  il  écrit  lès  noms  des  cou»- 
tennés»  là  netura  de  leur  crime  et'  sa  décbion  motivée.  N'esl^er 
pas  là  un  neMe  exeevple  i  proposer  an»-magistret»ée  tousiles  paifi^ 
t»t  monarchiques  que  républkains'?» 

On  ne  saurait  trop  louer  Sa  Majesté  de  ses  généreux  penclmlsi 
è  k  démence.  H  est  beau  de  voir  un  roi  censacsersei'  wiKes'à  ré- 
visar  ini-mé«ie  leptecèè  dès  metlieweux  que  Hi'îoitien^iunMiBe^ 
fMtppésel'qni  n'ont  plos»d^éspoirqu'en  là  aisérieotée  dn  Dienioai 
deleursnnverain.  ITun  metlefuitpettt«auwe-le>vleétionidaanifv 
mais  es  mail  H  n^  penti  II  ne  doil  lepiuuenuar  q«e  sï^wpÊè»  «p 
.l|:a  imwvé^M»  lesfails^i.ent  pvéeèâè^ov.aoeelBl- 


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kkh  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

pagné  le  crime,  quelque  ciroooslance  qui  eo  atténue  rhorreor,  car 
Sa  Majesté  est  afant  tout  le  gardien  suprême  des  lois  qui  défendent 
la  société,  le  ? engeur  de  la  morale  outragée. 

Quand  on  réfléchit  à  la  multiplicité  des  attribution)  de  la  royanlé 
en  France,  à  ce  système  de  centralisation  excessive  qui  rapporte 
au  gouvernement  la  solution  d'une  infinité  de  questions  qui»  en 
Amérique  et  en  Angleterre,  sont  abandonnées  au  libre  arbitre  des 
autorités  locales;  quand  on  réfléchit  à  la  quantité  innombrable 
d'affaires  qui  ne  s'expédient  qu'après  avoir  reçu  la  sanction  de  la 
signature  royale,  mais  surtout  quand  on  pense  aux  difficultés  de 
la  politique  tant  intérieure  qu'extérieure,  à  la  position  exception- 
nelle de  la  dynastie  de  juillet,  on  ne  peut  s'empêcher  de  recoonaf  ire 
la  main  bienfaisante  de  la  Providence  qui  a  placé  sur  le  trône  de 
France  un  prince  qui,  par  sa  raison,  sa  prudence,  son  génie,  satis* 
fait  si  bien  aux  exigences  de  sa  situation.  C'est  qu'aussi  le  roi 
Louis-Philippe  a  su  profiler  des  enseignements  du  passé.  Élevé  an 
sein  d'une  révolution  qui,  malgré  bien  des  erreurs  et  bien  des 
crimes,  a  finalement  régénéré  la  France ,  il  a  vu  de  près  les  hommes 
et  les  choses,  il  a  été  mêlé  de  bonne  heure  aux  agitations  de  la 
Yie  publique  et  au  bruyant  tumulte  des  armées  ;  enfin  il  a  été  mal- 
heureux, il  a  été  proscrit,  il  a  souffert  comme  les  autres  hommes, 
et  c'est  là  ce  qui  le  rend  supérieur  à  tous  les  autres  princes  qui, 
nés  sur  le  trône  et  n'ayant  jamais  connu  que  la  prospérité,  restent 
toute  leur  vie  en  dehors  de  l'humanité.  Pour  nous,  nous  lisons 
toujours  avec  intérêt  les  détails  que  nous  racontent  des  écrivains 
aussi  bien  informés  que  le  général  Gass  sur  la  jeunesse  du  roi  des 
Français.  Nous  suivons  avec  émotion  les  courses  aventureuses  de 
ce  jeune  prince,  naguère  opulent,  heureux,  populaire,  entouré  de 
courtisans,  et  réduit  tout  à  coup  à  voyager  seul  et  h  pied,  à  errer 
dans  les  montagnes  de  la  Suisse,  un  bâton  à  la  main,  cachant  son 
nom  illustre  sous  le  nom  obscur  de  Gorby,  frappant  aux  portes  des 
monastères  et  demandant  rhospitalité  comme  le  plus  humble  des 
pèlerins. 

Tout  le  monde  sait  qu'à  Reicbenau  Louis-Philippe,  à  peine  Agé 
de  vingt  ans,  privé  de  ressources,  préféra  exercer  pendant  près 
d'une  année  les  modestes  mais  honorables  fonctions  de  professeur 
plutôt  que  de  demander  des  secours  aux  princes  étrangers.  Dès 
qu'il  fut  un  peu  plus  riche,  il  se  rendit  à  Hambourg,  parcou- 
rut le  Danemark,  visita  particulièrement  Copenhague,  £lseneor 


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KOUYELLBS  DES  SCIENCES.  US 

et  les  jardins  de  Hamlet,  le  héros  de  Sbakspeare  ;  pnis  traversant 
le  Sond»  il  aborda  en  Suède,  Tit  les  principales  Yilles,  s'arrêta  dans 
le  Dalécarlie  et  descendit  dans  ces  mines  célèbres  d'où  sortit,  pour 
gafpier  un  trône»  le  grand  Gustave  Wasa.  Arrivé  en  Norwège,  il 
séjourna  tour  à  tour  à  Christiania»  où  il  faillit  trahir  son  incognito  ; 
a  Frederickshall,  cette  petite  place  de  guerre  qui  coûta  la  vie  à 
Ourles  XII  ;  à  Drontheim,  i  Uammerfest,  et  parvint  au  cap  Nord 
le  34  août  1795.  Après  avoir  visité  la  Laponie,  une  partie  de  la 
Finlande,  en  ayant  soin  toutefois  d'éviter  de  mettre  le  pied  sur  la 
territoire  russe,  car  les  dispositions  de  l'impératrice  Catherine 
étaient  loin  de  lui  être  fiivorables,  il  passa  le  golfe  de  Bothnie  et 
rentra  en  Suéde.  Reconnu  à  Stockholm,  traité  avec  les  égards  dus 
à  son  rang  par  le  roi  et  le  duc  de  Sudermanie,  régent  du  royaume, 
Louis-Philippe  refusa  les  oCTres  qui  lui  furent  faites  d'entrer  au 
service  de  Suède  en  qualité  d'officier  général,  et  préféra  continuer 
à  vivre  obscurément  i  Hambourg.  A  son  retour  dans  cette  ville, 
il  trouva  une  lettre  de  sa  mère,  qui  le  priait  de  s'embarquer  pour 
l'Amérique;  c'était  à  cette  condition  seulement  que  le  Directoire 
consentait  à  délivrer  ses  frères,  toujours  captifs,  et  à  restituer 
à  sa  mère  quelques  parcelles  de  ses  biens.  Louis-Philippe  n'hésita 
pas  à  promettre  ce  que  sa  mère  lui  demandait,  et  d'ailleurs  de- 
pois  longtemps  il  sentait  qu'il  serait  plus  libre  et  plus  heureux 
ao  delà  des  mers  que  dans  cette  Europe  qui  était  et  qui  allait  être 
de  plus  en  plus  si  profondément  agitée.  Voici  quelques  passages 
de  la  lettre  qu'il  répondit  i  la  duchesse  sa  mère  :  «  Quand  ma 
tendre  mère  recevra  cette  lettre,  ses  ordres  seront  exécutés,  et 
je  serai  parti  pour  l'Amérique...  Je  ne  crois  plus  que  le  bonheur 
soit  perdu  pour  moi  sans  ressource,  puisque  j'ai  encore  un  moyen 
d'adoucir  les  maux  d'une  mère  si  chérie...  Je  crois  rêver  quand  je 
pense  que  dans  peu  j'embrasserai  mes  frères,  et  que  je  serai  réuni 
à  eux...  Ce  n'est  pas  que  je  me  plaigne  de  ma  destinée  ;  je  n'ai 
que  trop  senti  combien  elle  pouvait  être  plus  affreuse.  Je  ne  la 
croirai  même  pas  malheureuse  si,  après  avoir  retrouvé  mes  frères, 
j'apprends  que  notre  mère  chérie  est  aussi  bien  qu'elle  peut  l'être, 
cl  si  j'ai  pu  encore  une  fois  servir  ma  patrie  en  contribuant  à  sa 
tranquillité,  et  par  conséquent  à  son  bonheur.  Il  n'y  a  pas  de  sa- 
criBces  qui  m'aient  coûté  pour  elle,  et  tant  que  je  vivrai,  il  n'y  en 
a  point  que  je  ne  sois  prêt  à  lui  faire.  » 
Débarqué  à  Philadelphie  le  7i  octobre  1796,  Louis-Philippe  eut 


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4M  ^OCVSLLm  OU  «CHEMBS. 

•quelques  maïs  plus  tard  la  joie  d'élre  rèttoî,  après  une  longue  «C 
4»ruelle  opération,  a^ec  ses  jeunes  frères,  ai  kilèressanta  ions4«ux« 
Je4uc  de  Montpeuaîer  et  le-eomle  de  Btaojolaia.  Philadelphie  étaiC 
<alon  le  siège  4u/gouvenieBent  fédénl,  ^  Washioglon,  qui  êuît 
eneore  le  obef  de  A*  Uaioû ,  aocueillil  avee  dislinetion  les  Irais 
|>fiBces  et4es4&vâta  à  venir  le  visitera  sa  résîdeiice  delioiitvemoiiy 
toù  il  eonip<ait  preadre  bientôt  sa  reiraite.  Louis-Philippe  et  ses 
Jhrères  assistèfeut  à  eette  séance-mènioiuhle  où  l'illustre  et  vèuérable 
jgénéral  renonça  pour  lonjdofs  à  la  vie  publique,  «t  remit  les  rênes 
4n  goureruementè^son  svecesseor,  M •  Adams.  Le  général  Washing- 
ton traça  hii-mème  riltnéraire  des  jesues  princes  à  traters  les 
régions  alors  peu  cotannes  én4iord'et  de  Touest  derUnion,  ei  leor 
^onna-desleUros-d'iBIrodnoCMn  fleuries  principaux  habîtaiiU  des 
¥iUes  quHls  4enîen4  visiter.  S.  M.  Lou«s*Philippe«  conservé  pré- 
cieusement le  souvenir  des  prévenances  flatteuses  de  Washington 
€ft <de  toutes  les  circonstances  relatives  4  son  s^our^ux  Étata-Unis. 
«  U  te  rappelé  «ncore^  dit  le  f^énétal  Gass»  même  après  plus  de 
garante  annéss,  les  moindres  iparticuterités  de  ses  excursions  dans 
oea  ^sombres  forêts  et  -anr  les  bords  de  nés  grands  lacs.  C'est  un 
ylailir  pMn  de  surprise  pour  un  Américain  que  d'entendre  le  roi 
«éter  nvec  tant  de  préeisien  les  noms  mêmes  des  perso^es  qu'il  a 
fenoenirèmdans  notre  pays,  de  IVntendre  causer  de  tout  œ  ^n'il 
y  a  vu,  desnomitagnes  èknas,  des  chutes  du  Niagara  eu  du  Poto- 
nmcy  cnmmp  a'él  ne  faismt  que  de  ^itler  l'Amérique^  ou  comme 
s'il  éfeait  lui-même  «otre  «ompatriote.  » 

•Le  roi  Lêuia^hîlîf^  tmîte  «vec  une  laveur  marquée  Ions  les 
Américains  de  dsstindien  qui  Vont  lui  Ihire  leur  cour.  Le  titre  de 
citoyen  dm  Blats-Unis  est  même  auffimnt  pour  être  admis  aux 
Tuileries,  et  le  général  Chns  nous  apprend  que  dans  nne  seule 
seirèe  ilaprésenlé  au  roi  oinquanie  de  sm  eompaAciotesw  L'hono- 
tuUe  généinl  vante  heanuanp  la  noble  sîmpttoité  avec  laqudle  le 
rsi  et  «a  iêH/Mt  reçoifmu  ceux  qui  ont  l'honneur  ^'être  invités, 
aokauxdftMTs  etauc  bals  ém  TuilerieB^soituuxIftteBqnise  don- 
nmttde  tempsàautre  dans  te  divuvsm  résidsncm  tofsto.  Il  oam- 
pane  eatle  tnyale»  nmk  fmncha  et  natfdiaie  tospilalité»  au  céré- 
«mniilliaigantdmautrm  oanra,  ut  il  «ttaqne  particttlfèiement 
n?ns  beauvenp  de  tervn  rêliqnette  «uratoMe  de  le  «our  4'Ai«le- 
terre.  Il  poursuit  de  ses  moqneHm  moManllB  qnelfmsHtns  de  cm 
«muls  pmsnnagw  qui,  panant  te  «Ma  Mflns  iiteti«s»  des 


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NOUVELLIES  DES  SCIENCES.  hVI 

noms  aussi  anciens  que  la  monarchie  anglaise,  se  donnent  tant  de 
peine  pour  joindre  k  leurs  titres  et  è  leurs  «rmoîries  la  charge  et 
les  insignes  de  majodorme  ou  de  matlre  de  la  garde-robe.  11  n'é- 
pargne pas  surtout  lord  K qui,  revétn  de  la  double  dignité  de 

paird'Anglelerre  et  déjuge  héréditaire  de  la  cour  de  dernier  res- 
sort, jouit  encore  de  l'emploi  de  gardien  des  chiens  de  chasse  de 
Sa  Majesté  la  reine  Victoria,  et  on  sait  que  cet  emploi  n'est  nul- 
lement une  sinétnre. 

En  terminant,  le  général  Cass  trace  en  quelques  lignes  bien  sen- 
ties le  beau  et  touchant  caractèrede  la  reine  des  Français,  cette  mère 
si  tendre,  cette  reine  si  généreuse,  si  compatissante,  si  sainte,  cette 
femme  incomparable  dont  tous  les  partis  respectent  et  honorent 
les  Yertas,  et  que  la  calomnie  n'a  jamais  osé  souiller  de  son  venin. 
Le  dac  d'Orléans,  enlevé  si  récemment  aux  espérances  de  la  géné- 
TÉlion  nouvelle,  ce  prince  populaire  dans  la  jeune  armée,  si  aiïable 
poor  les  artistes  et  les  gens  de  lettres;  la  duchesse  d'Orléans,  re- 
nommée autant  pour  ses  talents  et  son  esprit  que  pour  la  'bonté 
ile  son  cœur;  S.  A.  "R.TÇl"»  Adélaïde,  princesse  douée  d'une  intel- 
ligence supérieure  et  d'un  cœur  charitable^  la  princesse  Clémen- 
tine,Mle  et  gracieuse  jeune  fille,  pleine  d'esprit  et  de  distinction; 
Ions  les  membres  enfin  delà  famille  royale  sont  peints  tour  à  tour 
par  le  général  Cass. 

Les  justes  éloges  donnés  à  la  vie  privée  et  publique  du  roi  des 
français  par  le  cRgne  représentant  de  la  république  des  États-Unis 
ne  sonTt  pas  suspects  flè  partialité  et  doivent  par  cela  même  être 
doublement  agréables  au  prince  qu!  en  estîobjet.  Par  sa  position 
(ffficielle,  son  caractère  indépendant  et  élevé,  ses  opinions  li bé- 
nies bien  connues,  le  général  Cass  était  mieux  que  tout  autre  à 
même  de  dire  ce  qu'il  pensait  et  rien  que  ce  qu'il  pensait.  Des 
ouvrages  comme  celui  que  nous  venons  d'analyser  éclairent  Popi- 
mon  et  la  mettent  en  garde  contre  les  préjugés  fâclieux  que  les 
tnttes  quotidfîennes  de  la  presse  ne  répandent  que  trop  souvent 
tans  le  public.  Nous  félicitons  le  général  Cass  de  s^Stre  imposé  une 
n  noble  t3die  et  de  s'en  être  acquitté  avec  tant  de  succès. 

J.  J.  V. 


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CHRONIQUE  LITTÉRAIRE 

SI  LÀ 

REVUE  BRITANNIQUE, 
ET  BULLETIN    BIBL  lOG  R  APOIQUE. 

OCTOBU  1842. 

Toutes  les  académies  de  province  ne  sont  pas  de  ces  filles  sages 
qui  ▼ivent  silencieuses  et  chastes  derrière  une  mère  coquette.  Der- 
nièrement nous  citions  quelques  intelligences  d'élite  de  l'académie 
de  Marseille  ;  le  mois  dernier  c'est  l'académie  de  MAcon  qui  a 
tenu  une  séance  publique  qu'on  a  pu  justement  comparer  aux 
plus  brillants  tournois  littéraires  dont  l'Institut  donne  de  temps 
en  temps  le  spectacle  au  beau  monde  de  Paris.  Il  faut  dire ,  il  est 
Traiy  sans  prétendre  reléguer  dans  l'ombre  les  autres  académiciens 
de  Mâcon,  que  ce  sont  deux  membres  de  l'Académie  française  qoi 
cette  fois  ont  jouté  à  armes  courtoises,  M.  de  Lacretelle  et  M.  ô% 
Lamartine.  Le  premier,  arec  ce  poétique  retour  sur  ses  jeunes  ans 
que  le  vieillard  d'Horace^  laudaiur  temporis  acti,  confond  dans 
l'amour  exclusif  du  passé»  a  critiqué  la  tendance  des  esprits  veis 
l'industrie  et  les  arts  industriels.  Le  second,  en  soutenant  la  Ihèst 
contraire,  a  démontré  avec  la  toute-puissance  de  sa  parole  qa'll  y 
avait  un  nouveau  monde  de  poésie  dans  les  mœurs  démocratiques 
et  industrielles  de  l'époque.  Gomme  ces  mœurs  nous  viennent  un 
peu  de  l'Angleterre  (cette  nation  boutiquiére,  ainsi  que  l'appelait 
trop  dédaigneusement  peut-être  Napoléon),  M.  de  Lamartine  a 
défendu  l'Angleterre  elle-même  sous  ce  point  de  vue.  Le  coup 
d'œil  du  grand  podte  (M.  de  GhAteaubriand  l'avait  déjà  prouvé,  ce 
nous  semble)  devient  ici  celui  du  grand  politique.  M.  de  Lamar- 
tine, par  de  simples  rapprochements,  a  révélé  toute  la  portée  de 
certains  actes,  d'abord  mal  jugés,  et  de  certaines  inventions  mal 
appréciées,  qui  dans  les  desseins  de  la  Providence  sont  les  points 


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CBROIIIQOB  UTtAkAIKI  BB  LA  AATUB  BAITAHlflOVI.  449 

de  départ  des  continuelles  transformations  sociales  de  Thumanité. 
Il  a  cité  entre  autres  la  conquête  de  l'Inde,  accomplie  d'hier,  les 
CMiséqnences  probables  de  la  guerre  de  la  Chine,  et  enfin  tout  ce 
que  le  monde  moderne  doit  depuis  vingt  ans  à  la  machine  à  va- 
peur. Jamais  économiste  n'avait  si  bien  défini  les  nouvelles  lois  de 
la  richesse  publique  :  le  travail,  la  liberté  du  travail  et  la  concur- 
rence. 

«  La  richesse  publique  a  trois  lois  inQexibles,  absolues  :  le  tra- 
vail, la  liberté  du  travail  et  la  concurrence.  Chacun  doit  travailler, 
c'est  la  loi  de  la  natare ,  la  loi  de  l'esprit  comme  celle  de  la  ma- 
tière; chacun  doit  travailler  librement ,  et  enfin  chacun  ne  doit 
avoir  d'autre  limite  à  sa  faculté  de  travailler  et  de  produire  que 
la  concurrence  avec  ceux  qui  travaillent  et  qui  produisent  comme 
lui.  Voilà  la  loi  !  si  on  la  viole,  on  devient  arbitraire  ou  oppresseur, 
00  gène  l'un  au  profit  de  l'autre,  ou  l'on  établit  un  véritable  maxi- 
mum de  travail  et  de  production  qui  non-seulement  appauvrit  et 
ruine  l'état,  mab  qui  opprime,  dans  le  travailleur,  la  plus  inalié- 
nable des  libertés  de  l'homme,  la  liberté  de  nos  sueurs! 

>  Je  sais  que  des  opinions  qui  se  croient  plus  en  avant  formu- 
lent une  organisation  forcée  du  travail  et  une  répartition  de  la  ri- 
dwase  publique  en  dehors  de  ces  con  ditions.  Le  temps  a  seul  les 
secrets  du  temps  ;  mais,  dans  l'état  actuel  de  nos  lumières  et  de 
nos  connaissances,  nous  croyons,  nous,  que  la  liberté  est  encore  la 
justice,  et  que  rêver  l'organisation  forcée  et  arbitraire  du  travail, 
c^est  rêver  la  résurrection  des  castes  de  l'Inde  au  lien  de  l'égalité 
aieendante  du  monde  moderne,  et  la  tyrannie  du  travail  au  lieu  de 
son  indépendance  et  de  sa  rétribution  par  ses  œuvres,  etc.,  etc.  *■ 

Qui  ne  serait  ému  par  ce  langage  à  la  fois  si  beau  et  si  logique, 
parées  idées  qui  remuent  tant  d'idées  !  Aussi  il  parait  que  M.  de  La- 
martine a  reçu  de  nombreuses  manifestations  publiques  et  privées 
de  cette  sympathie  générale  que  nous  estimons  être  la  vraie  popu- 
larité. C'est  à  qui  se  mettra  en  communication ,  n'importe  sous 
qnd  prétexte,  ayec  une  si  haute  intelligence;  c'est  à  qui  pourra 
édunger  une  lettre,  une  parole,  deux  lignes  de  prose  ou  un  disti- 
que avec  l'orateur  ou  le  poète.  Nous  aussi  nous  nous  sommes  sou- 
venu que  nous  avions  depuis  longtemps  deax  ou  trois  motifs  rai- 
sonnables de  nous  mêler  au  cortège  des  politiques,  au  chœur  des 
rimeurs,  et  nous  avons  envoyé  à  Saint-Point  notre  épitre  anglo- 
française. 

5«  SÉRIE.— TOMB   XI.  39 


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JUO        CBBeiH^uB  LffrrteAii*  mm  sa  tmtwm 

lj£MBfiBBB&  IX  L'aUYBUUi» 


M  mL 

Noble  fils  de  la  muse,  est-ce  aujourd'hai  ta  Yoix 
Qui  dffiend  Tinduslrie  et  le  peuple  et  sesdMiXa? 
Ah  1  tu  le  prouves  bien,  grâces  à  toagénre,. 
Yulcain,  comme  Apollon,  a  ses  jours  d'harmonie;. 
Plus  fort  que  lupiter,  Saturne  et  les  Titans, 
Bans  sa  coucse  il  dévore  et  l'espace  elle  Temps. 

Deui  hommes  de  notre  âge  auront  rempli  Thratofre  : 

Debout  après  sa  chute  et  rayonnant  de  gfoire, 

L'un  est  sur  sa  colonne,  immortel  piédestal  ; 

L'autre,  simple  ouvrier,  est  presque  son  ègtl, 

James  Watt,  qui,  donnant  à  la  matière  une  âme. 

Par  le  f^u  remplaça  les  voîTes  et  h  rame. 

Incomplets  Fun  sans  l'autre,  et  rêvant  pTos  gramf  fa^èv^ 

Que  n*eussent-ils  pas  fait  réunis  tous  l'es  deux  f 

Ensemble  dominant  îa  terre  ferme  et  Fonde, 

n  fallait  leurs  deux  mains  pour  contenir  le  menA; 

Par  ces  rapides  chars  qui  courent  sur  le  flèr, 

A  Moscou  l'Empereur  eût  devancé  Hriver; 

L'aigle  des  bulletins,  invisible  symbole. 

Qui,  sur  tous  les  clochers,  vivaft  à  sa  paronB-, 

A  peine  aurait  pu  suivre,  en  leur  essor nouvenr. 

Les  aigles  de  métal  rivés  sur  le  chrapeou. 

Quelle  ère  immense  ouverte  â  cette  arme  agitée 

Qui  se  crut  à  Tètroit  dans  PEtirope  domptée  T 

Eh  voyant  tous  les  rois  courbés  à  ses  genoum, 

L'Empereur  leur  eût  dit  :  Asser,  relévez-vourf 

James  Watt  nous  propose  une  lutte  pftis  bell^; 

A  u  vieux  monde  donnons  une  ftn:e  nouvelle  ; 

Le  levier  d^Archlmède  est  dl&couvert  par  Ivf, 

De  mon  trône  je  veux  lui  fkîre  un  point  d^ppid. 

BfiiB  FBnperevr  n'am^vaînea  qpe  parl»^ftàn|. 
Il  dut  tomber  !  —  C'est  toi,  réalisant  ce  rêve, 


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MX  BDUBUr  MMJOWâPMQPB.  4li 

GoDd  fûéU^  qni  |Heod«  l'ouTner  |Mir  la  auin 
Anut  fiûiB  su  Age  d'or  de  aoU«4^  d'airain. 
Car  je  fai  bjen  eonpris;  la  nuue  |iopulaii« 
Jle  flatte  point  la  ImiIc  eo  Gracf ue  incendiaire, 
Vêgaèn  tu  flétris  d'un  surnom  mérité 
lalidbe  politique  et  l'immobilité  (0; 
Mais  au  peuple  à  son  tour  la  même  voix  vient  dire  : 
IkmTaille.*.  ponr  eréer  et  jamab  pour  détruire. 
Pour  nous  tous  le  travail  est  devoir  et  vertu  ; 
YaîoeBieBt  ses  aïeux  cent  fois  ont  combattu» 
Tonte  noblesse  oisive  a  forfait  à  sa  race  ; 
Penple  croisant  les  bras  n'est  plus  que  populace. 

Milgié  Vatage^  noos  n'aurons  pas  la  vanité  de  publier  la  réponse 
dn  poéie;  on  sait  son  exquise  politesse,  et  nous  gardons  ses  pré* 
éeux  compliments  pour  nous*  Que  si  nos  lecteurs  trouvaient  que 
nent  aoriona  dû  pousser  plus  loin  escore  notre  discrétion,  nous 
avons  ponr  excnse  oe  que  nous  disons  en  té(e  de  l'article  Poésie  de 
aelle  Hvnison.  deux  qui  avaient  cru  ne  nous  demander  que  quel- 
ques vers  ne  savaient  pas  à  quoi  on  s'expose»  en  ce  siècle  soi-disant 
ptniilqnc,  quand  on  frappe  le  rocher  avec  la  verge  de  Molse«  ou 
plutôt,  pour  rentrer  dans  les  miracles  journaliers  de  la  mécanique, 
quand  on  dit  à  M.  Mulot  deereuser  un  puits  artésien  !  Le  faubourg 
Saint-Germain  a  failli  être  inondé  par  on  déluge  d'eau  sablon  neuse , 
qui  par  bonheur  enfin  se  clarifie ,  k  ce  qu'on  assure.  Et  puis,  la 
saison  était  fatalement  choisie  :  Milton,  un  de  nos  saints  en  poésie, 
sa  trouTuit  sortout  en  verve  dans  l'automne  :  or  nn  des  derniers  beaux 
dimanehea  de  ce  mois-ci  noua  avions  justement  parlé  beaucoup  de 
MUten  et  des  autres  bardes  britanniques  pendant  une  longue  pro^ 
aMnade  faite  avec  nette  ami  et  eollaboralenr  O  Id-Nick ,  un  de  oe^ 
lîltéralears  dont  la  critique  est  si  vivifiante.  On  ne  cause  pas  im- 
puBéuMDt  poésie  avec  nn  ami  comme  lui  sous  le^  longues  allées  de 
nos  bok,  en  fonlant  U  feuille  qui  se  déudie  déjà  des  arbres,  et  eo 
ainriniat  ceUe  que  le  dernier  aoleil  de  la  saison  achève  de  dorer 
snr  m  télés.  Nous  oserions  encore  rajeler  nue  parlie  de  rinspiia- 
IJOB  qse  noua  avona  cm  IsUeaent  rassentir  sur  «»  ftolre  de  nos 

Ci)  Onaaniiiella  la  désignation  àepmrUdes  iomsif  lanc^  d»  la  Ixi- 
iteui  propés  poUtifue. 


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452  CHRONIQUB  UTTiAJkUB  Dl  LA  miTVB  BUTÂHmQIIB, 

collaborateurs,  qui  revient  tous  les  aiu  à  cette  époque  de  son  ck- 
cursion  aux  Alpes  avec  une  nouvelle  provision  de  poétiques  images 
pour  l'édition  future  de  son  encyclopédique  Itinéraire  de  la  Suisse  ; 
mais  nous  avouerons  que  notre  jeune  ami  Ad.  Joanne  a  on  peu 
écrasé  notre  pauvre  petit  paysage  en  le  comparant  à  cette  natare 
grandiose,  avec  laquelle  il  est  aussi  familier  à  présent  que  le  chas- 
seur de  Manfred. 

Quant  à  nous,  nous  ne  sommes  pas  exclusifs  dans  nos  admira- 
tions. Tout  en  plaçant  bien  haut  ritinéraire-Joanne,  nous  ne  dé- 
daignerons pas,  par  exemple,  les  deux  volumes  que  publie  M.  Baiily 
de  Lalonde  sur  Genève  et  le  canton  de  Yaud  (i  ).  Ce  nouveau  voyage 
est  encore  encyclopédique.  L'auteur  décrit  les  sites,  mais  volon- 
tiers par  des  citations,  et  l'on  peut  douter  qu'il  sente  en  enthousiaste 
ces  beautés  de  la  montagne  et  du  lac,  qui  font  surtout  rêver  ou  rimer, 
et  franchement,  qui  mettent  souvent  l'image  à  la  place  de  la  chose,  le 
reflet  à  la  place  du  rayon.  Son  véritable  amour  est  pour  le  monde  des 
livres,  pour  l'anecdote  historique  et  littéraire.  Un  nom  est  une  magie 
pour  M.  de  Lalonde;  il  n'en  rencontre  pas  un  sur  son  chemin,  qa*il 
ne  le  fasse  aussitôt  suivre  d'une  biographie,  et  au  besoin  d'une  hiblio- 
graphie.  Ce  goût-là  ne  l'empêche  pas  sans  doute  d'admirer  le  bd  axor 
du  lac  de  Genève,  ce  tranquille  océan,  comme  l'appelait  Voltaire; 
mais  ce  n'est  pas  lui  qui  écrira  des  pages  et  puis  des  pages  sur  ce 
lac.  Promenez-vous-y  tant  qu'il  vous  plaira,  il  s'enferme,  lui,  dans 
la  bibliothèque  de  Genève,  et  s'il  en  sort,  ce  n'est  pas  comme  le 
Bhêne  sort  du  lac  pour  aller  vagabonder  jusqu'à  la  mer  Méditer- 
ranée ;  non,  M.  de  Lalonde  a  vu  à  Genève  un  manuscrit  des  Co»- 
fesêions  de  Jean-Jacques,  et  il  nous  ramène  bien  vite  à  Paris,  où  i| 
en  existe  un  autre,  afin  de  les  coUationner.  On  sait,  du  reste,  Uw^ 
ce  qu'il  y  a  de  charme  dans  la  bibliographie  anecdutique,  et  nous 
ne  reprochons  rien  à  notre  érudit voyageur;  nous  lui  savons  même 
gré  de  ses  notices  sur  une  foule  d'illustrations  genevoises  anciennes 
et  récentes.  Ainsi ,  non-seulement  il  ressuscite  les  vieux  prêdics'* 
leurs  de  la  réforme  calviniste,  Calvin  et  ses  sermons  manuâcriH , 
mais  encore  il  nous  introduit  auprès  de  M.  Ilalan,  chef  des  no- 
miers  ou  méthodistes  genevois.  En  bon  catholique,  M.  de  Lalonde 
n'est  pas  fâché  de  soutenir  une  petite  thèse  avec  ce  célèbre  aptoe, 

(1)  Le  Léman  ou  Voyage  pittoresque,  historique  et  littéraire  de  Go' 
nève  et  dane  le  canton  de  Vaud.  2  vol.  Paris,  ches  Dentu,  rue  de  Bussy,  i7. 


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n  BULUTUr  BDLIOaBÀVBIQUB.  453 

qvi  a  en  un  grand  succès  dans  plusieurs  meetings  évaDgèliques 
d'Angleterre.  C'est  sans  vanité  qu'après  nous  avoir  dit  que  M.  Ma- 
hn  est  un  apôtre  très-éloquent,  très-érudit»  etc.  (suit  la  note  bi- 
bliographique des  ouvrages  de  M.  Malan}^  son  adversaire  assure 
l'avoir  batln  à  coups  de  textes.  Le  Wesley  genevois  est  même  réduit 
au  silence  par  le  voyageur  ;  mais  alors  le  voilà  qui  a  recours  contre 
H.  de  Lalonde,  à  la  musique,  et  il  lui  chante  des  psaumes  avec 
une  voix  de  sy  rêne.  M.  de  Lalonde  est  un  Ulysse  chrétien,  qui  sou- 
rit de  cette  mélodieuse  ruse,  ce  Quoique  sensible  aux  charmes  de  la 
muslquct  dit-il  fièrement,  je  ne  le  fus  point  aux  doux  sons  du  mi- 
nutre  dogmatiseur  ;  en  un  mot,  je  ne  me  laissai  pas  plus  captiver 
par  ses  chants  qu'ébranler  par  ses  discours.  »  ~Eh  bien  !  nous  qui, 
dans  notre  paroxysme  pindarique,  cherchions  du  paysage,  des 
eaux,  des  montagnes,  des  clairs  de  lune,  du  lait  pur  et  autres  dé- 
lices d'un  voyage  en  Suisse,  nous  nous  sommes  laissé  captiver  par 
les  anecdotes  littéraires  de  M.  de  Lalonde,  et  nous  le  remercions 
de  nous  avoir  appris  beaucoup  de  choses  que  nous  ignorions,  tout 
gens  du  métier  que  nous  sommes,  et  même  un  peu  bibliographes 
de  l'école  de  notre  ami  et  maître  Charles  Nodier. 

Et  puis^  il  faut  bien  la  quitter,  cette  campagne  où  un  été  méri- 
dional nous  a  fait  de  si  beaux  jours;  elle  tombe  aussi,  cette  der- 
nière feoille  automnale  qui  couronnait  l'arbre  d'un  triple  dia- 
dème d'or,  de  rubis  et  d'émeraudes.  Adieu  les  champs  que  Dieu 
fit,  pour  la  ville  que  l'homme  a  faite,  comme  dit  Cowper  : 

God  made  the  conntry  and  man  made  the  town. 

Rentrons  i  Paris,  où  les  bibliothèques  se  rouvrent,  où  le  théâtre 
Italien  nous  rend  madame  Viardot-Garcia,  où  TAcadémie  royale 
de  Musique  nous  promet  l'opéra  de  Casimir  Delavigne;  où,  dans 
la  même  semaine,  Eug.  Scribe  a  lu  cinq  actes  au  comité  de  la  Co- 
médie-Française et  trois  à  celui  de  l'Opéra-Comique;  où  un  acadè- 
miden,  M.  Ancelot,  ne  dédaigne  pas  de  se  faire  l'impressario  du 
Yandeville,  le  théfttre  des  flonflons;  où  enfin,  M.  Alexandre  Dumas, 
après  avoir  publié  des  vers  sous  le  nom  de  son  fils  écolier  (ah  !  si  le 
nétit  avait  seulement  fait  ses  dents!  )  va  foire  jouer  une  imitation 
de  VHanUei  de  notre  Shakspeare,  etc.  La  librairie  aussi  relève  la 
télé,  espérant  que  la  réunion  douanière  de  la  Belgique  et  de  la 
Fiance  va  mettre  au  pilon  la  contrebçon.  Les  livres  nouveaux  e 


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4M  CHRONIQUE  UTTiRAJLlUB  PJS  I^  BMYVM  lUTANlCIQUB, 

les  réimpressions  Tootabonder  à  la  fois.  M«  CharlesGasseUii  pobUe 
la  ^coodc  partie  des  Mystères  de  PariSf  ce  romao  ou  M.  Eng. 
Sue  imite  Charles  Dickens  avec  tant  de  bonheur,  et  dont  les  théâ- 
tres vont  s'emparer,  séduits  par  la  vogue  de  Mathide  k  la  Porte- 
Sain  t-Marlin.  M.  Perrotin  contione  sa  charmante  édition  des  ÛEu^ 
vresde  G.Sand  (!>  £t  à  cenom,  jabux  d'enregistrer  lessnooès  dt 
nos  auteurs  nationaux  à  l'étranger,  nous  nous  rappdons  que»  de- 
puis un  article  déjà  signalé,  voici  una  auti»  Revue^  une  grande 
B^vue,  la  JVeslmimUr,  qui  dit  bardiment  ;  The  §e»iug  of  ihis 
remarkable  woman  has  become  generally  appreciated.  Tout  le 
monde  peut  comprendre  cet  anglais-là,  qui  atteste  qu'enfin  le  gé- 
nie de  cet  écrivain  remarquable  est  apprécié  géoéralemeni,  même 
en  Angleterre,  Suivent  six  pages  d'analyse,  qui  prouvent  que 
l'Angleterre  est  prête  à  rendre  à  la  France  les  hommages  prodigua 
par  celle-ci  an  génie  de  lord  Byroo. 


Qui  ne  sait  tout  ce  que  les  arts  et  les  lettres  doivent  à  un  sim- 
ple artiste,  à  celui  qui,  en  collaboration  avec  ses  amis  Ch.  Xodier 
et  de  CaiUeux,  publie  l'ouvrage  monumental  de  la  France  roman- 
tique; à  celui  qui  alla  chercher  en  Egypte  l'obélisque  de  Luxer, 
et  en  Espagne  tout  un  musée  de  tableaux ,  etc.  ?  M.  le  baron  Taj- 
lor  vient  encore  d'émettre  une  idée  qui,  si  elle  était  suivie,  ferait 
faire  de  nouveaux  progrés  à  la  sculpture  :  il  s'agirait,  d'accord  sans 
doute  avec  le  procédé  de  M.  Gannal  pour  l'embaumemenl  des 
corps,  de  rendre  aux  églises  le  droit  des  sépultures  intérieures. 
C'est  ainsi  que  Sainte- Geneviève  redeviendrait  un  vrai  Panthéon 
chrétien;  que  Notre-Dame  n'aurait  plus  rien  à  envier  à  la  gothi- 
que nécropole  de  Londres,  Westminster-Abbey.  Celte  idée  noosa 
frappés  d'autant  plus  que  le  dernier  numéro  de  la  Quarierly  R^- 
vieto  contient  un  bel  article  que  nous  ferons  connaître  à  nos  lec- 
teurs sur  l'ouvrage  de  II.  Harkland,  intitulé  :  Remarques  sur  les 
églises  anglaises  et  sur  la  convenance  de  faire  servir  les  monu- 
ments funèbres  i  des  usages  chrétiens  et  pieux. 


M.  Leroux  de  Linay  a  publié  le  deuxième  volume  des  Chants 

(1)  œuvras  complètes  dt  Geoffges  Saaé,  tam.  IT,  eoMMBMl  A\ 
m  Jfàrfulss,  «ie.  Gh«i  f  enaUii, 


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ET  BULLBTIN  BIBLIOGRAPHIQUE.  4I{5 

historiques  français ,  dont  tous  avez  parlé  :  nous  attendons  aussi 
son  second  Tolume  de  la  Noutèlle  BBHoihéque  bleue. 


On  est  Tenu ,  il  y  a  quelques  jours,  nous  montrer  une  petite 
boussole  anglaise  qoi  n'etiqu'e»  ciMvre  dMrèy  »M»à  laquelle  se 
nttache  une  singulière  succession  de  souvenirs.  Cette  boussole  fui 
primitivement  envoyée,  avec  d'autres  instruments  d'astronomie,  au 
roi  Louis  XVI  par  un  descendant  de  sir  Isaac  Newton.  Il  parait 
que  rinfortuné  monarque  l'avait  donnée  au  dauphin,  qui  la  porta 
«Nclui  dans  la  prison  du  Temple,  où  le  jeune  prince  la  remit,  — 
c'éuii  sou  deinierîduioo,-*-à  wm  ftdèU  strrUturd^^la  faMUe^  ^Hi 
avait  fait  une  tentative  pour  le  faire  èmàew.  Cette  penoaae,,  ^i 
anii  été  à  l'école  4e  Brieune  «vee  NafeléoB,  FacfowpegM  m 
égy^.Là  eUeeatoGcasioadenofttief  sepelîtebessole  avgàiéHlt 
tl  celui-ci  l'ayant  trouvée  commode^  la  kovassiekri  fut  Misée.  Me- 
venià  eaFiaece»  Kapoléoa,  empereur,  qui  «raâ  ses  petite»  mfn» 
slki<»a,  atucbant  da  ^ît  k  c«k  Nutramest,  y*  fil  gtaiversen  iV, 
«rmoméa  de  la  ceisroBM-îmyérîa]»,,  s^'ea  lerrit  deoeen.  «RHjy^ 
pRs^el  ne  s'ea  sépara  que  pendant  sa  captivité  à  SaiMefiétène , 
flDBUDe  d'un  talisman  déson^tioatile»  en  piolftlr  atMiqa^i 
bit  jadis  Uve  ILVii  eafrti^  peer  lecoeMllre  aiwi  par  < 
dramitLé.uii  dévoùmcjiitdésiniéressé:  la  boussole  appartient  «Uore 
afoudluû  à  la  peMoanaqai  raitçttedifttJaaiaM  deiraaptfiaai^ 
àiiadajaard'MnDiLM.  lemarédud  Sealt  avait  ynpMè  depiMM 
celte  wiîqaegaiwfcatiÉyi^rMriepMBaâ  heaatjeraèjgtinaauaaii 
an  lavalidca  comme  eyant  aeafià  Fueagt  perBuaaal  daJAipaMin; 
maie  M^kgafcewikg  drAaaiole  rtâaiè  de  fc^  eéda»  >  tkre  gimit  i 
ittst probable  qu/gaalaè  fera»  deaefliaâ  digaeedtt  saavaaiaa^ni 


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TABLE 

DES  MATIÈRES  DU   ONZIÈME   VOLUME. 

SBPTBMBRB  BT  OCTOBRE  1842.  —  5«  S^RIB. 


Géographie.  »  Voyages.  —  Histoire  Naturelle.  ~  Les 

steppes  de  la  Russie  Méridionale 5 

Histoire. --Moeurs.— Législation.  —  Le  duel S6 

Mémoires.  —  Moeurs  aristocratiques.'  —  Le  Journal  de 

^  miss  Burney  (madame  d'Arblay) 7S 

Épisodes  des  Guerres  de  la  Péninsule. — ^Trois  chapitres  de 

la  vie  de  Martin  Diez»  surnommé  l'Empecinado f  15 

Hiscellahées.— Romans.— Les  premières  amours  d'un  fat. .  14S 

—  Suite S59 

Sciences.— Nouvelle  chimie  agricole..  • « 235 

Colonies  pénales  de  la  Grande-Bretagne.— Excursion  i  Port- 
Arthur Î49 

BiOGRAPUB.— Art  militaire.-^Lb  Vie  de  Bliicher 279 

Moeurs  aristocratiques.— Les  Chasseurs  anglais  en  1S43...  lOS 
Géographie  politique.— Des  Colonies  anglaises  comme  posi- 
tions militaires.— Sixième  article. tto 

Poésie.—  Le  Poète.  —  Lady  Clare  et  lord  Ronald.— Les  Deux 

Sœurs.— Un  Tableau.— Le  Dîner  sur  l'herbe 146 

De  l'Esclavage  en  Orient  et  dans  le  nord  de  l'Afrique SSS 

Revue  Asiatique.  —  Dernières  nouvelles  de  l'Inde ,  de  la 

Chine,  elc ISI  et  «4 

YOVAGES.  —  Koonawur 40S 

Nouvelles  des  Sciences  ,  de  la  Littérature  ,   du  Com- 
merce, etc 30}  et  437 

Chronique  Littérarie  et  Bulletin  Bibuographique. 

Imprimerie  de  M**  Y*  DoNDir-DurRA,  me  Saint-Louis,  4«,  an  lUnif. 


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REVUE 

BRITANNIQUE. 


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A 


PARIS.  —  IMPlllMEBlE  Di:  M«c  V*  DONDEY-DUPRÉ, 
m:s  s/itr-tums,  s'>  4G,  ix  miuiK 


■■■H.s-i^^>^ 


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REVUE 

BRITANNIQUE. 

CHOIX  D'ARTICLES 

TRADUITS  DES  MEILLEURS  ÉCRITS  PÉRIODIQUES 

DE  LA  GRANDE-BRETAGNE. 

SOUS  LA    DIRECTION    DE    M.    AHEDÉE  PICHOT. 


CINQUIEME  SERIE. 

TOME   DOUZIÈNIE. 


PARIS, 

AU  BUREAU  DE  LA  REVUE,  RUE  DE  LA  VICTOIRE,  6; 

CHEZ  Madame  y«  dondey-dupré,  ubraire,  rue  des  pyramides; 

CHEZ  JULES  RENOUARD^  UBRAIRE,  RUE  DE  TOURNON,  6. 


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NOVEMBRE  1842. 


REVUE 

BEITANNIQUE. 

ômtirw  Moraits.  —  0Jtûttttt<pif* 

LES  MENDIANTS  EN  ANGLETERRE. 

1842  (1). 


La  mendicité,  —  ce  terrible  fléau  qui  menace  TAngleteiTe 
des  plus  épouvantables  catastrophes,  -*  diffère  essentiellement 
du  paupérisme.  La  loi  anglaise  promet  et  assure  des  secours 
efficaces  aux  pauvres,  c'est-à-dire  aux  véritables  indigents, 
aux  malades  et  aux  infirmes  ;  mais  elle  inflige  un  châtiment 
sévère  à  tous  les  individus  que  les  agents  de  Tautorité  publi- 
que surprennent  en  flagrant  délit  de  mendicité.  Toutefois  ce 
système  de  rigueur  est  à  peu  près  inutile  :  au  lieu  de  dimi- 
nuer, le  nombre  des  mendiants  s'accroît  chaque  jour  dans 
une  proportion  effrayante.  En  vain  on  a  tenté  d'appliquer  les 

(1)  NoTB  DU  DiRBcnuR.  Entre  autres  articlei  publiés  lur  le  même  sujet, 
TOjes  le  numéro  de  la  B$vu9  Britannique  du  moîi  de  décembre  1839. 


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6  LES  MENDIANTS  ÉT^  ÀKC^IÊTEUBE. 

dépositions  du  wagrani  act  (la  loi  sur  le  vagabondage ],  en 
vain  on  a  élevé  sur  tous  les  points  du  royaume  des  loorft- 
houseSy  ou  maisons  de  travail,  le  mal  n'a  pas  cessé  de  s'em- 
pirer; si  on  ne  se  hâte  d'y  porter  remède,  il  deviendra  bien- 
tôt incurable. 

.  Examiner  la  mendicité  «ous  ses  différents  aspecto»  ea  re- 
chercher la  c&«Èe  premîérei  en  signaler  àruttdfttLûfnpùMiqne 
les  rapides  progrès ,  c'est  tout  ce  cpie  tious  prètendtras  ftrire 
aujourd'hui,  laissant  à  d'autres  le  soin  de  l'extirper.  A  chacun 
sa  tâche  :  le  garde  de  nuit,  qui  du  hant  de  sa  tour  sonne  la  clo- 
che d'alarme,  n'est  pas  chargé  d'éteindre  l'incendie. 

Il  importe  avant  tout,  lorsqu'on  parle  de  la  mendicité,  d'é- 
tablir urne  distinction  capitale. 

En  effet,  les  mendiants  se  divisent  en  deux  grandes  caté- 
gories :  il  y  a 

1**  Les  mendiants  habituels,  ou  de  profession; 

â"*  Les  mendiants  momentanés,  ou  por  circomtance. 

En  d'autres  termes  : 

La  mendicité  de  la  paresse, 

Et  la  mendicité  du  malheur. 

Autant  la  première  catégorie  est  indigne  de  pardon  et  de 
pitié,  autant  la  seconde  mérite  tout  notre  intérêt.  Aussi  est-ce 
sur  les  mendiants  de  cette  classe  que  nous  appelons  princi- 
palement l'attention.  Mais  d'abord,  pour  faire  bien  compTen- 
dre  notre  pensée,  citons  quelques  exemples  de  tnendicltéinth 
mentanée  ou  accidentelle. 

Premier  exemple,  —  tJn  tisserand  de  ^pîtalfieîds  gagne  nb 
salaire  à  peine  suffisant  pour  se  nourrir  et  nourrir  ^  fttmllle 
avec  tle  légères  infusions  de  thé,  des  pommes  de  terre  et  iSe 
Teau  froide.  S'il  meurt  laissant,  comme  cela  n'arrive  qnetrê^ 
souvent,  trois  ou  quatre  enfants,  que  devient  sa  malheureoâe 
veuve?  l)'abord  elïe  met  en  gage  une  partie  de  son  todbflior 
et  de  Ses  effets  pour  pouvoir  faire  ertlettèt  son  lamti.^ïttd- 
ques  jours  après  cette  triste  cérémonie ,  un  de  ses  enfants 
tombé  malade  :  obligée  de  le  soigner,  ciRe  ise  'p<fiiVit  'pktB  tra- 
vailler.  Ses  deux  antres  entants  sont  encore  trop  jeunes  pour 


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LES  MMif S^IAUTS  £7^  A^GIJIT£AR£.  7 

gègoer  Uar  vie;  «es  faible3  ressounce»  s'épuisent  biejit6t.  Le 
pr#priàtaire  e^fe  le  {u^yemeiit  du  loyer;  puis,  las d*attendre, 
il  bH  saisir  et  yeadre  les  derniers  meublas  qui  restaient  à  1^ 
^urre  femme.  Que  feraWL-elle  alors  »  sajas  aucune  provision^ 
sus  argent  pojijr  s'ea  procurer,  sans  bois  pour  ^  chauffer,  sans 
Ut  pour  se  cauefaer^dans  cette  chambre  humide  et  démevd)lée 
qsi  loi  rappelle  de  si  cruels  «ouvenirsj  avec  trois  enfants  ma- 
lades et  mourants  de  faim?  Ira-t-elle  demander  un  asile  i  un 
deeesétsd>Us6ements  que  les  commissaires  des  lois  despauvres 
eat  bu  élever  sur  le  territoire  de  sa  paroisse?  mais  dès  qu'elle 
en  aura  frajacbi  le  seuil  elle  sera  séparée  de  ses  enfants  ;  elle 
les  aime  trop  pour  pouvoir  les  quitter.  Aussi  n*hésite-t-elle 
pas  un  seul  JLn3tant  à  prendre  une  autre  résolution  :  eljle  se  fait 
mendiante,  —  noja  pour  toujours,  mais  pendant  quelques  se- 
naines,  quelquefois  même  pendant  plusieurs  mois, — jusqu'sî 
ce  qu'elle  ait  atteint  le  village  ou  elle  espère  retrouver  des 
pareats  et  des  amis  et  se  procurer  par  son  travail  des  moyens 
d'existence.  Elle  part  donc  seule,  à  pied,  portant  un  de  ses 
enfiajits  surdon  dos  et  traînant  les  deux  autres  après  elle.  Oh! 
â  un  de  ces  heureux  du  monde  qui  à  sa  vue  s'empressent  de 
délounier  les  yeux  connaissait  sa  position ,  sans  doute  il  ^e 
Mterait  de  lui  prodiguer  les  secours  doxit  elle  a  un  si  g^and 
besoin.  Hélas  I  nul  ue  sait,  nul  ne  veut  savoir  qu'il  ne  lui  reste 
laème  piu^  un  dernier  morceau  de  pain  à  partager  entre  ses 
\tm  enfants.  D'abord  elle  n'ose  pas  tendre  la. main ,  elle  va 
sans  musndier  jusqu'où  ^es  forces  épuisées  lui  permettent  d*al- 
1er...  Mais  bientôt  ses  enfants  pleurent  et  lui  demandent  à 
iaai\ger;  elle-même  sent  (horrible sensation!]  qu'elle  a  faim... 
M  qu'il  faut  qu'elle  conserve  sa  vie  .pour  sauver  celle  de  ses 
eofiuita.  Les  yeux  ^pleins  de  larmes,  ^es  joues  pâles  et  amai- 
jlries  icouvertes  d'une  légère  rougeur,  la  démarche  .in,certaînp, 
elle  se  décide  alors  i  jmplorer  fiirtiyement  4e  la  cliarité  pu- 
JUiqne  quelques  faibles  secours  ;  à  la  voir^  pn  dirait  qu^él^ 
fa  conunettre  vn  vcrime.  Malheur  à  elle  ,sl  uii  policeman  Pa- 
per0oit1  il  J'arrête  et  la  traîne  devant  un  magistrat,  qui,  tflus 
U  se  contente  de  luiadreswr  une.sév.ére  .réprimande, 


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8  LÉS  MENDIANTS  EN  ANGLETERBB. 

et  ravertit,  au  nom  de  la  loi,  sous  peine  d'un  longemprison- 
fiement,  de  ne  plus  jamais  mendier.  Pour  obtenir  sa  liberté, 
la  pauvre  femme  promet  tout  ce  qu'on  exige  d'elle  ;  mus  ce 
serment  dérisoire  il  lui  sera  impossible  de  le  tenir.  Comment 
vivrait-elle  si  elle  ne  suppliait  pas  les  habitants  des  villages 
qu'elle  traverse  de  lui  faire  l'aumàne?  Ainsi  elle  se  traîne  jus- 
qu'à ce  qu'elle  arrive  au  terme  de  son  voyage ,  couverte  de 
haillons  y  vieillie  de  dix  années,  méconnaissable.  Pendant 
tout  son  voyage,  elle  n'a  dû  son  existence  et  celle  de  ses  en- 
fants qu'à  la  mendicité.  Ce  n'est  point  un  cas  exceptionnel  ; 
de  pareils  faits  se  renouvellent  malheureusement  tous  les  jours 
en  Angleterre. 

Deuxième  exemple.  —  Un  journalier  agricole  occupe  dans  le 
Buckinghamshire  une  petite  cabane  avec  sa  femme  et  six  en- 
fants :  une  nuit  le  feu  dévore  cette  masure  et  tout  ce  qu'elle 
contenait;  ses  malheureux  habitants,  échappés  aux  flammes 
de  l'incendie ,  n'ont  pas  même  pu  sauver  quelques  haillons 
pour  se  vêtir.  Le  propriétaire ,  furieux  ,  les  accusant  de  ce 
désastre,  refuse  de  les  secourir;  les  pauvres  seuls  les  plai- 
gnent; mais  que  peuvent  les  pauvres  pour  eux?  Ils  n'ont 
plus  d'autre  ressource  que  d'aller  chercher  iin  asile  à  Vumon-' 
tcorkhouse;  telle  est  l'opinion  générale.  Quant  à  eux ,  ils  ne 
veulent  pas  aller  dans  cet  asile  :  recueillis  dans  une  grange 
par  leurs  voisins ,  ils  obtiennent  de  la  charité  publique  des 
vêtements  usés ,  et  ils  se  traînent  de  porte  en  porte ,  sollici- 
tant quelques  dons  pécuniaires  pour  pouvoir  acheter  un  aulre 
mobilier  et  mener  ensuite  une  vie  indépendante  dans  une 
nouvelle  demeure.  Pendant  un  certain  temps  ils  ont  vécu  des 
produits  de  la  mendicité. 

Troisième  exemple,  —  Un  ouvrier  et  sa  femme  sont  renvoyés 
de  la  fabrique  dans  laquelle  ils  travaillaient,  et  dont  le  pro- 
priétaire a  fait  faillite.  Ils  étaient  établis  depuis  peu  de  mois 
dans  le  pays,  et  ils  n'avaient  pas  encore  pu  placer  à  la  caisse 
d'épargne  la  plus  légère  économie.  Privés  d'ouvrage ,  sans 
ressource  aucune,  se  décideront-ils  à  profiter  des  avantages 
que  leur  offr  eYxinion  tror^Aou^ef  Nullement  :  ils  vendent  tout 


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!lk 


LES  MENDIANTS  BN  ANGLETERRE.  9 

ce  qu'ils  possèdent,  payent  leur  loyer  et  leurs  antres  petites 
dettes;  puis,  tous  ces  comptes  soldés,  ils  se  mettent  en  route, 
nantis  de  15  à  SO  francs  qui  leur  restent,  pour  aller  chercher 
ailleurs  de  l'occupation.  Ils  marchent  longtemps  de  village  en 
yiUage,  de  ville  en  ville;  quand  ils  trouvent  enfin  unemanu- 
iaeture  qui  puisse  les  employer,  ils  ont  dépensé  50  ou  60  fir. 
Comment  s'étaient-ils  procuré  cette  somme?  Par  la  mendicité. 

QwUriéme  exemple.  —  Un  autre  ouvrier  tombe  et  se  casse 
la  jambe  :  il  avait  fiiit  quelques  économies  ;  mais  sa  maladie 
est  longue,  et  les  frais  qu'elle  nécessite  ont  bientôt  absorbé 
entièrement  ce  petit  pécule.  Sa  réserve  épuisée,  le  malheu- 
reux met  successivement  en  gage  tout  son  mobilier  et  tous  ses 
elfets,  jusqu'à  ce  qu'il  ne  lui  reste  plus  que  son  lit.  a  Allez  à 
rtHMon,  D  lui  disent  tous  ses  voisins;  mais  il  ne  veut  pas,  lui, 
se  trouver  confondu  avec  les  individus  qui  peuplent  d'ordi- 
naire de  pareils  établissements;  il  aime  mieux,  tant  que  sa 
santé  ne  sera  pas  rétablie,  devoir  son  existence  à  la  charité 
publique  :  sa  femme  et  ses  enfants  vont  de  maison  en  maison 
demander  des  secours  pour  leur  mari  et  leur  père  malade. 

Ces  exemples  suffiront;  nous  aurions  pu  en  citer  un  plus 
grand  nombre,  et  surtout  en  choisir  de  plus  saisissants  et  de 
plus  tristes,  car  nous  ne  connaissons  que  trop  bien  la  misé* 
rable  condition  des  pauvres  de  l'Angleterre;  mais  pour  le 
moment  nous  nous  contenterons  d'affirmer  que  toutes  nos 
grandes  routes  sont  couvertes  d'un  nombre  considérable  d'in- 
dividus qui  vivent  d'aum6nes  pendant  quelques  jours ,  une 
semaine  ou  même  un  mois,  et  qui  ne  doivent  pas  être  com- 
pris dans  la  classe  des  beggars  ou  mendiants  de  profession. 

Cependant  il  y  a  encore,  qu'on  ne  s'y  trompe  point,  d'au- 
tres catégories  de  mendiants  temporaires  sur  lesquelles  nous 
devons  aussi  appeler  l'attention  publique.  Ainsi  nos  comtés 
agricoles  du  midi  fourmillent  de  paysans  irlandais  qui  vien- 
nent en  Angleterre  chercher  de  l'ouvrage  pendant  le  temps 
des  récoltes  du  foin,  des  pois,  du  blé  et  du  houblon ,  et  qui 
dans  les  intervalles  de  ces  récoltes  doivent  presque  entière- 
ment à  la  charité  publique  leurs  moyens  d'existence.  L'ar- 


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llO  LOS  VEKDfAUTS  BN  iJTGUBTdllUK. 

gent  qa'ils  ost  gaené  par  kor  tcavjîl,  ils  le  {fanleai  9OÎ0ttsa- 
sèment  ponr  leur  xe&our.  tctûi-il  «a  4anps  «Apportable?  ili 
eoacbent  àêo»  des  igraogefi  4)a  eov  des  baies  qai  les  mettuai 
i  Tabri  du  veoi;  quelquefois  settiemcBt,  loreque  la  jouraée  a 
élé  bonne  ou  lorsque  la  pUâc  ioube  jMir  iorr£«lB,  Us  se  4éei- 
dent  à  passer  la  jMiii  dans  un  des  éiablîssemenis  pid>Ucs  «à 
logent  d'ordinaire  tous  les  mendianis. 

Llrlande  nous  envoie  aussi  diaque  aanée  au  oeiiain 
•ombre  d'ouvriers  manufacturiers  qui  accourent  par  Jbaiides 
dans  les  comtés  du  nord ,  persuadés  qu'ils  y  trouveront  de 
TiimTagc  et  des  salaires  élevés.  Les  isforUuiés  ne  tardent  paa 
A  être  victimes  de  leur  trop  confiante  crédulité  :  parioui  oà 
ils  se  présentent,  ils  se  voient  repousses  avec  dédain.  Ik  «si 
iumoependant,  et  ils  ne  veulent  pas  «ourir  encove  ;  ils  men- 
dient. On  leur  a  refusé  du  travail,  on  eA  obligé  de  leur  ao> 
corder  des  secours.  11  n'y  a  pas  d'ailleucs  de  mendiants  plus 
bardis,  plus  importuns,  plus  babiles  et  plus  sAts  de  réumir 
«que  les  mendiants  irlandais  :  ils  savent  rire  on  pleurer  i  vo- 
lonté, danser,  chanter,  fiairedes  toucs  de  force  ou  d'adrea»e« 
ils  supportent  admirablement  toutes  les  privations;  la  misère 
les  tue  rarement,  à  peine  si  elle  parvient  à  alténer  leur  santé. 
Ils  sont  si  extraordinaires  et  si  persévérants,  qu'ib  finissent 
4oujours  par  obtenir  oe  qu'ils  ont  demandé.  Que  vous  les  reii- 
<xmtriez  dans  les  plus  beaux  villages  des  <)etttés  4e  Bucking- 
fcam  ou  de  fierk ,  au  mîlîeu  des  déseorte  du  comté  de  Suases 
'OU  le  long  des  codes  qni  r^jardent  la  France  «  ils  petournent 
an  Irlande.  En  effet,  leur  tmir  d'Angleterre  terminé,  la  pin- 
part  d'entre  eux  voat  passer  i'biwer  dans  les  union$  irlan- 
daises. 

M albenreMement  fom  elle,  «tne  ces  Mendiants  âbcangeo, 
r Angleterre  «voit  chaque  foor  angnenter  dans  une  itroportion 
défrayante  «ne  antre  •daase  dôfà  trop  auvÉareuse  de  aes  pna- 
^pves  mendianÉs  :  «ena  iroulens  fMrfar.dea  iiadigf ali»  des  aanr 
•fagnes,  ^fu  des  paamreB4igrico]es. 

QefBstatons  d'abord  mi  ftk  déptoratâe^  maît  i^  ai'eat  ifie 
4rop  oertmi.  Lersqu'/ik  ont  bemuumf  id'enfiHiia  en  basJee, 


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led  hîAitmts  <le6  <aHMpiignê»  liés  ou  toMbés  «b»  nndigem» 
se  font  en  mendiant  une  position  beaucoup  plus  so^iMartabis 
que  celte  qoe  povrmit  \mr  procurer  levr  trarrail  :  8  on 
9  ^ellings  ptr  senraine  smit  vnsuHsannts  pour  uae  iMniHe 
connposée,  outre  le  père  et  la  «lère,  <le  quatre  o«  -de  dnq  en* 
hnts  ;  or  te  saluîre  hebdomadaire  d'un  joumailier  agricole 
dépasse  rarement  cette  «onme.  Sv  sa  femme ,  oUigée  de  m- 
gner  elle-même  ses  enfents ,  ne  gagne  ries  de  Bon  •côté ,  ils 
manquent  bientôt  du  plus  strict  nécessaire.  Ils  se  contente- 
ront de  porter  des  haillons  pour  tout  vêtement ,  d'aller  nu- 
pieds,  et,  malgré  les  conseils  de  leur  ministre,  ils  ne  se  ren» 
dront  pas  au  temple  ;  le  seul  jour  de  la  semaine  où  ils  pour- 
raient prendre  quelque  distraction  ils  resteront  cachés  au 
fond  de  leur  masure ,  tant  ils  rouf^raient  d'éUder  é  tous  les 
yeux  les  tristes  preuves  de  leur  extrême  misère.  Ils  sauront 
aussi  se  priver  de  feu  :  quand  ils  auront  froid,  un  soir  d'hi- 
ver, ils  s'entasseront  tous  dans  te  même  lit  pour  se  tenir 
chaud;  mais  le  lendemain  matin  ,  au  réveil,  s'ils  n'ont  pas 
même  des  pommes  de  terre  ou  du  riz  pour  apaiser  leur  faim, 
il  faudra  bien  prendre  un  parti.  Qu'ils  n'espèrent  plus  se  pro- 
curer sans  argent  des  objets  de  première  nécessité  :  les  bou- 
chers, les  boulangers,  les  épicinps,  et  en  général  *ous  tes  pe- 
tits marchands ,  forcés  de  payer  régulièrement  leurs  acfhats, 
se  ruineraient  bientôt  eux-mêmes  s'ils  vendaient  à  terme. 
ÎTailleurs,  depuis  la  promulgation  de  la  nouvelte  loi  des  pau- 
vres, les  classes  ouvrières  n'obtiennent  plus  aucun  crédit. 
IKaprès  l'ancien  système,  les  pauvres  inscrits  sur  tes  registres 
de  la  paroisse  recevaient  à  des  époques  fixées  de  certaines 
sommes  d'argent;  sûrs  d'être  payés  un  jour,  les  petits  mar- 
chands leur  faisaient  crédit  pour  tes  attirer  chez  «ux ,  mais 
Us  leur  vendaient  tout  ce  dont  ils  avaienHwsoin  à  dus  prix 
exorbitants.  AujourdTiuî  on  ne  leur  donne  que  ^es  secours 
^n  natnre  dans  Pintèrieur  d'une  maison  de^rarmîl;  tpeS  <5i*- 
dît  pourraient-As  obtenir?  Aussi, lorsquSlswnlrWWfts  aune 
pareflle  misère,  s'ils  ne  veuleirt-pas îffter  à T«f»*mt)u «lourtr 


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13  LES  MBNBIAirrS  EN  ANGLETERBE. 

de  fiiim,  ils  n'ont  plus  qu'une  seule  ressource,  celle  de  se  Caire 
mendiants. 

Nous  n'exagérons  rien,  nous  nous  bornons  à  raconter  des  faits 
incontestables.  Dans  la  plupart  de  nos  comtés  purement  agri* 
colesy  les  salaires  du  journalier  ne  sont  pas  assez  élevés  pour 
lui  assurer  une  existence  indépendante.  Comment  se  procure- 
rait-il, en  effet,  les  provisions  qui  lui  sont  nécessaires  avec  le 
produit  qu'il  retire  de  son  travail,  c'est-à-dire  avec  moins  de 
15  shell.  (22  fir.  )  par  semaine?  Or,  nous  ne  saurions  trop  le  répé- 
ter, les  deux  tiers  des  ouvriers  agricoles  ne  gagnent  pas  naéme 
la  moitié  de  cette  somme.  Un  galhn  de  farine  donne  huit  livres 
de  pain  ;  combien  de  livres  de  pain  consomme  par  semaine 
une  fiamille  composée  du  père ,  de  la  mère  et  de  quatre  en- 
fiints!  Or  un  gallon  de  farine  coûte  1  shelling  et  6  pence;  un 
homme  et  une  femme  qui  n'ont  ni  viande,  ni  bière,  ni  lait,  ni 
poisson,  mais  qui  depuis  le  dimanche  matin  jusqu'au  samedi 
soir  se  nourrissent  seulement  de  pain,  de  puddings  gras,  de 
pommes  de  terre  et  de  petits  morceaux  de  jambon ,  doivent 
manger  au  moins  chacun  une  livre  de  pain  par  jour,  c'est-à- 
dire  quatorze  livres  par  semaine;  les  quatre  enfants  en  con- 
somment pour  leur  part  la  même  quantité;  or,  vingt-huit  li- 
vres de  pain  représentent  trois  gallons  et  demi  de  farine,  oa 
5  shellings  6  deniers;  ne  comptez  rien  pour. le  temps  perdu, 
rien  pour  le  sel,  rien  pour  la  levure;  mais  ces  vingt-huit 
livres  de  pain  ne  cuiront  pas  sans  feu  :  en  le  mettant  au  plus 
bas  prix  possible,  le  bois  nécessaire  à  leur  cuisson  coûtera 
au  moins  6  pence.  Ainsi,  tout  calcul  fait,  une  famille  compo- 
sée du  père,  de  la  mère  et  de  quatre  enfants,  dépensera 
5  shellings  et  9  pence  (8  fr.  ^0  c.)  par  semaine,  seulement 
pour  le  pain  qu'elle  consommera. 

Supposons  que  la  femme  gagne,  en  travaillant  aux  champs 
pendant  la  belle  saison,  le  loyer  de  Tannée;  supposons  que 
divers  travaux  extraordinaires  et  le  glanage  leur  rapportent 
une  somme  suffisante  pour  qu'ils  puissent  se  procurer  quel- 
ques haillons  et  du  bob,  leur  pain  payé,  il  ne  leur  restera 


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LES  MBICDIANTS  EN  ANaLBTBBBB.  13 

plus  que  5  ou  6  shellings  par  semaine  qu'ils  emploieront  à 
acheter  du  thé,  du  sucre,  du  beurre,  du  fromage  et  des  ha- 
rengs  salés.  Que  l'âge  ou  les  maladies  empêchent  ce  malheu- 
reux père  de  famille  de  travailler  douze  ou  quatorze  heures 
par  jour,  et  il  ira  s'enfermer  dans  une  icorkhotue  ou  il  se  fera 
mendiant. 

On  nous  dira,  il  est  vrai,  que  certains  individus  ne  dévorent 
pas  une  aussi  grande  quantité  de  pain  et  se  nourrissent,  par 
économie,  de  gruau,  de  pommes  de  terre  et  de  puddings  de 
graisse  ou  de  riz.  Hélas!  nous  ne  l'ignorons  pas,  il  y  a  des 
journaliers  assez  malheureux  pour  être  obligés  de  se  priver 
même  du  nécessaire  ;  mais  aussi  ils  dépérissent  et  meurent  en 
peu  de  temps.  Un  homme  parfidtement  valide  a  par  semaine, 
dans  certaines  uniims  : 


72  onecs  d«  pain, 

10  1,^  pintes  de  graau, 

15  onces  de  Tiande  apprêtée, 

1 1'2  lirre  de  pommes  de  terre» 


4  1/2  pintes  de  soupe, 
14  onces  de  pudding, 
8  onces  de  fromage, 
4  1/2  pintes  de  bouillon. 


Toutes  les  maisons  de  travail  ne  donnent  pas  à  leurs  pau- 
vres un  pareil  ordinaire;  mais  nous  consentons  à  prendre 
pour  étalon  celui  qui  est  le  plus  généralement  adopté  :  il  se 
compose  par  semaine  de  : 

125  onces  de  pain,  n  1 1/2  line  de  pommes  de  terre, 

10 1/'2  pintes  de  gruau,  1 1/2  pinte  de  soupe, 

8  onces  de  viande  accommodée,  1  1/2  livre  de  liromage. 

5  onces  de  lard.  Il 

Eh  bien,  nous  ne  craignons  pas  de  l'affirmer,  chaque  comté 
de  l'Angleterre  ne  compte  pas  mille  journaliers  agricoles  qui 
puissent  se  procurer  avec  leurs  salaires  une  nourriture  aussi 
variée  et  aussi  substantielle,  bien  qu'ils  travaillent  souvent 
depuis  le  lever  jusqu'au  coucher  du  soleil. 

Quelles  sont  les  conséquences  d'un  pareil  état  de  choses? 
Nous  le  répétons,  les  journaliers  agricoles  qui  ne  gagnent  pas 
une  somme  suffisante  pour  pouvoir  se  nourrir  et  nourrir  leur 


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iainiHe,  sefiMii  oûteDdu*!»,  Hom  aYoas  compté»  dans  Gw\^m 
dBtricIs,  le  iBOMbro  de»  pMvteai  qui,  Ottlsvé  lea  diapoûliotti 
ooêrcitfare»  du  miyraiil  «f ^»  ervei^  A^  yiUe  on  viUe  «b  deoMuih 
dawt  l'anmtee,  et  nom  aroiu  obtenu  les  fésullaUi  sw«dU  : 

BuckiDgham  septembre  1841 44 

B07  âtHfidtnaadf  aoMlMi.... 32 

BrtghbA  septeDibra  184t •••»  92 

Dotivrea  octobre  1841 S3 

Haetiogs  octobre  1841 60 

HuDting^on  août  1841 42 

teicesler  Bcptcmbre  1841 ^ 

Martow  août  1841 33 

Neitliitsfiini  te^tmim^iUi. « 

Oxford  octobre  1841 -. 31 

Portsmouth  septembre  1841 71 

Reading  août  1841 49 

Tunbridge  WeW»    wpteiib»  «41 69 

Tel  e8t  donc  le  nombre  exact  des  mendiants  vagabonds 
(femmes  et  enfants  compris)  qui  ont  traversé  en  un  seul  jour 
)e»  villes  d-dessiu  dé^igaées.  En  multi{^liani  ces  chiffres  par 
celai  de  366^  on  pourra  se  fsure  une  idée  approximative  des 
masses  TTineMt  efibayanles  qui  circulent  incessammeat  d'une 
ville  à  l'autre.  Ainsi,  en  admettant  que  ces  chiffires  ne  s  élè- 
vent et  ne  s'abaissent  jamais, 

BuckinghamMraitfba^iMAiiBée  visitée  par  14,06S  meadianU  étrao^rs. 
Bury  St-EdmuiMta  —  13,505  — 

Brighton  —  33,580  — 

Diepuisle  mois  d'avril  jusqu'au  moisde  décembre^le  nojabre 
des  mendiants  vagabonds  est  plus  considérable  que  pendant 
le  reste  de  Tannée.  En  effet,  depuis  le  conuaencemeni  de  dé- 
cembre jttsqu'à  la  fin  d'avril,  les  voyages  à  pied  avec  des 
enfants  deviennent  trop  fatigants  et  trop  dangereux;  d'ail- 
lèOTs,  les  cbemins  de  tvaverae  qui  permettant  d'échapper 
aux  poursuites  dek  police  oesseat  d'être  praticables  en  hi- 
ver ;  les  granges  sont  trop  froides,  les  auits  trop  longues  et 


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trop  «ombres,  te»  atrbergés  tf()p  ehères  :  la  recette  ne  cot^- 
vriraîe  pas  la  dèfiense'.  <c  Nous  retwirnerons  dans  les  établis- 
saBents  publies,  disaft  derntëremenrt  un  mendiant,  dès  que 
lldrer  sera  renu,  et  que  fe  commerce  ira  mal.  » 

Vb  noutétonmns  donc  ptyfnf  st  desmflliers  de  joumaliets 
agricoles  aiment  mieux  mendier  que  traratHer;  car  le  métier 
de  mendiant  est  beaucoup  plus  lucratif  que  celui  dTourrier. 
Dans  la  plupart  de  nos  comtés  ruraux,  ott  les  salaires  sont 
insuffisants,  la  mendicrfè  procure  au  confraîre  une  certaine 
aisance.  Nous  avons  recueilli  nous-mêmes  ou  nous  tenons 
de  personnes  dignes  de  toute  notre  confiance  les  renseigne- 
ments dont  nous  nous  sommes  servis  pour  établir  la  moyenne 
de  la  recette  journalière  de  certaines  femilles,  telle  qu'elle  est 
indiquée  dans  le  tableau  suivant  r 

Tableau  de  la  moyenne  des  recettes  que  font  Journellement  des  familles 
de  m^diants  agricoles  composées  du  père,  de  la  mère  et  de  trois  ou 
qtmtfe  enfcmu 

Hoyenna 
de  la 
recette  journalière. 

N»  1.  William  BélmeS',  Mi  flNuroe,  veeHi      Douvtm       Mi.  sk.  den. 
«nftDM  e(  «11  enikiit  à  la  iimiimH««  f  el  ms  eatirons.  {032 

N^  2.  iannei  Sinitb,  m  femme  et  trois  en-  \     Caoterbury     \ 

faMs )  et  ses  environs.  /  0    3    8 

N'  3.  Patdck  O'Remj,  sa  femme  et  cinq  j      Frigbton      \ 

enfants }  et  ses  environs.  '046 

^^  4.  Henry  Mercer  et  trois  filles ,  tous  j       Hastin^s       | 

chanteurs j  et  ses  environs.  )  0    5    6 

>'<"  5.  James  Rowe,  sa  femme  et  trois  en-  t      Tunbridge     l 

ftnts  inAks,  tea»  diamtenrs \  et  ses  eoTirons.  )  0    4    0 

ei  un  petit  garçou ,  vendant  des  [         et  ses  |  0    5    0 

aUfimettete,  Cnantanrt  et  mendiant.  (      environs.      j 
N«  7.  Safflue!  Davis  et  ta  fttnmtf  arec  sii  (  ) 

enfAftis  ,   cm^yoEt   toM   divers  1      WindMr      I 
moyens  nour  exciter  la  commiséra-^et  ses  environs./  0    6    0 
lion  publique ( 

N  •  ft.  Dsvid  SattodeffS,  sa  jBsmme  et  quatre  i      Beadiog 

enfants,   vendant  des  allumettes  <         et  ses         }0    5    6 
chimiques,  chantant  et  mendiant. .  (     environs. 

H  y  a  sans  aucun  doute  des  miniers  de  mendiants  qui  ne 
font  pas  de  si  brillantes  recettes  ;  mais  outre  les  provisions  de 


I 


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16         LES  MENDIANTS  EN  ANGLBTEREB. 

bouche  et  les  vieux  habits  qu'ils  vendent  immédiatement,  ils 
amassent  presque  tous  au  moins  3  shellings  par  jour  dans 
certains  comtés  éloignés  »  et  de  k  shellings  à  h  shellings  6 
pence,  dans  les  pays  fréquentés  par  des  malades  ou  des  bai- 
gneurs. Or,  en  travaillant  à  la  terre,  ils  ne  gagneraient  pas  la 
moitié  de  cette  somme.  Enfin,  n'oublions  pas  de  le  remarquer, 
plus  le  journalier  agricole  a  d'enfants,  plus  il  dépense,  plos  il 
est  misérable.  Au  contraire,  les  revenus  du  mendiant  s'aug- 
mentent dans  la  même  proportion  que  sa  famille  :  ses  enfants, 
qu'il  envoie  mendier  dans  différents  quartiers,  lui  rapportent 
beaucoup  plus  qu'ils  ne  lui  coûtent. 

Veut-on  savoir  maintenant  à  quelle  somme  s'élève  la  dé- 
pense journalière  d'une  de  ces  familles  de  mendiants  dont 
nous  avons  fait  connaître  ci-dessus  la  recette  moyenne  : 

Liv. 

Logement  pour  une  nuit  dans  un  garni 0 

(  Thé 0 

T\AU»^^^  )   Sucre 0 

Déjeuner     j^^^ ^ 

Pain 0 

Pain 0 

Dtner ...     Lard  ou  harengs  (outre  la  viande  froide  et  les 
provisions  provenantdes  dons  volontaires).  0 

Pain 0 

Sonner     '   Bière... 0 

souper...    Fromage 0 

[  Biscuits  (  pour  les  enfants) 0 


Si  la  journée  a  été  bonne ,  on  ajoute  au  souper  un  peu  de 
bière  et  quelquefois  de  la  viande  fraîche  cuite  sur  le  gril. 

Ainsi,  pour  nous  résumer  sur  ce  premier  point,  le  nombre 
des  mendiants  augmente  chaque  jour  en  Angleterre,  parce 
que ,  dans  l'état  actuel  des  choses ,  les  indigents  agriœles 
gagnent  plus  facilement  et  plus  sûrement  leur  vie  en  mendiant 
qu'en  travaillant.  Elevez  le  taux  des  salaires  ou  abaissez  le 
prix  des  denrées  de  première  nécessité;  permettez ,  en  un 

(Ij  La  livre  sterling  vaut  25  fr.,  le  shelling  1  fir.  60,  le  denkr  sterling 
la  vingt-cinquième  partie  du  shelling. 


•h. 

d. 

0 

8 

0 
0 
0 
.0 
0 

1  1/2 
1  1/2 
2 
4  1;2 

4  1/2 

0 

2 

0 
0 
0 
0 

v 

2 
2 

3 

2  1,'2    11) 

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LES  MENDIANTS  EN  ANGLETERRE.  17 

mol,  à  tous  ces  malheureux  de  se  procurer  par  leur  travail 
des  moyens  d'existence  suffisants,  et  nous  ne  craignons  pas 
d'affirmer  qu'ils  s'empresseront  à  l'instant  même  de  renoncer 
à  cette  vie  vagabonde  et  oisive  que  la  nécessité  seule  les 
force  d'adopter. 

Mais,  nous  dira-t-on,  n'existe-t-il  pas  en  Angleterre  une 
loi  contre  les  vagabonds  [wagrant  act)t  Les  commissaires 
des  lois  des  pauvres  d'Irlande  ne  demandent-ils  pas  au  par- 
lement la  promulgation  d'un  acte  semblable,  qui  leur  donne 
les  moyens  de  réprimer  )a  mendicité  en  Irlande?  Gomment 
donc  la  mendicité  augmente-t-elle  en  Angleterre,  malgré  les 
dispositions  sévères  de  cette  loi? 

Avant  de  répondre  à  cette^question,  il  faut  d'abord  rappe- 
ler les  dispositions  du  wagrant  act, 

La  loi  actuellement  en  vigueur  (5*  année,  Georges  IV),  qui 
confirme,  réforme  ou  abrège  tous  les  anciens  statuts,  distingue 
trois  classes  de  vagabonds  : 

l*»  Les  individus  qui  vivent  dans  l'oisiveté  et  dans  le  désor- 
dre [idle  and  disorderly  persons), 

2®  Les  mauvais  sujets  et  les  vagabonds  (rognes  and  vaga- 
tonds). 

3°  Les  mauvais  sujets  incorrigibles  {incorrigible  rogues). 

Cette  division^établie,  la  loi  s'explique  ainsi  : 

Doit  être  considéré,  dit-elle,  comme  [fainéant  eiyivantdans  le 
disordre)  idle  and  disorderly,  toute  personne  qui,  étant  capable 
de  gagner,  en  tout  ou  en  partie,  par  son  travail  ou  par  d'autres 
moyens,  sa  nourriture  et  celle  de  sa  famille,  et  qui,  refusant 
de  s'occuper,  tombe  à  la  charge  de  la  paroisse;  qui  revient 
solliciter  des  secours  dans  une  paroisse  d'où  il  a  été  légale- 
ment expulsé,  à  moins  qu'il  ne  produise  un  certificat  émané 
du  marguillier  ou  de  l'inspecteur,  et  constatant  qu'il  est  do- 
micilié dans  la  paroisse;  qui,  faisant  le  métier  de  colpor- 
teur, parcourt  les  comtés  sans  être  muni  d'une  autorisation; 
qui,  exerçant  la  profession  de  prostituée ,  circule  dans  les 
mes  on  sur  les  grandes  routes,  ou  dans  un  lieu  public,  et 
trouble  la  tranquillité  ou  se  conduit  d'une  manière  indécente  ; 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  2 


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18  LES  MENDIAirrS  EN  ANGLETERRE. 

enfin ,  qui  vagabonde  çà  et  là ,  ou  qui  se  place  dans  un  lieu 
public  j  dans  une  cour  ou  dans  un  passage  pour  mendier,  ou 
qui  envoie  ses  enCants  mendier.  Toute  personne  comprise 
dans  cette  catégorie  peut  être  punie  d'un  emprisonnement 
d'un  mois  au  plus  dans  une  maison  de  correction. 

Les  roguêê  et  les  nagubtmds  sont  les  personnes  qui  se  rendent 
coupables  des  délits  ci-dessus  désignés,  après  avoir  déjà  été 
condamnée»  comme  iile  and  ditorderly^  — qui  ont  la  prétention 
de  prédire  l'avenir  ou  d'être  chiromanciens  ;  — qui  logent  dans 
des  dépendances  d'un  bâtiment  habité  ou  en  plein  air;— ^i 
n'ont  aucune  ressource  apparente,  et  qui  ne  peuvent  pas 
rendre  un  bon  compte  d'elles*mémes  ;  —  qui  exposent  aux 
yeux  des  passants,  dans  les  rues  ou  dans  un  lieu  public,  des 
livres  ou  des  dessins  obscènes,  ou  tout  autre  objet  indécent; 
w-  qui  se  montrent  nus  dans  les  rues  ou  dans  un  lien  public, 
avec  l'intention  d'insulter  quelques  femmes; — qui  tentent 
d'obtenir  des  aumônes  en  étalant  à  tous  les  regards  leurs 
blessures  ou  leurs  difformités; — qui  recueillent  sous  de  faux 
prétextes  des  dons  volontaires;  —  qui  abandonnent  leur  do- 
micile en  laissant  leur  femme  et  leurs  enfants  à  la  charge  de 
la  paroisse;  —  qui  jouent  ou  qui  parient  pour  des  joueurs, 
dans  les  rues  ou  dans  tout  autre  lieu  public,  ou  dans  l'inté- 
rieur des  maisons,  à  des  jeux  de  hasard  ;  —  qui  ont  en  leur 
possession  des  instruments  propres  &  forcer  les  serrures,  ou 
des  fusils,  ou  d'autres  armes  offensives,  avec  l'intention  de 
s'en  servir  pour  commettre  des  délits;  —  qui  sont  trouvées 
cachées,  avec  des  projets  criminels,  dans  l'intérieur  ou  sur 
le  toit  d'une  maison  habitée,  ou  d'un  b&tiœent  en  constmc- 
tion,  dans  une  cour  fermée,  dans  un  jardin,  dans  une  grange; 
•<^qui,  saiÊpçorméeê  ou  connues  comme  se  livrant  habituelle- 
inent  au  vol,  fréquentent  les  bords  des  rivières  ou  des  cours 
d'eau  navigables,  les  canaux,  les  docks,  les  quais,  les  entre- 
pôts, les  rues  et  les  routes  adjacentes,  avec  l'intenUoa  de 
ccMnmettre  des  délits;  —  enfin,  qui,  arrêtées  comme  idU  and 
diBorderly^  résistent  avec  violence,  et  sont  ensuite  condamnées 
comme  s'étant  rendues  coupables  des  fidts  qui  leur  étaient 


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us  MENDIANTS  EN  ANGLETEKBB.  ff 

imputés;  —  la  peine  infligée  anx  roguti  et  aux  vagabondé  est 
on  emprisonnement  dont  la  durée  ne  peut  pas  excéder  trois 
mois. 

Sons  la  dénomination  générale  de  incorrigible  rogweê^  sont 
comprises  toutes  personnes  qui  s'échappent  d'un  lieu  de 
détention  o&  elles  ont  été  enfermées  par  jugement  en  tertn 
du  wagrantaet;  qui»,  ayant  été  condamnées  comme  mauvais 
sujets  (roquai  ei  vagabondi)^  commettent  de  nouveau,  après 
leur  mise  enlibertéy  les  mêmes  délits  qui  les  avaient  feit  eo»- 
damner,  on  un  autre  délit  puni  de  la  même  peine  ;  enfin  qui» 
arrêtées  comme  mauvais  sujets  et  vagabonds^  résistent  avec 
violence  aux  agents  de  la  force  publique,  et  sont  ensuite 
condamnées  comme  s'étant  rendues  coupables  des  laits  qui 
leur  étaient  imputés.  Les  mauvais  sujets  incorrigibles  peu- 
vent être  détenus  préventivement  dans  une  maison  de  cor- 
rection jusqu'à  l'ouverture  des  assises  prochaines,  poif 
condamnés  à  l'emprisonnement  et  au  travail  forcé  {harâ 
labour)  pendant  une  année  au  plus.  Dans  certains  cas,  les 
juges  infligent  la  peine  du  fouet,  mais  aux  hommes  seule* 
ment. 

Malgré  cet  acte,  malgré  les  pouvoirs  exorbitants  que  la  loi 
accorde  aux  représentants  de  la  force  publique,  malgré  l'éli- 
blissement  des  maisons  de  travail,  il  existe  actuellement  en  An- 
gleterre ane  population  de  mendiants  si  considérable,  qu*dle 
forme  une  sorte  de  nation  particulière  dans  la  nation,  qu'elle 
s'accroH  de  jour  en  jour,  qu'elle  a  sa  langue,  ses  signes  de 
ralliement,  ses  mœurs,  ses  demeures  et  ses  lieux  de  refage, 
sa  littérature,  sa  science,  et  qu'elle  prélève  chaque  année  sor 
les  revenus  de  l'autre  nation  la  somme  énorme  de  i, 375,000  £ 
(34,375,000  francs),  c'est-à-dire  un  tiers  de  Vimpôt  total  des 
dîmes  des  pauvres  [poor  rates)  (1). 


WKoTËimalDACTËoa.Ce  efciflfre  paratira  peat-étre  trop  élevé, 
il  efl  m  cMlrtire  trop  faible.  En  tÏÏeX,  ch«qne  r«m11le  de 
cempotée^six  personnes  reçoit  en  moyenne  par  année  au  moins  IS  £. 
La  populatîoo  des   quaranie-denx  comtés  de  TÀngleiterre  s*élève  à 


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20         tES  MENDIANTS  EN  ANGLETEKRE. 

Cette  population  se  divise  en  plusieurs  classes.  Pour  les 
faire  connaître  à  nos  lecteurs  nous  emprunterons  les  frag- 
ments suivants  à  un  ouvrage  remarquable  publié  récemment 
à  Birmingham,  sous  ce  titre  :  «  Exposé  des  divers  moyens 
qu'emploient  journellement  les  vagabonds  de  toute  espèce 
pour  tromper  la  crédulité  publique  (  An  exposure  of  the  va- 
rions impositions  daily  practised  by  wagrants  of  etery  descrip- 
tions, in-8°),  Birmingham,  18il.  »  Ce  petit  livre  contient, 
nous  le  savons,  les  résultats  de  longues,  et  patientes  études. 
Toutefois  il  s'occupe  plus  spécialement  des  mendiants  de 
profession. 

Les  mendiants  de  la  première  classe  sont  généralement  désignés 
sous  le  nom  de  silver  heggars  (roendianls  d'argent);  mais  les 
voyageurs  les  appellent  lurkers. 

Les  lurkers  sont  les  individus  qui  colportent  de  ville  en  ville 
des  lettres  ou  des  faux  certificats  attestant  qu'un 'incendie,  an 
naufrage  ou  d'autres  accidents  les  ont  réduits  à  la  plus  profonde 
misère.  Ces  lettres,  revêtues  du  sceau  et  de  la  signature  d'un  ou  de 
plusieurs  magistrats,  et  rédigées  souvent  avec  un  talent  remarqua- 
ble,* ne  manquent  presque  jamais  de  produire  leur  effet 

Les  lurkers  se  divisent  en  plusieurs  classes  qu'il  importe  de 
faire  connaître. 

En  première  ligne  se  placent  dans  cette  nombreuse  catégorie 
les  fire  lurkers,  c'est-à-dire  ceux  qui  se  représentent  comme  ayant 
perdu  tout  ce  qu'ils  possédaient  dans  un  incendie.  Ils  sont  por- 
teurs de  faux  certificats  revêtus  des  prétendues  signatures  de  deux 
magistrats  et  du  ministre  de  la  paroisse  où  l'incendie  doit  avoir 
eu  lieu.  A  ces  pièces  est  joint  d'ordinaire  un  livre  de  souscription 
fabriqué  tout  exprès,  avec  les  noms  de  personnes  recommandables. 
Dans  la  langue  particulière  des  mendiants^  la  fausse  lettre  s'ap- 
pelle c^  sham  (  une  moquerie  ),  et  le  livre  de  souscription  prend  le 

15,000,000  d'habitants.  En  ne  comptant  qu'un  mendiant  ou  un  vaga- 
bond sur  100  habitants,  il  y  aurait  en  Angleterre  1ISO,000  mendiants,  soit 
25,000  familles  recevant  chacune  en  moyenne  par  année  55  £  (1,375  fr.). 
Or,  pendant  l'année  qui  a  fini  au  mois  de  mars  1840,  le  budget  des  pan- 
vres' avait  atteint  le  chiffre  de  4,300,000  £  (107,500,000  fr.). 


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UES  MENDIANTS  EX  ANGLETERRE.  21 

nom  d'un  délicate.  Une  fois  munis  de  leur  sham  et  de  leur  deli- 
cale,  les  larkers  parcourent  tous  les  comtes  de  TAnglelerre.  J'en 
ai  connu  un  qui  avait  exercé  cette  profession  pendant  quatorze 
années,  et  qui  en  avait  retiré  des  bénéGces  considérables. 

Viennent  ensuite  les  shipuirecked  sailors  lurkers  (  les  lurkers 
marins  naufragés  )y  ou  ceux  qui  prennent  la  qualité  de  capitaines 
on  d'armateurs  de  navires  marchands.  Leur  bâtiment  a  Tait  nau- 
frage, et  ils  n'ont  rien  arraché  à  la  fureur  des  flots.  La  valeur  de  leur 
cargaison  s*élevait  cependant  à  mille  ou  à  deux  mille  livres  sterling. 
Les  shipwrecked  sailors  lurkers  sont  bien  habillés  ;  ils  portent  des 
moustaches,  des  chaînes  d'or  ;  ils  ont  aussi  un  récit  fort  bien  écrit 
deVafTreux  événement  qui  les  a  complètement  ruinés,  et  dont 
raolhenticité  est  attestée  par  les  signatures  de  plusieurs  magistrats 
d'un  port  de  mer. 

Les  foreigners  lurkers  ( les  lurkers  étrangers)  sont  peut-être  l^s 
plus  nombreux,  car  leur  rôle  est  facile  à  jouer.  Pendant  les  années 
précédentes  ils  s'étaient  presque  tous  métamorphosés  en  nobles 
polonais,  chassés  de  leur  patrie  par  l'autocrate  de  la  Russie,  et 
cherchant  un  asile  sur  la  terre  étrangère.  Quelques-unes  de  leurs 
lettres  peuvent  passer  pour  des  chefs-d'œuvre  d'éloquence.  Partout 
où  ils  sollicitent  des  secours,  ils  affectent  de  ne  pas  comprendre 
l'anglais,  et  d*en  prononcer  horriblement  mal  les  mots  les  plus 
usuels.  Un  de  ces  lurkers,  connu  parmi  les  mendiants  sous,  le  so- 
briquet de  lord  Dundas  II,  a  souvent  gagné  plusieurs  gulnées  dans 
un  seul  jour.  Les  femmes  préfèrent  ce  lurk  à  tous  les  autres.  J'en 
ai  connu  une  qui  en  retirait  de  très-grands  profits.  El'e  était  ri- 
chement vêtue,  avait  toujours  un  petit  garçon  à  la  main,  et  bara- 
gouinait à  merveille  quelques  lambeaux  de  phrases  françaises. 

Vaccident  lurk  est  aussi  très-usité.  Ceux  qui  l'adoptent  comme 
profession  ont  toujours  été,  à  en  croire  leurs  faux  certificats,  ruinés 
entièrement  par  un  épouvantable  accident,  un  ouragan,  une  inon- 
dation, etc.  ;  ils  ne  peuvent  plus  subvenir  à  leurs  besoins  et  à  ceux 
de  leur  malheureuse  famille.  Leur  recette  varie  de  cinq  shillings  à 
une  livre  par  jour. 

Le  iick  lurk  ou  le  lurk  des  malades,  o£fre  encore  plus  de  va- 
riété :  1*  celui-ci  s'applique  des  vésicatoires  sur  les  bras,  pour  faire 
croire  qu'il  a  été  cruellement  brûlé;  2^  celui-là  porte  ses  bras  et 
ses  mains  en  écharpe,  et  dit  qu'il  a  été  paralysé  par  le  feu  du  ciel  ; 
a*  Tan  se  met  au  lit  et  feint  d'être  malade  pour  tromper  les  per- 


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s         LES  MENDIANTS  EN  ANGLETBERE. 

aoBoes  qui,  avant  d'accorder  quelques  secours  aux  prières  de  sa 
fenme,  voudraient  s'assurer  par  elles-mêmes  de  la  vérité  de  ses  al- 
légatîoBs;  4«  l'autre  simule  des  attaques  d'épilepsie;  l^  certaines 
femmes  se  prétendent  enceintes  et  dénuées  de  toute  ressource; 
C*#iutres  mendient  pour  leurs  enfants,  qui,  disent-elles,  sont  re- 
iMiia  au  lit  par  la  fièvre  scarlatine  ou  par  une  autre  maladie,  et 
fsi  manquent  de  tout;  7*  certains  individus  couverts  de  blessures 
aimiilées,  se  bornent  à  demander  des  vieux  linges  et  des  bouteilles 
Tidcs  pour  mettre  les  droguas  nécessaires  à  leur  guérison.  J*ai  vu 
«a  Hamme  qui  en  un  seul  jour  avaif  amassé  ainsi  treize  livres  de 
toile  blanche ,  et  cinq  douzaines  de  fioles  en  verre.  Le  vieux  linge 
et  le  verre  trouvent  toujours  des  acheteurs. 

li»  deaf  and  dumb  htrk^  le  lurk  des  sourds  et  muets,  est  une 
industrie  spéciale  qui  rapporte  aussi  d'assez  gros  bénéfices.  La 
flvpsrl  des  deaf  et  dumb  lurhers  disent  la  bonne  fortune.  Tous  ils 
portent  avec  eux  une  ardoise  et  on  crayon  pour  écrire  leurs  ques- 
tions et  leurs  réponses.  Quelques-uns  d'entre  eux  continuent  par- 
Ims  à  jouer  leur  rôle  de  sourds  et  muets  dans  les  garnis  où  ils  se 
logent;  mais  leur  ruse  (st  presque  toujours  découverte  par  les  au- 
tres mendiants. 

7.  Le  servanfs  hrker  où  le  lurker  domestique  est  décemment 
vêtu  et  ressemble  à  s'y  méprendre  au  serviteur  d'une  bonne  mai- 
ses.  Un  malheur  inouï  lui  a  fait  perdre  sa  place,  et  il  n'a  pu  jus- 
qu'alors s*en  procurer  une  autre,  malgré  les  excellents  cerlificats 
iont  il  est  porteur.  Cependant  il  se  trouve  réduit  à  la  plus  profonde 
iéiresse.  Qui  n'aurait  pitié  de  son  infortune?  Aussi  partout  où  le 
lervant's  lurker  se  présente,  est^-ilsûr  d'être  bien  accueilli,  princi- 
palement par  les  domestiques.  En  général,  le  servants  hirker  a 
dans  sa  poche  le  cottrt  guidt,  ou  guide  de  la  cour,  qui  lui  indique 
les  demeures  des  principales  familles  de  la  noblesse  et  de  la 
gmtry. 

s.  Le  coUier's  lurk^  le  lurk  des  mineurs  ou  des  charbonniers,  est 
csploité  par  des  milliers  d'individus  qui  ne  sont  jamais  descendus 
ians  une  mine  de  charbon,  et  qui  se  font  passer  pour  des  mineurs 
sans  ouvrage.  A  les  en  croire,  la  mine  dans  laquelle  ils  étaient  oe- 
cspés  vient  d'être  inondée  ou  bouchée  par  un  éboulement.  Les  col- 
lerai lurkers  parcourent  les  comtés  par  bandes  de  sept  ou  huit  îo- 
iividtis  ;  les  uns  déposent  dans  les  maisons  des  récits  imprimés  de 
faccident  prétendu  qui  les  a  privés  de  travail,  et  ils  reviennent  les 


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LES  MENDIANTS  EN  ANGLETEEBB.         23 

chercher  quelques  heures  après.  Les  autres  sont  au  contraire  por** 
teors  de  narrations  manuscrites  certifiées  véritables  par  les  fausses 
signatures  des  propriétaires  de  la  mine.  Le  collier^ê  lurk  rapporte 
en  moyenne  quatone  ou  quinze  shillings  par  jour. 

9  el  10.  Le  weaver'ê  îurh,  ou  le  lurk  du  iinerandf  et  le  eotiam 
spinmêTÊ  Iwrkj  on  le  lurk  des  fllateurs  de  cotou,  ne  sont  pas  moins 
Incntife»  Ils  se  pratiquent  de  la  même  manière;  seulement  on  reo- 
contre  quelques  eoUon  spinnerê  lurkers,  qui  offrent  en  Tetate  du 
coliis  à  coudre  qu'ils  affirment  avoir  fabriqué  eux-mêmes. 

11.  Enfin  Us ealendêrer  lurkers  sont  les  mendiants  qui  se  re-* 
plèseolent  eomme  des  calendreurs,  qu'une  crise  commerciale  et 
l'istradnctiott  des  machines  ont  fait  renvoyer  de  leurs  ateliers. 
Prtfqnetous  ils  déposent  des  pièces  fsusses,  imprimées  ou  manu-- 
scrttesy  à  l'appui  de  leurs  demandes. 

Les  high  flyen,  ou  les  hegging  leller  writer»,  les  mendiants  par 
lettres,  composent  la  seconde  classe  des  mendiants.  On  désigne 
sons  ce  nom  général  tous  les  individus  qui  adressent  k  certaines 
personnes  des  lettres  remplies  de  récits  imaginaires,  et  qui  set  te^ 
minent  par  la  demande  d'un  secours  en  argent  ou  en  nature.  A 
Londres  et  dans  les  pays  de  bains,  celte  profession  rapporte  de 
cinq  shillings  à  une  livre  par  jour. 

Les  shtUlatc  eoves  sont  les  imposteurs  qui  parcourent  les  comtés 
en  se  faisant  passer  pour  des  marins  naufragés.  Ils  se  multiplient 
surtout  aux  approches  de  l'hiver,  et  vont  par  bandes  de  huit  à  dix 
individus.  Chaque  troupe  a  son  orateur.  Les  shallow  coves  sont  i 
peine  couverts  de  haillons,  et  ils  demandent  surtout  les  vieux  ha- 
bila.  Ayant  le  soin  de  ne  s'adresser  qu'aux  familles  riches,  ils 
réalisent  parfois  d'assez  jolis  bénéfices. 

l^esshallou)  motls  sont  des  femmes  qui,  à  l'instar  des  skallow 
fovesvont  presque  entièrement  nues,  et  sollicitent  des  vêtements. 
A  les  entendre,  elles  ont  été  réduites  par  une  longue  et  cruelle 
maladie  à  la  plus  profonde  misère.  Peut-on  leur  refuser  une  vieille 
roibe  pour  se  garantir  du  froid  ?  Tout  ce  qu'on  leur  donne  elles  le 
vendent  J'ai  connu  une  shallmo  moU  qui,  en  l'espace  de  dix  jours^ 
amassa  à  Âingston^  sur  la  Tamise,  une  garde-robe  valant  de  sept  à 
faoh  livres  sterling* 

La  classe  des  eaégersf  on  des  mendiants  de  profession,  des  men- 
diants avoués,  se  subdivise  aussi  en  plusieurs  classes.  On  nomme 
cadgers  on  the  dawnrighê  (cadgers  avoués  ou  au  grand  jour)  ceux 


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2^  LES   MENDIANTS  EX  ANGLETERRE. 

qui  mendient  de  porle  en  porte;  cadgers  on  ihe  fly  (cadgers  à  U 
dérobée  ou  à  la  course  ),  ceux  qui  mendient  sur  la  iober  (  la  grande 
roule).  Le  cadging  on  the  fly  est  une  profession  très-lucrative 
dans  les  environs  des  pays  de  bains  ou  des  grandes  villes.  Ceux 
qui  s'y  adonnent  gagnent  généralement  plusieurs  shillings  dans 
une  journée.  Quant  au  cadging  on  the  downrijht  (de  porte  en 
porte),  il  n'offre  plus  aujourd'hui  les  mêmes  avantages  qu'autre- 
fois; mais  cependant  il  est  encore  exercé  par  plusieurs  milliers 
d'individus  qu'il  fait  vivre  dans  une  certaine  aisance.  J'ai  vu  plu- 
sieurs fois  des  cadgers  on  the  downright  rejeter  avec  dédain  des 
aliments  que  des  personnes  charitables  leur  avaient  donnés,  et 
dont  des  ouvriers  se  fussent  régalés  avec  un  vif  plaisir.  Les  ead^ 
gers  d'un  âge  tendre  [kiddies)  sont  si  bien  instruits  par  leurs 
parents  de  toutes  les  ruses  du  métier,  qu'ils  font  souvent  de  meil- 
leures journées  que  les  cadgers  d'un  âge  mûr. 

11  y  a  des  cadgers  qui  écrivent  avec  de  la  craie  de  courtes  sen- 
tences sur  de  petits  drapeaux  ;  on  les  appelle  screevers.  En  général 
ces  sentences  ressemblent  à  celle  que  je  vais  citer: 

HuDger  is  a  sbarp  ihorn,  and  bileth  keen; 
I  cannot  get  work,  and  to  beg  1  am  asliamed. 

«  La  faim  est  une  épine  aiguë,  et  elle  fait  de  cruelles  piqûres. 

»  Je  ne  puis  pas  me  procurer  de  l'ouvrage,  et  j'ai  honte  de  meDdier.  » 

Ce  moyen  est  presque  infaillible.  Partout  où  le  screever  arbore 
son  étendard,  il  fait  une  ample  moisson  de  browns  (half  pence), 
et  souvent  môme  il  voit  tomber  dans  son  chapeau  plus  d'un  fan- 
ner  et  d'un  bob  (six  pence  et  shilling).  Sa  recelte  s*élève  quel- 
quefois à  sept  shillings  par  jour. 

Les  cadgers  se  tiennent-ils  debout  ou  assis  à  la  même  place, 
dans  les  villes  ou  sur  les  bords  des  grandes  routes,  ils  font  partie 
de  la  catégorie  désignée  sous  le  nom  général  de  cadgers  sitting  on 
standir^g  pad.  Les  uns  se  prétendent  aveugles,  les  autres  se  disent 
épileptiques  et  hors  d'état  de  travailler.  Ils  réalisent  souvent  des 
sommes  considérables. 

Les  match  seîlers  ou  marchands  d'allumettes,  ne  vivent  pas  en 
général  des  bénéfices  de  leur  petit  commerce,  mais  d'aumônes.  Ils 
n'ofifrent  jamais  leur  marchandise  dans  les  maisons  ou  ils  espèrent 
tbtenir  quelques  secours,  soit  en  argent,  soit  en  nature. 


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LES  MENDIANTS  EN  ANGLETERRE.  25 

Les  cross  eoves  sont  les  mendiants  qui  gagnent  aussi  leur  vie  on 
(Ae  rroxfy  c'est-à-dire  en  volant;  car  ils  ne  se  font  dans  l'occasion 
aucun  scrupule  de  dérober  tout  ce  qui  leur  tombe  sous  la  main; 
quelquerois  même  ils  se  permettent  de  star  the  glaze,  c'est-à-dire 
de  briser  ou  de  couper  les  carreaux  des  fenêtres. 

Les  prigs  (les  voleurs  de  poche,  autrement  dits  voleurs  à  la  tire) 
fréquentent  d'ordinaire  les  courses  de  chevaux,  les  foires,  les  com- 
bats de  coqs.  Ce  sont  pour  la  plupart,  ainsi  que  les  cross  coves,  des 
jeunes  gens  habitués  depuis  leur  enfance  au  vagabondage  et  à  la 
mendicité,  et  en  connaissante  fond  toutes  les  ressources. 

Les  paîmers  se  livrent  à  une  curieuse  spécialité.  Ils  entrent 
dans  tontes  les  boutiques,  demandant  des  harp^halfpenceeioî- 
frant  treize  pence  ordinaires  pour  la  monnaie  d'un  shilling  en 
harp  halfpence.  Séduits  par  l'appât  du  gain,  les  marchands  ne 
manquent  pas  de  verser  tout  le  contenu  de  leur  caisse  ^ur  leur 
comptoir  afln  d*en  retirer  toutes  les  pièces  demandées.  Les  pal- 
mers  les  aident  dans  cette  recherche,  et  escamotent  habilement  en- 
tre leurs  doigts  un  certain  nombre  de  pence. 

Uauteur  de  TouvTage  qui  nous  a  fourni  ces  curieux  frag- 
ments termine  en  conseillant  à  tous  ses  concitoyens  de  ne  jamais 
faire  laumône  à  de  pareils  mendiants.  Les  raisons  qu'il  donne 
à  lappui  de  son  opinion  nous  paraissent  concluantes.  Si  elles 
étaient  plus  connues,  et  mieux  appréciées  de  tous  les  indivi- 
dus auxquels*  son  livre  s'adresse,  le  nombre  des  mendiants  ne 
tarderait  pas  à  diminuer  d'une  manière  sensible.  Sans 
doute  les  véritables  indigents  continueraient  toujours  de  sol- 
liciter et  d'obtenir  de  la  charité  publique  les  secours  dont  ils 
auraient  besoin.  Mais  la  mendicité  coupable,  la  mendicité 
considérée  comme  une  profession  et  comme  une  science  ces- 
serait bientôt  de  faire  des  dupes  et  par  conséquent  d'exister. 
Ce  serait  un  incendie  qui  s'éteindrait  peu  à  peu  faute  d'ali- 
ments. Si  elle  ne  disparaissait  pas  entièrement,  ce  qui  semble 
impossible,  elle  deviendrait  de  plus  en  plus  rare. 

Du  reste,  que  la  mendicité  habituelle,  ou  de  la  paresse, 
reste  stationnaire  ou  diminue,  nous  nous  en  inquiétons  peu 
pour  le  moment;  c'est  un  mal  social  de  tous  les  temps  et  de 


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26  LES  MENDIANTS  EN   ANGLETERRE. 

tous  les  pays.  Ce  qui  nous  effraye,  c'est  l'augmentation  pro- 
gressive du  nombre  des  mendiants  temporaires,  surtout  dans 
les  districts  agricoles,  de  ces  ouvriers  malheureux  dont  les 
salaires  sont  insuffisants,  et  qui  ne  voulant  ni  mourir  de  faim, 
ni  entrer  dans  une  um'ofi,  se  voient  obligés  de  mendier  ponr  se 
procurer  des  moyens  d'existence.  Pourquoi  le  wagrant  aet  est- 
il  une  lettre  morte?  Pourquoi  les  fermiers,  au  lieu  de  Favoriser 
les  recherches  des  agents  de  la  police,  ouvrent-ils  chaque  soir 
les  portes  de  leurs  granges  et  de  leurs  écuries,  et  préparent- 
ils  d'avance  des  lits  de  paille  ou  de  foin  aux  pauvres  qui 
viendront  y  passer  la  nuit  ?  Pourquoi  les  magistrats  eux-mêmes 
hésitent-ils  à  appliquer  la  loi?...  c'est  que  la  misère  est  si 
grande  dans  les  districts  agricoles,  que  pour  de  pareilles  in- 
fortunes les  cœurs  les  plus  durs  ne  peuvent  avoir  que  des 
sentimeats  de  pitié.  D'ailleurs  toutes  les  prisons  et  toutes  les 
maisons  de  charité  existantes  ne  contiendraient  pas  la  dixième 
partie  de  la  population  à  laquelle  pourraient  s'appliquer  le» 
dispositions  de  la  loi  contre  les  vagabonds. 

La  misère  actuelle  est  donc  la  cause  première  de  Taugmen- 
tation  effirayante  du  nombre  des  mendiants. 

Gomment  remédier  à  un  pareil  état  de  choses  ?  Commeof 
ékver  le  taux  des  salaires  ou  abaisser  le  taux  des  denrées? 
Comment  donner  aux  ouvriers  honnêtes  les  moyens  de  gagner 
leur  vie  en  travaillant?  Nous  l'avons  déjà  dit,  ce  sont  des 
questions  que  nous  ne  voulons  pas  traiter  dans  cet  article. 

{Edinburgk  Remew.) 


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^iitoirt.  —  |)l)Uo«opl)te  (i). 


LES  PREMIERS  JÉSUITES. 


I. 

IG.'VACB  DK  LOrOLl*  —  FRANÇOIS  XAVUK. 


Le  15  août  1534,  à  l'heure  où  toute  la  chrétienté  catho- 
lique s'éveillait  pour  célébrer  Tassomption  de  la  mère  du 
Christ,  on  vit  une  petite  troupe  de  religieux  descendre  le 
parvis  de  la  cathédrale  parisienne  et  traverser  la  ville  encore 
silencieuse.  Eux-mème^  observaient  un  silence  profond,  si  ce 
n'est  quand  ils  chantaient  par  moment  quelques  versets  des 
hjmnes  matinales.  Ils  montèrent  ainsi  jusqu'au  sommet  de  la 
Colline  des  Martyrs,  et  descendirent  dans  la  crypte  creusée  i 
l'endroit  même  où  l'apôtre  de  la  Gaule  avait  cueilli  jadis  la 
pafane  sanglante.  Un  homme  de  stature  moyenne ,  sur  le 
front  dépouillé  duquel  la  trace  de  bien  des  souffrances  était 
empreinte,  et  dont  un  teint  basané  révélait  l'origine  étrangère, 
gaidah  cette  sombre  phalange  avec  la  précision  mécanique 
et  les  gestes  réguliers  d'un  chef  guerrier.  Ses  yeux  éttnce- 


(i)  NoTB  DU  DIRECTEUR.  Cet  «rticle  est  de  ThoDorable  Babington  Uà- 
caulay,  l'ex-mmûtre  de  la  guerre  du  cabinet  ^hig.  Entre  autres  mérites, 
fl  OMu  a  paru  le  pendant  obligé  de  Tarticle  sur  Port-Royal.  Voir  la 
itevue  Briîatmifve,  mai  et  juin  de  cette  année. 


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28  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

lants  au  fond  de  leurs  creuses  orbites,  étaient  de  ceux  que  le 
physionomiste  interprète  le  plus  aisément,  et  auxquels  il  re- 
connaît ce  pouvoir  fascinateur  dont  un  petit  nombre  d'hom- 
mes, agents  énergiques  du  bien  ou  du  mal,  sont  investis  ici- 
bas.  Vous  retrouverez  cette  figure  en  tète  de  presque  tous  les 
livres  du  seizième  siècle  publiés  par  la  compagnie  de  Jésus  : 
c'était  celle  d'Ignace  de  Loyola. 

Près  de  lui,  sous  les  voûtes  de  Saint-Denis,  un  autre  pieux 
serviteur  de  Dieu  vint  s'agenouiller.  Sa  contenance  mâle,  sa 
démarche  ferme  et  joyeuse,  ses  traits  nobles  et  ouverts,  la 
sérénité  de  ses  grands  yeux  bleus  contrastaient  avec  l'aus- 
térité solennelle  de  ce  pieux  pèlerinage.  François-Xavier, 
jeune  encore  et  récemment  sorti  du  monde,  unissait  à  la  di- 
gnité du  grand  d'Espagne — sa  naissance  lui  donnait  ce  titre, 
—  la  grâce  que  l'habitude  des  cours  avait  développée  chez 
Tex-page  de  la  reine  de  Castille. 

Pierre  Faber,  naguère  berger  dans  les  montagnes  de  Sa- 
voie et  maintenant  élevé  aux  saints  ordres,  était  monté  à 
l'autel.  Nicolas  Alphonso  Bobadilla  et  Simon  Rodriguez,  — 
l'un  professeur,  l'autre  élève  de  philosophie,  —  lui  servaient 
d'acolytes.  Au  pi^d  de  l'autel,  ces  deux  êtres  frêles  et  en  ap- 
parence si  peu  faits  pour  les«fatigues  de  l'apostolat,  c'étaient 
Alphonso  Salmeron  et  son  ami  de  cœur  JagoLay nez, destiné 
à  remplacer  plus  tard  Ignace  de  Loyola.  Le  saint  sacriûce 
s'accomplit;  le  pain  sacré  toucha  leurs  lèvres;  leurs  voix 
unies  s'élevèrent  ensuite  prononçant  un  serment  qui,  reli- 
gieusement gardé  entre  tous,  devait  agir  puissamment  sur  l'a- 
venir des  nations. 

Tout  le  monde  sait  quelle  fut  la  jeunesse  de  Loyola,  sa  vie 
dissipée  de  courtisan  poète  et  de  cavalier  amoureux;  com- 
ment une  blessure  reçue  au  siège  de  Pampelune,  en  lui  fer- 
mant la  carrière  des  combats  et  de  la  galanterie,  rejeta  dans 
une  voie  nouvelle  cet  esprit  ambitieux  que  de  pieuses  lec- 
tures fanatisèrent  tout  à  coup.  Nous  ne  redirons  pas,  après 
tant  d'autres,  les  bizarres  exploits  de  ce  chevalier  de  la  Vierge, 
qui  fut  pieux  avant  d'avoir  cessé  d'être  sensuel,  et  dont  les 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  29 

premières  extases  subirent  le  reflet  erotique  des  mœurs  de 
son  temps  et  de  son  pays.  Nous  ne  le  montrerons  pas  non 
plus  lacérant  son  corps  avec  l'impassibilité  du  fakir  indien, 
et  ne  cessant  ses  jeûnes,  ses  macérations,  ses  tortures  phy- 
siques et  morales,  qu'au  moment  où  l'enthousiasme  religieux 
allait  dégénérer  chez  lui  en  une  sombre  folie.  Ce  tableau  est 
partout  (1).  Ce  que  nous  pouvons  dire  seulement,  en  résu- 
mantlc  sens  caché  d'une  histoire  bien  connue,  c'est  que  jamais 
peut-être  un  homme  ne  réunit  à  ce  point  des  dons  aussi  dis- 
parates ,  et,  dupe  d'une  imagination  exaltée  au  delà  de  toute 
poésie,  n'y  joignit  un  sens  plus  droit,  des  ressources  plus 
nombreuses  et  une  habileté  pratique  plus  consommée.  Partici- 
pant à  la  fois  de  Swedenborg  et  de  Franklin,  Loyola  nous  a 
prouvé  que  la  fusion  de  deux  natures  en  apparence  si  oppo- 
sées n'avait  rien  d'impossible  et  de  monstrueux. 

En  reprenant  sa  place  dans  la  société  humaine,  au  sortir 
d'une  solitude  hantée  par  de  véritables  visions,  Ignace  y  adopta 
la  conduite  et  y  remplit  les  devoirs  que  lui  imposait  sa  profes- 
sion religieuse.  Ses  premiers  travaux,  accomplis  à  cette  épo- 
que, produisirent  un  livre  assez  peu  connu  des  littérateurs 
pfoianes,  mais  dont  l'Eglise  n'a  pas  perdu  le  souvenir.  Il  y  a 
peu  d'années,  le  successeur  actuel  de  saint  Pierre  ordonna 
une  nouvelle  traduction  latine  du  manuscrit  de  Loyola,  la  seule 
qui  existât  imprimée  se  trouvant  défigurée  par  de  nombreuses 
incorrections.  Sous  cette  nouvelle  forme,  l'ouvrage  dont  nous 
parlons  a  été  recommandé  à  toute  la  chrétienté  par  une 
bulle  de  Paul  III  et  par  une  lettre  encyclique  du  Général  des 
Jésuites  (2).  Nous  n'ajouterons  pas  à  d'aussi  augustes  suffrages 
la  sanction  très-peu  souhaitée  que  leur  pourraient  donner  quel- 
ques hérétiques  du  Nord  ;  seulement  nous  ferons  remarquer 

(1)  Voyez  \a  Revue  Britannique,  2»  série,  tomeVIII,  page  261. 

(2)  Ce  livre  a  été  imprimé,  en  Angleterre,  en  1827;  il  a  pour  titre  : 
Exercitia  spirUualia  S.  P.  Ignalii  Loyolœ,  cum  vertione  literali  ex 
autO'jrapho  hispanico,  PrœmiUuntur  R,  P.  Joftnais  Roothmbn,  pr«- 
positi  generalis  Societatie  Jeeu ,  Hterœ  encyclicœ  ad  patres  et  fratreê 
^jttêdem  tocietatii,  de  epiritualium  exercitiorutn.  5.  P*N.  studio  etutu. 


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30  USS  PREMIERS  lÉSUITES. 

que  sur  ce  sojet,  Knox  loi-même»  s'il  reprenait  possession  de  sa 
chaire,  serait  du  même  avis  que  le  Saint-Siège.  Les  Exerdeu 
êjnritueU  sont,  à  proprement  parler,  un  manuel  de  conrer- 
sion  ;  ils  proposent  un  plan  de  discipline  intérieure,  au  moyen 
duquel,  en  quatre  semaines,  ni  plus  ni  moins,  la  métamor- 
phose d'un  pécheur  en  fidèle  serviteur  du  Christ  est  de  point 
en  point  réalisée.  C'est  par  la  terreur  et  l'humiliation  que  ce 
travail  commence.  Elles  durent  huit  jours.  Après  cette  pre- 
mière période,  une  seconde  de  même  durée  se  consacre  i  ce 
que  l'écrivain  chevaleresque  appelle  <t  l'enrôlement  dans  l'ar- 
mée croyante.  »  On  passe  ce  temps  à  étudier  la  vie  du  chef  di- 
vin de  cette  armée  et  à  choisir,  avec  les  précautions  les  plus 
scrupuleuses,  le  mode  d'existence,  soit  mondaine,  soit  régu- 
lière où  l'on  croit  pouvoir  suivre  avec  le  moins  de  périls  les 
traces  du  Sauveur  des  hommes.  Pour  soutenir  le  soldat  de  la 
croix  dans  la  guerre  immortelle  qu'il  va  déclarer  i  Vesprit 
du  mal,  il  doit  arrêter  sa  pensée,  pendant  la  troisième  se- 
maine, sur  Tablme  de  malheurs  où  descendit  le  Fils  de  Dieu 
pour  racheter  la  race  d'Adam  ;  puis  enfin  les  huit  derniers 
jours  sont  consacrés  i  des  méditations  plus  consolantes,  et 
tandis  que  l'àme,  encore  prisonnière,  mais  dégagée  de  ses 
liens,  chante  avec  ferveur  son  triomphe,  ses  aspirations  l'em- 
portent vers  le  ciel,  où  elle  contemple  au  sein  des  mystères 
irrévélés,  des  gloires  que  l'imagination  n'avait  pu  concevoir 
encore  :  alors,  et  alors  seulement,  s'achève  cette  veille  des 
armes  spirituelles  par  une  sorte  d'holocauste  intérieur,  où 
toutes  les  joies  humaines,  tous  les  intérêts  humains  disparais- 
sent consumés  par  le  feu  de  l'amour  céleste,  sur  l'autel  d'un 
cœur  régénéré. 

Au  premier  coup  d'œil,  un  esprit  sceptique  pourra  ranger 
parmi  les  visions  étranges  des  académiciens  de  Laputa,  cette 
espèce  de  procédé  mécanique,  qui  modèle  une  révolution  de 
la  conscience  sur  le  cours  d'une  révolution  lunaire.  Mais  pre- 
nons-y garde,  dans  sa  grande  œuvre,  la  seule  qui  soit  vérita- 
blement digne  de  survivre  au  travail  des  siècles,  Ignace  ne 
s'est  pas  montré  un  rêveur  absurde;  son  instinct  d'un  ordre 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  31 

rare  et  supérieur  lui  permettait  de  revêtir  toutes  les  transfor- 
matioDs  de  la  sagesse  mondaine  et  d'en  adopter  tous  les  cal- 
culs, alors  même  qu'il  se  livrait  sans  réserve  &  des  extases 
dont  le  monde  n'a  pas  l'intelligence  et  avec  lesquelles  il  sym- 
pathise peu.  Sous  ce  point  de  vue,  son  esprit  ressemblait  au 
corps  de  François-Xavier,  l'un  de  ses  plus  grands  disciples, 
qui,  lorsqu'il  prêchait  ou  administrait  le  baptême,  s'enlevait 
majestueux  vers  les  cieux,  tandis  que  ses  pieds  tenaient  en- 
core i  la  terre.  Les  Exercices  ipirituds  eux-mêmes,  si  éloignés 
qu'ils  semblent  des  moyens  par  lesquels  se  domptent  au  sein 
des  affaires  et  des  plaisirs  terrestres  les  convictions  indivi- 
duelles, ne  pouvaient  être  conçus  que  par  un  homme  habitué 
i  contempler  le  drame  des  passions  et  à  juger  avec  un  discer- 
nement supérieur  les  acteurs  qu'il  met  en  scène.  Un  autre 
éloge  que  nous  devons  à  ce  livre,  c'est  que,  presque  toujoxnrs 
fidèle  à  ce  qu'on  peut  appeler  l'orthodoxie  évangélique,  il 
supporterait  en  plusieurs  de  ses  parties  l'examen  d'un  synode 
protestant.  Ignace,  s'il  accordait  aux  demi-dieux  de  Rome 
des  hommages  que  nous  devons  regarder  comme  entachés 
d'idolAtrie,  réservait  à  l'Être  auguste  qui  seul  y  a  droit,  sa 
suprême  adoration.  S'il  attribuait  aux  rites  expiatoires  une 
confiance  mal  fondée  selon  nous,  cette  confiance  il  l'accor- 
dait aussi  aux  souffrances  plus  qu'humaines  de  cette  parcelle 
divine  cachée  sous  notre  périssable  et  faible  organisation. 
Deux  siècles  plus  tard,  un  des  hommes  qui  ont  le  plus  libre- 
ment respiré  ici-bas  l'atmosphère  des  régions  invisibles,  a 
produit  une  œuvre  qui  offre  de  frappants  rapports  avec  les 
Exercices  $pirifnel$:  c'est  qu'il  y  avait  entre  Philip  Boddridge 
et  Ignace  de  Loyola  ces  points  de  contact  qu'on  retrouvera 
toujours,  —  quelque  éloignés  qu'ils  soient  à  la  circonférence 
de  ce  vaste  cercle,  -^ceux  qui  ont  pour  centre  commun  le 
grand  et  réel  objet  de  la  religion  chrétienne. 

Kitre  la  publication  des  Exereicee  spiritueïâ  et  les  vœux  so- 
lennels prononcés  à  Montmartre,  neuf  ans  s'étaient  écoulés. 
Pèlerinages,  hauts  faits  ascétiques,  œuvres  miraculeuses,  parm 
lesquelles  il  faut  surtout  compter  la  vie  même  du  saint  conser- 


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32  LES   PREMIERS  JÉSUITES. 

vée  à  travers  les  périls  de  toutes  sortes  où  rentralnait  sa 
piété  martiale,  remplirent  ce  laps  de  temps.  Une  sorte  de 
vision  brillante  marchait  devant  lui,  et  pour  la  suivre  rien 
ne  coûtait  à  son  inflexible  courage.  Le  jour  où  il  en  eut  la 
perception  la  plus  distincte  fut  peut-être  celui  où,  agenouillé 
sur  la  montagne  des  Oliviers,  il  y  pressait  de  ses  lèvTcs  la 
trace  indélébile  que  le  pied  du  Rédempteur  y  a  laissée.  A  cet 
endroit  sacré,  où  sa  sublime  tâche  avait  pris  fin,  il  fut  peut- 
être  donné  à  son  ardent  adorateur  de  discerner  dans  un  avenir 
que  Tœil  de  la  foi  pouvait  seul  sonder,  la  longue  succession 
de  travaux  que  devaient  accomplir  des  missionnaires  animés 
par  son  exemple  d'un  enthousiasme  nouveau.  Cependant  que 
d'obstacles  s'élevaient  entre  Loyola  et  ce  but  glorieux  I A  trente 
ans,  il  ne  possédait  que  la  langue  de  son  pays,  la  science 
bornée  des  camps  et  le  souvenir  de  quelques  biographies  de 
paladins  ou  de  saints.  Quelle  prodigieuse  confiance  pouvait  le 
désigner  à  lui-même  comme  le  maître  prédestiné  de  ceux  qui 
devaient  instruire  le  monde?  N'importe;  sans  calculer  ses  es- 
pérances, il  reprit  la  route  deBarcelone,  où  on  le  vit  se  mêler  aux 
enfants  pour  apprendre  avec  eux  les  premiers  rudiments  de 
la  langue  latine.  Ici  nous  revient,  mêlé  à  l'admiration  qu'une 
pareille  énergie  nous  doit  imposer,  le  souvenir  railleur  de 
ces  luttes  que  l'héroïque  écolier  prétendait  avoir  soutenues 
contre  le  malin  esprit.  Celui-ci,  disait-il,  revêtant  les  dehors 
d'un  ange  de  lumière,  troublait  la  mémoire  de  son  antago- 
niste en  le  conviant,  lorsqu'il  conjuguait  le  verbe  amo^  à  des 
élans  d'amour  divin  réveillé  par  les  divers  sens  des  mots 
qu'il  était  contraint  de  prononcer  ;  une  piété  inopportune 
s'opposait  ainsi  aux  progrès  du  saint  élève,  qui  fut  contraint 
de  faire  intervenir  entre  lui  et  le  démon,  la  discipline  sévère 
du  pédagogue.  Celui-ci,  flagellant  fort  libéral,  réussit  à  mer- 
veille dans  ce  singulier  exorcisme;  amo  et  tous  ses  temps  de- 
vinrent familiers  à  Ignace.  N'est-ce  pas  ainsi  que  Thomas  à 
Kempis  apprit  à  parler  intelligiblement?  et  le  docte  Erasme 
ne  révéla-t-il  pas  sous  le  fouet  du  professeur  qu'il  avait  trou- 
blé dans  ses  dévotions,  les  trésors  cachés  de  son  intelligence 


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LES  PREMIEBS  JÉSUITES.  33 

et  de  sa  mémoire?  De  même  pour  Ignace,  que  son  énergie 
rendit  vainqueur  de  tous  les  obstacles»  et  qui  devint  en  1528 
élève  d'humanités  et  de  philosophie  à  l'université  de  Paris. 

Se  fût-on  douté  à  cette  époque,  en  voyant  une  sorte  de 
jfirère  mendiant  qui  foulait  de  ses  pieds  nus  les  routes  des 
Pays-Bas  et  de  l'Angleterre ,  —  méprisé  des  savants  dont  il 
venait  demander  les  leçons, — repoussé  des  riches  auxquels  il 
tendait  humblement  la  main; — se  fût-on  douté,  disons-nous, 
que  cet  homme  roulait  dans  sa  pensée  des  ambitions  plus 
vastes  que  celles  des  Valois  et  des  Tudor?  Il  en  était  ainsi 
cependant,  et  ce  fut  à  l'université  de  Paris  que  les  projets 
d'Ignace,  longtemps  caressés,  commencèrent  à  se  réaliser. 
L'Espagne  était  alors  une  terre  aventureuse,  où  les  compa- 
triotes de  Gonzalve  et  de  Fernand  Cortez  écoutaient  volon- 
tiers quiconque  les  appelait  à  la  conquête,  soit  de  ce  monde 
soitde  l'autre.  Gràcesà  cet  esprit  de  docilité  téméraire,  Loyola 
put  faire  de  ses  compagnons  d'étude  autant  de  fervents  dis- 
ciples. Ce  n'était  pas  un  convertisseur  vulgaire.  Aux  natures 
timides  et  contemplatives,  il  savait  prescrire  les  exercices  les 
plus  redoutables  de  l'activité  chrétienne.  Il  domptait  l'ardeur 
des  caractères  expansifs  et  gais,  par  l'audace,  la  vivacité,  le 
merveilleux  entraînement  de  ses  exhortations.  S'agissait-il 
d'un  débauché  engourdi  par  les  jouissances  sensuelles,  et  que 
rien  n'avait  pu  toucher  jusqu'alors,  Ignace  se  montrait  à  lui 
plongé  jusqu'au  cou  dans  un  marais  ghicé,  pour  le  tenter 
par  cet  empire  souverain  de  l'esprit  sur  la  matière.  Falhdt- 
il  parler  au  cœur  d'un  prêtre  endurci  dans  le  péché,  il  allait 
s'agenouiller  à  ses  pieds,  et  par  le  récit  pathétique  de  ses 
frutes  passées,  par  l'humble  expression  de  ses  remords,  par 
les  flots  de  larmes  que  ce  souvenir  lui  arrachait,  il  ouvrait 
dans  le  sein  du  confesseur  étonné,  attendri,  confus,  les  vi- 
res sources  de  la  pénitence.  On  le  vit  engager  une  partie 
coatre  un  joueur  effréné  à  condition  que  le  perdant  se« 
Fait  pendant  un  mois  à  la  disposition  de  son  antagoniste;  et 
venant  à  gagner,  il  prescrivit  au  sien  la  retraite  et  la  prière 
pendant  un  mois.  D'autres  cédèrent  tout  d'abord  et  sans  lutte 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  S 


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àia  éoiàAt  infiueiiee  de  wmk  eMmpile  «et  'demn^me;  c'ert 
faomi  ceax-^là'qiie  forent  dMA^  à  4ok  «ceepimo  près,  1m 
prenaîers  inenibves  de  sott  orére  mi  ^vocRtu*;  oe«K4à  mtaid 
•^£41.^1014)611»  jirènnt^eifli^vesinaiin  â'ateoompaeiierleiir 
fire  9|»rhuel  dans  la  «rnsmi  Cfu'il  «e  proposait  4e  perler  ea 
0PileBiiiie,'Cni,-fli4e6  dbèwm  de  «e  paysleor  ètaietft  fermée,  ût 
m'alicrincMieà  hi  diapoBilmiîadMolue^iimeRir&AeMee^ 

Miimpètaeiix'ipi^esMiiit'Mé  les  prenîen*MaiK*del2DYcte 
«ns  4a  peiléatiM iqu'^H  «mit irèvèe,  fl  4ie  'iEi«t  pas  «'«UenAie 
àJe^mr^aniproiMlIve,  fMftelteqiM*queB4éMM,«(mteiiicn9e 
«BtMpiîae.  )Laimuirt  sesdiacipteBAvFarifi,  sm* 4eB  fifres  4fe 
JiBive  F Aec,  icfin  J9tt^lB7«ch0raM<Nit  kws'étaAM»  9< 
4it  pMr4 'Espagne,  4)ù31  ^«"ouMl  'einMer  de  «emélleB  : 
«AnrMtt  pfaui  iie  «aspagHe,  «l0e  aoostrampeiilHfetieaiflt 
iM(;nTn  rl'unnfinnfUmltf  ^^^'""^^  a^ec^es  Murs  «éMafts. 
BnaTUver  de  fëWseirieiHeiitDB  eemmeneèroirt  tear  pHeri* 
teee  vers^la  vitle  •èk&mé^.  fVançàwIKtfmf  éltriti  levff'tètei. 
Ce^caraHer^Gcm^K,  gutéàtA  ime'sâifitevMiciiiie  an  senfi^ 
MefftS'âe  ^vanité  qa-II^fiffrit  mie«ère  de  BawipèmfrHé'âaHB  tow 
les  «esercMes  4a>eerpB,  se  'prépam  penr  le* voyage-en  liasit  ses 
jBufceB'et  set  bm»  «de  oatfleteltoB  ^serréèa.  Cte^fat  mwi^im'g 
poavMKvit  aa  iieÉ>e«wc mn^coiiêtaitce  laeédéntoateime,  jtE9^ 
^àise  <|ae  ia  44uâr  >OOTvodée^t  peor  wm 
lîpB]oa(ts4Bpii  lacaanpiâauneBft.  TinefiiArifeiOB  URiiierieAse  smp» 
|tta>radtiBiittle4AeBclni«ii^M,  ^  leroiaHM  pfaaesqw  md 
«RHifae  eni  Wawrait  m  {>iiMr  aani  proniptcuiMt.  Les  samfa 
nfageiiia  «vqoigiifrait  i  ^kmm  <%«nHae^étwmairt  dont  ils 
amiieift  reeo«M  tadtenté.  lA  ils  se  rtfdkretti  ilans  les  Mpt-» 
iMs«a«x  eepviees  les  |AaBTëbirtaifls,tft1es  exploits  de'Ksmr, 
knqovrseBiperK  par  sea  afle,  allSrenlîà'des  extrtaiitès  que 
sms  ne  aaanoas  Tefin  sans  sonlefer  chez  'nos  iGdtesrs  oes 
aipagnanoes  pli]!siq!ies  aasqwelfes  nous  ii'avoBS  pas  niissioii 
de  les  Mdorcnr.  Vsadis  qvTH  s^tffligeait  nnsi  les  toitures  du 
pa^^loire.  l'ardent  nissiomiaire  «spirait  pST'arraiice  toas  les 
aavis^Biriei«8 4a  séjour  «èîeste.  !Par  deux  fois,  ses  liorribles 
f&iiteaees  et  les  ^enfrreneBFts  fiétreax  doot  elles  ëttàsot  sm^ 


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L9S6  MâMiMê  l4Wli*W>.  tt 

vies  le  mndtifeiireiit  irox  piMfted  4«i  %Mrt)eani ,  4et  4«yis  ces  fM^ 
mentd,  qu'il  croyatft  «mp^Âmes,  fl  se  iltmijMnra  placer  Mus  ks 
yemiflela fbule,  dMis  «qmkpie «nAreft  publie,  afin  ^  4^ê^ 
ner  par  )«  spettatole  'de  stm  èpùneiiieMt  4ft  «Hé  Mi  pAlear  nM 
leçofi  deirtiière  à«enx  poiir  i]m  se^  lè^wes  lié  ^MMivêJiièiil  ftaft 
afHSenlenr  une  «enlc  par  ote. 

fie  tête  prodiges,  tpCîlk  •se^îMil'MewmipRis  par  tes  ««Ints  4% 
ftome  on  ceux  de  Mfrmit*z,  sftteiftet^  une  si  gravide  ««périorité 
de  riMelleet  «tir  fetjjstfiiscASiefn  plrfsiqQe,  <Sfi*i^  ne  jXMivteitt 
tttt  eirrisagéi»  «sms  wi  sentimeiift  voisin  d«i  t^sq^t.  £a  «omnie 
peiiif%nt,  16  raKir  qn  ««gué  svr  10s  cranpram  wng^aiics  oo, 
sws^^effS^eMMta&bé,  pMT  mpMit«r  attltat  ^"^il  est  en  M 
llKmeur  de  tfm  sup^Ufee^  !M«s  apparaît  cKHanie  le  suicide  !• 
I^hs  «MfMq«ié#t  ^des  iie«x  it  te  iMtiiis  «ii§dt  «  Même.  Sm 
hommage  est  dd  moifis  ^pprdprfé  A  la^ditinité  qu'il  ymt  ha»- 
mnw.  An^cenimlf^  llÊft^  dM»  4oftl  Igmee  •et  ses  «dbépeiits 
ont  pria  te  mùm ,  égaleisaent  \ict)ddè«x  ées  ilhisîens  4»  tMi^ 
Cime  «4  4ee  MidMiew  iMUérielleB  qai  dégmdeM  mytre  iia«- 
tMe>  «ereponasaltt  *«^«i<ydëte««MiBie4««^m  le  repos  a«  seîM 
de  fa  ^te  4ioisesfiqtte>  im  les  'OOMelatiom  iiiKoonites  que 
riidiiime«lil#gié  d^M  peMtft  fieaideati  remontre  mix  miUe  d6^ 
tM»  êè  an  pénlMs  MiAe.  IPmr  ^«1414  tt  «èfeait  fiMctte  dtea*- 
gbMT  «n  wMe  iHoiM  logique  en  ÊÊ/bîmà  en  IwnÉnnie  av«e«a 
dflNMeM-  <ft  «MiaadlèMMe  8étMlé>  <i(ae  e^fte  rediercfae  d'é>- 
MgttdM  v<t(lto«flfl>»  tiBaàaMftidea«OF(Bdas,  'oes  ia^tiles  touè^ 
i«iili»a*ei4i!isparteapt»iaicffsme«ii)re^ 
JéMa.  fiâfif^àÊi  lnHÉtna  eut  te  tort  de  teètanm^  iHefteouragen^  de 
paMi(«r  ces  wtm^agaïkices^  ftM  «estèrîtair  él«it««B6i  défait  ^be 
criiiée  Wi  ttaifPagMii^  mm  iii  4«Mt  dtMr,  «os  dltee  araé  4e 
p»inte»ii«MiaigQèft,«0n«4giMe  iauntaévèreetàHasi  vebvtait: 
Laa^MSMnesdNiiéiiqiies'enipalpatdesfnsôirt  > 

q«{  hAsftMit  à  l'èntréeiieB  ohamina  ardÉs^  iguoe  Tùfiit  aea  f 
diirtplia»  i  toat  de  MitfMMRi^  laiigtîr  et  6È£oanri»er  aatonr 
de  J«i,4M<is  f  oélotr  tettt  adminiatrer  tfaritrés  aeoottrê  que  i^ahd 
de  Ml  faânfeafnes  pitapliéÉiw  :  ixTem  gnérifèa^  ^disait*!,  ei» 
raisttfé» ,  lis  gttéristâettt  qndqaefna.  X'«n  dea  ph»  detfx  et 


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36  LES  PREMIEES  JESUITES. 

des  plus  résignés  —  c'était  Rodriguez,  —  s'étant  écarté  pour 
chercher  des  secours  dans  un  ermitage  solitaire ,  trouva  sur 
son  chemin ,  armé  d'une  épée  nue  et  proférant  des  menaces 
atroces,  une  sorte  de  géant  à  l'aspect  terrible.  Un  autre  jour, 
Ignace  était  à  l'autel,  récitant  le  Confiteor,  au  moment  même 
où  un  autre  de  ses  compagnons  (Hosez)  rendait  le  dernier  sour 
pir.  A  ces  mots  :  «  et  omnibus  êanctiSy  »  l'innombrable  armée 
des  saints  et  des  martyrs  déroula  ses  brillantes  phalanges  aux 
yeux  du  prêtre  ébloui,  et  parmi  eux,  resplendissant  de  gloire, 
il  déclara  qu'il  apercevait  le  frère  bien-aimé  qui  venait  de  les 
quitter.  Voyageant  avec  Laynez,  Ignace  eut  une  vision  encore 
plus  solennelle  :  elle  lui  montra  l'invisible  Toutr-Puissant , 
celui-là  dont  le  nom  ne  doit  pas  être  pris  en  vain ,  et  aapiés 
de  lui  le  Sauveur  des  hommes  courbé  soos  sa  croix  :  a  A  Rome  1 
disait  ce  dernier,  à  Rome  je  vous  serai  propice.  » 

n  ne  fiiut  pas  croire  néanmoins  que  de  pareils  artifices,  — 
devons-nous  les  nommer  *ainsi  ?-*  renouvelés  chaque  jour, 
maintenaient  seuls  l'autorité  d'Ignace  sur  ses  compagnons.  Il 
avait  à  s'assurer  la  soumission  d'âmes  élevées,  dont  le  zèle  et 
Tintrépide  résignation  égalaient  sa  résignation  et  son  zèle.  Pour 
cela,  les  pénitences  corporelles,  les  rêves  extatiques,  n'aa- 
raîent  pas  suffi  pendant  les  dix  longues  années  que  dura  leur 
discipline  expiatoire.  Or  Loyola  n'était  pas  tdlement  perdu 
dans  la  contemplation  du  monde  immatériel ,  qu'il  n'eût  éto- 
dié  à  fond  et  celui  où  il  vivait,  et  les  frcnltés  des  eréatores  qui 
r  habitaient  avec  lui.  Il  s'était  rendu  compte  depuis  longtemps 
de  l'influence  qu'exercent  sur  le  cœur  humain  la  connaissance 
de  lui-même,  une  activité  perpétuelle  et  l'habitude  de  la  souf- 
france; aussi  tournait-il  sans  cesse  les  regards  de  ses  disci- 
ples sur  les  profonds  abîmes  et  les  détours  ténébreux  de  leur 
conscience,  jusqu'à  ce  qu'une  sorte  de  £atigiie  inconnue  les 
repoussât  de  cette  contemplation  extrême,  de  l'angoisse  et  de 
l'humiliation  qu'elle  amène  naturellement ,  à  celle  des  mys- 
tères consolateurs  et  glorieux  qu'offrent  les  régions  séraphi- 
ques.  Il  les  dressait  à  une  activité  sans  relâche  qui  épuisait 
tous  les  moyens. avant  de  renoncer  à  une  fin  quelconque»  et 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  37 

des  efforts  qui  avaient  dû  tout  d'abord  leur  coûter  le  plus,  il 
arait  fait  autant  d^exercices  spontanément  recherchés  et  ac- 
complis avec  une  sorte  de  joie.  Il  les  avait  accoutumés  à  toutes 
les  privations,  à  toutes  les  souffrances  qu'une  ingénieuse  vo- 
lonté peut  imaginer ,  jusqu'à  ce  que  la  résignation ,  devenue 
habitude,  en  eût  fait  des  plaisirs  aussi  réels  qu'ils  sont  incom- 
préhensibles à  quiconque  ne  les  a  jamais  goûtés.  Amalgamant 
en  eux  l'esprit  stoîque ,  l'orgueil  du  mystagogue ,  l'enthou- 
siasme ardent  du  prosélytisme ,  il  jeta  ainsi  les  bases  d'une 
instilation  mieux  adaptée  qu'aucune  autre  ne  le  fut  jamais  à 
la  mission  que  son  fondateur  lui  destinait. 

Il  faut  en  convenir ,  de  toutes  les  occupations  auxquelles 
rh<Hnme  peut  vouer  ses  premières  années,  aucune  ne  modifie 
son  caractère  d'une  manière  aussi  décidée  et  ne  lui  imprime 
un  cachet  aussi  durable  que  la  profession  des  armes  ;  aucune 
ne  met  en  jeu  aussi  régulièrement  et  pour  autant  d'emplois 
divers  nos  facultés  sympathiques;  et  lorsqu'une  fois,  pour 
une  raison  ou  pour  une  autre ,  l'intelligence  du  soldat,  trop 
souvent  perdue  dans  une  sorte  de  torpeur ,  s'éveille  à  des 
idées  nouvelles ,  à  des  désirs  que  sa  profession  ne  lui  rend 
pas  familiers,  ces  idées  et  ces  désirs  le  trouvent  investi  d'une 
puissance  supérieure  qu'il  doit  aux  sains  enseignements  de 
cette  école  pratique.  Ce  qui  domine  chez  Loyola,  et  cela  jus- 
qu'à son  dernier  jour,  c'est  le  génie  ferme  et  décidé  du  sol- 
dat. Ses  disciples  avaient  en  lui  tour  à  tour  un  général  dont 
l'autorité  ne  pouvait  être  mise  en  question,  un  camarade  sur 
la  cordialité  duquel  ils  devaient  compter  et  qui  prenait  sa 
part  de  tous  les  dangers  et  de  toutes  les  misères  bravées  par 
ses  ordres  ;  dans  leurs  campagnes  religieuses ,  un  stratégiste 
consommé,  dont  le  coup  d'œil  était  sûr,  la  décision  prompte, 
la  surveillance  infatigable.  H  avait  de  ces  maximes  qu'on  re- 
trouve à  chaque  instant  dans  la  bouche  des  grands  capitaines. 
n  savait  le  secret  de  ces  manœuvres  hardies  qui  assurent  le 
succès  des  batailles.  Engagé  avec  des  forces  inégales  contre 
un  ennemi  supérieur  en  nombre,  il  n'hésitait  pas,  l'heure  ve- 
nue, à  diviser  sa  petite  armée,  calculant  à  merveille  la  portée 


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des  vagiie»  Ittrveur»  (fie  àthibUm  ^ef^m&BA^  Msites.  mx  loin, 
•îittaii  dftAft  )e&  r^H^  <bi  Vmmibî  qWoa  a  devant  soi.  L'idée 
dft  ¥aÛBete  le  kubinuûsiiie  e«  coAveriwaoi  4  la  foi  da  BUme 
toojhe»  lei^  m^ioBs  harbMe»  oa  i  denù  «i.viU»éeft  qû  avaioat 
j«8€pe*là  4ek0W^  i^  b  v^va&Mi»  ehrétiesM»  éta»i  m.  4e 
«wptaDfi  gig^iite84|di(^^ûppk&  i  la  fin^  cpiele»  homms 
aifiéf «tviK  pMmaA  eMeevev  9eak.»  H  «ai  laptdte  cabn  4e 
.  |l^[9të0a  €h«rebjDil  k  dâtrakeyAag^etosie  par  lanrioe  de  aas 
MtouMs  kdieniMft.  Lesscpe  ma.  faojfil.  6it. anAlé,  eo  ae  Art 
pas  poiiir  lui  aa  aiédiocre  ivvrail  qpia^d».  ^ABdar  le  comc  et 
d'éprouver  les  foro^ft  <te&UQl»aantfT  «|P^Ii^  wniait  M^kqG^  é 
«eH^  cMKvve  si  difiktte  ai  si  ba»ir49U9a«  U  fiaUaiideahonmes 
9Qpériei»s<MA*6eiitoMn(  aw.  s^dac^iaag  da»  saaa  al.  ai»,  ta- 
iraût^  valgaws^  dé  la.  ra^ea  bimawa  t.  ma^  sojiteaaaai  anan 
am  tentatîaaa  «le.feai  aatlae  Vaisiivilà  4a  Valait  ai.  te  eaa- 
a^iaftce  dehantes  fiMuIiiis.  Caa  mis«iowviiaaq  dawmi  aa  traa- 
Yf^préparéa  à  toat  faîte,.  4lo«l  oaas»  awa  da  prima  saut, 
p«aar  atosi  djfe,  e4  séné  y  avoir  xiSéobi  d'aKaa«a»  UadavaîaaC 
4lre^  cooaamés  da  ce-  aèla  cpia.  les  sQuftraaca^  ai.  lea  dAsu^ 
pmtffmwi^  a'éieigaani  paa»  mm»  aa  mâma  lesipa  iQpmiir 
a^  iaipalaioiia  q/«i  d'ua  aoldai  d'al)ocd  docile  foot  souvaat 
an,  cbef  indâpeadaïKL  Après  y  aiiroîr  aiâraïaanyt  riflédii,.  aisvi 
pl^  saa  parplaxiiés  mdmas,  Ut  61  dea  chpix  iFséprochaUea  aans 
asii^eptiaa.  Xe  plaa  baavaax  da  tM»as  fat  oéaianoàis  cdoi  qai 
(eaaba  s«r  rboonne  doajb  ooiia  avoaa  rappelé  laa  cnidlaB  aior- 
iHBcalftOfi^  peadant  1»  voyaga  à.  Rooiew 

frao^ois.  Xavier,,  cadei  d/uA»  nomi^reusa  bmilla^  éiait  aé 
an  tS06^  àsm»^  Qbèïtea^da  sea  Mctoes,  au  miUaa  dca  Pyré- 
aéaa.  Actif  et  colN»te>  dlbainaur  gaie  et  d'esprit,  ajfdaat,.  le 
j^uaeaioatBQiaad  pr4iaii;u«ia  oml\»  émua  aux  lé^odisamiU- 
iaires  de  sa.  aiaisoa,  et  Uavai^  réY4  dujwib  tpule  soaeofiinae 
ai»  explaiita  fs»  lMiaa)«.  il  davait  barooéine  un  jpuc  iUnatwr 
sou  gloriaugi^  Ug^^age.  Maj6^  U  jalousa  teodfaasa  de  se8:pai;»Bts 
yauF  cet  enfant^  dernier,  fruit  de  leur  hyaien,  détauimases 
visées  entheasia&tes,  e(r  Veavoya^diâputei;  les-paLnes^Uttécairas 
les  lices.  pai^Ublas  da  l'université  de  Pari^  IL  n'y  aurait 


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m^  smbJairaiDA  pwQir  l'y.  mUmui  jiwqitVui. bmi^  »  9^ 

Mme  aloée^  jp»phite80  da  fiojec  domestiqpi^  n'avait;.  %rf 

mimoniaiitdliispiiaiÉîoQ.,  prédit  la  menceillftim  curttmril 

l'iminorteUe  H&mxpmm  qii  raaendaiant..Qn<te  sacrifii^  at 

devailr-oapM  fiuro  pou  aa  fiitur  saint,  glaûee^  ^noûr  dirrJK^ 

S^se  caiholiiQifil  Oq  n'bétHta  plus,,  at  on. a^Apoîaa. pavr  !• 

flttii^mi;  «L  «ûIU^  da  SainterBarJbe  „  jaaqp'4  oa  <||i;u  9a  Ot 

mis  en  étafcde  niliYaiûr  à  sasdépanm  par  las,  laçansi^pA 

donnait  conama  professanrde  philDMqjhia.  Sa^^haîve  bthîe»* 

Uieniouéa  d^nna  foola  atndiense,  at  saisaaiMé^.malieiiiMii 

pas  les  pins  riche»eft  lea^pkis  mblaa.  R  las  domoMt».  wiftJè;; 

•ais*à  oAté  d'aoz,.  non  paa*ay^eoanx9.  na  homnie  aartvanaiil 

dont  les^pairek»  mjBtériensa&exârçaiant  sw  Vaapol  do^jawn 

fKoftaams  nna  influanne  prosqna  naeqpe  ;.~«ial  vétn^,  mm 

de  haoie  t^manua;  ••-^désîniicessé  da  tontes  pamianss.  in» 

manifestant  cette  asdenr  c^intanna  deagens  (gie  hantenadM» 

aacrat  ;— solm  dedisoonrs»  mais,  qiundil  parlait,  singilUi»^ 

ment  persoasif.  at  antsainani  :  teL  était  le  charma  Tn'Tqiiinn 

de  Lofok  jftfait  snx aan  jeiui^ con(iagnon,. atdont  calojrcifca 

défiaadit  longtemps  aïoint  dfy  céder.  La  gaieté  faisait  la  fenA 

dn.  casactàne  de  Fnmcois  Xavier,.  eU  son  g^ave  monitaw  W 

fimniaanià  nn.inépuisable^ijyetde  rires  et  de  railleries»  Qi^ 

elt  ifit  qpB  I0  cinnc  du  légev  jaune  homme  cherchait  dans^vnn 

aaliie  quelquefois^amèjce  les  moyens^de  se  soustraire  à  de  so» 

lennalles- impressions,  qu'il  ne  pouvait  ni  accepter  de  bon^ 

ai  éviter  cependant.  Sait  qn'il  se  livrât  à.  ses  habitudes  da  plai- 

»  frivole  ,.soit  qu!U  poursuivit  les  recherches  de  la  sciiyicn 

sons  les  ombrages  qui  bordaient  alors  les  méandres  vèrdojanli^ 

de  kSeine^  Ignace  se  retrouvait  toa|purs  près  de  Ihî  pour  hi 

lùie  analysât  dans  leuc  néant  les  charmes  de  la  société»  du 

rétnde  ou  de  Isi  nature,  et  c^uel  qu'eût  été  leur  entretian,,li( 

même  question  la  tamûnait  toujours ,  saisissante  et  redmir* 

fable  :  «c  En  quoi  la  conquête  du  monde  sert-^lla  à  rhonuMu 

ai,,  gagnant  tout  larestft,  il  perd  son  &me?  ArDéj  ce  moniki 

dwt  Xaviac  cherchait  i  a'en^arei  lui  faisait  resswtîr  TocdH 


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hÙ  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

naire  effet  de  ses  attractions  perfides  ;  tout  en  l'enivrant  d'a- 
musements et  d'éloges,  il  enlevait  au  philosophe  séduit,  arec 
l'empire  de  soi-même ,  ses  élèves  et  ses  profits.  Ignace  lui 
rendit  les  uns  et  les  autres.  Il  s'était  feit  le  panégyriste  du 
génie  et  de  l'éloquence  de  son  ami,  et  lorsqu'il  lui  présentait 
les  disciples  attirés  par  le  miel  de  ses  éloges,  il  répétait  en  sa 
présence  les  discours  flatteurs  qu'il  avait  fait  entendre  au  de- 
hors; ensuite,  si  le  professeur  charmé  se  laissait  aller  à  l'exal- 
tation de  son  amour-propre  caressé ,  Ignace  la  refrénait  sur- 
le-champ  par  son  éternelle  question  :  «  A  quoi  tout  cela 
sert-il  ?  »  De  nouvelles  impnidences  rendirent  inutiles  ces  res- 
sources nouvelles  ;  mais  le  zèle^  et  l'amitié  de  Loyola  ne  se 
rebutèrent  point.  Pauvre  entre  les  pauvres ,  il  se  retrouvait 
pourtant,  le  jour  de  la  détresse  venu,  en  état  de  pourvoir  aux 
besoins  de  Xavier.  C'était  à  l'aide  d'aumônes  humblement 
sollicitées  qu'il  nourrissait  la  somptueuse  paresse  de  son  ami; 
mais  en  lui  livrant  ce  pécule  sans  cesse  renouvelé,  il  ne  man- 
quait jamais  de  lui  répéter  avec  une  solennité  légèrement  mé- 
prisante son  invariable  et  désolante  question  :  a  A  quoi  tout 
cela  sert-il?  »  Sous  cette  étreinte  robuste  à  laquelle  il  ne  pou- 
vait se  soustraire,  en  face  de  cet  austère  compagnon  toujours 
secourable,  toujours  indulgent ,  mais  sans  pitié  dans  sa  ten- 
dresse, Xavier  cédait  de  jour  en  jour  davantage  à  Virrésîs- 
tible  fascination.  L'impassibilité  de  son  mattre  s'étendit  à  lui; 
les  peines  et  les  plaisirs  terrestres  cessèrent  de  compter  dans 
sa  vie,  et  après  avoir  accompli  les  rites  initiatoires  des  Exer^ 
cices  'Spiritueït,  il  dépassa  tous  les  membres  de  la  Compagnie 
de  Jésus  par  sa  dévotion  fervente  et  la  rigueur  de  sa  disci- 
pline. 

Pour  si  brillante  que  fût  la  couronne  dont  il  s'assurait  la 
possession  dans  un  autre  monde,  il  n'eût  peut-être  pas  laissé 
dans  celui-ci  de  souvenir  durable  et  vivant,  si  Jean  III  de 
Portugal,  ayant  résolu  de  propager  la  foi  chrétienne  chei  les 
peuples  de  l'Inde  qui  lui  étaient  directement  soumis ,  ou  sur 
lesquels  son  influence  pouvait  s'étendre,  n'avait  demandé  au 
pape  de  lui  choisir  un  chef  pour  cette  pacifique  croisade.  Le 


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LES  PIIEMIERS  JÉSmTES.  <kl 

satBt-pére,  sur  Taris  dlgnace,  désigna  François  Xavier  ;  on 
n'aarait  pn  faire  un  choix  meilleur,  ni  trouver  quelqu'un  qui 
reçût  d*un  cœur  aussi  joyeux  une  mission  de  travail  infatigable, 
de  souffirances  et  de  mort.  Souvent,  dans  ses  visions  nocturnes, 
il  avait  senti  peser  sur  ses  épaules  la  forme  gigantesque 
d'un  Indien  sauvage,  à  peau  basanée  ;  souvent  il  avait  tra- 
versé des  mers  orageuses,  enduré  les  désastres  du  naufrage  et 
de  la  famine,  subi  toutes  sortes  de  persécutions  et  de  dangers  ; 
alors  et  à  mesure  que  ces  images  prenaient  un  caractère  plus 
dbayant,  il  sentait  s'accrottre  sa  soif  de  glorieux  sacrifices, 
et  demandait  avec  plus  d'ardeur  qu'il  lui  fût  donné  d'en 
consommer  de  plus  pénibles  encore  pour  la  conversion  de 
ThiuiaBité.  Lorsqu'il  vit  ses  désirs  sur  le  point  d'être  accom* 
plis  et  l'oeuvre  terrible  s'ouvrir  devant  lui,  sa  joie,  que  toute 
parole  se  refuserait  à  peindre,  né  trouva  pour  s'exprimer  que 
soupirs  et  sanglots  passionnés.  Ce  (ut  avec  une  gaieté  singu- 
lièfe  et  des  discours  empreints  de  la  plus  vive  allégresse 
qu'il  fit  la  route  de  Rome  à  Lisbonne  en  longeant  les  Pyré- 
nées à  la  tète  des  compagnons  de  son  futur  pèlerinage.  Alors 
qu'il  descendait  les  pentes  méridionales  de  ces  montagnes,  il 
eût  pu  voir  s'élever  à  l'horiicon  les  tours  qui  avaient  abrité 
son  enCance  et  autour  desquelles  sa  jeunesse  rêveuse  avait 
erré.  Là  vivait  encore  cette  tendre  mère  qui  pendant  dix-huit 
années  avait  pourvu  jour  par  jour  aux  besoins  de  son  bon- 
heur; là,  cette  sœur  sanctifiée  qui  avait  la  première  annoncé 
sa  hante  vocation.  Il  aurait  pu  les  voir,  disons-nous,  si  son 
regard  n'eût  été  ailleurs,  et  si  son  âme,  perdue  dans  de  plus 
hantes  régions,  ne  se  fût  trouvée  inaccessible  à  tout  sentiment 
humain,  même  aux  plus  sacrés.  Il  allait  vers  un  monde  déchu 
porter  les-  paroles  de  pardon,  et  il  n'avait  pas  une  heure  à 
peidre,  pas  une  larme  à  donner,  avant  de  les  quitter  pour 
toujours,  aux  êtres  qu'il  aimait  et  vénérait  le  plus  ici-bas. 

Ce  n'est  pas  sur  de  simples  conjectures  que  nous  dirons 
comment  sa  conduite  fut  appréciée  :  —  «  Je  me  soucie  fort 
peu,  tTè»-illustrissime  docteur,  du  jugement  que  les  hommes 
peuvent  porter  sur  moi  :  ceux-là  surtout  qui  le  prononcent 


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ayani  d'awii:  eoteodu.  et  compâ&  »  Ce  fut  ea  ces  tmanesv  i 
demipaiUeuFSM  à  dfi«iLiadigaéa,.q[fE'il  r^ondtt  aux  zmiûa- 
Uances.  d'un  de  se3r  garenia,  bomme  caseectable  sel^A^  le 
monde><  ecçlésia^tiqiae  bien  avisé*,  bien  i«até ,  tcanqpîUa  eanr 
djdat  à<  la;  mitce.  et  an  bonheur  céleste^  qui:  dans^  sa;  ptndenee 
canoniq^ie  creyaii  toutsimpleaiont  son  ne^mrJBnajféedfl  Mîtv 
JLa.foi'e.t  la^rajontâ  réunies,  donnante  aîsémeni  Vm  d^xmkiir 
ai4»nnair^  4  Tétro  c|»'eUafr  empoEtont  y^m>  mn  but  ifmefigtetUmr 
jpur&  jugé  chiniériqiae* . 

Ken.  des^  yens  moniilés  de  lannea  înMOtlmteitoea 
attechéstaar  le  mage,  tandis  qw  le  naMice  «vr 
sfembayquapouf  l'Inde  deaeeiidaifcle  Tage  ei  owi(Tail(aie*yQiles 
an.  ^eat  €e:  vmsacaui  portait  mille  aoUUto  qu/on  «ovofuli  i 
Gaa*  renforcer  lag^tmisen  portagaiae^  otJee  plnsiawres^ <!!«»• 
Ixe  eux»  ne  jf^Mead  paa  impunément  un  demm  tegfmé.  anr 
oettcf  terre  qui  s'effiabQ^it  derriëi»  eus,.swa€nsQmbrtt6  fadiade 
manKmniersy  sesriehes  bocages-anxfeuiied'ocy  ame  les  tan* 
qpulles  aoaventa,  et  les  yîUa&aimées:qn!ila cadrât. sons  leun 
détUieusL  ombrage;  Seul,  Xavier  montiait  un  frenl:  mfoft^ 
nant.  U  savait,  que  sespiedane  fouleraient  pluales-monijlfaes 
nalaleS).  et  pourtant,  il  ne;  s»  senUdi  pas.  exilée  U  ne  devaîÉ 
plus  compter  pour  sa  neuOTtui»  et  son  vêtement  ipie  sur  k 
ebarilié  de  ses  Qompagnon&de  route;  néanmoins^lfrpmiBèe  dm 
lendemain  ne  le  troublaii  pas»  U  allait  ooiwofitîr  des 
dont  la  langiie  et  le  ncon  màma  lui  étaient  inenattuft; 
doute  ne.  racj^ètait.  Épuisé  pav  un  mal  da  mer  qpi  L'a 
aMRsrel&ehe»  nlayant  pour  aUmentsqua  oeix.deat  m'araienl  pM 
voulu  les  plus  infimes  matelots^  eoucbantsur  d^^paqnetade 
e(acd&gps^ilia'étaity4>uéaujservicedies  malades».  etecmataoïaMnl 
en  &6a  de  la.  mort  et  de  I»  débauohe^  il  vivail,  miaistcenasida 
4»  consolation»  et  de  paix,  iu  sem  de  cetle  foule  flotlanln  il 
savait  tour  à.  tour  se  créer  une  solitude  piense  et  se  mAier 
ensuite;  a  la  vîe^  commuae  avec  toute  la  liberté  d'un*  hcHoome 
duf  monde  égal  à  tons-  par  aa  naissance,  supérieiir  pas  son 
aamir».  Snirwt  que  l'occasion  s'offrait^  il  caasait  aveciLa  vka* 
vol  et  ses  officiers»  de.  guerre  ou  do  commerce^  de  poUtîi^ 


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M  de  iwvigstîm.PMrtnipftiABirlwsoldtlBdese'MvvOT 
pmrio^  «hi  je»,  ft  ûvrMlMt  pour  les  dbtraive  despaeee-len^ 
■•iwdaBgwen,  MmèMe,  se  vêlant  à  leus^pavtios,  il  tActaU 
àMitmer  par  sa  piéswc»  el  ses^dkeoim  1m.  eieèft  qa'll  ne 

Kwdeiiaingalioibfliiîisevl  B'tB  aapmil  p» 
lia  assaisy  tenspaaMtomi  la  aiâBwaa  àMaaambiqaav  ai ane 
ièm  aDdéinq«0B0Mifa  Vap6twdMlndfesLd'aw>Buiaè  ptéi- 
Mais,  ca  n'était  pa»  an  db  otB.  loontsa»  q«e  dompte 
Viainrilé  phyiqaa.  Chaqae  foi»  qaa  sm»  aMi 
an  îstawaHa  de^  velèdKv  il  aa  andnai»  ^Mqn'an 
lit  de  ses  compagnona  da  iianifianse  pava  caiaaar  bass  ts»- 
tenas  m  ipalaynr  Inaca  paiaaa  aorpoialies.  Vil  obserrateur 
FeM  jÊgê^  awMU»  Mfera  lav  laa  hiaïaii  ly  ses 
^L'asIwBaiBttlleplaa  keaaangreè  fe  pfaïasaialitba»- 
«a'iia  aaawAwuH  à  fiaa^.  tsaiaawiieijnBiQMnt  après  tevrdrfr- 
part  da  IJabaftM.  Là»  Xafiar  £at  aaandalisé*  (noua  dîiioas 
«ffnqré  si  la  crainte  eM  pa  approchea  da  lai)  par  TanÎTeiseBe 
déptafvaltaa  daa  habîÉaats  :  elle  se  lArélaîl  par  dea  actes  de 
hnààliÊé  révattaBÉe-  qai  cmoMeisant  bes  cniasa  de  rkcnoase 
airilîsé  envers  Im  «Me  fhm  faibb  qu'il  est  parreau  à  scua- 
atttfeie.  lUvier  seatit  qne  lis.amf  easonttnazres  dapiédieaftîan 
dafaîant  éokowr  caaira  daa  habâtodas  déjà  TieiUies>  et  u»  e»- 
éNRiaseanal  ipw  la  raiaao  poUticpi»  étaîA  toaîanrs  piMa  A 
aacDser.  Ansai  te  vit-oa  traverser  tes  rves  de  la  yiUe  tenant  à 
k  aMîn  une  banjianÉs  ciiidiette  et  soppliani  la  foide  étonnée 
de  Ini  eaTOfer  des  enfinnis  à  instraîre  dans-  k  FeKgioR  ipie 
k»  Mbilanta  de  &>»  n'avaient  pas,  après  tant,  dijurée.QiMî- 
^'H  n'eèb  jamais  ressenti  tea  doaceB.éiaotianadalApnltoauii, 
A  dannaiè  qna  ea  sentiiKnè  était  na  (tes  pka^  paiai 
bite&dakvoiaalé  hnmane.En  afiet,  TéeoIfrfipi'iLaTaiii  i 
se  remplît  bienéôt;  ity  véont  i|neh|ae  taaips^  maltae  assidn,  ami 
ja^aas  et  davx,  paie  a  iendifc  ses  éeoHar»  àteucsipaoenla» 
eartain  d'avoûr  aiasi  dépoaé  an  seia  des  iuniUes  lyaakpms 
psmiiu  da  piété  ipm  ramaor  filial  se  chatgiaraîkda  démlepper 
pbmtaadL 


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kh  LES  PBEHIEBS  JÉSUITES. 

D'autres  misères  l'appelaient  :  il  se  fit  le  serviteur  assida 
des  hôpitaux,  et  choisit  entre  tous  ceux  dont  personne  n'osait 
approcher,  ces  maisons  de  lépreux  qui  rebutaient  le  zèle  des 
plus  dévoués  missionnaires.  Au  sortir  de  là  il  se  plongeait 
sans  crainte  parmi  d'autres  lépreux,  gangrenés  à  l'àme,  ceux- 
là  ;  et  après  s'être  fiiit  bien  venir  par  la  vivacité  de  son  esprit 
à  la  table  des  vicieux,  il  employait  cet  esprit  même"  et  toutes 
les  ressources  de  la  flatterie  la  plus  adroite  à  les  ramener 
dans  le  sentier  du  bien.  Fort  de  sa  pureté,  plus  fort  encore 
du  souvenir  de  sa  propre  conversion,  il  acceptait  sans  rougir 
l'amitié  des  publicains  et  des  pécheurs.  La  sainte  vérité  l'iso- 
lait d'eux  et  prévenait  toute  contagion. 

Il  fut  conduit  ainsi  dans  des  routes  ardues  et  pénibles.  A 
cette  époque,  comme  aujourd'hui,  une  pêcherie  de  perles  était 
établie  sur  la  cête  de  Malabar;  à  cette  époque,  comme  au- 
jourd'hui, les  plongeurs  qu'elle  employait  formaient  une  caste 
isolée  et  vouée  au  mépris.  Xavier  n'entendit  parler  d'eux 
qu'après  un  an  de  résidence  à  Goa.  On  lui-  dit  qu'ils  étaient 
ignorants  et  misérables,  il  n'en  demanda  pas  davantage.  Sa 
cloche  retentit  encore  une  fois  sur  ce  rivage  brèlé  du  soJeil, 
et  il  rassembla  encore  auprès  de  lui  des  troupes  d'écoliers 
dociles  et  curieux.  Quinze  mois  durant  il  résida  parmi  ces 
êtres  abjects,  nourri  comme  eux  de  riz  et  d'eau,  reposant 
dans  les  mêmes  huttes,  et  ne  s'accordant  jamais  plus  de  trois 
heures  de  sommeil  par  jour.  Au  bout  de  ce  temps,  il  était 
devenu  leur  médecin,  l'unique  arbitre  de  leurs  différends,  et 
leur  porte-paroles  auprès  du  gouvernement  de  Goa,  auquel  ils 
demandaient  la  remise  d'une  portion  de  leurs  impôts.  L'évêque 
de  cette  ville  lui  avait  donné  deux  interprètes,  mais  Tardent 
missionnaire  souffrait  impatiemment  ce  moyen  détourné  de 
communiquer  avec  les  hommes  qu'il  voulait  faire  siens.  U  fit 
traduire  dans  le  dialecte  indien  la  plupart  des  symboles  et 
des  prières  catholiques  ;  puis,  sans  les  comprendre  d'abord 
lui-même,  il  les  récitait  avec  cette  voix  passionnée  et  ces 
gestes  éloquents  qui  agissent  si  puissamment  sur  les  hommes. 
Tous  les  obstacles  cédèrent  bientôt  devant  son  zèle  in&ti- 


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LBS  PRBMIEftS  jéSUITES.  &5 

gable;  il  fat  en  état  de  causer,  de  prêcher  et  d'écrire  dans  le 
langage  de  ces  pauvres  gens.  Le  crucifix  surmonta  l'entrée  de 
plus  d'une  chaumière,  marque  de  consécration  dévote,  et  Ton 
rit  les  pensées  d'espoir  et  de  remords  qui  s'associent  à  la 
contemplation  de  ce  signe  vénéré,  animer  la  physionomie  de 
plus  d'un  paysan  jusque-là  perdu  dans  l'ignorance.  «  Je 
n'ajouterai  rien,  écrivait  notre  ap6tre  à  Loyola,  vers  ce  temps 
de  ses  missions,  — je  n'ajouterai  rien,  si  ce  n'est  que  les 
hommes  qui  viennent  avec  nous  travailler  au  salut  des  idolâtres, 
reçoivent  d'en  iHmt  d'inappréciables  consolations ,  et  que  s! 
le  bonhenr  est  quelque  part  ici-bas,  c'est  bien  certainement 
parmi  nous  qu'on  le  trouve.  » 

Une  incursion  des  habitants  de  Madura  (Madras)  détruisit 
rétaUissemént  des  pécheurs,  qui  se  considéraient  maintenant 
comme  les  enfents  de  Xarier  :  leurs  modestes  chapelles  furent 
détruites,  eux-mêmes  chassés  jusque  dans  les  rochers  stériles 
et  les  bancs  de  sable  qui  bordent  les  rives  occidentales 
du  détroit  de  Manar.  Mais  leur  père  accourut  aussitôt 
pour  partager  leur  affliction  et  obtenir  du  vice-roi  de  Goa 
qu'on  les  secourût  et  qu'on  les  nourrit.  Puis ,  leur  confiance 
ranimée,  il  entreprit  une  tâche  plus  difficile  que  de  prêcher  à 
des  êtres  sans  ressources  le  renoncement  aux  biens  d'ici-bas 
et  l'espoir  d'une  vie  meilleure. 

n  s'avança  vers  Travancore  pour  fiiire  entendre  la  voix  de 
Dieu  au  rajah  et  à  ses  courtisans.  Nous  comprenons  qu'on 
hésite  à  croire  ce  qui  va  suivre,  et  pourtant  nulle  histoire 
reposant  sur  le  témoignage  humain  ne  nous  est  arrivée  plus 
certaine  et  phis  authentique  d'un  pays  où  il  n'a  été  permis  & 
personne  de  l'aller  vérifier.  Cet  étranger  isolé,  pauvre  et  sans 
protection,  franchit,  comme  si  elles  n'eussent  rien  eu  de  réel, 
les  barrières  que  lui  opposait  la  différence  des  langues  et  des 
races;  arec  due  focilité  qui  tenait  du  prodige,  il  se  créa  des 
moyens  de  communication  intellectuelle.  Peut-être  fut-il 
d'abord  mal  compris  par  ces  peuplades  d'Orient,  habituées  à 
des  dogmes  compliqués  et  que  la  simplicité  du  christianisme 
devait  dfcoater  à  première  vue  ;  mais  une  sorte  d'entraînement 


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4« 

syn^ftlhifiie  ^tri  se  vetrMve  À  des  dogrés  dtffémate  dans  t» 
qa'.oiiywryagtappelT fa  fièvre  4mwo61ytiiMic,4e6  miumiimti 
fetvtmi  BfAkie.  Le&  phls  en^piiteflésià^tniitoe  les  ieûptes  ék 
ridoiâtgiefapeatceag-làmtWM  quWay  amitvqslesfihMaseanfc. 
Les  mènes  aiams  ^i  lesMaientoéttstniite  èlevàiest,  ilft^phoi^ 
des  ^lises  ofarètàennes.  Le  reyeaiie  ëe  T^ntvdmome  fwt  Uemèt 
en  |piK>ie«ttK«(>ttveBeift8t^«o<Nwya4fBfiM4 1  «èvdttlMti 
re^giel^se.  &tMv«trusi^AïMièsinfîetdes-égliien  MdMiea,  les 
bcalmuies  -ea  «HpelègeirtaMMoièOliim  .fcr  >et  imfai^  i 
okeatrîBterdtotiM  delà  4e«pe^4er4Miod«UieHs  ^ 
de  leur  peivimi:.  UfieiiiyaaiMl  éÉrangère  jetak^d'ail  Iwii  diriis 
la  balance  une  arme  plus  puissante  i|«e  leilrs4AwUiàaies.  Im 

iMotràpeat  sur  Ja  4tailîève  4e  VrwmÊOMd.  SJk^i&t  w  i 
vwi^aloK  du  iea^  «aie  lorak  des  «in^ 
ittin^  êcm^0mt  de  'obe^Wercaltiawi.  ileeMMtsiirUéhèàihPe 
des4MMriaals<iuîe'«appiiètaieii^^là;eepk<^  praasiemiiit 
des  tr^iqpesdv  i^h,  it  cmbÊ&jihÊÊi,  tas  yMix  HnfliinwnAi,  k 
V4MX  triiiii»laale,  eapiOie^M  deuUe^M^ 
la  foi,  il  jppoMnga  »e  ^malédictiott  iSoteMielle  mt  Je»  «gre»- 
seorsu^pies.  Esè^U  besoin -dUieiAer  ifm  la «mlêsneïeeta mx 
soldato  ^ue  cette  bisanpe  sftpÊgiiiêtk  veMti  id'étacÉnaer.?  qm 
Xavier  dut  à  ses  services  gueraien  la  ced^oaaiâMNioe  «sua 
bornes  du  cigali  vAÎAqttur,,  et  ifne  'Cehii^i  mit  ma  firatid 
Père  —.ainsi  i'^y^Iait-il»  —  À  V^àm  de  truies  Ids  (Mséoiii- 
tiens  que  les  brahmiaes  amiettt  iNirdîes  oMlee  M  ? 
.Même  aw  lèvres  d'wi  aaoète  et  d'«É  «Éibi»  ta 
et  riaflnenoe  politiqiM  eenservont  qiifliyrtj  t>ea  de 
lités  eaivMAtes.  Le  Grand  Mue  du  t^^  de  TtaMMoae  m 
Art  pas  esen^  de  TexottaliM  qa'îis  jproddmmà.  fita  iU» 
pfaonse  de  Sotiia,  ptaîn  «e  <|«aWtaMoeltanl0a, «uiia  fiÉUe 
dans  rexmsîDe  de  aen  «itonAè»  IfoimttMtté'Oelteépofw 
rinde  porinsràe.  XAvtar  (teltaneat  ilito.efMtail  fctt)  fit4ta^ 
mander  i  LisbMiie  ta  4<flg|^  ide -ce  yieMw.  te  éomotH 
cette  liamfiesae  <m  MngeaMU^e.^pMmliMite  tas  1 
de  k  terre  deraoït  ta  nessifwrdii  fiM^daâwito. 


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«9 

■ait l^HpMro,  «t  le^oi  itam  panriiigiHi  laiiB  AnoHe^oette  'wnvi^- 
tk»;  «car 'Souri  ^BuoranAm,  «eemne  phis4\iii<gnMii'p«rsM^ 
mge  poHtiqiie,  soi»  te  -poids  An  méeenteiHeineM'flB&erdtfM* 
DkiMB  le-oependant,  «n  4lt  •vriok'ixynlre  M  ^ds'rqmiclMift 
plot  «rwes  i^e  'oens  ^  'MMesse.  Vers  Textréniilé  wp^ 
tnMrioute  >fc  Geyiaii  ^sft  placée  l'ite  4e  Kaitâr.,  ^ ,  éa 
tMBpe^de  Xavier,  éépeiiMidHnepmicipin^  sdjftiBeiite)  eeHe 
delifen,  •««  Tégarit  elevs  me  eoHe  'de  fiiflq^eil  pwîa». 
iM'iamAûMBB  g^éUâent  «onvertisl  la  toi  icbrMîetine,  «et  près* 
qm  tocs  avmeBt-expft  fatir  iipodUBie  scms  le  fer  de»  botn^ 
MRK.  (Jn*nimacre'0ffienY?«!t  Mt  éeishc  oenaftené^fUiTtc», 
hfH'»,  faMnwB  »et  ^ttflrtte,  mtentsie  martyrs  ;elo«lte%piR»' 
nfttMe  ^trâgMBe  avaM  *es  p^enr  dAweweinent  )e  mevrlre  ihi 
fÊ$4àÊé  «kl  wi  Ae  Mhia,  «lèoilté  par  lee  orârêB  'de  wn  pèt«< 
Kcas,  la^époftiikm  fl^n  soov^eràititKnipam^etlaeeiH 
4e*fle8  AmMHMs  n^ert  pasuii  Moyen  pénid  4m«iil* 
iim  tX^«r;  ;c*e»t  là  ao  «eoiAnAre  ne  des  ptas  wh 
s-OQttsMirtioiiiienes  des  dyna^es  ^urcrpéentiea 
nÊVtft.  Sfltot  Fratuçob  Xavier  l«i-aiê»ie  Ta  lie» 
Hev^e  *wÊc  8^1  vtffteraJMe  ^svRraçe*  a  sa  «einaftcie  cicpf  ooioey 
Seoa  éqvpa  «m  «piAite  faite  -ifai  devait  ifHer  détrAn^r  to 
tym  de  laAia,  et  jmudre-scm  re^amne  Mit  ^[froviiices  déjft 
cwiqaiecjë  po«r  le  IkA  Très-floRle.  lie  saint,  Tnffigaé,  •vcnAot 
Mm  pnrfie  de Texpédhien,  €ft  promit,  aaiiom  da'cîel,  tontes 
sortes  «de  trion|Mies.  Mris  ses  pTéffidtiotis  ne  ^  riMisèrenX 
pas.  L'armotteftt  portugais  fct  Sspersé.  Sonâi  ^expia  "Comme 
i  TtmKiMuie  hs'dhattees  'mauvaises  fine  «es  armes  avaioBt  ren» 
•oÉliées,  -et  "Xavier  vola  iFune  Ime  nffeiiigable  vers  d^antres 
dmttpB'do  foerte  apàAndle. 

l.'ovÉloire  ^t  le  toinbeande  sainftlliomas,  le  premier  pré** 
diosltoer  ^lirBUeu  4e  rinde,  i6laienl,  an  temps  dont  nous  pai^' 
tow*  aar la  oMe  de  tioroeMmdél,  pr^  de  Iféliapoar.  Oa  "y 
Boniralt  vue  ffpMt  finoMe  rt  trtîrBe,  '0%  cet  apMre  ^osKStalt 
pMRT  Wre  SIS  dèveâmis;«lem' le  roc  vtf,ime  croix  ^eii  roBel 
mmiMAM mie soanoe^VMt  tiietfARsai«les,  près  de  laqaëito 
fl  e'a^gettOttflliA.  Bar  um  iRHft^m*  voisina,  tme  ^g^o8*{)tt^it« 


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iS  us  PBEMIEKS  JÉSUITES. 

dont  Tautel  de  marbre  gatdant,  après  quinze  siècles,  les  taches 
que  le  sang,  du  martyr  y  avait  laissées ,  attestait  que  son 
cadayre  vénéré  y  avait  été  livré  à  la  sépulture.  Xavier  s'y  re- 
tira pour  y  attendre  les  manifestations  de  la  volonté  céleste. 
Si  nous  0n  croyons  sous  serment  un  de  ses  compagnons  de 
pèlerinage,  il  y  passa  sept  jours  entiers  sans  rompre  le  jeâne 
on  le  silence  :  dignes  préparatifs  de  la  lutte  qui  approchait. 
Les  esprits  malins  erraient  la  nuit  près  du  tombeau  de  rap6- 
tre,  et  nonobstant  la  protection  de  la  Vierge,  Xavier  dut  su- 
bir leurs  atteintes  obscènes;  bien  plus,  ils  le  maltraitèrent 
corporellementj  au  point  que  ses  travaux  et  sa  vie  fiiilUr^t 
trouver  là  un  terme  prématuré.  Ayant  épuisé  ces  violences 
sans  lasser  son  héroïque  résignation.  Us  eurent  bienlètrer 
cours  à  des  moyens  plus  doux,  et  par-là  même  plus  perfides. 
Sous  les  vêtements  et  avec  Textérieur  des  célestes  musiciens 
qui  exécutent  près  du  trône  de  Dieu  Tétemel  concert  des  ac- 
tions de  grâce,  ils  vinrent  distraire  le  guerrier  chrétien  de  ses 
ferventes  oraisons  et  de  ses  projets  contre  eux  ;  mais  la  séduc- 
tion demeura  sans  effet  comme  la  force;  Xavier  obtint  les  con- 
seils et  les  lumières  qu'il  demandait,  et  le  premier  navire  qui 
partit  de  Ck)romandel  pour  la  ville  de  Malacca  porta  Fobéîs- 
sant  missionnaire  dans  ce  grand  bazar  du  commerce  ori^tal. 
Trente  années  auparavant,  Alphonse  Albuquerque  s'en  ètmt 
emparé.  C'était  la  ville  sensuelle  par  excellence,  et  de  Ions 
les  séjours  du  monde  le  plus  énervant.  Lorsque  la  cloche  du 
missionnaire,  cette  compagne  fidèle,  retentit  dans  ses  mes 
populeuses,  la  curiosité  s'éveilla  d'abord,  la  crainte  suivit, 
les  railleries  prirent  leur  place.  Xavier  était  préparé  à  tout, 
et  ce  messager  de  la  colère  divine  jugea  que  cette  fois  il  ne 
fallait  pas  aller  au-devant  de  l'aversion  et. du  mépris.  Sans 
beaucoup  de  peine ,  il  redevint,  au  moins  dans  ses  dtscours, 
le  plus  enjoué  cavalier  de  la  ville.  Battus  avec  leurs  propres 
armes,  ses  compatriotes,  tout  dissolus  qu'ils  étaient,  reconnu- 
rentl'irrésistible  autorité  d'un  dévouement  si  respectable,  em- 
belli et  relevé  par  la  grâce  de  celui  qui  le  professait.  Aiasi 
prospéra,  ou  du  moins  sembla  prospérer,  l'œuvre  réfonna* 


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trice.  Des  autels  diessés  en  plein  vent  snpplédrent  TinsafS- 
sance  des  églises  ;  nne  foule  de  pénitents  se  pressa  autour  des 
confessionaux;  les  traductions  des  livres  pieux  se  multiplié* 
rent  ;  «t  le  saint,  toujours  en  avant  des  labeurs  qui  s'organi- 
saient grftce  à  lui  9  se  consacrait  avec  toute  l'activité  de  son 
esprit  à  étudier  la  formation  de  Tidiome  nialais,  l'un  des  plus 
doux  qui  soient  aux  lèvres  humaines.  Mais  la  corruption  avait 
jeté  de  trop  profondes  racines  pour  être  ainsi  vaincue  dés^les 
premiers  efforts.  Les  habitants  de  Malacca  comblèrent  la  me- 
sare  de  leurs  crimes  par  une  rechute  qui  semblait  ne  plus 
laisser  d'espoir  à  la  religion.  Xavier  reprit  alors  les  rudes 
laçons  et  là  parole  austère  du  prophète  indigné;  il  annonça 
ia  main  du  ciel  levée  sur  la  cité  coupable,  et  secouant  aux 
portes  là  poussière  de  ses  pieds,  il  reprit  vers  Amboine  son 
iniatigable  voyage. 

Cette  Ile,  qui  dépendait  alors  des  vastes  domaines  possé- 
dés en  Orient  par  le  Portugal,  avait  à  peine  vu  commencer 
les  travaux  apostoliques  de  François  Xavier,  lorsqu'une  flotte 
espagnole  menaça  ses  rives.  Ce  n'étaient  pas  seulement  des 
agresseurs,  mais  bien  aussi  des  corsaires,  car  Charles-Quint 
avait  formellement  désavoué  leur  expédition.  La  peste,  d'ail- 
leurs ,  faisait  rage  parmi  eux ,  et  Xavier  put  montrer  que , 
dsDs  sa  charité  vraiment  universelle  et  catholiqne,  il  com- 
prenait aussi  bien  les  ennemis  de  son  pays  que  lés  soldats 
portugais.  H  passait  les  jours  et  lès  nuits  sur  les  navires  in- 
fectés, prodiguant  aux  malades  et  aux  désespérés  les  soins  de 
la  médecine  et  de  la  religion.  Le  courroux  du  ciel ,  placé 
comme  une  fournaise  ardente  sur  la  tète  de  ces  bandits,  les 
avait  préparés  à  recevoir  d'une  Ame  moins  endurcie  les  pieux 
conseils  du  missionnaire,  et  Xavier  eut  la  gloire  bien  rare, 
si  die  n'est  pas  unique,  de  repousser  une  invasion  armée  par 
la  seule  force  de  l'abnégation  et  de  l'amour  chrétien. 

Mais  qu'était  la  gloire  pour  lui?  que  lui  importaient  les 
louanges,  la  reconnaissance  des  hommes?  A  l'heure  même 
où  les  Espagnols  quittaient  paisiblement  Amboine,  il  aban- 
donnait, lui  aussi,  cette  ville  qu'il  venait  de  soustraire  aux 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  ï 


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■1  i9t  ntmvinÊmrm^ 

fenqe  «lue  la  âi§np»,  »)  %'iiiV%MA*  bés^t  ij#  1»  ]}^fif^  Kf^ 

déiqeoi.  sentie,  qm  *if9k^m  \^^ffm  muff^^Vmm  fiw  bob  {^r- 
fiuaés  et  ^s  iiû«»a  d'Qi:>  k  UM  plfg^mm  igomef^  hm 
le  courage  di  y  ptoéllr§r,  n^Jl«K^  to^i  1^  ^MUgW?  4h  i«<Vi4^ 
Gb  ^i  wcéte  001  i^fift,  «V^Ut^î^Ui.  f^  qK4  el«f^  ç^  l»omuets 
tÎM^s,  c'est  qu'il  iji'y  a  ¥iep  à  gag^^l^  9W  le»  fiWVQTsiow 
d^infidèks;  ^  cepmdaMt  V^moiop  Aw^  à^iiril  ^  monti^er 
H^oios  téméirako  et  «loin»  péooFctDii  (919  W  §Çiir4i4e  p^^oa  dis 
Va^arice?  ies  Indiefi^  m'empçisppnQço^t»  dite^voi|«7  C'est  ii 
«B  honneur  auquel  qe  doit  p^v^Mlr^  P9|9  9£Vi(W  im  pa^uvre 
pécheur  comme  moi  ;  mais  ce  que  je  puis  dire,  c'^  qu'ils  n'iur 
ve&teroBi  aucune  tocUire,  «^ucnu  ^iippUp^  ^e  j^  ne  bq^  prêt 
à  souffrir  dix  miUe  feiis  pwr  le^  9i^  d'uê?  f^îo  ^fi|^  »  £t  ikb 
croyez  pas  que  ce  HM  là  le  toDgag^  4'iw.hiMïW^  wmplék^ 
ment  insensible  aqxcbyrmes  de  V^vi^ei^kge^^^fMl^p^çBA  au- 
dessus  de  tonte  éi;ao4ioa  eit  i^  tq^  frj)rya|i]ç,  <^  C^^es-jfnoi, 
tvès-ebers  itères  (nous  e«t«»y4)9«  e^i^ç^  q^  d'i]#^  de  ses 
letti^es  à  l'Ordre  ).;  Wea  q«'il  s^t  ^i^  de  çQfipc^dre  la 
maxime  &vs||agéltqoû,  qn'iiftç  Vie  afti^iQU^  e$t  <Wi1^t^  à  ({ojh 
eonque  donne  la  sienne  p<Mftr  \^  service  du  S^igfKiMW? ,  te  nao- 
ment  venu  du  sacrifiiee,  c^tte  m^^imc  ^'oli^^^^^ci^  et  s^'est  plus 
aussi  aisômeui  cç^nçue.  E^^  s'obâçwT^^A  ^i^»7.  ^  Q'est  à  ce 
point  que  si  Dieu  mfim»  m  desp^Ai^  pa^.  su^  nons^  pi>ur  nous 
la  rappeler  et  s'ea  6vire  riniyarpr^t^»  ^Oii^s.  S^WW^  exposée  à 
la  méconnaitce  coinpl^em^p^  ;  q'^^  ^^  q^  nms  so&t 
montrées  touto  pptee,fjBib^le^^  c^  noi^  {r^gilj^^.  )>» 

^1  a  pu  se  juges  faîMe^  ^i.  &(^Wt  ^^W  W^  éi^riv^t  ces  li- 
gnes; mais  depuiîi  P^  d^  %^^.  JH^q»'?^x  ^ô,tfes(  contem- 
porains, les  aupaJ^s  dj^  V\mpii^\^  9?^^^^^  m^^^tj^e^  pas  une 
autre  &me  porAéq  4'UP  ^a^  si,  y/^g^agHeu,iç  4  l,'ei|Aoi)^  de  U 
misère  et  dupf^nl.  La  €mLlfl!'%Qif«  U«¥^»  Ifi  %  efc  lepoispn 
des  assa^WA,  il  ^uA  iov^i,  If r^tveç  ç^  pQf)]^i\îre  ^  jn^s^a  4V 


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k  mamf  pana  ks  p\m  hcccv- 
Utf  kite9[4aéUBtttetovfittés!Cmlr»]iij«  B>aii8  Vùù  deNara 
[me  éts  ibhqoes),  an  pM  4'm  Mlct«^  dkboui,  twdi» 
qw  le»  cotoDoe»  delea  t'éferaéMÉ  ims  te  ciel»  que  la  terra 
Analée  vmflail  «ras  ses  fâeib,  ei  «pie  hw  éckiin  stlIoDiiMi 
h  Me  ^PCBaMt  se  Mftèter  eur  dB»lefrettt»de  lave  en  fiiâioB^, 
mmïtyof&mqm  fiit  enfeacke  à  U  foule aeeottme  uitoiit 
ér  M  ém  cadrartaiicms  impèrietises.  ei  aolenaelle».  H  e^  vraii 
qe'il  w  se  fit  fiote  d'sttjribiier  moL  haàemeêXs-  des  démona 
k»braMsMMstrM  qn  teayersaient  l'atmosplière,  et  de  man- 
trat  eetBMe  amtsfltl  ém  Ineaxs  infonudtts  les  rifevalions  liuiaif- 
SiQSfs  4«  ciel  enflanflÉ^  Pieuse  fiiande  saim  do«tey  nais  qat 
ciraetéme  cette  aèseaee  de  serof  vies  centf  qnée  depuis  lots 
cli«fz  k»  cofimirtBsqw»  de  la  Gonpasnicr  de  Jésua.  Un  autce 
'pm,  fédififlecfH'tt  aviné €e»sacré  pe«ff  la  eâtination  du  saint 
sacrifiée  AU  Temrecsé  de  foad  or  comUe  pavita  tremblement 
fcttm;  les^  firifelea  eflbaryés  prirciiC  la  fiiito;.  maïs  Xavieii 
denevvavi  înifMisgiMe  devant  FaKBiel  en  ruines ,  acheva  la 
flifsiènease  cérénenie  av«c  «ne  eonfiaiice  inébranlable  dans 
leefegvMdelaPtéscflee  RéeHe.  L'AvèMaieai  donna  raison  à 
cette  Merwltape  Ihéariey  et  Xaivier  put  se  irfjfouir, — 0  a  pris 
htméiffesein  deneusdirecfaels  Ataievtalees  ses  aentimentsy 
— ii  put  se  réj0Ofr,  diseas^^Mn»^  db  en  cpie  les  déBU>itô  de 
iVe,  mis  en  knte  par  Tépée  de  Varckaa^^  abandonnaient 
enfin  les^  lieax  dfk  Us  avarewt  si  longtemps  végné.  Cette  inter- 
pT^tatiow  nufve  l'un  phénonène  si  fiKileneftt  eiqHiqué  par 
)s  seieuce  mederne  fera  san»  doutesovrwe  phis  d'un  orgueil- 
1<^\  éeoliev;  mais-  se  ce  dernier  oonnaStbien  les  lois  de  Tuni- 
ven  pliysîqm'  oa  immarlériel^  que  François  Xaivier  n'a  pas 
même  soupçonnée»,  le  raissionuanie^  «»  revanche,  forsaé  i 
^èirMe  des  lien^  maityra  et  de  la  philaftlbropîe  active,  pos- 
s<^iait  tout.  auÉrernsHt  que  tes  hoaiatea  ordiaaipes  la  science 
^T  Créolesr  et  de  ses  voies  cadiées. 

Après,  avoir  purcotru  la  plua  gmde  portâu»  de  F  Archipel 
mten,  FnMfoô&lkmev  revint  i  Ifekeca»,  dont  ses  exhorta*- 
HoB9  et  ses»  prières*  ataieut  eucoee  à  oonjsver  les  menatautes 


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()2  I.BS  PmBMIBmS  JÉSUITBS/ 

destinées.  Alarsidin;  prince  mahométah  de  Sumatra»  était  venv 
jeter  le  siégé  devant  cette  ville  à  la  tête  d'nrié  floite  et  d'nnè 
année' considérables:  Mal  préparée  à*  se  défendre'du  o6té  de 
la  terre,  la  gariiisoh  portugaise  avait  encore  moins  de  res* 
sources  pourùiié  lutte  nàvale.'Sêpt  mauvaises  barques  pres- 
que hors  dé  service  composaient  tontes  les  forces  maritimes 
des  assiégés.  Aussi  une  alarme' universelle  s'empara-t-elle  de 
la  citè^  alarmé  qui  redoubla  lofsqu'oii  la  vit  partagée  par  le 
gouverneur.  Il  était  àéjà'  question  de  capituler,  et  l'esprit  de 
chevalerie  se  taisait  honteusement  devant  les  menaces  et  les 
bravades  des  Musulmans.  Ce  fiit  à  ce  ïnoinent  que  sur  sa  pe- 
tite barcpie  à  demi  détruite  par  les  tempêtes,  le  messager  da 
Dieu  de  pâix'entVa  dans  le  port  assiégé.  Mais  il  venait  le  cri 
de  guerre  à  là  bouche  ;  car  Xavier  n'avait  jamais  cessé  d'être 
un  gehlif homme  espagnol  ;  et  il  regardait  comme  une  véri- 
table ignominie  que;  dés  gens  de  noble  lignage,  sujets  du  Roi 
Très-Fidèle,  fussent  ainsi  bravés  par  des  barbares,  et  que  des 
adorateurs  dû  Christ  parussent  craindre  lés  disciples  de  Tim- 
posteur  arabe.  Il  prit  la  direction  de  la  défense.  Par  son  con- 
seil, oh  radouba  promptement  et  on  équipa  pour  la  mer  les 
sept  navires  démantelés;  il  assigna  un  commandant  A  cfia- 
cun,  et  après  avoir  électrisé  les  équipages  par  ses  promesses 
dé  victoire  et  de  salut,  il  les  envoya  hardiment  contre  la  flotte 
ennemie.  Par  malheur,  au  moment  de  franchir  l'entrée  du 
port,  le  vaisseau  amiral  fut  poussé  vers  la  terre  et  se  perdit. 
Aussitôt  de  nouvelles  terreurs  remplacèrent  l'espoir  et  la  joie 
qui  venaient  de  renaître;  Xavier,  tout  à  l'heure  l'idole  du 
peuple,  devint  l'objet  de  ses  aveugles  malédictions.  Ce  brus- 
que changement  le  trouva  impassible  et  serein;  il  reprocha 
froidement  au  gouverneur  sa  pusillanimité,  ranima  le  courage 
des  troupes,  et  rendit  confiance  à  la  multitude  par  ses  flatte- 
ries prophétiques.  La  flottille  mit  de  nouveau  à  la  voiJe  et 
fut  entraînée  en  pleine  mer  par  une  sorte  de  tempête  qui  s'é- 
leva au  moment  même  de  son  départ.  Plusieurs  jours  s'écoa- 
lèrent  sans  qu'on  en  eût  de  nouvelles,  et  cette  incertitude  dé- 
truisit une  fois  encore  »  avec  le  crédit  du  missionnaire ,  les 


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UB  PKBMUBM  JÉ9IIITB8.  (S) 

espérances  des  assiégés.  Les  sinistres  avantFConrenrs  de  la 
dèEûte  circnlèrent  derechef;  on  affirma  que.les  mahométan^ 
oraient  débarqué  à  six  lieues  de  là  yiHe»  et  le  nom  de  Xavier 
ne  fut  plus  répété  qu'avec  des  cris  de  vengeance.  Il  était  i 
genoux  devant  l'autel ,  et  la  sainteté  du  lieu  le  préservait  à 
peine  des  fureurs  de  la  populace ,  qui  voulait  se  venger  en 
l'immolant  d'avoir  suivi  ses  désastreux  conseils.  Tout  à  coup 
sa  poitrine  sembla  se  gonfler  sous  le  poids  d'une  émotion  pro- 
fonde; il  éleva  le  crucifix  qu'il  tenait,  et,  le  regard  brillant, 
avec  des  accents  qui  trahissaient  une  sorte  de  possession  in- 
térieure, il  implora  le  Ciel  en  feveur  des  soldats  qui  défen- 
daient sa  cause.  Cette  invocation  sans  motifs  apparents  indi- 
quait une  communion  mystérieuse  entre  le  saint  et  les  pouvoirs 
surnaturels.'  Elle  fut  suivie  d'un  silence  de  stupeur  qui  depuis 
une  demi-heure  tenait  la  foule  dans  une  angoisse  étonnée, 
lorsque  Xavier,  se  rélevant  tout  à  coup  et  donnant  à  sa  voix 
l'éclat  guerrier  de  la  trompette,  s'écria  «  que  le  Christ  avait 
vaincu  1 — Nos  soldats,  ajouta-t-il,  chargent  à  cette  heure  leurs 
ennemis  en  désordre;  un  grand  carnage  a  presque  détruit 
l'armée  des  infidèles;  nous  n'avons  perdu  que  quatre  de  nos 
défenseurs.  Vendredi  prochain  nous  reverrons  notre  flotté  et 
saurons  les  détails  de  ce  glorieux  événement.  »  Il  n'est  pas 
besoin  d'ajouter  que  ces  paroles  prophétiques  se  vérifièrent 
de  point  en  point,  et  qu'au  jour  dit  la  population  de  Malacca, 
précédée  par  ses  troupes  victorieuses ,  suivit  son  libérateur 
au  pied  des  autels.  Là,  tandis  que  le  bruit  des  cloches  mêlé 
aux  décharges  d'artillerie,  aux  hymnes  des  prêtres  et  aux  cla- 
meurs de  la  multitude ,  attestait  l'enthousiasme  dont  il  était 
l'objet,  Xavier,  que  tous  ces  bruits  humains  troublaient  peu, 
demandait  à  son  divin  maître  une  mission  nouvelle  et  de  plus 
rudes  travaux.  Il  repartit  presque  aussitôt  pour  les  côtes  de 
•Coronttudel. 

S'il  revint  à  Gfoa  pauvre  et  seul  comme  jadis,  du  moins  y 
rappoittaîtHl  une  renommée  singulièrement  agrandie  :  des 
'Chres  de  rindi|s  aux  borda  de  la  mer  Jaune ,  oh  n'entendait 
dé  lui  qiie.  réoité  vagues  él  merveilleux.  Aux  yenx  de  ces  pe^- 


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«M  «mtfan  mmorieux  qai»  pour  <|>ih|»b  iwitw,  Ibni  i 
eendre  «m  dimilé  |Mnii  les  kouBes.  SoitHiilB  krail  i 
nua,  il  pofiséd»!  le  don  d'uUquilé.,  poafiait  diMOurir  à  la 
fow  sar  plusieun  sojeU  enTÎngl  langages  diTen»  m  cMMaia- 
sait  ni  la  ckalevr,  ai  le  ifiroid^  ai  la  faim,  ni  la  fatfgjae;  aiaît 
de  fréquentes  canféreaeeB  arec  les  «Ma»  iiiTisbka,  fidèles 
ezécnteurs  de  toutes  ses  ToloBtés;  resiamcilaii  les  morts  ci 
traversait  au  besoin  les  ooéans,  enq>orlé  a«  sain  d'sne  troaihe 
Paimi  eeax  dont  «es  rumeors  feai^èreat  le  pins 
l'esprit ,  il  se  trouva  ua  Japonais  noDuné  Angk  dont  la  i 
acîence  était  boorrelée  par  le  reaioids  de  phisieaiB  actMms 
criminelles.  Les  rites  expiatoii»,  -ooinme  les  reasoaraes  de  la 
dissipation,  «l'avaient  pu  ie  soulager  jasfu'alors.  Ilvial;  àMa- 
laoca  dierdier  auprès  du  nervellleux  éftrvig^  la  paéx  cpt'il 
n'avait  pu  trouver  aillears.  Xavier  le  fit  înusiédiateaaeQt  partir 
pour  Cpoa,  luî  et  deux  serviteurs  associés  à  son  triste  vojaye;. 
Il  voyait  en  eux,  d'un  coup  d'ceîl  prophétique^  les  ftituts  in- 
«tninients  d'une  grande  «ouvre  qui  avait  tenté  sa  pensée  :  c'é- 
tait la  eoaversîQa  du  i!apoo ,  jusqne-li  fénné  aux  inîsaioo- 
«aires  de  la  foi  chrétîenae.  Ils  entràront,  par  ses  soins,  dans 
le  collège  qu'il  avait  Im-mèaie  établi  à  fica,  et  ils  y  recorai^ 
V«nseigaement  partkRdîer  que  nécessîtaii  leur  rUe  à  venir. 
Ils  mirent  d'ailleurs  une  telle  ardeur  à  s'instruire»  qu'en  trèa> 
peu  de  temps  ils  ftirent  jugés  dignes  non-seulement  du  iup» 
(éme,  mais  aussi  d'entrer  dans  la  Gomftagnie  de  Jésus»  dont 
ils  étaient  déjà  -eu  état  de  pratiquer  les  eserdoes  spirituels. 

Le  moment  était  venu  pour  Xavier  de  faire  trêve  à  ses  ins- 
meiises  travaux;  il  avait  besoin  de  silence  et  de  solitude. 
Trop  longtemps  mêlé  i  la  tourbe  humaine,  il  sentait  qne  ces 
continuels  rapports  do  la  créatave  nrec  la  créature^  ^Mkpn 
élevées  et  quelque  saintes  que  soient  nos  intentions  |unn»rt 
Tss,  finissent  ton^purs  par  altérer  la  déUoatssse  du  sens  intime 
auquel  notm  àan  doit  de  eonnaltiv  ses  véritaMes  tenMs 
et  sa  véritaUa  tcndànoB*  H  se  f«ticn  done^  poor  y  iiinB 
av^  kiinnème,  dans  une  aorte  da  déanrt  «i  Isa  ; 


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ses  plans,  et  tandis  qu'il  y  prenait  un  repos  chèrement  MhtfMr 
jn»"  tto  tfAVall  «i]A4MiâaM,  Il  ^f  Htaffdoutla  sAnir  demie  à  <$e8 
tmmê  éiiiMtlfiïèà,  k  eêépmm  hftftd<«ifillbiift$  qfii  «ont  limt 
à  ta  tbii  \k  ttiMëHké  des  Fofttft  et  fMf  rA^fi^se  afitietptei 
WRè  eë  lié  f^t  II  fffli'^tiè  tii6¥ë  de  «|ii^l4{tiM  mifidnes,  et  rfat. 
pMe  i^prit  àVëtf  «de  àMê^i"  iidfffèlto  «à  tKde  et  péfrilteufd 
ilclié.- 

n  y  liVdit  à  pëjfiè  (jnàtre  «n9  <}tte  le»  Pôrttfgsfis  sèvàienl  d«^ 
(MitM  )è  fàlpcrA,  Ièl^i}ii«  jtahfiéir  «t  le»  tfcrt9  acd)y«efir  ^i) 
^flàit  ft^onnAiy  din^  cjttè  nottë  FéttoM  Vd,  parUr^fiil  de  Om* 
potar  arier  pmév  dahë  (nette  lie  Vé  9mhmi  àè  hf  Ibi  iiMf» 
ttenne.  C^tHitie  à  rotdfttstire  ;  Fe^  da^^  lÈlt  pfùdenii  ebfMlto' 
lié  M  ibSLnqnètéfdi  peisf;  e^Mnne  à  rcràtttàîi^^  il  n'en  liflé 
compté.  LùjoltL  ê^é\  conncrt  Ie*r  làofAf»  de  §Bl  dèeréte  tMfiancdr 
«Id  fte  ptiis  vt>ns  èfjtpîîttiè^ ,  M  éferiraît-fl ,  fe  jtyiê  «rec  lâF» 
q«é!kl|'éMti^{)^ndi^  éelôftfg  toyagè;  il  esit  daifg(«lretix  à  l'eg^ 
tWflîe,  el  noTrt  tegatfdon*  fAfmme  très-hetireùse  la  flotte  en» 
V6t^  ^  MpoÉl  é(ut  9éf  {jfiM'e  bMiiâëfttè  pArtieiit  à  en  sauter 
m*.  Itemmoitts  je  ne  tfee«ilerai  pm  devant  ce  danger,  l'an  dm 
ptmgtBiiAs  tfao  jW  éftCfmrts  jn^fi'ieî.  NotteAeljfnear  Wil 
AR  ccyAnatfi^é  par  dë^  i^télàtîons  hitétietflidÀ  qfuelté  riolie 
ïï^fMi  He  pays  tëtrâ  Aattfe  a!  Foftibf^  de  la  croiii  que  noég 
atttos  y  pïiftitè¥.  >3^ 

Quoi  (|Mè  roti  puift^  pëiïdér  dér  c^s  tétélM)(/yiKlifvléviMii1e0^ 
i)  est  certain  que  tiefifde  graind  et-dg  stfbHttie  ne  s'est  aoeoHH»' 
pfi  ^  tetftf  dé'  nfotiH  pù#eiiieri(  ÊufflaM  ^  tfuMi  ff  est-èë  pm 
U^eqal  nons étotine;  niai?, nOti$^-|'àyou6tiê,(^ A'e^ti^paârMnw 
s^^iRlitise  qn^  h^iW  Voyons  ré^nte^  di^n*  fe  inêMè  lHôtÈUm  um* 
▼oioiilft  eomplèteincfM  indépemfcirtte  dttt  cfAtfài4  id^Igsftn^j  «» 
cê5f)<?Édarii  hr  etS^tM^lMsâtfèe  ÈtppfëKfùéâ^'  dtefr  TnMSMKéft  prtiti^s' 
qiië^  «t  de^  nHXMb  qdi'  fbnf  «gif  la  plt^tf  dè§  iMifinméi.  êas> 
lÉMeA^lÉilÉë  <yft  XêrViëf  (XMiHlift  f«¥^^  Aipllliy  àmi  pkv  ùtm 
oçéWfitféëd  AMAftq^É^  j*  H  MA^tMf  I  âfe!^  fWreé  dei  MM^Qw 
une  sorte  de  code  «^  rM  félt#9(H^^(Aa«^ë  ptf^kà  thfwr 


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56  tBs.  pmmiins .  jtepiTBi.. 

née.  La  raisoA  hmnaine  se  lasse  à  expliquer  de  tels  con- 
trastes. 

L'arrivée  de  Xayier  anJapon  fat  précédée  par  des  événe- 
ments qni  lui  semblaient  de  bon  augure.  Quelques  marchands 
portugais,  autorisés  à  résider  dans  le  port  principal»  y  babi- 
talent  upe  maison  bautée,  à  ce  qu'on  disait,  par  des  spectres. 
La  présence  de  ces  êtres  fantastiques  s'annonçait  d'ordinaire 
par  des  bruits  aigus  et  discordants.  Quand  ils  se  révélaient  à 
la  vue ,  c'était  sous  les.dehors  que  la  pâture  attribue  aux 
habitants  des  régions  infernales.  Les  Portugais,  quoiqu'ils  ne 
fussent  investis  dlaucun  caractère  sacré ,  n'en  avaient  pas 
moins  exorcisé  leur  demeure  en  promenant  autour  des  mu- 
railles le  signe  vénéré  du  salut,  et  la  puissance  de  ce  charme 
inconnu  avait  éveillé  dans  la  ville  une  avide  curiosité.  De 
plus,  parmi  les  légendes  nationales,  il  en  existait  dont  les 
missionnaires  chrétiens  pouvaient  tirer  bon  parti  :  ils  y  trou- 
vaient déjà  la  tradition  d'un  Dieiu  engendré  par  une  Yie^e, 
et  Xaca ,  fils  d'Amida ,  comme  Jésus ,  fils  de  Marie ,  passait 
pour  avoir^consaçré  toute  une  vie  d'austérités  excessives  à 
racheter  les  crimes  des  hommes.  Le  pays  était  couvert  de 
temples  élevés  en  Thonneur  de  la  Mère  et  du  Fils,  à  qui  des 
croyants  fanatiques  ofifraient  chaque  jour  le  sacrifice  de  leur 
vie.  C'était  à  croire  que  l'esprit  de  mensonge  avait  voulu  af- 
fermir son  empire  sur  le  Japon  par  une  parodie  dérisoire  des 
institutions,  catholiques.  Cette  ressemblance  étrange  ne  se 
bornait  pas  là  :  sous  le  nom  de  Saco,  un  pontife  suprême  y 
jouait  le.r6le  du  saint-père  à  Rome  ;  c'était  à  lui  que  les  évè- 
ques  de  cette  hiérarchie  païenne, — les  Fundi, — danandaient 
leur  consécration  et  juraient  d'obéir,  quelle  que  fftt  sa  volonté 
toujours  infijdllible.  Au-dessous  des  Fundi  se  trouvaient  pla- 
cés les  bonzes,  — autant  vaut  dire  les  prêtres, — qui,  pour 
compléter  la  ressemblance,  enseignaient  et  picétendiiient  sni- 
vre  une  discipline  ascétique.  Mais  ici  la  comparaison  doit 
s'arrêter ,  car  la  chronique  lyoute  que  ces  bonzes  étaient  de 
grands  fripons  et  de  misérables  hypocrites. 

On  le  voit»  Xavier  trouvait  un  terrain  tout  préparé  pour 


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1.18  raimms  liMiTW.  57 

rccefoir  des  dogmes  qa'oB  pont  ait  à  peine  dire  nonreaùx  en 
ce  pays,  et  n'avait  pas  à  lutter  contre  des  opinions  dixûoaétra- 
lement  opposées  A  celles  qu'il  voulait  faire  prévaloir.  Auge, 
—  qu'on  appelait  maintenant  Paul  de  Sainte-Foi  ;  — .  fut  en*-  : 
rojé  vers  son  souverain»  dont  naguère  il  avait  été  Tami,  et 
lui  porta  un  po^rait  de  la  Vierge  et  de  Teniant  Jésus  devant  > 
lequel  le  monarque  et  ses  courtisans  se  prosternèrent  très- 
volontiers.*  Xavier  cependant,  —  nous  nous  servons  de  ses 
propres  paroles,-^  demeurait  au  milieu  de  ce  peuple  stupide, 
véritable  statue  immobile  et  miietté.  Elle  allait  bientôt  s'ani- 
mer au  contact  du  feu  sacré;  le  marbre  ne  devait  pas  rester' 
longtemps  sans  voix. et. sans  parole.  Par. un  de  ces.  efforts 
prodigieux  que  la  foi  explique  au  chrétien  fervent  et  la  pas- 
sion au  sceptique»  quelques  semaines  suffirent  à  Xavier  pour  > 
se  mettre  en  état  d'expliquer  devant  les  Japonais,  dans  leur; 
pn^re  langue  et  en  termes  compréhensibles  pour  tousses 
auditeurs,  la  mission  dont  il  était  chargé.  Bien  mieux  :  il  pro- . 
voqua  les  bonzes  à  des  controverses  publiques  sur  tous  les 
pointa  de  doctrine. où  il. se. trouvait  en  désaccord  avec  eux.  > 
Ces. querelles  théologiques  eurent  de  nombreux  arbitres  et . 
portèrent  le  trouble  dans  beaucoup  de  ces  bonnes  tètes  japo-  : 
naises  sérieuses,  et  dénudées.  Mais  les  arguments. ne  suffi-; 
saient  pas  pour  déterminer  une  conversion  complète,  il  fallait 
latter  de  pratiques  aussi  bien  que  d'intelligence.:  Par  bon- > 
heur,  Xavier  était  un  ascète  tout  aussi  résolu  que  les  bonzes,  : 
les  Fnndi,  ou  le  grand  Saco  lui-même.  Cangoxima,  ville  esseni-: 
tiellement  voluptueuse;  ne  put  refuser,  son  admiration  à  un: 
homme  sur  lequel  les  sens  n'avaient. plus  aucun  empire;  elle 
voyait  dans  cette  impassibilité  qu'elle  ne  pouvait  s'expliquer,' 
un  gage  de  sa  mission  surnaturelle..  Cette  conclusion  n^était; 
peâirètre  pas  absolument  rigoureuse  ;  mais  elle  s'étayait  des. 
miracles  que  Xavier,  au  dire  de  son  historien,  réalisait  chaque , 
jour  devant  les  peuples  émerveiUés..Le  poisson,  trèsrrare  au- 
trefins  dans  la  baie  deCangoxima,  y  vint  à  sa  yoix  par  bandes 
énormes,  et  surchargea  désormais  les  filets  du;  p^heur .  Les 
lépreux  farwi  gnéris;  les  morts  se  levèrent  idë  leurs  cercueils 


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DmixbonHW  fltobiMil  fl«vtmt  <m  MutfèMtteitfe  «élestos.  Qm 
fimtil  leâ  pveMèi«9i  «l  à  vt«i  diM  le»  MnHnrtan^iiMM  d« 
cette  eaime  expddHiM.  lié  roete  des  Mj[Hiiifti»  éemMeit  é^m^ 
tant  mieux  fermier  êm  terrée  à  la  IttallAni  qli'elki  éctalaîl  e» 
rayons  pl«»  vib  et  plat  ébkmliatfata*  Le  im  eetea  btentM 
dTétre  fiiTorable  an  nkiioiinaif  e^  èk  \à  vlei^^  «tihri  de  dcan  eeim 
pognoae,  dut  porter  danee  lea  «late  vMslAë  le  nmsage  mal 
accnailli  de  la  clémeace  divine. 

Sans  autre  viatique  que  les  vaees  eacffa  éestiiiée  au  aaorl^ 
fioe  de  la  meese,  il  se  rendit  à  Firando^  pwt  de  mer  et  eap^ 
taie  du  royaume  de  ee  nom.  Pluehnrs  navii^  fmtugais  y 
étaient  à  l'ancre.  Ils  ânnc^ncèrent  son  arrivée  avec  toutes  les 
pompes  du  eèrëmonial  aaul^e$«^des  pavillons  de  toutes 
couleurs  flottant  aux  mûts^  les  matelots  groupés  sur  les  haiH- 
bans,  les  trompettes  sonaaat  sur  le  pont  et  l'iârtfllerie  gron^ 
dant  aiMlessous.  -^  Cet  accueit  jeta  la  population  de  Firaftdo 
dans  toute  sorte  d'étoniiements  et  de  oariosités.  On  se 
demandait  généralement,  mais  oans  pouvoir  l'expliquer^  la 
cause  de  ces  hommages  rendus  par  les  riches  eommerçanfs 
étrangers  au  plus  humble  de  leurs  compatriotes.  Ce  Ait  Je 
modeste  pèlerin  lai«>mème  qui  se  changea  de  les  AJre  cMS^ 
prendre  au  souverain  devant  lequel  il  parut  entooté  de  tonte 
la  pompe  que  les  Européens  purent  déployer  en  s<m  hcmMw. 
On  ne  peut  dovter  que  les  évolutions  militaires^  le  eorlége 
aimé,  le  bruit  du  eanon>  ne  fussent,  eneetteoeoasion  commeen 
bien  d'autre»,  de  puissants  afutiliaires  À  Vesuvre  évangélîque. 
François  X»rier,  tout  en  méprisant  de  grand  coeur  cet  éclat 
matériel  de  la  grandeur  humaine,  sut  en  implorer  1%  secours 
huaiitiattt  lorsqu'il  penea  bire  mlemt  écouter  ainsi  la  voixde 
réiernel  sagesse  :  il  entrevoyait  un  utile  emploi  de  cea  no»" 
\«ltes  retaodarces^à  Misaoo,  qui' était  âlovi  le  siège  de  l'crin^ 
dtt^  Japo»,  el  vers  taquefle  il  dirige»  immédiatemeifl  ses  psa« 

hes  noms  méasrdei  giliudea  ctléaeifilkiées  dmÉs*  lesquelles 
sm  voyage  le  eonduMit  nous  senteMoi^e  as^ouid^bui'  trts^ 
peu^familieiv^àivoete^a&tM  iRmlii^  »tm  nr 

GMnaiBsemp  gaètfe  AnufigueM^  «epHàtaF  es  M^oe»,  «k  fl* 


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troim  Me  )Mpakti»ii>  «adàtcie  par  l'babitadfe  dat»  jom  i 
sneiis,  et  oè ses  nfcorMioiiB  tu  repentir  kH'Taluraat  «yee 
nHi  kmoltes  le»  dangers  d'une  lapidatkMi  heveosemeiii  i»« 
e»iDplèl6.  «cSiBgiiiier  bonse,  remarquaient  sommairenieat  lea 
Tetaptoeux  habftanto  d'Amangucbi,  qui  ne  voudrait  nous  ao« 
corder  qu'un  seul  dieu  et  uneseule  feame  t  »  Awn  le  jaièrenlM 
ik  i  demi  nur  hors  des  porta  sans  autre  provisiom  qu'un  sac 
de  riz  s6dié  au  soleil^  et  sans  étatree  oompagnooa  que  Iroitf 
doses  aéopiiytes  disysoé»  à  partager  sa  vie  périlleuse  et  bu- 


Cétaii  an  fart  de  l^kvrer  :  d'épaisses  forêts,  des  montagnes 
à  pic,  des  fleuves  à  deaû  gdés,  d'immeases  plaines  couvertes 
de  neige  non  fisulée  séparaient  Xavier  de  Meaco.  D  perdit  uli 
mois  entier  à  tcaverser  ces  selitudes  où  la  cruauté  et  le  dié* 
pns  des  honanes  qu'il  rencontrait  ça  et  là  lui  ieaaaîent  seatif 
pins  vivement  encore  les  rigueurs  de  la  nature.  Une  fois  entre 
autres,  les  voyageurs  furent  accostés  dans  un  jongle  épaia 
paruacaralier  porteur  d'un  assez  pesant  fardeau.  Xavier  of* 
Irit  de  s'en  charger  si  cet  homme  voulait  en  revanche  leur 
servir  de  gnide  et  les  remettre  sur  le  bon  chemin.  Ceci  fut 
coaveau;  mais  le  cheval  déchargé  fui  d'heure  en  heure  pouseé 
k  des  allures  plus  rapides.  Le  missionnaire  suivait  haletant 
et  sans  faire  entendhre  un  seul  mot  de  plainte.  A  la  fin  eepe»- 
dantses  pieds  écorchés  et  ses  épaules  meurtries  lui  refosaûl 
len-iccy  il  tomba  comme  à  demi  mort  sur  la  route.  Le  reste 
de  son  eftrajant  voyage  s'accomplit  dans  une  conmiuniott 
perpétneHe  et  silencieuse  avec  l'Homme-Dieu,  pour  lequel  il 
Bouffirait  joyeusement  et  sacriiait  toute  chose  ;  à  peine-  de 
temps  à  autre  ouvrait-il  la  bouche  pour  somteoir  Pospoir  et 
le  courage  de  ses  eempagnons.  Enfin  parurent  les  murs-  de 
Meaco.  A  leur  vue^  quelque  espoir  de  repos  dut  caresser  eeMe 
Moniptable  pensée,  et  faire  passer  on  irisson.  de  joie  dans 
cc^cerps  du  fer.  Vahie  et  trompeuse  esf  énanoe^l  Aarivé'  ap 
iMy  iidéeowrnt  que  son  voyage  siraiiéte  fint  en  pure  pertri;» 
Seaeo  était  e«  proie  aas  hofreur^d'un  siège.  Lekpruît  daa 


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tt  LS6  PHBXIBIS  JÉSUITBS. 

\  armes  étouffait  to«te  parole  de  religion,  el  le  pape  da  Japon 

\  lui-mèmey  le  grand  Saco,  ne  pouvait  accorder  quelque  atten- 

tion qu'à  des  plans  de  guerre  et  de  défense.  Empruntant  alors 
au  Psalmiste  ses  cantiques  sur  le  départ  d'Israël  au  sortir  de 
la  terre  d'Egypte,  le  saint  apAtre  se  replongea  dans  le  désert 
et  reprit  courageusement  la  route  d'Amanguchi. 

Xavier  décrit  les  Japonais  à  peu  près  avec  les  mêmes  cou- 
leurs qu'un  Romain  du  siècle  d'Auguste  aurait  employées  pour 
peindre  les  habitants  de  la  Grèce,  et  connue  des  gens  adonnés  i 
toutes  les  voluptés,  soit  de  l'intelligence,  soit  des  sens  ;  peuples 
égoïstes,  gais^  perfides,  à  la  fois  subtils  et  frivoles,  querel- 
leurs et  avides  de  causerie  :  «  Leur  manie  de  questions,  dit- 
il,  est  véritablement  incroyable,  surtout  lorsqu'ils  ont  a£Eure 
à  des  étrangers,  dont  ils  se  jouent  sans  le  moindre  égard.  i» 
Entouré  par  ices.  bavards  d'Amanguchi  et  accablé  par  eux  de 
questions  incessantes  sur  l'immortalité  de  l'âme,  le  mouve- 
ment des  planètes,  les  éclipses,  l'arc-en-ciel,  le  péché,  la 
grâce,'  lé  paradis  et  l'enfer ,  il  résuma  toutes  les  parties  de 
cet  exainen  et  tâcha  d'y  répondre  en  bloc.  En  effet,  tous  ces 
problèiàeS  se  trouvaient  résolus  du  même  coup.  Astronomes, 
météorologues,  métaphysiciens  et  prêtres  trouvèrent  tons  à  se 
satisfaire  dans  une  réponse  qui  semblait  faite  spécialement 
pour  chacun  d'eux,  bien  qu'elle  s'adressât  à  la  fois  aux  uns 
et  aux  autres.  Du  moins  est-ce  ainsi  que  le  rapportait,  quatre 
ans  après  l'événement,  le  père.  Antonio.  Quadros;  qui  écrivait 
sur  les  lieux  mêmes  ;  et  l'on  peut  lire  ce  fait  avec  les  preuves 
à  l'appui,  dans  l'enquête  que  nécessita  la.canonisation.de 
Xaviei*.  On  s'étoiinera  peujqùe,.si.merveilleusement:doué,;.il 
ait  avancé  rapidement  la  conversion.de  ce  peuple  d'abord  si 
méprisant  et  si  moqueur:  Amanguchi  devint  le  centre  de  Tipr 
struction  chrétienne  au  Japon,  et  en .  conséqupn<^  Iç  grand 
théâtre  de  la  controverse.religieuàe.  Il  reàte  de  .(es  poiémi-: 
ques  une  sorte  dé  procèfrrverbal.parfaitêiï^èat^authentique  où 
de  bien  autres  :ergotéurs.  que  les  :bQnï^s.d'AmaQguohi:pptt^ 
raient  apprendre  à  discuter. les. :matièré%  to«cba!i|t:à'.lâ:fo.l 


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LIS  nBHins  lÉsmnrss.  61 

Même  sur  les  bancs  d'Oxford  ou  de  €aÉibrigè  on  voit  me- 
ttent des  daels  dialectiques  souteeus  avec  plas  d'art  et  d'à- 
chàm'ettiênt.  '  ^ 

Tout  à  coup,  an  miliea  de  ses  controverses  fanmaines,  Xa* 
viér  éttietfdit  derechef  an  dedans  dé  lui  cette  voix  à  laquelle 
il  ne  manquait  jamais  d'obéir  sans  hésiter.  Elle  l'appelait 
i'Fiichëo,  capitable  dtf  royaume  dé  Bnngo^  ville  importante 
assise  près  de  la  mer,  et  dans  le  port  de  laquelle,  —  c'était 
un  bonrg  appelé  Figier;  *—  un  riche  navire  portugais  se  trou- 
Tait  alors  à  l'ancre.  Ce  navire,  lorsque  ràrriyée  du  saint  fut 
aniioiieëé  (Xavier  était  alors  investi  d'une  renommée  univer- 
selle), ce  navire,  disôns-noûs,  fit  feu  de  toutes  ses  batteries 
et  réveilla  si  bien  led  échos  d'alentour,  que  le  souverain  de 
Fucbeo,  cpielque  peu  troublé,  envoya  des  messagers  chargés 
4e  lui  faire  connaître  la  cause  de  tout  ce  tumulte.  Sa  surprise 
fut  extrême  quand  ils  la  lui  rapportèrent,  et  lorsqu'il  sut  que 
Ce  salât  royal  était  adressé  au  plus  abject  des  mendiaiits,  à 
on  homme  dont  les  Japonais  disaient  énergiquemént  que«  la 
vermine  même  dont  il  était  couvert  avait  en  dégoût  l'être 
misérable  et  abhorré  dont  elle  était  réduite  à  se  repaître.  » 
L'impassibiliié  de  Xavier  aurait  aisément  ténu  contre  ces  ex- 
pressions du  dégoût  qu'il  inspirait  :  mais  les  remontrances  de 
ses  compatriotes  et  l'expérience  que  lui-même  avait  faite  quel- 
ques mois  auparavant,  le  décidèrent  à  revêtir  de  plus  bril- 
lants dehors.  Il  profita  des  ressources  qu'on  lui  ofrit,  et  se 
rendit  à  Fucheo,  précédé  de  trente  Portugais  richement  vêtus 
et  couverts  de  chaînes  d'or  et  de  pierreries.  Autour  d'eux, 
dans  leur  costume  de  fête,  tous  les  serviteurs  et  tous  les  es- 
claves des  négociants  chrétiens  ;  ensuite,  dans  une  chaloupe 
dont  le  bois  disparaissait  sous  les  riches  tapis  de  la  Qiine  et 
qui  livrait  au  vent  mille  baiideroUes  de  soie,  émaillées  de  di- 
verses couleurs,  on  voyait,  assis  sous  une  sorte  de  dais,  l'a- 
pêtre  des  Indes  lui-même,  vêtu  de  velours  vert  et  de  brocart. 
Ses  rameurs  et  ceux  des  barques  qui  le  suivaient  battaient  les 
flots  en  mesure,  au  bruit  des  trompettes,  des  flûtes  et  des 
hautbois.  Lorsque  le  cortège  aborda  et  se  mit  en  marche  vers 


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le  palida  to  ponau  ^  cafîtaineiAit  ii«riMi^riii(aif^  la  iAto 
Bsa  ^oM hÂ^Mttoilt  nM^  lîni  A  kMUmr  de  préeédtr  k 
missionnaire,  dont  il  semblait  ainsi  Técnjer  ou  le  BWÎordwm> 
Cinq  Mlm  de  ms  pmeipaw  offittorft,  chacm  porteur  de 
qnehii»  riche  efrande,  s'Atûent  placés  airtovr  de  œdemier, 
•I  Xerâr  MHméBMi  dane  l'impooemAe  «Uîliido  d'mi  chef  liêo- 
dal»  ei'avançeil  lentement  à  l'abri  d'm  magwiftqne  paraaoU 
f«e  des  esdanrn  leneient  aillerais  de  sa  tète.  U  trayeraa 
atnei  me  double  fiée  de  siKotats  hommes  d'armea  einroyés  i 
sa  roMiaakce  pomr  lai  finie  hooMor,  et  U  Miansea  des  ha- 
vangaes  e&nhnooteases  avee  toa  bftte  royal;  rafqpelant  pear 
eelte  oecamea  tonte  la  gcâoe  el  la  dàgniâè  cpl'û  avait  dû  na- 
gnèie  k  la  ieéipieDftattûR  des  comrs  et  a»  conmeree  des  soar 


Le  roi  (Ib  Bud^d  pafak  avw  étèquelqvi  peu  dans  les  dîa- 
positions  aaAipapales  de  notre  Heeri  VIII  »  et  il  mèdtlaît^  ce 
semble»  ima  rÀMrite  eonire  le  Saco  et  sa  djnastîe  spîntueUe 
Aussi  dès  k  pvcaaîèRe  onlrerus  la«fia^441  échapper  quelques 
propos  anaifueb  aaeaa  benee  orthodoxe  ne  pomiak  prêter 
ane  omUe  résigaée^  L'un  d^eas,  le  saïaaA  Fknkmdoao ,  ne 
eraigait  pas  de  s'éteter  hautement  cMiae  ces  Mfésîee  éma- 
nées du  somranda  t  <t  Comment  osezHv^oosy  s'éeria  eet  éminent 
ttiéelogiefH  entreprendre  la  solatioa  de  qnekfae  point  de  doc- 
trine sBQ»«(roir  jttmaÎB  étndiè  à  Fusâvfisîté  de  Fiananna?  Là 
seulement  eenit  révéiés  les.  anystèrea  de  FesisleDee  divine.  Si 
TOUS  êtes  phmgé  dans  Ti^noiance ,.  censnltes  lee  doctears 
chargés  de  vons  iastiuîre.  Me  voicî  tant  le  premier  prêt  à 
eoppléev  à  FinSnnité  de  rotre  îatfiUsgenee.  b  On  le  voit ,.  les 
parafes  d«  sage  Farândosa  anAîeiptieBA  de;  tseie  siècles  sur 
les  prétention»  df  ane  aahrnmifcé-  bien  anfarmneni  câh&bre  que 
oelle  de  Ftanainm.  Mans  le  grand  docttear  de.  Bango  s'attira 
des  réponses  brès^ifféretttea  de  ceUes  que  reçoitent  aujour. 
d'htti  chez  aoas  les  pi^isina  de  la  Ibéoenaiie*  La  cour  de 
FuckfiOft  éjkaît  dibumeur  raiUeuae :. ifiam  te  boa»  ias^istaii  poar 
maiateaie  son  antorilé  saecniatale»  pins  il  pnMaU  à  rire  à  ses 
msoints;  ani^timis..  La  mi  hâsMtae  h^^mk  i»  la  pairtie  et 


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MuA^mm^^ymÊm  «Mlfs^i  MugbiMe^  éfignmmm  wotn 
U  imaiftcttMMiffté»  w'tf  fi&U(»ta«t  4a  dmiMir^  par  sm  bin" 
flUiw  4i«Mi4iiA»  m^  P^Kkipto  teré«»9flft>k  4*  sa  nmmn  oéleato. 
Xivitfr  jfiit  b«i9«icwp  «iow  irnilé  p«r  oq  mcnurqua,  et,  tw^ 
)0W«  4èrQné  (to  c»lto  sotf  4o  «M¥trtM»  qui  «araofakiMe  1« 
vMtable  i^pâUre»  )1  pritohiik,  «ft^cbiwft  «t  diacutalt  av^  uiui 
lMl«w«uHM«««)tfiiLiri«'#iifcm[i  «Neporeney 

WU9  ^MÂ  d«  qftQi»  répunAaitri)  «mjtexQooeQt  à  Imr»  suppli- 
(HiiAM,  i^  »uis  nMif  t  aw  jonfeaMice»  eft  9u  hieiirètre  physique. 
Ha  «oiimlose,  mm  repos»  «i^  vtei,  c'eM  d'arraohetr  à  Salao 
lei  àMi  poiM  kaqpisMM  IMmi  m'a  f«N  aeeowir  ioi  4e  Tantra 
eiUinhé  dia  la  tore,  »  Im  hooa^a  de  Fucheo  ne  pouvaient 
opposer  ancuoe  nfoiiUiica  eficaco  i  we  ferveur  pereîHe. 
L'un  des  plus  éminents  brisa  ses  idoles  et  devint  chrétien; 
mt  ceata  4»  aaa  4i9oi)pies  snivireat  îmipédiatiement  son 
exfinpk^  i£  foi  hoàtmèmm  y  incrédule»  dissolii  (il  &ut  saroir 
gré  à  ces  malivea  du  mende  «ke  leura  moindres  aoAeteaionaX 
ht  touché  au  foiiA  d'evdaDuer  que  Toa  punti  eèvèrement 
les  vices  qu'il  pratiquait  encore;  ii  avouait  de  plua  qu'ils  hii 
appwr^iaîent  ptna  Udeox  que  jaauie  larsqn'il  en  contem- 
plait le  reflet  sur  la  face  du  saint,  aakoir  vi^at  et  fidèle.  Xa-^ 
viçf ,  da  teata^  ne  ^  bornait  pas  à  uno  muette  ceasare }  U  in- 
«al^y  Umt  à  touD  m^açaai  et  pafthétiqaa,  auprès  de  son 
njal  preaélyta.  Le  enhe  d^  Xaca  et  d'Aaûda  semblait  tou^ 
iher  à  sa  vuineçr  ç'Mait  une  oecasteo  salenarile  qui  exigeait 
et  ^  aéf  easctait  las  pbia  ^nanda  saerifleea. 

iliefatta  trente  ana  l^  m jsièros  de  la  tbî  dea  bonzes  avaient 
élèeeseigiiéa^  dan&  le  plus  oèlèbte  de  kuDs  oollégea,  par  un 
docteiu^  qui  passail  paat^aVair  4pp«o&>ndl  toutes  les  branches 
du  satoÎDteiraBtroet  do-fa^ié^élationdivinev  Co  saint  homme, 
aassitèf  aprèa  a^rair  pi^mplgad  ïes  orades  d'une  sagesse  plus 
qu'baoïatnQy  se  retirai*  ibins»  maa.  prof end^  solitiMe,  loin  de 
teas  toa  «égarés  et  e'y  tenait  en  oenMMiaieation  directe  avec 
iea  étaea  inunortéla.  fnaareodotio  »  ^^  ainsi-  s'appelait-il ,  ««- 
anâonça  qu1ipfejataiN^una>^i^îte  à  la  ville  et  aa  palais  de  Fu- 
cheo. G^étaiè,  fMv  ainsi  dive»  l^flla  do  Théll»,  èpiu  par  le 


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6k  LES  PBBMBAS  JÉSUmS. 

désarroi  des  Grecs ,  et  prenant  sa  lance  massive  pour  reair 
enfin  à  leur  aide  sur  une  rive  que  ses  pas  disaient  trembler. 
Ainsi  s'avança  le  héros  de  la  théologie  japonaise,  prêt  à  guer» 
royer  contre  le  prêtre  ennemi  ;  et  de  même  s'élevèrent  parmi 
les  bonzes  soudainement  secourus  les  clameurs  d*un  triomphe 
anticipé.  La  terreur  fut  universelle  dans  le  camp  des  néo- 
phytes encore  incertains.  Le  monarque  licencieux  commença 
lui-même  à  trembler  »  et  tout  sembla  prédire  la  ruine  de  Xa- 
vier et  de  son  culte.  Quand  les  deuk  antagonistes  furent  en 
présence ,  leur  débat  s'ouvrit  par  cette  question  solennelle, 
que  Fucarondono  jeta  d'un  ton  méprisant  à  l'apêtre  chrétien: 
«  Me  connaissez-vous,  ou  plutôt  vous  80uvenez*vous  de  moi? 

—  Je  ne  vous  ai  jamais  vu  avant  ce  moment,  r>  répliqua  le 
saiiit. 

■    Et  le  bonze  d'ajouter  aussitôt  :  «  Un  homme  qui  a  eu  aftire  ' 
à  moi  dans  mille  occasions  et  qui  n'ose  paà  ine  reconnaître 
sera  aisément  convaincu  de  fraude.  Vous  reste-t-il ,  ajouta  le 
profond  docteur,  quelques-uns  de  ces  dieux  que  vous  me  ven- 
dîtes au  port  de  Frenajona? 

•—Je  n'ai  jamais  été  marchand,  dit  le  missionnaire,  et  ne 
résidai  jamais  à  Frenajona.  .  . 

•  —  Vous  avez  une  mauvaise  mémoire,  r^liqua  son  antago- 
niste avec  un  sourire  dédaigneux.  Il  y  a  cinq  cents  ans,  jour 
pour  jour,  à  l'heure  qu'il  est,  que  vous  et  moi  nous  rencon- 
trâmes à  ce  marché  célèbre  ;  à  telles  enseignes  que  vous  me 
vendîtes  cent  pièces  dé  soie,  outre  les  dieux  dont  j'ai  parlé, 
ce  qui  me  procura  l'occasion  d'un  négoce  très-avantàgeux.  » 
Et  partant  de  cette  doctrine  fevorite  de  la  transmigration  des 
âmes,  le  sage  se  mit  à  développer  les  autres  secrets  de  la  me 
ture  :  l'éternité  de  la  matière,  la  formation  spontanée  de  tous 
les  êtres  organisés,  et  l'épuration  progressive  de  l'esprit  hu- 
main, toujours  de  plus  en  plus  noble,  toujours  de  plus  en  plus 
saint,  jusqu'à  ce  qu'il  atteigne  à  la  mémoire  parfiiitedes 
chosea  passées  et  retrouve  le  souvenir  exact  de  toutes  ses  trans- 
formations à  travers  les  siècles  ;  placé  dès  lors  sur  les  hautaus 
d'une  expérience  vingt  fois  centenaire,  au  sein  de  la  multitude 


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LBS  PREMIERS  JÉSUITES.  65 

abrutie  dont  les  souvenirs  sont  confinés  dans  l'étroite  limite 
de  son  existence  la  plus  récente.  Un  Portugais  qui  assistait 
au  débat  nous  assure  que  Xavier  réfuta  victorieusement  cette  ' 

argumentation  embarrassante;  mais  il  ne  nous  dit  point  I 

quelles  furent  ses  réponses,  et  ceci  est  malheureux.  «  Je  n'ai, 
s'écrie  cet  historien,  ni  assez  de  science  ni  assez  de  présomp-  i 

tion  pour  exposer  en  détail  les  raisonnements  subtils  et  so- 
lides par  lesquels  notre  saint  triompha  des  vaines  imagina- 
tions mises  en  avant  par  le  bonze.  » 

Cependant  la  victoire  fut  incomplète  :  Fucarondono  ras- 
sembla ses  forces  dispersées  et  revint  à  l'attaque ,  accompa- 
gné de  plus  de  trois  mille  bonzes.  Xavier,  de  son  c6té,  repa- 
rut sur  le  champ  de  la  controverse ,  suivi  par  les  officiers 
portugais  dans  leur  plus  riche  costume.  Ils  se  tenaient  tou- 
jours tète  nue  en  sa  présence,  et  s'agenouillaient  chaque  fois 
qu'il  leur  adressait  la  parole.  La  dispute  roula  cette  fois  sur 
plus  d'un  point  épineux.  On  demanda  par  exemple  à  Xavier 
pourquoi,  célébrant  des  messes  pour  les  morts,  il  condamnait 
la  coutume  japonaise  de  donner  aux  bonzes  des  billets  de 
crédit  dont  l'escompte  se  feisait  au  profit  des  personnes  décé- 
dées. Bref,  les  questions  furent  si  subtiles  et  si  ardues,  que 
Xavier  et  son  compagnon,  —  c'est  ce  dernier  qui  rapporte  les 
détails  de  cette  polémique ,  -—  furent  poussés  à  croire  que 
l'esprit  du  mal  lui-même  était  venu  inspirer  leurs  adversaires. 
Quant  au  bonheur  de  leurs  réponses,  le  même  historien  l'at- 
tribue modestement  aux  prières  incessantes  que ,  durant  le 
débat,  les  chrétiens  ne  cessèrent  d'offrir  à  Dieu ,  en  lui  de- 
mandant la  victoire  pour  leurs  champions.  Le  récit  de  cette 
seconde  polémique  est  plein  de  détails  et  fort  animé.  Nous  en 
extrairons  seulement  la  conclusion  donnée  par  l'arbitre  royal 
devant  lequel  avaient  lieu  ces  joutes  intellectuelles  :  «  Autant 
que  j'en  puis  juger,  dit-il,  le  père  Xavier  parle  seul  avec  quel* 
que  raison.  Quant  aux  autres,  ils  paraissent  ne  connaître  guère 
ce  dont  ils  veulent  discourir.  Il  leur  fendrait  des  idées  plus* 
nettes  et  moins  de  violence  pour  comprendre  ces  question» 
difficiles.  Si  vous  manquez  de  foi,  continua-t-il  en  s'adressant 
S*  SiRIS.— TOME  XII.  6 


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66  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

aux  bonzes,  faites  au  moins  usage  de  votre  raison  ;  elle  doit 
vous  enseigner  à  ne  pas  nier  des  vérités  évidentes,  et  surtout 
n'aboyez  pas  comme  autant  de  chiens  irrités.  »  Ce  fut  par  ces 
paroles  que  le  roi  de  Bungo  rompit  les  conférences.  Mais,  en 
dépit  dé  son  influence  royale  et  de  cette  judicieuse  décision, 
le  chroniqueur  portugais  reconnaît  que  Tétat  des  opinions 
resta  le  même  de  côté  et  d'autre;  en  outre,  à  partir  de  ce  jour, 
l'œuvre  de  conversion  sembla  ne  plus  avancer.  Le  naïf  écri- 
vain s'étonne  très-sérieusement  que  des  logiciens  si  complè- 
tement réfutés  n'en  aient  pas  moins  persisté  dans  leurs  er- 
reurs ,  et  que  des  pratiques  convaincues  d'être  i  la  fius 
insensées  et  criminelles  soient,  nonobstant  ce,  demeurées  ea 
honneur.  Il  serait  consolant  de  croire  que  cette  surprise  est 
fondée  ;  que  Tobstinaiion  du  peuple  de  Fungo,  circonscrite 
dans  ce  royaume,  est  en  quelque  sorte  un  caprice  isolé  de  la 
nature;  que  partout  ailleurs  qu'au  Japon  l'enseignement  pe- 
ligieux  est  entre  les  mains  d'hoaunes  candides  et  sincères; 
et  qu'on  ne  trouve  nulle  part  un  professeur  de  théologie  pas- 
sionnément attaché  à  de  mauvaises  doctrines ,  comme  Tétait 
jadis  le  savant  Fucarondono. 

Xavier  poursuivait  depuis  trois  ans  ses  travaux  émngéàb- 
quesau  Japon ^  lorsque  de  fâcheuses  nouvelles  coBcemaat 
l'église  de  Goa  le  rappelèrent  dans  cette  dernière  cité.  Sa  tra- 
versée de  retour  s'accomplit  sur  des  mers  périlleuses  oui  des 
navigateurs  affamés  d'or  osaient  â  peine  se  risquer  à  cette 
é()oque  dénuée  de  connaissances  nautiques.  Là ,  comme  le 
vaisseau  qu'il  montait,  tirant  après  lui  une  petite  embaiea- 
tion  prise  à  ia  vemorque,  courait  devant  le  mousson,  les  cor- 
dages qui  unissaient  les  deux  navires  se  brisèrent  tout  à  coiqi, 
et  quelques  minutes  après  ils  étaient  complètement  hors  de 
vue.  Les  comps^nons  de  Xavier,  qui  pr^i^pie  tous  Rvaîeot  ou 
des  parents  ou  des  amis  sur  la  chaloupe  .ainsi  emportée,  dé- 
jploraient  le  sort  de  ces  malheureux,  tout  eu  s'attristani  d'a- 
vance sur  leur  propre  naufri^e,  regardé  comme  ioévitdl^le. 
En  effet,  trois  ^andes  journées  durant,  ils  oourarent  à  l'a- 
veugle^ entraînés  par  la  force  des  éléments,  qui  semblaient  se 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  CT 

jouer  d*eux  et  de  leur  terreur ,  sur  un  océan  dont  les  ondes 
bouillonnantes  écumaient  comme  exposées  à  la  flamme  d'un 
ardent  foyer.  Xavier  pleurait  aussi,  mais  de  reconnaissance  ; 
son  Dieu ,  toujours  présent,  se  révélait  à  lui  par  la  voix  fu- 
rieuse de  l'ouragan,  et  versait  dans  son  cœur  une  sécurité  in- 
altérable. «  Ne  vous  affligez  pas,  mon  ami,  disait-il  gaiement 
à  Edouard  de  Gama,  qui  déplorait  la  perte  d'un  frère  enlevé 
avec  la  chaloupe  dont  nous  avons  parlé;  — d'ici  à  trois  jours  la 
fille  aura  rejoint  sa  mère.  »  Ces  trois  jours  furent  longs  et  ter- 
ribles, mais  comme  le  troisième  allait  finir,  une  voile  apparut 
à  Thorison.  Défiant  l'effort  des  vents  cnnanis,  elle  arrivait  en 
droite  ligne  sur  le  navire  portugais  et  elle  glissa  bientôt  dans  ses 
eaux  tranquilles,  comme  l'oiseau  marin  qui,  de  retour  après 
uneeoojrse  fatigante,  lisse  à  loisir  sur  la^vague  encore  agitée 
son  plamage  souillé  d'écume.  Chacun  là-dessus  de  crier  aQ 
miracle,  et  c'était  justice.  En  effet,  non-seulement  on  retrour 
vait  d'une  bçon  surnaturelle  la  barque  perdue,  mais  sur  le 
pont  de  cette  barque  se  voyait  Xavier  lui-même,  miracu- 
leusement doublé.  Les  deux  équipages  ^  la  fois,  pendant 
ces  trois  journées  de  dangers  et  d'alarmes,  avaient  été  pro- 
tégés et  consolés  par  le  saint  apôtre.  Ce  prestige  néanmoins 
ne  dura  que  quelques  minutes,  et  dès  que  les  deux  capitaines 
se  fnréot  hélés  l'un  l'autre,  il  n'y  eut  plus  tout  à  coup  qu'un 
sed  François  Xavier  debout  è  côté  d*Édouard  de  Gama,  sur 
le  pont  de  la  Croix-SaipUey  — ainsi  s'appelait  le  vaisseau  du 
Commodore.  Ce  bâtiment  reçut  en  cette  occasion  une  charte 
d'immunité  directement  émanée  du  ciel,  et  qui  le  mettait  à 
Tabri  de  tout  danger.  Tant  que  ses  planches  tinrent  Tune  à 
l'autre,  il  put  hanter  impunément  des  parages  que  tout  autre 
cAt  trouvés  fonestes. 

Pendant  ce  merveilleux  voyage,  Xavier  et  Jago  de  Pereyra, 
commandant  du  navire ,  s'étaiei^t  ouverts  l'un  à  l'autre.  Ce 
dernier,  bien  qu'adonné  aja  commerce,  avait  de  plus  hauts 
desseins  que  les  vulgaires  marchands.  Ce  n'est  pas  lui  qui,  de 
nos  jours,  e&t  borné  ses  désirs  à  passer  de  l'opium  en  contre- 
bande. Il  poursuivait  deux  grands  résultats  :  la  conversion 


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68  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

de  l'empire  chinois  et  sa  propre  nomination  au  poste  d'am- 
bassadeur près  la  Cour  Céleste  à  Pékin.  L'apôtre  et  le  com- 
merçant mirent  en  commun  pour  cette  gigantesque  aven- 
ture, l'un  son  influence  et  sa  vie ,  l'autre  sa  fortune  entière. 
Us  menèrent  vivement  les  choses  ;  car  dès  le  printemps  de 
l'année  suivante,  la  Croix-Sainte  partit  de  Goa  pour  les  por- 
ter l'un  et  l'autre  vers  les  côtes  encore  inexplorées  de  la  Chine. 
En  passant  à  Malacca,  Xavier  apprit  que  ses  prédictions  s'é- 
taient accomplies  en  partie.  La  peste,  ce  fléau  divin,  ravageait 
le  peuple  orgueilleux  et  sensuel  qui  avait  méprisé  les  avis  de 
l'apôtre.  Il  se  fit  aussitôt  descendre  à  terre,  peu  disposé  à  lais- 
ser sans  secours  les  misérables  si  justement  frappés.  Rien  ne 
pouvait  lui  faire  oublier  qu'ils  étaient  ses  frères,  et  tout  cédait 
en  lui  à  l'appel  de  l'ardente  charité.  Vaisseaux,  collèges, 
églises,  se  métamorphosèrent  à  sa  voix  en  autant  de  lazarets. 
Il  passait  les  nuits  au  milieu  des  malades  et  des  mourants, 
et  s'il  les  quittait  pendant  le  jour,  c'était  pour  aller  de  porte 
en  porte  mendier  la  nourriture  et  les  remèdes  dont  ils  avaient 
besoin.  La  Chine  même  fut  oubliée  momentanément,  et  tant 
qu'une  victime  de  la  peste  réclama  ses  soins,  l'apôtre  ne  se 
sentit  pas  le  courage  d'abandonner  son  lit  de  douleur  pour 
marcher  à  la  conquête  des  âmes. 

Enfin,  le  fléau  cessa  de  sévir,  et  la  Croix-Sainte  s'apprêtait 
à  quitter  le  port  de  Malacca,  lorsque  des  difficultés  nouvelles 
s'élevèrent,  que  Xavier  lui-même,  tout  prophète  qu'il  était, 
n'avait  pas  prévues.  Le  gouverneur  don  Alvaro  d'Alayde, 
grand  d'Espagne  de  première  classe,  n'était  nullement  disposé 
i  favoriser  l'ambassade  de  Pereyra;  il  regardait  l'honneur  de 
représenter  la  couronne  de  Portugal  auprès  du  plus  grand 
roi  de  la  terre  comme  fort  au-dessus  des  prétentions  d*nn 
homme  du  peuple.  Le  lui  confier  était  faire  en  quelque  sorte 
un  vol  à  la  noble  maison  d'Alayde,  dont  le  représentant  s'a- 
baissait^aussi  jusqu'à  convoiter  des  appointements  qu'on  pré- 
voyait devoir  être  fort  considérables.  Par  toutes  ces  raisons, 
le  gouverneur  fut  d'avis  que  l'expédition  projetée  n'était 
point  avantageuse  aux  intérêts  bien  entendus  de  Jean  III.  Pe- 


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LES  PEEMIBES  JÉSUITES.  89 

reyra  comparut  devant  lui  en  suppliant ,  et  voulut  conjurer  ses 
refus  par  un  présent  de  30,000  couronnes.  Tous  ceux  qu'in» 
téressaient  le  commerce  et  la  conversion  de  la  Chine  unirent 
leurs  sollicitations  à  celles  du  futur  ambassadeur;  mais  ce  fut 
eo  vain  :  Alvaro,  brandissant  sa  canne  sur  la  tète  des  gens 
prosternés  à  ses  pieds,  jura  que  l'ambassade  projetée  né  par* 
tirait  pas  tant  qu'il  aurait  le  gouvernement  de  Halacca  et  la 
capitainerie  générale  des  mers  portugaises.  Les  semaines  suc- 
cédaient aux  semaines,  sans  qu'on  pût  ébranler  cette  volonté 
contraire,  et  la  saison  favorable  tirait  à  sa  fin,  lorsque  Xa- 
vier, après  bien  des  hésitations,  prit  le  parti  de  revendiqua 
une  autorité  dont  il  était  secrètement  investi.  Un  bref  papal 
lui  conférait  le  titre  et  l'autorité  de  nonce  apostolique  en 
Orient.  Il  le  produisit  alors  pour  la  première  fois,  et  montra  ses 
mains  armées  des  foudres  ecclésiastiques.  Alvaro  ne  se  laissa 
pasefrayer,  et  la  sentence  d'excommunication  éclata  aussitôt 
sur  sa  tète  et  sur  celle  de  ses  adhérents.  Il  n'y  répondit  qu'en 
séquestrant  la  Croix-Sainte.  Xavier  écrivit  pour  se  plaindre 
au  roi  ;  le  gouverneur  intercepta  ses  lettres.  Le  vicaire  du  vi- 
caire de  Jésus^hrist  ne  pouvait  plus  en  appeler  qu'à  Dieu 
pour  le  soutien  de  sa  juste  cause.  Ainsi  fit^il;  et  après  s'être 
prosterné  au  pied  des  autels,  il  se  releva,  fort  d'espérances 
nouvelles.  La  CroiX'Saintef  maintenant  au  service  d' Alvaro, 
allait  partir  pour  l'ile  de  Sancian,  à  l'embouchure  de  la  rivière 
de  Canton,  le  seul  point  de  l'empire  où  les  Portugais  eussent 
la  permission  de  commercer.  Xavier  résolut  de  s'y  foire  con- 
duire, et  de  se  rendre  ensuite  à  Hacao  pour  y  prêcher  l'Évan- 
gile. Ceci  devait  nécessairement  l'amener  dans  les  cachots 
de  l'empereur;  mais  là,  il  aurait  pour  compagnons  de  cap- 
tivité des  habitants  du  Céleste  Empire,  à  la  conversion  des- 
quels il  se  promettait  de  travailler,  voulant  à  tout  prix,  et 
dût-il  même  lui  en  coûter  la  vie,  déposer  dans  ce  pays  le 
germe  de  la  foi  qu'il  se  sentait  appelé  à  propager  :  c'était 
un  projet  qu' Alvaro  ne  prétendait  contrarier  en  aucune  fa- 
çon. La  CroiX'Sainte  fiit  de  nouveau  équipée;  et  l'apôtre  des 
Indes,  suivi  d'une  foule  étonnée,  sortit  de  Malacca  pour  se 


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n  LES  PREMIEES  JÉSUITES. 

rendre  au  rivage.  On  le  vit  s'agenouiller  sur  le  sable  et  la 
face  contre  terre,  prier  silencieusement  avec  une  ardeur  pas- 
sionnée. Un  tremblement  nerveux  agitait  son  corps,  et  sa  poi- 
trine gonflée  semblait  prête  à  se  rompre.  Quel  était  le  sens 
de  cette  agonie  extatique?  quelles  prévisions  merveillensefl 
troublaient  à  ce  point  une  âme  si  ferme?  C'est  ce  que  nul 
n'osait  deviner  ni  demander  à  Tapôtre  :  seulement  une  ter^ 
reur  contagieuse,  communiquée  par  le  regard  an  regard, 
^'emparait  des  assistants  devenus  muets  :  on  eût  dit  le 
oalme  qui  précède  les  premiers  éclats  du  tonnerre»  alors  que 
le  firmament  se  prépare  aux  tempêtes  qui  le  vont  déchirer. 
Xavier  se  leva  bientôt,  non  plus  avec  ce  visage  afFectneux  et 
doux  qu'on  lui  voyait  d'ordinaire ,  mais  le  front  rayonnant 
d'une  indignation  divine.  Isaïe  n'était  pas  plus  menaçant 
t|uand  il  annonçait  la  colère  de  Dieu  au  roi  de  l'antique  Ba- 
bylone.  Debout  sur  un  rescif  entouré  d'eau,  l'apôtre  détacha 
ses  sandales ,  les  frappa  l'une  contre  l'autre  avec  une  action 
véhémente,  et  les  jetant  ensuite  loin  de  lui  dans  un  transport 
d'horreur  pour  la  poussière  dont  elles  étaient  encore  soaillëes, 
îl  sauta  pieds  nus  dans  le  vaisseau  qui  devait  l'emporter  loin  de 
la  cité  maudite  et  vainement  avertie.  * 

L'ile  de  Sancian,  où  il  arriva  bientôt  après,  n'était  qu'une 
factorerie  commerciale,  et  les  marchands  qui  venaient  y  sé- 
journer pendant  une  partie  de  l'année  s'opposèrent  avec 
énergie  à  ce  qu'il  pénétrât  plus  avant  dans  le  Céleste  Empire. 
Us  voulaient  bien  croire  aux  prodiges  qu'on  racontait  de 
Xavier;  ils  ne  doutaient  pas  que,  dans  une  forêt  infestée  de 
tigres,  il  avait  bravé  la  fureur  de  ces  animaux  sans  autre  arme 
qu'un  vase  d'eau  bénite.  Mais  les  mandarins  leur  semblaient 
encore  plus  redoutables ,  et  sans  aucun  doute  ils  voudraient 
punir  les  prédications  de  l'apôtre  aux  dépens  de  ses  compa- 
triotes les  moins  soucieux  de  conversions  religieuses.  En  vain 
Xavier  leur  répéta  cette  question  de  Loyola,  qui  avait  eu  tant 
d'influence  sur  son  esprit;  en  vain  d^nanda-t-il  à  ces  hooH 
mes  avides  d'entasser  couronnes  sur  couronnes  et  moïdores 
sur  moïdores  :  -*  c<à  quoi  cela  sert-il?»  Ils  ne  purent  jamais 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  Tl 

comprendre  ce  désintéressement  sublime,  et  ils  quittèrent 
rile  sans  avoir  voulu  fournir  à  Xavier  les  moyens  de  traverser 
le  détroit  qui  le  séparait  de  Macao.  Il  restait  sans  abri,  sans 
aliments,  mais  non  sans  espérance,  à  la  merci  des  officiers 
d'AIvaro,  qui  consentirent  cependant  à  le  reprendre  à  bord 
pour  le  conduire  à  Siam ,  dont  le  roi  devait  prochainement 
envoyer  une  ambassade  en  Chine.  Xavier  espérait  qu'il  lui 
serait  permis  de  s'introduire  parmi  les  négociateurs  siamois 
dans  cette  terre  jusqu'alors  fermée  à  ses  vœux. 

Hais  ses  labeurs  terrestres  et  ses  nobles  ambitions  al- 
laient s'arrêter  pour  jamais  ;  l'ange  de  la  mort  venait  récla- 
mer cette  Ame  mieux  préparée  qu'aucune  autre  à  compa- 
raître devant  la  justice  éternelle.  Xavier  était  alors  sur  le 
navire  qui  allait  l'emmener  à  Siam.  Il  demanda  et  obtint 
qu'on  le  déposât  sur  le  rivage,  où  il  comptait  attendre  sa  fin 
dans  un  recueillement  plus  absolu.  Gisant  sur  cette  c6te  nue 
et  tandis  qu'un  vent  glacé  ajoutait  à  ses  dernières  souffrances, 
il  lutta  seul  contre  les  ardeurs  mortelles  de  la  fièvre  qui  ache- 
vait de  dévorer  sa  vie.  Saint  abandon,  majestueuse  agonie  au 
prix  desquelles  le  plus  heureux,  le  plus  entouré  des  enfants 
des  hommes  n'a  que  solitude  et  détresse.  Sur  la  tète  du  mou- 
rant se  dressait  le  crucifix  rédempteur,  gage  d'une  heureuse 
éternité;  devant  ses  yeux  éteints,  remplacés  par  ceux  de  la 
foi,  se  pressaient  en  foule  les  ministres  célestes  de  paix  et  de 
consolation;  leurs  hymnes  triomphales  se  faisant  jour  pour 
la  première  fos  dans  la  prison  de  chair  que  le  saint  allait 
quitter,  retentissaient  à  son  oreille  charmée;  d'indicibles 
pleurs  couvraient  ses  joues;  enfin,  sous  le  froid  baiser  de  la 
mort,  tous  ses  traits  prirent  un  instant  l'éclat  anticipé  de  sa 
gloire  prochaine;  il  se  souleva,  les  mains  appuyées  sur  le 
signe  du  salut  :  «  In  te ,  Domine,  speraviy  non  confundar  in 
œtemum,  »  s'écria-t-il,  et  courbant  la  tète,  il  rendit  l'esprit 

[Edinburgh  Review.) 
(La  2«  partie  à  la  prochaine  livraison.) 


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Mémoivts.  —  iltoeurs  ^trîstxrrrattques* 

LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNET  (1) 

(madame  d'arblay). 

su. 

LA  DÉMENCE  DU  ROI  GEORGES  III. 


Nous  laisserons  maintenant  la  parole  à  miss  Burney.  D'a- 
près ce  qu'on  a  trouvé  dans  la  première  partie  de  notre 
compte  rendu,  chacun  a  pu  se  faire  une  idée  juste  du  rôle 
qu'elle  jouait  à  la  cour  de  Georges  III;  des  attributions  qui 
lui  étaient  dévolues  ;  des  sympathies  et  des  antipathies  qu'elle 
y  avait  rencontrées;  de  ses  dispositions  à  l'égard  de  chacun; 
de  l'esprit  qui  présidait  à  ses  jugements  ;  du  sombre  nuage 
que  l'ennui  et  le  malaise  de  son  amour-propre  répandaient 
parfois  sur  les  menus  détails  de  cette  monotone  existence. 
Un  lecteur  perspicace,— et  nous  devons  toujours  compter  sur 
la  perspicacité  de  nos  lecteurs,— est  donc  maintenant  en  état 
de  replacer  chaque  chose  et  chaque  individu  sous  son  vrai 
jour. 

Nous  nous  bornerons  à  lui  rappeler  sommairement  à 
quels  événements  politiques ,  à  quelle  situation  difficile  se 

(i)  Voir  le  numéro  de  septembre  pour  le  premier  extrait. 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNBT  73 

rattachent  la  crise  intérieure,  le  malheur  domestique  dont  le 
tableau  va  passer  sous  ses  yeux. 

Cinq  ans  avant  Tépoque  où  nous  allons  être  reportés ,  la 
grande  lutte  du  ministère  de  coalition  contre  Tautorité 
royale  s'était  terminée  par  le  triomphe  de  cette  dernière.  Fox 
et  lord  North ,  unissant  leurs  forces  parlementaires  dès  que 
la  fin  des  hostilités  en  Amérique  eut  fait  disparaître  la  prin- 
cipale cause  de  Teurs  divisions,  avaient  constitué,  comme  on 
sait,  une  majorité  compacte  au  sein  des  communes,  et  par 
elle,  espéraient  dominer  à  la  fois  l'autorité  royale  et  le  pouvoir 
aristocratique.  Le  champ  de  bataille ,  habilement  choisi,  fiit 
cette  mesure  capitale  qui  devait  retirer  le  gouvernement  des 
Indes  à  la  Compagnie,  et  le  faire  passer  entre  les  mains  d'une 
commission  à  la  composition  de  laquelle  le  monarque  devait 
rester  étranger  :  le  parlement  se  la  réservait. 

Un  pareil  acte  d'autorité,  réalisé  au  profit  du  corps  électif, 
bouleversait  la  constitution,  et  créait  au  sein  du  gouvernement 
existant  un  gouvernement  nouveau,  — m  imperio  ttnperfum,— 
dont  Vînfluence  et  l'autorité,  tendant  à  grandir  sans  cesse, 
compromettaient  évidemment  le  pouvoir  exécutif.  Lord  Thur- 
low  n'avait  pas  trop  dit,  en  affirmant  avec  une  certaine  em- 
phase que  le  bill  de  l'Inde,  s'il  était  adopté,  arracherait  la 
couronne  au  monarque  pour  la  placer  sur  le  front  de  Fox. 

Georges  III  pressentit  la  catastrophe,  et  pour  la  prévenir, 
déploya  tout  ce  qui  lui  restait  de  ressource^;  décidé,  s'il  était 
vaincu,  à  retourner  dans  le  Hanovre,. plutôt  que  de  subir  à 
Londres  le  joug  d'une  oligarchie  parlementaire.  On  sait  com- 
ment, le  8  décembre  1783,  le  bill  adopté  déjà  par  une  grande 
majorité  de  la  Chambre  basse  fut  rejeté  par  un  petit  nombre 
de  pairs  dévoués  à  leur  mattre.  Ce  fut  à  cette  occasion  que 
Pitt  s'empara  du  ministère,  et  presque  seul  contre  une  oppo- 
sition formidable,  à  force  de  sang-froid,  d'éloquence,  décou- 
rage et  d'habileté,  rendit  aux  principes  conservateurs  dont  il 
était  le  glorieux  représentant,  leur  prédominance  un  moment 
menacée.  Ce  fut  l'aiiiaire  de  trois  mois.  En  voyant  au  bout  de 
ce  temps  l'opinion  changée,  le  parlement  dissous  et  une 


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^h  LE  JOURNAL  BE  MISS  BDRNET. 

ehambre  nouvelle,  remplie  de  confiance  dans  un  homme  d'é- 
tat à  peine  âgé  de  vingt-six  ans ,  Sheridan  s*écria  que  Pitt 
avait  vaincu  les  communes.  Lord  North  dut  avouer  en  fré- 
missant, «  que  ce  jeune  homme  était  né  ministre;  b  et  Fox  vit 
échouer  contre  le  nouveau  bill  de  llnde  »  que  le  gouverneBient 
substituait  au  sien ,  tous  les  efforts  de  sa  prodigieuse  élo- 
quence. 

Les  deux  ou  trois  ans  qui  s'écoulèrent  ensuite  foirent  con- 
sacrés à  relever  les  finances  et  l'administration  de  l'état  fi^ 
cheux  où  elles  étaient  plongées  depuis  le  passage  de  lord  North 
aux  affitires.  D'un  autre  côté,  profitant  des  craintes  qu'inspi- 
rait au  cabinet  prussien,  alors  dirigé  par  Herteberg,  l'il- 
lianoe  redoutable  de  Catherine  et  de  Joseph  II  «  Pitt  parvint 
à  conclure  entre  l'Angleterre,  la  Prusse  et  la  Hollande,  sou- 
mise désormais  au  stathoudérat  héréditaire,  le  célèbre  traité 
de  Los,  qui  anéantit  en  Hollande  l'influence  ducabinet  de  Ver- 
sailles, et  rétablit  dans  le  nord  de  l'Europe  la  suprémitie 
anglaise,  si  affiiiblie  par  la  guerre  d'Amérique. 

Le  traité  de  la  triple  alliance  fut  signé  le  13  juin  1788. 

Il  va  sans  dire  que  de  tous  ces  £aits,  pas  un  ne  se  trouve 
écrit  dans  le  journal  de  notre  spirituelle  narratrice.  Le  13  fé- 
vrier de  la  même  année  seulement,  son  attention  fiit  appelée 
vers  les  événements  publics  à  l'occasion  du  procès  de  Wamn 
Hastings,  qui  commença  ce  jour-la.  Miss  Burney  assista  au 
début  de  cette  mémorable  poursuite  (1).  Acquise  à  toutes  les 
opinions  du  monde  où  elle  vivait,  l'auteur  d*EveUnm  prenait 
le  plus  vif  intérêt  à  l'accusé  :  elle  discutait  avec  Wjmdham, 
pendant  la  lecture  de  l'acte  d'accusation,  les  charges  portées 
contre  Hastings  par  la  commission  dont  Wyndham  Im-mèBe 
fiiisait  partie.  Après  le  célèbre  discours  de  Burke,  saluée  au 
sortir  de  la  chambre  par  cet  homme  illustre,-*  et  ière,  en  dé- 
pit d'elle-même,  de  ce  léger  hommage, — elle  ne  hri  rendait  ce* 

tl]  Les  lecteurs  de  la  Revue  Britannique  n'ont  pas  oubné  sans  doute 
k  tableau  de  cette  séance  si  largement  dessiné  dans  le  brillant  artide 
sur  Warreo  Haatiogs. 


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LE  JOUBNAL  DE  MISS  BURNEY.  75 

pendant  sa  politesse  qu'avec  lapins  ingrate  réserve  :  bref,  cette 
solennité,  comme  toutes  les  antres,  lui  servit  à  se  mettre  en 
scène,  toujours  embarrassée  d'elle*m«me,  de  sa  célébrité,  de 
•es  moindres  propos  et  de  ses  moindres  démarches.  Nous  al- 
loa»  la  retrouver  ainsi  dans  les  ligaes  qui  précèdent  la  pre- 
mière mention  du  tragique  événement  près  de  fondre  alors 
ittr  la  fiimille  royale.  On  lit,  en  effet,  dans  la  même  page  du 
Jmo'Md  (tome  k,  partie  vi,  page  270)  : 

Mardi  14  octobre  1788.  J'ai  encore  eu  ce  soir  un  de  mes 
anciens  tourments  depuhUmti.  Nos  beaux  officiers,  en  reve- 
nant du  concert,  semblaient  se  communiquer  à  voix  basse 
quelques  observations  mystérieuses  :  je  l'avais  remarqué,  sans 
savoir  de  quoi  il  s'agissait.  Tout  à  coup  le  colonel  Golds- 
worthy  s'approche  de  ma  table  à  thé,  où  il  pose,  sans  dire 
titre  chose  que  «  Voici,  madame,  »  un  numéro  de  journal; 
après  quoi  il  tourne  sur  ses  talons,  et  sort  à  grands  pas  de 
l'appartement. 

le  me  suis  trouvée  alors  en  fece  de  l'article  suivant  :  «  Le 
siJeoce  littéraire  que  miss  Burney  garde  depuis  quelque  temps 
est  vraiment  à  regretter.  Aucun  romancier  de  nos  jours  n'a 
autant  de  titres  qu'elle  à  l'estime  du  public  et  à  nos  éloges; 
ses  personnages  sont  toujours  dépeints  avec  une  grande  ori- 
gioalité  de  crayon  et  une  rare  vivacité  de  coloris  ;  en  outre, 
sa  morale  est  de  l'ordre  le  plus  pur  et  le  plus  élevé.  » 

Vous  me  demanderez  peut-être  pourquoi  ces  éloges  m'in-^ 
quiètent  et  me  g^ent;  mais  c'est  que  vraiment,  mes  chers 
anis,  toute  mention  de  mon  nom  est  pour  moi  un  sujet  d'alar* 
mes;  je  ne  sais  jamais  si  ce  qui  doit  la  suivre  est  éloge  ou  blâme, 
et  mon  ancienne  répugnance  à  être  connue  me  revient  avec 
chaque  panique.  D'ailleurs,  plus  je  regarde  autour  de  moi,  et 
plus  le  danger  d'attirer  sur  soi  l'attention  me  demeure- incon- 
testablement démontré.  L'envie  est  à  l'éloge  une  compagne 
aussi  fidèle  que  la  raillerie  au  malheur. 

Vendredi  17  octobre.  Notre  retour  à  Windsor  (la  cour  était 

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76  LE  JOURNAL  DE  MISS  BDRNET. 

alors  à  Kew)  se  trouve  retardé  jusqu'à  demain.  Le  roi  n'est 
pas  bien  portant;  depuis  quelques  semaines,  sa  santé  n'a  ja- 
mais été  complètement  bonne.  J'espère  cependant  qu'il  n'j 
a  pas  de  graves  alarmes  à  concevoir;  mais  le  vague  même 
de  ses  plaintes  est  quelque  chose  de  fiàcheux,  et  sa  santé 
d'ailleurs  est  si  précieuse I... 

J'ai  passé  une  grande  partie  du  jour  avec  notre  aimable 
reine ,  occupée  à  lire  les  Commentaires  biographiques  du  doc- 
teur Hunter  sur  la  Bible.  Sans  avoir  rien  de  très-frappant, 
ils  méritent  le  succès  qu'ils  ont  obtenu. 

Samedi  18  octobre.  Le  roi  était  mieux  ce  matin.  Ma  royale 
maîtresse  m'a  dit  que  sir  Georges  Baker  (1)  déciderait  si 
nous  devons  retourner  à  Windsor  dès  aujourd'hui ,  ou  seu- 
lement demain. 

Dimanche  19.  Le  voyage  à  Windsor  est  encore  remis ,  et 
l'état  du  roi  ne  s'améliore  pas.  Que  le  ciel  le  garde  de  mail 
Il  y  dans  sa  plus  légère  indisposition  de  quoi  causer  d'indi- 
cibles frayeurs. 

Je  reste  beaucoup  auprès  delà  reine,  qui  est,  à  ce  qu'il  me 
semble,  fort  inquiète,  mais  qui  ne  parle  jamais  de  ses  crain- 
tes. Nous  lisons  Hunter,  et  c'est  là  le  principal  sujet  de  nos 
entretiens 

Nous  voici  condamnés  à  passer  encore  quelque  temps  ici; 
et  comme  nos  préparatifs  n'étaient  faits  que  pour  un  jour  ou 
deux,  nous  ne  savons  plus  à  quel  saint  vouer  nos  toilettes; 
nos  ressources  littéraires  se  bornent  à  trois  volumes ,  et  j'ai 
pour  toute  société  M.  de  Luc  et  miss  Planta.  Dans  un  pareil 
dénuement,  ne  sachant  que  foire,  j'ai  commencé  une  tragé- 
die :  ma  situation  d'esprit  n'admettait  rien  de  moins  triste. 

Lundi  20  octobre.  Le  roi  a  passé  une  nuit  affreuse  :  nous 
avons  tous  été  cruellement  eifrayés;  mais  l'accès  est  passé, 
Dieu  merci,  et  S.  H.  va  mieux  ce  matin. 

Le  mieux  dont  parle  ici  miss  Burney  se  soutint  pendant  les 

(1)  Médecin  ordinaire  da  roi  et  de  la  reine  ;  né  en  1722,  créé  iMronet 
en  1766,  élu  en  1797  président  de  l'Académie  de  médecine.  Son  mérite 
littéraire  lui  faisait  une  place  k  part  dans  sa  profession.  Il  est  mort  en  1S09. 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNEY.  77 

jours  suivants.  Le  25,  autorisé  par  sir  Georges  Baker,  le  voyage 
de  Windsor  eut  lieu.  Le  26,  qui  était  un  dimanche,  on  ob- 
tint du  roi  qu'il  n'irait  pas  à  la  chapelle.  Miss  Burney  le  ren- 
contra dans  un  couloir  qui  menait  à  la  chambre  de  la  reine. 

n  m'arrêta,  dit-elle,  et  m'entretint  de  sa  santé  près  d'une 
demi-heure,  avec  une  volubilité  de  paroles  et  de  gestes  où  se 
révélait  clairement  un  reste  de  fièvre.  Il  dort  à  peine,  m'a-t-il 
dit,  quelques  minutes  chaque  nuit;  et  vraiment,  si  on  ne  par- 
vient pas  à  lui  rendre  le  sommeil,  il  est  menacé  d'une  fièvre 
cérâ)rale.  On  le  voit  à  son  agitation  involontaire  et  à  la  sus- 
ceptibilité de  ses  nerfe,  ébranlés  au  moindre  bruit.  Sa  bien- 
veillance et  sa  bonté  naturelles  n'en  sont  nullement  altérées; 
elles  semblent  au  contraire  emprunter  à  son  état  d'émotion 
continuelle  je  ne  sais  quoi  de  plus  pénétrant  et  déplus  attendri. 
Il  assure  tout  le  monde  qu'il  se  porte  bien  :  sa  crainte  uni- 
que, diraitron,  est  de  nous  causer  quelque  frayeur,  ou  de 
déranger  en  quoi  que  ce  soit  nos  habitudes.  Il  m'a  paru 
nûeax  que  la  nuit  dernière.  Personne  cependant  ne  parle  de 
sa  maladie,  et  chacun  garde  pour  soi  les  conjectures  qu'elle 
lai  59ggère. 

Saoïedi  V  novembre.  Notre  monarque  bien-aimé  ne  se  réta- 
blit pas  rapidement  :  la  fiiiblesse  est  telle  qu'il  marche  depuis 
quelques  jours  comme  un  gouttent.  Il  continue  cependant  à 
parler  très-haut  et  à  forcer  son  organe,  qui  est  maintenant  en- 
roué à  foire  peine.  La  reine  est  évidenunent  de  plus  en  plus  in- 
quiète. Nous  lisions  ce  matin  ensemble  les  discours  du  doc- 
teur Hunter  (1).  Par  deux  fois,  à  des  passages  pathétiques, 
S.  M.  s'est  laissée  aller  à  fondre  en  larmes,  a  Dans  quel  état 
sont  mes  nerfial  s'est-elle  écriée,  et  ne  suis-je  pas  vraiment 
folle!  qu'en  penses-vous ,  miss  Burney  ? 


(1)  Né  en  Écosie  en  1741,  ordonné  en  1766  mlDiitre  de  Sonth-Leith. 
Ed  1771,  il  détint  paiteur  de  rÉglIse  presbjtérieone  d'Ecosse  à  Londoa- 
wall;  auteur  d'une  M»^rapM«  iocrée  en  lept  tolumes  et  traducteur  de  It 
Phyiiognomonie  de  Latater.  Mort  à  Bristol  en  1802. 


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78  LE  iOUBNAL  DE  MISS  BURNET. 

.-«Non,  madame»  »  laî  ai-je  répondu,  trop  iallmidée  pour 
ajouter  ua  seul  mot. 

£lle  s'est  ranimée  cependant,  et  nous  avons  fini  noire  lec«^ 
ture,  après  quoi  elle  est  remontée  et  s'est  mise  à  jouer  quel* 
ques  airs  sur  le  clavecin  delà  princesse  Augusta. 

Le  roi  chassait  :  je  n'ai  jamais  vu  la  reine  si  inquiète  de 
son  retour.  Dès  qu'il  eut  mis  pied  à  terre,  il  envoya  un  psge 
chargé  de  lui  porter  du  caft  mélangé  de  quinquina  deas  le 
cabinet  de  toilette  de  la  rein«  :  elle  a  voulu  le  préparer  elle- 
même  ,  et  lui  a  fait  demander  Msmte  comment  il  Tavait 
trouvé. 

Le  roi  s'aperçoit  bien  du  changement  emvemi  en  lui,  et  des 
inquiétudes  qu'il  donne  à  la  reine.  On  le  dirait  et  il  se  croit,— 
Bîeu  veuillequ'il  se  trompe !-««inenaoéd'ttnâbraiilemeiitcofli- 
plet  dans  sa  robuste  constitution.  J'étais  présente  à  sa  pre- 
mière entrevue  aveclady  Effingham,  après  son  dernier  re- 
tmr  i  Windsor  :  «c  Ha  chère  Effjr,  lui  cria-t4l,  vous  me  voyes 
devenu  tout  d^un  coup  un  vieillard.  »> 

Cette  exelaïaatioam'aSBeta  tellement,  que  je  faillis  quitter 
la  chambre;  mats  je  retrouvai  la  force  de  demeurer,  lorsque 
j'entendis  lady  Effingham,  avec  sa  manière  bienveillante,  mais 
positive  et  «rètée,  lui  répondre  tranquillement  :  a  Kous 
vieillissons  tous,  sire;  voyez^moi  plutôt.  » 

11  lui  HUHitra  alors  une  banne  qu^il  venait  de  se  foire  ap* 
porter  : 

«  Je  ne  puis  plus,  lui  dtt-il,  bouger  sans  eela;  chaque  heure 
qui  passe  m'enlève  quelque  force.  Tf>  Et  tout  en  prenaat  sa 
potion,  il  ajoutai  «  Fort  heureosenAent  j'ai  la  reine  pour  mé- 
decin ,  et  je  ne  sais  pas  d'homme  qui  en  pAt  avoir  un  meil- 
leur.  Elle  est  aussi  mon  amie,  et  je  dirai  de  son  amitié  ce  que 
je  dis  de  ses  soins  :  rien  4t  meilleur  n'échut  jamais  à  per- 
sonne. » 

.  Je  ne  sais  comment  la  reine  prit  sur  elle  de  ne  pas  éclater, 
tant  ces  paroles  touchantes  empruntaient  de  puissai¥:e  à  l'al- 
tératiou  des  traits  et  à  l'enrouciBQeAt  de  lajroix'qui  les  pro- 
nonçait ;  pour  ma  part,  j'étais  vivement  émue. 


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LB  JOURNAL  DE  MISS  BURICET.  79 

Je  n'oublierai  jamais  non  plus  ce  qui  s'est  passé  ce  soir.  Lors* 
que  je  suis  descendue  dans  le  cabinet  de  toilette  de  la  reine, 
son  royal  époux  était  encore  avec  elle.  Il  a  pour  habitude  de 
Ff  conduire  avant  de  se  retirer.  En  ce  moment ,  il  la  priait  de 
ne  pas  lui  adresser  la  parole,  quaiul  une  fois  il  serait  rentré  dans 
sa  chambre,  a  et  cela,  disait-il,  pour  que  son  sommeil  ne  fût 
pas  troublé  ;  car,  avant  tout,  il  avait  besoin  de  dormir.  »  U  ré- 
péta cette  phrase  atf  moins  cent  fois  de  suite,  et  Dieu  sait  si 
elle  était  superflue  :  la  pauvre  reine,  une  fois  couchée,  ne  pro* 
nonce  jamais  un  seul  mot.  S'adressant  alors  à  moi,  le  roi  me 
dit  qu'il  était  réellement  très-bien  portant,  à  cela  près  qu'il 
ne  pouvait  s'endormir. 

Tout  ceci  était  dit  sur  le  ton  le  plus  alFeetseux,  et  bien 
évidenuMSt  dans  le  but  de  tranquilliser  la  reine,  de  nous 
eaimer  tous  et  de  nous  faire  plaisir.  Jamais  il  ne  m'avait 
adressé  la  parole  avec  plus  de  douceur  et  d'aménité;  mais  il 
y  arait  daBs  sa  voix  et  dans  le  tremblement  de  ses  mains 
quelque  ckose  de  convulsif  qui  indiquait,  en  eSét,  un  grand 
besma  de  sommeil.  Aussi  pendant  toute  la  nuit  demeurai-je 
eo  proie  anx  plus  vives  inquiétudes.  S'il  ne  dort  pas  mainte- 
nant, me  disais-je,  il  aura  le  délire  demain  matin. 

Dimanebê  2  notembre.  Le  roi  était  mieux,  et  on  a  obtenu 
de  lui  de  ne  pas  se  rendre  à  la  prière  La  reine  et  les  prîn* 
osies  y  sont  allées.  Après  leur  départ,  je  m'acheminais  vers 
ma  chambre;  mais  le  roi  m'a  rappelée,  et  jusqu'au  retour  de 
sa  iamiUe,  c'estnà-dire  pendant  environ  une  demi-teure,  il 
■i*a  parlé  sans  discontinuer  de  sa  santé  toujours  meilleure; 
a  le  repos  seul  lui  fait  faute,  et  néanmoins  il  a  dormi  cette 
nuit  comme  un  enfant.  »  Tout  cela,  du  ton  le  plus  gracieux 
et  le  pins  doux;  niais  bien  loin  de  me  calmer,  tant  de  cen- 
descendance  ajoutait  au  regret  q«e  j'ai  de  le  voir  souffirîr.. 

Lundi  3.  L'instabilité  de  la  s^nté  du  monarque  et  lechati-^ 
gement  qu'on  remarque  en  hii  laissent  fteiut  à  ^craindre  t  si 
rirritation  de  ses  nerfs  n'est  pas  apaisée  de  feçon  ou  d'autre  ,- 
je  le  crois  à  la  veille  de  quelque  terrible  attaque.  Uneirayeur 
secrète  semble  dominer  la  reine,  et  l'effort  qu'.eUe  fait  pour 


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80  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNET. 

conserver  un  extérieur  serein  lorsque  nous  sommes  autour 
d'elle,  m'attriste  au  delà  de  toute  expression.  Aujourd'hui, 
seule  avec  elle,  j'ai  vu  s'évanouir  cette  fausse  apparence,  et 
tout  à  coup  un  accès  de  larmes  et  de  sanglots  succéder  au 
sourire  qu'elle  s'impose  :  c'était  un  spectacle  navrant... 

De  temps  à  autre,  elle  se  lève  et  parcourt  la  chambre  de 
long  en  large  sans  dire  un  seul  mot ,  mais  livrée  à  de  secrètes 
angoisses  et  à  des  irrésolutions  que  trahissent  de  fréquents 
hochements  de  tète.  Très-souvent  elle  s'enferme  avecmissGold- 
sworthy,  à  qui  elle  demande  sans  doute  comment  son  frère  a 
trouvé  le  roi. 

Les  princes  sont  tous  deux  venus  àEew  plusieurs  fois  pour 
voir  S.  M.  Le  duc  d'York  y  est  venu  aussi,  et  sa  visite  a  faut 
le  plus  grand  plaisir  à  son  père,  qui  a  témoigné  combien  le 
touchait  vivement  cet  intérêt  pour  sa  santé  :  ce  Mais  Frédéric 
est  si  bon  I  d  ajoutait-il . 

Ce  soir,  le  général  Budé  m'a  fort  effirayée  en  m'apprenant 
que  le  docteur  Heberden  venait  d'être  mandé.  Il  est  vrai 
qu'un  supplément  de  secours  semblait  devenir  indispensable; 
mais  la  profonde  aversion  du  roi  pour  les  médecins  rend 
vraiment  effirayante  l'arrivée  d'un  nouveau  venu.  On  ajoute^ 
du  reste ,  qu'il  ne  s'agit  que  d'une  consultation,  mais  que 
l'état  du  monarque  n'a  nullement  empiré. 

Mardi  4  novembre.  Même  emploi  du  temps  que  pendant 
les  journées  précédentes.  La  reine  est  plongée  dans  une  som- 
bre inquiétude.  L'état  du  monarque  est  devenu  presque  in- 
compréhensible :  toute  la  maison  est  en  désordre  et  comme 
effi'ayée.  On  a  remis  de  nouveau  le  jour  de 'réception,  et  nous 
restons  décidément  à  Windsor. 

Mercredi  5.  O  jour  terrible  I  la  lecture  de  mes  notes  m'est 
si  pénible,  que  plusieurs  fois  le  courage  m'a  manqué  pour  les 
continuer.  Je  ne  veux  pas  cependant  omettre  cette  journée; 
elle  ne  s'eifacera  jamais  de  ma  mémoire,  et  je  dois  à  mes  chers 
amis  la  clef  de  tous  ces  récits,  qui  ont  sans  doute  transpiré 
au  dehors. 

Le  matin,  je  trouvai  ma  pauvre  maîtresse  en  proie  à  une 


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lE  JOCRIfAL  DE  MISS  BCRNEY.  81 

tristesse  toujours  plus  grande;  elle  semblait  appréhender 
quelque  chose  d'horrible,  et  ne  compter,  pour  s'y  résigner, 
que  sur  les  secours  de  la  religion.  Depuis  quelque  temps , 
nos  conversations  roulaient  presque  toutes  sur  cette  idée  mé- 
lancolique. 

Je  ne  soupçonnais  pas  encore  la  nature  de  ses  craintes. 
Une  maladie  grave  du  roi,  la  ruine  irréparable  de  sa  robuste 
sauté,  une  vieillesse  prématurée,  des  infirmités  soudaines, 

telles  étaient,  croyais-je,  les  menaces  de  la  destinée Mais 

ces  prévisions,  quelque  affreuses  qu'elles  fassent,  n'arrivaient 
pas  jusqu'à  la  réalité. 

Depuis  quelques  jours,  je  ne  sortais  plus,  trop  affligée  pour 
(fuitter  le  château  où  la  reine  elle-même  demeurait  assidA- 
ment.  Personne  n'y  était  admis;  il  n'est  pas  jusqu'à  \ady  Ef- 
fingham  qui  n'ait  dû ,  pendant  ces  deux  derniers  jours ,  se 
contenter  des  nouvelles  de  la  fomille  royale,  qui  lui  étaient 
transmises  par  un  page. 

A  midi,  le  roi  est  sorti  en  voiture  pour  prendre  l'air  avec 
la  princesse  royale.  Je  m'étais  mis  à  la  fenêtre  pour  le  voir 
partir.  Son  sourire  était  doux  et  bienveillant  comme  à  l'or- 
dinaire; mais  il  donnait  au  postillon  des  ordres  si  multipliés, 
et  sortit  deux  fois  du  carrosse  pour  y  remonter  aussitôt,  avec 
une  telle  précipitation ,  que  mes  craintes  relativement  à  quelque 
fièvre  dangereuse  me  reprirent  avec  une  nouvelle  fbrce.  Hé- 
las 1  combien  j'imaginais  peu  qu'il  se  passerait  tant  de  jours, 
et  si  tristes,  avant  que  je  pusse  le  revoir  I 

Lorsque  je  descendis  chez  ma  pauvre  reine,  je  trouvai  son 
courage  plus  abattu  que  jamais.  Je  ne  sais  quelle  anecdote  pu- 
bliée par  le  Mùrninq-Herald,  relativement  à  l'indisposition  du 
monarque,  l'avait  profondément  irritée  Elle  déclarait  haute- 
ment que,  selon  elle,  il  fallait  poursuivre  i^mprimeur ;  elle  m'or- 
donna de  brûler  le  journal,  et  se  mit  à  chercher  par  quelle 
personne  fl  serait  convenaUe  de  faire  adresser  au  journaliste 
un  avertissement  sévère  sur  le  danger  qu'il  courrait  à  l'avenir 
en  insérant  des  articles  si  calomnieux.  Jelui  nommaiM.  Fairly, 
attaché  à  son  service  personnel,  et  dont  le  caractère  délicat 

5*  SÉBIE.— TOMB  XII.  6 


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62  lE  iOVENAL  DE  MISS  B17RNB¥. 

et  discret  offrait  toutes  les  garanties  désirables  pour  une  mifr* 
sion  de  ce  genre.  <(  Esi-il  ici?  »  s'écria  S.  M.  Je  répondis  que 
noa,  mais  qu'on  raUendait  sous  peu  de  jours. 

Je  vis  par  là  que  mon  avis  avait  son  approbation.  Peuaprès, 
la  princesse  royale  revint  de  la  promenade.  Elle  mol^agai^ 
ment  chez  sa  mère,  et  lui  rendit  compte  en  allemand  de  ce 
qui  s'était  passé.  Je  vis,  à  rexpression  du  visage  de  S»M.,qae 
les  nouvelles  étaient  bonnes. 

Bientôt  après  et  sans  être  attendu,  le  prince  de  fiaHes  ar- 
riva et  se  fit  introduire  chez  la  r^e.  Il  était  parti  le  matia 
même  de  Brighthelmstone.  Un  sentiment  dissimulé  des  deax 
paru  donnait  un  cacaetère  solennel  ei  conUraint  à  cette  ealr&- 
vuie.  La  r^ine  demanda  au  prince  s'il  ne  comptait  paaretoor- 
mv  à  Brighthelmstone.  Il  lui  répondit  affirmativemeni^  et 
qu'il  partiraît.  le  lendw^n  ;  il  exprima  ensuite  le  désir  de  bu 
parler  en  pwticnlier,  et  tous  deax  se  retirèrent  soseioble 
dans  une  autre  pièce. 

J'éteis  à  p^e  remontée  chez  moi,  où  je  me  perdais  earé- 
fie^UiMSs^ttr  rétat  desehosesi  lorsqu-'une  chaise  de  poste  s*a^ 
rétaprès  des  grilles,  etje  vis  M.  Fairly  en  dcscendreavecson 
fils  Charles»  Hmarcbaît  péniblement,  et  semblait  n^P^  ^ 
tout  à  fait  semiS' de  sa.  dernière  indisposition. 

Quoiqwteès^eureusede  son  arrivée,  qui^  dans  ce  momeot 
d'idacmea»  nfiMiait  à  lai  reine  son  confid^oyt  le  plus  apprécié, 
jeil^puSiT^Iampôeherde  ficisBonner  en  songeaniquelapronp- 
titude  de  son  retour  (îenait  san&  doute  à  quelqpe  messs^^  ^ 
unet  déterminé  pej?  l'importance  dos  év.én(Nnents. 
.  Ja  (ttnai/swW  avec  miss  Planta  :  noua  gardives  toutes 
d^UKUH^aUiHioc}  preaque  absolu;  moi»  4ominée  par  une  tri^ 
les^40l»tf  J0W me re^idaispas bien  compte;  elle,  ancomaat 
4€(bia«4sst  «h^sea  dont;  eUe.  s'interdisait  de  parler.  Koos 
4em«u4nie^  wsembtey)sq^'à.si]i.heures,.mai6|  sansiclumger 
4'wMiîASr  paroles  que  quelques  propos  insignifiaiat^  soi  1^ 
iiiteUisa/sqi)Qnt,proba^e  a  désiré  4lu  monarque. 

Ql^^i9fk^,  WJ^  trâliquÂUit^  .a^Uiaordinaire  régnait  im 
li^mterl'halv^tatiaa^  p^raoue  ne  bougeaijt;  on  ji'eiitendait  »- 


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UB  SaCKKÂMs  BE  JII»  BUBMET.  81 

dise  rois,  aucun  faraiL  €e  vtfOê  niuaHé,  aulien  de  rihnçr 
Vlafiélmte»  wmbiiii  mflttge  ditcua  aur  ses  gardes  ;  et  quaai 
à  moi,  je  ne  s&ÊÈm  îaoïpabfe  de  loat«nlre  ekose  que  de 
prêter  l'oreîMe  à  -œi  étêOÊgt  iHeiiee. 

Vere  sept  heures,  mc/n  étmnUkpm  vkii  si'appmidf e  qie 
la  «Brique  était  diooauBBBdée  et  les  nuaioieos  mconMlft 
ben  dn  chftteao. 

Le  goAt  proBOBcé  de  &  X.  fmair  h  iiMtsîipaa,  qQ*«a  vmti 
joMiB'alerB  regardfecaMBW  calBMntl'irrhatien  de  «es  nerfs, 
denaoBt  à  eotle  pndiibitsaB  une  asseï  grande  àtipertenoeb  ie 
ne  la  eOBiprenaîs  fias;  elle  i^ootaiti  rimprâw  de  tevt  ee  <|Bi 
se  passait  autour  de  moi 

(àfrès  qmlqBafl  détails  anr  me  ràiniOB  qui  «ut  lieu  chez 
eDe»  ai  doBi  kmslaa.penDUiiages  gnrdèveBt  les  ub»  Tia*è*iria 
des  aBÉrai  «ae  réaervie  abaaiue,  laias  Banny  raounte  qn'jella 
(ksaaoracBia  mmh  avec  11.  Faialji  (1).] 

Boas  éfioBS'eBf  n  seuls  ;  omis  je  ae  pOBrais  articuler  «ne 

parale^eiilseftaîaaitBonuiieaam.CetlepaBBeloBgueetaémnse 
imtpariaecBaser  ta  vérhaUe  efm,  .et  Je  trambiameiit  ifléè^ 
rieur  daat  je  me  aantîs  fiasaîa  aas  mit  tout  à  finit  hors  d^'état 
de  ie  ifuestHMiBer  sur  la  sHuation  des  choaea.  Si. je  n'jivaiB 
pas  eu  i  lamain  «n  petit  euvrage  de  broderie ;qui  bk  doiaiail 
une  oBnteaasHief  j'ancaîs  ètéforete,  fomt  pteadieSBr  aïoi,  de 
quitter  la  chambre. 

le^aae.iiu'il  ésiMa^iiiea  réflotteas^  bien  qm  toutd'aberd 
il  m'eètceueiparfiriÉeniaiit.aa  ooucaBt  delontce  qui  sa  pas-» 
sait;  Buîs  iscaime  je  ooatiaaiaif  à  me  taire,  il  me  dcBumâa  si 
îe  saBaia.à  «piel  pMut  les  >choaes  étaîest  >enpîri^:,  etdaBs 
quel  triste  état  le  roi  se  trouvait. 

Im.  cxaîBte.qBe  me  cau^✠ prapas  nexne  penuit'pas'fleaui 

(f)  Ce  nom  ie'Paiil^  t^neèré),  comme  celui  de  turbulent,  n'eit  qu*ua 
p0etidoaym<  par  kqulA'mîis'Mjriiey^étfigiie  m  detf^fBderrdelareSm. 
fiHetfvMi,  a  es  qu'H  staiMa^  aaNz  laBninpiait  sfae^a  pefsoansffe»  m, 
Jaafaaiiti»  bîea  qM^H  m^^M^  àgA,9ff#uHitOTjBoailaérAses.della«f(ite 
tgm^HMêJigmMmM  fkUMv^^mJ^  VU  J?Aldyt 


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8i^  LE  JOVBKAL  DE  MISS  BUEIIET. 

répondre  autrement  que  par  un  regard  inquiet.  Heareuse- 
ment  il  en  comprit  le  sens,  et  sans  attendre  une  autre  ques- 
tion, me  révéla  dans  toute  leur  affreuse  vérité  les  événements 
dont  je  soupçonnais  à  peine  la  mystérieuse  horreur. 

Quel  récit,  6  mes  amisl  Pendant  le  dtner,  le  roi,  saisi  tout 
à  coup  d'un  délire  complet,  avait  enfin  réalisé  les  craintes 
qu'inspirait  son  état  à  toutes  les  personnes  dont  il  était  ha- 
bituellement entouré.  La  reine,  dominée  par  la  terreur,  avait 
eu  aussitôt  une  attaque  de  nerfis;  toutes  les  princesses  étaient 
consternées;  le  prince  de  Galles  pleurait  à  grosses  larmes; 
personne  ne  savait  ce  qui  allait  suivre,  et  n'osait  à  cet  égard 
former  la  moindre  conjecture. 

M.  Fairly  me  parla  dé  la  pauvre  reine  dans  les  termes  de 
la  compassion  la  plus  vive.  C'était  du  fond  de  l'Ame,  disait-O, 
qu'il  s'apitoyait  sur  sa  destinée,  sur  celles  de  ses  charmantes 
filles,  et  sur  cet  avenir  inconnu  qui  s'ouvrait  pour  elles  toutes. 

Je  l'écoutais  sans  dire  un  mot;  mais  lorsqu'il  eut  passé  en 
revue  toutes  les  personnes  qu'atteignait  d'abord  le  (atal  évé- 
nement, il  ajouta,  m'examinant  avec  intérêt  et  bonté  :  «  Mais 
vous,  ch^e  miss  Bumey,  comment  étes-rous?  seres-vous  as- 
sez forte,  assez  courageuse  pour  toutes  les  épreuves  qui  vous 
restent  à  subir?  De  pareilles  scènes  troubleront-elles  impur- 
némént  votre  frêle  existence?  Vous  ne  semblés  guère  feite 
pour  en  supporter  l'horreur. 

—Vous  vous  trompez,  m'éeriai-je;  dans  un  moment  comme 
celui-ci,  je  saurai  m'ouMier  moi<»méme  pour  ne  songer  qu'A 
ma  bonne  maltresse.  Je  sens  par&dtement  qu'il  ne  m'est  pas 
permis  auprès  d'elle  de  songer  à  d'autres  malheurs  qu'aux 
siens.  » 

Il  passa  tonte  la  soirée  avec  moi,  et  alors  comme  avpara- 
vaut,  nous  n'entendîmes  ni  voix  ni,  mouvement  d'aucune  es- 
pèce. Un  silence  de  mort  régnait  de  tous  côtés.  Il  me  dit  vers 
dix  heures  :  «  Je  retourne  chez  moi»  où  l'on  viendra  sans 
doute  me  chercher  si  je  suis  nécessaire.  »  Puis  il  se  décida 
cependant  A  descendre  dans  l'appartement  des  écuyers 
pour  y  attendre  quelques  nouvelles.  Nous  nous  séparâmes. 


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LE  JOUENAt  DE  MISS  BURKET.  85 

prévoyant  mille  malheurs.  En  me  quittant,  il  prit  ma  main, 
et  me  recommanda  d'un  ton  pénétré  le  sang-froid  et  le  cou- 
rage. 

Si  le  début  de  cette  soirée  avait  été  e£Frayantet  triste,  que  ne 
devint-elle  pas  après  te  départ  de  M.Fairly  1  Je  demeurai  deux 
longues  heures  seule,  sans'rien  savoir,  craignant  tout  et  ne 
pouvant  dire  à  personne  ce  que  j'éprouvais.  Je  crus  qu'elles 
ne  finiraient  jamais.  A  minuit,  j'aurais  juré  que  j'attendais 
ainsi  depuis  deux  jours.  J'ouvris  une  porte  alors  pour  écouter 
dans  le  passage  si  rien  ne  bougeait.  Pas  un  bruit  ne  frappa 
mon  oreille;  on  eût  dit  que  ma  chambre  était  en  dehors  du 
monde  vivant.  Personne,  pas  même  les  domestiques,  ne  tra- 
versait les  escaliers  ou  les  passages  qui  mènent  à  mon  appar- 
tement. 

J'aurais  donné  bonne  chose  d'en  sortir  moi-même  à  la  dé- 
robée pour  aller  aux  informations,  voir  une  figure  quelcon- 
que et  entendre  une  voix  humaine;  mais  je  n'osais  courir  le 
risque  de  n'être  pas  chez  moi,  si  Ton  venait  m'appeler  à  l'im- 
proviste. 

Je  rentrai  dans  ma  chambre ,  et  une  autre  heure  se  passa 
en  conjectures  toujours  plus  sinistres. 

Quelques  minutes  après  une  heure  du  matin,  j'entendis 
monter  quelqu'un  ;  ma  porte  s'ouvrit,  et  un  page  m'avertit  de 
descendre  chez  la  reine. 

Je  trouvai  à  peine  la  force  de  m'y  transporter,  à  peine  celle 
de  pénétrer  dans  la  chambre  royale.  Je  me  sentais  étourdie, 
et  mes  jambes  se  dérobaient  sous  moi.  Mais  après  cette  pre- 
mière impression,  je  me  calmai  peu  à  peu;  les  conseils  de 
M.  Fairly  ne  furent  point  perdus  pour  moi;  ils  avaient  trann 
quilUsé,  sinon  fortifié  mon  âme,  qui,  sans  lui,  eût  été,  en 
hce  -de  scènes  pareilles,  livrée  sans  défense  à  de  tumultueuscis 
émotions. 

Ma  pauvre  mattressel  je  n'oublierai  jamais  la  figure  qu'elle 
oflrit  à  mes  regards.  Une  pâleur  de  spectre  était  répandue  sur 
ses  traits.  Lady  Elisabeth  Waldegrave  et  miss  Goldsworthy 
la  soutenaient  sur  le  fauteuil  où  elle  s'était  assise  pour  qu'on 


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te  déshabiU&t;  son  earpA  était  affaisA^  Mr  hûnondne;  sa  ph]- 
BtoowiM  éUit  oafaoe. 

Ces  deux  dames  m'aidèrent  à  défaire  sa  toilette,  ou  pour 
pBglw  phl9  vrai»  e»  fM  moi:  qy  l«iir  |fféUi  au  asaes  inutile 
4fK:9«rs>;  car,  {urâseatea  d^p^îa  plwlMgteiini»»,  ella»  s'étaient 
vaS»niM9s  e€iBtr«  leuf  éA(»tio«,  toadU  qm  mea  maûi»  Ivmi- 
WatMles  çt  mac  yeux  viMKî9  aft'aiQ^ècMM4  de  &ire  mo^  sar- 

i»  éotmai  à  U  peine  u».  îukf>'  camphré»  q«e  sir  Georges  Bi- 
Iwr  bi  avait  ordoiHièda  presdare.  a  Qw  j'ai  ficotdl  y>  s'ëaria- 
ê^elk  i  ce  momast»  eft  èUepo»  sa  maHa  saa  la  miemie.  k 
crus  senàir  k  eiaataat  dki  aMtfbre,  et  mao  aafiiir  se  trontapris 
cawncdana  ma  ftan. 

Le  roi ,  sur  les  instances  de  sir  Georges  Baker,  avait  con- 
aenii  à  passer  la  «rit  dans  bichaiBbre  voâdnB,  pw  éfiaMt  pour 
ka  amifFEMaees  de  lai  raii^.  Quaflài  iMi-^ndue,.  il  ae  tadait 
tien  entendre.  En  cooséqncflace*,  etieoBfanBémeot  à  aesot- 
drea.,  os  avait  dvesaé  un  lit  pooa  luft  dans  le  second  cabinet 
de  toilette  de  la  reine,  immédiatement  contigu  à  la  chandiTQà 
eattcber  :  il  n'avait  pas  voalu  a'dtoigiaer  davuiaag». 

J'aurais  volontiers  passé  la  nuia  dana  le  pdit  calnnet  àe 
toilette  de  Vautae  côté  de  la  ckanbaeàcQndier  ^nais  S.  M.  ne 
Toul«l  pas  le  peraiettre.  Elle  ordxiooaàSaadya,  aafcmmede 
garde-robe,  qui  remplaçait  mistress  XUatkjr,  dfise  tenir  daas 
eetle  pelHe  pièce.  Lady  Elisabeth  d'emBadUA  aaasi  à  tester; 
mi&aofts  teçteiea  ordre  de  rous  vetireir  dans  noachanères. 

X  obéis  bien  à  regret;  il  m'en  coûtait  de  qnîtteir  laraoe. 
J'allai  cepeadlanli  me  siettra  an  ]àK  décidée  à:  eonaenrcr  ailaBi 
que  possiUe  les  forces  qui  Hie,  devenaient  et  néoassaÎNaL  Ce- 
pendant je  Qepus  doi;mir9  ^ j^ a» eroUpae  qne  cette-noil^là, 
persotme  dana  le  ebilewi  GMl  fltm que  aM^idi^oaé  à  femcr 
l'œil. 

Jmdi  ^'  Je  me  levai. £i  i$U  benres,  et  aii'babtHai  i  la  kàte 
sans  attendce.le  joun.  Dans  uaiOiQnientpamilî  je- ni'ain*ais ja- 
mais s»  me  tenir,  fbe»  ipoi  j«aqa'à  e^Q  qu'oa  la'appelàL  Un 
épaia  brouillard  interoepiai4l09.pi)e9aiépea  laeiira  dei'anrere, 


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et  je  chetdiai  ma  Tomeà  tàtc>ii8  don»  les  passage»  (dMKmrB, 
etpérant  que  Sand^s,  oa  éout  ««tre  se  trouvant  «or  ma  route, 
ne  diraàt  commettt  la  mrit  s'était  passée. 

Lorsque  j'arrivai  dans  le  petit  cabiffet  de  toflette,  je  m'at^ 
rètai,  irrésoloe;  je  venais  d'entendre  des  voii  d'hommes.  Un 
tsi  brait,  dans  le  cabinet  de  toilette  de  S.  M. ,  nie  causa  la 
pfais  cruelle  épouvante.  J'attendis  quelqpies  minutes. .,  la  porte 
s'oQvrit  enfin ,  et  je  vis  sortir  le  colonel  €oldswotthy  avec 
H.  Batterscoinbe  :  c'en  était  assez  pour  apaiser  ma  première 
apptAension  ;  mais  je  demeurai  assez  surprise  de  les  trouver 
li  de  si  bonne  heuro.  Ils  y  avaient  tous  deux  pusse  la  nuit , 
si  bien  que  Sandys.  Les  pages,  tant  ceux  de  la  reine  que 
du  xoi,  étaient  restés  é^lement  debout,  disposés  dans 
les  corridors  et  dans  les  antichambres.  Toutes  les  figures^ 
Uémes  et  bouleversées,  portaient  la  même  expression  d'hor- 
Mv  et  d'anxiété. 

Je  restai  là,  mêlée  à  cette  foule  inquiète,  jusqu'à  ce  qu'on 
appela  Sandys  de  la  part  de  la  reine  qui  demandait  une  paire 
de  gants.  Je  ne  pus  résister  au  mouvement  qui  me  poussait 
v«r8  elle  :  j'entrai  donc  dans  l'appartement;  mats  une  fois  )à, 
intimidée  d'une  démarche  qu'elle  pouvait  ne  pas  approuver, 
je  Nstai  sur  le  seuil  de  la  porte.  La  reine  était  encore  au  lit 
et  sur  son  séant;  i  c6té  d'elle,  miss  Goldsvortby  sur  un  ta^ 
beoret. 

S.  M.,  les  yeux  baissés,  ne  s'aperçut  pas  que  j'étais  là. 
lEsB  Goldsworthy,  tournée  de  mon  côté,  l'en  avertit  à  voix 
basse.  Aàon  elle  pencha  la  tète  hors  de  ses  rideaux  et  me  de* 
manda  très^ouoement  :  aMist  Borney,  comment  allez-vous  ?  » 

Profondément  affectée,  je  courus  vers  elle  et  voulais  lui 
fépondre,  mais  «i  torrent  de  larmes  arrêta  ma  voix. 

Je  les  retcoate  en  ce  moment,  cbers  amis,  et  te  nuage 
qu'elles  r^andent  sur  mes  yeux  m'empêche  presque  d'écrire  ; 
mais  il  iaut  pourtant  que  cette  histoire  tragique  vous  soît 
ooBBue  danatow  ses  détails. 

On  Taurait  aisément  crue  morte  tant  ses  traits  immobiles 
tlaf^urdu  tembeau.  Mais  l'attendrissement  est  con^ 


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88  LE  JOUBNAL  DE  HISS  BURNBT. 

tagieux;  des  larmes  commencèreut  à  se  moatrer  au  bprd  de 
ses  paupières,  et  de  plus  en  plus  émue,  elle  fut  contrainte  de 
s'abandonner  à  leur  amer  eatrainement  ;  toute  sa  volonté  n'au* 
rait  pas  suffi  pour  les  arriver ,  mais  elle  n'essaya  pas,  et  lors- 
qu'elles séchèrent  d'elles-mêmes,  lorsque  peu  à  peu  ses 
sanglots  eurent  cessé  :  ce  }e  vous  remercie,  miss  Burney,  me 
dit-elle  ;  je  vous  dois  d'avoir  pleuré.  C'est  un  grand  soulage* 
ment  pour  moi  ;  pendant  cette  horrible  nuit  qui  vient  de  s'è- 
couler,  j'ai  voulu  mais  je  n'ai  pu  trouver  des  larmes.  » 

J'appris  alors  ce  qui  s'était  passé.  Au  milieu  de  la  nuit,  ie 
roi,  saisi  d'une  appréhension  soudaine,  ^avait  voulu  s'assurer 
par  lui-même  que  la  reine  n'avait  pas  quitté  le  château.  Uq 
flambeau  à  la  main,  il  était  venu  dans  sa  chambre,  avait  ouvert 
les  rideaux,  et  s'était  convaincu,  miss  Goldsworthy  ne  l'ayant 
pas  quittée,  que  ses  volontés  étaient  suivies  de  point  en  point. 
Ceci  l'avait  calmé  pour  quelques  instants;  mais  il  était  resté 
dans  la  chambre  pendant  une  demi-heure,  et  la  parole  humaine 
doit  désespérer  de  peindre  les  angoisses  auxquelles  la  reine 
avait  été  livrée  pendant  tout  le  cours  de  cette  visite  nocturne. 
La  crainte  qu'elle  ne  se  renouvelât  suffisait  pour  la  faire 
trembler  des  pieds  à  la  tête. 

En  ce  moment  le  royal  malade  était  encore  dans  la  chambre 
voisine  où  sir  Georges  Baker  et  le  docteur  Heberden  veil\aieni 
avec  les  pages  sur  tous  ses  mouvements.  Le  colonel  Gold- 
sworthy se  tenait  à  portée  de  paraître  au  premier  appel. 
S.  M.  parlait  sans  relâche,  d'une  voix  si  faible  et  si  enrouée 
qu'on  n'entendait  pas  une  seule  de  ses  paroles;  mais  leur 
accent  était  toujours  celui  de  la  bienveillance  la  plus  im- 
chante  et  de  la  plus  gracieuse  bonté. 

On  jugeait  convenable  que  la  reine  ne  se  levât  point,  de 
peur  que  son  royal  époux  ne  fât  offensé  si  elle  ne  se  rendait 
pas  auprès  de  lui.  En  ce  moment,  au  contraire,  il  était  satis- 
fait de  la  savoir  au  lit,  occupée,  croyait^il,  â  se  soigner. 

Mais  quelle  situation  pour  elle  I  Aussi  désormais  ne  son- 
geait-elle plus  â  me  renvoyer.  Elle  m'ordonna  au  contraire 
de  rester  dans  son  appartement,  et  me  permit  de  m'asseoir  ; 


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L£  lOUBKAL  DE  MISS  VUKSEU.  89 

|e  De  songeai  pas  à  refoser»  tant  j'étais  tremblante.  Lady  Eli- 
sabeth vint  bientôt  noos  rejoindre,  et  nous  restâmes  toutes 
trois  auprès  d'elle.  De  temps  à  autre  elle  fli'enjoignait  d'écou- 
te afin  de  savoir  ce  que  faisait  ou  disait  le  roi.  J'obéissais  de 
mon  mieuXy  rapportant,  sans  trop  altérer  la  vérité^  tout  ce  qui 
pouvait  en  ce  moment  atténuer  un  peu  ses  inquiétudes.  A 
peine  cependant  me  permettais-je  quelques  omissions  néces- 
saires. Rien  ne  saurait  donner  une  idée  de  cette  triste  tftcbe, 
et  je  firémis  encore  à  présent  quand  je  me  rappelle  le  son  de 
celte  Toix  épuisée  :  a  J'ai  mal  aux  nerfs,  criait  l'infortuné  mo- 
narque; je  ne  suis  pas  malade,  mais  j'ai  mal  aux  nerfs:  si 
vous  voulez  savoir  ce  que  j'ai,  le  voilà.  Mais  je  vous  aime  tous 
deux  beaucoup;  seulement  dites-moi  la  vérité.  C'est  surtout 
le  docteur  Heberden  que  j'aime.  Jamais  il  ne  m'a  dit  un  men^ 
songe.  Sir  Georges  m'a  dit  un  mensonge,  un  mensonge  blanc, 
selon  lui  ;  mais  je  déteste  les  mensonges  blancs  :  si  vous  me 
dites  des  mensonges,  j'aime  bien  mieux  qu'ils  soient  noirs  (1) .  i> 

Telles  étai^t  les  paroles  qu'il  répétait  sans  cesse  en  y 
mêlant  çà  et  là  d'autres  phrases,  mais  revenant  toujours  i 
celJes-ci,  qu'il  articulait  avec  une  expression  déchirante. 
•    ..•.••...••••■     •     •     ..«. 

La  reine  m'a  ordonné  de  lui  apporter  son  livre  d'heures  et 
de  lui  lire  le  service  des  trépassés  ;  c'est  à  peine  si  j'ai  pu  lui 
obéir;  la  voix  de  l'autre  chambre  résonnait  continuellement 
à  mes  oreilles. 

Au  milieu  de  la  nuit,  d'après  la  demande  de  sir  Georges 
Baker  lui-même,  qui,  subitement  indisposé,  ne  put  suffire  à  sa 
rade  tAche,  on  a  envoyé  chercher  par  un  messager  le  docteur 
Warren.  Les  deux  autres  médecins  ne  veulent  prendre  aucun 
parti  décisif  avant  d'avoir  conféré  avec  lui,  et  jusqu'alors  la 
pauvre  reine  restera  dans  une  indécision  forcée  sur  ce  qui  lui 
reste  âfiiire.  Tout  le  monde  semble  convaincu  de  la  nécessité 
d'une  séparation,  mais  personne  n'ose  le  premier  en  donner 
le  conseil. 

(1)  White  li0,  hlaek  lie;  mensonge  innocent,  mensonge  coupable.  Nous 
•tons  ?ouIu  liisier  à  ces  mou  leur  caractère  puéril. 


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90  VR  lOimNAL  PC  MI«9  BURNET. 

Les  princesses  ont  eoroyé  demamder  la  pemnssion  de  Temr 
chez  leur  mère.  Fondant  aassitèt  en  larmes,  elle  a  déclaré 
^'elle  ne  pbuvaitr  ni  les  roir  ni  prier  avec  elles  tant  q«e 
dorerait  cette  terrible  sitaation.  A  cbscpie  instant  le  roi  pcm- 
Tait  entrer  chez  elle  dans  des  dispositions  qn'il  était  înpoa- 
âiblede  prévoir,  et  néanmoins,  arant  d'en  être  otteieHeoMiit 
requise  par  les  médecins,  elle  était  détermîaée  à  ne  pasvortir 
de  ehez  elle.  Qui  pofnvait  dire  oè  le  délire  s'arrêterait?  fit 
cependant  rien  n'étant  préparé  ponr  en  réprimer  de  fiiroe  les 
périlleuses  manifestations.  De  to«s  o6tés  les  eraintes  les  pfais 
vives,  nulle  part  le  courage  d'anticiper  sur  les  prèeaBatâms  i 
prendre. 

Les  princes  ont  également  fait  dire  à  S.  M.  qa'ils  étaient 
à  ses  ordres  ;  mais  à  pins  forte  raison  refnse*-t-eHe  de  les  voir. 
Et  ce  simple  message  Ta  remplie  d'un  effroi  qu'eBe  n'a  pn 
eaiièremeni  dtssimnler. 

Enfin  le  bruit  s'est  répandu  que  le  doctenr  Warren  était 
arrivé.  Jamais  mon  cœur  n'avait  battu  d'une  si  vive  joie;  j'ai 
faîUî  courir  an-devant  de  lui  pour  lui  souhaiter  la  bien-venne. 
Dieu  sait  avec  queUe  impatience  nous  attendions  tontes  son 
arrêt ,  et  comme  elle  a  été  déçue  !  Il  n'a  pu  pénétrer  jusqu'au 
rei,  qui  n'a  jamais  voulu  l'admettre  en  sa  présence.  S.  M.,  lors- 
qu'on ne  la  contrarie  pas,  est  on  ne  peut  pins  calme  et  Uen- 
veillante;  mais  en  revanche  elle  ne  souffre  ancane  résistance 
à  ses  ordres,  et  ne  permet  pas  la  plus  légère  objection.  Open* 
dant  oo  a  caché  le  docteur  Warren  dans  un  petit  rédoit  d'où 
il  pouvait  entendre  la  voix  du  monarque,  suivre  à  peu  près 
ce  qui  se  passait  dans  l'appartement  et  recevoir  de  «mute  en 
minnte  les  renseignements  qui  lui  étaient  transmis  par  sir 
Georges  Baker^  concernant  l'élévatîon  da  peals,  l'état  ie  la 
pnauy  et  tons  les  syaifitèmes  extérieurs  qui  ponvtamtt  servir  à 
l'éekms. 

IhpiranÉ  ceA  LatervaUe^nonsoonptionsà^haqeeîaaKanl  qpie 
le  docteur  Warren  viendrait  apporter  à  la  reine  le  résritai  de 
ses  observations  ;  mais  nous  atien^imes  en  vain»  il  ne  parut 
pas,  et  n'envoya  aucun  messa^^e.  hn  reine  Gq)eadattâ  demeo- 


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LB  MDBNAL  DS  UK»  BirmKinr.  M 

mit  e»  proie  aux  plus  rires  anxiétés.  EHe  enrDya  un  p«ge  à 
sk  Georges  Baker  :  il  fit  réponére  qu^^ii  n'avait  rievi  à  dire  eA 
son  propre  et  privé  nom.  Bile  ft  demander  M  Hawkins,  le 
chirurgien  de  la  maison  royale  ;  comme  son  collègue  il  s'en 
référa  au  docteor  Warre». 

Ladjr  Elisabeth  et  mis^  Go4dswoythf  I»  suppKèvent  alors 
de  passer  dans  une  pièce  fans*  éloigaée,  oè  v»  parvint  pas  i 
ehaqoe-  rnstant  la  roix  da  pauvre  malade;  elle^eonseiitit  se«te> 
nefti  à  se  lerer  et  à  passer  dans  le  petit  catânet  de  toilette 
où,  sans  quitter  ses  v^-tements  de  nuit,  elle  attendit  la  déeîsiott 
des  médeeins  sur  ce  qa'eUe  avait  à  faire. 

Enfin  lady  Elisabeth  fiit  înFormée  par  «n  des  pages  qoe  le 
éfMJkim  Warren  avait  quitté  son  pente  tfebservation. 

La  panvre  reine,  tont  en  lames,  se  prépara  dès  levs  i  lut 
ésmer  audience.  So»  tro«Me,  son  agitation  étaient  au  comble. 

JR  ne  vint  pas^. 

La  sorprise  it  bientôt  place  à  TimpatieiKe,  et  lady  ÉKsa- 
beth  fut  derechef  envoyée  aux  informations. 

EHe  revint,  et  dît  que  le  docteur  Warren  était  parti. 

c  Courez!  qu'on  Tarréte,  qu'on  le  ramène!  s'écria  S.  M.  ; 
il  hnt  que  je  le  yoie,.il  fiiut  que  je  sache  au  moins  ce  que  j'ai 
i  frire,  y^ 

L'e«pressioti  déchirante  de  sa  physionomie,  tandis  qu'elle 
donnait  ces  ordres,  m*émut  et  me  troubla  profondément. 

Confese  et  ne  sachant  quel  parti  prendre,  lady  Elisabeth 
sortit  de  nouveau.  Elle  n'avait  pas  tout  dit,  car  elle  tetiaH 
dijà  du  colonel  GoWsworthy  que  le  docteur  Warren  et  ses 
éetti  eollégues,  parti»  depuis-  longtemps^  étaient  trop  loin  (fa 
dtâteau  pour  qu*on  songeAt  à  les  rappeler. 

Ils  s'étaient  rendus  auprès  du  prince  de  Galles; 

Je  n'ai  jamais  vu  d'être  plus  profendément  blessé  que 
M  le  fat  la  reine  à  cette  étrange  noufrelle.  H  était  él&Ac  vrai 
q«e  désoniNHS,  -—même  en  ce  4|uî  concernait  le  roi,  — elle 
n'était  plus  que  la  seconde*  personne  de  Tétat.  Les  pleurr 
séchèrent  amssitAt  :  l'indignation  vint  ajouter  ses  tortures  à 
etllas  d'une  dooleurtrop  vraie. 


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92  LE  JOURNAL  DE  MISS  BU]|I(ET, 

Un  quart  d'heure  s'était  à  peine  écoulé  lorsque  le  colouel 
Goldsworthy  envoya  demander  audience.  La  reine  ne  prit 
que  le  temps  de  jeter  un  manteau  sur  ses  épaules,  et  ordonna 
qu'on  l'introduisît  immédiatement. 

Il  apportait  en  substance  la  consultation  délibérée  ^itre  les 
trois  médecins.  Ils  étaient  d'avis  :  «c  que  S.  M.  allAt  résider 
dans  un  appartement  plus  éloigné;  car  le  désir  de  la  voir 
contribuait  à  entretenir  le  roi  dans  une  agitation  qu'il  (allait 
calmer  à  tout  prix,  et  contre  laquelle  son  éloignement  était  le 
meilleur  remède.  » 

La  reine  se  conforma  strictement  à  l'avis  qu'on  lui  notifiait 
ainsi.  Nous  l'aidâmes^  lady  Elisabeth»  miss  Goldsworthy  et 
moi,  dans  tous  les  arrangements  que  nécessita  le  changeaient 
ordonné.  Elle  choisit  un  appartement  situé  dans  le  même 
corps  de  logis,  mais  où  une  seule  porte  donnait  accès  :  il  con- 
sistait en  deux  pièces,  chambre  à  coucher  et  cabinet  de  toi- 
lette. C'était  celui  de  la  dame  d'honneur,  lorsque  par  hasard 
elle  était  de  service. 

Au  moment  d'y  entrer,  la  pauvre  reine  se  laissa  aller  en- 
core une  fois  à  son  désespoir,  a  Que  vais-je  devenir,  quevais-je 
devenir  ?  »  répéta-t-elle  à  plusieurs  reprises  avec  un  accent 
déchirant  qui  trouva  écho  dans  nos  cœurs.  Je  ne  saurais  dire 
combien  d'appréhensions  compliquées  ces  simples  paroles  me 
révélèrent. 

On  envoya  aussit6t  chercher  les  princesses.  Les  trois  aînées 
se  h&tèrent  d'accourir.  Quelle  rencontre  I  Ces  enfants,  poor 
ne  pas  lyouter  à  l'affliction  de  leur  mère,  s'efforçaient  de 
cacher  leur  émotion,  mais  elle,  tout  à  foit  domptée  par  la 
douleur,  sanglotait  en  les  pressant  sur  sa  poitrine,  et  les 
arrosait  de  ses  larmes. 

Elles  passèrent  toutes  ensemble  dans  la  chambre  à  coucher, 
où  la  reine  nous  permit  enfin  de  donner  quelques  soins  à  sa 
toilette  ;  mais  elle  ne  voulut  pas  quitter  le  long  peignoir  blanc 
qu'elle  garde  pendant  qu'on  la  coifie. 

Envoyée  pour  chercher  je  ne  sais  quel  objet  qu'elle  avait 
laissé  dans  l'autre  appartemeiit,  j'ouvris  précipitamment  la 


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LB  JOURNAL  DE  MISS  BFRWEY.  93 

porte  et  feilliâ  hearter  un  gentteman  qui  arrivait  à  çrands 
pas  dans  le  corridor. 

«  La  reine  est-elle  îciî  me  demanda-t-il ,  et  je  reconnus 
alors  le  prince  de  Galles. 

—  Oaî,  répliquai-je  en  frissonnant  à  la  pensée  de  la  scène 
qui  allait  suivre;  dois-je  avertir  S.  M.  que  Votre  Altesse 
royale  reut  être  admise?  d 

Ma  pensée  était  d'épargner  à  ma  maîtresse  un  brusque  sai- 
sissement; mais  le  prince  n'avait  nullement  l'idée  de  paraître 
devant  elle  sans  être  annoncé  :  il  se  montnr  au  contraire  rem- 
pli de  respect,  et  demeura  sur  le  seuil  de  la  porte,  tandis  que 
je  rentrais  pour  prévenir  8.  M.  Il  me  rappela  même  pour 
ajouter  ces  paroles  à  mon  message  :  «  Vous  voudrez  bien  dire 
à  la  reine  que  je  suis  venu  prendre  ses  ordres.  » 

l«s  larmes  de  8.  M.  redoublèrent  lorsqu'elle  apprit  l'arrivée 
de  son  fils;  néanmoins  elle  l'admit  à  l'instant  même  auprès 
d'ene. 

le  me  retirai  alors;  les  deux  autres  dames  passèrent  dans 
la  cbambre  de  lady  Elisabetb,  qui  est  auprès  des  nouveaux 
appartements  de  la  reine. 

n  était  près  de  deux  heures  du  matin  quand  je  quittai  S.  M. 

En  traversant  pour  me  retirer  le  cabinet  de  toilette,  je 
trouvai  miss  Goldsworthy  assez  embarrassée  d'un  message  que 
lui  avait  donné  la  reine  :  il  était  destiné  à  son  frère,  et  le 
colonel  devait  se  trouver  dans  une  pièce  contiguê  à  la  chambre 
du  roi;  la  pauvre  jeune  personne  était  presque  déshabillée, 
et  ne  savait  comment  parvenir  jusque-là  sans  rencontrer  les 
princes,  qu'elle  savait  errants  de  tous  cêtés.  Je  me  chargeai 
volontiers  de  la  suppléer,  ce  qu'elle  accepta  avec  reconnais- 
sance. Quant  à  moi,  pourvu  que  je  me  rendisse  utile,  peu 
m'importaient,  en  vérité,  les  rencontres. 

Lorsque  j'ouvris  avec  précaution  la  porte  de  la  chambre 
qui  m'avait  été  désignée,  je  la  vis  presque  entièrement  rem- 
plie d'officiers  et  de  pages,  assis  le  long  des  murs  sur  des 


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M  LE  #«ir«KAl.  I>E  MISS  BUB0£T. 

chaises  et  âes  soft»,  tous^rdant  le  plus  proSd&d  nlenee. 
A  cette  vue  mon  premier  mouvement  fut  use  aorte  de  su- 
aissemeni  effrayé  :  il  y  avait  quelque  ckose  d'alarmaat  et  de 
terrible  à  cette  pensée  que  le  pauvre  roi»  séparé  de  tous  ces 
haflEM»e$  par  uae  seule  pcurte»  ne  se  doutait  pas  qu'ils  étaient 
là,  tapis  daiOfi  le  silence  et  l'obscurité  pour  veiller  sar  sa 
démence,  dont  on  redoutait  à  chaque  insiaftt  les  effets.  — ie 
ne  distinguais  personae,  À  TeKOepiion  des  denix  princes  placés 
près  d'une  vâUeuse,  à  leure  piai^nes  dd  diamante  qui  wlé- 
tarent  ses  ftûbles  rayaafi ;  laais  avant  de  retirer  la  léte  j'a¥»s 
proiLoneé  ie  neai  du  oalMel,  et  If.  Faîrlf  vint  me  4ire  qoe» 
harassé  de  fatiigue»  M.  Aoldsirorthy  «était  aUése  jet^  sur  «oa 
Ht. 

Ce  matin  j'étais  eneere^aivee  «sa  pauArje  matines^  fersqae  le 
prince  de  Galles  est  entré -ea  toute  haie  dans  rapj>arteoient. 
Après  quelques  excuses  sur  cette  arrivée  inattendue,  il  a  dcfuné 
i  la  reine  en quelques  paroles  ^éACKgM|ues  lebuiletiadela  mit 
ddrnièpe*  Celite  lûatoiie  étaii  terrible  et  navrante.  Le  rai,  se 
levant  au  milieu  de  la  nuit,  n'avait  pas  voulu  sonfiErir  ^i'^mi 
l'empèchàt  de  passer  dans  la  chambre  voisine.  Il  y  a  trouvé 
la  nombreuse  assemblée  donij'ai  parlé  :  «et  aspect  inattendu 
l*a  jeté  dans  on  igrand  tcqubk  -ti  dans  4ioergraode  coost^ma- 
4ion,  et  il  a  demandé  4'u0e  voij;  altéîiée  pi^mr  qp/ei  motif  test 
«te  monde  étaiJt  snr  pied.  Plusieurs  auJxe^  /ffropos  ont  snb»t 
<et  particulû^remeot  l'éloge  fréquewme^  f^pèté  de  sçm  ciier 
^'Prédérjç  (leduc  d'Y<>rk],.qu'ilooa)inait  tonthautâon&rori 
«t  9an'  nnui.41 014»  criait^il»:  Frédncia  f^  anon  smùl  m  £iU 
farince  était  U;  méconnu  j^^.son,père,,  qui.  Jui  donnai]^  san^ 
Je  v^Mf,  les  pku  vives  marques  da  tandressn. 

Sir  Gnorges  Baker  se  trouvait  également  au  nombre  àe$ 
assistants,  qui  le  pressaient  iaus  de  cecAnduirelcxoidajis  sa 
^andire  ;  mais  au:i  premières  paroles  qu'il  }]a:onoi\ça,  le  ma- 
Jade,  le  prenant  par  la  main,  ^e  conduisit  daaj^  l'embrasure 
dSine  croîfiée^^  là  il  ini  xeprocha  de  n'^re  qu'une  vieille 


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LB  JOUBNAL  OE  MISS  AURHET.  M 

femme  et  de  ne  riea  eatefidre  à  som  iodîsposilion  pureoieal 
Donreiise,  difiai^iL 

Persoïuie  cependant,  malgré  les  eidKMrtation»  à  Toix  basse 
et  les  geste»  impératif  du  prinee  4e  Galtes,  n'osait  prendca 
SOT  soi  de  raïasn^  S.  M«  dans  aa  chambre.  U.  se  passa  ainei 
QQ  teDoqpa  aasess.  eoiisidéeable.  Enfin  ce  fui  M  Fairly  qui  eut 
rbeaneor  de  cette  entreprise  délicate  :  il  marcha  dfsoii  an 
menarqm,  et  le  {«renanl  par  le  bras,  le  sopplia  de  s'aller 
mettre  au  lit;  ensuite  il  le  tira  légèrement  après  lui  en  lui 
Asaat  ipCii  faUait  saivïe  ce  oeaseîL  Le  malade  déclara  fj^ïû 
n*en  ferait  rko»  et  î^ouia  aigrement  :  a  Qui  ètes-voua? — Je 
sais  M,  Fairiy>  sire,  répondit  ceiui^i  ;  Votre  Majesté  m'a  tau- 
îeurs  téiii^0nébeaueeiip  de  baaté;  jf  veux  à  mon  loor  vous 
preui^r  ma  nsosonaissance  en  ^wm  ramenant  dans  votre  lit  : 
il  y  va  de  votre  santés  de  voe  jours;  il  bmi  donnûr,  b 

Ge  ton  déeidé.  it  la  plusi  grande  inqpression  sur  le  loî,  et 
dans  sa  surprise  il  se  laissa  coqdiûre  eana  plus  césiater  que 
n'aurait  iaît  ua  eniuit».... 

A  partir  du  ft  navembre,  le  ptinoe  de  GaUes  prit  nécessai* 
reaieat  la  direotion  de  tout  ce  qui  conoernait  la  maison 
royale;  elle;  fiii  pac  ses  ordres  fermée  à  tous  les  vi»teur5. 
HiaaBiimsy  se  trouva  ainsi  eompléiemeat  isolée,  et  ne  vpyaît 
pius  que  11.  Fairly  oa  H.  de.  Lue.  Bneope  leurs  visites  étaient: 
•dlas  races*  Son<  récit  ae  bdiae  donc  à  des-  incidents  trop»  pw 
imporlaiift»  iMiur  trouver  ici  leur  place.  Nous  lea^nésumoasen 
quelques  piela* 

Vu  quatrsàma  médeoia^  sir  Luose  Pépys»  Aita^d^int:  aux 
Irais  autres  préeM^mnent  •  nommés  ::  il  douaa  dlabord  de 
geandes  espé^ces-^et  un  mieux,  «sensible  i»i|fi|i]|afeS'iNfi^ 
dictions  fovorables;  mais  cette  amélioration  dura  peu  de 
jovn,  let)  fat  euivie  d^aecidenis#plus  graine»  qœ^le*  ptremiers. 
f>a  déeidaqueletei-qutlteniit  Windsor  et  serait  «oaduit  i 
Kew.  TeS  étifit  l*atî^  dès  médecins  et  la  volonté  dtf  prince  de 
Galles  ;  mais  le  roi  avait  ce  sèiouf  en  aversion,  et  la  reîne,  qui 
avait  jusqu'alors  aveuglément  obéi  aux  avis  des  quatre  doc- 


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96  LE  JOURNAL  0E  MISS  BCRNET. 

leurs,  était  retenue  cette  fois  par  la  crainte  de  contrarier  trop 
vivement  son  époux.  Ce  conseil  privé  fit  comparaître  les  mé- 
decins, et  leur  demanda  sous  serment  d'affirmer  que  la  trans- 
lation du  roi  était  absolument  nécessaire.  Le  lord  grand 
chancelier  et  M.  Pitt  durent  ensuite  vérifier  par  eux-mêmes 
l'état  du  monarque.  Après  leur  visite  le  départ  fdt  résolu,  ce 
qui  entraînait  l'emploi  de  la  force  ;  car  on  pouvait  préroir 
que  le  roi  ne  s'éloignerait  de  Windsor  qu'à  son  corps  défen- 
dant. On  ne  parvint  à  l'y  décider  qu'en  lui  promettant  de  lai 
faire  voir  la  reine,  et  cette  espérance  dont  on  l'avait  bercé 
ne  se  réalisa  point,  car  on  ne  jugea  pas  convenable  de  rap- 
procher les  augustes  époux;  toute  la  famille  royale  avait 
précédé  le  monarque.  Miss  Burney  entre  dans  beaucoup  de 
détails  sur  l'arrangement  intérieur  du  château  de  Kew  ;  nous 
dirons  seulement  que  le  roi  occupait  le  rez-de^^haussée  don- 
nant sur  les  jardins,  où  on  ne  lui  permettait  cependant  pas  de 
se  promener.  L'appartement  placé  au-dessus  de  celui  qu'il 
occupait  demeura  sans  habitant  et  complètement  fermé,  afin 
que  le  bruit  des  pas  ne  fit  pas  naître  en  lui  l'idée  d'y  monter. 
On  commençait  à  parler  de  la  régence  dans  le  cours  du  mois 
de  décembre;  et  l'état  du  roi  empirant  toujours,  on  appela  le 
docteur  Willis,  médecin  de  Lincoln,  renommé  pour  le  traite- 
ment des  maladies  intellectuelles  (1).  Sous  cette  nouvelle  di- 
rection, la  santé  du  monarque  parut  s'améliorer  de  nouveau 
èhaque  jour.  Le  parlement  se  faisait  rendre  compte  des  symp- 
tômes qu'elle  offrait,  et  le  bulletin  médical  exerçait  comme 
de  raison  une  grande  influence  sur  les  débats  politiques. 
Le  30  janvier»  les  communes  firent  offirtr  à  la  reine  une  adresse 
de  condoléance  sur  l'état  de  son  royal  époux;  elle  fut  pré- 
sentée par  un  très-petit  nombre  de  membres,  tous  choisis 


(1)  Le  docteur  Franeis  WillU  était  à  la  fols  eoelësiattifut  et  i 
Principalement  inatroît  dasa  tout  ce  qui  concernait  le  traitement  des  na- 
ladief  mentales ,  U  avait  établi  i  ses  frais  près  de  Greatford ,  dans  le 
Lincoinsbire,  un  hôpital  d'aliénés.  Miss  Burney  le  représente  comme  ao 
homme  très-riche,  d'un  caractère  indépendant  et  d'une  rare  tranquillité 
d'âme.  Le  docteur  Willis  est  mort  en  1807. 


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LE  lOITHNAL  DE  MISS  BUBKET.  97 

fârmi  les  officiers  de  la  maison  royale.  Voilà  pour  les  inci- 
dents historiques. 

Quant  aux  détails  de  vie  privée,  miss  Bnrney  n'en  donne 
que  d'assez  insignifiants,  et  Ton  ne  peut  lui  en  savoir  mauvais 
gré  lorsqu'on  réfléchit  à  l'état  de  réclusion  complète  auquel 
la  conctomnait  le  régime  intérieur  du  palais.  Sa  santé  finit 
par  en  être  altérée,  et  les  médecins  lui  ordonnèrent  expressé- 
ment la  promenade  et  l'air  extérieur.  Un  des  officiers  pré- 
posés à  la  garde  des  jardins  de  Richmond  lui  procura  une 
clef  qui  lui  en  ouvrait  l'entrée.  Sur  les  remontrances  de  sir 
Lucas  Pepys,  elle  eut  aussi  la  permission  de  se  promener  dans 
les  jardins  de  Kev,  aux  heures  où  le  roi,  dont  ta  captivité  se 
rdàchait  peu  à  peu,  serait  enfermé  dans  ses  appartements. 
Chaque  matin  elle  faisait  demander  au  docteur  Willis  le  pro- 
gramme des  excursions  royales,  et  réglait  les  siennes  d'après 
ce  renseignement  officiel.  Il  fallait  que  nos  lecteurs  fussent  au 
courant  de  ces  circonstances,  en  elles-mêmes  peu  importantes, 
pour  comprendre  la  scène  dramatique  qu'ils  vont  lire  : 

— Palais  de  Kew,  lundi  3  février  1789.  J'ai  eu  ce  matin  une 
dtô  plus  belles  payeurs  qui  aient  jamais  troublé  ma  tranquille 
existence. 

J'avais  feit  demander  au  docteur  John  Willis  où  je  pouvais 
me  promener  en  toute  sécurité.  Sa  réponse  avait  été  que  le 
roi  devant,  ce  jour-là,  visiter  les  jardins  de  Richmond,  ceux 
de  Kew  étaient  à  ma  disposition. 

H  était  convenu  entre  nous  que  si  par  hasard  et  malgré 
toutes  nos  précautions,  je  venais  à  rencontrer  le  roi,  personne 
ne  lui  signalerait  ma  présence,  et  que  je  ferais  tout  mon  pos- 
sible pour  m'échapper  sans  être  vue.  Un  ordre  général  nous 
défend  de  nous  présenter  jamais  devant  S.  M. 

En  conséquence,  à  l'heure  dont  je  pouvais  disposer  le  plus 
librement,  je  suis  descendue  dans  les  jardins,  et  j'en  avais  à  peu 
près  feit  le  tour  avec  cette  allure  rapide  que  vous  me  connais- 
sez, lorsque  j'aperçus  tout  à  coup,  à  travers  quelques  arbres, 
deux  ou  trois  figures  humaines.  Me  fiant  aux  instructions  du 

5*  SÉRIE. —TOME  XII.  7 


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88  LB  JOURNAL  DE  MISS  «URVE¥. 

docteur  JobB,  je  les  pris  d'abord  pour  des  ouvriers  oq  des 
jardiniers;  cependant  j'y  regardai  de  mon  mieux,  et  coauneib 
arrivaient  à  un  endroit  moins  onri^ragé,  je  crus  recoosaltre 
dans  l'un  de  ces  promeneurs  la  personne  mène  de  S.  M .  l 

Alarmée  au  deli  de  tout  ce  que  je  puis  dire,  je  n'essajs 
pas  de  vérifier  le  fait;  mais  tournant  les  talons  awailôt,  je 
pris  la  fuite  en  courant  de  mon  mieuji.  Mais  qnelle  fut  ma  ter- 
reur d'entendre  quelqu'un  qui  me  suivait,  et  enreconaaissaBl 
la  voix  enrouée  du  monarque  qui  m'appelait  en  criant  :  «  M» 
Burney  l  miss  Burney  l  » 

11  m'a  semblé  que  j'allais  mourir.  Je  ne  savais  pas  au  jaste 
dans  quel  état  S.  M.  pouvait  se  trouver  ;  seulement  je  me 
rappelais  les  ordres  qui  avaient  été  donnés  pour  que  chacun 
évitât  de  se  trouver  sur  sa  route  ;  je  savais  anssi  que  la  reine 
désapprouverait  hautement  toute  rencontre  de  ce  genre  qn'ette 
n'aurait  pas  autorisée  ;  je  savais  enfin  qu'en  m'éefaappant  après 
que  le  roi  m'aurait  vue,  je  risquais,  ses  nerfs  étant  fort  irrités, 
d'augmenter  cet  état  d'agitation  et  de  m'attirer  son  déplaisir. 
Néanmoins,  trop  épouvantée  pour  m'arréter,  je  continuai  à 
courir,  cherchant  de  l'œil,  parmi  tous  les  petits  labyrinthes 
dont  le  jardin  est  rempli,  un  chemin  abrégé  qpi  me  condnbft 
aux  portes. 

Cependant  j'entendais  toujours  derrière  moi  le  retentisse- 
ment précipité  de  la  course,  et  la  pauvre  voix  enrouée  qui  se 
fjE^iguait  à  m'appeler.  Le  bruit  devenait  même  de  plus  en  pins 
fort,  car  les  médecins  de  service  s'étaient  mis  euxHOAémes 
à  la  poursuite  de  leur  maître,  et  ils  lui  criaient  tous  deux  de 
ne  pas  s'échauffer  ainsi  sans  ménagement 

Bon  Dieu,  quelle  course  1  je  n'aurais  pas  fui  plus  vite  de- 
vant une  éruption  du  Vésuve  ;  et  en  pareil  cas,  si  la  penr 
m'eût  donné  une  agilité  pareille  à  celle  que  j'ai  déployée 
ce  matin,  je  n'aurais  pas  senti  sous  mes  pieds  la  lave  brûlante, 
—  tout  au  moins  la  chaleur  des  cendres.  Mes  pieds  en  ton* 
chant  le  sol  ne  m'apportaient  aucune  sensation  distincte. 

Bientôt  après  j'entendis  des  voix  plus  perçantes  et  moins 
agitées  qui  criaient  :  «  Arrêtez!  arrêtez  î  arrêtez  !  » 


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LF  JOïJfLNAt  DE  MISS  BCRKEY.  M 

Pour  rîen  su  monde  je  n'aurais  obéi;  je  ne  savais  ce  qu'on 
Tonbît  de  moi  ;  mais  je  me  rappelais  mes  conventions  avec  le 
doHenr  John,  el  j'y  restais  fidèle.  La  frayeur  aidait  en  ceci  mes 
répncfnances  bien  pins  vives  depuis  que  j'avais  commencé  à 
fiiir.  A  quoi  pouvait  ne  pas  m'exposer  en  effet  la  colère  fié^ 
vreuse  du  malade  et  son  ressentiment  allnmé  par  ma  première 
désobéissance! 

Je  continuai  donc  à  courir,  et  d'un  pas  si  leste  que  certaine- 
ment aucun  de  ceux  qui  me  donnaient  chasse  ne  m'auraient 
attrapée,  si  ces  mots  n'étaient  distinctement  parvenus  à  mes 
oreilles  :  «  Le  docteur  Willis  vous  supplie  d'arrêter! 

—Je  ne  puis  !  je  ne  puis!  »  répliquanje,  courant  toujours. 
Mais  la  même  voix  reprit  :  «  Il  le  feut,  madame;  cette  course 
feit  mal  au  rot.  » 

Alors  seulement  je  fis  halte  dans  un  état  de  terreur  qui 
ressemblait  à  une  agonie.  En  me  retournant  je  vis  que  les 
deux  médecins  avaient  rattrapé  le  monarque,  maintenant 
placé  entre  eux  deux  ;  à  peu  de  distance  se  tenaient  les  trois 
domestiques  qui  escortaient  toujours  le  docteur  Willis  pour 
lui  prêter  main-forte  au  besoin.  Dès  qu'ils  me  virent  les 
attendre,  ils  ralentirent  le  pas,  et  tel  était  l'excès  de  ma 
frayeur  que  j'étais  déjà  remise  d'une  course  qui  en  tout  autre 
temps  m'aurait  laissé  pour  une  heure  au  moins  hors  d'haleine^ 

A  mesure  qu'ils  approchaient,  je  repris  heureusement  un 
peu  de  présence  d'esprit,  et  cette  idée  me  frappa  que  pour 
apaiser  la  colère  causée  par  ma  fuite,  je  devais  montrer  autant 
de  confiance  qu'elle  décelait  de  frayeur;  aussi  affirontai-je  le 
danger  d'une  façon  tout  à  fait  résolue;  seulement  je  fis  signe 
au  plus  proche  des  domestiques  de  venir  se  placer  à  mes 
côtés. 

Lorsqu'ils  furent  à  quelques  pas  de  moi,  le  roi  me  demanda  : 
«  Pourquoi  donc  couriez-vous  ainsi?  » 

11  était  impossible  de  répondre  catégoriquement  à  cette 
question.  Tavisai  par  bonheur,  —  le  ton  assez  doux  de  sa 
voix  me  rassurait  un  peu,  —  qu'en  allant  au-devant  de  loi 
j'apaiserais  en  grande  partie  ses  soupçons  et  sa  mauvaise 


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100  LE  JOURNAL  DE  MISS  BCRNET. 

humeur.  Cette  résolution  était  combattue  cependant  par  le 
frémissement  de  mes  nerfis,  et  je  compte  chaque  pas  que  je 
fis  alors  parmi  mes  plus  grands  efForts  de  courage  personnel. 

J'en  fus  récompensée;  car  en  levant  les  yeux  je  trouvai  sur 
sa  physionomie  la  bénigne  expression  qu'elle  prenait  d'ordi- 
naire lorsqu'il  m'adressait  la  parole  :  le  regard  seulement  était 
un  peu  égaré.  Mais  faites-vous  une  idée  de  ma  surprise  lorsque 
je  sentis  les  deux  mains  du  monarque  s'appuyer  sur  mon 
épaule,  et,  sur  mes  joues,  un  baiser  tout  aCféctueuxl... 

Je  ne  sais  comment  je  ne  m'évanouis  point  lorsque  je  le  vis 
ouvrir  les  bras.  Ma  première  idée  fut  qu'il  voulait  m' étouffer  : 
les  Willis  cependant,  qui  ne  l'avaient  jamais  vu  avant  celte 
fatale  maladie,  n'ont  pu  se  douter  à  quel  point  c'était  là  de 
sa  part  une  action  bizarre;  leur  physionomie  n'a  exprimé  ni 
terreur  ni  étonnement;  ils  ont  souri  d'un  air  joyeux,  imaginant 
peut-être  que  cette  manière  de  saluer  était  ordinaire  à  lear 
malade. 

Après  tout,  ce  n'était  que  la  joie  bien  naturelle  d'unhonune 
pour  qui  ma  vue  était  un  gage  de  délivrance  prochaine,  et 
chez  qui  le  sentiment  de  l'étiquette  n'avait  pas  survécu  à  tant 
d'autres  plus  essentiels. 

Il  me  parla  du  plaisir  qu'il  avait  à  me  voir  en  termes  si 
chaleureux,  et  avec  une  telle  expression  de  sincérité,  que  toute 
ma  terreur  s'évanouit  bientôt.  Mon  étonnement  en  le  voyant 
si  près  de  sa  guérison,  et  la  joie  que  la  sienne  me  causait, 
écartèrent  bientôt  tout  sentiment  fâcheux.  Je  me  sentis  prête 
à  me  jeter  à  ses  pieds  pour  lui  exprimer  autant  que  je  l'aorais 
pu  à  quel  point  j'étais  émue. 

Suivit  une  conversation  qui  me  sera  toujours  présente. 
Quand  il  me  vit  rassurée,  il  devint  de  plus  en  plus  gai,  affec- 
tant de  me  retenir  auprès  de  lui,  tandis  qu'il  écartait  du  geste 
les  domestiques  et  les  Willis  eux-mêmes,  qui,  pour  lui  com- 
plaire, se  retirèrent  à  quelques  pas.  J'avoue  qu'en  ce  moment 
je  n'étais  pas  complètement  tranquille  ;  mais  ce  que  j'éprou- 
vais ne  ressemblait  en  rien  à  ma  frayeur  primitive.  11  me  parla 
sans  ordre  de  tout  ce  qui  lui  passa  par  la  tète  :  ce  qui  restait 


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LB  aOCRNAL  DE  MISS  BUBKET.         101 

de  sa  maladie  semblait  exalter  seulement  son  imagination, 
mais  sans  que  sa  raison  fût  positivement  troublée.  11  n'avait 
pas  tout  empire  sur  ses  paroles ,  mais  si  fait  bien  la  con- 
science de  sa  pensée  et  de  ses  jugements. 

Que  ne  me  dit-il  pas  !  —  Il  semblait  prendre  plaisir  à  m' ou- 
vrir son  cœur,  —  à  m'expliquer  tous  ses  sentiments,  — à  me 
Cure  connaître  toutes  ses  vues. 

Je  vous  donnerai  brièvement  le  sommaire  de  sa  causerie; 
car  je  suis  sûre  que  vous  êtes  curieux  de  la  connaître,  et  il  ne 
peat  rien  arriver  qui  rende  fort  importantes  les  paroles 
d'an  homme  aussi  peu  maître  de  lui.  Le  roi  m'assura  qu'il  était 
toute  fait  bien,  aussi  bien  qu'il  eût  jamais  été  de  sa  vie;  et 
ensuite  il  me  demanda  de  mes  nouvelles;— conunent  j'allais? 
—si j'étais  moins  tracassée? 

Jugez  si  ces  questions,  et  le  sens  qu'elles  impliquaient, 
durent  me  paraître  surprenants  I  et  jugez  si  mon  étonnement 
diminua  quand  il  se  mit  à  les  expliquer!  Il  s'informa  de  la 
coadjutrice  (1),  et  il  ajouta  en  riant  :  a  Ne  vous  occupez  pas 
d'elle,  ne  vous  laissez  pas  marcher  sur  le  pied;  je  suis  votre 
ami  :  ne  vous  laissez  pas  abattre  par  ses  mauvais  procédés  I 
Je  sais  qu'elle  vous  a  fsdi  passer  de  mauvais  moments,  mais 
ne  vous  occupez  pas  d'elle.  » 

Complètement  abasourdie  par  ces  insinuations,  je  ne  ré- 
pondis rien,  me  contentant  de  m'incliner  respectueusement 
lorsqu'il  m'assura  de  son  amitié. 

D  ajouta  presque  aussitôt  :  «  Ne  pensez  qu'à  votre  père,  à 
votre  fiimille;  que  ce  soit  là  l'unique  objet  de  vos  préoccu* 
pations.  » 

Comme  j'étais  disposée  à  lui  obéir  en  ceci  I 

U  me  T^iéta  tout  ce  que  je  viens  d'écrire  presque  dans  les 
mime  termes,  mais  il  finit  cette  fois  par  quelque  chose  de 
plus  sérieux.  II  s'arrêta  tout  à  coup,  m'obligea  de  m'arrèter 

si,  et  posant  sa  nmin  sur  son  cœur,  il  me  dit  lentement, 


(1)  ]>ésignatioB  Ironique  de  Mrs.  Sehwellenberg. 


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lOS  LE  JOURNAL  DE  MISS  BORNBV. 

d'ttfie  £»çon  grave  et  solennelle  :  «  le  vous  prot^ttrai,  je  voni 
le  promets  ;  dorénavant  coniptei  sur  moi.  » 

Je  le  remerciai  ;  les  Willis,  qui  semblèrent  le  croire  un  poi 
trop  agité,  s'approchèreui  d«  nous,  et  lui  proposèrent  de  me 
kîsser  continuer  ma  promenade  :  a  Non,  non,  non,  non,  » 
cria-t-il  vingt  fois  de  suiie  dans  autant  de  secondes;  et  comne 
sa  physionomie  redevenait  gaîe,  ils  nous  laissèrent  derechef 
marclier  de  conserve. 

Alors  il  me  oonta  je  ne  sais  qneUa  histoire  de  ses  pages 
contre  lesquels  il  s'anima  singulièrement  II  en  voulait  wr- 
tout  à  M.  Ernst,  qu'il  me  dit  avok  élevé  lui-même.  J'e^iére 
que  ses  idées  sur  ces  jeunes  ^ns  ne  sont  que  ie  résultai  de 
aa  maladie. 

Il  m'adressa  ensuite  quelques  qaestions  qé,  m'embirrtssà- 
ren4  fort»  concernant  des  rapports  qaî  lui  avaient  éié  fiûts 
depuis  son  indisposition  ;  rapports  dont  il  soupçonnait  à  bon 
droit  la  fausseté,  car  j'aurais  pu  les  démentir  aussttM  :  néan- 
moins il  pouvait  être  dangereux  de  lui  Êiire  connaître  ea  ce 
Bioment  la  vérité.  J'ignorais  en  efiet  les  moiib  bons  ou  oaa- 
▼ais  qu'on  avait  pu  avoir  de  l'induire  en  erreur;  aussi  me 
gnrdabje  bien  de  parler»  et  je  fus  aussi  discrète  que  si  j'avais 
eu  de  bonnes  raisons  pour  cela.  J'ai  l'espoir  que  moasilenoe 
Ae  nuira  à  personne;  mats  ce  fut  le  moment  le  plus  difficile 
<de  la  oonversaiioa. 

Immédiatement  après,  le  roi  nie  parla  longtemps  de ama 
cber père,  et  me  fit  mille  cpiestions  sur  son  EiHoirt  deiamur 
mqme.  €ed  le  conduisit  A  un  de  ses  «v^ts  fovorîs,  la  vîede 
Handel.  Il  me  raconta  un  grand  nombre  d'anecdotes  rela- 
tives à  ce  musicien  célèbre,  et  entre  antres  oc^  élan  praphéti- 
qne  qni  hmêiéwt  en  nofttrani  Georges UI  eftoaie entet  : 
a  Tantqnevivia  cepetitbonhMnme,  ma  musique  «emamiNn 
pas  de  piHAectava.  »  Il  m'autonsait,  «goMta-lril,  à  racosler 
eeoîàmon  pèie. 

Il  passa  ensuite  en  revue  la  plupart  de  ses  oratorio  favoriSy 
cherchant  à  retrouver  les  principaux  thèmes^  et  les  cheewsde 


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LE  JOUmVAL  DC  MIM  JUJRNET.  IM 

Aacnn  d'eux;  mais  r^Mrovaiiient  de  «a  v^x  doniuiit  qvelcpi^ 
chose  de  lerrîbie  à  ses  eiiaats  improvisés.  Ils  atarnèreaC  le 
docteur  WiUis,  qui  aecoiirut  aussitôt  pour  mettre  fin  A  cette 
bligHe^  et  qni  proposa  de  netiTeam  une  séparation.  «  Non, 
•0a»  acn,  non,  s'écria  encore  S.  M.;  non,  pas  encore;  j'ai 
^jMiqiie  ehoee  i  lui  dire  aniparavanl.  » 

Le  doctow  Willis,  qui  s*eliorce  de  se  rendre  toujours  agréft» 
kk;  alors  même  que  sa  oomplaisafiee  lui  coûte  le  pins,  céda 
pomr  la  troteîème  fois. 

Molffe  bon  prince  .riK>rda  tout  aussitâi  un  sujet  bien  Mt 
pe«r  m*attfiflÉer  :  ce  fut  le  eouveair  de  notre  yieîtte  amie  Mrs. 
Maaf .  Atoc  qnette  chaleur  et  quelle  bonté  il  parlait  d'dle  I 
«  C'était  mon  anue,  s'éeria-tril,  et  je  la  payais  d'une  affactîoa 
bien  vraîe  :  lorsque  je  l'ai  perdue,  j'ai^éerit  quelque  part  ua 
aHBorgwdnw  qui  la  eoneerne  :  je  vais  vous  le  montrer.  » 

Ce  que  disant,  il  tira  de  sa  poche  un  portefeuille  et  le  par- 
courut  qudque  temps,  mais  sans  y  trourer  ce  qu'il  cherchait. 

fies  larmes  remplissaîent  ees  yeux;  il  les  essaya,  et  ce 
gerte  éreiUa  de  nouveau  l'inquiétude  du  docteur  WilUs  : 
«  Allons,  sire,  lui  crta-tril,  il  £aut  rentrer,  et  laisser  eelAe 
dame  continuer  sa  promenade  ;  voilà  bien  longtemps  que  vous 
rsufM  I .  nous  dlous  rentrer,  s'il  plaît  à  Votre  Majesté. 

— Non,  nea,  eria  «ux>re  le  roi;  j'ai  quelques  questions  à 
lui  £aûre;  voëà  ai longtonps  que  je  vis  hors  du  «onde  :  jeae 
aaia  vrainsent  plus  rien.  )» 

Ces  paroles  m'allèrent  au  cœur.  Nous  recommençftmes  A 
mnncher.  U  s'inébrma  de  diffèrenies  personnes,  entre  autms 
As  Mrs.  Boocawea,  à  laquelle  il  s'iatéressait ,  ditHÎl,  paroe  qu'elle 
auaît  été  l'amie  de  Mrs.  Many.  Pour  la  même  naisMi,  il  me 
dsmaadades  nsavellesde  M.  Frederick  Montagu,  dont  il  om 
dit  arec  boflté  :  «le  aais<^'ilaun  ^jrand  respect  pour  moi, 
bien  qu'il  se  soit  yotnt  au  vote  de  l'opposition.  »  il  passa  en- 
suite à  lord  ficay  de  Wiltoa,  sir  Watkin  Wynii,  an  duc  de 
Beanfort  et  k  quelques  antres. 

.Aûs  Hme  dit  4|u'ii  tétait  très-mécontent  de  plusieurs  ^praads 
ottriers  de  la  conroaae ,  et  qu'il  entendait  renouveler  sous 


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lOilh  LE  JOURNAL  DE  MISS  BURNEY. 

peu  toute  sa  maison.  Alors,  tirant  un  papier  de  son  porte- 
feuille, il  me  montra  la  liste  projetée  de  ses  nominations. 

C'était  bien  là  certainement  Tincident  le  plus  étrange  de 
notre  causerie;  le  docteur  John  Willis,  sérieusement  alarmé, 
voulut  de  nouveau  nous  séparer.  Cependant,  sous  prétexte 
qu'il  avait  trois  mots  à  me  dire,  le  roi  obtint  encore  une  ibis 
qu'on  nous  laissât  ensemble.  Ce  fut  de  mon  père  qu'il  fut 
alors  question.  Le  roi  m'en  parla  sur  le  ton  plus  affectueux: 
c'était  à  lui,  me  dit-il,  que  revenait  de  droit  le  poste  de  maî- 
tre de  chapelle,  induement  occupé  par  ce  pauvre  Parsons, 
qui  n'entendait  rien  à  sa  besogne  :  a  Mais,  cria-t-il,  dans 
toute  cette  affaire,  lord  Salisbury  s'est  montré  fort  mal  dis- 
posé pour  le  docteur  Burney.  Ce  n'est  pas  la  seule  raison 
que  j'aie  de  lui  en  vouloir;  aussi,  son  nom  sera  effacé, 
et  votre  père  remis  en  place,  dès  que  je  redeviendrai 
libre.  y> 
Je  n'entendis  pas  sans  émotion  ces  derniers  mots. 
c(  Puis  enfin,  reprit  S.  M.,  qu'a  donc  obtenu  votre  père, 
après  tout?  Et  peutr-on  compter  pour  quelque  chose  sa  petite 
place  à  Chelsea?  Fil  fil  fi!  mais  soyez  tranquille,  je  pren- 
drai soin  de  lui,  je  m'en  occuperai  moi-même.,  d 

A  quoi  il  ajouta  sur-le-champ  :  a  Pour  lord  Salisbury,  vous 
pouvez  voir  par  ce  mémorandum  qu'il  est  déjà  destitué. 
Beaucoup  d'autres  le  seront  également.  Il  faut  que  mon  ser- 
vice s'améliore;  et  une  fois  mattre  des  affaires,  je  gouvernerai 
avec  un  sceptre  de  fer!  i» 

Ces  derniers  mots  ne  lui  ressemblaient  guère,  et  firent 
tressaillir  les  deux  bons  médecins.  Ils  n'aimaient  pas  à  le 
contrarier,  et  d'ailleurs  se  plaisaient  à  me  laisser  voir  com- 
bien son  état  était  amélioré;  mais  cependant,  le  ton  animé 
qu'il  avait  pris  et  l'extrême  volubilité  de  sa  parole  commen- 
çaient à  leur  donner  de  véritables  inquiétudes. 

Lorsqu'il  vit  qu'il  fallait  nous  séparer,  il  s'arrêta  pour 
prendre  congé  de  moi,  et  revenant  sur  ce  qu'il  m'avait  dit  de 
la .coadjutrice  :  m  N'ayez  d'elle  aucune  crainte,  s'écria-t-il ; 
comptez  sur  moi  ;  je  serai  votre  ami  toute  ma  vie  I  — -  Je  vous 


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LE  JOURNAL  DE  MISS  BUBXET.  105 

donne  ici  ma  parole  de  me  montrer  toujours  votre  amil  »  Et 
m'embrassant  comme  il  avait  fait  en  m*abordant,  il  me  laissa 
m'éloigner. 

Quelle  scène!  quelles  impressions  diverses  1  Celle  qui  do- 
minait les  autres  était  le  plaisir  de  voir  notre  bon  roi  si  bien 
rendu  à  lui-même  et  si  peu  éloigné  de  sa  guérison. 

J'allai  aussitôt  trouver  la  reine,  à  qui  je  brûlais  de  raconter 
celte  entrevue  en  lui  expliquant  que  je  n'avais  rien  fait  pour 
qu'elle  eût  lieu.  Son  étonnement  fut  grand,  et  plus  grande 
encore  la  curiosité  avec  laquelle  elle  écouta  les  moindres  dé- 
tails de  mon  récit.  Je  passai  sous  silence  les  questions  em- 
barrassantes qui  m'avaient  été  adressées,  et  presque  tout  ce 
(jpii  concernait  Mrs.  Schwellenberg,  car  elle  aurait  pu  s'en 
trouver  blessée. 

En  peu  d'instants,  ma  rencontre  avec  le  monarque  devint 
pour  toute  la  maison  un  sujet  d'inépuisables  commentaires. 
Je  fiis  obligée  de  le  raconter  à  tous  et  à  chacun  ;  ce  qui  me 
coûta  d'autant  moins,  qu'en  leur  faisant  connaître  mes  pro- 
nostics fiivoTables,  je  répandais  autour  de  moi  la  joie  la  plus 
vive  et  la  plus  sincère. 

Mardi  3.  J'ai  appris  avec  une  grande  satisfaction  ce  matin 
par  les  deux  Willis,  .que  S.  M.  ne  s'était  pas  trouvée  plus 
souffrante  après  notre  longue  conférence 

Vendredi  6.  M.  Fairly  m'a  communiqué  le  projet  de  bill 
relatif  à  l'organisation  de  la  régence  :  ce  titre  seul  m'a  effirayée. 
On  venait  justement  de  l'imprimer,  et  il  a  pris  la  peine  de 
m'en  expliquer  les  principales  dispositions. 

Ma  pauvre  maîtresse  est  vivement  s^ectée  de  cette  mesure 
politique 

Mardi  10.  Le  roi  va  de  mieux  en  mieux;  et  malgré  quel- 
ques temps  d'arrêt ,  donne  toujours  l'espoir  d'une  guérison 
très-prochaine.  Les  Willis  sont  pour  nous  de  véritables  mes- 
sagers célestes,  envoyés  pour  rendre  la  paix,  le  bonheur  et  la 


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106  LE  iOCBNAL  DE  MUS  BUmNCT. 

santé  aux  habitants  de  ce  miaèrafole  palais.     . 


Samedi  ik.  Le  roi  est  infiniment  mieux.  La  patience  naih 
4}uera-'t-eUe  donc  aa  pays,  et  me  pofurailron  attendre  quel- 
ques jours  avant  de  résoudre  cette  effrayante  question  de  la 
régence? 

Deux  des  princesses  royales  accompagnent  régnliéremeat 
leur  mère,  autorisée  Hiaitttenaat  à  voir  toas  les  soirs  son 
royal  épovx.  L'impatience  avec  laquelle  elles  attendent  que 
leur  (onr  aoît  venu,  et  comptent  les  heures  qui  séparent  dia- 
que  visite,  est  tout  ce  qu'on  peut  imaginer  de  plus  touchant. 

Ce  soir,  la  princesse  Elisabeth  et  la  princesse  Marie  sont 
deseendnesdans  b  chambre  de  Mrs.  8ehwellenberg,oi]  fêtais 
encore  ;  et  là,  dans  Teffiision  de  leur  joie  naïve ,  elles  se  sont 
auses  à  dianter  des  morceaux  à  deux  voix  pendant  presque 
taote  la  soirée.  Je  les  écoutais  avec  un  indicible  plaisir. 

16  février.  Tout  va  bien  :  le  roi  se  prépare  à  recevoir  soas 
peu  le  lord  grand-<^ancelier.  On  doit  feire  à  S.  M.  un  rapport 
détaillé  sur  Tétat  politique  cki  pays  et  sur  ce  qui  s'est  passé 
durant  sa  maladie. 

Mercredi  18.  J'ai  eu  ce  natin  Tun  des  specAacIes  les  plus 
consolants  qui  se  soient  oflFerts  à  moi  depuis  bien  longtemps. 
De  la  route  où  je  passais  en  voiture,  j'ai  vu  le  roi  et  lareine, 
accompagnés  par  le  docteur  Willis,«e  promener  en  se  donnant 
fe  bras  dans  les  jardins  4e  Richmond,  tout  près  de  la  ferme. 
l^iisse  le  ciel  les  bénir,  et  ne  pas  compromettre  de  nouveau 
la  sécurité  qui  nous  est  rendue  I 

Jeudi  19.  Douce  «t  mémorable  journée.  Sur  une  motion  du 
lord-chancelier,  la  Chambre  des  pairs  a  repovssé  le  projet  de 
régence. 

HuzzaI  huzzal 

et  ce  soir,  pour  la  prenriëfre  fois,  le  roi  eât  monté  dans 
le  nakm  pour  y  prendre  le  thé  avec  la  reine  et  les  prtn- 
cesses.* 

Mon  ooMn*  était  si  plein  de  joie  et  de  reconnaissance,  qu'A 


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LE  JOURNAL  BE  MI13S  BUENEY,  167 

grand'peine  pouvais-je  respirer.  Remercions  le  ciel  d'un  si 
graad  bienfait. 

Lundi  23.  J'ai  revu  le  roi  dans  le  cabinet  de  la  reine.  Il  a 
souri  de  Tétonnement  que  je  n'ai  pu  dissimuler  à  son  aspect, 
et  après  m'avoir  dit  qu'il  avait  attendu  à  dessein  mon  arri- 
Tée:tt  Je  suis  tout  à  fait  bien  maintenant,  a-t41  ajouté  ;  déjà, 
quand  vous  m^avez  vu,  j'étais  à  peu  près  rétabli  ;  mais  je  vous 
attrapperais  aujourd'hui  bien  plus  tôt  qu'alors.  »  Après  quoi 
il  est  sorti. 

Ainsi  s'est  achevé  le  mois  de  février  1789.  Dieu  mereil 

{Diary  and  Letters  oflhe  author  o/*£velina.) 


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f«.  —  MotnY9. 


ESQUISSES  AMÉRICAINES. 


Premier  extrait. 


PHILADELPHIE  ET  SA  PRISON. 

On  va  de  New-York  à  Philadelphie  par  le  chemin  de  fer, 
et  c'est  un  trajet  qui  prend  ordinairement  cinq  à  six  heures. 
Nous  partîmes  par  une  belle  soirée.  Je  m'étais  placé  près 
d'une  des  portières  de  notre  wagon,  et  je  voulais  admirer  le 
coucher  du  soleil,  lorsque  je  fus  surpris  de  voir  sortir  comme 
un  nuage  de  petites  plumes  des  fenêtres  du  wagon  qui  précé- 
dait le  nôtre.  Je  m'imaginais  d'abord  que  les  voyageurs  s'a- 
musaient à  jeter  au  vent  le  contenu  de  quelque  vieil  oreiller; 
mais  je  vis  bientôt  que  cette  pluie  n'était  que  trop  liquide  et 
provenait  de  la  salive  américaine  :  l'expectoration  dans  ce 
pays-ci  est  un  jet  d'eau  continuel  qui  rivalise  avec  ceux  de 
Versailles,  ou  plutôt  avec  les  cascades  du  Niagara  (1). 

Je  fis  connaissance,  dans  cette  excursion,  avec  un  jeune, 
doux  et  modeste  quaker,  qui  eut  une  singulière  manière  d'en- 
trer en  conversation  :  «  Je  suis ,  me  dit-il  gravement  et  à 
demi-voix,  le  petit-fils  d'un  homme  qui  inventa  le  moyen  de 

(1)  Note  du  traducteur.  On  sait  combien  les  Anglais  ont  de  répa- 
gnance  pour  la  salive  :  ils  se  cachent  pour  cracher  comme  pour  émettre 
tout  autre  excrétion  naturelle  :  nous  ne  saurions  trouver  cette  délieatesfe 
excessive. 


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ESQUISSES  AMÉRIGAIXE8.  109 

distiller  à  froid  Thuile  de  ricin.  »  Je  me  souviendrai  de  lui 
toutes  les  fois  que  j'aurai  besoin  d'un  purgatif. 

Nous  entrâmes  à  Philadelphie  assez  tard  dans  la  soirée. 
Avant  de  me  coucher  je  mis  la  tête  à  la  fenêtre,  et  j'aperçus 
de  Tautre  côté  de  la  place  un  assez  bel  édifice  en  marbre 
blanc  qui  avait  un  aspect  de  mélancolie  lugubre ,  un  air  de 
spectre.  J'attribuai  cet  effet  à  l'influence  de  la  nuit,  et  quand 
je  me  levai  le  lendemain  matin,  je  m'attendais  à  voir  les  gra- 
dins du  portique  couverts  de  groupes  animés  ;  mais  la  porte 
était  encore  close,  c'était  toujours  le  même  air  de  tristesse  ; 
on  eût  dit  que  ce.  froid  et  sombre  édifice  ne  pouvait  avoir 
d'autre  visiteur  que  la  statue  du  Festin  de  pierre.  Je  deman- 
dai ce  qu'était  ce  monument,  et  ma  surprise  cessa  :  c'était  le 
tombeau  de  bien  des  fortunes ,  la  grande  catacombe  de 
maintes  opérations  financières ,  la  mémorable  Banque  des 
États-Uxis. 

La  ruine  de  cette  banque  et  ses  fatales  conséquences,  me 
dit-on  de  toutes  parts,  avaient  répandu  la  désolation  sur  Phi- 
ladelphie ;  cette  désolation  durait  encore  ;  je  suis  témoin  que 
Philadelphie  était  dans  le  deuil. 

C'est  une  belle  ville ,  mais  d'une  régularité  désespérante. 
Après  m'être  promené  une  heure  ou  deux,  je  sentais  que  j'au- 
rais donné  tout  au  monde  pour  une  rue  tortueuse.  Le  collet 
de  mon  habit  semblait  s'empeser  et  le  bord  de  mon  chapeau 
s'étendre  sous  l'influence  quakeresse;  mes  cheveux  se  reti- 
raient et  me  donnaient  un  air  de  tête  ronde;  mes  mains  se 
croisaient  d'elles-mêmes  sur  ma  poitrine  avec  le  calme  de  la 
béatitude  puritaine;  bref,  il  me  prenait  des  envies  de  me 
fixer  dansMark-Lane,  près  de  la  halle,  et  d'y  faire  une  grande 
fortune  en  spéculant  sur  les  grains. 

Philadelphie  est  très-abondamment  pourvue  d'eau  claire 
qui  l'arrose  sous  toutes  les  formes  de  fontaine  possibles.  Les 
réservoirs  de  cette  eau  ,  placés  sur  une  hauteur  près  de  la 
ville,  sont  à  la  fois  un  monument  d'agrément  et  d'utilité;  on 
y  a  fait  un  jardin  parfaitement  entretenu.  L'homme  a  dit  à  la 
rivière  :  Tu  feras  là  une  halte ,  tu  rempliras  des  bassins ,  et 


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110  BSOVISSBS  AMRBICAINSS. 

c'est  moi  qui  diriger»!  ensuite  ton  eaa  snr  tonte  la  viRe.  Et 
effet,  Teau  court  dans  tontes  les  maisons  et  y  monte  à  pen  de 
frais  jusqu'aux  étages  les  plus  élerés. 

Philadelphie  possède  dirers  établissements  puMies ,  entre 
autres  un  excellent  hôpital,  —  un  hôpital  de  quakers,  ma» 
que  ne  borne  pas  à  cette  secte  les  bienfiiits  de  son  institu- 
tion ; — une  vieille  iHbKothèque  bien  tranquille,  nommée  du 
non  de  Franklin;  une  bourse,  un  hdtel  des  postes,  etc., etc. 
On  montre  à  ThApital  un  tableau  de  West ,  et  ce  n'est  pas 
gratuitement;  mais  le  produit  de  la  recette  est  destiné  i  aug- 
menter les  ressources  de  la  maison ,  il  n^  a  rien  à  dire.  Ce 
tableau  représente  notre  Sauveur  guérissant  les  malades  ;  c*est 
peut-être  un  des  meilleurs  tableaux  du  peintre.  J'en  ai  dit 
assez  pour  le  louer  ou  le  critiquer  :  cela  dépend  du  goût  des 
lecteurs. 

Dans  la  même  salle  on  voit  un  très^oeau  portrait  par 
M.  Sully,  artiste  américain  très-distingué. 

Je  ne  séjournai  pas  longtemps  à  Philadelphie ,  mais  je  fiis 
très-content  de  la  société  que  je  pus  y  voir.  S'il  fallait  la  ca- 
ractériser d*ane  manière  générale,  je  dirais  que  cette  société 
est  plus  provinciale  que  celle  de  Boston  ou  de  New- York  ; 
on  y  a  quelques  légères  prétentions  de  goût  et  de  critiqae 
qui  rappellent  un  peu  les  innocentes  discussions  sur  Shaks- 
peare  et  la  musique  que  le  bon  Goldsmith  prête  aux  person- 
nages du  Vicaire  de  Wakefield.  A  peu  de  distance  de  Philadel- 
phie s*élève ,  non  achevé  encore ,  un  magnifique  édifice  qai 
sera  le  collège  Gérard.  C'est  une  des  fondations  léguées  par 
Stephen  Gérard,  le  riche  Américain.  Si  l'architecte  complète 
ce  monument  d'après  le  dessin  original ,  ce  sera  le  pins  bel 
édifice  des  temps  modernes.  Mais  le  legs  du  fondateur  est  le 
sujet  d'un  procès,  et  pendant  qu'on  plaide  pour  et  contre  le 
collège,  le  collège  est  là  qui  attend  les  maçons.  Il  en  est  du 
reste  ainsi  de  beaucoup  d'autres  grandes  entreprises  en  Amé- 
rique, où  l'on  trouve  plus  de  choses  qui  se  feront  demain  que 
de  choses  faites. 

Hors  la  ville  est  une  grande  prison  appelée  le  Pénitentiaire 


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ESQUISSES  ▲MÉRICAINES.  111 

de  l'Est ,  dirigée  d'après  un  système  particulier  à  TÉtat  de 
P^DsylVanie  :  c'est  le  système  de  la  réclusion  solitaire,  réclu- 
sion stricte  jusqu'à  la  plus  extrême  sérérité;  les  effets  en  sont, 
«elon  moi,  cruds  et  blâmables. 

Je  n'attaque  pas  les  intentions  de  ce  système;  je  suis  con- 
vaincu qu'il  n'a  été  inventé  que  dans  on  but  d'humanité  et  de 
réforme  morale  ;  mais  ceux  qui  ont  fait  cette  belle  découverte 
dans  le  régime  des  prisons,  et  les  braves  gens  qui  en  exécu- 
tent le  règlement ,  sont  dans  l'erreur  la  plus  complète.  Je 
crois  peu  de  personnes  capables  d'apprécier  tout  ce  qu'il  y  a 
de  tortures  et  d'angoisses  dans  cet  épouvantable  châtiment 
prolongé  pendaAt  des  années.  Plus  j'y  ai  réfléchi ,  plus  j'ai 
cherché  à  m'en  rendre  compte,  plus  j'ai  interrogé  ceux  qui 
l'ont  enduré  et  qui  seuls  peuvent  en  mesurer  l'borreur,  plus 
je  reste  conyaincu  que  c'est  un  supplice  que  l'homme  n'a  pas 
le  droit  d'infliger  à  l'homme.  Ce  n'est  plus  le  corps  ici  que 
vous  bourrelez,  c'est  le  cerveau  même,  cet  organe  mystérieux 
de  la  pensée.  Parce  que  ses  cicatrices  et  ses  plaies  affreuses 
ne  sont  pas  visibles  à  l'œil,  palpables  au  toucher,  parce  que 
vous  n'arrachez  pas  à  votre  semblable  de  ces  cris  déchirants 
qui  vous  feraient  frissonner,  ne  croyez  pas  que  vous  soyez 
des  bourreaux  moins  barbares  que  ceux  qui  mettaient  le  coih 
pable  sur  la  roue  et  le  chevalet.  Je  dénonce  cette  peine  se- 
crète, justement  parce  qu'elle  ne  peut  appeler  à  son  secours 
comme  celle  qui  se  voit  au  soleil.  Mais  si  on  en  abrégeait  la 
dorée?...  je  me  suis  demandé  encore  cela.  Je  déclare  solen- 
nellement que  si  j'avais  en  main  l'autorité  qui  peut  répondre 
01»  ou  nan^  je  ne  consentirais  jamais  à  sanctionner  la  réclu- 
sion solitaire;  et  si  j'avais  eu  le  malheur  d'y  condamner  une 
seule  créature  humaine,  il  me  semble  qu'il  n'y  aurait  ni  hon- 
neurs ni  récompenses  qui  pourraient  me  le  faire  oublier,  et 
me  procurer  un  instant  de  repos  dans  mes  promenades  le 
jour,  dans  mon  lit  la  nuit. 

Je  fus  accompa{;né  à  cette  prison  par  deux  employés  de  l'é- 
tablissement même.  Je  passai  toute  une  journée  à  aller  de 
cellule  en  cellule,  interrogeant  les  prisonniers.  Toute  facilité 


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112  ESQUISSES  AMÉRICAINES. 

de  voir  et  d'observer  me  fut  accordée  avec  les  grâces  de  la 
courtoisie  la  plus  bénévole;  rien  ne  me  fut  caché;  on  satisfit 
à  toutes  mes  questions  avec  franchise  et  sans  réserve.  A  mon 
tour ,  je  ne  peux  trop  louer  Tordre  parfait  qui  règne  dans  la 
maison  ;  je  ne  saurais  mettre  en  doute  les  intentions  excel- 
lentes de  tous  ceux  qui  appartiennent  directement  à  l'admi- 
nistration. 

Entre  le  corps  du  pénitentiaire  et  le  mur  extérieur  il  est  un 
jardin  spacieux  :  nous  entrâmes  par  un  guichet  pratiqué  dans 
la  porte  massive,  et  nous  suivîmes  le  sentier  tout  droit  jus- 
qu'à son  extrémité,  qui  aboutit  à  une  large  pièce  d'où  par- 
tent, comme  les  rayons  d'une  roue,  sept  longs  corridors.  De 
chaque  côté  de  chacun  de  ces  couloirs  est  une  longue  suite 
de  cellules  basses ,  avec  un  numéro  sur  chaque  porte.  An- 
dessus  est  une  galerie  sur  laquelle  s'ouvrent  d'autres  cellules 
en  nombre  égal,  mais  plus  étroites,  parce  qu'elles  ne  sont  pas 
précédées  d'une  espèce  de  petit  palier,  ou  vestibule  extérieur; 
ce  qui  fait  que  pour  que  chaque  habitant  des  deux  étages  ait 
la  même  mesure  d'air  et  d'exercice,  ceux  de  l'étage  supérieur 
habitent  chacun  deux  cellules  communiquant  l'une  à  l'autre. 

Quand  vous  vous  placez  au  point  central,  et  que  votre  œil 
plonge  tour  à  tour  dans  ces  sombres  passages,  il  y  a  quelque 
chose  de  très-imposant  dans  le  repos  et  le  calme  qui  vous  en- 
tourent. Par  moments  vous  distinguez  bien  le  bruit  de  la  na- 
vette d'un  tisserand  ou  du  tranchet  d'un  cordonnier  solitaire; 
mais  ce  bruit ,  étouffé  par  l'épaisseur  des  murs  et  la  double 
porte  de  chaque  cachot,  ne  sert  qu'à  rendre  le  silence  géné- 
ral plus  profond  et  plus  solennel.  Quand  un  prisonnier  est 
amené  dans  cette  triste  geôle,  on  lui  met  sur  la  tète  et  la  face 
un  capuchon  noir ,  emblème  du  rideau  qui  va  tomber  entre 
lui  et  le  monde  des  vivants  ;  c'est  dans  ce  lugubre  costume 
qu'il  est  conduit  à  la  cellule  d'où  il  ne  sortira  plus  que  le 
terme  de  son  emprisonnement  ne  soit  expiré.  Il  n'entend  ja- 
mais plus  parler  de  femme  ou  d'enfant,  de  maison  ou  de  £&- 
mille,  de  la  vie  ou  de  la  mort  d'aucune  créature.  Il  voit  les 
employés  de  la  prison,  mais  à  cette  exception  près  il  ne  voit 


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ESQUISSES  AMÉAICAINSS.  118 

plus  une  figure  hamainey  il  n'entend  plus  une  voix  hamaine  ; 
c'est  un  homme  enterré  tout  vivant,  qu'on  pourra  bien  exhu- 
mer après  le  laps  des  années,  mais  qui,  en  attendant,  reste 
mort  à  tout,  excepté  aux  angoisses  de  son  esprit,  à  l'horreur 
de  son  désespoir. 

Son  nom,  son  crime,  le  terme  de  son  supplice  sont  incon- 
nus inéme  à  l'employé  qui  lui  distribue  sa  ration  journalière, 
n  y  a  un  numéro  sur  sa  porte;  il  existe  un  livre  dont  le  gou- 
verneur de  la  prison  a  une  copie  et  Tinstructeur  moral  une 
autre  :  dans  ce  livre  est  le  sommaire  de  son  histoire  ;  dans 
ces  pages  seules  on  peut  connaître  l'indication  de  sa  vie.  Quoi- 
qu'il vive  dix  années  de  suite  dans  la  même  cellule,  il  n'a  lui- 
même  aucun  moyen  de  savoir  jusqu'au  dernier  instant  dans 
quelle  partie  de  rétablissement  est  située  cette  cellule,  quelle 
espèce  d*hommes  il  a  près  de  lui,  si  même  il  a  un  voisin  vi- 
vant, et  si  on  ne  l'a  pas  recelé  dans  quelque^coin  isolé  de  la 
grande  prison,  où  entre  lui  et  le  plus  proche  compagnon  de 
son  horrible  solitude  sont  des  murs,  des  corridors,  des  portes 
de  fer. 

Toutes  les  cellules  ont  doubles  portes  :  la  porte  extérieure 
en  chêne  dur,  et  la  seconde  en  fer;  à  celle-ci  est  pratiquée  uiie 
trappe  à  travers  laquelle  on  donne  au  prisonnier  sa  nourri- 
ture. 11  a  une  Bible,  une  ardoise,  un  crayon  et  quelquefois 
aussi,  mais  sous  certaines  restrictions,  quelques  autres  livres, 
du  papier,  de  l'encre  et  une  plume.  Son  rasoir,  son  plat  à 
barbe,  sa  cuvette,  sa  cruche,  sont  suspendus  à  la  muraille 
ou  reluisent  sur  une  petite  tablette.  Un  robinet  d'eaii  fraîche 
s'ouvre  dans  chaque  cellule,  et  le  prisonnier  peut  y  puiser  à 
son  gré.  Pendant  lé  jour,  sa  couchette  se  replie  contre  le  mur 
et  lui  laisse  un  peu  plus  d'espace  pour  travailler.  Il  a  sous  la 
main  son  métier,  son  établi,  ou  sa  navette  :  bref,  dans  cette 
étroite  enceinte,  il  travaille,  il  dort,  il  s'éveille  et  compte  les 
saisons  en  vieillissant. 

Le  premier  prisonnier  que  je  vis  était  occupé  à  tisser.  Il 
était  là  depuis  six  ans,  et  devait,  je  crois,  y  demeurer  trois 
ans  encore.  Son  crime  consistait  à  avoir  recelé  des  marchan- 

5*  SÉRIE. — TOME  XII.  8 


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ll&i  ESQUISSES  AMÉRIGAINfiS. 

dises  volées  ;  mais  même  après  un  si  long  emprisonnement, 
il  niait  sa  culpabilité,  disant  qu'on  l'avait  condamné  injuste- 
ment :  c'était  un  condamné  en  récidive. 

Il  suspendit  son  travail  quand  nous  entrâmes,  Ata  ses  lu* 
nettes  et  répondit  à  tout  ce  qu'on  lui  demandait,  mais  tou- 
jours après  une  singulière  sorte  d'hésitation  ou  de  pause,  avec 
une  voix  basse  et  pensive.  Il  était  coiffé  d'un  chapeau  de 
papier  de  sa  façon,  et  ce  ne  fut  pas  sans  plaisir  qu'il  vit 
qu'on  le  remarquait  et  le  trouvait  original.  Il  avait  aussi  très- 
ingénieusement  fabriqué  une  manière  d'horloge  de  Hollande 
avec  toutes  sortes  de  matériaux,  et  c'était  sa  burette  à  vi- 
naigre qui  faisait  fonction  du  pendule.  S'apercevant  que  cette 
mécanique  m'intéressait,  il  la  regarda  lui-même  avec  une  or- 
gueilleuse satisfaction,  en  me  disant  qu'il  songeait  à  la  per- 
fectionner; il  espérait  que  le  marteau  et  le  petit  morceau  de 
cristal  sur  lequel  il  frappait  ne  tarderaient  pas  à  jouer  un  air. 
Il  avait  encore  extrait  des  couleurs  du  tissu  qu'il  travaillaifi 
pour  peindre  quelques  pauvres  figures  sur  la  muraille,  une 
entre  autres  au-dessus  de  la  porte,  et  qu'il  appelait  «  la  Dame 
du  Lac.  )) 

n  sourit  de  l'attention  que  j'accordai  à  toutes  ces  inventions 
par  lesquelles  il  tâchait  de  se  distraire  ;  mais  lorsque  je  fixai 
sur  lui-même  mon  regard,  je  vis  que  sa  lèvre  tremblait,  et 
j'aurais  pu  compter  les  battements  de  son  cœur.  C'était  mu 
homme  marié.  J'oublie  comment  cela  se  fit,  mais  lorsque  l'on 
fit  allusion  â  cette  circonstance,  il  secoua  la  tête  au  mot  de 
femme,  se  détourna  et  cacha  son  visage  dans  ses  mains. 

<c  Mais  vous  êtes  résigné  à  présent,  »  dit  un  de  mes  conduc- 
teurs après  une  courte  pause,  qui  lui  avait  donné  le  temps  de 
reprendre  sa  première  attitude. 

Il  répondit  avec  un  soupir  qui  exprimait  le  plus  amer  dés- 
espoir :  c(  Oh  I  oui;  oh  I  oui  I  je  suis  résigné  1  —  Et  vous  êtes 
devenu  meilleur,  n'est-ce  pas  ?  —  Ah  1  je  l'espère  ;  assurément 
je  l'espère  I  —  Et  le  temps  passe  assez  vite...  —  Le  temps  est 
bien  long  entre  ces  quatre  murs,  messieurs,  »  reprit-il. 

Et  en  disant  ces  mots,  il  promena  lentement,  bien  lente- 


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ses  regards  «alovr  de  M,  et  dans  ce  iiMMiyeiiient  ses 
contractèrent  une  étrange  expressiony  comme  s'il  efif 
cherché  un  souvenir  impossible  à  trouver.  Un  moment  après 
ilsonpira  péniblement,  remit  ses  lunettes  et  reprit  son  ouvrage. 

nans  une  antre  cellule  était  un  Allemand  condamné  pour  vol 
àciiiq  années  d'emprisonnement,  dont  les  deux  premières  ve- 
naieot  d'expirer.  Au  moyen  de  couleurs  procurées  de  la  même 
manière  que  le  n"*  1,  il  avait  peint  à  fresque  avec  un  vrai  talent 
ses  quatre  murailles  et  le  plafond.  II  s'était  imaginé  encore 
de  creuser  avec  beaucoup  d'art  le  petit  espace  de  terre  qu'il 
avait  sous  les  pieds  et  d'y  pratiquer  au  centre  un  petit  lit  qui 
ressemblait  assez  i  un  tombeau.  Il  y  avait  quelque  chose  d'ex- 
tnM>rdinaire  dans  le  goût  et  l'adresse  qu'on  remarquait  dans 
tout  ce  qu'il  avait  fait.  Et  cependant  on  ne  saurait  imaginer 
on  air  plus  doattu,  plus  découragé,  plus  misérable  que  le  sien. 
Non,  jamais  je  n'ai  vu  un  tableau  plus  vrai  de  la  douleur  et  du 
désespoir.  Mon  cœur  saignait  à  le  contempler  ;  mais  surtout  ce 
fut  cpiand  il  eut  pris  à  part  un  dos  employés  qui  m'accompa- 
gnaient et  que,  les  larmes  aux  yeux,  le  retenant  par  son  habit, 
af^ec  ses  mains  tremblantes,  comme  s'il  avait  peur  qu'il  lui 
échappât,  il  lui  demanda  s'il  n'avait  aucun  espoir  de  la  com- 
mutation de  son  horrible  sentence...  Non,  rien  ne  saurait  être 
plus  déchirant. 

Dans  une  troisième  cellule  était  un  gros  et  robuste  serru- 
rier, au  teint  noir,  occupé  à  faire  des  écrous  et  autres  ou- 
vrages de  son  métier  ;  celui-là  était  près  de  l'expiration  de 
son  temps  de  réclusion.  Il  avait  été  non-seulement  un  très- 
adroit  voleur,  mais  fameux  par  son  audace  et  le  nombre  de 
ses  condamnations;  il  nous  fit  une  longue  histoire  de  ses 
prouesses:  ce  récit  Tamasait;  il  racontait,  comme  un  narra* 
teuT  d*anecdotes,  qu'il  avait  ici  volé  des  couverts  d'ar- 
gent, et  là  des  lunettes  du  même  métal  :  il  s'applaudissait 
surtout  de  son  talent  à  guetter  ses  victimes  et  à  ne  plus  per- 
dre de  vue  un  butin  une  fois  qu'il  avait  fixé  l'œil  sur  l'objet 
de  sa  convoitise.  Tout  en  se  vantant  du  passé,  ce  drôle-là, 
franc  hypocrite,  ne  laissa  pas  de  nous  déclarer  qu'il  benis- 


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116  ESQUISSES  AllÉBIGAINES. 

sait  le  jour  où  il  était  entré  dans  la  prison  :  à  le  croire,  il  en 
sortirait  corrigé,  et  il  s'était  bien  promis  de  ne  plus  cooh 
mettre  un  vol  de  sa  vie. 

On  me  montra  un  prisonnier  à  qui  on  permettait,  par  one 
ftiveur  spéciale,  d'élever  des  lapins.  Comme  sa  cellule  exha- 
lait en  conséquence  un  parfum  un  peu  trop  musqué,  on  se 
contenta  de  le  faire  venir  sur  le  seuil  de  sa  porte.  Il  y  consen- 
tit et  fit  voir  son  visage  hagard ,  en  faisant  une  ombre  de  sa 
main  à.  ses  yeux  éblouis  de  la  clarté  inaccoutumée  à  laquelle 
il  était  convié.  Ge  fut  pour  moi  une  apparition  que  cette  6* 
gure  blême,  étiolé^,  qui  semblait  réellement  sortir  d'une 
tombe.  II  avait  dans  son  sein  un  lapin  blanc  :  lorsque  la  pe- 
tite béte  déposée  à  terre  battit  en  retraite  et  que  son  maître 
se  glissa  lui-même  après  elle  timidement  dans  sa  cellule,  je 
me  demandai  quel  était  le  plus  noble  animal  des  deux,  rbonune 
ou  le  lapin. 

Nous  visitâmes  ensuite  un  voleur,  un  Anglais,  qui  com- 
mençait seulement  depuis  peu  de  jours  une  réclusion  de  sept 
;aus,  un  vaurien  au  front  déprimé,  aux  lèvres  minces,  au 
tant  pâle,  pour  qui  des  visiteurs  n'avaient  encore  que  peu 
d'attrait,  un  homme  capable  de  tout,  et  qui  m'eût  volontiers 
poignardé  avec  son  tranchet  de  savetier,  si  ce  n'eût  été  le 
risque  d'encourir  une  aggravation  de  peine.  Nous  entrâmes 
aussi  dans  la  cellule  d'un  second  Allemand  écroué  depuis  la 
veille  et  qui,  étendu  sur  son  lit,  se  leva  en  sursaut  à  notre 
approche  en  nous  demandant  du  travail.  Je  vis  un  poète  qui 
après  avoir  fait  deux  journées  d'ouvrage  en  vingt-quatre  heu- 
res, une  pour  lui,  une  autre  pour  la  prison,  trouvait  le  temps 
d'écrire  des  vers  sur  la  mer  et  les  vaisseaux  (il  était  marin  de 
son  état),  sur  le  jus  enivrant  de  la  grappe  et  les  douceurs  de 
l'amitié  I  Enfin  j'en  vis  beaucoup  ;  les  uns  rougissaient  en  aper- 
cevant leurs  visiteurs,  d'autres  devenaient  très-pâles.  Deux 
ou  trois  avaient  auprès  d'eux  des  infirmières  prisonnières 
parce  qu'ils  étaient  malades,  et  un  vieux  nègre  bien  gras  à 
qui  on  avait  amputé  la  jambe  dans  la  prison,  était  soi- 
gné par  un  savant  chirurgien,  captif  lui-même  comme  son 


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ESQUISSES  AMiAICAINES.  HT 

blessé.  Assis  sur  Tescalier  et  occupé  à  je  ne  sais  plus  quoi, 
était  un  joli  enftint  de  couleur .  «  N'y  a-t-il  donc  pas  à  Phila- 
delphie une  maison  de  refuge  pour  les  jeunes  délinquants?  )> 
demandai-je  :  «Il  y  en  a  une,  me  répondit-on,  mais  seulement 
pour  les  enfants  blancs.  »  Noble  aristocratie  dans  le  crime! 

Il  y  avait  un  matelot  prisonnier  depuis  plus  de  onze  ans,  et 
qai  devait  sortir  dans  peu  de  mois.  Onze  années  de  réclusion 
solitaire  ! 

«  Je  vous  félicite  d'être  bientôt  libre,  lui  dis-je.  —  Que  ré- 
pondit-il?— Rien. — Qu*a-t-il  à  regarder  ses  mains,  à  déchi- 
queter sa  peau  autour  de  ses  ongles,  et  puis  à  fixer  les  yeux 
par  moments  sur  les  froides  murailles  qui  ont  vu  blanchir  ses 
cheveux? — C'est  son  caprice,  me  dit  un  de  mes  cicérones. 

— ^Hais  ne  vous  regarde-t-il  jamais  en  fece?  Est-ce  tous  les 
joors  qu'il  émiette  ainsi  la  peau  de  ses  doigts? — C'est  son  ca- 
price ,  rien  de  plus,  d 

C'est  aussi  son  caprice  de  dire  qu'il  ne  songe  guère  à  sortir 
de  la  prison  ;  qu'il  n'est  nullement  enchanté  de  voir  appro- 
cher sa  délivrance;  qu'il  l'avait  bien  désirée  autrefois,  mais 
qa'il  Y  &  longtemps,  et  qu'il  n'a  plus  de  souci  pour  rien.  Si 
c'est  son  caprice  d'être  un  homme  misérable,  désolé,  anéanti, 
Dieu  m'est  témoin  qu'il  peut  satisfaire  amplement  ce  bizarre 
caprice. 

Je  vis,  dans  trois  cellules  contiguës,  trois  jeunes  femmes 
convaincues  toutes  les  trois  d'avoir  voulu  voler  celui  qui  les 
avait  dénoncées  à  la  justice.  Bans  la  solitude  et  le  silence  de 
leur  captivité,  elles  étaient  devenues  tout  à  fait  belles.  Elles 
avaient  l'air  triste,  très-triste,  et  elles  m'auraient  facilement 
arraché  des  larmes  de  compassion ,  mais  sans  m'inspirer  la 
même  espèce  de  sympathie  que  les  prisonniers  de  l'autre  sexe. 
L'une  était  une  jeune  fille  qui  n'avait  pas  encore  vingt  ans. 
Sa  cellule,  blanche  comme  neige,  était  décorée  du  travail  d'un 
des  prisonniers  qui  l'avaient  précédée.  Le  soleil  y  pénétrait  par 
une  petite  ouverture  du  plafond,  d'où  l'on  apercevait  un  coin 
du  ciel  azuré.  Elle  avait  l'air  calme  et  repentant.  Elle  se  di- 
sait elle-même  résignée ,  et  je  fus  tenté  de  la  croire.  Mais 


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118  SSa^lSSB^  ÂV ÉUGAIKKft. 

«n  de  mes  compagnons  ayant  ajouté  :  «  Finalement»  vois  èta 
heoreuâc?  »  à  ce  mot,  elle  faisait  évidemment  un  effort,  un 
effort  pénible  comme  pour  répondre  oui ,  lorsque ,  levMt 
les  yeux  et  apercevant  ce  petit  coin  du  ciel  qui  lui  rappek 
Tair  libre ,  elle  fondit  en  larmes  et  dit  :  a  Je  tâche  de  Fètrel 

je  ne  me  plains  pas cependant  il  est  bien  naturel  q«e  je 

désire  de  temps  en  temps  sortir  de  cette  cellule  :  je  ne  puis 
m'empècher  de  le  désirer.  »  Et  elle  se  mit  à  sanglota,  la 
pauvre  fille. 

Bref,  je  visitai  toutes  les  cellules,  et  je  n'ai  oublié  aucune 
des  fi{j;ures  que  je  vis,  aucune  des  paroles  que  j'entendis;  tous 
les  incidents  que  je  remarquai  sont  présents  à  mon  imagina 
tion.  Toutefois,  que  le  lecteur  me  permette  d'écarter  ces 
images  pénibles  pour  citer  Tépisode  moins  triste  d'une  autre 
visite  que  je  fis  dans  une  prison  dirigée  sur  le  même  plan  à 
Pitsburgh 

Après  avoir  tout  vu  là  comme  au  pénitentiaire  de  Phila- 
delphie, je  demandai  au  gouverneur  s'il  n'avait  pas  parmi  sfis 
prisonniers  un  individu  qui  devait  être  bientôt  rendu  à  la 
liberté.  Il  en  avait  un  qui  justement  devait  sortir  le  lende- 
main, mais  qui  n'avait  été  prisonnier  que  deux  ans. 

Doux  ausl — je  repassai  dans  ma  mémoire  deux  années  de 
ma  propre  vie,  —  deux  années  de  liberté,  heureuses,  écoulées 
rapidement  au  milieu  de  Taisance  et  des  agréments  de  la  for- 
tune ,  —  et  je  me  figurai  quoi  vide  elles  feraient  dans  mon 
bonheur,  ces  deux  mêmes  années,  combien  elles  seraieit 
longues,  passées  dans  uue  captivité  solitaire!  J'ai  devant  les 
yeux  la  figure  de  cet  homme  qui  allait  être  relâché  le  lende- 
main. Cette  figure-là,  dans  son  expression  de  bonheur,  eie 
fit  peut-être  plus  d'impression  encore  que  les  autres  dans  lesr 
expression  de  misère.  Comme  il  était  facile  et  naturel  à  ee 
détenu  de  dire  que  le  système  était  ua  excellent  système,  et 
qu'à  tout  prendre,  le  temps  passait  vite  dans  le  péaitenliûie, 
que»  lorsqu'un  homme  comprenait  enfin  ^u'il  avaîl  violé b 
loi  et  devait  en  être  puni^  il  se  résignait,  etc.,  eie. 
La  porte  de  la  ceUule  venait  de  se  refernaei  s«r  lui,  kNBh 


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ESQUISSES  AHÉRICAI^VES.  It9 

qn'il  rappela  mon  conducteur,  qui  alla  lui  parler  et  revînt 
me  rejoindre  dans  le  corridor.  «  Qu*avait-il  donc  à  vousdiret 
demandai-je. 

— Ahl  qu'il  araît  peur  que  les  semelles  de  ses  bottes  ne 
fussent  plus  bonnes,  tant  elles  étaient  usées  lorsqu'il  les  avait 
quittées  pour  prendre  la  chaussure  de  la  maison,  et  qu'il  me 
serait  très-obligé  si  je  les  lui  foisais  raccommoder  pour  de- 
main. )) 

Ces  bottes,  il  y  avait  deux  ans  qu'on  les  lui  avait  fttées. 

le  saisis  cette  occasion  pour  m'informer  de  ce  que  faisaient 
ordinairement  les  détenus  immédiatement  après  leur  libéra- 
tion. «  Ils  doivent  bien  trembler  en  sortant,  disais-je. 

—Eh!  mais  non,  me  fut-il  répondu  ;  ce  n'est  pas  un  trem- 
blement, mais  un  frisson,  et  comme  une  révolution  complète 
du  système  nerveux.  Us  ne  peuvent  signer  leur  nom  sur  le 
registre;  quelquefois  ils  ne  peuvent  même  tenir  la  plume;  on 
dirait  qu'ils  ne  savent  plus  ce  qu'ils  font  ni  où  ils  sont,  et  quel- 
quefois ils  s'asseyent  et  puis  se  relèvent  vingt  fois  dansune mi- 
nute. Cela  a  lieu  dans  le  bureau  où  l'on  les  ramène  avec  le 
capuchon  sur  la  tôte,  comme  lorsqu'ils  ont  été  conduits  à  leur 
cellole.  Dès  qu'ils  ont  franchi  la  porte,  ils  s'arrêtent,  regar- 
dent tantAtd'iin  cAté,  tantôt  de  l'autre,  ne  sachant  quelle  dî- 
teclion  prendre  :  quelquefois  ils  vacillent  et  chancellent 
comme  s'ils  étaient  ivres ,  et  quelquefois  ils  sont  forcés  de 
»*appuyersur  la  barrière,  tant  ils  se  sentent  faibles;  mais  iîs 
finissent  par  s'éloigner  et  disparaître. 

Revenons  au  pénitentiaire  de  Philadelphie. 

En  parcourant  ces  cellules  solitaires,  et  en  examinant  les 
physionomies  de  ceux  qui  y  étaient  détenus,  je  cherchai  à  me 
figurer  quelles  étaient  les  pensées  et  les  sensations  naturelles 
à  leur  position.  Je  me  représentai  un  prisonnier  à  qui  on 
•nlè?e  le  capuchon  qui  lui  couvre  la  tête  pour  la  dernière 
fois,  et  qui  repasse  sa  longue  et  monotone  existence  de  dix 
©u  douze  années. 

B'abord  cet  homme  est  étourdi;  son  emprisonnement  n'est 
plus  qu'une  vision  hideuse,  lorsque  sa  vie  précédente  rede- 


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190  ESQUISSES  AMÉRICAINES. 

vient  la  réalité. — Il  se  jette  sur  son  Ut,  et  y  reste  abandonné 
au  désespoir.  Par  degrés,  l'insupportable  solitude  et  le  déso- 
lant silence  qui  l'entourent  le  tirent  de  sa  stupeur.  La  pre- 
mière fois  qu'on  ouvre  la  trappe  de  sa  porte  de  fer,  il  supplie 
humblement  qu'on  lui  donne  du  travail  :  «  DonnezHmoi  quel- 
que chose  à  faire,  ou  je  deviendrai  fou.  d 

n  obtient  de  l'ouvrage,  mais  il  ne  peut  encore  travailler  que 
par  accès.  Une  réflexion  aCFreuse  vient  à  tous  moments  l'inter- 
rompre; c'est  l'involontaire  calcul  du  nombre  d'années  qu'il 
lui  feudra  passer  dans  ce  cercueil  de  pierre.  Tout  &  coup  ce 
calcul  pèse  sur  sa  pensée  comme  une  masse  brûlante  sous  la- 
quelle il  étouffe.  Il  se  dresse  en  sursaut,  il  va  et  vient  dans 
rétroite  cellule,  étendant  les  deux  mains  qui  touchent  les  mu- 
railles, et  les  croisant  aussitôt  sur  sa  tète,  il  croit  entendre 
une  voix  secrète  qui  lui  conseille  de  se  briser  le  crâne. 

Il  se  recouche  enfin  sur  son  grabat,  et  y  reste  à  se  désoler. 
Soudain  encore  il  se  relève  en  sursaut,  se  demandant  s'il  est 
bien  seul,  s'il  n'a  pas  au  moins  de  voisin  ;  et  il  écoute,  mais 
en  vain,  son  oreille  n'interrogeant  que  le  silence. 

Mais  non;  quoiqu'il  n'entende  rien,  d'autres  prisonniers 
sont  sous  le  même  toit ,  car  il  se  souvient  qu'on  lui  a  d^ 
crit  autrefois  la  prison,  alors  qu'il  ne  pensait  guère  y  venir 
un  jour.  On  lui  a  raconté  que  les  cellules  étaient  constiMites 
de  manière  que  les  détenus  ne  pouvaient  être  entendus  les  uns 
des  autres,  quoique  chacun  pût  l'être  des  geôliers.  Où  est  son 
plus  proche  voisin  ?  A  droite  ou  à  gauche?  Ou  bien  est-il  entre 
deux?  Ces  voisins  sont-ils  assis  en  ce  moment,  ou  debout? 
lui  fusant  face  ou  lui  tournant  le  dos?  Comment  sont4Is  ha- 
billés? Sont-ils  là  depuis  longtemps?  Sont-ils  beaucoup  affiiî- 
blis,  usés  par  l'effet  de  leur  réclusion?  Sont-ils  pâles,  blêmes, 
ayant  l'air  de  spectres?  Pensent-ils,  eux  aussi,  à  leur  roisin? 
Osant  à  peine  respirer,  écoutant  sa  propre  pensée,  il  évo- 
que un  compagnon  de  captivité  qui  lui  tourne  le  dos  dans  la 
cellule  voisine,  et  qui  en  parcourt  l'enceinte  en  long  et  en 
large.  Il  n'a  aucune  idée  du  visage  de  cet  autre,  mais  il  est 
certain  qu'il  y  a  là  un  autre  homme  qui  marche  les  épaules 


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ESQUISSES  AMÉRICAUfES.  121 

ToAtées.  Sans  la  cellule  du  c6té  opposé,  il  place  une  autre 
figure  dont  il  ne  peut  pas  voir  non  plus  la  face.  Tous  les 
jours,  et  souvent  dans  les  insomnies  de  ses  nuits,  il  pense  à 
ces  deux  hommes,  il  y  pense  jusqu'à  ce  qu'il  en  ait  presque 
lerertige.  11  ne  les  change  jamais ,  il  voit  toujours  les  deux 
mteies,  —  le  vieillard  à  droite,  le  jeune  homme  à  gai  iche,  — 
et  leurs  visages  cachés  ajoutent  à  ses  tortures;  ils  sont  pour 
lui  voilés  d'un  mystère  qui  le  fait  frémir. 

Les  jours  succèdent  aux  jours... .  les  jours,  qu'il  personnifie 
aussi,  avec  leur  pas  solennel  et  lent  comme  celui  des  pleu- 
reuses qu'on  loue  pour  un  cortège  de  deuil.  Il  commence  à 
sentir  que  les  murailles  nues  de  sa  cellule  ont  en  elles  quel- 
que chose  de  terrible;  que  leur  couleur  blanche  est  horrible  ; 
que  leur  surfece  polie  lui  glace  le  sang  ;  qu'il  y  a  un  coin 
odieux  qui  le  persécute.  Chaque  matin,  en  se  réveillant,  il  se 
cache  la  tète  sous  sa  couverture  et  frissonne  en  croyant  que 
le  plafond  a  des  yeux  pour  le  voir.  La  lumière  bénie  du  jour 
elle-4nème  se  glisse  jusqu'à  lui  comme  un  fontôme  à  la  tète 
hideuse,  plongeant  son  ironique  regard  à  travers  le  trou  percé 
pour  servir  de  fonètre  à  sa  prison. 

Lentement,  mais  sûrement,  les  terreurs  de  cet  odieux  coin 
grossissent  et  se  multiplient;  elles  l'obsèdent  continuelle- 
ment; elles  envahissent  son  repos;  elles  rendent  ses'  songes 
afreux,  ses  nuits  pleines  d'épouvante.  D'abord  il  n'avait  eu 
qu'une  étrange  antipathie  pour  ce  coin-là,  parce  qu'il  lui 
paraissait  produire  dans  son  cerveau  un  vide  correspon- 
dant, étrange  sensation  qui  lui  infligeait  d'atroces  tortures; 
il  commença  ensuite  à  en  avoir  peur  ;  puis  il  se  prit  à  en  ré- 
ver  et  à  entendre  des  voix  qui  le  lui  indiquaient  sans  cesse. 
Enfin  ce  lui  fut  insupportable  de  le  regarder.  A  présent, 
chaque  nuit,  l'obscurité  engendre  là  un  spectre,  une  ombre, 
quelque  chose  de  silencieux,  d'effrayant,  qui  s'y  cache  et  s'y 
fait  voir,  mais  qu'il  ne  saurait  décrire,  oiseau,  animal,  nain, 
géant,  masque  difforme. 

Il  existe  un  petit  vestibule  à  sa  cellule  :  quelquefois  il  n'o- 
sera pas  y  entrer;  quelquefois,  quand  il  y  sera,  il  n'osera  plus 


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rapasaer  dau  sa  cdhile.  La  irait  HtM  ;»c*est  ilors  ie  bxàtm 

du  coin  qui  reparaît.  Une  fois  (une  aeole  foû,  dans  le  désespoff 

I  de  la  peur  ),  il  oaa  ee  placer  hn-mâDM  dana  ce  coin  M 

I  et  ea  chasser  le  fiwtâme;  nais  oelni-ci  se  rèfiigia  sur  sa  cmi* 

chette  et  y  resta  jusqu'au  lendemain.  Au  crépuscule  et  tos* 

jours  i  la  môme  heure»  une  voix  l'appelle  par  son  nom;  riest 

I  la  nuit,  la  nuit  complète,  et  c'est  son  métier  à  tisser  m  ai 

navette  qui  commence  à  s'animer.  Quoil  cet  iDstroment^n 

seule  consolation,  son  ami,  lui  aussi  il'se  traasfonne»  il  loi 

fiât  peur  et  le  guette  d'un  air  sinistre  jusqu'au  matiol 

Finalement,  peu  à  peu,  une  à  une,  ces  images  le  quittait, 
revenant  quelquefois,  inattendues,  mais  à  de  plus  longs  ii^ 
tervalles  et  moins  horribles.  Le  prisonnier  a  reçu  la  viole 
d'une  homme  qui  lui  a  parlé  religion;  il  a  lu  sa  Bible,  il  a 
écrit  une  prière  sur  son  ardoise  et  Fa  suspendue  à  la  munilk 
comme  une  sorte  de  protection  assurée  et  une  pensée  dn 
ciel  qui  adoucira  sa  solitude.  II  rêve  maintenant  de  ses  es- 
tants ou  de  sa  femme...  nais  il  est  sur  qu'ib  sont  morts  on 
qu'ils  l'ont  abandonné.  Il  répand  facilement  des  lames,  il 
est  soumis,  humble  et  abattu.  De  temps  en  temps  revient  son 
ancienne  angoisse;  peu  de  chose  suffit  pour  la  réveîlier,  le 
son  le  plus  familier,  le  parfom  d'une  fleur  qui  s'est  igaiie 
dans  l'air  jusqu'à  lui;  mais  cette  angoisse- ne  dure  plut  si 
longtemps,  car  le  monde  extérieur  est  devenu  sa  vision  et 
cette  vie  solitaire  la  réalité. 

Si  le  temps  de  son  emprisonnement  est  court, —]•  ▼^ 
dire  comparativement,  car  il  ne  saurait  jamais  être  court,  ^ 
si  le  terme  approche...  le  dernier  semestre  esr peut^tue le 
pire  de  tous;  car  c'est  alors  qu'il  se  dit  que  sa  prison  peat 
être  incendiée  et  qu'il  serait  ensevdi  sous  ses  raines  bê- 
lantes, ou  qu'il  est  destiné  à  mourir  avant  d'être  libre,  on  qte 
quelque  nouvelle  accusation,  quelque  erreur  de  la  jnstiee 
prolongera  sa  captivité,  ou  enfin  que  quelque  funeste  ineî- 
dent,  n'importe  lequel,  s'opposera  à  sa  libération  déSmtfie. 
Et  cela  est  naturel,  et  c'est  ce  qu^il  est  impossMe  à  la  raison 
es  réfuter,  parce  qu'après  avoir  été  retranché  longtemps  ëe 


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la  vie  humaine,  après  avoir  taut  soufièrt  dans  aon  isolemett^ 
tout  lai  parait  probable,  tout,  excepté  soa  retour  à  Texistenoe 
conmone  et  à  la  société  de  ses  semblables. 

Mais  si  son  emprisonnement  a  été  très-long,  la  perspective 
de  sa  délivrance  Tétourdit  et  le  frappe  de  confusion.  Son 
cœur  brisé  pourra  bien  battre  un  moment  à  cette  idée  du 
moude  extérieur,  à  Tidée  de  ce  qui  s*y  est  passé,  par  rapport 
k  loi,  depuis  tant  d'années,  mais  c'est  là  tout.  La  porte  de 
sa  cellale  est  restée  trop  longtemps  fermée  sur  toutes  ses  ea^ 
pérànces  et  toutes  ses  craintes  :  mieux  aurait  valu  pour  lui, 
se  dit-il,  qu'on  le  pendit  que  de  le  condamner  à  cette  inter- 
minable épreuve  pour  le  renvoyer  parmi  les  hommes,  quand 
il  n'y  a  plus  rien  de  commun  entre  les  hommes  et  lui  (1). 

Sur  le  visage  hagard  de  tous  les  prisonniers  que  je  vis  dans 
ces  pénitentiaires,  je  remarquai  une  même  expression.  Je  ne 
sais  à  quoi  la  comparer.  J'y  trouvais  quelque  chose  de  cette 
attention  forcée  qu'on  voit  sur  les  visages  des  sourds  et  des 
aveugles,  mêlée  à  une  sorte  d'horreur,  comme  s'ils  avaient 
tous  été  secrètement  terrifiés.  Dans  toutes  les  petites  cbam^ 
bres  où  j'entrai,  à  toutes  les  grilles  ù  travers  lesquelles  j^ 
regardai,  il  me  sembla  voir  la  même  physionomie  effrayante. 
Elle  s'est  fixée  dans  ma  mémoire  avec  la  fascination  d'un  dp. 
ces  portraits  qui  vous  suivent  partout.  Faites  passer  en  revue 
devant  moi  une  centaine  d'hommes,  dont  un  seul  sortira  de 
ces  pénitentiaires,  je  suis  certain  de  le  reconnaître  tout  de 
suite. 

J'ai  dit  que  quant  aux  femmes,  l'emprisonnement  cellu- 
laire a  pour  résultat  d'adoucir  et  d'épurer  leur  expression. 
Est-ce  l'effet  de  leur  meilleure  nature  qui  se  perfectionne 
encore  dans  la  solitude?  est-ce  parce  que  ce  sont  des  créar 

(1)  Note  du  directeub.  Cette  esquisse  psychologique  est  uo  de  ces  pas- 
sages qui  distÎD^ent  M.  Charles  Dickens  des  romanciers  ordinaires;  il 
ut  peut  être  curieux  de  la  rapprocher  de  la  scène  de  la  prison  dans  les 
ftagMa»u  remaïqualbleff  4e  Bopnmbé  JIImI^  qu9  noua  aven»  publié»  iDaf 
la  titra  de  te  CloeAe  ém  tacite  (Toir  U  Mmuù  MHÊormiqm  d'octotett. 


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lik  ESQUISSES  AMÉBIGAINES. 

tnres  natarellement  plus  douces,  plus  patientes,  plus  £aites 
à  la  Souffrance?  Je  ne  sais,  mais  cela  est  ainsi.  Cependant, 
selon  moi,  pour  elles  aussi  ce  châtiment  est  tout  aussi  crael, 
tout  aussi  injuste  que  pour  les  hommes. 

Ma  conviction  intime  est  qu'indépendamment  de  la  torture 
morale, — torture  qui  est  si  épouvantable  que  l'imagination  ne 
saurait  jamais  atteindre  à  la  réalité,  —  Femprisonnement  so- 
litaire jette  r&me  dans  un  état  morbide  qui  la  rend  incapable 
désormais  de  subir  le  rude  contact  et  l'activité  du  monde. 
Oui,  je  maintiendrai  mon  opinion  :  ceux  qui  ont  été  soumis 
à  cette  peine  doivent  rentrer  dans  la  société  moralement 
énervés  et  malades.  Il  est  plusieurs  exemples  d'hommes  qui, 
par  leur  propre  choix  ou  par  suite  d'une  condamnation,  ont 
vécu  dans  une  solitude  parfaite,  mais  je  ne  m'en  rappelle 
aucun,  même  dans  l'histoire  des  philosophes  et  des  intelli* 
gences  vigoureuses,  qui  ne  nous  démontre  que  cette  solitude 
rigoureuse  produit  toujours  quelque  désordre  dans  les  idées 
ou  quelque  sombre  hallucination.  Combien  de  fantômes 
monstrueux  qui,  conçus  dans  le  doute  et  le  désespoir,  en- 
fentés  et  nourris  dans  la  solitude,  se  sont  ensuite  montrés  à 
la  terre  pour  jeter  une  partie  de  leur  difformité  sur  la  création 
et  assombrir  la  face  du  ciel  ! 

Les  suicides  sont  rares  parmi  les  prisonniers  :  ils  y  sont 
nàème  à  peu  près  inconnus;  mais  aucun  argument  en  favear 
du  système  ne  saurait  être  raisonnablement  déduit  de  cette 
circonstance,  quoiqu'on  l'ait  souvent  fait  valoir.  Tous  ceux  qui 
ont  étudié  les  maladies  de  l'âme  savent  parfaitement  qu'elles 
peuvent  causer  l'excès  de  l'abattement  et  du  désespoir,  que  le 
malheur  peut  changer  tout  un  caractère  et  détruire  toute  son 
énergie  sans  pousser  le  malheureux  jusqu'à  se  détruire.  Cela 
se  voit  souvent. 

L'emprisonnement  solitaire  allanguit  les  organes  des  sens 
et  mine  peu  à  peu  toutes  les  forces  du  corps;  voilà  ce  qu'il  y 
a  de  certain.  Je  fis  remarquer  à  ceux  qui  m'accompagnaient 
dans  ce  même  pénitentiaire  de  Philadelphie  que  les  criminels 
détenus  depuis  longtemps  devenaient  sourds.  Âccoutamés  i 


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ESQUISSBS  AMÉRICAINES.  125 

voir  tous  les  jours  ces  misérables,  ils  furent  très-surpris  de 
ma  remarque  et  la  trouvèrent  tout  à  fait  mal  fondée.  Cepen- 
dant, ayant  choisi  eux-mêmes  un  prisonnier  pour  me  démon- 
trer Terreur  de  mon  impression,  ils  furent  obligés  de  convenir 
qu'il  j  avait  bien  quelque  chose  de  vrai ,  lorsque  ce  prison- 
nier, qui,  certes,  n'était  pas  d'accord  avec  moi,  nous  dit,  d'un 
air  de  bonne  foi  irrésistible,  qu'il  ne  savait  comment  cela  se 
feisait,  mais  qu'il  se  sentait  devenir  dur  d'oreille. 

Je  le  répète  donc,  cet  emprisonnement  solitaire  est  une 
peine  singulièrement  injuste  ;  et  c'est  sans  contredit  l'homme 
le  moins  criminel  qu'elle  affecte  le  plus.  Comme  moyen  de 
réfonnation,  je  ne  le  crois  nullement  supérieur  à  cet  autre  sys- 
tème qui  permet  aux  détenus  de  travailler  en  commun ,  mais 
sans  pouvoir  communiquer  ensemble.  On  me  cita  des  exem- 
ples, mais  il  n'est  aucun  de  ces  prisonniers  qu'on  m'assura 
être  sortis  corrigés  du  pénitentiaire,  qui  ne  se  fftt  également 
amendé  par  la  simple  réclusion  silencieuse.  Quant  aux  crimi- 
nels endurcis,  tels  que  le  voleur  nègre  et  le  voleur  anglais, 
les  plus  enthousiastes  partisans  de  l'emprisonnement  cellu- 
laire  n'espèrent  guère  leur  conversion. 

11  me  semble  que  s'il  est  un  argument  qui  peut  suffire, 
contre  ce  système,  c'est  l'objection  que  jamais  rien  de  bon  ou 
d'honnête  ne  sortira  d'une  solitude  si  peu  naturelle,  sous 
l'influence  de  lacjuelle  un  chien  ou  l'animal  le  plus  intelligent 
(le  la  création  finirait  par  se  désespérer  et  épuiser  les  forces 
de  sa  vie.  Mais  quand  on  pense,  de  plus,  combien  ce  châti- 
ment est  cruel  et  sévère,  combien  d'inconvénients  déplo- 
rables, que  je  ne  saurais  même  indiquer  ici,  parlent  contre  la 
vie  solitaire,  quand  surtout  il  ne  s'agit  pas  de  choisir  entre 
ce  système  et  un  autre  mauvais  ou  inconnu,  mais  entre  ce 
système  et  un  autre  que  chacun  s'accorde  à  trouver  excellent, 
comment  ne  pas  abandonner  celui  qui  promet  si  peu  de  bien 
el  peut  produire  tant  de  mal? 

Je  vais  terminer  ce  chapitre  par  une  anecdote  curieuse  qui 
me  fut  racontée  dans  cette  visite  au  pénitentiaire  de  Phila- 


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tus  BSQCIMBS  KWknCkWES, 

delphie,  et  qai,  non-senleaieiit  tient  au  sujet,  mais  encore  a 
le  mérite  d'y  faire  an  peu  diyersion. 

A  l'une  des  assemblées  périodiques  des  inspecteurs  de  cette 
prison,  on  ouvrier  de  Philadelphie  se  présenta  devant  le  co- 
mité ,  implorant  comme  une  faveur  d'être  logé  dans  une 
cellule.  Quand  on  lui  demanda  le  motif  d'une  si  étrange  pé- 
tition, il  répondit  qu'il  avait  un  irrésistible  penchant  à  l'i- 
vrognerie et  s'y  livrait  constamment  au  risque  de  se  perdre; 
ne  se  sentant  aucun  courage  pour  combattre  ce  vice,  il  vou- 
lait se  mettre  à  Tabri  de  la  tentation.  On  lui  fit  observer  que 
le  pénitentiaire  n'était  destiné  qu'aux  criminels  jugés  et  coo- 
damnés  par  la  loi  ;  on  lui  conseilla  de  lutter  contre  lui-même, 
on  lui  donna  enfin  toutes  sortes  de  bonnes  raisons  et  de  bons 
conseils,  sur  quoi  il  se  relira  très-peu  satisfait  de  l'accueil 
fait  à  sa  pétition  extravagante. 

Il  retint,  fut  renvoyé  encore  et  revint  une  troisième  fois, 
puis  une  quatrième  ;  bref,  il  se  montra  si  sincère  et  si  impor- 
tun ,  que  le  comité  finit  par  se  consulter  :  «  Certainement, 
dit  un  des  inspecteurs,  voilà  un  drôle  que  l'ivrognerie  amè- 
nera ici  malgré  nous,  si  nous  ne  l'admettons  pas  de  bonne 
grâce  :  ne  vaut-il  pas  mieux  renfermer?  il  sera  bientôt  dégoûté 
de  notre  régime  et  nous  serons  débarrassés  de  lui.  »  On  Ini 
fit  donc  signer  un  acte  par  lequel  il  s'interdisait  de  jamais 
poursuivre  les  inspecteurs  devant  la  justice  pour  détention 
arbitraire  :  il  déclara  dans  cette  pièce  qu'il  entrait  dans  la 
prison  par  goût  et  par  choix.  On  lui  dit  bien  que  l'employé 
aurait  ordre  de  le  relâcher  à  toute  heure  du  jour  ou  de  la  nuit 
quand  il  frapperait  à  sa  porte  pour  faire  connaître  qu'il  en 
avait  assez;  mais  on  ajouta  que  si  une  fois  il  sortait  il  ne  se- 
rait plus  admis.  Tout  étant  convenu,  notre  ouvrier  fut  con- 
duit en  prison  et  installé  dans  une  cellule. 

Dans  cette  cellule,  cet  homme  trop  faible  pour  voir  on 
verre  de  liqueur  sur  sa  table  sans  le  vider,— dans  cette  cellule 
solitaire,  —  il  demeura  environ  deux  ans,  travaillant  de  son 
métier  de  cordonnier.  A  Texpiration  de  ce  terme,  sa  santé 


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déclina,  et  le  chirurgien  recDmmanda  qu'on  le  fit  bêcher 
qaelqaefois  au  grand  air  dans  le  jardin  :  Tordonnance  ne  lui 
fit  aucune  peine,  et  cette  nouvelle  occupation  lui  rendit  toute 
sa  gaieté. 

Un  jour  qu'il  labourait  gaiement  une  plate-bande,  il  s'aper- 
çât en  levant  la  tête  que  le  guichet  de  la  porte  extérieure 
était  ouvert  ;  il  vit  au  delà  le  sillon  bien  connu  de  la  route 
poudreuse  et  les  champs  brûlés  du  soleil.  A  cette  vue  son  in- 
stinct de  prisonnier  fat  le  plus  fort  :  il  jeta  tout  à  coup  sa 
bêche,  se  sauva  de  toute  la  vitesse  de  ses  jambes  et  Ton  ne 
le  revit  plus. 

{Boz- American  noies  [i].) 

(1)  Non  DU  DiASCTfnm.  Nous  nous  proposons  de  donner  encore  un  ex- 
tnit  de  cet  ovTrtga,  qui  a  été  Himprinié  daM  la  collection  anglaise  do 
M.  Baudrj,  uo  vol.  Prix  :  6  fr. 

Od  trouvera  ua  article  sur  le  r^ime  péaitentiaire  des  Étati-Uois  dans 
la  Bévue  Britannique,  I'«  série,  tome  XXIÎ,  page  129. 


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£onbtt9  3lnnen  et  SBoïftmt. 

SI. 
LA   DOUANE. 


C'est  par  la  Tamise  queVétranger  devrait  entrer  à  Londres. 
La  largeur  de  ce  beau  fleuve,  les  navires  qui  couvrent  ses 
eaux  de  leurs  masses  sombres;  la  vapeur  épaisse  au  trarers 
de  laquelle  on  devine  les  lignes  des  Sabriques  gigantesques 
qui  bordent  tristement  ses  rivages  :  tout  n'annonce-i-il  pas 
une  grandeur  sérieuse,  une  grave  et  solennelle  magnificence? 
Je  le  demande  à  celui  que  la  vapeur  transporte  de  TEibc  ou 
du  Rhin,  de  Boulogne,  de  Calais  ou  du  Havre,  en  passant  de- 
vant la  tour  de  Londres  jusqu'à  la  Douane.  Avant  l'invention 
des  bâtiments  à  vapeur,  le  voyageur  venant  du  conllnenl  dé- 
barquait ordinairement  à  Harwicb  ou  à  Douvres ,  et  la  pre- 
mière page  de  son  journal  pouvait  être  consacrée  à  louer 
Texcellence  des  chevaux,  le  luxe,  Tentretien  des  voitures  pu- 
bliques, des  chemins,  la  rapidité  avec  laquelle  on  voyage  en 
Angleterre,  l'aspect  riant  des  paysages  anglais,  l'air  de 
prospérité  des  villages,  l'élégance  des  chaumières  et  le  bien- 
être  qui  semble  régner  dans  toutes  les  localités  qu'il  avait 
parcourues  avant  d'apercevoir  ce  grand  marché  des  peuples, 
qu'on  appelle  Londres.  Mais  à  présent  l'étranger  est  jeté 
d'un  seul  bond  dans  le  tourbillon  de  la  capitale,  sans  la  pré- 
paration graduelle  d'un  voyage  de  plus  de  soixante -dii 
milles. 

Le  quai  spacieux  et  bien  sablé  qui  borde  la  façade  de  la 


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LA  DOUANE.  129 

Douane,  est  le  seul  qu'offre  le  port  de  Londres,  sauf  un  petit 
bout  de  quai  devant  la  tour.  Quoique  peu  visité  par  les  dan- 
dys et  les  dames  à  la  mode,  qui  cherchent  leur  bonheur  dans 
Tadmiration  réciproque  qu'ils  excitent  sous  les  frais  ombrages 
da  jardin  de  Kinsington  et  des  parcs,  ce  lieu  promet  des 
jouissances  réelles.  Là ,  les  rayons  d'un  beau  soleil  d'hiver 
paraissent  moins  faibles  et  réchauffent  le  convalescent ,  qui 
y  trouve  un  abri  contre  les  vents  du  nord.  Une  belle  journée 
passée  en  partie  sur  ce  quai  offre  le  tableau  le  plus  vivant 
et  le  plus  pittoresque. 

A  l'extrémité  occidentale  du  quai  se  trouve  Billingsgate^. 
ce  grand  marché  aux  poissons  de  la  métropole,  avec  son  pe- 
tit dock  pour  la  flottille  des  pécheurs.  Ces  pécheurs  arrivent 
successivement  tant  que  la  marée  les  sert,  et  viennent  placer 
leurs  embarcations  dans  le  bassin.  La  forme  de  ces  embar- 
cations varie  autant  que  leurs  cargaisons.  Celles  qui  se  pres- 
sent sont  probablement  chargées  de  maquereaux  :  elles  font 
bien  de  profiter  de  la  marée;  car  du  moment  de  leur  entrée 
dans  le  port  dépend  le  prix  avantageux  ou  désavantageux  de 
la  rente.  Si  la  marée  ne  leur  est  pas  favorable,  la  vapeur  les 
prend  à  la  remorque.  Quelques  barques  sont  de  très-petite 
dimension,  et  là  xvous  trouvez,  en  général,  un  patron  qui  sait 
de  bonne  heure  utiliser  sa  famille.  Deux  garçons  souvent  en 
bas  âge  lui  servent  d'aides,  tandis  que  sa  femme  et  le  reste  des 
enfants  s'occupent  sous  son  toit  à  sécher  et  à  raccommoder 
les  filets.  —  Les  barques  dont  la  cargaison  a  été  vendue  se 
préparent  à  partir.  Leurs  voiles  se  déploient  ;  au  moment  fa- 
vorable, on  les  voit  descendre  la  rivière  dans  un  ordre  suc- 
cessif, et  disparaître  promptement  à  la  vue. 

Un  peu  àl'ouest  de  Billingsgate  sont  les  embarcadères  des  ba- 
teaux à  vapeur  allant  àGreenwich,Woolwich,Gravesend,  etc. 
L'arrivée  et  le  départ  de  ces  bateaux  ne  discontinuent  pas.  A 
leur  passage  devant  la  Douane,  des  accords  harmonieux  vien- 
nent frapper  l'oreille  :  chaque  bateau  emmène  à  son  bord  trois 
ou  quatre  musiciens  chargés  d'égayer  la  traversée  des  nom- 
breux passagers.  D'un  autre  côté ,  l'on  distingue  des  allèges 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  9 


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i3A  LA,  savAicE. 

chargés  de  eharbi>as  et  de  toutes  softesr  de  BMurekaiidisesqw, 
dans  leurs  tr^^ets  les  plu»  kmf^y  ne  vont  (fœ  du  Pool  [endroit 
où  arrivent  lesvaisseaux  lourdement  chaFgés]  jusqu'aux  ponts 
de  Londres. 

La  navigation  intérieure  ^  eelle^  de»  canaux ,  envoie  aussi 
dans  la  Tamise  ses  larges  bateaux  qui  contribuent  à  animer 
cette  scène  si  vivante;  puis  arrivent  die  petits  sloops  em- 
ployés l'été  au  cabotage,  mais  qui,  n'osant  l'hiver  s'aventQ- 
rer  sur  la  mer,  desservent  aussi  les  canaux  de  rintérieur.Plus 
loin,  de  légers  esquifs  sillonnent  le  fleuve  et  descendent  leurs 
passager»  aux  escaliers  de  la  rivière.  Ils  passent  et  repassent 
avec  les  promeneurs  qui  aiment  à  vi^ter  la  Tamise.  A  droite, 
le  magnifique  pont  de  Londres,  avec  ses  nobles  arches,  vous 
'montre  sa  foule  de  passants  à  pied,  en  équipages,  en  omnibofl, 
en  fiacres,  en  cabriolets,  en  charrettes,  ei  en  baquets.  Le  flux 
et  reflux  de  la  rivière,  celui  de  la  foule  qui  va,  vient  et  s'é- 
coule comme  la  vie,  occasionnent  une  rumeur  qui  nous  laisse 
à  peine  le  loisir  de  nous  apercevoir  que  nous  sonunes  Tun  des 
acteurs  de  ce  grand  drame,  et  que  notre  existence  glisse  et 
s'échappe  comme  les  eaux  du  fleuve  vers  l'Océan. 

Mais  voyez  ce  pyroscaphe  soulevant  l'onde  qui  mugit  autour 
de  lui  sous  l'impétuosité  de  sa  marche  :  son  pont  est  couvert 
d'étrangers,  peut-être  de  proscrits  et  de  touristes  anglais,  qiû 
ont  passé  les  uns  sept  jours ,.  les  autres  sept  mois,  ou  même 
sept  ans,  sur  le  continent  C'est  un  spectacle  curieux  que  celui 
des  individus  qui  sont  successivement  débarqués  de  ce  bâti- 
ment à  vapeur  aux  escaliers  de  la  Douane.  Que  de  sensations 
différentes  doit  exciter  le  premier  contact  du  sol  britannique 
sur  les  joyeux  enfants  de  la  France,  sur  l'impressionnable 
Italien,  sur  le  flegmatique  Allemand l  Mais  Londres,  celle 
ville-monde,  les  acceptera  tous,  s'ils  possèdent  des  talents, 
une  aptitude,  une  spécialité.  Le  magasin  des  bagages  des  py- 
roscaphes  est  une  des  grandes  divisions  de  l'hôtel  des  Doua- 
nes à  Londres  ;  le  nombre  toujours  croissant  des  passagers 
entre  ce  port  et  le  continent  a  rendu  cette  division  indispen- 
sable ,  afin  d'accélérer  le  payement  des  (koits^  ce  qui  a  lieu 


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LA  IMHIANS.  191 

avec  la  phi6  grande  promptitude  possible.  Les  articles  frappés 
de  droit»  sont  prineipaleaieiit  les  livres,  la  porcelaine,  les 
instnunents  de  musique,  les  modes,  Teau  de  Cologne,  les  gra- 
vures et  les  souliers  Tenant  de  France,  de  lloliande  et  de 
Hambourg.  Le  droit.perçu  annuellement  sur  les  bagages  des 
passagers  s^élève  à  environ  ^,000  £  (100^000  fr.]  Les  com- 
missaires de  la  douane  ont  donné  des  instructions  libérales  et 
iadulgentes  i  Tégard  des  voyageurs  :  le  mémo  esprit  préside 
à  leur  exécution. 

Il  parait  que  toutes  les  nations  occidentales  ont  hérite  des 
Romains  de  Tusage  de  prélever  certaines  taxes  sur  les  arriva- 
ges et  sur  Texpédition  des  marchandises  dans  un  port  de  mer. 
Ces  prélèrementa  venaient  en  aide  aux  souverains,  amélio- 
raient leurs  revenus  et  les  intéressaient  à  encourager  le  com- 
meree.  Lo  chroniquenr  Stow  fait  observer^que  les  négociants 
et  les  niarehands  ne  sont  pas  seulement  faits  pour  s'enrichir 
et  enrichir  le  pays,  mais  qu'aussi  ils  ont  une  bonne  toison  que  le 
prince  peut  t(mdre  lorsqu'il  le  trouve  bon.  C'est  par  égard  pour 
cette  riche  toison  qu'en  quelque  sorte  les  intérêts  des  deux 
parties  étaient  identiques.  D'après  une  lettre  de  Charlcmagne 
écrite  à  Offa,  roi  des  Merciens,  il  parait^'que  les  Anglais  qui 
faisaient  le  voyage  de  Rome  portaient  souvent  le  bourdon  et 
la  besace  pour  entrer  en  fraude  des  objets  d'or  et  d'argent, 
parce  qu'ils  étaient,  comme  pèlerins,  exempts  de  payer  des 
droits.  Cbarlemagne  désirait  que  les  véritables  pèlerins  pus- 
sent voyager  en  paix  sans  aucun  désagrément,  mais  il  voulait 
aussi  que  ceux  qui  voyageaient  moins  dans  un  but  religieux 
qn'afia  de  se  procurer  du  gain ,  fussent  contraints  de  payer 
les  droits  là  où  des  droits  étaient  exigibles. 

Un  pea  plus  d'un  siècle  après,  Ëlhehed  II  (A.  D.  978-1016) 
tint  conseil  à  Wantage,  dans  le  Berkshire,  pour  fixer  un  droit 
de  péage  sur  les  bâtiments  et  marchandises  arrivant  à  Billings- 
gate,  qpi  était  alors,  à  ce  qu'il  paraît,  le  principal  lieu  de 
débarquement  à  Londres.  Il  fut  stipulé  que  tout  petit  bateau 
payerak  un  d^m^penny  (5  c.};  tout  grand  bateau  à  voiles  un 
penny  [10  e*)^.  chaqjue  navire,  quatre  penee  {W  c]  ;  qu'un  bà- 


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182  LA  DOUANE. 

timent  chargé  de  bois  payerait  ane  pièce  de  bois,  et  qae  les 
bateaux  chargés  de  poisson  payeraient  un  half  penny  ou  an 
penny,  selon  leur  tonnage. 

Après  la  conquête  par  Guillaume  de  Normandie,  des  droits 
de  douane  furent  perçus,  non-seulement  par  le  roi,  aux 
ports  extérieurs,  mais  aussi  par  le  seigneur  sous  la  protection 
duquel  la  ville  se  trouvait. 

Le  Que^n's  Hythe,  nommé  depuis  Queenhithe  (port  la 
Reine),  parait  avoir  été  le  lieu  de  débarquement  le  plas&- 
vorisé  après  la  conquête.  En  122&,  Henri  III  ordonna  aux 
officiers  de  la  Tour  d'arrêter  les  navires  qui  arrivaient  des 
Cinq  Ports  dans  la  rivière ,  et  de  les  forcer  à  ne  décharger 
leurs  grains  qu'au  port  la  Reine  exclusivement.  Deux  ans 
plus  tard,  les  mêmes  officiers  devaient  saisir  tout  le  pois- 
son qui  serait  mis  en  vente  à  une  autre  place  qu'à  ce  port. 
En  12M,  les  baillis  du  port  la  Reine  portèrent  plainte  d'une 
infraction  à  leurs  droits;  quatorze  navires  étrangers  chaigés 
de  poisson  avaient  débarqué  leurs  marchandises  à  Billings- 
gate.  Une  pénalité  de  kO  shillings  (50  fr.)  fut  prononcée  pour 
l'avenir  contre  de  semblables  violations  du  droit  des  baillis, 
mais  il  fut  permis  aux  bâtiments  appartenant  aux  bourgeois 
de  Londres  de  les  décharger  où  bon  leur  semblerait. 

En  12&6,  Richard,  comte  de  Cromwell,  disposa  en  foyeur 
de  la  ville  de  Londres,  de  sa  part  aux  droits  et  privilèges  du 
port  la  Reine  pour  une  somme  annuelle  de  50  £  (1250  fr.], 
payable  en  deux  termes,  à  Pâques  et  à  la  Saint-Michel.  Ce 
lieu  de  débarquement  ressortait  alors  des  shérifis  de  Lon- 
dres; il  était  si  fréquenté  en  1302  par  les  navires  y  appor- 
tant du  poisson,  du  sel,  des  combustibles  et  autres  marchan- 
dises, qu'on  y  employait  plus  de  trente  mesureurs  et  porte- 
faix. Le  mesureur  en  chef  avait  sous  ses  ordres  huit  maîtres 
portefaix,  chacun  desquels  avait  sous  lui  trois  portefoix  su- 
balternes. Les  portefaix  étaient  tenus,  sous  peine  de  destitu- 
tion, de  fournir  un  cheval  et  sept  sacs;  malgré  cette  charge 
et  la  médiocrité  de  leur  salaire,  ces  gens  vivaient  bien.  En 
13^5,  les  navires  abordant  à  Dowgate  durent  payer  les  droits 


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LA  DOUANE.  188 

qu'ils  auraient  payés  s'ils  fassent  remontés  jusqa'au^jport  la 
Reine.  Un  siècle  plus  tard,  si  deux  navires  arrivaient  en 
même  temps,  l'un  des  deux  devait  se  rendre  à  Billingsgate  ; 
s'il  y  en  avait  trois,  deux  devaient  rester  au  port  la  Reine 
et  l'autre  aller  à  Billingsgate;  ainsi  ce  fut  toujours  le  part 
la  Reine  qui  fut  le  plus  favorisé.  A  la  longue,  Billingsgate 
obtint  la  préférence.  Situé  à  l'est  du  pont,  ce  point  est  plus 
commode  en  efiet  pour  l'approche  des  navires  portant  des 
mftts  de  perroquets.  Fabyan,  qui  écrivait  à  la  fin  du  quin- 
zième siècle,  dit  que  les  droits  perçus  au  port  la  /terne  avaient 
tellement  diminué  qu'ils  ne  rapportaient  plus  que  15  £ 
[375  fr.)  par  an.  Les  mesureurs  et  les  portefaix  de  ce  port 
tombèrent  dans  la  misère,  les  arrivages  de  grains  y  étant 
rares  depuis  que  les  boulangers  et  les  bourgeois  de  Londres 
se  rendaieùt  à  la  campagne  pour  y  acheter  aux  fermiers  au 
prix  de  la  localité,  les  grains  qu'ils  employaient.  Sur  la  rive 
septentrionale  de  la  Tamise  dans  Tbames-street ,  il  y  avait 
des  débarcadères,  des  magasins  et  des  caves  appartenant 
aux  négociants  qui  demeuraient  dans  les  rues  conduisant  à 
la  rivière.  Le  nombre  des  étrangers  chefs  de  maison  s'éleva 
bientôt  à  cinquante-et-un ,  quoique  trente  ans  auparavant  il 
n'y  en  eût  que  trois,  qui  étaient  des  Pay»-Bas. 

Ces  étrangers  habitaient  les  plus  belles  maisons  du  quar- 
tier et  payaient  volontiers  un  loyer  de  20  £  par  an  (2500  fr.) 
pour  des  maisons  qui  jusque-là  n'avaient  été  louées  qu'à 
raison  de  quatre  marcs.  Plus  leurs  habitations  étaient  rap- 
prochées de  la  rivière,  plus  le  prix  en  était  élevé.  A  cette 
époque,  le  commerce  extérieur  de  TAngleterre  était  presque 
entièrement  entre  les  mains  d'étrangers.  Dans  un  acte  de 
1377,  il  est  dit  que  ces  étrangers  ne  faisaient  pas  seulement 
le  commerce  des  marchandises  introduites  par  eux  d'autres 
pays,  mais  qu'ils  opéraient  dans  les  ports  où  ils  s'établissaient, 
et  même  ailleurs,  des  achats  et  des  ventes,  avec  la  même  li- 
berté que  le  ferait  tout  sujet  du  roi. 

Ce  fut  à  la  fin  du  quinzième  siècle  que  l'Angleterre  vit  la 
seconde  phase  de  son  progrès  commercial.  D'abord  pauvre 


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et  barbare,  elle  ne  reçoit  que  très-accidentcHement  les  étra»- 
gers,  sans  leur  faire  éprouver  la  moindre  tentation  4e  s'y 
établir.  Lorsque  sa  richesse  s'accrott ,  les  étrangers  ne  dé- 
daignent même  pas  son  commerce  intérieur  ;  leur  inteffi- 
gence  et  leur  habileté  les  en  rend  bientôt  maîtres.  Mais  phs 
tard ,  lorsque  l'Angleterre  comprit  sa  force  et  sa  valeur,  qui 
lui  avaient  été  révélées  par  ces  étrangers  ^ax-mémes,  swi 
commerce  s'étendit,  se  développa  par  les  mains  de  ses  pm- 
pres  enfants. 

Au  commencement  du  quinzième  siècle,  en  iM&  et  Ui5, 
la  circulation  de  la  monnaie  d'argent  connue  sous  le  nom  de 
galley  halfpence  (demi-sou  des  galères)  fut  prohibée.  Cette 
monnaie  était  apportée  à  Londres  par  les  galères  génoises, 
qui  y  arrivaient  chargées  de  vin  et  d'autres  marchandises.  Le 
quai  où  abordaient  ces  galères  a  toujours  conser>'é  le  nom  de 
quai  des  Galères  [Galley  Qiiay).  Près  de  là  se  trouvaient  de 
vastes  magasins.  Les  marchands  de  vin  de  Bordeaux  enrent 
la  permission  d'en  construire  dans  le  quartier  deVintry. 
Thames-strcet  était  alors  remplie  d'étrangers  de  tous  les 
pays,  qui  avaient  des  relations  avec  TAngleterre.  Uncabant- 
restaurant  en  rassemblait  un  grand  nombre  dans  ses  salles 
enfumées.  La  grosse  dame  qui  tenait  cet  établissement  étaât| 
selon  Sto^,  connue  sous  le  nom  de  mère  Mam^Pouidin^  [la 
mère  madame  Poudding).  La  grand'salle  de  in  maison  andt 
sans  doute  été  construite  par  des  charpentiers  de  naWrei, 
car  son  toit  ressemblait  à  une  galère  renversée  la  qnSle  en 
Tair,  et  tout  rétablissement  avait  plutôt  t'apparenee  d'vn 
vaisseau  que  celle  d'une  maison. 

Avant  l'époque  où  le  commerce  étranger  de  TAngleterm  «nt 
passé  entre  les  mains  des  marchands  anglais ,  ie  roi ,  h  ao- 
blesse  etle  haut  clergé  s'engageaientdansées  spécttkrttoM  cat^ 
merciales.  Souvent  les  rois  d'Angleterre  aoeordteewtA  cet«ftt 
des  permissions  spéciales  aux  papes,  mk  caidîMax  et  «tB» 
dignitaires  ecclésiastiques  étrangers  poarl'expeitttMii  des  lai- 
nes et  autres  mardiandises,  sans  payer  loi^roits,  IcsatsittUant 
ainsi  aux  religieux  de  «tentes  esf^èees  M  An^jMtive,  loiyiib 


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1.4  mHTAHS.  195 

iHaieiit  exemptés  de  eei  dpoits.  Les  monies  de  CKieaiix  de- 
vinrent les  plus  forts  négociants  en  laines  4e  rAngteterre;  et 
maigre  l'inlerveiitiott  du  parlement,  en  tiiik,  ses  édita  ne 
fireat  empAcher  ni  les  communautés  ecdésiastiques,  ni  au- 
«■a  ÛMJKvîdn  Jippaiteiiant  à  TÉglise,  de  £ftfre  te  eommeroe. 
D'an  autre  eôtè ,  oq  considérait  comme  one  grande  fovear 
rexemptioa  de  droits  accordée  à  un  laïque;  car,  en  1296,  un 
ordre  du  sceau  pwvé  arjant  accordé  à  Aylmer  de  Valence 
rexportatîon ,  san$  droits ,  de  vingt  sacs  de  laine ,  il  y  était 
dît  :  C^ci  devra  êtrt  exécuté  dans  le  p^  grand  secreî,  afin  que 
tantree  per9onne$,  excitées  par  son  exe$npk^  me  demtmdeiit  pas 
ieferndssion  semblaUe. 

Bes  gardes  furent  placés  dans  les  différents  ports,  et  les 
iKveauxde  rÉchiquiersurveiUatent  les  fraudes  qui  pouvaient 
aTOir  lieu  pour  éluder  les  droits  dus  au  roi  sur  les  laines,  etc. 
des  dovaniers  primitifs  ne  pouvaient  être  propriétaires  de 
taisseanx.  Le  négociant  qui  tentait  de  frauder  les  droits  voyait 
«a  cargaisoB  saisie.  En  1297,  le  maire  et  les  citoyens  de  Lon- 
^TOft,  obéissant  aux  ordres  du  roi ,  firent  faire  à  Londres  «ne 
Maaoe  aemblable  à  celle  dont  on  se  servait  déjà  pour  peser 
la  laine.  Après  avoir  été  examinée  par  rÉchiquier,  elle  fat 
expédiée  à  Lynn.  L'endroit  oà  cotte  balance  fut  conservée 
sw  le  quai  où  Toqu  débarquait  la  laine  était  une  douane,  dans 
tonte  Tacception  du  mot. 

Bu  1382,  Jobn  Cburcbmau ,  épicier  en  {[tim  à  Londres,  fit 
(HUMtrume,  sur  mn  quai  mosiimé  le  Quai  aux  Laines,  <x  .pour 
iaftnuupiillilé  des  marchande,  d  aine  maison  dont  la  spécialité 
^teit  le  pesage  des  Jatsies  da«5  le  port  de  Londres .  On  raconte 
<pie  le  roi  ordonna  que  durait  la  vie  du  «asdit  fiobn  ce  f^ 
sage  se  ieraîl  dans  cette  anème  maison;  qu'«He  serait  pourvue 
de  compattiments  pour  y  gai4er  les  poids  et  les  isalasioes, 
Msi  que  d'un  comptoir  p«nr>lee  gapdiena,  les  conÉràkuiu^ 
^Qouuis  et  «oqplojdB  du  pesais ,  et  que  les  •entiées  £A  mt*- 
te  sersikHt  ^mlides^  ombhm  «'3  ue  ttt  agi  ide  celles  i|Hi 
«nmnt  lieu  auuanrusBt  dan^  las  eadroîte  destinés  i  ces 


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136  LA  DOUANE. 

opérations.  Telle  fut»  à  ce  qu'on  pense,  la  première  douane 
régulièrement  établie  à  Londres. 

Avant  le  seizième  siècle ,  la  suprématie  commerciale  de 
Londres  sur  les  autres  ports  fut  sensible.  En  120i,  une  taxe 
connue  seulement  sous  la  dénomination  de  quinzième^  sans 
qu'on  puisse  maintenant  en  donner  la  définition,  si  ce  n'est 
qu'elle  se  percevait  sur  le  commerce  étranger,  produisait  i 
Londres  836  £  (21,900  fr.)  ;  à  Boston,  780  £  (19,500  fr.);  i 
Lynn,  650  £  (16,250  fr.),  et  à  Southampton,  712  £  (17,800 
h  ) .  Mais  vers  la  fin  du  seizième  siècle,  ces  ports  extérieurs  tom- 
bèrent en  décadence,  et  le  commerce  de  Londres  atteignit  nn 
degré  de  prospérité  qu'il  n'avait  jamais  eu  jusque-là.  Eal3S3, 
neuf  entrepAts  furent  établis  dans  autant  de  villes,  etl'on  était 
forcé  d'y  déposer  toutes  les  marchandises  qui  devaient  être 
mises  en  vente  ou  embarquées.  Sous  peine  de  félonie,  il  fat 
interdit  aux  négociants  indigènes  d'exporter  aucune  des  mar- 
chandises entreposées,  consistant  en  laines,  peaux  de  mon- 
tons, cuirs,  plomb  et  fer-blanc;  c'étaient  là  les  principaux 
articles  d'exportation  que  le  pays  produisait.  Les  entrepôts 
avaient  pour  but  la  commodité  des  commerçants  étrangers  et 
le  recouvrement  plus  assuré  des  droits  d'exportation.  Eo 
1613,  les  droits  de  douane  au  port  de  Londres  s'élerèrent 
à  109,572  £  (2,738,4^20  fr.],  et  ceux  des  ports  extérieurs  seor 
lement  à  38,502  £  (962,550  fr.). 

En  1559,  la  première  année  du  règne  d'Elisabeth,  d'impor- 
tantes mesures  furent  prises  à  l'égard  du  mode  de  perception 
des  droits  de  douanes,  et  l'on  peut  les  considérer  comme  le 
principe  du  système  actuel.  Jusqu'en  1590,  les  droits  de  doua- 
nes, à  Londres,  éUient  affermés  pour  20,000  £  (500,000  fr.) 
par  an;  mais  ce  revenu,  remis  entre  les  mains  des  officiers  de 
la  couronne,  en  rapporta  30,000  (750,000  fr.).  Bientôt  l'é- 
tablissement de  la  Compagnie  des  Indes  et  d'autres  grandes 
Sociétés  commerciales,  à  la  fin  du  seizième  siècle,  vint  aug- 
menter le  commerce  et  les  revenus  de  la  douane  de  Londres. 

De  1671  à  1688,  D'Avenant,  le  premier  inspecteur  générai 


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Uk  DOUAIIE.  137 

des  entrées  et  sorties,  calcule  les  revenus  de  la  douane  an- 
glaise à  555,752  £  par  an,  ou  13,883,800  fir. 
L'ancien  bAtiment  de  la  douane,  détruit  par  le  grand  in- 
'  cendie  de  Londres,  fut  remplacé  par  un  édifice  plus  con- 
sidérable. Pendant  les  cinquante  années  qui  suivirent  son 
établissement,  le  commerce  prit  un  nouvel  essor.  De  1700  à 
1T21,  les  douanes  anglaises  s'élevèrent  à  1,352,764^  £  par  an 
(33318,000  fr.];  et  ce  nouvel  édifice,  consumé  par  le  feu  en 
1718,  oe  suffisant  déjà  plus  aux  opérations,  fut  remplacé  par 
ao  antre  plus  spacieux  et  plus  commode.  On  put  augmenter 
le  nombre  des  employés,  et  obvier  aux  retards  dont  se  plai- 
gnaient les  négociants.  En  1725,  le  produit  de  la  douane  de 
Londres  s'élevait  à  près  de  1,5000,000  £  (  37,500,000  fr.] , 
surpassant  ainsi  les  revenus  annuels  de  toutes  les  douanes 
d'Angleterre  de  1700  à  1714.  La  fin  de  ce  siècle  vit  s'élever 
les  revenus  de  la  douane  de  Londres  à  plus  de  6,000,000  £ 
(150,000,000  fr.)  ;  et  déjà  l'on  éprouvait  que  le  bâtiment  exis- 
tant devenait ,  ainsi  que  l'avait  été  le  précédent ,  beaucoup 
trop  petit,  lorsque,  le  12  février  181ih,  il  fut  aussi  entièrement 
détruit  par  le  feu.  C'était  le  troisième  bâtiment  de  ce  genre 
qui  avait  été  consumé  par  cet  élément  destructeur.  L'incendie 
hi  terrible;  les  pertes  immenses,  tant  en  marchandises  qu'en 
documents  précieux.  Dix  maisons  de  James-street  partagèrent 
le  sort  de  la  douane.  Le  tort  qu'en  essuya  le  commerce  fut 
tf^grand  ;  une  stagnation  s'ensuivit  dans  les  afiiaires.  Les 
navires  qui  arrivaient  ne  pouvaient  opérer  leurs  décharge- 
ments, tandis  que  ceux  qui  étaient  en  partance  ne  pouvaient 
mettre  à  la  voile,  faute  des  papiers  devenus  nécessaires  ;  mais 
bientôt  un  local  provisoire  fut  mis  à  la  disposition  de  la 
douane,  et  les  affaires  reprirent  leur  cours. 

A  l'occasion  des  fouilles  qui  eurent  lieu  pour  établir  les 
fondations  de  l'édifice  de  la  douane  actuelle,  l'architecte  eut 
i  lutter  contre  de  nombreuses  difficultés,  occasionnées  par  la 
variété  de  la  nature  des  couches  du  terrain,  dont  quelques- 
Qoes  offraient  de  la  solidité,  et  d'autres  peu  de  fermeté.  II 
Ulut  avoir  recours  aux  pilotis.  Lors  des  travaux  on  reconnut 


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138  U  SWCIAMM, 

l'AncÂen  lit  <d'iuie  pantie  de  la  Tanise  ;  le  ssiAe  y  Mut  sot- 
blable  à  celui  de  ia  livière  0I  jonché  de  roseaux  laSIés  à  des 
chrysaUdes  d'iAseotesjwiixatiques,  ainsi  que  denAvles  arrirées 
à  difSérentfi  degrés  de  déoompoaitidtt.  Oa  y  découvrit  annl 
des  pièces  de  moiuiaîe  et  d'autos  antkpittés. 

La  noavelle  douane  fut  ouverte  au  pabUe  le  12  uni  1817; 
mais  bieatèt  les  fondaiîofis  s'alEaissèrent  ;  une  paitie  de  l'édi- 
fice fut  démoli  pour  être  reconslnut  aar.  des  bases  plus  eolides. 
Oa  attribua  ce  malheur  Â  des  fliaiversations  «caadalenses,  e^ 
les  dépenses  ainsi  prodiguées  presque  en  pare  perte  fiirent 
constatées  s'ékver  à  près  d'un  deminnillion  de  livres  sterlitg 
(11,500,000  fr.}.  L'édifice,  tel  qu'il  existe  aujourd'hui,  nesore 
sur  sa  façade  quatre  cent  cpiatre-vingt-huit  pieds  de  loig 
C'est  U  que  se  perçoit  presque  la  moitié  du  produit  des  douaaes 
4es  trois  royaumes  :  en  i&t-Q  le  diiffre  des  droits  de  douaie 
4au  port  de  Londres  s'éleva  à  11,11«,«8S  £  (277,917,125  fr.), 
tandis  que  le  total  de  ces  droits  ne  fut  pour  tout  le  rojamne 
4fae  de  23,3^1,813  £  (âSS,SV3,325  fr.).  yverpooi  seul  figure 
dans  cette  somme  pour  &.,607,326  £  (115,18S,lâO  fr.).  Les  frais 
de  perception  s'élèvent  pour  la  Grande-Bretagne  à  environ 
&  p.  0/0,  et  pour  l'Irlande  à  un  peu  pins  de  12  p.  0/0.  Le 
Aombre  des  personnes  employées  dans  cette  partie  est  d'en- 
viron 11,500.  —  Les  variations  qu'éprouve  le  mouvement 
oommercial  sont  soigneusement  consignées  dans  les  bureaflx 
de  l'inspecteur  général,  et  le  public  en  est  fréquemonent  ii^ 
iormé  par  des  notices  imprimées  et  puiiliées  par  ordre  dn 
parlement.  Chaque  jour  il  pacaH  un  boUetin  oontenant  le  re- 
levé dee  importations  et  des  exportaticm»,  ainsi  que  celni  de 
ranivée  et  du  départ  des  navires.  Outre  les  magasins  et  les 
caves,  la  douane  eontient  esTiron  cent  soixante-dix  pièces 
^necupées  par  les  divens  employés  de  cette  adwnistration  ; 
liantes  eee  pièces  «mit  d'une  f^nunde  rimplkité  ;  la  chaoÉore 
du  eonaeil  aenie  est  JégèraBent  décorée,  et  oontient  les  ipir- 
imûts  de^iemoges  Ui  et  de  Gm^e»  IV  ;  ee  dernier  peintfir 
rir  ThMUS  Lairranœ.  La  salle  des  expédîlions  dite  fon^^r^p 
fot  probaUemeat  la  phi»  vante  de  ice  ^ence  on  enrope^éfe 


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''^     ■       l.\tBet7A!IC.  189 

mesnre  190  pieds  de  long  mv  66  de  large;  6a  fiiviiteifr  «ftt 
de  W  &  50  pieds.  Les  caves  sont  à  î'abri  du  fieu,  «t  l'on  y 
maintient  la  température  eoniFenable  «hk  Tins  «*  a«x  «sprtts 
qn'on  y  dépose  quand  les  douaniers  ou*  fait  une  saisie.  En 
générai  le  service  de  T'étaWissement  se  feit  à  rintérieur  ^r 
pfins  de  trois  cents  employés;  celui  de  r«rtérieur  occupe 
beaucoup  plus  de  inonde ,  mais  leur  nombre  Tarie  eéloA  les 
arrivages  ou  les  départs. 

Avant  1825  les  statuts  concernant  les  douanes  s'étaient  mul- 
tipliés outre  mesure;  ils  dataient  du  règne  dTdouard  I"  :  on 
en  comptait  quinze  cents.— ^  Cette  masse  de  règlements  offrait 
de  nombreuses  contradictions,  dont  la  confusion  embarrassait 
les  plus  expérimentés  et  portait  un  préjudice  notable  au  com- 
merce. L'Angleterre'  doit  à  MM.  Iluskisson  et  J.  D.  Hume  la 
révision  de  ces  statuts,  qu'ils  réduisirent  à  onze  règlements 
très-simples,  et  Ton  s'occupe  encore  d'une  nouvelle  rédaction, 
afin  d'éviter  les  vexations  dans  l'application  des  droits  non 
énoncés*  dans  les  tarifs,  vexations  qui  ne  laissent  pas  que 
d'avoir  leur  côté  plaisant.  Voici  deux  faits  qui  le  prouveront. 

Un  gentleman  avait  fait  venir  d'Egypte  une  momie  ;  les  em- 
ployés de  la  douane  ne  furent  pas  médiocrement  embarrassés 
de  savoir  comment  ils  classeraient  cet  article  non  énoncé  au 
tarif.  Ces  restes  mortels,  ces  muscles  embaumés  et  conservés 
depuis  trois  mille  ans,  ne  pouvaient  être  estimés  comme  ma- 
tières premières;  on  se  décida  à  les  considérer  comme  un 
objet  fabriqué.  Le  propriétaire ,  inquiet  de  sa  momie  et  ne 
voulant  pas  qu'elle  fAt  saisie,  déclara  que  sa  valeur  était 
de  100  £  (10,000  fr.).  Cette  déclaration  lui  coûta  200  £ 
(5,000  fr.]  à  raison  de  50  p.  0/0  de  la  marchandise  soi-disant 
fabriquée  à  l'étranger  qu'il  introduisait.  (M.  Huskisson  a  ré- 
duit les  droits  sur  les  objets  de  matière  première  non  classés 
au  tarif  de  20  à  10^ p.  0/0,  et  ceux  sur  les  articles  fabriqués  non 
classés,  de  50  à  20  p.  0|0.] 

L'autre  fait  est  relatif  à  la  glace  à  rafraîchir,  importée  de 
la  Norvège.  A  l'arrivée  des  navires  contenant  cette  marchan- 
dise, des  doutes  s'élevèrent  sur  le  droit  qu'elle  devait  payer. 


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IM  LA  DOUAHB. 

La  doaane  en  référa  au  trésor,  et  le  trésor  consulta  le  con- 
seil du  commerce;  après  bien  des  délibérations,  il -fat  décidé 
que  cette  glace  pourrait  entrer  en  payant  les  droits  dus  sur 
ce  que  le  tarif  désigne  comme  dry  goods  (marchandises  sè- 
ches); mais,  comme  Tun  des  orateurs  de  la  chambre  des 
lords  le  fit  remarquer  dans  la  séance  du  15  fémer  18(S, 
«  la  glace  était  fondue  lorsque  la  question  fut  résolue.  » 

(Kmght's  Limdon.)  (1) 


(1)  Non  DU  RÉDACTBOB.  Cet  article  est  eitrait  d'une  publieatioo  pé- 
riodique qui  rappelle  l'Idée  de  l'ancien  Tableau  da  Paris ,  par  Mercier. 
L'onyrage  est  déjà  au  troisième  Tolume ,  et  parait  par  Unaisoni  illm- 
trées. 


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MÏ5ttiianén» 

JOURNAL  D'UN  MÉDECIN. 

NOOTULB  ston. 

SI. 
LE   DISTILLATEUR. 


En  relisant  aujourd'hui  cette  foule  d'événements  où  j'ai 
figuré  tantôt  comme  acteur,  tantôt  comme  témoin,  qui  se  sont 
passés  sons  mes  yeux  ou  dont  j'ai  reçu  la  confidence  dans  ma 
longue  carrière,  je  m'aperçois  que  je  n'ai  pas  toujours  suivi 
exactement  l'ordre  chronologique,  et  que  j'ai  omis  de  parler 
de  plusieurs  foits  intéressants  ;  en  voici  un,  par  exemple,  qui 
se  rapporte  à  mon  début  dans  la  profession  médicale.  C'est 
par  celui-ci  que  je  commencerai  le  travail  dont  je  m'occupe 
maintenant,  et  qui  consiste  à  compléter  mes  mémoires. 

Je  venais  d'achever  mes  études;  j'avais  obtenu  mon  di- 
pl6me;  couronné  du  laurier  d'Esculape,  praticien  avoué  par 
la  fecnlté,  je  me  promettais  déjà  une  belle  clieirtèle,  comme 
si  tous  les  malades  avaient  pu  lire  ma  thèse  ou  assister  à  mes 
brillants  examens.  Mais,  hélas  I  après  le  stage  de  l'école  il 
faut  le  stage  du  monde  :  heureux  encore  le  jeune  docteur  qui 
trouve  son  premier  patient  après  l'avoir  bien  cherché  et  bien 
attendu  I  Je  compris  que  le  temps  seul  pouvait  réaliser  mes 
espérances,  et  que  d'ailleurs  j'avais  encore  à  étudier. 

J'hésitais  encore  entre  plusieurs  localités  qui  m'offiraient 
des  chances  diverses,  sans  savoir  à  laquelle  je  devais  donner 


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la  préférence  pour  me  fixer,  lorsque,  grâce  aux  sollicitations 
de  quelques  amis,  je  fi»  atladiè  à  Tk^ital  d'une  petite  ville 
dlrlande.  II  entrait  dans  mes  fonctions  de  tenir  un  journal 
où  je  notais  les  différents  cas  de  maladie,  leurs  causes,  leur 
marche,  les  variations  successives  des  symptômes.  En  tèle  de 
ces  rapports,  je  devais  mentionner  brièv^nent  le  nom  des 
individus,  leur  constitution  physique,  leur  profession  et  les 
circonstances  qui  avaient  précédé  leur  entrée. 

L'appartement  que  j'occupais  à  l'hôpital  donnait  sur  la 
cour.  De  mon  cabinet,  je  pouvais  apercevoir  l'avenue  qui 
conduisait  à  la  porte  principale,  et  qui  débouchait  dans  une 
des  rues  les  plus  solitaires  de  la  ville.  Un  soir  que  j'étais 
assis  devant  ma  fenêtre,  j'entendis  une  grande  rumeur  dans 
cette  rue  si  peu  fréquentée.  En  même  temps  que  la  porte 
de  l'hôpital  s'ouvrait,  je  vis  briller  l'uniforme  écarlate  et  les 
armes  de  quatre  à  cinq  soldats.  Ils  entouraient  une  charrette 
et  s'efforçaient  d'écarter  une  foule  de  curieux. 

Ce  cortège  passa  lentement  sous  la  porte  cocbére,  qoi  se 
referioa  sur  la  multitude  désappointée.  Lorsque  la  charrette 
se  fut  avancée  à  une  certaine  distance  dans  lavenue,  j'y  di^ 
ting^i,  éteBidtt  sur  un  n^atelas,  un  homme  dont  le  corps  dis- 
paraissait presque  sous  des  draps  et  des  couvertures*  C'était 
UA  patient  qu'on  amenait,  mais  dans  quel  étran^je  équipage! 
ie  descendis  pour  prendre  quelques  informations.  Le  caporal 
me  dit  qu'il  s'agissait  d'un  distillateur  en  fraude,  qui  avait 
été  capturé  récemment,  et  qu'on  amenait  d'assez  loin  pour 
être  renfermé  dans  la  geôle  de  la  ville.  Comme  ce  malheu- 
reux, en  se  défendant,  avait  été  grièvement  blessé,  on  le  lo* 
geait  d'abord  à  l'hôpital;  mais  une  sentinelle  devait  veiller 
sur  lui  nuit  et  jour  en  attendant  qu'il  mourût  de  sa  blessure 
ott  qu'il  pût  être  transféré  à  son  cachot. 

le  donnai  immédiateoient  des  ordres  pour  sa  réception,  i^ 
lui  fis  dresser  un  lit  dans  une  petite  chand^re,  à  la  porte  de 
laquelle  un  des  soldais  s'installa  gravement.  La  présence  de 
ce  ttilitaire  dans  un  tel  lieu  était  pour  le  moins  quelque  chose 
d'inusité. 


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La  bknvBiUaBMte  et  le»  soins  qûé  j«  prodiguai*  â  mon  ma- 
lade me  vaiuTent  aes  bomtes  grâces.  Un  verre  de  Hqaeur  que* 
je  iHrescmis  dd  lai  donner  pav  maivîère  de  sëmnlant  acheva 
de  le  gaguer.  Il  me  dit  qu'il  se  ftommait  Philippe  Enis,  mais 
je  sniseonvainca  qve  ee  a' était  point  là  son  vrai  nom.  Je  fus 
étonné  de  L'entendre  s'exprimar  correctement  et  en  excellent 
anglsâs;  il  avait  bien^  qnand  il  parlait,  nn  certain  accent  de 
province^  mais  cet  accent  ne  re9seiiû)lait  en  rien  au  grossier 
patois  de  la  localité. 

En  procédant  à  l'examen  de  ses  blessures,  je  trouvai  que 
tout  soQ  corpft  n'était  qu'une  plaie ,  et  qoe  ses  quatre  mem- 
bres étaient  fracturés.  Véritablement  la  question  de  savoir 
comment,  réduit  à  un  pareil  état,  il  avait  pu  vivre  une  heuîre 
et  supporteries  fati{jues  du  transport  en  voilure,  a  toujours- 
éié  et  est  eitcore  pour  moi  un  problème  insoluble. 

Cet  infortuné  était  incapable  de  remuer  un  seul  muscle  ex- 
cepté ceux  du  cou  et  de  la  face.  Il  demeurait  étendu  sur  le 
dos  dans  une  immobilité  complète.  Parfois  seulement  11  im- 
primait à  sa  tèle  une  secousse  subite,  qu'il  accompagnait 
d'une  contorsion  de  la  bouche,  moitié  grotesque  moitié  hor- 
rible. 

Ce  qu'il  souffrait  est  au-dessus  de  toute  expression.  Il  disait 
lui-même  qu'à  chaque  essai  de  mouvement  il  sentait  comme 
uo  fer  rouge  qu'on  eût  passé  entre  ses  vêtements  et  sa  peau. 
Sou  visage  et  ses  cheveux  étaient  trempés  de  sueur.  Ses  re- 
gaids,  tantôt  mourants,  tantôt  hagards  et  remplis  d'un  fetr 
^uvage,  indiquaient  d'une  manière  effrayante  les  angoisses 
auxquelles  il  était  en  proie.  Souvent  il  paoraissait  prêt  à  pous- 
ser des  hurlements  de  douleur  ;  puis  serrant  les  dents  avec 
force,  il  retenait  le  gémissement  qui  allait  lui  écha|^er,  et 
il  Tcspif  ait  lentement  sans  faire  entendre  le  moindre  bruit. 

Les  os  de  ses  membres  inférieurs  étaient  ecMiplétement  bri- 
sés :  ses  deux  jambes  avaient  été  comme  broyées.  11  semblait 
ne  pas  en  souffrir  :  en  effet  toute  sensibilité  y  était  éteinte,  et 
elles  étaient  pour  lui  comme  si  elles  n'eussent  pas  existé. 
En  un  mot,  la  vie  et  la  pensée  s'^ëtaient  réfogiées  dans  sa  tète 


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ikk  LE  DI9TILLATEUB. 

comme  dans  un  dernier  asile.  La  désorganisation  qui  arait 
frappé  le  reste  de  son  corps  menaçait  de  gagner  rapidement 
le  cerveau.  Aucune  opération  chirurgicale  n'était  praticable  : 
rien  ne  pouvait  sauver  cet  infortuné. 
*  C'était  un  homme  de  petite  taille,  mince,  brun  de  peau,  et 
dont  les  traits,  fortement  accentués  et  très-expressifs,  indi- 
quaient un  caractère  énergique,  des  passions  violentes.  Ses 
cheveux  commençaient  à  grisonner,  et  les  pommettes  de  ses 
joues  étaient  marquées  d'un  rouge  foncé,  indice  des  ardeurs 
de  la  fièvre. 

Il  affectait  cependant  une  tranquillité  de  paroles  et  de  vi- 
sage qui  devait  être  le  résultat  d'un  grand  effort  sur  lui- 
même  :  en  général  il  se  montrait  très-préoccupé  du  désir  de 
mourir  résolument. 

«  Tous  vos  soins  sont  superflus,  docteur,  me  dit-il  ;  mon 
sac  est  vidé,  je  le  sens...  Le  bourreau  sera  bien  attrapé  par 
ma  mort...  Voulez-vous  commander  qu'on  me  donne  encore 
une  petite  goutte  de  votre  dernière  médecine...  vous  savez?... 
c'est  la  seule  chose  que  vous  puissiez  faire  pour  moi  main- 
tenant. 

—  Non,  mon  brave  homme,  lui  dis-je  :  je  crains  même  que 
vous  n'ayez  abusé  de  ce  cordial  avant  d'entrer  ici. 

—  C'est  vrai...  j'en  ai  bu  dans  tous  les  cabarets  que  nous 
avonsrencontrés  sur  la  route...  sans  cela,  j'aurais  sauté  le  pas 
dès  ce  matin...  Ce  n'est  point  que  les  spiritueux  me  soulagent 
beaucoup  ;  mais  pendant  que  je  suis  au  nombre  des  vivants, 

.  pourquoi  ne  me  procurerais-je  point  les  jouissances  qui  sont 
en  mon  pouvoir  ?  Dans  le  lieu  où  je  vais  passer,  il  n'y  aura,  je 
suppose,  ni  gin  ni  whisky...  quelles  que  soient  les  autres 
choses  qu'on  y  trouve.  » 

J'étais  effrayé  de  la  tranquillité  affectée  avec  laquelle  cet 
homme  parlait  de  sa  fin  prochaine  ;  mais  son  air  et  son  langage 
piquaient  ma  curiosité  :  je  le  pressai  de  questions,  afin  de  ti- 
rer de  lui  ce  qu'il  m'importait  de  connaître.  Il  refusa  d'abord 
opiniâtrement  de  me  satisfaire.  A  la  fin,  jugeant  que  le  meil- 
leur moyen  de  vaincre  sa  défiance,  c'était  de  lui  expliquer 


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LE  DISTILLATEUR.  lUi 

l'objet  de  mon  enquête,  je  lui  montrai  plusieurs  autres  rap- 
ports qui  contenaient  les  mêmes  détails  que  ceux  que  je  lui 
demandais. 

n  réfléchit  un  moment. 

«  Docteur,  me  dit-il ,  comme  s'il  eût  saisi  une  nouvelle 
suite  d'idées,  combien  d'heures  ai-je  encore  à  vivre?...  Al- 
lons, soyez  franc  :  m'accordec-vous  une  heure?...  deux  heu- 
res?... trois  heures  d'existence ?...i» 

Je  n'eus  garde  de  fixer  un  chiffre  et  de  répondre  d'une 
manière  précise  à  cette  question.  Je  me  bornai  à  hocher  la 
tète  avec  une  expression  qui  ne  compromettait  pas  ma  science 
du  diagnostic. 

«  Eh  bien,  reprit  le  blessé,  il  en  sera  ce  qu'il  plaira  à  Dieu. . . 
en  attendant,  causons...  Pourquoi  ne  vous  dirais-je  pas  ce 
que  vous  désirez  apprendre?  et  même  deux  ou  trois  choses 
de  plus?...  Ces  choses-là,  docteur,  je  les  ai  tenues  secrètes 
pendant  vingt  ans...  Par  le  ciel!  je  n'osais  pas  y  arrêter  ma 
pensée,  encore  moins  en  parler...  mais  aujourd'hui,  je  sens 
que  je  trouverai  un  peu  de  soulagement  à  les  confier  à  quel- 
qu'un... ce  sera  comme  une  expiation.  » 

n  s'arrêta  :  sa  figure,  d'une  pâleur  livide,  s'était  contractée 
subitement;  une  douleur  aiguë  l'avait  saisi  :  je  vis  tout  son 
fitre  frémir  de  l'excès  de  la  souffrance,  l'orbite  de  ses  yeux 
tourner  et  ses  lèvres  devenir  bleuâtres. 

Après  ce  paroxysme,  il  reprit  d'une  voix  foible ,  mais  qui 
s'aSermit  par  degrés: 

<K  Approchez-vous  de  moi,  docteur  :  le  rapport  que  vous 
rédigerez  d'après  ce  que  je  vais  vous  dire,  pourra  profiter  à 
d'autres  personnes  qu'aux  médecins...  Lorsque  j'atteignis 
l'âge  de  vingt-deux  ans,  je  ressemblais  à  un  poulain  sauvage 
qui  s'est  échappé.  Je  hantais  de  préférence  les  mauvaises 
compagnies  :  j'aimais  le  sexe,  j'aimais  le  jeu,  j'aimais  tout  ce 
qui  dissipe  et  corrompt  les  jeunes  gens;  les  courses,  les  pa- 
ris, la  chasse,  les  combats  de  coqs  et  de  chiens.  De  très-bonne 
heure  je  m'étais  adonné  à  boire...  Non,  vraiment,  je  ne  me 

5*  SÉRIE.  —-TOME  Xll.  10 


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ih6  JJB  AUHUàTSDB. 

souviens  pas  d'avoir  été  sobre  i  aucune  iépoi|ae  de  ma  vie. 
jQue  cela  ne  vous  étonne  pojnt  ;  mon  père  était  distillateur. 
Sa  distillerie  était  la  plus  considérable  qu'il  y  eût  dans  topt 
le  sud  de  l'Irlande. 

»  Il  dirigeait  lui-même  les  travaux  de  la  fabrique:  aous 
logions  dans  l'établissement.  Mon  père  n'avait  point  d'antre 
enfent  que  moi.  Ma  mère  av^Mt  quitté  le  domicile  conjugal... 
peu  importe  à  quel  sujet. . .  en  sorte  que  personne  ne  surveillait 
ma  conduite.  Je  passais  mon  temps  nu  milieu  des  ouvriers; 
aussi  eus-je  bien  viJte  appris  ce  que  c'était  que  le  irliiskf , 
comment  on  le  maltait,  comment  on  le  distillait,  et  enio, 
docteur,  comment  on  le  buvait.  Mon  père..,  je  serai  juste 
envers  lui...  mon  père  était  trc^nàgé,  obstiné  dans  sesopi- 
nions,  absolu  dans  ses  volontés,  de  plus,  rigide  observateor 
des  formalités  de  la  religion...  Je  crois  fermement  que  sa  dé- 
votion était  sincère;  il  appartenait  à  une  des  sectes  les  pks 
intolérantes  du  protestantisme,  et  son  austérité  était  extr&oe. 
Économe  jusqu'à  l'avarice,  ayant  en  horreur  la  moindre  dé- 
pense, morose,  renfrogné,  dur  pour  lui-même  et  pour  les 
autres,  il  regardait  la  gaieté  la  plus  innocente  comme  oae 
coupable  frivolité. 

T»  L'objet  de  toutes  les  pensées  qu'il  daignait  accorder  aux 
aoins  de  ce  monde,  c'était  sa  distillerie.  Il  l'avait  faite  ce 
qu'elle  était;  il  y  mettait  son  oi^eil  et  sa  joie.  Il  avait  pour 
elle  cet  amour  que  ressent  nn  père  pour  le  fils  qu'il  a  élevé 
et  qui  est  devenu  un  homme  remarquable. 

»  Quant  à  ma  mère.  Je  l'ai  à  peine  connue.  Ses  parents 
l'avaient  mariée  malgré  elle  à  un  homme  qu'elle  n'aimait  pas. 
Cette  union  ne  fut  jamais  heureuse.  Je  vous  ai  dit  qaelle 
espèce  d'homme  était  mon  père;  ma  pauvre  mère  était  légère» 
étourdie...  comment  se  serait-elle  entendue  avec  le  puritain 
auquel  on  l'avait  livrée?  On  l'a  accusée  de  plusieurs  autres 
choses  encore  que  je  ne  répéterai  pas...  Un  soir  elle  quitta  le 
domicile  conjugal,  ou  en  fut  chassée...  on  ne  s'accorde  pas  U- 
dessus.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  depuis  pette  époque  elle 


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hE  :»i6TIUL4TE0£.  AU 

«èoa  flépirée  4e  um  f^re.  JélM  44ji  ^imad  Jonqa'elle 
aMrat.. .  je  n'ai  januM  pu  sav^w  {ïisAciséiDeDt  •qsel  georo  de 
■■hdie  ravak  ea^rtée. 

»  Eh  bîeii,  moA  père  chercha^  après  tout,  à  me  donner 
■■e  éducation  telle  que  le  permettaieiit  ses  moyens  pécn*- 
Dîaîres  et  les  ressources  du  pajs.  De  plus»  U  Toolui  qw  fe 
jD'eocopasfie  sérieusement  des  travaux  de  la  distillerie»  étant 
destiné  »  dâsakril ,  à  contiimer  et  à  étendre  son  oommeroe... 
CéUîi  là  sa  phcase  favorite,  monsieur  :  c'était  Tidée  qn'il  ne 
nestait  de  caresser.  Il  avait  Tair  non  pas  d'avoir  fondé  aoe 
iribriqne  pour  élever  son  fils,  mais  d'avoir  créé  son  fils  femt 
donner  de  Texienaion  i  son  établisscnneni. 

»  Mais  j'étais  paresseux^  débanckél...  malgré  mes  efbcis 
pour  lui  cacher  cette  vérité,  il  la  découvrit  enfin.  Gela  oooa- 
sionna  parfois  enire  nous  des  scènes  terriblesi  car  mon 
père  étai4  d'une  violence  extrême,  et  mes  passions  à  moi  ne 
c— naissaient  pas  de  frein.  Nous  vivions  dans  une  solitude 
nbaoliie  et  ne  recevions  personne.  Nous  avions  trois  domes- 
tiques seulement;  un  pauvre  vieux  serviteur  affligé  d'une  ma*- 
Jadie  chronique  et  qui  était  dans  un  état  voisin  del'enfiince  ; 
nne  femme  qui  faisait  la  cuisine,  et  une  fille  pour  les  gros 
oovrages.  Une  maison  ainsi  composée  ne  m'offirait  n^  attrait, 
eC  je  m'absenlais  du  logis  toutes  les  fois  que  j'en  trouvais 
l'occasion* 

»  Bientôt  cependant  ce  séjour  acquit  pour  moi  un  charme 
irrésistible;  les  distractions  que  je  courais  chercher  ailleurs 
cessèrent  de  me  plaire.  Une  tentation  mille  fois  plus  forte 
m'absorba  uniquement... 

(Ici  Philippe  Erris  fît  une  de  ces  pauses  effrayantes  pendant 
lesqnelies  l'esprit  luttait  contre  les  souffrances  du  corps.  Quel- 
ques gouttes  de  cordial,  et  surtout  l'énergie  morale  qu'il  avait 
conservée  à  un  degré  étonnant,  le  ranimèrent.  U  continua  :  ) 

»  ia  cause  de  ce  changement  extraordinaire  était  bien 
simple.  Rri>tttée  des  brusqueries  de  mon  père,  la  fille  qui 
noos  nurvail  avait  demandé  son  congé...  Une  autre  avait  pris 
sa  place. 


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us  LE  DISTILLATECB. 

D  D'où  venait  cette  autre?  où  et  comment  mon  père  l'avait- 
il  découverte?  je  l'ignoraiB,  et  je  ne  m'embarrassais  pas  de  h 
savoir;  mais  dès  que  je  l'eus  vue,  dès  que  mon  regard  eat 
rencontré  le  sien,  je  jurai...  ce  souvenir  m'accable  et  me 
défend  de  me  plaindre  de  ma  destinée I...  je  jurai  que  je  p^ 
rirais  ou  qu'elle  serait  à  moi. 

s>  Elle  était  belle I...  bien  belle!...  quels  mots  emploierai- 
je  pour  vous  la  peindre?...  Jamais  mes  yeux  ne  se  sont  repo- 
sés sur  une  femme  avec  cette  volupté  inefiable  que  je  goûtab 
à  la  contempler...  il  me  semble  que  Tbomme  le  plus  insen- 
sible eût  été  forcé  de  l'aimer...  que  l'homme  occupé  des  pro- 
jets les  plus  grands  et  les  plus  sérieux  eût  tout  oublié,  tout 
sacrifié,  pour  obtenir  d'elle  un  regard,  un  sourire...  Cette 
femme,  docteur,  a  exercé  sur  ma  vie  une  influence  fatale; 
elle  a  été  pour  moi  un  mauvais  ange,  un  démon...  et  cepen- 
dant, lorsque  je  songe  à  elle,  lorsque  je  me  retrace  les  traits 
de  son  visage,  le  son  de  sa  voix  et  l'expression  enchanteresse 
de  ses  yeux,  je  tressaille. . .  et  ce  corps  mutilé  est  encore  agité 
d'unfirisson  convulsif... 

»  Elle  était  Irlandaise  :  cette  grâce  de  mouvements,  ce 
pouvoir  fascinateur  qui  distingue  les  filles  de  l'Irlande,  elle 
le  possédait...  Sa  beauté  n'avait  point  ce  charme  virginal 
qui  écarte  les  pensées  profanes,  et  qu'on  aime  d'autant  plus 
qu'on  le  respecte  davantage...  non,  docteur  :  c'était  une 
digne  fille  d'Eve  après  sa  chute...  il  y  avait  en  elle  quelque 
chose  de  satanique ,  et  l'amour  qu'elle  inspirait ,  cet  amour 
brûlant,  plein  de  délire  et  de  frénésies,  vous  donnait  un 
avant-goût  des  tourments  de  l'enfer. 

»  J'avais  juré,  en  la  voyant,  qu'elle  serait  à  moi...  imagi- 
nez un  jeune  loup  jurant  de  détruire  un  boa  constrictor...  Je 
cherchais  encore  les  moyens  de  mettre  mon  plan  à  exécu- 
tion ,  que  déjà  elle  m'avait  enlacé  dans  ses  réseaux  :  avant 
même  d'avoir  commencé  l'attaque  que  je  méditais  contre 
"^Ile,  j'étais  à  sa  merci,  et  ma  perte  était  consonomée. 

^  Pendant  plusieurs  mois,  à  partir  de  ce  moment,  je  ne  quit- 
tai plus  la  maison.  Je  m*enivrai  de  mon  funeste  amour  : 


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LE  DI8TILLATEUB.  ikft 

j'achevai  de  perdre  tonte  raison,  tont  empire  snr  moi-même. 
Pour  expliquer  à  mon  père  ce  changement  dans  mes  habi- 
tudes, j'alléguai  que  j'étais  malade...  certes,  monsieur,  je  ne 
mentais  point  :  j'étais  bien  réellement  malade,  et  le  mal  qui 
me  frappait,  aucune  science  humaine  ne  pouvait  le  guérir. 
Fanny,  c'était  son  nom,  me  domina  entièrement  :  elle  devint 
pour  moi  une  créature  d'un  ordre  supérieur;  un  être  redou- 
table que  je  devais  fléchir  par  des  prières  et  me  rendre  pro- 
pice par  des  offrandes. 

»  J'ai  su  plus  tard  ce  que  c'est  d'être  possédé  par  la  haine 
et  la  vengeance  ;  mais,  croyez-moi,  docteur,  ces  deux  passions, 
même  dans  leur  plus  furieuse  énergie,  ne  sont  rien  en  com- 
paraison d'un  amour  tel  que  le  mien...  je  ne  m'appartenais 
plus  :  je  n'avais  plus  la  force  de  penser,  de  vouloir  :  l'argent 
de  mon  père,  je  le  prodiguais  à  cette  femme  et  aux  parents 
qu'elle  désignait  à  mes  libéralités. — Gomme  les  registres  dont 
j'étais  chargé  étaient  fort  mal  tenus,  je  réussis  à  faire  entrer 
dans  l'établissement  un  cousin  de  Fanny  en  qualité  de  pre- 
mier commis.  Elle  me  l'avait  vivement  recommandé,  et  l'as- 
pect misérable  de  cet  homme,  qui  d'ailleurs  paraissait 
très-intelligent,  plaidait  suffisamment  en  sa  faveur. 

1»  Si  Fanny  n'avait  exigé  de  moi  que  de  rargentI...Maisle 
croirez-vous,  monsieur  :  je  lui  sacrifiai  jusqu'à  ma  religion  : 
pour  lui  plaire,  je  me  fis  catholique  romain...  C'est  honteux 
à  dire  :  un  sourire  et  un  baiser  triomphèrent  de  l'éloquence 
et  des  arguments  de  Luther,  de  Calvin,  de  Knoxt  Quant  à 
moi  personnellement,  cette  apostasie  me  coûta  peu  et  ne  me 
causa  point  de  remords.  Mauvais  protestant,  tiède  catholique, 
je  ne  m'inquiétais  point  de  ce  que  je  devais  croire  et  profes- 
ser :  je  n'avais  qu'un  but,  conserver  l'amour  de  Fanny; 
c'était  là  ma  religion,  c'était  mon  dieu...  Mais  mon  père! 
mais  ce  sectaire  fanatique  1  comment  lui  apprendre  une  pa- 
reille nouvelle?  quel  effet  produirait-elle  sur  lui?...  malgré 
l'excès  de  mon  aveuglement,  je  voyais  fort  bien  que  je  ris- 
quais d'être  déshérité.  J'eus  peur  du  ressentiment  que  j'allais 


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SQScHer  conUre  moi,  «I  je  gavé»  le  secret  le  plue  profnd  mr 
iBO»  ckangenent  <fe  creyance. 

i> Doetear,  une  goalte  de  cordial...  Ci»  soaven»4i 

sent  ila  fois  dow  et  terribles...  ÏHeu de  temps  après,  Vwamfr 
cédant  enfin  ànesardenifeessuppHcations^  consentit  àameoer 
un  prêtre,  et  nous  Mmes  anariés  dandestineoient...  0  moa* 
aieart  ce  fol  on  heuren  jour  que  eehii  de  mon  mariaget 
Les  maux  qui  en  ont  résulté  sont  infinis  :  lontes  les  tortarea 
de  l'esprit  et  du  corps,  je  les  ai  depw»  éprouvées;  mais 
pou»  goûter  encore  ces  délices  dignes  do  ciel,  je  recommen- 
cerais s'il  le  fellait  ma  vie,  une  vie  qui  a  été  si  anséndile,  et 
que  je  termine  par  une  telle  mortt 

»  Tout  entier  à  mon  bonheur,  je  négligeais  de  plus  en  phm 
tes  afeires  de  la  fabrique;  mes  dépenses  continuaient  d'ang- 
menter,  tant  qu'enfin  mon  père  s'en  alarma  el  conçut  qael^ 
ques  soupçons. 

»  Cependant  Fanny  éteit  toujours  dans- la  maison  en  qoa- 
Klé  de  servante.  Son  cousin  Ormond,  qui  occupait  l'emploi 
de  premier  commis,  avaiît  su  conquérir  Tafféction  et  la  bieo- 
^  vefftance  de  mon  père.  Réglé  dans  ses  habitudes,  exact  à 
remplir  ses  devoirs,  il  s^entendail  encore  merveilleusemeDi  * 
fibtter  les  manies  de  son  patron.  Celui-ci  ne  tarda  point  à  lui 
accorder  une  confiance  ilHmîtée. 

»  Cet  état  de  choses  dura  quelque  temps.  Peu  à  peu  Piviosn 
à  laquelle  je  m'abandonnais  se  dissipa.  Je  vis  clairement  queHa 
était  ma  situation  :  d'un  moment  à  l'autre^  mon  père  pouraHr 
découvrir  ce  que  j'avais  tant  d'intérêt  à  lui  cacher,  et  alor» 
qu'en  résulterait-il?...  Je  dépendais  entièrement  de- lui...  ftr 
moi-même,  j'étais  incapable  de  gagner  ma  vie.  Je  n'avaia 
qu'une  connaissance  théorique  de  l'art  du  distillatear,  la 
pratique  me  manquait...  en  outre-,  mes  goûts,  me»  habîlwtef 
étaient  incompatibles  avec  un  travail  quotidien...  Que  mo» 
père  retirât  la  main  qui  me  soutenait,  je  tombais  dans  la 
misère,  j'étais  réduit  à  mendier  mon  pain...  et  celte  qae 
f  avais  associée  à  mon  sorti...  F%inny,  aux  yeux  de  qra'  j'ataw 


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bât  hfSlef  les  richesses  qui  deraieitt  être  un  jotrr  mon  par- 
tegel...  Fanny,  qne  f aurais  yoahi  asseoir  sur  an  trAnc,  en- 
TËronner  de  luxe  et  de  jouissances I  qa'anait-ellc  devenir? 
pavfTe,  m'aimerait-elle  encore  t.. .  N'être  plus  aimé  d'elle» 
(fêtait  renoncer  à  la  vie. 

»  Ce  ftit  alors^  monsieur,  qu'if  s'éleva  en  moi  dliorribles 
pensées...  Si  mon  père  mourait,  me  disais-je,  j'hériterais  de 
ses  biens...  je  serais  riclte...  je  pourrais  satisfaire  tous  ler 
eaprice^de  Fanny...  Ce  que  c'estl^que  le  coeur  de  l'homme» 
docteur,  de  Phomme  que  dominent  et  entraînent  ses  pas- 
sions!... Oui,  je  commençai  à  espérer,  puis  à  souhaiter  la 
mort  de  mon  père...  puis  ce  fiit  une  idée  fixe  qui  s'empara  de 
moi.  Je  me  procurai  des  Hvres  oà  j'étudiais  comment  on  peut 
secrètement  et  sans  être  soupçonné  hâter  la  fin  d'un  homme- 
Tous  Irémissez ,  docteur...  bahl  vous  êtes  jeune;  dans  quel- 
ques années  vous  écouterez  plus  tranquillement  de  pareils 
aveox. . .  vous  y .  serez  habitué. . .  » 

Le  hii  est  que  j'étais  saisi  d'horreur.  Ce  malheureux,  qui 
comptait  à  peine  parmi  les  vivants,  retraçait  avec  une  énergie 
effinayante  les  passions  qui  l'avaient  animé.  Pour  les  peindre» 
3  semblait  oublier  son  corps  mutilé,  ses  souffrances,  sa  mort» 
qui  s'avançait  rapidement.  Ses  yeux  étincelaient;  son  teint 
Ihride  se  colorait  par  moment  de  sinistres  clartés;  sa  voix 
rauque  avait  une  expression  pénétrante.  La  force  qui  le  sou- 
tenait était  une  espèce  de  galvanisme  ;  mais  ce  galvanisme» 
par  ses  effets  .et  sa  durée,  déconcertait  les  prévisions  de  la 
science. 

B  s'aperçut  de  mon  trouble,  et  il  sourît  amèrement,  comme 
si  mon  ignorance  du  cœur  humain  hii  eût  Ikit  pitié. 

«  Attendez,  reprît-il  avec  un  regard  perçant,  je  n'ai  pas 
tout  dit...  et  je  veux  que  la  confession  soit  complète...  Oui^ 
monsieur,  je  m*ètais  ftimiliarisé  avec  l'idée  d'un  crime  affreux.  .. 
Je  méditais  de  tuer  mon  père,  lorsqu'une  fois  il'  parut  devant 
moi,  les  traits  bouleversés  par  l'indignation ,  l'injure  et  la 
menace  â  la  bouche...  II  savait  enfin  la  vérité  :  sa  colère  ne 
connaissait  pa»  de  bornes,  t'austère  gravité  dont  il  s'env^ 


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183  LE  DISTILLATEUR. 

loppait  d'ordinaire  avait  fait  place  à  une  agitation  foriboade. 
Ses  mains  tremblaient;  sa  voix  était  saccadée.  Il  protesta  que 
je  n'étais  point  son  fils.  Il  se  répandit  en  invectives  contre 
moi,  contre  ma  mère  et  contre  la  fomille  de  ma  mère.  D 
maudit  même  le  pays  où  j'étais  né.  J'étais,  profikait-il,  on 
inCàme  apostat...  j'étais  un  voleur  contre  lequel  il  armerait  la 
vindicte  des  lois...  Mon  mariage  ne  méritait  point  d'être 
appelé  de  ce  nom;  ce  n'était  qu'une  vaine  cérémonie  célébrée 
par  un  prêtre  catholique...  une  honteuse  union  contractée 
avec  une  fille  perdue...  Jamais  la  fortune  qu'il  avait  amassée 
ne  servirait  à  nourrir  la  servante  que  j'osais  appeler  ma 
femme,  ni  le  fils  de  ma  mère...  il  ne  me  laisserait  pas  va 
farthing;  il  me  déshériterait,  et  il  informerait  le  public,  par 
la  voie  des  journaux,  que  toute  relation  était  rompue  entre 
nous... 

»  Vous  vous  imaginez  peut-être  que  je  baissai  devant  lai 
une  tête  humiliée,  et  que,  dans  ma  confusion,  je  ne  troarai 
pas  un  seul  mot  à  lui  répliquer...  Non,  non;  sa  colère  avait 
enflammé  ma  colère  :  mon  naturel  indomptable  était  digne  de 
lutter  contre  le  sien.  Je  l'accusai  à  mon  tour  d'hypocrisie, 
d'avarice,  de  déloyauté;  je  lui  reprochai  la  barbarie  dont  il 
avait  usé  envers  ma  mère  ;  je  lui  dis  qu'il  avait  mérité  son 
déshonneur,  et  que  je  me  réjouissais,  moi,  de  pouvoir  douter 
que  je  fusse  son  fils 

»  C'en  était  trop  :  il  ne  fut  plus  maître  de  la  rage  qui  le 
transportait;  il  leva  le  bras...  il  me  frappa...  Le  dirai-jel 
cette  agression  me  causa  une  joie  féroce  :  je  ripostai  ;  je  rendis 
coup  pour  coup...  Nos  imprécations  et  le  bruit  de  la  lutte 
attirèrent  les  ouvriers  de  la  fabrique:  on  nous  sépara;  on 
mit  fin  à  ce  combat  abominable!...  Il  était  temps I  le  crime 
que  j'avais  rêvé,  j'étais  sur  le  point  de  l'accomplir...  J'avais 
aperçu  un  rasoir  sur  la  cheminée...  un  moment  de  plus, doc- 
teur, peut-être  je  devenais  parricide.  x> 

(Ici  Philippe  Erris  s'arrêta,  épuisé.  Ses  yeux  étaient  fer- 
més ;  ses  lèvres  murmuraient  faiblement  des  paroles  que  je  ne 
pouvais  pas  entendre,  et  qui  étaient,  je  l'espère  du  moins, 


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LE  DISTILLATSUR.  158 

Teipression  du  repentir.  Après  nne  pause  pins  longue  que 
les  précédentes»  il  reprit  ]  : 

«  Aussitôt  que  mon  père  eut  recouvré  le  pouroir  d'articuler 
on  mot,  il  commanda  aux  assistants  de  s'emparer  de  moi;  et 
comme  je  me  débattais  avec  fureur,  luinnème  les  aida  de  ses 
mains,  et  je  fus  expulsé  violemment  delà  maison.  Au  bout 
de  quelques  minutes,  Fanny,  ma  femme  adorée,  fut  aussi, 
malgré  ses  cris  déchirants,  jetée  à  la  porte,  et  on  lança  après 
elle  ses  hardes  roulées«en  paquet...  puis  la  porte  se  referma, 
et  nous  restâmes  tous  deux  au  milieu  de  la  rue,  entourés  d'une 
foule  de  curieux  et  exposés  à  la  pitié,  aux  risées,  aux  ques- 
tions, aux  commentaires... 

»  Nous  nous  éloignâmes  au  plus  vite. 

»  le  conduisis  ma  femme  à  la  ville  voisine;  je  cherchai  un 
logement  modeste  où  je  l'installai,  et  avec  le  produit  de  la 
vente  de  quelques  bijoux  qu'elle  avait  conservés  sur  elle, 
nous  vécûmes  pendant  un  certain  temps. 

n  Les  menaces  de  mon  père  furent  promptement  suivies 
d'effet.  Une  première  note  insérée  dans  les  journaux  informa 
le  poblic  que  Patrick  Erris  ne  payerait  point  les  dettes  con- 
tractées par  son  fils  Philippe  à  partir  de  telle  époque. 

»Un  second  avis  annonça  que  la  fabrique  dirigée  par 
Patrick  Erris  aurait  désormais  pour  raison  sociale  Erris  et 
Ormond,  M.  John  Ormond  étant  de  moitié  dans  ladite  entre- 
prise. Cet  avis  était  signé  Patrick  Erris  et  John  Ormond. 

D  Après  cela,  docteur,  je  ne  pouvais  plus  me  faire  illusion 
sur  les  dispositions  de  mon  père  à  mon  égard.  J'exposai  fran- 
chement à  Fanny  notre  situation  :  je  voulais  la  consoler  par 
mes  caresses  et  puiser  près  d'elle  un  peu  de  courage...  mais 
comment  fus-je  accueilli?  par  des  larmes,  par  des  reproches, 
par  des  mots  durs  et  offensants...  Pour  ellej'avais  tout  perdu, 
et  voilà  quelle  était  ma  récompense  1 ...  A  partir  de  ce  moment, 
Fanny  se  montra  toute  autre  envers  moi.  Elle  devint  opi-r 
nifttre,  querelleuse,  maussade.  C'étaient  des  bouderies  inter- 
minables :  jamais  un  sourire  I  jamais  un  mot  de  tendressel 
J'avais  perdu  son  cœur  en  perdant  mon  héritage..  Tout  cela 


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IK  U  l)T8Tn.fjLT£CR.- 

éurit  dans  Tordre,  n'esfK^e  past  et  faBrais  ea  tort  de"  me 
plaindre...  mais  moi  je  l'aimais  comme  anx  pit^nriers  jours^ 
notre  miton;  loin  de  s'af&ibiir,  ma  passion  pour  elle  s'était 
etaftée...  Qne  n'ai-je  pas  soaffert  en  ht  voyant  passer  de 
Pailectton  à  TindîfKrence,  et  de  rindifPërence  an  dédainf 
Qnels  efforts  n'ai-je  pas  fkits  pour  la  ramener  I  Tout  fdt  in- 
ntîfe  :  eRe  ne  m'ahnait  plus  ;  et  mes  prières,  mes  larmes,  mes 
fhrenr»,  achevaient  de  l'éloigner  de  moi...  Je  me  consomais 
dans  des  doutes  affrenr  que  dissipaîefit  des  clartés  plus  hor- 
ribles encore...  Etait-ce  vrai?  quoi  f  Fanny  en  aimait  us 
autre!...  Ahf  cet  autre,  quèVqrfil  fftt,  je  lui  vouait tfàVance 
une  haine  implacable;  je  mé  promettais  de  tirer  de  M  une 
vengeance  égale  aux  tortures  qu'il  me  cisiusaitV^ 

»  Docteur,  avez-vous  aimé?  Savez-vous  ce  que  c'fest  que 
d'être  jatoux?...  Nonl...  alors  vous  ne  pouvez  me  compren- 
dre... La  jalousie!...  pour  la  plaindre,  pour  l'excuser,  il  fout 
l'avoir  ressentie. 

y>  Je  communiquai  à  Fanny  mes  soupçons  ;  elle  garda  on 
froid  silence,  et  ne  daigna  pas  même  me  rassurer  en  se  justi- 
fiant. 

»  Mon  caractère  s'aigrit.  La  diminution  rapide  de  nos  res- 
sources ajoutait  encore  à  mes  craintes,  à  mes  perplexités.  La 
misère  était  à  notre  porte  :  j'allais  apprendre  tout  ce  qu'il  y  a 
d'horrible  dans  ce  mot  le  besoin! 

»  Le  ciel  m'est  témoin,  docteur,  que  si  je  redoutais  cette 
épreuve,  c'était  pour  Fanny  et  non  point  pour  moi...  Illusîon 
de  r'amourî  je  me  figurais  que  si  elle  vivait  avec  moi  dans  le 
luxe  et  Tabondance,  je  pourrais  recouvrer  «on  affection  per- 
due. Je  me  persuadais  que  ma  pauvreté  seule  m'avait  aliéné 
son  cœur  :  je  me  disais.. ...  les  raisons  que  je  me  donnais  à 
moi-même  furent  sans  doute  bien  spécieuses  ;  car  à  force  cTy 
songer,  je  résolus  de  me  vaincre,  de  chercher  à  Béchir  te 
ressentiment  de  mon  père,  dlmplorer  son  pardon,  de  m'hu- 
milier  devant  lui. 

»  Oui,  docteur,  je  formai  ce  projet,  et,  qui  plus  est,  je  l'exé- 
cutai. Jugez  par  là  de  l'excès  de  ma  passion  I. . .  Oui,  je  domptai 


Digitized  try  VjOOQ  IC 


EB  BUVlSIIASEiac  lU 

nwD  oignet)  qui  se  révoltait  à  l 'idée  d'Y»  panifier  dénuttcbeb. . 
oui,  je  repris  le  ebemi»  de  eetle  maiflon  d'où  gavais-  étfr  ehasaè 
bmitetisenent.. .  cwi,  je  me  présentai  en  snppliaat  devaat  mon 
père,  et  je  forçai  ma  bouche  à  prononeer  des  paroles  d'excuae 
et  de  repentir. 

»  IKeif  du  ciel  I  je  frémis  quand  j'y  songe.. .  Hoa  père  était: 
dans  ses  ateliers  r  il  ne  parut  pâle,  défeit  et  vieilli  de  dix  ans^ 

»Hais  son  visage  seul  avait  changé;  son  caractère  infleadUe 
étant  resté  le  mène.  Ma  vue  vauiflia  sa  ccdère  :  il  reftisa  de^ 
nf  entendre. . .  Je  le  conjurais  cependant  de  tout  oublier. . .  j'en: 
appelais  k  la  tendresse  qu'il  m'avait  jadis  témoignée. . .  Jefisî» 
sBBceld,  moTvsieiir,  en  présence  des  ouvriers  de  la  fiatbriqaev- 
des  hommes  que  j^avais  eus  sons  mes  ordres,  et  que  je  ren** 
àm  téinoins  de*  mon  humiliation. . .  Mon  père  fut  sourd  à 
toutes  mes  prières...  Alors  je  me  tournai  vers  Ormond,  qm 
étMlàses  eétés,  et  je  leconjurai  deplaider  ma  cause. .  .Ormond^ 
qui  me  devait  tout,  me  répondit  par  un  regard  de  mépris,  et 
8w  tm  signe  de  mon  père,  les  ouvriers  me  saisirent  et  me: 
repoQssèrent  hors  de  la  maison. 

^  l^onr  la  seconde  fois  on  me  chassait  1 

»  Qwe  se  passa-t-il  alors  datis  ma  tète  ?  Je  l'ignore. . .  Ce  qœ 
jfr  me  rappelle,  c'est  que-  deux  heures  après  et  à  quelques 
«SIes  de  le,  un  constable  m'arrêtait  comme  étant  en  état 
f ivresse,  et  me  conduisait  à  la  maison  de  détention. 

»J'y  restai  quarante-huit  heures,  et  j'eus  tout  le  temps  ém 
l'^p^ser  dans  mon  esprit  les  moindres  détails  de  mon  entre** 
vue  avec  mon  père.  Ce  qui  m'étonnait  le  plus,  c'était  lacoifr- 
dutte  d<e  John  Ormond.  Lui  que  j'avans  Mi  ce  qu'il  était,  il 
n'avait  pas  trouvé  à  dire  un  seul  mot  en  ma  feiveur  !.. .  Ah  l: 
docteur,  j'étais  encore  jeune  et  inexpérimenté...  je  cpoyaia  k 
J^recomraissance  de  ceux  que  j'avais  obligés* . .  folie!  décep- 
tion don*  je  suis  reyewu  avec  le  temps  I. . .  Sûrenient,  pensaifrje, 
Onsead  intercédera  pour  moi;  it  attendra  un  moment  pao- 
pice...  c'est  un  ami  dévoué  sur  lequel  je  dbis  compter...  B. 
faQt  que  je  le*  vole  secrètement,  afin  de  combiner  mes  alforte 
avec  fes  siens* 


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1S6  LB  BISTILLATBIJK. 

»  C'est  pourquoi,  lorsque  je  fus  libre  et  que  je  sentis  les 
dures  atteintes  de  la  faim...  j'en  étais  réduit  là,  docteurl... 
j'épiai  l'instant  où  John  Ormond  quittait  chaque  soir  la  dis- 
tillerie et  retournait  à  sa  demeure. 

x>  Je  l'abordai  amicalement,  et  commençai  à  m'ourrir  i  lai 
dans  toute  l'eiïusion  de  mon  cœur.  Dés  les  premiers  mots  0 
m'arrêta,  et  d'un  ton  familièrement  protecteur  : 

«Ecoutez-moi,  Philippe,  me  dit-il:  je  vous  déclare  une 
fois  pour  toutes  et  je  vous  prie  de  vous  rappeler  à  l'avenir 
que  je  désire  n'avoir  rien  de  commun  avec  vous. ..  votre  père 
fera  ce  qu'il  voudra,  je  ne  m'en  mêle  point...  ainsi,  bonsoir... 
ne  me  retenez  pas  plus  longtemps...  Mes  amitiés  à  Fannj: 
dites-lui  que  j'espère  qu'elle  ne  m'a  pas  oublié. 

X)  D'après  ce  que  je  vous  ai  raconté  de  mon  histoire,  vous 
savez  combien  mon  caractère  est  fougueux;  ce  nouvel  ou- 
trage mettait  le  comble  à  la  mesure.  Le  ton  de  raillerie  impor 
dente  avec  lequel  Ormond  avait  prononcé  le  nom  de  Fanny 
acheva  de  m'éter  la  raison.  Être  insulté  par  un  tel  hommel... 
Je  lui  sautai  à  la  gorge  et  je  m'efforçai  de  le  terrasser. 

Il  Mais  il  était  taillé  en  athlète  et  doué  d'une  vigueur  peo 
commune  :  il  résista  à  mes  secousses  et  me  renversa  sous  lui; 
puis  s'armant  d'une  houssine  qu'il  tenait  à  la  main ,  il  m'en 
sangla  le  corps  et  le  visage.  Tant  qu'il  me  resta  quelqaes 
forces,  je  me  débattis  sous  son  étreinte  puissante;  à  début 
des  mains,  j'employais  les  dents,  je  mordais,  je  déchirais... 
tout  fut  inutile  :  Ormond  réussit  à  me  contenir,  il  redoubla 
les  coups  qu'il  ne  cessait  de  me  porter;  enfin  la  douleur,  l'é- 
puisement, l'excès  de  la  rage,  me  réduisirent  à  l'impuissance 
de  nuire.  Je  demeurai  étendu  sur  la  terre ,  meurtri,  sanglant 
et  inanimé. 

»  Lorsque  je  revins  à  moi,  j'étais  seul...  Ormond  s'était 
éloigné,  dédaignant  de  me  livrer  aux  constables,  et  m'abao- 
donnant  à  ma  destinée.  Je  regagnai  ma  demeure.  La  nuit  était 
sombre,  le  brouillard  épais;  je  marchais  en  tâtonnant  au  m- 
lieu  des  ténèbres...  Quelles  idées  je  roulais  dans  ma  tétel 
quels  projets  de  vengeance  je  caressais  I...  Ormond  m'était 


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U  PmiLLATBUm.  117 

rapèrieiir  en  forces  physiques.,  soitl  je  ne  le  pfOToqaerais 
point  à  la  latte;  je  l'attaqaerais  à  chances  plus  égales...  je 
me  vengerais  de  lui,  dossè-je  périr,  dnssé-je  acheter  ma  vie* 
toîre  de  la  perte  de  mon  Ame. 

-»  ]>octeur ,  je  serais  tenté  de  croire  que  »  pendant  cette 
noit-Ii ,  mes  imprécations  et  mes  fîirears  évoquèrent  un  dé* 
mon,  et  qu'entre  lui  et  moi  un  pacte  infernal  fut  conclu. 

1»  Je  retournai  près  de  Fanny  ;  là  m'attendaient  des  repro- 
ches, des  plaintes,  des  querelles,  qui  ne  me  laissaient  ni  re- 
pos ni  répit.  Les  jours,  les  semaines  se  succédèrent»  notre 
situation  continua  d'empirer  :  il  nous  fallut  tomber  de  chute 
en  chute,  descendre  ce  qu'on  appelle  les  échelons  de  la  so* 
ciété,  et  cacher  notre  misère  au  milieu  de  gens  aussi  pauvres 
et  anssi  dégradés  que  nous... 

j>  J'aurais  cependant  supporté  ce  genre  de  vie,  tout  affreux 
qa'U  était,  si  Fanny  m'en  avait  tenu  compte,  si  elle  eût  payift 
d'an  peu  d'amour  et  de  pitié  ce  que  je  souCFrais  pour  elle; 
un  regard ,  un  sourire  de  Fanny  eût  ravivé  mon  courage. 
Pauvre,  mais  aimé  d'elle,  j'aurais  encore  été  le  plus  heureux 
des  hommes...  Mais  tout  me  manquait  à  la  fois;  Fanny  était 
la  première  à  m'abandonner...  Eh  bien ,  doctemr,  contre  tant 
de  maux  et  de  chagrins  je  recourus  au  gin  et  au  whisky  ;  je 
me  réfugiai  dans  l'ivrognerie,  je  m'étudiai  à  m'abrutir;  je  fis 
en  sorte  que  ma  raison ,  continuellement  obscurcie  par  les 
vapeurs  de  l'alcool ,  ne  pût  point  se  dégager  des  ténèbres 
dont  elle  était  enveloppée.  J'étais  si  à  plaindre  quand  je  n'é- 
tais pas  ivrel...  C'est  ainsi  que  j'errais  en  chancelant  à  travers 
les  rues  de  la  ville,  hué  par  les  enfants  et  les  oisift,  et  devenu 
poor  les  honnêtes  gens  un  objet  de  mépris  et  de  dégoût. 

y>  Un  jour  que  j'avais  été  enfermé  dans  la  maison  de  correc» 
tion  et  forcé  de  m'abstenir  de  toute  liqueur  alcoolique,  je  me 
mis  à  réfléchir  qu'en  restant  fidèle  à  ce  système  d'ivrognerie, 
je  n'accomplirais  jamais  mes  projets  de  vengeance.  Cette  idée 
me  frappa;  je  résolus  d'être  plus  sobre  à  l'avenir,  et  rendu  à 
la  liberté ,  je  songeai  à  exécuter  la  promesse  que  je  m'étais 
fiûte  à  moi^me. 


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us  a  MmuMEvm. 

-m  SmtmB  -aae  ^«Ite  ée  cordW,  ^Mieiur^.  Lattses^M  le- 
preBére  dw  fonces  afia  de  vaw  caeonter  les  aoiwelles  qae 

))  Mon  père ,  après  m'avoir  déshériié  par  son  CeataoïeBlf 
amait  élé  aéquaalvé  éaas  ue  maÎBoa  <le  fous.  Son  associé, 
Jbki  OnKMid^  dirigMÂt  «ettl  la  naison  de  commerce.  La  voix 
puhiîqM  «i'aeo«aaît  kaulemeat  d'avoir,  par  iBeo  ûioondaifte, 
cane  la  déflE»Boe  de  mon  père.  Qusait  à  Jolm  Ormoiid,  on 
vaaÉait  mm  aAWiàé^  aoa  inidligence»  aon  appUoition  aazaf- 
fûnea.  J'appris-encore  qu'il  avait  accrédité  le  bruit  <pie  j'é- 
tais imssi  atteîat  de  folie*..  Le  d^pna  fcomnie  ai'aiiiait<pn8Bf , 
6Ï1  Tavait  pu,  près  de  aM>a  père,  à  Tbôpital. 

%  Un  débttaat  de  wàisky,  chez  lequel  je  ai'étais  arrêté,  ne 
donna  tous  ces  détails.  Je  poursuivis  na  route  «a  ooéditant 
aar  ce  que  je  venais  d'apprendre,  et  à  travers  un  labyrinthe 
de  ruelles  et  de  passades,  je  regagnai  le  misérable  tandis  où 
j'avais  laissé  ma  femme.  A  mesure  que  j'approdiais,  de  fi- 
cheux  pressentiments  me  serraient  le  cœur  :  je  m'inquiétais 
de  Taccaeil  que  j'allais  recev<Mr  ;  je  me  demandais  si  pendant 
aion  absence  aucun  malheur  n'était  arrivé  a  Fanny... 

1»  fe  parvins  jusqu'à  mon  logement...  ^le  n'y  était  pas... 

J'interrogeai  des  voisins. elle  s'était  enfuie  avec  on 

amant  1 

»  Un  amant  t.. .  Mon  Dieul  de  tous  les  coups  qui  m'avaieai 
firappé,  celui-ci  était  le  plus  rude;  j'en  demeurai  étourdi, 
comme  si  ce  déooûment  de  nos  amours  n'eAt  pas  été  iogkpie, 
comme  si  je  n'avais  pas  dà  m'y  attendre...  Mais  il  n'était 
point  dans  mon  caractère  de  m'arrèter  à  de  vaines  lamenta- 
tions. Cet  amant,  quel  étaitr41?...  Une  vois  intërienreme 
criait  qne  c'était  Ormond...  Oui,  rbomme  qui  avait  rérélé  à 
mon  père  le  secret  de  mon  mariage  et  de  mon  chang^nent  de 
reUgioa,  l'honm^  qui  m'avait  £sit  chasser  de  la  maison  pa- 
ternelle pour  se  mettre  i  ma  place,  un  tel  homme  avait  dû 
achever  son  œuvre  en  me  ravissant  mon  dernier  bien,  le  oosar 
de  ma  femme...  Peut-être  même  que  depuis  longtenqps...  Oh! 
quel  soupçon  horrible  !..    ce  parent  qu'elle  m'avait  reoofli- 


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maadé  arec  tant  dlailancest  ce  n'était  peat-étns  qu'un  auMuat 
dégoiaéJ... 

DJeprû  ma  course  en  insensé»  au  milieu  des  ténèbres; 
mais  je  ne  courus  point  au  hasard,  la  haine  dirigeait  mes  pas: 
ce  M  elle  qui  me  conduisit  aux  abords  de  Tiuibitation  de 
ID09  ennemi.».  Une.  voiture  attendait  â  la  porte  d'entrée... 
Bientôt  la  porte  s'oavrit,  et  caché  dans  l'ombre  que  projetait 
uns  maison  jroifiine,  je  vis  paraître  un  homme  et  nue  femme.. . 
C'était  Qnnond...  c'était  Fanny...  Fanny  somptueusement 
jiaTèe]  Elle  s'appofait  à  son  liras,  elle  le  regardait  avec  cette 
exjprasion  enivrante  qui  m'avait  autrefois  ôté  le  jugement  et 
la  raison...  Ah!  docteur,  docteur  I  les  tortures  physiques  qui 
ae  idlécbirent  et  la  perspective  de  la  mort  qui  s'approche, 
qa'est-ceque  tout  cela,  en  comparaison  d'un  pareil  souvenir? 

D  Tous  deux  montèrent  en  voiture  et  prirent  place  Tum  i 
c6té  de  l'autre.  On  inaugurait  ce  soir-là  le  théâtre  de  la  petite 
rille  où  je  demeurais,  et  qui  était  située  à  peu  de  distance  de 
la  fiabrique.  Fanny  et  Ormond  partirent  en  riant  dans  cette 
direction;  la  roue  de  leur  voiture  effleura  mon  corps...  Ils  ne 
sorent  pas  m'apercevoir;  l'instinct  de  la  conservation  ne  les 
arertii  pas  de  ma  présence...  J'étais  à  leur  piste  cependant... 
je  les  suivais  comme  un  loup  suit  sa  proie,  en  guettant  le 
moment  de  l'attaquer. 

»  Vous  vous  étonnez  peut-être,  monsieur,  que  je  ne  les  aie 
pas  tués  tous  deux  à  l'instant  même  ?...  Patience,  docteur I  II 
7  a  des  ra£Gnements  de  souffrance  que  l'on  savoure  quelque- 
fois avec  un  plaisir  £àroce...  On  aime  à  se  sentir  bien  mal- 
heureux, bien  outragé,  bien  trahi,  pour  être  plus  en  droit  de 
aiaudire  la  Providence,  de  détester  l'espèce  humaine  et  de  se 
Tengsr...  Les  tuer  tous  deuxl  et  comment  raurais*-je  fait?  je 
n'avais  point  d'armes;  Ormond  m'eût  terrassé  encore  une  foift, 
il  m'e&t  terrassé  â  $e$  yeuxL,.  Non,  non  1  plutôt  la  mort  que 
cette  dernière  honte  !...  J'étais  dévoré  de  haine  et  de  jalousie, 
mais  je  cdculais  mes  chances,  afin  de  frapper  des  coups  plus 
sûrs. 

i'arrivaî  ^n  même  temps  que  Fanny  et  son  amant  au  péri- 


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160  LE  DISTILLATEUR. 

style  du  théâtre  :  ils  se  perdirent  sous  le  vestibule,  au  milieu 
d'une  foule  joyeuse;  je  ne  pouvais  les  suivre  plus  loin...  je 
n'avais  pas  de  quoi  acheter  une  place  aux  secondes  ga- 
leries ! 

)»  Cette  nuit-là  je  conunis  mon  premier  vol...  Cent  fois  au- 
paravant j'avais  filé  la  carte,  triché  au  jeu,  et  exercé  toute 
autre  industrie  de  ce  genre;  mais  je  n'avais  jamais  volé... 
Eh  bien,  c'était  un  degré  qui  me  restait  à  firanchir  :  je  le  fran- 
chis... et  avec  le  produit  de  mon  vol  je  me  procurai  un  pis- 
tolet, des  balles,  de  la  poudre...  puis  je  me  promenai  aux 
abords  du  théâtre.  Que  les  heures  me  semblèrent  longues  I  Je 
songeais  aux  perfidies  dont  j'avais  été  victime...  Onnond, 
s'autorisant  de  sa  prétendue  parenté,  avait  sans  doute  recueilli 
ma  femme  sous  son  toit. 'Cet  homme,  si  soigneux  de  sa  répu- 
tation ,  avait  ainsi  trouvé  le  moyen  de  concilier  ses  plaisirs 
avec  la  décence  publique;  et  tandis  que  je  me  consumaàs  eu 
prison,  Fanny  et  lui...  Ah!  combien  il  me  tardait  de  m'ac- 
quitter  envers  eux  et  de  leur  payer  d'un  seul  coup  toutes  mes 
dettes  I 

»  Ce  moment  si  désiré  arriva  enfin  I  La  représentation  était 
terminée ,  la  foule  s'écoulait  du  thé&tre  :  Ormond  sortit,  ac- 
compagné de  sa  maîtresse  ;  ils  remontèrent  en  voiture,  et  je 
m'élançai  sur  leurs  traces. 

)»  Il  faisait  une  belle  nuit,  une  nuit  pleine  de  silence  et  de 
tranquillité  ;  mais  que  m'importait  à  moi  ce  calme  de  la  na- 
ture?... un  orage  terrible  grondait  dans  mon  cœur...  Je  dis- 
tinguais la  voix  des  deux  perfides...  ils  causaient  en  riant... 
et  j'étais  là,  haletant,  épuisé  de  fatigue  et  de  besoin,  conrert 
de  haillons  1...  Il  y  eut  un  instant  où  la  voiture,  parvenue  au 
pied  d'une  colline,  ralentit  sa  marche...  J'armai  mon  pistolet... 
je  m'approchai  de  la  portière...  je  levai  le  bras...  mais  une 
réflexion  subite  me  retint.  Qu'allais-je  faire?  les  tuer  au  mi- 
lieu de  leur  joie ,  les  tuer  sans  qu'ils  se  sentissent  mourir, 
sans  qu'ils  connussent  même  la  main  qui  les  frappait !.« 
Était-ce  là  me  venger  comme  je  le  voulais? 

»  Je  les  laissai  vivre  ;  leur  voiture  s'éloigna.  Quant  à  eux, 


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LB  DISTILLATEUR»  Ifii 

occupés  uniquement  Fan  de  l'autre»  Us  ne  m'avaient  pas  aperçu. 

»  J'étais  donc  seul  au  monde,  déshérité  de  mon  père,  aban- 
donné de  ma  femme,  dépouillé  de  mon  patrimoine,  dénué  de 
tous  moyens  d'existence  1  J'essayai  d'un  travail  honnête,  j'en- 
trai conune  simple  ouvrier  dans  une  distillerie. ..  mes  habitudes 
d'ivrognerie  m'en  firent  renvoyer  au  bout  d'une  semaine. 

j>  Alors  j'étouffai  tous  mes  scrupules,  et  je  m'associai  à  une 
bande  de  fraudeurs  déterminés  qui  distillaient  des  liqueurs 
dans  les  endroits  les  pltite  retirés  des  montagnes.  Notre  troupe 
se  composait  de  douze  hommes  plus  ou  moins  dégradés,  plus 
on  moins  perdus  de  vices*et  de  crimes.  Pour  écouler  nos  pro- 
duits, nous  faisions  la  contrebande  entre  l'Ile  de  Man  et  l'An- 
gleterre. Les  connaissances  que  je  possédais  de  l'art  du  dis- 
tillateur me  valurent  un  accueil  distingué  ;  j'étais  pour  ces 
hommes  une  acquisition  précieuse,  et  je  devins  tout  d'abord 
un  des  personnages  les  plus  influents  de  la  troupe.  L'appareil 
dont  nous  nous  servions  était  du  genre  le  plus  simple,  et  fa- 
cile à  transporter  d'une  place  dans  une  autre.  Nous  changions 
fréquemment  de  cachette  :  notre  atelier  était  tantôt  une  hutte 
an  milieu  des  marais,  tantôt  une  caverne  creusée  dans  le 
flanc  des  montagnes,  tantôt  des  roches  escarpées  situées  au 
bord  de  la  mer;  mais  nous  choisissions  toujours  notre  em- 
placement dans  un  rayon  peu  éloigné  de  la  ville  qui  était  le 
centre  de  nos  opérations. 

j>  Les  ruines  d'un  vieux  château  que  vous  connaissez  peut- 
être,  docteur,  car  il  n'est  qu'à  vingt  milles  d'ici,  sur  la  côte^ 
nons  avaient  abrités  pendant  quelque  temps.  Le  voisinage  de 
la  mer  nous  était  d'une  grande  commodité.  L'édifice,  à  l'ex- 
ception d'une  tour  qui  était  restée  debout,  présentait  un  amas 
confus  de  pierres  et  de  briques  ;  irexistait  sous  cette  tour  une 
voûte  spacieuse ,  qui  n'avait  d'autre,  issue  et  d'autre  accès 
qu'un  escalier  étroit  fermé  par  une  trappe.  Seulement,  pour 
établir  un  courant  d'air  qui  facilitât  le  dégagement  de  lafuméCi 
nous  avions  pratiqué  un  trou  assez  large  dans  l'épaisseur  de  la 
muraille.  Le  point  où  ce  conduit  aboutissait  au  dehors  était 
masqué  par  des  touffes  de  buissons  et  le  feuillage  d'un  lierre. 

5*  SÉRIE. —  TOME  XII.  il 


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»  QaékftB  ayantBg^iisef  que  fikt  cette  caobettasoiis  benonp 
éê  raf»ports,  comme  elle- était  insaioJbiie,  nous  pilnesle  parti 
dfj  venonceff,  et  d0»  nous  étaUlHMadaaa  les  toines  aiNiii*- 
dOMnées  d'un  vieux  moulini.  €b  mouli»  était  aîtiiépcè»  de  Iv 
«dte,  à  râigt  milles  d'ici  fOU'  VxpfMà  MUi^^MaÙL 

»  Amw  endroit  f»  pouvait  mieux  noms  conve».  B  était 
MiDiiré  dto' rochers  au  ttîlieades(|afll»OQ  saglisiait  sans  être 
«perça  ;  un  ruisseau- cpà  bapgoaat  lo  pûsd  datées  miMs  allât 
se:  jeter  dans  la  mer  ;  pitt»  laift,  da  côté  de  la  tersr,  s'éten*» 
éffîent'des  landes  incultes  el/preMpekchabitdes.  Nî9ii»fmflioiis 
nntîr  par  eau  tout  ce  dont  nous  airinos-  besoift.  Be  petite 
slbop^fiiis  Toilters  transportaient,  àil»  Samu  des  ombres  4a 
hp  umt,  les  produits  de  notre  induetoie.  Noua  eommeaçàmeft 
à  opérer  sur  unevasCie  édidie;  nouai  nienioi»<  mm  joyeose 
tie.  Cette  époque  toute  remplie  d'eKcès  et  de  seuUlaie»  fofl 
pourtant  une  de  celles  où  je  ftia  le  moina  malheueeuB.  foo- 
btiaia  Ormond,  j'oubliais  Fanny,  Fanay,  qne  jfairaÎBr  tant  a£- 
Htèe',  et  qui  m'avait  trabi  si  indignement!..  Et  Umqne  je  ae 
peuvaie  me  débarrasser  de  eette  image,,  je  bavais^  Le  vUsk; 
é^it  une  ressource  toujours  prête;  j'en  «sais  Isacgenent 

»-CependMiIa  quantité  de  liqueuns  que  non»  distillions  en 
frmidte  éveilla  Tattention  des  fabricants  :  nne  snciébé  se  fbinMi 
peur  la  suppression  de  ce  commerce  itticito,  et  Ton  pEanùâi 
de  grandes  récompenses  à  qui  dénoscenaitles)  coupables.  Le 
sèerâtairer^  le  soeiévé,  celui  quii  en^  était.  le  memine  le  plus 
actif,  c'était  John  Oïmond,  chef  detkbmaiaen  Earis  et  Ovmoid. 

Mflrib*  les  mesuresi  que  Ton  prenait  peur  nefse  anreetafcien 
né"  troublaient  guère  noftre  sécurité.  N'aurienanieun  pas  dans 
fe  fine  principale  du*  drstttct  un  agent  fan  mms  inibannait  de 
f(lirt?  TVbue  croyions  être  sers* de  lut;  eenwse  s'il  eiiataît  on 
seuP  honraie  qui  puisse  ne  pas  être  tmié  par  TappAt  dn  ffim\ 
Wotre  agent  devait  Fôtre...  il'le  fat. 

if  Un  matin  que  j'étais  resHè  avec  un  de  mes  eempagnoas, 
nommé  Tommy,  dans  te»  ruines  du  vieux  nfeûiîn,  Tomafr 
t[txit  était  couché  par  terre,  distingua^  ttn>  bruit  seurd^  parett  à 
cefui  des  pas  de  plusièu»  bonmes  qm  s'appredunent.  Noni 


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LE  DISTUXATEUIL  1S8 

crfanes  d'abord  qne  c'éUient  nos  cftHiaradea.  En  elBèt ,  ils 
éUitat  partis*  de  bonne  heure  avec  une  petite  charrette  pour 
aUev  chercher  du  graift  dont  nous  manquions*.  Tonuny  écouta 
plas  alieatiTement,  et  il  reconnut  le  pas  mesuré  d'une  troupe 
d'inËintecie^.  Aussitôt  nous  nous  élançâmes  hors  des  ruines^ 
et  nous  vtmes  à  cent  pas  de  distance  un.  détachement  de  mi- 
lice que  guidaient  un  officier  de  Tacciee  et  John  Ormond. 

»  JcAn  Ormond  était  monté  sur  un  cheval  magnifique  dont 
il  avait  qiie)qua|ieineà  maîtriser  l'ardeur.  li  nous  distingua 
panni  l#s  rochers ,  oit  nous  nous  étions  d'abord  réfugiés  ;  il 
me  rtconnat^  et  à  l'instant  U  donna  à  sa  troupe  le  signal  de 
nous  poursuivre  V  lui-même  se  précipita  sur  nos  traces. 

»  Mais,  la  naâuie  du  terrain  facilitait  notre  évasion  ;  nous 
pûmes  gagner  le  rivage  et  nous  jeter  dans  une  petite  barque 
qpiy  était  amarrée  en  cas  de  surprise.  Nous  poussâmes  au 
large  ;  il  était  temps  :  Ormond  nous  serrait  de  près ,  et  nous 
a'avioM  pas  donné  trois  coups  de  rame  que  déjà  il  galopait 
sur  k  bord  de  la  mer..  En  voyant  que  nous  lui  échappions, 
sa  rage  fut  extrême;  il  poussa  son  cheval  au  milieu  de  l'eau. 
L'animal  se  débattit,  se  cabra,,  et  finît  par  renverser  son  ca- 
valier snr  k  sable.  Ormond,  qui  n'avait  point  lâché  la  bride,  se 
releva,  et  je  le  vis  qui  accablait  sa  monture  de  coups  furieux. 

»  Lorsifie  nous  eùme»  mis  entre  nous  et  nos  ennemis  une 
diatanee  assez  gyande,  nous  cessâmes  de  ramer  et  nous  sui- 
vimes  des  yeux  leura  mouvements.  L'officier  de  l'accise  dé- 
ploya un  papier  qu'il  parut  lire  à  haute  voix  ;  cette  formalité 
accomplie,  las  soldats  procédèrent  â  la  destruction  de  notre 
appareil  et  de  tout  ce  qui  nous  servait  i  distiller. 

»  Pendant  ce  temps-lâ  >  docteur  „  je  demeurais  appuyé  sur 
ma  rame,  considérant  d'un  œil  fixe  cet  homme  qui  avait  causé 
tous  mes  maux ,  et  cpii  en  ce  moment  encore  se  montrait 
acharné  à  ma  perte.  C'était  lui  qui  excitait  le  zèle  des  soldats  : 
il  allait ,.  d  venait  d'un  air  affairé ,  et  semblait  prendre  un 
plaisir  cruel  à  l'œuvre  de  destructioA...  De  quel  tort  étais-je 
coupable  envers  cet  homme?...  Dikpius  grand  de  tous:  je 
l'avais  obligé. 


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I6'l-  LE  BISTILLATBUR. 

»  Tommy  proférait  mille  imprécations,  mille  injures,  qu'il 
envoyait  de  loin  à  Tofficier  de  Taccise  et  aux  soldats...  Moi, 
docteur,  je  ne  disais  rien;  mais  quel  silence  que  celui-làl  Je 
n'étais  occupé  que  d'une  seule  pensée,  d'un  seul  désir,  la 
vengeance I  Dans  le  secret  de  mon  cœur,  je  priais...  oui, 
monsieur ,  je  priais  Satan  qu'il  me  fournît  Toccasion  et  le 
moyen  de  me  venger  ;  à  ce  prix,  je  lui  livrais  mon  âme. 

»  Lorsque  les  soldats  eurent  brisé  notre  appareil ,  ils  mi- 
rent le  feu  à  une  quantité  assez  considérable  d'alcool  que 
nous  avions  en  provision  :  les  flammes  jaillirent  par  les  cre- 
vasses du  vieux  bâtiment  et  s'élevèrent  en  colonnes  tourbillon- 
nantes qui  se  balançaient  à  droite  et  à  gauche,  sous  l'impul- 
sion du  vent.  Ce  spectacle  effraya  le  cheval  de  John  Ormond; 
son  maître  essaya  inutilement  de  le  contenir;  l'animal,  qui 
avait  pris  le  mors  aux  dents,  emporta  son  cavalier  à  travers 
les  landes  du  voisinage. 

»  Quelques  moments  après  nous  vîmes  l'officier  de  l'accise 
et  le  détachement  de  milice  se  diriger  vers  la  ville  en  lon- 
geigit  la  côte.  Ormond  ne  les  accompagnait  pas. 

»  Lorsque  nous  crûmes  n'avoir  plus  rien  à  craindre 
pour  notre  sûreté ,  nous  nous  rapprochâmes  du  rira^e. 
Les  ruines  du  moulin  étaient  telles  que  nous  les  avions 
laissées;  mais  tout  y  avait  été  brûlé,  fracassé.  Il  ne  res- 
tait pas  un  alambic  qui  fât  intact.  N'ayant  plus  rien  à  faire 
dans  ce  lieu  de  désolation,  nous  regagnâmes  notre  barque. 
Une  courte  traversée  nous  conduisit  à  une  petite  anse  creusée 
dans  les  rochers.  Après  y  avoir  caché  notre  bateau,  nous 
primes  le  chemin  de  la  tour  dont  j'ai  déjà  parlé.  Nous  ne  l'ha- 
bitions plus,  mais  elle  continuait  de  nous  ser>'ir  de  magasin. 
C'était  là  que  nos  compagnons  s'étaient  rendus  dans  la  matinée. 

»  En  y  arrivant,  nous  fûmes  extrêmement  étonnés  d'aper- 
cevoir au  milieu  des  ruines  le  cheval  d'Ormond  attaché  à  un 
fragment  de  muraille  et  trempé  de  sueur.  En  même  temps, 
nous  entendîmes  dans  l'intérieur  de  la  tour  un  bruit  de  voiî 
irritées  et  menaçantes.  Deux  hommes  de  notre  bande  accou- 
rurent au-devant  de  nous,  et,  pleins  de  joie,  ils  nous  racon- 


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LE  DISTILLATEUR.  165 

tèrent  que  comme  ils  se  disposaient  à  partir,  Ormond  lui- 
même,  entratoé  par  son  cheval,  était  venu  tomber  au  milieu 
d'eux.  Ils  s'étaient  assurés  de  sa  personne,  et,  après  l'avoir 
garrotté,  ils  l'avaient  transporté  dans  notre  ancienne  ca- 
chette. 

r>  A  cette  nouvelle,  docteur,  tout  mon  sang  reflua  violem- 
ment vers  ma  tète;  un  éblouissement  passa  sur  mes  yeux  ; 
mon  cœur  battit  avec  force  dans  ma  poitrine.  Je  demeurai 
sans  voix...  je  me  sentais  tenté  de  fléchir  les  genoux  et  de 
rendre  grâce  à  e$lui  que  j'avais  invoqué  naguère,  et  qui  m'avait 
si  bien  exaucé! 

)»  Cependant  Tommy  annonça  à  nos  compagnons  la  cata- 
strophe du  moulin  et  la  part  active  que  le  prisonnier  y  avait 
prise.  Des  imprécations,  des  cris  de  triomphe  et  de  vengeance 
accueillirent  cette  nouvelle.  Ils  étaient  là  huit  hommes  qui 
ne  connaissaient  d'autre  loi  que  leurs  passions,  huit  hommes 
pour  lesquels  Ormond  avait  été  un  persécuteur  infatigable,  et 
qui  brûlaient  de  lui  rendre  tout  le  mal  qu'il  leur  avait  fait  ; 
mais  leur  soif  de  vengeance,  qu'était-ce  en  comparaison  de 
la  mienne? 

—  Je  veux  le  voir,  leur  dis-je  :  amenez-le  ici,  que  nous 
nous  voyions  tous  deux  face  à  facelL'instant  d'après,  la  trappe 
se  leva,  et  John  Ormond,  poussé  par  deux  de  nos  hommes, 
parut  au  milieu  de  nous. 

))  A  son  aspect,  docteur,  une  joie  inexprimable  remplit 
tout  mon  être  I 

D  II  avait  les  deux  jambes  liées,  et  il  trébuchait  à  chaque 
pas.  La  transition  subite  des  ténèbres  à  la  lumière  éblouis- 
sait sa  vue.  Tommy  s'élança  sur  lui,  et  il  le  frappa  de  toute 
sa  force.  Le  malheureux  poussa  un  cri  perçant  et  tomba 
par  terre.  Ses  gardiens  le  remirent  sur  ses  pieds,  tandis  que 
l'on  s'efforçait  d'apaiser  Tommy,  dont  la  fureur  était  à  son 
comble. 

»  Lorsque  Ormond  leva  les  yeux,  et  qu'il  me  vit  debout 
devant  lui,  sa  figure,  qui  était  pâle  d'effroi,  prit  une  teinte 
verdàtre.  ^Ses  genoux  faiblirent,  ses  dents  claquèrent,  un 


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166  LE  MSTiLlATEOE. 

tremblemetit  conralsif  agita  s»  membres.  Le  nûsèrable  avait 
peur...  je  jouissais  déliciensemeHt  de  ses  angoisses. 

D  Ah!  que,  si  je  ne  m^éiaîs  pas  ftit  violence,  j'aurais  ««  de 
plaisir  à  raccabler  d'tywtragesl  que  j'aurais  voulu  lui  cradicr 
à  la  face  tous  les  noms  injurieux  qu'il  méritait  1...  N'enaran- 
je  pas  bien  !e  droit?  ma  {Aaee  usurpée,  mon  partrimoine  roiéi 
ma  femme  séduite!.^,  mais  feus  la  force  tie  me  vaSncre:  je 
gardai  Ta  digmté  d'un  juge,  et  me  ccnteritai  de  la  joie  de  hi 
annoncer  qu'il  allait  mtnirir. 

y>  En  ^entendant  cet  arrêt  sortir  de  ma  bouche...  (povTU»- 
je  en  prononcer  un  autre?)  il  devint  livide.  H  4teB<fitven 
nous  des  mains  suppKantes  *:  il  demamia  'grâce  «t  merci...  Q 
nous  oflrit...  fi  m'oFfrit  'à  moi...  une  somme  d'argent,  Yedtki 
du  passé,  et  les  moyens  de  nous  échapper  d'Afigtetene... 
nous  Tcfiisârmes  de  l'écouter.  On  l'enfenna  de  nouveau  sots 
la  voûte,  et  on  plaça  sur  la  trappe  quelques  'grosses  pieires 
pour  en  sceller  l'entrée. 

»  Ormond  devait  être  mis  ù  mort;  mais  comment?  et  pv 
quî?...Tommy  proposait  déjà  de  s'en  rapporter  à  la  décision 
du  sort,  lorsque  j'offris  de  me  charger  de  Taffaire.  Mes  cama- 
rades insistaient  pour  que  chacun  de  nous  eût  sa  part  égale 
de  responsabilité.  Mais  je  leur  racontai  brièvement  mon  his- 
toire. Je  leur  peignis  mon  besoin  de  vengeance...  LateBr 
geance  I  ils  comprirent  ce  mot  :  ce  que  je  réclamais  me  M 
concédé. 

))  Voici  le  plan  que  mes  compagnons  adoptèrent  : 

»  Ils  s'occuperaient  sans  délai  de  régler  les  aRaires  que 
nous  avions  dans  le  pays  :  Tommy  reviendrait  m'avertir  lorsque 
tout  serait  terminé.  J'irais  les  rejoindre  à  un  certain  eadmit 
de  la  cftte,  et  nous  gagnerions  ensemble  le  continent  ou  TA- 
mérique. 

»  Ils  partirent:  je  demeurai  seul  pendant  un  jour,  rem- 
ployais une  partie  de  mon  temps  à  soigner  le  cheval  d'Ormond 
qui  m'avait  été  laissé,  et  auquel  je  prod^;uais  la  puîHe  et  l'a- 
voine. J'aimais  é  le  contempler.  T^'était-ce  pas  lui  qmn'arait 
!îvréentrelesmainsnipn  ennemi?.  .  Quelquefois  aussi  j'allfis 


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ids  oifiTiixâiEnB.  vu 

m  mur  les  piemB  qw  hrmm&ai  renkrée  de  la  vefliéei 
j'écoutais  les  gémissements  plaintifis  de  moiiipvisonaiec,  «t 
îedélibâraîs  ^ea  moMèoie  mt  le  genre  de  onoct  cjiie  je  lui  fe- 

■n  ioi  mna  towante,  Toomiy  «était  de  reloiir.  Il  m'iirfbnM 
(qiie:MM8caii)imgnQnan*Btlendaieat.plii0  quesMi.  LeiMBifiitt 
êêM  étui  «donc  ananréU...  lïoiis  écartâmes  Jes  pieores  qoi 
étaient  entassées  sur  la  trappe,  et  après  aYoir  fe*é dans  Ig 
Miabre'Oiiirerteetin  bg^i  defaraachea  depin  Plumées,  aeus 
descendîmes... 

»  imàffm&gi  doctaur,  fwl  fat  aotre  étoiuiemeiit  ea  ae  tcau- 
immi  ^Moi^tÊUMiwo»  oetie  voftte.  Nous  crimes  éteadhiepiar 
ierre  la  oicdB  qui  avait  «ervi  à  le  garrotter...  Mais  lai»  qu'é*- 
tait-il  devenu?...  Mon  désappointement  n'avait  point  de.bfiff« 
•aes  :  j'étais  cooiaie  la  bèie  £uive  à  laquelle  oa  ealève  sa 
proie»  et  je  racissaîs  de  fureur.  Pkus  calme,  plus  maître  4e 
ses  seas,  Tommy  promena  autour -de  lui  un  regard  attentif^ 
etanasHôt  il  comprît  toute  la  vérité...  )e  vous  ai  parlé  d'aa 
trou  que  nous  avions  pratiqué  dans  Tépaissear  du  mur,  afin 
d'éMsUrini  caarant  d'air  :  Ormond  avait  profité  de  oe  moyen 
d'évasion;  il  avait  coupé  ses  liens  en  frottant  la  corde  conlve 
les  aapèritéB  des  pierres,  puis  11  s'était  glissé  dand  le  coa- 
dvtty  el  par  des  efforts  désespérés  il  avait  réussi  i  se  fraQier 
une  voie....  Je  croyais  qu'il  s'était  échappé,  lorsque  je  l'euv- 
tendîs  remuer  dans  les  profondeiars  de  la  tour«  Nous  courù- 
imes,  Tommy  et  0M>i,  au  point  où  aboutissait  le  conduit. ..^ 
4î>Enioad  avait  passé  sa  tète  bors  du  trou  ;  il  s'agitait  des  veiup 

et  des  épaules  pour  ae  dégager  iiMst  à  iait Tous  ses  mua- 

«ckes étaient Éendus;  son  visage  trempé  de  sueur  et  de  sang... 

»  Nous  luons  randlmee  maîtres  de  lui  avant  qu'il  ptt  faîfp 
usage  de  ses  mains.  Ce  ne  fuC  pas  sans  peine  qae  nous  en  vtq- 
mies  à  faowt.  Biea  qu'affaibli  par  la  fiitigue,  la  soif  et  lafum, 
îl  nous  opposa  «ne  vigoureuse  résistance;  mais  nous  étions 
•deux  contve  lui.  Après  une  lutte  acharnée,  nous  le  renversA»- 
4mas  par  terre  »  épuisé,  paatelant;jQouB  kû  ^rrottAmesles 


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168  LE  DISTILLATEUR. 

pieds  et  Ies*genoux.  Qaant  à  ses  mains,  elles  forent  attadiées 
derrière  son  dos. 

»  Il  demeura  un  instant  immobile;  pnis,  rassemblant  ses 
dernières  forces,  il  se  mit  à  crier  au  meurtre!  au  secoursl... 
Sa  voix  avait  une  effrayante  énergie,  retentissait  bruyamment 
dans  le  silence  de  la  nuit...  Je  lui  enfonçai  dans  la  bouche  le 
manche  de  mon  couteau  en  guise  de  bâillon,  et  par  ce  moyea 
je  le  réduisis  à  se  taire. 

--*Ne  feriez-vous  pas  mieux  de  Texpédier  tout  de  suiteTme 
demanda  Tommy. 

<— «Non,  répondis*je;  j'ai  mon  projet Apprêtez  la  petite 

charrette  qui  nous  sert  à  voiturer  le  grain;  attelez-y  le  cheval 
de  cet  homme....  quand  vous  aurez  fini,  vous  viendrez  me  le 
dire. 

»  Pendant  que  cela  s'exécutait,  je  restai  debout  à  cAté  d'Or- 
mond ,  qui  continuait  à  s'agiter  par  des  soubresauts  terri- 
bles. Le  malheureux  grondait  sourdement;  il  haletait,  il 
écumait,  il  se  roulait  par  terre  :  ses  liens,  qu'il  cherchait  à 
rompre,  lui  entraient  dans  les  chairs... 

D  Enfin,  Tommy  revint  m'annoncer  que  la  charrette  était 
prête  :  il  m'aida  à  y  porter  notre  prisonnier,  qui  se  d^tiit 
encore  violemment.  Xe  montai  sur  le  siège  de  la  voiture;  je 
pris  en  main  les  rênes  du  cheval,  puis  m'adressant  à  mon 
compagnon  : 

—  Maintenant,  Tommy,  lui  dis-je,  je  n'ai  plus  besoin  de 
vous.  Songez  à  votre  sûreté.  Retournez  vers  nos  gens...  Si 
au  lever  du  soleil  je  ne  les  ai  pas  rejoints,  qu'ils  ne  s'occa- 
pent  pas  de  moi  et  m'abandonnent  à  mon  sort. 

»  En  même  temps,  je  fouettai  le  cheval,  qui  partit  au  grand 
trot.  Tommy  me  suivit  des  yeux  pendant  une  minute  :  bientôt 
l'obscurité  le  déroba  à  ma  vue.  \ 

(En  cet  endroit,  Philippe  Erris  s'arrêta  de  nouveau,  et 
parut  recueillir  ses  souvenirs.  Cette  dernière  partie  de  sa 
narration  l'avait  beaucoup  fetigué;  j'étais  moi-même  vive^ 
ment  affecté  de  tout  ce  qpe  je  venais  d'entendre,  et  je  redoo- 


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LE  DISTILLATEUR.  ^69 

tais  ce  qui  allait  suivre,  pressentant  quelque  chose  d'affireux. 
Je  profitai  de  l'interruption  pour  administrer  au  malade  les 
fiaibles  soulagements  dont  la  science  pouvait  disposer.  Afin 
de  ménager  ses  forces  et  de  ralentir  les  progrès  du  mal,  je  lui 
prescrivis  le  repos  et  le  silence;  mais  il  secoua  la  tète,  et 
entr'ouvrant  ses  yeux  qu'il  tenait  fermés,  et  qui  brillaient  de 
Tardeur  de  la  fièvre:  ) 

«  Non,  docteur,  dit-il,  mes  instants  sont  comptés..  Lais- 
sez-moi achever  ce  récit  pendant  qu'il  me  reste  encore  un 

peu  de  forces Je  crois  même  que  le  besoin  de  parler  me 

prête  une  vie  £actice...  Je  vous  disais  que  Tommy  s'était  éloi- 
gné, et  que  je  me  trouvais  seul  dans  la  charrette  avec  mon 
prisonnier.  Ormond  tenta  encore  des  eCforts  prodigieux  pour 

se  d&arrasser  de  ses  liens Je  lui  fis  sentir  la  pointe  de 

mon  poignard,  et  je  l'assurai  qu'au  moindre  essai  de  ce  genre 
je  le  tuerais  sans  pitié.  Effrayé  de  cette  menace,  il  se  tint 
tranquille...  Je  lui  ôtai  le  bâillon  que  je  lui  avais  mis. 

i>  Le  malheureux  avait  repris  quelque  espoir  :  ma  tran- 
quillité apparente ,  l'espace  de  temps  qui  s'était  écoulé  depuis 
que  je  lui  avais  signifié  son  arrêt  de  mort,  et  enfin  cette  dernière 
marque  de  douceur,  toutes  ces  circonstances  lui  avaient  rendu 
le  courage.  II  crut  que  je  me  laisserais  fléchir,  que  je  par- 
donnerais... II  oubliait  combien  il  m'avait  offensé!  , 

—  Jeune  mattre,  me  dit-il  d'une  voix  suppliante, —  c'était 
ainsi  que  m'appelaient  tous  les  ouvriers  de  la  fabrique ,  et 
Ormond  lui-même ,  à  l'époque  où  il  était  premier  commis , 
ne  me  nommait  jamais  autrement;  — jeune  mattre,  poursui* 
vit-il  après  une  pause,  au  nom  du  ciel  I  que  voulez-vous  faire 
de  moi? 

D  Je  ne  répondis  rien,  et  je  pressai  l'allure  du  cheval.  La 
voiture  roulait  avec  rapidité  sur  une  lande  sablonneuse.  La 
nuit  était  sombre  ;  une  tempête  se  formait  vers  le  couchant. 

—Que  voulez-vous  faire  de  moi?  demanda  encore  le  mai- 
heureux  Ormond.  Ohl  gràcel...  pitié!...  J'ai  été  bien  coupa- 
ble envers  vous;  oui,  bien  coupable  I...  mais  je  merepens,  et 
je  veux  réparer  tous  mes  torts. 


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tro  I-E  DISTILLATECK. 

Réparer  1  rèpliqnai-je  d'un  ton  iromque:  mon  père  crt 

devenu  insensé. 

Il  recomTcra  la  raison-;  îl  vous  rendra  sofi  affection.  Je 

plaiderai  votre  canse  avec  autant  de  zèle  que Mais  épar- 
gnez-moi, jeune  matttre,  épargnez-^noi! 

— Mon  héritage  est  perdu... 

—  Je  vous  restituerai  la  moitié  de  vos  Wcns  ;  je  vous  asso- 
cierai à  ma  fiibrique...  mais  grâce,  au  liom  de  Dieuî...  faites- 
moi  grâce  de  la  vie'I 

—Ma  femme,  m*écriai-je  d'une  voix  étouffée,  en  énumérai* 
les  griefe  que  j'avais  contre  lui;  cette  maHieureuse  que  voob 
avez  sÊduHe... 

—  Grâce  î  gnàcel  s'écria  Ormond  :  j*ui  abusé  de  votre  con- 
fence;  j'4iiété  ingrat,  perfide...  <iHil  accorflez-moi  la  rie;  ne 
me  tuez  point  ;  je  serai  votre  esclave  ;  je  vous  restituerai  vos 
biens,  non  pas  la  moitié,  mais  le  tout. ..  Oh  !  ne  me  tuez  poinS 
Le  testament  que  votre  père  a  fait  en  ma  faveur,  je  le  détnri- 
rai;  je  ne  garderai  rien. 

»  Docteur,  l'accent  de  cet  hmmne  était  véritablement  dè- 
cliirant...  Il  me  semble  que  je  l'entends  encore...  Cependait 
la  voiture  roulait  toujours  ;  le  vent  mêlait  ses  siffiemeits  m 
sowrd  murmure  de  la  mer. 

—  G^âce!  continua  Ormond.  If  on  Bteul  par  quelles  pa- 
roles faut-il  vous  implorer? quels  mots  irouverai-je  pour 

vous  attendrir  ? Accordez^mdi  la  vie a«cordez-moi  tm 

•jour...  une  heure... 

»  Il  ne  voyait  point  mon  visage;  maïs  l'inflexion  de  ma 
voix  lui  révélait  que  ma  ^détermination  était  inébranlable. 

»  C'est  qu'en  ce  moment  suprême  je  ne  montrais  ai  *e»- 
•portement  ni  fureur  :  j'étais  ctùme  «et  inflexible  conme  la 
loi  eîle-nréme. 

»  Une  seule  chose  me  TCSftait  à  apprendre  :  je  relîfls  te 
rtnes  du  cheval;  je  me  dressai  sur  mes  jambes,  et  domnianl 
"Ownond  de  toute  ma  haruteur  :         r 

—  }ohn  Ormond,  proférai-je,  êtes-vous  parent  de  Fanny? 

—  Non,  répliqua-t-il;  nous  vous  avons  trempé;  nous  ae 


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£fi  VISTILLATCim.  tTt 

sommes  point  {Mireols....  le  ne  vous  cacherai  rien-;  qoemes 
«veax  Tovs  prourent  mon  r^eotir. 

—  El  Ainsi,  ajovtai-je,  arMt  mon  mariage... 

—JNoua  étions  d'tntdUgence;  l'argent  que  ¥om  lui  ^nMTi^ 
(RfieE,  eHe  me  le  dennait...  Elle  est  «Aenoilié  daw  tous  mes 
torts...  Gitce,  encore  -une  foisl  tous  voyez  cooibien  }e  adk 
indigne  de  voire  eolère 

»  ie  ne  répondis  rien  ;  il  m'eût  èU  ioiposaiUe  d'mitic«Ier 
une  parole.  Je  saisis  Onnond  par  le  corps,  et  je  le  rejetai  hore 
de  la  voiture.  Il  tomba  comme  une  masse  smr  la  lerre.  Je 
m'élançai  apprès  loi... 

»  Alors,  docteur,  oe  misérable  comprît  qu'il  allait  anourir, 
quoiqu'il  ne  devinât  point  encore  le  genre -de  son  suppliée. 

U  se  feleva  aur  ses  genoux il  attesta  le  Dieu  vivant....  il 

invoqua  le  oom  de  ma  mère;  il  me  conjura  par  to«8  les  noms 
qu'il  put  imaginen*...  Les  larmes,  les  sanglots  étoaflanent  sa 
voix*,  ses  angoisses,  son  agonie  ne  sauraient  s'exprimer.  ..*« 

Je  regardais  cet  homme  qui  se  traînait  â  mes  pieds je 

conoaissats  donc  ce  que  c'était  que  la  vengeance  I  celle  que  je 
goûtais  était  bien  celle  que  j'avais  révéel 

»  Je  m'approchai  d'Ormond. 

n  Souviens-toi,  lui  dis-je,  de  cette  nuit  oA,  accompagné  de 
Fanny,  ta  sortais  du  théâtre...  j'étais  derrière  vous,  le  pisto- 
let au  poing  :  je  pouvais  vous  tuer  tom  deux...  si  je  ne  l'ai 
pas  fait,  c'est  qu'il  me  fallait  mieux  que  cela...  j'ai  ce  que  je 
voulais. 

»  Et  en  même  temps  je  le  renversai  la  fece  contre  terre  i 
je  m'emparai  de  «es  jambes,  et,  au  moyen  d'une  corde  dodt 
j'étais  muni,  je  les  attachai  solidement  au  derrière  de  laofaÉa#- 
Tette. 

D  Ormood  commençait  â  comprendnel 

]»  Les  cris  «pi'il  se  mît  â  pousser  n'avanenjt  rien  d'hsmain': 
ik  remplissaient  l'espace,  «et  le  vent,  q«ii  soufflait  de  la  mer^ 
les  emportait  vers  les  montagnes...  je  m'élançai  sur  le  siège 
de  la  voiture. ..j'excitai  lecheval  à  grands  conps'defaoussine... 
il  partit  eonune  un  trait! 


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172  !«£  DISTILLATEUR. 

»  Docteur  I...  docteur I  ce  fut  une  course  infernale  1 

»  Le  chemin  était  pierreux,  taillé  au  milieu  des  rochers  et 
semé  de  gros  cailloux.  Mes  passions  longtemps  comprimées 
s'étaient  exaltées  jusqu'au  délire...  je  n'osais  point  regarder 
derrière  moi,  mais  j'entendais  parmi  le  bruit  des  roues...  oui, 
docteur...  ne  frémissez  pas...  j'entendais  le  choc  d'une  tète 
qui  se  heurtait  à  toutes  les  pierres  du  chemin. 

»  Et  je  criais,  en  avant  I  en  avant  1  et  je  stimulais  le  cheval, 
qui  redoublait  de  vitesse  1 

D  Oui,  ce  fut  vraiment  une  course  infernale.  La  t^npète 
qui  se  préparait  depuis  une  heure  s'était  enfin  déchaînée:  les 
éclairs  flamboyaient  :  le  tonnerre  grondait  :  les  éléments  lut- 
taient confondus.  Le  cheval,  devenu  furieux,  emportait  la 
voiture  à  travers  les  rochers,  imprimant  les  secousses  les 
plus  violentes  au  fardeau  qu'il  traînait  derrière  lui. 

»  Cette  course  dura  pendant  trois  milles.  A  la  fin  une  des 
roues  se  brisa  :  le  cheval  s'abattit  sur  un  tas  de  pierres,  et  je 
fus  renversé  avec  la  charrette,  qui  était  à  moitié  fracassée, 
mais  à  laquelle  le  corps  mutilé  d'Ormond  pendait  encore! 
Une  pareille  chute  aurait  dd  me  tuer  ;  je  me  relevai  meariri, 
mais  sans  blessure.  Mon  premier  mouvement  fut  de  dégager 
le  cheval,  qui  s'était  embarrassé  dans  ses  harnais  et  qui  était 
tout  tremblant  et  tout  couvert  d'écume.  Après  l'avoir  atta- 
ché à  un  arbre,  j'examinai  en  quel  état  était  n^a  victime. 

»  Ormond  était  mort  :  son  tronc  mutilé  n'avait  plus  de 
tête  :  fracassée  par  les  secousses  ou  usée  par  le  frottement,  elle 
avait  disparu...  Le  seul  vestige  qui  en  restât,  c'était  un  lam- 
beau de  la  peau  du  cou...  le  haut  de  la  poitrine  était  ouvert. 
Le  cadavre  était  encore  chaud,  et  il  s'en  exhalait  une  vapeur 
tiède  qui  montait  en  fumée  légère  au  milieu  du  brouillard  de 
la  nuit...  Quant  au  sang...  Mais  pourquoi  vous  cachei*voQS 
la  face?...  pourquoi  détournet-vous  la  tète  comme  si  voas  ne 
pouviez  supporter  ces  images?...  Vous  le  plaignez,  Iim7... 
vous  avez  horreur  de  moi?...  Ehl  monsieur  1  il  n'est  mort 
qu'une  fois,  et  j'ai  souffert...  je  souffre  mille  morts I...  » 

(Il  est  certain  que  l'image  de  cette  tète  rebondissant  sur  les 


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LE  DISTILLATBI7B.  173 

cailloux,  cette  route  semée  de  débris  humains,  m'avait  frappé 
d'épouvante,  moi  qui  avais  vu  dans  les  hôpitaux  et  dans  les 
salles  de  dissection  bien  des  spectacles  hideux .  Je  voulus 
encore  prescrire  le  silence  à  Philippe  Erris  et  mettre  fin  i 
ce  récit  effroyable  :  les  forces  de  ce  malheureux  semblaient 
s'être  ranimées,  il  continua  :  cependant  sa  voix  ne  vibrait 
pins  comme  auparavant;  l'exaltation  morale  qui  le  soutenait 
commençait  à  s'affaiblir  par  degrés.) 

«  Je  contemplai  pendant  quelques  instants  ce  qui  restait 
du  malheureux  Ormond.  Je  m'étonnais  de  ne  plus  me  sentir 
de  haine  contre  lui...  j'aurais  cru  que  le  plaisir  de  la  ven- 
{jeance  satisfaite  eût  duré  plus  longtemps!  Il  fallait  me  dé- 
barrasser de  ce  cadavre.  Voici  le  moyen  que  j'employai  : 
je  détachai  les  cordes  qui  garrottaient  les  jambes  et  les 
mains.  Je  pliai  le  corps  en  deux  et  je  l'assujettis  avec  ces 
cordes  :  il  n'était  pas  encore  roide...  puis  j'essayai  de  le  char- 
ger sur  le  cheval...  mais  dès  que  je  m'approchai,  l'animal 
oumt  ses  naseaux,  aspira  Tair,  poussa  un  hennissement  de 
ierrear,  et  se  cabra  pour  me  fuir...  on  eût  dit  qu'il  sentait  le 
sang  de  son  maître!...  Que  faire? me  charger  de  ce  fardeau I... 
j'y  répugnais...  et  même...  pourquoi  ne  l'avouerais-je  pas?... 
la  vue  de  ce  corps  sans  tète  commençait  à  produire  sur  mes 
nerfs  un  effet  étrange...  Je  couvris  d'un  mouchoir  les  yeux 
du  cheval  :  je  réussis  à  placer  le  cadavre  en  travers  sur  son 
dos  :  une  heure  après  j'atteignis  l'endroit  du  rivage  où  m'at- 
tendaient mes  compagnons.  '■• 

T)  Je  leur  racontai  la  manière  dont  j'avais  mis  à  mort  le 
prisonnier.  Ils  m'écoutèrent  sans  m'interrompre  :  lorsque 
j'eus  fini,  ils  ne  m'adressèrent  aucune  observation.  Nous 
transportâmes  le  corps  dans  notre  barque.  Nous  rendîmes  la 
liberté  au  cheval,  en  lui  laissant  le  soin  de  chercher  un  nou- 
veau mattre.  Lorsque  nous  fûmes  arrivés  au  milieu  du  cana 
Saint-Georges,  les  restes  d'Ormond  furent  jetés  à  la  mer  pour 
servir  de  pâture  aux  poissons. 

»  Mon  histoire  touchée  sa  fin,  docteur;  les  forces  me 
manquent...  la  vie  m'abandonne...  il  faut  pourtant  achever.. f 


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vu  IM  DffSTlLLATSUB. 

w  Nous  ga^^BioMs  ks  cMes  de  la  Hotlandev  et  mtie  (f  onpe 
sedûpetsa;  q«nit  à  moi,  jenenai  pctidaBà  TÎAgt  aBDéesanê 
eûieiice  vagobottde  sac  ton»  les  peints  da  glotM  :  aokht, 
manfl^  légociant,  pUntenr^  je  fis  tons  les  métieca,  jusqu'à 
ctM  de  paala...  mais  je  sois  foreé  dTabréger... 

B  Eb  bîeii,  il  y  a  im  mti^  je  ms.  cetarouTai,  Je  ne  a^s  pv 
quelle:  soîle  d'aiventures,  sor  le  soi  de  Flrlmde...  Ea  Yériié^ 
docteur,  quoique  j'aie  toujesrs  refésé  de  leereîre,  aa  diiait 
(fÊlumei  main  invisible  càonsbit  tantes  choses  ieirhasw..  le  temps 
et  FéieifpKflMnt  ne  to«s  dérobent  poini  à  son  aetkm.^  elle 
veaDT  ramène  au  besoin  de  cpatce  nîHe  lie«ss,  pour  (pie  veus 
meoriez  là  o&  il  esl décidé  que  voua  devrez  mourir.^  Après 
tout,  ce  n'est  peut-être  cpi'une  illnsioor...  Je  suis  révéra  es 
Iikinde,  simplement  poace  qne  je  voulaîs  revoir  mon  pays 
nilaL  J'étais  envèlé  dans  une  bande  de  bohémiens,  nous 
avions  travaillé.  a»mme  moisaosneiirs  en  Ecosse. 

»  A  quelques  milles  d'ici,  j'ena  l'idée  de  reprendre  mon 
aAcifin  métier  de.  distiUaieitr  en  frande  ;  je  ne  songeais  point 
Bff  gain  queje.  refirtfaia  de  mon  ancienne  industrie;  mais  i 
la.  faucilité  qu'elle  m'offrait  d'avoir  A  ma  disposition  antani 
de  gin  et  de;  nFhialiy  cpie  }'«»  voudrais.  L'habitude  de  boire 
dea  liqwemw.  dbtUléea  avait  dégiénéré  chez  moi  ea  nn  besoin 
impérieux..*,  je  b«vais  pour  m'oubMer  1 

ikMoa  projet,,  cpne  je  commanî^pioi  à  mes  compagnons,  fut 
adopAét  d'une  commune  vois.  Nous  résolûmes  de  noua  fixer 
dans  cet  endroit  dont  je  connaissais  toutes  les  ressooroes,  et 
je  parti»  pour  acheter  ce  qpai  nous  était  nécessaire.  En  par- 
oomrant  la  ville  jj&  rencontrm  une  femme  qni  chantait  dans  les 
mes  et  dooi  l'aspect  me  Crapfia..  Je  la.  regardai  plus  atteo- 
tk«emem.«*  e'étaii  eUe»  doctew. ..  c'était  Fanny  l 

»  O  puissance  d'un  premier  amour  t  Fanny  était  beik  en- 
core. Le  temps»  la.  misère^  la  dégradation,  ne  l'avaient  point 
entièrement  dépouiHée  est  et  charme  séducteur  qui  m'avail 
été  si  funeste.  Mais  quand  mémo  elle  eût  perdu  tout  le  près- 
tigfe  de  sabeanté,,  j^  n'aurais,  pas  laiasA  de  la  revoir  avec  plaisir. 
U algxA  sa  trahison^  je  ne  l'avais  iunads  haie.  Ma  vengeance 


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LE  mSTILLÀTEUa.  IZik 

s'était  atlaq^ée  à  son  complice  et  non  'pas  à  elle.  Il  me  sem* 
blait  naturel  qu'elle  m'eût  quitté  pour  un  autre,  et  je  compre- 
nais que  l'excès  de  mon  amour  eût  dû  effaroucher  le  sien. 

1»  Je  fus  donc  heureux  de  la  retrouver  après  vingt  années 
de  séparation.  Elle  ne  me  reconnut  que  lorsque  je  me  fus 
nomméy  et  le  premier  étonnement  passé,  elle  me  fit  un  accueil 
affectueux.  La  scène  d'explications,  de  reproches,  d'excuses,. 
de  récriminations  que  nous  eûmes  ensemble,  je  ne  vous  la 
décrirai  point,  docteur  ;  pour  peu  que  vous  ayez  d'expérience, 
Yoos  devinez  commentceIa.se  termina.  Fanny  reprit  sur  moi 
tout  son  empire. 

D  Elle  me  raconta  que  plusieurs  semaines  après  la  dîspa- 
rilfon  d'Ormond,  son  cheval  avait  été  trouvé  en  la  possession 
de  deux  marchands  colporteurs.  Ces  hommes  Pavaient  ren- 
contré sur  le  bord  de  1^  mer.  Une  enquête  avait  eu  Keu.  Les 
témoignages  de  TofScier  de  l'accise  et  des  soldats  de  milice 
anratent  sd)outi  à  cette  conclusion  que  le  malheureux  OrmondJ 
avait  pu  être  tué  par  sa  monture. 

>►  A  mon  tour  je  racontai  à  Fanaj  de  quelle  mort  son  com- 
plice avaîl  péril  Je  triomphai  en  h»  détaillant  tontes  ce» 
afreusas  circonstaoees...  Elle  m^écouta  en  silence  et  sans 
QBnmaBtaicesw.  Son  visage,  qpe  j'iatorogeais  ayidement^  nés 
décela  ancnoe  émotion.  J'ausaiS' vouln  qu'elle  se  raontEfttplua 
aSsctée.. Cette  insensibilité  me  chcMiMs^t...  je  ne  voyais  past 
qp'ella  étaât  tregi.ex9g(&Bée  pour  éU»  vraie. 

»  Faoi^  eanseatit  à  me  soivce  et  à.  Caire  pairie  de  notia 
bande- Douée  d'une  assurasee  imperturbable,  iogpnieuae  à. 
JuventeB  dea  stsatagèmea»  habile,  à  mettre  en  défaut  la  yâgi?- 
laace  des»  douaniers  et  des  g^ns  de  llaccise,,  elle  xums  rendil 
IflB.  pliW'gfiaiids  servioesi. 

i^^os  aràMS'établi  notce  laboratoire  dans  les  mines  doni 
jfB  voufraî*  parl6,.soiis  cette  tour  où  j,'a¥ais  ving^  années  ai^ar 
la^aot  tenu.  Ormoad  enfermé.  La  voûte  existait  encore  tj/] 
Metav^QseBqpe  toujours  aeul,  occupé  des  travaux  de  la  diSf* 
tiUesie,  tandis  %ie  mes^eonpiagjaons  allaient  acheter  du  grain^ 


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176  LE  DISTILLATEUR, 

des  pommes  de  teirre,  etc.,  ou  vendre  les  produits  de  notre 
fabrication. 

»  C'était  là  que  je  travaillais  un  matin,  plongé  que  j'étais 
dans  une  demi-ivresse,  lorsque  tout  à  coup  j'entendis  en  de- 
hors un  bruit  confus  de  pas  et  de  voix  ;  mais  je  me  rassurai 
presque  aussitôt  en  distinguant  parmi  ces  voix  celle  de  ma 
femme.  Je  demeurai  où  j'étais,  persuadé  que  nos  gens  étaient 
de  retour. 

y>  Mais,  docteur,  ce  bruit  avait  quelque  chose  d'inusité... 
on  marchait,  on  parlait  avec  précaution...  puis,  avant  que 
j'eusse  pris  sérieusement  l'alarme  et  pour>'u  à  ma  sûreté,  au 
bout  de  l'escalier  qui  servait  d'accès  et  d'issue  à  la  voûte,  un 
bruissement  d'armes  retentit. 

»  Il  y  avait  trahisqn...  j'étais  perdu! 

»  —  C'est  là  I  prononça  une  voix  que  je  ne  connaissais  que 
trop  ;  il  est  là-dessous...  descendez  l'escalier;  vous  trouverez 
l'assassin  du  malheureux  Ôrmoud. 

D  0  Fanny  I  Fanny  1...  vous  m'aviez  vendu  et  livrél...  c'était 
de  votre  main  que  je  devais  recevoir  ce  dernier  coupl 

»  Quoique  traqué  comme  un  renard  dans  un  terrier  sans 
issue,  je  ne  désespérai  pas  de  mon  salut.  Je  songeai  aussitôt 
à  ce  conduit  par  lequel  Ormond  avait  failli  s'échapper.  3'ètais 
moins  fort  de  taille,  plus  agile  que  lui...  Je  me  glissai  daas 
le  trou,  et  avec  les  plus  pénibles  efforts  je  pénétrai  jusqu'au 
milieu  du  mur,  lequel  avait  huit  à  neuf  pieds  d'épaisseur,  la 
obstacle  imprévu  m'empêcha  d'avancer  plus  loin...  cet  ob- 
stacle, c'était  une  grosse  pierre  qui,  s'étant  détachée,  bouchait 
presque  entièrement  le  conduit;  il  fallait  la  retirer,  l'écar- 
ter... mais  comment?  Le  temps  pressait;  déjà  mes  ennemis 
descendaient  l'escalier...  Résolu  d'élargir  la  voie,  je  tendis 
mes  muscles,  je  roidis  mon  corps;  de  la  tète  et  des  épaules  je 
fis  un  effort  puissant...  prodigieux...  A  ma  première  secousse 
je  sentis  que  la  voûte  cédait...  à  la  seconde,  l'obstacle  fut 
écarté,  le  passage  s'ouvrit...  mais  en  ce  moment,  docteur,  en 


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LB  BISTILLATEUB.  177 

ce  moment  où  j'allais  être  libre  la  tour  s'écroula  avec  un  fracas 
épooTantable,  et  je  fus  broyé  sous  ses  débris. 

»  Ce  que  je  devins  alors,  je  Tignore.  Je  me  rappelle  comme 
une  avalanche  de  montagnes,  un  coup  de  tonnerre...  puis 
rien...  II  parait  que  je  demeurai  longtemps  évanoui...  Lorsque 
je  repris  mes  sens ,  je  me  trouvai  enseveli  sous  un  amas  de 
pierres  qui  m'écrasaient  la  poitrine  :  mes  pieds,  mes  jambes, 
je  ne  les  sentais  plus...  mais  ce  que  j'éprouvais  de  déchire- 
ments, de  douleurs  aiguës,  égalait  le  supplice  des  damnés. 

thés  soldats  de  milice  me  retirèrent  du  milieu  des  débris 
de  ]a  tour;  quelques-uns  d'entre  eux  avaient  péri  sous  la 
voûte...  Fanny  y  avait  été  tuée... 

»  Et  ainsi,  docteur,  je  me  suis  vengé  d'Ormond...  Fanny  a 
vengé  son  amant...  et  voil^  qu'elle-même...  décidément  il  y 
a  quelque  chose I...  Pauvre  Fanny  1  j'aurais  voulu  ne  pas 
mourir  de  sa  main...  je  voudrais...  Retenez  cela,  docteur. « 
Cette  tète  bondissant  sur  les  cailloux. . .  ces  lambeaux  de  chair. . . 
ee  tronc  mutilé...  oui,  je  voudrais  n'avoir  pas  tué  Ormondl  d 

Philippe  Erris  cessa  de  parler.  Ses  dernières  phrases 
avaient  été  murmurées  d'une  voix  éteinte.  Il  tomba  dans  un 
délire  effrayant  qui  dura  plusieurs  heures,  et  pendant  lequel 
il  fut  poursuivi  des  images  les  plus  poignantes.  Je  vis  alors 
pour  la  première  fois  combien  la  créature  qui  s'est  souillée 
d'an  meurtre  a  de  la  peine  à  mourir. 

Vers  le  milieu  de  la  nuit,  cette  longue  agonie  se  termina 
enfin.  Je  m'éloignai  du  chevet  du  mourant;  je  m'enfuis,  saisi 
d'horreur  et  de  pitié...  La  porte  de  la  chambre  était  encore 
gardée  par  une  sentinelle  qui  veillait  sur  son  prisonnier., 
son  prisonnier  1  Philippe  Erris  n'appartenait  plus  à  la  justice 
humaine  ;  il  comparaissait  devant  le  tribunal  de  Dieu. 

(New  Monthly  Magazine.) 


5*  SÉBIE.  —  TOME  XII.  12 

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REVUE  ASIATIQUE. 
DERNIÈRES  NOUVELLES  DE  L'INDE  ET  DE  LA  CHINE. 


Deux  malles  de  Tlnde  sont  arrÎTies  ce  mois-ci,  et  (elle  est  l'iin- 
portance  des  dépêches  apportées  par  la  seconde,  à  la  dateda  is  ce- 
tobre,  qu'elles  doivent  seules  occuper  l'attention.  Après  tant  d'bésh 
Cations  sur  les  côtes  de  la  Chine,  après  l'affreux  désastre  de  rhirer 
dernier  dans  le  Caboul,  un  double  triomphe  oonronne  la  politique 
anglaise,  triomphe  qui  promet  d'ouvrir  enfin  Tempire  chinobnx 
Anglais,  et  leur  permet  de  rentrer  vengés  des  Affgbans  dans  rMe 
anglaise.  Vjiiiaiic  Journal  ayant  paru  avant  les  nouvelks  di 
le  octobre,  nous  n'avons  d'autres  renseignements,  ce  moi»-ci»que 
eeux  de  la  presse  quotidienne;  nous  devons  donc  previsoiiesMOI 
ooiis  contenter  d'ejilraire  quelques  détails  de»  nonvriies  conteooci 
dans  le  fiamèsy  Timeê. 

L'expédition  anglaise^  forte  de  70  voiles  el  portant  9,ooo  hommes 
de  débarquement  environ,  avait  été  retenue  jusqu'au  e  ioillet 
devant  Wo-Sing.  Ce  ne  fut  que  le  20  qu'elle  se  présenU  défaut 
Tchin-Kiang-Fou ,  ville  située  sur  la  rive  gauche  du  Tan-tse- 
Riang ,  à  io  milles  de  Nankin.  Dès  le  lendemain ,  21,  les  Anglais 
s'en  étaient  emparés  d'assaut,  et  voici  en  abrégé  la  relation  d'an 
des  acteurs  de  ce  combat  : 

R  L*assaut  de  Tchin-Klang  a  été  le  plus  important  comme  aossi 
le  plus  sanglant  combat  encore  livré  en  Chine.  L'armée  de  terre  a 
presque  seule  donné.  Les  troupes,  partagées  en  trois  brigades,  de- 
vaient attaquer  la  ville  chacune  sur  un  point  différent.  Le  l»teao 
à  vapeur  VJuckland  eut  seul,  de  tous  les  bâtiments,  rhonneor 
d'appuyer  l'artillerie  royale  chargée  de  faire  une  brèche  dans  la 
partie  de  la  muraille  qui  a  vue  sur  le  fleuve.  C'était  le  point  par 
lequel  la  colonne  du  centre  devait  s'introduire  dans  la  place. 


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murtiBXB  RotrvBLLn  m  i*iini>s;  m 

»  La  mat  qui  etttoare  k  tille  est  bèti  en  briques,  batit  de  vingt- 
dnq  OQ  trente  pieds  ^  parMlement  bien  gArni  de  bastions,  d^ellik^ 
brasures,  de  traverses,  etc.  ;  il  était  armé  de  pièces  de  12  et  dé  9) 
sans  compter  les  plerriers.  La  partie  qui  avoisine  la  rivière,  i  envi- 
ron denx  cents  pas  de  distante,  s*élève  sur  nn  terrain  difficile  et 
très-iDcliné.  C'est  sur  ce  point  que  l'jiuckiand  et  l'artillerie  royale 
placée  sur  une  éminence  voisine ,  ouvrirent  leur  feu  vers  les  dit 
beures  dd  matin.  On  ne  leur  laissa  pas  le  temps  de  ftire  brèche. 
Depuis  une  demi-heure  ils  foudroyaient  les  remparts,  qui  leur  ri^ 
postaient  avec  une  extrême  vivacité,  lorsque  les  sapeurà  du  génie^ 
suivis  du  56*  régiment  de  Tarmée  royale  et  de  trois  régiments 
indiens  de  Madras,  s'avancèrent  avec  des  échelles  et  forcèrent  l'ar* 
tiilerie  à  cesser  son  feu.  Les  échelles  furent  dressées  contre  le  mur 
aveé  une  rapidité  magique,  et  les  grenadiers  du  66*  s'y  élancèrent 
sons  un  feu  très^vif  qui  leur  coûta  beaucoup  de  mondé  tués  et 
blessés*  Le  premier  qui  escalada  le  rempart ,  ce  fut  le  lieutenant 
Gnddy»  qui  fit  preuTc  en  cette  occasion  de  la  plus  grande  bravouroi 
En  arrivant  au  badt  de  la  muraille,  il  agita  son  épée  en  signe  de 
vict0ire;  puis,  s'asseyent  avec  un  incroyable  sang-froid  sur  le  para^ 
pet,  il  aida  ses  hommes  à  monter.  C'est  un  miracle  qu'au  milieu 
de  la  gréie  des  balles  il  n'ait  pas  été  tué  d'un  coup  de  fusil  ou  pré- 
cipité du  haut  du  rempart:  il  en  fût  qiiitte  poOr  iine  blessure  att 
pied.  Un  quart  d'heure  après,  le  drapeau  du  ô&«,  arboré  sur  la  mtt«r 
raille,  fut  salué  par  trois  vigoureux  hourrahs  des  mariils  attentifs 
à  l'action  du  haut  de  leurs  mfltures.  Cependant  la  ville  n'était  pal 
prise,  et  l'on  eut  forte  faire  pour  chasser  l'ennemi  du  rempart  ;  les 
Tartares  chargèrent  plusieurs  fois  la  lance  ou  l'épëe  à  la  main,  b| 
disputèrent  avec  acharnement  chaque  pouce  de  terrain»  A  la  fid 
cependant  la  baïonnette  anglaise  triompha;  mais  en  abandonnant 
la  muraille,  les  Tartares  allèrent  se  poster  dans  les  malsons,  d'où  ils 
dirigèrent  pendant  longtemps  un  feu  très*vif  et  très-meurtrier*  Il 
follut  cinqou  six  heures  de  combat  dans  les  rues  pour  que  tes  soldats 
cédassent  la  place. 

9  Les  autres  brigades  ont  été  aussi  heureuses,  mais  elles  ont  perdu» 
comme  le  55%  beaucoup  de  monde  dans  les  combats  des  rues.  La 
brigade  dt|  centre  comptait  à  elle  seule  150  hommes  tués  on 
blessés. 

»  La  chaleur  était  très-grande,  et  plusieurs  soldats  ont  été  fra^ 
pis  de  coups  de  soleil  mortels* 


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180        DERNliBES  NOUVELLES  BE  L'INDB. 

»  La  Teille  du  combat  on  disait  qu'il  n'y  avait  i>as  plus  de  1,000 
ou  de  1,600  soldats  tartares  dans  la  place;  aujourd'hui  on  en  porte 
Je  nombre  à  6,000  hommes. 

9  C'est  la  discipline  et  non  pas  le  courage  qui  manque  aux  Chi- 
nois. Leurs  chefs  surtout,  sentant  la  victoire  leur  échapper,  lan* 
calent  leurs  chevaux  au  galop  et  venaient  mourir  en  braves  sur  les 
baïonnettes  anglaises. 

.  »  Le  lendemain,  la  ville  était  déserte,  et  montrait  à  chaque  pas 
le  plus  cruel  spectacle.  Les  morts  et  les  blessés  de  l'ennemi ,  quoi- 
qu'il en  eût  emporté  un  grand  nombre ,  gisaient  dans  toutes  les 
directions,  sans  que  personne  songeât  à  secourir  ceux  qui  respi- 
raient encore.  Toutes  les  maisons  avaient  été  forcées  et  pillées;  les 
marchandises  lès  plus  précieuses,  les  thés,  les  soieries,  les  four- 
rures ,  étaient  répandues  par  les  rues.  Toutes  les  maisons  qui  ap- 
partenaient ou  qu'on  avait  cru  appartenir  au  gouvernement  étaieot 
ou  complètement  brûlées  ou  encore  en  proie  à  Tincendie,  que  per- 
sonne ne  cherchait  à  arrêter.  Gomme  dans  les  autres  villes,  cette 
victoire  a  déterminé  une  effrayante  multitude  de  suicides;  on  troo- 
vait  des  hommes,  des  femmes  et  des  enfants  qui  s'étaient  étrangles; 
on  en  retirait  des  puits  par  douzaines  ! 

»  Maintenant  la  population  ne  semble  avoir  conservé  aucun  seo- 
timent  hostile  à  l'égard  du  vainqueur.  On  voit  souTcnt  des  gens 
qui  viennent  faire  des  cadeaux  de  fruits.  Leurs  légumes  sont  ex- 
cellents ;  leurs  haricots,  de  même  espèce  que  ceux  de  la  France, 
leurs  céleris,  leurs  concombres  sont  délicieux.  Ils  ne  veulent  pas 
qu'on  les  paye,  et  demandent  seulement  en  retour  un  morceau  de 
papier  sur  lequel  ils  font  écrire  :  «  Protection  anglaiêe.  »  La  vo- 
laille est  exquise. 

»  Le  Yiang-tzé-Kiang  est  un  noble  fleuve;  à  son  embouchure  la 
navigation  est  difficile,  mais  à  quarante  milles  plus  haut  son  lit  est 
très-profond,  et  ici,  è  Tchin-Kiang,  où  il  a  environ  un  mille  et 
demi  de  large,  on  ne  trouve  pas  partout  de  mouillage  pour  les 
bâtiments,  tant  il  est  profond  1  Le  courant,  surtout  è  la  marée 
montante,  est  très-rapide;  un  canot  armé  de  six  avirons  ne  peut 
pas  le  remonter. 

»  Le  pays,  sur  la  rive  gauche  du  fleuve,  est  dans  quelques  parties 
magnifique  et  très-pittoresque;  la  rive  droite  est  parfaitement 
plate  et  marécageuse. 

»  Cet  assaut  a  coûté  aux  Anglais,  d'après  les  rapports  offidefs, 


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HBRKiiBXS  ROUrStUS  M  L'INDS.  181 

34  hommes  taés   dont  4  offiden,  et  145  blessés,  dont  il  offi- 
ciers. 

»  L'expédition  laissa  à  Tchin-Kiang  one  garnison  de  deux  mille 
hommes,  commandée  par  le  général  Schœdde,  et  trois  petites  fré« 
gâtes  aTec  deux  bateaux  à  vapeur  ;  pois  elle  remonta  le  fleuve  jus- 
qu'en vue  de  Nankin,  où  elle  arriva  le  7  août.  La  joarnée  du  8  se 
passa  en  préparatifs,  et  le  9  on  débarqua  les  troupes  commandées 
par  lord  Saltoun  sur  une  éminence  à  Touest.  En  même  temps,  les 
navires  prenaient  leurs  postes  de  combat  ;  mais  les  murs  de  la  ville 
étaient  déjà  tout  couverts  de  pavillons  parlementaires.  Trois  man- 
darins d'un  rang  élevé  sollicitèrent  une  entrevue  de  sir  Henry  Pot- 
tinger.Ils  étalentautorisés  à  traiter  delà  paix,  et  une  lettre  signéede 
l'empereur  disait  que,  comprenant  enfin  qu'il  lui  était  absolument 
impossible  de  se  défendre,  il  était  prêt  à  accepter  toutes  les  condi- 
tions qui  ne  porteraient  pas  atteinte  à  Thonneur  du  Céleste  Empire. 

»  Ces  trois  négociateurs  étaient  Ki-Yeng,  prince  de  la  famille 
impériale  et  général  en  chef  des  troupes  tartares;  E-le-pou,  gou- 
verneur do  Thé-Kiang  en  1841,  rentré  en  grâce  après  avoir  été 
dégradé  pour  avoir  rendu  les  prisonniers  anglais  lors  de  Tévacua- 
tion  de  Ttle  de  Chusan,  et  enfin  Gnu,  général  des  deux  provinces 
de  Kiang-Souet  Kiang-Si.  Les  négociations  durèrent  jusqu'ap  29, 
jour  où  la  paix  fut  enfin  signée  à  bord  du  vaisseau  de  ligne  le  Corn- 
walliê.  Fidèles  à  leur  système  de  conserver  le  plus  longtemps 
possible  leur  empire  derrière  un  paravent,  si  on  peut  parler  ainsi, 
les  Chinois,  à  ce  qu'il  parait,  font  tout  ce  qu'ils  peuvent  pour 
empêcher  les  vainqueurs  de  visiter  la  ville  où  les  environs. 

»  Nankin,  d'après  ce  que  l'on  a  vu,  ne  semble  pas  une  ville  forte; 
ses  murs,  qui  ont  généralement  trente-cinq  à  quarante  pieds  de 
haut,  n'en  ont  pas  plus  de  dix  en  certains  endroits,  et  sont  en 
ruines  sur  quelques  autres.  Le  mur  d'enceinte  extérieure  est  très- 
ancien  et  doit  avoir  de  trente  à  trente-cinq  milles  de  circonférence 
(de  9  à  10  lieues),  il  renferme  une  grande  étendue  de  terrains 
vagues.  Il  y  a  encore  à  l'inlèrieur  deux  autres  murs  d'enceinte 
commandés  tous  les  deux  par  des  édifices  voisins  ou  par  des  hau- 
teurs naturelles.  Personne  n'a  encore  pu  voir  la  fameuse  tour  de 
porcelaine;  elle  est  en  dehors  de  la  ville,  un  peu  au  sud.  Quatre 
bâtiments  ont  remonté  encore  cinq  ou  six  milles  au-dessus  de  Nan- 
kin ,  et  quelques  petits  bateaux  à  vapeur  doivent  faire  une  recon- 
naissance dans  le  haut  pays.  Les  Chinois  affirment  qu'un  bâtiment 


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Uiftr  .povmiît  mMuit^t  joiq^'è  tànq  ctntt  millêi  av^lMnii  ëe 
Nankin,  et  trouverait  partout  beaucoup  d'eau  et  un  courant  tfèi* 
f«pi4e#  ht  faU  est  que  i#  Çarml^ulHê  eat  menillè  ici  par  Mnxaote. 
dfi(  pHtda  d'eau.  » 

Voici  lei  tenue»  dans  lee^Hels  air  Henry  PatUnger  anueuee  la 
paii  dans  une  proclamation  officielle  t 

»  Le  pltoîpotentiaire  de  S.  M.  B.  en  Ghiue  a  Fextréme  plaisir 
d'annoncer  aux  aujeta  de  S.  M.  qu'il  a  aujourd'hui  conclu  et  signé 
avec  les  eommissairea  ohiaois  disignéa  pour  négocier  avec  fati,  qb 
traité  dont  vpici  le»  plu»  importante»  dispositions  : 

1»  i<»  Paix  9t  amitié  durables  eatre  le»  deux  nation»;  V"  la  Ckine 
payera  21  oàilUons  de  dollars  pendant  l'année  courante  et  les  trois 
nnnéç»  qui  suivront  ;  »<"  le»  porls  de  Canton»  Aonoy,  Fou^tdMm-foa, 
Ning-po  et  Shang-hal  seront  ouverts  au  commerce  an^is;  dtt 
agent»  consulaire»  seront  nommés  pour  y  résider»  et  des  tarif»  réga-i 
Uer»  et  y^itw  des  droits  d'importation  et  d'exportalioa  (aussi 
bien  que  de  transit  à  l'intérieur)  seront  établis  et  publié»;  V  l'ik 
de  Qong-Kong  sera  cédée  à^  perpétuité  à  $.  M*  B*  et  à  se»  héritieis 
et  successeurs  ;  k^  tous  les  sujets  de  S.  M.  B,»  iudigèues  de  r£a- 
i^e  ou  des  In4es  qui  pourraient  être  prisonqiers  dan»  une  parti» 
quelconque  de  l'empire  d?  la  Chine  seront  mi»  en  libertés»» 
Qondition  ;  0^  un  acte  d'amnistie;  complète  et  entière  sera  publié 
par  l'Empereur;  il  ser^  revêtu-  de  sa  signature  et  de  son  soeaa. 
Cette  amnistie  sera  accordée  à  tous  sujets  chinois  qui  auronl  ptis 
4u  service  ou  entretenu  des  relations  avec  les  Anglais»  on  qui  su- 
rent habile  le»  ville»  chinoises  occupée»  par  le»  Anglais»  ou  qui 
auront  réaidé  dans  les  ville»  chinoises  occupées  par  les  Anglais.  7* Les 
relation»  seront  conduite»  dans  def  termes  d'égalité  parfaite  eatre 
le»  officiers  de»  deux  gouvernements  ;  lorsque  l'on  aura  reçu  Tafr- 
aenliment  de  l'Empereur  à  ce  traité,  et  aprè»  le  payement  des 
premiers  six  millions  de  piastres»  lès  forces  de  S.  M.  B.  se  retire* 
ront  de  Nankin  et  d^  grand  canaK  Le  poste  militaire  de  Cbin-bai 
sera  également  évacué*  Mais  les  lies  de  Chusau  et  Kou-long-soa 
seront  occupées  juqu'à  parfait  payement  des  sommes  siipuléeset 
jusqu'à  ce  que  les  arrangements  pour  l'ouverture  de»  ports  soient 
complétés. 

p  En  publiant  celte  nouvelle  très-satisfaisante»  le  plénipotea- 
tiaire  de  S.  M.  renonce  à  faire  l'éloge  de  l'énergie,  du  dévouement  et 
de  la  valeur  qui  ont  distingué  tott»le»Qfficier»et»oldi^  4»  (ro«fCi  ^ 


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SL  H.  ««i  odlooiLtribQèàMS  mportanfts  6t  htÊtmÊoi  réroUali.  L« 
droitt  MUi$  de  k  manière  %mï  pihtèàt  wroùi  ttni  doute  feeraniis 
ptr  l«  prenîèM»  utorilé*.  Ko  tUonduU»  It  piéBipoCentiaira  4e 
S.  M.  B.  mieite  les sojet» d«  S.  11.  m  Chéneà  rœcMiflB  d'm fdx 
qv'il  espère  e|  croil  dtTeir.èlie  ègaleniiii  an»la§wiB  an  toîeli 
etauxiiitérèladeVABgielamaide  k  GUm.<-*M«i  giid»l» 

»  A  bord  de  U  frégate  i  vapeur  the  Queen,  dans  k  rifière  Yao0i« 
tsérKiwg^fB  me  4e  Hankio,  m  i»  août  is^f. 

>^  P^or  copie  eottnmie  7 
»  SigiiéE.  Halcolh^  secrétaire  de  légtfkm. 9 

Quant  aux  nouTclles  du  Gaboulistan ,  nous  ne  pouvons  qu'indi- 
quer k  marche  victorieuse  des  armées  combinées  qui  viennent  de 
prouTer  aux  peuples  de  l'Iode  que  la  tactique  européenne  leur  dé- 
fend de  profiter  longtemps  de  leurs  avantages.  Mais  de  leur  côté, 
les  Anglais  ont  ravagé  le  pays  conquis  comme  s*ils  renonçaient  à 
jamais  s'y  établir.  Voici  ce  que  nous  apprend  le  Bombay  Times,  en 
attendant  les  correspondances  particulières  : 

«  Près  du  Koord  de  Caboul»  le  1 3  septembre,  après  avoir  passé  les 
défilés  si  funestes  y  en  janvier  dernier,  à  Tarmée  anglaise,  les 
troupes  du  général  Pollock  ont  trouvé  Ukbar-Rhan  à  la  tête  de 
16,000  Affghans,  décidés  à  leur  barrer  le  passage.  L'ennemi  a  vail- 
Umment  combattu  :  il  a  fallu  souvent  enlever  les  positions  à  la 
baïonnette;  mais  les  AflTghans  ont  fini  par  être  mis  en  déroute  com- 
plète, laissant  aux  mains  des  Anglais  3  drapeaux,  S  canons  et  une 
grande  quantité  de  munitions  de  guerre.  La  perte  des  Anglais  a 
été  de  32  hommes  tués  et  130  blessés.  Le  16,  le  général  Pollock  a 
pris  possession  du  Bala-Hîssar,  qui  est  comme  le  Kremlin  de  Ca- 
boul. Plus  de  700  hommes  sont  allés  à  la  recherche  des  prisonniers. 

»  Le  général  Nott,  après  avoir  achevé  une  marche  triomphante  de 
200  milles,  a  battu  et  mis  en  déroute  une  armée  de  13,000  Affghans; 
puis  il  a  marché  sur  Ghuzna,  s'en  est  emparé  et  l'a  détruit.  U  a 
eu  2  officiers  et  20  hommes  tués,  4  officiers  et  400  hommes  blessés. 
11  a  rendu  la  liberté  à  327  prisonniers  cipayes.  Les  prisonniers  eu- 
ropéens avaient  été  précédemment  conduits  à  Caboul. 

»  Le  général  Pollock  a  quitté  Gundamuck,  le  7  septembre,  pour 
traterser  la  ligne  où  sont  arrivés  les  désastres  du  mois  de  janvier 


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i9h  DERHitEES  NOUVELLES  DE  L'INDE. 

dernier,  et  une  étendue  de  70  milles  dans  le  pays  le  plus  imprtii- 
eable  de  tout  l'Afighanistan.  Il  a  rencontré  une  forte  résistance.  11 
a  perdu  un  officier  et  a  en  240  hommes  tués  ou  blessés.  Il  est  arrirè 
à  Caboul  le  1 6.  Mrs.  Trevor  et  ses  huit  enfants,  le  capitaine  Ander- 
son,  Mrs.  Anderson  et  ses  trois  enfants,  le  capitaine  Troop  elle 
docteur  Campbell^  sont  arrivés  immédiatement  au  camp.  Nous  re- 
grettons de  ne  pas  trouver  dans  cette  liste  le  nom  de  l'héroïque  lady 
Sale. 

Le  Scinde  est  tranquille.  Il  y  a  encore  un  peu  d'agitation  dans 
Bundle-Khund.  Lord  Ellenborough  a  ordonné  la  reprise  des  tranox 
du  grand  canal  Douab. 


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NOUVELLES  DES  SCIENCES, 

DE  tA   LITTÉRATURE  ,    DES   BEAUX-ARTS ,  DU    GOUMERGB  , 
DB  l'industrie  y  DE  L'AGRIGULTURB  ,  ETC. 


CORRESPONDANCE  POUTIQUE  ET  LITTÉRAIRE 
DB  LA  REVUE  BRITANNIQUE. 

IficaOlOGIB.  —  LB  OOCTBOR  CHÀNNING.  —  PHIUSlBftS  DBS  ^ATS-OHIS-—  DOC- 
TEUR ULBN.  —  HOJÏB.  —  CRUICBSHÂKKS.  —  ALLAN  CUNNINGHAH.  — 
aSBOUL  BT  JASMIN.  —  POÉSIES  DB  MACACLAT.  —  l'QISTOIRB  ROMAINB  BN 
LÉGKIIDBS.  ~  KBBPSAKBS.  —  SALON  DB  BAS-BLBCS.  —  TH.  HILLER.  —  Œ. 
DIOtlNS.  —  PBBSSB  AHJÊRICAINB.  —  M.  WEBSTBR.  —  MISTHBSS  TROLLOPB. 
-  n—  CATALiia  BT  !!«•  SAQUI.  ^  M.  CLBYBLAND.  —  LB8  HOUSTIOUBS.  — 
TOTAGIB.  —  ROMANS,  «TC.,  RTC. 

Londres,  20  novembre- 

Ma  lettre  de  ce  mois-ci,  le  mois  du  jour  des  Morts  [AlhouU 
%),ri8que  d'être  un  long  article  du  nécrologe  littéraire.  Nous 
avons  d'abord  appris  par  les  journaux  des  États-Unis  la  mort 
du  docteur  Channing  (William-Ellery  Channing),  le  grand 
sermonnaire  américain ,  du  petit  nombre  de  ceux  dont  les 
œuvres  sont  réimprimées  en  Angleterre.  C'était  un  grand  rhé- 
teor^nn  prédicateur  chrétien  et  moraliste,  qui  n'a  jamais  com- 
pris la  littérature  écrite  que  comme  le  pâle  fac-similé  de  la 
littérature  parlée.  Né  Français ,  le  docteur  Channing  aurait 
feil  surtout  des  oraisons  funèbres.  Ce  genre ,  qui  est  beau- 
coup le  sien,  convient  admirablement  à  l'emphase  naturelle 
des  Américains.  II  leur  faut  des  phrases  avant  tout  (excepté 
dans  le  commerce ,  bien  entendu]  ;  la  phrase  est  le  fort  de 
leurs  plus  illustres  tribuns  et  avocats.  M.  Webster  lui-même, 
cet  homme  d'afhires,  qui  vient  de  jouer  sous  jambe  lord  Ash- 
bnrton,  ne  se  refuse  pas  les  sesquipedalia  verba,  M.  Everett  est 
ttn  phrasier,  Patrick  Henry  en  était  un,  et  Carlyle,  cet  écrivain 
original,  ce  penseur  profond,  mais  au  style  germanique,  mais 
déclamatear,mai8accepté  sous  toutes  réserves  par  les  hommes 


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186  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

de  goût  en  Angleterre  comme  en  France,  Carlyleatoutdesnite 
fait  école  en  Alnérique  ;  il  y  a  tout  de  suite  trouvé  sa  doublure 
dans  le  prédicateur  Emerson  (1).  La  forme,  en  général  calme, 
des  théologiens  anglicans,  ne  pouvait  aller  au  docteur  Chan- 
ning.  Pour  terminer  mes  comparaisons,  il  préférait  Burke  à Pitt. 
Cependant,  avec  toute-  saa  onpkase  américaine,  le  docteur 
Channing  était  un  véritable  orateur.  La  Revue  Britannique  2i 
donné  des  extraits  de  ses  discours,  je  n'ai  donc  pas  à  le  £stire  con- 
nattre  à  vos  lecteurs  :  àm^  toute  autre  Revuo»  je  céderais  à  la 
vanité  de  découvrir  le  docteur  Channing,  comme  ce  professeur 
émdit  qai  vient  de  iiefmvrir  Charles  Lamb  en  i8l^3,  après 
l*avoîrtraduit  en  partie  avant  1880.  Maïs  vous  avez  surtout  cité 
les  deux  discours  du  docteur  Channing  qu'on  a  le  plus  sou- 
vent réimprimés ,  ses  Sermom-pamphlete  sur  Napoléon  et  sur 
Milton.  Il  ne  me  reste  qu'à  esquisser  quelques  mots  da  bio- 
graphie.   Le  docteur  Channing  était  né  le  7  avril  17S0,à 
Newport  (Rhodelsland);  c'est  à  Bennington  (Vermont)  qu'il 
est  mort  le  2  octobre  dernier.  U  descendait  d'ua  des  signalai- 
res  de  lafameuse  Déclaratùmie  lind^endmce  ;  et  dans  la  «Ko- 
{^aphie  Américaine»,  il  a  rendu  hommage  aux  vertus  de  son 
^and-père  William  EUery .  Son  pèr^  était  marchand  et  le  des- 
tinait à  la  profession  de  médecin;  mais  le  jeune  Cbaaai&|  fut 
bieat6tobUgé  de  s'occuper  exclusivement  de  sa  prc^ressuté, 
i|u  lieu  de  poursuivre  les  études  pénibles  de  Tari  de  fpètix. 
Cette  santé  avait  été  brillante»  robuste  même*  On  le  vit  touti 
001^)  dépérir,  et  jusqu'à  Ufin  de  sa  vie  il  ressembla  à  Veaibra 
d'un  corps  plutôt  qu'à  la  substance.  On  eût  dit  i|ue  eeike  osr 
ture  grêle»  presque  tranc^arente »  n'avait  que  le  soufle; 
quand»  après  avoir  étudié  la  théologie,  il  se  livra  à  la  piédi- 
cation,  il  se  fit  peu  à  peu,  à  force  d'art»  une  voix  qui  nemaft* 
quait  pas  de  soaorité.  Le  docteur  Channu^,  aa  aortk  de  VU* 
Qiverûté  d'Harvaf d,  où  il  futordonaé^  profieasaiieafiecehs 
doctrines  presbytériennes;  mais  dans  ua  ^ays  ceauMhi 
£tat»illnis,  où  il  n'y  a  rien  qui  sessenbfe  à  l'aiiitèea  M  di 


fl)  iM  dtwsufi  d^Eaieno»  ont  été  rânprfaiés  réœmnBiiC  à  hmétt 
mm  ip  jntMdaOîqa  ^Um  rw>at>> 


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foi,  il  est  difficile  que  les  intelligences  un  peu  vigoureodee  n& 
se  laissent  pas  aller  à  une  indépendance  complèle.  Le  docteur 
Cbauning  se  déclara  d'al;>ordpour  la  secte  des  Unitaires;  pui» 
avec  le  temps,  afin  de  parler  à  un  public  plus  nombreux,  il 
ëTita  les  discussions  dogmatiques ,  et  préféra  prononcer  ses 
discours  sur  des  sujets  de  haute  morale,  de  politique  géné^ 
raie,  d'histoire  même.  C'est  ainsi  q^'il  fut  tour  à  tour  Vorateur 
de  la  paix  universelle,  de  la  tempérance»  de  Féducation,  de 
Tabolition  de  resclavage,  etc.  Sa  dernière  exUbitiom  p^K« 
<;»e  (style  américain,  qui  fait  du  missionnaire  un  vrai  oomé* 
dieu)  eut  lieu  en  août  dernier  à  Lenox  (Masaachusaets),  où  il 
parla  sur  rémancipation  des  nègres. 

La  science  a  perdu  ce  mois-ci  le  docteur  A.  AHea,  iewe 
encore,  et  connu  par  ses  études  sur  les  étymologies  latines. 
Le  même  jour  [6  novembre] ,  est  mort  aussi  un  des  hommes 
qui  ont  le  plus  remué  de  sympathies  et  d'antipathies  dans  les 
longues  luttes  politiques  que  provoqua  après  1915  le  mî-* 
nistère  Castlereagh  :  c'est  le  libraire  Uone,  libraire  et  auteur. 
Honese  jeta  à  corps  perdu  dans  l'opposition  de  cette  époque* 
A  chaque  meeting ,  à  chaque  émeute,  on  était  sûr  de  le  reot* 
contrer  pérorant  avec  fougue.  Il  comprit  aussi  qu'en  sa  qua- 
lité d'éditeur,  il  avait  d'autres  armes  sous  la  main,  et  il  ne  le» 
négligea  pas.  Il  publia  de  petites  satires,  de  petits  pamphlets, 
et  pour  les  rendre  plus  piquants,  il  appela  le  crayon  du  earict-^ 
turiate  au  secours  de  la  plume.  Hélas  l  tous  ces  op^scules  ma-* 
lins  seraient  peut^re  tout  à  fait  oubhés,  si  Hooe  n'avait 
deviné  et  employé  le  talent  alors  bien  jeune  et  bien  inconnu 
de  G.  Cruickshanks,  cet  artiste  dont  tous  les  éditeurs  ae  dis-* 
pulent  les  spirituels  croquis,  et  que  Henri  Monnier,  e« 
France,  reconnaît  pour  son  maître.  Les  i^mateurs  rechercha 
rojit  toiqours  ces  premiers  essais  de  Cruickshanks,  qui  bik 
aujourd'hui  peu  de  caricatures  politiques,  laissant  cette  partie 
à  l'artiste  fécond  qu'on  ne  connaît  que  par  )es  initiales  de  H.  S. 
Malbeoreus^vient  Hone  ne  se  contenta  pm  do  ft^ire  la  guert^ 
aux  torya,  il  la  fit  au  clergé,  U  la  fit  presque  à  Diffot^  i  Die» 
soupfi(Hki^P9^1uidetorssni9^tawtlimàw 


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188  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

alors  incertaines.  Tout  cela  valut  à  l'éditeur  radical  des  procès 
qui  firent  du  bruit.  Il  finit  par  se  croire  la  dupe  de  son  propre 
parti,  et  ruiné  ou  à  peu  près,  il  fit  de  la  littérature  plus  in- 
nocente dans  les  Magazines,  Il  est  aussi  Tauteur  de  deux  vo- 
lumes très-populaires ,  le  Livre  de  chaque  jour  et  le  Livre  de 
l'année^  dont  le  débit  considérable  n'avait  pas  suffi  à  payer 
toutes  ses  dettes,  car  il  est  mort  encore  insolvable.  La  femme 
et  les  enfants  de  ce  pauvre  diable,  que  deviendront-ils?  Les 
idées  qui  enthousiasmèrent  Hone  en  1815  ont  cependant 
triomphé  en  grande  partie.  Sir  Robert  Peel  lui-même  en  a 
accepté  plusieurs.  Hélasl  c'est  en  politique  qu'est  vrai  surtout 
le  sic  vos  non  vohisi 

Je  dois  maintenant  vous  entretenir  d'un  mort  tout  à  hii 
littéraire ,  d'Âllan  Cunningham,  un  de  ces  poètes  sortis  du 
peuple,  comme  il  y  en  a  eu  tant,  et  comme  il  y  en  a  encore 
en  Angleterre,  double  enfantement  de  la  Bible  et  de  la  litté- 
rature légendaire.  Nous  avons  bien  en  France  un  poëte-boa- 
langer;  mais  M.  Reboul,  quoique  méridional,  écrit  dans  la 
langue  de  Lamartine.  Sa  poésie  n'a  ni  la  forme  ni  les  idées 
de  la  poésie  populaire.  Reboul  a  parfaitement  secoué  le  son  et 
la  farine  de  ses  habits  :  c'est  presque  un  classique  de  salon 
et  de  collège.  Nous  avons  un  poète-coiffeur.  Jasmin;  mais  ce- 
lui-là est,  au  contraire,  si  complètement  gascon,  qu'il  n'a  de 
lecteurs  que  dans  son  arrondissement.  La  critique  parisienne 
s'est  un  peu  trop  vantée  en  ayant  l'air  de  le  comprendre; 
tandis  qu'ici,  depuis  Burns,  le  dialecte  écossais  est  devenu 
un  idiome  littéraire.  On  le  lit,  on  h  chante^  à  Londres  comme 
à  Edimbourg,  dans  les  salons,  au  théâtre,  etc.  Allan  Cunnin- 
gham fut  un  des  héritiers  légitimes  et  reconnus  de  Burns.  Ses 
ballades  vivront.  Il  était  né  à  Dumfries  dans  une  famille  de 
paysans.  Son  père  le  mit  en  apprentissage  chez  un  maçon. 
De  bonne  heure,  le  jeune  Allan  lut  tous  les  livres  qu'il 
pouvait  se  procurer.  Cependant  le  livre  ne  lui  fit  pas  dédai- 
gner la  littérature  naïve  du  chanteur  des  rues,  de  l'ouvrier 
et  du  paysan  de  la  basse  Ecosse^  Il  eût  suivi  au  bout  du 
monde  un  mendiant,  rapsode  en  guenilles,  qui  lui  fredonnait 


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NOUVEtlBS  PEd  SCIBNCB5.  189 

quelque  légende  :  en  uu  mot,  la  renommée  de  Burn»  Vempé* 
chait  de  dormir ^  et  en  1810  le  jeune  maçon  fut  un  des  colla- 
borateurs des  Vieilles  Poésies  des  comtés  de  Nithdale  et  de  Gai- 
loway^  éditées  par  M.  Cromeck.  Allan  Cunningham  fournit  à 
ce  recueil  quelques  chansons  transmises  réellement  par  la  tra- 
dition orale  ;  mais  son  ambition  d*auteur  ne  résista  pas  à  la 
facilité  de  fabriquer,  comme  Macpherson  et  Chatterton,  de 
vieilles  légendes  et  de  vieilles  chansons.  Le  succès  lui  a  permis 
de  revendiquer  depuis  ces  enfants  supposés  de  la  muse  desoM 
rhymers.  On  les  retrouve  dans  son  recueil  à  lui  ;  car  il  finit  par 
publier  ses  propres  œuvres  sans  cet  artifice  :  il  fit  des  poëmes- 
légendes,  comme ja  Vierge  d^Elvar^  la  Syrène  de  Galloway^  etc.; 
des  poemes-drames,  comme  Sir  Marmaduke  Maxwell;  des  ro* 
mans,  PaulJones^  Sir  Michael  Scott.  Il  collabora  aux  Magazines 
mensuels.  —  Enfin,  recommandé  au  libraire  Murray  par  sir 
Walter  Scott,  il  fit  pour  la  Family  Library  six  volumes  vraiment 
excellents  :  les  Biographies  des  ÀrehitecteSf  des  Peintres  et  des 
Sculpteurs.  Le  littérateur  n'avait  pas  absorbé  Touvrier  ;  mais  le 
maçon  était  devenu  un  artiste,  et  son  compatriote  sir  Francis 
Chantrey  l'avait  mis  à  la  tête  de  son  atelier  de  sculpture  pour 
surveiller  les  travaux,  tenir  ses  livres,  etc.,  etc.  Quelques  jours 
avant  de  mourir,  il  venait  de  terminer  les  Mémoires  de  son 
autre  compatriote  sir  David  Wilkie.  Allan  Cunningham  avait 
une  grande  activité  et  une  grande  facilité.  Ce  qu'il  y  a  de  par- 
ticulier dans  ce  maçon-littérateur,  c'est  qu'en  conservant 
fidèlement  l'inspiration  de  la  naïveté  écossaise  dans  ses  lé* 
gendes  ou  chroniques  d'Ecosse,  il  avait  appris  à  écrire  la 
bonne  prose  anglaise.  Quelques-unes  de  ses  biographies  sont 
des  notices  parfaites,  qu'on  peut  comparer  aux  meilleures  de 
Samuel  Johnson.  Singulière  éducation  littéraire  dans  ce  siècle 
de  littérature  factice  et  de  mœurs  factices,  que  celle  de  ces 
Ecossais  qui  portent  dans  la  littérature  anglaise  le  parfum  de 
la  montagne  ou  de  la  forêt  1  Voici  encore  un  des  génies  les 
plus  énergiques  de  ce  temps-ci,  un  orateur  parlementaire,  un 
critique  érudit,  un  homme  d'état,  un  ex-ministre  de  la  guerre» 


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qai,  dans  lél  loisirs  que  lui  laisse  la  défaite  dé  ôoA  parti, 
s'amuse...  à  mettre  en  légendes  Thistoire  romaine. 

C'est  assez  vous  parler  des  morts ,  et  c'est  Thonorable 
B»  Macaulay  que  je  viensde  citer.  C'est  lui  qui  publie  unyolame 
intitulé  :  Lays  ofaneieM  Rome.  A  propos  de  cette  publication, 
quelques  journaux  politiques  se  sont  récriés  :  Quoi!  lesched 
des  whigs  se  font  portes  1  Mais  ils  ont  donc  abdiqué,  trahi 
peut-^tre?  Ils  font  des  rers,  ils  chantent!  mais  croient-ils  que 
nous  leur  jouerons  du  violon?  Est-ce  pour  divertir  nos  sei- 
gneurs les  tories  t  Est^e  pour  offirir  un  eofemplairt  dWevr  i 
la  belle  bibliothèque  de  sir  Robert  PeelT  etc.  Qu'il  est  difficile 
de  contenter  les  partis  vaincus  1  l'honorable  M.  Maeaulat 
aura-t^il  tort  à  nos  yeux,  nous  qui  sommes  son  innocent 
public?  Certes,  non;  ce  volume  est  d'abord  précédé  d'une 
préfoce,  beau  morceau  de  critique,  où  l'auteur  analyse  admi* 
rablement  le  système  de  Niehbur;  mais  les  vers?...  Ehbisn, 
les  vers  sont  de  la  bonne  école,  dignes  de  Scott,  quoiqu'il  y 
ait  peut-être  une  sorte  de  dissonance  dans  les  prouesses 
d'Horatius  ou  dans  la  bataille  du  lac  Régille,  etc.,  racontées 
avec  des  expressions  qui  rappellent  le  Lai  du  dernier  Méwt- 
irel,  la  Dame  du  Lac^  Marmion^  etc.  Le  volume  se  termine 
par  le  récit  de  la  mort  tragique  de  Virginie;  et  ici  le  poète 
au  vers  de  huit  syllabes  des  poëmes  de  sir  Walte  Scott 
substitue  un  grand  vers  de  quatorze,  qui  a  plus  de  gravité. 
Le  discours  de  Virginius  au  moment  où  il  va  poignarder  sa 
fille  est  d'une  tendresse  touchante,  le  vous  envoie  le  rolume: 
jugez  vous-même,  et  faites  traduire  au  moins  la  préfece  poûf 
vos  lecteurs  ;  sir  Robert  Peel  ne  vous  en  voudra  pas  :  ce  grand 
ministre  aime  les  beaux  vers,  même  ceux  des  vhigs.  Le  vicdi 
poëteWordsworth  occupait,  comme  vous  savez,  une  place  dans 
l'enregistrement  au  bord  du  lac  de  Windermere;  singulière 
place  pour  un  poëtel  singulière  résidence  pour  un  emplojédu 
fisc!  Sir  Robert  Peel  a  fait  accepter  la  démission  de  l'Homère 
des  Iakistes  au  profit  de  son  fils,  et  en  même  temps  la  reine  a 
accordé  au  père  une  pension  de  trois  cents  livres  sterling. 


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iromrBUBS  bbs  mibitcbi.  l^ 

(Tesl  doublé  justice»  parce  que  Wordaworth  a  non-eeslement 
£ût  de  fort  beaax  yers,  mais  encore  des  vers  qui  ne  lui  ont 
pas  rapporté  beancoup  d'argent.  Les  épigrammes  de  lord 
Byron  avaient  cruellement  contribué  à  cette  impopularité. 
Nous  Terrons  si  M.  Tennyson,  qui  est  un  peu  de  cette  école 
lyrique»  la  ressuscitera;  mais  M.  Tennyson  a  eu  le  bon  esprit 
de  jeter  sur  cette  sentimentale  poésie  du  nord  quelques 
rayons  plus  chauds  et  plus  colorés  de  Tamour  méridional. 

Voici  le  BU>ment  où  les  chœurs  des  rimenrs  de  boudoir 
couvrent  tous  les  chants  de  poètes  de  leurs  gazouillements  : 
les  mmtMk  et  les  ktepsakei  ont  paru»  veux-je  dire  ;  ceux  même 
des  Etat-Unis  sont  arrivés  :  mais  dans  toutes  ces  fmilieê  J^hU 
€cr»  quelle  sibylle  aurait  le  courage  de  chercher  le  sens  du 
dernier  soupir  de  quelques  vieux  cygnes  et  les  premiers  va- 
gissements de  ces  muses  qui  remplaceront  un  jour  Scott^ 
Byron»  Moore  et  Tennyson  lui-même?  C'est  dans  ces  livres 
reliés  en  moire  ou  en  maroquin  gaufré  qu'ont  débuté  quelr 
quefois  de  vrais  talents  »  Bulwer»  Allan  Cunningham»  mais 
surtout  les  dames  poètes»  Felicia  Hemans,  Letitia  Landon» 
Mrs.  Norton,  lady  Blessington»  etc.  Celle-ci  a  peu  à  peu  acca- 
paré YtdiioTêhxf  des  trois  ou  quatre  keepsakes  où  l'on  trouve 
le  reflet  imprimé  des  lectures  de  ses  soirées.  Un  poëte  ro- 
mancier, un  de  ces  s$lf  edueated  authars  (auteurs  qui  se  sont 
âevés  eux-mêmes],  comme  je  vous  disais  tout  à  l'heure  qu'ij 
y  en  a  tant  ici,— Th.  Miller  a  fait  un  tableau  satirique  asses 
piquant  de  ces  salons  de  bas^bleus  dans  un  roman  à  séries 
qu'il  intitule  la  Fis  de  F  homme  de  lettrée^  et  où  il  se  met  en 
scène  lui-même  sous  un  nom  supposé.  M.  Th.  Miller  est  aussi 
libraire»  et  il  se  donne  les  honneurs  de  l'illustration  calcograr 
phique  :  avant  d'écrire  et  d'imprimer,  il  faisait  de  ses  main^ 
et  vendait  des  paniers  dans  la  rue.  Hélas  I  dit-il  quelquefois 
dans  l'élan  de  ses  déceptions  littéraires,  si  je  me  suis  fait 
poète»  c'est  que  je  ne  croyais  pas  qu'il  y  eût  autant  de  con- 
currence dans  ce  métier  que  dans  celui  de  vannier. 

Charles  Dickens,  à  peine  de  retour  d'Amérique»  annonce 
déjà  qu'il  va  nous  donner  ,un  nouveau  romau  sur  les  mœurs 


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!192  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

anglaises,  toujours  comme  une  publication  périodique  et  arec 
le  secours  du  crayon  de  Cruicksfaanks,  de  Calcott,  de  Phiz, 
ou  de  tout  autre.  En  attendant,  Charles  Dickens  n'apasTouIu 
nous  priver  du  récit  de  son  voyage,  et  il  Ta  publié  sous  le 
titre  d'American-Notes.  Que  vous  dirai-je  de  cet  ouvrage?  qu'il 
y  a  sans  doute  des  chapitres  excellents  pour  votre  Revue:  eh 
bien,  prenez-les;  mais  permettez-moi  de  vous  avouer  que  je 
suis  du  nombre  des  lecteurs  désappointés  :  non  que  je  de- 
mandasse à  M  Charles  Dickens  une  belle  théorie  à  la  Mon- 
tesquieu sur  les  États-Unis,  clans  le  genre  du  livre  français  de 
M.  de  Tocqueville,  ni  une  foule  d'indiscrétions  et  de  comé- 
rages  à  la  Mrs  Trollope  (  observateur  qui,  du  reste,  ne 
manque  ni  d'esprit  ni  de  vérité  ).  Non;  mais  puisque 
M  Charles  Dickens  renonçait  à  ces  personnages  iictiB,  qni 
l'ont  si  bien  servi  dans  ses  Pidacick'  paperê;  puisqu'il  se 
montrait  à  nous  comme  M.  Charles  Dickens  esq.,  il  (allait 
que  le  père  de  Boz  ou  de  Pickwick  produisit  quelque  chose 
qui  fût  digne  des  enfants  de  son  imagination.  Une  des  qualités 
de  M.  Charles  Dickens  a  été  jusqu'ici  de  s'oublier  lui-même, 
d'être  tout  à  fait  le  personnage  qu'il  invente,  ce  qui  contri- 
bue à  loealiier  la  fiction,  comme  dit  Shakspeare,  à  réaliur  son 
Eidolon,  comme  dit  le  capitaine  Clutterbuck.  Eh  bien,  pour 
la  première  fois  qu'il  se  met  en  scène,  l'auteur  donne  par  trop 
-d'importance  à  son  vrai  mot  :  un  bon  tiers  du  voyage  est 
consacré  à  nous  apprendre  qu'il  a  eu  le  mal  de  mer  et  sa 
femme  aussi  !  11  nous  enferme  avec  lui  dans  la  prison  du  pa- 
quebot aussi  longtemps  que  le  ferait  Cooper,  le  romancier 
de  la  mer.  Puis,  débarqués,  nous  n'avons  pour  nos  peines  que 
des  esquisses,  des  notes^  c'est-à-dire  des  fragments...  rf««« 
volumes,  mais  pas  un  livre.  Encore  un  coup,  ce  n'est  pas 
assez.  Par  bonheur  du  moins,  quoique  inférieur  au  capitaine 
Basil  Hall,  à  M.  Buckingham,  à  Mrs.  Trollope ,  au  capitaine 
Marryat  même,  le  nouveau  voyageur  a  le  secret  de  nous  amu- 
ser ;  j'en  conviens  :  il  retrouve  souvent  la  loupe  microscopique 
de  Boz  :  si  son  œil  n'embrasse  pas  bien  l'ensemble,  il  sai- 
sit merveilleusement  les  détails  :  aucune  caricature  ne  hi 


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KOUTBLLBS  DES  SCIENCES.  193 

échappe  9  et  il  est  à  regretter  que  la  peur  des  récriminations 
ait  rendu  ce  peintre  ingénieux  si  sobre  de  portraits.  De  l'aveu 
d'un  autre  observateur  compétent,  le  spirituel  et  original 
Sam  Slick  (Halliburton),  tous  ceux  qu'il  a  croqués  sont  d'une 
ressemblance  frappante.  Cet  Oncle  Sam  qui  a  si  curieusement 
anatomisé  les  Américains,  déclare  qu'aucun  livre  sur  TAmé- 
rique  ne  lui  a  fait  le  même  plaisir.  Cet  éloge,  tout  exagéré  qu'il 
est  dans  la  bouche  d'un  rival  modeste ,  consolera  le  nouveau 
touriste  de  bien  des  critiques;  car  vous  devez  voir  que  les 
Magazines  de  Londres  ne  sont  pas  unanimes  pour  rendre  jus- 
tice à  H.  Charles  Dickens. 

Mais  quel  orage  attend  son  livre  en  Amérique  mémel  M.Char- 
les Dickens  ne  craint  pas  de  déclarer  qu'il  ne  sait  pas  de  pire 
fléau  que  la  presse  des  États-Unis.  Il  cite  divers  articles  qui 
prouveraient  que  tous  les  publicistes  de  l'Union  sont  des  coupe- 
jarrets  littéraires  :  non  content  de  ses  citations,  il  renvoie  en- 
core ses  lecteurs  à  une  diatribe  contre  la  presse  américaine, 
qu'on  trouve  dans  la  dernière  livraison  de  la  Foreign  Quar- 
Udy  ReineiCy  où  nous  lisons  en  eflet  une  attaque  bien  incon- 
venable contre  un  homme  d'état,  M.  Webster,  aujourd'hui 
ministre,  peut-être  demain  président.  A  propos  de  bottes,  la 
Louisville  Gazette  accusa  un  jour  M.  Webster  d'avoir  voulu 
violer  une  jeune  et  belle  dame.  L'anecdote,  très-peu  politique, 
eut  un  énorme  succès.  Ce  qui  nous  surprend,  c'est  que  le  fait 
étant  faux,  M.Webster  ne  se  crut  pas  moins  obligé  de  le  dé- 
mentir et  Caire  démentir  par  des  certificats  scellés  des  sceaux 
de  la  république.  Là-dessus  la  gazette  de  Louisville,  conti- 
nuant sa  calomnie,  répond  :  a  Nous  avons  dit  que  M.Webster 
avait  voulu  w^asser  la  femme  d'un  de  ses  commis  en  lui 
disant  :  Madame^  c'est  un  des  privilèges  de  ma  place.  Nous  nous 
sommes  trompés...  C'estrà-dire  ce  n'était  pas  h  femm3  d'un 
commis,  mais  la  femme  d'un  solliciteur.  » 

Ni  la  Revue  ni  M.  Charles  Dickens  ne  nous  apprennent  par 
quels  certificats  nouveaux  M.  Webster  démentit  cette  odieuse 
rétractation;  mais  il  parait  en  eflFèt  que  les  journalistes  des 
États-Unis  ont  d'étranges  licences. 

5*  SÉRIE.  —TOME  XII.  13 


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19b  iraOYSUBfl  »BS: 

l'ainommé  Mrs.  TroUppe^son  .dernier* cmvragiB  nous  i 
.bien  loin  des  États-Unis.  Cette  Corinne  boQi|[eoise  a  tooIb 
anssi  faire  son  Italie.  J'ai  ouvert  .le  .nouveau  voyage  de  06 
bas-bleu  avec  une  pcéveniion  que  j'avoue. 

Je  ne  pouvais  penser  qu'il  y  eût  lanHHBdresya^ialkieei- 
tre  Mrs.  TroUope  et  la  patrie  des  artistes.  Je  m'attendais  i 
des  blasphèmes  analogues  â  ceux  de  feu  M.  Sitooa,  qui.ae 
croyait  ni  au  génie  de  Raphaël  ni  au. chant  du  ro^ignol.  Sh 
bien,  le  soleil  italien  a  allumé  le  coeur  de  la  ^statue.  EDea'a 
pas  répudié  tous  ses  préjugés,  mais  eUe  a  une  «orie  d'inpir- 
tialité  qui  lui  permet  de  trouver  de  la  Qourioisieet  presquede 
l'esprit  au  pape  régnant,  que  iout  le  monde  sait  itre  un  aoioe 
sans  prétention,  un  souverain  sans  cbadatauisme.  Il  est  vr^ 
que  Mrs.  TroUope,  présentée  àSaSainteté  avec  une  pacotille 
d'Anglais,  sortdelafoule»4ésûinéecoiumeuuedaaie  littéiwe, 
et  le  pape  lui  exprime  le  regret  dene  pouvoir  Ure^ses  ouvragas! 
Dans  cette  pacotille  se  trouvait  aussi  un.Ecosaaisen  costame 
de  highlander,  et  le  pape  l'examina  encore  plus  curieuscaiept 
que  la  dame  littémire  ;  comme.c'est  un  grand |>riseur,  il  s^ina- 
gina,  dit  Mrs.  TroUope,  que  la>poudri^e  du  mogategnard  était 
sa  tabatière.  Mrs.  TroUope.  est  «  un  peu  moina  respectoeose 
.envers  les  cardinaux,  qui,  :iielou.elle,  abusent  de  l'éti^uUte 
qui  les  entoure  et  tieuneut  tropioi^gtemps  debout  les  dames 
auxquelles  Us  adressent.  Iscparole.  £lle  raconte  enfin  une  aaeo- 
dote  qui  donnerait. beau  jeu  à  eette  intolérance  dont  on  »- 
cnse  si  volontiers  et  .bieUrà.tart  la  police,  ecdésiastiipie  de 
Rome.  Pendant  la  célébration,  de  la  messe  de  Pâques  â  Saint- 
Pierre,  au  moment  de  l'élévation,  de  l'hostie,  alors  que  tous 
.les  assistants  se  prosternent,, on  entendit  tout  à  coup  dans 
une  des  galeries  latésalesicJbniit  d'une  bouteiUe.de  Champa- 
gne lançant  soabouebonv^aujdafoad.. C'étaient  des  Anglais 
qui  parodiaient  par, un  .bonid^euner.jaxîomjuunioii  sous  les 
deux  espèces.  Il  .fut  question  im  moment  d'interdire  l'entrée 
des  églises  aux  protestants ^p/vidant  les.  offices;  mais  la  bante 
cour  ecclésiastique  finit  par  oublier  le  .scandale  afin  que  tant 
le  monde  l'oubliât. — A  Pompei,  A  N^plesi,  4  Florence,  Mrs. 


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Xrpl)op0  se  laisse  peu  â  pe^  aller  à  des  a4scèi9  d'^jtbovsiaflowe 
Si  «Ue  se  permet  l'analyse  du  bas-bien,  ^c'e^t  tout  au  plus 
pour  mnis  &ire  coiuiaUre  ^  théorie  sur  )a  sibylle  de  Cumes, 
tju'eUe  sonpi^oiwe  d'avoir  jété  [bien  avant  Mesmer)  «ne  adepte 
da  mesmerismel  Toute  tory  qi^'elle  est  enfin ,  elle  n'est  pas 
ti;è9-Midul£^nte  pour  cet  antiaonstitutix)nnel  prince  de  Mo* 
dène,  qui  pro^prît  la  Jeu»e  France  de  ses  fatals»  et  regarde  Ia 
barbe  de  nps  dandys  comme  équivalant  à  un  placard  sédk- 
Uenx.  Une  des  personnes  de  la  société  de  Mrs.  TroUope  fut 
obligée  de  se  faire  raser  pour  obtenir  un  passe-port,  et  l'oa 
devine  que  Mrs.  Trollope  elle-même  n'entra  pas  dans  les  étata 
de  ce  despote  saps  avoir  bien  regardé  au  miroir  si  le  mauvais 
géiÛB  des  femmes  de  lettres  ne  lui  avait  pas  £ait  pousser  mali«- 
lùeusement  un  poil  de  moustache  sur  la  lèvre.  Mais  Théroîne 
de  Mrs.  Trollope,  en  Italie^  c'est  madame  Catalani»  qui  la  re- 
çoit aviec  toute  sa  charmante  amabilité  dans  la  villa  qu'elle 
habile  près  de  Florence.  Madame  Catalani  chante  même  pour 
^Uel  Certes,  Mrs.  Trollope  eût  été  presque . excusable  si, 
l^omme  le  grave  M.  Simon,  elle  eût,  après  ,ce  bonheur-là,  ^it 
le  procès  jdu  rossj\{;noL 

JI  Sàxki  que  madame  Catalani  ait  réellement  conservé  le 
xJxarme  de  sa  voix  et  l'éclat  de  sa  beauté,  car  Mrs.  Trollopç 
n'aime  que  les  jeunes  magiciennes,  et  elle  traite  impitoyable- 
jQneat  de  vieille  sorcière  une  autre  artiste  qui  cependant  ac^ 
^eomplit  à  ses  ;yeux  [mais  pas  pour  elle  seule,  il  est  vrai)  le 
jpirodige  de  maiciher  ou  voler  à  travers  les  airs.  )Est-ce  sur  le 
xoa^antique  manche  à  balai  que  ce  voyage  aérien  alieu?  Non; 
jp'eat  sur  la  cosde  teudiie  des  saltimbanques,  car  c'est  la  Sa- 
jnense  madame  JSaqw,  c'est  la  divine  sauteuse  du  boulevard 
4u  Temple  que  Mrs.  Trollope  rencontre  à  JFlorence,  prome- 
MAt^  jbcayers  Ji'horia;an.d'un  cirque  ou  d'uae  salle  de  spec- 
tade  la  JuiAe  Hdeuffi-êt  légère  dfi  ses  soixante  et  dix  ans.  Je 
xais  vons.cibir  Uttéralemcmt  Mi:s.  Trollope  :, 

#(.Po)ir^.onJlînuer  nos  distractioais  de  voyageurs,  nous  ne 
yjaitàmesplns^exleuic  palais,  mais  nous  allâmes  honorer  de 
notre  présence  une  antiquité  d'un  autre  genre,  à  savoir,  une 


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196  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

vieille ,  très-vieille  femme.  A  notre  surprise  extrême,  nous 
avions  été  prévenus  depuis  quelques  jours  que  Madame  Sa- 
QUi  devait  enchanter  la  métropole  toscane  par  une  série  des 
plus  difficiles  prouesses  qui  eussent  jamais  été  exécutées  sur 
la  corde  tendue.  Je  m'imaginais  que  la  téméraire  danseuse  de 
l'affiche  devait  être  une  descendante  de  la  madame  Saqui 
dont  j'avais  admiré  la  jeunesse,  et  qui  avait  laissé  à  sa  pe- 
tite-fille l'héritage  de  sa  pantoufle  verte...  Je  me  trompais  ; 
ce  n'était  pas  une  petite-fille...  c'était  l'immortelle  madame 
Saqui  elle-même  :  cela  ressemblait  si  bien  à  un  miracle,  que 
nous  résolûmes  d'aller  voir  un  spectacle  qui,  par  lui-même , 
n'est  pas  de  ceux  qui  ont  beaucoup  d'attraits  pour  moi.  Si 
l'étonnement  suffisait  pour  procurer  du  plaisir,  nous  aurions 
pu  véritablement  jouir  de  cette  exhibition  surnaturelle:  mais 
nous  y  éprouvâmes  plus  de  peine  que  de  plaisir.  On  nous 
dit  que  cette  vieille  extraordinaire  avait  soixante-dix  ans; 
et  malheureusement  pour  nous,  notre  loge  étant  très-près  de 
la  scène ,  nous  pûmes  voir  à  ses  traits  ratatinés  qu'elle  aurait 
pu  s'en  donner  quatre-vingts  sans  exagération.  Ce  fat  un 
spectacle  terrible I  Tant  de  vigueur,  tant  de  souplesse,  n'im- 
porte à  quel  âge,  ne  sont  pas  des  dons  communs  de  la  nature; 
mais  possédés  par  une  vieille  si  décrépite,  ces  dons  avaient 
quelque  chose  de  bien  effirayant,  d!horrible  même,  en  vérité  ! 
Je  comprends  que  la  iaim  et  la  misère  obligent  une  pauvre 
femme  à  se  montrer  ainsi  en  public  ;  mais  est-ce  là  le  motif 
qui  pousse  encore  madame  Saqui  sur  la  corde?  Ah!  du  moins, 
si  ses  amis  lui  conseillaient  d'y  paraître  dans  le  costume  et  les 
attributs  d'une  vieille  sorcière;  si  elle  y  montait  à  cheval  sur 
un  balai,  et  au  lieu  d'un  balancier,  si  elle  exécutait  ses  tours 
armée  d'une  quenouille,  j'avoue  que  nous  aurions  encore 
frémi;  il  y  aurait  eu  au  moins  une -idée  poétique  dans  cette 
mise  en  scène  d'accord  avec  l'âge  de  l'illustre  sauteuse  ;  mais 
quelles  émotions  pouvions-nous  éprouver  à  la  voir  parée 
de  tous  les  colifichets  de  la  toilette  adultère  d'une  fille  de  l'O- 
péra ;  puis,  après  avoir  feit  ses  tours  gymnastiques,  remonter 


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NOUVELLES  DES  SCIENCES.  197 

jusqu'au  Edte  delà  corde,  en  agitant  deux  grands  drapeaux,  tout 
cela  par-dessus  la  tète  des  spectateurs  du  parterre?  Je  m'at*' 
tendais  à  quelque  chute,  &  quelque  catastrophe  épouvantable; 
et  je  n'étais  pas  la  seule;  car  je  remarquai  dans  la  salle  une 
extraordinaire  et  silencieuse  attente,  éloquente  expression 
du  cauchemar  qui  nous  oppressait  tous.  Enfin,  lorsqu'au  re- 
tour de  son  ascension,  l'horrible  sorcière  s'arrêta  au  milieu 
du  théâtre,  et  y  déploya  bruyanunent  ses  deux  étendards,  il 
se  fit  une  acclamation  générale,  qu'elle  prit  sans  doute  pour 
un  applaudissement;  cri  de  dégoût  plutôt,  j'ose  le  dire.  Quant 
à  mes  amis  et  moi,  nous  nous  levâmes  alors,  et  nous  esquivâ- 
mes, un  peu  honteux  de  nous  être  trouvés  à  pareille  fête.  » 

Les  voyages  ont  abondé  ce  mois-ci.  Je  vous  citerai  encore 
im  Récit  de  voyiiges  et  d* entreprises  commerciales  ^  par  Richard 
J.  Qeyeland,  qui  est  une  réimpression  d'un  ouvrage  popu- 
laire en  Amérique.  Ce  M.  J.  Cleveland  rivalise  en  même  temps 
avec  son  homonyme,  dont  l'abbé  Prévost  fit,  je  crois,  un  fils 
de  Cromwell,  et  avec  Robinson  Crusoé.  Ses  merveilleuses 
pérégrinations  ne  sont  cependant  qu'une  histoire  vraie;  si 
elles  rappellent  les  romans  que  je  viens  de  citer,  c'est  parce 
que  tous  les  artifices  de  la  fiction  sont  nécessaires  pour  arri- 
ver au  même  intérêt.  Le  tort  littéraire  de  M.  Cleveland,  c'est 
de  tout  dire;  c'est  de  faire  un  journal  et  non  un  livre,  non 
une  œuvre  d'art  ;  et  quand  on  imprime  pour  amuser  son 
lecteur  autant  que  pour  l'instruire,  on  ne  risque  rien  de  ne 
pas  lui  dire  toute  la  vérité,  ou  du  moins  tous  les  détails  de 
la  vérité.  Aussi  l'analyse  d'un  pareil  ouvrage  est  impossible; 
je  le  cite  comme  une  mine  où  les  romanciers  pourraient 
puiser  trois  ou  quatre  romans  maritimes.  Je  dirai  seule- 
ment que  M.  Cleveland  fut  un  armateur  qui  courut  long- 
temps après  la  fortune,  fit  à  sa  recherche  le  tour  du  monde, 
la  saisit  quelquefois,  et  ne  put  jamais  la  conserver.  Je  signa- 
lerai encore  une  singularité  de  ce  voyageur  accompli,  c'est 
qu'il  n'a  jamais  bu  un  verre  de  vin  ou  de  liqueur,  ni  fumé 
une  pipe  ou  un  cigare.  C'est  à  cela  qu'il  attribue  d'avoir 
encore  une  santé  de  fera  soixante-dix  ans;  et  il  a  bravé  peste, 


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naufrages,  périls  de  tontes  sortes,  san^  avoir  jamaik  éti  b 
moindre  Indisposition,  le  pins  petit  mal  de  tête  (t). 

]'ai  In  encore  avec  beanconp  d'amnsemeiit  le  Xktitm 
résidence  à  Mosquita-Shote,  par  Th.  Vonng.  Le  p^ays  des  Mob^ 
tiques  est  situé  entre  les  11*  et  15*  degrés  de  latitude  nord, 
prés  de  la  baie  de  Honduras.  C'est  ce  pays  de  Voyais,  oirfc 
eossais  Mac-Grcgor  s'était  hît  cacique.  Ce  coin  de  l'Aflié- 
riqne  centrale  n'est  pas  senlemeftf  i^dontable  par  les  inseci^r 
^i  lui  donnent  son  nom,  et  antres  petites  bétes,  dont  la  sh 
gesse  et  Tomniscience  du  Créateur  nous  révélera  qtidqttt 
jour  l'utilité  dans  le  meilleur  des  mondes  possibles  :  des  rep 
tUes  plus  gros,  quoique  sans  ailes,  vous  y  attendent;  le  dt- 
mat  y  est  pestilentiel;  mais  d'ailleurs,  dit  M.  Th.  Yoang,o!iy 
trouve  tous  les  agréments  de  la  vie  :  que  ces  voyageurs  ont 
des  conclusions  ravissantes  I  Allez  donc  manger  du  bon  pois- 
son et  du  bon  gibier  dans  un  pays  où  si,  par  malheur,  ufl 
Insecte  vous  entame  la  peau,  vous  êtes  sucé  vif  par  des  taf* 


(f)  «  Je  ne  sais  point  et  ne  fus  jamais  membre  d'une  société  ds  l 
MDoe ,  mais  j'en  ai  pratiqué  les  maximes  avant  que  ces  sociétés  fosseolil* 
irtatées.  A  l'époque  où  je  commençai  ma  carrière  maritime,  on  regardait 
comme  une  chose  reçue  que  boire  du  grog  et  chiquer  du  tabacéuient^*' 
lement  indispensables  pour  faire  un  bon  marin.  CétailbraYerleridicnle 
que  de  s'en  dispenser  ;  mais  je  le  bravai.  Ceux  qui  m'auront  lu  poorroilt 
voir  que  j'ai  navigué  dans  toutes  les  parties  du  monde,  depuis  leseliM 
degré  de  latitude  sud  jusqu'au  seizième  de  latitude  nord,  qnelfoelMi 
dans  des  bâtiments  d'une  telle  dimension  et  avec  an  équipage  li  (M 
nombreux,  qu'il  faliait  sans  cesse  s'exposer  à  l'humidité  et  au  froid.  J'ai^ 
soumis  a  Tinfluence  des  localités  les  moins  saines:  à  Bataviai  ravagé  pu 
les  fièvres  ;  à  Saint-Bias,  où  les  indigènes  eux-mêmes  n'habitent  qu'osa 
partie  de  l'année  ;  à  la  Havane,  où  j'ai  résidé  cinq  ans.  J'ai  subi  la  e»p* 
Ovlté  et  la  prison  ;  j'ai  été  Yolé,  ruiné;  j'ai  passé  par  toutes  lesaotiétà 
dé  la  vie.  Eh  bien,  je  suis  part enu  è  ma  soiiante-huillème  aoBéeni' 
«vok  jamais  pris  une  goutte  de  liqueur^  un  terre  de  vin»  de  hïk9t  ^ 
porter  on  d'ale;  je  n'ai  jamais  fumé  ni  chiqué  :  loin  d'en  avoir  ssafaW 
l'attribue  h  cette  tempérance  la  conservation  de  ma  santé  :  je  ne  ooiastf 
la  migraine  que  de  nom,  et  excepté  les  fièvres  que  me  donnèrent  qnv' 
quefo'is  les  excitations  et  les  inquiétudes  de  ma  Tie  sgitée,  je  n'ai  jamais 
Âé  malade.  V 


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mnrvBUBS  mis  sctmcts:  199* 

rd'autvwiiMecte»tSi,  par  etetnple,  voas  laissex  dans  la 
sayanne  votre  cheval  blessé,  vous  le  retrouvez  le  lendemain  i 
rétat  de  squelette.  M.  Yonng  vante  beaucoup  les  tortues  de 
c»paf84à;  il  eet  malheureux  pour  les  pauvres  bêles  qu'elles 
aoienf  bornes*  à  manger;  car  avec  lévr  cuirasse,  ce  seraient 
les  seules  créatures  de  Dieu  dont  on  envierait  l'existence  au 
nMieu  dés  nuées  de  moustiques  qui  bourdonnent  autour  de- 


L'éditeur  Momy,  toujours  difficile  dans  le  choix  de  ses 
fiAHcatîons,  vient  de  nous  donner  un  bon  et  savant  voyage 
de  M.  W.  J.  Hamilton,  intitulé  :  Recherches  dans  VÀeie-Mi- 
tmwé,  lePontei  V  Arménie*  Ces  contrées;  jadis  si  glorieuses  de 
civilisation  y  n'ofl^nt  aux  voyageurs  que  des  vestiges  de 
classique  splendeur  et  elles  n'intéressent  plus  que  les 
frudits.  M.  W.  J.  HanrilCon  les  rendra-t-il  plus  populaires? 
Son  livre  n'est  pas  moins  précieux  que  celui  M.  Texier,  qu'il 
iie^  néglige  pas  de  citer. 

Je  n'ai  pas  lu  encore  deux  gros  volumes  du  docteur  Davy» 
frère  du  célèbre  chimiste,  sur  les  lies  Ioniennes  :  la  France  a 
ocecupé  ces  lies  avant  les  Anglais,  et  le  général  Vaudoncourt 
nous  les  a  fait  connaître  par  un  bon  ouvrage. 

le  vous  signale  deux  nouvelles  relations  de  la  dernière  cam- 
pigne  anglaise  en  Chine  :  1"^  Deux  années  en  Chine,  etc.,  par* 
Di  Macplierson  ;  2^  Narrative  of  the  expédition  to  China,  par 
le  commandant  J.  Ëlliott  Bingham.  Ces  voyageurs  n'ont  en* 
eore  vu  que  les  côtes  :  je  vous  avoue  que  je  ne  veux  plus  lire 
que  celui  qui  me  conduira  à  Pékin.  Au  reste,  si  la  guerre , 
CMUne  on  le  dit,  est  terminée  enfm,  il  faudra  bien  se  con*^ 
tent^  de  résumer  le  peu  que  nous  aurons  appris  de  nouveau 
depria  deux  ans  emr  le  Céleste  Empire,  qui  se  moquera  long- 
leMpa  encore  de  la  Aordare  Europe. 

fla- histoire,  je  ne  puis  vous  indiquer  que  la  publication 
daaLetttea  de  Marte  Stuart,  éditées  par  Mrs.  Strickland,  qw 
prfiik  en  mime  tempe  une  assez  curieuse  biographie  des* 
d'Aiigiisterre;.Le8^  nouvelles  XeHrer  à»  Marie  Siuorr 


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aOO  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

sqnt  la  reproduction  da  recueil  du  prince  Lebanoff,  traduit 
et  annoté. 

Le  colonel  Miles  vient  de  traduire  du  persan  une  HisUnn 
d'Hyder-Aly.  Il  est  curieux  de  connaître  l'opinion  des  histo- 
riens asiatiques  et  sur  leurs  propres  héros,  et  sur  leurs  Yain- 
queurs.  L'historien  persan  se  nomme  Meer-Hustein-Aly-Khan- 
Kermaniy  et,  avec  l'antiphrase  de  l'humilité  orientale,  il  se 
qualifie  d'étudiant  de  l'école  de  l'ignorance.  Nous  dirions, 
nous,  de  l'Académie  des  ignorantins  ;  mais  ce  prétendu  igno- 
rant ayant  été  trois  ans  au  service  de  Tipou-Saîb,  a  eu  i  sa 
disposition  la  belle  bibliothèque  de  ce  prince ,  et  il  s'en  est 
servi  en  homme  habile.  A  travers  la  pompe  de  son  style,  il 
nous  fait  un  récit  fort  animé  des  exploits  de  cet  Achille  de 
l'Asie,  qui  était  bien  digne  d'avoir  son  Homère;  d'ailleurs 
il  révèle  peu  de  faits  nouveaux,  les  historiens  anglais  ayant 
déjà  épuisé  la  matière. 

Je  ne  serais  pas  embarrassé  si  je  voulais  vous  parler  main- 
tenant des  romanciers.  Depuis  deux  mois ,  ils  ont  produit 
abondamment,  et  l'année  prochaine  ne  sera  guère  moins 
féconde  s'ils  tiennent  toutes  les  promesses  des  annonces. 

M.  J.  B.  Fraser  a  publié  un  roman  persan  :  Ali  Nemrou, 
ou  l'Aventurier  buchtiare.  Cet  ouvrage  est  égal  aux  meilleurs 
de  Morier.  L'auteur,  qui  sait  son  Asie  en  résident  anglais,  a 
fort  ingénieusement  illustré  les  mœurs  persanes  dans  une 
fiction  de  la  bonne  école. 

M.  Charles  Whitehead,  auteur  d'un  Solitaire  (qui  n'est  pas 
celui  de  M.  d'Arlincourt] ,  a  réimprimé  en  trois  volumes  un 
roman  biographique  sur  Richard  Savage,  que  vous  avez  pu 
lire  par  chapitres  mensuels  dans  le  Bentley's  MiseeUany,  Ce 
roman  n'est  pas  sans  valeur.  Le  héros  y  prétait;  car  c'est  celui 
qui  a  fourni  à  Johnson  le  sujet  d'une  biographie  si  romanes 
que.  Je  vous  en  parle,  parce  qu'un  conteur  français,  qui  a  son 
genre  de  talent,  certes,  a  publié  aussi  à  Paris,  sous  le  titre  de 
la  Couronne  d'épines,  un  roman  de  Richard  Savage,  qui  était 
bien,  si  je  m'en  souviens,  la  plus  antibritannique  de  toutes 


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NOUVELLES  DES  SCIENCES.  201 

les  fictions.  Cet  auteur  devrait  apprendre  l'anglais  et  traduire 
sans  rancune  le  roman  de  M.  Ch.  Whitehead,  qui  vaut  un  peu 
mieux  que  le  sien. 

Nous  avions  le  roman  maritime,  le  roman  militaire,  le  ro- 
man chasseur,  une  Mrs.  Stone  vient  de  créer  le  roman  manu- 
&cturier  :  cette  Pénélope-auteur  avait  préalablement  publié 
rhistoire  des  travaux  à  Taiguille  [the  art  of  needUwork).  Son 
roman  a  pour  titre  :  William  Longshawe  the  cotton  lord.  La 
ville  de  Manchester  est  la  véritable  héroïne  du  livre.  Je  vous 
avoue  n'avoir  pas  encore  achevé  le  premier  volume.  Si  je  ne 
voos  en  parle  plus ,  c'est  que  je  n'aurais  qu'à  le  critiquer  : 
mon  silence  sera  un  acte  de  galanterie  envers  Mrs.  Stone. 

Que  vous  dirai-je  de  la  FiUe  de  V avare  f  par  M.  Harrison 
Ainsirorth(l)?  Ce  romancier  est  de  ceux  qui  croient  que  la 
quantité  vaut  mieux  que  la  qualité.  Son  dernier  ouvrage  a  la 
prétention  de  peindre  les  mœurs  du  dix-huitième  siècle  à 
Londres  :  nous  y  voyons  les  beaux  des  comédies  feshionables 
d'Etheredge,deCibber,  deCongreve,  deWycherley  ;  ce  ne  sont 
que  promenades  au  Yauxhall,  au  Ranelagh,  etc.,  etc.;  des  la- 
quais, vrais  crispins,  se  font  passer  pour  leurs  maîtres,  afin  de 
faire  des  conquêtes,  etc.,  etc.  Tout  cela  sent  bien  les  mouches 
et  la  poudre  :  j'aime  mieux  les  comédies  dont  M.  Ainsworth 
a  un  peu  atEadi  le  dialogue  en  l'épurant.  Toutefois  quelques 
scènes  de  mélodrame  rappellent  aussi  les  scènes  de  terreur 
qui ,  malgré  la  protestation  des  gens  de  goût,  ont  fait  le  suc- 
cès de  Rokwood  et  de  Jack  Shippard.  L'avare  de  M.  Ains- 
worth est  calqué  sur  un  type  parfait;  mais  il  ne  vaut  pas 
l'avare  de  Nigel^  et  quelque  élégante  que  soit  sa  fille,  j'aime 
encore  mieux  la  longue  et  sèche  fille  de  l'Harpagon  de 
YÀUace. 

On  ne  sait  pas  encore  le  titre  du  prochain  roman  de 
Charles  Dickens  :  la  première  livraison  ne  paraîtra  que  le 
1**  janvier,  et  vous  en  recevrez  le  premier  exemplaire  ainsi 
que  le  premier  de  la  nouvelle  publication  de  H.  Lorrequer. 

(1)  Réimprimé  en  un  volume  (prii  5  fr.)  par  M.  Baudry. 

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9Q3  IfODVBLLES  DSS  SCIKIICKS, 

Puisque  vous  voulez  donner  aussi  mensuellement  à  vosleo- 
teurs  un  de  ces  romans  qpi.ont  ici  tant  de  succès,  peut-être  fe- 
liez-vous  mieux  de  préférer  celui  qu'annonce  sir  E.  Bulwer, 
son  titre  promet  :  le  Dernier  des  barom.  Vous-  l'aurez  aussi  i 
temps,  ainsi  qu'un  quatrième  ouvrage,  dont  H.  Bentley  m'a 
promis  les  bonnes  feuilles  :  vous  pourrez  donc  choisir.  Quant 
à  Cooper,  qui  publie  ces  jours-ci  Jack  of  the  lantom,  on  le 
Feu  follet,  notre  infatigable  M.  Defauconpret  ne  vous  laisse- 
rait pas  le  plaisir  d'en  offrir  la.  primeur  à  vos  abonnés. 

Je  crains  d'avoir  dépassé  la  mesure  dans  ma  lettre ,  et  je 
remets  à  la  prochaine  ce  que  j'avais  à  vous  dire  des.  théâtres. 


BULLETIN 
DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  D'ANGLETERRE. 

OBRNIÈRE  RÉUNION  DB  L'ASSOCIATION  BRITANNIQUE  POVI 
l'avancement  PB  LA   SG1BNGE. 

Fin. 

Influence  du  travail  dans  les  manufactures  sur  le  dévdopps- 
ment  de  la  phthisie  pulmonaire ,  par  M.  Nobèle.  On  a  accusé,  et 
a?ec  quelque  apparence  de  raison,  le  séjour  et  le  travail  des  manu- 
faclures  de  prédisposer  à  la  phthisie,  et  sous  ce  point  de  vue  la  po- 
pulation de  Manchester  se  trouve  dans  des  conditions  très-dèfaTO- 
rables.  Si  une  protestation  devait  s'élever  contre  cette  hypolhèsc, 
c'est  surtout  du  congres  réuni  à  Manchester  qu'elle  devait  partir; 
c^est  ce  qui  est  arrivé.  Nous  venons  de  voir  un  défenseur  de  cette 
▼ille  soutenir  que  si  la  mortalité  y  est^'plus  élevée  que  dans  d'an- 
fires  villes,  et  surtout  que  dans  d'autres  villes  non  manufacturières, 
ce  n'est  pas  au  travail  dans  les  manufactures  qu'il  faut  l'attrihaer, 
puisque  dans  celles  même  qui  sont  regardées  généralement  comme 
ks  i^us  malsaines,  la  santé  des  onvriers  est  aussi  bonne  que  par- 
tout aillenrs*  Dans  le  mémoire  dont  nous  venons  de  donner  le  titr^ 
l'aoteor  cbercfae  à  repousser  le  reproche  fait  aux  villes  maonfact»' 
riéres,  et  surtout  à  celle  de  Manchester,  d'augmenter  beaucoup  la 
disposition  déjji  si  forte  de  Ir  pepulaticn  à  la  phthisie  lubeittt- 


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MffiMnil  âm^mtie  yhlhwfec  ceM  des  hslncaiits  de  viUtt  non  mm 
fliiflttlinilèref  (fol  00111  caieTé»  pvr  la  méMe  ««ledie.  B'apiè»  lé 
Merasemeiit  der  fD4i.,  on  coapptftit  k  Manclnster et»  SeironL49»9tt 
ftwîlléâ;  or,  en  fsad  il  j  ettt  M73  morti,  dont  1 ,4M  fmvDt  ca»' 
iée»  par  hi  phibisie,  ce  qui  donne  an  mort  phihisique  ponr  24  fa- 
diîllee^  ef  Z  jffnhhiq^ts  «iir  19  morts'  de  toat  autre  maladie. 

BlHis  le  comté  agricole  d'fiwet  ^  4u>  compte  a3y4«3  famlilesyle 
nombre  deg  morts  dues^  à  ki  philinie  a  été  en  isao  de  ir^ou  et  In 
chiffre  Iota)  des  mon»  d^  e,a&2 ,  ce  qai  donne  comparaliyemeift 
4  morts  par  la  pbibisie  sur  2f  pour  le  comté  agricole,  et  a  sut  19 
ponr  la  rille  mannr»cturière.  Dans  le  district  agricole  qui  eeni« 
pneadle  Cambridgesbire,  rHutingdonsbire  et  le»  divisionaimériv 
Acncles  dnLineolnsbire,  formant  en  tout  une  population  de  e7,aAt| 
fanillesi  le  nombre  total  des  morts  a  été  dans  la  même  année  de 
7>3oe^  et  celui  des  morts  causées  par  la  pbtbisie  seule  de  t^aoe,  on 
près  de  1  sur  5.  Ainsi,  tout  en  reconnaissant  que  la  mortalité  gè» 
nènle  est  .beaucoup  moins  élevée  dans  les*  districts  agricoles  r  ^ 
ne  peut  nier  que  la  mort  par  la  pbtbisie  n'y  soit  plus  M^ 
quente.  A  Liverpool,  sur  43,026  femilles,  la  mortalité  générale  a 
été  de  9,181,  et  celle  des  pbthisiques  de  1,723«  Ainsi  donc  en 
compte  à  Lirérpool  3  phthidqnes  enlevé»  annuellement  snr  49  ia> 
milles,  et  3  seulement  à  Manchester  sur  68.  A  Birmingham  la  pro^ 
portion  est  encore  plus  en  faveur  de  Mancbester,  car  il  y  menrl 
diaque  année  l  phihisique  pour  86  familles.  A  Londres,  la  pro« 
portfon  des  décès  par  la  consomption  estdanele  rapport  de  2  ponr 
105  familles,  et  celle  de  la  mortalité  générale -avec  la  mortalité  pai 
la  phthisie  est,  comme  à  Mancbester,  de  8  snr  ig.  A  l'exception  de 
fai  métropole^  Manchester  compte  moins  de  cas  de  phthiaie  compa*' 
rés  à  bi  mortalité  générale  qu'aucun  des  districts  ci*dessu8  indi- 
quée; aussi  M»  Nobèle  en  conelnt-ilque  le  travail  dans  les  manufac- 
ttrres  n'a  aneune  influence  directe  sur  la  production  de  cette  mala- 
die. Si  on  consulte  le  registre  des  décès  de  Mancbester  pendant 
trois  années,, et  depuis  l'âge  de  15  ans  jusqu'à  celui  de  40,  on  re^ 
emnait  qp^  la  mort  causée  par  la  phihisie  a  frappé  174  personnes 
qnl  travaillaient  dans  tes  manufactnresi,  690  ayant  d'aulresi  oemn* 
pations,  et  vn  sans  indication  d'emploi.  Parmi  les  174  ootrîers 
des  manufactures,  4&  sont  portés  comme  fileurs,  49*  comme  dévi- 
deun  (winders)/28  comme  raltacheurs  22  comme  cardeurs  et  ton- 


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90k  KOUVBLLBS  DES  SaBHCEB. 

dears ,  et  25  sans  autre  désignation  que  d'être  employés  dans  les 
manufactures.  M.  Nobèle  conclut  de  tous  ces  faits  et  beaucoup 
d'autres  semblables  que  les  manufactures  n'exercent  pas  sur  la 
production  des  scrofules  et  sur  une  de  leurs  formes  particulières^ 
laphthisici  Tinfluence spéciale  et  mairaisanlequ'onleuraailribuée. 
Rapport  sur  la  statistique  vitale  de  Manchester,  préparé  par  la 
Société  de  statistique  de  cette  ville.  Ce  que  Ton  appelle  oommoné- 
ment  la  ville  de  Manchester  peut  être  considéré  comme  comprenant 
huit  juridictions  différentes  :  Manchester,  Ardwick,  CharLton-sor- 
Medlocki  Hulme,  Salford,  Pendleton,  Brougfaton  et  Cheetham,  for- 
mant, en  1841,  une  population  de  ao5,993  habitants,  et  qui  pré- 
sente des  caractères  différents  sous  le  point  de  vue  physique  et  mo> 
rai  dans  chacune  de  ces  divisions,  suivant  qu'elles  renferment  an 
plus  ou  moius  grand  nombre  d'habitants  appartenant  à  la  classe 
aisée,  ou  d'ouvriers  habiles  et  qui  reçoivent  une  haute  paye.  Ainsi 
deux  de  ces  parties,etles  moins  populeuses,  Gheethamet  Brougfaton, 
sont  spécialement  habitées  par  la  classe  riche,  qui  forme  encore  une 
forte  minorité  à  Ardwick  et  à  Gbarlton,  tandis  que  Hulm,  Man- 
chester, Salford  et  Pendleton  le  sont  surtout  par  les  ouvriers,  et  eih 
core  ces  dernières  parties  diff^èrent  entre  elles,  suivant  la  condilioa 
plus  ou  moins  comfortable  dans  laquelle  se  trouvent  les  ouvriers  qù 
les  habitent  ;  car  tandis  que  Hulme  et  les  parties  de  Gbarlton  et 
d'Ardvrick  qui  se  trouvent  sur  les  bords  du  Medlock  attirent  ^^é- 
cialement  les  ouvriers  habiles ,  ceux  dont  les  gains  sont  le  plus 
élevés,  Manchester  et  une  grande  partie  de  Salford,  avec  leur  épaisse 
fumée,  leurs  rues  étroites  dans  les  anciens  quartiers ,  leurs  cours 
et  leurs  celliers,  retiennent  le  plus  grand  nombre  de  ceux  qui  for* 
ment  les  dernières  classes  et  les  moins  rétribuées.  Le  tableau  sui- 
vant fera  comprendre  la  différence  de  rapidité  avec  laquelle  la  po- 
pulation de  ces  différentes  parties  est  arrivée  au  chiffre  actuel. 

ISOI.   IStl-     iS3I.     ISSl.     tl4l. 

Gharltott-sur-Hedloek.  ..  675  %t5Hi  8,209  20,<S69  S84M 

Httlme 1,677  3,061  4,234  9,624  26,982 

Ardwick 1,762  2,763  3,545  5,524  9,906 

Cheetham  et  Crumpsell. .  1,204  1,798  2,937  5,903  8,837 

Broughton 866  825  880  1,580  3,794 

Salford 13,611  19,114  25.772  40,786  63,209 

Pendleston 3,611  4,805  5.948  8,435  11,03S 

Manchester 70,409  79,459  108,016  142,026  163,856 

305,943 


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HOUVELLES  DES  SCIENCES.  205 

La  circonstanee  qaî  a  le  plus  conlribné  à  affaiblir  le  moral  et  à 
élever  la  mortalité  de  qnelqaes-iiDes  des  parties  de  la  tille,  c'est 
l'empressement  avec  lequel  toutes  les  personnes  riches  auxquelles 
leur  position  permet  de  changer  de  résidence  quittent  depuis  quel* 
ques  années  les  quartiers  de  Manchester  et  de  Salford,  soit  pour 
s*éIoigner  de  l'incommodité  de  la  fumée,  du  bruit  et  du  fracas  des 
affaires,  soft  à  cause  du  haut  prix  que  coûtent  au  centra  de  la  Wlle 
le  terrain  et  les  logements.  Il  résuite  de  cette  migration  continuelle 
que  de  vastes  quartiers  de  la  Tille  ne  sont  occupés  que  par  des  ou* 
friers.  Cet  état  de  choses,  qui  peut  être  utile  à  la  santé  des  fomilles 
opulentes,  établit  une  séparation  trop  distincte  entre  les  deux  classes 
dont  se  compose  la  population  de  cette  vaste  cîlé,  entre  ceux  qui 
dirigent  (the  employers)  et  ceux  qui  travaillent  (the  employed),  ce 
qui  peut,  à  une  époque  plus  ou  moins  éloignée,  devenir  funeste 
aux  deux  classes.  Les  auteurs  jettent  ensuite  un  coup  d'œil  sur  les 
caractères  géologiques  et  météorologiques  du  lieu  où  se  trouve 
Manchester,  sans  donner  aucun  renseignement  sur  la  nature  des 
travaux  de  cette  grande  population,  sur  sa  manière  de  vivre,  l'élé- 
vation des  salaires,  les  sociétés  mutuelles,  toutes  circonstances  qui 
ont  une  si  grande  influence  sur  la  santé  et  la  longévité  des  popu- 
lations. Nous  terminerons  donc  par  quelques  données  sur  le  climat 
de  Manchester,  qui  est,  de  l'aveu  môme  des  étrangers,  doux  et  tem- 
péré, mais  humide  et  extrêmement  variable  sous  le  point  de  vue 
de  l'humidité  et  de  la  température.  Le  ciel  y  est  fréquemment  couvert, 
le  froid  rarement  très-prononcé,  et  la  neige,  quand  il  en  tombe, 
n'est  qu'en  petite  quantité  et  ne  tarde  pas  à  fondre.  Le  caractère  le  . 
plus  remarquable  de  ce  climat,  c'est  la  rapidité  du  passage  de  l'hu* 
midité  à  la  sécheresse  ;  le  mois  de  décembre  étant  à  peu  près  le  plus 
humide  et  janvier  le  plus  sec  des  mois  de  Tannée. 

Augmentation  de  la  valeur  de  la  propriété  dam  le  Lancashire 
du  sud  depuis  la  révolution,  par  M.  Ashworth.  Tel  était  autrefois, 
disent  les  anciens  chroniqueurs,  l'état  de  cette  partie  du  pays,  que 
Guillaume  le  Conquérant  en  revenant  de  l'expédition  contre  York, 
ne  put  qu'avec  peine  se  frayer  une  route  à  travers  les  marais  et  les 
argiles  qui  le  couvraient  à  cette  époque.  Sous  le  règne  de  Jac- 
ques I»,  l'antiquaire  Camden  éprouva  une  espèce  d'effroi  en  ap- 
prochant des  frontières  du  Lancashire  méridional ,  ainsi  qu'il 
le  dit  lui-même,  se  mit  sous  la  protection  de  Dieu,  comme  si 
il  allait  pénétrer  dans  un  pays  barbare.  La  première  estimation 


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«iitbe»li«ue  Û9  te  v«leifir  ijbB  k  fffoprièlé  m  dorai»  p«r  It  eoUia- 

II*  46bwortli«  «rappMsbiAl  iceftte  4ioiUatMiiHte  eiUe  vu  •  iU  Mf^ 
ate «o  itS^lf  4»iNr  lataKeidii  «omlé, IkU ivir  quel ii»ai«aie  >«ci»W' 
«toa^Qt  «  pms  depuis  c^iu  époque  le  rewma  4«s  iDéiuM  tocalilè^ 
fWuntiitt^oiRr  exeokple  ia  TiUa  de  Bofttoa»  qwi  fui  Uvie  lui  oii|e  ai> 
MSÎDa  pour  0  )  £  16  tbiUiiigc,  ae  qm  loii  maNipliaBt  pv  5  4kNMw 
te  aomne  de  J  09  £  Mt»me  te  :pMd«it  ftanael  de  tonles  tes  pre^ 
priétesctefcciite  vîlte.; >»ii  I64i «ecaévie  piwdiiUMnael  a élééf«liii 
powrte  tase  du  caaxlé  à  9d;»eç  £.  -GeinpaïaiH  eof  ûte  J'an^OMa^ 
Èêàkia  dete  viieHr4e  te-paapriété  «te»  i^Ue»  a^cicfâe» 4a Quelle 4f 
iMioattee  fliwc  raugmeiHakMii  4e8  dteUieis  oà  des  atanuCactum 
«pt  é^étaWes,  il  teii  reiBarqiicr  que  ilad«Mi4rfle  Manatectawièiiiea 
MOi-ttniteiiitftUccrttla  prospèrilé  4eBltettx#à  eUea'esl  dèvetetpp^ 
flaai 8  quVJte  a  aussi  létead^i  «es  iiteafatla  sur  taus  tes  4ialfiQl«  envi- 
fflomanifi^  aagmentMil  Je  •sifloq^k  renanu  de  te  4errede  i,^ael 
mkéme  de  3^dO  p.  otùs  La  ùmi  ide  Jftoaaandal  couvre  un  9s§m 
-dewin^t  wUe  carrés  «  «i  au  €ommanoarofat  du  aeteîème  sîèole  ae 
fcomptatt  rqi^e  «A  baMèanls;  aaiîoitrd'ëtti  il  y  eu  a  pius  4e  24»oa#» 
^  tant  «èoemaxeui  te  (erre  toute  une  ei  éettioée  à  te  culCayre  j  a 
èlé  affermée  à  on  prix  «dix-  lois  {dus  .ètevé  %ae  aahii  q«'<elte  ra{^ar- 
•tiit  il  y  a  nn  aîècle.  Datis  k«  loealtbèa  t^ua  popateasaa ,  te  éeaie 
)dastànée  à  lia  tir  «'afferaie  àtm  ^x  bwn  filas  4Aevé  ^oope^  et  ^ai 
varie  dei20àiao  £  par  aa  ,  ce  iqui  eal  -pl»s  povf  ua  md  acae 
II»  te  Tei^QH  de  tonte  te  lonèt  (de  i,6aa  aenes)  :80»a  te  régae  de 
Jaoqnas  i^.  Xoas  de ia  péaiateii  de  te  teae  des  terres,  aooreiicap 
aanuil  Iat4&valué  à  1^062  £,  >at  «a  i^4i  é  40«oa6  £«  ^  ^ui  fait 
ose  aufawnlaAioB  de  4,^00 p.  a/a  en  .1^9  aiM,«lAe4i^oao  p.  ^ 
depuis  le  temps  de  leeqMbes  i*'^ 

^ternaiiB  BBGTioK.  ^£ciaKaBsaiiM^iiiat}Ba««*^  iSte  i'mplçii.du  fer 
dan$  ia  >eûmtruclim  é»  paisnesmo^  par  M-  <iraDlhaMei.  U  n'as^t 
fas  poaaibte  de  dpaanr  aux  asabaaaaK  <onal0a»U  .en  bote  te  ktmt 
iqni  offre  te  ■aaina  4e  aéateteDoe  à  i'îaipalateai  et  t'eau  aaas  nuire 
A  leur  aoiidké,  taidte  cfue  le^'eat  tecaalcaife  aaee  Jes  «afasaaia  •oai- 
*alruil6  ea  iér,  «t  aapendant  tes  paaaasaeuas  ide  «tariPes  aestcut  iaa- 
jauffs  fidèles  «os  laandas  et  épateiw  icoaatraitiaBS  aa  bote,  vateal 
avac ladâfféaeneeJea ^naas si eadtaietai tefteos c|tte  l'aa  abtiisi 
:aaae  teler,  et  ne  tiennent anauarcoaaptede la aqpMoriléqu^ apt 
anr  tesJbâtimiMh  aanah'uilawp  d»isaa»sie  iawpi»4a  M>m»  ^ete 


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àmtèe^  de  rarrimage,  do  «omfof  t  et  nféme  de  la  dépense.  Un  antro 
afanlagesur  leqaellf.  GranCkam  însif te  beaftconp,  c'est  l'origine 
des  matières  premières,  qui,  dans  la  construction  des  navires  en 
bois,  «ont  lovies  tirées  de  l'étranger,  'tandis  qoe  dans  celle  des  na- 
râes^en  fer  tovt  le  pnx  de  k  maîn^œuvre  et  de  la  matière  pre- 
mière reste  en  Angleterre.  Prenant  pour  eieraple  Vlndoiîan^  qnia 
esûté  72/HM£ ,  il  fait  remarier  que  le  bois,  dont  le  prix  s'est 
èleTé  à  49^000  £,  a  été  presque  entièrement  tiré  des  Indes.  Dans 
■B  vaiisean  en  1er  de  la  ?ale»rde72,000  £,  la  main-d'eeovre,  s'él^ 
tant -saule  à  07,000  £,  ne  sortirait  pas  du  pays,  et  les  5,000  ^  que 
eaùVeiait  la  matiève  premiète,  le  fer,  ne  seraient  probablement  pai 
portées  ailkars.  Pour  prouver  arec  quelle  facililè  les  bateaux  ea 
fer  peuvent  résister  à  des  accidents  qui  mettraient  en  pièces  les 
plus  lories  constructions  en  bois,  il  rapporte  que  VAcadia  ayant 
heurté  un  navire  en  fer,  ce  dernier  fut  complètement  submergé, 
toutes  ses  œuvres  en  bois  furent  brisées  ;  mais  aussitôt  que  VAcadia 
fut  passé,  le  navire  se  releva  comme  Teût  fait  une  pièce  de  liège, 
toute  la  partie  construite  en  fer  n'ayant  éprouyé  Aucune  altération, 
et  trois  hommes  qui  se  trouvaient  dans  la  cabixie  furent  ramenés 
sains  et  saufs. 

Roffori  ibi  'OomUé  chargé  ^infaért  des  r^okerches  9ur  la  meil- 
iêmne  /orme  à  àtumar  ^mx  navire» ,  pair  M.  Scott  fiussel.  €e  rap- 
port deva&tiétre  prabaUemenjt  imprimé,  J'aateur  se  borne  à  pré- 
senter qoelfaes  'COOêidératmis  |$énénks  svr  les  expériences  aux- 
quelles la cooMBimans'^st (livrée  et-sor  les  résultats  obtenus.  Les 
expériences,  au  nombre  de  plus  de  20,000,  sur  la  résistance  éproo- 
vée  par  les  fonmes  -difSèrentos  de  navires ,  ont  été  faites  avec  plus 
de  100  moièitide  Garce «t  dedimenaîons  mariées,  depuis  celle  des 
petits  modèles.de  M  ponces  de  long  jusqu'à  oelle  des  navires  de  US, 
se,  2*0 f pieds,  cit  d'une  charge ée  4,000  4omieaux  et  pins,  tantôt 
sur  le  résenoir  qui  se  troove  près  de  la  ^résidence  du  rapporteur, 
laBldtanr  laMier.  Séendes  essais  de  «e  genre  ont  déjà  été  faits, 
soit  par  des  coupsaavaiits ,  soit  par  de  riches  particuliers ,  et  ont 
eoÉlé  sans  fruit  beajoceiip  d'arfent,  de  peines  et  de  travaux.  Les 
esnses  de  naânsuoeès  «ont  iîgn«lées  par  WL.  Rosael ,  qui  a  dû  lea 
éviter  .qt  Innrver  de  «dnrMIea  wefm  ^expérimeiMafion.  £n  atten- 
dant que  les-résultats  de  œ  lniirall  <a«ent  été  publiés,  nous  rappoi^ 
terans  l'expia  humm  Siivanle,  yii>proitye  totfle  riniumioe  qu'exerce 
la  SaroR  ccdie^as  uvâm  «ur  leur  r«q|iidît!é,  indépendamment  de 


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a08  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

toutes  les  autres  circonstances. — Quatre  bateaux  d'environ  25  pMs 
de  longy  ayant  tous  les  mêmes  dimensions  en  largeur  et  en  profoii- 
deur,  la  même  capacité,  la  même  pesanteur  et  le  même  tiiaat 
d'eau ,  ont  été  remorqués  en  même  temps ,  dans  les  mêmes  circoa* 
stances  et  avec  la  même  vitesse;  leurs  formes  étaient  si  analogucSi 
que  les  différences  auraient  probablement  échappé  à  un  cûl  peu 
expérimenté;  c'étaient  quatre  bateaux  qui  passaient  tons  pour  très- 
bons,  et  chacun  d'eux  trouvait  des  admirateurs  qui  préféraient  fi 
forme  à  celle  des  autres.  Qui  ne  croirait,  d'^iprès  cela,  que  ces  ba- 
teaux devaient  présenter  la  même  résistance  ?  Et  pourtant,  maigre 
cette  ressemblance  si  complète  sous  tons  les  points  de  vue,  4  l'ex- 
ception de  la  forme,  il  y  eut  de  telles  différences,  que  la  résistasoe 
était  double  chez  l'un  de  ce  qu'elle  était  chez  un  autre.  Ainsi,  i 
une  vitesse  de  7  milles  1/8  à  l'heure,  ils  présentaient  la  résisUnoe 
suivante  : 

1'*  forme,  56,6  livres  de  résistance. 

2«  138,5 

8«  102,9 
4«  90,2 

Ce  qu'il  y  a  de  très-remarqnable  dans  cette  expérienee,  c'est  que 
le  bateau  n"*  i,  qui  a  éprouvé  le  moins  de  résistance,  était  aussi  ce- 
lui qui  se  trouvait  le  mieux  à  la  mer,  le  plus  sec  et  le  plus  (àeik  à 
manœuvrer.  Tout  ce  qu'on  peut  conclure  de  cette  expérience,  c'est 
que  la  forme  du  navire  a  sur  sa  vitesse  plus  dlnfluence  qu'on  ne  le 
pense  communément. 

InstrumetU  pour  indiquer  la  viiesêe  des  navireê,  par  M.  J.  S.  Ros- 
sel.  La  valeur  de  cet  instrumrat  repose  sur  un  principe  d'hydro- 
dynamique bien  connu,  et  dont  on  avait  déjà  tenté  plusieurs  fois, 
mais  en  vain,  de  faire  l'application  au  même  objet;  c'est  que  si 
un  réservoir  est  rempli  d'eau  jusqu'à  une  certaine  hauteur  et  qu'il 
présente  à  sa  partie  inférieure  un  orifice,  l'eau  s'en  écoule  ivec 
une  rapidité  proportionnée  à  sa  hauteur,  et  également  que  si  ce  ré- 
servoir est  vide  et  son  oriOce  tourné  vers  un  courant  d'eau,  celte 
dernière  s'élève  dans  le  réservoir  à  une  hauteur  proporttonnce  à 
la  vitesse  du  courant.  Voici  maintenant  en  quoi  consiste  l'appareil 
construit  sur  ces  principes  :  un  tube  placé  à  l'avant  du  navire  va 
directement  à  son  centre  de  gravité  où  il  se  termine  par  un  tube 
vertical  de  verre  dans  lequel  Feaa  s'élève  ou  s'abaisse;  à  ce  tube 


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HOmrBLUBS  DES  8GIBHGBS.  909 

est  attachée  une  échelle  mobile  dont  on  place  le  séro  de  niveaa 
ayec  le  point  aaqael  l'eau  arrive  lorsque  le  navire  est  au  repos. 
L'élévation  de  l'eau  dans  ce  tube»  lorsque  le  vaisseau  est  mis  en 
mouvement,  indique  la  rapidité  avec  laquelle  il  pénètre  dans  l'eau. 
M.  Russell  a  constaté  l'exactitude  de  cet  indicateur,  plus  de  vingt 
fois»  sur  des  navires  qui  parcouraient  une  distance  connue  de  15  3/8 
milles,  et  l'a  reconnu  bien  supérieur  aux  autres  moyens  employés 
jusqu'ici.  En  plaçant  un  robinet  immédiatement  au-dessous  du 
tube  de  verre,  il  a  pu  arriver  à  une  grande  régularité  et  obtenir  des 
indications  dont  l'exactitude  ne  laisse  rien  à  désirer,  à  un  ving- 
tième de  mille  près.  D'après  les  résultats  de  ces  expériences,  il  a 
construit  une  échelle  dont  nous  donnons  un  extrait.  La  première 
col<mne  indique  la  vitesse  en  milles  par  heure,  et  la  seconde  la 
hauteur  de  l'eau  dans  le  tube,  au-dessus  de  la  ligne  zéro,  exprimée 
en  pieds. 


Klks  i  rbeare. 

neds  m  l'échelle. 

MiUes  &  rheure. 

Pieds  larrechelle. 

15 

7»8625 

7 

1,647 

13 

5,6800 

5 

0,84 

11 

4,067 

3 

0,3025 

9 

2.722 

1 

0,0336 

Beekerehêi  sur  la  eomhuition  du  charbon  de  terre  dans  le  hut 
t obtenir  r effet  le  plus  puissant  et  d^ empêcher  la  production  de  la 
fismée,  par  M.  Fairbairn.  Jusqu'ici  on  apporté  peu  d'attention,  sur- 
tout aux  environs  de  Manchester,  dans  l'économie  du  charbon  de 
terre  employé  à  chauffer  les  machines  à  vapeur.  Plusieurs  causes 
cependant  contribuent  à  augmenter  dans  une  proportion  con- 
sidérable et  sans  utilité  la  consommation  de  ce  combustible  pr^ 
deux.  Le  premier  que  signale  M.  Fairbairn  est  le  défaut  de  con- 
naissances nécessaires  chez  les  hommes  auxquels  est  confié  le  soin 
des  fourneaux,  et  qui  les  chargent  souvent  au  delà  de  ce  qu'il  est 
nécessaire  et  de  ce  que  comporte  l'étendue  et  la  disposition  des  sur- 
foces,  dans  le  but  d'obtenir  plus  d'effet,  tandis  qu'en  réalité  l'excès 
de  charbon  qu'ils  emploient  est  entraîné  sous  forme  de  fumée  noire 
et  épaisse,  et  sert  à  chauffer  inutilement  l'air  qui  s'échappe  par  la 
cheminée.  La  seconde  cause  est  le  défaut  de  proportion  qui  existe 
souvent  entre  l'étendue  du  foyer  et  celle  de  la  surface  de  la  chau- 
dière exposée  à  l'action  du  feu.  Le  rapport  entre  ces  deux  parties 
offre  de  grandes  différences,  même  dans  des  appareils  qui  passent 
5*  SÉEIB.  —  TOME  Xil.  ik 


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Mé»  eeR6lraîl9.  Attx  ettTiroas  de  Manebesfer^  rétenMë  dt 
fyf&r  tsi  à  iselte  de  Id  chaodièrtf  djins  le  MppoH  de  1 1  à  t;  dans  les 
lÉackiiies  du  comté  de  Gornooeilles,  la  ebaodière  présente  bien 
pilift  de  sorfaee  ;  dane  quelques  autres^  att  contraire,  die  en  offre 
Meatieoup  moiM;  dans  les  maehines  de  la  marine  royale,  c'est  la 
j^i^Dportlon  de  14  à  l  qui  dottHne»  Celte  dernière  proportion  est 
Mie  à  laquelle  Tauteur  donne  la  préférence,  ear  eHe  permet  de 
oiangeren  Tapeur  et  en  unelieure  7,46  livres  d'eau  atee  f  livre  de 
leii  ëbarbon,  ce  qui  est  te'maximiim  que  Fon  ait  encore  olHeno  dans 
Ifttff  strict  de  Manchester.  Bn  augmentant  la  surfkee  de  la  ebaudiêre 
oh  adopte  le  système  de  combustion  lente,  et  l'évapora  lion  est  aug- 
mentée; c'est  celui  qu'on  suit  dans  le  pays  de  Gornooailles.  La 
Moyenne  de  dix  nmcbines,  à  peu  pris  de  même  fbree,  qui  maf> 
chent  à  Manchester  présente  les  résultats  suifunb  ;  Féree  de  la  ma- 
chine ,  44,5  chevaux  portée  jusqu'à  57,3  ;  étendue  du  foyer,  4S,f 
pieds  carrés;  surface  du  bouilloir,  542,5  pieds  carrés  ;  hauteur  de 
la  cheminée,  1 17  ;  quantité  de  charbon  coasomée  par  heure  et  pour 
chaque  force  de  cheyal,  lo,6  livres. — M.  Taylor  fait  remarquer  qae 
pendant,  que  les  machines  des  environs  de  Manchester  cousa- 
ment  cbaqae  heure  et  pour  chaque  force  de  cheval,  io,S  de  dur- 
bon  de  terre,  celles  de  Gornouailles  n'en  exigent  pendant  le 
même  temps  et  pour  prodoire  la  même  fbrce  qtie  2  f /2  livres.  Bien 
qu'aucune  des  usines  de  cette  contrée  n'ait  encore  adopté  les  ingê' 
nieux  moyens  auxquels  on  a  recours  à  Manchester  et  ailleurs  pour 
dètrQire  toute  la  ftimée,  cependant  dans  ta  paroisse  de  Gennap,  o(k 
l^)n  compte  35  hautes  cheminées  dont  1 8  sont  ta  propriété  de  M.  Tay- 
lor, on  n'en  voit  pas  sortir  la  moindre  trace  dé  fumée.  Mais  ces  usines 
présentent  deux  conditions  importantes  qu^m  ne  trouve  pas  ail- 
leurs ;  c'est  que  la  surface  de  la  chaudière  exposée  au  feu  du  fhyer 
eèt  plus  large,  et  que  les  chauffeurs  sont  des  hommes  de  éhotr  qui 
apportent  une  sérieuse  attention  dans  leur  travail.  Depuis  plus  de 
vlôgt  ans  les  plus  soîgheUx  transforment,  s&ns  perte, leur  honilfeen 
coke.  On  pèse  régulièrement  le  charbon  qui  leur  est  donné,  et  le  trt- 
i^n  des  mactiiiies  est  enregistré  pour  chaque  semaine,  et  même  dans 
qlieTqiie^  usines  pour  chaque  Jout;  cette  mesure  excite  rémulatioo 
pit-ibi  ces  hommes,  qni  ne  tardent  pas,  quand  le  ttavatt  d'une  mt> 
cfibe  commence  à  faiblir,  d'en  chercher  la  cause.  Les  chauffeursdu 
Cbiiiouailles  entretiennent  loujours  leur  feu  vifet  peu  masiif,  pla- 
çàht  en  avant  îe  charbon  de  terre  pour  quil  soit  transfbrmèen  ooln 


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afiDl d'être  Iranaporié  dans  rimèritiur  ouSme  do  fojor.  Loi9^«.I#: 
boiiilloir  offre  une  sorface  assez  èteodjie  à  ractloo  du  &o,  et  qn^ 
ce  dernier  est  conduit  avec  intelligence,  les  brevets oontreia  fnmte 
MAt  inutiles. 

Cette  note  de  M.  Taylor,  à  Toccasion  des  brevets  contre  la  fanaiey. 
venait  à  la  suite  de  l'exposition  faite  par  plusieurs  membres  fies 
mo|ens  qu'ils  emploient  dans  leurs  usines  pour  bràler  dans  I^ 
fojer  même  de  la  machine  la  fumée  épaisse  qui,  dans  la  plunari 
des  fourneaux  chauffés  au  charbon  de  terre,,  s'échappe  parlacb^- 
minée,  occasionnant  ainsi  me  perte  de  combustible,  et  ces  nuées 
Caisses  qu'on  voit  si  souvent  se  former  au-dessns  des  iieui  oà  rin» 
dustaie  emploie  un  grand  nombre  de  fourneaux*  Ce»  moypms^ 
pour  lesquels  plusieurs  membres  du  congrès  ont  pris  des  bieviMs 
ctqn'Us  décrivent  devant  lefiongris,  loposent  tous  sur  ee  pHncHNi 
qni  avait  été  deviné  par  les  chauffeurs  du  CornoasiUcnpqiis  la.  fu- 
mée produite  par  la  combustion  commençante  da  cbaxbon  de  tene 
esloonsumêe,avecproductiQn  d'une  nouvelle  quanti  té  dn  calorique, 
qiuuid,  avant  d'arriver  à  la  cheminée,  elle  travetse  VAfi>]ierardfl«|, 
vue  masse  de  charbon  incandescent*  Quelque»  Biots  sur  Im  prin-> 
cîpauxde  ces  brevets  que  nous  ne  pouvons  faire  oonnaUie  complet 
lement,  prouveront  la  vérité  de  cette  assertion.  L'uni,  M»  Jucbes, 
emploie  pour  gril  de  son  fojer  des  chaînes  sana  fin  qui  louraeni 
continuellement  sur  des.  cylindres  avec  un  mouvement  d'nn  poniie 
par  minute;  tout  le  charbon  transformé  d'abord  en  eeke  prAseuAe 
en  arrivant  au  fond  du  fojer  une  masse  ineandeseenle  sur  Jar 
quelle  rient  passer  et  se  détruire  la  îamU  du  charbon  que  J'nn 
charge  coutinuelkment  en  avant  du  gril.*^n  autre.  If.  Wadding^ 
ton,  se  contente  de  donner  aux  barres  de  fer ^ui  iDrmeat  son  giil 
une  inclinaison  d'avant  en  arrière  qui  suffit  pour  que  le  cbariieis 
descende  lentement  depuis  IVMivertiURe  où  on  le  charge  ywpi'w 
fond  du  foyer,  éprouvant  dans  cette  iravecsée  les  mêmes  modifijfli« 
UensquedansleprooédédeM.Jockes.— 4JnAroisième,JLGtwnnuitt|» 
a  deux  boniUnics,  puis  deux  laKaseaux  qui  eommwaqueni  V^^. 
avec  rentre  eidonlehacnn  a  un  f  assafe  «oomnntqumit  «veotla 
cheminée  et  qu'on  Cerme  du  c6té  oà  en  mei  le  eharho»«;  la 
fumée  qui  se  dégage  est  forcée  lalors  de  passer  |iar  l'ouvertose^e 
communication  dans  l'auire  fofer  qui  est  inranriesfeni  etlad^. 
composée  l'inalant  mémei  puis  §uand  le  eiiasbon  j^lacé  dans-la 
premier  fo|er  est  dereau  louge^  la  4Dommunicationj>nvea  la  if^pr 


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212  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

minée  est  rétablie,  et  celle  da  foyer  opposé  est  fermée  pendant 
qa'on  le  charge  de  charbon  neaf  dont  la  famée  épaisse  est  forcée  de 
passer  à  travers  Vautre  foyer,  où  elle  se  purifle  et  sort  par  la  ch^ 
minée  à  l'état  gazeax  on  de  vapeur  transparente.  —  Un  qualrième, 
M.  Gbanler,  avait  appliqué  une  méthode  peu  différente  des  deax 
premières  à  de  petits  fourneaux  seulement,  k  ceux,  par  exemple, 
que  Ton  emploie  dans  la  fabrication  du  savon,  et  en  avait  obtenu 
une  économie  de  20,  30  et  40  pour  cent. 

Supériorité  des  eêsieux  droits  sur  les  essieux  coudés  pour  le  ter- 
vice  des  locomotives  sur  les  chemins  de  fer.  Etude  des  causes  fvî 
déterminent  la  rupture  fréquente  de  ces  essieux,  par  le  professeur 
Yignole.  C'est  par  un  préjugé  sans  fondement  que  les  essieux  con- 
dés  sont  généralement  préférés  aux  droits,  auxquels  ils  sont  inî^ 
rieurs  sous  presque  tous  les  points  de  vue.  Avec  les  essieax  droits 
on  a  plas  d'espace  pour  le  mécanisme;  le  bouilloir  peut  être  abaissé 
de  quinze  pouces ,  ce  qui  diminue  les  dangers  en  rapprochant  le 
centre  de  gravité  des  rails,-  et  la  dépense  première  ainsi  que  celles 
de  réparation  sont  notablement  diminuées.  Tous  ces  avantages  ont 
été  constatés  siir  le  chemin  de  fer  de  Dublin  à  Kingstown,  où  Ton  a 
adopté  les  essieux  droits.  Non-seulement  les  frais  d'établissement  et 
de  réparation  ont  éprouvé  une  diminution  notable,  mais  aucan  acci- 
dent n'est  arrivé  par  suite  de  rupture,  eti!  en  est  résulté  une  telle 
économie  d'emplacement,  qu'on  a  pu  placer  le  tender  sous  la  ma- 
chine même,  ce  qui  fixait  aussi  bas  que  possible  le  centre  de  gra- 
vité et  dispensait  de  faire  marcher  le  tender  à  part.  Avec  celte  dis- 
position, la  machine  peut  parcourir  quinze  milles  sans  s'arrêter 
pour  prendre  de  l'eau.  Mais  ce  n'est  pas  sans  peine  que  M.  Vi- 
gnole  a  introduit  sur  ce  chemin  de  fer  l'usage  des  essieux  droiis, 
car  l'opinion  publique  était  en  faveur  des  coudés^  et  les  administra 
tiens  des  chemins  de  fer  partageant  le  plus  souvent  l'erreur  du  pu- 
blic, les  essieux  coudés  ont  été  admis  partout.  —  Ces  assertions, 
contredites  par  un  seul  membre   du   congrès,  sont  au  con- 
traire appuyées  par  plusieurs  d'entre  eux.  M.  Fairbaim  rapporte 
qu'il  tient  de  l'ingénieur  de  la  ligne  sur  le  Leeds,  que  lesessieui 
courbes  sont  constamment  détériorés  par  les  percussions,  les  se- 
cousses, etc.,  et  que  pour  éviter  le  danger  des  fractures  on  dernit 
les  renouveler  périodiquement.  Enfin  M.  Grantham,  qui  lui-même 
fabrique  des  essieux  courbes,  a  reconnu  que  les  droits  sont  moins 
sujets  à  se  briser,  et  que  les  essieux  courbes  d'après  la  manière  dont 


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NOUTBLLES  DBS  SCIBNCBS.  S13 

ils  90Dt  placés  perdent  one  partie  de  leur  force  et  soDt  exposés  à  se 
fraciorer* 

Une  discussion  inléressante  s'élève  alors  sur  la  cause  de  ces  frac- 
tares^  qui  s'opèrent  d'une  manière  si  inattendue,  et  qui,  d'après 
les  accidents  arrivés  depuis  quelque  temps,  font  de  l'essieu  la  par- 
tie la  plus  importante  sous  le  point  de  vue  des  dangers  sur  les  che- 
mins de  fer.  Plusieurs  opinions  sont  émises  à  cette  occasion,  et  bien 
qa'aucune  d'elles  ne  réunisse  tous  les  suffrages,  cependant  celle  qui 
parait  obtenir  le  plus  grand  nombre  d'assentiments,  bien  qu'ex- 
pliquée d'une  manière  différente,  l'attribue  au  déplacement  des 
molécules  des  couches  profondes  du  fer ,  par  les  commotions  et  les 
secousses  que  l'essieu  reçoit  alternativement  et  en  sens  inverse. 
Quant  à  l'électricité,  qu'on  avait  accusée  un  peu  légèrement  de 
produire  par  sa  présence  ces  graves  fractures,  sans  nier  qu'il  ne 
s'y  en  développe  pendant  ces  instants,  comme  au  reste  dans  tous  les 
autres  phénomènes  de  la  nature,  on  peut  cependant  dire  qu'elle 
n*est  pour  rien  dans  la  cause  de  ces  accidents.  Le  fer  de  Fessieu, 
pressé  alternativement  par.de  puissants  chocs,  dans  une  direction 
opposée,  reçoit  des  ébranlements  qui  détruisent  la  force  de  cohé- 
sion par  laquelle  les  molécules  des  parties  intérieures  sont  mainte- 
nues et  semblent  leur  rendre  la  liberté  ;  et  aussitôt  elles  obéissent  à 
une  force  i  laquelle  elles  n'échappent  pas  lorsqu'elles  sont  en  li- 
berté, à  celle  de  la  cristallisation,  et  prennent  la  forme  cristalline  ; 
œ  qui  diminue  considérablement  la  force  de  résistance  de  l'essieu, 
dont  les  couches  superficielles  ont  seules  conservé  l'aspect  fibreux 
et  tenace  qui  est  la  cause  de  la  force  et  de  la  résistance  élastique 
du  fer.  Il  parait  cependant  que  différentes  opérations  qu'on  fait 
subir  aux  fers  modifient,  c'est-è-dire  augmentent  ou  diminuent 
cette  disposition  à  cristalliser  à  l'iutérieur  ssns  Tinfluence  de  fortea 
▼ibrations.  Plusieurs  faits  de  ce  genre  sont  cités  par  divers  membres 
du  congrès,  mais  quelque  remarquables  qu'ils  soient,  ils  n'offrent 
point  un  caractère  de  généralité  assez  prononcé  pour  que  nous  les 
reprodubions  tous  ici.  Quelques  degrés  du  thermomètre  4e  plus 
suffisent  par  exemple  pour  changer  complètement  les  dispositions 
du  fer  sons  ce  point  de  vue.  Ainsi  M.  Nasmyth  présente  un  mor- 
ceau de  fer  qu'il  vient  de  prendre  chex  un  marchand,  et  sur  lequel 
il  fait  une  entaille  avec  un  ciseau  ;  puis  le  frappe  avec  un  marteau 
à  la  température  de  soixante  degrés  Fabrenheith  ;  au  quatrième 
coup  de  marteau  la  barre  de  fer  se  brise^  offrant  dans  sa  cassure  Tas- 


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^k  ItûXmVLlËê  DES  SCISICGES. 

pea  cristeffin.  fais,  la  souinettaTit  h  une  tempértlare  plus  èleiie 
de  quarante  degrés  Fahrenheith,  il  la  frappe  de  nouTeaUyetcen'at 
qu'an  yinglième  coup  que  se  brise  la  barre,  don  t  la  cassure  offrecelte 
Ms  l'aspect  fibreux  ou  ligneux.  Ce  fait  et  beaucoup  d'autres  qa» 
nous  pourrions  emprunter  à  la  discussion,  maïs  qui  fi*ont  pas  plas 
de  valeur  comme  explication,  prouvent  combien  la  science  est  ca- 
core  peu  «Tancée,  même  sur  des  points  qui  sont  d'une  obsenntÎM 
fournalière  et  qui  se  rattachent  aux  intérêts  les  plas  chers  de  Fia- 
dustrie  et  de  ffaumanitè. 

l^^raMton  en  nivtam  de  la  mer  Morie.^  Le  lieatcnaut  SjfliMi, 
de  la  marine  royale  britannsque,  officier  trèi^aucontuiné  i  fûreds 
réiètements  précis»  mande  de  Jaffa ,  le  38  norenibie  1841,  qail 
Tient  de  termimr  sa  tréangulaiion  de  h  partie  australe  de  fa  Syne, 
en  employant  un  excellent  théodolite  de  7  pouces  de  diamètra,  raja 
vëoemment  d'Ao^etems.  «  J'ai  réussie  dit  le  IfeutenantSyiBoad^i 
.  »  déterminer  les  niveaux  respectifs  de  la  Médiferranée  et  de  II  amt 
'  »  Jforte  :  ie  tniAve  le  niveau  de  cette  dernière  de  489  mètres  ptai 
»  bas  que  ia  maison  la  plus  élevée  de  Jaifa.  » 

Le  savant  voyageur  de  Nubie,  de  Palestine  et  de  rAsie-Mineoie, 
M.'  Aussegger,  avait  trouvé  : 
- .    «  Au-de»0U8  ^u  niveau  de  la  Méditerranée, 

»  le  niveau  des  eaux  de  la  mer  Morte,  —  436  mètres. 
•  Le  niveau  du  lac  Tibérias,  —  203  mètres. 
Y  Jértobo,  —  Tio  mètres.  » 

M,  Russegger  avait  trouvé  au-dessous  da  niveau  de  ia  llédill^ 
ranée: 

K  Uébron,  4-924  mètres. 

»  Jérusalem,  au  oauvent  des  Francs,  +  ^^  mètres; 
«  Bettiléfaem,  4-  834  mètres.  » 

tks  délcrminations  du  degré  d'ébuUition  de  Teaii,  qui,  pour  élic 
esnetes,  exigeni  beaucoup  de  soin ,  et  qui ,  malbeureusemeat,  s'é- 
'4ateul  pas  oofnspondanles,  avaient  donné  k  MM.  Moor  et  IM' 
yoor  la  dépression  du  niveau  de  ia  mer  Morte,  des  résaltus^ 
«8ciilaient«iitf«  na  at  a94  meures.  M.  CaiUé,  en  discutant  lesht»- 
Umé  barométriqaes  dtt  M.  Benon  y  a'^arrêtail  à  4 10  mètrai. 

il  n'y  a,  par  oonaéquent,  entre  révaluation  de  M.  GaMèetlif 
UMStfres  baramAtriques  et  trîgonomèlriqaes  ée  MM.  RnsBeg ger  et 
•irmmd,  qu'uat  Mérewee  de  1  s  aètres. 


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CHRONIQUE  LITTÉRAIRE 

B£VUC  BRITANNIQUE, 
ST  BULLCTIIV    BIBLIOGRAPHIQUE. 


NOTRMBRB  1842. 


L'union  douanière  de  la  France  et  de  la  Belgique  provoque  de- 
puis quelque  temps  des  discussions  sérieuses.  Les  hommes  d'étal 
et  les  économistes  ont  vivement  combattu  pour  et  contre;  tous  la 
intérêts  se  sont  émus,  toutes  les  doctrines  ont  eu  leurs  cbampîonSi 
et  cependant  le  dernier  mol  qui  a  tout  résumé,  c'est  que  la  ques^ 
tion  fCest  Tpas  mûre  :  —  Ajournement.  Soit  de  sa  propre  inspim- 
tion,  soit  par  les  articles  choisis  dans  les  Bévues  anglaises,  la  Betue 
Britannique  a  toujours  soutenu  le  principe  de  la  plus  grande 
extension  possible  de  nos  relations  commerciales.  Bans  aucun 
lecueil  ce  principe  n'a  été  plus  souvent  controversé.  Notre  intérêt 
est  toujours  le  même,  et  voilà  toute  la  librairie  levée  en  masse  ei| 
faveur  d'une  mesure  qui  semblerait  avoir  pour  premier  résultatd'an- 
Duler  celte  plaie  dévorante  des  éditeurs  et  des  auteurs,  la  contre*- 
iaçon  belge.  £h  bien  !  celte  déloyale  industrie  peut  malheureuse^ 
ment  être  citée  à  l'appui  de  l'opinion  qui  repousse  une  alliance 
tfop  intime  avec  une  nation  telle  que  la  Belgique,  si  c'est  unt 
nation  celle  dont  il  est  impossible  de  définir  la  nationalité.  Que 
de  précautions  diplomatiques  el  commerciales  à  prendre  avec  ui^ 
peuple  industriel  qui  vous  dit  qu'il  ne  sera  honnête  et  loyal  qn*i 
telles  et  telles  conditions  I  Que  les  Belges  s'en  prennent  donc  $ 
eux-mêmes  des  défiances  qu'ils  ont  inspirées  aux  meilleurs  esprit^ 
ftux  consciences  politiques  les  plus  libérales. 

Nous  aimons  en  cette  circonstance  à  renvoyer  nos  lecteurs  sinon 
inos  propres  arlides,  du  moins  à  l'ouvrage  souvent  cfté  par  nooi 
de  M.  de  Lanourais.  M.  Léon  Faucher,  un  des  plus  habiles  avocall 


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tl6  CBftONlQUB  LirriRAUX  DB  LA  miTUB  BmiTAHinQUI. 

de  l'union  douanière,  publie  aussi  une  brochure  où  la  question  est 
enYisagée  sous  toutes  ses  faces. 

L'activité  de  nos  théfttres,  grands  et  petits,  défraye  largenmtle 
feuilleton  dramatique  là  où  le  roman  quotidien  n'envahit  pas  jus- 
qu'aux colonnes  classiques  du  lundi.  Notre  chronique ,  on  le  sait, 
n'a  pas  la  prétention  d'être  toujours  au  courant;  mais  il  est  des 
affiches  auxquelles  notre  curiosité  britannique  ne  résiste  pas*  Nous 
sommes  donc  allés  voir  le  Faiueau  fantôme,  et  dans  le  lihreUo 
nous  avons  reconnu  une  singulière  macédoine  des  romans  de  Scott 
et  de  Marryat.  Nos  confrères  érudits  ont  de  plus  signalé  dans  ee 
poème  un  ingrédient  allemand  ;  nous  dirons  à  notre  tour  que  la 
primitive  source  du  Flying  Dutehman  se  trouve  dans  les  seènes 
maritimes  du  capitaine  Basil  Hall ,  traduites  en  français  dqmis 
longtemps,  et  où  Marryat  a  pris  non-seulement  le  cadre,  mais  q«d- 
ques  personnages  de  sa  fiction ,  qui ,  par  parenthèse,  est  le  moias 
gai  et  le  moins  amusant  de  ses  ouvrages.  L'Opéra  françab  se  res- 
sent de  cette  tristesse,  et  cependant  la  magnificence  de  l'Académie 
royale  ne  lui  a  pas  manqué.  Mais  quand  on  se  prend  à  penser 
que  tous  ces  beaux  messieurs  et  toutes  ces  belles  dames  ne  sont  que 
des  êtres  fantastiques  ou  des  trépassés  couverts  d'oripeaux,  on  aime- 
rait autant  la  danse  des  morts  dans  sa  vérité  matérielle,  moitié 
burlesque,  moitié  tragique. 

Nous  aurions  voulu  pouvoir  parler  des  premiers  du  Fils  dt 
Cromweîl  de  la  Comédie-Française;  mais  cette  pièce  deM.  E. 
Scribe  ne  sera  probablement  jouée  qu'à  la  fin  du  mois.  H  pufttt 
que  la  censure  l'avait  arrêtée  un  moment,  effrayée  des  allusions 
politiques.  L'auteur  a  été  obligé  de  répondre  sur  sa  tête  de  Ttiifio- 
eence  de  Richard  Cromvyell  et  de  Vinnocenee  de  Charles  II.  A-t*il 
garanti  aussi  celle  des  courtisans  qui  doivent  passer  de  l'un  à  l'au- 
tre dans  sa  pièce  comme  dans  l'histoire?  En  attendant,  la  Comédie* 
Française  a  rempli  sa  salle  avec  la  reprise  de  Frédégande  ei  BrwM- 
hauty  tragédie  qui  a  paru  bien  vieillie  depuis  quinze  ans,  mais  oo 
H"«  Rachel  prouve  qu'elle  pourrait ,  si  elle  voulait ,  être  infidèle  à 
Corneille  et  à  Racine  en  faveur  des  pauvres  auteurs  du  drame  mo- 
derne. 

L'Odéon  supplée  toujours  la  qualité  parla  quantité;  aussi  n't- 
fons-nous  pu  voir  toutes  les  nouveautés,  tantôt  littéraires,  tantôt 
amusantes,  que  ce  théâtre  prodigue  au  petit  nombre  d'amateoif 
dévoués  qui  passent  les  ponts. 


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■T  BULLinir  BI1LI06RAFB1QQB.  Si7 

L'Opèrft-Comiqne  mêle  agréablement  les  reprises  anx  pièces 
Bonvelles»  et  ne  laisse  jamais  trop  yieilHr  une  pièce  avant  d'en 
avoir  d«inè  one  autre.  C'est  ainsi  que  depuis  deux  mois  le  Kioê- 
fiK  est  Tenu  an  secours  du  Roi  d'Vveiotj  et  que  sous  peu  de  jours 
la  Pari  dm  diable  viendra  au  secours  du  Kiosque.  La  Part  du  dia- 
Na  est,  aasure-t-on,  non-seulement  un  charmant  opéra  avec  musi- 
que de  M.  Auber»  mais  encore  une  comédie  où  BI.  Scrilie  a  semé  à 
pleines  mains  le  sel  attique  de  sou  esprit. 

Avec  M.  Anoelot  pour  directeur,  le  théâtre  du  Vaudeville  devait 
naturellement  devenir  une  petite  succursale  de  la  Comédie-Fran- 
çaise :  r Hôtel  de  Rambouillet  est  donc  une  pièce  littéraire  qui  pou* 
vait  se  passer  du  couplet.  Madame  Ancelot  en  est  l'auteur.  On  y 
reconnaît  ce  mélange  de  sentiment  et  d'esprit  qui  caractérise  ce  gra- 
cieux talent.  Il  y  a  bien  çà  et  là  quelques  phrases  qui  sentent  peut- 
être  le  précieux;  mais  nous  sommes  chez  M"**  de  Rambouillet. 
Le  public  a  revu  avec  plaisir,  à  ce  théâtre,  la  reprise  d*Elle  est 
folle!  drame  ingénieux  et  touchant,  un  de  ces  emprunts  nom- 
breux faits  à  la  Beviie  Britannique,  emprunt  légitime  d'ailleurs, 
que  nous  savons  très-bien  distinguer  de  ces  plagiats  plus  ou  moins 
bien  déguisés  dont  la  Revue  a  si  souvent  à  se  plaindre. 

Amal,  qu'on  voulait  ravir  au  Vaudeville,  y  sera  toujours  le  héros 
des  bouffonneries  de  l'ancien  et  du  nouveau  genre.  Les  Variétés 
ont  heureusement  rappelé  Odry  et  Vernet,  qui  le  valent  bien.  Le 
Palai»-Royal  a  aussi  un  farceur  qui  crotl  en  renommée,  Ravel,  sans 
parler  de  cette  plaisante  voix  fêlée,  appelée  Alcide-Tousez.  Rref,  si 
les  grands  comédiens  sont  un  peu  rares  sur  nos  théâtres ,  les  gro- 
tesques ne  manquent  pas.  Nous  sommes  de  ceux  qui  ne  confondent 
pas  avec  ces  farceurs  l'artiste  si  fin  et  de  si  bon  goût  qui  vient  en- 
core de  créer  au  Gymnase  le  rôle  de  Garrick  dans  le  Docteur  Ro- 
bin» Garrick  lui-même  eût  applaudi  Bouffé. 

Nous  n'avons  rien  dit  des  théâtres  à  mélodrames  :  la  Porte-Saint- 
Martin  vit  encore  du  grand  succès  de  Aiathilde.  L'Ambigu  vient  de 
mettre  en  scène ,  sous  des  noms  légèrement  défigurés ,  Nelson  et 
lady  Hamilton.  L'Angleterre  saura  gré  à  M.  Frédéric  Soulié  de 
cette  respectueuse  réserve  en  faveur  de  son  plus  illustre  amiral  et 
de  sa  plus  illustre  courtisane. 

A  propos  des  scandales  sur  lesquels  les  théâtres  en  Angleterre 
comme  en  France  établissent  assez  volontiers  leurs  succès  d'argent, 
le  dernier  numéro  de  fAthenœum  nous  révèle  une  spéculation  qui 


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fjodig^e»  DernièraMOt,  lei  tribunaux  afaat  Mlcttli  d«.  pnoèi 
îmeoté  fiar  lord  FrancforLà  cette  mathemvBie  tUe^  ataitcn 
.  pouvoir  iFokr  impanèineiit  ion  galant  bienlUlear,  un  dircttear  è 
:  ladres  cet  allé  attendre  Alice  Lowe,  oette  paovre  'volme,  au  av- 
4ir  de  aa  prison,  et  Ta  engagée  poar  remplir  des  râlee  ée  eanelAN 
mr  son  tkéâtre  :  on  ne  peut  pas  joitar  plus  impndeasment  SfK 
fwpoÊition  publique.  «  Et  bobs  aosHoei  la  aonîe  Anglelinila 
s'écrie  VAthemBum* 


POESIE.   ■ 

THE  MIBWAT  OF  UH. 


Kei  mezao  dcl  ( 

nÀNTE. 

Arrivé,  comme  Dante,  au  milieu  du  chemin. 
Lorsque  je  veux  parfois  regarder  en  arrière. 
Je  ne  vois  plus  d*amis,  isolé  pèlerin. 
Qu'à  la  balte  du  cimetière. 

Si  je  porte  en  avant  mon  regard  alarmé 
Sur  la  pente  pour  mot  de  plus  en  plus  rapide, 
De  cercueils  le  chemin  est  encore  semé... 
Aucun  ne  reste  longtemps  vide. 

Peut-être  le  premier  est4l  déjà  le  mien  :     ^ 
Arrêtons-nous  ici...  Non,  non;  vaine  espéraneel 
Tous  réclament  leurs  morts.  Vous  reculez  ?  fih  bien! 
Vers  vous  votre  cercueil  s'avance. 

Par  ce  cercueil  béant  vous  êtes  fasciné; 
Il  ne  vous  attend  plus;  vivant,  il  vousdéwMe. 
Voulez'voos,  en  poltron,  mourir  le  dos  toorné? 
Fuyez,  il  vous  attônt  encore. 

Ah  !  mieux  vaut,  sans  hftter  ni  ralentir  le  pas| 
Sans  vaniteux  courante  et  sans  terreur  fu|ieste, 
Cheminer  jusqu'au  bout»  en  prenant  par  Je  bns 
Le  dernier  ami  qui  vous  resta. 


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Ft  pris  qnand  rtieurê  sonne,  licnreoi  alors,  beùreux, 
6i«  rÂuitdeceltti  qui  se  dèlouroe  et  Uembls, 
Vous  yoycï  un  cercueil  qui  s^onrre  pour  tous  dcox, 
£t  vous  easevfiljt  eosemble» 


219 


DlCTIOaRAIM  OS8  MOUS  AMCISH»  BT 

■0MUU6  <lefl  viilet  «t  arr^Dcliite- 
nestide  r«mpire  chinois,  indiquant 
leB  latitudes  et  longitudes  de  tous 
lu  chefii-iieux,  el  les  époques  aux- 
quelles  leurs  noms  ont  varié,  par 
M.  Kdeuard  Biot;  ouvrage  accom- 
Y^êé  d'uae'carie  de  la  Cliiae,  dres- 
sée par /^eu  KUprotb.  Paris,  Benja- 
iNo  JDuprat»  libraire,  rue  du  Cloltre- 
&aJafc-BenoU.  n»  7.  Prix  :  16  fr. 

Sous  ce  titre,  M.  Edouard  Biot 
fient  de  publier  un  ouvrage  qui  doit 
Moguliéremeiit  faciliter  l'étude  de 
l'histoire  et  de  ta  géographie  de  la 
Chine;  car  les  noms  des  arroodis- 
semeats  et  des  ville»  de  ce  vaste  em- 
pire ont  varié  étrau •.'émeut  depuis 
l'aiiiiquité ,  et  les  géographies  chi- 
ooisesqui  préseDieni  les  dWcrs  noms 
M]ece>sivenieot  perlés  p^r  chaque 
lecalité importante,  manquant  toates 
de  tables  qui  permettent  de  remonter 
aisémeot  du  nom  ancien  au  nom 
noderne.  De  1à  icaulte  une  dirfi> 
culte  constante  qui  ne  pouvait  être 
levée  que  par  le  dépouillement  corn- 
^  de  toutes  let»  géographies.  M.  Ed. 
Biot  a  exé<-,uté  ce  long  et  pénible 
travail,  qui  lui  a  fourui  plus  de  huit 
mille  noms  différents.  Il  les  a  tous 
cbssés  par  ordre  alphabétique,  sui- 
vant la  prouoneiaiion  française,  de 
sorte  que  l'on  peut  sr  servir  de  sou 
4Miyrage  sans  être  initié  à  la  langue 
chiuMsa.  11  a  donné  pour  chaque 
«Hi  l'époque  eà  il  était  usité,  et 
AMé  les  latitude  -et  longitude  de 
<iuM|iM  chef-lieu,  d'après  les  obser- 
vaiiana  4es  niiasi4»«nairea  et  des  na- 
vigaleurs  européens. 

Eu  o«tre,  il  a  placé  en  tête  de  son 
^tioMiaira  «n  tableau  comparatif 


do  l'orthographe  des  sona  chinolt» 
dans  les  trois  langues,  française» 
anglaise  et  portugaise,  et  ce  ta- 
bleau est  indispensable  *  consulter 
pour  écrire  avec  lear  véritable  pro- 
nonciation française  les  noms  des 
villes  chinoises  que  nous  transmet- 
tent les  docaments  anglais.  Enfin  il 
a  joint  à  son  ouvrage  une  grande 
carte  de  la  Chine  dressée  d'après 
les  meilleurs  documents  par  le  cé- 
lèbre orientaliste  feu  Klaprotti ,  et 
resiée  inédite  jusqu'ici,  M.  Ed.  Bîot 
Ta  ptibli(>e  en  y  faisant  les  derniè- 
res corrections. 

Nous  recommandons  d'une  ma- 
nière spéciale  cette  carte  et  Toih- 
vrago  de  M.  Biot  à  tous  ceux  de  nos 
lecreurs  qui  voudront  suivre  avec 
quelque  exactitude  les  progrès  fu» 
turs  de  la  guerre  si  importante  entre 
la  Chine  et  les  Anglais. 

Mœurs,  instincts kt  smcuLARiTis 

DE   LA  VIB  DES  ANIMAUX    UaMMIFÈRBS; 

par  R.  P.  Lesson.  Paris,  Paulin, 
i  vol.  in-18.  Prix  :  3  fr.  50  c. 

M,  Paulin  continue  avec  autant 
de  bonheur  que  de  persévérance  la 
collection  qu'il  a  commencée  il  y  a 
deux  ans,  sous  le  litre  de  Bibliothèque 
des  connaissances  uiilrs.  (  Format  et 
prix  de  la  bibliothèque  Charpeu lier.) 
Le  volumo  publié  tout  réceomicnt, 
par  M.  Lesson,  le  savant  continua- 
teur de  Bulfon,  et  routeur  du  Voyais 
amour  du  monde f  aura,  nous  n'en 
doutons  pa5,  Le  même  succès  qufi 
ses  aînés.  Il  e.st  peu  de  science  plus 
mobile  que  celle  de  rhi&toire  natu- 
relle. A  Tépoque  où  vivait  Buffon, 
on  ne  connaissait  exactement  qu'un 
peiit  nombre  de  mammifcres  exo- 
tiques,    et,    avouoBs-le,   ce  qu'on 


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2S0        cEftOHiQui  UTxiEAimi  Di  hà.  MMWVE  iBiTAinnoini, 


on  savait  se  réduisait  à  des  aper- 
çus fort  vagues  ou  fort  incomplets. 
Depuis  vingt  -  cinq  ans ,  de  nom- 
breux voyages  lointains  ont,  par  la 
masse  de  leurs  découvertes,  chan- 
gé la  face  de  nos  connaissances  et 
ajouté  des  observations  déuillées  et 
précises  aux  récits  superficiels  ou 
erronés  dont  beaucoup  d'animaux 
étrangers  avaient  été  l'objet.  Ce  sont 
ces  faits  nouveaux  et  avérés  que 
H.  Lesson  a  réunis  dans  ce  volume, 
écrit  pour  les  gens  du  monde,  et 
dans  lequel  cependant  les  natura- 
listes puiseront  d'utiles  renseigae- 
ments.  Son  livre,  complément  in- 
dispensable de  tous  les  ouvrages 
d'histoire  naturelle  qui  concernent 
les  mammifères,  est  un  véritable 
service  rendu  à  la  science.  Il  pren- 
dra place  dans  toutes  les  bibliothè- 
ques d'élite,  à  côté  de  ses  confrères 
de  la  collection  Paulin  :  VHistoire 
générale  des  voyages,  de»  découvert 
ie$  maritimes  et  continentales  (3  vol.)t 
traduite  de  l'anglais,  par  deux  col- 
laborateurs de  la  Revue  Britannique, 
HH.  Adolphe  Jeanne  et  Old  Nick; 
les  Manuels  d'histoire  ancienne  et 
moderne  (2  vol.)f  ^^  '^'  ^^^'*  ^®> 
Manuels  de  l'histoire  de  la  philoso- 
phie ancienne  et  de  la  philosophie 
moderne  (%  vol.),  par  M.  Renouvier  ; 
le  Livre  des  proverbes  français 
(î  vol.),  par  le  Roux  de  Lincy;  les 
Musées  d'Italie,  par  Louis  Viar- 
dpi,  etc.,  etc.  Nous  engageons  vive- 
ment H.  Lesson  à  compléter  son 
travail  et  &  offrir  aux  gens  du  mon- 
de, dans  une  série  de  petits  volu- 
mes à  bon  marché,  le  tableau  des 
mœurs  des  oiseaux,  des  reptiles,  des 
poissons  et  des  mollusques ,  avec 
l'exposé  des  faits  les  plus  piquants 
de  l'histoire  générale  et  particulière 
de  ces  diverses  classes. 

Un  vtLLioif  DB  FAITS,  aidc-mé- 
moire  universel  des  sciences,  des 
arts  et  des  lettres,  par  MM.  J.  Ri- 
card, Desportes,  Paul  Gervais,  Léon 
Lalanne,  Ludovic  Lalanne,  A.  le 
Pileur,  doct.  médecin,  Gb.  Martins, 
Gh.  Vergé,  doct.  en  droit,  et  Young. 
1  voL  grand  in-l8,de  1656 colonnes 
(23  feuilles),  contenant  la  matière 
de  10  vol.  in-3«.  Prix  :  12  fr.  Paris, 


J.  J.  Dubochet  et  compagnie,  édi* 
teurs,  rue  de  Seine,  33,  1342. 

Il  y  a  quelques  années  on  publia 
en  Angleterre  un  ouvrage  intitulé:  A 
million  of  facts.  Ge  livre  eut  un  succès 
brillant,  quoique  sous  le  rapport 
scientifique  et  littéraire  il  laissât 
beaucoup  à  désirer.  Le  manque  de 
méthode,  l'omission  de  certaioes 
sciences  importantes,  des  errean 
nombreuses  dans  les  faits,  des  héré- 
sies incroyables  dans  les  théories, 
en  faisaient  une  œuvre  trop  impar- 
faite pour  être  jamais  utile  aux  per- 
sonnes qui  veulent  ne  puiser  qu'i 
des  sources  entièrement  dignes  de 
confiance.  A  peine  la  curiosité  ba- 
nale de  l'ignorance  peut-elle  être  sa- 
tisfaite par  une  accumulation  indi- 
gesle  de  faits  dont  un  assez  grand 
nombre  sont  au  moins  douteux. 

Gependant  l'idée  qui  avait  doaaé 
naissance  à  ce  livre  était  bonne,  le 
titre  excellent,  l'exécution  typogra- 
phique admirable.  Les  éditeurs  fran- 
çais du  Million  de  faits  ont  donc 
emprunté  à  l'ouvrage  anglais  lidée 
première,  le  litre  et  la  disposition 
typographique.  Mais  le  but  qu'ils  se 
sont  proposé  est  d'un  ordre  plu 
élevé.  Tout  en  mettant  leur  livre  ft 
la  portée  des  esprits  qui,  par  suite 
de  circonstances  diverses,  ne  pos- 
sèdent que  des  connaissances  peu 
étendues,  ils  ont  voulu  qu'il  pût  être 
utilement  consul  té  par  des  personnes 
d'une  instruction  solide.  Les  faits 
7  apparaissent  dépouillés  des  raison- 
nements qui  trop  souvent  les  rendent 
plus  difficiles  &  reconnaître  a  des 
esprits  peu  familiarisés  avec  les  étu- 
des sérieuses;  cependant  ils  sont 
présentés  dans  leur  ordre  logique  et 
sont  réunis  en  assez  grand  nombre 
pour  justifier  aux  yeux  même  des 
gens  instruits  le  titre  d'Aide-mé- 
moire  universel,  qu'ils  ont  joint  à 
celui  de  un  Million  de  faits. 

Le  Million  de  faits  esc  une  véri- 
table encyclopédie  qui,  bieo  que 
réduite  à  un  seul  volume  très-porU- 
tif,  comprend  toutes  les  branchesdes 
connaissances  humaines ,  '•■•Jjj 
dans  un  ordre  à  peu  près  senblable 
a  celui  que  l'illustre  Ampère  avait 
proposé  dans  sa  Philosophie  des 
sciences.  Les  divers  traités  spécianx 


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R  BIILLITDI  BnUOaBAVUQUI* 


»i 


dont  se  compote  cette  encyclopédie 
ont  été  rédigés  par  des  jeunes  gens 
déjà  connns  dans  le  monde  scienti- 
fique  et  littéraire,  et  dont  cei  impor- 
tant travail  ne  peut  qu*augmenter  la 
réputation.  Ainsi  M.  Léon  Lalanne, 
ancien  élève  de  TEcole  polytechni- 
que, aujourd'hui  ingénieur  des  pools 
et  chaussées,  a  traité  des  mnihéma- 
tiques,  de  la  physique,  de  Ja  chimie, 
de  la  géologie,  de  la  technologie,  du 
commerce  et  de  l'art  militaire,  de 
Yarithmétique  tociale;  H.  A.  le  Pi- 
lent, docteur  en  médecine  de  la  Fa- 
culté de  Paris,  de  Vanaiomie,  de  la 
phyiiolojie  et  delV/yyiéntf.-M.  Char- 
les Vergé,  docteur'  en  droit,  de  la 
légiitafion  ;  M.  Charles  Martins,  doc- 
teur es  sciences,  de  la  météorologie^ 
de  la  phy tique  du  globe,  de  la  géo- 
logie et  de  la  botanique;  M.  J.  Ri- 
card, de  la  philotophie,  de  la  litté- 
rature, de  la  poésie  et  des  beaux- 
arts;  M.  Ludovic  Lalannc,  élève  de 
l'Ecole  des  chartes,  de  la  paléogra- 
phiCf  de  la  numismatique,  de  la  chro- 
nologie, de  Vhistoire,  de  la  philolo- 
gie, delà  géographie,  delà  biographie 
française  et  de  la  mythologie;  M.  Paul 
Genrais,  de  la  zoologie;  M.  Young, 
de  l'agriculture,  et  M.  Desportes, 
de  Véducation. 

Une  table  analytique  des  matières, 
une  table  indicative  des  figures,  et 
un  index  alphabétique  renfermant 
plus  de  huit  mille  mots,  complètent 
ce  magnifique  volume,  qui  s'adresse 
i  toutes  les  intelligences  et  &  toutes 
les  bourses;  à  l'instituteur  ,  au 
curé  et  au  maire  de  village  comme 
aux  savanu,  aux  artistes  et  aux 
gens  du  monde.  Nous  n'aurons  pas 
même  la  satisfaction  de  prédire  son 
succès,  que  nous  devons  nous  bor- 
ner ft  constater.  4,000  exemplaires 
ont  été  vendus  en  l'espace  de  deux 
mois.~Quel  plus  bel  éloge  pouvons- 
nous  faire  de  celle  utile  publica- 
tion? 

BOHAWS. 

Lis  PBTITC8  msiacs  ni  la  vib 
BVHsraB  ;  par  Old  Nick  et  Granville. 
1  beau  vol,  in-8».  Paris,  Fournier, 
éditeur,  7,  rue  Saint-Benoit.  Prix  : 
Ufr. 


Il  y  aura  bientét  quarante  années 
parut  en  Angleterre  un  ouvrage  inti- 
tulé :  «  Les  misères  de  la  vie  humaine^ 
ou  les  Gémissements  de  Thimothj 
Testy  et  de  Samuel  Sensitive,  avee 
quelques  soupirs  supplémentaires  de 
Mrs.  Testy;  en  douze  dialogues.» 
Cet  ouvrage  eut  un  succès  extraor- 
dinaire. Neuf  éditions  furent  enle- 
vées en  moins  d'une  année.  Walter 
Scott  en  fit  le  plus  grand  éloge  dans 
un  article  de  YBdinburgh  Review, 
octobre  1806.  Les  petites  misères 
anglaises  avaient  pour  auteur  un 
respectable  ecclésiastique,  le  Rév. 
James  Beresford. 

Dès  le  début  de  son  article,  Wal- 
ter Scott  déclarait  avec  une  certaine 
solennité  qu'un  pareil  livre  ne  pou- 
vait être  fait  que  par  un  Anglais,  et 
pour  des  Anglais.  «Le  vériiable  An- 
glais, disait-il,  a  besoin  d'être  mal- 
heureux. 11  aime  à  se  plaindre  de 
ses  infortunes,  à  se  montrer,  dans 
certaines  occasions,  plus  grand  que 
la  douleur  qu'il  endure.  En  un  mot^ 
il  mendie,  emprunte,  vole  ou  fabri- 
que même  des  calamités  plutôt  que 
de  souffrir  d'une  disette  inaccoutu- 
mée de  chagrins.  Il  ne  serait  pas 
heureux  s'il  n'était  pas  malheureux, 
et  peut-être  cette  manie  du  suicide, 
que  tous  les  étrangers  reprochent  à 
John  Bull,  doit  être  attribuée  avec 
plus  de  raison  à  sa  passion  pour 
toute  espèce  d'infortune,  qu'à  l'in- 
fluence des  brouillards  et  aux  effets 
physiques  des  fumées  de  charbons  de 
lerre.  Les  misères  de  la  vie  ne  sont 
vraiment  appréciées  &  leur  juste 
valeur,  et  cultivées  comme  elles  mé- 
ritent de  l'être,  que  sous  notre  ciel 
brumeux.  Le  Français,  toujours  aima- 
ble et  gai,  ne  les  ressent  pas,  ou  bien 
il  s'en  moque  avec  son  voisin.  L'Espa- 

Snol  est  trop  fier  pour  permettre  à 
e  pareilles  niaiseries  de  troubler  sa 
gravité  et  sa  grandeur.  L'Ecossais  an 
sang  calme  les  enduro  patiemment 
sans  se  douter  qu'elles  soient  de 
véritables  maux ,  et  si  par  hasard 
elles  lui  causent  quelque  ennui,  il 
se  détourne  pour  les  éviter.  Lo  fou- 
gueux Irlandais  s>n  débarrasse  vio- 
lemment en  une  seconde,  ou  il  se 
persuade  qu'elles  lui  causent  un 
grand  plaisir.  Le  flegmatique  HoU 


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2SS  CBRONIQOB  UTTiRAIBB  HA  LA  ESTQX  BBITAKmOlir, 


landais  les  dérobe  à  ta  vue  derrière 
la  fumée  de  sa  pipe;  tandis  que 
rÀlIemand,  sans  cesse  plongé  dans 
ses  rêveries  philosophiques,  oe  s^af- 
flige  oue  pour  rbumaniié,  et  mépri:;c 
avec  la  plus  profonde  indifférence 
toutes  les  petites  douleurs  qui  vien- 
nent Passaillir.  » 

La  prédiction  de  Walter  Scott  ne 
s*est  pas  réalisée.  Deux  Français  ont 
entrepris  à  leur  tour,  cette  année 
même»  de  raconter  et  de  représenter 
à  des  Français,  les  PeO'fef  mUêres  de 
la  vie  humaine.  Malgré  Tanathème 
lancé  contre  leur  ouvrage  par  Til- 
lustre  romancier  écossais,  ils  ont 
obtenu,  non-seulement  dans  leur 
aimable  et  jojeusc  patrie,  mais  en- 
core dans  la  fiére  Espagne  »  dans 
la  flegmatique  Hollande ,  dans  la 
rêveuse  Allemagne,  un  succès  plus 
0rand  peut*étre  que  celui  qui,  il  y 
aara  bicntéi  quarante  années,  avait 
fait,  sous  le  ciel  brumeux  de  TAn- 
gleierre,  la  fortune  du  livre  devenu 
célèbre  du  révérend  James  Beres- 
ford.  Old  Nick  et  Granville  se  sont 
l^ien  gardés  d'imiter  l'admirable  >eu 
ieiprit,  comme  disait»,  en  1S06, 
V£dinburgh  Bavîm>,  de  Tauteur  des 
Miseries  of  humaji  life.  Ils  ont  été 
aussi  Français  que  ce  digne  ecclé- 
siastique s'était  montré  Anglais; 
aussi  spirituels,  aussi  variés  au'il 
avait  éié  lourd  et  monotone.  Au  lieu 
d'ennuver  leurs  lecteurs,  ils  Tamu- 
aant,  ils  ne  leur  inspirent  pas  des 
idées  de  suicide  et  de  mort,  ils  leur 
(ont  perdre  le  souvenir  de  leurs 
cbagrins  en  les  contraignant  de  rire 
de  ceux  dont  ils  se  moquent.  Leur 
livre  a  été  pendant  une  année  en- 
tière une  sorte  d'arène  où  ces  deux 
nobles  champions,  l'écrivain  et  le 
dessinateur,  armés  l'un  de  sa  plume 
acérée  et  railleuse,  l'autre  de  lion 
crayon  si  vrai  et  si  fin,  se  disputaient 
hebdomadairement  la  palme  du 
triomphe  sous  les  yeux  du  specta- 
teur étonné  et  ravi.  La  lutte  est  ter- 
minée. La  critique,  juge  du  combat, 
se  sachant  à  qui  décerner  k  prix, 
les  proclame  tous  deux  vainqueurs, 
lùre  d'avance  que  les  dix  mille  abon- 
nés actuels  des  Misères  de  la  vie 
humaine  raii lieront  sou  arrêt,  et 
qu'une  foule  non  moins  imposante 


de  nouveaux  sottscripteora  < .,^ 

avant  le  f*  janvier  1843,  une  adhé- 
sion pleine  et  entière. 

Jérômb  Patosot  a  la  aacBftcaa 
d'oui  posiTtOH  sociALi;  par  M.  *'*, 
184S.  Paris,  Paulin,  libraire-édi- 
teur, rue  de  Seine,  33.  I  vol.  in-8*. 
Prix  :  7  fr.  50. 

Jérôme  Paturot  est  on  bon  gros 
garçon,  joufBu,  rose,  aimable  et  gai, 
qui,  marié  à  une  excellente  ména- 
gère, et  père  de  plusieurs  enfants, 
exerce  dans  la  rue  Saint-0eus  la 
profession  de  bonnetier.  Cn  jour  aoe 
de  ses  pratiques  hésitait  à  faire  u 
choix  entre  un  bonnet  de  coton  bbî 
et  un  bonnet  de  coton  rayé.  —  Pre- 
nez celui-ci,  lui  dit  Jérôme  en  loi 
en  présenUnt  un  troisième;  ce  sont 
les  bonnets  de  ce  genre  que  M.  Vic- 
tor Hugo  préfère.  L'acheteur  était 
un  homme  lettré.  Au  nom  de  Tao- 
teur  d'Hernani,  il  a  éprouvé  uac 
émotion  visible.  Alors  Jérôme  Patu- 
rot engage  avec  lui  uneconversatioa 
artistique,  littéraire,  politique,  phi- 
losophique, industrielle  et  religiease. 
Puis  il  Roi t  par  lui  raconter  son  his- 
toire ;  il  n'a  pas  toujours  eu  le  bon- 
heur de  vendre  des  bonnets  de  colon 
dans  son  magasin  de  la  rue  Saiot- 
Denis;  lui  aussi  il  a  rêvé  la  gloire; 
lui  aussi,  il  a  maigri,  jaune  et  tiiite^ 
lui  aussi  il  a  couru  pendant  dix  an- 
nées de  sa  vie  après  noe  poslttoa 
sociale.  Quelle  profession  n^a-t-îl 
pas  exercée,  le  pauvre  garçon?  D*a- 
bord  poète  chevelu,  puis  saiot-ii- 
roonien ,  puis  directeur  fondateur 
des  mines  de  bitume  de  Maroc, 
puis  rédacteur  en  chefd^un  journal 
littéraire  paraissant  quelquefois , 
puis  feuilletoniste,  puis  journaliste 
ministériel,  avec  ses  amis  Saint- 
Ernest,  le  médecin,  et  Talmoni, 
l'homme  de  loi  ;  puis  philosophe  in- 
compris, disciple  de  H.  Jean  Eîret, 
l'inventeur  des  livres  qui  ne  fîoisseoL 
pas.  Que  vous  dirai- je  encore?  n'ajaot 
réussi  à  rien,  diVgoAté  de  la  vie  et 
de  Tespèce  humaine,  espérant  d'ail- 
leurs, car  Jean  Birot  ka  l\|i  promet, 
qu'il  reaaitra  un  jo«r  aouToraia  de 
quelque  rovaume  pAos  ou  moi  ne  (ar« 
tune,  il  se  déeido  A  nieUre  fin  a  sea 
jours,  il  s'asphyxie  avec  sa  Maliipa« 


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bonne  61Ie».ciiii  ne  rnfrenit  rien 
nii  la  poésie  ni  à  11  phtlesopUe 
transcendante  fumais  qdi  a  du  (hml 
sens  et  da  cœur.  Heureusement  ce 
double  suicide  n*a  pas  lieu.  L^oncle 
Ptturot,  averti  à  temps,  vient  sau- 
ver  son  neveu;  Jérôme  xenbnce  à 
tontes  ses  illusions  à.  et  cpàstot  à 
reprendre  le  fonds  de  coîamerce  de 
ion  oncle  ;  il  éponst  Û^iaatr.  «t  il 
devient  aussi  sage  ^  aussi  frais  , 
aussi  gras«  aussi  heurens,  anssi 
nebe  qu*il  était  fou  ^' jaiMM.  maigre^ 
triste  et  pauvre. 

Comme  on  le  voit  par  eette  rapide 
et  sèche  analyse,  c«  livre  est  nne 
paraphrase  de  ce  fameux  Teta  de 
Boileau  : 

Soyei  plutôt  maçon,  ti  c^est  rotre  ulenu 

n  a  eu  et  il  aura  un  immense  suc- 
cès. «-  Nous  ne  lai  ferons  qu'un 
reproche,  celui  d*étre  trop  court  et 
peut-être  incomplet,  liais  la  critique 
ne  doit  pas  so  montrer  trop  exigean- 
te. Elle  rencontre  bien  rarement  un 
livre  plus  spirituel,  plus  moral], 
mieux  écrit  que  l'histoire  de  Jô- 
rAme  Paturot.  C'est  une  bonne  for- 
tune qu'elle  éprouve  le  besoin  de 
proclamer  sans  trouUer  sa  joie  par 
des  regrets  exagérés.  L'auteur  de 
eet  ouvrage,  remarquable  à  tant  de 
titres,  a  désiré,  nousne  savons  pour- 
<IQoi,  garder  Tanonyme ,  mais  tout 
le  monde  a  reconnu  l*esprit  obaer- 
Tateur,  la  critique  fine  et  sévère,  et 
la  plume  exercée  dTnu  homme  de 
lettres  à  qui  l'Académie  denne  des 
prix  en  attendant  qu'elle  lui  accorde 
oae  place  bien  méritée  parmi  les 
Bembres  de  la  section  des  sciences 
morales  et  politiques. 

ÉLOOi  OE    LA  Foui.  —  Eoctna 

AUI.    —  PBIRTCai    AO    HOTBII  Attl. 

—  La  BihUothéqua  d'éliu^  éditée 


ilB£lO#KAVHtOim.  ttP 

par  M.  Charles  fosselin ,  Tient  de 
s'enrichir  de  trois  toluaes';  VÉloge 
de  la  Folie  d^raeiae  ne  serait 
qu'an  opuscule  ^  se  fendrait  dans 
quelques  pages  de  e«tlc  collection, 
compacte  encore  dans  son  élégance 
typographique;  mm  e«  t:  h  armant 
hiadinage  philose^iqna  «st  précédé 
â»  là  vie  d'Kraftme,  par  un  de  nos 

S-anda  criiiqoes»  M.  D.  Nisard.  La 
evwm  Bf4tamique  a  aussi  publié 
dansaa  qaairtéisa  série  une  remar- 
quat4o  biographie  d^EraiBie.  Eugène 
Àfëtn^  de  Bulwer,  méritait  de  figu- 
rer dans  les  rottiaiis  de  choix,  car 
e*est  Un  des  plus  dramatiques  de 
Tau  leur  toglais.  La  traduction  est 
de  ]tf.  Sefauconpiet.  C'eal  une  heu- 
reuse idée  d'avoir  réimprimé  aussi 
rhistoTre  de  la  Peinture  au  moyen 
àge^  dISmerie  David.  Ces  trois  pu- 
Uicatioaa  seront  a«tt;igj  de  trois  au- 
tres avant  k  fin  d»  rinnO 

HOBALB. 

L<  Livn»  Mi  coKcn,  ouTrage  dédié 
à  la  jeunesse;  par  M.  A.  L.  Martin. 
Paris,  cheà  Ed.  Têtu,  S»  rue  J.  J. 
Uousaeau.  —  Nous  aimons  les  livres 
sans  i^réteatioBs  qui,  eomme  celui- 
ci,  r^unisseot  soasia  forme  drama- 
tique du  diatoguoi  une  foule  de  pen-. 
sées  morales  (pril  faudrait  aller 
chercher  dans  «inquantA  auteurs. 
M.  L.  A.  Uartin  emprunte  ici  aux 
philosophes  de  tous  les  temps  un 
TrûiUëur  l'umiiiép  qui  Tant  mieux 
que  celui  de  Cicéron  ;  car  H.  Martin 
n'a  pas  oublié  la  eharkê^  cette  ami- 
tié da  chrétien  qui  tend  à  faire  du 
^nre  bumoi»  une  seule  famille.  Les 
anecdotes  viennent  au  secours  des 
adages  dans  ce  petit  tolume,  qui 
aura  du  succès  parmi  les  livres 
d'étrennes. 


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224 


CHmOHIQUI  LlTT^mAIM  DB  LA  ftlTUS  BaiTAJOll^. 


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DÉCEMBRE  1842. 


REVUE 

BRITANNIQUE. 


t9.  —  Momxs. 


LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

EH  1»!  ET  ISki  (1). 


US  TOTAGBS  BIf  AUSSIB.  —  LB  CAPITAINE  STBRUXG  BT  LB  CAPITAIXB  JBSSE.— 
AUITÉE  A  ODBSSA.  —  LB  LnZABBT.  —  LORD  BTROIf  A  LA  1K>UANB.  — 
mi  FASSB-PORT  POUR  L'INTArIBCR.  ~  LB9  CHINOTNIKS.  —  LES  TRIANGLES 
n  LE  QOAEER*  —  D*0DB8SA  A  HOSCOU.  —  LA  COHETITUTIOIf  OB  LA  POLO- 
CNS.  —  LES  SERFS  RUSSES.  —  LA  CLASSE  MOYENNE.  —  UNE  ENQUÊTE.  — 
U  NOBLESSE  ET  LB  CLERCé.  —  PORTRAIT  DE  L'EMPBRBUR  NICOLAS.  — 
L'iRpiRATRICB.  —  LA  MORT  DE  MOREAO.  — LE  CATÉCHISME  DE  SOOWAROW. 
—  LA  POLIGB  RUSSE.  -*  LB  GÉNÉRAL  RUSSE  ET  LB  MBNDUNT  POLONAIS.  — 
SA»T-PÉTERSBUURG  BT  M.  KOUL.  —  LA  NEVA.  —  UN  VERRE  D'bAU  POUR 
90O  ROUBLES.  —  UNE  POSITION  DANGEBECSB.  —  INONDATION  DB  1824.— 
U  DÉBÂCLE  DU  THÉ  A  LA  GLACE.  —  LES  ISTVOSTCHIKS.  —  QUELQUES  EXEM- 
PLES DE  LONGÉVITÉ.—  ADIBUX  A  ftAINT^ÉTEBSBOURG. 


Les  voyages  en  Russie  deviennent  à  la  mode.  II  y  a  nn  an 
i  peine,  nons  analysions  les  intéressantes  relations  de  lord 

(1)  NoTB  DU  DIRBGTBOR.  Li  Rwu9  Britannique  a  publié  depuis   ces 

deniires  umém  diven  sriieles  sur  U  Russie;  au  mois  d'octobre  1838, 

6*  SiRlB.  —-TOME  XII.  15 


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LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

Londonderry,  de  M.  Bremner  et  du  Rev.  Lister  Venables; 
«pielcpiM  mois  plus  tard,  les  Lettres  écrilei  de  la  Baltique  nous 
fournissaient  de  curieux  renseignements  sur  la  partie  la  moins 
connue  de  Vimmense  empire  des  cz^rs  ;  trois  nouveaux  ou- 
Trages,  anglais  ou  traduits  de  Tallemand  en  anglais,  publiés 
tout  récemment,  nous  permettent  aujourd'hui  de  compléter 
nos  précédentcA  études,  dont  le  succès  a  été  dû  —^  noua  ne 
Fî^aorons  pas  -r-  à  la  nature  même  du  sujet  et  à  la  collal^o- 
ration  forcée  des  divers  touristes  qui  nous  avaient  prêté  si 
généreusement  leur  science  et  leur  esprit. 

Pour  cette  fois,  nous  n'emprunterons  pas  le  plus  petit  ex- 
trait au  meilleur  peut-être  des  trois  ouvrages  nouveaux  qui 
viennent  de  paraître,  La  Russie  sous  Nicolas  /•%  traduit 
d'un  supplément  du  Conversations  lexiccn.  Nous  nous  con- 
tenterons de  le  recommander,  comme  un  vade  me<:um  indis- 
pensable, à  ceux  de  nos  lecteurs  qjai  désirent  visiter  on 
connaître  la  Russie  et  les  Russes.  C'est  un  heureux  méhnge 
d'histoire  et  de  statistique,  impossible  à  analyser,  une  riche 
collection  de  faits,  d'observations  et  de  chiffires  amassée  pen- 
dant plusieurs  années  par  un  savant  allemand,  et  qu'un  de 
nos  compatriotes,  le  capitaine  Anthony  C.  Sterling,  a  mise 
en  ordre  avec  une  intelligence  rare  et  une  clarté  meneil- 
leuse. 

L'ouvrage  dn  capitaine  Jesse  (  Souvenirs  d'un  capitaine  en 
demi' solde  à  la  recherche  de  la  santé,  ou  la  Russie ,  la  Circam 
et  la  Crimée  en  1839.  et  1840, 2  vol.  in-8^  Londres,  1841)  ne 
peut  pas  se  comparer  à  celui  de  son  collègue,  M.  Anthony 
C.  Sterling.  Le  capitaine  Jesse  a  feit  le  tour  de  l'Europe  pour 


Us  Souverains  du  Nord;  au  mois  de  mars  1839,  la  Cour  et  la  Ville  àt 
Saint' Pétershourg  ;  au  mois  de  mars  1840,  V Eglise  gréco-russe.;  au  mois 
de  juio  1841,  Situation  de  la  presse  en  Russie;  aa  mois  de  juillet  1811» 
Progrès  et  Avenir  du  commerce  et  de  Vindustrie  de  la  Russie;  au  mois 
d'octobre  1841,  V Estonie;  eu  mois  de  décembre  1841,  les  Voyageurs  an- 
glais en  Ruuie;  enûu  dftpâ  lalivraiaoo  d'août.  dQ  o^te  aanée,  ff4^>* 
etdapt  la  livraison  de  septembre,  lesStef^^  4«  l/s  Rsêsssg-n 


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chercber  Ui  santé  qu'il  avait  perdue  dans  l'Inde,  et  il  se 
borne  à  nous  raconter  aussi  simplement  que  possible  ses  im- 
pressions de  Yoyageen  lUissie.  I>e  temps  en  temps  un  peu  lé- 
ger et  babillard,  il  se  montre  en  général  bon  observateur,  il 
écrit  bien  et  il  a  de  l'esprit.  S'il  n'instruit  pas  toujours,  jamais 
du  moins  il  n'ennuie.  On  lit  ses  deux  volumes  sans  iatîgue, 
avec  intérêt,  souvent  avec  plaisir,  et  malgré  desdéfouts»  faciles 
d*aîUeiirs  à  corriger,  on  regrette  presque  en  les  terminant 
qne  le  capitaine  Jesse  ait  retrouvé  sit6t  la  santé. 

Ce  fîit  le  21  juin  18^0,  à  sept  heures  du  matin,  que  le  capi* 
taine  Jesse  débarqua  au  lazaret  d'Odessa.  Il  avait  quitté 
Constanttnople  trois  jours  auparavant.  A  peine  eutf-il  mis  pied 
à  terre,  on  le  conduisit  dans  une  petite  chambre  où  se- trou- 
vèrent bientôt  entassés  quarante-huit  passagers,  lo  capitaine 
du  bâtiment  qui  Tavait  amené,  et  dix*>huit  hommes  d'équipage. 
La  plupart  de  ces  passagers  étaient  des  Russes,  des  Juifs,  des 
Tartares,  des  Grecs  et  dos  Esclavons,  d'une  malpropreté  telle 
quele&odears  qoi  s'exhalaient  de  leurs  corps  dans  cette  pièce 
basse,  étroite,  mal  aérée,  eussent  suffi  pour  donner  la  peste  à 
leurs  malheureux  compagnons  de  voyage.  £n  outre,  lecapitaine 
Jesse  n'eut  pas  lieu  d'être  flatté  de  la  réception,  des  autorités 
russes  :  «c  Qu'est-oa  qu'un  officier  anglais  peut  venir  faire  en 
BBsaîet  n  lui  demanda-t^n  à  plusieurs  reprises.  Une  hemie 
aprôs  il  comparaissait 

dans  le  simple  appareil 
D*uoe  beauU  qu'on  vient  d'arracher  au  sommeil, 

devant  le  médecin,  le  direotenr  du  lazaret,  son  commis  et 
plusieurs,  soldats.  D'abord  on  lui  prit  sa  montre,  son  ar- 
gent ^  son  portefeuille  et  tout  ce  qu'il  avait  sur  lui;  on 
plonçe^  ces  divers  objets,  la  montre  exceptée,  dans  une  so- 
lution de  chlorure  de  chaux,  puis  on  lui  fît  lever  successive- 
ment les  deux  bras,  afia  de  s'assurer  qu'il  n'avait  aucun 
bouton  sous  les  aisselles.  Cette  cérémonie  terminée,  il  obtint, 
la  permissioa  de  s'habiller^  et  il  alla  louer,  moyennant  5S^ 
roubles  pour  quioze  jours,  deux  chambres  à  une  dame  russe, 


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228  LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

qui  en  avait  obtenu  six  de  la  générosité  du  directeur.  Inutile 
de  raconter  ici  les  petites  misères  de  la  quarantaine,  qai, 
malheureusement  pour  les  voyageurs,  se  ressemblent  dans 
tous  les  lazarets  de  Tunivers.  Ajoutons  seulement  que  durant 
cet  emprisonnement  forcé  de  deux  longues  semaines,  le  capi- 
taine Jesse  releva  à  ses  dépens  les  nombreuses  erreurs  da 
maréchal  Marmont. 

Enfin  le  jour  de  la  délivrance  arriva.  Après  une  nouvelle 
inspection,  le  docteur  accorda  la  liberté  aux  prisonniers.  Un 
prêtre  luthérien  vint  leur  faire  jurer  sur  TEvangile  qu'ils 
n'avaient  rien  caché  aux  autorités  sanitaires,  et  le  capitaine 
Jesse  fit  à  sa  grande  satisfaction  son  entrée  en  Russie.  Tou- 
tefois une  dernière  douleur  lui  était  encore  réservée:  il  loi 
fallut  se  séparer  de  son  auteur  favori,  lord  Byron.  Les  doua- 
niers gardèrent,  pour  les  envoyer  à  Saint-Pétersbourg,  les 
œuvres  complètes  de  notre  illustre  poète  et  l'histoire  de  l'ar- 
rivée miraculeuse  de  la  Sania^Casa  à  Lorette.  Défense  for- 
melle est  faite  à  tous  les  agents  des  douanes  russes  de  laisser 
pénétrer  dans  l'empire  un  seul  exemplaire  de  lord  Byron; 
non  pas  que  l'empereur  veuille  empêcher  ses  sujets  de  lire 
le  récit  des  amours  de  don  Juan, — la  censure  admet  sans  mot 
dire  les  romans  les  plus  licencieux, — mais  ^colas  punit  ainsi 
lord  Byron  d*avoir  osé  parler  en  termes  fort  peu  respectueux 
de  l'impératrice  Catherine  : 

And  Calheriae,  ivho  loved  ail  things  saye  hcr  lord. 

(Canf.  II,  Don  Juan.) 

Le  capitaine  Jesse  nous  parait  avoir  manqué  dans  cette 
mémorable  circonstance  de  sa  présence  d'esprit  habituelle. 
Que  ne  faisait-il  habilement  disparaître  les  titres  des  volumes 
proscrits!  les  douaniers  ne  regardent  d'ordinaire  que  la  pre- 
mière page  d'un  livre.  Ils  jugent  un  voyageur  sur  sa  physio- 
nomie, un  ouvrage  suspect  par  son  frontispice.  Un  de  nos  amis 
qui  visita  dernièrement  Saint-Pétersbourg  avait  emporté 
avec  ses  handrbooks  et  ses  cartes,  un  petit  traité  d'astronomie, 
intitulé  «  Rémlutionê  des  corps  cikstes.  »  Dès  que  le  douanier 


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EN  181^1  ET  1843  2S9 

eut  jeté  les  yeui  sur  ce  mot  incendiaire  Révolutîoni,  il  ferma 
le  livre  et  le  mit  dans  sa  poche.  Il  fat  impossible  de  lui  foire 
comprendre  que  c'était  un  ouvrage  scientifique  ;  non  content 
de  ravoir  confisqué,  il  donna  ordre  à  la  police  d'exercer  la 
plus  active  surveillance  sur  toutes  les  démarches  du  dan- 
gereux étranger  qui  avait  tenté  d'introduire  dans  l'empire  des 
czars  un  traité  des  Révolutions. 

Après  avoir  pris  quelques  semaines  de  repos,  le  capitaine 
Jesse  fit  un  petit  voyage  en  Crimée,  puis  il  revint  passer  l'hi- 
ver à  Odessa.  Nous  ne  le  suivrons  pas  aujpurd'hui  dans  cette 
intéressante  excursion»  qui  mérite  un  article  à  part;  nous  nous 
mettrons  immédiatement  en  route  avec  lui  au  printemps  sui- 
vant pour  la  capitale  de  la  Russie.  Laissons-le  toutefois  ra- 
conter d'abord  ses  préparatife  de  départ,  car  le  fragment 
que  nous  allons  lui  emprunter  renferme  une  .peinture  cu- 
rieuse des  moeurs  de  la  classe  moyenne  russe,  qu'on  désigne 
sous  le  nom  général  de  ehinovniks  ou  la  classe  des  titrés: 

•  Au  mois  d'avril,  les  acacias  voisins  de  notre  hôtel  commencèrent 
à  segarnirde  feuilles,  et  des  nuages  de  poussière,  s^élevant  dans  les 
airs,  nous  annoncèrent  que  les  routes  devenaient  praticables.  Je 
songeai  ï  quitter  Odessa  pour  me  diriger  vers  le  nord  ;  mais  il  me 
fallait,  avant  de  pou  voir  partir,  me  procurer  un  passe^port  à  Vinté- 
rieur,  ce  qui  nécessiterait,  me  disait-on,  de  longues  et  d'ennuyeu- 
ses démarches.  J'eus  alors,  pour  la  première  fois,  l'occasion  d'ob- 
server un  des  nombreux  expédients  à  l'aide  desquels  le  gouverne- 
ment russe  augmente  son  budget  des  recettes.  Dans  les  établissements 
publics  et  dans  les  tribunaux,  toutes  les  affaires  se  traitent  par  écrit 
sur  des  feuilles  de  papier  timbré  ;  on  n'y  reçoit  aucune  demande 
qui  n'est  pas  ornée  de  l'aigle  impérial.  Or,  le  plus  petit  morceau 
de  papier  timbré  ceû  te  environ  sept  pence  de  notre  monnaie. . .  (70  c.) 
Cependant  la  dépense  d'argent  n'est  rien  pour  l'étranger,  si  on  la 
eompare  à  la  perte  de  temps  que  ce  système  lui  occasionne. 

D*abord,  je  fus  obligé  de  porter  moi-même  à  la  police  ma  carie 
àetfjour.  Mais  les  employés  me  déclarèrent  qu'ils  ne  pourraient 
la  faire  remettre  à  leur  chef  suprême  que  lorsqu'elle  serait  accom- 
pagnée d'une  pétition  explicative.  Comme  je  ne  sais  pas  écrire 
le  russe,  j'allai  dans  les  environs  de  la  police  m'adresser  à  un  écri- 


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'^310  LA  IIOSSIB  ^T  LES   BUSSES 

t«in  public,  Cfiii  conscfntît  à  me  servit  deseetémlre.  Ayant  dèp(»é 
'ensuite  an  bareau  des  {lasse-ports  «la  pétition  sur  papier  timbré 
avec  ma  carte  de  séjour,  jeretoupnai  à  mon  bôteL  Celle  première 
démarche  m'avait  pris  (rois  heures.  Le  lendemain  mtlio,  à  ]*heilTe 
.  qu'on  m'avaU  indiquée  la  veille,  je  me  rendis  de  nouveau  à  la  police. 
J'eus  la  satisfaction  de  voir  raignille  de  Thorlogc  faire  deux  fois  le 
tour  du  cadran,  et  ce  spectacle  un  peu  monotone  commeoçaità 
m  ennuyer,  lorsqu'un  commis  vint  m  annoncer  Theureuse  nouvelle 
que  je  pouvais  le  suivre.  Je  m'clancai  aussitôt  à  sa  suile.  Nous  nous 
fauGlâmcs  ainsi,  lui  devant,  moi  derrière,  à  travers  une  Toale 
compacte  de  pétitionnaires  du  plus  bas  étage.  EnGn  mon  guide 
s*arrêlant,  me  laissa  en  présence  d'un  individu  vêtu  d'un  habit 
Tert  garni  de  boutons  de  cuivre ,  c'csi^à-dire  de  Tuniforme  ci- 
vil. —  A  son  ton  et  à  ses  manières,  je  le  pris  au  premier  aspect 
pour  le  comte  Benkendorf  en  personne  ;  mais  je  m*aperçus  bientèt 
que  c'était  tout  simplement  un  ckinoeHik.  Un  troisième  documeot 
administratif  avait  été  ajouté  pendant  mon  afasenceù  ceuxque j'avais 
déposés  la  veille;  aussi  me  fallut*il  payer  le  prix  de  la  feuille  de  pt- 
pier  timbré,  et  l'homme  à  l'habit  vert  paraissait  tellement  occupé 
qu'il  oublia  ^e  me  rendre  la  monnaie  de  la  pièce  que  je  lui  remis. 
Mon  guide  me  conduisit  alors  auprès  de  dix  ou  d<Mizc  employés 
qui  signèrent  et  contresignèrent  lei  trois  pièces.  Après  m*avoirfait 
visiter  ainsi  tous  les  bureaux  de  la  police,  à  l'exception  cependant 
de  celui  où  je  désirais  aller,  il  me  ramena  en  présence  de  l'homme 
à  l'habit  vert,  lit,  je  payai  une  quatrième  feuille  de  papier  timbré, 
et  l'homme  à  l'habit  vert  était  encore  si  affairé,  qu'il  n'eut  pas  le 
temps  de  me  régler  mon  petit  compte.  J'eus  le  bon  esprit  de  me 
soumet tne  sans  mot  dire  à  celle  escroquerie.  Le  chinovnik  me  fit 
un  profond  salut,  me  pria  de  loi  laisser  tous  mes  papiers,  et  m'en- 
gagea à  revenir  le  lendemain.  Avaot  de  rentrer  à  mon  hôtel,  j'ap- 
pris que  ce  nouveau  délai  avait  pour  but  de  donner  à  la  police  le 
temps  de  s*assttrer  si  je  laissais  des  dettes  dans  la  ville.  Le  lende- 
main j'étais  encore  à  înon  poste  à  rhenredîte;  mats  cette  fois  toutes 
les  fortnalités  légales  avaient  été  évidemment  remplies  ;  j'aperce- 
vais mes  papiers  en  règle  aur  une  tablc%  Cependant  l'homme  à 
riiabit  vert  ne  semblait  pas  vouloir  me  voir  et  me  recoDoskre, 
bien  que  plusieurs  individus  obtimisent  ce  qu'ils  lui  demandaient 
La  foule  augmentait  au  lieu  de  diminuer  autour  de  lui.  Certain 
d'avance  que  si  je  ne  prenais  pas  un  parti  décisif  je  serais  eoeore 


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EN  18^1  ET  1»2.  »i 

renvoyé  au  Icndemjin,  je  mis  la  main  à  ma  poche.  Le  cbinoTnik 
comprit  admirablement  ce  geste;  il  me  lendit  aussitôt  mes  papiers, 
et  prit  mon  argent  en  échange  atec  un  incroyable  sang-froid,  c  li- 
rais pieds  nos,  me  dit-il,  si  je  me  contentais  de  mes  appointements.^i 

Enfin  j'avais  acquis  le  droit  de  pénétrer  dans  le  sanctuaire  ok 
trône  le  chef  delà  police.  En  Itnssie^  tous  les  boréaux  des  adni^ 
nistrationspuhliques  se  ressemblent  :  ce  sont  en  général  despîèott 
carrées,  ne  renfermant  entre  leurs  quatre  murailles  tines  qu^uii 
poêle  de  briques  qui  s*éicve  dans  un  coin  jusqu'au  plafond,  UM 
table  et  quelques  chaises.  Bien  qu*il  ne  fût  qu'un  fonctionnait^ 
dvil,  je  trouvai  le  chef  de  la  police  vêtu  d'un  brillant  nnifemi, 
et  selon  l'usage,  la  poitrine  étinceknte  de  décorations. 

An  milieu  de  la  table,  qui  était  couverte  de  papiers,  s'élevaH  le 
palladium  de  la  police  d'Odessa.  Cet  objet  extraordinaire,  qt!  W-^ 
cnpe  toujours  une  place  importante  dans  la  pièce  princifmle  éb 
toutes  les  administrations  publiques  en  Russie,  ne  diflfôre  pas  bcÊn- 
coup  d'an  métronome;  seulement  il  n'a  que  trois  côtés  an  lien  de 
quatre,  et  il  est  plos^  volumineux,  et  fabriqué  soit  avec  du  enivre^ 
soit  avec  du  fer  doré.  L'aigle  impérial  en  couronne  le  sommet. 
Sur  chacune  des  faces  sont  gravées  des  instructions  adressées  an 
nom  du  czar  h  tous  les  employés  de  l'empire.  On  leur  conseille 
principalement  de  ne  pas  se  laisser  corrompre.  Pierre  le  Grand  eA, 
dit-on,  l'inventeur  de  celte  espèce  de  moniteur  public,  qui  ne  pro- 
duisit malheureusement  pas  reflet  moral  qu'il  en  espérait.  Ainsi, 
pour  ne  citer  qu*un  exemple,  le  chef  de  la  police  d'Odessa  a  amaM 
unefortune  supérieure  au  produit  brutde  ses  appointements  penéant 
un  siècle. Mais  si  personne  ne  profite  de  leurs  enseignements  moetly 
du  moins  tout  le  monde  témoigne  aux  triangles  une  vénération  tt* 
ligieusc.  Jamais  un  Russe  n'entre  dans  la  pièce  où  ils  se  trônteit 
placés  sans  leur  (Herson  chapeau,  car  ils  sont  en  quelque  sorte  les 
représentants  du  pouvoir  impérial.  Les  serfs  s'agenouillent  en  leur 
présence  comme  devant  un  iiulel.Les  étrangers  ne  pouvant  dcrtkier 
la  sainteté  d'un  pareil  emblème,  s'exposent  souvent  h  de  aèVèl^ 
remontrances.  A  mon  entrée  dans  le  bureau  du  chef  de  la  police, 
un  employé  me  mennça  de  m'arracher  mon  chapeau  de  force, 
SI  je  ne  faisais  pas  un  profond  salut  au  triangle.  Cette  singulière 
coutume  donna  lien  un  jour  à  une  scène  fort  plaisante.  Un  de  nef 
amis,  qui  en  fut  témoin,  me  Ta  racontée.  M.  A* **^ membre  de  la 
société  des  Amis,  était  venu  réclamer  à  la  poate  d'Odeaea  dea  lettres 


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aa2  LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

qa*il  allendait  d'Angleterre  ;  il  entra  dans  la  pièce  principale  sans 
ôter  son  chapeau.  Grande  rumeur  parmi  les  employés;  les  chi- 
noTniks  étaient  pctriûés  de  surprise  et  d'horreur.  «  Découvrez- 
vous  donc  9  monsieur,  dit  de  sa  voix  la  plus  menaçante  le  chef  de 
bureau  à  M.  A***.  Ne  voyez-vous  pas  le  triangle»  monsieur?» 
M.  A***'  n'obéissait  pas.  —  «  A  la  porte  I  à  la  porte  !  »  crièrent  la 
chinovniks.  Et  comme  M.  A***  ne  paraissait  nullement  disposé  à 
sortir  de  bonne  volonté,  ils  allaient  employer  la  violence  pour  le 
chasser.  En  ce  moment,  un  de  ses  compatriotes  domicilié  à  Odessa, 
elqni  l'avait  accompagné  jusqu'à  la  porte,  entendant  du  bruit,  pé- 
nétra dans  ce  sanctuaire  redoutable,  le  chapeau  à  la  main.  «  Mod- 
sieur,  dit-il  au  directeur  de  la  poste,  ce  gentleman  est  resté  la  léte 
couverte  en  la  présence  de  l'emp  ereur  lui-même;  certes  il  ne  se  dé- 
couvrira pas  devant  un  triangle  de  fer.  — Cela  est  impossible,  ré- 
pondit le  directeur.  —  Cela  est  impossible,  hurlèrent  en  chœar 
ses  satellites.  —  Mais  je  vous  dis  pourtant  la  vérité,  répliqua  le  dé- 
fenseur de  M.  A***,  car  mon  ami  est  un  quaker.  —  Un  quoi?  de- 
manda le  directeur.  —  Un  quaker.  —  Qu'est-ce  que  c'est  qu'an 
quaker?  à  quelle  classe  de  la  société  appartient  un  quaker?  »  Bref,  le 
pacificateur  eut  toutes  les  peines  du  monde  pour  soustraire  M.  A*'* 
et  son  chapeau  à  la  fureur  vengeresse  des  clûnovniks  delà  poste 
d'Odessa  (1). 

liais  reprenons  la  suite  de  mon  récit.  Cette  signature  que  j'arais 
si  longtemps  attendue  me  fut  accordée,  et  je  sortis  de  la  police  poar 
n'y  plus  revenir.  Toutefois  je  n'étais  pas  enccre  possesseur  de  mon 
passe-port  :  on  ne  me  remit  qu'un  certificat  attestant  qucjenede- 
vais  rien  à  personne.  Je  me  vis  obligé  de  me  rendre  dans  les  bu- 
leanz  du  gouverneur  militaire,  où  j'adorai  deux  triangles,  et  où 
je  vidai  plusieurs  fois  ma  bourse  dan  s  les  poches  des  employés  aranl 
de  pouvoir  obtenirenfin  mon  passc>port.Cen'était  pas  tout:  comme 
je  voulais  voyager  en  poste,  je  dus  aller  demander  aux  cbinofnil^ 
d'une  autre  administration  un  padaroshna^  c'est-à-dire  un  ordre 
dn  gouvernement  pour  des  chevaux  de  poste  (s).  » 

(1)  NoTB  DU  m^ÀcnuR.  Il  y  a  quatorze  classes  ou  grades  entre  l'ea»- 
pereur  et  la  dernière  classe  des  chinovniks.  Les  mêmes  disclnetioassott 
établies  en  Chine,  et,  coïncidence  assez  extraordinaire,  c'est  le  même 
mot,  le  mot  chin,  qui,  daos  les  deux  langues,  la  langue  russe  et  la  laogiie 
chinoise,  est  Téquivalent  do  mot  français  ruti^. 

(9)  jjlon  !>■  L'AOTBom.  Les  maîtres  de  poste  sont  obligés  de  donner  des 


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Le  29  mai,  le  capitaine  Jesse  quitta  Odessa»  emporté  Tapi«- 
dement  vers  le  nord  de  l'empire  par  quatre  ob^aux,  qui  ne 
se  seraient  pas  vendus  4  £  au  bazar  de  King-street.  Il  s'était 
débarrassé  d'une  partie  de  son  bagage,  en  l'envoyant  par  mer 
en  Angleterre,  et  U  avait  rempli  sa  voiture  d'objets  de  première 
nécessité  :  batterie  de  cuisina;  provisions  de  bouche,  toiles  à 
matelas,  etc.,  service  de  table,  etc.;  car  il  n'est  pas  tou- 
jours facile  de  se  procurer  les  choses  les  plus  indispensables 
dans  ce  pays,  quia  la  prétention  d'être  aussi  civilisé  que  la 
France  ou  que  l'Angleterre.  Heureux  le  voyageur,  si,  dans 
certaines  localités,  il  peut  trouver  de  la  paille  ou  du  foin  pour 
se  foire  un  lit  improvisé.' 

D'Odessa  i  Moscoir  il  n'y  a  pas  de  route  proprement  dite. 
Des  poteaux  de  trois  mètres  environ  de  hauteur,  solidement 
plantés  dans  le  sol  de  loin  en  loin,  indiquent  aux  voyageurs  la 
direction  qu'ont  suivie  au  travers  des  steppes  leurs  devanciers. 
Chaque  voiture  se  fraye  son  propre  chemin  à  droite  ou  à  gauche 
de  ces  poteaux,  quelquefois  à  un  demi-mille  de  distance  :  on 
passe  où  l'on  veut,  c'est-à-dire  où  l'on  peut  passer.  Aussi,  lors- 
qu'on entreprend  une  pareille  course,  doit-on  s'attendre  à  être 
singulièrement  cahoté;  mais  chevaux,  brishkas  et  postillons 
sont  habitués  à  ces  ondulations  de  terrain,  qui  donnent  parfois 
le  mal  de  mer  aux  voyageurs.  Les  accidents  sont  rares,  et  le 
trajet  d'Odessa  à  Moscow  se  fait  encore  assez  vite,  à  un  prix 
fort  raisonnable.  On  compte  neuf  cent  vingt-deux  milles  an- 
glais. Le  capitaine  Jesse  ne  dépensa  pour  ses  quatre  chevaux, 
son  padaroshna,  ses  postillons  et  ses  pourboire  extraordi- 
naires, que  25  £  (625  fr.).  Quant  au  pays  que  l'on  traverse,  il 
oe  mérite  pas  même  un  regard.  On  peut,  dit  le  capitaine  Jesse, 

cberaui  aux  voyageurs  porteurs  d'un  padaroshna.  Hn  padaroshna  coule 
deux  copecis  par  versl  pour  chaque  cheval  pendant  toute  la  durée  du 
^ojage.  Il  faat  payer  la  somme  totale  en  partant.  J'avais  quatre  chevaux  :  la 
diitance  d'Odessa  h  Moscow  est  de  mille  trois  cent  soixante-troîs  verstes. 
i'eus  done  à  payer  à  Odessa  pour  obtenir  un  padaroshna  110  roubles  64 
copecks.  On  doit  aussi  désigner  d'avance  la  route  que  l'on  veut  suivre, 
«(  il  est  expressément  défendu  de  s'en  écarter. 


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LA  AUSStE  IT  Lf:ê  ftCSSES 

le  décrire  eA  tr<H8  mots  :  éea  steppes,  des  marais  et  desfortts 
de  pins.  On  rencontre  cependant  çà  et  là,  au  milieu  de  ces 
déserts  à  peine  penplés,  quelques  villes  importanties  :  d'abord, 
Kicoiaïeff,  fondée  par  Potemkin  en  1791,  le  principal  arsend 
de  marine  de  la  fner  Noire;  Krementchonk,  sur  le  Dnieper; 
Mtava,  que  les  infortunes  de  Charles  Xli  ont  rendue  si  cé- 
lèbre; Kbarkoff^  où  se  tient  la  principale  foire  des  laines  de 
toute  la  Russie  ;  Kourste  ;  OreU  la  capitale  du  gouv^memeot 
de  ce  nom  ;  Mtaensk,  Tula  et  Serpuchoff  : 

«  Nous  eAmcs  bîenlôt  oublié  toutes  nos  feUgues  et  tous  nos  en- 
nuis, dit  le  capitaine  Jesse,  lorsqu'à  un  détour  du  chemin  nais 
aperçûmes  tout  à  ooupi  nos  pieds  rancieime  capilak  des  eian.  le 
songeai  alors  aux  sensations  que  durent  éprouver  les  soldats  fian- 
çais à  la  première  vue  de  ses  minarets  dorés  et  de  ses  dômes  étoiles» 
et  surtout  au  moment  où  le  Kremlin  apparut  à  leurs  yeux.  Ce  bot 
qu'ils  désiraient  depuis  si  longtemps  et  si  ardemment  atteindre 
aGn  de  s*y  reposer  de  leurs  exploits  surhumains,  ils  le  touchaieot 
enfin,  et  ils  voyaient  l'armée  ennemie  battre  en  retraite  devant 
eux  dansTcloigncmcnt.  Des  cris  étourdissants  de:  Vive  l'empereur! 
s'échappèrent  de  toutes  les  bouches  ;...  mais  l'aspect  misérable  do 
faubourg  od  nous  venions  d'entrer  m'arracha  à  mes  réflexions. 
Ayant  ensuite  franchi  )a  barrière,  nous  traversâmes  une  vaste  place 
avant  d'arriver  à  la  ville.  » 

Le  capitaine  Jesse  ne  séjourna  que  peu  de  jours  à  Moscou, 
car  il  avait  hâte  de  se  rendre  à  Saint-Pétersbourg.  Nous  ne 
Tisiterons  pas  avec  lui  tous  les  monuments  publics  de  Fex- 
^capitale  de  la  Russie;  le  vieux  Kremlin^  badigeonné  etlaté 
comme  une  maison  neuve;  la  grosse  cloche  de  sept  mètres  de 
diamètre  et  de  onze  mètres  de  hauteur;  la  tour  divan  Ve- 
liki,  d'où  Ton  découvre  une  vue  magnifique  sur  la  ville  et  sur 
ses  environs;  le  palais  impérial;  la  porte  Sainte,  sous  laquelle 
l'empereur  lui-même  ne  passe  pas  la  tête  couverte  ;  la  cathé- 
drale de  Saint-Basile;  l'hôpital  des  enfants-trouvés,  leplos 
{^and  de  toute  l'Europe,  etc..  Nous  raccompagnerons  seu- 
lement au  Trésor  y  où,  entre  autres  curiosîtée)  nous  resur- 


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m  ittl  fit  18U.  «ft 

qaeroi»,  aindesAMs  du  portrait  d'Akxandre,  les  deft^dt  Kt- 
mosk  ^  de  Vaiwvîe. 


«  Une  boîte  de  velours  el  d'or  placée  à  ses  pieds  conlienl,  ajoute  te 
capitaine  Jesse,  U  constitution  de  la  /*6/o^ne;à  sadroile  et  à  sa  gatt- 
chc  sont  suspendus  les  drapeaux  et  les  aigles  de  ce  pays.  ïl  e^l  im- 
possible de  les  voir  sans  èmoiion  et  sans  Tegret  ;  ee  ne  sont  pas 
seulement  les  trophées  d'une  victoire  que  les  chances  de  la  guérite 
peuvefft  vn  jour  cdianger  en  défaite;  ce  sont  les  monaments  du 
succès  d'une  série  d'intrigues  politiques  à  Taide  desquelles  la  Pa- 
logne,— -cefle  cbevaleresque  Pologne  qui,  an  saizièoie  siècle,  servait 
de  boulevard  à  l'Europe  occidoitalc  contre  ks  Turcs,  —  a  été  «i 
craellemeoi  asservie.» 

Laissons^maintenant  le  capitaine  Jesse  parcourir  en  âoixanti- 
fcrois  heures,  moyennant  17  £  9  deniers,  les  six  cent  soisafHa- 
qoatorze  verstes,  ou  les  quatre  cent  quarante-huit  milles  ati- 
giab  qui  séparent  Moscow  de  Saint-Pétersbourg.  Il  oublie 
8ttT  cette  belle  chaussée,  la  seule  que  possède  la  Russie,  les 
steppes  et  les  diinavniks  du  midi;  il  s'estime  heureux  de 
pouvoir  aller  plus  vite  que  la  diligence;  a  car,  dit^l,  le  pays 
est  d'une  tristesse  et  d'une  monotonte  désespérantes.  Devant 
9oi,  la  route  à  perte  de  vue;  à  droite  et  à  gauche,  des  marais, 
et  plus  loin  j^  rhorizou,  des  forêts  de  pins  rabougris;  çà^t 
U  seulement,  les  petites  maisons  blanches  des  inspeoteuvs 
char^  de  surveiller  les  soldats  invalides  qui  réparent  k 
route,  n  Mais  cette  contrée  si  monotone  et  si  triste  n'est  pas 
vn  désert;  pourquoi  donc  le  capitaine  Jesse  ne  nousap- 
ptend^l  rien  de  ses  habitants?  ou  plutôt,  pourquoi  nous  en 
pwle-t-il  avec  tant  de  légèreté?  Il  ne  les  a  pas  même  apet^ils 
da  ftmd  de  sa  voiture;  pouvait-il  nous  en  tracer  un  portratt 
ressemblant? 

A  en  croire  le  capitaine  Jesse,  le  paysan  russe  est  une  mî*- 
«éttWe  créature,  marquée  au  front  du  sceau  de  rësclavagift) 
Anitië  par  la  superstition,  adonnée  au  vol,  et  ne  mettant  du 
Ki^te  Uaae  qu'une  fois  par  an.  Le  capitaine  Jesse  exagère,  tH 


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S86  LA  EUWIB  ET  hBS  RUSSES 

ne  nous  fiiit  voir  qu'on  cAté  de  la  médaille;  nous  aUoBs  en 
montrer  le  revers.  Nous  avons  remarqué,  dans  cette  classe  si 
maltraitée  par  notre  compatriote,  une  foule  de  qualités  qu'oé 
chercherait  vainement  peut-être  parmi  toutes  les  autres  po- 
pulations agricoles  du  monde  civilisé.  Nous  louerons  an 
contraire  sa  loyauté,  sa  civilité,  sa  piété  filiale,  son  intelli- 
gence, sa  finesse  et  son  esprit,  la  distinction  héroïque  de  ses 
manières  et  la  pureté  grammaticale  de  son  langage,  sa  Téoé- 
ration  pour  son  czar,  son  aflFection  pour  son  seigneur,  sa 
confiance  religieuse  en  la  parole  de  ses  prêtres. 

«  Les  Russes,  dit  encore  le  capitaine  Jesse,  n'ont  aucm 
gaieté  de  cctur,  à  moins  d'être  surexcités  parle  vin  ou  partout 
autre  stimulant,  ils  demeurent  impassibles,  pour  ne  pas  dire 
stupides.  »Eh  quoil  les  Français  du  Nord  n'ont  pas  éegaitti 
de  cœur?  Quoi  1  ils  sont  toujours  tristes  ces  hommes  dont  on 
entend  retentir  de  tous  cAtés  les  chants  et  les  rires  contagietn, 
dont  les  jeux  nationaux  sont  si  animés,  les  plaisanteries  si 
vives,  toujours  nouvelles  et  toujours  bonnes;  le  costame 
composé  de  couleurs  aussi  gaies  que  la  teinte  générale  de 
leur  esprit,  la  physionomie  si  enjouée  et  si  heureuse  ?  Non, 
vous  ne  connaissez  pas  le  véritable  paysan  russe,  paisqoe 
vous  le  calomniez  ainsi  ;  vous  n'avez  vu  que  la  population 
abâtardie  et  croisée  d'Odessa,  et  quelques  misérables  men- 
diants le  long  de  la  route  que  vous  avez  parcourue  en  poste 
entre  la  mer  Noire  et  la  mer  Baltique.  Vous  ne  savez  paspar- 

'  1er  sa  langue ,  vous  n'avez  pu  étudier  ses  moeurs,  pénétrer 
les  secrets  de  sa  vie  intérieure.  Piurce  qu'il  salue  comme  nn 
vieux  gentilhomme  anglais,  vous  le  déclarez  abruti  par  l'e^ 
davage;  parce  qu'il  vit  de  kvas  et  de  dikba,  vous  le  traitez 
presque  comme  un  animal  inunonde;  mais  si  votre  estomK 
trop  délicat  n'a  paspu  digérer  ces  mets  nationaux,  devez-voos 
donc  gémir  sur  le  triste  sort  du  paysan  russe  condamné  à  nn 
pareil  régime?  N'y  est-il  pas  accoutumé?  Se  trouve-t-il  aussi 
malheureux  que  vous  nous  le  représentez?  Un  étranger  qoi  dé- 
testerait le  roast-beef  et  lesponmies  de  terre aurait-iile droit, 

de  retour  dans  sa  patrie,  deproclamerle  peuple  anglais  leplos 


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BH  IMl  BT  18^3.  39r 

infortnné  et  le  plus  barbare  de  tons  les  peuples  du  mondet 
Mais  revenons  à  nos  serfo.  Le  capitaine  Jesse  reproche  i 
la  noblesse  de  ne  tenter  aucun  efFort  pour  émanciper  ses  serb 
ou  pour  améliorer  leur  condition.  Le  sentiment  qui  lui  foit 
tenir  un  pareil  langage»  nous  l'avons  éprouvé  aussi  à  notre 
arrivée  en  Russie  ;  mais  ce  premier  mouvement  calmé,  la  ré- 
flexion est  venue,  et  nous  nous  sommes  demandé  si,  dans  l'état 
où  se  trouve  actuellement  la  Russie ,  cet  affranchissement 
serait  réellement  un  bien  pour  les  serfs.  Le  capitaine  Jesse 
reconnaît  lui-même  que  a  ceux  qui  parlent  le  plus  souvent 
des  devoirs  des  maîtres  envers  leurs  esclaves,  ne  savent  pas 
les  remplir,  d  Qu'il  passe  quelques  années  en  Russie ,  et  il 
se  rangera ,  nous  en  sommes  sûrs  d'avance,  à  noire  avis. 
Tant  que  la  noblesse  russe  n'aura  pas  d'autres  sentiments  et 
d'antres  idées  sur  la  liberté;  tant  que  les  classes  affranchies» 
élevées  aujourd'hui  au-dessus  des  serCs,  demeureront  en  réa-* 
lité  soumises  à  un  régime  beaucoup  plus  dégradant  que  cehd 
de  la  féodalité  ;  tant  que  les  lois  avec  lesquelles  une  exten-* 
sien  de  ses  droits  civils  le  mettrait  en  lutte  ouverte,  seront 
si  difii&rentes  dans  la  pratique  de  ce  qu'elles  sont  en  théorie» 
mienx  vaudra  cent  fois  pour  le  paysan  russe,  rester  serf  que 
de  devenir  libre;  il  sera  toujours  moins  malheureux;  il  se  ci- 
vilisera davantage.  Sa  prison  n'est  pas  aussi  étroite  qu'on 
pourrait  le  croire  :  l'esclavage  d'ailleurs  n'a  pas  éteint  en  lui 
le  feu  de  son  patriotisme,  ni  tari  les  sources  fécondes  de  son 
activité.  Des  foits  nombreux  le  prouvent  :  lorsqu'il  s'est  en- 
richi, il  n'a  pas  laissé  sa  fortune  se  briser  contre  Técueil  fatal 
de  i'imprévoyaneew  N'avons-nous  pas  le  droit  d'en  conclure 
que  le  servage,  tel  qu'il  existe  encore  aujourd'hui  en  Russie» 
n'avilit  pas  nécessairement  l'homme  moral?  Citons  à  l'appui 
de  notre  opinion  un  passage  emprunté  au  capitaine  Jesse  : 

«Quelques-uns  des  serfs  du  comte  CheremclicfT  exercent  la  pro« 
fessionde  marchands  et  ont  acquis  une  grande  fortune.  En  général 
les  serfs  qui  s'enrichissent  sont  ceux  qui  ont  obtenu  de  leur  maî- 
tre la  permission  de  quitter  leurs  propriétés  et  d'aller  cntrppren- 


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aOS  LA  VSSSiZ  W  IM  W9SES 

dre UA  CQinii^Ece quelcoDCfue dans  ana vilk où ilspiûssenl ulilim 
8ftn4  iatcriruptioD  un  petit  capital  et  leurs  talents  naturels.  Quaid 
i]fr  réussissent,  ils  payent  chèreaient  celle  faveur.  Dans  les  campa- 
gf^^9  Iprsque  la  cupidité  de  leur  maître  ne  les  prive  pas  des  avan- 
tages que  leur  assurent  les  lois,  ilsamassent  quelquefois  des  sommes 
considérables,  car  ils  font  peu  de  dépenses  personnelles,  et  la  ri- 
chesse n'opère  pas  dans  leurs  habitudes  les  révolutions  qu'on  pour- 
rait redouter.  Dans  la  plupart  des  provinces^  un  serf  cultive  pour 
lui  pendant  trois  jours  de  chaque  semaine  la  portion  de  terre  qoi 
Ini  a  été  assignée;  les  trois  autres  jours  il  les  donne  à  son  maître,  et 
8^  a  de  Tordre,  il  peut  encore  acquérir  une  modeste  aisance.  Mais 
cette  coutume  n'est  pa»  générale,  et  certains  maîtres  l'ont  abrogée 
à-  leur  profit  ;  d'autres  n'accordent  à  leurs  serfs  qoe  deux  joais  oa 
même  un  seul  jour  par  semaine,  ou  bi«i  i!s  leur  abandonnent  en- 
tlèrementla  terre,  à  la  condition  qu'ils  leur  payoronl  «ne renie  6x6 
La  majeure  partie  des  serfs  du  comte  de  Cboremetiefif  seraient 
assez  riches  pour  acheter  leur  liberté  ;  mais  ce  seigneur  ne  veot 
ins^hur  permettra  de  proGter  ainsi  des  fruits  de  lenr  travail;  ao 
Contraire,  certains  nobles  sont  très-flattéa  de  posséder  des  serfs  ri- 
cbes,  et  on  assure  que  ChercmetiefT  est  si  fier  de  ses  serfs,  qu'il  ne 
les,  affranchirait  à  aucun  prix.  Digne  descendant  en  vériic  de  son 
ancêtre,  qui  vivait  sous  le  règne  de  Catherine!  Aussi  comme  sa  va- 
nité est  satisfaite  lorsqu'il  invite  des  étrangers  à  venir  vîsiteravec 
lui  son  château!.  A  son  arrivée,  il  est  reçu  par  un  de  ses  s^rtsles 
plus  riches,  dans  une  misérable  hutte  construite  sur  le  modèle  des 
anciennes  cabanes  de  bois  delà  Russie,  et  garnie  de  meubles  gros- 
siers ;  sur  la  table,  recouverte  d'une  nappe  de  toile  grise,  on  ne  sert 
que  du  pain  noir,  du  sel,  et  tme  vaste  écnelle  de  bois  remplie  de 
borsch  (la  soupe  nationale};  les  hôtes  du  conto  goûtent  à  peine  à 
oes  mets  rustiques  ;  mais  tout  ftconp  s'ouvre  une  potilo  porte  coo- 
diiiiant  à' un  apparttmeni  richement  meublé»  aauûHoa  dvqoel  on 
aperçoit  une  table  chargée  d^argenterie,  de  cristaux*  de  frattset 
de  viandes  de  tontes  espèces,  de  vins  el  de  liqueurs.  Leur  repas  te^ 
miné,  les  convives  se  retirent  éto^^nés  qu'un  serf  puisse  donner 
un.  pareil  festin,  et  persuadés  sans  doute  que  cet  homme  aime 
autant  être  esclave  que  libre.  Souvent  ils  ne  se  tromperaient  pas; 
aelon  toute  probabilité,  ce  serf  qui  a  traité  avec  un  si  grand  loxe 
lion  maître  et  ses  amis  sait  à  peine  lire,  ne  connaît  aucun  chiffre, 
compte  avec  des  grains  de  colliers,  et  porte  Une  barbe  d'une  Ion- 


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Vf  18bl  w  HUA.  Mm 

goettr  ppûdigieuM.  Cep«iidant  il  a  amassé  use  foctana  CMisidin^ 
ble,  car  il  est  60,  aidroil  et  écODome  ;  il  ne  fait  de  folles  dëpeitfaa 
que  lorsqu'il  reçoit  son  maUre,  ou  lorsqu'il  marie  un  de  sesenfants* 
Quand  le  comte  U.  de  Kbarkofî  donne  un  grand  diner,  il  force 
ses  serfs  les  plus  riches  à  endosser  sa  livrée  et  à  servir  à  table. 
L'un  d'eux,  excellent  horloger,  lui  offrit  un  jour  une  somme  énorme 
pour  sa  liberté  ;  il  essuya  un  refus.  «  Fa's-moî  une  rente  annuelle 
de  cinq  cents  roubles,  lui  répondît  son  maître,  et  je  te  promets 
que  je  n'exercerai  jamais  mon  autorité  ;  mais  je  neveux  pas  m'en 
départir.  » 

Avooons-le  frasdiemeat,  nous  ne  partageons  pas  cette 
ibis  las  sentimeots  du  Gapitaiee  Jease.  Noms  aussi  no«s  dé- 
testons Vescbvage  et  nous  rouloas  Tabolir  partout  où  it' 
existe  escore;  mais  nous  repoussons  avec  ptiis  d'énergie  cesr 
faux  systèmes  qui»  £aiisant  marcher  la  civilisation  beaucoup 
trop  vite,  n'ont  d'autre  résultat  que  de  forcer  les  hommes 
libres  à  s'asservir  eux-mêmes.  Nous  déplorons  avec  le  capi* 
taine  Jesse  rindifléresce  et  la  tyrannie  des  nobles  russes; 
niais  que  dira-t-il  des  derniers  troubles  de  la  Livonie,  où  les 
q)pnmés  étaient  des  hommes  libres,  et  leurs  oppresseurs  lea« 
plas  civilisés  de  tous  les  barons  allemands?  Le  pouvoir  féodal 
a-t-il  donc  danaaucun  temps,  en  aucun  pays,  engendré  des  abus 
aussi  épouvantables  et  aussi  criantsque  ceux  quiont détermina 
riflsorrection  des  paysans  affranchis  de  la  Livonie?  Ne  no«» 
y  tronpons  point,  si  les  classes  supérieures  restent  teHe» 
qa'eHes  sont  ai^ourd'hni,  leur  aflFraachissement  ne  proeu« 
rera  pas  aux  serfs  russes  tout  le  bien-ètre  cpie  pourraient  en» 
e^er  pour  eux  d'imprudents  philanthropes  :  loin  de  s'a* 
iDéKorer,  leur  condition  deviendrait  pire  :  au  lieu  d'un  matti^ 
ils  ea  auraient  {dusieurs.  H  es*  fecile  de  critiquer  et  de  ma»- 
dire  le  système  féodal;  mais  ee  système,  tel  qu'il  se  trouva 
établi  aujourd'hui  en  Russie,  proUge  les  serfe  autant  et  phia 
peut-ftre  qu'il  ne  les  opprime. 

Le  capitaine  Jesse  »  beaucoup  mieux  jugé  cette  autre  classe 
*e  la  société  que  le  gouvernement  a  crêéfe  avec  le  titre  de 
classe  moyenne,- dana  la  vain»  espévance  4e>  combler  Tim^ 


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HkO  LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

mense  abtme  moral  qui  sépare  le  seigneur  du  serf.  Diverses 
causes  trop  longues  à  énumérer,  mais  surtout  l'absence  d*one 
loi  de  primogéniture  parmi  la  noblesse,  et  le  mépris  qu'af- 
fectent les  classes  supérieures  pour  toutes  les  professions 
autres  que  celle  des  armes,  ont  fait  abandonner  les  emplois 
publics  à  des  hommes  indignes  de  les  exercer.  On  les  nomme 
les  chinovniks  ou  les  titrés^  parce  qu'ils  ont  presque  tous  la 
poitrine  couverte  de  rubans  et  de  décorations.  Ils  manquent 
complètement  pour  la  plupart  du  sens  moral.  D'ailleurs  les 
lois  elles*mèmes  fovorisent  leurs  odieuses  malversations. 
Excellentes  en  théorie,  dès  qu'elles  sont  nùses  en  pntiqne 
elles  semblent  faites  tout  exprès  pour  protéger  le  vice  et  le 
crime  contre  l'innocence  et  la  vertu.  Le  gouvernement  a 
voulu  soumettre  les  administrations  civiles  à  une  sorte  de 
discipline  militaire,  il  a  tellement  multiplié  les  formalités 
qu'il  rend  presque  impossible  le  triomphe  de  la  vérité.  En 
outre  il  entretient  autour  de  chaque  employé  supérieur  une 
foule  d'espions  de  bas  étage,  uniquement  chargés  de  se 
surveiller  et  de  se  dénoncer  les  uns  les  autres;  il  distritme 
entre  dix  ou  douze  individus  une  somme  qui  suffirait  à  peine 
aux  besoins  raisonnables  d'un  seul  fonctionnaire.  Aossi 
qq'arrive4-il  ?  pour  chaque  rouble  qu'un  chinovnik  reçoit 
du  gouvernement,  il  en  extorque  dix  au  public.  Dans  le 
curieux  fragment  que  nous  lui  avons  emprunté  au  commen-* 
cernent  de  cet  article ,  le  capitaine  Jesse  avait  esquissé  le 
portrait  d'un  employé  de  la  police  d'Odessa  qui  lui  déclara 
avec  un  impudent  sang-froid,  «  qu'il  irait  pieds  nus  s'il  se 
contentait  de  ses  appointements,  x»  Lorsqu'un  étranger  se 
voit  obligé  de  perdre  cinq  ou  six  jours  et  de  dépenser  one 
forte  somme  d'argent  pour  obtenir  le  visa  de  son  passe-port, 
i  quelles  exactions  doivent  Hre  exposés  les  habitants  des 
provinces  russes  livrés  sans  défense  aucune  i  la  merci  de 
pareils  misérables  ? 

Mais  cW  surtout  dans  l'administration  des  biens  de  la 
couronne  que  se  commettent  les  plus  grands  abus.  «  Un  bon 
père  de  famille  doine-tr-il  quelques  conseils  à  son  iik  avant 


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son  entrée  dans  le  moude»  il  lai  recommande  principalement 
de  n'avoir  jamais  aucune  relation  d*aiFaire  avec  la  couronne. 
Malheur  à  Timprudent  qui  ne  suivrait  pas  ce  sage  conseil!  il 
serait  bientôt  victime  de  sa  foUo  téanérité.  Pendant  quelque 
temps  il  se  félicitera  peut-être  de  s*étre  associé  avec  la  cou^ 
ronne  pour  l'exploitation  d'un  monopole  on  pour  toute  antre 
caose  ;  mais  tôt  ou  tard,  une  parole  blessante,  une  juste  ré- 
primande adressée  à  un  agent  subalterne  deviendra  la  cause 
première  de  sa  ruine.  Son  ennemi  se  vengera  en  portant 
contre  lui  une  accusation  injuste,  il  est  vrai,  mais  aussi  ter* 
rible  que  si  elle  était  fondée.  Mieux  vaut  cent  fois  être  con- 
damné par  un  jury  anglais,  que  d'être  seulement  cité  comme 
prévenu  devant  un  tribunal  russe.  En  Russie,  la  loi  tsupposé 
tous  les  accusés  coupables  tant  quils  n'ont  pas  démontré 
leur  innocence.  A  peine  la  plainte  est-eUe  dépo^,  on  saisit 
toutes  les  propriétés  immobilières  du  prévenu,  car  dans  de 
semblables  procès  la  couronne  ne  s'expose  jamais  à  perdre 
an  copeck;  pais  ses  agents  commencent  une  enquête,  en 
d'autres  termes,  une  série  d'expériences  qui  ont  pour  but  de 
leur  faire  connaître  le  degré  d'humiliations  et  de  souffrances 
que  leur  victime  est  capable  d'endurer  avant  de  se  décider  i 
acheter  la  tranquillité  au  prix  que  leur  conscience  a  fixé.  En 
effet,  afin  de  pouvoir  faire  une  enquête  et  un  rapport,  ils 
viennent  s'établir  i  demeure  dans  la  maison  du  prévenu,  au 
sein  de  sa  fiamUlô.  D'abord  ils  se  montrent  honnêtes  et  polis, 
parfois  même  compatissants  ;  mais  ils   jettent  bientêt  le 
inasque,  ils  affectent  un  ton  insolent,  des  manières  gros- 
sières. Ils  se  mêlent  de  tout,  font  des  dépenses  exagérées, 
contremandent  tous  les  ordres,  insultent  les  dbmesttques, 
chassent  les  mend>res  de  la  famille  d'appartement  en  appar- 
ient, jusqu'à  ce  que  leur  malheureux  hête  se  tourmente 
anUot  pourî'avenir  qu'il  souffre  du  présent;  mats  il  n'a  d'autre 
parti  à  prendre  que  de  supporter  avec  résignation  le  supplice 
aoqael  ils  le  oondamaent,  ou  de  leur  fiiire  des  oflires  d'argent 
V>i,  si  elles  ne  leur  paraissent  pas  sufBsantes,  deviendront 
plus  tard  des  preuves  irrëcasables  de  son  crime. 

S*  SÉRIB.~TOXB  XII.  16 


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yft  LA  BtMife  m  MM  M5SES 

Cep6aiidtBl.ct9  wînAffuhlfn  eofithuMiit  ou  sont  cemés  eon- 
tMMT  Uwi  oupièie.  Hs  ont  iatérè!,  on  te  eoBçevt,  i  la  foire 
dBf«r  le  plu»  km^lei^is  possîbieY  car  ils  s^iit  logés  et  mnirris 
an  firaôs  de  keor  Tktki».  Aiisi  il  ieor  ftml  six  mois  entiers 
pour  ia^eatariti  ha  divén  «fcjets  qm  ganûssent  ctiie  nMoni- 
ftcÉareoo  «aa^fcwMr  «i  pcor  déorire  les  Mrers  Mfimeiits  <|ni 
M  difwiéMit  ;  ila  aMsof ent  la  loncfaear,  la  laf geop  et  la  hn- 
ltw.de.  toat*kaa  wèêts  et  de  taas  les  teils;  ils  comparent  leur 
va^ert  a»  tmvail  ao»  motas  eoasôencieox  des  espions  qat 
ont  pecsteutè,  peià  d'anaàss  aoparavaaft,  le  pnteédBot  loo 
tave^  Une  taile  aauique-tr^ne,  wk  oioreeaii  de  cnoent  est-fl 
toanbif.et  le  oimeai  r«ssc  a'^a  pa^  la  aième  sotidUé  qae  led- 
■eni  vomaiii»  aviaai  de  siqela  de  ptoiiAe,  anUinft  de  cHeft 
d'aecusatioft.  Ib.  conqiteiit,  exaniineat,  Ton  après  Tautre, 
flrtiae  les  B»e«eeaBx  as  bais  qn'iki  Iroaveiil  daas  la  cew;  9s 
m^  enreeiatrea^  aoîeneaseuent  le  wf^te.  Un  bacboir  a  tant 
de  mètres  decinooaléreace,  est  AbrMiésar  les  bords  et  parait 
tcès-solide;  le  bano  de  i'étahk  alaat  de-  mètces^  de  ceoti^ 
mètre»  et  de  anUimèlras  de  bvgear,  dépaisBeiMr  el  de  lon- 
ffifim;  las  vases-  dcatinés  i«conteaîr  le  laU  «&I  oasanseet 
qpairo  pied»,  ekc.^  etc. 

.9e  0£mblidalefi  ea«pi6le»  daseni  qpelqiieAm.  mpi  «MiiAt.  .• 
INreure  évideate  i|U0  la  pté^eau^  adt  de*  so&  inaoeences  ne 
¥««!(;  paa  àmtîSbr  «ne  partie  de  ea:  fartmie  pour  se  détxffrasser 
de  ses  bowtasini.  Daaaat  cette  longue  période  de  teaips,  il 
se  voit  oblinè  de  veair  ^sieaaa  fois  à  Saiiit4^étersbottrg» 
d'j[  &ire  diasiiîoaianaBaeax»  baUetlé  de  oeaven  eowetdp 
mîiKistr#  enmmîatift*  Saioulle  mancpie  des  ehswes  les  fto 
ntefiS6)9irea  i  la  rie»  ai  A  n'a  pa»  d^aq^ent  à  loi  envo^.  Va 
deses^e^^aM^JlMpirt,  et  il  a'ose  pas  ^tter  aan  peste  pscr 
a4^  ç<psçler  s^  m^;  qaaiad  il  lai^w  la  sair»  harassé  de 
filMS^Q»  ffiQCfibtè'dQ  doMleurv  A  ehasefae  ep  vain  dans  la  triste 
aolitude  ,ua  amWMâLqai  le  fait....  Eafin,  afrèssept  asoées 
de  déaifircbas^  da  telumaits,  dfiausa— ■>,  il  a  te  bonkev 
d'eotaadre  pronaa^et  awi>aeqaitlaBiea*>par  le  Mbaiial  diargé 
de  le  juger;  maîale  chagrina  ai^rt  «m taaactère,  leasonds 


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rcMi  fieiHi  <le  tneate aii#égii,  sa  4ov1M» est déiraifé;  oui» 
dMsre  miKMeiit,  mai»  on  n^  hti  aeeonde  auciine  iAdettMiité» 
on  n'inflige  aucun  cbMînwtiè  m  nieénriMe  q«r  Ta  dénoncé. 
SmàaoKkt  la  justice  russe  n^hésite  paà  à  se  condamner  eHe- 
«ÉaMi,  et  la  phn^baote  eonr  du  ra}Mne<déeiare  sotennelte^ 
fflent  dans  son  artèt  qu'il  n'y  a  eu  «wirn  motif  iMeuas  é'^uxu- 
BtÊiùm  «mlfs  2e  ;^seiN»  depati  le  rsnHMBMMiaU  ilr  la  jwwMiftu 
fufqu'mfjomr  dm  pÊgtmmê. 

Ce aont  ces alMis  trop sompuni  vmmvfMsqm leadaïf  â» 
pliB  e»  plas  odieina  à  lananve  de  )a  mlmà  rosse  la  chsse 
Si  jasproppeananl  neaMoée  olaaae  aoo^peoM^.  Ibvqttoi  dem  le 
ezar  actnel  ntfàae^Nflr  d'ouvrir  eafta  les  yeua  ài-la  hwMre? 
potttqnoî  ai-Uil  coofévé,  par  an  Mit  rieewl/  Yêilm  âham  ncK 
Uaase  pèrsonaeHe  ans  pfa»  hants  dîgfiiilairea  de-'sse  adasi^ 
aialmfciaQs  câsilea?  pwiiqwiri  disttiiuaNMl  am  cMpIofiés  'tih- 
thÔBUWB  «ac  «elle  cpiaiAilé  de  décotalions?  quel  est  9o#  1m«? 
H  meul,  ditril,  ezéer  «ne  clasae  moyenne.  Mak  dbASfe*t4l  ï 
ces  nHaéraWesi  qu'il  accable  d'hooiieura  les'qneMtétf  qvi  leur 
secaîent  jiécesssDW?  aalleaMnt.  ll>  dévetoppo-en  eux  les  pas^ 
amMkaptnapefnieieiises,  rorgiseit  el  V$aAMcm\ti  méeo»- 
tente  tout  à  la  fois  la  n(4>le8se  et  te  penp te/  l.e»  Térilablee 
nobles  svait  •  jalomL  de  ces  pa^vsnua,  et  lesi  eeris  les'  bsfesent 
pinscaewe  cfaeleuf» anciene sMttves,  car  tls-swreirt  parex*- 
pèvieMe^'ife'n'oiit  pas  de  tyran  pfaai^dufs^  d^eaneviis  pins 
achamés.  V^Haireapudire^  en  parkmt  àm  ovdrss  rnsses^ 
a  c^ess  «  sigjae  qu'ils  .portevl  sm-  lenr  poitrine,  ^I  ce«ii- 
aanade  In  Téaéfation  de  la  popnlace^  aaernâ|p(|aer  d'honneor 
qai  ne  coûte  rien  au 'souverain  et  qtA  flatte'Ia  vanité  dea  su- 
jets, sans  rien  ajouter  à  leur  puissance.  »  Ce  sont  là  des  niots 
vides  de  sens.  Il  est  difficile  de  flattée  la  vanité  4'we.n^ti9n 
sans  détruire  un  sentiment  de  beapcott|]^  pr^^^la,jet  nn 
signe  qui  commande  la  vénératioa  4e  la  pofHlldA^idoîl  aug- 
menter l'autorité  de  soa  possass6iir«,D*aABefas4ii  iMi^MV^mûn 
paye  souvent  fMt  cher  le  plaisir  de.  distribncB  A  aca^daînlades 
récompenses  qui  ne  lui  coûtent  rien.Baia  ne  ptf«t*efn  pas 
accuser  la  couronne  d'une  spéculation  honteuse?  car  à  ch&- 


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L 


2b4  LA  roSSIB  BT  L»  BASSES 

que  nouvelle  disnité  qu'eMe  accorde,  eïte  exige  de  celui  qui 
consent  à  la  recevoir  une  somme  d*argent  »i  conaidinible, 
que  souvent  elle  essuie  d'fcumiliants  refus. 

La  vieille  noblesse  elle-même,  si  supérieure  à  la  classe 
moyenne,  ne  vaut  pas  sous  beaucoup  de  rapporte  la  classe 
des  serfe  ou  des  paysans.  Le  grand  seigneur  russe  a  perdu 
tout  seatimeiit  de  ualîonalîté.  11  se  plaît  â  dire  du  mal  de  sa 
patrie,  il  méprise  les  vertus  de  ses  eoncitoyeus,  il  renonce  à 
sa  langue  naterneUet  »î  énergique  et  si  riche;  en  un  mot,  il 
n'est  fier  d'être  Russe  que  lorsqu'il  songe  i  l'étendue  et  à  h 
puissance  de  la  Russie.  S'il  se  révolte  contre  son  souverain,  a 
n'agit  pas  dans  un  but  d'intérêt  général.  Accourt-il  au  contraire 
se  ranger  sous  l'élendard  impérial,  contre  des  rebelles,  ce 
n'est  jamais  par  dévouement.  ExpIoiUnt  à  son  profit  la  pas- 
sion de  l'empereur  pour  les  apparences  extérieures  de  la  ci- 
vilisation, il  ne  grekè  sur  sa  propre  bartmrie  que  de^  bran- 
ches  déji  desséchées,  il  ne  demande  au  progrès  que  les  jouis- 
sances du  luxe  :  il  est  trop  ignorant  pour  former  un  seul 
projet  utile  à  son  pays.  Quelles  sont  les  causes  principales  des 
insurrectiona  de  ta  noblesseî— les  complots  les  plus  crimioeb 
ou  les  visions  les  plus  chimériques,  l'égoîsme  ou  la  folie. 

D'ailleurs,  l'empereur  a  le  tort  immense  de  charger  d'un 
trop  grand  nombre  de  fonction^  diverses  les  {Nrincipaai  di- 
«niUires  de  l'éUt.  Tandis  que  les  «nployés  subaHemesont 
plus  de  temps  qu'il  ne  leur  en  fout  pour  préparer  et  faire 
réussir  leurs  odieuses  machinations,  leur  €kef  ne  peut  pas 
même  consacrer  quelquies  minutes  à  la  plus  grossière  sur* 
veiltance.  Un  noble  de  nos  amis  est  tout  à  la  fois 


-^  Commandant  en  chef  de  rarmèe. 
<—  Aide  de  camp  général. 

—  Commandant  en  chef  de  la  gendarmerie. 

—  Chef  supérieur  de  la  police  de  l'empire. 

«*  Chef  supérieur  de  la  police  secrète  do  la  couronne. 

—  Membre  du  consciL 

—  Sénateur. 


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Kir  i«i  ET  i»a.  sus 

—  Censear  dramalkiiie,  obligé  de  lire  tonles  tei  piècei  de  théâtre 
arant  leur  reprèsenlaiion. 

—  Atiacbé  au  service  de  la  penonoe  de  l'empereur,  ebargé  d'as- 
sister à  toalcs  les  fêtes,  à  toutes  les  revues,  à  toutes  les  iiaradef,  à 
tous  Ici  bals  masqués  que  Sa  Majesté  honore  de  sa  présence»  d'ac- 
compagner partout  Sa  Majesté  en  promenade  ou  en  voyage. 

Bans  tout  antre  pays,  ces  diverses  fonctions  occuperaient 
au  moins  six  personnes  différentes.  Comment  un  seul  homme 
pourrait-il  les  remplir?  quelle  constitution,  même  celle  de 
Teropereur,  résisterait  à  tant  de  fatigues  physiques  et  morales  ? 

Le  caractère  du  czar  actuel  pique  la  curiosité  et  mérite  un 
sèrietix  examen  ;  toutefois  il  laisse  une  impression  peu  favo- 
rable dans  Vesprit  d'un  observateur  intelli(j[ent.  Nicolas  est 
doué  d'éminentes  qualités  morales,  mais  il  ne  possède  aucun 
talent  extraordinaire.  On  vante  avec  raison  sa  fermeté,  son 
habileté,  sa  justice,  sa  constance,  sa  persévérance,  son  acti- 
vité; malheureusement,  à  tous  ces  dons  naturels,  nous  ne 
pouvons  ajouter  ni  l'instruction,  qui  rend  les  idées  plus 
nettes  et  le  jugement  plus  sain,  niFintelKgence,  qui  peut  sup- 
pléer au  savoir.  c(  Pour  faire  le  bien,  disait  un  noble  Russe,  il 
font  trois  qualités  essentielles  :  la  puissance,  la  bonne  volonté 
et  la  connaissance.  Il  possède  les  deux  premières;  mais  il  lui 
manque  la  dernière.  En  un  mot,  il  est  ignorant,  d  * 

La  qualité  la  plus  remarquable  de  l'empereur  Nicolas,  sa 
puissance  de  volonté,  n'est  point  cette  fermeté  douce  et 
calme  que  donne  une  conviction  réfléchie  ;  c'est  un  entête- 
ment qui  ne  cède  jamais,  ni  à  la  raison,  ni  à  la  force,  et  qui, 
s'ai^liquant  également  aux  grandes  et  aux  petites  choses, 
se  montre  tantôt  majestueux,  tantôt  puéril.  Nous  ne  saurions 
trop  louer  ses  tentatives  consciencieuses^  quoique  mal  con- 
çues et  mal  dirigées,  pour  améliorer  le  sort  de  son  peuple;  le 
courage  avec  lequel  il  affronte  et  supporte  toutes  les  fatigues 
physiques  et  morales,  son  invincible  opiniâtreté  qui  ne  s'ar- 
rête devant  aueun  obstacle,  et  principalement  l'autorité  qu'il 
exerce  sur  une  nature  qui  paraissait  réunir  tous  les  détauts 
grossiers  de  ses  ancêtres.  Hais  ne  devons^nous  pas  blâmer. 


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fkB  LA  mmE  vr  us  mvssss 

4'ao  avlr»  <!iMé,  laèofllMae  <et  «ktrawieBile  ftimiité  de  sa 
cour,  rédttcation  futile  cpi'il  donne  à  ta  tenlle,  sa  pasaioa 
anfiailiiie  ponr  toat  h»  qui  to«elM  è  l'anaée,  rûspoptance 
-qa'il  «Itaeiie  à  la  fongaew  d^n  éperon  ou  à  la  laiigiear  d'an 
beatonf  Êtraageyariétè  de  ^nptAmes  dont  la  cause  est  Ion- 
jours  la  même. 

Les  Busses  eia-mAioea,  bieB  qu'ils  n'aient  pas  Thi^itude  de 
.s'occuper «de  pareils  siyetfi,  s'^étonneni  que  leur  souverain  ait 
pu  tenir  cacbées  ses  qualités  acinelles  jusqu'à  l'époque  de 
.  son  avénefoent  au  txàae.  Le  gamd*duc  ne  laissa  jaaaaîs  devi* 
ner  l'empereur.  On  rendait  honuaagey  il  est  vrai»  à  la  mora- 
.lité  de  sa  vie  privée;  mais  son  fauneur  irascible  et  ses  ma- 
nières dures  et  brusques  éloignaient  de  lui  tous  les  individas 
dignes  oa  indignes  de  l'approcher»  et  il  A'était  en  réaliié  po- 
pulaire dans  aucune  coterie.  A.  peine  &it-il  proclamé  empe^ 
reur,  son  caractère  subit  la  révokiiion  la  plus  imprévue  qoi 
ait  jamais  eu  lieu  en  Russie.  Pénétré  du  sentiment  reUgieax 
de  .sa  responsabilité  et  de  sea  devoirs»  il  parvint  à  devenir 
d'abord  maître  de  lui.  Pour  apprécier  sa  modération,  il  faot 
avoir  été  i^lcpiefeîs,  témoin  des  accès  de  coltee  et  des  eoH 
portements  des  principaux  chefo  de  la  noblesse.  S'il  est  en- 
core trop  violent,  on  doit  du  moins  lui  savoir  gré  d'avoir  sa 
se  vaincre  <et  se  corriger  tai-mème  avant  d'entreprendre  les 
autres  ràformea  qu'il  se  proposait  d'aeeomplir. 

D'ailleurs,  on  peut  se  demander  ce  que  gagnerait  la  nation 
jQsae  à  .avoir,  dans  l'état  où  .elle  se  trouve,  un  souverain 
moins  rude.  Jasqu'â  ce  jour,  les  caars  -—  un  seul  excepté^  — 
oui  été  aupsi  barbares  et  aiussî  cenH)mpiis  que  leur  époque; 
mais  la  i>wté  intelligente  d'Alexandre  ie  bienrmmé  n'a-ipcUe 
pas.commÂs.aV(taAitd'erreutsque  l'entétament  souvent  aveugis 
ée  Nicolas?  Les  deuxfrères  se  dévouent  paiement  pour  leur 
peinas  ;  seulsmeiit  Tua  vmit  les  affranchir,  l'antre  essaye  de 
les  discipliner.  Le -caractère  d'Alesandre  a  quelque  chose  de 
chevaleresque  ei  de  chrétien;  son  suocessrar  ressemble  plotM 
à  un  bésos  païen  d'une  sévériié  inflexsîfale.  Alexandne  marcfae 
évidemment  enamnt  desonaiède,  aussi  il  m'est  pas  nalÂNMl; 


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£v  1841  ET  i8fcs.  ma 

Xicoha,  «9  cootrakc^'cieiBQare  le  ijpe  idéal  <!#  bo»  pei;4ple, 
le  rq)rteeBlaAt  le  plus  fidèle  de  ses  \wiw  et-de  jBes  «iieea. 
Cette  passion  pour  la  pompe  ibé&trak^  i^  earactériselaïuh 
tion  nisse^  Kk^las  la  pousse  jusqu'à  rextn»ra(^noe  ;  étomésèl 
fbaraiés  par  la  Candeur  ébloutssaote  de  sa  eour,  les- étran- 
gers n'aperçoivent  et  ne  devinent  pas  les  misérables  kadtaM 
que  3PeG0«vrent  ces  ornemeats  trompeurs.  Viotine  Imi-mème 
de  ce  système  de  par«de»  Terapereur  qoate  une  foi  avmigle 
^ux  decumeato  ofSiciets  qui  proclament  la  prospérité  <ton}o«EB 
croissante  de  Ten^pire.  U  «e  voit  pas  qa'^on  le  Irompe^^pie 
loûdemaroher  à  Ja  ièla  de  la  dviUâation  ^wopéeiiae»  la 
Russie  est  eacore  beaucoup  plus  arriérée  que  louies  les  At^ 
tiens  rivales  qu'elle  se  vante  de  précéder. 

Nicolas  a  d'excellentes  intentions  et  un  zèle  digne  des  plus 
grands  éloges  ;  mais  les  résultats  ne  peuvent  malbeureuse- 
neat  pas  répondre  à  ses  espéraflN»».  A  son  avènement  an 
trène  il  fonfta  le  projet--*- pins  aiséà  oonoevoir  qu'à  exécuta*.» 
—  d'exanuoer  par  l«»-mè«ie  les  dossiers  de  toutes  tea  afisirai 
cnmiBelles^  en  travaillant  vingt-quatre  heures  par  jour  àcette 
nide  besace,  sans  prendre  aucun  repos,  il  eàt  pu  oonsacnt 
deox  minutes  et  demie  à  l'examen  de  chaque  dossier.  U  vMÉ 
tout  voir  par  ses  propres  yeux,  et  il  passe  «ne  partie  de  sa 
vie  à  courir  d'une  extrémité  de  l'empire  à  l'autre  extrémité. 
Hais  qnel  profit  réel  retirent  ses  -sv^ts  de  ces  marches  for- 
cées? ne  dott-on  pas  regretter  de  voir  dépenser  inufileuïenl 
tant  de  temps,  tant  d'argent  et  tant  de  zélé?  Sans  doute  !es 
apparitions  soudaines  de  l'empereur  sur  les  points  les  plua 
reculés  de  l'empire,  le  mépris  qu'il  affecte,  conune  le  4ernj/9r 
de  ses  sujets,  pour  la  chaleur  et  le  froid,  Ja  fatigue  ai  laâiis^ 
eidlent  un  entbonsiasme  frénétique  parmi  les  tosseaelnsaei» 
et  ont  un  certain  retentissement  à  l'étranger;  mais  ses  t^yyie 
ges  n'ont  pas  d'autres  résultats.  H  n'approfondit  rien,  cm 
plutôt  il  ne  voit  que  ce  que  ses  courtisans  ont  intérêt  à  lui 
faire  voir;  craint-on  de  le  voir  arriver  à  Timproviste,  maia 
poar  quelques  heures,  ou  tieat  plus  â  jiaralire  dévoué  qu'àttiv 
véritablement  honnête. 


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Sb8  LA  BrSSIE  ET  LES  BOSSES 

—Enfin  les  abus  qu'il  aperçoit  par  hasard  et  qn'il  réforme 
par  ses  ukases  verbaux,  sont  déjà  rétablis  avant  même  le  rc- 
tour  des  chevaux  qui  l'ont  conduit  à  la  poste  voisine.  Malgré 
la  terreur  qu'inspire  son  autorité  absolue,  on  méprise  ses 
ordres,  on  n'exécute  pas,  ou  bien  on  excède  ses  instmc- 
tions  (1). 

Cependant  il  nous  est  impossible  de  refuser  notre  estime  à 
ce  monarque,  qui,  selon  l'expression  consacrée,  se  met  tn 
quatre  pour  ê<m  devoir,  et  dont  l'activité,  la  patience  et  la  ri- 
gueur étonnent  souvent  ses  soldats  les  plus  robustes.  Sem- 
blable à  Saûl,  il  domine  de  la  tète  tous  ses  sujets,  ou  phtôt 
il  mérite  d'être  comparé  à  son  prototype  Agamemnon  : 

Mnjeélically  tall, 
Towers  o'er  his  armics  and  ouUliines  ihem  al]. 

Sa  force  est  proportionnée  à  sa  taille.  Il  dort  dans  tous  les 
lits;  il  mange  de  tous  les  mets  ;  il  se  passe  même  de  nourriture 
et  de  sommeil.  Mesurant  les  forces  des  autres  à  ses  pro- 
pres forces,  il  fait  périr  de  fotigue  les  jeunes  nobles  attachés 
au  service  de  sa  personne,  qui  ne  sont  pas  aussi  robustes  que 
lui,  et  prolonge  la  vie  de  ceux  que  leur  embonpoint  menacr 
d'une  attaque  d'2qK>plexie. 

(t)  Mots  Dy  wtoACTiDa.  Le  capUaine  Sierliog  en  cite  un  exeBplefnp- 
jiant.  L'Uuivenité  de  Dorpai  était  injustement  persécutée  par  M.  Oot*- 
roff,  ininisire,  que  les  Russes  appellenl  le  Grand  Bavard.  Eofîo  le  léaf 
rable  baron  Bnining,  maréchal  de  la  noblesse  llvonienne,  se  reodit  à 
Saint-Pétersbourg;  admis  en  la  prifsencc  de  Tempercur^  il  déreodil  les 
droits  de  l'Université,  et  il  attaqua  M.  Ouvaroff  avec  autant  de  chaleur 
et  d'éneiigte  que  s'il  eût  harangué  ses  collègues  dans  l'hétel  de  vilk 
de  Berpat.  L'eoiperear  indigné  lut  promit  de  faire  restituer  ses  dfoiis  à 
rUalversité,  et  réprîmanda  vertemeat  son  ministre  de  rinsinietioQ  pu- 
blique. Les  habitants  de  Dorpat  qui  Avaient  traité  de  folie  et  d'impro- 
dence  la  conduite  héroïque  de  Bmning,  accueillirent  ce  vénérable  patriote 
avec  les  marques  du  plus  profond  respect  et  de  la  plus  vive  reconnais- 
nnce,  mais  le  ministre  de  Tinstruction  publique  refusa  d'obéir  aux  ordres 
formels  de  son  souverain,  et  personne  n'osa  dénoncer  sa  coadoite  i 
l'empereur. 


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Eic  IMl  ET  1848.  %a 

Sa  vigveor  corporelle  et  8on  insensibilité  morale  pro«- 
tégent  sa  santé  contre  les  dangers  qni  ont  détruit  la  con* 
stitation  trop  délicate  de  son  frère.  Nous  ne  croyons  pas 
qu'Alexandre  soit  nK>rt  assassiné;  le  poison  lent  du  désap- 
pointement avait  altéré  son  caractère  et  tari  en  lui  les  sour- 
ces de  la  vie.  Il  était  bon  et  doux,  il  devint  dur  et  injuste; 
les  derniers  actes  publics  de  son  règne  se  font  remarquer  par 
une  étrange  sévérité.  S'occupant  presque  exclusivement  de 
l'armée»  parce  que  tous  les  sentiments  tendres  devaient  se 
taire  devant  la  discipline,  il  lui  imposa  les  règlements  les 
plus  rigides,  comme  pour  se  venger  de  l'entêtement  stupide 
de  la  nation  russe,  qui  lui  rendait  le  mal  pour  le  bien  et  qui 
refusait  tous  ses  dons.  Ne  peut-on  pas  attribuer  aux  mêmes 
causes  la  manie  militaire  du  czar  actuel  ?  Cette  passion  fatale, 
qui  s'àcerott  sans  cesse  et  qui  devient  chaque  jour  plus  ab- 
surde, ne  semUe-t-elle  pas  nous  annoncer  l'imminence  d'une 
grande  catastrophe?...  car  elle  a  signalé  l'es  dernières  années 
des  deux  prédécesseurs  de  Nicolas. 

Dîflirent  en  cela  de  son  frère,  Nicolas  concentre  ou  du 
moins  oonœntreit  toutes  ses  affections  dans  le  cercle  de  sa 
famille.  L'impératrioe  actuelle,  la  première  fille  de  roi  qui 
monta  sur  le  trône  de  la  Russie  (1),  ne  s'est  jamais  mêlée  des 
affaires  de  l'état  ;  mais  ses  moeurs  privées  n'ont  pas  plus  épuré 
les  mœurs  de  ses  sujets,  que  ta  répugnance  de  l'impératrice 
Elisabeth  à  verser  le  sang  ne  les  avaitadoucies.  Sa  Majesté  n'a 
pas  songé  que  tout  ce  qui  est  un  péché  en  apparence  est  un 
péché  en  réalité,  et  qu'après  tout  il  vaut  beaucoup  mieux, 
dans  rintérêt  de  la  morale  publique,  laisser  le  vice  prendre 
le  masque  de  la  vertu,  que  de  permettre  à  la  vertu  de  folâ- 
trer sous  le  costume  du  vice.  Aussi  a-t-elle  donné  à  la  société 
russe  un  ton  de  frivolité,  qui,  en  en  imposant  à  un  obser- 
vateur superficiel,  dérobe  aisément  à  sa  vue  les  vices  et  les 
folies  de  la  majeure  partie  des  femmes.  L'impératrice  Cathe- 

(1)  NoTt  DU  BiSDACTiini.  Lt  611e  du  dernier  roi  de  Pratse.  L'opinisa 
publique  étoii  oppoiée  à  re  mariage. 


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m  LA  lowtE  iT.un  mSSSES 

wimllBt  rnBpàoAriee  MiiieUa»  ^tUMiMto»  l'iMtdbraiIre, 
«mailDinUiNil  pmrtaa*  sMft'Mrtajte  mpp  mi»g  i'«ae  a'awA 
qae  ëes  TÎcea»  Tantre  n'«<|ae  fa»  vBrtm.  Il^eepowlaiit,  «elle 

wl  aiisf8inDie»d»la&«aBi0  qee  oatte4|«t«v9i(i^Mi«tev«rti 
flMuaîmabk  ?CeHMi  a  èté|«stenie»t  Miuttle,  cell^là,pMr 
fwrkar  omame  .ShilwfM«i«v  »  fini  ytoww  Jbw  mugm  dMs  fe 
«fid.  »Oa  fimi  dîne,  csans  csbébAm  /d^tceawMié  de  patadase, 
ffpie  si  i'impàfiiirôe  acteoUe  était  aBOias  reiiliiewift,  ^oa  eaem- 
^  secak  amias  peraiiâeas. 

B  aérait  ietofs  «nia  d'atter  latiMMmr  ie  capiteine  leaae  i 
iSaîBCrBéioralioiarg;  anâs  araat  td'Mbetar  oiftta  élada  4ea  d»- 
«BiBes  otamsfis  ide  la  société  rnaaep  t|u'o«  aoua  panaetia  d'ac- 
fidader  au  noina  na  soureair  à  i'aamaaaa  ég\im  ndmaak* 
C'est  uae  abaardité,  --^  naus  dkoaa  |daa/-^c'asl  aaa  iiapiéké 
de  (Miétoarire  qm  lafeligioa  aatianala  doitaafiMN»  ei«advm 
à  râgaonoioe  lea  à  riadtfRraaea  àm  ^vp\m.  Lom  d!aToir  éAê 
un  obstacle  au  progrès,  rjSigliaeff0cqBea8ft.drivaKaar  «al(vé 
aes'naagefl  aupersiitieax  etaea  eénéiAoïnfa  paériies,  Mettaient 
fiiiKipcl,  rélénitaii  vnBoienA  laaiiafad  delà  dfttiaalâaii  obw. 
ftarnoasHiOiis tomtefbâa à consMor  cadatddaiiuiy  et  caàpaat 
«xnii>t.à  ncÉvadigraafiîoii,  eoaiâaaUlQa  aotie  aaaljvedaaiai- 
fmasîeaa  délayage  d«  eapUanM>an  deHâ-ecdde. 
-  A  peine  arrivé  à  fiaîaft^Pétenkoarg,  le  capifaine  Jesse  a 
«roula  s'assurer  par  lui-nièaveqaele  Aaid-Boeède  IL  Ifamj 
était  véeHeaieat  le  Toi  desiiiaéraîres  auglafa.  Ce  précieax  ch 
oérone  à  la  andn,  il  s'est  eaipresBé  4e  visiter  iea  laosn* 
flieata  pablics,  les  Cttrioaidéfi^  les  inslîtutioas  de  hi  cap^ak 
de  laRuiaie.  Au momcatoa  aoas  le retreu^noas,  fl  {nnetoui- 
tqfaittemenl  «n  escell^it  dgare  aar  le  imloaa  dHan  de  «s 
•aiais,  regardant  >de  èempa  en  teups  la  Neva  etsee  iieaax  qoais 
aileneiens  et  déserts.  Toutii  edop  aae  ealàehei  quatre  cfae- 
vanrx  traverse  le  pont  du  canal  et  s'anréte  devant  Ja  porte  de 
la  maison,  (c  Quel  est  ce  personnage  illustre  qui  vient  vous 
tendre  visile  àiuie.pareille:beare  ^.deaiaAde  je/ea^taiae  Jesse 
à  son  ami.  —  Cest  sir  A.  W.,  le  paenâer  wtidpmn  de  la  Kos^ 


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H  IMl  n  Mfca.  m 

sie,  liiîffépaad.lL  fi.  ;  URiOBedleai  bonne, tq«i  ntpmiwÊtmh 
quer  de  tous  plaise.  i»  A  fekmt  M^  €*  «otft^il  *9tdkmrè  om  fM^ 
rôle»,  que  les  <— iMtiqiflg  annoacèpent  m  A.  W.  Mkis 
Umommke  eapitaine  leMeTaoenterhiimitme  ta  eonrenafieii 
qoHl  e«t  avec  le  rieux  diîrnrgîen  écossais  : 

M*ètatit  rappelé,  dîl-îl,  que  sir  A.  W.  avait  soigné  Morcau  dans 
ses  derniers  moments^  je  me  hasardai  à  lui  faire  une  qucslion. 
«  Est-fl  vrai,  lui  demandaî-je,  que  lorsqu'il  apprît  qu'il  fallait  lui 
couper  sa  seconde  jambe,  il  se  tourna  vers  son  aide  de  camp  en  lui 
disant  :  Eh  bien  alors,  mon  cher,  un  autre  cigare?  —  Non,  mon- 
sieur, me  répondit  sir  A.  W.;  je  vais  vous  apprendre  la  vérité. 
Lorsqu'il  fut  blessé,  Moreau  élait  debout  près  de  l'empereur  de 
Bussie,  qui  accourat  immédiatement  à  son  secours.  On  le  transporta 
dans  nne  maison  voisine,  qui  se  composait  de  detn  étages  ;  les  on- 
dolattoRs  du  terrain  protégeaient  !e  rez-de-chaussée  contre  le  feu 
de  r«rtjHlêrie  française;  mais  plusieurs  béi^ts  vinrent  frapper 
letage  snpéi^ieiir  peniani  la  dauble  opération  qae  je  fus  Obligé  ée 
pmitqver. 

Dès4)<]e  j*etts  «xamittè  la  Uessiitei  jo  .recDpmuqae  TaiopiilaiiflB 
des  deux  jambesréiait  aécetfaipcr;  mais  je  n'aaiiotiçai  fias  oetteirisia 
nouvelle  au  général.  Après  l'avoir  pcéventi  -que  naus  élioas  /avoéi 
de  lui  coaper  «oe Jambe,  n«us  commençAmes  au|ûtèt  Topéraiiont 
et  il  la  suppoi^ta  avec  un  grand  courage.  Alors  seulement  je  lui 
déclarai  qi»  «oas  l'avions  condamaé  à  perdra  aussi  Tautre  jaoibe. 
11  B'èUil  BttlkffaeQt  prâparé  à  œ  cai|p  UrcîUe,  et  ii.  s'écria  .«m 
une  certaine  émotion  :  a  Ah!  mon  cher  éoelear,  ponrqaei  lae 
m'arez-voiis  f  ^s  4it  cela  plus  tôt?  Mon  Dieu  1  )o  aérai  ua  niofis4fe  ! 
oai,  u&iDoofUe.!  »  Puas  il  ajaula  d'une  voix  toeote  phis  aBÎmée  : 
»  Ah  1  ce  Uenaparie,  il  est  toaj^)ui«  tusarrua,  il  a  toujours  du  ban- 
heur.  v|'ei6a|'ai«de  le^calmer.  «  SojreeraifiAanable^BHai'ipénérai»» 
lui  disais-je.  11  me  pria  alors  de  ne  pas  perdre  un  inslanâ,  et  sam 
ajosbler  une  seule  par4>le,  saas  f^oaaser  un  seul  sourpir^  il  supporta 
oeite  saeoade  opéraliou  awc  une  patience,  un  coarage,  une  rési- 
gnation vraiment  admirables  ;  mais  il  ne  fuma  pas.  Quand  ramafe 
baUk  fio  rebsaite,  l'emfereur  donna  à  Moreau  une  escortede  oeat 
ooaaquaa;  eea«olda(s  iejponèreataur  «ae  Utiiiw.JU avait  oiie4eifa 
firayeiarideitaalMr  e&tia  les  aiaias  deNai^an,  qiieiâan.qM;llt 


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S53  LA  R08SIB  Et  LES  RUSSES 

QD  temps  affreux,  il  ne  Toulat  |nis  qu'on  ribaudoniiit  atec  an  ne- 
dacio  dans  ua  des  Yillages  que  rarmée  trarefsa. 

Ja  le  Tîs  le  lendemain  malin  ;  malgré  toutes  les  émotions  et  h 
fatigue  qu'il  avait  éprouvées,  il  élait  dans  un  état  fort  salisfoituit. 
Mais  pendant  la  soirée,  ou  le  lendemain,— je  ne  puis  rien  affirmer, 
^il  reçut  la  visite  du  prince  M.  et  du  duc  de  **\  qui  passaient 
parle  camp  pour  se  rendre  à  Vienne.  Ils  s'entretinrent  ensemble 
de  rélal  de  TËurope  et  de  la  position  des  armées  belligérantes.  A 
la  suite  de  celte  conversation,  beaucoup  tnip  excitante^  la  ficTre 
se  déclara...  Vous  savez  le  reste.  «  Ah!  mon  cher  monsieur,  ajoaU 
en  terminant  M.  A.  W.,  Moreau  éuil  un  grand  homme,  et  Vcm- 
pereura  été  trcs-aiïligé  de  sa  mort.  » 

Le  capitaine  Jesse  a  consacré  plusieurs  chapitres  à  rhisloire 
de  rarmée  russe,  depuis  sa  création  jusqu'à  nos  jours.  11  nous 
donne  des  renseignements  curieux  sur  les  sirelitzs»  les  for- 
tifications de  glace,  les  cosaques,  la  solde  des  officiers  et  des 
soldats,  les  moeurs  militaires,  le  système  de  recrutement,  etc. 
Nous  recommanderons  surtout  à  ceux  de  pos  lecteurs  qui  culti- 
Yent  Fart  de  la  guerre,  le  fiameux  catéchisme  de  Souvrarow,  que 
le  capitaine  Jesse  a  pris  la  peine  de  traduire;  mais  nous  ne  pou- 
vons résister  au  désir  d'en  citer  quelques  fragments.  Le  héros 
d'ismaïlest  censé  s'adresser  à  ses  soldats,  à  la  tète  de  rarmée: 

— Les  talons  rapprochés,  les  genoux  droits  :  un  soldai  doit  se  tenir 
comme  une  lanee.  Je  vois  le  quatrième,  je  ne  vois  pas  le  cinquième. 
Gardez  bien  vos  distances. 

—  SoldaU...  faites  feu  rarement,  mais  à  coup  sûr.  En  avant  avec 
la  baïonnette;  la  balle  s'égare,  la  baïonnette  ne  s'égare  jamais;  ^ 
balle  est  un  fou^  la  baïonnette  un  héros.  Poignardez  le  premier, 
poignardez  le  second,  poignardez  le  troisième.  Un  héros  doit  poi- 
gnarder sa  demi-douzaine. 

—  Si  trois  ennemis  vous  attaquent,  poignardez  le  premier,  (ailes 
feu  sur  le  second,  et  débarrassez-vous  du  troisième  d'un  coup  de 
bàionnelte. 

—  Nous  tirons  à  coup  sûr,  nous  ne  perdrons  pas  une  balle  sur 
trente;  rartillerie  ne  perd  pas  une  balle  sur  dix.  Sivousvoy^i 
l'artilleur  s'apprêter  à  mettre  le  feu,  préetpltes-vous  à  l'iostant  sor 


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EN  1841  ET  18ia.  25S 

s«  pièce,  le  boolet  passera  au-dessus  de  voire  tète.  Les  canons  tous 
appartiennent,  les  ennemis  aussi  ;  renversei^Ies  sur  le  Iteu  meniez 
poursuirei-les,  polgoardez-les,  faites  quartier  aux  autres  ;  c'est  un 
crime  de  tuer  sans  raison,  ce  sont  des  hommes  semblables  à  tous. 
Mourez  pour  Tbonueur  de  la  vierge  Marie,  pour  Totre  mère  (i), 
pour  toute  la  famille  royale.  L'Eglise  prie  pour  ceux  qui  meurent, 
et  ceux  qui  surTÎTcnt  ont  des  honneurs  et  des  récompenses.  No 
toormcnlcz  pas  les  habitaiits  pacifiques,  ils  nous  donnent  i  manger 
et  à  boire.  Le  soldat  n*cst  pas  un  voleur,  le  butin  est  une  chose 
sainte;  si  tous  prenez  un  camp,  il  est  à  vous  ;  si  tous  tous  empares 
d'une  forteresse,  clic  tous  apparlienl.  A  Ismall  les  soldats  se  par*  ' 
tageaieot  Tor  et  Targent  par  poignées.  Mais  ne  pillez  jamais  sans 
ordre.  ^ 

La  garnison  de  SaintrPétersbourg  forme  à  elle  seule  un 
cinquième  de  la  population  ;  mais  en  Russie,  la  force  année 
ne  rend  en  temps  de  paix  jaucun  service  à  l'état.  Aban-> 
donnée  à  ses  propres  ressources,  la  police  est  trop  foible, 
trop  molle  ou  trop  compatissante  pour  arrêter  les  voleurs. 
Aussi  les  crimes  contre  les  propriétés  se  multiplient- ils 
en  Russie  dans  la  même  proportion  que  s'accroissent  les 
chances  d'impunité.  Jamais,  lorsqu'on  a  le  malheur  d'être 
volé,  on  ne  fait  sa  déclaration  à  la  police  ;  car  ses  recherches, 
si  elle  se  décide  à  en  entreprendre,  sont  toujours  infructuen-* 
ses.  Des  personnes  bien  informées  ont  affirmé  au  capitaine 
Jesse  que  les  filons  qui  avaient  les  moyens  d'acheter  leur  li- 
berté, échappaient  toujours  aux  agents  chargés  de  les  ponr^ 
suivre  ou  s'éTadaient  de  prison  dés  qu'ils  étaient  arrêtés.  Les 
chefs  de  la  police  russe,  qui  touchent  de  trés-faibles  appointe-^ 
ments,  amassent,  comme  tous  les  autres  employés,  des  for- 
tunes considérables. 

Autant  la  police  publique  ft:;  montre  faible  et  bienToillanle, 
autant  la  j^ce  secrète  est  forte,  sévère  et  redoutée;  le  con- 
seil des  di)t  de  Venise  ou  Tinquisition  d'Espagne  n'araienl  pas 
des  espions  plus  habile».  Gomme  le  Atmeux  solitaire  de  M.  le 

(1)  L'impératrice  Catherine. 


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m  LA  ROMSt  B  US  BUSES 

Ticomte  d'ArUnc;Qiiiiv  «Ue  voit  tout,  elU  «uUiihI  Iou^  elle  est 
paxlottt,  àm^l^  p^Lv»*  iopérûàus,,  daii^Us«akiiis  d«i  iieUes» 
dMB  les  cftbftAe»  deaserfe»  flooa  U  teBta  deaflèiiteiwL  et  sur 
It  gtMané  dfsniètBméa  vaineHi  amiiaft^. dans* les  chambres 
des  casenre»  oseona  feapoats  des  aa*im,  datiû&ns  lascoap- 
ieers  des-  tnardiaiidïs  dans  fe»  hôtels,  dam  Flnlértear  des 
Toitures  puMiques ,  aux  fRéJMres,  amr  promeimdesv  dans  les 
égitses.  "Personne  ne  peut  se  sonsftram;  S  sa  survtpiliance,  nul 
n'est  â  Tabri  de  ses  persécutions.  Elle  est  aussi  absolue  qne 
bien  înforifiée  ;  son  caprice  fait  sa  Toi.  Malheur  â  celui  qui  a 
seulement  excité  ses  soupçons  ;  il  se  voit  arrêté,  enaprîsonné, 
banni,  sans  savoir  pourquoi,  sans  pouvoir  obtenir  justice,  sans 
même  oser  se  plaindre.  Parmi  les  exemples  que  cite  le  capi- 
taine Jesse  de  ThabileDë  et  da  pouvoir  da  la  police  russe,  nous 
ehpi6iron6  le  suivant,  qui  nous  paraU  caractéristique  : 

lly  s  quelques  années,  l'amlïa^BadQur  d^  Suède  ajant  reocontté 
dans  la  rue  le  Benkendqrf  de  cette  çpaque,  lui  deçianda,  au  miliea 
de  la  conversation,  s*ii  n«  connaissait  pas  un  Suéiois  arrivé  tout 
récemment  dans  la  capilalc,  dont  il  ignorait  le  nom,  mais  dont  it 
luf  dpnnait  fc  signalement.  «  Je  prendrai  des  informations,  »  ré- 
pondît le  directeur  de  la  police  prfs  au  dépourvu.  Trois  seoroines 
après,  une  nouvelTe  rencontre  a  Tieu.  «  Ah  r  bonjour,  dit  le  mon- 
cftard  k  l*ambassadetrr;  Je  sut? charmé  dte  vous  voir;  if  y  a  quinze 
jbtrnrqtie  totrcf  homme  est  en  prison.  -^  Hèn  homme!  ii'écrie  le 
diplimiate  sta^fait;  maiff'qael  homme?  -^  Gtfvi  dent  tous  nV 
w  parlé  il  y»  trois  semaines,  ea  me-dovomt  êoa  signafeneot,  ré- 
fti^uaaao.Bilcriûeuiear  naa  meia&éaMMié.  IMc éèairka*vo«s  pas 
qil'eiilefîiafliétcff^ 

L'ouvrage  du  capitaine  Jesse  pourrait  .eaooie  noos  fournir 
u)^a  foule  de  fait». cpi^ew  codooqraant  les  OMpur^  privées  des 
l^Hi^^;.9^iajM)«i^,ner  lu  empruaterow  plus  qu'une  senle 

M.  J.  6.  KoWv  jurait  1»  dsoU  d^nooft.  w^oper  de  partialité  si 
nous  le  traitions  moins  favorablement  que  notre  aimable  et 
spirituel  compatriote. 


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m  1»1  n  181». 

JeflMpiMMMâs'W*  joar,  dit  le  «ipilate  tam,  Mtctm  { 
russe  ;  pendant  que  nous  caunoos,  «v  homme  pâte;  «iM%rt  et 
couvert  de  haillons,  vint  nous  demander  laumône.  Mon  compa- 
gnon, touché  de  pitié,  prît  aussitôt  dans  sa  bourse  cinq  kopecks, 
qu'il  offrit  à  ce  malheureux.  Mais  celuL-cî,  oubliant  qu'il  s'adres- 
sait à  un  Bosse,  le  remercia  d'avance  dans  sa  langue  maternelle^ 
c'est-à-dire  en  polonais.  «  Ah  I  tu  es  Polon,ais  !  s'écria  le  gnnérat,  ef 
remettant  immédiatement  son.  aumône  dans  sa  poche,  il  ajouta  r 
Alors  va  crever  plus  loin,  chien  !  (1}  » 

L'eiMeiitiide  mîAstiaiiae  de  leurs  des«sip4ions  a  fait  coib|a«  ^ 
rer  cpMiquet  éctÎTaiiMi  à  certaiM  peintres  flamaoia  cm  hok^. 
bndmo,  tels  «pie  Mîerw,  Van  Steen,  etc.  Mats  Tosyrags  de. 
M.  KoMsttr  Saîift-Pétersboofj;  n*esf  rien  moifia  cpie  ie  da^wm' 
réoiype.  En  efiet,  M.  Kohi  a  tenu,  chose  rwe,  toates*  les  prio»* 
flsesses  de  son  titre  :  Petershurf  %n  bildern  und  êkizten^  TV 
bleaut  et  esquisses  de  Saint-Ktersbourg  (2)'.  IT  nous  repr**-* 
sente  avec  une  vérité  et  un  talent  qu'on  tenterait  vainement* 
d'égaler,  la  capitale  actuelle  de  la  Russie  telle  qu'elle  est,  telle 
qu'il  Ta  vue  en  toute  saison^  à  toute  heure  du  jour  ou  de  ta 
noU,  sous  tous  ses  aspects.  Il  nous  montre  sa  population 
dans  toutes  les  circonstances  de  la  vie,  depuis  le  baptême  de 
l'eafant  aûinceau-né.  jusqu'aux  funérailles  du  vieillard  qui^ 
vient  de  mûucir.  Lea  Russes  eux-mêmes  liront  les  sept  ceats^ 
pagfeade  ce  gnro6  volume  iB*8P  avec  plua  d' intérêt,  plua  d'aviditiii 
qoe  Is  aatraa  uttions  de  l'Europe.  Gtand  serait  soif e  aoH 
bnrras  si  nous  éliona  obligé  de  faire  «n  oboci  dana  «  préN^ 
cietti  trésor  car  toutes  les  pièces  qui  le  composent  ont. «m 

.  .1 

(1)  TfoTB  DO  aéDACTEUR.  Certains  nobfdâ  polonais  rèdcu^etit  Xtl^ttAetii 
pour  leurs  enfants  les  dangers  auxquels  les  exposerait  la  bomiafteiameer  A& 
leur  langue  maternene,  qoTfls  les  envoient  dés  leur* bas  âge  à  Odessa  W 
daitf  d*atttrtf  tflfeséfoilsnéev  dans  lesqaeRes  tfs  ne puisveiif  jaèMM«»> 
tendre  prononcer  un  seul  mol  de  polonais. 

(2)  Cet  ouvrage  vient  d'être  traduit  en  anglais  sous  le  litre  de  la  Ruiii9 
et  ta  Rum»  en  1812. 


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3S6  LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

valeur  égale.  Cependant,  pour  jusiiier  nos  éloges,  nous  en 
citerons  au  hasard  quelques  fragments  : 

i^ucuRe  capitale  moderne  ne  peut  se  vanter,  comme  Saînl-Pé- 
térsbourg,  d'être  presque  entièrement  compo  ée  d'édifices  el  de 
palais  gigantesques.  Les  habitations  de  la  clause  pauvre  y  ont  elles- 
mêmes  un  air  de  grandeur.  On  y  remarque  plusieurs  bâtiments 
qui  renrerment  des  populations  entières.  Ainsi  le  palais  d'hiver 
compte  G,OÛO  habitants,  Thôpilal  militaire  4,000,  Thôpital  des  en- 
fants trouvés  7,000  ;  certaines  maisons  particulières  rapportent  à 
leurs  propriétaires  des  revenus  supérieurs  à  ceux  d'une  province. 
Qadques-unes  se  louent  50,000  et  100,000  roubles  par  an.  J'en 
citerai  une  dont  le  rer*de»cbausséc  contenait,  outre  un  immense 
baiar,  un  nombre  considérable  de  boutiques  occupées  par  des  Al- 
lemands, des  Anglais  et  des  Français  ;  deux  sénateurs  et  piasienrs 
familles  très-riches  habitaient  le  bel  étage  ;  au  second,  il  y  avait  une 
institution  très-renommée  dans  la  maison,  des  académiciens,  da 
professeurs,  des  maitrci  de  musique  et  de  danse  ;  enfin,  dans  an 
arrière-corps  de  logis  se  trouvaient  réunis,  avec  une  foule  de  gens 
sans  nom,  quelques  généraux  retires,  des  majors  et  des  colonels 
un  prèire  arménien  et  un  ministre  allemand.  Si  la  ville  de  Saint- 
Pétersbourg  périssait  tout  entière^  et  si  cet'e  maison  restait  seule  de- 
bout au  milieu  des  ruines^ses  habitants  formeraîentencore  une  société 
politique  complète  dans  laquelle  tous  les  rangs,  depuis  le  preoter 
consul  jusqu'au  plus  humble  licteur,  seraient  représentés.  Lors- 
qu'un semblable  bâtiment  esldétruit  par  le  feu, deux  cents  familles 
font  banqueroute  en  même  temps.  Il  faut  «voir  une  patience  sur- 
humaine pour  chercher  un  locataire  dans  une  maison  de  SaintPé- 
lersbourg.  Demandez-vous  une  adresse  à  un  agent  de  police  sta- 
tionné à  une  des  extrémités  de  cette  maison,  il  vous  répond  avec  un 
imperturbable  sang-froid  qu'il  n'en  connaît  qu'un  seul  côté.  Deux 
individus  qui  demeurent  sous  le  même  tuit  sont  quelquefois  logés 
à  une  telle  dislance  l'un  de  l'autre,  qu'ils  n'oseraient  pas  se  donner 
le  litre  de  voisina;  enfin  un  voyageur  a  eu  raison  d'afûrmer  que 
cbaqne  maison  de  Sainl-Pctersbourg  èlait  une  véritable  petite  ville 
de  province. 

Tous  ces  palais  et  tous  ces  édifices  gigantesques  reposent, 


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m  i8U  ET  18^2.  257 

—personne  ne  l'ignore,  —  sur  des  fondations  mal  assurées,  et 
peuvent  être  d'un  instant  à  l'autre  détruits  par  les  éléments; 
mais  M.  Kohi  nous  donne  des  détails  curieux  sur  les  dangers 
qai  menacent  sans  cesse  la  cité  impériale  : 

<  Le  golfe  de  Finlande,  dit-il,  s'étend  en  ligne  droite  à  l'ouest  de 
Saiul-Pélersbourg  sur  sa  plus  grande  longueur;  les  vents  les  plus 
violents  viennent  toujours  de  Toaestet  refoulent  directement  con- 
tre la  YÏlIe  les  eaux  du  golfe.  Si  le  golfe  était  large  en  cet  endroit, 
il  n'y  aurait  aucun  danger  à  redouter  ;  mais  malheureusement  ses 
rives  se  resserrent  à  peu  de  distance  de  Saint-Pétersbourg,  qui  se 
trouve  bâtie  à  l'eitrémité  la  plus  reculée,  où  les  eaux  sont  enfer- 
mées dans  la  baie  étroite  de  Gronstadt.  D'un  autre  côté»  la  Neva, 
qai  coule  de  l'est  à  l'ouest^  verse  en  ce  lieu  même  ses  eaux  dans  le 
golfe,  et  lutte  sans  cesse  contre  les  vagues  furieuses  refoulées  par 
les  vents  d'ouest  dans  une  direction  diamétralement  opposée  à  son 
cours.  Les  îles  du  Delta  de  la  Neva,  sur  lesquelles  reposent  les  fon- 
dalioDsdes  palais  de  Saiol-Pétershourg,  sont  singulièrement  plates 
et  basses;  du  côté  de  la  mer,  elles  disparaissent  complètement  sous 
les  eaux,  et  leurs  points  les  plus  élevés  et  par  cons('quent  les  plus 
peuplés  ne  dépassent  que  de  13  ou  14  mctresla  surface  du  golfe. 
Si  la  mer  montait  de  5  mètres  seulement  au-dessus  de  son  niveau 
ordinaire^  elle  inonderait  toutes  les  rues  et  toutes  les  places  de 
Saint-Pétersbourg;  si  elle  montait  de  10  mètres,  elle  engloutirait 
en  une  journée  les  500,000  habitants  de  la  capitale  de  la  Russie. 
Une  semblable  catastrophe  est  toujours  imminente.  11  suffirait,  pour 
qu'elle  arrivât,  qu'un  violent  vent  d'ouest  soufflât  au  printemps, 
pendant  les  hautes  marées  et  au  moment  même  de. la  débâcle.  Les 
ilei  de  glace  de  la  mer  seraient  lancées  à  terre  et  viendraient  heur- 
ter celles  du  fleuve.  Dans  ce  grand  conflit  de  ces  terribles  puissan- 
ces de  la  nature,  tous  les  palais  et  toutes  les  fortifications  de  cette 
capitale  extraordinaire  disparaîtraient  en  poussière,  et  la  ville  en- 
tière, avec  tous  ses  mendiants  et  tous  ses  princes,  périrait  sous  les 
flots  comme  Pharaon  dans  la  mer  Rouge.  Les  habitants  de  Saint- 
Pélcrshourg  songent  souvent  avec  effroi  à  ce  danger  qui  les  me- 
nace; mais  ils  espèrent  que  ces  trois  ennemis,  le  vent  d*oucst,  la 
baate  marée  et  la  débâcle,  ne  parviendront  jamais  à  unir  leurs 
5«  SÉRIE.  —  TOME  XII.  17 


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25&.  LA  RII68II;  EST  UBB^IIWSES 

efforts  pour  les  p/erdrec^Heareiuein^Dl  on  comrtteisoiiaihUrqwaice, 
espèces  de  yen  t. 

»  Si  les  anciens  habilant&dos  Iles  de  la  Neva.araievli  JèguéJewi. 
obscr valions  à  leurs  desccndanls,i  nous,  saurions  à  p^u  p/ès  com-r 
bien  de  fois  une  telle  combinaison  peut  avoir  lieu  durant  l'espace 
de  mille  ans.  En  somme,  nous  ne  serions  nullement  étonné  d'ap- 
prendre  qu« Séint-Pèiersfaburg,  qui  a  snrgiH(mt  à  coup  comme  ud 
binllbotraéféère  dutnifiéu  des  marais  dé  la  FfnMnde,  a  disparu 
enoore'plA»  premptemeot' Q'6e^éu  Ist  protège!  » 


Tous  4e&itravM&\.dd8tboiMiM&ne4KiaBrraieaft^  pas^pvèrenr* 
iuei6einM«Ui>oalaBMtt^Qâi:{)ale<to«jo««^  il  esterai'»  àé^i* 
co«Btoux^i9iidfrfio«v«He8dtBiie9<e4d6fimireaiir  canavr;  mais' 
les  dhrer8efr*tenlâtiy«»^ttitèe'piMirmettfe'ces  grande  projetsi^ 
exéeirtioB'  n^oaA'  serri  ^qu'à^  démontrer  leur  inutilité.  Saint- 
PMefvbbwg'  n'essaye  phn  nnéme  dé  se  défendre  contre  lès- 
iorvasioBB  det^eTedôotaUe  ennemi  qui  la  menace  sans  cesse; 
elle  se  contente  dé  prendre  dès  mesures  dé^prudence,  et  de 
s'apprêter  à  fuir  devant  lut,  s'ilpaiaissait  vouloir  la  contrain*. 
dre  jamais  à  lui  céder  définitivement  la  place  qu'elle  occupe 
àl'embouchure  de  la  Neva.  Les  eaux  idu.  fleuve  sfélèventidles- 
au-dessus  du.  niveau  ordinaire^, de  maoièie.à  caasar  das  loi 
qpiétudes  sérieuse6,.,on^ tirale  caoon ide. rAmiraDië , et, (mt 
ad30se.attsaitôt.de8.tsignaux.rsiBb  toiiteftdes^ovfBtJDi&qfteit? 
crue'.aiigpeBie^  o»itireiu* conpide  oiummi d'faÉiirefe»>ha8ns 
Q«aQdles:eamfiiBonléaÉrJes^ii«ffllen-lés<pltt»te»^  lés-coups 
da  oaniMi'Se  sBOoéflMit  d»«qiiHne'nMiiiités  en  quinze -mîmites;^ 
eflfih^  lopsq«er4eKiftiigw  siaecitrtfyMÀrsqaela^H^dfè-mèine- 
setrouve'Qtteîfité,  de  cniq^nriBiités  en*  cinq-mimites;  eti  là 
demiéro  extrémité,  dé  minute' en  minuté. 

M.  Kofal  ratonteensuite  dans  tous  ses  détaOà  là  grande 
inondation  dû  17  novembre  iSSh)  là  p)us  terrible  de  toutes 
celles  dont  Saint-FéCersbour|[  ait  g^rdé.lè  cruel  souvenir. 
Les  eaux  montèrent  si  doucement,  et  si  innocemment  (im^' 
ehuUig]^  qna  les  habitants  des  quartiers  éUugpés^  n^'enteodani 
p^.Ie  canon  d'alaiane,  naMConçureat  aMona  orwt^^eiioattf 


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m  IWi  Ef  ISttV  299^ 

timèrMit  *d6'  se  Imer  à  lèufB  *  itarraTrx;  Plftstèfurs-^miniérs  de- 
ces  maMiteiircttX'  payèi^nt'  de  lèar  vie  cette  fatale  sécurité. 
Iffiiisdèè  qaelèfnnine  etttpn'is'eii  quelque  serte  possession 
de  la  ville,  il' devint  aussi  terriBlé  qu'il  s'était  montré  ju9- 
qn*alors  inoffënsiritbndà  furieux  par  un  .violent  vent  d'ouest, 
il  se  répand  comme  un  torrent  débordé  dans  toutes  les  rues. 
II  remplit  les  caves  et  les  rez-de-chaussée  de  toutes  les  mair? 
sons;  il  sort  en  colonnes  jaillissantes  par  les  .ouvertures  des 
égpats;  et  augfnentant  de  minute  en  minute  de  .force  .et  de. 
volume^il  entraîne,  dans  aon.cour&  taiiies.le&  voitures,  qu'il 
reac(Hitrei  Malb6ur«attx.co6Ws.qi^;e86a](eat'da.saiaver  leurftf 
cheTaiizi  *ilft..pénssMiiia¥60kettK^ii.  milîeinde»  eBu.  .PartetiK 
les.mais»nas'éccoiri6aft;x3eUe0*qiiii8#Btf  ooifltniiM6r«itopietTe: 
dfetaîUe  ngrf^iiiyf  t*pi»>  rériiÉoBam  seconge»  qi['eiles''reç(m- 
veaM^  GrikeiC|iiîwia*ibâiie»9eB  bbîsy  ameÉcbèeR'àdtiird 'fendis 
ti«nyitellMtdatis4«»T«eftet  sorfesçla^deBftolfliqaee^ivectôus^ 
leors  bobilànto.Des  b^nmifts^etdèsfênmies,  swrpris^par'nhon^ 
dâlioB,  se  rèMgpent^uf 'lés branctibs dès'arbres  dès  squares.  Oh 
est  obKg6'dè*fàire*nroiitër'au  second  étage  les  chevaux  et  le 
bétail  qu'on  est  parvenu  à  sauver.  Personne  ne  peut  quitter  le 
lieaoù'irse  ttouve.  Pliis  d'un  père  ignore  le  sort  dé  ses  en- 
&nts  ;  plus  d'ùa  mari  est  séparé  de  sa  femme.Cependantles  eaux 
s'élèvent  toujours,  ei  la  nuit  vient.  La  ville  inondée  demeure- 
plonge  dans  l'obscurité  la  glus  profonde  ;Jac.lunei  a'éclaira» 
même  pas  cet  effrayant  tableaui  Après  ^voir  monté  pendant  i 
vingt-quatre  heures,  les  eaux  s'abaissèrent  ;  alors  seulement 
OB  oottnit  tenlei  rétondoMkt  ésBs  dtautÉeéx  dée  roM*  eaèièrèe 
s'étaÛBt  éùtasiàm^  plmùmaxw'.miliiusû^èlxtsbamÊim  araient. 
pin;  lap0rtéHoUk(fD*eo«nB«olûOi,O6Q,(M»1derMblë6veavf^' 
r(ttiâfr,O0(M)M^ti«6ÎHies.Ik>iir(Doaib^  lee  emr^ 

enseTBlkaaV^di|>oBèiMifiBrftDatKmt«Hicbe  deftaowdi»iit4èft> 
exbaliMOBs  fSUteengttMirènfisttxim'softeïde'miiiiiâi^tpeftti^ 
lenUeUetfiÉieKefçaadÉ^giuidteavvv^ 
La  'Ifw«>eBiipaiinMi.HoU  (oa  eiij^uépvisalyle^d'étudi»» . 


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260  LA  BUBSIE  ET  LES  RUSSES 

enreloppée  dans  un  manteau  de  glace  ;  ce  n'est  qu'au  milieu  d'avril 
que  les  eaux  deviennent  assez  chaudes  et  assez  fortes  pour  briser 
les  murs  de  leur  prison  d'hiver.  On  attend  ce  momoit  avec  la  plus 
Tive  impatience^  et  dès  que  les  glaçons,  séparés  les  uns  des  autres, 
descendent  à  la  mer  et  permettent  à  une  petite  barque  de  naviguer 
sur  la  surface  unie  du  fleuve^  des  coups  de  canon  tirés  de  la  forte- 
resse annoncent  cet  heureux  événement  à  tous  les  habitants  de  la 
ville. 

3»  Aussitôt;  quelle  que  soit  l'heure  du  jour  ou  de  la  nuit,  le  com- 
mandant de  la  forteresse,  en  grand  uniforme  et  accompagné  par 
tout  son  état-major,  se  rend  au  palais  dans  une  gondole  richement 
décorée,  porteur  d'un  magnifique  verre  de  cristal  rempli  de  Van 
de  la  Neva,  qu'il  ya  offrir  au  czar  au  nom  du  printemps  et  du  dieo 
du  fleoye.  Admis  en  la  présence  de  son  souyeraiq,  il  lui  annonce 
que  l'hiver  vient  de  finir  et  que  le  fleuve  est  rendu  à  la  navigation. 
Désignant  ensuite  de  la  main  la  gondole  amarrée  au  quai,  —  le 
premier  cygne  flottant  sur  les  eaux»  —  il  présente  à  l'empereur  le 
verre  de  cristal  rempli  d'eau  de  la  Neva,  et  Sa  Majesté  le  vide  im- 
médialemeul  à  la  santé  et  à  la  prospérité  de  sa  capitale.  C'est  le 
verre  d'eau  le  plus  cher  qui  se  boive  sur  toute  lasurface  du  globe, 
car,  selon  un  ancien  usage,  l'empereur  le  rend  plein  d'or  à  celui  qui 
le  lui  a  offert  plein  d*eau.  Autrefois  on  le  remplissait  jusqu'aux 
bords  de  pièces  de  ce  précieux  métal  ;  mais  chaque  année  IcsTerrcs 
augmentaient  de  volume;  l'empereur  voyantqu'il  avait  toujours  une 
plus  grande  quantité  d'eau  à  avaler  et  une  plus  forte  somme  h  payer, 
déclara  qu'il  ne  donnerait  désormais  que  200  ducats,  prix  impé* 
rîal,  après  tout,  pour  un  verre  d'eau.» 

Cette  débâcle  si  désirée  se  feit  longtemps  attendre.  D'abord 
de  larges  trous  se  forment  de  distance  en  distance  sur  la  sur- 
face glacée  de  la  Neva,  qui  se  couvre  partout  d'une  lé^re 
couche  de  neige  fondue  et  malpropre.  Aucun  tratneàu,  aucun 
piéton  n'ose  plus  se  hasarder  à  travetser  le  fleuve  :  chacan 
est  impatient  de' voir  disparaître  cette  horrible  croûte  de 
glace  désormais  inutile.  Cependant  des  semaines  entières  s  è- 
coulent;  le  temps  est  doux,  le  soleS  cfaand,  et  la  débàdena 
pas  lieu.  Une  forte  averse  produit  plus  d'eifet  que  trois  jour- 
nées de  chaleur.  Quand  Teau  qui  recouvrait  la  ^ace  dispa- 


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EN  181^1  ET  1»2.  261 

ratt,  on  commence  seulement  à  concevoir  des  espérances  et 
des  inquiétudes  :  c'est  an  signe  que  la  glace  se  détache  des 
rivages,  et  qu'elle  est  percée  d'une  infinité  de  trous,  à  travers 
lesquels  Teau  se  fraye  un  passage.  En  général,  la  déb&cle  a  lieu 
entre  le  18  et  le  26  avril  ;  le  plus  souvent  le  18,  c'est-à-dire 
dix  fois  en  un  siècle.  Jamais  la  Neva  n'a  été  débarrassée  de 
ses  glaces  avant  le  18  mars;  jamais  elle  ne  les  a  conservées 
après  le  12  mai.  Elle  se  prend  vers  la  fin  de  novembre,  pres- 
que toujours  le  20,  c'est-à-dire  neuf  fois  en  un  siècle.  Enl8269 
elle  ne  s'est  prise  que  le  26  décembre,  et  en  1801,  elle  était 
déjà  arrêtée  le  28  octobre. 

La  débâcle  de  la  Neva  dure  à  peine  douze  heures  ;  mais  leur 
fleuve  rendu  à  la  navigation,  les  habitants  de  Saint-Péters- 
bourg ne  sont  pas  délivrés  de  leurs  inquiétudes.  II  faut  en- 
core que  les  énormes  masses  de  glace  du  lac  Ladoga  traver- 
sent la  capitale  de  la  Russie  pour  se  rendre  à  la  mer.  Le  lac 
Ladoga,  qui  est  situé  dans  l'intérieur  des  terres,  et  qui  se  dé- 
verse dans  la  Neva,  n'a  pas  moins  de  quatre  cents  milles  car- 
rés. Souvent,  durant  les  plus  belles  et  les  plus  chaudes  jour- 
nées du  printemps,  le  voyageur  surpris  aperçoit  tout  à  coup 
ao  milieu  des  flottilles  de  barques  qui  sillonnent  les  eaux  de 
la  Neva,  descendre  majestueusement  une  île  de  glace  du  lac 
Ladoga,  entraînant  avec  elle  les  débris  d'un  traîneau  de  pay- 
san, ou  le  cadavre  d'un  cheval  tué^par  le  froid. 

Les  Russes  font  une  énorme  consommation  de  glace.  Non 
contents  d'avaler  à  chaque  instant  du  jour  de  l'eau  glacée, 
du  vin  glacé  et  de  la  bière  glacée,  ils  boivent  souvent  du  thé 
glacé.  Ils  épuisent  pendant  l'été  toutes  les  provisions  qu'ils 
ont  amassées  pendant  l'hiver.  Chaque  habitant  de  Saint-Pé- 
tersbourg, le  plus  pauvre  comme  le  plus  riche,  a  sa  glacière. 
Sa  passion  pour  la  glace  coûte  annuellement  à  la  capitale  de 
la  Russie  2  ou  3,000,000  de  roubles,  c'est-à-dire  de  40,000 
à  60,000  £. 

M.  Kohi  consacre  un  chapitre  entier  aux  itsvostchih.  On 
prétend  que  si  Londres  compte,  comme  l'affirment  certains 
statisticiens,  un  driver  [conducteur  de  voiture]  pour  soixante 


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|902  LA  amSIE^'ET.EBS, DUSSES 

ihabUanto^àSaÎAt-Pélerabeiirjg  oi>  en  compte  râcents.M.KoU 
(.estime  leur  nombre  total  à  luût.ioille.jEa  effet»  danaanciuic 
»«itremIleduimondeJeursrfieirvice5iae«antfp)us.Héc6ssaires. 
rLesRjftssesn'aimenttpa&Àtnarcber  ;  d'ailleurs»  quand  même  ils 
/.siipportexaieiit,TolQafieTs  laiat^Çy.ik  ne  ponnaieot  pa&«e 
< passer,  de  voitures.  'Les.com^e&âoatstropilongues  dan»  cette 
^initteAsejcapitalçy.  où  il  faut  plusvdetviqgt-cioq  mioutes  petr 
.d^sser/se^ulement.  troisMtimeaiscS^aTés  1  «un  de  l'autre ])ar 

iwii  étroit,  oaoal . .  Un .  iodividu^ii  d^îeunurait,  liilaerait  et  irait 
laïuhalidausUrois  quartiec&.djffèrento,  4aB&.flsèBi&^ortir  delà 

région  fashionable,  employerait  sfpt  .Mi^bmtiJieoTes  du  jour 
,à.  courir  .les  rues.  .StWilkuBs,  oorfaiver,  lawi^;  en  été,  la 
.poussière;  en  toute^aKon,  le  nanvaîs  .itat'dn  jiav^»  rswkat 
.  les  promenadesâ- pied  trà87pénï)lfls,  l  cuBsi  enlead-^n  detoas 
.cAtésretentirfà  ses,oreilles  ces  deax.inots.:.2^:taùfj|ee<idtt(, 
Mhistvoitchik.  Hais  cédoos.la.,parii>lerÂ?M.  KohL: 

»  II)  n^esr'^maisaéoessaire' de»  répéter  le 'mot  <Aiv«t /quelquefois 
'«é«ie  11  suffit  de  penserqa'Mi  a  hetoiod'uniîitvestèhîketdejHer 
-:4eieôié  tm  regani  scDulattnr/anssitétuaedeantae  de  iMieetox 
:,aco(HircBt  ai| près  de  «eus.  i£n  use sec^ade  Iqs  museliéreasaitt  mises 
^en  i^ce,  les  chevaux  sont  bridés,  «t^hague.istwstcbiky  lesgai*!S 
en  main,  assis  sur'son  sîçge,  6eitieiit,prét.à.partirau.frciBier 
signal. 

«  Où  alleztvous,  sudar?  — A  rAmicaulé. —  Je  vous  y  condairai 
pour  deux  roubles,  dit  une  voix.— Pour  un  rouble  et  demi,  »  crie 
une  autre  voix.  Toas  n'avez  pas  encore  pu  répondre,  que  d^t 
un  troisième  istvostèblk  vous  a  otTert  de  vous  mener  pour  un  demi- 
rouille  ;  vous  prenez  celui  qui  eU  le  meilleur  mar^^hé  et  souvent  le 
moins  bon,  et  vous  voiis^Tosîgnez-àf  recevoir cn'pattan tune  dt*ebargc 
de  sarcasmes  et  d*épigrammcs. 

*t  CoaiMcHt,  èdiU9éhka;r(ms  #t6S»si  avardinPouT'épargmr quel- 
ques kopeks;  veas>Tous  faites  «ondarrefparnopauvreyîàMeirpeiee 
couvert  de  haillons,  qui  vous  versera  en  chemin,  avec  8Mi  dievil 
beileux.  Prenez  gardeià  lui,  o*e$t  un  ivrogne  ;iil'»(cllsmciil lu  ce 
^mattn  qu'il  ne  pant  pas  se  tenh*  en.équiUI>re'$ur<9on;aîége.>lbTees 
,  mènera  à  la  Boucherie,  et  il  .jurera  que  a*est.rA»irauAéw»  Capi 


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'BN'lMl'ET  «MB.  '2113 

t'dat'félieMHiervHl^idmis-sa'i^ahbe  ti  nrarmiire  entre  ses  deAts  : 
c«  ffit0k€90U,rmo:t9tÎ!§mM  A0a,i9éêar,*  «iou9  marreherons'  dPtin'  bon 

La  plupart  des  istvostchiks  sont  des  ftassesiies  différentes 
provinces  de  Tempire;  le  reste  se  compose  île  Finiaiidâis, 
d'Esthemeas,  de  Liroaiens,  de  PolonaisFjet  d\Altonaiids  ;  ils 
-arrivent  à  SaintfPétersbovrg,  à  peme  i^ési^erdeuze  «^  de 
iqiatorze/ansy's'eqga^nt  an  senrice  de  oqMlcfite ntàttreilt- 
ivestckik;  puis-  qoaadils  ont  amassé  un  fietitipdaite,  iisachè- 
«lant  un  éye|aipage< et  volent-  de.'lears  proprestaites/Leurni- 
'dngtriey.'ooianie. toutes  les  «atres  indiiitms>eiisRossie,^efet 
ipalfùlcment  likre.  Le. foin  devient-il  trspit^hcnr  à^SaîaUPé- 
«tenboarg,  1  Us. plient  baga(^  et  vontexeceer^'lemnpnifesskm 
•WT'iQpavédeliotoow.  I>aas le» villes îda^nsoitnree  oùile^foin 
"fleooAteipaesqHe rien,  ils  ont ocdinairement  <deax  fhevam. 
A*8aini»eétctibaarg,  leurs  pratiqaes  donnent  ;ae  contenter 
'd'an  aeal.  A  Vappnx^  de  l'hiver,  ils  sortentoTec  joie  de  la 
-tMttiae  leur  'équipage»  fayori,  le  tratneau,  dont  ils  se  sont  servi 
fiuilpé  laboue.dwpriÉtenips,  tant  qu'ils  ont:  trouvé  quelques 
*débris.de  .glace  foAdue  dans  les  rues.  L'étévenu,  lébruyaAt 
*droihkyTempiace< le. tratneau.  Aucun  istvostehik  ne  possède 
tane  voiture  vcouvenée:  car  les  manteaux  des  voyagears^sont 
*tniBés  les  protéger  suffisammeilt. contre  les^ intempéries  de 
(bteeaplière. 

le  prix  de  la  oourse  a'étant  pas  fixéipar  un  tarif,  jou  est 
obUfb ohaqse.foi» qu'on  sesert d'un iatvostehik^ de conelvf e 
-Ole  sorte  (de  marcié  avec  ini.  Bn  i^énénil,' Us  se.  Montrent 
taBaexraîeonnables/  et  ils  roos- mènent  pour  une  Catble*somnie 
^à  der^grandes  i&tances.  iLenvs  prétentions  .varient  arec  le 
ttsMpa;  îls^fiontiptest ou. moins  difficiles é'«sàtiaiûre,  selon  la 
couleur  de  la  journée  dans  le  oalendrier.grecjLes  joavs<de 
-file,  o^eMHfiHdtre* les.  jours  .rouges,  ils  nctUtmimtentipas  un 
-àopik.'Vevsnmidi,  àtrkeoreoù^la  population  enttère^semble 
iriispemèe  dans  tes  iftfes,<  et  >  où  $e  .tnaitent  toUtestles  aAiires 


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S64  LA  RUSSIE  ET  LES  RUSSES 

importantes»  ils  vous  demandent  deux  roubles  poar  une 
course  qui  dans  un  autre  moment  vous  coûterait  à  peine  un 
demi-rouble.  Mais  le  matin  et  le  soir,  ils  deviennent  les  pins 
polis  et  les  plus  obligeants  de  tous  les  cochers  ;  souvent  même 
si  la  chaussée  est  couverte  de  boue,  ils  vous  passent  gratis 
d*un  trottoir  à  l'autre. 

Pour  reconnaître  à  quelle  nation  appartient'un  istvostchik, 
il  suffit  de  regarder  comment  il  conduit  son  cheval.  Les  Al- 
lemands sont  les  plus  raisonnables,  ils  parlent  rarement  et 
ne  se  servent  que  des  guides  et  du  fouet.  Aussi  immobile  sar 
son  siège  que  s'il  était  de  bois,  le  Finlandais  répète  inces- 
samment avec  un  accent  traînard,  nah,  nah.  U  se  contente 
seulement  de  varier  selon  les  circonstances  les  intonations 
de  ce  monosyllabe.  Ntui^  ntia,  telle  est  l'exclamation  que  le 
Livonien  se  décide  à  pousser  dans  les  moments  difficiles, 
c'est-à-Klire  lorsque  son  cheval  ne  veut  pas  suivre  le  bon  che- 
min ou  refuse  absolument  de  marcher.  Le  plus  remuant  de 
tous  est  le  Polonais;  jamais  il  ne  reste  cinq  minutes  de  suite 
tranquille  à  la  même  place,  il  ne  fait  que  descendre  et  mon- 
ter, il  s'agite  sur  son  siège,  il  siffle,  il  crie,  il  fait  claquer  son 
fouet,  il  secoue  ses  rênes;  mais  sous  le  rapport  de  l'élo- 
quence, le  Russe  mérite  d'être  élevé  au  premier  rang.  Rare- 
ment il  se  sert  de  son  fouet,  et  en  général  il  se  contente  de 
frapper  avec  le  manche  le  brancard  de  sa  voiture  pour  aver- 
tir son  cheval,  qu'il  appelle  des  noms  les  plus  tendres^-mon 
frère,  mon  petit  père,  mon  bien-aimé,  ma  petite  colombe 
blanche,  etc.,  etc.,  et  avec  lequel  il  cause  perpétuellement. 
—  Allons,  ma  colombe,  un  peu  plus  vitel  qu'y  a-t-il?  étes- 
vous  aveugle  ?  Du  courage,  du  courage  I  prenez  garde  à  cette 
pierre!  faites  attention.  Ne  la  voyez-vous  pas?  Cela  va  bien! 
bravo  1  Allons,  tournez  à  droite  I  ne  regardez  pas  ainsi  de 
côté  ;  les  yeux  en  avant  !  Hurra  I  luch  I 

Malgré  son  indépendance  apparente,  l'istvostchik  est  sou- 
mis à  des  lois  sévères  ;  que  sa  voiture  ou  que  son  cheval  tou- 
che seulement  le  pied  d'un  piéton,  et  il  encourt  une  amendeet 


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EN  IMl  ET  1842.  965 

la  peine  du  fouet  ;  s*tl  rearerseun  piéton  sans  même  le  blesser, 
on  le  condamne  à  être  fouetté»  on  confisqne  son  équipage  et 
on  l'exile  en  Sibérie.  Aussi  les  piétons  peuvent  trayerser  à 
pas  lents  les  rues  de  Saint-Pétersbourg  les  plus  fréquentées 
parles  voitures.  <c  Prenez  garde  à  vous,  crie  un  cocher,  dont 
les  chevaux  sont  lancés  au  galop.  —  Prends  garde  à  toi,  istr 
vostchik,  songe  à  la  Sibérie,  »  répond  le  piéton,  sans  mar- 
cher plus  vite. 

Imitons  la  prudence  des  istvostchiks  de  Saint-Pétersbourg, 
arrêtons-nous  à  temps ,  et  n'empruntons  plus  qu'un  rensei- 
gnement statistique  à  l'intéressant  ouvrage  de  M.  Kohi. 

a  Dans  tout  l'empire  russe,  assure  l'auteur  des  tableaux  et 
des  esquisses  de  Saint-Pétersbourg,  il  meurt  chaque  année: 

20,000  individus  âgés  de  plus  de  80  ans.  Le  chiffre  total 
des  morts  ne  s'élève  qu'à  60,000. 

—  900  âgés  de  plus  de  100  ans  ; 

—  50  à  55  âgés  de  plus  de  120  ans  ; 

—  20  âgés  de  plus  de  130  ans  ; 

—  8  âgés  de  plus  de  135  ans; 

—  Enfin  2  ou  3  âgés  de  plus  de  ih5  et  même  de  155  ans. 
Cette  longévité  extraordinaire  est  due  à  la  constitution 

robuste  de  la  race  russe  esclavone,  à  la  salubrité  du  climat  et 
à  la  simplicité  du  régime  alimentaire. 

«  Aucun  étranger,  dit  le  capitaine  Jesse  dans  son  dernier 
chapitre,  ne  peut  quitter  la  Russie  ou  obtenir  la  remise  de 
son  passe-port  si  son  départ  prochain  n'a  pas  été  annoncé 
au  moins  pendant  dix  jours  par  les  journaux  allemands  et  par 
les  journaux  russes  à  tous  les  marchands  qui  pourraient  avoir 
le  payement  de  quelque  facture  à  lui  réclamer.  Enfin  ces  for- 
malités remplies,  les  triangles  adorés,  les  chinovniks  satis- 
faits, nous  primes  congé  de  la  Venise  du  nord.  Nous  la  quit- 
tions sans  regret,  trop  heureux  de  fuir  loin  de  nous 

A  land  of  tyranU  anJ  a  den  of  slaves, 
c  Une  terre  de  tyrans  et  un  repaire  d'esclaves,  » 

vers  la  capitale  d'un  état  voisin,  moins  puissant  sans  doute, 

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tat6         LA  RUSSIE  £T  US  ]Ur6US;ENul841  ET  18^2 

*mmiapV»/mMsi.  Les.'élnuiiiptffStqHi  visiteroat  la  ftBMÎedais 
<le-liTve'/derM.fl£ohl\ii6  paii«|^oilt  poB»  en.aehoiyait  leor 
▼oy«9e/fes5aeBtnttRt8t  qu'éprouva  à  son  dépari  de-8aiat*fè- 
^«eiriDoarg  leeapitaitteleftae.  Us  n'auront  qu'un  regr«t,  cckii 
(jleileToirjMiièbiBi;  et(pcoi-4tre.flerottt^ilsxH)flUiie  neus-teatés 
jée>lecraconitnaw. 


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ijratotn*  ~  |Jljtlo50jîljw  (t). 


LES  .PREMIERS  JÉSUITES. 


U. 


'BJTHKZ.  ^—  TRAlfÇOlS  BOKGIA.  — 'IKLtARIim.  —  ACOrATHA. 


Troi^môts  noossuflSrorttpotir  tracer'le  caractère  deFran- 
Çois-XaTwr:  c'était  on  fanatique,  un  papiste,  un  jésuite  (2). 
'  Cette  ^gradation,  dont  il  nefetkt  pas  renverser  les  termes,  com- 
'preiid  bien  Hes- censures,  et  cependant  elle  n'épuise  pas  en- 
core tout  ce  que,  dans  nos  idées  protestantes,  nous  pouvons 
•reprocher  à  cet  apôtre  du  catholicisme  rontain.  Son  intelli- 
•jeBte,'«ntaiit  qu'elle  s'exerçait  sur  des  vérités  purement  nié- 
•tephysiqucSjina'nquaft  de  vigueur,  deélarté,  d'indépendance; 
*«a  crédulité  puérile  eAt  accepté,  à  l'égal  des  dogmes  qui  lui 

'(l)'Yolrle  numéro  de  novenfibre  pour  le  premier  extrait. 
WîferrR  OTJ  RÉDACTETR.  11  hnporte^de  ne  pas  oaMier  que  c^st  un  pro- 
*taimtj(|vi  parle,  et-c'tstpow  cela  q«e*iiM8«f)^lagUMS'pas'eetleatta- 
^ihienqu'ellei  Ooiituiieav«c.le'.«on  §éiiécaltiletVariiete.«Noii8  ^avoas 
«ijooter  que  r^aprit  daaa  Iq^aal  ^cril.  M.  Maoaiiiayfk'cstfpaDaaisr^iMiveau 
fu'oo  pourrait  le  croire  panai  les  pvoteilaaU anglais.  Caox  ffai  veudraiMt 
KmoDter  aux  origines  de  ces  tendances  catholiques  davront  rechercher 
nnlivre  très-rare  et  très^urieux,  écrit  par  lord  Fitz-Wiiliam  et  dédié  k 
loms'XYm,  alors  en  Angleterre.  Cet  ouvrage  estinlilùïé  :  Utîrn 


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268  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

fiirent  imposés  par  Loyola,  toutes  les  religions  possibles,  et 
celle-là  même  que  Faxiondono  prêchait  aux  étudiants  deFian- 
zima  :  cette  intelligence  n^avait  pas  à  triompher  du  doute,  car 
le  doute  ne  la  harcelait  jamais,  et  la  superstition  pouTait  re- 
vendiquer en  lui  non-seulement  une  de  ses  plus  illustres,  mais 
une  de  ses  plus  absolues  conquêtes.  Elle  transformait  le 
monde  à  ses  yeux,  le  peuplait  de  formes  fantastiques  et  de  roix 
idéales;  lui  faisait  voir  la  terre  comme  un  cachot  où  le  soufBe 
du  ciel  n'arrivait  jamais  ;  les  beautés  naturelles,  les  charmes 
de  la  vie  sociale,  comme  autant  de  pièges  ou  d'abtmes  semés 
sous  ses  pas.  Docile  à  sa  voix,  il  lacérait  son  corps  émacié, 
dont  le  plus  infime  mendiant  pouvait  prendre  en  pitié  la  dé- 
plorable condition.  Bien  plys,  il  se  laissa  entraîner  par  elle  i 
une  tâche  dont  le  néant  devait  user  en  vain  ses  prodigieax 
efforts;  celle  de  propager  un  culte  voisin  de  l'idolâtrie  chex 
des  peuples  à  demi  barbares  qui  devaient  nécessairement 
subordonner  la  partie  éthérée,  la  morale  sublime  de  ce  culte, 
aux  formes  extérieures  du  rite  et  aux  minutieux  détails  des 
cérémonies.  Néanmoins  et  malgré  le  choix  inintelligent  de 
cette  mission,  jamais  le  polythéisme  de  la  Rome  ancienne  on 
moderne  ne  donna  place  parmi  ses  demi-dieux  à  un  héros 
plus  noble  et  plus  magnanime  que  François-Xavier. 

Il  vécut,  dirait-on,  pour  montrer  aux  hommes  combien  les 
grandes  facultés  de  Tàme  sont  indépendantes  de  la  puissance 
intellectuelle,  et  à  quel  point  les  ardeurs  de  l'amour  divin  et  de 
la  charité  humaine  se  frayent  une  voie  irrésistible  au  sein  des 
nations.  Rien  n'amortit  jamais  en  lui  cette  double  flamme.  Des 
savants  critiquèrent  en  forme  les  convictions  de  Xavier,  des 
beaux  esprits  le  raillèrent,  des  conseillers  prudents  etmëlica- 
leux  le  harcelèrent  d'avis  et  d'objections,  des  rois  mêmes  lai  op- 
posèrent leur  volonté  toute-puissante  ;  mais  François-Xavier, 
comme  emporté  par  un  élan  surnaturel,  passait  en  les  hronvi 
sur  tous  ces  obstacles,  et  jetait  leurs  débris  aux  vents.  Dans  le 
cours  si  rapide  de  dix  années,  ce  voyageur  solitaire,  privé  de 
toute  aide  humaine,  traversa  les  océans,  les  continents,  M 
fles,  laissant  derrière  lui  une  route  égale  à  celle  que  deman- 


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LES  PREMIBBS  JÉSUITES.  269 

derait  deax  fois  le  tour  da  inonde  connu  ;  prêchant  partout, 
partout  discutant  et  baptisant,  partent  créant  des  églises 
chrétiennes.  Il  n'y  a  pour  nous  qu'un  miracle  dans  toute  la 
carrière  de  François-Xavier,  mais  celui-là  est  authentique; 
c'est  que  cette  carrière  ait  été  parcourue  par  un  seul  homme, 
et  que  cet  homme  ait  accepté  des  luttes  aussi  continuelles, 
aussi  énergiques,  non  pas  seulement  arec  résignation,  mais 
avec  un  enthousiasme  incessant,  et  comme  s'il  n'eût  feit  qu'o- 
béir aux  exigences  de  sa  nature  :  a  Le  père  maître  François 
(écrit  quelque  part  Melchior  Nufies,  autre  jésuite  )  lorsqu'il 
travaillait  au  salut  des  idolâtres,  paraissait  agir  non  pas  en 
vertu  d'une  impulsion  fectice  et  acquise,  mais  par  quelque 
instinct  naturel.  Il  n'était  pour  lui  de  plaisir  et  pour  ainsi  dire 
d*existence  qu'au  sein  de  ses  pieux  labeurs.  Ces  labeurs  étaient 
son  repos:  et  quand  il  guidait  les  hommes  vers  la  connais- 
sance et  l'amour  de  Dieu,  quelles  que  fussent  d'ailleurs  ses 
fatigues,  il  ne  senddait  jamais  prendre  aucune  peine.  r>  Les 
admirateurs  de  Xavier  ne  se  sont  pas  montrés  avares  dans 
les  calculs  dont  ses  saintes  moissons  ont  été  l'objet.  Ils  éva- 
luent à  sept  cent  mille  le  nombre  des  conversions  opérées 
par  lui.  Au  premier  abord  une  telle  assertion  semble  extra- 
vagante, mais  elle  se  justifie  en  quelque  sorte  par  le  sens 
qu'ils  donnent  au  mot  conversion.  Les  rois,  les  rajahs,  les 
princes  étaient  toujours  autant  que  possible  le  but  de  ses 
efforts.  Il  est  certain  qu'il  obtint  quelques  catéchumènes  de 
cet  ordre;  en  pareil  cas,  le  troupeau  suivant  sans  effort  les 
traces  du  pasteur,  attiré  par  les  fecilités  d'admission  qui 
lui  rendaient  très -accessible  le  nouveau  bercail  où  il  se 
laissait  conduire,  une  seule  conversion  se  multipliait  aisé- 
ment par  mille  et  dizaine  de  mille.  Du  reste,  Xavier  ne  s'a- 
dressait aux  puissants  de  la  terre  que  pour  arriver  plus  sûre- 
ment aux  ftdbles  et  aux  opprimés,  son  premier  souci.  Ses 
rapports  avec  eux  n'avaient  rien  de  cette  fausse  et  stérile 
majesté  qui  pour  le  vulgaire  est  inséparable  du  nom  de 
saint.  Un  jour  que  dés  soldats,  à  son  approche,  s'étaient  em- 
preseés  de  Caire  disparaître  toutes  traces  d'un  jeu  profane,  il 


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2f 0^  LBSf  FBBHIEU5  AteOiTBB; 

les  eee»gea  lal-mènie  à:  reprMite  leorKxxRtèa  :  ic  Vow  n'ap- 
parienez  {loiat'au  satals  tontces^lèiir:  dilrîU  eè^YWft  n^pev- 
vet,  mm  bon&  auis^.enployer.vostijoHnaé66  entièreê  en  éhih- 
tioii&.  U  fMidoAft  vonajdÎYertir.  Le  jcftn^  vow^est^aainlèrAt, 
.  maUfiiinpleniefii  les^troaipMiiiSi  iMcfureHés^  lasidapMniiB, 
qpa  voii8iytiiièl<e9L.tro|i.  somrenti.xMBiûs  preauiAjoyeiiseflMt* 
plà£eiparmi0H£yilidéfiafleptai.halaâlecàoi»parti^^ 
roccupait  enoore;  Iof84iie.parut.dM>IU€9o.Nèn9aa|u»ri 
dfttYok^  uii'Sii8Httft»UoiDBe  efcid^tenéieuleftpayrcAMânpiréc»' 
qpi  lapaient  ssM^cease  ftoatÉMrid&Ms:  livrea;.  Gè  geBUIbnB» 
seraUrmovtiCnoytat  i^lïqrpoiirmei<j^  pn>w. 

mière  eairearttefcairoi<léî<niétftM  eapétanoesi^si^piEbd»  tenpi^ 
anrëBy  j)éaéftrMl  4  riBifiprDivisto 

Fairail  IrouvèsospeiuliuMlmituoielfit  dà  teBneçJètfDOBlnfMi- 
liant  d'une  célMto  sauM^. 

Qn^cbercherail;  iiiylîlMMDÉ.ik»  lw>léttie6'Hie$SflurMr'a»- 

caii«  meotias  deioes  inrtrirrti  mimrnhuiii,   1 1 1  im  ffirfiul 

aaPjiRA :aU»wLr.i^^  f^ iTpMttmwnitTOir^r.  TrKnnlidM  imwi  Ift 

résiliai:  d'uiiereB(|aAtèi*8oîgD0nBïq«iJada^  sm^iior 

y^iix«u]ui  scaaAft  piurii^di  8a;oaReafi<mdmte^  11^  éèaii  top 

buuiUe  pour,  sâic^okale  dépoNtadtaidiiiim;  fMoMéusi  me» 

ti8ll«meaUd>yioe(Mei.tn»p,.siMèeeippn>roapitor'pB  d«p»^' 

roUles.  alIégaiitn&Jei  mpeot.dM0Mfe«fannBiii^Q]E  Ife  y^W. 

iQâmecdi^lOBè.às'iâflHtterrcfe  laiarédiriîlé;a»ee:Ja^bvsM<. 

aubracceptaieal.U'limt.niH^^  Deor 

d*^tie.eiuJiÛTaooBtoBtÀJiiiffliteMiq»yi  atatlirasBuoiléQuii 

eo£wi*jmK)rt^^le.pyea6Éttt:det8'eaqnli4imrÂ.oeÉié9ad;:  »  Go» 

mfiiiti  leoE  ditril^^  HPuvezrvoss  a'oirâ{k«mttMiî0fteii'iHi|isafra 

étse  coniB^niaid  ResauMÂtanltt  ]aMfla^.^aad.I]Mftl  »&»■- 

riant  alors^  il. ajouta::  «Xa  vétiiévxtBsiuitiIaii^afaiinEjMteli 

sQiis  uie»^  yen.  Les^paceaiii  l»7cliaanÉtnKirt,œ:qMf«mnfi 

fort  biea  m  pat  .être,  j^auiidiii  dfc«et  laver.JIcottit.fislw 

qfecela  s%p«)rilauamiracle2iovMâi«)eii  cettenatière»  JÉÊtriec 

n'ééaitpas  libre^.Il  JKftibasma«ufis&J(ari(^é»lak^•6«lsaBld 

tiOM^léHMm  SMiMCûpléM  paJFt8Wfldllitetaim|M  i 

V»  pranre.'dau^aïuiihHùHtérpMfoMbK  Kwft  i 


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dmamlé:  Oftqi»^ avait  dit  s'îUaiieAt  ététtonnétdôlife.'pavt 

avaoiela  t»aUe  qui  le  caiM^nts»;  et iMuscafSnnarm»  «vokittliMi v. 

q«e,  souncétant  Ifr.téaHHgoagedè  see^seiB- aoxi  déeisiena^e^ 

rBgBse.  inGttDiUei  il.a«raii  aoceptérde  ttèerUanse^foi  lé^rAie.t 

svBiainre)  qa'eUe  lutasaîipie;  Ea.eéklv  uftipeurplasidei'cîiirii- 

qnaite  aasjaprèsjBaiiaort^  le.pape  UrhftiniYIIIy.aveerraasettt* 

tÛMBliHniftîneileftcardwaBXvpfttiiarebes^an^ 

rétaiiteiiTûQaciaare^,  s»:  porta  gavant  dts^nûtacba  qienon»! 

aTaaa.dlééAel).dat*iiaaiicoHpjdfaMtcea)eiicorBe.Qr»  il.  faadiaitc 

èIndsieBffieepthinepcunrrréirotpntl'eBL  deatedesisitisaiteeléft') 

denaixatta  angoatèi  >assaad>)ée^  put  laadépl>sitioMrlde?nM■l<^ 

bMDD  téoMiôB^  cniipour.  na  pas.  sonsccire.àjiiiiecapotfaiteaaj 

coatiae:lai|nttë  oBtdaB^idiiajsaananlaidDGtoBfByiryanÉile; titrer 

MmihÊéliBiméfànoeaitdmdùMiy  argQmentadeusDB'amvD 

Ua:.niiUaavaiial  iniastloMié  pammi  iosiaiiar;  itifLurètiUixjpÈe. 

cëtatocatitnkit  là  canaarde  «aai  oUent:  sMIi  IcaraîUa^lojfBlih- 

naatà'fnie  tflnbeRlffbaadBaaqai  caarraîtlaaiyenKditiSfMt': 

trifanadf  eitqa&Ie  pàTe<:d».iaaaaongeidéTait^lQiavoHr  sti|u*' 

gM  dar  se.-  laiiaerr  battre^ .  touL  espnès*  pour  introduire  '  luae . 

i(Ma.da.  plss/dana  le .  sanotiiaiae^.  Haifti  aana.:  eocaflaÎBerruna  i 

qiiiliann  si:dMiaaiev  ,on-.pMl  sérioaaeoMnitrBpetlêrqiie  daei 

haJHioBai  JiaiwMQïtoat  aniyHif  ptg  nawser  Je  leauidè  cpàk* 

q«e.TMIb.<ainiiiey  .gàtentillfstoîrB.dauqvalqaMh  persomagea^ 

éoieenla^.  étemel' hoanaord'iUairaoBdèr.  iadîgna  dboiv  eéf. 

eatn  aairearodlè  de:EraiifoiarXavier..H}esfontiIaiigteiiip»x 

obacnnt8a|>httre.TéaHe  ealefnKrafaaatanxipmpoirtiaiK^l^ùap 

hiéoa  dt^ronaiiieeoUBiastiHiiiac.baiaaaav'li  ces:  omuBeflAt> 

puééils^  ^.tàchenfr  de  juger  œt .hoama;  .ett.dépit  ide^icntccei» 

qui  fait  la  différence  de  nos  cultes  ;  en  dépit  de  notre  phi- 

losopUé^mosdatne,  de  notre  espéfiènee* vtetlRe,  de  nos 

mollôs * UaMtndés.  La  sagesse  dont' nous  sonmies  fiers,  il' 

i'isnorait ,  et  Teùt  méprisée  s'il  eût  pu  la  connaître.  L'a- 

monr.de.  son.  semblable,  fiit  son  unique,  passion»,  l'jaiudàce.. 

avwlwwo-  aen<  onîqiie'  jeiei,  am>  oroyaMe^*  inébranlable^ 

la  lumière,  qui  édàira  sa  route.  II' jugea  .on  sentit  peut^tre.. 

(et  qBî&dM0j'iBccaaafa.d'eaBarJ.) jqnai^  rjEgUaat:  deaaaAdaifc.: 


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2T2  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

un  sacrifice  illnstre,  et  qu'il  était  la  victime  désignée;  qu'une 
voix  mnette  depuis  quinze  siècles  devait  de  nouveau  se  faire 
entendre,  et  que  cette  voix,  il  l'avait  dans  sapoitrine;  qu'un 
nouvel  ap6tre  devait  rompre  le  triple  airain  dont  le  coeur 
endurci  des  hommes  s'était  entouré  peu  à  peu,  et  que  ce 
rAIe  imposant,  il  était  appelé  à  le  remplir.  Convaincu ,  soit 
par  sa  raison,  soit  par  l'impérieux  appel  de  ses  sentiments, 
il  obéit  au  mandat  d'un  homme  qu'il  regardait  comme  le  ?i- 
caire  du  Christ  sur  la  terre.  Noble  enthousiasme,  abnégation 
rare  et  sublime,  devant  laquelle  on  peut  se  prosterner  sans 
craindre  par  là  de  leur  susciter  des  imitateurs  nombreox. 
L'enthousiasme,  hélas!  n'est  de  notre  temps  qu'un  fantôme 
vain,  contre  lequel  s'épuise,  également  vaine,  l'aride  et  fade 
éloquence  de  nos  froids  prédicateurs;  mais  en  réalité  où  le 
chercher?  sera-ce  sur  ces  marchés  de  dîme,  hantés  par  nos 
dévots  les  plus  sincères?  ou  bien  sous  le  toit  fastueux  de  nos 
bénéficiaires  opulents?  Le  trouverons-nous  dans  le  cœur  de 
nos  missionnaires  régulièrement  appointés?  et  les  mitres étio- 
celantes  de  nos  évéques  pompeusement  anoblis  n'en  préser- 
vent-elles pas  leur  front,  tout  comme  ces  conducteurs  métalli- 
ques qui  détournent  la  foudre  appelée  par  l'élévation  méflie 
de  nos  édifices?  Oui,  nous  avons  le  fade  enthousiasme  de  nos 
faiseurs  d'expériences  dévotes,  l'enthousiasme  sentimental 
de  nos  bazars  de  religion,  l'enthousiasme  rhéteur  des  tréteaux 
où  notre  charité  pérore,  l'enthousiasme  écrivassier  de  nos 
ascètes  bien  rentes  ;  mais  en  quoi  tous  ces  enthousiasmes  res- 
semblent-ils à  la  ferveur  intime,  au  frémissement  divin,  i  1^ 
foi  pleine  de  transports,  apanages  de  François-XaviCT(i)? 

(1)  Ce  passage  de  l'auteur  anglais  nous  rappelle  les  lignes  suiraates 
écrites  naguère  par  le  plus  beau  génie  que  le  catholicisme  ail  inspiré  de 
DOS  jours  : 

Comparer  les  minions  protestantes  &  nos  mission»  !  quelle  inexprimable  diflërence  «UosTa- 
prit  qui  les  forme,  et  dans  les  succès,  d  dans  les  moyens  !  Oîi  sont  les  mintsires  proi^staulsr" 
sacheot  monrir  pour  apnoacer  i  l'imërîuio  sanvago  ou  an  Chlafiitleltfé  la  &o«MMis«II«4a 
salut  ?  L'Angleterre  peut  Uni  qu'elle  le  voudra  nous  vanter  ses  ai:6(r«i  à  la  Uncûsur  et  ses  «>- 
dëids  bibliques;  elle  peut,  dans  de  fastueux  rapports,  nous  peiûdrc  les  progrès  de  rsgriciliare 
chcalii  Dègrat,  et  dendcneei  élëneBUirçs  ctics  les  lodous.  TovtM  eet  piloyaUI«s  mi^»m\  à» 


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LES  PBBMIEES  JÉSDITES.  2T3 

Il  mourut  en  1552,  dans  sa  qaarante-septième  année,  dix 
ans  et  déni  après  son  départ  d'Europe.  Pendant  sa  résidence 
dans  rinde ,  il  avait  entretenu  avec  le  général  de  son  ordre 
une  correspondance  suivie.  Leurs  lettres  respirent  cette  éner- 
gique sympathie  qui  est  en  cpielque  sorte  l'indispensable  élé- 
ment des  caractères  héroïques  ;  affection  grave  et  forte  qui 
jamais  ne  dégénère  en  une  tendresse  puérile  ;  sentiment  con- 
tenu, du  c6té  de  Xavier,  par  une  sorte  de  respect  filial,  et 
chez  Loyola,  par  la  dignité  du  pouvoir  paternel.  En  effet, 
durant  les  vingt  dernières  années  de  sa  vie,  Ignace  fut  au. 
sein  de  son  ordre  comme  un  père  ou  plutàt  comme  un  pa- 
triarche exerçant  sur  sa  famille  une  suprématie  absolue,  et 
façonnant  i  loisir  le  code  qui  devait  maintenir  cette  institu- 
tion chaque  jour  mieux  assise  et  plus  influente.  Ce  n'était 
plus  le  prédicateur  errant  occupé  à  dompter  les  âmes  par  la 
poissance  du  merveilleux  sur  l'imagination  des  hommes  :  il 
se  tenait  à  Tombre  de  la  métropole  ecclésiastique,  immobile 
et  majestueux,  réalisant  une  à  une  les  visions  révélatrices  qui, 
sur  la  montagne  de  l'Ascension  et  durant  tous  ses  pèlerinages 
successifs,  avaient  soutenu  son  courage  et  flatté  son  orgueil. 

C'est,  du  reste,  une  des  circonstances  étranges  à  signaler 
dans  l'établissement  de  la  Compagnie  de  Jésus,  que  la  ré- 
sistance du  pape  à  reconnaître  et  consacrer  une  institution 
si  dévouée  aux  intérêts  du  Vatican.  Â  l'époque  où  Loyola 
sollicitait  l'autorisation  pontificale,  le  clergé  régulier  était  en 
butte  à  une  impopularité  universelle.  Ses  anciens  ennemis» 
les  évoques  et  les  prêtres  séculiers,  s'étaient  recrutés  de  tous 
les  esprits  forts ,  des  réformateurs  plus  ou  moins  avoués,  et 


wnptoîTf dont  b  p«liii<|M  cit  fanîqM  oMlenr  eoiMM  r«r  «n  etl  l'aaiqM  igenl,  ne  proa^eroai 
iakiît  iQtre  choM  qa»  Viuconhle  apalbic  religieuse  An  sociéiés  prolesUntei  que  l'inlérèt  scni 
rtniie:  ei  quicosqae  uil  dUUngucr  one  grande  aciion  inspirce  par  uti  sublime  molif,  d'une  dé- 
marche dictée  par  va  vil  calcolf  rcooDHallre,  s'il  est  de  bonne  foi,  qu'il  y  a  Vinlîai  entre  etH 
<*^e  deTabract  q«i  vîMl  dé  pdrlr  mmm  le  glaWe  de  la  penëeulion  dana  le  Sotchen,  a« 
ailieo  du  troupeaa  que  son  courage  et  set  saenra  aTaient  conquis  an  christianisme,  ei  le  mil* 
sieaaaire  méihodisle  que  son  lèle  prudent  ne  conduit  que  dans  les  licax  où  sa  vie  ne  court  to- 
na  danger,  et  qai,  d'aprèi  on  mnrcM  conclu  d'avane»,  aefait  payer  tant  par  téie  sea  oonftrtlt. 
[Ui.LàXWZê  dêM,  F.fU  lanMiitMM,  tom.  I*%  p.  366.) 

5*  SEBIE.  — TOME  XII.  18 


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Stk  LES  PEEMinS  JÉSITITBS. 

même  dn  sacré  collège.  La  phipart  des  cafdiaau  édaiiésat- 
tribuaient,  en  effet,  aux  désordres  des  moines  nae  bonne 
partie  des  malhenrs  qui  désolaient  alors  TÉglise  romaiae.  Le 
pape ,  empressé  d'élerer  de  nouvelles  dignes  coolre  des  ea- 
vagissements  nouveaux,  avait  accordé  sa  confiance  et  ses 
encouragements  aux  Théattns  et  à  d'autres  prèdieurs  isolés, 
dont  la  tAche  consistait  i  propager  autant  que  possible  kors 
croyances  et  leur  dévotion  individuelles,  il  sesUilail  donc 
impolitique  de  créer  en  ce  moment  un  nouvel  ordre  religieux, 
qui  devait  susciter  les  méfiances  et  s'attirer  la  déCsveiir  autant 
des  récentes  recrues  que  des  andens  défenseurs  de  la  papauté. 
B'aiileurs,  la  prescience  instinctive  du  Vatican  ne  manqiitt 
pas  d'entrevoir  un  rival  dangereuxpour  les  successeurs  ftitars 
de  saint  Pierre  dans  le  général  d'une  sddété  fondée  sur 
des  bases  aussi  larges. 

Aussi  Loyola  consuma4-il  trois  longues  années  en  mortels 
délais,  en  sollicitations  inutiles.  Nous  le  voyons  alors  dier* 
cher  à  se  rendre  propices  non-seulement  les  hommes,  mais  la 
divinité  même,  par  les  plus  brillantes  promesses  ;  et  l'on  sait 
qn*un  jour  il  s'engagea,  moyennant  que  sa  prière  (ùX  accom- 
plie, à  payer  un  tribut  de  trois  mille  messes.  Cependant  la  t^re 
et  le  ciel  restaient  également  sourds  A  ses  offres,  lorsque  les 
progrès  de  la  réforme  au  cceur  même  de  l'Italie  Tintent 
éveiller  dans  l'âme  de  Paul  III  des  terreurs  plus  efficaces. 
Ferrare  sembla  vaciller  sous  le  vent  de  révolte  qai  avait  d^ 
détaché  du  catholicisme  l'Allemagne,  l'Angleterre  et  la  Suisse. 
On  crut  voir  la  main  divine  dans  cet  ébranlement,  jusqu'alors 
méprisé  comme  une  œuvre  humaine  oà  l'affiraschisseaient  reli- 
gieux servait  de  prétexte  aux  ambitions  politiques,  hiquiet  et 
ne  cédant  qn'i  la  force  dea  cboaes,  mais,  comme  l'a  prouvé 
Tévénement,  inspiré  par  une  prévoyance  admirable,  Paul  III, 
le  27  septembre  1&40,  se  résdut  enfin  à  sceller  la  bulle  Rtgt- 
mini,  la  grande  charte  de  l'Ordre  des  Jésuites.  Cet  acte  im- 
portant atteste  par  sa  rédaction  même  la  répugnance  soup- 
çonneuse du  consistoire  papal,  et  la  crainte  d'une  révolte 
future  apparaît  clairement  dans  l'énergie  des  promesses  de 


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LBS  VREMIBBfi  JS80ITBS.  975 

itt  voici  les  termes  exprès  :  «  QtÊomms  Ev^m^eUo 
éêuamuTy  et  fidê  orthodoxe  cop^tmamm  ac  firmitw  profUêonmt^ 
0Mtei  Cbg'i^ti  fideies^  R<miano  pmUifiei  ianquam  tapiii  ac  Je$ui- 
Ckriiti  vieario,  êubeat^  ad  majorem  tamen  no$tra  Socieiatiâ  k^* 
miHiakm  ae  perfectam  umuicujuàque  morUficeUimûm,  tî  w^unr- 
Mumnostrammabnegationem,  summapere  eoniueere  judicavi-^ 
miy$in§Hio$  nosj  uUrm  iUud  com»mnefnncuii$m,  gpecialivoto 
aiiiringi ,  tia  ut  pddquid  Romani  pomHfkei ,  pra  tempon  exU^ 
tmkiyjuMermty  quawhun  inaokiê  faorit  exeqwi  itneamur,  » 

Ainsi  pirlait  le  soureraiii  de  Rome  parla  bouche  de  oesBou- 
v«aQx  prétoriens.  AvssitAt  Igfnacediit  s'occaper  de  donner  un 
dief  à  oelte  cohorte  enfin  légitimée.  Le  choix  unanime  de  ses 
(Mmpagnonstombadeoxfoissurlui;  deux  fois  il  reAisarhonneur 
qu'ils  lui  conféraient.  Enfin,  cédanl  aux  ordres  absolus  de  son 
confesseur,  il  monta  sur  le  trdiie  qu'il  avait  si  longtemps  tra«- 
raillée  éierer.  Le  moment  oà  il  en  franchit  les  degrés  Ait  le 
dernier  de  ses  timides  irrésolutions,  et  il  porta  le  sceptre, 
commeun  monarque  absolu  doit  le  porter,  d'une  main  inflexi- 
ble et  ferme.  Ses  décisions  une  fois  prises  Tétaient  pour  ja- 
mais. Il  acceptait  TaCfection  sans  tolérer  aucune  familiarité 
irrévérente.D*un  autre  côté,  s'il  exi^it  le  respect,  il  n'essaya 
jamais  d'inspirer  une  crainte  servite,  ne  se  refusant  d'ailleurs  à 
ancane  entreprise  qu'une  audace  élevée  pouvait  tenter,  et  ne 
se  laissant  emportera  aucmieparuneaariNtion  folle  et  irréfié^ 
chie;  habile  à  se  multiplier  dans  les  agents  de  sa  volonté 
poissante,  à  les  connaître  d'aberd  profondément,  à  mettre  en 
eux  ensuite  une  entière  et  généreuse  confiance,  à  ne  jamais 
lenr  assigner  que  les  emplois  auxquetn  leur  capacité  les  ren- 
dait propres. 

Le  grand  secret  de  ee  gouivemeaiént  iparl,  Loyola  ne  l'avait 
point  appris  dans  les  livres,  massbien  dans  la  pratique  de  la 
▼ie  et  le  commerce  des  honmiesw  Oseevet,  le  voici  :  c'«Bit  que 
les  aflections  sociales,  si  l'on  sait  foire  converger  vers  un 
«sealre  bien  défini  leurs  rayonnements  épars,  ont  une  inten- 
ai4é,  UM  duAe  qu'anecme  des  ptsnoas  dont  l'égoisnie  est  lai 
source  immédiate  ne  saurait  jamais  posséder;  La  sagacité  du 


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376  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

fondateur  lui  avait  fait  choisir,  coroine  principaux  mobilesde 
l'activité  qu'il  comptait  demander  à  ses  frères,  ces  nobles  sen- 
timents d'abnégation  ambitieuse,  qui  attachèrent  jadis  les 
Spartiates  et  les  Juife  au  sol  de  leur  pays,  aux  lois  de  leurs 
ancêtres  :  sentiments  plus  forts  que  la  cupidité  des  sens,  For- 
gueil ,  l'avarice  ;  plus  forts  que  la  mort  elle-même.  Il  puisa 
aux  mêmes  sources  d'observation  simple  et  de  logique  primi- 
tive qui  avaient  déjà  fait  les  codes  de  Lycurgue  et  de  Hoise* 
Il  sut  comme  ces  législateurs  deviner  et  diriger  le  mécanisme  de 
la  volonté  humaine  :  il  fut  sublime  et  naïf  à  leur  manière. 

C'est  avec  une  audace  grandiose  que  Loyola  impose  au 
membres  de  son  Ordre  une  obéissance  sans  limite;  il  ne  s'ar- 
rête pas  dans  sa  tyrannie  aux  manifestations  extérieures  : 
l'àme  et  l'esprit,  l'intelligence  et  la  volonté,  il  veut  tout  sou- 
mettre, il  s'en  empare  sans  vains  détours  : 

Non  intueamni  in  personà  iuperioris  homnem  obnaxium  er- 
roritm  atque  miteriis,  sed  Christum  ipsum. 

Superioris  vocem  ac  jui$a  non  secùs  ac  Christi  rocem  ^rci- 
pite. 

Ut  itatiiatis  vobiscum  quidqmd  iuperior  prœcipit  ipsirs  Du 
prœceptutn  ae  voluntatem  (1). 

L'homme  capable  de  formuler  si  nettement  des  préceptes 
si  hardis  n'avait  pas  vu  sans  profiter  de  ce  curieux  spectacle 
l'esprit  de  l'homme  s'agiter  et  se  débattre  sous  le  poids  sou- 
vent écrasant  de  sa  liberté,  s'enivrer  au  contraire  et  s'enor- 
gueillir  au  sein  des  plus  gênantes  entraves,  lorsqu'il  peut  se 
dire  qu'il  les  a  spontanément  acceptées.  Loyola  n'avait  pas 
scruté  avec  moins  de  soin  les  secrets  motifs  qui  pousseotàla 
révolte  les  êtres  les  plus  humbles  et  les  plus  serviles;  on  s'en 
aperçoit  en  le  voyant  accorder  i  ses  disciples  toute  l'iodé- 
pendance  extérieure  qu'il  jugea  compatible  avec  leur  servi- 
tude intellectuelle.  Pour  eux,  point  de  prescriptions  puériles, 

(1)  Comme  application  de  ce  principe  on  prut  citer  le  mot  d«  mpHîtw 
des  jésuites  romains  à  lord  Bolinsbroke  :  Ed  ahMatno  ameAe  flMrltW  pr 
il  martirio,  te  bi$ogna. 


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LBS  niBMIBBS  JÉSUITES.  277 

point  d'oniformes  gênants,  aucune  routine  dans  le  choix  de 
leurs  prières  ou  de  leurs  hymnes;  on  ne  leur  dicte  pas  d'aus- 
térités; on  ne  ferme  pas  sur  eux  les  portes  du  cloître.  A  Tâflie 
esclaye  on  ne  bit  pas  inutilement  sentir  le  poids  de  ses  fers. 
Les  esprits  frivoles,  les  cœurs  fiaibles  sont  exclus  de  la  sainte 
confrérie.  Pour  les  y  admettre,  Ignace  savait  trop  bien  cpielle 
est  la  désastreuse  influence  de  la  sottise  et  des  vaines  craintes 
dans  toutes  les  affaires  humaines.  Une  autre  cause  d'exclusion 
également  absolue  était  d'avoir  porté ,  ne  fftt-ce  qu'un  seul 
jour,  l'habit  d'un  autre  Ordre;  jalousie  toute  castillane,  qui 
voulait  des  âmes  vierges  pour  leur  inculquer  des  préjugés  d'o^ 
rigine  certaine.  La  discipline  initiatoire  est  sévère,  et  le  cou- 
rage desprofès'mis  à  derudesépreuves.  Quel  scandale,  en  effet, 
quel  danger,  si  l'un  des  chef»  venait  à  feiillirl  On  accepte  i 
des  conditions  plus  douces  de  simples  alliés,  religieux  ou 
laïques  ;  ils  compléteront  l'armée  dont  ils  sont,  pour  ainsi  dire» 
les  partisans  non  enrégimentés.  Quant  au  général,  l'Ame  de 
ce  vaste  corps,  le  pivot  de  cette  puissante  machine,  il  conserve 
jusqu'à  la  mort  sa  redoutable  autorité;  c'est  déjà  trop  que  les 
courtes  limites  de  l'existence  humaine  multiplient  les  crises 
de  transition  pendant  lesquelles  l'amour  du  pouvoir  met  en 
jeu  tant  d'intrigues;  et  d'ailleurs  il  ne  faut  pas  que  l'aspect 
des  souverains  détrAnés  porte  atteinte  au  prestige  de  la  cou- 
ronne.Cechef  doit  être  absolu  :  l'autorité  humainenepeut  se  lé- 
gitimer qu'en  se  modelant  sur  la  puissance  divine,  dentelle  est- 
ou  doit  se  dire  une  émanation  directe.  Éloigné  des  siens,  il 
régnera  seul  ;  l'imagination  a  son  rAle  comme  elle  a  sa  puis- 
sance dans  tout  gouvernement  destiné  aux  hommes.  Il  sera 
le  dépositaire  suprême  de  tous  les  secrets  qui  fatigueront  la 
conscience  de  chacun  des  siens;  on  peut  craindre,  mais  on  ne 
respecte  pas  un  mattre  d'ailleurs  touUpuissant,  si  ses  ordres  ne 
sont  pas  considérés  comme  l'expression  de  l'omniscience.  Il 
sera  toujours  le  plus  honoré  comme  le  plus  obéi  ;  car  aucun  de 
sessqets  ne  peut  accepter  une  dignitécivile  ou  ecclésiastique. 
Bref,  le  but  final  que  poursuivront,  disciplinées  par  luu  tant  de 
facultés  désormais  homogènes,  doit  être  à  la  fois  assez  vaste 


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278  LES  nuMiraiS  jbwitbs. 

poHr  relever  chaque  prosélyte  à  ses  propres  yeux  ;  assez  prati- 
cable pour  absorber  sans  trêve  ni  fin  tout  son  temps  et  toatec 
ses  pensées;  assez  difficile  pour  maiaieiftir  par  ua  esercioe 
eontinuelcdlesdeses  facultés  cpi'oii  a^  reconnues  les  plus  éiai- 
neivles;  assez  dan^reux  ponr  lui  feire  comprendre  et  Wirap* 
peler àtousles  instante  la,  néceasitéd'uaconeoufsTècipToqiie. 
Vhemme  brave  doit  y  trouver  des  laites;  l'esprit  subtil dtt 
menéessecrètes;  lestutUewx,  desAravaux  solîtairea;  le<:haritabk 
enfin,  des  œuvres  de  consolaiti^n  et  de  piété.  DervanlksyMii 
de  to«s  brilleromtdes  vécompenses  terrestres  el  divines: — daai 
cette  vie ,  les  joies  sympathiques  de  la  eonfraterfitté  readaei 
plus  vives  parleur  eoncentraikiott,  pk»  précieuses  pftr  le  mys- 
tère qui  les  entoure;  — après  la  mort,  cette  éternelle  félicité 
dont  a  pu  douter  une  Ime  isolée,  mais  qui  est  garantie  sa 
jésuitepar  le  commerce}Ournalier  de  tant  d'hommeséminentsit 
vénérés,  ardents  à  la  poursuivre  par  les  mêmes  voies^que  loL 
S'il  y  a  dans  nos  universités  un  professeur  de  phik)sopte 
morale  sincèrement  voué  à  Tétude  de  la  nature  humaiaa, 
qu'il  médite  longtemps  les  constitutions  de  Loyola.  Elles  oat 
absorbé  bien  des  années  de  réflexion  et  de  solitude.  Que  d» 
froides  nuits  passées  par  Ignace,  sous  les  infectes  clartés  ds 
sa  lampe,  dans  cette  cellule  nue,  où  ses  yeux  ne  pouvaient 
rencontrer,  en  quittant  son  pénible  manuscrit,  que  Timage  da 
Christ ,  le  livre  de  Y  Imitation  et  le  nouveau  Testameatl  La 
'  présence  de  tout  autre  objet  eût  profané  ce  saint  réduit,  car 
Tœuvre  mystérieuse  dont  il  était  le  théâtre  donnait  ua  corps 
à  des  pensées  surhumaines  recueillies  par  l'esprit  de  récrîr 
vain,  alors  que,  dégagé  des  lois  du  corps,-— c'était  un  souvenir 
de  jeunesse,— 41  avait  parcouru  les  sept  régions  du  cîel.  Tan* 
dis  qu'il  les  transcrivait,  une  flamme  légère»  afiFèctant  les  fer- 
mes de  la  langue  humaine,  voltigeait  en  pétillant  au*de$saf 
de  sa  tète,  et  Ton  peut  lire,  écrit  de  sa  propre  Main  snriB 
papier  que  le  temps  n'a  pas  détruit,  le  récit  dea  saintes  «rô- 
deurs, des  évanouissèmenito,  des  larmes  dévotes,  des  appâ- 
tions célestes,  qui  accompagnèrent  jusqu'au  iMut  ce  traral 
inspiré. 


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LES  PEBMISM  aiWITBS.  Sf29 

Qu'on  reproche,  nous  y  doiuions  les  oiains,  à  Ignace  de 
Loyola  un  certain  amour  du  pouvoir  qu'il  ne  s'avouait  peu^ 
être  pas  i  Ini-méne  ;  qu'on  lui  re|Nroehe  les  siqperstitions  gros- 
sières qui  trop  souvent  égarèrent  son  âme  ;  de  graves  erreurs 
théoriques,  et,  pour  tout  dire»  un  désordre  mental  qui  appro<- 
ebait  de  la  folie.  Mais  nous  ne  croyons  pas  qu'un  lecteur  ini<- 
partîal  de  ses  écrits,  un  exact  historien  de  sa  vie,  mette  ja- 
mais en  question  l'intégrité,  la  bonne  foi  de  cet  homme  ;  nous 
ne  croyons  pas  qu'on  puisse  hû  contester  le  mérite  d'une  dé- 
votion i  la  fois  sincère,  habituelle  et  profonde.  Il  nous  reste 
d'ailleurs  4  savoir  quelle  {^ire  les  réformateurs  pourraient 
trouver  i  déprécier  le  nom  de  leur  plus  illustre  antagoniste  ; 
à  rabaisser  le  mérite  de  l'homme  qui  opposa,  plus  que  tout 
autre,  une  résistance  efficace  à  la  propagation  des  dogmes 
noureaux,  et  qui  sauva  d'une  ruine  imminente  le  grand  édi-* 
£ee  romaip. 

En  appliquant  à  des  faits  déjà  loin  de  nous  la  langi^e 
pariée  de  nos  jours,  on  pourrait  représenter  Ignace  comme 
le  chef  des  conservateurs  de  son  épocpie,  et  le  champion  du 
$$aiu  quo  papal  contre  les  attaques  de  l'esprit  novateur.  Le 
tmnps  où  il  vécut,  ère  des  plus  grandes  révolutions  qui  se 
soient  accomplies  au  profit  des  peuples,  fut  en  quelque  sorte 
marqué  par  l'action  victorieuse  des  forces  centrifuges  qui 
tendent  à  isoler  l'homme  sur  le  principe  d'attraction  qui  le 
tient  en  communauté.  L'équim)re  social  se  trouvait  ainsi  dé- 
truit; et  du  sein  des  controverses  qui  agitaient  alors  le  monde, 
deux  grandes  vérités  étaient  sorties,  que  nous  n'avons  pu 
eoBcilier  encore  après  trois  siècles  de  débats  acharnés.  On 
avait,recoanu  pour  vrai  que  la  république  chrétienne  devait 
former  un  seul  corps,  n'ayant  quedes  intérêts  identiques  et  régi 
par  un  chef  suprême  en  vertu  de  lois  communes,  de  doctri-  , 
oes  unanimes  et  fixes,  pour  un  culte  toujours  et  partout  le 
ttème  ;  on  avait  aussi  reconnu  peur  vrai  que  chaque  membre 
de  ce  grand  corps  était  individuellement  tenu  d'étudier  ces 
lois  à  ses  risques  et  périls,  d'examiner  ces  doctrines,  de  pro- 
ce  culte  et  de  chercher  pour  lui-même,  ^oi  s*aidant  de 


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280  LES  PREMIEKS  JÉSUITES- 

ses  lainières  naturelles,  la  direoiton  du  Régulateur  Suprême. 
Entre  ces  devoirs  généraux  et  ces  obligations  particulières,  il 
y  avait  contradiction,  du  moins  apparente;  apparente,  di- 
sons-nous, car  l'essence  des  vérités  est  de  ne  point  s'exclure 
l'une  l'autre.  C'était  donc  un  problème  à  proposer  à  la  science 
du  passé  aussi  bien  qu'à  la  sagesse  pratique  et  vivante,  aux 
universités,  à  la  chaire,  auxpresses  nouvellement  mises  en  jeu. 
Par  malheur,  les  sages  et  l'esprit  philosophique  sont  rarement 
appelés  à  résoudre  de  telles  difficultés  :  il  se  peut,  et  nous  de- 
vons le  croire,  que  la  raison  les  règle  en  dernier  ressort;  mais 
elle  n'est  jamais  un  agent  immédiat  dans  les  affaires  de  ce 
bas  monde.  Le  soin  de  maintenir  l'équilibre  de  cette  planète 
guerroyante  est  réservé  à  l'antagonisme  des  passions,  des 
préjugés,  des  folies  humaines;  il  en  est  ainsi  de  nos  jours,  et 
cet  état  de  choses  remonte  plus  haut  que  le  seizième  siècle. 
Il  arriva  donc  que,  la  Rome  des  papes  ayant  son  Brennus,  il  dut 
lui  naître  un  Camille;  et  les  assiégeants  ayant  pour  cri  de  guerre 
raffiranchissement  de  la  pensée,  le  mot  d'ordre  des  assiégés 
fut  la  soumission  spirituelle,  aveugle  et  sans  bornes.  Sur  les 
pas  de  l'apôtre  allemand,  on  arrivait  à  cette  solitude  sacrée 
où  nulle  intervention  ne  trouble  les  rapports  de  l'hoimne 
avec  Dieu;  l'Espagnol,  au  contraire,  conduisait  quiconque 
voulait  le  suivre  au  sein  de  l'innombrable  foule  dont  la  voix 
s*élève  sur  un  mode  prescrit,  et  pour  qui  les  doctrines  des 
générations  éteintes  sont  la  règle  immuable  des  générations 
à  venir.  Tous  deux  menaient  la  plus  importante  guerre  qui 
ait  troublé  le  monde  depuis  le  renversement  du  paganisme  : 
chacun  avait  dans  l'autre  un  rival  digne  de  lui,  soit  en  capa- 
cité, soit  en  courage,  soit  en  .désintéressement  ou  en  amour 
du  vrai.  Cependant,  quel  merveilleux  contraste! 

Luther  alla  chercher  sa  femme  dans  un  couvent  :  durant 
plus  de  trente  années,  Loyola  ne  leva  point  les  yeux  sur  une 
de  ces  créatures  séduisantes  et  fragiles.  Le  réformateur  mit 
sa  gloire  à  détruire  les  maisons  de  l'ordre  auquel  il  apparte- 
nait :  celle  du  saint  fut  l'établissement  d'un  ordre  Rouvcao 
sur  des  fondements  indestructibles.  La  carrière  du  premier 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  S81 

commença  dans  une  cellule  et  s'acheva  dans  les  palais  des 
princes  de  la  terre;  la  vie  du  second  fut  une  jeunesse 
guerrière  et  occupée  de  soins  terrestres,  qui  le  conduisit  à 
de  longues  années,  toutes  de  religion  et  d'extase.  L'un  et 
l'autre  eurent  affisire  au  démon  ;  mais  les  visions  de  Thomme 
du  Nord  étaient  effrayantes  et  sombres,  véritables  luttes  et  ago- 
nie de  l'esprit;  mieux  doué,  le  rêveur  méridional  n'évo- 
qua jamais  que  des  anges  de  lumière  dont  les  ailes  s'ouvraient 
par  avance  pour  l'emporter  vers  les  régions  heureuses.  Ainsi 
qu'il  convenait  à  sa  loyauté  germanique  et  à  sa  simplicité  de 
cœur,  Luther  n'aspira  qu'à  la  perfection  compatible  avec  les 
soins  de  chaque  jour,  les  devoirs  universels  et  les  innocents 
plaisirs  de  l'existence  sociale;  héros  dans  son  ceuyre,  homme 
et  triê-homme  dans  sa  vie  ;  tantôt  oppressé  par  une  vague  mé<- 
laneolie,  et  mettant  au  défi  les  esprits  de  ténèbres  ;  tantôt 
s'abandonnant  à  la  joie  de  son  cœur  et  plein  de  reconnaissance 
pour  les  bienfiaits  abondants  qu'il  devait  au  ciel;  affectueux 
et  chéri  ;  en  échange  continuel  de  tendresse  et  de  soins  avec 
réponse  choisie  par  lui,  de  douces  paroles  et  de  naïfe  propos 
avec  les  enfants  qu'elle  lui  avait  donnés;  allégé  de  ses  soucis 
par  mille  plaisirs  humains;  parle  charme  de  la  musique,  par 
l'aspect  de  la  nature,  par  mille  émotions  sensuelles  qu'il  accep- 
tait en  poète.  Certes,  il  était  bien  loin  de  la  perfection  à  la- 
quelle aspirait  Ignace,  et  que  ce  dernier  atteignit  sans  doute, 
puisque  deux  bulles  l'ont  successivement  béatifié,  puis  cano- 
nisé. Cherchons-y  le  portrait  de  ce  prêtre  guerrier  tracé  par 
d'infaillibles  peintres,  nous  le  trouverons  investi  de  toute  la 
grâce  froide  et  de  toute  la  dignité  sculpturale  que  comporte  le 
travail  de  l'acier  aux  prises  avec  legranit:  en  revanche,  aucun 
de  ces  tons  adoucis,  aucune  de  ces  lumières  tempérées  dont 
le  pinceau  dispose;  nul  éclat  de  coloris,  nuls  groupes  habiles. 
Il  est  seul,  à  part  du  reste  des  hommes,  perdu  dans  des  visions 
qu'il  ne  peut  communiquer,  ivre  de  joies  auxquellespersonne 
'  ne  s'associe  :  sévère  et  contenu  jusque  dans  son  entbousiasBie, 
muet  quand  il  souffre,  et  ne  faisant  appel  à  aucune  sympa- 
thie; toujours  imposant,  toujours  austère,  toujours  isolé,  ao- 


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282  LBS  PREHIBB6  1É8U1TXS. 

cessible  à  la  tendresse,  mais  réloignant  de  lui»  nème  la  phu 
permise,  comme  an  mourement  coupable  :  humble  et  despote  ; 
ambitieux  et  sans  égoïsme. 

De  ces  deux  hommes,  c'est  le  protestant  que  nous  pféft* 
rons.  La  sagesse  humaine,  quand  elle  tend  à  dépasser  eelle 
du  Créateur,  n'est  qu'une  foHe  déguisée.  Quiconque,  annulant 
une  partie  de  son  être,  croit  par  là  fortifier  celle  qui  survit, 
n'est  jamais,  quoi  qu'il  fasse,  qu'un  monstre  disproportionaé. 
De  qudqnes  nuages  que  la  vérité  soit  enveloppée,  et  biea 
qu'elle  s'offire  trop  souvent  à  nous  tracée  eu  hiéroglyphes 
mystérieux,  celui  qpii  en  a  la  clef  sait  bien  vite  à  quoi  s'ea 
tenir  sur  l'origine  du  stoïcisme  chrétien  ou  païen.  L'un  et 
l'autre  prennent  leur  source  dans  un  immense  orgueil  sans 
cesse  agenouillé  devant  lui-même.  Au  contraire,  les  notioBf 
universelles  de  ce  qu'on  peut  appeler  la  perfection  bumaîM 
sont  i  la  portée  des  plus  simples  et  des  plus  ignorants.  Ea 
dépit  des  préceptes  didactiques,  desapophthegmesimpérieai, 
des  cantiques  inspirés  et  solennels,  des  institutions  civiles  oa  ' 
ecclésiastiques,  des  légendes  et  des  biographies  sacrées,  des 
apologues  et  des  prédications,  des  menaces  prophétiques,  des 
conseils  épistolaires,  des  lois  positives  que  la  religion  calho- 
liqoe  amullipliéesavecune  glorieuse  profusion,  iinevoiiéler* 
nelle  et  unanime  dit  encore  à  l'homme  que  le  nionde  aa  mir 
lieu  duquel  il  vit  et  le  moode  qu'il  porte  en  Ininoiéme  ont  éié 
eréés  Tun  pour  Tautre  ;  que  sa  vie  intérieure  a  besoin,  pour 
conserver  sa  force  et  son  équilibre,  d'être  renouvelée  et  Doa^ 
rie,  en  quelque  sorte,  par  des  rapports  continuels  avec  lai 
objets  extérieurs;  et  qu'il  touche  aux  suprêmes  limites  de 
f  élévation  qui  lui  est  permise  lorsque,  tout  acquis  aux  joi0 
et  aux  chagrins  de  l'existence,  il  ne  s'en  trouve  pas  aooias 
préparé  à  renoncer  aux  uns,  à  supporter  les  autres,  joycase- 
ment  soumis  à  la  volonté  du  cid. 

Toutefois,  et  bien  qu'elle  se  présente  sous  des  debm 
peu  séduisants,  la  grande  figure  dont  nous  venons  d'esquisso* 
lea  principaux  traits  n'en  a  pas  moins  droit  aux  hoaumgesds 
fwniverB*  Avant  ou  apvès  Loyola,  nous  ne  connÎBsotts  pas 


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d'homme  qui,  sans  iuspiratîon  divine,  sans  secours  militairt 
on  civil,  sans  faire  appel  aax  passions  de  la  nraltitiide,  ailett 
le  génie  de  concevoir  une  œuvre  politique  aussi  féconde  en 
Fésoltats  habilement  prévus,  le  courage  de  l'essayer,  la  gtoir» 
d'y  réussir.  Nonobstant  ses  folies  ascétiques,  ses  visions  mala* 
dives  et  le  vernis  grossier  que  les  ouvriers  en  miracles  de  son 
église  ont  répandu  i  flots  sur  ces  détails  bizarres,  TensemMê 
de  son  caractère  n'est  dénué  ni  de  sublimité  ni  de  grâce.  Il 
yécHt  au  milieu  d'hommes  éminents  qui  lui  accordèrent  un 
respect  sans  bornes.  Le  jour  anniversaire  de  sa  mort,  Baro* 
nias  et  Bellamiin,  sans  s'être  prévenus,  se  rencontrèrent  sur 
sa  toinrbe  et  célébrèrent  ses  vertus  par  un  double  panégyrique 
d'aatant  plus  éloquent  qu'il  était  moins  prémédité.  Son  sue» 
cesseur  Laynez  était  si  convaincu  de  la  préférence  accordée 
à  Loyola  par  l'Être  suprême,  qu'il  regardait  comme  impos* 
»ible  qu'une  des  prières  du  saint  restât  inexaucée.  François 
Xavier  ne  lui  écrivait  jamais  qu'à  genoux  et  n'implorait  le  cM 
qu'au  nom  des  mérites  de  «  son  saint  père  Ignace;  »  les  lettres 
autographes  qu'il  en  recevait,  considérées  comme  autantde  re* 
liqttes,ne  le  quittaient  jamais.  Une  opinion  populaire  étendait 
le  charme  de  sa  merveilleuse  renommée  jusqu'à  la  demeure 
qu'il  avaitsanctifiée  par  plusieurs  années  de  séjour  :  on  la  di^ 
sait  en  danger  de  s'écrouler  si  quelqu'un  de  ceux  qui  vinrent 
ensuite  àl'habiter  la  souillait  par  des  actes  ou  mêmes  des  penh 
sées  profanes.  Voilà  pour  sa  personne  ;  quant  à  sa  façon  de 
comprendre  l'amour  divin,  il  nous  est  plus  difficile  de  l'ap- 
précier, tant  elle  choque  nos  idées  protestantes  pleines  de 
réserve  et  de  froideur.  Si  nous  les  prenons  pour  base  de  notre 
jugement,  il  sera  sévère,  et  nous  condamnerons  comme  irrévè* 
pente,  et  presque  sensuelle,  cette  bizarre  ^A^opaMM;  sacrifice 
Ifop  exalté,  trop  surabondant  pour  être  tout  i  fait  pur  ;  IiImh 
tien  mêlée  de  lie  sur  un  autel  trop  ardent.  Loyola  comprenait 
nûeni,  à  notre  avi»,  ses  rapports  avec  les  hommes,  et  yisrih 
vis  d'eux  nous  le  trouvons  toujours  non-seulement  bienveil- 
Imt,  mais  rempli  de  compassion,  de  tolérance  et  de  can- 
deur Quelque  inflexible  qu'il  se  montrât,  lorsqu'il  exigeait  de 


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88b  LES  PREMIERS  JiWITSS. 

ses  disciples  d'élite  une  résignation  i  toute  épreuve,  il  était 
doux  à  tous'  les  autres,  surtout  aux  jeunes  et  aux  faibles;  et 
pour  ceux-là  on  le  voyait  faire  des  efforts  touchants,  quoique 
maladroits,  lorsqu'ils  lui  semblaient  avoir  besoin  de  quelque 
douce  récréation.  Jamais  on  ne  l'entendit  censurer  une 
foute  ou  même  un  crime  sans  qu'il  ne  cherchât  aussitôt  les 
raisons  d'excuse  ou  d'apologie  qu'on  pouvait  faire  valoir  en 
fiiveur  du  coupable.  Il  avait  pour  maxime,  durant  ses  der- 
nières années  ;  «  Que  l'bunùlité  voulait  être  humblement  ea- 
chée,  et  qu'il  fallait  éviter  les  éloges  dont  on  la  paye.  » 
C'est  pour  rester  conséquent  à  ce  principe  que,  sans  nulle 
ostentation,  il  s'était  entouré  dans  la  Casa  professa  (1)  de  tous 
les  dehors  qui  convenaient  à  sa  dignité.  Cette  maison  était  le 
centre  d'une  correspondance  plus  importante  et  plus  étendue 
que  celles  des  cabinets  de  Paris  ou  de  Madrid.  En  seize  ans 
degénéralat,  il  avait  établi  douze  provinces  de  son  ordre  eo 
Europe,  dans  l'Inde,  l'Afrique  et  le  Brésil.  Plus  de  cent  col- 
lèges ou  maisons  y  donnaient  asile  à  plusieurs  milliers  de 
profès  et  de  novices.  Ses  missionnaires  s'étaient  déjà  r^andus 
dans  tous  les  pays,  même  les  plus  éloignés  et  les  plus  barbares, 
que  le  commerce  de  l'Occident,  à  cette  époque  si  actif  et  si 
téméraire,  était  jusque-là  parvenu  à  s'ouvrir  De  tous  les  coins 
de  la  terre,  les  âmes  dévotes  s'adressaient  à  lui  pour  être 
guidées,  les  malheureux  pour  être  secourus,  les  sages  pour 
être  instruits,  les  maîtres  du  monde  pour  être  aidés.  Ses  con- 
temporains devinaient,  par  une  sorte  d'instinct,  qu'au  milieu 
d'eux  avait  tout  à  coup  paru  un  de  ces  hommes  qui  régnent 
en  vertu  d'un  droit  natif  de  suprématie,  et  auxquels  toutes 
les  volontés  vulgaires  doivent  obéir  de  gré  ou  de  force.  Cett« 
conviction,  ses  disciples  l'exprimèrent  formellement  sur  sa 
tombe,  où  est  gravée  la  mémorable  épitaphe  :  «  Qui  que  tu 
sois,  si  tu  as  cherché  dans  ton  imagination  le  portrait  de  Pom* 
pée,  de  César  ou  d'Alexandre,  ouvre  les  yeux  devant  ce  mar- 

(1)  La  maison  professe  ;  c'élait  un  oouveni  de  Rome  quB  le  pape  anii 
assigné  aux  jésuites  pour  leur  résidence. 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  285 

bre,  et  apprends  de  Ini  qu'Ignace  laisse  bien  loin  tous  ces 
conquérants  femeux.  » 

Sans  insister  sur  la  grandeur  relative  des  conquêtes  de  César 
et  de  Loyola,  elles  eurent  cela  de  commun  qu'à  la  mort  du 
conquérant  l'héritage  desa  couronne  resta  longtemps  incertain 
et  disputé.  Ici  notre  récit  change  de  nature  ;  nous  descendons 
de  la  région  héroïque  et  sublime  à  celle  qu'habitent  les 
hommes  de  second  ordre. 

La  constitution  de  l'Ordre  voulait  que  le  choix  du  nouveau 
général  se  fit  par  un  chapitre  où  devaient  être  convoqués  tous 
les  profès  et  nul  autre  qu'eux.  lago  Laynez  était  le  plus  émi- 
nent  et  le  plus  âgé.  Ce  fut  lui  qui  de  son  lit  de  mort  [  du 
moins  le  croyait-on  ainsi)  appela  ses  frères  à  venir  consom- 
mer l'élection  dans  la  maison  professe.  Cette  citation  resta  sans 
effet,  le  plus  grand  nombre  des  électeurs  ayant  été  retenus  en 
Espagne  par  Philippe  II,  qui  était  alors  en  guerre  avec  la 
cour  papale,  et  dans  cette  extrémité  Laynez  fut  provisoire- 
ment nommé  aux  fonctions  de  Vicaire  Général.  L'influence  des 
nouveaux  honneurs  sur  la  santé,  pour  n'être  pas  reconnue  par 
la  médecine  savante,  n'en  est  pas  moins  un  fait  acquis  à  l'ob- 
servation philosophique.  Sa  promotion  rendit  à  Laynez  une 
vie  renouvelée  ;  Il  assuma  tous  les  pouvoirs  de  sou  illustre 
prédécesseur  et  prouva  bientôt  qu'il  en  saurait  faire  usage. 
Mais  les  clefs  de  saint  Pierre  tout  comme  le  sceptre  de 
Loyola  se  trouvaient  alors  dans  des  mains  vigoureuses. 
Paul  IV,  pontife  à  la  tète  ardente  et  jaloux  de  son  autorité  » 
s'était  laissé  dompter  par  l'ascendant  supérieur  d'Ignace; 
mats  il  s'était  promis  de  saisir  le  moment  favorable  pour 
arrêter  les  progrès  d'une  puissance  qui  commençait  à  lui 
sembler  menaçante  ;  et  ce  moment,  il  le  crut  arrivé.  Son  pre- 
mier acte  fut  de  mettre  en  commission  (comme  on  le  dirait 
de  nos  jours)  le  généralat  vacant,  et  de  ne  laisser  à  Laynez 
qu'une  portion  de  ce  gouvernement  disséminé.  Le  Vicaire  Géné- 
ral avait  contre  cette  première  attaque  une  ressource  à  peu  près 
assurée.  C'était  de  passer  en  Espagne,  où  il  ne  pouvait  guère 
manquer  de  réunir  comme  à  Rome  la  majorité  des  suffrages; 


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386  hBS  «ymiEBS  «évites. 

toutefois,  au  moment  ou  il  allait  partir,  parat  un  bref  dn 
pape  qui  défendait  à  tout  jésuite  de  quitter  les  oours  de  Rome. 
Ainsi  cofitrarié,  Laynez  prit  la  résolution  d'élever  immédia- 
tement au  rang  de  proies  autant  de  ses  compagnons  qa*il  ea 
fallait  pour  composer  un  collège  suffisant  à  élire  le  chef  de 
rOrdre  ;  le  vieux  pontife,  vigilant  et  rasé,  découvrit  ce  projet 
et  y  mit  obstacle.  Il  ne  restaijt  donc  plus  à  Laynez,  qui  voyait 
ainsi  toutes  ses  manœuvres  déjouées,  qu'à  attendre  le  retour 
delà  paix.  Elle  se  fit  enfin,  et  les  électeurs  d'Espagne  si  long- 
temps attendus  arrivèrent  ea  Italie. 

La  salle  où  se  rtenii  cette  première  assemblée  n'avait 
rien  de  majestueux,  et  dans  l'enceinte  des  sept  collines  on 
n'eût  pas  trouvé  de  collège  en  apparence  moins  imposant. 
Pourtant  les  comices  assemblés,  dont  la  clameur  en  éreil- 
lait  jadis  les  échos,  avaient  rarement  confié  aux  prétenrs  et 
aux  proconsuls  romains  un  pouvoir  plus  étendu  que  celui 
dont  ces  hommes  allaient  disposer.  Mais  LayBez  n'était  pas 
au  bout  de  ses  désappointements.  Les  portes  de  la  chapelle 
s'ouvrirent  tout  à  coup,  et  le  cardinal  Pacheco,  introduit  dans 
l'assemblée,  lui  interdit  au  nom  du  pape  de  passer  entre 
à  l'élection,  si  elle  ne  voulait  consentir  à  ne  nommer  le 
général  que  pour  un  laps  de  trois  années  ;  il  fallait  en  outre 
promettre,  à  l'instar  des  autres  communautés  rdigi^ises, 
qu'on  chanterait  tous  les  jours  les  offices  indiqués  par  TE* 
glise.  Alors  se  présenta  ceile  question  ^ineuse  que  nos  ca* 
smstea  anglicans  ont  si  bien  débattue  il  y  a  quekpie  cent  cin- 
quante ans  à  rencontre  d'un  roi  papiste  :  «  Qudiles  sont  les 
Unîtes  d'une  autorité  absolue?.)»  question  que  nos  casutstes 
résolurent  alors  dans  le  même  sens  que  lago  Laynez  et  ses 
firères»  Sans  tenir  compte  de  leurs  voeux,  des  ordres  du  pape 
0t  de  la  présence  du  cardinal,  ceux-ci  l'élurent  immédiate- 
anent  général  à  vie,  et  ils.  n'ajoatteent  pas  undilanie  i 
leurs  offices  accoutumés. 

Du  reste^  et  à  cela  près,  ks  dehors  furent  merveiUeQse- 
oient  cbservés  :  les  électeurs  se  montràrent  jofeux  et  recoa- 
oaissoila;  le  nouveau  génénl  téoMUgnait^  vie  répugnance 


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LSS  tftKHIBRS  JÉ8U1TBS.  ^gj 

éloquente,  mie  sorte  de  douleur  et  leeentimeotde  Tiinmense 
responsabilité  qui  allaitpeser  sur  lui.  Etait-ce  là  de  rbypocriaie? 
Devons-nous  absolument  novs  refuser  à  croire  qu'en  cette 
occasion  Laynez  ait  véritablement  obéi  à  des  mouvemento 
plus  nobles  et  plus  purs  que  ceux  de  raaibition  terrestre? 
Et  pourquoi,  s'il  vous  plaît?  Et  quel  est  celui  d'eatre  iia«s 
qui  n'a  pas  observé  en  lui,  après  une  lutte  de  sentiments  con- 
tradictoires ,  cette  espèce  de  compromis  triomphal  auquel 
prennent  part,  dans  une  proportion  impossible  à  définir,  nos 
grandeurs  et  nos  petitesses,  nos  bons  et  nos  mauvais  instincts? 
Si  nous  voulons  demander  aux  événements  qui  suivirent  le 
mot  de  Ténigme  que  nous  venons  de  nous  poeer,  ils  n'auront 
rien  de  bien,  décisif  à  nous  apprendre.  Sur  les  vingt-quatre 
fivres  d'Orlandinus  il  y  en  a  huit  consacrés  à  Thistoire  de 
rOrdre  durant  ràdministration  de  Laynez.  £a  les  parcourant, 
oo  se  sent  obligé  de  reconnattre  qu'il  possédait  des  talents 
peu  ordinan-es,  et,  nonobstant  quelques  doutes,  on  est  t^té 
d'admettre  qu'il  y  joignait  une  piété  sincère  et  peu  commune. 
Laynez  semblait  né  pour  suppléer  à  toutes  les  lacunes 
inlellectuelles  que  nous  avons  remarquées  chez  Ignace.  U 
était  familier  avee  cette  littérature  théologique  du  moyen 
Age  qui  défierait  de  nos  |our»  les  investigations  des  aavanta 
les  plus  acharnés,  et  qui  se  coBipltquait  alors  des  études  mo- 
rales maintenant  dévolues  plus  spécialement  à  la  philosophie 
mondaine.  Ce  riebe  sav<Hr  l'avait  rendu  indispensable  au 
premier  général  ;  mais  tout  en  le  consultant  avec  la  plusentiére 
confiance  et  en  se  servant  de  lui,  Loyola  ne  paraissait  pas  ai- 
mer ce  Ascipie  utile.  Oriandnius  raconte  qu'aueun  nwmbre 
de  l'Ordre  n'était  traité  avise  smtant  de  rigueur,  malgré  ses 
importants  services  :  «  Ne  pensez-vous  pas,  lui  disait  Ignace, 
que  dans  le  travail  nécessaire  pour  constituer  les  ordres  reli- 
gieux, les  saints  fondateurs  ont  été  divinement  inspirés?  — - 
Sans  doute,  répliquait  Laynez,  en  tant  que  le  plan  général 
et  les  principes  essentiels  le  demandaient.»  En  conséquence, 
ik  se  partaféreni  la  besogne,  le  saint  inspiré  se  chargeant 
de  fournir  un  texte  dont  le  savant  «ans  inspicaiions  préparait 


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386  LES  PBEUIERS  JÉSUITES. 

les  commentaires,  et  qu'il  rattachait  aux  doctrines  établies. 
Aussi  le  législateur  revendiquait-il  la  gloire  d'avoir  élevé  un 
édifice  dont  le  plan  et  l'arrangement  émanaient  deDieu,laisp 
sant  à  son  compagnon  de  travail  le  mérite  d'en  avoir  étayé  les 
fondements  à  Taide  d'un  savoir  dont  il  ne  contestait  pas  Fex- 
cellence,  mais  qui  n'était  qu'une  chose  humaine.  Un  court 
exemple  expliquera  mieux  que  toutes  nos  définitions  ce  par- 
tage du  travail  commun. 

Voici  un  texte,  œuvre  de  Loyala  : 

c(  In  tkeolofià  legetur  Y  tint  et  Novum  Ttêiamemtumf  ^ 
doctrina  sckolasiica  dim  Thomm, 

Laynez  y  ajouta  ce  commentaire. 

m  Pralegetur  eiiam  magister  sententiarum;  std  si  videatar 
iemporii  decunu ,  alius  auctor  studentibtu  utilior  futurvs,  ut  d 
aliqua  Swhtna,  vel  liber  thtologiœ  êdwktaticœ^  confieerttur^  qui 
nostris temporibus  acewiinwdatior videretur  [i] , — prœUgipoterit, 

Ainsi  Loyola  y  naturellement  ennemi  de  tout  changeaient, 
voulait  donner  pour  jamais  à  saint  Thomas  le  privilège  d'in- 
terpréter rÉcriture  sacrée  ;  Laynez,  au  contraire,  plus  péné- 
trant et  plus  prévoyant  devinait  que  lé  temps  allait  venir  où  il 
fiaudrait  des  enseignements  plus  larges^  mieux^appropriés  aux 
besoins  de  l'époque.  C'était  là  une  prédiction  que  se  chargea 
de  réaliser,  peu  de  temps  après  sa  mort,  son  célèbre  élève 
Molina. 

Ce  nom  nous  rappelle  que  Laynez  a  eu  le  mérite  ou  le  tort  de 
faire  revivre  dans  les  temps  modernes  les  doctrines  molinistes 
ou  pour  mieux  dire  arminiennes.  Les  questions  que  cette 
croyance  a  soulevées  seront  sans  doute  à  l'ordre  du  jour  dans 
bien  des  siècles,  comme  elles  l'ont  été  bien  des  siècles  avant 

(1)  «  On  lira  dans  la  classe  de  théologie  l'Ancien  et  le  Nouveau  Tes- 
tament, ainsi  que  la  doctrine  scholastiqae  de  saint  Thomas.  » 
Et  tout  en  donnant  son  assentiment,  Lajnez  ajoute  : 
«  Mais  si  un  temps  venait  où  quelque  autre  auteur  semble  plus  utile 
aui  étudiants  ;  si  quelque  Somme  ou  quelque  autre  livre  de  théologie scbo- 
lastiqne,  écrit  par  la  suite,  semble  pbis  approprié  aui  besoins  de  notre 
époque,  ^  il  pourra  être  mis  en  leeiure.» 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  289 

noas..  Hais  sûrement  on  trouverait  peu  de  gens  disposés  à 
contredire  ce  fait  :  Qu'elle  était  particulièrement  accommo- 
dée aux  besoins  du  temps  où  vécut  Laynez.  L'avènement  du 
protestantisme  devait  contraindre  ses  grands  antagonistes  à 
prêcher  une  doctrine  plus  intelligible  et  plus  souple  que  celle 
de  saint  Augustin  ou  de  saint  Thomas  ;  et  s'il  est  vrai  de  dire 
que  ces  opinions  nouvelles  aient  été  l'origine  première  des 
périls  auxquels  la  société  de  Jésus  fut  ensuite  exposée,  des 
reproches  qu'elle  encourut,  du  discrédit  dans  lequel  elle 
tomba,  il  faut  bien  avouer  aussi  qu'elle  leur  dut  en  commen- 
çant une  bonne  partie  de  sa  force  et  de  sa  vitalité. 

Les  doctrines  de  Molina  furent  risquées  par  Laynez,  même 
au  sein  du  concile  de  Trente,  où  il  s'attira  (peu  soucieux  néan- 
moins de  si  dangereuses  censures]  une  accusation  formelle 
d'hérésie  et  de  pélagianisme  ;  mais  sur  ce  théâtre,  le  mieux 
approprié  que  l'on  eût  vu  depuis  la  chute  de  la  république 
romaine  aux  combats  de  l'éloquence,  il  déploya  cette  hardiesse 
que  donne  la  conscience  d'un  talent  supérieur  aux  orateurs 
les  moins  courageux.  Sans  se  laisser  arrêter  par  les  cris  d'in- 
dignation qu'il  soulevait  de  toutes  parts,  il  maintint  la  liberté 
de  l'arbitre  humain  et  les  doctrines  ultramontaines,  plus  mal 
venues  encore  de  son  auditoire.  La  communion  sous  les  deux 
espèces,  réclamée  à  grands  cris  par  les  laïques  d'une  moitié 
de  l'Europe,  n'eut  pas  d'adversaire  plus  véhément.  Il  comptait 
pour  apaiser  les  ressentiments  qu'il  allait  faire  naître  en  dé- 
fendant ces  thèses  impopulaires,  sur  la  sympathie  que  les 
hommes  accordent  toujours  au  talent.  Sa  position  était  d'ail- 
leurs la  plus  favorable  qu'il  pût  souhaiter  pour  déployer  une 
humilité  fastueuse  :  elle  l'isolait  et  le  grandissait  en  l'éloignant 
des  trûnes  occupés  par  les  légats  du  pape  et  par  les  ambas- 
sadeurs de  la  chrétienté.  Aussi  l'impression  produite  par  ses 
discours  n'en  fut  que  mieux  constatée  lorsqu'on  vit  les  car- 
dinaux, les  évêques,  les  comtes,  les  abbés,  les  généraux  d'or- 
dre et  les  docteurs  déserter  le  voisinage  de  ces  trônes  brillants 
pour  se  grouper  en  foule  autour  de  la  chaire  où  durant  deux 
heures  Laynez  les  tint  suspendus  à  ses  lèvres.  Par  la  suite  il 

6*  SÉRIE.— TOME  XII.      *  19 


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9M  LE8  PRBM1BE8  9ÈSCJXES. 

eut  occasion  de  foire  connaître  de  nouveau,  à  Paris  eU  Rome, 
fies  talents  oratoires,  qui  reçurent  partout  un  accueil  aasn 
flatteur;  et  pourtant,  «  Ton  exaaûne  lea  deux  discours  délai 
qu'Orlandinus  a  choisis  entre  tooa  pour  les  conserver  à  la  pes- 
iérité,  il  est  difficile  dé  découvrk  le  cfaaraie  qui  arrachait  taat 
d'orgueilleux  prélats  au  sentiment  de  leur  digaiié.  La  parole 
de  Laynezi  jugée  sur  ces  fragments,  ne  semble  ni  passioDaée 
ni  riche  en  couleurs;  on  n*y  remarque  pas  non  plus  cet 
entraînement  de  la  pensée  qui  semble  s'élever  au-dessus  des 
règles,  et  dominer  par  TouUi  même  qu'elle  ea  fait.  Une  agor 
mentation  lumineuse,  une  expression  facUe  et  plus  kcide, 
forent  probablement  les  gfands  mérites  de  cet  orateur ,  et  ces 
mérites  iFne  les  faut  pas  mépriser.  De  tous  les  résultats  oiÀib- 
nus  par  la  parole,  U  n'en  est  guère  de  plus  heureux  et  de 
mieux  venu  que  cette  clarté  didactique  qui,  sans  fatiguer 
l'attention,  porte  la  lumière  et  f  ordre  dans  les  pensées  con- 
fuses, obscures,  incohérentes  d'un  auditoire  nombreux. 

Les  ennemis  de  l'Ordre  n'ont  pas  jugé  Lay nez  aussi  favo- 
saMement  que  nous  l'avons  fiiit  :  on  lui  a  reproché  d'avoir 
caché  sous  des  baillons  une  ambition  dévorante,  et  sous  de 
sincères  dehors,  une  subtilité  d'esprit  touchant  de  près  à  la 
fiMisseté.  Toutefois  un  homme  qui,  au  seizième  siècle,  reftisa 
positivement  un  chapeau  de  cardinal, — on  a  prétendu,  isais 
le  fait  nous  semble  apocryphe,  qpie  b  ps^uté  lui  fut  vaise- 
tteni  offerte,  —un  tel  homme,  disonsHaous»  semble  justifié 
de  tout  vul^ire  appétit  pour  les  honneur»  de  ce  monde. 
Quant  à  l'hypocrisie,  c'est  une  accusaitioB  inévitableffleat 
portée  contre  toute  haute  vertu,  par  dea  antagonistes  iatè- 
reasésàn'y  pascroire.  Resté  pendant  dix-huit  ans  i  la  tète  d'aae 
cotporation  impopulaire  et  soupçoanée  dès  l'instant  mèaiede 
son  origine,  il  n'avait  po«r  repousser  l'envie  qui  s'attache 
toujours  aux  succès  rapides,  ni  le  fKrestige  du  rang  hérédi- 
taire,  ni  cet  autre  prestige  plus  irrésistible  encore,  i  l'aide 
duquel  un  esprit  audacieux  subjugue  les  hommes  éblouis.  Ses 
mains  n'étaient  pas  faites  pour  manier  les  «mes  d'Ignace  et 
de  Xavier,  maie  celles-là  lui  manquant,  U  s'en  fit  d'autres 


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LIS  FKEMintS  JÉ8VITI8.  9H 

qm  soB  adresse  consommée  rendît  souyent  victoneuBeB.  Soo 
Ordre  lui  duC  cette  doctrine  caractéristicpie  dont  le  nom  rap* 
pdfe  ésw^quemeBt  rorigine;  la  réalité  du  sarmr  et  sa  re- 
BOOHiée;  des  prÎTilégesconaidérablenienl  agrandis  ;  l'alliance 
pins  intime  arec  la  papauté,  puis  enfin, — nous  comptons  ceci 
parmi  ses  ocwqnétes, — la  haine  plus  rire  et  pins  ardente  des 
réformateurs.  Laynes  lui  donna  de  pius  ces  relations  inf- 
luentes avec  tous  les  cabinets  de  TEirope,  cpii  devaient,  dans 
on  avenir  peu  éloigné,  asseoir  la  puksanee  temporeUe  des 
îésnîles.  Ce  fnt  enfin  sa  .gloire,  gloire  triste  et  sanglante» 
d'avoir  compté  parmi  ses  disciples  l'infiàme  Catherine  de  Mé- 
dicis  et  le  iaible  monarque  qui  lui  servit  d'instrument.  Au 
moment  même  où  ils  préparaient  à  loisir  le  plus  grand  crime 
qui  ait  soniUé  les  annales  de  la  chrétienté,  Laynez  mêlait  à 
leurs  dâibérations  sa  voix  toujours  obéie.  Néanmoins  il  n'est» 
nons  devons  le  dire ,  que  le  eemptice  moral  de  la  Saint-Bar- 
tbélemy  :  étranger  à  la  détermination  même  dn  massacre,  il  le 
prépara  senlement  par  les  doctrines  qu'il  eut  l'imprudence 
d'émettre  dans  les  débats  qu'il  soutint  à  Paris  contre  les  prin- 
GÎpanx  docteurs  de  l'Église  réformée.  On  peut  croire  que  les 
exaspérations  haineuses  de  cette  lutte  théologique  enconrar- 
gèrent  les  sowerains  qni  récoutaîent  à  verser  sans  scrupule 
le  sang  d'nn  parti  dénoncé  sans  ménagement  i  leur  colère  et 
à  leurs  terreurs. 

IWnié  de  talents  extraordinaires^  d'une  instruction  pro- 
foBde,  bdnle  dans  sa  oeoduile»  séduisant  par  son  éloquence, 
fl  manqua  peu  de  chose  à  Laynex  pour  qu'il  inscrivit  son 
nom  snr  la  liste  des  hommes  à  qni  «pe  sorte  de  droit  divin 
soumet  les  peuples  et  les  empires.  Hais  ces  rois  du  hasard  se 
laconnaissent  au  génie  qai  trace  d'un  seul  jet  leurs  plana 
merveilleiix,  à  la  passion  qui  ks  réalise.  C'est  là  leur  sceptre 
et  leur  diadème.  Laynex,  lut,  n*6ni  ni  passion,  ni  génie. 
Ken  sopérieur  par  l'inteHigence  à  Loyola  et  à  Françoi»-Xa- 
vier,  la  paroelle  enflammée  que  leur  Ame  recelait  n'aurait  pu 
habiter  dans  la  sienne.  Aussi,  qnoi  qu'il  ait  pu  faire,  on  ne 
doit  voir  en  lui  qu'un  disciple  :  il  porte  remprunte  de  Loyola 


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S92  LES  PBEMIEBS  JÉSUITES. 

comme  le  serf  du  moyen  Age  celle  de  son  maître  et  seigneur; 
il  est  le  premier,  sinon  le  plus  éminent  produit,  de  cette  ac- 
tion prodigieuse  à  Taide  de  laquelle  le  fondateur  des  Jésuites 
pétrissait  et  feçonnait  à  nouveau  la  créature  humaine;  il 
montre  enfin  à  quel  degré  de  force  on  arrive  en  concentrant 
tous  les  intérêts  de  la  vie,  toutes  les  affections  du  cœur  dans 
les  étroites  limites  d'une  communauté  solidaire.  Chez  lai 
comme  chez  beaucoup  d'autres,  ce  procédé  avait  développé 
la  vigueur  du  caractère,  mais  aux  dépens  de  son  expansion  :  il 
avait  substitué  à  Tégoisme  personnel  une  sorte  d'égoïsme  so- 
cial; à  rhumaine  vertu,  la  vertu  de  collège  et  de  confrérie; 
à  la  philanthropie,  l'esprit  de  caste,  esprit  servile  et  qui 
s'enorgueillit  de  sa  servilité  même;  qui  n'exclut  pas,  qui 
enfante  même  quelquefois  de  grandes  actions,  mais  qui  dé- 
truit entre  les  hommes  toute  sympathie  libre  et  cordiale;  es- 
sentiellement contraire  d'ailleurs  à  cette  universelle  ten- 
dresse, à  ces  effusions  de  bienveillance  et  de  dévouement 
dont  le  Sauveur  des  hommes,  patron  invoqué  par  les  Jésuites, 
est  l'exemple  le  plus  divin. 

La  Maison  professe,  d'ordinaire  livrée  au  calme  le  plus  pro- 
fond, sortit  tout  à  coup  de  son  repos,  le  2  juillet  1565.  Bans 
ces  cloîtres,  des  hommes  à  la  démarche  austère  se  rencon- 
traient en  se  serrant  la  main,  et  des  lèvres  habituellement 
muettes  échangeaient  de  cordiales  félicitations.  Un  seul  habi- 
tant de  la  sainte  maison  demeurait  isolé  de  la  joie  commune; 
on  eût  dit  à  voir  sa  physionomie  inquiète  et  ses  gestes  sup- 
pliants qu'un  malheur  le  menaçait  dont  il  eût  voulu  détourner 
l'amertume  ;  de  grands  chagrins,  des  travaux  immenses  avaient 
blanchi  ses  cheveux  et  sillonné  son  pâle  visage  ;  mais  il  ne 
comptait  guère  plus  de  cinquante  ans,  et  sa  lyaute  taille  et  sa 
physionomie  animée  ressortaient  sous  un  costume  pauvre, 
porté  avec  une  rare  noblesse  ;  on  l'appelait  le  père  François,  et 
c'était  lui  qu'après  la  mort  de  Laynez  les  suffrages  unanimes 
de  l'assemblée  d'élection  venaient  de  porter  au  généralat  de 
rOrdre.  Il  n'y  avait  rien  de  joué  dans  le  désintéressement 
avec  lequel  il  repoussait  un  tel  honneur,  car  sa  vie  fàssée 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  S93 

lai  avait  appris»  et  de  reste,  le  néant  des  dignités  et  de  la  puis- 
sance humaines. 

Le  père  François  était  par  les  femmes  le  petit-fils  de  Fer- 
dinand d'Aragon,  par  conséquent  le  proche  parent  de  l'empe- 
reur Charles-Quint.  Parmi  ses  aïeux  paternels,  il  pouvait  se 
glorifier  ou  s'attrister  de  compter  le  pape  Alexandre  VI  et . 
César  Borgia. 

Cette  race  si  célèbre  par  ses  immenses  richesses,  les  hautes 
positions  qu'elle  avait  occupées,  les  crimes  dont  la  mémoire 
pesait  sur  elle,  l'avait  pour  représentant  direct;  le  père 
François,  avant  de  porter  cet  humble  nom,  s'était  appelé  don 
Francisco  Borgia,  duc  de  Gandia,  grand  d'Espagne,  etc. 

A  peine  enfont,  et  comme  s'il  eût  eu  mission  de  racheter  tous 
les  forfaits  de  ses  ancêtres,  il  avait  annoncé  les  plus  saintes  dis- 
positions. Chaque  mois  il  tirait  au  sort  le  nom  de  quelque  bien- 
heureux du  calendrier,  et  réglait  sa  vie  d'après  les  souvenirs 
qu'avait  laissés  dans  les  annales  de  l'Église  ce  patron  demandé 
à  la  Providence.  A  l'âge  de  dix  ans,  son  imitation  des  saints 
allait  déjà  si  loin  qu'il  s'infligeait  la  discipline  la  plus  rude  ; 
soin  déplacé,  qu'il  eût  dû  selon  nous  laisser  à  ses  maîtres.  Tel 
fut  sans  doute  l'avis  de  son  oncle  maternel  don  Juan  d'Ara- 
gon, archevêque  de  Saragosse  ;  car  lorsqu'il  prit  la  direction 
des  études  de  son  neveu,  les  maîtres  d'escrimé  et  d'équitation 
forent  requis  plus  souvent  que  le  pi:ofesseur  de  théologie  ;  et 
dès  que  don  Francisco  fot  entré  dans  sa  dix-neuvième  année, 
ce  noble  prélat  l'envoya  terminer  son  éducation  à  la  cour  de 
l'empereur  son  cousin. 

L'ardeur  qu'il  avait  d'abord  déployée  dans  ses  aspirations 
vers  la  vie  monastique,  notre  jeune  courtisan  la  reporta  bien- 
tôt en  partie  sur  les  frivoles  exercices  du  monde  briUant  o& 
il  vivait.  Nul  ne  déployait  plus  de  grâce  dans  le  maniement 
d'un  coursier,  et  ne  portait  son  épée  d'une  main  plus  ferme 
entre  les  épaules  du  taureau  furieux;  nul  dans  un  tournoi 
ne  disputait  mieux  la  palme  à  son  souverain  et  ne  se  laissait 
vaincre  plus  à  propos.  Indifférent  aux  conquêtes  nombreuses 
que  tant  d'avantages  lui  devaient  valoir,  il  n'aspirait  qu'au  sou- 


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2M  LES  VBBMIBBS  JBSUITBS. 

rire  approbateur  de dem  beaux  yei»,  et  il  ne  mit  laceuromio 
de  là  beauté  qu'aux  pieds  dTleonora  de  CasUt).  Elle  accepta 
bientôt  sou  loyal  amour  et  derint  son  épovse.  Les  sentiments 
pieux  néanmoins  régnaient  enoore  dans  oe  cœnr  qu'elle  arait 
soumîfiw  Musi£9ien  aocompli,  <k>n  Francisco  ne  feisaitentea- 
«  dre  sur  son  luA,  dans  les  salles  de TEecurial ,  que  des  ain 
empruntés  à  la  musique  sacrée;  passionné  pour  la  chasse,  en 
le  Toyait  soavent,  au  moment  eu  eHe  oUrait  Tintépèt  le  plos 
vif,  alors  quB  le  faooon  à-demt  perdu  dams  Tasur  <dacîel  aHnt 
s'abattre  sur  sa  proîe>  on  le  voyait^  disons-nous/ bwssantlei 
yeux  et  iovrmmt  bride,  interrompre  brosqnement  ee  pMsir 
enivnmt,  qu'il  transformait  ainsi  en  moyen  de  pénitence. 

Il  reçut  avec  Charles-Quint  les  leçons  de  Sainte-Croix,  le 
meilleur  tacticien  de  l'époque  et  le  plus  habile  fortificatear. 
Puis  il  alla  les  appliquer  sur  le  mage  d'Afrique,  oà  sa  na- 
ipifficcnoe  et  sa  braroure  hasardeuse  le  mirent  au  premier 
rang  des  champions  chrétiens,  A  la  tète  d'un  corps  enréU 
par  faii,  on  le  vit  suivre  l'empereur  dans  le  Milanais  et  la  Pro- 
vence; et  ce  fut  pour  payer  de  nombreux  services  qne  Char- 
les lui  donna  mission  d'aller  rendre  compte  de  cette  can- 
pagne  à  rimpératrice  Isabelle,  résidant  alors  à  Ségovie.  Cette 
princesse  était  pour  Borgia  comme  une  seconde  mère;  peirtt 
iemmeuneamieaineère  et  dévouée.  Durant  les  fêtes  qui  hrent 
données  afin  de  célébrer  les  victoires  de  Charles,  les  ébtbde 
Castille  s'assemblèrent  i  Tolède;  Eleonora  et  Francisco figa* 
rèrent  au  premier  rang  des  seigneurs  qui  entouraient  le  trftne. 

Le  bras  de  la  Providence,  habituée  à  se  jouer  des  graa- 
deurs  humaines,  apparut  tout  à  coup  à  cette  heure  triom- 
phale. Isabelle,  à  peine  dépouillée  de  son  manteau  d'impéia- 
irioe,  fat  appelée  à  revêtir  ie  suaire  funèbre,  liais  dans  ces 
moments-là  même  mil  t'orgueil  des  hommes  reçoit  les  plus 
édataats  démentis,  il  re^ve  encore  la  tète  et  proleste.  A  h 
cour  d'Espagne  surtout  la  mort  a  son  cérémonial  rigoorem» 
et  les  cadavres  sont  «ncore  soumis  à  f  étiquelte.  Un  usags 
impérieux  voulait  ^'babelle,  avant  d'^itre  descendue  seuB 
les  caveaux  de  TEscurial,  fdt  examinée  4mis  son  eeronei 


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LBS  PREMIEltS  JÉSUITES.  295 

coyert,  dont  on  écartait  lesvoiles  embaumés,  parnn  desgrands 
de  ia  cour,  toujours  prêt  à  déposer  sous  serment  qu'aucune 
fraude  n'avait  substitué  aux  restes  de  la  personne  royale  d'in* 
dignes  et  vulgaires  ossements.  Cette  mission  fut  confiée  à  don 
Foincîseo  Borgia  ;  nul  n'étant  plus  digne  de  la  remplir,  soit 
ptr  son  rang,  soit  par  l'intime  connaissance  qu'il  avait  des 
traits  de  la  princesse.  Ce  dut  être  pour  lui  un  moment  solen- 
nel qne  celui  où  il  0K>nta  les  degrés  du  catafalque,  au  bruK 
des  prières  nrarmurées  et  des  orgues  plaintives,  pour  jeter  un 
dernier  regard  mouillé  de  pleurs  sur  les  traits  vénérés  de  su 
royale  mme.;  et  sa  main  trembla  sans,  doute  en  écartant  avee 
respect  les  draperies  qui  lui  cachaient  tes  secrets  de  la  tombe. 
Ifnts  oe  fpi'îl  vit  alors...  et  pourquoi  décririons-nous  cet  ef- 
frayant et  kîdeux  spectacle  ?  ce  qu'il  vit  alors  fit  passer  nn 
frisson  dans  tons  ses  membres,  ses  genoux  fléchirent  d'eus- 
niémos ,  et,  détournant  la  tète,  il  pria  INeu,  seul  grand,  seul 
digne  d'être  adoré,  seul  impérissable. 

Cest  là  l'ère  capitale  de  la  vie  de  Borgia.  Rien  ne  la  si- 
gnala aux  yeux  des  hommes  ;  mais,  dans  le  secret  de  sa  con* 
science,  il  n'envisagea  plus  le  nH)nde  qu'avec  mépris.  Et 
cependant  quelle  existence  plus  que  la  sienne  pouvait  fournir 
nn  aliment  à  l'activité  de  l'esprit,  une  base  assurée  aux  cal- 
enk  de  l'ambition  1  Maître,  à  la  fleur  de  l'^e,  d'une  ferUin» 
priacière,  héritier  d'une  maiseo  illustre,  parent  et  Bivori  de 
l'emperenr,  déjà  renommé  cafMtaine,  brillent  au  sein  des 
eonrs  p»r  les  agréments  de  9â  personne  et  les  talents  qu'il 
arait  cultivés,  heureux  dans  son  intérieur  par  les  soins  d'une 
«esdreéponse,  entonré  d'enfiints  dont  les  jeux  charmaient  ses 
benres  oisives»  «e  fat  alors,  a  l'Age  de  vingUnenf  ans,  qu'il  m^ 
mtoçit  résafament  i  tons  oes  dons  de  la  Providence,  et  qu'il 
s'engagea,  par  un  vœu  solennel,  à  finir  ses  jours  dans  qoéU 
fne  ordre  religieux,  si  Jamais  il  survivait  k  sa  femme.  L'aspeet 
d'«Mi  cmàmv^y  le  triomplie  hideux  du  trépas,  avaient  détruit 
à  nés  yeux  tontes  les  illusions  de  l'existence  :  il  ne  voyait  plus 
4am  ia  eréaÉure  humaine  qu'une  ombre  passagère,  et  dans  ses 
rèvies  de  bonheur  nn  mensonge  de  quelques  heures,  mensonge 


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296  LES  PREMIEBS  JÉSUITES. 

frivole,  déraisonnable,  insensé,  dont  la  colère  de  Dieu  dis- 
sipait le  vain  prestige,  et  faisait  évanouir  les  pompes  éphé- 
mères. 

Charles-Quint,  qui  devinait  le.  secret  de  ces  décourageantes 
méditations,  voulut  rappeler  son  ami  aux  soins  mondains  qai 
en  pouvaient  seuls  combattre  le  désastreux  effet.  Il  le  força 
d'accepter  la  vice-royauté  de  Catalogne  et  la  croix  de  Tordre 
d'Âlcantara,  qui  était  à  cette  époque  la  plus  enviée  des  dis- 
tinctions chevaleresques.  Don  Francisco  céda  aux  instances 
de  son  maître,  et  dans  le  nouveau  poste  qui  lui  était  confié, 
il  se  montra  aussi  ferme  que  juste,  aussi  libéral  que  bon  ad- 
ministrateur. On  put  même  dès  lors  remarquer  en  lui  une 
tendance  qui  le  distingua  dans  la  suite  cooune  général  des 
Jésuites,  nous  voulons  parler  des  soins  tout  particuliers  qa'il 
apportait  à  surveiller  Téducation  de  la  jeunesse. 

Ingénieux  entre  tous  à  mortifier  en  lui  les  instincts  dange- 
reux de  la  nature,  don  Francisco  recherchait  dans  sa  dignité 
nouvelle  des  moyens  d'humiliation.  C'est  ainsi  que  pendant  les 
somptueux  repas  donnés  en  l'honneur  de  son  souverain,  il  affec- 
tait de  jeûner,  et  allait  ainsi  au-devant  des  railleries  qu'on'pro- 
diguait  à  cette  macération  inopportune;  il  se  plaisait  égale- 
ment à  l'espèce  de  curiosité  méprisante  qu'il  excitait  chez  le 
peuple  gouverné  par  lui,  lorsqu'il  se  montrait  revêtu  des  plus 
humbles  attributs  de  la  pénitence.  On  cite  en  outre  une  anec- 
dote assez  bizarre,  qui  donne  une  idée  très-exacte  du  carac- 
tère de  l'homme  et  des  mœurs  de  son  temps.  Le  3  mai,  jour 
anniversaire  de  l'Invention  de  la  Sainte-Croix,  les  dames  de 
Barcelone  célébraient  des  mystères  qui  jusqu'à  certain  point 
rappelaient  ceux  de  la  Bonne  Ùéesse  :  d'ordinaire,  en  pareil  cas, 
un  champion  veillait  pour  elles,  et  les  garantissait  detoot 
curieux  indiscret.  Le  vice-roi  s'attribua  ce  rêle  difficile,  et 
se  plaça  lui-même  en  sentinelle  devant  le  palais  où  se  cachait 
la  fête  mystérieuse.  Or  il  arriva  qu'un  jeune  gentilhomme  se 
présenta  l'épée  nue  à  la  main  pour  forcer  l'entrée  de  ce  séjour 
interdit,  et  que,  sans  égard  pour  la  personne  et  la  dignité  do 
vicerroi,  il  l'accabla  de  ces  insultes  que  les  lois  de  la  che- 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  297 

ralerie  ne  permettaient  pas  de  laisser  impunies.  Don  Fran- 
cisco, l'un  des  plus  braves  soldats  dTspagne  et  celui  de  tous, 
peut-être,  auquel  le  reproche  de  lAcheté  devait  sembler  le  plus 
pénible,  ne  songea  point  à  venger  cet  affront.  Il  laissa  pai- 
siblonmit  son  épée  au  fourreau,  et  Tinsolent  spadassin  ne 
rencontrant  d'antre  obstacle  que  des  remontrances  calmes  et 
courtoises  sur  Tirrégularité  de  sa  démarche,  pénétra  libre- 
ment dans  le  palais  si  mal  défendu.  L'histoire  ne  dit  pas 
quelles  armes  ou  quelles  incantations  magiques  les  beautés 
barcelonaises  employèrent  pour  se  débarrasser  du  téméraire 
visiteur;  elle  ne  dit  pas  non  plus  comment  elles  accueillirent 
par  la  siiite  le  pieux  chevalier  d'Alcantara  dont  l'épée  était  si 
lente  i  les  protéger  ;  elle  ne  s'occupe  même  pas  du  tort  que 
le  vice-roi  faisait  à  son  autorité,  bravée  à  sa  barbe  par  un 
étourdi.  Il  lui  suffit  d'exciter  notre  admiration  pour  l'éton- 
nante victoire  que  don  Francisco  remporta  sur  lui-même  en 
soumettant  les  passions  humaines  du  soldat  à  l'inaltérable 
douceur  du  saint. 

Après  quatre  ans  de  vice-royauté,  don  Francisco  fut  délivré 
de  cette  grande  charge  par  la  mort  de  son  père,  et  prit  alors 
le  titre  héréditaire  de  duc  de  Gandia.  La  munificence  de  leur 
nouveau  seigneur  répandit  la  joie  parmi  les  vassaux  de  ses 
vastes  domaipes.  Les  anciens  serviteurs  de  sa  famille  virent 
leur  existence  assurée  par  sa  libéralité.  Des  couvents,  des 
hôpitaux,  s'élevant  de  tons  côtés  sur  ses  terres,  y  amenèrent 
une  population  nombreuse.  Il  bâtit  des  forteresses  pour  re^ 
pousser  les  incursions  des  corsaires  mauresques.  Bref,  il  rendit 
à  la  maison  de  ses  ancêtres  toute  son  antique  splendeur, 
Eleonora  de  Castro  rivalisait  avec  son  époux  dans  toutes  ses 
œuvres  de  merci  et  de  piété  :  noble  lutte  et  la  seule  dont  fut 
témoin  à  cette  époque  le  tranquille  château  de  Gandia.  La  vie 
qu'(Mi  y  menait,  doucement  austère,  ne  donnait  place  à  aucun 
trouble,  à  aucune  lassitude,  et  le  brillant  soleil  d'Espagne 
n'éclaira  jamais  de  remparts  féodaux  honorés  par  autant  de 
vertus,  hiÂités  par  autant  de  bonheur. 

Cependant  à  quoi  rêvait  le  duc  puissant  et  respecté  pendit 


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9BB  l'Es  PaBHIEBS  iÈSClTE», 

les  longues  heures  qu'il  passait  proetemé  an  pied  des  aoMtT 
Quels  étaient  ces  orages  iAtfoieors  dont  les  fréaûsseoiMli 
tioublaieiii  la  sérénité  de  ses  traits?  Il  s'étudiait,  nons diton^-* 
toujott»  curieux  de  se  créer  des  supplices,  —  à  savoir  eooh- 
Ment  il  supporterait  un  désastre  qui  semblait  ÎBniiiieat,  la 
mort  de  sa  prudente  et  douce  compagne.  On  dit  encore  qit 
durant  oeUe  suiette  agonie  qui,  Are  à  fibne,  déchirait  soa 
eœur,  il  entendit  une  voix  intérieure  qm  articulait  les  pro* 
Bsessesd'un  Dieu  jEavorable  i  ses  prières  :<iSi  tu  le  veux,  (fisai^ 
elle,  la  monraote  peut  revenir  encore  des  portes  dn  toodteaa; 
maie  cette  iaveur  ne  sera  ni  à  tan  avantage  ni  an  sien.  »  Et 
pénétré  de  reconnaissanee,  domptant  toute  indigne  émotion, 
leaaint  répondit:  «  Que  ta  volonté  soit  faite,  à  Seignenr!  Dt 
sais,  et  ta  sais  seul,  le  secret  des  voies  oà  nons  sommes  en- 
gagés; nous  n'avons  que  toi  dam  le  ciel,  et  ne  devons  enr  la 
terre  désirer  qtie  toL  »  Peu  de  jours  après,  alors  égé  et 
trente-six  ans,  le  due  de  Gandia  confiait  à  la  tombe  les  reitn 
d'un  être  chéri  dont  la  mort  elle-même  ne  put  le  sépmr 
entièrement.  Sans  la  retraite  sacrée  à  la<pielle  cet  immense 
malheur  condamnait  les  jours  qui  lui  restaient  à  vivre,  il  sen- 
tait les  prières  d'Eleonora  s'unir  encore  aux  mannes,  et  dafse 
heure  écoulée  te  rapprocher  de  Tàme  heureuse  qui  l'aUendaît. 
Le  château  de  Gandta  était  encore  teadn  des  draperies 
fanéraires,  lorsqu*uahùte  inattendu  vint  frapper  à  ses  portes. 
C'était  Pierre  Faber,  ce  même  prêtre  qui  'OKciait  jadis  s^m 
les  voûtes  de  Montmartre,  et  auquel  Ignace  venait  de  donner 
une  mission  pour  propager  i'éducationchrétienneen  Espagsa. 
Aidé  de  ses  conseils,  et  obéissant  de  point  en  point  aux  ia* 
struciioiis  du  général  des  jésuites,  ie  dnc  éleva  sur  ses  terrai 
ane  église,  un  collège  et  une  bibliothèque  qui  Curent  piaoés 
eotne  les  mains  de  professeurs  eboîsie  par  Loyetn.  A  memra 
qne  ses  Ttohesses  s'épnisaient  «n  fofidatjooa  de  ce  genra,  ta 
chagrins  du  duc  semblaient  s'adoucir;  aussi  crëa-t-il  sar  le 
même  pian  deux  collèges  qui  furent  adjoints  a«x  nnéverstlés 
d'Alcala  et  de  Séville.  Mais,  pour  nonsaervir  des  eapteeswni 
ie.Faber  kn-méme,  û  restait  à  ériger  dans  l'àme  de  ce  pienx 


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un  FKElfflEBS  JÈRVJTEA.  3M 

fondatenr  ua  édifiœ  miaible  plus  noble  encore  et  plus  pré- 
cieux que  tous  les  autres.  On  en  posa  la  première  pierre  en 
lui  faisant  accomplir  de  point  en  point  les  Exercices  spirtiueh* 
Ce  n'est  pas  à  dire  pour  cela  que  le  duc  fui  imaiédiaieBient 
admis  dans  la  compagnie  de  Jésus.  On  lui  fit  attendre  long-- 
temps  cette  £aveor,  qu'il  demandait  en  tonte  humilité.  Baw 
riotervaUe,  cependant»  Ignace  avait  soin  d'entretenir  avec  mm 
bk^  disciple  une  correspondance  ou  respire  la  courtoisie  eè* 
rèmonieasedes  gentilshommes  espagnols,  et  que  tempèrent,—» 
aoa  sans  quelque  grik^e,  — d'une  part  le  ton  sévère  de  l'autorilé 
patriaicafe,  de  l'autre  l'expression  du  respect  le  plusareugle, 
de  la  souaiâBsîeA  la  plus  empressée.  Il  est  cnrieux  de  vov 
comment  on  conduisait  don  Francisco^  pas  à  pas,  vers  le  bot 
âoUicité  par  lui  avec  tant  d'ardeur.  D'abord  on  hii  prescrit 
d'éUdier  ia  vie  de  Jésus,  sur  laquelle  il  doit  s'efforcer  de  m»* 
deler  la  sienne;  puis  on  l'autorise  à  prêcher  devant  les  gens 
de  sa  maison,  et,  plus  tard,  an  guichet  du  couvent  des  dames 
de  Sainte-Claire;  puis  ce  sont  des  humiliations  perpétuelle- 
ment renouvelées  par  le  contraste  quotidien  qu'on  lui  prescrit 
d'établir  contre  les  témoignages  de  la  bonté  divine  et  ceux  de 
sa  propre  faiblesse  :  épreuves  multipliées  qui  devaient  re* 
hausser  i  ses  yeux  la  mission  pour  laquelle  on  le  préparait 
avec  tant  de  soin.  Philippe  II,  qui,  sous  le  titre  de  régent, 
{ouvernait  alors  l'Espagne,  aurait  volontiers  détourné  le  d«e 
de  la  sainte  carrière  où  il  s'était  engagé;  tantôt  il  sollicitait 
ses  avis  sur  les  aiïures  d'état  les  plus  difficiles;  tantM  il  l'ap- 
pelait à  remplir  an  poste  élevé  dans  les  cortès  de  Castille  ;  o« 
bien  il  s'eSorçait  de  lui  faire  accepter  dans  la  maison  royale 
l'emploi  de  Grand  Mattre.  Sur  ce  dernier  point  don  Francisoo 
fut  inflexible,  et  ce  fut  par  suite  de  ses  refias  obstinés  que  kê 
ducd'Albe  hit  nommé  à  ces  hautes  fonctions.  Singulier  enchat- 
Mment  des  choses  humaines  1  Si  le  duc  de  Gandin  cet  poéfévé 
les  devoks  de  sa  naissance  i  ceux  qne  lai  imposaient  ses  destin 
de  perfection  religieuse,  l'Espagne  eAt  perdn  un  saint  ^  gagné 
sept  provîAoes.  Les  massacres  des  Pays-Bas,  l'ind^eodance 
de  la  Hollande,  l'abaissement  da  trtoe  espagncd,  toutes  cet 


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300  LES  PREMIERS  JÉSUITES. 

conséquences  directes  de  Télévation  du  duc  d*Albe  pouvaient 
être  alors  ajournées,  et  qui  sait  jusqu'à  quel  point  un  pareil 
délai  eût  influé  sur  les  destinées  européennes! 

Le  duc ,  eifirayé  par  le  danger  que  ses  pieuses  résolutions 
avaient  couru,  sollicita  derechef,  avec  plus  d'ardeur  que 
jamais,  son  admission  immédiate  dans  la  société  de  Jésus. 
Ignace  avait  sans  doute  partagé  ses  craintes,  car  il  leva  aussi- 
tôt toutes  les  difficultés,  et  se  hftta  de  s'assurer  son  puissant 
prosélyte.  Don  Francisco  prononça  les  irrévocables  varax 
dans  la  chapelle  du  collège  dont  il  était  fondateur  ;  mais  cette 
importante  résolution  ne  fut  connue  que  plus  tard,  un  bfef 
du  pape  rayant  autorisé  à  rester  dans  le  monde  durant  quatre 
années  encore.  Elles  furent  employées  à  régler  définitivement 
ses  afiaires  temporelles.  Plusieurs  mariages  unirent  ses  enfants 
aux  plus  grandes  maisons  d'Espagne  et  de  Portugal  ;  il  trans- 
féra la  propriété  de  son  immense  patrimoine  sur  la  tète  de 
son  fils  atné  ;  puis,  à  l'âge  de  quarante  ans,  il  dit  adieu  à  tons 
les  soucis  humains  pour  se  plonger  dans  l'étude  de  la  théo- 
logie scolastique,  des  traditions  de  l'Eglise  et  des  lois  portées 
parles  conciles.  Aucune  cègle,  aucunes  leçons,  celles-là  même 
qu'on  impose  aux  plus  jeunes  disciples,  ne  lui  parurent  à  mé- 
priser. Il  affironta  jusqu'au  ridicule  les  exercices  publics  qui 
semblaient  les  moins  faits  pour  son  âge,  et  aucun  dégoût  ne 
put  étouffer  en  lui  la  sainte  flamme.  Sur  les  marges  de  son 
Thomas  d'Aquin^  on  peut  voir  encore  comment  cette  âme 
dévote  trouvait  dans  chacune  des  distinctions  subtiles,  imagi- 
nées parle  savant  théologien,  un  motif  d'aspirations  embrasées 
vers  l'être  divin.  Jamais  pareil  sacrifice  et  abnégation  pins 
complète  n'avaient  payé  le  titre  de  docteur  auquel  ce  seigneur 
haut  et  puissant  bornait  pour  l'heure  toute  son  ambition. 

Lorsqu'il  l'eut  obtenu,  le  souvenir  importun  de  sa  grandeor 
passée  lui  suscita  de  nouveaux  embarras,  si  l'on  peut  appeler 
ainsi  les  flatteuses  préférences  qu'un  prêtre  ambitieux  eAt 
achetées  au  prix  de  son  sang. 

Deux  de  ses  frères  avaient  été  membres  du  sacré  collège; 
sur  la  demande  de  l'empereur  on  avait  ofiert  la  pourpre  i 


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LES  PREMIERS  JÉSUITES.  301 

deux  de  ses  fils.  Après  Taroir  humblement  refusée  pour  eux, 
comment  le  nouveau  docte&r  empécherait-il  Charles-Quint 
de  remplacer  la  couronne  ducale  qu'il  venait  de  résigner  par 
la  barrette  rouge  des  cardinaux?  Il  prit  pour  cela  toutes  ses 
précautions,  s'éloigna  sans  retard  de  son  patron  impérial, 
dressa  son  testament  et  en  accomplit  d'avance  les  dispositions, 
remit  le  surplus  des  soins  paternels  à  Tatné  de  ses  fils,  et 
quitta  pour  jamais  enfin  sa  famille  en  pleurs.  Le  jour  où  les 
portes  du  chAteau  de  Gandia  se  fermèrent  sur  cet  exilé  volon- 
taire, il  chanta  sa  délivrance  avec  les  paroles  du  roi  psalmiste, 
et  bien  qu'entre  ce  jour  et  celui  de  sa  mort  plus  de  vingt  ans 
se  soient  écoulés,  bien  que  ses  missions  en  Espagne  l'aient 
ramené  souvent  aux  portes  de  son  antique  demeure,  il  paraît 
que  jamais  il  n'en  franchit  le  seuil.  Devenu  étranger  même  à 
ses  enfants,  jamais,  à  partir  de  cet  instant,  il  ne  les  souffrit 
un  jour  entier  près  de  lui,  et  ne  voulut  permettre  qu'ils  pré- 
sentassent leurs  descendants  à  ses  bénédictions. 

Mais  revenons  sur  nos  pas  et  suivons  le  duc  émancipé, 
lorsque,  libre  dés  soucis  terrestres,  il  se  h&tait  de  s'aller 
asseoir  aux  pieds  d'Ignace.  Les  honneurs  qu'il^subit  malgré 
lui  à  Ferrare  et  à  Florence ,  où  ses  parents  étaient  souve- 
rains, ne  faisaient  qu'irriter  sa  dévote  impatience,  et  mirent 
en  relief  l'humilité  qui  les  lui  rendait  insupportables.  Il  eût 
voulu  sur  toutes  choses  entrer  de  nuit  à  Rome  sans  que  per- 
sonne fût  prévenu  de  son  arrivée  ; — en  revanche,  dans  cette 
ville  de  triomphes  et  d'ovations,  Loyola,  justement  orgueil- 
leux de  sa  conquête,  prétendait  bien  la  montrer  à  tous.  Une 
procession  solennelle  où  figuraient  l'ambassadeur  d'Espagne, 
un  prince  de  la  maison  Colonna,  des  cardinaux,  des  prêtres, 
des  nobles  sans  nombre,  reçut  aux  portes  l'ex^favori  de  Charles- 
Quint  et  le  conduisit  A  la  liaison  professe.*Là,  versant  des 
larmes  de  joie,  le  nouveau  religieux  baisa  les  pieds  de  son 
général  et  de  ses  collègues,  et  demanda,  comme  un  honneur 
déjà  trop  grand  pour  un  frère  si  indigne  d'eux,  les  plus  vils 
emplois  de  la  communauté  ;  ensuite  il  se  hâta  par  une  confes- 
sion gén^ide  qui  embrassait  tout  le  cours  de  sa  vie  passée 


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m  LES  PREMIBM  JÉSOITBS. 

d'en  réréler  tons  les  secrets  an  ttoord  arbitre  de  sa  destinée. 

Tant  de  zèle^  et  dans  un  tel  hotaoe,  étaitwi  trésor  trop  pré- 
cieux pour  qu'on  le  laissât  inutile,  et  comme  ieduc  s'était réserré 
VadiBÎfiistratîon  de  quriqnes-ons  de  ses  reremis  consacrés 
d'avance  à  de  pieux  vtssLffss^  on  les  lui  fit  employer  à  con- 
struire dans  Rome  résglise  et  le  collège  depin»  si  eélèbressons 
le  n€»n  de  De  propagande  fiée.  Pois  on  s'occupa  de  compléter 
la  rupture  de  tous  les  liens  qui  l'attachaient  encore  i  la  rie 
séculière.  II  n'arait  pu  en  efet  sans  le  consentement  exprès 
de  ranpereur  renoncer  à  la  grandesse  et  i  la  croix  d'Alean- 
tara.  Il  sollicita  ce  consentement  arec  toute  la  grâce  d'an 
accompli  courtisan  et  toute  la  ferreur  d'un  saint.  Mais  tandis 
qu'il  attendait  à  Rome  la  réponse  de  Charles-Quint,  h  Maison 
professe  eut  encore  k  trembler  qu'on  ne  lui  enlevit  ce  pré- 
cieux adepte.  La  pourpre  de  cardinal  lui  fut  offerte  poor  la 
seconde  fois  et  avec  une  admonition  papale  qui  semblait  rendre 
un  refus  très-difficile.  Gandia,  pour  se  s(oustraire  à  ces  instan- 
ces imposantes  y  eut  recours  à  la  faite,  son  moyen  ferori. 
Betournant  en  Espagne  presque  à  rimproviste,  il  accomplit 
un  pèlerinage  au  château  de  Loyola,  baisa  k  sol  consacré  par 
la  naissance  d'Ignace,  et  se  réfugia  immédiatement  dans  on 
coUége  cpie  les  jésuites  possédaient  i  Ognato,  Inen  décidé  à 
ne  se  montrer- qu'après  la  décision  de  l'empereur. 

Cette  décision  ne  se  fit  pas  attendre,  et  fut  conforme  de 
Ions  points  aux  vœux  de  don  Francisco.  A  partir  de  ce  mo- 
ment, il  cessa  d'être  duc,  chevalier  de  Saint4acques  et  même 
gentilhomme  espagnol.  Une  renonciation  solennelle,  accom- 
plie par  des  actes  réguliers,  le  dépouilla  de  tous  ses  titres  et 
en  même  temps  de  toutes  ses  propriétés,  de  tous  ses  droits  de 
citoyen;  3  dépouilla  jusqu'aux  habits  séculiers  qu'il  arait 
portés  jusque4à,  et  la  tonsure  prépara  sa  léle  à  Timpo^itioD 
des  mains  de  l'évèque.  Les  spectateurs,  surpris  de  cette  im- 
posante cérémonie,  se  partagèrent  comme  autant  de  reliqoes 
les  débris  qu'elle  avait  laissés  autour  de  i'autel  d*Ognato.  U 
^e  François,  car  il  s'appelait  désormais  ainsi,  n'avait  plos 
désormais  d'autre  sacrifice  à  offrir  que  celui  d'un  cœur  d*<m 


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UB9  PBBMIEBS  JÉSUITES.  SOS 

étai^i  sortis  tous  les  intérêts,  toutes  les  affections  terrestres; 
il  le  fit  dans  une  longue  et  silencieuse  oraison  dont  aucune 
pensée  amére  n'altérait  cette  fois  l'exaltation  pure  et  fier- 
vente.  Les  pleurs  qui  s'y  mêlèrent  ressemblaient  i  ceux  que 
le  premier  homme  put  verser  avant  de  connaître  le  malheur  et 
le  péché.  Lorsqu'elle  fut  terminée,  le  père  François  se  releva 
lentement,  adressa  quelques  paroles  d'adieu  aux  serviteurs 
qui  l'avaient  suivi  jusque-là,  et  demeura  seul  désormais  en 
présence  du  Dieu  auquel  il  venait  de  se  consacrer. 

Cet  isolement  dura  peu  de  temps.  La  pénins«le  était  pleine 
do  bruit  de  sa  dévoticm.  Quiconque  sentait  le  besoin  de  con- 
seils spiritads,-^et  parmi  ceux-là  beaucoup  se  glissèrent  pous- 
sés par  une  vaine  curiosité, — accouraient  de  toutes  parts  dans 
sa  cellule.  Les  rois  recherchaient  ses  avis,  les  congrégations 
émerveiUées  sollicitaient  à  l'envi  sa  direction  et  ses  pieux 
discours*  Parmi  les  grands  d'Espagne,  il  s'en  trouva  au  moins 
deux  pour  suivre  le  glorieux  exemple  de  renoncement  qu'il 
venait  de  leur  domner.  Chaque  jour,  en  somme,  ses  triomphes 
spirituels  deveimient  de  plus  en  plus  éclatants,  et  ils  promet- 
taient de  remplir  sa  vie  s'il  pouvait  échapper  à  la  menaçante 
promotion  qui  l'appelait  encore  au  collège  des  cardinaux. 
L'autorité  d'Ignace,  qui,  dans  cette  occasion ,  usa  sans  scr«* 
pule  de  quelques  manceuvres  au  moins  équivoques,  placèrent 
enfin  le  père  François  à  Tabri  de  ce  dernier  danger.  L'un  et 
l'antre  devaient  arriver  à  la  tombe  sans  que  leor  Ordre  eftt 
èlè  humilié  par  l'acceptaiion  des  dignités  eeclésiastiqves. 

Be  tous  les  nœuds  qui  avaient  naguère  ratfadié  François 
Borgia  aux  pompes  et  aux  vanités  de  ce  monde,  il  en  était  un 
qu'il  ne  pot  riMnpre  ent^rement;  lien  d'affection  et  de  pa- 
renté entre  h»  et  le  grand  empereur,  an  psftronage  duquel  il 
avait  dû  tant  de  succès  mondains.  Déjà  «ne  fois,  dorant  sa 
vice-royauté»  le  père  François  avait  eu,  dans  les  salles  du 
cbAteaa  de  Barcelone,  une  imiportante  et  secrète  conférence 
avec  son  vofal  cousin  ;  lors  de  cette  entrevue,  ils  se  firent  part 
l'un  à  l'autre  du  dessein  qu'ils  avaient  tons  deux  de  consacrer 
à  une  pîense  retraite  on  certain  nombre  d'années  qu'ils  se 


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30fc  LES  PREMIERS  lÉSDlTES. 

réservaient  entre  Tabandon  da  pouvoir  et  Theiire  de  la  mort. 
A  chaque  revers ,  depuis  lors,  Charles-Quint  sentait  se  rani- 
mer  sa  vocation  religieuse;  après  chaque  succès,  il  ajournait 
le  moment  d'y  céder.  Mais  enfin,  brisé  par  les  maladies  et  les 
chagrins,  il  s'enferma  dans  un  monastère  de  TEstramadiire, 
et  appela  près  de  Jui  l'ancien  vice-roi  de  la  Catalogne.  Fran- 
çois Borgia  se  hâta  d'accourir,  et,  comme  au  temps  où  lem- 
pereur  gouvernait  encore  la  moitié  du  monde,  il  s'offrit,  age- 
nouillé devant  lui,  à  baiser  cette  main  d'où  le  sceptre  impé- 
rial était  tombé.  Charles  cependant  n'accepta  pas  ces  témoi- 
gnages de  respect,  mais  au  contraire,  serrant  son  cousin  sor 
sa  poitrine,  il  le  força  de  s'asseoir  la  tète  couverte  à  côté  de 
lui.  Us  eurent  de  longues  et  fréquentes  conversations.  Par 
malheur,  l'analyse  qu'en  ont  donnée  les  historiens  de  la 
société  de  Jésus  n'offre  aucune  garantie  d'authenticité.  Selon 
eux,  la  controverse  aurait  presque  continuellement  roalé  sor 
l'établissement  du  nouvel  Ordre,  dont  Charles  attaquait  les 
principes  constitutifs,  tandis  que  le  père  François  les  défendait 
avec  énergie.  11  n'est  pas  besoin  de  dire  que  le  résultat  de 
cette  discussion  qui  nous  semble  apocryphe  est  l'entière  con- 
version de  l'ex-monarque,  dompté  par  l'éloquence  du  Aitnr 
général.  On  ajoute,  et  ceci  nous  semble  moins  improbable, 
qu'il  fut  aussi  question  dans  ce  pieux  d^at  des  Mémoirti  que 
le  royal  dominicain  avait  projeté  de  publier,  et  qui  auraient 
ofiert  l'intéressant  tableau  des  événements  où  il  avait  joué  un 
si  grand  rôle.  François  Borgia,  nous  dit-on,  finit  par  le  dis- 
suader de  cette  résolution.  Si  cela  est,  il  faut  regretter,  dans 
l'intérêt  de  l'histoire,  qu'il  ait  si  mal  employé  sa  dévote  in- 
fluence. On  peut  en  douter,  comme  nous  l'avons  dit  :  ce  qu'il 
y  a  de  certain,  c'est  qu'il  fut  chargé  de  quelques  importantes 
et  secrètes  missions  auprès  de  la  cour  de  Lisbonne  ;  qu'en- 
suite, Charles,  satisfait  de  ses  services ,  le  désigna  parmi  ses 
exécuteurs  testamentaires  ;  et  qu'enfin  ce  fut  le  père  François 
qui  prononça  l'oraison  funèbre  de  l'empereur  défunt  devant 
la  cour  d'Espagne  à  ValladoUd. 
Dès  ce  moment,  la  vie  de  Borgia  se  confond  avec  l'histoire 


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LES  PREUIERS  JÉSCITES.  305 

de  l*Ordre  auquel  il  s'était  attaché.  C'est  une  époque  où  cette 
histoire  enregistre  par  milliers  et  des  miracles  de  dévoue- 
ment et  bien  d'autres  miracles  encore.  Comme  général,  le 
père  François  consacra  ses  plus  grands  efforts  aux  progrés  de 
l'éducaliou  publique,  qu'il  voulait  assujettir  partout  à  l'inspec- 
tion de  la  compagnie,  devinant  bien  toute  la  puissance  qu'un 
tel  contrôle  mettrait  aux  mains  de  ses  membres.  Ses  succès 
furent  rapides,  et  il  vécut  assez  longtemps  pour  voir  établir 
dans  presque  tous  les  états  de  l'Europe  des  collèges  formés 
Bur  le  plan  de  celui  qu'il  avait  lui-même  établi  dans  la  ville 
de  Gandia. 

Borgia  est  surtout  admiré  comme  ayant  dompté  plus  que 
tout  autre  les  désirs  et  les  passions  de  l'humanité.  A  vrai  dire, 
noua  ne  saurions  lui  contester  ce  mérite.  Il  n'est  pas  un  saint 
dans  le  calendrier  de  Rome  qui  ait  al)diqué  ou  détourné  de 
lui.  plus  de  grandeurs  humaines  et  plus  de  bonheur  domes- 
tique ;  il  n'en  est  pas  un  qui  se  soit  voué  à  la  pauvreté,  aux 
soufErances  physiques,  en  les  acceptant  sous  des  dehors  plus 
sordides  ou  avec  des  supplices  plus  révoltants.  C'est  faire  pé* 
nitence  avec  lui  ^e  de  prêter  l'oreille  aux  récits  de  ses  fla- 
gellations, des  maladies  qui  en  avaient  été  la  suite,  et  des 
pratiques  douloureuses  par  lesquelles,  à  chaque  instant  du 
jour,  il  tâchait  de  dompter  ses  sens.  Ses  biographes,  animés  du 
même  esprit  que  lui,  sollicitent  encore  notre  admiration  pour 
des  exploits  d'humilité,  des  prodiges  d'obéissance,  des  extases 
de  dévotion  si  remarquablement  extravagantes,  qu'ils  sem- 
blent, aveugles  continuateurs  d'une  carrière  vouée  à  l'humi- 
liation, réclamer  pour  la  mémoire  du  saint  le  dégoût  et  le 
mépris  que,  vivant,  il  s'efForçait  d'inspirer  ;  et,  malgré  tout, 
Borgia  n'était  pas  un  homme  ordinaire. 

Par  un  phénomène  assez  bizarre,  il  avait  à  la  fois,  avec  des 
facultés  bornées,  des  talents  fort  étendus  et  très-réels.  Sous 
la  direction  de  génies  plus  actifs  et  plus  perspicaces  que  le 
sien,  il  entrait  admirablement  dans  leurs  vues  et  les  secon- 
dait avec  autant  d'adresse  que  de  vigueur.  Mais  il  ne  fallait 
lui  demander  ni  la  spontanéité  des  conceptions  ni  l'audace 

5*  SERIE. — TOME  XII.  30 


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des  enfrepfi^ft,  (^r  iT  joignait  à  une  faire  ptrfMmccrtfkcttôii 
et  de  résîgnatiort  un  tempérament  mAancaliqne,  en  Twrfti 
duquel  il  était  soumis  â  l'influence  dl&s  hommeff  hurlb;  êm 
volontés  fortes,  des  ambitions  animées,  qui  lui  serrircnl  t(n> 
jours  de  guides,  lui  firent  désirei'  d'atteindre  an  Irat  qnTli 
avaient  choisi,  et  remplacèrent  pair  Tes  lenrs  ses  espérances 
éteintes.  Dû  reste,  une  fois  la  carrière  ouverte  devant  hî,  <^ 
n'était  pas  seulement  d'un  pas  ferme,  mais  avec  nne  «DrteiTn^ 
pétuositê,  que  François  Borgia  s'y  précipitait.  LImpuTsion  hri 
venait  du  dehors  ;  mais  une  fois  donnée,  rioT  obstacle  if  étarl 
capable  de  l'arrêter.  Il  est  facile  de  justifier  tout  ce  qne  noas 
disons  là  de  son  caractère  et  de  la  docilité  qui  marqua  tontes 
les  déviations  de  son  existence.  "Enfant,  il  fnt  un  saîat  sar 
le  giron  de  sa  dévote  nourrice  ;  plus  tard,  son  omcle  l'ayant 
voulu,  il  devient  un  accompli  cavalier;  potir  complaire  1 
l'impératrice,  il  cède  anx  séductions  de  Tamonr;  le  bon 
plaisir  de  Charlcs-Quint  fait  de  fui  Un  hsnrdi  capitaine  et  on 
administrateur  capable  ;  îa  vue  d*tin  cadwre  Hvré  'aux  vers 
du  sépulcre  ranime  sa  piété  qui  sômmefflait;  sur  Favis* 
Pierre  Faber,  il  crée  des  collèges  ef  des  hôpitaux;  h  toloaté 
d'Ignace  Tappelte  au  seîn  de  la  compagnie  de  Jésus;  fl  en 
devient  le  général  bien  malgré  Inî,  lorsqne  ses  collêgws  éri- 
gent qu'il  accepté  ces  assujettissante»  fonctfons-.  Son  esprit, 
plante  parasite,  et  faible  quand  fl  était  livré  à  M-même, 
empruntait  aux  états  étrangers  une  croissance,  un  envelop- 
pement surprenants  :  des  milliers  d'hommesr  pareils  i  M 
n'auraient  pu  réaliser  là  grande  oètivré  de  Loyola  :  mais  il 
suffisait  d'un  seul  mis  aux  mains  de  cet  ouvrier  sublime  pour 
enfanter  de  vrais  prodiges.  Sa  vie  d*àittetif«  est  pins  flo- 
quente  que  toutes  les  homélies  de  saint  Ghrysostome;  elle 
démontrait,  mieux  que  cent  prédicateurs  ne  Ttoraient  po 
faire  à  ses  contemporains  étonnés  Tangtiste  pouvoir  As 
principes  cpil  le  ftiîsaîent  agir.  Peut-être  venu  au  monde  (juél- 
qfies  années  plus  tAt,  et  vivant  au  sein  de  son  épourantaMe 
famille,  fiorgia  aurait  pris  sa  part  de  là  sanglante  renomifiée 
qu'elle  t'est  acquise  ;  mais  en  nn  àùtfe  temps  et  dans  (Taufres 


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meot  désigné  au  oitta  d^a^SdèiM;»  mk  Iwèlo  Imwa^^  «ir 
liiMdMr.ja»iertl»Vvittiae«b»  l'ag^  énôieni  d'ona  poKticpie 
tmam  MaamiMantgAtna  aaaûilaitiaBBqu'eUa  était  «mbitiamy 
dMii^aei^¥a6ft  gigMtea^iwS!;,  anfia  la  «réateuf  d'un:  systèma 
dr'MncatM  datttla»  réanltais-  onL  ma  inpnDtaaoaDrasvMP 
iatt^Pv^^^^i^Wis  à.  foBC^B  da  graadaur..  Noua  A'inaiataronB  paS' 
\  an»  nânfileai»qitt  nnlhaaMuaiBieiii  inppall^kit  un-  paa  trop^ 
<kr  aéUbve  bvroa  MtwûhaiiBaB;  maia  à  cdté  de  cetta 
saa  ifiévérealiey  ninia  placssioaa  difficitemairt  €eUa 
cfe  oaar  qualitésanamiaa  aveo  d'autras  cbiî  faisant  capables  de 
sftaftMwa  aatia-  é]^we». CL'ast  gar  ellaa  qfia  sareaoïoaiéQ  sa 
djfjfiBnj  iWMJiairta,  dcfs^  légfvadaa  absusdas  et  des  souvenirs  fikr 
clwa  qn  lu  panvoent  d-abend  obscusoia.  Ainsi  nous  ne  de- 
T«flB  fas  oublier  q^te,  malg^^  ses  rapporta  aasaz  intiaies  avea 
Cbavle^IX  cijGalharina  de  Médiciai  et  bie»  qu'il  fût  en  haoln 
ftvoar  aNfUifr  A'eosi»  aO'  ni'a  anan»  matifi  de  si^oser  qjOi'il 
eêk  nef  uria  tarfdeaoft  de  kur  odieux  pc^j^i.  Nous  ne  devons 
pilB>o«blw  naaidaa^qua  durant,  son  séjoui?  sur  les.  domaines 
i^  l'iaapiMlien»,  U  r^isa  eoostanunaat  da  prêtée  Vautocité 
da  aoa  nom  àiae.toibnaal  sanguinaÎDes.  IL  n'y  avait  rien  de 
sattlM»  dana-SDn'fiuuitiana»  rien  de.  vâL  dans»  sa  docilité.  Ja«- 
maisd'an  tel  homme  on  n*eùt  fait  un  persécuteur.  Son  église 
lûa-ttanè  das-astais»,  boauaoufi*  4'aalcas  en  revanche  néj^i- 
.  mk  asépfîAsnt  sa  mémoire.  Jugé  par  cstie  suprême  sar- 

I  kidftlgai|ce*aBiverselle  que  nos  étroits  préjugée 
ef  BosysaMlinante  0rosaî«s  né  fiauissant  ^unaia»  il  est  proba- 
ble que  aa^  eorenrs^  théeoqfiaa  ainsi  que  les  e&hDavagances  de 
imaunduitaairaat  étéplun  qfin  compensées  par  L'ardente  char 
làÈi  (ps  L'uBÎsaait  èi  Wm  ai  aux.  hommes.  La  yistice  humaine 
ïÊom  nanlmnfflit  parce;  cpie  {'homme  est  enclin  à  la 

baosai  pavce  que  sa  raison^raverlit  de  se  méfier 

(  et  loi  fini  eraindre  una  confnaion  funeste  entra 
:^d»nud.  La  îiistice- divine  est  au  coor 

I  efc  fseibif,  panœ  quiella  est  sûre  d'eUe-mèmet 


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3M  LW  PHBnBM  itgftlTBg. 

à  Vabri  de  toute  erreur,  et  sûre  de  ne  jamai»  se  laisser  aveit- 
gler  par  des  sympathies  contraires  au  bien. 

Au  nom  d'Ignace,  qui  fonda  la  société  de  Jésus;  à  celai  de 
Xavier,  qui  Tentraina  le  premier  dans  la  voie  des  missions;  i 
celui  de  Laynez,  créateur  des  systèmes  théologiques  qui  la 
distinguent;  enfin  à  celui  de  Borgia,  par  les  soins  duquel  cette 
compagnie  serenditmattressede  l'instruction  publique,  il  iaot 
en  ajouter  deux  autres  pour  compléter  la  liste  des  hommesillus- 
très  qui  ont  fait  de  cette  remarquable  institution  ce  qu'elle  est 
aujourd'hui.L'unestceluideBellarmin,  quiappritaux  disciples 
de  Loyola  Fart  et  les  ressources  de  la  controverse  ;  le  second 
est  celui  d'Acquaviva,  qui  fut  en  réalité  le  quatrième  général 
de  l'ordre,  quoique  son  nom  ne  fignre  qu'en  ciTiquième  ligne 
sur  la  liste  que  l'histoire  en  conserve.  On  peut  le  regarder 
comme  le  Numa  Pompilius  de  la  société  des  jésuites.  Il  y  a 
dans  la  jeunesse  de  Bellarmin  une  sorte  de  beauté  rustique, 
et  même  dans  ses  derniers  jours  une  grâce,  une  simplicité  si 
attrayantes,  qu'il  nous  en  coûte  de  laisser  intact  un  pareQ 
sujet.  Mais  les  développements  déjà  donnés  à  cet  article 
nous  en  font  un  rigoureux  devoir.  Ce  serait  une  tâche  encore 
plus  longue  et  glus  difficile  que  de  raconter  la  vie  d'Âcqna- 
viva,  l'un  des  plus  mémorables  politiques  et  législateurs  de 
son  époque. 

Samuel  Johnson  a  dit  quelque  part  que  pour  examiner  sé- 
rieusement l'histoire,  les  doctrines  et  la  moralité  des  jésoites, 
il  fallait  iin  homme  assez  fort  pour  résister  à  la  tentation  da 
conteur  de  merveilles.  On  peut  s'assurer  en  nous  lisant  qu'il 
avait  raison.  Mais  nous  ne  regrettons  pas  d'avoir  cédé  à  l'eo- 
tratnement  du  récit  et  quelque  peu  dévié  du  bot  que  noos 
nous  proposions  d'abord.  Si  les  disciples  d'Ignace,  subissant 
la  triste  loi  du  progrès  humain  ont  laissé  voir  après  bien  des 
années  quel  germe  d'erreurs  et  de  crimes  les  auteurs  de  ienr 
politique  religieuse  leur  avaient  laissé  à  développer,  il  n'en  bot 
pas  moins  reconnaître  que  ces  hommes  égarés  furent  doués 
de  qualités  peu  vulgaires.  Il  est  d'ailleurs  utile  de  s'assurer 


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LES  FKEXIER8  JÉSUITES.  909 

qufi  cet  élan  vigoureux  qui  dure  encore  après  trois  siècles  fut 
communiqué  à  ia  soci^é  par  des  êtres  dont  la  f^rce  était  plu- 
tôt morale  qu'intellectuelle.  De  nos  jours  on  voit  des  nova- 
teurs bien  différents  soulever  de  tous  côtés  l'indignation  et 
la  terreur.  Ces  deux  sentiments  nous  semblent  en  vérité  hors 
de  saison  à  I*égard  d'ascètes  pour  rire,  qui  ne  perdent  jamais 
de  vue  leurs  intérêts  humains,  et  qui  dans  le  plus  fort  de 
leur  humeur  belliqueuse  vont  tout  au  plus  jusqu'à  houspiller 
quelque  malheureux  professeur.  De  pareils  athlètes,  il  est 
presque  ridicule  d'attendre  ou  de  redouter  quelque  mou- 
vement décisif  dans  les  affaires  humaines.  Il  sera  temps  de 
les  craindre  quand  nous  verrons  ces  beaux  messieurs  marcher 
eo  haillons  au  milieu  de  nous,  ou  s'élancer  le  crucifix  en 
main  vers  les  cimes  glacées  de  l'Himalaya. 

L'homme  esclave  de  ses  appétits,  courbé  sous  le  joug  des 
lois  convenues,,  abâtardi  par  le  luxe  ou  étouffé  par  les  soucis 
de  la  vie,  osant  à  peine  agir,  parler  ou  penser  de  lui-même, 
cet  homme»  animal  servile  et  fait  pour  toutes  les  idolâtries, 
adore  le  monde  qu'il  habite,  adopte  ses  maxUnes  et  ne  s'é- 
carte jamais  des  sentiers  battus  par  la  foule.  Pour  le  tirer  de 
sa  léthargie,  pour  ouvrir  de  nouveaux  horizons  à  ses  pensées, 
il  surgit  de  temps  à  autre  quelqu'un  de  ces  hommes  hé- 
roïques dont  le  culte  arrache  pour  quelque  temps  leurs  sem- 
blables aux  croyances  moins  fécondes  d'une  idolâtrie  gros- 
sière. Il  y  a  beaucoup  à  apprendre  dans  l'étude  des  causes 
qui  produisent  de  tels  êtres  et  de  la  carrière  qu'ils  suivent, 
mats  nulle  vérité  n'en  sort  plus  éclatante  que  celle-ci  :  «  Pour 
léguer  son  souvenir  aux  générations  futures  et  se  faire  d'im- 
périssables autels  dans  la  mémoire  des  hommes,  il  faut  sa- 
voir immoler  chaque  jour,  sur  l'autel  intériew,  de  nouvelles 
victimes;  il  faut  de  plus  que  les  magnifiques  sacrifices  de 
l'abnégation  soient  offerts  au  seul  objet  légitime  de  l'humaine 
adoration. 

(Edinburgk  JleDieto*] 


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IiES  SEPHARUiai 

ou  LES  lUIFS  D*ESPAGNE  ET  DE  TOBTUGAL. 


L'btot^îre  de  TSurope  avtnoyen  kgbé&amavtmiimxm' 
plëte  si  Ton  négligsBatt  de  «'ocoi]f)6r  d'tnie  race  diipwèB 
mw  toute  kilerre,  «MiiB  qui,  afisooiant  toi»  Bes'meBotoaBfnr 
les  liens  de  la  nationsAité  la  pfais  iepaoe,  MpMdantfiniMB 
aiècles  le  priacipaliirteméâiaire  dans  iorates  les  eoMPunict 
.  lions  da  commeree'et'âe  la  diplontatie^  depuis  Toeian  Ada^ 
^que  jttscfa'à  rCapAmite.  Les  historiens  xles  jaift  modtntt 
ont  oonfondu  généralement  tes  iepftanKm,  ou  MÊk  nh 
fHigne  et  d«  iPortngfH,  «rec  les  Éêhkin^srim,  ou  foUs-d'Alit- 
fiia^e,  d'Ângfleteire  et  de  Pologne,  il  est  pésnnicrins  «rtaîn 
que  le  luif  de  Grenade  dune  Ile  douxiène  siècle,  at  csWde 
Gaalille  dans'le  qaatoraème,  dilSfimeBtesBeiitieMQnestjtattt 
•pour  les  relacions  sociales  que  pour  le  ceraetttfe  iiitdleolMl* 
île  leurs  oereUgionnavres  des  légions  barbnras  ou  ^SsoUs 
«plus  à  demi  civilisées  du  centro  et  4n  nord  île  IVbvope.  ta 
îkràbesélevaientte  prétention  admise  par  lesiuife  dfedoMS- 
Are  comme  eux^  mais  par  iavati,  d'ikbfduni,  le  pèPsAs 
Mêles. V'va  «tftre dMé, la  crojwuset 
i^pugfkoit^eauQMip  aaoins  aux  juifs  que  orfle  < 
'ipl^ils  uro«f«ient4es  afloralsan  d^ittages.  Las  i 
taies,  le  langage  sémitique  des  musulmans,  ainsi  < 
des  principes  é«Coran,  ^'accordaient  arec  les  idées  des  Israé- 
lites, tandis  que,  soit  reconnaissance,  soit  politique,  les  oe 
lifes  d'Occident  mettaient  une  grande  doaceur  dans  la  nuh 


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iiîàre4aiitik|gfiiuv.erMioiU  les  Sepharctim.  L'.étatiihjiMfpie  (jiu 
soI«  du  climat  et  de  la  popiUation  de  r^pagae  était  d*ail- 
kim  £avoraUQau  dévelppfieoient  du  caractère  juif.  Im  élé- 
ments celtiques  et  phéniciens,  qui,  dans  le  midi- de  la  péain- 
suie»  modifiaient  les  .institutious  des  Goths«  s'identifiaient 
8ans.tri^de  peiae-avec  les  coutumes  d'un  penple  qu'nne  des- 
tinée 4;nieIIe  éloignait  seule  de  l'Orient.  I,»es  capitales  mau- 
resques de  Grenade ,  de  Séville  et  de  Tolède  offraient  aux 
eulés  une  >iriv«.iauige  des  cités.pqpuleuses, jadis  répandues  sur  • 
la  cwi&ce  de  la  Palestine,  leur  pairie,  tandis  que  la  Méditer- 
ranée  .entnetenait  et  renouvelait  leurs  souvenirs  de  l'Orient 
par  la  facilité  qu'elle  leur  precucait  de  communiquer  avec 
lears  frères  de  Bagdad  et  du  Caire. 

Il  est  inutile  de  s'arrêter  sur  le  tableau  si  différent  du  Juif 
tremblant  et  servile  de  l'Europe  septentrionale.  Le  Shylock 
de  Shaki^peare,  le  JBarabas  de  Marlowe,  l'Isaacde  Walter 
Scott,  sont  les  portraits  fidèles  des  Ashkenazim;  et  le  oon- 
tasAte  n'est  ,pas  moins  remarquable  dans  l'histoire  de  la  ^ie 
sociale,  si  l'on  compare  l'usurier  vindicatif  de  Francfort  ou 
deXondres  avec  Joseph-^Bea-Ephraïm,  trésorier  de  Cordoue, 
et  Samuel^Ben-Wahir,  médecin  d'Àlonzo  YUL 

L'^oque  du  pi;emier  établissement  des  Juifs  dansja.pénija^ 
suie  est  enveloppée  de  nuages.  L'idendtté  de  Tershish  avec 
lerhfius  et  l'alliance  contrait  par  les  princes  deTyrayecles 
aïonarques  juifs,  ][Xavidjet  Balomon,  permettent  de  croircavec 
asMSK  de  vraisemblance  >qne.ks  IsraéliXe^  visitèrent  les  oôti^ 
de  l'Atlantiqae  dès  le  neuvième  siècle  avant  notre  i^e.  Quant 
à  U-tcadition  d'^cès  lagune  des^  oonyitoijrs  .phéniciens  .en 
JEvagne  auraient  été  tributaires.de  Salomon,  lat  qui  place  A 
S^fiprVj^  le  tombeau  dlAdomianx»!  nbancelier  de  ce  princ^ 
il  faut  riatittbiuer  sans  donle  mi  désir  des  Juife  d'£^)Q|gQf 
lie  JMfs  j^enmiter  »leiir  ajcrivée  à  nue  ^Hïqne.antérianre  à  i^i 
«MM  4HJtosie,  afin  de  ponvoir  i^i^iondne  aw  chrétien9 
uni  Jas  jpepiieirtaient,  4pi'«]s  ji'avaient  |MiS4W  d&j>ai;t  Ajm 
mm/fL  JUi  4ittoiidai|t^,  Ja  jmmike  pvenve  antbeatiqne.d^ 
Jamr  jonèscBce  jlans/leiBim  est  Jlédiirfle  î'fifiintTWflF  r Aj>iAnin, 


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312  LES  SEPHAMIM 

Les  provinces  espagnoles  furent  pendant  longtemps  la  partie 
lapins  paisible  de  l'empire  romain,  et  nous  ignorons, dorant 
près  de  trois  siècles,  le  sort  des  Juife  qui  les  habitaient.  Ton- 
tcfoîs,  d'après  ce  que  nous  savons  de  leur  manière  de  vivre, 
partout  où  ils  trouvaient  de  la  tranquillité  et  de  la  protection, 
nous  pouvons  conclure  que  leur  situation  devait  être  pro- 
spère. Leur  talent  pour  Tagriculturc,  leur  esprit  entrepre- 
nant dans  les  spéculations  commerciales,  trouvaient  une  am- 
ple matière  à  s'exercer,  l'un  dans  les  plaines  de  TAndt- 
lousie  et  sur  les  bords  enchantés  du  Minbo,  l'autre  dans  les 
nombreux  ports  de  mer  que  présentent  les  côtes  depuis  Bah- 
celone  jusqu'au  Tage.  Si  les  Juifs  espagnols  du  deuxième  et 
du  troisième  siècle  n'atteignirent  pas,  sous  les  proconsuls,  la 
splendeur  dont  ils  jouirent  plus  tard  sous  les  califes,  onleor 
permit  au  moins  d'amasser  des  richesses,  de  les  dépensera 
leur  gré,  de  suivre  et  de  promulguer  librement  les  préceptes 
de  leur  loi  et  les  doctrines  de  leurs  rabbins. 

Dans  la  même  année,  3â&,  où  Constantin  le  Grand  assembla 
le  concile  de  Nicée  pour  fixer  les  croyances  chrétiennes,  il  eo 
fut  tenu  un  autre  en  Espagne,  à  Illiberis  (Eloria),  pour  déli- 
bérer sur  les  affaires  religieuses  de  la  péninsule.  On  s'y  oc- 
cupa beaucoup  des  Juifis,  et  l'on  peut  conclure  des  canons  qai 
les  regardent,  que  leur  communion  était  nombreuse  et  flo- 
rissante, et  qu'elle  avait  de  fréquentes  relations  avec  les 
païens  et  les  chrétiens  dont  elle  vivait  entourée.  Ces  canons 
prohibaient  tout  mariage  avec  des  schismatiques  ou  desJui&, 
et  défendaient  de  manger  avec  les  circoncis.  D'après  le  qua- 
rante-neuvième canon,  les  propriétaires  de  fonds  territoriaux 
étaient  avertis  de  ne  pas  permettre  que  les  firuits  qneDieo 
leur  envoyait  fussent  bénis  par  les  Juifs ,  de  peur  que  par-liks 
bénédictions  chrétiennes  ne  devinssent  infructueuses.  H  pa- 
rait qu'à  cette  époque,  la  culture  du  sol  était  principaleoent 
dans  les  mains  des  Juifis,  et  qu'ils  la  préféraient  au  commerce, 
partout  où  il  leur  était  permis  de  snivreleur  penchant  naturel.  Il 
est  probable  aussi  qu'ils  conservaient  un  respect  superstitieux 
pour  la  bénédiction  rabbinique.  Quelques-unes  de  ces  fo^ 


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ou  LB8  JUIFS  B'«ll^A6lffi  ET  DE  POBTUGAL.    318 

moles  sont  parrennes  jusqu'à  nous,  et  l'on  y  troure  énuméré 
un  grand  nombre  d'espèces  différentes  de  graines  et  de  fruits 
recommandés  à  la  protection  divine,  ce  qui  prouve  que  Ta- 
gricoltore  et  l'horticulture  étaient  arrivées  déjà  à  une  asses 
grande  perfection. 

Vers  le  milieu  du  quatrième  siècle,  le  long  repos  des  pro* 
rinces  espagnoles  fut  troublé  par  Tinvasion  des  peuples  du 
Nord ,  qui ,  sous  les  noms  de  Suèves,  d'Alains,  de  Vandales 
et  de  Visigoths,  désolèrent  la  péninsule  depuis  les  Pyrénées 
jusqu'aux  colonnes  d'Hercule.  Quoique  l'histoire  n'en  parle 
pas  précisément ,  il  est  probable  que  les  Juifs  eurent  autant 
à  souffrir  que  les  autres  habitants  du  pays. 

Cependant  les  Visigoths  étaient  restés  maîtres  de  la  pénin- 
sule. Nous  ne  tardons  pas,  peu  de  temps  après  rétablissement 
de  leur  royaume,  à  y  retrouver  les  Juifs  nombreux  et  floris* 
sants.  Sans  doute  la  supériorité  de  leur  civilisation  leur  acquit 
le  respect  de  leurs  nouveaux  maîtres,  dont  la  rigueur  dut 
être  adoucie  par  l'humilité  avec  laquefle  les  Juifs  pliaient  sous 
l'oppression,  tandis  que  la  nécessité  de  réparer  les  ravages  qu'ils 
avaient  eux-mêmes  commis  pouvait  recommander  aux  bar* 
bares  un  peuple  si  capable  de  rétablir  la  fertilité  du  sol  et  le 
conunerce  des  c6tes  et  des  fleuves.  Tant  que  la  cour  de  To^ 
lède  et  la  majorité  des  Gotbs  d'Espagne  demeurèrent  attachés 
à  Tarianisme,  les  préjugés  nationaux  des  Juifs,  moins  coift- 
traires  aux  opinions  de  ces  hérétiques,  qui  ne  reconnaissaient 
pas  la  divinité  de  Jésus-Christ,  qu'aux  catholiques  orthodoxes, 
durent  leur  assurer  la  protection  et  la  faveur  du  gouverne- 
ment ;  mats  quand  la  lutte  entre  les  ariens  et  les  catholi- 
ques se  fut  terminée  par  le  triomphe  définitif  du  catholi- 
cisme et  l'élévation  de  Récarède  sur  le  trône,  les  disciples  de 
Moïse  se  trouvèrent  en  butte  à  l'hostilité  de  la  nouvelle  cour 
et  du  peuple.  Depuis  le  troisième  jusqu'au  seizième  concile 
de  Tolède,  une  suite  de  décisions  prises  contre  eux  acheva  de 
les  avilir,  et  ils  s'insurgèrent,  dans  le  huitième  siècle,  en  aidant 
de  toutes  leurs  forces  les  Sarrasins  à  renverser  l'empire  et 
l'église  des  Gdths. 


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fliilâit  aàféiiido«iix  Jiûfe^epnipd^e^^^ 

de  pousser  des  cris  funéraires  ou  de  se  frapper  la;paitiikie« 
fHafftaiitiloim>«nMl6  e»  tw^eMll  ne  )^r  étiiit  jos  j^ecmis  non 
fto'd:iiohefioc»>poiir  to«r  ufliig^vdfi»^  £Abi 

teodMsqoe qpar aa  lai  Jke Iwf  élfiilleoiiLdelûreHâBcpfNâre IW 
Hftâ^t  de  BOA  eoclavB  QfKmiDe  iionipropce  JEU^,  le  tfa&cile  àéd»r 
mt  qoe  k  Mol  acte  de  la  .droDOkCttHeii  do^nûi  |H>v  nmin» 
m  B«(lim  à  Ja  libeiié  la  à  IXgUie. 

Ce  ne  fut  pourtajoifoe  vîavt  ms  plw  iard  «ae  •!« Jaib 
«ommeoicèreiii  àre(|8eiiiir les  effets dœ  défila  ceeeactie; 

sur.,  d'après  noe  lettre  du  pape  Gr^ffom  le  Grand,  il  pantt 
4pie  ies  Jttife  eoi  avaidot  obteauÂprix  d'argent  k^u^ensioA. 
Mais,  à  ravéoemeat  de  Sigeb^rt,  Ifis  édils  de  Hécacide  fa* 
tmt  renoureUs.  Oii  coiiserye  daas  l^  fuerojuzgo  uae  œdoa- 
aancB  de  ce  «laDaïquë,  par  laqnelte  U  Mt  eiiioiaiÀ  toos  ks 
jÉifc  4e  reowâir  wiMiAmes  leMpttne^t  d'enV'Cgfer  kon 
4tt&otts<et  leuiiB  «eaalaves  .pûnir  ètne  baptisée,  le  loiit  dans  Tes- 
^aoe  d'ainaa,  et  .sous  peine  du  fâiie&,.de  i!e»l  «et  de  la  «on*- 
fiscatîon  des  biens.  On  préleod  que  la  saîte  de  oet&e  mmi» 
IM  la  Donvarsîoa,  eoriameneitt  aînmléeyde  qaatoe-nQ|t-to 
.aaie^uifs.  Il  a'exkte  poiai  de  relation  oonteav^nniAe  <te 
jaet  èvénoaaent;  omis  le.pasaase'aiiivftni»  tiié  d'une  Abreniqae 
JMbvse  îdatitidéeile  5o^ptre  de  Judo,  qnoîque  4ccit  plaaîeaw  tA- 
4Af»  i^nèa,  ett  ai  «ment  par  luv-aaiém»  et^siiHeacoiMtta 
Je  fltyle  des  annates  juives,  ^m  jkmu  noua  enif  resaons  de  le 
AsHve.sams  les  fom  de  aoelectenra. 

«>QuaAd  redit  fot  pUbUé,  Insi/Qtfi  de  tontas-te  TiUes^i^ 
nonUèimit  da«s  Ja  capitek,  où  âla  jeteèBaBW#a<a«ii^ifiiMt 
(<t>pûnssàpeAt  de  grands^ona^rdes  géKijmnealu  JUs  <flb^ 
lAens  km  m  4enandà«mi  Aa  mm^  <6t  ipswi  ila  J^Mf«Mt 
jippriae,  lis  sks  ai^nèwaai  A  >i8p  mwmMm  Mm  ^attm  M 
(Boi«.  :Ite  réfMttdnsnft.  ;:  »Kiie  inréo^iÉa  -do  In 


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ou  LES  JUIFS  DteEum  nr  de  pobtugal.      9tê 

m  Mt -le  iphrtft  Éclaire  lus;  lie  roi  mb  )WWb  iâflsiMde  ip'me 
j»  «hose,  flBa»  mob  nvvnf  qii'il  iwnt^eir  Je  itout,  lot  il  naut 
aianiaK^uronis  (ourarir  que  d'onelàpe  te  nKHkiArp'deiia» 
»|»éoeptBs,  de  peur  qnfen  mmb  y  douaieUbaiit^.novs^w  fesr 

:)>  Jls  s'appBOchèrantakMrs  â«  mi  et  lui  fireat  ^ntmpi^otfoa 
q«ïl  Tmail  de«dkràtfirtoM08t(de  l0uslQ&J«i£5«carîlis.étaîeK^ 
dioidés  ànefVKder  juieon  préoapte  âe  leur  Icô,  et  aiQBi&  que 
tout  antre  «el  ai  qu'ils  vogardaient  eomiee  le  pivot  deXon^ 
MmUe.  l»e  T'Ai  i^ondit  ;  a  Peuple  malbeureiix  at  inseASé^I 
m4f'^9Êrl9L  velenlé  «de.IMett  que  vous  gëmissee  dans  Tai^ 
i»ilîcÉi9a;  le  Teyaune  sera  bientèt  àHivxé  de  TobsUjoaiioa 
»  Avec  liqudle  t#bs  leacHnes  A  toIfc  ruioe»  en  cberdlMUil  A 
»  iMHB9«r  et  à  ratenir  par  hi  v.ialenee  l'empire  du  fofs.  le 
»  jwe  i$iue:ai'veKB  ne  .recevez  pas  le  baptême  de  lësufr^Christ» 
»  Je  V49HS  forenrai  A  «teaencer  ,à  la  loi  de  Moïse  toute  entière,  a» 
b^  Mmb  s'adressèrent  auz  nobles  avec  des  9i4|^icaiiions»  et 
an  leur  oft-avidel-oret  derargent,  paorqu'ils  eagageaseeot 
le.roî  A  leor  laisser  leur  religian,  dAt-il  leur  enlever  >toutes 
leors  richesses  pour  les  employer  AJa  guerre.  Xieroi  ajoute.; 
«:&i  j'accf^is  une  telle  offipe,  je  ne  maintiendraîB  pas  ma 
Bjréputalîon  éte  piété  parmi  Jes  roiâ^  mes  eontempecsim. 
m  Os  croiraient  ^que  je  n'«  rendu  ee  décret  que  pour  servir 
»  da  fttétexle  i  extorquer  de  Ta^rgenL  .D'ailleurs  je  ne  Icu^ce 
^fme  ose  misérables  juife  à  embrasser  notre  foi  A  cause  de 
m  kmw  BkiiQsaea,  :m8is  par  la  ooAviction  qu'as  en  bneient 
»  autant  à  notre  -éfardcsi  jamms  ils  devenaient  nos  maitses.> 

m  Aiens  Hébert  ie  &s^  lépoadit  :  a  O  jroil.notee  oudÉse 
m  Mate  et  sou  m«iisire.Joaaé  «e  fioifsaîentABOttn  pe^de  A«a^ 
M  cvRKiiria  loi  des  Juifs»  mais  .«suiemeni  Iob  ^m^  prècefitas 
j^^le  IMf  piéeii^ptes  qui  «usaient  été  teananis  par  Adam,  le 
m  pmwsisr  .homme,  .fit  toutes  les&is'^ueJosuéiamiégeaitww 
jimille»MfiQmmem^t  parpreidamer^ue  quieQwgoeivoiilq^ 
m  iH«e  la  paix Ae  ponviât,  imiis  ^u'U  éeiait  eÉMiyiertes?a<pt 
»  préceptes  deTïoé,  sinon fulilmiiftlt^le  laiviile,  «mbsTil  wiikiit 


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316  LES  SEPBABDIU 

»  combattre  qu'il  descendit  et  tentât  le  sort  dn  combat.  » 
»  I^  roi  répliqua  :  «  Josué  faisait  ce  qu'il  lut  plaisait,  et  moi 
»  je  prétends  le  faire  aussi  ;  je  veux  choisir,  de  ses  trois  condi» 
»  tions,  celle  qui  me  convient  le  mieux,  c'est-à-dire  qu'au 
»  lieu  des  sept  préceptes  de  Noé  que  Josué  imposait  aux  pro- 
»  fanes  païens,  vous  recevrez  le  baptême  chrétien»  »  Un  des 
sages  juifs  dit  à  cela  :  «  Il  est  écrit  dans  notre  loi  que  jadis 
»  Israël  dédaigna  le  grand  don  de  Dieu,  savoir  la  terre  où 
»  coulait  le  lait  et  le  miel.  Je  demande,  6  roi!  quel  doit  être 
»  le  châtiment  de  ceux  qui  dédaignent  le  grand  don  deDieo?» 
Le  roi  répondit  :  «  Votre  loi  le  désigne  fort  sagement  :  c'est 
»  la  perte  de  l'objet  dédaigné.  »  Sur  quoi  l'orateur  continua: 
«  N'oubliez  donc  pas,  ô  roi!  ce  que  vous  venez  de  dire;  tous 
»  nous  avez  offert  dans  le  baptême  la  vie  éternelle.  Que  noire 
»  châtiment,  si  nous  ne  le  recevons  pas,  soit  la  perte  de  cette 
1  vie.  »  Mais  le  roi  répondit  :  «  La  violence  est  itijuste  dans 
»  les  choses  qui  concernent  le  corps,  et  la  possession  de  ce 
»  beau  pays  ne  devait  être  avantageuse  qu'au  corps  ;  mais  dans 
»  les  choses  spirituelles  elle  est  convenable,  de  même  que 
"»  Ton  force  un  enfant  à  apprendre.  » 

Cependant  la  cruauté  dont  Sîsebert  usa  envers  les  Juife 
n'obtint  pas  l'assentiment  général  de  ses  sujets.  Saint  Isidore 
de  Séville,  nom  cher  aux  philologues  par  son  ouvrage  sur  les 
Origines  y  proteste,  dans  sa  chronique  des  Goths,  contre  ce 
mode  royal  de  conversion.  c<  Sisebert,  dit-il,  avait  un  grand 
zèle  pour  le  service  de  Dieu;  mais  ce  zèle  n'était  pas  selon  la 
sagesse,  car  il  usait  de  violence  contre  ceux  qu'il  aurait  dû 
persuader  par  la  foi.  »  Ce  même  Isidore  fait  l'observation  sui- 
vante sur  le  verset  du  Lévîtique  (c.  x,  v.  3):  «  De  toutes  les 
bêtes  à  quatre  pieds,  vous  pourrez  manger  celles  dont  la 
corne  du  pied  est  fendue  et  qui  rumine.  »  Or  les  Juift  rumir 
nenty  à  la  vérité,  les  paroles  de  la  loi;  mais  ils  n'ont  pas  ta 
cqrne  du  pied  fendue,  puisqu'ils  n'admettent  pas  deux  testa- 
ments et  ne  prennent  pas  pour  base  de  leur  foi  le  Père  et  le 
Fils;  c'est  pourquoi  ils  soAt  impurs.  » 
On  peut  croire  que  c'est  l'influence  de  saint  Isidore  qoi 


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ou  LES  JUIFS  ]»*«8FA9ffS  1^  PB  PORTUGAL.  817 

dicta  le  ciiMiiiaiil&-septième  caoon  du  quatrième  coecile  de. 
Tolède,  oà  il  est  dit  :  c<  Le  saint  synode  a  résolu  de  ne  plus 
contraindre  désormais  personne  à  recevoir  notre  foi,  puisque 
les  hommes  ne  sont  point  sauvés  sans  leur  conseoiemeot, 
mais  volontairenient,  afin  que  l'attribut  de  la  justice  puisse 
être  maintenu  eu  sûreté,  d.  Ce  qui  n'empêcha  pas  ce  même 
coBcile  de  décréter  que  «  ceux  qui  avaient  été  forcés  d'em- 
brasser le  christianisme  du  temps  du  très-pieux  priace  Sise- 
bert^  devaient  être  contraints  d'adhérer  à  rEglise,  a6n  que  le 
nom  de  Dieu  ne  fût  pas  blasphémé  et  que  la  foi  qu'ils  avaient 
adoptée  ne  fftt  pas  regardée  comme  indigne  et  méprisable.  x> 

Le  sixième  concile  de  Tolède  fut  moins  tolérant  encore  que 
le  quatrième.  Un  de  ses  canons  disait  :  a  Par  l'inspiration  du 
Très-Haut,  notre  très-excellent  et  très-chrétien  prince,  en- 
flammé d'ardeur  pour  la  foi,  et  de  l'avis  du  clergé  de  son 
royaume,  a  résolu  de  déraciner  complètement  la  prévarica- 
tioD  et  la  superstition  des  Juifs,  ncèouffrant  pas  que  personne 
demeure  dans  le  pays,  qui  ne  soit  pas  cathoUqm,  »  A  la  suite  de 
ce  canon  vient  une  disposition  en  vertu  de  laquelle  le  roi,  à 
son  avènement  à  la  couronne,  devait  jurer  d'exécuter  ces  lois, 
et  se  reconnaissait  anatbème  s'il  négligeait  cette  partie  essen- 
tielle de  son  devoir. 

Le  huitième  concile  se  distingue  surtout  par  la  singulière 
adresse  que  les  Juifs  présentèrent  au  roi  Recessuinde,  par 
suite  de  ses  décrets.  On  les  avait  menacés  de  faire  une  en- 
quête sur  leurs  opinions,  leurs  coutumes,  leur  manière  de 
vivre  et  leurs  occupations  ;  mais  ils  prévinrent  les  commis- 
saires royaux  ou  ecclésiastiques,  en  renonçant  volontaire- 
ment à  leurs  coutumes  nationales  et  à  leur  loi.  La  seule  chose 
qu'ils  demandèrent,  après  avoir  consenti  à  abjurer  la  Pàque, 
le  sabbat  et  la  circoncision,  fut  d'être  dispensés  de  manger 
de  la  ciiair  de  porc , .  aliment  révoltant  et  impossible  à  dé- 
guiser par  l'art  culinaire.  Ayant  obtenu  de  si  grandes  con- 
cessions, les  évêques  se  relâchèrent  sur  le  reste,  et  décré- 
tèrent à  l'unanimité  douze  canons,  par  lesquels  il  était  en- 
joint aux  Juifs  d'observer  véritablement  et  d'embrasser  sin- 


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Umr  était  ]^eftiii«^«if  diAiM'ienifni^dti'sSakitMir  db 

j  lot  9Mni9sîéa*  Aes  IWfe  ptnil  ayotrasMmpî  iwaml 

jte9qo'à  r^vétaemenf  dllhiigi»,,  en  A8t  f  i 
temeiit  fetir  reKgien ,  oeci^reftldc»  «BpioiBidbri 
ment,  aelbetèrettt^  Asp^eselafesv.nié&ie'  dw  «letgâ^  et:  ] 
êoSttf  à  ce  qeuf  Yen  prétend»  i  faim  d«»  piwéi^ptâa.  Maû  h 
éhmriême  et.  le  sâkiêmo  cismÂle  rt^afèront  la  BégM^eani 
qu'avawnt  montrée' le»  poavw»  spivitwstaL  laus  e8&<NUi»«r 
|HNi  ambiigatf  k  la  if<é^ité ,  parsâssinre  dbigés  pmnmpiliiiwm 
<f9nere  les  Jaife  qai-  â'étaieni  conAinnte  à^  rEgUaa*  Amhdé 
poar  base  la  renonciaCioi^  dea  hnb  ewMoteiea»  dbna  kor 
adresse  à  Reetessaiml^  en  6S3»  les  oaaow  dt  Mk^ieiifliive» 
Hrenlr  tôtAes  te»  andeaiKs  p^obifeMeim  Le  pnâamdnia  m 
plkignaR  de  ce  qa»  les  Jaif»,  par  lëur< 
araient  éludé  tbtrte»'  les  pféeédettteiF  Ion, 
paître  Te  peu  d*effétf  qcf elfes  afaienfr  pndail  à  leur  nrinh  di 
flétéiitéy  qui  ptmissail  de  niorf ,  daHa*  IMs  tes-Ma^  asasdii^ 
ffnctienr,  ce  qai,  d'après  fe  éouaiènie  eoMifc^de  HMÊàûfèlmt 
contraire  à  rÉcriture  sainte.  En  coBséqaoïiea;  a» 
remplaçait  cette  peine  par  le  fbuet^,  fa  finm»  Keail  et  la  ( 
fikoatron  des^biiens.  Farcesmémes^dSaiet^toafiBles'IltevfV^ 
ticuliëVes  atrt  Jtrift  étaient  abel!es>  et  le  baptêiie  éMt  eajMt 
sans  exception  k  tous  les  che6  de  fgBttffleetà  tam-leim  aao»^ 
mensaut,  enfants  etdomestrqaes.  LaeireaaenioiHfiiife^eiiihgl 
était  punie  surnahommeparlamolilàtfeiiv  9iiranft*ltHaBMrpir 
Ta  perte  âa  nez  et  la  coirfiscatim  des  bietts'.  Le  norriage  jos* 
qu'au  siiième  degré  (f  affinité  étaît  d*éf%fldèFifeiBêiMeip«Bii 
r é^al'  dVt  blasphème  contre lenom^  é^  Sèmt^  ef^conti^e  li^lmtli 
et  du  refiis  de  la  commtnriom  Un  fnf' ne  pburaMf  pas  se  n»- 
dre  d'une  province  ou^  dTVine  vflle-  dhni9-  «né-  aatte  Bonpst 
présenter  devant  Yêrëqm  onte  ^igr  dl^lini.  ffaerpinuBi 
fiure  un  pas  sansitre  nmai  'd'uif  car tiffcatf dfe  bMwe.  tfonÉnÊÊê  ef 
d'un  passe-port.  Èhfttr,  tea!f#0dls&âfit(ae  tpà' ÊKMp9Êsik  ék 


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ou  LES  JUIFS  wvmé^am  sr  bb  po&tugal.       Wm 

&!miimwMÊUfy  et>  dmr  qwelqqw  c«g>  wini— aé  aarliAdieR.  lié 
«MMAiit^  Malgré  tmta?  las  pvécamioiis  qae  Van.-fl'eflEoirfiBi 
dirprcfiirfVè,  i^«i^00rtoifi  qnelies  déorets  du  ooMcile  nsinaréiii} 
qa^hupttrfaitenml  exAmMa.  La  a&vérité  des^  loia  nlaaipéBlMa 
pas  que  f «rgeiit  iml  procurât  souv«ttt  les  vHSf eitt  d  roQB»^ 
akHi'de  meaeter  Jttfnml'lgksiry  cnteeesMAr  djHiv«ee^  fat^Miyfc 
d^âd^NWÎF  em  loia^  et  d^aeoorddr  au'l«lftbaptiBtetaii&}» 
priyiMges*  40  tHkifj^m^  son  iki  ViUiia-  parant  à  u»  ai  gtûaA 
n/i»akm  d'^sBésdcr^voiir,  ifi%  peu  d^amées  aptèa^  ieaidoae»* 
bn  ^mf^inentdâiM  Gvenade  une  «tfie!jtiavffy.oe  cpâ  aaflldlét& 
impossible^  \mâe&mkv^(Muom  de  TcilUa.airakiiiélA8ifô&f 

Ce  peuple,  que  Ton  opprimait  ainsi,  se  composait  des  éum 
cetidsffrts' de» ariiMe» des  Machabée» «t  deaconptflrioAa» de 
losepft.  Blms  te  sixième  aièele,  tes  Juifs  de  Sapii»  se  diséiav- 
goèrent  par  ropMftlKrrésislanee  qu'ils  offnvenl  à  Béliaafee^ 
et  cela  dan^  me  eceasion  où  leur  reli^on  aalionale  m*étaÈA 
point  attaquée^  Hais  les  Juife'dfBi^agno  «vaient  pevdu  axet 
Tnasge  des  armes  josqu^à  leur  seurenir;  et  dans  u»pays  rem- 
pli dedéfiKs'i  sleélèbre^en  tous^  temps  pour  te  6«nge  A\m 
per^én^ratiee  de  ees  guetillas^  cent  mille  hoemea  ceuibèraBê 
sam  crppoeftfe»  la  ftMe  sou»  le»  lois  de  leiSR»  qspMneuae. 
Tootefo^  9t  les^^itê  eitcîteiil  noire  satpcise  et  méiae  «eim 
mépris  pour  hmr  déftrae  de  eousa^e ,  rmius  ne  poufroii9iK)ue 
empécfier  é'èpr^rSPV^  im  seirfiiiieni  de  respect  en  réyant  lei» 
Ibrraelè  daifs-fes  soUffhHiees  et  leur  fidéûtè  à  la  Ibi  qu^U» 
ayaienC  reçue  de  leurs  pères; 

Le  dernier  aete  de  persécution  que  les  concile»  de  Tolède 
eretcctent  eoi^fre  )e^  Juift  M  Tédii  qui  les  redûnit  à  un 
eeclàtaçe  complet,  et  qui  enlevait  &  leurs  ptarents  tem  ks 
ertftnt^  juifs  âlgés  de  plus  de-  sept  ans.  €e  IM  précieinent  1 
ceffto  époque  fTttff  qae  tes^iiilftoMiftafiiB  entraient  en  ^fÊh 
gùe  et  y  pto<ÀaAlfeiit  «le  ieMfMee  enrlièDe  pe>«r  toatee  les 
mngicniar.  <9n  igiamrar  U  ptif  que^  tes  MU»  soit  eeavertts ,  seit 
'^juietfy  ptuTeiit'  tttf  ^apitfle  l'Wft^seiiieii t  obb  fa  nwMMirCBie  flsa 


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JBD  LES  SBFHAftDIlf 

Gotbs,  mais  il  est  iiaiurel  dé  croire  qu'Us  ne  laiasèreBl  pas 
échapper  une  si  bonne  occasioa  de  se.  veo^r.  Dans  qudque 
Keu  que  le  sort  les  plaçât,  ils  démettraient  on  peuple  esseii* 
tiellement  oriental,  et  ils  dûrenft  en  conséquence  fraterniser 
sans  peine  avec  les  guerriers  originaires  d'Orient  qui  arri-- 
vaient  en  foule  des  cAtes  d'AMque.  Les  divisions  qui  ré- 
gnaient à  la  cour  des  Goths  furent  raipporlées  à  Tenaerni,  qai 
reçut  aussi  les  renseignements  les  plus  précis  sur  l'état  des 
forteresses  et  des  ports  de  mer  où  les  Juife  se  livraient  aa 
commerce  et  au  courtage.  Aussi  Rodrigue  Ximenès,  historien 
et  archevêque,  qui  écrivait  au  treizième  sièéloi  n'hésite  pas 
à  attribuer  la  conqtiète  de  Tolède,  de  Grenade  et  déCordone 
à  Thostilité  déclarée  ou  à  la  trahison  cachée  de  la  popnhtion 
Israélite. 

Nous  allons  profiter  de  la  tranquillité  dont  les  Juifs  jouirent 
sous  la  domination  arabe  pour  jeter  un  coup  d*œil  sur  la 
littérature  et  sur  l'état  social  de  co  singulier  peuple,  i  une 
époque  où  leurs  qualités  industrielleâ  et  intellectuelles  pou- 
vaient se  développer  en  liberté. 

De  temps  immémorial  les  Juifs  ont  possédé  une  foule  de 
savants  et  une  vaste  littérature.  f(  Quiconque,  dit  le  Talmwâ^ 
est  tenu  d'apprendre,  est  aussi  tenu,  d'enseigner;  x>  et  les  éco- 
les, tant  de  TOrient  que  de  l'Occident,  attestent,  par  leo^ 
rabbins  et  les  innombrables  volumes  qu'ils  ont  produits,  que 
oe  préceptd  du  Talimd  était  fidèlement  suivi.  11.  est  assez 
étrange,  d'après  cela,  que  la  littérature  juive  n'ait  point  formé 
une  partie  intégrante  de  celle  de  l'Europe  au  moyen  Age,  qui 
n'était  pourtant  guère  moins  bizarre.  Voyons  quelle  a  pu  eo 
être  la  cause. 

JLa  première  et  la  principale  a  été  sans  doute  le  génie  orien* 
tal  des  Sephardim.  Rusés  et  disposés  à  plier  en  tout  ce  qn; 
regardait  les  affaires  pratiques  d<^  la  vie,  les  Joifs  possédaient 
dans  les  travaux  de  l'esprit  le  car^tère  obstiné  et  impéné- 
Irable  des  Asiatiques.  Se  regardant  toujours  comme  les  objets 
de  la  prédilection  spéciale  de  la  divinité^  ils  bornaieat  toutes 
leurs  études  à  celle  de  l'Écjriture  sainte,  aux  traditions  des 


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ou  LES  JUIFS  D*ESPÀGNE  ET  DE  PORTUGAL.  321 

anciens  et  aux  décision  des  éboles,  rejetant  comme  un  instru^ 
ment  étranger  et  impur  l'esprit  mystique  et  argumentatif  que 
les  Grecs  avaient  transmis  aux  races  teutoniques  de  TEurope. 
Leur  système  d'instruction  était  fondé  sur  un  respect  patriar- 
cal pour  la  vieillesse,  sur  l'idée  d'une  théocratie  et  sur  la 
prépondérance  que  tous  les  Orientaux  accordent  aux  études 
spéculatives  sur  celles  qui  exigent  le  raisonnement.  Cette 
instruction  passait  du  père  au  fils,  du  maître  à  l'élève»  et  par- 
ticipant ainsi  à  la  nature  de  l'enseignement  oral,  elle  se  trans- 
mettait naturellement  sous  la  forme  de  proverbes,  d'adages  et 
d'apborismes.  Conformément  à  ces  idées,  les  Juifs  soutenaient 
que  tout  ce  que  les  siècles  passés  leur  avaient  transmis  sur  la 
morale,  sur  l'esprit  et  sur  le  culte,  était  nécessairement  ce  qu'il 
y  avait  de  mieux.  Les  sciences  d^ns  lesquelles  ils  excellaient, 
savoir,  la  grammaire  en  y  comprenant  la  critique  et  la  philo- 
logie, la  physique,  l'astronomie  et  la  médecine,  sont  précisé- 
ment celles  dans  lesquelles  l'esprit  de  l'homme  se  soumet  le  • 
plus  patiemment  aux  règles  et  aux  antécédents,  et  auxquelles, 
par  les  mêmes  raisons,  toutes  les  nations  orientales  ont  quelque 
prétention.  Mais  de  même  qu'en  approfondissant  toutes  les 
finesses  de  leur  propre  langue,  les  Juifs  s'occupèrent  rarement 
des  autres  dialectes  sémitiques,  de  même  aussi  en  astronomie 
ils  n'avancèrent  point  au  delà  du  grossier  système  de  Ptolé- 
mée  et  des  savants  de  la  Chaldée,  tandis  cpi'en  médecine, 
habiles  à  appliquer  les  connaissances  des  autres,  ils  ne  firent 
aucune  découverte  soit  ea  anatomie,  soit  en  nosologie.  Philon 
d'Alexandrie  s'appropria  les  doctrines  de  Platon  avec  tant  de* 
succès  que  son  platonisme  devint  proverbial.  Mais  l'auteur 
païen  auquel  les  Sephardim  accordaient  une  préférence  décidée 
était  Aristote,  dont  les  formules  scientifiques ,  détournées 
conune  elles  le  furent  également  par  les  Arabes  et  les  Juife  de 
leur  but  primitif,  cpii  était  de  rédui]:e  en  méthode  les  concep- 
lions  de  l'intelligence,  sont  toujours  devenues  des  obstacles 
formidables  aux  progrès  de  l'esprit  humain.  Or,  Aristote  lui- 
méma  n'était  lu  par  les  Juifs  que  dans  les  traductions  de  ses 
commentateurs  arabes ,  et  ils  mettaient  une  si  grande  impor- 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  21 


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882  K'K  simi&viiiif 

tance  à  ne  reconnaître  aucune  obftgafion  dBrecte  à  la|AiitoaD- 
]dite  des  Gentils  qne,  selon  euic,  le  fondateur  dn  péripatétisM 
devait  tonte  sa  science  à  on  grand  prêtre  de  Sémsaleoi  ;  3  y 
en  arait  qni  prétendaient  qnll  était  de  la  famille  de  Kobb 
et  de  la  tribn  de  Benjamin. 

La  situation  des  Juifs  dans  leur  dernière  captivité  neleor 
permettait  guère  de  se  livrera  la  poésie  épique.  lia  cultivaient 
en  revanche  la  poésie  lyrique,  car  cette  poésie  de  courte  fa- 
leine  convient  à  un  peuple  errant  et  malheureux,  bien  qu'de 
n'atteignit  jamais  à  la  sublime  puretëdeleur  antique  psafanisle. 
Vans  les  sciences,  ils  se  trouvèrent  plus  inmiédtaiemeat  ei 
contact  avec  le  reste  de  l'Europe.  Ils  occupaient  les  pria- 
cipales  chaires  dans  les  collèges  mahométans  de  Cordone  et 
de  SéviHe,  et  ils  enseignaient  la  géométrie,  Talgèbre,  la  hp- 
que  et  la  chimie  de  l'Espagne  dans  les  universités  de  Paris  et 
d'Oxford,  tandis  que  des  étudiants  chrétiens  de  tontes  les 
parties  de  l'Europe  allaient  suivre  leurs  cours  en  Andatonsie. 

En  astronomie,  les  Jutia  forent  les  maHres  des  Maures. 

Par  cette  rapide  esquisse  de  leurs  travaux  inteHectuels  oa 
voit  que,  depuis  le  dixi^ne  jusqu'au  treizième  siècle,  les  Mb 
partagèrent  avec  les  Arabes  le  mérite  d'être  le  peuple  le  phs 
savant  et  le  plus  civilisé  de  l'Europe  ;  mais  même  à  l'époque 
la  plus  florissante  pour  eux,  les  causes  qui  séparaient  l'esprit 
des  Hébreux  de  celui  des  Européens  sont  évidentes,  indépen- 
damment de  celles  que  nous  avons  déjà  énumérées,  il  en  existe 
une  autre  qu*H  ne  fout  pas  passer  sous  silence.  La  littératore 
des  luifo  s'est  de  tout  temps  distinguée  par  «ne  gravité  rigide, 
comme  si  le  talent  de  bien  parler  était  un  présent  du  ciel,  ifftk 
il  n'est  pas  permis  d'user  pour  des  sujets  frivoles.  La  phput 
des  nations  de  l'Asie  sont  sobres  de  paroles,  mais  aucune  ne 
l'est  autant  que  les  Juifo.  Ils  étaient  déjà  sérieux  dans  le 
temps  de  leur  indépendance,  et,  depuis,  leurs  écrivains  sesoat 
constamment  abstenus  de  tout  sujet  qui  dans  leur  opinion  ne 
devait  point  contribuer  à  leur  bonheur  dans  ce  monde  et  du» 
l'autre.  Cest  en  cela  qu'ils  diffèrent  singulièrement  des  moî- 
nee  du  dttistianisme.  Les  Juifo  ont  toujours  beaucoup  lo  et 


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ou  LES  JUIFS  ^'BiTAGHK  Kff  DE  PORTUGAL.  SI 

beaneoiip  éerit,  nacfknirs  fivres  n'ont  jmmiê  «m  %tmimnà 
b  noHewe.  Le»  fées,  les  rerenante ,  iet  géaies  e*  eer  mépàm 
de  la  Providence  et  de  la  Tertm  souffinate  <|iii  font  le  pà^ 
eipal  sujet  des  ovrrages  d'inaginatioa  nodet nés,  soai  ftone 
inconnus  aux  écrivains  hébraïques.  Il  est  vrai  que  de  gravn 
emnis  et  de  listes  folies  ont  aussi  trouvé  pince  dims  lenn  eu* 
vrages,  mais  les  auteurs  jnifs  les  r^gardnienieosinientaAldi 
vérités.  Quand  leur  imagination  s'exerçait  MF  fai  Bible  ^  ia 
se  trompaient  le  plus  gravement  dn  monde,  ei  qaaad  âe 
s*èlevment  jusqu'à  lacontemptation  des  dMMes  sivaaturdls% 
lis  ne  voyaient  que  des  sérapMus  brélaato  et  leaaafsadia 
^eigneni . 

Nous  allons  citer  quelques  exemqples  deriwention  raUii^ 
nique  ;  ils  sont  tniés  de  YA^iadoth  et  du  Sc^re  de  Jmda,  Kabbi 
Siphré  dit:  «c  J'étais  un  jour  dans  vm  vaiasean.  Nom  vkMB 
xm  poisson  avec  de  superbes  cornes,  sor  tes<piellcB  en  itsnit 
rinscripfion  suivante  :  Je  suis  un  trèt^petit  échantillon  des 
créatures  qui  habitent  les  ptofendeurs  de  la  mer.  Or  ce  paâs^ 
son  avait  trois  cents  lieues  de  long;  mais  il  fiit  avalé  d'an 
senl  coup  par  le  Léviathan.  — Baijucbné  est  un  oîseaa  qfé, 
lorsqu'il  étend  ses  ailes,  causé  toujours  une  éclipse  totale  dn 
soleil.  Un  jour  un  de  ses  ceul»  tomba  de  son  nid,  et  dans  sa 
chute  il  brisa  trois  cent  quinze  magnifiques  cèdres  et  inonda 
soixante-neuf  gros  villages.  — 

»  — Il  y  avait  un  jour  une  grenouille  grouse  comme  soixante 
maisons,  mais  elle  fut  avalée  par  un  serpent;  ce  serpent  fmi 
à  son  tour  dévoré  par  «ne  corneille,  qui  s'eav<^  avec  Ini  et 
alla  se  percher  dans  un  arbre.».  Un  morceau  de  fer  tomba 
dms  la  mer  et  fut  sept  ans  avaal  d'arriver  an  fond...  L'aHé- 
gorie  de  la  grenouille  dénote  la  science  de  l'histoire  naturette 
qui  célèbre  Feeuvre  de  Dieu  d'une  voix  hante  et  sévère;  les 
soixante  maisons  sont  les  soixante  parties  de  la  nature;  le 
serpent  qui  dévore  la  grenoniUe  représente  l'astronomie,  à 
cause  de  ses  cercles,  elc.  La  comeUle  est  la  théologie^  con* 
formément  au  Cantique  des  cantiques,  c.  i,  v.  &.  -*  le  snîs 
noire,  mats  je  SUIS  belle.— L*allé|gprie  du  fer  qni  toariMi  dans 


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tak  LES  SEPHAEDIM 

la  mer  désigne  Tesprii  humain  qui  ressemble  au  (er,  parce 
qu'il  est  susceptible  d'acquérir  du  tranchant;  les  sept  années 
sont  les  sept  sciences  libérales  que  l'intelligence  la  plus 
prompte  ne  pourrait  acquérir  dans  le  cours  d'une  vie  e:- 
tiëre.  » 

Hoîse-bar-Haimon  naquit  à  Cordoue  en  1131.  Les  Jnifs 
l'appelaient  Rambam,  mot  formé  des  initiales  de  ses  noms, 
et  il  est  connu  parmi  les  chrétiens  sous  le  nom  de  Maimo- 
nides.  Il  fut  sans  contredit  le  plus  bel  ornement  de  la  litté- 
rature juive.  Eichhorn  lui  accorde  le  premier  rang  parmi  les 
rabbins,  et  Scaliger  dit  en  parlant  de  lui  :  «  Primus  fuit  in- 
ter  Hebrœos  qui  nugari  desiit.  »  11  était  versé  dans  plusieurs 
langues  et  écrivait  avec  une  égale  facilité  en  hébreu,  en  cfaal- 
déen,  en  grec  et  en  arabe  ;  ses  écrits  embrassent  une  foule  de 
sujets  différents.  Ses  admirateurs,  surtout  parmi  les  Juife  plus 
éclairés  de  ces  derniers  temps,  le  proclamèrent  un  second 
Moïse,  et  quelques-uns  des  meilleurs  ouvrages  des  savants 
juifs  modernes  sont  des  commentaires  sérieux  de  Bar-Hai- 
mon.  Plusieurs  de  ses  ouvrages  furent  traduits  en  diverses 
langues  par  Pococke,  Prideaux  et  Clavering.  Selden  lui  ac- 
corde des  éloges  sans  restriction.  L'année  de  sa  mort  fiit 
longtemps  désignée  par  les  Juifs  avec  l'épithète  de  lamentum 
hmentabiU.  Néanmoins,  tant  qu'il  vécut,  il  eut  à  souffrir  de 
fréquentes  persécutions,  et  il  fut  enterré  chez  l'étranger,  les 
uns  disent  à  Tibériade,  et  les  autres  à  Uébron.  On  attribue 
son  départ  d'Espagne  à  un  édit  d'Abdulmuman,  monarque 
Almohade,  d'après  lequel  tous  les  Juifs  et  tous  les  chrétiens  de 
son  royaume  étaient  obligés  d'embrasser  l'islamisme.  Haimo- 
nides,  ainsi  que  les  autres  Juifs,  se  conforma  extérieurement 
à  la  loi,  pour  se  donner  le  temps  de  disposer  de  ses  biens, 
après  quoi  il  se  réfugia  à  la  cour  d'Egypte.  Arrivé  au  Caire, 
il  y  jouit  de  la  protection  de  son  ami,  le  cadi  AUPbadel.  Alors 
il  abjura  la  religion  de  Mahomet  et  ouvrit  une  école  de  phi- 
losophie et  de  jurisprudence  juives.  Les  diverses  occupations 
de  Maimonides  offrent  un  exemple  du  caractère  entreprenant 
et  intellectuel  des  exilés  juifs.  Il  s'appliqua  avec  ardeur  A  Té- 


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ou  LES  JUIFS  D*ESPAGNB  ET  DE  PORTUGAL.  895 

tude  de  la  médecine,  et  en  même  temps  il  gagnait  sa  vie  par  le 
commerce  de  la  bijouterie.  Quand  son  protecteur  devint 
maître  de  l'Egypte,  Maimonides  fut  fiiit  médecin  de  la  cour, 
avec  un  traitement  fixe.  Une  lettre  qu'il  écrivait  à  cette  épo- 
que à  son  ami,  le  rabbin  Samuel-Abus-Tibbon,  fait  connaître 
la  vie  qu'il  menait  : 

a  Je  demeure  en  Egypte,  disait-il,  à  la  distance  de  deux 
voyages  d'une  journée  de  sabbat,  du  Caire  où  le  roi  réside. 
Les  devoirs  de  ma  place  exigent  que  je  me  rende  auprès  de 
lut  tous  les  matins.  Si  ma  présence  n'est  pas  nécessaire  à  la 
cour,  je  reviens  chez  moi  vers  midi,  à  demi  mort  de  faim.  Je 
trouve  ma  maison  entourée  d'une  foule  de  juifs  et  de  gentils 
de  toutes  les  classes,  qui  attendent  mon  arrivée.  Aussitôt  que 
j'ai  pris  un  peu  de  nourriture,  j'examine  mes  patients,  jusqu'à 
ce  que,  épuisé  par  la  fatigue  de  parler  et  de  faire  des  ordon- 
nances, la  voix  me  manque  presque  avant  d'avec*  achevé.  » 

L*élévation  de  Maimonides  excita  l'envie  des  savants  maho- 
mètans,  et  un  avocat  venu  d'Espagne  l'accusa  d'être  un  ma* 
hométan  converti,  maist'elaps.  Le  roi  défendit  son  favori,  en 
disant  qu'une  religion  forcée  n'est  point  une  religion.  Et  la 
vénération  qu'il  inspirait,  même  à  ceux  qui  le  regardaient 
comme  un  infidèle,  fut  si  grande,  que  les  mahométans  eux- 
mêmes  jeûnèrent  à  l'occasion  de  sa  mort  et  accompagnèrent 
en  fDule,  jusqu'à  une  distance  de  deux  journées,  son  corps 
que  Ton  transportait  à  la  Terre-Sainte. 

La  profession  de  foi  rédigée  par  Moîse-bar-Haimon  pour 
ses  coreligionnaires,  purifiée  de  tout  ce  que  le  rabbinisroe  y 
avait  ajouté  de  grossier,  est  l'œuvre  d'un  esprit  élevé  et  pieux, 
toujours  calme  et  raisonnable.  Mais  les  ouvrages  par  lesquels 
il  a  réformé  d'une  manière  permanente  leur  système  d'instruc- 
tion et  de  croyance,  ouvrages  qui  par  cette  raison  même  lui 
attiraient  la  sévère  censure  et  l'indignation  de  ses  contempo- 
rains, sont  le  Moreh'Nebuehin^  ou  le  guide  de  ceux  qui  chan- 
eèient,  et  leJad-^Hahhazakah^  ou  la  Main  forte,  qui  est  le  code 
complet  de  la  loi  écrite  et  non  écrite  des  Juib.  Le  premier  de 
ces  deux  ouvrages  a  seul  obtenu  une  réputation  européenne. 


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Léo  doctrines  qu'il  ooniient  jedèrewt  tMles  les  wjmÊgÊfÊmêàm 
lacofistefnfttiQtt  et  la  diviemi .  Le  mîb  qa'il  arait  yris^  fiwrgcr 
le  judaïsme  de  terates  lesestntragauices  du  Tatesd,  et  reint 
qu'A  disait  pour  enga^r  see  corelîgîonnaîrei  ft  fiiire  usaçe 
de  la  raison  bumaine  en  la  combtnaot  a^ee  ia  raUoD  diTine,  ne 
pouvaient  manquer  de  réveiller  le  Ssinatisiae  de  la  vietlk 
écele  des  raMMRÎstes.  A  Montpellier,  ce  Mrre  fat  brèlé  sur  la 
flace  publique  ;  on  exeomomnia  to«8  ceux  qui  le  liraimii,  et 
«A  anatlièBie  fut  lancé  contre  l'auteur.  Mais  A  Narbomeet 
4ans  d'antres  siynagofpes  finmiçaisea,  le  Jibrrà  trouva  d'ar- 
dents défenseurs.  La  aentence  d'excMouBanicati^B  fiit  re»- 
iroyée  à  ceux  qui  PaTaîent  lancée,  et  après  un  aefcisne  de 
plnsîem^  années,  rauAoriié  de  Bar-Maisioa  fut  ^érakneit 
reconnue  par  les  Sepfaardim.  La  réfimae  fiiite  par  Maino- 
-ndes  a  étendu  son  influence  jusqu'à  nos  jours. 

Nous  voudrione  bien  parler  des  nombreux  TOf  aeeurs  jinis 
qui,  dane  le  moyen  i^,  avaient  phta  de  fiiciUté  q«e  d'an- 
tres à  quitter  leurs  foyers,  tant  à  cause  dn  com»eroe  actf 
unquel  les  Juifs  se  Hvraieut  que  par  la  certitude  oà  ibétaiert 
4e  trouver  des  compatriotes  dafts  tous  les  paya  qu'ils  vifî- 
faieiit.  Mais  nous  sonmes  forcés  de  nous  borna-  à  dure  basi- 
ques mute  de  YUwéreire  de  Benjamin  de  TuMa,  écrivaiadonl 
le  neui  eat  devenu  européen.  Quoique  cet  ouvrage  témigae 
^'une  grande  îgnoraoee  ou  au  noins  d'une  {raade  iasou- 
ciance  quand  il  est  question  des  genitlSy  il  est  «ngulièreiBeat 
œaaplet  et  exact  sur  tout  ce  qui  a  rapport  au  nunbre,  i  la 
f lÉuation  et  aux  usages  des  Juifs  eux-inteoes.  Le  plus  grtad 
défaut  du  rabbi  Benjamin  est  peut*étre  sa  vanité  natioMle. 
Toîci  quelques  exteaks  qpi  pouiront  donner  use  idée  de  h 
UHonère  d'écrire  et  du  genre  d'observations  de  raaieur  - 

«  La  gr«ada  viUe  de  Bome^  dit41,  est  la  capitale  des  id»- 
UKte»  {^ÀrHimM^  enriroa  deux  cents  Juifr  babiteuft  cette  vilic; 
«skmA  dealionijBi«siMDCiéles»4|u  as  patent  de  IrilntAa»^ 
«wej^Misaiiee  quelociaque.  Il  y  ea  a  phwieBrs  a«  senrieeda 
fi^ iklenandre,  qui  est  un  tràfrgraftd  prince  et  Wckef  dak 
dea  édiMMÉfi.  Ou  y  leewe  cpielques  beimw  d'iae 


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ou  LES  JUIFS  S'ESKAftKS  ET  BE  PORTUGAL.         SU 

aagfttse»  dont  les  funiicipaax  sont  le  gnuid  rabbia 
Dmid.  qI  le  labbin  Jehiel,  lyûnistre  du  pape,  brave  jeune 
himmej  sage  et  pmdent,  qui  Créqpiente  le  palais  en  qualité 
db  pteaiier  intendant  ou  directeur  des  aiSsiires  du  pape.  Hor» 
des  portes  de  la  ville,  on  voit  le  palais  de  Titus»  qpi  fut  dé- 
posé par  trois  cents  sénateurs  à  cause  de  sa  désobéissance, 
^fant  employé  au  siège  de  Jérusalem  trois  années  de  pins 
91e  le  sénat  a*avait  décrété*  » 

On  voit  par  cette  dernière  phrase  que  notre  Benjamin  n'é- 
lût pas  très-versé  dans  Thistoire. 

n  ne  peut  assez  vanter  les  synagogues  de  Paris. 

c  U  y  a  à  Paris  des  disciples  de  la  sagesse,  tels  qu'on  n'en 
trouve  en  aucun  lieu  du  monde;  iU  se  livrent  jour  et  nuit  à. 
réfnde  de  la  loi.  Us  sont  hospitaliers  pour  les  étrangers,  et. 
seconduisent  en  frères  avec  leur  famille  et  leur  peuple.  x> 

LTAllemagne  n'a  pas  beaucoi^)  d'attraits  pour  lui. 

«  Ce  pays  est  rempli  de  montagnes  ^  toutes  les  communau-* 
tés  Juives  habitent  près  des  bords  de  la  grande  rivière  dn 
Ibia.  » 

£n  parlant  de  Jérusalem,  il  dit  : 

«  C'est  encore  ici  que  se  trouve  le  bant  lieu  a|ipelé  le  Se- 
pdcfê  de  VBoamt  :  il  est  visité  par  toua  ceux  qfie  leur  religion 
I  «bUgiB.  )» 

Mais  il  est  temps  de  revenir  à  l'histoire  politique  des  Se- 
fhaTfdsm* 

Les  eiieoBstances  do  treizième  et  du  quatorzième  siècle  fa- 
lent  en  général  favorables  aux  Juifs.  L'ascendant  du  maho^ 
mitininr  baîasalt  ;.  le  pouvoir  des  souverains  chrétiens  n'était 
paa^enoora  assez  fermement  établi  dans  la  péninsule  pour  leur 
ettw«»  les  braélites  de  grands  actes  de  persécu- 
i;  d^aîDeurs  les  Sephardin»  étaient  utiles  au  gouvernement,. 
éomk  ila  administraient  souvent  les  linancea,  par  l'activité 
^'ik  împfimaieniaacommerGe  tant  étranger  qu'intérieur.  Ils. 
pmmêidwi  de  grands- priviiéges,  dont  qpelqnes-uns  leur  étaient 
,  Ibréglai^ntla  valeur  du  numéraire,  et  fixaient  à 
jgprdf  le.  eovurs  du  cbange.  Leur  témoigfaage  était 


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328  LES  SEPHARDIM 

reçu  dans  les  tribunaux;  ils  étaient  exempts  de  l'emprisonne- 
ment  pour  dettes,  et  possédaient  de  grands  biens  territoriaux. 
On  prétend  qu'il  y  eut  un  moment  où  ils  étaient  propriétaires 
du  tiers  de  la  péninsule  ;  dans  les  principales  villes  enfin,  ils 
jugeaient  leurs  propres  causes  tant  civiles  que  criminelles. 

Bientôt  cependant  le  peuple  espagnol  commença  à  fàte 
éclater  cet  esprit  d'intolérance  religiease  qui  l'a  depuis  tou- 
jours distingué.  D'un  autre  côté ,  à  mesure  que  les  royaumes 
chrétiens  absorbaient  par  degrés  les  provinces  mauresques, 
les  Maures  eux-mêmes  retrouvaient  leur  ancien  fiinatisme,  et 
les  Juifs  sujets  des  uns  et  des  autres  étaient  l'objet  d'une  égale 
méfiance  de  la  part  des  deux  peuples  ennemis.  Les  croisades, 
dirigées  dans  l'origine  contre  l'islamisme,  ne  pouvaient  man- 
quer de  réagir  défavorablement  contre  le  judaïsme.  Des  croi- 
sades régulières  furent  organisées  contre  les  Juifs,  tantSeph- 
ardim  qu'Ashkonazim,  qui  furent  pillés  et  massacrés  au  cri  de 
hep!  que  l'on  croit  avoir  été  l'abréviation  initiale  de  la  phrase 
Hierosolyma  est  perditaî  Ni  les  exhortations  des  souverains 
pontifes,  ni  l'autorité  des  princes  séculiers,  ne  purent  mettre 
'  un  terme  à  ces  excès. 

Les  lois  des  Siete  Partidas ,  du  roi  Alphonse  X,  ordonnent 
que  les  Juii^  porteront  sur  la  tête  une  marque  quelconque  qui 
serve  à  les  distinguer,  et  sans  laquelle  il  ne  leur  sera  pas  per- 
mis de  paraître  en  public.  Le  concile  de  Salamanque,  tenu  en 
1335,  ajouta  à  cette  obligation  celle  d'habiter  dans  chaque 
ville  un  quartier  distinct,  qui  devait  être  fermé  la  nuit  et 
s'appelait  la  Juiverie. 

Dans  une  insurrection  qui  éclata  à  Tolède,  en  lfc29,  le  peu- 
ple exigea  que  même  les  Juife  convertis  et  tous  leurs  descen- 
dants, à  perpétuité,  fussent  exclus  de  toute  charge  ou  dignité 
publique.  La  cour,  intimidée,  l'accorda ,  quoique  ce  fût  une 
violation  de  la  loi  de  SieU  Fartidas,  va,  8%,  6.  Cependant  te 
haut  clergé  n'avait  eu  aucune  part  à  cette  déplorable  mesatt; 
aussi  le  doyen  de  la  cathédrale  et  le  pape  Nicolas  V  parvin- 
rent, par  leur  persévérance  à  s'y  opposer,  à  fiiire  cesser  ni» 
interdiction  si  cruelle ,  qui  ne  fut  remise  en  vigueor  fp» 


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ou  LES  JUIFS  D*BSPAG9B  ET  DE  PORTUGAL.  3S8» 

tTMftte  ans  plus  tard.  Il  n'y  a  point  de  pays  en  Europe  qui  offre 
autant  d'exemples  que  l'Espagne  de  la  tyrannie  exercée  sur 
les  rois  et  sur  la  noblesse  par  une  multitude  ignorante,  ex- 
citée par  les  prédications  furibondes  des  moines.  C'est  là  du 
reste  une  suite  nécessaire  du  singulier  caractère  de  la  nation  ; 
mais  il  n'en  est  pas  moins  extraordinaire  que  ces  émeutes, 
souvent  suivies  de  massacres,  n'aient  jamais  été  empêchées 
ni  punies,  nonobstant  les  bulles  des  papes  et  les  décrets  ca- 
noniques au  sujet  des  Juifs.  Le  concile  de  Tortose,  de  l'an 
1429,  conjura  le  roi  d'Aragon,  par  le$  entrailles  de  la  divine 
mieéricordef  de  s'entendre  avec  les  prélats,  les  barons,  les 
chevaliers  et  les  universités,  pour  préserver  les  Juifs  de  tout 
acte  de  violence;  depuis  ce  temps  il  s'écoula  trente  années 
sans  qu'il  éclatât  contre  eux  aucune  insurrection. 

Le  Juif  Abraham  Benvenista  fut  le  principal  ministre  du 
roi  Henri  lY.  U  avait  été  pendant  deux  ans  le  seul  négocia^- 
teur  entre  les  couronnes  d'Aragon  et  de  Castille.  Pendant 
la  guerre  civile  des  nobles  de  la  Castille,  il  fut  fait  prisonnier 
àTudéla;  on  regarda  sa  capture  comme  un  avantage  très- 
important. 

Vers  l'an  1<^63,  la  conduite  déréglée  du  roi  Henri  et  de  la 
reine  son  épouse  engagea  les  nobles  à  demander  soit  des 
secours,  soit  des  conseils,  aux  rois  d'Aragon  et  de  Portugal. 
Henri,  effrayé,  invita  le  roi  de  France,  Louis  XI,  à  une  en- 
trevue sur  les  bords  de  la  Bidassoa,  pour  s'entendre  sur 
une  intervention  en  sa  faveur,  qu'il  désirait  obtenir  de  ce 
monarque.  Il  emmena  avec  lui  son  ministre  des  finances,  qui 
était  un  Juif  du  nom  de  Gaon.  Pendant  que  les  deux  rois 
négociaient  ensemble,  Gaon  reçut  l'ordre  d'aller  percevoir  les 
irapAts  dans  les  provinces  de  Guipuscoaet  de  Biscaye.  Celles- 
ci  refusèrent  de  payer,  en  alléguant  leurs  fueroê^  et  irrités  de 
la  prétention  du  ministre,  ils  le  tuèrent  sur  la  place.  A  cette 
nouvelle,  Henri  envoya  à  Tolosa  demander  que  le  cou^ 
pable  lui  fttt  livré;  mais  les  Biscayens,  après  avoir  rassemblé 
des  forces  considérables  sur  les  montagnes  qui  entourent  la 
ville»  répondirent  que,  loin  de  consentir  i  remettre  entre  les 


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Mens  do  roi  l*liMMne  cpé  «vait  tué  le  ^  ^ 

d'a?ifl  ^pie  cel  ÎAlripide  Guè|Miacoan  aiwbt  bîeAnérilédek 
patrie. 

Cinq  ans  «^irès  cet  éréMoieat,  ie  roi  leMt  d*Aa(OB,ateit 
Agé  de  soiunWKMiae  am,  eat  aae  cataracte  sar  iea  yeux;» 
Juif  lUMBiiié  Âbuibar,  Qs^f^Imt^  de  Lérida,  eninprît  de  guérir 
le  naiiai^e.  Comne  tous  les  doctaira  €le  sou  tiMptr^  Aim^ 
b»  élak  à  la  foi»  médecia  et  astrologue,  et  es  cooaéqMaœ 
ayant  trouvé  le  il  septembre  que  la  configutatioji  despla- 
•ètes  éUit  favorable  à  ropératÎM,  il  Teititieprit  et  rendit  aa 
m  la  vue  d'uaœii;  maïs  ému  saue  douie  de  ce  qu'il  Teaaiida 
ivre»  il  déclara  que  le»  astre»  ae  permettaient  point  d'achever 
l'opératiou  ce  jour-là.  Ce  ne  fut  que  le  12  octobre  que,  cédMt 
aux  instances  du  mourque,  il  consentit  à  tenter  la  SMte  de 
la  cure,  qui  réussit  parfiatitement*  Une  opération  si  délicate, 
confiée  i  un  Juif  et  accomplie  avec  succès^  réagit  favorable* 
aMnt  sur  toute  sa  nation,  qui  demeura  en  paix  pendant  les 
•nxe  années  qne  le  roi  Jean  régna  encore  après  an  gaè» 


Les  Juifs  furent  moins  heureux  en  Sicile,  où  un  grand  aottbie 
dfeaire  eux  fia^nt  massacrés  en  IWk  QnqcnU  périrent «tens 
nne  journée  et  six  cents  dans  une  autre,  sans  comfiler  tnna 
œu  qui  halHtaÂent  Noto  et  Modica.  On  attribua  ce»  aoènea 
sauvantes  à  ce  que  quelques  Juifs  avaient  eu  la  bacdieaae  di 
donner  des  caiseas  contre  la  foi  chrétienne;  le  vice-roî  cnl 
aprâer  In  fureur  populaire  en  foisaat  mettre  à  mort  six  d'en- 
tre les  accusés.;  maïs  ce  nombre  ne  suffit  pas  à  beaucoup 
près;  le  peuple  courut  aux  araaes,  et  eut  dans  cette  oeenann^ 
nomme  en  beaucoup  d'antrent,  le  double  nrantage  de  Ttngnr 
an  veligiott  et  de.se  repattre  de  pUlaga. 
•  Ferdinand,  file  de  Jean  d'Aiaf^HH  ayant  ^owèlanbdkii 
fiUe  de  Henri  de  CastiUe,,  ces  deux  refanmes  furent  dèa  lom 
aénnispour  ne  plus  être  aèpafés.  Il  est  iantile  de  rapfpderÎB 
le  gFand  événemeni  qnî  marcpia  le  v«cae  de  frrïfannri  et 
d'IsabeUe»,  c'est- j^rdire  reapnlsion  totale  dba  linuran;  mafe 
forons  ohaerter  les  snitea  <|He  cet  évànanNMi  m 


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ou  LES  JUIFS  I^'BSPAfUn  SX  DE  PORTUGAL.  SM 

lut  eut  pour  les  Juifs  d'Espagne.  Nous  remarquerons  d'a- 
bord qpe  celte  complète^  B'étant  pas  moins  celi^^ae  «pie 
|»lkiqae,  derait  nécessairement  inspirer  à  Ferdinand  le  désir 
de  rendre  la  religion  catholique  exclusive  dans  aes  états,  et 
qne  par  conséquent  l'expulsion  des  Maures  ne  pouvait  manquer 
d'amener  lAtou  tard  celledesJuib.  EneSst,  lors  de  la  prise  de 
Malaga,  en  1485.  Ferdinand  fit  mettre  i  mort  douze  des  Imh 
qn^û  y  trouva,  an  moyen  de  roseaux  pointus,  cafiBnement  de 
Groanté  que  les  Maures  eux-mêmes  n'employaient  que  dans  les 
aimes  de  hante  trahison;  les  antres  furent  brûlés.  Six  ansaprès^ 
fgMir  foire  hce  aux  firais  qu'entraînait  le  siège  de  Grenade, 
me  contribution  extraordinaire  fut  levée  sur  tous  les  Juifr 
d'Espagne.  Mais  cette  extorsion  fut  la  dernière  qu'ils  eunent 
à  subir;  car  dix-sept  mois  après,  plusieurs  centaines  de  mille 
konmes,  femmes  et  en£ants  furent  chassés  du  pays. 

Em  attendant,  la  puissance  de  l'inqukitiou  devenait  de  jour 
en  jour  plus  terrible.  Le  but  de  cette  institution  était  de  veiller 
sur  la  rdigion  du  pays,  surtout  en  ce  qiû  regardait  les  nou- 
manx  chrétiens,  dénominatûon  sous  kupielle  ou  désignait 
qodqnes  Maures  et  un  grand  nombre  de  Juifs  qui  profits* 
fiaient  le  christiasûsme,  du  moins  en  appar^u:ie.  Les  Juib 
n'éforgnèffent  ni  suppUcatioà»  m  argent,  ni  crédit,  pour 
s'opposer  à  l'introduction  de  ce  tribunal  tjrannîque.  La 
reine  et  les  cortès  de  Castille  protestèrent  également;  ks 
aobles  d'Aragpn  s'opposèrent  à  cette  atteinte  portée  aux 
adutîques  privilèges  de  leur  pays»  et  fermèrenl  les  portes  de 
Temel  an  roi  et  aux  inquisiteurs,  dédarant  que  le  premier 
i|at  entrerait  dans  la  ville  serait  mis  à  mort.  Les  troupes  royalee 
euent  le  dessus ,  ce  qui  n'empêcha  pas  que  le  premier 
des  inquisiteurs  qui  pénétra  dans  la  plaKe  ne  fi&i  ea  efet  tué. 
Hais  cet  acte  d'une  résistance  vidente,  dans  laifuelle  ks  Aza- 
gpfiais  n'étaient  paa  assez,  fiorts  poar  persévérer^  fdt.£atal  A 
luarv  libertés;  car  le  cles^è  fit  passer  k  mort  pour  un  martjr 
qai  piétail  les  mérites  de  sas  irertasi  sa  casse-  Le  tribunal 
de  l'inquisition  ouvrit  donc  ses  séances  éSéviUe  ea  IMS,  et 
ImmU^  9e^  pnaons.  eaneia  pbm  d'MivtaBla  tgm.  k  vilk.  Bans 


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338  LES  SEPHABDIM 

le  cours  d*une  seule  année,  deux  mille  personnes  furent  exé- 
cutées comme  Juifs  relaps  ;  plusieurs  furent  condamnées  à  la 
prison  perpétuelle,  et  plus  de  dix-sept  mille  au  fouet.  Enfia 
le  tertre  situé  prés  de  la  ville,  et  connu  sous  le  nom  de  la 
Tablada,  fut  pavé  et  entouré  d'un  mur.  Ce  fut  là  qu'on  établit 
le  guemadoro  ou  brûloir,  et  plus  de  quatre  mille  Juifs  mon- 
tèrent sur  le  bûcher  dans  Tespace  de  trente-sept  ans. 

Les  diverses  marques  par  lesquelles  on  était  censé  pouvoir 
reconnaître  la  prédilection  pour  le  judaïsme  étaient  soigneu- 
sement Méfinies ,  et  toute  personne  qui  offirait  ces  taches  de 
pestiféré  tombait  sous  la  juridiction  du  saint  Office.  La  ré- 
compense de  la  dénonciation  était  certaine,  car  l'accusé,  k 
qui  l'on  taisait  même  son  nom,  n'était  jamais  confronté  avec 
le  délateur.  D'ailleurs,  les  rabbins  étaient  souvent  interrogés 
sous  serment  et  avec  les  plus  terribles  menaces,  pour  qu'ils 
eussent  à  déclarer  s'ils  avaient  connaissance  de  quelques 
convertis  qui  adhérassent  en  secret  à  la  superstition  juive. 

Les  nouveaux  chrétiens  se  trouvaient  dans  la  plus  triste  po- 
sition ;ils  étaient  non  seulement  l'objet  des  soupçons  du  clerg6, 
mais  même  celui  du  mépris  de  leurs  anciens  coreligionnaires. 
Lors  du  premier  établissement  de  l'inquisition ,  le  rabbîfl 
Judah-ben-Visjaposasursa  fenêtre  trois  pigeons  ;  le  premier, 
plumé  et  mort,  avec  l'inscription  :  les  découverts  ;  le  second, 
plumé,  mats  vivant,  avec  les  mots  :  les  Umporiseurs ;  le  troi- 
sième, en  vie,  avec  toutes  ses  plumes,  et  l'inscription  :  U 
meilleur  de  tous;  donnant  à  entendre  par  là  que  ce  que  les  iuib 
avaient  de  mieux  à  faire  était  de  rester  fermement  attachés  à 
leurs  croyances.  Ce  rabbin,  fidèle  à  son  poste  pendant  le  dan- 
ger, ne  le  quitta  que  quand  toute  espérance  fut  perdue. 
S'étant  réfugié  à  Lisbonne,  il  fut  mis  à  la  question  ;  on  von- 
lait  lui  arracher  les  noms  des  iaux  convertis,  mais  il  mourut 
sans  les  dénoncer.  Ce  fut  sur  les  notes  trouvées  dans  ses  pa- 
piers que  son  petit-fils  composa  l'ouvrage  intitulé  U  Suftn 
de  Juda,  où  sont  consignés  les  détails  des  maux  que  son  peu- 
ple souffrit  à  cette  époque. 

Dans  le  quinzième  siècle,  il  y  avait  une  opinion  général<h 


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ou  LES  JUIFS  D'ESPAGNE  ET  DE  PORTUGAL.  338 

ment  adoptée  parmi  les  Juifs,  d'après  laquelle  leur  grand 
libérateur  ne  devait  pas  tarder  d'arriver;  elle  était  fondée  sur 
une  prédiction  Cute  deux  cents  ans  auparavant  par  le  célèbre 
astronome  Abraham,  le  Prince.  Cet  événement,  attendu  avec 
tant  d'impatience,  devait  avoir  lieu  à  la  conjonction  des  pla* 
nètes  de  Saturne  et  de  Jupiter,  phénomène  qui  avait  signalé 
dans  le  ciel  la  naissance  de  Moïse.  Or,  cette  conjonction  eut 
lieu  dans  le  signe  de  Técrevisse  en  144<h,  et  dans  celui  des 
poissons  en  ikùk;  mais  le  grand  libérateur  uq  parut  pas. 

Ainsi  que  nous  l'avons  remarqué  plus  haut,  le  dernier  sou- 
pir des  Maures,  sur  les  hauteurs  d'Alpuxaras,  fut  le  signal  du 
dernier  soupir  des  Israélites.  L'inquisition  obtint  des  deux 
souverains  del'Espagnel'expulsion  de  tous  les  Juifs  qui  se  trou- 
vaient dans  leurs  états.  Un  décret  publié  au  mois  de  mars  1^92 
ordonna  que  sous  quatre  mois  tout  Juif,  espagnol  ou  étran- 
ger, serait  tenu  de  quitter  les  royaumes  d'Aragon,  de  Castille 
et  de  Grenade  pour  n'y  jamais  rentrer,  sous  peine  de  mort  et 
de  confiscation  des  biens  ;  tous  ceux  qui,  après  ce  temps,  ac- 
corderaient un  asile  à  un  Juif  devaient  être  livrés  à  l'inquisi- 
tion. Les  Juifs  eurent  la  permission  d'emporter  avec  eux  leurs 
biens,  mais  non  sous  la  forme  d'or,  d'argent  et  d'autres  ma- 
tières dont  l'exportation  était  prohibée  ;  ils  durent  convertir 
leur  propriété  en  lettres  de  change  ;  mais  cette  concession 
elle-même  devint  illusoire,  car,  plus  le  moment  du  départ  ap- 
prochait, plus  ils  trouvaient  de  difficultés  à  vendre,  attendu 
qu'il  y  avait  beaucoup  plus  d'offres  que  d'acheteurs  ;  ceux-ci 
ne  se  présentaient  d'ailleurs  qu'à  la  dernière  extrémité,  de 
sorte  qu'il  y  eut  bien  des  gens  qui  se  crurent  trop  heureux 
d'échanger  une  maison  contre  un  âne,  ou  une  vigne  contre 
quelques  aunes  de  toile.  Sur  ces  entrefaites,  le  grand  inquisi- 
teur Torquemada  ayant  appris  que  plusieurs  Juifs  opulents 
avaient  offert  au  roi  six  cent  mille  écus  pour  qu'il  retirât  son 
édit,  accourut  auprès  du  monarque  et  lui  fit  les  plus  vifs  repro- 
ches sur  le  projet  qu'il  lui  supposait  de  vendre  le  Sauveur  aux 
Juifs,  comme  Judas,  pour  quelques  pièces  d'argent.  Deson  au- 
torité privée,  il  publia  un  édit  prohibant  dès  lors  toute  espèce 


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de  commerce  arec  les  Israélites,  ee  qoi  augasentA  beanonip 
la  perte  qu'entraînait  poar  em  leor  exil.  Dam  leroyanne 
d'Aragon,  qui  comprenait  alors  celui  de  Valence  et  la  Cata- 
logne, où  tous  les  Juifs  étaient  vassaux  de  la  couronne  oq 
de  suzerains  ecclésiastiques,  leurs  biens  furent  mis  sons  le 
séquestre,  et  des  commissaires  lurent  chargés  de  les  réaliser, 
de  liquider  les  dettes  et  de  remettre  le  solde  aux  proprié- 
taires. Les  synagogues,  n'étant  pas  des  propriétés  particB- 
lières,  furent  pour  la  plupart  cottvertîes  en  ^tses  ou  eneoi- 
Tents.  Le  baptême  offrait  néanmoins  une  ressoure  A  ceux  qai 
désiraient  rester  en  Espagne  et  conserrer  leurs  biens.  D  yen 
eut  beaucoup  qui  ne  purent  résister  à  la  tentation  ;  mais  h 
fin  du  mois  de  juillet  vit  une  foule  de  généreux  braéiîtes 
abandonner  leur  patrie,  les  tombeaux  de  leurs  pères  et  toos 
leurs  souvenirs  d*enfance,  pour  aller  dans  un  pays  inemiiro 
où  ils  n'étaient  pas  même  assurés  de  trouver  un  asile.  ZoriU 
en  évalue  le  nombre  à  cent  soixante-dix  mille  personnes,  Csr- 
doso  à  cent  vingt  mille,  Higuel  de  Barrioz  et  Mariana  i  huit 
cent  mille;  et  l'on  dit  que,  nonobstant  toutes  leurs  pertes,  ils 
emportèrent  avec  eux  pour  uQe  valeur  de  trente  milKons  de 
ducats. 

Voici  comment  Atrabanel  rend  compte  de  cet  événement, 
dans  sa  préface  du  Livre  des  Rois  :  ce  Q^and  la  prodamatîen 
fut  publiée,  j'étais  à  la  cour,  et  je  ne  cessai  d'implorer  la 
compassion  du  roi.  Trois  fois  je  me  jetai  &  genoux  devant 
le  monarque.  O  roi!  m*écriai*je,  aceordez-nons  un  regard 
de  merci;  ne  traitez  pas  vos  sujets  avec  tant  de  crnaoté; 
demandez-nous  pIutAt  nos  vases  d'or  et  d'argent  on  des 
dîmes  considérables;  les  Juifs  sacrifieront  volontiers  tout 
ce  qu'ils  possèdent,  pourvu  qu'ils  puissent  rester  dans  ce 
pays.  Je  conjurai  aussi  les  amis  que  je  compte  parmi  les 
fonctionnaires  du  gouvernement  d*apaiser  le  courroux  do 
monarque  ;  je  suppliai  les  conseillers  de  Rengager  k  révo- 
quer son  décret.  [Mais,  de  même  que  le  serpent  se  boudie 
les  oreilles  avec  de  la  poussière  pour  ne  pas  entendre  la  voix 
deFenchanteur,  de  même  le  roi  ferma  sou  coeur  à  mes  prières. 


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ou  LES  JUIFS  V^mÊkGIlE  Wt  DE  PORTUGAL.         MB 

«t  déelara  qn^  ne  rëvoqneniit  p«B  son  Mit  po«r  toos  les 
trésors  qne  les  Jo%  pourraient  hri  ofrir.  A  sa  droite  se  le*- 
BaH  la  reine,  rennemie  des  Jnife,  qaî  l'eseitail,  d'ane  ' 
eenrrofieëe,  â  poursuivre  ce  qu'il  avait  si  beareasement  ( 
nenoé.  Ce  Art  donc  en  vain  qne  noas  mimes  tout  en  usage 
poarfeire  changer  de  dessein  an  roi.  Partoat  oh  la  nouvelle  da 
décret  parvûity  notre  nation  le  déplora  avec  de  grandes  lamea- 
tatioiis.  Balancés  sur  les  flots  épouvantables  de  t'aUme,  on 
sTexhortait  et  s*encoarageait  run  l'antre.  Quoi  qu'il  nous  arrive^ 
supportons  encore  toutes  nos  ealamités  pour  la  gloire  de  notre 
natio»  et  de  notre  religion  ;  défendons^les  contre  leurs  odiev 
persécuteurs.  S'ils  nous  laissent  la  vie,  nous  vivrons;  s'ils 
vous  la  prennent,  nous  mourrons;  mais  ne  violons  jama» 
notre  sainte  loi,  la  fidélité  de  nos  affections  et  les  conseils 
ée  la  sagesse;  abandonnons  pl«t6t  (et  Dieu  veoille  que  ce 
soit  pour  notre  bien  I  ),  abandonnons  nos  étabKsseaAents  et 
cherchons  une  autre  patrie.  Ils  partirent  donc  un  jour,  au 
nombre  de  trois  cent  mille,  à  pied  et  sans  armes,  rassemblés 
de  toutes  les  provinces,  jeunes  et  rieux,  femmes  et  enfints, 
prêts  à  suivre  telle  direction  que  le  ciel  indiquerait  ;  je  fus  île 
ce  nombre,  et  nous  partîmes,  avec  Dieu  pour  notre  guide.  » 
Les  luife  de  Castille  se  réfugièrent  en  Portugal  au  nombre 
de  vingt  mille  familles,  au  dire  de  Conestaggio;  ils  y  furent 
admis  moyennant  le  payement  de  8  ducats  d'or  par  personne, 
les  enfants  à  la  mamelle  seuls  exceptés,  et  sous  la  condition 
qu'ils  deviendraient  esclaves  s'ils  n'étaient  pas  repartis  à  an 
certain  jour  fixé.  Les  ouvriers  en  cuivre  et  en  fer  ne  payè- 
rent que  h  ducats  et  furent  invités  à  se  fixer  en  Portagal.  Les 
exilés  des  provinces  septentrionales  passèrent  en  Navarre  ou 
^^embarquèrent  pour  des  pays  lointains.  Les  ports  de  Cadix, 
de  Sainte-Marie,  de  Carthagène ,  de  Valence  et  de  Barcelone 
furent  encombrés  de  gens  cherchant  k  s'embarquer  à  toat 
prix  pour  Maroc ,  Fltalie  ou  la  Grèce ,  puisque  le  moindre 
retard  pouvait  leur  coèter  les  biens  et  la  vie.  Ce  qu'ils  souf- 
frirent dans  ces  traversées  ne  saurait  se  concevoir.  TantM , 
après  s*ètre  fitrt  payer  des  sommes  énormes  pour  le  passage, 


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336  LES  SBPHARD1M 

les  patrons,  parvenus  en  pleine  mer,  mettaient  enx-mèmesle 
feu  à  leur  navire  et  se  sauvaient  dans  les  chaloupes  avec  les 
eilets  des  Juifs  ;  d'autres  laissaient  leurs  passagers  mourir  de 
faim,  ou  les  déposaient  sur  un  rivage  inhabité  après  les  avoir 
dépouillés  tout  nus.  Là  ils  eurent  le  bonheur  de  trouver  une 
source;  mais  pendant  la  nuit  plusieurs  d'entre  eux  furent  dé- 
vorés par  les  lions.  Les  autres  y  demeurèrent  pendant  cinq 
jours,  au  bout  desquels  ils  furent  recueillis  par  un  bàtimeat 
qui  passait,  dont  le  capitaine  les  traita  avec  beaucoup  d'hu- 
manité. Les  Juifs  qui  arrivèrent  à  Fez  étaient  en  si  grand  nom- 
bre, que  les  habitants,  effrayés  et  défiants,  fermèrent  les  portes 
de  la  ville  et  les  Laissèrent  exposés  à  Tardeur  du  soleil,  sans 
antres  aliments  que  le  peu  d'herbe  flétrie  qu'offraient  encore 
les  champs.  Mais  tel  était,  même  dans  un  malheur  si  extrême, 
leur  attachement  aux  préceptes  de  leur  religion ,  que  le  jour 
du  sabbat  les  ayant  surpris  dans  cette  situation,  ils  ne  voulu- 
rent pas  le  violer  en  cueillant  cette  herbe,  leur  seule  et  cbé- 
tive  nourriture. 

Neuf  caravelles  remplies  de  Juife  se  présentèrent  devant  le 
port  de  Naples  :  les  souffrances  et  les  privations  qu'ils  avaient 
endurées  pendant  le  voyage  avaient  fait  déclarer  parmi  eux 
une  maladie  pestilentielle;  ils  la  communiquèrent  aux  habi- 
tants de  la  ville,  vingt  mille  desquels  en  furent  les  victimes. 
D'autres  arrivèrent  à  Gènes  pendant  que  cette  république 
était  désolée  par  la  famine  :  on  les  laissa  débarquer;  mais 
les  habitants  vinrent  au  devant  d'eux,  du  pain  dans  une  main 
et  un  crucifix  dans  l'autre,  pour  leur  faire  entendre  que  ce 
n'était  qu'en  se  faisant  baptiser  qu'ils  pourraient  obtenir  de 
quoi  apaiser  leur  feim.  Plusieurs  d'entre  eux ,  n'en  voulant 
point  à  ce  prix ,  se  rembarquèrent  pour  Rome ,  d'où  leurs 
propres  coreligionnaires  voulurent  les  écarter.  Les  Juifs  du 
Ghetto,  effrayés  à  l'arrivée  d'un  si  grand  nombre  d'étrangers, 
offrirent  au  pape  1,000  ducats  s'il  voulait  leur  défendre  l'en- 
trée de  la  ville;  mais  Alexandre,  justement  indigné  de  cette 
proposition,  répondit  qu'il  aimerait  mieux  les  chasser  eux- 
mêmes  pour  feire  place  à  leurs  frères  infortunés  ;  sur  quoi. 


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ou  LES  JUIFS  D'ESPAGNB  ET  DE  TORTUGAL.  397 

pins  alarmés 'encore  de  cette  menace ,  les  Juife  de  Rome  ac- 
cueillirent les  exilés  et  offrirent  au  pape  un  présent  de 
2,000  ducats. 

Ce  fut  ainsi  que  s*exécuta  le  bannissement  général  des  Juifis 
de  r£spagne,  qu'ils  habitaient  depuis  plus  de  quatorze  cents 
ans,  et  où  ils  avaient  joui  d'une  prospérité  que  leur  nation 
n'obtint  dans  nul  autre  pays  après  la  destruction  du  temple. 

Nous  n'entrerons  pas  dans  les  détails  de  la  manière  dont 
les  Juifs  furent  traités  en  Portugal ,  où  ils  ne  devaient  rester 
que  huit  mois,*  le  roi  s'engageant  à  leur  fournir  les  bâtiments 
nécessaires  pour  les  transporter  dans  d'autres  pays;  engage- 
ment qui ,  n'ayant  pas  été  exactement  tenu  par  le  gouverne- 
ment, devint  la  source  de  nouvelles  avanies  pour  les  malheu- 
reux exilés.  A  leur  sortie  du  Portugal ,  les  Juifs  furent  bien 
accueillis  dans  les  états  de  la  république  de  Venise ,  et  si 
puissamment  protégés  à  Florence ,  que  ce  devint  uu  dicton 
général  qu'il  valait  autant  frapper  le  grand-duc  qu'un  Juif. 
Le  pape  Clément'YII  alla  plus  loin  encore  :  il  invita  les  Juifs 
qui  avaient  été  forcément  baptisés  à  venir  s'établir  dans  l'état 
de  l'Eglise,  en  leur  laissant  la  liberté  de  vivre  à  leur  gré, 
sans  s'informer  de  ce  qu'ils  avaient  fait  en  Portugal.  Ses  suc- 
cesseurs Paul  III  et  Jules  III  ayant  suivi  la  même  ligne  poli- 
tique ,  plus  de  dix-huit  mille  Juifs  se  fixèrent  dans  les  états 
romains,  où  ils  contribuèrent  grandement  à  la  prospérité  du 
port  d'Ancdne. 

Quand  les  Provinces-Unies  se  déclarèrent  indépendantes 
de  l'Espagne,  le  nombre  des  Juifs  qui  déjà  y  résidaient  aug- 
menta considérablement.  Ils  s^établirent  à  Amsterdam  et  à 
Rotterdaùi,  où  ils  furent  rejoints  par  beaucoup  d'Ashkenazim, 
on  Juifs  de  Pologne  et  d'Allemagne;  mais  ceux  d'Espagne  et 
de  Portugal,  plus  généralement  connus  sous  le  nom  de  Jui6 
portugais,  étaient  les  plus  riches  et  y  jouissaient  de  plus  de 
considération. 

Les  établissements  des  JuiEs  en  Barbarie  ont  toujours  con- 
servé un  grand  attachement  pour  l'ingrate  Espagne,  à  laquelle 
ils  ont  eu  plus  d'une  fois  l'occasion  de  rendre  d'éminents 

5*  SÉRIE. —  TOME  XII.  22 


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LIS  SBVHABDIH. 

BerTkes.  Ils  sont  bien  vns  dans  TéUt  de  MaroCy  oi  ib  ont  à 
plusienrs  reprises  rempli  les  fonctions  les  plus  tierées.  Beau- 
coup de  Juifs  d'Amsterdam  se  sont  établis  dans  les  coiosîft 
hollandaises  des  Indes-Occidentales. 

Aujourd'hui  c'est  k  Jénualem  que  les  Juifs  sephardim  sont 
le  plus  noïnbreux.  Oa  les  sopporte  à  Lnboane ,  en  reoon- 
•naissance  des  services  qu'ils  rendirent  à  la  TÎUe  pendant  ane 
famine,  sous  le  règne  du  roi  Jean  VI  »  et  bien  qa'ils  y  Tirent 
dans  une  sorte  de  proscription ,  ils  sont  estimés  pour  leer 
probité.  Mous  terminerons  en  remarquant  qu'il  n'est  pas  pio* 
bable  que  les  derniers  changements  qui  ont  eu  lieu  dans  le 
^uvem^nent  de  l'Espagne  aient  aucun  efifot  favorable  an 
Juifis.  Un  constitutionnel  disait  naguère  à  un  voyageur  aih 
jglais  :  a  Je  déteste  l'oppression  sous  quelque  forme  qu'elle  se 
présente,  je  suis  l'ami  du  genre  humain  ;  mais  s'il  y  a  un  Joif 
parmi  nous,  brftlez-le;  je  dis  brùlez-Ie  vif  et  sans  miséri- 
corde, yt 

[Les  Stphardim,  par  JAms  Fiirir.) 


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ESQVItSSES  AMÉRICAINES. 


SêCùtïd  «xU«H  (1). 


BOSTON. 

VA  «USE.  —  L'vnrnHTi.  —  us  finoNioz.  —  lu  èrusê». 
UN  nÉacàJKW.  MARirao. 


Dans  tonales  établiasementspublics  d*  Amértqve  règ[ae  la  plue 
(jracteose  conrtoisie.  La  pl«ipart  de  nos  administrations  offi- 
eîelles  sont  sous  ce  rapport  très-sssceptibles  d'améliorations; 
mais  c'est  sartovt  ta  douane  qui  ferait  bien  de  prendre  po«tr 
ezanple^elle  des  États-Unis,  afin  de  se  rendre  un  peu  moins 
odieuse  aux  voyageurs  étrangers.  La  rapacité  servile  des 
douaniers  français  est  passablement  méprisable;  mais  il  y  a 
ehez  ceux  d'Ajagleterre  une  incivilité  grossière  et  iHutale,  fort 
dégoûtante  pour  qui  tombe  dans  leurs  mains,  et  qui  ne  fait 
guère  honneur  à  la  nation  qui  entretient  de  pareils  chiens 
hargneux  à  ses  portes.  Lorsque  je  d^arquai  en  Amérique, 
je  ne  pus  m'empècher  de  remarquer  le  contraste  qu'oflre  la 
douane  de  l'Union,  dont  tous  tes  employés  remplissent  leur 
devoir  avec  politesse,  égards  et  bonne  huBieur. 

Gomme  nous  ne  débarquâmes  à  Boston  qu*à  la  brune,  je 
rei;us  mes  premières  impressions  de  la  ville  en  jdlant  à  la 
douane  le  lendemain  matin,  qui  était  un  dimanche.  Je  ne  sau- 
rais dire  quel  grand  nombre  de  bancs  nous  furent  offerts  pour 

(1)  YnrlaiiTndsoBdeiistanbre. 


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SU)  ESQUISSES  AMÉBICAINES. 

réglise  par  des  invitations  fonnelles,  avant  que  nons  eussions 
terminé  notre  premier  souper  :  il  y  aurait  eu  de  quoi  Cadre 
asseoir  confortablement  et  chrétiennement  plusieurs  familles; 
et  il  faut  ajouter  qu'il  y  avait  de  quoi  choisir  entre  toutes  les 
sectes  qui  réclamèrent  le  plaisir  de  notre  compagnie. 

Par  malheur,  nous  n*avions  pas  de  quoi  changer  d'habits 
et  faire  toilette  ce  dimanche*là  :  nous  fûmes  donc  forcés  de 
refuser  tout  le  monde,  ce  qui  me  priva  d'entendre  le  docteur 
Channing,  qui  prêchait  le  matin  après  une  longue  intemip* 
tion  de  ses  discours.  Je  nomme  cet  homme  distingué  que  j*eas 
bientôt  après  le  plaisir  de  connaître ,  pour  lui  rendre  ici 
rhumble  tribut  de  ma  respectueuse  admiration.  Honneur  à 
son  beau  talent,  à  son  noble  caractère  et  à  la  philanthropie 
avec  laquelle  il  a  toujours  courageusement  combattu  la  plaie 
hideuse  des  États-Unis. . .  l'esclavage  ! 

Pour  revenir  à  Boston,  lorsque  je  descendis  dans  les  mes 
le  dimanche  matin,  Fair  était  si  limpide,  les  maisons  étaient 
si  brillantes  et  si  gaies ,  les  enseignes  étaient  peintes  de  cou- 
leurs si  richtô,  et  les  lettres  des  écriteaux  si  bien  dorées ,  les 
briques  étaient  d'un  si  beau  rouge,  les  pierres  de  taille  d'un 
si  beau  blanc,  les  jalousies  et  les  grilles  d'un  si  beau  vert , 
les  marteaux  et  le^  plaques  des  portes  d'un  cuivre  si  luisant , 
tout,  en  un  mot,  semblait  si  coquettement  propre  et  neuf, 
que  je  crus  voir  la  décoration  d'une  pantomime.  II  est  rare 
dans  les  quartiers  du  commerce  qu'un  marchand  (je  croîs 
que  tous  les  citoyens  de  Boston  sont  marchands]  habite  au- 
dessus  de  son  magasin  :  aussi  la  même  maison  loge  diverses 
industries,  et  toute  la  façade  est  couverte  d'écriteaux  et  d'in- 
scriptions. En  me  promenant  je  regardais  sans  cesse  les  en- 
seignes, en  m'attendant  k  quelque  coup  de  théfttre.  A  chaque 
coin  de  me,  je  cherchais  des  yeux  le  Clown  et  le  Pantalon 
qui  devaient  se  cacher  derrière  quelque  porte  ou  quelque  pi- 
lier. Près  de  notre  hétel ,  je  remarquai  surtout  un  très-large 
cadran  qui  indiquait  la  très-petite  boutique  d'un  faorioger;  et 
certes ,  Arlequin  et  Colombine  auraient  dû  se  poursuivre  i 
travers  cette  enseigne  parlante,  comme  à  travers  les  cerceaux  eo 


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ESQUISSES  AMÉRICAINES.  Ski 

papier  de  la  scène.  Les  faubourgs  ont,  s'il  est  possible,  encore 
plus  que  la  ville  cet  air  de  décors  mobiles  :  on  dirait  que  les 
blaacbes  maisons  tiennent  à  peine  au  sol;  les  petites  églises, 
les  petites  chapelles  sont  si  coquettes,  si  joliment  vernies,  que 
je  pouvais  iisicilement  m'imaginer  que  le  tout  allait  être  dé- 
monté pièce  à  pièce  et  renfermé  dans  sa  petite  botte. 

Boston  est  une  belle  ville,  et  ne  peut  manquer,  f  imagine  > 
de  faire  une  impression  favorable  sur  tous  les  étrangers.  Les 
maisons  particulières  sont  la  plupart  larges  et  élégantes  ;  les 
boutiques  sont  bien,  et  les  édifices  publics  d'une  belle  appa- 
rence. L'hôtel  de  ville  [State^BwMe)  est  bâti  sur  une  col- 
line, qui  commence  par  s'élever  graduellement,  et  puis  jette 
tout  à  coup  son  sommet  élancé  au-dessus  de  l'eau.  Sur  le  de- 
vant est  une  grande  pelouse  verte  appelée  la  Commune  ((7om- 
fiion).  Le  site  est  superbe,  et  du  faite  de  cette  élévation  on  a 
le  panorama  de  toute  la  ville  et  des  environs.  Outre  diverses 
pièces  très-commodes  pour  les  bureaux,  cet  hôtel  contient  deux 
grandes  salles  :  dans  l'une  se  rassemblent  les  représentants 
de  l'état  de  Boston  ;  dans  l'autre,  le  sénat.  Toutes  les  affaires 
que  j'y  vis  traitées  étaient  conduites  avec  beaucoup  de  gra- 
vité et  de  décorum ,  de  manière  à  inspirer  l'attention  et  le 
respect. 

On  ne  peut  douter  que  la  supériorité  intellectuelle  de  Bos- 
ton ne  provienne  de  la  douce  influence  qu'exerce  l'université 
américaine  de  Cambridge,  située  à  deux  ou  trois  milles  de  la 
ville.  Les  professeurs  résidants  de  cette  université  sont  des 
hommes  d'un  savoir  varié;  mais  surtout  ce  sont  de  ces  sa- 
vants qui  tiendraient  aussi  très-bien  leur  place  dans  le  monde 
par  la  grâce  de  leurs  manières.  C'est  à  l'université  de  Cam- 
bridge, et  sous  ces  maîtres  aimables,  que  sont  élevés  les  fils 
de  famille  de  Boston  et  des  environs.  Toutes  les  professions 
libérales,  j'ose  dire,  en  sortent.  Quel  que  soit  le  défaut  des 
universités  américaines,  elles  ne  propagent  point  de  préju- 
gés, elles  n'élèvent  point  de  cagots  intolérants ,  elles  n'ex- 
hument pas  les  cendres  des  vieilles  superstitions,  elles  ne 
s'interposent  pas  entre  le  peuple  et  son  progrès  intellectuel, 


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3(â  Esginussis  AMÉnbiuXM. 

elles  n'exclueat  penonne  i  cause  de  Me  opioioiis  feUgieues; 
mais  surtout  dans  tout  le  eoors  d'études  qu'elles  mposeot, 
elles  n'oublient  pas  qu'il  y  a  un  nuMide,  et  un  monde  asies 
grand,  au  delà  de  TeAceinte  des  coUéges. 

Ce  fol  pour  moi  un  înexfMrimabfe  pUsûr  d'obaerrar  l'ift* 
fluence  presque  imperceplîble  et  pesttiiFe  néanmoîas  de  cette 
institution  sur  la  ville  de  Boston.  Je  fus  charmé  des  goàls 
sociables,  des  aflècineuees  amitiés  qu'eUe  a  fttt  nattie,  des 
vanités  et  des  préjugés  qu'elle  a  dissipés.  Le  Vmm  d'or  qu'en 
adore  à  Boston  est  bien  p^t,  comparativement  au  Veau  d'or 
gigantesque  dont  le  culte  est  universel  dans  celle  raste  bou- 
tique de  l'autre  c6té  de  l'Atlantique,  et  ce  tovl-fwtssant  dieu» 
appelé  autrement  dolkur  (pièce  de  S  fir.),  ne  passe  qu'après 
d'autres  dieux  moins  prosaïques  dans  le  Paalhéon  beskH 
nien  (1). 

Pour  un  Anglais  accoutumé  aux  jpamyAemalîa  de  Westndas- 
ter-Hally  une  cour  de  justice  américaine  est  un  spectade  aussi 
étrange  que  doit  l'être,  je  suppose,  une  cour  de  justice  an- 
glaise pour  un  Américain.  Excepté  dans  la  cour  suprême  de 
Washington  (où  les  juges  portent  une  simple  robe  noiie), 
l'administration  de  la  justice  a  lieu  ici  sans  perruque  et  mas 
robe.  Les  membres  du  barreauétant  à  la  fois  avocats  etavesés 
(barristers  and  €Utorneyê) ,  ne  sont  pas  plus  séparés  de  kms 
clients  que  les  attorneys  anglais  ne  le  sont  dee  leurs  dsai 
notre  trilunal  den  débiteurs  insohabUê,  Les  jurés  sont  tout  i 
fait  à  leur  aise,  et  se  mettent  a  chez  eux  >>  (at  home)  aussi  osa- 
fortablement  que  possible.  Le  témoin  esl  sur  un  plancher  à 
peu  élevé  au-dessus  et  en  dehors  de  l'auditoire,  qu'un  étna* 
ger,  entré  an  moment  oà  la  procédure  est  inlenrompne,  k 


(f)  Note  do  tbaductbob.  Cette  boutade  de  Ch.  Dickens  a  été  fort  mal 
accueillie  par  les  critiques  anglais,  comme  outrageante  pour  les  aniver- 
slCés  anglaises.  On  a  dit  dédeigoeosement  k  l'auteur  qu'A  o'arait  ptf 
iaui  do  MenfoU  oriêtomMqMê  de  rédueatisa  unlversltirire.  Ch.  Dfcletf 
cm  en  eifet  un  peu  de  l'écele  des  $9i^9ématêd  autkorêm 


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SIQUISSU  AMÉBICAllfBfl*  VA 

dbtingaerait  asses  difficilement.  S'il  s'agit  d'un  procèd  oii*« 
imel,  on  cherche  eacore  longtemps  le  pri$annm  (raccusé); 
car  il  se  peut  que  cdni-ci  soit  k  Mner  et  à  causer  parmi  lea 
plus  iUustres  membres  du  barreau»  parlant  à  TareiUe  de  soa 
défenseur  poup  loi  suggérer  quelcpie  argument»  ou  se  tail- 
lani  un  cvre^dent  avec  son  canif  sur  les  débris  d*une  vieille 
plume. 

le  ne  pus  m^ampécfcer  de  ?  «marquer  ces  diffirences  lors- 
que je  visitai  les  tribunaux  de  Boston.  Je  fus  aussi  d'abord 
tr軫«rpri8  de  voir-  que  l'avocat  qui  questionnait  le  témoin 
lofeîsait  en  pestant  assis;  mais  en  m'apercevant  qu'il  était  ea 
même  lenips  oooopé  à  écrire  luMnème  les  réponses»  parce 
qu'il  est  seai  et  sans  jeune  confrère  pour  l'assister»  je  me 
oonsolai  bien  vite  par  cette  réflexion»  que  la  justice  n'était  ps» 
un  article  aussi  dispendieux  ici  qu'en  Angleterre.  Il  est  im^ 
possible»  en  effet»  que  la  dispense  de  tant  de  formalités»  re* 
gardées  chez  nous  comme  indispensables ^  ne  modifie  très-beu* 
reuaement  le  mémcnre  des  frais  et  dépens. 

Dans  toutes  les  cours  de  justice»  on  s'est  occupé  de  placer 
très^oemmodément  les  citoyensde  l'auditoire.  C'est  qu'en  Amé* 
rique,  dans  tmt  établissement  public»  le  droit  qu'a  le  peu|rie 
d'être  présent»  son  droit  et  son  intérêt  sontlargement  recon- 
nns.Iln'y  a  pas  de  farouches  concierges  pour  vous  offrir  leurs 
bons  (rffices  en  échange  dudemirshellingoblieé.  Iln'y  apasnon 
plus»  je  le  crois  très-sûicèrement,  aucnne  espèce  d'insolence 
officielle  :  rien  de  national  n'est  iâ  montré  pour  de  l'argent; 
aocnn  fonctionnaire  pid>lic  n'est  transformé  en  eœhibitmr 
m^reenaîie^  On  commence  cependant  à  imiter  ce  bon  exem- 
ple en  Angleterre  ;  j'espère  que  nous  continuerons  à  Timifter 
de  plus  en  plus»  et  qu'avec  le  temps»  nous  y  convertirons 
même  nos  doyens  ei  nos  chanoines  de  Westminster  et  autres 
tei^pies. 

Je  fes  témo4n  au  tribunal  civil  d'une  action  intentée  en  ré* 
paration  de  quelque  accident  survenu  dans  un  chemin  de  fer. 
Lee  témoins  avaient  été  entendus»  et  le  défenseur  adressait 
son  frfaîdi^yer  au  jury.  Ge  savant  avocat  (ainsi  que  quelques^ 


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Ski  ESQUISSES  ABIÉEICAINES. 

uns  de  ses  confrères  anglais)  était  d'une  rerbosité  désespé- 
rante; il  avait  bonne  poitrine  et  un  reiB»quable  talent  pour 
répéter  toujours  la  même  chose  au  moyen  de  la  même  phrase, 
qui  revenait  à  la  queue  de  toutes  ses  périodes.  Je  l'écoatai 
pendant  un  quart  d'heure  ;  miâs  enfin  je  me  trouvai  à  court 
de  patience  et  Ais  forcé  de  sortir...  sans  connaître  davantage 
la  cause. 

Dans  la  diambre  des  prévenus,  qui  attendaient  que  le  ma- 
gistrat les  eût  interrogés,  était  un  jeune  garçon  accusé  de  vol; 
mais  celui-ci,  à  cause  de  son  Age,  ne  devait  pas  être  envoré 
en  prison  comme  les  autres;  son  sort  était  d*étre  logé  dans 
l'Asile  de  South-Boston,  étabiissemenA  péniimiliatfe  oi  il  ap- 
prendrait un  métier,  pour  être  ensuite  mis  en  apprentissage 
chez  quelque  maitre  respectable.  Ainsi,  au  lieu  de  le  voaw  i 
une  vie  d'infomie  et  A  une  mort  misérable ,  son  premier  vol 
lui  laissait  la  chance  de  se  corriger  et  de  devenir  un  membre 
honnête  de  la  société. 

Je  ne  suis  pas  un  des  communs  admirateurs  de  nos  soleo- 
nités  légales ,  dont  plusieurs  ne  me  semblent  même  qu'ex- 
cessivement burlesques.  Quelque  étrange  que  cela  puisse  pa* 
rattre,  il  existe  certainement  une  sorte  de  protection  sons  la 
perruque  et  la  robe ,  —  une  dispense  de  la  responsabilité  in- 
dividuelle dans  le  costume  du  rêle,  —  qui  encourage  ces  airs 
insolents,  ce  langage  d'impertinence,  ce  grossier  travestisse- 
ment de  la  vérité ,  qu'on  peut  si  souvent  reprocher  à  nos 
cours  de  justice.  Cependant  je  ne  nierai  pas  que  l'Amérique, 
dans  son  désir  de  secouer  toutes  les  absurdités,  tous  les  abus 
du  vieux  système ,  n'ait  pu  aller  trop  loin  dans  l'extrême  op- 
posé. Peut-être  enfin,  et  surtout  dans  l'enceinte  bornée  d'une 
ville  de  province  comme  Boston,  où  chacun  connafH  son  voi- 
sin, serait-il  plus  prudent  d'entourer  l'administration  de  la 
justice  de  certaines  barrières  artificielles,  pour  la  placer  hors 
des  familiarités  de  la  vie  de  chaque  jour.  Sans  contredit,  le 
talent,  le  caractère  des  juges,  à  Boston  comme  ailleurs,  vien- 
nent parfaitement  à  son  secours;  mais  peut-être  lui  fiiudrait*il 
quelque  chose  de  plus  pour  frapper  non  pas  l'imagination  de 


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ESQUISSES  AMÉRICAIXES.  348 

rhomme  qui  pense  et  a  quelque  instruction ,  mais  celle  de 
l'ignorant  et  des  tètes  légères,  classe  qui  comprend  quelques 
accusés  et  beimcoup  de  témoins.  Quand  ces  institutions  furent 
élaUies,  on  se  dit  sans  doute  que  ceux  qui  avaient  eu  une  si 
large  part  dans  la  rédactioa  des  lois  devraient  certainement 
les  respecter;  mais  rexpérieoce  a  malheureusement  donné  le 
défloenti  à  ce  principe  ;  car  personne  ne  sait  mieux  que  les  juges 
des  États-Unis  que  dans  les  grandes  commotions  populaires  la 
loi  reste  impuissante  et  ne  peut  faire  reconnaître  son  autorité. 

Le  ton  de  la  société  de  Boston  est  d'une  exquise  politesse. 
Les  dames  sont  très-belles...  de  figure  ;  mais  je  suis  forcé  de 
borner  là  cet  éloge.  Leur  éducation  est  de  pair  avec  l'éduca- 
tion des  daflMs  anglaises,  rien  de  plus,  rien  de  moins.  J'avais 
entendu  raconter  là-dessus  de  très-merveilleuses  histoires, 
mais  n'en  ayaat  rien  cru,  je  ne  fus  pas  désappointé.  Il  y  a  des 
bas-bleus  à  Boston;  mais,  comme  les  bas-bleus  de  tout  autre 
pays,  les  fenmnes  savantes  de  Bostondésiren  t  plutôt  passer  pour 
supérieures  que  l'être.  II  y  a  aussi  des  dames  évangéliques 
dont  le  rigorisme  formaliste  et  l'horreur  pour  les  distractions 
du  théâtre  sont  très-exemplaires.  On  trouve,  en  un  mot,  dans 
tontes  les  classes  et  toutes  les  conditions,  des  dames  qui  ont 
la  passion  d'assister  aux  sermons.  L'espèce  de  vie  provinciale 
qui  règne  dans  des  villes  comme  celle-ci  donne  une  grande 
influeftce  à  la  chaire.  Il  parait  que  la  chaire,  aux  États-Unis 
(à  l'eiceptiondes  ministres  unitaires),  déclame  surtout  contre 
tous  les  amusements  rationnels  et  innocents,  n'exceptant  que 
l'église,  la  chapelle  et  le  prêche...  Les  dames  se  rendent  donc 
en  foule  à  l'église,  à  la  chapelle,  au  prêche. 

Tontes  les  fois  que  l'on  a  recours  à  la  religion  comme  à 
une  liqueur  forte  et  pour  échapper  à  la  monotonie  du  foyer 
domestique,  ceux  de  ses  ministres  qui  épicent  le  plus  la  dose 
sont  les  plus  sArs  de  plaire  ;  ceux  qui  sèment  le  sentier  du 
ciel  de  plus  de  soufre  et  de  bitume,  ceux  qui  foulent  du  pied 
le  plus  dédaigneux  les  fleurs  et  la  verdure  de  ses  bords,  se- 
ront proelaoïés  les  plus  vertueux;  enfin  ceux  qui  appuient 
le  plus  fortonent  sur  la  difficulté  d'entrer  dans  le  paradis  se- 


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3^6  ESOtISSBd  AMÉRICAimSS. 

ront  considérés  par  les  vrais  croyants  comme  les  plus  i 
tains  d*y  être  reçns.  Pent-ètre  serait->il  assez  embarrassant  de 
dire  par  qnelle  logiqne  on  arrive  à  cette  coochision  ;  mais  il  en 
est  ainsi  en  Angleterre  et  ainsi  en  Amèriqne.  Quant  à  l'antre 
stimulant,  le  sermon,  il  a  au  moins  le  mérite  d*ètre  tonjonrs 
nouveau.  Un  seimoa  succède  aï  vite  à  un  antre  qu'on  ne  se 
souvient  d'aucun  des  deuK ,  et  l'on  peut  servir  chaque  mm 
les  mêmes  avec  tout  le  charme  de  leur  nouveauté ,  avec  tout 
leur  intérêt. 

Les  fruits  de  la  terre  se  forment  et  se  mirissent  dans  la 
corruption  :  c'est  de  la  corruption  de  ces  habiludes  dévotes 
qpi'est  née  à  Boston  une  sede  de  philosophes  connue  sons  le 
nom  de  transcendantaltstes.  Je  demandai  ee  qm  aigniiait 
cette  appellation  prétentieuse  :  on  me  fit  entendre  qne  tovt 
ee  qui  était  inintelligible  devmt  être  certainement  transcen- 
dant. Cette  explication  ne  m'avisiça  pas  beancoop,  et  je  ques- 
tionnai derechef  :  j'appris  alors  que  les  transcendantalistes 
étaient  les  disciples  de  mon  ami  M.  Garlyle ,  on  je  derrais 
plutAt  dire  d'un  de  ses  disciples,  M.  Ralph  Waldo  Emerson. 
Cet  Américain  a  écrit  un  vcJurae  de  Trmêéi  on  EêtaUàMm 
lesquels ,  parmi  beaucoup  de  «hosee  qui  sentent  le  songe* 
creux  et  le  liantasque  (qu'il  me  pardonne  de  le  dire) ,  il  y  a 
plus  encore  de  choses  vraies ,  nobles ,  honnêtes  et  hardies. 
Le  transcendantalisme  a  ses  extravagances  (quelle  école  n'a 
pas  les  siennes?) ,  mais  c^a  ne  l'empêche  pas  d'nvoirses 
qnalités  saines,  et  dans  le  nombre  une  franche  haine  de  l'hy- 
pocrisie, avec  une  grande  aptitude  à  la  découvrir  bo»  ks 
mille  costumes  de  son  étemelle  garderobe.  Aussi  bien ,  9 
j'étais  un  Bostonien ,  je  crots  que  je  me  ferai»  transeendan- 
faliste. 

L^  seul  prédicateur  que  j'aie  entendu  à  Boston  est  M.  Ttf' 
lor,  qai  s'adresse  particulièrement  aux  marins  et  qui  a  èé 
marin  Ini-même  :  sa  chapelle  est  située  dans  une  vieille  rae 
étroite  du  quartier  de  la  marine,  et  je  la  découvris  an  joli 
pavilloQ  bleu  qui  se  déroulait  au  faite  du  toH.  Dana  la  galerie 
en  face  de  la  chaire  était  un  petit  cbceur  de  chanteurs  dee 


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ESOUI&SS»  AMÉ&ICAINBS.  Stt 

deux  sexes  «yec  un  violoooelle  et  un  violon.  Le  pré(Ucâteiur 
était  d^à  assis;  sa  chaire,  supportée  par  des  colosmes,  était 
décorée  d'une  draperie  peinte,  dont  Taspect  avait  cj^que 
chose  de  théâtral.  Quant  à  Torateiir,  c'était  un  honme  Agé 
de  cinquante-si](  ou  cinquante-huit  aiia  eiiviron,  au  teiait 
hàlé,  à  la  physionomie  prononcée  et  dure,  i  la  chevelure 
noire  et  à  TcBil  sévère  et  pénétrant.  Néanmoins  le  earactjro 
général  àe  sa  physionoaiiie  était  agréable. 

Le  service  comment  par  un  hymne  suivi  d'une  pt'iàre  in^ 
provisée,  qut  avait  le  défaut  de  toutes  les  prières,  le  défont 
des  r^titions;  mais  d'ailleurs  simple  et  intelligible  dans  ses 
doctrines,  et  respirant  un  sentiment  de  charité  générale  qui 
ne  distingue  pas  si  communément  cette  forme  d'apostr(^diei 
la  Divinité.  Cela  fait,  le  sennonaire  ouvrit  son  discoura  en 
prenant  pour  texte  un  passage  du  Cantique  des  cantiques 
placé  sur  le  pupitre  avant  que  le  sermon  ne  fàt  comoieaié 
par  quelque  membre  inconnu  de  la  congrégation  : 

€  QUSLLB  BST  CEIXE  QUI  VIENT   DU  DÉSERT.  iJ>PU¥é&  SCa  LE  BRAS  DE  SOK 
BIEN- AIMÉ  ?  » 

U  retourna  ce  texte  de  toutes  les  manières,  il  lui  donna 
tous  les  sens  possibles,  mais  toujours  ingénieusement  et  aveo 
une  grosaière  éloquence,  bien  adaptée  à  la  compréhension  de 
ses  auditeurs.  Si  je  ne  me  trompe,  il  consultait  leurs  sympa- 
thies et  leur  intellig^iee  beaucoup  plus  que  le  désir  de  lairo 
briller  son  talent.  Toutes  ses  figures  étaient  empruntées  à  la 
mer  et  aux  ineîdents  de  la  vie  maritime  :  plusieurs  étaient 
singulièrement  heureuses.  Il  parla  de  ce  glorieux  héros, 
lord  Nelson,  et  de  lord  CoUmgwood;  mais  rien  de  ee  qu'il 
débita  ne  me  parut  tiré  par  les  dieveux,  oonune  on  dit;  tout 
venait  à  propos,  Aaturdlement,  et  n'en  produisait  que  plaa 
d'^et.  Quelquefois  emporté  par  soa  soîei  et  son  déM,  il 
avait  une  pantomime  qui  tenait  à  la  fois  de  Jola  fionyan  et 
de  Balfour  de  Burleigh,  prenmit  sous  son  bras  sa  grande 
Bible  in-^quarto,  et  sortant  de  sa  chaire  et  y  remontant,  pute 
plongent  tout  à  coup  sur  ses  ouailles  xm  regard  scrutateur. 


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dkS  ESQUISSES  AMÉRICAINES. 

C'est  ainsi  que,  rappelant  ses  premiers  auditeurs  et  le  berceau 
de  sa  petite  église,  il  peignit  rétonnement  qu'avait  excité  sa 
présomption  de  former  une  congrégation  à  part.  A  cet  en- 
droit de  son  discours  il  mit,  comme  je  viens  de  le  dire,  sa 
Bible  sous  son  bras  et  poursuivit  en  ces  termes  : 

«  Qui  sont  ces  gens-là?  demandait-on;  que  fontnls? quelle 
espèce  d'hommes?  d'où  viennent-ils?  où  vont-ils? — ^Vous  de- 
mandez d'où  ils  viennent?  voici  la  réponse:  (se  penchant  en 
dehors  de  la  chaire  et  baissant  le  bras  droit  :  )  Ils  viennent 
de  là-bas.  (  Gela  dit,  il  reculait  et  regardait  les  matelots  le 
plus  près  de  lui.  )  De  là-bas,  mes  frères  :  du  fond  de  la  cale 
du  péché,  d'un  navire  poursuivi  par  le  souffle  orageux  do 
diable;  oui,  voilà  d'où  vous  venez.  (Ici  quelques  pas  dans  la 
chaire.)  Et  où  allez-vous?  (il  s'arrêtait  brusquement  et  re- 
prenait après  une  pause):  Oui,  où  allez- vous? — là-haot! 
(Reprenant  là-haut  d'une  voix  douce  et  montrant  le  ciel:) 
Là-haut;  (élevant  la  voix  gradueHement)  voilà  où  vous  allez... 
avec  un  bon  vent...  toutes  voiles  dehors,  droit  au  ciel,  an 
ciel  dans  sa  gloire,  où  il  n'y  a  plus  de  gros  temps  ni  de  bou- 
rasques,  où  les  méchants  cessent  de  nous  troubler,  où  ceux 
qui  sont  fatigués  se  reposent.  (  Nouvelle  promenade  dans  la 
chaire.  )  Voilà  oif,  vous  allez,  mes  amis;  oui,  c'est  là  même  : 
c'est  là  qu'est  l'ancrage,  c'est  là  qu'est  le  port,  le  port  bien- 
heureux où  l'eau  est  toujours  la  même,  quels  que  soient  les 
changements  de  temps  et  de  marées;  où  il  n'y  a  plus  à  crain- 
dre d'aller  se  briser  sur  les  rochers  et  les  bancs  de  sable, 
ni  d'être  entraîné  à  la  mer  par  la  rupture  d'un  câble  : 
c'est  là  qu'est  la  paix,  la  paix,  toujours  la  paix.  {  NoaveUe 
promenade  et  petits  coups  donnés  sur  la  Bible.)) Quoi  1« 
ces  gens-là  viennent  du  désert!...  Est-il  bien  vrai?  Oui, 
de  l'affreux  et  maudit  désert  de  l'iniquité,  dont  toute  b 
moisson...  est  la  mort.  Mais  sur  quoi  s'appuientrils?  sar 
quelque  chose  ou  sur  rien?  Pauvres  matelots I  (Trois  petits 
coups  sur  la  Bible.)  Ohl  ouil  ils  s'appuieai  sur  le  btss  de 
leur  Bien-aimé;  (après  avoir  répété  trois  fois  la  phrase  et 
trois  nouveaux  coups)  ils  ont  trouvé  leur  pilote^  leur  bous- 


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ESQUISSES  AMÉRICAINES.  31^9 

sole  et  leur  étoile  polaire  :  oui,  la  voilà  :  allons,  braves  ma- 
telots, à  la  manœuvre;  tous,  tous,  tousl  Ils  y  sont  :  voyez 
comme  ils  exécutent  bravement  tous  les  ordres  de  leur  capi- 
taine ;  comme  ils  sont  calmes  et  de  sang-froid  dans  le  péril  : 
c*est  qu'en  effet  ces  pauvres  diables  viennent  du  désert;  mais 
ils  s'appnyent  sur  le  bras  de  leur  Bien-aimé  et  ils  montent, 
là'baut,  là-haut  l  »  £n  terminant,  ici  le  prédicateur  levait  de 
plus  en  plus  le  bras,  et  le  doigt  indicateur  de  sa  main  gauche 
pressait  triomphalement  le  livre  saint  sur  son  cœur  en  re- 
gardant les  assistants  avec  une  expression  de  béatitude 
étrange. 

J'ai  cité  ce  passage  plutôt  comme  un  spécimen  de  l'origi- 
nalité du  prédicateur  que  de  son  vrai  mérite,  et  cependant  je 
dois  foire  remarquer  que  cette  pantomime  et  ce  débit,  d'ac- 
cord avec  le  caractère  des  auditeurs,  produisaient  réellement 
une  vive  impression.  Il  est  possible  toutefois  que  je  me  sois 
moi*méme  laissé  prévenir  favorablement  par  l'esprit  général  de 
ce  sermon,  qui  tendait  à  convaincre  les  matelots  qu'il  n'y  avait 
micune  incompatibilité  entre  l'exercice  de  leur  métier  et  celui 
de  la  religion,  entre  la  dévotion  bien  entendue  et  une  honnête 
gaieté.  L'orateur  leur  recommandait  enfin,  non-seulement 
de  se  conduire  de  manière  à  gagner  le  ciel,  mais  encore  de  ne 
pas  imiter  ceux  qui  prétendent  faire  un  monopole  de  la  Pro- 
vidence et  de  ses  grâces.  Ces  deux  points  du  discours  furent 
très-bien  expliqués  :  je  n'ai  jamais  entendu  mieux,  et  même 
c'était  peutrètre  la  première  fois  que  je  rencontrais  un  prédi- 
cateur qui  voulût  bien  envisager  ainsi  la  grande  affaire  du 
salut  (1). 

{Box-^Ameriean  notes.) 

(I)  NoTB  DU  mfttCTBOR.  Nous  publierons  la  suite  de  cet  extrait. 


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Mxsttiianits. 

JOURNAL  D'UN  MÉDECIN. 

NOUTBLLB  S^RIE. 

S  II. 
LE  COFFRE-FORT  DU  BANDIT. 


L'histoire  d'Eirls  (1)  m'en  rappelle  une  autre  dont  le  héros 
était  aussi  un  distillateur  en  fraude,  métier  si  commun  dans 
l'Irlande  et  surtout  sur  les  côtes  du  comté  maritime  deSligo, 
©à,  sur  une  étendue  de  quatre  cent  trente-quatre  mille  hec- 
lures,  on  en 'compte  plus  de  cent  soixante-huit  mîilc  à  l'état 
de  marais  et  de  montagnes  incultes ,  repaires  presque  inac- 
cessibles de  c^e  population  insocîablequi,  depuis  un  temps 
immémorial,  se  met  si  volontiers  hors  la  loi. 

Assee  loin  dans  les  montagnes  demeurait  une  Camille  qni, 
«ans aucune  profession  connue,  vivait  mieux  que  les  laborieux 
habitants  des  vallées  ou  basses  terres,  condamnés  à  ga{;ner  leur 
nourriture  de  chaque  jour  par  les  travaux  pénibles  delà  culture 
agricole.  En  vérité,  quand  on  considère  le  tempérament  in- 
flammable du  paysan  irlandais,  quand  on  songe  qu'il  se  roit 
si  souvmt  dans  la  vie  exposé  ji  toutes  les  privations,  et  qu'il 
ne  lui  faut  qu'une  courte  interruption  de  travail  ou  une  disette 
locale  pour  être  littéralement  réduit  à  la  famine,  on  s'étonne 
que  la  vie  sauvage  et  insouciante  du  bandit  et  du  contreban- 

(1)  Voir  la  1  vraîson  d}  ncyembr*.'. 


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Lfi  COFFHS-F9ET  DU  BANDIT*  SU 

dîer  ne  débauche  pas  an  plus  grand  nombre  de  fiuiiiUes.  Le 
chef  de  celle  que  je  vais  feire  connaître  comme  un  type  des 
plus  irlandais  s'appelait  Hill  Murpby.  ^^e  manquant  jamais 
de  provisions,  toujours  vêtu  d'habits  assez  grossiers,  mais 
jamais  en  haillons  comme  le  paysan  de  la  plaine,  il  était  d'ail- 
leurs d'un  aspect  rude  et  farouche,  très-grand  de  taille,  ayant 
dans  l'œil,  le  geste  et  la  démarche  cet  air  provocateur  du 
bandit  qui  se  sait  en  guerre  avec  tout  le  monde,  et  qui  ne 
ciaint  ou  affecte  de  ne  craindre  personne.  Quand  les  enfants 
du  petit  hameau,  situé  au  pied  de  la  montagne  où  il  avait  fixé 
sa  demeure,  entendaient  la  détonation  brusque  et  soudaine 
d'uA  fiisil,  ou  le  bruit  d'un  énorme  fragment  de  roche  rou-* 
lant  dans  les  précipices,  ils  se  rapprochaient  l'un  de  l'autre 
tout  craintifs  et  disaient  à  demi-voix  :  le  loup  est  sorti  de  sa 
tannière.  Ce  loujp,  c'était  Hill  Murphy.  D'ailleurs,  personne 
ae  s'avtsak  de  définir  la  vie  habituelle  de  Hill  Murphy  ;  peu 
coaunumcatif,  même  avec  les  siens,  ii  s'était  fait  plus  d'enne- 
mis par  sa  sombre  réserve,  caractère  antipathique  à  l'cxpan^ 
aion  naturelle  de  ses  compatriotes,  que  par  ses  déprédations. 

Ils  étaient  en  petit  nombre  ces  habitants  de  la  vallée  qui 
montaient  quelquefois  à  la  hauteur  de  la  maison  solitaire  de 
Hill  Murphy,  et  ceux-là  en  faisaient  volontiers  une  descrip- 
tion qui  ne  tentait  guère  la  curiosité  des  autres.  Aucun  ne  se 
vantait  d'avoir  reçu  un.  bon  accueil  dans  cette  maison.  Les 
enfants  de  Hill  Murphy  n'étaient  guère  plus  aimables  que  leur 
père  :  il  avait  deux  fils  et  une  fille.  Les  fils  étaient  robustes, 
la  fille  se  taisait  remarquer  par  une  rare  beauté,  mais  sa  faible 
intelligenee  ne  s'élevait  pas  au-dessus  de  celle  d'une  idiote; 
elle  passait  à  peu  près  toute  sa  journée  a  peigner  ses  longs 
cheveux  comme  une  sirène,  et  à  sourire  à  son  image  reflétée 
dans  une  cuve  remplie  d'eau,  seul  miroir  qui  fût  en  usage 
sons  le  toit  rustique  de  lUll  Murphy. 

Quelque  violent,  quelque  rude  et  brutal  que  iiii  le  pore  de 
cette  pauvre  créature,  il  était  tout  autre  avec  sa  fille.  Sa  ten- 
dresse pour  elle  s'augmentait  de  toute  la  pitié  que  lui  inspi- 
rait sa  santé  chancelante.  £u  la  voyant  de  plus  en  plus  lan« 


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LE  COFFRE-FORT  DU   BANDIT. 

guir,  il  comprit  enfin  qu'elle  était  atteinte  de  quelque  fatale 
maladie ,  et ,  dans  son  anxiété ,  il  résolut  de  chercher  an 
remède  ;  il  annonça  à  ses  fils  qu'il  allait,  pour  un  temps,  leur 
laisser  la  garde  de  sa  demeure,  afin  de  conduire  la  pauvre  ma- 
lade dans  la  vallée.  En  effet,  il  la  plaça  sur  son  cheval,  y  monta 
après  elle,  descendit  lentement  de  sa  montagne  et  se  dirigea 
vers  une  de  ces  sources  bénites  qui  ont  en  Irlande  la  r^n- 
tation  de  guérir  les  plus  incurables  infirmités.  Hiil  Muq)hy 
et  sa  fille  firent  lentement  ce  pieux  voyaige,  et  le  vievx  bandit 
était  si  bien  connu  de  quelques-uns  des  pèlerins  qui  fréquen- 
taient les  eaux  saintes  pour  la  même  cause,  qu'il»  chuchotaient 
YHystérieusement  à  son  approche,  en  s'étonnant  de  le  voir 
accomplir  lui-même  avec  tant  de  zèle  les  divers  actes  de  dé- 
votion dont  l'infortunée  malade  n'aurait  pu  s'acquitter  dans 
sa  débilité  de  plus  en  plus  alarmante. 

Cependant  que  faisaient  les  fils  deMurphy  ?  Redoutable  é  st 
propre  race,  véritable  tyran  domestique,  il  ne  fut  pas  pins  tAt 
éloigné,  que  les  jeunes  bandits  s'exaltèrent  en  se  sentant  déli- 
vrés de  la  brutale  autorité. sous  laquelle  ils  fléchissaient  sans 
rien  dire  ou  en  implorant  une  indulgence  qu'ils  n'obtenaient 
pas  toujours. Dans  l'enthousiasme  de  sa  liberté  nouvelle,  rainé 
fit  en  quelque  sorte  un  acte  complet  d'émancipation  en  épou* 
sant  une  robuste  montagnarde,  une  virago,  qui  n'avait  guère 
de  la  femme  que  son  amour  pour  le  jeune  Phade.  Elle  était 
d'ailleurs  la  sœur  de  cinq  à  six  frères  d'une  race  bien  digne 
de  s'allier  à  celle  de  Murphy,  aussi  farouches  que  les  eniantt 
de  celui-ci,  et  dont  le  métier  variait  suivant  les  saisons  :  tan- 
tôt ils  volaient  des  moutons,  tantôt  ils  braconnaient  snr  la 
seule  chasse  de  rfeerve  qu'il  y  eût  à  vingt  milles  à  la  ronde; 
quelquefois  ils  aidaient  les  Murphys  à  débiter  les  produits  de 
leur  distillerie  Ulicite  ;  mais  en  tout  temps  ils  les  aidaient  à  fa- 
briquer et  à  boire  ce  même  whisky  ;  enfin,  ils  n'hésitaient  jamais 
à  s'associer  aux  contrebandiers  de  la  côte,  et  affiliés  à  la  société 
des  ruhaniers  (  ribandmtn)y  ils  obéissaient  aveuglément  k  tons 
les  ordres  d'émeute  ou  de  pillage  transmis  par  leur  lofe.  Le  vieux 
Hill  Murphy  avait  coutume  de  traiter  cette  fkmille  aussi  du- 


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LB  COFFRE-FORT  M7  BANDIT.  353 

remeat  et  anssi  capricieusement  que  la  sienne,  tout  en  s'ima- 
ginant  qu'il  leur  montrait  toute  la  bienveillance  possible. 
Comme  les  tyrans  en  général ,  il  ne  se  doutait  pas  que  son 
pouvoir  absolu  était  bien  prés  de  lui  échapper.  Par  le  fait» 
s'il  était  demeuré  dans  sa  maison ,  il  aurait  pu  prévenir  le 
complot.  Il  était  si  vigilant,  et  la  seule  créature  qui  réelle- 
ment l'aimait,  sa  fille,  quoique  maladite  et  fiiible  d'esprit 
sur  beaucoup  de  chotos,  était  si  éveillée  et  si  clairvoyante  sur 
d'autres,  qu'il  est  douteux  que  les  conspirateurs  eussent 
téami  à  renverser  ce  despotisme  intérieur. 

La  tendresse  de  Murphy  pour  sa  fille  était  devenue  surtout 
exdttshre  depuis  qu'il  avait  perdu  sa  femme  ;  selon  les  uns, 
il  adorait  en  elle  le  souvenir  d'une  compagne  dévouée  pen- 
dant vingt  ans  à  sa  vie  sauvage;  selon  d'autres,  c'était  une 
expiation  et  un  remords  qui  le  rendaient  si  bon  père  envers 
une  créature  dont  la  faiblesse  ne  provenait  que  des  mauvais 
traitements'  qu'avait  subis  cette  même  compagne  pendant 
qu'elle  portait  dans  son  sein  ce  dernier  enftint.  La  femme  de 
Murphy 9  ajoutait-on,  n'était  même  pas  morte  sous  le  toit 
conjagal  ;  elle  avait  été  forcée  de  fuir  et  d'aller  expirer  dans 
l'hospice  dé  la  ville.  Mais  comment  croire  que  cette  ihère  eût 
jamais  pu  se  résoudre  à  abandonner  ses jeunesenfontsauxquels 
elte  était  dévouée  comme  la  louve  à  ses  louveteaux?  Et  d'un 
autre  c6té,  comment  leremords  chez  Murphy  se  serait-il  arrêté 
à  celte  réparation  ?  Il  y  avait  là  quelque  mystère  peut-être,  mais 
qui  n'a  pu  être  dévoilé  que  par  des  conjectures  ;  tout  ce  qu'il  y 
avait  de  certain,  c'est  que  depuis  la  disparition  de  sa  femme, 
Hill  Murphy  était  devenu  à  la  fois  plus  attaché  à  sa  fille  et 
phis  féroce  envers  le  reste  des  hommes  ;  cette  affection  était 
le  seul  sentiment  humain  qui  survivait  dans  ce  sombre  carac* 
tère. 

ec  Avez-vous  jamais  vu  rien  de  plus  extraordinaire  que  la 
dévotion  qui  a  pris  tout  à  coup  ce  Hill  Murphy?  dit  tout  bas 
un^  pèlerine  à  une  autre,  en  interrompant  son  chapelet.    - 

—  Gloire  aux  saints  I  répondit  l'autre.  C'est  merveilleux, 
en  effet,  de  le  voir  couvrir  de  signes  de  croix  et  asperger 

5«  SÉRIE.  —  TOME  XII.  23 


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3Si|.  LE  GOFFII^FOVLT  BD  BANDIT. 

d'eau  bénite  cette  pauvre  fiUeAoïoitié  morte.  Cest  oonMriant, 
en  yérité,  que  de  si  grand»  pécheurs  puissent  oa  jov  se 
convertir. 

—  Bénie  soit  sainte  Brigitte»  dit  k  premiàre  pèlerine;  oi 
n*est  pas  converti  parce  qu'on  se  frappe  ainsi  Ut  poitrine  i 
tour  de  bras;  il  faudra  bien  des  prières  à  un  pareil  bandit 
pour  qu'dles  lui  comptent;  il  fiiudra  qu'il  crie  bien  hantai- 
aéricorde  pour  étouifcr  tons  les  cris  qni  deaiandent  joBliee 
contre  lui  dans  le  ciel.  »  Peut-âtre  cette  charitidile  pèkriae 
en  eût-elle  dit  davantage  si  de  génnfksioos  en  génuSeiions, 
le  grand  pécheur  dont  le  snlnl  lui  pumissaîl  donlenx  ne  s'é- 
tait trouvé  tout  à  coup  assez  près  d'elle  pour  pouvoir  l'en- 
taidre,  et  die  se  tut  ;  maiSf  malgré  la  défianoe  de  la  dévote, 
je  crois  que  Murphy  était  de  bonne  foi,  et  qu'il  n'^t  mis  à  sa 
conversion  qu'une  condition...  la  gnérisou  de  sa  fille.  lU- 
heureusement  ses  prises  et  aa  covpooction  ne  purent  1« 
rendre  la  santé. 

Alorsy  pour  l'amour  d'eUe,  lobandit  se  hasarda  à  fiùreceqa'il 
n'avait  pas  âât  depub  plusde  vingt  ans;  il  entra  eoiriônjov 
dans  la  ville  poor  y  consulter  les  médecins.  C'est  ainsi  que  j'ai 
pu  le  connaître.  Après  avoir  eiaminé  In  malade  et  inidnotkk 
père,  je  lui  déclamiy  ce  que  probablement  mes  confaéras  loi 
avaient  d^jk  déclaré  eux-mémeSy  que  je  ne  ponvaia  rien.  A  ces 
mots,  après  m'avoûr  regardé  anrec  une  singulière  eaqpresaiott, 
il  tomba  à  mes  pieds  et  embcassa  mes  genoux,  k  Docteur,  ne 
dit41,  sauves  mafiUe;>eiil  aooaiiàplewer.  Lapauvrefilk 
aussi  surprise  que  moi  de  le  voir  ainsi  prosterna  sans  com- 
prendre la  canse  de  cette  supplication,  passa  sas  bras  trem- 
blants autour  dm  cou  de  son  yèfe  en  hii  demandant  es  qu'il 
avait,  en  le  suppliant  à  son  tour  de  sécher  sea  lanaea. 

Je  les  relevai  tous  les  deux,  me  sentant  près  de  pleaier 
moi-même,  mais  forcé  d^  répétnr  :  «  Hélasl  je  ne  puis  lîea;  » 
vteité  humiUante  pour  la  science  et  que  le  médecin  n'avem 
guère  que  lorsqu'il  en  est  bien  convaincn.  «  Quoi  1  s'éGria]ia^ 
phy,  butril  donc  quet  je  la  perde,  elle  la  fieur  de  ma  vie,  leseol 
être  que  jaimel  Docteur,  save^vous  bien  que  je  donneritf 


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LB  COFFES-FORT  W  BANDIT.  3S5 

tout  ce  qne  je  possède  pour  la  sauver  I  Je  ne  viens  pas  comme 
un  mendiant  vous  prier  de  la  guérir  pour  rien  !  le  puis  payer... 
payer  comme  les  riches I  Mais  vous  ne  me  croyez  pas!  »  Et 
prenant  «a  fille,  il  sortit  bnuqnement  avec  elle  sans  ajouter 
un  mot  de  plus.  A  la  fin  de  la  journée,  il  revint,  et  cette  fois 
il  était  seul.  «  Ooctenr,  ne  dii41,  je  sais  tout  ce  qu'on  peut 
nourrir  de  haine  contre  moi,  et  je  conviens  qne  vous  n'êtes 
pas  teott  de  vous  fier  à  mes  promesêes;  aussi  je  viens  cette 
fois  avec  des  arrhes  ;  si  vous  voulei  entreprendre  la  guérison 
de  ma  fille,  voici  de  Tor...  (Il  retirait  de  sa  poche  une  main 
pleine  de  guinées.  )  C'est  tout  ce  qui  me  reste,  et  je  vous  le 
laisserai  ;  puis,  quand  vous  aurai  rendu  la  santé  à  ma  pauvre 
Nancy,  je  ne  suis  pas  embarrassé  de  vous  en  alerter  encore. 
Vous  le  voyex,  je  pnis  payer  lea  remèdes  et  le  dooteur  ;  je  puis 
payer  d'avance;  {wenez,  prenez  tout,  et  dites-moi  que  vous 
consentez  à  guérir  Nancy. 

—Mon  brave  homme,  lui  rèpondis^je,  je  suis  ici  le  médecin 
dea  pMvres,  et  en  guérissant  votre  fille  je  n'accomplirais 
qu'un  devoir;  mais  toui  votre  or  ne  saurait  me  donner  une 
amnoe  qui  n'appartient  qu'à  Dieu  ;  Dieu  seul  s'est  réservé  la 
vertu  de  faire  des  miracles,  et  il  m*est  pénible  de  vous  ré^ 
peter  quHam  miracle  seul  pourrait  vous  conserver  la  pauvre 
eafiant  que  vous  m'avez  lait  voir  ce  matin. 

—  Vous  refiutezl  s'éeria  ce  malheureux  avec  un  accent 
d'ironie  amère,  qui  me  rappela  le  rire  de  la  démence.  Ah! 
voua  aussi,  vous  savez  qui  je  ^uisl  Ni  par  les  prières,  ni  par 
l'or,  je  n'ai  donc  rien  à  obtenir  dans  cette  viUe  1  Si  j'avais  un 
prooès  à  plaider,  je  n'annûs  aneune  jpstice  à  attendre  de  vos 
avocats  et  de  vos  juges  ;  la  loi  me  regarde  çomm^  son  en*- 
nemi...  Msis  la  médecine...  je  pensais  qu'elle  ne  se  vengeait 
contée  personne^  non  pas  même  contre  moi  1. . .  y» 

l'eus  baauohvcber  à  lui  Atire  comprendre  qu'il  se  mépre- 
nait aingttttèvemeni  sur  le  sena  de  mon  refus,  et  qu'en  elFet  le 
médeein  ne  connaissait  de  son  malade  que  sa  maladie  :  <<  Ahl 
repril-il  avee  le  même  rire  fftrQuche,  ne  pa3  pouvoir  guérir 


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356  LE  COPFRB-FORT  DU  BAITDIT. 

ma  filial  Docteur,  si  je  vous  tenais  sur  ma  montagne,  jimiif 
forcerais  bien  de  me  la  guérir,  d 

IF  sortit  brusquement,  proférant  encore  dans  l'escalier  des 
paroles  violentes  qui  ne  pouvaient  m'oSenser,  expressions  do 
désespoir  encore  plus  que  de  la  colère. 

Hill  Murphy  et  sa  fille  quittèrent  la  ville,  sans  que  persoane 
songeât  à  inquiéter  la  retraite  du  bandit;  il  n'y  eut  que  pitié 
pour  son  affection  personnelle,  quoiqu'il  fAt  depuis  longtemps 
dénoncé  et  que  les  agents  de  la  justice  eussent  pu  arrêter  fa- 
cilement cet  homme  qu'aucun  d'eux  n'avait  jamais  osé  aller 
saisir  dans  sa  maison. 

Lorsque  Hill  Murphy  était  descendu  de  sa  montagne, 
quelques  semaines  auparavant,  Nancy  était  déjà  bien  bible; 
à  peine  si  la  pauvre  phthisiique  pouvait  se  soutenir  snr  k 
cheval  de  son  père  ;  mais,  au  retour,  Murphy  fut  obligé  de 
la  porter  en  quelque  sorte  dans  ses  bras. 

Ils  arrivèrent  ainsi  au  sentier  qui  conduisait  à  leur  de- 
meure, sentier  étroit,  le  seul  praticable  pour  un  cavalier: 
«  Mon  père,  dit  tout  è  coup  Nancy,  qui  avait  un  moment  re* 
levé  sa  tète  inclinée  sur  l'épaule  du  bandit,  on  a  bloqué 
là-haut  le  passage  avec  des  rochers.  »  Hill  Murphy  leva  à  son 
tour  les  yeux,  et  sa  propre  vue  étant  obscurcie  par  Tâge,  il 
crut  que  sa  fille  avait  la  vue  troublée;  mais  elle  avait  raison, 
et  il  finit  par  le  reconnaître.  On  avait  laborieusement,  en 
effet,  accumulé  des  pierres  de  manière  à  fbtrmer  une  aftursille 
qu'il  était  impossible  de  gravir  sans  l'escalader.  H  fut  on 
temps  où  Hill  Murphy  aurait  de  son  bras  vigonréax  fait  rou- 
ler tous  les  matériaux  de  cette  barrière  dans  les  précipices; 
mais  il  avait  bien  vieilli  depuis  ces  dernières  semaines  :1e 
chagrin  avait  miné  aes  fbrces  :  il  transporta  de  nouveau  Nanq 
au  bas  de  la  montagne ,  la  déposa  sur  un  tas-  de  feaittes, 
la  couvrit  de  son  manteau,' attacha  son  cbeVal  à  un  tronc 
d'arbre,  et  se'décidant  à  un  détour  pour  gagner  sa  demeore, 
alla  chercher  un  autre  sentier  accessible  seulement  aux  pié- 
tons, avec  la  pensée  de  revenir  au  plus  vite  avec  ses  filspoor 


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LB  COFFRE-FOBT  BU  BANDIT.  357 

chercher  sa  fille  mourante.  11  rencontra  justement  à  trois 
cents  pas  plus  loin  deux  des  frères  de  sa  nouvelle  bru  et  avec 
eux  Phade  son  fils  aîné,  qui  lui  crièrent  d'arrêter. 

Le  vieux  Murphy,  sans  faire  attention  d*abord  à  la  farou- 
che réserve  de  Phade  et  de  ses  voisins,  leur  répondait  avec 
plus  de  douceur  qu'il  n'en  avait  habituellement  dans  ses 
manières,  lorsqu'il  s'aperçut  qu'au  lieu  de  lui  tendre  une 
main  amie,  ces  trois  jeunes  gens  se  plaçaient  devant  lui  comme 
pour  lui  barrer  la  route. 

«  Eh  bien,  leur  ditril,  qu'es(-il  donc  arrivé  là-haut?  que 
signifie  cette  muraille  :  laissez-moi  vite  aller  débarrasser  no- 
tre sentier  avec  une  pioche,  ou  plutôt  venez  m'aider  à  ram^ 

ner  ma  pauvre  Nancy,  que  Je  viens  de  laisser  au  pied  de  ce 
rocher. 

—  Nous  ne  ferons  ni  l'un  ni  l'autre,  répondit  rudement 
Phade  Murphy  à  son  père.  Chacun  son  tour  :  c'est  moi  qui 
suis  le  maître  du  cMUau  maintenant,  et  vous  n'y  rentrerez  pas 
comme  vous  voudrez.  » 

Le  vieillard  tressaillit  et  regarda  fixement  son  fils  atné, 
comme  s'il  se  refusait  à  comprendre  le  sens  de  cet  étrange 
accueil.  Au  même  moment,  le  second  fils  de  Murphy  surve- 
nait, et  ce  fut  lui  qui  continua  en  ces  termes  cette  déclaration 
de  guerre  : 

a  Ce  n'est  que  trop  vrai  :  voici  plus  de  vingt  ans  que  nous 
sommes  vos  esclaves,  trop  heureux  de  recevoir  de  vous  un 
morceaudepain  pargrAce,  et  pas  unliardde  salaire  pour  toutes 
nos  peines.  A  vous  tous  les  profits.  Eh  bien,  nous  ne  deman- 
dons pas  compte  pour  le  passé;  mais  nous  devons  vous  rem* 
placer  ici  :  allez  donc  travailler  dans  la  plaine  ou  cherchez 
une  autre  montagne  ;  et  cela  aujourd'hui  même,  car  vous  ne 
rentrerez  plus  dans  notrt  maison. 

— ^A  moins,  reprit  l'atné  avec  une  nouvelle  bravade,  excité 
qu'il  était  par  le  renfort  que  lui  amenait  son  frère,  à  moins  que 
vousjie  vouliez  aller  trouver  Son  Honneur,  le  juge  de  paix,  et 
pour  la  première  fois  de  votre  vie,  mettre  la  loi  de  votre  côté. 
Vous  avez  vécu  contre  la  loi,  mais  personne  ne  vous  empê- 


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SS8  LE  GOFFKB-FOBT  DV  BAK DIT. 

ehera  de  monrir  poar  la  loi,  si  vous  le  TOalei.  Nous  sommes 
préparés  à  tout  :  courez  chercher  les  habits  rouges  ou  les 
huissiers,  conune  il  tous  sera  agréable,  i» 

C'en  était  trop  pour  le  vieux  Hurphy  :  étourdi  de  ce  coup, 
il  Alt  forcé  de  s'appuyer  sur  un  angle  de  rocher,  respirant  à 
peine  et  gardant  an  sombre  silence.  £o  ce  moment  le  ciel  se 
eowrit,  le  roulement  encore  lointain  de  la  firadre  annonçait 
on  orage  :  il  songea  que  sa  pauvre  fiUe  allait  se  trouver  sans 
abri...  Tout  à  coup  il  tomba  à  genoux,  et  le  vieillard,  comme 
répondant  A  cette  voix  tonnante  de  la  nature,  qui  semblait 
sympathiser  avec  la  colère  provoquée  dans  son  cœur  de  père, 
prononça  une  horrible  malédiction  sur  ses  propres  eniants... 
sur  ses  fils  rebelles,  auxquels  il  avait  lui-même  appris  à  bra- 
ver les  lois  divines  et  humaines.  Cette  malédiction  le  soulagea 
et  il  rebroussa  chemin.  Sa  retraite  fut  célébrée  par  ses  filset 
les  frères  de  sa  bru  comme  une  victoire  :  ils  brandirent  lean 
poignards  en  signe  de  triomphe  ;  mais  l'un  de  ces  derniers  ayant 
lancé  une  grosse  pierre  après  le  vieillard,  le  plus  jeune  des 
fils  Murphy  le  frappa  sur  la  tète  :  «  Voilà  pour  ta  lâcheté,  lui 
dit-il  ;  s'il  n'était  devenu  vieux,  il  n'est  aucun  de  nous,  vois4u, 
et  escorté  de  dix  autres,  qui  eût  osé  foire  ce  que  nousavoas 
fait  aujourd'hui.  » 

La  pierre  alla  rouler  sur  les  traces  de  Hill  Murphy  sans 
l'atteindre  et  sans  qu'il  daignât  tourner  la  tète  ou  y  faire  plus 
d'attention  que  si  c'eût  été  un  petit  caillou  qui  venait  s'arrè^ 
1er  i  ses  pieds. 

Le  vieux  bandit  retrouva  sa  fille  et  sa  monture  où  il  les 
avait  laissés;  en  ce  moment  la  pluie  commençait  à  tomber 
par  torrents  ;  il  se  remit  en  selle,  emportant  de  nouveau  dsns 
ses  bras  la  pauvre  malade,  qui  avait  souri  en  le  revoyant.  Les 
voilà  au  milieu  de  la  plaine  ;  ce  fut  là  que,  ralentissant  le  ga- 
lop du  cheval,  Hill  Murphy  se  demanda  enfin  où  il  pounait 
trouver  l'hospitalité  :  question  bientôt  résolue  en  Irlande  par 
la  vue  du  premier  toit;  mais  pour  toutes  les  chaumières  dont 
il  apercevait  la  fumée,  Hill  Murphy  n'ignorait  pas  qu'il  arait 
été  un  fléau  redouté I...  Cependant  il  poursuivit  sa  route,  et 


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LE  GOmfi-F»ftT  MT  BAITDIT.  SM 

re]ifieiiaiit  cmirage,  fl  fiait  par  firapper    à  Ih  porte  d'une 


La  porte  s'ouvrit  :  a  Un  asile  pour  l'amour  de  Dieu!  s'é- 
eria  le  malheureux  père,  s'avançant  à  cheval  an  milieu  de  la 
cour,  et  toujours  sa  fille  dans  ses  bras  :  un  astfe  pour  rameur 
de  Dieul  d  Le  fermier  le  connaissait  bien;ii  avait  trop  de 
moutons  paissant  sur  les  montagnes  pendant  Tété,  il  vivait 
depuis  trop  longtemps  sur  l'extrême  limite  des  basses  terres, 
pour  ne  pas  connaître  Hill  Murphy . 

a  Oui,  répondit-il  :  sd)ritez*vous  et  soyez  le  bienvenu., 
quoique  j'ose  le  dire,  c'est  ici  une  maison  qui  ne  fut  pas  bâ- 
tie pour  vous;  mais. ..  Ah  1 0ieu  me  bénisse.. .  qu'est-ce  donc  ?. . 
la  pauvre  fille  est-elle  morte?  b 

En  un  moment  trois  ou  qpiatre  robustes  paysans  avaient 
enlevé  Nancy  des  Inras  de  son  père  :  ce  fut  à  qui  sécherait 
ses  longs  cheveux  humides  et  ses  vêtements  que  le  manteau 
n'avait  pu  entièrement  préserver  de  l'orage.  On  la  coucha 
dans  le  seul  lit  qui  méritât  ce  nom  sons  le  toit  de  la  ferme. 

A  oes  soins  ompressés,  Nancy  souriait  de  son  sourire  dis- 
trait. Si  un  roi  et  une  reine  étaient  entrés  dans  cette  maison, 
poursuivis  de  même  par  l'orage,  ils  n'auraient  pas  été  reçus 
pios  généreusement.  Quand  le  fermier  vit  la  tendre  soUiei- 
tnde  du  père  pour  sa  fille,  il  fut  le  premier  à  lui  dire  : 

«  Que  le  bon  Dieu  ait  pitié  de  tous  dans  votre  douleur, 
pâture  homme  1  vous  êtes  bien  à  plaindre  ;  qu'il  ait  pitié  de 
vous!» 

Biafi  ne  pouvait  arracher  Hill  Hnrpby  du  chevet  de  Maaey . 
Refusant  de  prendre  aucun  repos,  il  demeurait  lâ^  pres- 
sant sa  main  dans  la  sienne  ou  rapprochant  de  ses  lèvres, 
et  t^nmi  avec  précautiim  ses  cheveux  quand  ils  lui  sem- 
biment  trop  ramassés  snr  son  firont  bréiant.  U  voyait  bien 
qn'S  n'afvait  plus  longtemps  â  passer  auprès  d'elle,  et  il  était 
auaiede  ces  dernières  heures  accordées  âson  seul  atiaehement 
sar  nette  tem.  Bientéâ,  oomnse  cela  arrive  quelquefois  dans 
l'agonie,  TexeitaAion  dn  la  fièvre  aUwma  le  flambeau  de  la 
dams  eette  Ame  douée  d'une  inteHigence  si  faible,  et 


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360  LE  COFFRB-FOBT  DU  BANDIT. 

l'idiote  expirante  fit  entendre  des  paroles  qui  exprimaient  à 
lafois  la  révélation  d'une  vie  meilleure  et  le  désir  de  consoler 
l'homme  menacé  de  tout  perdre  en  la  perdant  a  Mon  père, 
disait-elle,  je  ne  tarderai  pas  à  être  dans  le  ciel;  j'y  revemi 
ma  mère,  ma  mère  qui  m'aimait  tant,  et  que  je  réjouirai  en 
lui  apprenant  tout  ce  que  vous  avez  fait  pour  moi!...  Pour- 
quoi détourner  la  tète,  père  chéri  ?  écoutez  encore...  ne  re* 
tournez  plus  à  la  montagne,  car  lorsque  nous  y  étions  et  que 
mes  frères  ne  croyaient  pas  que  je  pusse  les  comprendre... 
oh  1  ils  parlaient  quelquefois  de  vous  en  des  termes  que  je 
ne  pourrais  répéter  jamais.  Ecoutez  encore,  père  chéri;  je 
voudrais  que  vous  devinssiez  un  vrai  chrétien...  je  crois  que 
vous  en  seriez  plus  heureux,  mon  père,  d  Ce  jour-là,  Nancy 
parla  ainsi  plusieurs  fois  à  son  père,  jusqu'à  ce  que,  épuisée, 
elle  tomba  dans  un  sommeil  profond  sur  l'épaule  même  de  H3I 
Hurphy,  et  le  vieillard,  fatigué  lui-même  de  ses  émotions,  s'en» 
dormit  aussi. 

Le  lendemain,  la  fermière,  préoccupée  en  pieuse  Irlandaise 
des  choses  de  l'autre  monde,  et  voyant  que  la  jeune  malade 
se  mourait,  envoya  chercher  le  curé  de  la  paroisse,  et  le  bon 
prêtre  accourut. 

ce  II  m'en  coûte,  lui  dit  la  fermière,  de  pénétrer  dans  la  pe* 
tite  chambre  pour  les  préparer  à  cette  visite ,  monsieitt  le 
révérend  ;  mais  il  est  grand  temps  que  vous  les  voyiez  :  j'espère 
aussi  que  lepère  lui-même,  brisé  conmie  il  est  par  le  chagrio, 
se  mettra  à  vos  genoux. 

— Ce  serait  donc  le  premier  de  sa  famille  qui  l'aurait  hitl  d 
répondit  le  prêtre. 

Ces  mots  firent  frémir  la  fermière.  «  Attendez  encore  ao 
peu,  mon  révérend,  dit-elle  après  avoir  écouté  à  la  porte: 
je  crois  qu'ils  dorment  tous  les  deux,  d  Le  curé  attendit; 
mais  un  quart  d'heure  après  il  se  hasarda  à  entrer.  Hill  Mor- 
phy  sommeillait  encore,  d'un  sommeil  troublé,  la  tête  pea* 
chée  sur  l'oreiller,  avec  un  visage  dont  l'expression  ardente 
contrastait  singulièrement  avec  celui  de  la  pauvre  Nancy.  Les 
traits  amincis,  mais  fins,  de  celle^i  avaient  la  blancheur  et  les 


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LE  GOPFR»*FOBT  DU  BAKDIT.  361 

lignes  pures  d*ane  statue  de  marbre.  Une  de  ses  mains  s'é- 
tendait sur  son  sein,  l'autre  était  serrée  dans  les  mains  de 
son  père  ;  elle  arai t  les  yeux  ouverts. . .  La  fermière  lui  parla. . . 
pas  de  réponse...  Elle  ne  pouvait  plus  en  foire...  elle  était 
mortel 

Le  père  se  réveilla  donc  seul  :  impossible  de  peindre  son 
horrible  réveil,  que  me  raconta  le  prêtre.  Les  gens  de  la 
ferme  vinrent  à  lui,  inspirés  par  la  plus  sincère  compassion  : 
le  prêtre  lui  offrit  aussi  ses  exhortations  sérieuses,  mais  dictées 
autant  par  la  sympathie  que  par  la  religion...  Le  vieillard 
repoussa  toutes  ses  bonnes  paroles  :  il  répondit  en  homme 
dont  le  désespoir  n'était  qu'une  révolte  contre  la  Provi» 
dence  :  il  proféra  même  des  malédictions  qui  firent  fuir  le 
curé. 

Cependant  le  saint  homme  revint  le  lendemain  pour  les 
funérailles,  et  Hill  Murphy  assista  à  cette  cérémonie  avec 
un  certain  calme.  11  fit  mieux,  il  recommença  seul  pour  l'Ame 
de  sa  fille  les  dévotions  et  les  pèlerinages  qu'il  avait  en  vain 
faits  naguère  avec  elle  pour  la  santé  de  son  corps  :  il  n'y  a 
pas  dans  le  voisinage  de  Sligo  une  chAsse,  une  grotte,  ou  une 
ruine  sanctifiée  par  la  tradition  pieuse,  qu'il  ne  visitât,  priant 
et  dbtribuant  même  des  aumônes,  en  ayant  bien  soin  de  dire 
à  tous  ceux  qui  les  recevaient  de  sa  main,  qu'il  les  faisatt  au 
nom  de  sa  fille.  Il  disparut  enfin  du  pays,  au  grand  étonne- 
ment  de  ceux  qui  s'attendaienià  le  voir  fûreau  moins  quelque 
tentative  pour  recouvrer  sa  maison  de  la  montagne. 

Trois  ans  se  passèrent.  Les  enfants  de  Hill  Murphy  ne  pro- 
spérèrent pas  comme  avait  fait  leur  père.  Il  faut  dire  qu'ils 
n'héritèrent  pas  seulement  de  la  haine  attachée  A  leur  nom, 
mais  qu'il  s'y  joignit  encore  une  sorte  de  mépris  pour  ces 
mauvais  fils,  qui  avaient  expulsé  un  vieillard.  Ce  mépris 
était  éprouvé  même  par  les  plus  hardis  fraudeurs  avec  les- 
quels ils  étaient  en  relation  d*affaireê.  A  la  moindre  querelle, 
on  leur  jetait  A  la  face  le  reproche  de  leur  ingratitude,  de 
leur  inhumanité.  Ils  finirent  par  être  sinon  honteux  de  leur 
conduite,  du  moins  touchés  de  ce  repentir  égoïste  que  ressen- 


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S6S  LE  GOFFltB*F0Vr  BU  BAimiT. 

lent  tous  ceax  qvi  ont  la  conscience  de  s'être  fek  tort  i  i 
mêmes.  Cependant  la  population  croissait  rapidement  autov 
d'eux,  et  par  le  progrès  de  la  civilisation^  les  profits  de  leur 
industrie  illicite  diminuaient  yisiblement.  Ils  se  disaient  par- 
fois avec  amertume  que  la  fabrique  légale  des  distillatean  pa- 
tentés leur  faisait  une  concurrence  redoutable. 

Ce  fat  sur  ces  entrefaites  que  le  vieux  Hill  Hnrphy  reptrat 
dans  le  canton  :  il  était  si  courbé  et  si  cassé,  que  beaueoqi 
de  personnes  avaient  peine  i  le  reconnattre.  Son  retour  eut 
aussi  quelque  chose  d'étran^  qui  appela  l'attention  sur  loi: 
il  conduisait  un  chariot  attelé  d'un  cheval,  contenant  un  eof- 
fire,  et  il  arriva  dans  cet  équipage  à  la  porte  du  fénnier  ches 
qui  était  morte  sa  fille,  en  déclarant  son  intention  de  pMer 
là  le  reste  de  ses  jours  et  d'y  dépenser  son  argent^  si  on  voulait 
bien  le  lui  permettre.  Quelques  cadeaux  qu'il  fit  aux  gens  de 
la  ferme,  quelques  médailles  d'or  qu'il  montra  dans  l'occasion 
et  d'autres  circonstances,  peut-être  combinées  par  lui  à  des- 
sein, firent  bientôt  admettre  partout  comme  un  fiait,  que  l'an- 
cien bandit  avait  trouvé  dans  ses  pèlerinages  un  trésor  qai 
le  rendait  plus  riche  qu'il  n'avait  jamais  été  auparavant.  Cep* 
tainement  qu'il  n'était  pas  fîicbé  que  ce  bruit  courût  etqa'on 
y  eût  foi,  sachant  fort  bien  qu'il  avait  beaucoup  à  £ure  poor 
conquérir  le  respect  et  la  considération,  après  le  métier  qu'il 
avait  exercé.  Il  souriait  quand  on  faisait  allusion  à  ce  ooire, 
qn'il  avait  fallu  la  force  de  deux  hommes  pour  décharge  de 
son  chariot;  il  dormait  dessus  sans  vouloir  d'autre  lit,  etdi* 
sait  que  dans  son  malheur  il  avait  encore  à  remercier  Kea 
de  n'avoir  pas  abandonné  tout  à  fait  sa  vieillesse  i  la  misèie. 
Enfin  il  passait  au  moins  une  heure  matin  et  soir  «a  prières. 

C'était  donc  «n  homme  bien  changé  que  Hill  Murpby,  de- 
puis son  retour  dans  la  plaine.  Ce  singulier  retour,  cette  con- 
duite plus  singulière  encore,  les  récits  exagérés  de  son  sn- 
meiise  richesse ,  firent  aussi  du  bruit  dans  la  montagne,  et 
ses  fils  indociles  en  ouïrent  bientôt  parler.  L'impreasîoa  en  ht 
teHe  qu'ils  crurent  de  leur  intérêt  d'aiecter,  eux  aussi,  qiei* 
qnes  dehors  de  conversion  ou  de  regret  Le  plus  jeune  tètt 


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LE  COFFRE*FOmT  DU  BANDIT.  363 

s'était  embarqué  ;  la  possession  de  sa  maison  restait  donc  i 
Pbade  Murphy ,  rainé,  qui  s'était  associéaux  frères  de  sa  femme. 
La  Cunille  entière  s'assembla^et  ayant  délibéré,  détermina  que 
Phade  irait  voir  son  père  pour  demander  son  pardon.  «  JEt, 
ajouta  sa  femme  avec  l'instinct  de  son  sexe,  emmenez  notre 
enfant  avec  vous  /  Phade  ;  il  contribuera  à  adoucir  le  vieux 
]o«p.  »  En  conséquence ,  Phade ,  avec  son  petit  garçon  aux 
cheveux  frisés,  prit  le  chemin  de  la  plaine ,  tout  en  disant  i 
sa  femme  qu'il  n'augurait  rien  de  bon  de  cette  visite,  parce 
qu'il  se  souvenait  que  le  vieiltard  ne  revenait  jamais  sur  une 
idée  bonne  ou  mauvaise.  Néanmoins  cet  acte  de  déférence  ne 
trouva  pas  Hill  Murphy  insensible  :  après  avoir  feint  une  sorte 
de  rancune  plus  boudeuse  que  profonde,  il  se  laissa  surpren- 
,  dre  à  un  accès  de  sensibilité ,  paria  de  sa  maison,  demanda  si 
tout  était  à  sa  place,  et  parut  si  facile  à  persuada,  que  Phade 
se  hasarda  à  lui  offrir  d'y  retommer  pour  y  recevoir  les  soins 
dont  avait  besoin  sa  vieillesse. 

Hill  Murphy  accepta,  et  il  se  laissa  ramener  avec  son  coffre 
dans  sa  montagne  chérie. 

«  Je  n'aime  guère  l'air  de  tout  ceci,  dit  la  fermière  quand  son 
h6te  fut  parti.  Voilà  qui  est  bien  prompt  et  bien  soudain. 
Est-il  possible  qne  le  soleil  luise  si  tôt  dans  un  ciel  si  sombre  ? 
Cornaient  ce  vieillard  se  rend-il  d'un  pied  si  léger  auprès  de 
ceux  qu'il  abhorre  comme  le  poison?  N'avez-vous  pas  entend» 
ce  ricanement  concentré  qui  a  trahi  le  vieux  loup  lorsque  son 
fils  s'est  plaint  de  la  pesanteur  du  coffre  en  aidant  à  le  char- 
ger? N'a-t-il  pas  répété  avec  trop  d'affectation  :  «  Je  suis  bien 
cassé,  Phade!  Je  n'ai  plus  longtemps  à  vivre,  Phade  l  »  Les 
pécheurs  endurcis  ne  s'attendrissent  pas  si  aisément  ;  et  quand 
m  même  sang  coule  dans  les  veines  de  ceux  c[ui  sont  emiemîs, 
plus  grande,  au  contraire,  est  la  haine  qui  les  divise.  )» 

Hill  Murphy  fut  donc  réintégré  dans  ses  domaines  ;  et  la 
fermière,  sous  prétexte  de  faire  en  personne  sa  petite  provi- 
tion  de  isHiiskey,  eut  la  curiosité  d'aller  voir  comment  on  trai- 
Ittt  le  vieillard  dans  sa  famille  ;  mais  elle  ne  fut  guère  tentée 
de  renouvder  sa  visite ,  car  la  famille  l'attribua  à  un  senti- 


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36b  LE  COFFRE-FORT  DU  BANDIT. 

ment  intéressé.  Tout  en  montrant  pour  son  beau-père  de  ten- 
dres attentions ,  la  bru  affecta  aussi  de  Caire  allusion  à  ces 
personnes  qui  sans  être  du  ian§  et  de  la  chair  d  un  homme 
viennent  lui  rappeler  d'anciens  services  et  essayer  de  Ven- 
lever  à  ceux  qui  doivent , naturellement  être  dévoués  à  sa 
vieillesse. 

La  fermière  fit  la  sourde  oreille;  mais  Hill  Murph;  lui  par 
rut  s'amuser  beaucoup  de  l'observation  jalouse  de  sa  bru,  et 
il  fit  entendre  son  ricanement  malicieux. 

La  fabrication  des  spiritueux  n'était  plus  d*un  aussi  bon 
rapport ,  mais  elle  continuait,  et  suffisait  du  moins  à  l'entre- 
tien des  deux  familles  associées  par  le  mariage  de  Phade  Mur- 
phy,  lorsqu'une  dénonciation  parvint  à  la  police  de  Sligo , 
avec  des  indications  si  claires,  si  précises,  qu'un  régiment  se  . 
trouvant  de  passage  dans  la  ville ,  la  police  en  prpfita  pour 
fiiire  faire  ce  qu'on  n'avait  jamais  tenté  jusque-Ii.  La  mon- 
tagne fut  cernée,  la  troupe  suivit  un  sentier  qui  la  conduisit 
directement  jusqu'à  l'alambic,  et  le  détruisit,  de  sorte  que  les 
Murphy  se  trouvèrent  privés  de  ce  moyen  d'existence.  On  sot 
plus  tard  quel  était  l'auteur  de  cette  dénonciation. 

Par  une  soirée  triste  de  février ,  une  bourasque  mêlée  de 
pluie  ébranlait  la  maison  jusque  dans  ses  fondations,  et  par 
momens  les  bouffées  du  vent  repoussaient  dans  la  seule  pièce 
où  il  y  eût  un  foyer  la  flanune  fumeuse  du  feu  de  tourbe  au- 
tour duquel  soupait  la  famille.  Phade  et  un  de  ses  beam- 
frères  étaient  absents.  Ce  souper  consistait  en  une  jatte  de 
lait  de  chèvre  chaud,  une  galette  réservée  spécialement  pour 
le  vieux  Murphy,  et  pour  les  autres  en  quelques  pommes  de 
terre  avec  du  lait  caillé.  Le  jeune  enfant  de  Pbade  se  glissa 
entre  les  genoux  du  grand-père,  qui  trempait  sa  galette  dans 
la  jatte;  et  à  l'appel  silencieux  de  son  regard,  il  était  facile 
de  deviner  qu'il  s'attendait  A  être  invité.  Mais  le  vieillard 
continuait  à  dévorer  sans  paraître  avoir  remarqué  l'enfant. 
Après  l'avoir  ainsi  imploré  en  vain,  le  petit  affamé  se  retira 
vers  sa  mère;  et,  ayant  refusé  la  pomoie  de  terre  que  celle-ci  loi 
offrait ,  il  se  mit  à  pleurnicher  jusqu'à  ce  qu'elle  rendormit 


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LE  COFFRE-FORT  DU  BANDIT.  365 

dans  ses  bras  en  lançant  à  l'égoïste  vieillard  des  regards  ir- 
rités. L'extrême  misère  luttait  avec  les  plus  odieuses  passions 
dans  cette  chaumière  des  montagnes,  où  seul  le  Vieux  Murphy 
mangeait  et  ricanait,  sans  foire  en  apparence  aucune  attention 
à  ce  qui  se  passait  autour  de  lui. 

Enfin  Phade,  absent  depuis  le  matin,  rentra;  et  l'atmo- 
sphère de  sa  demeure  sembla  prendre  une  teinte  plus  sombre 
encore,  tant  il  y  avait  ce  soir-là  de  férocité  dans  cette  phy- 
sionomie déjà  si  sinistre.  Sa  femme  elle-même  tressaillit  en  le 
remarquant. 

«  J'irai  maintenant  me  coucher,  dit  le  vieux  Murphy;  j'irai 
me  coucher,  c'est-à-dire  quand  j'aurai  mon  bonnet  de  nuit... 
Ah  I  ))  et  se  levant,  il  alla  dans  une  encoignure,  ouvrit  une  ar- 
moire, y  prit  une  bouteille  noire,  avala,  une  copieuse  dose  de 
whisky,  se  lécha  les  lèvres  et  promena  ses  yeux  fauves  sur  toute 
la  famille.  L'armoire  contenait  la  liqueur  jusqu'ici  réservée 
exclusivement  à  la  gourmandise  du  vieillard;  maisPhade,  sai- 
sissant tout  à  coup  la  bouteille  que  son  père  avait  replacée 
sur  l'étagère,  la  porta  à  sa  bouche  et  en  vida  tout  le  con- 
tenu ,  puis  la  brisant  par  terre  :  «  Voilà,  dit-il,  la  première 
goutte  de  quoi  que  ce  soit  qui  ait  désaltéré  ma  soif  ou  trompé 
ma  faim  depuis  ce  matin^  et  probablement  ce  sera  la  dernière 
pendant  quelques  jours  encore...  Tout  est  perdu  pour  nous  : 
nouveaux  renforts  de  douaniers,  nouveaux  renforts  de  rats 
de  cave;  un  nouveau  bataillon  pour  leur  prêter  main  forte... 
et  nos  débiteurs,  qui  profitent  de  tout  cela  pour  (aire  la  sourde 
oreille  quand  je  vais  leur  demander  au  moins  un  à-compte. 
J'ai  même  trouvé  plusieurs  portes  fermées,  qu'on  n'a  jamais 
voulu  m'ouvrir  :  je  reviens  tout  seul  comme  je  suis  parti  ;  que 
dis-je?  avec  la  nouvelle  qu'il  faut  que  nous  délogions  tous 
d'ici  un  de  ces  matins,  ou  je  ne  sais  cequijpeut  arriver...  Après 
avoir  détruit  notre  distillerie,  n'a-t-on  pas  rédigé  contre  moi 
un  mandat  d'emprisonnement,  sous  prétexte  qu'on  a  trouvé 
près  d'ici  quelques  peaux  d'agneau? 

—Ne  pouvez-TOus  donc  garder  les  défilés  et  bloquer  la 
route  de  la  montagne,  comme  vous  fîtes  pour  m'empêcher  de 


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366  XI  COFFRB-FOBT  BU  BANBIT. 

revenir?  grommela  le  vieillard;  et  puis  avec  son  ritanemeot, 
il  ajouta  :  Ne  le  ponvez-voiis  donc  plus? 

—Eh  bien  !  reprit  sa  bra,  si  nous  le  Ames,  nous  en  avons 
depuis  témoigné  notre  regret:  n*avez-vous  pas  maintenant It 
place  la  plus  chaude  au  coin  du  feu  ?  L'unique  galette  qu'il  y 
eût  dans  la  maison,  n'en  ai-je  pas  privé  pour  vous  mon  en- 
fiint  qui  pleurait  la  tàim  ?  Ce  n'est  pas  le  moment  de  nous  re- 
procher le  passé,  il  me  semble. 

— Je  ne  resterai  pas  avec  vous,  dît  Hill  Murphf  en  pre- 
nant un  air  renfirogné;  j'irai  retrouver  ceux  qui  seront  heu- 
reux de  me  recevoir  et  de  me  garder;  je  n*aî  pas  besoin  de 
demeurer  là  où  je  ne  suis  pas  le  bienvenu  :  demain,  je  m'en 
irai  avec  mon  coffre. 

—  Vous  ne  voudriez  pas,  j'en  suis  sAr,  nous  abandonner 
dans  notre  embarras,  dit  Phadeavec  humeur  ;  vous  ne  le  vou- 
driez pas  quand  vous  pouvez,  mon  père,  nous  aider. 

— Et  qui  m'aida,  moi,  quand  j^avais  besoin  d'aide?  reprit 

le  vieillard;  est-ce  vous?  Travaillez  et  prenez  patience 

C'est  ce  que  je  fis.  Attendez  et  prenez  patience. 

— ^Âttendrez-vous  donc  que  la  loi  nous  ait  chassés  d'ici  poar 
nous  recevoir  à  votre  tour?  attendrez-vous  que  nous  soyons 
morts  de  foim  pour  nous  donner  à  manger?  poursuivit  le  fiU 
en  fronçant  le  sourcil. 

—  Non,  certes,  je  n'attendrai  pas;  je  veux  justement  m^eo 
aller  auparavant...  Ah  !  ah  1  j'espère  être  bien  loin  déjà  qaaod 
on  viendra  pour  nous  faire  déguerpir  1  »  Il  y  avait  dans  cette 
réponse  une  ironie  si  cruelle,  que  Phade  l'interrompit  par  uo 
affireux  jurement;  mais  Uill  Hurphy  continua,  comme  s'il 
avait  amassé  pour  ce  moment-là  toute  sa  rancune  :  «  Non,je 
je  n'attendrai  pas,  moi!  je  veux  partir  demain,  demain  avant 
le  jour!  On  sera  enchanté  de  me  revoir  chez  le  fermier  de  la 
plaine;  on  m'y  donnera  du  pain  firais  et  du  lait  sucré  :  j'ai 
été  bien  sot  de  quitter  ces  braves  gens;  mais  j'y  retourne. 

—Vous  avez  mangé  et  bu  tout  ce  que  nous  avions  da  meil- 
leur ici  depuis  votre  retour,  s'écrit  la  bru;  voua  n'avez  ja- 


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LB  CePFKl-roAT  DU  BANDIT.  SOV 

Biais  oianqué  de  rien,  quand  cet  enfant  n'a?ait  pas  nn  moiv 
ceau  sous  la  dent,  et... 

—  Chott  chnt!  interrompit  Phade. 

-^Vons  m'aYez  Sait  ckut!  trop  souvent,  répéta  fièrement  ia 
femme;  je  ne  rons  écouterai  plus.  S'il  a  de  Targent,  qu'il  nons 
eo  doBBe»  ou... 

— Ou  vous  me  coopérez  le  cou,  je  suppose!  Ah  1  ah  I 

-*On  a  dit  bien  des  vérités  en  riant ,  s'éa^ia  à  son  tour  le 
fils,  en  voyant  qu'il  n'y  avait  plus  à  dissimnler  :  vous  êtes  à  la 
Ibis  un  égoïste  et  un  avare;  il  est  temps  de  payer  votre écot. 
Je  sois  résolu  é  connaître  le  contenu  dn  ooffire...  je  veux..... 

Le  vieilhurd  se  précipita  sar  son  trésor,  préparé  à  le  dé* 


—Maintenant  ou  jamais,  Phade!  cria  la  virago. 

— Je  n'ai  pas  longtemps  à  vivre,  et  vous  serez  pnius  si  vots 
l'ouvres  maintenant,  dit  Hill  Mnrphy. 

-^Eetril  une  punition  au-dessus  du  malheur  d'avoir  un  tel 
père?  reprit  amèrement  Phade  ;  et  excité  par  le  regard  de  sa 
ièniaie,  il  voulut  écarter  le  vieillard  de  ce  coffire  sur  lequel 
celuiHÛ  se  cramponnait.  Mais  il  lui  fiillut  i'aide  de  son  beau* 
frère  pour  y  parvenir,  et  le  vieillard  alors,  en  tombant  par 
terre,  saisit  le  cadenas. 

Le  beau-frère  de  Phade  prit  une  pioche,  et  pour  Ceûre  lâcher 
Hill  Mnrphy,  il  lui  en  asséna  un  coup  qui  le  fit  rouler  en- 
sanglanté. 

«  Il  n'est  qu'étourdi,  s'écria  la  femme;  ouvrez!  ouvrez!  » 
Phade  et  son  beau-frère  se  mirent  en  mesure  de  forcer  le  coffire. 
Ce  qui  venait  de  se  passer  était-il  combiné  d'avance?  Peut- 
être  que  non.  Il  avait  souvent  été  question  d'en  venir  à  cette 
violence;  mais  on  espérait  toujours  obtenir  de  la  bonne  vo- 
lonté du  vieillard  une  part  de  son  trésor  :  il  avait  lui-même, 
ce  soir-là,  précipité  l'inévitable  catastrophe  par  son  ironie  et 
sa  menace  de  partir.  Bientôt  le  couvercle  du  coffre  cède  :  la 
femme  de  Phade  approche  sa  maigre,  chandelle  jaunâtre  pour 
éclairer  son  mari Le  voilà,  enfin!  On  découvre  d'abord 


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368  LE  COFFEB-POET  DU  BANDIT. 

qaelques  guenilles,  et  par-desseus,  6  désolationl..    ce  n'est 
qu'on  morceau  de  pierre. 

D'horribles  imprécations  éclatèrent.  <c  Le  vieux  traître  nous 
avait  donc  trompés  1  Tout  à  coup,  au  milieu  des  cris  de  ces 
chacals,  retentit  comme  le  rire  d'une  hyène  :  c'était  le  vieil- 
lard qui  se  relevait  à  demi  sur  son  bras ,  et  qui  montrait  de 
l'autre  le  coffre  avec  sa  moquerie  habituelle.  Il  y  avait  dans 
•on  attitude  et  son  expression  quelque  chose  qui  glaça  les 
meurtriers  :  ils  se  sentirent  fascinés  par  ce  regard.  InMeUet! 
imbécikêl  voulut  dire  Hill  Murphy;  mais  ce  mot  s'arrêta  h 
seconde  fois  à  demi  articulé  dans  sa  gorge;  et  quand  il  enl 
cherché  à  reprendre  haleine,  sentant  que  c'était  le  r&ledela 
mort  qui  lui  coupait  la  parole,  il  réunit  toute  sa  force  pour 
prononcer  le  mot  maléiietionl  puis  s'aSiatssa  sur  lui-anéme, 
el  cessa  de  vivre. 

Le  lendemain,  Phade  et  son  beau-frère  l'enterrèrent  dans  un 
trou  qu'ils  recouvrirent  de  pierres.  Quelques  jours  après,  on 
vint  arrêter  toute  la  famille  de  Hill  Murphy;  et  de  perquisi- 
tiens  eu  perquisitions,  on  découvrit  le  cadavre.  L'aatopsie 
n'aurait  pas  prouvé  que  la  blessure  qu'il  avait  reçue  put  don- 
ner la  mort;  maislebeau-frk«  de  Phade,  afin  d'échapper i  h 
condamnation,  se  fit  témoin  .  à  charge  (1) ,  et  Phade  arooa 
toutes  les  circonstances  de  son  parricide. 

(Diary  of  a  Pkysidm,] 

{X)  Ming*t  évidence. 


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£i\\trai\xxt  JPrantattquc. 


M.  GLARRE9 

00 

LE  FILS  DE  CROMWELL. 
Par  M*.  T.  J.  Serle. 


Note  du  dirccteor.  —Quelque  sottie  mérite  de  la  piîcc  de 
théâtre  dODi  nous  publions  la  traduction  (et  nous  y  avons  remarqué 
an  moins  deux  belles  scènes),  nous  nous  serions  contenté  de  la  men* 
tion  sommaire  qui  en  fut  faite  il  y  a  deux  ans  dans  la  Bévue  Bri" 
lanntgue,  si  la  représentation  toute  récente  delà  nouvelle  comédie 
de  M.  Eugène  Scribe  ne  nous  avait  fait  penser  qu'il  pourrait  y  avoir 
quelque  intérêt  littéraire  à  comparer  deux  ouvrages  composés, 
Tun  en  France,  l'autre  en  Angleterre,  sur  la  même  idée  philoso- 
phique et  sur  le  même  personnage,  sans  queTauleur  français  con- 
nût le  travail  de  Fauteur  anglais.  Ce  n'est  pas  ici  que  nous  voulons 
juger  la  pièce  française  ;  maisqu*il  nous  soit  permis  de  dire  que  nos 
confrères  de  la  presse  ont  été  bien  sévères^  non  pas  envers  l'esprit 
de  M.  £.  Scribe  (personne  n'ose  contester  l'esprit  du  plus  habile 
de  nos  auteurs  dramatiques) ,  mais  envers  ce  qu'on  a  gravement 
appelé,  si  nous  citons  bien  des  termes  pareils,  sa  moralité  poli- 
tique  et  sa  probité  intellectuelle.  Il  nous  semblait  que  de  tout 
temps  ce  fut  le  privilège  du  poète  de  pouvoir  se  placer  au-dessus  de 
toutes  les  opinions  et  de  rester  indépendant  de  tous  les  partis,  d'être. 
en  un  mot,  sans  passion  personnelle,  comme  Tétaient  Shakspeare 
en  Angleterre,  Molière  en  France.  Mais  M.  £•  Scribe,  comme 
M.  Série,  n'a-t-il  pas  adopté  un  héros,  ne  IVt-il  pas  adopté  avec 
5*  SÉBIE.— TOME  XII.  24 


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370  S.  CLktiKËy  Otr  LE  FTtS  Bfi  t1IOVW£tt. 

une  sorte  de  partialité  même?  N'est-ce  pas  un  acte  de  haute  mora- 
lUéf  un  acte  de  probiH  que  de  réhabiliter  un  des  rares  honnêtes 
gens  qui,  restés  honnêtes  dans  rexcrcice  du  pouvoir ,  ont  pu  le 
répudier  avec  le  mépris  d'une  conscience  pure  ?  Le  garder  et  Tex- 
ploiter  au  profit  d'une  faction  ou  d'une  aggrégation  d'égoîsmes,  eût 
donc  été  plus  héroïque  ?  Mais  non,  criliqueset  artistes  de  ce  temps^â, 
nous  préférons  penser  pilui  tièblément  ;  noiil  sommes  pour  le  prince 
de  Gonti,  traitant  lestement  Richard  Cromwell  d'imbécile  et  de 
poltron.  Les  princes  ont  donc  bieD  raison  de  jouer  avec  la  tîc  des 
peuples,  de  nous  enrôler  dans  leurs  ligues  ou  leurs  frondes,  poar 
s'arranger  ensuite  à  no6  dépens  : 

Vous  leur  fîtes,  seigneur, 

En  les  croquant  betfucohp  d'hoonèur. 

Malheureusement^  sous  le  point  de  vue  liilérairey  les  honnêtes 
gens  sont  des  héros  peu  dramatiques,  et  c'est  ce  dont  est  convena 
l'auteur  anglais  de  M,  Clarke,  dans  une  préface  que  nous  n'afons 
pas  fait  traduire,  et  pat  laquelle \I  retterciait  modestenent  Mtcretdj 
devoir  parfaitement  compris  le  rèle  de  Richard.  Mais  iUfait  vooIb 
surtout,  dit-ii*,  mettre  en  relief  ie  beau  ctractère  d'a«  phiiosoplie, 
4i  passif  qndiBi  à  la  fortune  et  à  ses  revers,  mais  actif  toutes  les  Ms 
ft'il  a  un  devoir  à  remplir.  »  M.  Série  est  da  reste  demeuré  aw 
Mète  que  possible  auK  tradittoas  «it  aux  èvèsenen^s  de  l'histoire. 

Il  est  }uste  de  prévenir  le  leotenr  français  qtte  la  pièce  attglaiie 
«M  écrke  efi  fers,  mais  iens  œ  i^rs  saoïs  rime  qui  se  prête  eooM 
l'iambedes  Latins  à  toutes  les  famliarités  de  la  conrersatioe. 

M.  Série  e$t  encore  Tauteiir  de  quelqves  «ulres  ptéœs  de  tbèHit 
«l  auMi  d'un  roman  bistoriquede  Imfum^JirCy  dans  lequel  il  ne' 
loule  jnetieeà  l'hércrifoe  d'Oriéafls. 


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M.  CLARRE, 
hm  flL»  DE  CROMWBLI.  (!)• 

JAftHE  Ui  ailQ  àJOMÈi 

REPRiSBlVTi  AU  TBAaTBB  ROYAL  d'BAYMARKBT,    LB  8AIIBDI 
26  SEPTEMBRE    1810. 


FSftSCMIlfAaXS  : 

lAMI CHABUS II  (P.  Wtkitfir).  SI&iACOB  CSDBB. 

RICHARD  (  ROMWELL  (MacraMlj}.  8M00THLT. 

L*AllBÂSSADEUm  DE  Danemahk.  PERCEYAl. 

L'AVBAMADEUB  1»B  FlAtrCB.  GA  HTAISnE  VARSVBL. 

le  fiéatfsAi*  um  WÊOMffWM.  BOBBRT  DIAOLB. 

LOBD  FALCOITBBRG.  Officieis. 

Umo  IBfiOLDSBI.  DomsTiQUES. 

LOM>  THIJBLOB.  Ladt  DOROTHEE  CROMWBLL. 

I.0BO  HTDB.  lADT  CBUBB. 

«ERRT.  PAWBNŒ. 

«RJUCSAM  WBUS, 


ACTE  PREMIER.  «^SGÂifE  fbbbiièib. 

^liB  4u  $rôm  «m  palaU  à  WhU^hali.  *<-  Trdfu  Mtif  »a  doii ««^GraiMle» 
pwrUi  à  dêux  battante,  —  Mobilier  neuf,  déeoraiiom  $omptuêui$i; 
diverê  #roii}»e».— PËRCEVÀL  parle  av«eTHURU)Ë.---SIR  J.  CHUBB 
.  .OMc  IllfiOIiMBY.— SMOOTHLY  avec  DEAGLE.  -^  il  y  a  un  peu  ^ 
eonfki$ion4ane  la  toile,  —  Deux  ^u  iroie  pereonnee  $*éerient  :  — 
Sileme  1  «SIflMe!  -^ Squ  ÀIimmùï  —  MommU  dêsUeme. 

Smoothlt.  Non,  non;  taiM  aitctc.  •<-  £h bien,  ^ponmurt 
Dbagle.  GMBneje  foof  disaift,  Jb  ne  niû  ipi'uB  simple  valet  de  dum- 

^KdeSanAUaise. 

SHOOTHLT.Bahl  bah!  Yousètes  trop  modeste.  Vous  aiez  toujours  accès 

taèi  dit  FntMtear  loiwiae  d'aalres  attendant  Yalnemant  une  audience. 

(1)  Sa  gëoënl,  dans  le  thédtn  anglaiê,  na»  mIim  dore  Unt  qne  le  Wtéklf  ne  chao^e  pas  de 
dfcoratioD,  VUnpori*  ^  oMaTemeat  de*  penooDaget» 


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372  M,  CLAKCB, 

LImz  done  mon  roémoire  des  funérailles  du  Protecteor,  de  cdoi  ipiî  ot 
mort,  bien  entendu.  Ce  mémoire  n'est  pis  une  bagatelle...  leipluidif- 
pendieuses  funérailles  qu'on  ait  jamais  vues  en  Angletem...  eonune  elks 
devaient  l'être  pour  un  homme  tel  que  le  grand  Olivier  CromvelL  J*ii 
fait  au84  les  choses  noblement,  vous  le  voyez,  pour  Son  Altesse  actncile. 
£u6n  j'accompagne  mon  mt^moire  d'une  adresse  de  la  corporation  dont 
je  suis  membre,  et  qui  lui  oflfre  nos  vies  et  nos  fortunes.  Mais  je  tou^ 
rais  Tolonliers  le  montant  de  ce  mémoire,  en  cas  d'événement,  car  oodit 
que  l'armée... 

Dkaglb.  Oh  !  nous  trouverons  bien  le  moyen  de  contenir  l'armée. 

Shoothlt.  Je  l'espère.  Cependant,  si  quelque  chose  arrivait  T 

Deaglb.  Vf  nez-vous  tenir  des  propos  séditieux  dans  le  palais  da  Pro- 
tecteur ? 

SuooTiiLT.  0  ciel  !  des  propos  séditieux!  moi!  arec  une  adresse  eomie 
celle  que  je  joins  à  mon  mémoire!...  Mais  je  l'avais  oublié...  Personne  M 
nous  regarde. ..  (Lui  offrant  une  bourse)  Prenez,  prenez  vite.  {Les  groupes 
vont  et  viennent  sur  ie  titéàtre^  allant  entourer  eUtemativewunt  fn- 
golsby  et  Peretval.) 

Deagle.  Je  prends ,  mais  c'est  de  peur  qu'on  ne  vous  remarque.  Par  id, 
venez;  si  je  puis  faire  quel«iue  chose,  croyez...  {Ils  traverunt  ensemble 
le  théâtre,  et  lord  Thurloe  s'avance  avec  Percevais  auquel  Deagle  s'a- 
dresse,)  Son  Altesse  a  reçu  la  communication  de  l'ambassadenr  deDaD^ 
mark«  relativement  à  Charles  Stuart;  mais  attendez  que  leProteclear 
puisse  vous  parler  à  vous  seul.  (//  va  à  Jngoldthy\)  —  Lord  Ingoldsbf, 
vous  avez  à  présenter  quelqu'un  avec  une  adresse.  Son  Akesse  ne  poarra 
donner  aujourd'hui  qu'une  courte  audience. 

Ingoldsby.  a  sir  Jacob  Chubb.  ^  Vous  l'entendez,  vous  seriez  con- 
fondu avec  la  foule.  Remettez-moi  votre  adresse,  je  m'en  charge;  ies 
moments  de  Son  Altesse  sont  précieui. 

Sm  Jacob.  Que  diront  les  francs  tenanciers  du  bourg  de  Quidlinboro 
fli  je  retourne  à  eux  sans  avoir  vu  Son  Altesse?...  Lorsque  je  présenUi 
leurs  félicitations  au  Protecteur  défunt,  je  fus  fait  chevalier. 

Ingoldsbt.  Eh  bien,  le  Protecteur  actuel  n'a  phis  rien  à  faire. 

Sm  Jacob.  Pardonnez-moi,  il  pourrait  me  faire  baronet. 

Ingoldsbt.  C'est  vrai...  Vous  avez  des  titres? 

Sm  Jacob.  Mats  j'ai  la  rédaction  de  cette  nouvelle  adresse. 

Ingoldsby.  Oh  vous  lui  offrez,  comme  à  son  père,  le  sacrifice  de  vos  viei 
et  de  vos  fortunes  ? 

Sm  Jacob.  Sans  doute,  c'est  le  style  obligé  ;  nais  j'ai  ajonlé  k  cesoftcs 
des  comparaisons  si  éloquentes!  j'avais  comparé  le  père  à  Moïse, à  Job,  à 
Noé  ;  j'ai  fait  mieux  encore  pour  le  Gis. 

Ingoldsby.  En  effet  ;  —  malheureusement  c'est  un  peu  trop  long  pour  q«€ 


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ou  LE  FILS  DE  GEOMWELL.  378 

le  VifkÊClêur  tl  moi  neoi  puiisloiif  lira  tout  cola  un  jour  d'audîonee.  Je 
foos  peoaets  de  ehokir  le^moneet  favorable  poor  faire  Yoloir  votre 
ddeoueBMiit»  voire  riiétori<|tte  et  votre  dùcrétioD... 

Sm  Jacob.  Je  comprends  et  je  me  retire...  Dans  le  fait,  je  pourrais  bien 
■10  troubler  en  présence  du  fils  comme  en  présence  du  père.  Je  remets 
onire  les  mains  de  votre  Seigneurie  les  IntérêlsdubourgdeQuidlinboro... 
oi  les  miens.  (/I  sorf  aprè$  avoir  laini  Vadreue  à  ingoidsty^  tt  en  es 
lowsiH,  FaUomb^ç,  qui  «i (  enf r^,  t'approcha  de  eehti^ci. 

FALco»Bafi.  Il  faut  que  je  vous  parle...  J'ai  des  nouvelles  de  l'armée. 

IifGOLDSBT.  Je  vous  écoute. 

Falgonbbrg.  Retirons-nous  à  l'écart,  je  vous  prie...  La  chose  est  sé- 
rieuse, trèl-grave. 

Ikooldsbt.  Eh  bien,  sorloni  !  {Ifs  sortent.  On  entend  une  fanfare  de 
trormpettee,  Lee  groupes  ee  dispersent.  Voici  le  Protecteur  !  dit-on^  et 
chacun  ehcrehe  une  place.  Lee  huissiers  du  palais  enirent.  On  se  range 
dê$  deux  côtés  de  la  ealle,  puie  viennent  de*  lorde  et  de»  gentlemen  qui 
précèdent  Ricoaro  CnoHvrEU,  et  enfin  celui  ci  entre  accompagné  du  se- 
créiaite  d'état  lord  Tburloe,  ef  dee  Ambassadeurs  de  France  et  de  Da^ 
esÊtnark.) 

B.  Cromwell,  à  r Ambassadeur  de  France.  Monseigneur,  noui  remer- 
cions notre  frère  le  roi  de  France,  et  recevons  de  bon  cœur  l'assurance 
que  vous  nous  apportei  de  sa  part.  Au  nom  de  la  nation  plutôt  qu'au 
ndtre,  nous  vous  répondons  que  notre  frère  Louii  trouvera  qu'il  n'y  a  de 
ebangé  dans  cet  état  que  le  nom  de  celui  qui  le  gouverne.  {A  FAmbas^ 
codeur  de  Danemark,  qui  f  avance.)  Nous  recevons  comme  un  témoi* 
gnage  d'amitié  les  offres  de  service  que  noos  fait  le  roi  de  Danemark. 
Nous  répondrons  par  un  message  particulier  à  celui  pour  lequel  il  nous 
a  écrit.  {Biehard  Cromwell  ee  rapproche  de  rAmbassadeur  français. 
Bientôt  Thurloe  et  Ingoldsby  viennent  lui  remettre  des  adresses  de  di- 
verses corporations  et  de  divers  comtés  ou  bourgs.  A  Deagîe.  Robert, 
portez  ces  adresses  avec  les  autres  dans  mon  cabinet  ;  je  les  lirai  avec 
ratiention  qu'elles  méritent.  Jamais  souverain  n'eut  plus  d'oflVcs  de  service 
et  de  dévouement...  sur  le  papier.  {Quelques  lords  viennent  saluer  le 
Protecteur,  et  se  retirent,  ainsi  que  les  Ambeueadeurs.  Deagle  annonce 
fuc  Vaudienee  publique  est  terminée.  On  ferme  lee  portes.)  Si  quelque 
nembre  du  conseil  désire  me  parler,  qu'il  soit  admis. 

(Sur  ces  mots  entre  Indy  Dorothée  Cromwell.) 

Labt  CaoHvrBLL.  Ne  puis- je  d'abord  vous  entretenir  un  moment?  Je 
ne  fous  vols  plus  le  jour  qu'en  la  compagnie  de  ceux  que  la  politique 
plutôt  que  l'affeetlon  appelle  autour  de  vous. 

R.  Cbomvtbll,  lui  baisant  la  main.  Vous  avez  raleen.  Noos  avons  be- 
eoin  do  wpoi  qa'ou  trouve  aupiès  de  ceux  qu'on  aime,  non-seule» 


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3SA  ».  GuaHor, 

ment  po«r  laicer  «oHlrêee  i|vi  flom  rtiirtg^ 

q$à  noof  eèd«.  Aîh  I  11  encoAur  filos  éèHAÊiànf  lat 

primer  la  colère...  Àfovei  «fiie  tom  nf^iemea  nom  H»  paWUa^  i 

via  det  okaupi» 

Labt  Crohitbll.  Oïl  î  nom  r  —  du  moins  je  mil  eomlwuia  er  i 

B.  CaoHWBLt.  SK  eependtat  nom  étfonf  heorenr. 

LAmr  CaoMWBLt.  Heorein,  sauf  douta... 

R.  Cromwill.  Eh  bten,  n'est-ce  donc  rieut  iiaua  éiiauf  i 
Mot  avec  mon  faucon,  mes  chiens  et  mon  bon  dieral,  aHanl  i 
pur  du  matin...  et  vous.. 

LàXft  CaovwfitL.  Et  moi,  laissée  un  peu  seule  pour  STOir  i 
nage  pendant  que  mon  mari  allait  chasser  gaiement. 

R.  Grouwell.  Ah  !  pas  toujours. 

Lady  CroiTwbli.  Allons,  bien  sonteat. 

R.  CaouwSLL.  N*aviez-vous  pas  aussi  votre  coursier  et  votre 
fUvorli  comme  une  chftlelaiae?  Et  puis,  autour  de  nous,  que  de  gens  OB- 
pressés  à  nous  servir  î  grands  et  petits!  Que  pouviez-vous  désirer  de plovt 

Lady  Cromwbll.  Rien...  rien  alors. 

R.  Cromwbll.  Et  que  d'amis  nous  avions  !  que  de  bons  roisins  qin 
partageaient  de  tout  coeur  nos  peines  comme  nos  plaisirs ,  sans  parler 
de  voire  eicellent  père  et  de  nos  enfants  qui  charmaient  notre  coin  àm 
feul... 

Lady  Crouwbll.  Doux  louvanirs  certainement,  mais  qui  ne  m'empê- 
chent pas  d'être  fière  aujourd'hui  du  litre  de  voUre  épouse,  glorieuse  deTOB 
dignités,  glorieuse  déporter  un  nom  que  l'histoire  inscrira  avec 
dans  ses  nobles  récits* 

R.  Cromwbll.  Aveo  lu>naeurt  oui,  je  l'espère;  car  ie  veux  faire  le  1 
de  mon  pays^ 

Lady  Cromwbu.  Et  laisser  ainsi  à  votre  fils  an  héritage  le  pins  1 
trône  do  la  terre. 

R.  CaoHwxLb.  Lui  laisser  la  bonne  renommée  de  soa  père,  !'« 
dosa  via  1 

Lady  C^aiMrBUU  fil  w^  oela  l'Àngletarra. 

iU  Crmwslu  Oui,  si  a'ast  passible.  L'AngleUrve  powaMB  fila»  at  sm 
fils  pour  l'Angleterra,  ai  tel  est  la  vma  du  pajs»  aa  sSl  est  c^bla  Màt 
servir*  (iTwCra  é«r4  Mshard  Imgêldêl^)  Àk  l  }b  suischanné  devmv 
voir,  SMU  char  hauMM^yma. 

IwBOttPsiY.  Je  mu  aemwcie»  asfkrd;  maiaaa  neJMitfwkaïaM- 
vdles  que  j'apporte  qui  me  HMidMDl  < 

R*  ^A#iNSMa>»  vBÉiiaa  nawMMs  ^ 


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ou  LE  Fixa  BI  OEQHWELL.  Wt 

R.  CaoH^ELL.  Elles  na  veut  UmehflBft  que  iMp,  pd«4»èU6.  Vouf  poa- 
vta  rcsier.  P«b1«i,  Ingolëiëj^ 

Ingoldsbt.  L'armée  raumittio»  k»  d^fe  cabeient. 

Lady  Cromwul.  EUclMUfd!... 

R.  CnoMWBàL.  Si  voue  voalei  éeeuter,  ee  dûii  êlre  avee  patieneo  et 
courage*  ie  n'atien^lais  à  ce  que  festcndt.  Quanl  à  voue»  ma  chère  eom» 
pagne,  il  vaui  nfeux  que  yous  l'appreniez  ainsi.  Ingoldsbj,  ne  nous  tai- 
sa^rieo. 

IfM&aLoaBY.  Le  relus  que  TOUS  avea  opposé  à  une  pétiiiaii  leur  afail 
pipféref  dea  paroles  sédiUeusat. 

R.  Cbouwilc.  La  péiiHoa  el]«-a[iême  ét«k  déjÀim  éoLa  de  aédlUgn^ 
D0B  comre  noi  seul,  maia  cootae  lout  le  gouvernemeott  car  iift  préla»*> 
daieot  substituer  leur  volomé  à  la  loi.  {Entrt  lor^  JAuWof»)  Thiirlûi^ . 
TOUS  venes  à  propos.  Savei^voua  les  nouvelles  de  l'année  ? 

TuoBLps.  Je  préfère  que  Votre  Aliesfe  les  ail  apprises  d'uu  autre»  Las 
pfojeta  do  Fleetwood  seront  biafttét  cooiui. 

Labt  Cromwell.  De  Fleetwood  !...  de  noire  frère  Fleewood  I... 

R.  Cromwell.  De  la  patience  ;  vous  me  l'ave»  promis.  Oui,  Fleetwood 
est  si  prés  du  tréne,  qu'il  eroU  n'avoir  plus  qu'ua  pu  à  faipa  pouf  a*j  aa- 
seoir...  Que  veuleot^is  enflai 

Thvalob.  Vos  aelea  ayant  reçu  Tappui  4e  la  ehambre  des  wmiinunr, 
ilmneaaeaui  la  ebaaibve. 

R.  CaoïfWBfcL.  Que  l'Anglataife  ji|«e  entaa  eu»  et  laa  raptésamaatia. 
qn'^la  a  élus»  S'il*  aaul  ftdèlea  aua  tannauia  qu'iU  m*0Dt  lûta,  •*  fidèles 
ainsi  à  leur  intérèl  philél  qu'au  mien,  *^  caMa  Caoliofi  sera  étmiiteaoï- 
sit6t  qu'elle  lèvera  la  tète. 

Laav  Cromwbu..  Ou»  de  aei  lètea  d'bfiiaaaaauuu  ue  laaie  panr  nMi- 
tar  une  autre  ualus»o. 

R.  CaauvBLi,  Voua  parles,  BMwa  amia,  avea  la  ciuau4é  de  la  f$m^ 
Celui  qui  pesaèda  i  la  âftis  la  puissance  a^  le  bM  daaît  doit  éita  au-deiaufr 
die  la  colèrew  Je  suis  ebef  de  l'élafc  et  le  niuiatva  du  peupla,  nsaîa  non  laa 
anbilieaa  qui  veut  féguer  à  t^ni  pria.  La  )«siâse  allaHpéme,  iuspirée 
par  la  aoif  du  saog,  u'asi  plue  qu'un  meurtra  laiAau  nam  de  la  loi. 

Ladt  Cromwell.  J'avais  tort. 

À.  CwiMiwrBiw  Ow»  un  an^neoi,  rien  «u'un  mpfoaDi.  Lea  fammaa  m- 
ralaui  lea  fvamiièraa  à  refcanur  lama  paaolas  «uprudamaa,  si  eUea  étataiil 
eatucAsa.  ^Mf^•  Di«A^a4 

PftàaMi.  Lard  Diebaewa^  MiP^pêgné  d'oKaim»  dampda  una  caffMiK 
raai^à  VotauJUtesea^ 

K.  CaoNipau»  i#iuM  pfMàlaifaHVoir.  (llaiii'ai#r|,)Utv«taiiiawi|. 

Uw  CaMiMt!»  Diiibro«#l  u*tiu  ouala  Diahrqval  vui»«  lui  AMrMnm. 
à  tort  de  mauvaises  intentions  ;  il  vi^iklM!  M  Ibfim  fil^t^MUMliMb 


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376  M.   CLABKE, 

R.  Cromvell.  Lui  1  vous  ne  le  connaisseï  guère. 

Ladt  Cromwfxl.  Nous  sommes  donc  entourés  de  trallfes?  Et  tous 
resiei  calme,  tous  avez  encore  le  sourire  sur  les  lèvres! 

R.  Cromwell.  Je  les  connais,  mais  sans  pouvoir  les  craindre. 

Ladt  Crohwell.  Je  vous  laisse...  je  sens  maintenant  que  vous  disiex 
vrai  :  il  est  quelquefois  plus  pénible  de  sourire  que  de  froncer  le  soardl. 

[ElU  aorl.) 

R.  Crouwell.  Mon  oncle!  le  rusire  le  plus  grossier  qui  se  soit  jamais 
fait  appeler  lord  ;  maclitne  aveugle  que  Lambert  et  Fleetwood  poussent 
contre  moi;  tète  de  bois  qui  frappe  et  ne  sent  pas  les  coups  qu'elle 
donne.  (Entrent  IHêbrowe,  Betty,  Bamet  et  d^ autre»  c/]Mer»,)  Je  vois 
lahie.  Puisque  vous  venez  avec  cette  suite,  nous  parlons  sans  doute  à 
lord  Disbrowe  plutét  qn*à  notre  bon  oncle.  Je  vous  salue,  messieurs;  je 
Yous  (f  cou  te.  {il  e'aeeied  et  ee  couvre.) 

Disbrowe.  Vous  nous  entendrez.  Votre  Altesse  sait  que  je  ne  fais  ni 
n'aime  les  longs  discours  :  il  faut  dissoudre  le  parlement,  c'est  le  vœn  de 
Tarméc. 

R.  Crohvteli..  En  vérité! 

DiSDROWE,  aprèt  urne  pauee.  Est-ce  là  Yotre  réponse? 

R.  Cromwell.  Comme  vous,  je  ne  fais  ni  n'aime  les  longs  discours. 

DismovfR.  Nous  Tenons  ici  plaider  la  cause  des  soldats  ..  Noos  avons 
versé  notre  sang  pour  fonder  la  république,  et  ne  souffrirons  pas  que  de 
llebes  avocats  nous  encbatnent  avec  le  pouvoir  que  nous  avons  (bit. 

R.  Cromwell.  C'est-à-dire  que  vous  voudriez  gouTemer  la  république. 

DtSMCWB.  Nous  voulons  nous  gouYcrner  nous-mémea. 

R.  Crohwkll.  Le  ponvez-vousT 

DiSBROwn.  Oui,  malgré  Totre  sourire  de  défl.  Noua  voulons  élire  noire 
général,  et  tous  tous  y  refusez  ;  nous  demandons  que  tout  soldat  oe 
puisse  être  jugé  que  par  une  cour  martiale,  et  vous  tous  f  teftiseï;  — 
qu'un  conseil  de  guerre  seul  puisse  casser  les  officiers ,  reltosé  encore,  et 
arec  réprimande.  Les  communes  tous  soutiennent  dans  tos  projets  eoatie 
l'armée  ;  elles  Toudrvient  dissoudre  nos  eonseits ,  en  les  déckrant  Hlé- 
gaux...  Il  faut  cbotsir  entre  elles  et  nous,  —  entre  eeuz  qui  parient  et 
ceux  qui  tiennent  le  fer. 

R.  Cromwell.  Vous  parlez  clairemeni,  —  je  répondrai  do  oiéaw.  La  loi 
m'a  créé  votre  général ,  —  je  ferai  usage  du  pouvoir  qu'elle  me  donae 
pour  TOUS  empêcher  d'aecompTir  tos  mauvais  desseins.  Cbaque  officier 
obéira,  comme  il  le  dnit,  au  chef  de  la  nation,  —ou  il  aeia  eassé;le 
soldat  sera  soumis  aux  lois  comme  les  autres  citoyens,  parée  qu'il  est 
protégé  comme  eux  parles  lois.  J'ai  dit...  et  Mre  autrement  que  ce  que 
Je  dis,  ee  serait  renverser  moi-même  le  pouvoir  que  les  Truis-RoyauBCS 
ont  libfwnent  placé  dans  met  mains. 


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ou  LE  FILS  DB  CEOMWELL.  37T 

DismomL  Je  dit,  moi... 

R.  Croswiix.  Vous  parlerei  lorsque  je  tous  en  prierai.  Je  suis  encore- 
ce  que  l'ÀDglelerre  m'a  fait,  mais  le  soldai  est-il  davantage?  Le  lord 
Proieetenr  est  le  premier  serviteur  de  son  pays,  s'honorant  surtout  par 
l'eiécallon  de  ses  lois  ;  te  nom  de  soldat  est-il  plus  noUe  que  le  nAm  de 
citoyen  7  Les  voleurs  seuls  se  battent  pour  un  butin  et  se  querellent  en-» 
suite  pour  le  partage  :  voyei  comment  vous  voulet  qu'on  vous  appelle. 

DisBRovE.  Nous  avons  le  pouvoir,  et  je  vous  arracherais  de  vôtre  trdne 
si  vous  refusiez  d'accéder  à  nos  demandes. 

R.  Cbovvell,  fa  rêdreuant  wte  un  mouvement  d$  colère.  Toi,  m'ar^ 
racber  d'ici,  traître!  fais  un  pas...  et  mon  épée  vengera  celte  insulte. 
Peut-être  même  y  a  t-il  |armi  ton  propre  cortège  quelques  Anglais  qui 
n'ont  pas  oublié  tous  leurs  serments  ni  ce  qu'un  homme  se  doit  à  lui- 
même;  mai*  je  serais  seul,  que  je  te  déBcrais  encore,  traître,  de  faire  un 
pas  vers  moi  I 

(Ingoldsby  et  Thurloe  te  iont'avancéi  au  tecoure  âe  R.  CromweU; 
let  autret  offieiere  i'interpotent.) 

Berut.  Allesse! 

Ui^f  OFFICIER.  Lord  Disbrowe  ! 

Darnkl.  Nous  supplions  Votre  Altesse... 

R,  Caomwell,  voyant  ingoldsby  et  Thurloe,  Ah  I  en  voici  deux  :  j'a- 
vais oublié  que  voici  Dick  Ingoldsby,  qui  ne  sait  ni  flatter  ni  faire  Thy- 
pocrite,  mais  à  qui  je  confierais  ma  vie  contreies  plus  braves  de  ceux  que 
je  vois  ici. 

Thurloi.  Votre  Altesse... 

R.  Cromwell.  Merci,  Thurloe;  vous  me  rappelex  ce  que  je  suis...  Avez- 
vous  encore  quelque  chose  à  dire? 

DisBROWB.  Vous  avez  tout  entendu  ;  —  je  ne  cherche  pas  à  vous  irriter. 
Nous  demandons  d'abord,  nous  saurons  bien  obtenir  par  force  t^t 
ou  tard. 

R.  Caouwsix.  Nousl  Sais-tu  quelle  est  ta  part  dans  ce  grand  nous,, 
Disbrowe?  la  part  du  limier  qu'on  tient  en  laisse  ou  qu'on  I&cbe,  — 
qu'on  pousse  en  avant  ou  qu'on  rappelle ,  — qu'on  caresse  ou  qu'on 
fouette  pour  le  ramener  après  la  chasae  dans  son  chenil. 

INaBftOVTR.  Si  je  suis  un  chien,  j'ai  des  denu... 

R.  Crmiwbll.  Non,  ou  Ton  te  pendra  quand  tu  les  montreras.  Crois- 
tu  que  Fleetwood  ou  Lambert  disent  noue  en  parlant  de  toi?  chacun 
d'eus,  dit  9wi  tout  seul.  Fleetwood  dit  :  Je  voudrais  être  le  lord  général, 
pour  étra  «aeiiito  la  lord  Protecteur.  Lambert  dit  s  Fleetwood  sera  gé- 
Béral  pour  faire  tout  ce  qu'il  y  a  d'odieux  i  faire  et  me  frayer  la  route. 
En  servant  Fleetwood,  onelo  IHsbrowc,  tu  n'es  que  rinttrmneiit  d'un  in- 


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an  M.  cutEK»» 

fllrament  :  —  Fleelwood  n*est  que  le  piqueur  de  LaililMt(,ti  toi  \MJpm 
ItehiMi. 

ItoiBOwB.  31  vaine  pèie. .. 

&.  CaûmweUh  Si  (n  «vAii  diL  i  mon  fMbe  ce  que  Ui  vie^s  de  me  din» 
tii!  $m  bien  que  ta  B'eureU  ,d^]à  plus  ^  Uo^ue  pour  y  rien  fouler. 
Meie  tu  veudims  ce  jour,.  DiiibiQwe,  je  le  le  dis  et  j'eî  pliU  de  tel 

DuMowK*  Je  remercie  Sou  Alleeie  de  se»  cooseih,  maûi  qu'elle  en  pm- 
file  eUe-méine,  Dûsûlvez  le  parlemeot,  rappelez  celui  que  votre  père  om 
dissoudre  contre  toute  justice,  l'erniée  vous  soutiendra;  refuses,  et  je 
TOUS  répète  que... 

TuuRLOR.  Son  Altesse  n'a  pas  besoin  d'entendre  deux  fois  des  psrolei 
irrespectueuses. 

R.  Crouwell.  Laissez-le  parler. 

DiSBROWE.  Je  parle  au  nom.de  l'armée  et  non  au  mien  ;  je  vous  en  ap- 
porterai la  preuve. 

R.  Cromv^ell.  pi  bien,  va  la  chercher  ;  jusque-là»  je  ne  veux  pas  croira 
l'armée  complice  de  tant  d'insolence.  A  demain.  {Dithrowe  et  les  offcim 
$ortent,^A  Thurloe  et  à  Ingold$by,)  Merci  de  votre  xèle.  Vous,  la- 
goldsbj,  allez  veir  les  soldats,  et  sachez  sur  quelle  force  nous  pouvons 
compter.  Vous ,  Thurloe,  allez  à  la  chambre  des  communes  :  si  elle  est 
disposée  à  m'étre  fidèle,  comme  je  me  sens  le  courage  de  défendre  JQi- 
qu'à  la  fin  les  droits  dont  elle  m'a  investi,  j'irai,  sll  le  ftvt,  planter  mes 
pacifique  étendard  au  milieu  de  la  chambre  même ,  et  défier  l'armée  as 
venir  verser  notre  sang.  Allez,  mes  fidèles  amis. 

FIN  DU  PREMJBa  ACTB. 

ACT£  B.  -p-  seiiVK  i'*. 

Àppartemenl  de  Udy  Cromwell  à  Wbitehall. 

LADT  CROMWELL  $t  PATIENCE;  puU  BEAGLE  et  CROMWCiL,  He. 

Labt  CftomrKL,  oose  tnmb9$.  Im  doneiftiqvea  m  dlseoi  duae  riani 
Patience.  Non,  madame  ;  mais  Ib  oui  t'air  Iritle. 
Ladt  Cromwell.  Ah!  qui  me  dira  oe  q«*«n  me  ( 


Fayunci.  Déiiff«»^M«f  vairiM  entais,  MinMf 

lAor  CaomviLL.  Km,  —  Ht  ae  savrtiaal  m  que  i 
toAs ac  me feratoniies  faeeCtaïk..  Pe^nmi  we  iewiili  w  sâjidf 
tin  lat  voirf 


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ou  LE  FII.3  DB'  CBMIWELL  919 

IjOT  Cm«HwiLL.  Oui  ;  é'élilt  ma  eontime  «qmî  daîeur  parkr  Mimne 
il  MVfleiil  à  d«f  priMOL  La  pensée  de  le«r  amnir  prëeidaii  à  leir  Hh 
stniction  :  Je  me  disais  que  de  ans  leçons  dépendait  la  destinée  i^w^ 
people;  je  les  Toyais  d'avance  respectés,  adorés  d«  lears  sujets...  (  Jniwa 
As^^)  Eh-  bien,  qa'eel^e?  oiibliet«votta  les  égatds  qui  me  sent  dns  ? 
fturqaoi  entrer  aosei  brusquement?  Dois  ja  xéit  li  un  indice  de  ce  qnii 
nana  attend? 

DsâfiLB.  le  prie  Votre  Allasse  de  m'enenser;  j'appartais  an  lard  Ploteoi» 
innr  nne  lettre  pressée  de  lord  Falconber^, 

Labt  Grouwell,  vivement.  Remeltez-Ia-moi...  Mais  non...  vous  ▼eysv 
qu'il  n'est  pas  ici...  Quelqu'un  vient...  attendez-le.  Patience,  laissez- 
nana.  {Entre  Jt.  Cromieeiret  Paiitnce  sorf.)  Ah!  tous  voyez  dans  mes 
fenz  en  qui  sa^ passe  en  moi...  pourquoi  ne  pois-je  lire  de  ménw  dans  leai 
fétres? 

R.  Cbomwell.  Un  moment  de  silence  !  {Prenmnt  la  lêtitê  des  niaina  éê 
DmffU.)  Une  lettr» de  Faleoaberg  !...  (li  M. )  Toujours  dévouét 

Ladt  Cromvbll.  Dieu  soit  loué  ! 

R.  GnoHWELL.  Lord  Ingaldsby  n^est  pas  du  retour...  ni  lo  secfétaàre 
Tburloe? 

Dbmlb»  Pas  encote»  iUtessa. 

R.  Crouwbll.  Laissez-nous ,  et  qu'ils  entrent  dès  qu'ils  afrifaranl^ 
(Aofls  serf.)  U  ase  tarda  de  les  entewiret 

Ladt  Crouwbll.  Avez-vous  reçu  queiqne»  ffleheuaBS  nanveRas?-—  Na» 
aonrins... 

R.  €ROHirKLU  Tous  voyez  que  notre  fi^ère  Faleonberg  est  fidèle* 

LAflfT  CnoMwmx.  lo  le  saurais;  mais  ètes-vons  allé  voir  d^autres  aminf* 

S.  GnoMwafcL.  Ce  serait  à  eux  d'être  id  :  en  de  pareils  moments,  m 
dispenser  des  deliors  du  devoir,  c'est  se  dispenser  du  devoir  méaM.  CreM 
leur  cause  que  je  défends;  s'ils  y  tiennent,  qu'ils  agissent  comme  omI. 

Ladt  CnonwsLL.  Afir...  ob  !  oui,  tout  va  bien  si  vous  pariai  ainsi» 
¥bm  ferez  tout  ce  que  vous  avez  promis  de  faire,  je  la  sais  ;  voua  na  se«f- 
frirez  pas  que  Disbrowa  vous  arraebe  du  tréne. 

R.  Cromwbli.  Ah  1  assez ,  je  tous  prie  ;  il  est  des  paroles  qui  resisnt 
dans  le  eeeur  comme  un  dard  empoisonné.  Disbrowel  ja  vawdraia  (asv 
sûr  d'avoir  U  force  de  M  pardnnner... 

Ladt  Cromwkll.  Cest  sur  votre  IbiMesse  qu'ils  comptent  Maar  phis 
q«a  sar  tenr  Inree.  Alil  ils  miériteot  taute  votre  baine;  mais  songea  auin, 
■ebard,  à  cent  qui  comptant  surtotce  générosRé,  sur  votre  aauragar  è 
aaarqalvan»  aiment  eamme  vans  les  aimez.  RMiard,  je  n'ai  pas  anaaan 
ofé  ce  matin  regarder  mes  enfants  ;  mais  après  avoir  lu  enfin  dans  vosw*» 
gards,  je  puis  presser  fenrs  mafnt  ;  lia  ne  me  verront  ni  treni>ler  ni  IM*- 
sonacrirbpprocbvdala  iMle.  Diiii  mal... 


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380  M.  CLAEKB, 

R.  Cbomwbll.  Au  non  de  tolre  «fféctioa  pour  moi  •  ne  m'ietcrroga 
plus,  ne  m'eseilex  plus,  mon  emie;  croyei  qve  je  n  ai  besoie  qoe  d'une 
eipice  de  courage,  celui  qui  leale  ealme.  {Entré  in^oIMy.)  àk\  It- 
goldfby  :  eh  bien,  Tannéer 

IffooLMBY.  Voire  ÀUesse  sait  déjà  ce  que  font  les  eliefii,  la  ple^ 
liguéf  dans  un  intérêt  eemmun  ;  les  ofBcters  en-dessous  sont  divisés,  tel 
uns  pour  eux,  les  autres  pour  vous.  Le  temps  m*a  manqué  pour  sonéer 
de  trop  près  les  soldats  :  ce  n'était  pas  d'ailleurs  prudent,  mais  je  eroii 
qne  le  nom  de  Cromwell  et  leur  attachement  pour  tons  parleront  coaire 
Toa  ennemis. 

Ladt  GnoMWSLi.  Bénis  soient-ils  pour  leur  lojattté  1 

R.  CnoHvsLL.  Holà  I  quelqu'un.  (Deoylesnlra).  Le  secrétaire  Thorloe 
n'est  pas  venu  T  non.  —  Bien,  portes  mon  sceau  à  krd  Falconherg,  qu'il 
vienne  au  plus  tôlme  joindre  en  armes.  Promplitndeetdlscrétloo.  (DeogU 
tort.  A  Ingoldihy).  Votre  régiment  T. 

liCGOLBSBT.  Attend  les  ordres  que  je  serai  heureux  de  porter  de  Is  part 
de  Votre  Altesse. 

Labt  GaonvELL.  J'entends  le  roulement  du  tambour...  L'eoteodef- 
vonsT 

R.  Crohwkll.  C'est  le  premier  bruit  de  la  guerre;  mais  rien  ne  doit 
phu  nous  effrayer  à  présent. 

Ladt  Cromwell.  £ntendei-vons  encore?  Les  clairons,  la  aurd»  dei 
chevaux;  ils  viennent  nous  attaquer. 

R.  CaonwELL.  Amis  ou  ennemis,  je  Us  attends  de  pied  fcrmr.  11  ne 
tarde  de  savoir  ce  qu'ont  résolu  les  communes  :  je  ferai  alors  mardier  In 
régNnents  fidèles  pour  les  protéger,  et  je  déclarerai  déchus  de  leurs  grain 
leus  ceux  qui  oseront  désobéir  à  la  loi  ou  menacer  le  pouvoir,  qui  seul 
peut  faire  la  loi.  (Entré  DêogU.) 

Dbaglb.  Lord  Disbrowe  et  set  officiers  attendent  Votre  Altesse;  ils  loat 
nombreux  autour  de  la  porte.  Les  régiments  bordent  les  rues. 

R.  CnOMWBLL.  Tant  mieux  ;  nous  aurons  les  soldats  plus  près  de  noui. 
Je  veux  me  rendre  à  travers  leurs  rangs  à  la  chambre  des  eommuoei. 

Dbaçlb.  AUesse,  un  moment.  Un  de  ces  officiers,  le  capitaine  Darael, 
fons  prie  de  lui  accorder  secrètement  un  moment  d'entretien  avant  <pie 
TOUS  voyiez  les  chefs.  C'est,  dit-il,  dans  votre  intérêt. 

InooLnany.  Je  ne  rejetterais  aucune  offt'e  de  service. 

R.  Cbohwsll.  Vite  donc,  qu'il  vienne.  {D$a§U  t^rt)  Et  puis,  nom  ver 
fons  ces  traîtres  face  k  téiu.  Martyr  ou  vainqueur,  le  chef  élu  d'un  écst 
doit  dire  avec  joie  ion  devoir.  (Knfre  Darnél.)  Que  désirei-voas!  Ssjtf 
bief. 
'  Barnbl.  Je  voudrais  n'être  entendu  que  de  Votre  Altesse. 

R.  GnoMvrBLi.  Pardonner,  messieurs.      (Tonl  le  monde  se  rt Itrv) 


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ou  LE  PILS  DE  CROMWELL,  SU 

Daaneu  D*abord  je  demande  mon  pardon  et  la  promesse  qut  met  pa- 
roles oe  me  nuiront  jamais  auprès  de  ros  ennemis. 

R.  CnoMWKLL.  Je  vous  accorde  l'un  et  l'autre. 

Darxkl.  VouIcz-tous  être  délivré  de  eeui  qui  veulent  tous  renverser? 

R.  Crovwvll.  Délivré! 

Darnkl.  Oui,  délivré.  Donnei-mol  seulement  yotre  parole  que  ceux  qui 
vous  auront  rendu  Ce  service  remplaceront  ceui  dont  ils  vous  délivre- 
ront; avant  la  nuit  vous  n'aures  pas  dans  le  camp  un  seul  ennemi  que 
vous  puissiez  craindre. 

R.  CaowELL.  Comment  cela  ? 

Dabkil.  Toutes  nos  mesures  sont  prises  sûrement  et  secrètement;  noua 
connaissons  tous  vos  ennemis  actifs  ;  un  de  nous  est  au  côté  de  chacun 
d'eux.  Parlez,  et  la  chose  est  faite. 

R.  Cromwbll.  Laissez-moi. 

Darivel.  Altesse... 

R.  Cbomwkll.  Laissez-moi.  Vous  avez  mon  piVdon.  Peut-être  avez-?oas 
Toulu  me  servir.  Je  suis  calme.  Je  vous  ai  promis  le  silence  :  je  tien- 
drai ma  parole;  tous  avez  mon  pardon. ..  Allez. 

Darkcl.  Adieu  donc  1  mon  épée  désormais  sera  pour  ceux  qui  ne  crai- 
gnent pas  de  s'en  servir.  (Il  sort.) 

R.  Crosiwell.  Mes  amis,  partons-nous  ?  Je  suis  plus  fier  que  je  n'étais 
et  peut-être  ai-je  pour  cela  quelque  noble  raison.  Venez. 

Deagh.  Altesse,  lord  Disbrowe  demande  à  vous  voir  sans  retard. 

R.  Cromwell.  Il  demande  !  Allez  lui  dire  que  je  vais  le  trouver.  L'in* 
soient  I  moi  qui  n'avais  qu'un  mot  à  dire,  un  signe  de  tète  à  faire  1  Ah  l 
je  le  méprisais  déjà  bien  assez.  Adieu,  ma  femme;  je  ne  sais  ce  que  voua 
apprendrez  tout  à  l'heure,  mais  soyez  assurée  de  me  revoir  le  front  aussi 
serein  que  je  le  porte  en  vous  quittant.  Allons,  amis. 

{ils  sorlenlf  excepté  lady  Cromwell) 

Lady  Cromwbll,  seule.  Ah  !  je  le  connais  ;  ses  actions  vont  toujours  au 
delà  de  êts  paroles.  Richard,  je  ne  doute  pas  de  ton  courage,  et  c'est  pour 
un  royaume  que  tu  vas  vivre  ou  mourir.  {Elle  sort,) 

SCÈNE  II. 

Grande  nlie  do  Whiieball. 

DISBROWE,  BERRY,  DARNEL,  et  un  group9  éCofIkien  d'un  eàté^ 
FALC0NBER6  et  DEA6LE,  à  part. 

BiSBROWB.  Lambert  et  Fleetwood  étaient-ils  avec  Lenlhal? 
fiBRRT.  Oui,  Lcnthal  avait  consenti  à  reprendre  sa  présidence  etconYoqaé 
tous  les  membres  de  ce  parlement  qu'Olivier  chassa  avec  son  épée* 


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Jg2  x.  OIiàBKB, 

Dwniowc.  U  ae  aoiu  raM  plus  qu'à  leur  tain  Gûie  jJue.  Si  ûUiieri 
pu  dissoudre  uo  pariemeat  p«r  la  force,  oous  pauvons  à  uotre  loor,  fv 
la  force  aussi,  le  réiDstaller.  (Sa  tournant  ticra  Fale0nb§r$:^  Sonilloie 
mis  fait  Jiiea  aitandre  ;  prend-elle  sou  année  pour  des  courtisaos  de  pi- 
rade,  ou  pour  des  laquais  qui  espèrent  une  pièce  de  moiuuie? 

F^LfiONBSBfi.  Son  Altesse.** 

DsâGLÀ.  ^Q  lui  répondez  pas*  njlord  ;  écoutez-moi  un  moment. 

BisaaowE,  àBerry*  Déposez  ici  Tordonnance  de  dissolution,  qu'il  n'iit 
plus  qu'à  signer. 

D&A.GLE,  à  Falconberg,  Il  faut  se  hftier.  {FaUonbtrg  sorl.) 

DisaaowB»  à  B^rry.. Ahl  courez  vous  mettre  à  la  tébe  de  voire  régisKOt, 
4Êt  Falceoberg  vient  de  sortir  en  toute  hâXe>  et  il  coaunandera  ses  soldats  li 
nous  en  venons  aux  mains.  i^^rry  iùti.) 

{Un  Huistier  du  paîaii  annonce  le  lord  Protecteur:  entre  RiekafdCnm- 
voell  avec  Ingoldsby  et  euite.  Il  ealue  à  peine.  Disbrowe  va  à  hU,) 

DttwowB.  Kous  avons  attendu  Votre  Altesse  plutèi  pour  elle  que  pour 


{Richard  Cromwellpoiee  devant. lui  sane  Imr^ondre,  examine ettmr 

éitmnent  lee  auiret  officier»  eiuaee  mettre  à  une  fenêtre.  On  entend 

des  aeelamaiions  du  dehors.) 

DisunfiL,  f  w'  s'est  mie  à  une  autre  fenêtre,  dit  à  Disbrowe.  C'est  leiégi* 
ment  de  Falconberg.  Berrjr  est  là,  les  autres  soldats  gardent  le  silence. 
{Richard  Cromwell  va  s'asseoir  à  la  table  du  conseil  et  y  prend  Tor- 
donnanee  fu'y  a  poeée  Disbrowe.) 

i)19Miow£.  Il  n'a  pas  changé  de  couleur  :  je  le  crois  c^Mendant  MU. 

Darnbl.  Je  QTCifsie  qu'il  l'aurait  déchirée. 

A.  GniOMWua..  Qui  a  placé  là  ce  papier  ? 
Disbrowe.  C'est  par  mon  ordre. 

B.  Ckomwbu.»  sons  le  regarder.  Quel  est  le  membre  de  mon  conseil  qui 
4  fédigé  cek  ? 

J>]Sfiaow£.  C'^est  le  vœu  de  l'armée. 

R.  Croiiwsll«  du  même  ton.  Quelqu'un  s'est-il  élu  chancelier  en  mène 
temps  qu'un  autre  s'est  élu  général  ? 

DiSBROvirE.  Signez  ce  papier.  Vous  n'avez  pas  voulu  croire  que  je  vous 
parlais  au  nom  de  l'armée...  Je  vous  ai  apporté  les  preuves,  vous  êtes  en- 
touré des  chefs,  vous  avez  vu  les  soldats  dans  la  rue. 

&.  CBOwrBLL.ie  vottsâzrète  comme  coupable  de  haute  trahison;  que 

quiconque  de  vous,  mcisieur^,  oe  veut  partager  nison  crime  ni  son  chà(i* 

ment,  s'écarte  de  lui  !  Dans  votre  corps,  j'ai  des  amis,  je  le  sais...  Qu'an- 

,  qu'un  d'eux  ne  frappe;  mais  qu'th  vienmmt  au  nom  de  rboBoeur leftB- 

^«r  autour  de  moi. 

DAuno»  Ils  ont  penrl 


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oc  LE  HLS  DE  CROMWELL.  98S 

I;iGOLnsBT.  Ils  se  déGeot  les  uns  les  autres. 

Dabnel.  Allons,  parlez  aux  soldats.  [Il  tort.) 

DisBaowB.  Quoi  donc!  tous  êtes  dix  contre  un,  et  vous  reculez  au  seul 
mot  de  trahison  T  J'ai  parlé  en  Yotre  nom,  et  vous  n'osez  pas  me  seconder 
ijuand  il  ne  faut  que  vouloir?... 

Cnis  DU  niHORS.  Lord  Disbrowe!...  qu'on  nous  rende  notre  chef 
Diabrowe!... 

Bkrry,  de  la  porte.  Le  Protecteur  répondra  sur  sa  téie  de  la  sûreté  de 
Disbrowe.  {Autres  aeelamatiom.) 

Ingoldsbt,  e'avanfant  sur  Diebrowe.  Nous  avons  nos  arais...  Votre 
épée...  rendez  votre  épée,... 

DiSBROWB.  Venez  la  prendre... 

R.  Cromwell.  Arrêtez. ..  amis  et  ennemis,  je  l'ordonne  !.. .  Rendons>noiis 
à  la  chambre  des  communes  I  c'est  là  que  je  planterai  l'étendard  du  peu- 
ple I  Osez  venir  m*j  braver  !  osez  porter  des  mains  parricides  sur  la  liberté 
de  la  patrie I  [Entrent  Thurloe  et  Falconherg.) 

Tbdrlob.  Mjlord,  un  moment  d'entretien.... 

H.  GftouwBix.  Venez-vous  de  la  part  des  communes? 

TauBLOB.  Oui,  Altesse. 

R.  Cbovwbll.  Parlez,  et  parlez  tout  haut.  Je  ne  veux  agir  que  d'après 
leur  inspiration,  que  tout  le  monde  peut  entendre. 

Thurloe.  Mais,  Altesse... 

R.  Cromwbll.  Parlez  doncl... 

Thurlob.  Apprenant  les  menaces  de  l'armée,  les  communes  se  sont 
ajournées  elles-mêmes  pour  attendre  À  l'écart  la  dissolution  qu'elles  re- 
doutaient, ne  voulant  pas  s'exposer  aux  insultes  qui  pourraient  accom- 
pagner cette  dissolution. 

R.  Cromwbll.  Qu'elles  redoutaient?.,  et  de  moi?.. .  Ne  leur  avez-vous 
pas  dit  que  nous  étions  ici  en  armes  pour  elles?...  Les  Iftcbesl...  Ils  ont 
tr^i  la  plus  noble  cause  l  une  de  ces  causes  si  rares  pour  lesquelles  il 
est  permis  de  tirer  l'épée!  Ils  m'abandonnent!...  ce  n'est  rien;  mais  les 
misérables  I...  c'est  la  cause  du  pays  qu'ils  trahissent  I 

Ingoldsbt.  Mais,  vous,  ne  cédez  pas. 

Falcombebg.  Nous  tommes  encore  prêts... 

Thobloe.  Je  le  suis  aussi. 

R.  <;romwbll.  C'en  est  fait  !  Ne  vois-je  pas  que  mon  titre  n'est  plus 
^a'une  dérision  I  Et  vous  voulez  que  j'expose  mes  amis  pour  ce  titre  seul 
on  jpmir  ma  personne  ?  Ohl  non  1  non  L  Mon  pouvoir  serait-il  aussi  noble 
et  fort  qu'il  l'eat  peu,  je  ne  lui  sacriGerais  pas  le  sang  d'un  seul  citojen 
]|«nB6te. 

DttBBROvrs.  Votre  Allasse  signera  peut-être  à  présent  ce  papier? 

R.  Cbohwbll.  OuL..  Et  je  vous  remercie  de  cette  dernière  bravade  qui 


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38b  M.  CLAME, 

m'indique  le  rnayen  de  pourvoir  au  ftêlui  de  meiamii^eD  reoonçaDt  mèaM 
au  ressentimeni  que  m'inspire  l'idée  de  céder  à  l'horame  que  je  méprisa 
le  plus  au  monde...  Donnei-moi  la  plume.  {Thurheia  lui  présente ;U 
iigne  l'ordonnance ,  et  la  remet  d  Disfrrotre.)  Voilà  voire  ordonnance,  et 
la  signature  est  en  règle;  je  veux  que  rieu  ne  manque  à  rautorité  d*uo 
acte  qui  doit  préserver  la  vie  de  tous  ceux,  vieillards,  femmes  et  eofiou, 
que  vous  eussicx  immolés  au  succès  de  votre  lâche  complot. 

Darnil,  entrant.  Flcetwood  et  Lambert  escortent  à  la  chambre  des 
communes  Lenthal  et  tous  les  membres  de  l'ancien  parlement  qu'on  a  pa 
réunir. 

R.  CaoMWELL.  Falconberg,  allei-y?...  puisque  Tépée  de  justice  n'est 
plus  qu'une  arme  dont  le  premier  bandit  peut  s'emparer,  je  ne  la  porte- 
rai plus.  Dites-leur  que  je  confirmerai  tous  les  actes  qu'il  leur  plaira  de 
délibérer.  J'abdique  mon  titre,  j'abdique  un  pouvoir  que  je  méprise 
moi-même  plus  que  ceux  qui  l'ont  trahi. 
TuunLOE.  Altesse,  et  cette  anarchie... 

R.  Crovwbll.  Cessera  bientôt.  Oui,  bientôt  l'Angleterre  aura  un  mal- 
Ire  ;  car  ces  aveugles  champions  des  droits  de  l'armée,  et  ceux  qni  ja- 
lousent tout  pouvoir  au-dessus  d'eux ,  parce  qu'ils  n'ont  pas  le  talent  de 
s'élever  à  leur  tour,  se  sont  Trappes  eux-mêmes,  et  ils  ont  fait  un  roi... 
Oui,  ils  ont  rappelé  Charles  Stuart  I 
DiSBBCwi.  Trahison  t 

R.  Crohwbll.  Peux-tu  répéter  ce  mot  sans  pAlir?...  Je  te  dis  ce  que  tn 
aa  fait  toi-même,  et  tu  crics  à  la  trahison!...  C'est  l'événement  qui  se 
chargera  de  ma  vengeance...  J'aurai  le  plaisir  de  vous  avoir  aidés  à  déli- 
vrer l'Angleterre...  de  vous-mêmes,  messieurs... 
DiSBROWB.  Nous  disons  adieu  à  Votre  Altesse. 

{Disbrowe  et  les  Officiers  sorlent.) 
R.  Crouwbll.  Adieu,  en  cfTel,  à  ce  titre....  Je  ne  suis  plus  queRiciiard 
Cromwell,  et  aussi  pauvre  que  mes  ennemis  peuvent  le  désirer. 

Ingoldsby.  Ne  foitcs  pas  rougir  vos  amis...  Nous  le  sommes  toujourf, 
et  tout  ce  qui  nou**  appartient  est  à  vous. 
Falco.nbbrg  a<  Thurlob.  Oui,  tout. 

R.  Crohwbll.  C'est  moi  qui  rougis  que  vous  ajex  pu  penser  que  jeroo- 
lab  me  plaindre  ou  demander  l'aurodne.  Je  saurai  encore  me  contenter 
de  mon  sort...  Allez,  je  vous  prie;  aidez-moi  À  me  décharger  de  ces  der* 
nières  fonctions.  Adieu.  [Ils  fléchissent  le  genou  devant  lui  ]  Plus  d'hom- 
mages... serrez-moi  la  main...  et  c'est  quelque  chose  qu'un  prince  dé- 
trôné puisse  parler  ainsi  à  trois  hommes  de  bien  qui  l'ont  servi  de  si  prés. 
Allez  au  parlement,  et  à  votre  retour,  quand  vous  reviendrez  mes  égaux, 
je  vous  remercierai  comme  doit  le  faire  un  homme  qui  retrouve  si  têt  des 
amis  en  redevenant  un  simple  citoyen.  Adieu,  (ils  sortent  tous,  extepti 


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ou   LE  FILS  DB  CEOMWELL.  dSS 

Cromirell.)  Seul  !  oui,  seul,  Dieu  merci  !  Je  mis  désormtisuD  élraoger 
là  où  j'ai  r^gn^.  Murailles  muettes,  ne  rëveftlex  aucun  des  éclios  qui 
pourraient  me  faire  tressaillir  là  où  j'ai  été  monarque!...  Suis-je  encore 
le  même  liommc  du  moins  T...  Le  coup  est  frappé  !  la  douleur  viendra 
939^2  tdt...  Vienne  avec  elle  la  paiience.  [Entre  lad'j  Cromtcell.) 

Ladt  Ctt03iWRi.L.  Ih  sont  partis!  vous  avez  triomphé,  ttiehard,  vous 
fts  avez  vaincus,  ou  vous  n'auriez  pas  Pair  si  calme. 

n.  Cromwkix.  il  est  des  victoires  qui  nous  rendent  plus  calme  que  celles 
que  nous  rem  perlons  sur  nos  ennemis. 

Ladt  (4H0MWBt.L.  Non,  Richard,  je  vous  en  supplie,  ne  me  laissez  pas 
croire  que  vous  êtes  vaincu.  Ah  I  si  vous  Tétiez,  vous  ne  seriez  pas  asKz 
cruel  pour  ne  pas  partager  la  douleur  que  je  ressens. 

B.  CnoMWBLL.  Mon  amie,  un  trdoe  a  croulé  sous  mes  pieds  ;  ne  pensez 
pas  que  je  sois  insensible  r  mais  je  dois  aussi  m'occoper  de  trouver  un 
asile  aprcsie  naufrage,  et  vous  demander  de  venir  l'oublier  avec  mol. 

Ladt  Cromwbli..  Mais,  Richard,  saves«vous  bien  ce  qui  nous  reste  ? 
rindigence,—  et  pire  encore,  les  persécutions  de  vos  créanciers...  Mes  en- 
fants 1  mes  pauvres  enfauu!...  0ht  nous  étions  si  heureux  avant  de 
régner! 

R.  Crohwbll.  Oui,  rattachons  nous  à  ce  passé-là,  et  non  au  rêve  de 
notre  règne. 

Labt  Chomwsll.  Puls^je  oublier  que  le  dernier  prince  qui  fût  détrôné 
ici  passa  par  cette  fenêtre  pour  aller  à  la  mort?...  Ah  1  les  terreurs  qui 
remplissent  ce  palais  ne  s'apaisent  pas  avec  des  mots.  Il  y  a  là  un  fan- 
tôme, un  fantôme  de  roi  qui  nous  montre  du  doigt  le  sort  qui  nous 
attend. 

B.  Cromwell.  N'oubliez  pas  non  plus  que  si  ce  sort  devait  être  le  mien, 
je  pourrais  l'attendre  avec  une  conscience  pore.  Les  terreurs  de  ce  pa- 
lais n'existent  pas  pour  mol  ;  je  ne  songe  qu'à  vous,  qu'à  mes  enfants,  au 
besoin  de  retrouver  un  toit  paisible  où  je  paisse  encore  être  heureux.  Oui, 
}e  peux  l'être,  et  grâce  à  vous;  refàsez*le-mol  si  vous  le  pouvez,  et  de- 
Tcnex  ainsi  le  plus  cruel  demes  ennemis.  Nous  nous  restons  l'un  à  Tantre, 
ma  compagne  bien  aimée  ;  prêtons-nous  un  mutuel  appui.  Venez,  et, 
comme  moi,  croyez  encore  au  lionheur. 

Ladt  CRomrBLL.  Je  n'ai  pas  le  courage  de  répoodre  :  Dieu  le  veuille  ; 
mais  j'essayerai,  j'essayerai. . 


F1.1  DO  DEUXlèUB  ACTE. 
S''  SERIE.  —TOME  XII.  25 

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M6  M.  ecARns, 

ACTE  111.  —  SCÈNE  !'•. 

LAOY  CRQMVrELL»  r$$af4mi  à  «m»  fmêit$;  FATIENCB»  é  gmoke. 

Ladv  Caohwblu  11  toiini«  le  coin  de  le  rae,e«fiB. ..  il  eourt  à  U  perte, 
vite!...  {Patience  sort,)  II  ne  faut  pas  qii'H  fireppe  ni  qu'il  etteade...  Ibi- 
cere  aujouni'hai...  aeuleiiieDiaujo«r4*bui.  PoufffuoicepeiideDt  TCbeque 
■fttioaiDèaedeiMraTelletcfaautét,  de  nouTcllee  terreun...  Qnt  }e  lui 
épargne  au  rooios  ce  deraier  eoap,  le  seul  qoe  le  Ottur  le  pluf  itoiqie 
puisse  déplerer saM  honte.  {Pmtiemee  ranlra  ame  Robert  JDêofêê.)?u\a, 
Robert  ;  dépéehei-TOoe;  il  me  kaU  resler  près  de  foire  nattro,  de  pcnr 
qu'il  M  quitte  la  ueiaou. 

DiA«iA  Oii  t  oui,  pour  rameitr  du  eiel,  madaïue  ;  «a  ddtonr  de  U  nie 
il  les  eût  repeootrds. 

La&y  CaoHwsLL.  Sunreillei  done  ici,  lolieri,  et  neevei  nses  ntm- 
ciments,  puisque  c'est  tout  ce  qoe  je  peux  yous  donner  désormais. 
{Elio  passe  dans  la  ekambro  à  aM.) 

pATiB?rcB.  Qu'est-ce  qui  vous  épouvante  ainsi? 

DcAGiB.  lia  ooL..  l'élenflb  poar  le  dii«...  Ut  est  délarpé  les  osmmou 
de  son  père»  qui  étaient  k  l'abbaye  de  Weetniaatec,  d  Ils  veM  ea  pio- 
eessian  à  Tyfaarn  ka  auspeadae  an  gibel. 

Pauemcb.  Oa  a  pria  ol  eiéeuld  plusieum  de  ses  riem  aiais.  Quaadj'j 
pense,  j'en  pleure  pour  lui.  Maintenant  que  voilà  le  roi  de  relear,  et 
^e  tout  seadble  eteangé»  4iiie  na  qulile^l^îl  le  rOfaiMia  f 

B«A«Ln«  fiâée  l'aigeal?  eàsafeaiBioel  seaeafaaist  On  viaileieesles 
navîMa.  Si  on  1*^190011»  il  aeraîi  i  la  fais  le  priaoaNaier  da  ses  citaàin 
et  celai  da  ret.  \0ê^  fmpfo  à  /•  pprfe.  DooqU  repmréê  par  àa  /haUff .) 
C'eat  Uisbranrev  Beerj  ei SMlaea«..  dupes  ei firipona.  Bepvis  la miaaratiio, 
lam  te  qwtl  lew  aiait'piédil  eai  enité;  Ha  ou  daaaédai  vetfss  pssr 
qu*aa  les  leNatie^  el  Us  ont  lieaaia  da  àui  paar  adaaeàr  laeaisNBde 
leur  mal.  (  On  frappe  encore.  )  Oui ,  em»  mm  aaallree»  atlaadw;  less 
ne  vaaliDa  pne  aHiiidii  quand  îl  écûi  loid  Prateeteua,  aHeadea  laiiB- 
tenant...  11  ne  les  yerra  pas...  Ah  !  si  ses  ctdiMieM  dëcemeaiet  sa  de- 
meure, nous  serions  assiégés  ici  par  une  armée  d'huissiers,  les  sherifi 
en  tète. 

Patibnci.  Je  croyais  que  le  parlement  avait  satisfait  ses  créanciers. 

Dbagle.  Pauvre  innocente  !  est-ce  qu'on  satisfait  des  créanden  ssnslM 
payer,  ces  vautours? 

Patuhicb.  N'ont-ils  pu  été  payés? 


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oc   LE  FILS  9S  CROMWELL.  Mff 

fiuftift.  0h  bien,  «ail  le  farltment  trouYa  meilleur  mn-ekë  de  déeUrer 
par  une  loi  que  persouoe  ne  pouvrail  le  poersuivre  pour  dettes.  CeUe  loi 
«dfté  bofnw  UAit  q«'«  duré  le  periemeot;  mais  quand  on  L'a  mis  à  la 
perte,  la  loi  s>b  esi  aU^  avec  lui.  {On  frappe,) 

Patikncb.  Ils  frappcoi  eneore* 

teAau.  QuHs  frappent!  e-eat  un  bonheur  pour  moi,,  afieien  messager 
^état.  .  un  doux  souTenif  du  temps  passé.  {On  frappe  enevre.)  Allons, 
fls  ptrfévèrent. 

Lâdt  Crohwbll,  entrant.  Allei  ouvrir  à  ces  tapageurs»  Robert;  nous 
les  avons  reconnus  ;  ils  ne  sont  pas  gens  à  se  retirer  ainsi,  et  ce  serait 
dangereux  d'appeler  l'attention  sur  nous  dans  le  quartier.  Allez.  (DeagU 
tort.)  Nous  n'avons  pas  même  la  protection  de  I*oubU.  {A  Richard,  qui 
mire.)  Laissez-moi  les  recevoir  et  leur  parler  sans  aigreur,  s'ils  viennent 
en  amis...  Avec  les  dangers  qui  nous  entourent,  nous  pouvons  avoir  be- 
soin de  toute  espèce  de  secours. 

R.  CaoaiWBti.  Des  dangers  ! 

Lady  Cromwell.  Oui,  ces  danger.^  dont  nous  avons  souvent  parlé... Oh! 
répondez-moi,  Richard,  ne  voos  le  disais  -je  pas  qu'il  y  allait  de  la  vie  de 
tomber  de  si  haut  ?  (Entrent  Ditbrowe,  Berry  et  DarneL) 

1t.  Crohwbll.  Vous  me  cherchez,  messieurs  ;  moi  qui  désire  si  peu  être 
trouvé  par  vous.  Je  n*ai  plus  rien  à  donner,  gr&ce  h  vous.  Je  remercie  du 
moins  ma  pauvreté  de  nous  avoir  séparés  peur  jamais. 

DisBRO\vi.  Nous  avons  encore  besoin  les  uns  des  autres. 

BiRRT.  Un  danger  commun  nous  recommande  r^nion. 

R.  CROMvrBLL.  Il  n'y  a  aucune  union  possible  entre  nous. 

Ladt  Crohwbll.  Et  cependant  voua  leur  pardonnez...  Leur  repen- 
tir, leurs  offres  de  service... 

R.  CrohwbUm  Soi^t  un  leurre  pireque  leurs  anciennes  trahisons.  Toute- 
fois» voHs  dites  vaî;  je  suis  sans  fiel,  et  je  donne  volontiers  mon  pardon 
à  ceux  qui  oat  asse<  peu  de  eœur  pour  venir  le  chercher  {A  Disbrowe,) 
mis  c'est  Vhenre  de  la  promenade,  et  noua  n'avons  plus  rien  à  nous 
dire. 

LiDT  CaoHwstL.  Richard»  un  moment  encore;,  j'ai  à  vous  parler. 

R.  CnoMWBLL.  la  vous  écoutesai  quand  ils  nous  laisseront  seuls  -,  et 
paisqa'iU  a&s'en  voBt  pas  encore,  jft  reviendrai. quand  ils  seront  partis. 

{Il  tort.) 

Ladt  Crohwbu..  Dieu  losi-paissana.!  s'il  all#t  sootir  el  i^encQntrer... 
(JBKa  ^aàkL.  ftaHité  pomrwnr  eà  Bi^hard,  4avl  4ê  la  mo^Mon  ) 

IkumemUf  à  Btmteè.  il  m'ê,  pas  vnmbIu  hoim  éooMtftr* 

Darnbl.  Nous  l'avions  piéyii...  Mais  elle  est  là. 
BlkT  ^. 


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M.  CLARKE, 

DAnxEL.  Ooyrz-vous  qu'elle  aurait  parlé  de  pardon  fi  elle  n'eipériU 
pas  de  nous  quelque  service  pour  réparer  le  paasé? 

DisBitowe.  Je  vous  comprends...  Ma  nièce,  il  ni*est  pénible  de  voir  que 
votre  Uiari  garde  ainsi  rancune  d'anciennes  querelles.  J'ai  eu  des  torts 
j*en  ronvicns,  cl  voudrais  de  tout  mon  cœur  les  réparer. 

Lady  Crouwell.  Avez-vous  parcouru  la  ville  aujourd'hui?  savez-vous 
quel  spcciaclc  il  e>l  expose  à  reucontrcr?  Vous  avei  trahi  le  Gis;  c*està 
vous  qu'il  doit  l'affroni  fait  aux  restes  de  son  père,  rouvei-vous  réparer 
cela? 

DAnNEL.  Le  réparer?  non...  mais  le  venger  peul-èlre,  ci  empêcher  d'aa- 
tres  affronts,  (^est  justement  ce  spcciaclc  qui  nous  amène  ici,  madame. 

DisBROWE.  Kocore  si  on  {l'avait  frappé  que  les  morts!  mais  q*je  de  com- 
pagnons et  d'amis  livrés'aux  tortures  et  à  toutes  les  mutUatiuns  barbares 
de  la  loi  ! 

Lady  Ckomwell.  Je  ne  le  sais  que  trop.  Pourquoi  me  le  rappeler? 

DiSBftOWR.  Parce  que  ce  qu'ils  ont  fait  indique  ce  qu'ils  feront. 

Darxrl.  Quelle  victime  pour  eux  qu'un  Cromwell  l 

Lady  Chouwell  C'est  la  pensée  qui  me  poursuit  sans  teue*  Rlcfaardl 
mes  enfants  !  {Bruit  et  cris  au  dehors,)  Ah  1  ces  cris!  ces  cris  de  loops 
qui  entourent  leur  proie  l  il  les  entendra  !  et  c'est  vous,  ses  anciens  amis, 
qui  êtes  la  cause  de  tout  cela. 

DisRROwB.  Tout  n'est  pas  perdu  encore...  Ils  ont  banni  tout  soldat 
licencié  à  vingt  milles  de  Londres,  et  plus  loin  encore  toute  persoane 
désaffectionnée»  nom  qui  se  donne  bien  facilement  par  ceux  qui  ont  ioté- 
rèt  à  le  donner. 

Darnel.  Et  c'est  notre  espoir.  Qu'ils  voient  seulement  le  danger  qui 
les  menace,  et  il  y  a  moyen  de  le  prévenir,  si  Son  Altesse...  j'ai  l'habi- 
tude de  ce  nom.  .  voulait  se  mettre  a  notre  tète,  et  nous  sauver  en  le 
sauvant.  [On  frappe  à  ta  por4e.) 

Lady  Crom>>T5Ll.  Que  voulez-vous  dire?...  BTais  on  frappe!...  c'est  loi! 
{Elle  va  à  la  fenêtre.)  Ah!  messieurs,  il  s'est  appuyé  douloureusement 
contre  la  porte,  il  respire  à  peine...  Ah  î  évitez  sa  vue  ;  mal*  si  ee  qae 
vous  Tenez  me  dire  est  important,  et  s'il  est  utile  de  tous  écouter,  eo* 
trez  ici,  je  tous  appellerai.  (Hfs^rotraet  les  deux  autres  entrent  dans  ¥M 
autre  pièce,)  Miséricorde  du  ciel?  il  chancelle  sous  le  coup  affreux...  Us 
ont  dit  vrai!...  le  sombre  présage  l'atteint  déjà...  Mon  cher  époux! ... 

{Richard  Crowncell  enire,) 

R.  CROUWBLt.  Ah!  ils  sont  partis!  j'en  remercie  le  ciel. 

Lady  Cromwell.  Ici...  sur  cette  chafse»  reposes -tous,  le  derineceqne 
vous  aTCz  vu  ;  quand  je  tous  relM«is,  e'étaU  ponr  t«iis  épargner  cette 
dernière  disgr5ce. 

K.  Croxwbll.  Quel  est  celui  de  ces  homcies,  aujoardliui  à  it  < 


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ou  LE  FILS  DE  CROMWELL.  388 

bre  des  communet,  quel  est  celui  afsis  sur  le  banc  des  juges,  qui  eftt  osé 
aborder  mon  père  sans  un  regard  bumbleei  obséquieux?  Il  est  mort,  et 
les  Iftcbes  se  ruent  sur  son  cadavre  avec  la  férocité  de  la  hyène...  Mais 
je  leur  fais  encore  trop  d'bonneur:  la  hyène,  qui  déterre  comme  eux  les 
douilles  de  l'homme,  obéit  à  l'instinct,  et  eux  c'est  à  la  Iftchcté  de 
rbypoerite  et  du  flatteur...  Grand  Dieu  !  si  Vun  d'eux,  en  regardant  ce  visage 
éteint,  avait  pu  croire  un  moment  qu'il  allait  se  ranimer  et  leur  adresser 
oo  de  SCS  regards...  L'écho  de  leurs  sauvages  hurlements  a  retenti  jus- 
qu'à ma  porte...  Ahl  si  mon  jeune  fils  me  demandait  pourquoi  ces  cris» 
moi  qui  l'ai  conduit  au  mausolée  qui  contenait  son  illustre  aïeul,  au  mi- 
lieu des  ombres  glorieuses  de  l'Angleterre,; il  me  faudrait  donc  mentir  en 
tremblant,  ou  éluder  de  répondre,  on  lui  dire  :  Va,  mon  lils,  va  au  gibet 
chercher  son  monument,  cl  éccuto  son  épitaphe  dans  les  moqueries  de 
eette  infime  populace. 

Ladt  Crohwsll.  Quoi!  auriez-vous  vu  cet  aflVeui  spectacle?... 

R.  CaouvrELL.  Le  voir!  aurais  je  pu?...  Mon  père!  je  l'aimais,  quoi- 
que nos  caractères  fussent  si  différents...  je  l'honcfais,  j'étais  fier  de  luf» 
sans  approuver  tout  en  lui  ;  je  l'aimais  enfin,  et  le  respectais  comme  ud 
fils...  Comment  aurais-je  pu  voir... 

Ladt  Cboxwell.  Misérable  vengeance  ! 

R.  CaoMWELL.  Si  c'eût  été  l'acte  de  Charles  Sluarl...  je  le  plaindrais 
de  s'être  Yiy  ré  k  une  si  honteuse  vengeance  ;  mais  c'e>t  le  décret  froidement 
rendu  par  des  hommes  qui  vendent  leurs  passions  à  qui  veut  les  acheter. 

Ladt  CmoMVSix.  Et  sur  qui  peuvent  frapper  maintenant  de  tels  Ucbes? 
Nous  avons  jusqu'ici  fermé  les  yeux  pour  ne  pas  voir  leê  dangers  qui  nous 
entouraient.  Il  j  a  autant  de  bassesse  à  vous  immoler  sans  défenseur 
comme  vous  êtes  qu'à  violer  le  repos  des  morts.  Si  leur  zèle  a  besein 
d'un  nouveau  trophée...  après  tant  de  victimes,  n'en  ètes-vous  pas  une 
qu'ils  doivent  désirer  d'ajouter  à  leur  liste?  Ne  sisntez-vous  pas  qu'il 
faut  qu'on  vous  craigne  ou  qu'on  vous  force  à  craindre  pour  vous-même? 

R.  CaoMWBLL.  Pour  moi?  obi  je  ne  craias  rteo...  on  du  moins  ce  que 
j'dprftttve  me  rend  capable  de  braver  tout  danger  qui  ne  regarderait  que 
moi;  mais  ie  dois  songer  en  effet  à  la  sécurité  de  ceux  qui  n'ont  plus  que 
moi  pour  appui  de  leur  faiblesse,  ie  vous  quitte,  mon  amie...  i'aî  vu  fd- 
der  près  d'jci  avec  un  «ir  d'espion  un  misérable  qui  m'a  li\ré  jadis  à  moi- 
mime  des  hotmiBes..*  auxquels,  il  es4  vrai,  je  n'ai  jamais  fait  aucun  mal; 
Willis,  sir  RIcbard  Wlllis...  mais  je  déjouerai  cette  trahison  nouvelle...  le 
sors  ..  attendes  ici  nos  eiifants,  et  dans  une  demi-beure  venex  avec  Ro- 
bert et  Patience  me  rejoindre  sous  l'arbre  favori  du  Parc  où  nous  nous 
«rrélons  souvent...  je  dois  profiter  du  moneoi  pour  j  ireuver  celui  que 
jeobevcbe.  Quand  \ous  me  reverres,  je  s««rai  quelque  chose  de  plus  sur 


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aiD  M.  chàtJaf 

BOtredcfiMiéft  future*  oufa«rai  subi  celle  que  )«  se  peuteM.  é«Ur«.GB 
que  j«  yait  faire  eet  «i  aele  de  sage  téméiité,  Jkdieii»  edieu  L 

Lady  Cimmwcll.  Dana  uae  demi-fanare ,  ---  soiv  le  grand  cMoe  di 
fart...  Médite-t-il qttel«|ue  deafein  aussi  soudain  qoe  teiriUe? Daaa s« 
eaaitatiott  j'at  reconnu  eet  air  résolu  qui  indique  en  IqÎ'UM  résolution  in- 
ébranlable. Ciel  l  s'il  allait  périr,  que  deviendrions-Doas  sans  lui,  ses  «- 
Amts  et  mot?...  {En  ce  mmnmi  renirtnt  Dùbrow$p  JBerry  ef  Dotmà, 
mpréi  avoir  êntr'ouvêrt  la  fOfie  pour  rogarétr  H  lady  CrommêU  ssf 
smifo.)  Àh!  j'avaii  presque  oublié... 

DiasKowi.  Et  cependant  nous  serions  peut-être  à  présent  nûenx  nçm 
de  lui  et  nous  pourrions  être  utiles  à  son  nouveau  projet. 

Ladt  Cromwbll.  Quel  projet?  comment? 

DisBROWB.  Le  temps  seul  nous  l'apprendra,  quoiqu'il  soit  fadie  pMlr 
étre  de  le  deviner  ;  mais  vous  avez  devant  vous  trois  hommes  qui  ea  eat 
commandé  d'autres  :  nous  avons  des  amis  dans  les  régiments  qui  n'ont  pss 
été  licenciés,  et  qui  sont  justement  les  plus  dévoués  à  sa  personne.  Si  loi- 
méme,  ou  un  autre  bien  connu  comme  son  ami,  disait  un  mot... 

Lady  Cromwell.  Puisque  vous  avez  tout  entendu,  que  ne  vous  moa- 
triez-vous  ? 

Parnil.  Nons  vous  avons  obéi... 

Lady  Crom'well.  C'est  vrai,  mais  je  le  regrette.  (A  part.)  Quel  en- 
barras  est  le  mien!  dois-je  me  fîer  à  ceoi  qui  ont  si  bien  mérité  m 
haine  et  sa  défiance?...  Mais  si  sa  vie  est  en  péril...  à  quels  autres  défen- 
seun  m'adresser?...  c'est  aujourd'hui  leur  intérêfl  de  ht^  rendre  même  le 
trOne  qu'ils  lui  ont  fait  perdre; 
'     DiSBBOVB.  Ma  nièce,  les  moments  sont  précfeni. 

LAtT  Cnon^nKiL.  IngoTdsbj  est  son  ami,  son  amf  1è  plus  sftr.  le  fib 
ëctfre  on  moi  pour  Te  colonel  Ingoldsby.  AIFe*  le  trower,  et  au  besoia 
cooftrez  avec  lui  pour  sauver  Rtcfaard. 

Disnowc.  Une  lettre  r 

1>A«m,  (Mt  elle  noot  sufin^  dradme^ 

l'Aiyr  CiHNnvfeu.  Qnelqtt'un'!  (PavUneo  miro,)  PaciéMt,  aibneraa 
ftltiabeat  e«  poptiB-4#  dam  ma  ebambrc.  Messleun»  «iiemiez-net  «a  ma* 
flietot.  {ETI^êortf} 

DannSL.  Etto  «si  à  n«iis  ec  hil  «ver  ellel  A^\  elle  vottdNiit  bkm  jea«' 
eMUre  i^  réUr  dereiua...  M  all^le  fmîi  si  ion  Isrtfrèreal'IlS'ndtra. 

Dnenome.  Mfeis  fngoMsby  s'en  ralliée  Charlea  9laarf,  et  H  dlswadeM 
dMft  neveu*  de  rfen*  enfreprendn*  tenti^  te-rall.»* 

BjnnfKt.  90n  nom  eet  êw  la  sentence  qni  condamna  le  père  de  Chark» 
^Marl.  {PdHfmet^paimravee  vwikmèeaH.y  II  eet fani  «frllMaiil,ef  ff 
i/lCsfteni  paa  à  faf  ebéir*  D'affleurs  que  Lady  Cremivvlf^  sali  «ne  Ms 


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ou  LE  FILS  DE  CEOMWELL.  301 

coRi^oaiUe  dans  ooire  comfloi,  et  nous  y  conpromeUrou  kîea  RicbariL 
li  ikut  qu'il  a^iwe  arec  noua  et  par  noui. 

DiSBAOws.  En  effet,  ua  mot  «orti  imprudemmont  de  sa  bouche  sera 
bientôt  interprété  en  paroles  de  trahison  :  une  fois  forcé  de  se  défendre^ 
il  n'aura  plus  besoin  que  nous  exeiiloos  son  courage. 

Darnsl*  Et  vous  vouliea  partir  sans  lui  parler  à  elle.  Obi  ne  kisseï 
jamais  une  femme  qui  vous  écoute...  Une  fois  la  lettre  entre  nos  mains, 
m(ftairons-U  à  logoldsbj;  mais  gardons-la...  ce  sera  notre  pièce  de  créance* 
{ Lady  Cromwell  renlrt  et  rsmH  une  UUre  à  Disbrotce»  ) 

Laot  CnouwELL.  Je  remets  nion  sort  entre  vos  mains  :  Richard  est 
encore  libre.  Je  vais  le  rejoindre,  et  si  quelque  malheur  le  menace,  je  ne 
lui  survivrai  que  pour  le  venger  au  nom  de  son  fils.  Allez»  vous  recevrei 
de  mes  nouvelles  par  Ingoldsbj, 

Dabxel,  à  part  en  regardant  la  lettre.  C'est  le  sceau  de  son  mari£ 
U  lettre  est  écrite  de  sa  main,  les  voilà  sous  notre  dépendance. 

DiSBROirs.  Nous  vous  quittons  pour  aller  nous  concerter  avec  les 
adtcefv 

Dajuikl*  Puissions-nous  ne  revoir  Yothb  Altbssb   qu'à  Whitehatll 

(  Ils  sortent,  ) 

Laot  CaoHWELL.  Mes  terreurs  m'oat-elles  bien  inspirée?  Je  ne  sais, 
mab  je  n'aurai  compromis  que  moi.  Ahl  si  je  pouvais  lui  reconquérir 
«SB  trône  en  n'exposant  que  ma  viel  Pourquoi  trembler  donc?  Allons  le 
rejoindre;  allons  connaître  enfin  son  propre  projet.  Je  suis  prête  à  tous 
les  périls,  s'il  est  réduit  à  chercher  son  salut  dans  une  victoire,  à  régner 
ou  à  mourir.  (  Elle  eort.) 

SCÈNE  II 

Le  pkrc  de  Saint-James- 

L8  ROI  CHARLES,  CMfttWAHs,  «r  Su  RICHARD  WailSw 

hE  Roi.  11  eit  certains  senrices  qui  sont  tiéa-bien  payés,  sir  Richard» 
lorsqu'on  les  oublie.  Les  solliciteurs  sont  nombreux,  et  sans  vous  comp- 
Ufp  d'hontes  gens  se  souvieoncAt  que  quelques-uns  de  mes  meilleurs 
amis  ont  été,  srAoa  à  vous,  mi»  à  l'amende»  emprisennés  même. 

WifcMf»  J'espàre,  Sire,  que  ma  vie  fuiure  prouvera... 

ig  Rob  A  la  bonaa  heure,  sir  Richard»  c'est  de  meilleur  goût.  Je 
suis  enchanté  d'apprendre  qu'on  peut  me  rendre  encore  quelques  services 
dans  l'aveniR»  apràs  tous  cew  qu'on  m'a  reodua»  dlb-^n^  dans  le  passé. 
Bonjour.  (  Sort  Willit,  )  Je  ne  sais  trop  pourquoi  je  rudoie  ce  pauvre 
éîtU»  «  R  f  a.  au  4Us  laurbaa  dana  les  dau  pastis  i  san  tort^ast  d'avoir 
ÎMé  Vm  ^  ïmumi  a'^at  «'«tiaqvar  k  mMra  lanUé.  Mais  pour  m 


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M.   CLARKE, 

plas  Toir  de  fourbes,  il  faudrait  renoncer  à  vivre  avec  les  hommei.  Bon<- 
jour,  messieurs.  [Aux  Courtisans,  qui  s'en  vont.  )  Je  leur  sais  gré  de  me 
laisser  un  peu  seul...  pour  pouvoir  dire  la  vérité  sans  oRenaer  penonoe. 
Mais  non,  en  voici  encore  un. 

(  Entre  Richard  Cromwelh  qui  s'était  tenu  à  f  écart.) 

R.  GnoMWELL,  fléchissant  un  genou.  C'est  au  rot  que  je  pariet 

Le  Roi.  Oui  ;—  mais  rcléve-toi,  mon  ami,  et  remets  ton  chapeau;  tu  ne 
sais  ce  que  c'est,  &  ce  qu'il  parait,  dVtre  poursuivi  en  tons  Item  cha- 
peau bas,  comme  s'il  n'y  avait  plus  dans  le  monde  que  l'honorable 
société  des  mendiants.  Je  parie  que  tu  as  quelque  chose  è  me  demander; 
cb  bien  \  dans  ton  intérêt  ne  le  laisse  pas  soupçonner.  .  Tu  pourrai  me 
garder  pour  toi  seul  deux  minutes  de  plus. 

R.  Crovwell.  Je  viens,  il  est  vrai,  en  solliciteur  auprès  de  Votre 
Majesté. 

Le  Roi.  Je  m'en  doutais  bien  :  épargnez-moi  seulement  la  formule 
commune;  je  devine  que  vous  et  votre  famille  vous  avez  tout  perdu,  tout 
et  plus  encore  ..  tout  ce  que  vous  auriez  pu  avoir,  et  cela  pour  défendre 
ma  cause,  n'^st-repas?...  Par  malheur  vos  titres  sont  ceux  de  tons  les 
Anglais;  tous  m*ont  dit  la  même  cbofe depuis  ma  restauralkm. 

R.  Crouwell,  Moi  et  ma  famille  nous  avons  tout  perdu  parce  que 
nous  fûmes  vos  plus  grands  ennemis. 

Le  Roi.  Malepeslel  C'est  du  nouveau;  personne  ne  m'a  encore  dit 
cela.  Je  vous  écoute:  —  voyons,  que  me  demandez-voust 

R.  CiiOMWELL.  Rien.  i 

Le  Roi.  Allons  donc!  ceci  devient  incroyable.  | 

R.  Cromwell.  Je  viens  savoir  ce  que  Votre  Majesté  exige  de  moi  et  la        . 
payer. 

Le  Roi.  Ohl  oh!  racontez-moi  votre  histoire.  j 

R.  Cromwell.  Mon  nom,  vous  la  dira.  —  Je  suis  Richard  Cromwell.  | 

Le  Roi.  Richard  Cromwell!  Vous  êtes  bien  hardi!  *-  Cromwell!  Êtes- 
vous  l'usurpateur  qui  porta  ma  couronne  ?  le  fils  de  celui  qui  immola 
mon  père?  Vous  êtes  bien  hardi,  je  le  répète...  Et  que  voulex-vons  de 
pioi? 

R.  Cromwell.  Sire,  j'implorai  autrefois  mon  père  pour  le  vôtre,  qim* 
que  inutilement;  je  demandai  sa  vie,  quoiqu'elle  me  fût  refusée. 

Le  Roi.  Ne  parlons  plus  de  cela?  Croyez-vous  que  j'aime  ce  tonvenlrt 
que  j'aie  la  patience  d'entendre  ici  retracer  les  outrages  subis  par  bno 
pèreT 

R.  Cromwell.  Ce  sont  les  mêmea  outrages  qui  m'amènem. 

Le  Roi.  Quels  outrages? 

R.  Cromwell.  Ahl  sire!  nous  avons  bonne  mémoire  pour  ks  outiagM 
qu'on  nous  fait;  nous  oublions  ceux  que  nous  infligeons  novs-Mêmcs.  ii 


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ou  LE  FILS  DE  C&OMWELL.  393 

M  TMt  «ceme  fas  d'an  aele  li  làehe  ;  j'accuse  ces  courtiMos  proster» 
■éf  «nloor  de  fotie  Irdne,  ei  qui,  ponr  glorifier  TOUe  père,  oot  violé  le 
aéfmlciire  dn  mieo. 

Lb  Roi.  SI  cela  eat,  ce  n'est  que  jusiiee;  ce  qui  s'est  fait  s'est  fait  «a 
■om  de.  la  loi,  par  ceux  qui  ont  à  la  fob  le  droit  et  le  pouvoir. 

R.  CnoinniLU  Slw,  eeui  qui  font  la  guerre  aui  ossements  d'un  mort 
avaient  peur  de  ses  regarda  vivants.  Ce  ne  sont  pas  des  sujeu,  mais  des 
esclaves,  qai  oifrent  ce  lâche  sacrifice  à  la  piété  filiale,  pour  prostituer 
votre  devoir  le  plus  sacré,  votre  plus  noble  aiïection.  Mais  ils  eipient 
ainsi  lenr  indignité;  ils  sont  juges,  de  peur  d'être  criminels. 

Li  Roi.  Je  dois  pardonner  beancoup  au  sentiment  de  voire  cause;  mais 
assez  :  si  vous  avei  quelque  chose  à  me  demander,  il  vaudrait  mieux  ne 
pas  provoquer  mes  ressentiments.  Souvenez-vous  que  je  suis  voire  roi , 
entragé  par  les  vôtres,  par  vous-même...  je  voudrais  cependant  me  mon- 
trer juste...  Que  voulez-vous  de  moi? 

R.  CnoMvrBLL.  Je  viens  pour  connaître  mon  sort  et  m'y  soumettre. 

Lb  Roi.  Votre  sort? 

R.  CnoMWELL.  Oui,  sire;  je  prérèrc  être  jugé  par  le  roi  sur  le  trône 
duquel  je  ote  suis  assis,  plutôt  qiie  d'attendre  l'abjecte  et  capricieuse 
tyrannie  de  tos  flatteurs,  lorsqu'ils  chercheront  quelque  autre  spectacle 
de  aaort  pour  satisfaire  eetie  idole  sanguinaire  qu'ils  appellent  leur  d6* 
vonement  nu  roi.  Je  viens  pour  entendre  ma  sentence  de  votre  bouche* 

Le  Roi.  Que  vos  propres  actions  voils  protègent,  si  vous  êtes  absous 
du  passé. 

R.  CnoMWBLL.  Mais,  sire ,  il  est  des  gens  qui  interprètent  à  leur  gré  ce 
passé.  Je  ne  viens  pas  à  vous  conduit  par  une  l&cho  peur;  je  ne  parle  pas 
pour  moi  ;  la  mort,  l'exil,  la  prison,  je  suis  prêt  à  tout  ;  mais  II  est  une 
justice  que  voua  ne  refuserez' pas  à  la  femme  Innocente  et  aux  enHints  qui 
attendent  chaque  jour  que  j'aie  subi  mon  sort  pour  le  connaître  et  avoir 
ensuite  la  paix,  serait-ce  la  paix  du  malheur  ;  c'est  pour  eux  que  je  venx 
savoir  le  sort  qui  me  menaoe  et  eux  dans  moi. 

Le  Roi.  Eht  vous  êtes  fier,  mais  vous  avez  été...  n'importe,  vous  avez 
plaidé  pour  mon  père  :  vous  auriez  pu  me  parler  plus  humblement,  mais 
Tons  m'avez  dit  quelques  vérités.  —  Avec  la  même  Aranchise  répondev  à 
ma  question.  Je  ne  vous  demande  ni  odieux  ni  Honteux  services;  il  n'en 
eit  que  trop  qui  en  rendent  de  pareils  !  mais  votre  persoune  peut  servir 
de  point  de  ralliement  nnx  complots  de  mes  ennemis;  puis-je  compter 
aur  la  libre  soumission  d'un  sujet  pour  son  roi?  En  ai-jo  votre  parole,  la 
parole  d'un  homme  d'honaettr? 

R.  CaoïlwBLL.  Oui,  sire. 

Lb  Roi.  Ancune  des  crainle»  que  vous  avez  ne  se  réalisera  ;  personne  ne 
vie  le  demandera,  on  ai  ea  me  le  demande,  je  n'aurai  plus  le  pouvoir 


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d'y  coMenUr.—  VoM*  pMV  ▼«Ure  «dneté.  Ib  tow 
ligné  de  mt  mito  p«ur  le  f mnI,  tCrWi  tM  fui  «iitffMA  ^  ^M^kiiil 
de  vous  quesiioooer...  Nous  sommet  deui  amis  d<sofMrti>>^>  Ui  JÉnl 
•le9*voai<oonteni?...  No«s  somiMs  ami»T«^. 

R.  Croiiwkl.  Je  ne  déiMniirii  pav  oi  llire. 

ta  R«i.  Je  vaia écrire  ee  aaaf^ondttlu.»  Vcbm  afte  mèi. 

R.  CaOMWiLi.  Sire,  j«  Toudrale  n'èire  pii-  aeiMifué.^  C'aii  là  ^«1 
le  danger  pottr  mai...  Si  dea»  le  patae^part  ^a  V^nm  Majesté  va  bm  il* 
gner  tous  raolic?  m'appeler  par  an  autre  aoaa  qêt  «elai  de  CrattiveM  f 

Le  Roi.  Voyons,  partageans4e  mm». .  M*  Groft»..^  pulMpM  voann*élil 
piM  qu'une  paKie  de  ce  que  tous  ffitMl»..  at>,  ai  e*eai  îmf  aadlM^  Téus 
aères...  M.  Clarke. 

R.  CRfMMPVLL.  Je  remercie  Vdfre  Majeaié» 

La  Rût.  Venei  avec  moi,  et  teoei ^toqs  à  non  cdié,  qu'on  m  fJNe  pal 
aUenllon  k  nous;  car,  lorsque  jeYeai  ft iraqiialqtta bonne aeUon,  jataii 
sûr  d'être  interrompu,  si  on  ne  reneonire»..  Vraiment,  an  m'a  rtooaié 
de  vous  des  choses  qui  vous  font  lionneur  et  dont  voui  ne  vous  Mes  pas 
prévain. 

R.  GaoïwBLL.  Il  vaut  mieux  que  Votre  Majeaté  laa  ait  apprisai  4a tant 
aatre. 

La  Roi.  Monrfenr  Ctirke,  ne  Mies  paa  le  ceartlsan...  Nmb  iwuim 
amis,  venet.  {th  96ftmty^  tt  anlfa  DûrmH  snM  da  WUIU^) 

WiLLis.  Arrêtez  I  un  mot... 

Darnbl.  Moit... 

WtLUB.  Vons-même.  le  vew  af  vu  sortir  de  la  maiio»oà  vit  Richad 
Oomwell  ;  vous  étiet  avec  des  geni  dont  j'ai  au  k»  piajaa. 

DAamtL.  En  vérhét...  {Il  iir$  son  ëpé9»)  DiflBndaf -voua dene,  si  vaas 
veoler... 

Wnxis.  Je  ne  me  défendrai  paa*.  <  ei'ai  voes  me  tuât,  on  vaira  que  vas 
êtes  un  assassin.  Il  serait  dangerent  de  me  ftvpper  lai  datte  l'aocelBla  da 
palais...  On  nons  regarde. 

BAanBL.  (Test  vrai. 

Wiius.  RélécMsset^..  Vous  être  un  elMer  UcauaMs  je  vaa»  déaaati 
av  corps  de  garde  M  prés..*  Vom  ê«H  à  Lanêraa  sialgréla  loié*.Qatlls 
dinnce  avez^vont  pour  vous  aaRvert 

Darku.  Vos  calenls  MmMeat  tamm ;  fua  Me  ymiJea^^yua  émt  f..« 

WtLua.  !9ecre  imérêt  eoaiuwia.*.  Je  'pvia  èart  raHa  anaaurtt  mais  jW 
besoin  de  vous...  Nous  pouvons  agir  de  coattaaii 

Dar^ikl.  Peut-être  ..  Quel  est  votre  but? 

Wittia.  Déeouwlr  un  aetdploi  Mk  tfMparali  oa  iïMm/mU  i 
v<Mif  pi«i  avanlageax  et  plut  iQr  qut  d*an  laete  < 


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ou  LE  FIES  »e  CROHWELL.  395 

Darnkl.  On  Tient  de  ee  cdté...  Sorteitts  ensenUe.. 

WiLLis.  Oui,  ptr  les  raes  ï 

DimHCL.  Ob!  Ye«n  me  redeutei  encore...  Eh  bien,  parlesraêi. 

{ils  aorttnt,} 

](.  GRoinrELLi  rentrant  avee  i9nx  pûpten  à  îa  main.  YoUà  Tarftre 
du  rendex-TOus...  Elle  n'y  est  pas  encore...  Nlmporte,  je  puis  rentrer 
maintenant ..  Ah  !  la  Toîet,  et  elle  ni*a  tu.  {Entr$  lady  Crornirell  ;  Jl<- 
dkird  Cromtoettva  â  elle.)  Mon  amie,  tont  est  sauvé!...  Vous  me  fëli- 
eherex,  j'ai  vu  le  roi.  Toict  Fonbli  pour  le  passé  ;  voici  un  antre  écrit 
danrleqad  il  m'appelle  son  ami,  défend  qu'on  m'interroge,  et  ordonne 

tom  de  me  prêter  aide  et  protection. 

Ladt  Crobtwell.  Richard!... 

R.  Crohwbll.  Votre  pàieur... 

Ladt  Cromwbll.  Si  Disbrowe...  Ihimel... 

R.  CROirwELt.  Et  que  m'importe!...  Ils  ne  sont  plus  rien  pour  nous... 
(Hiblions  qu'ils  ont  jamais  existé.-.  Fuyons  de  ce  séjour  de  luttes,  d'a- 
gitations et  dto  terreur!  Aijons  l'importun  souvenir  de  nos  grandeurs  f 
rampons  k  jamais  avec  le  passé  1...  ' 

EAmr  Crotwell.  Oui,  oui,  nous  nous  cacherons  là  où  personne  ne 
pourra  nous  connaître  ou  nous  trouver. 

R^  CKOttwKtL.  Excepté  ceux  qui  furent  nos  rrais  amis.  Seuls  et  atec 
nos  chers  enfants,  notre  innocent  et  paisible  espoir  de  l'avenir...  Pluf 
fc Richard  Cromwelf  f...  te  roi  m'a  donné  on  nouveau  nom...  Lisez... 
W.  CTarke...  Jamais  îT  ne  donna  titre  pareil!...  un  titre  ponr  être  heu- 
reux... Venez,  ma  bien  aimée  compsgne,  venez,  mistress  Glatlce... 

Fllf  DU  TROlStÈHB  ACTB. 
ACTE  IV.  —  SCÈNE  !•». 

On  voit  aoe  partie  de  rinlérienr  d'on  collage  qui  se  trouve  nir  le  cAlé  droil  de  la  icène  avec  un 
psTillon  oontign  ;  un  jardin  Tenloure.  —  On  voii  une  petite  ville  dani  un  demi-lointain. 

SIR  JACOB  CAUBB,  LADY  CHTIBB,  DEAGLE,  etc.,  etc. 

Sir  Jaeob  et  lady  Chubb  arrivent  d  la  suite  de  Bohert  Deagle. 
Chubb.  Charmante  maison  que  vous  avez  louée  la,  mon  ami. 
Okaglb.  Eh  !  eh  1 

QiUBB.  Cést-À-dire,  si  c'est  tous  qui  l'avez  louée? 
Bbaglb.  Oui. 

Ladt  Chubb.  Bah  I  bah  I...  je  suis  sûre  d'avoir  vu  des  personnes  plus 
apparentes...  Vous  êtes  le  serviteur,  n'est-ce  pas  f... 


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896  M     CLARKfi, 

Deagli.  Sapposoni  quo  je  le  lois. 

Lady  Chubb.  Quel  est  le  nom  de  votre  maître? 

Deagle.  Clarke  !  {Il  entré  datu  la  mai$op.) 

Ladt  Cbubb.  Clarke  '... 

CuuBB,  à  lady  Chubb.  Cela  Deoous  apprend  pas  grand'cbose  .Je  vou- 
drais bien  voirces  gcns-là. 

Lady  Chubb.  On  se  sent  la  curiosilé  d'aller  frapper  à  la  porte. 

CuiBB.  Patience,  ma  chère  ;  il  n'est  rien  de  tel  que  de  faire  connais- 
sance par  hasard;  si  on  peut  amener  ce  hasard-là...  On  voit  à  quelles 
gens  on  a  affaire.  A-t-on  quelque  chose  à  gagner  avec  cui,  il  est  uès- 
alsé  de  devenir  des  intimes  ;  si  ce  sont  eui  qui  ont  besoin  de  vous,  eh 
bien,  on  attend. 

Lady  Chcbb.  C'est  vrai,  mon  cher  Jacob. 

Chubb.  Sir  Jacob,  s'il  vous  plaît...  De  femme  à  mari,  lady  Chubb., 
on  peut  bien  se  traiter  de  sir  et  de  lady,  entre  soi-  Le  roi  lui-même  est 
dans  le  château  voisin...  Si  le  hasard  nous  procurait  l'occasion  de  (aire 
noire  cour...  les  temps  sont  changeants...  Et  si  en  ouvrant  bien  les  yeux 
on  pouvait  rendre  quelque  service  a  Sa  Majesté ..  [On  voit  la  tiliâ» 
Darnel  par-dessus  la  haie.)  C'est  la  seconde  fois  que  cet  homme  montre 
sa  vilaine  figure. 

Lady  Chuimi.  Curiosité  malhonnête...  S'il  demande  quelqu'un,  qu'il 
entre. 

Chubb.  Il  vient.  [Darnel  se  présente  à  la  porte,)  Nous  pourrons  appren- 
dre par  lui  quelque  cho>e.  {Damel  regarde  d^un  air  eurieux;  sirjaceb 
et  Darnel  se  saluent,) 

Darkel.  Je  TOUS  demande  pardon...  mais  ce  joli  petit  jardin...  Ai-je 
l'honneur  de  parler  au  propriétaire  ?...  Je  veux  dire,  à  celui  qui  l'habite... 
qui  l'habite  présentement? 

Chubb.  Non,  monsieur...  aune  connaissance...  une  connaissance  acci- 
dentelle, (il  part,  à  lady  Chubb.)  Je  ne  pouvais  dire  moins,  n'est-ce 
pas,  dans  le  jardin  même,  quel  que  soit  celui  que  nous  ne  connaisseos 
pas  encore  ? 

Lady  Cudbb.  Dites-lui  d'aller  frapper. 

Chubb.  Naturellement,  monsieur ,  vous  avei  affaire  au  maître  de  la 
maison. 

Lady  Chubb,  à  sir  Jacob,  Ne  nous  laissons  pas  prévenir  par  lui. 

Chubb.  Nous  ne  pouvons  pas  entrer  par  force. 

Darnel.  Mon  cher  monsieur,  vous  alliez  entrer.  Je  vous  cède  le  pif, 
et  c'est  très- volontiers,  la  galanterie  l'exige...  Comment  donc  !...  une  pc^ 
sonne  de  qualité  !...  (If  salue  lady  Chubb  ) 

Lady  Cbubb.  S'il  n'est  pas  très-beau,  il  est  au  moins  très-poli. 

Darmel.  D'ailleurs,  ce  site  est  si  gracieux...  j'y  resterais  des  heures .. 


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OD  LE  FILS  DE  CROMWELL.  397 

Ob  !  je  ne  me  Irompe  pai...  tout  va  bien...  (//  aperçoit  HohwtDcagU  à 
la  porte  du  eottagB.)0\i\»..  (Il  sort  à  la  haie  par  la  grille  du  jardin,) 

Lad  Y  CtiuBB.  Oh  !  certes  î 

Chubb.  11  a  dit  :  Tout  va  bien...  IJ  y  a  donc  quelque  chose  qui  va  mal? 
Je  sonderai  celui-ci. 

Deaglr.  Encore  ces  gens  à  Tair  soupconneui  !...  ce  sont  ceui  dont  Pa- 
tience parlait...  Il  faut  que  je  leur  fasse  un  affront  si  je  peux...  T.e  meti 
leur  moyen  d'empêcher  quelqu'un  d*ètre  désagréable,  c>st  d*étre  dés- 
agréable soi-même. 

Chobb.  Il  n'y  a  pas  longtemps  que  tous  êtes  ici,  Tami?  Eh  ! 

Dbagle.  Je  ne  dis  pas  non... 

Chubb.  Ah  !  je  savais  cela. 

Deaglb.  Alors,  pourquoi  le  demander  ? 

Ladt  Chubb.  Mon  cher,  ce  gentilhomme  qui  daigne  entrer  en  conver^ 
sation  tivec  vous  a  dans  son  temps  été  fait  chevalier...  {A  part.)  Il  ne  pa- 
rait pas  étonné  du  tout. 

Chubb.  Quelle  indifférence!...  Mon  ami,  j'ai  tnssi  l'honneur  d'être  un 
alderman  de  Quidlingboro...  un  magistrat. 

Dbaglb.  Et  puis  après? 
-    Lady  Chubb.  L'audacieux!...  Dites  donc?...  eh  !  avcz-vous  vu  beau- 
foap  de  personnes  d%  ce  rang  dans  Totre  vie? 

Dbagle.  Une  fois  ou  deux,  je  pense. 

Lady  Citubb.  J'auraii  dû  le  penser  aussi. 

Chubb.  Peut-être  ne  savez-vous  pas  que  je  puis  regarder  comme  ne- 
pectes  toutes  personnes  inconnues  qui  arrivent  en  ces  Henx  si  brusque- 
ment et  sans  demander  la  permission  à  {tersonne  ! 

Dbagle.  C'est  ee  que  je  me  disais. 

Chubb.  Ah!  ahl...  En  d'autres  termes,  l'ami,  je  voudrais  voir  votre 
maître. 

DK.A6LE.  Ce  sera  facile,  monsieur;  le  voilà.  {Enc$  moment  entrent 
R,  Cromwetl  et  lady  CromtceV.)  Ce  gentilhomme,  monsieur,  un  alder- 
man, un  chevalier,  désire  vous  voir...  Il  prétend  «voir  eu  des  soupçons, 
Ci... 

CnuBB.  Non,  mon  ami,  non  ;  vous  vous  tronpei...  {A  part»)  Le  maître 
n'a  pas  l'air  de  quelqu'un  qui  se  laisserait  braver. 

R.  Caouwell.  Laissez-nous,  Robert. 

[Deagle  iort  par  la  porte  du  fond.) 
Lady  Chobb.  Comme  il  s'éloigne  respectueusement!...  Je  voudrais  bien 
faire  donner  une  leçon  de  respect  au  bedeau  de  la  municipalité. 

R.  CROMvrBLL.  J'ai  bien  pensé  que  quelques  personnes  pourraient  par 
un  sentiment  de  bienveillance... 
Chobb.  Oui,  comme  vous  dites,  par  un  sentiment  de  bientellUnee* 


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886  H»  CLiJIKB» 

JL  CtOKwifci.  Mooiieiir.*. 

Cbum.  Je  VMU  denMidfi  ^idoo—  tt  n'Aime  f  «  à  être  iatervompa. 

R.  Cromwill.  Par  un  sentiment  de  bienveiHanee,  désirer eonsitiieiiB 
•oiureau  venu.^  le  ne  euis  donc  pourra  d*une  lépenie  aulhentiqiii  à 
toutes  les  questions.  Je  la  produirai  quand  je  saurai  à  911  je  m'âdmie-. 
Vetre  nom,  Yotre  titre,  vos  fonctioni? 

CiiUBB,  à  part.  C'est  lot  qui  ne  kit  sulûr  rîBleaogetokk..  Cknklb  \ 
tldermaa  l  sir  Jacob  I  c'est-è-diie,  Chuibb,  esf  utre,— iiiûraai  qui  me  iait 
la  question. 

R.  Crokwbll.  Ail  t  je  me  souviens,  ua  tvài>'aïde&t  partiun  du  Pcatee- 
torat,  créé  chevalier  par  Olivier  Cromweil. 

Chubb.  Oui,  j'eus  cet  honneur...  ou  ce  malheur 

R.  Crouwbll.  Ce  nom  a  ûffué  le  pcemiiar  perni  Us  slgMtaîrca  4'dm 
adnsae  de  Quidiingboro  à  Richard. 

CiliJtt.  J'aiaift  le  roclheux,-  eu  le  boDlieur.«.  mament  dket«.  d'Ain 
maire. 

LâBT  Choba.  Comment  en  laii-ii  t«it  sur  votre  CMVte?...DemaBëei- 
le-lui. 

Chubb.  Je  m'en  garderai  bien.  Peut-être  es^il  venu  êxtc  une  inîisioD 
ieerète.  Je  voudrei«  n'avoir  pas  mis  les  pieds  ici. 

R.  Cromwell.  Vous  m'aves  fUtune  réponse  setiiCiisente,  je  tous  ren- 
drai le  compliment...  Connaissez- vous  la  signature  du  roi? 

Chubb  Je  l'ai  étudiée  avec  respect  depuis  que  je  l'ai  vue  inscrite  auhis 
4t  aa  réponse  à  uoUe  eonteil  municipaL 

R.  Crohvxll.  Reconnaisses-la  donc.  Lisez  tout 

Chubb.  «  L'ami  de  Sa  Maje&té,  son  bon  emiM.  CletJte»  eideet  proteclioa- 
—  II  ordonne  à  tous  les  magistrats...  »  Je  suis  un  mafiatrtt..*  Jamaiije 
•e  fus  ii  finr  d'être  un  .magistrat.  Mais-l  Sa  Majesté  !...  votre  ami,  le  roit 
est  en  visite  au  château  voisin,  situé  k  deux  milles  d'ici.  Peut-être  iio- 
«•«•  Je  vek...  Je  vooi  ofSre  l'aide  et  la  protectkm  dont  je  peux  dispeser. 
ilmiy  Chubb  §$  montrû  tris-obsiçuiêuMê  eatiarf  lody  CwQ$ttmUL)  Xso 
JMIB  monsieur  GWurkel  eber  aoasieur  Ciarkel 

R.  Cromwell.  Qu'avez-vous,  monsieur  ? 

CirnB.  Je  me^disaii  oambieo  il  est  étrange  que  vous  voas  conlaetiei 
de  rester  simplement  M.  Clarke,  ami  comme  voue  l'êtes  de  sa  trèf^- 
cieuse  Majesté...  Pas  même  chevalier? 

R.  CnoawMU  Ak  l  c'est  vrai...  Vous  l'avez  été,  vous,  et  vous  srei 
ferdn^ee  titre»..  To«iJe  noado  ne  s^  pe»  oa  que  c'est  que  d'avoir  été 
d'un  ceag  tétové,  et  puis  d'«i  descendre.  Voue  peaiaiei  deiiner  combise 
élflftfioAtot 

CumiB.  Oui. 

A^iCmimbu.  ^BMÎA^eqBOc'eeL 


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ou  LE  9US  M  aOMWELL.  310 

l.â»v  Gmw»  Mm  litm  «il  «m  âtmâê  liakîlud*;  mm  fM  Mo*  dcTMW 
•Mir  à  4e»  4iir«i  coOStA  h^  ««  hornow  feel  qu'Olivier...  vu  homme  qui, 
de  Tavea  de  ioul  le  monde... 

B.  CjMMiiBix.  Plaça  qoelquefois  cet  titres  fiort  mal.  Que  cem  qui  ont 
4  a*ao  louer  Je  loueuL^. 

Cttcaa.  Et  son  fils... 

Ijoit  Cnoaib  Ce  pauvre  Ekbard  Crom vetl  1 

K.  CaoMwmx.  Ohl  celttî4à,  je  tous  le  Usre. 

Chubb.  Je  ne  suis  pas  payé  pour  eu  dire  du  bien ,  je  pais  le  dire  à  m 
ami  du  roi  Charles  :  lorsque  j'allai  lut  porter  redresse  de  notre  bourg,  le 
bourg  entier  fut  ofieuaé  eo  ma  personne;  car»  sous  peéteite  que  w^  mo- 
ncnta  étaient  précietti,  je  ne  le  vis  pas... 

Làdt  Chubb.  Quand  il  aurait  dû  de  chevalier  nous  créer  baronet;  cela 
nous  avait  été  promis. 

B.  Crohwell.  Premist..* 

Ladt  Croiiivell.  Je  conçois  toute  TOtre  raoeune. 

B.  Crohwell.  M'allez-vous  pas  le  défimdreT 

Lapy  Cbojiwkll.  C'est  que  personne  en  effet  ne  saurait  avoir  les  mêmes 
raisons  que  moi  de  bien  parler  de  Bichard  :  il  n'a  jamais  aimé  personne 
comme  moi. 

Ladt  Chubb,  à  part.  Elle  avoue  cela  en  face  de  ion  mari,  et  lui...  cela 
n'a  pas  l'air  de  le  fâcher  l 

Chubb,  à  part.  C'est  un  mari  bien  indifférent. 

Ladt  Crohwell.  Si  nous  parlons  de  Bicbard,  que  ce  soit  avec  respect, 
car  ses  ennemis  même  doivent  avouer  qu'il  ne  leur  a  jamais  fait  de  mal  : 
la  calomnie  risque,  en  voulant  proclamer  ses  torts,  de  blAmer  ses  vertus. 
Tout  ce  qu'on  peut  lut  reprocher ,  c'est  d'avoir  aimé  les  autres  plus  que 
lui-même,  et  d'avoir  régné  en  conservant  le  plus  noble  des  trésors,  une 
âme  pure. 

B.  Crohwell.  Tous  naïves  pas  toujours  pensé  de  lui  tant  de  bien  ;  je 
TOUS  ai  entendue  blAmer  son  jugement. 

CuuBB.  Son  jugement?  oh!  nous  avons  toujours  dit  dans  notre  conseil 
municipal  qu'il  manquait  de  jugement. 

Ladt  Crohwell.  Le  conseil  municipal  de  Quidlinboro!  Je  ne  m'atten- 
idais  pas  que  cette  sagesse-là  fit  le  procès  k  la  sienne. 

Crubb.  Oh^  nous  savons  Ici  notre  politique. 

B.  Crohwell.  ffais  cette  conversation  peut  M  eonlhmer  dam  notre 
eotuge...  Httstress  Clarke,  voulei-vous  bien  j  recevoir  cet  bons  TOisinBt 
{Entré  Diogh,  qui  fait  signe  à  JIM^ard  quUX  %eut  M  parler.  — 
Lady  Cromrten  fft  U$  antres  passent  âan$  le  ûottage ,  et  lady 
Chubb  dit  à  part  ù  son  mari  :) 

Lady  Chubb.  SloguliêrM  gens!  tlsne  méStseirt  de  ptreomt.  Ctpendvit 


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400  H.   CtARKB,      . 

ayez-vous  remarqué  Avec  quel  accent  elle  a  répété  /a  eonséil  municipal f 

Deagle,  seul  avec  Richard*  C'est  lord  Ingoldaby  qnl  veut  tous  foir 
seul. 

H.  CiioMWKi.j..  Qu'il  vienne...  Ma  femme  défend  mon  jugement  ;  toiU 
une  des  premières  conditions  du  bonheur  domestique.  [Entre  Ingolâihy.) 
Ah!  DlcU,  déjà  faiigué  de  la  cour!  Je  suii»  enchanté  de  vous  voir;  venez- 
vous  partager  notre  obscur  bonheur  et  y  ajouter  encore?  Il  ne  nous  man- 
quait plus  qu'un  ami  tel  que  vous.  Nous  avoni  oublié  qu'il  y  a  des  am- 
bitieui  dans  le  monde  ;  nous  sommes  heureux. 

I.NGOLDSBY.  Hcurcut  ! 

B.  CnoMWELL.  Oui  ;  entrez  dans  notre  humble  retraite,  le  tous  prérieos 
que  le  hasard  y  a  même  conduit  deux  hôtes  dont  la  simplicité  proviocitle 
pourra  vous  amuser. 

Ingoldsdy.  Je  vous  ai  fait  prier  de  m'écouter  seul...  J'ai  reçu  uoe 
lettre  de  votre  femme,  si  j'ai  bien  reconnu  son  écriture. 

B.  Crouwell.  En  vérité  ! 

Ikgoldsby.  Cachetée  de  votre  sceau. 

B.  Cro»wkll.  Si  c'est  pour  vous  inviter  i  venir  nous  voir,  je  rcconDiii 
là  ses  tendres  attentions  pour  moi. 

Ingoldsbv.  Vous  ne  connaissez  pas,  je  le  vois  bien,  ce  que  contieot 
celte  lettre. 

B.  CnoMWELL.  Je  l'ignore,  j'en  conviens;  voulez-vous  me  la  montrer? 

Ingoldsby.  Je  ne  l'ai  point...  celui  qui  me  l'apporta  me  la  redcmsDds 
pour  un  moment  cl  ne  voulut  plus  nie  la  rendre;  il  eût  fallu  à  mon loor 
la  lui  reprendre  de  force,  et  je  dus  éviter  le  bruit  d'une  discussion;  car 
cette  letirc  contenait  des  paroles  qui  pouvaietit  vous  compromettre. 

B.  CnoMWELL.  Moi  ! 

Ingoldsbv.  Oui,  vous.  Àvez-vous  concrrté  un  complot  avec  Disbrowe... 
autorisé  votre  femme  à  m'en^ager  d'y  prendre  part  daus  l'intérêt  de  Tolie 
sûreté?... 

B.  Cnou^ELL.  Non...  Continuez,  que  je  sache  tout. 

Ingolushy.  Cetsc  letivc  était  écrite  à  la  hâte;  mais  on  m'y  d'isaitde 
m'en  tendre  avec  Disbrowe  et  us  amis  pour  être  prêt  à  agir  au  moment 
convenu  . .  Me  voici  pour  vous  répondre. 

B.  CiiouwELL.  Ce  doit  être  une  fausse  lettre,  un  dernier  et  lâche  ton- 
plot  contre  moi.  Je  me  rappelle  en  effet  que  ces  traîtres  vinrent  outra- 
geusement m'offrir  d'associer  leur  fortune  à  It  niienoe ,  mais  je  ré|ioodii 
par  le  mépris...  et  c'est  là  leur  vengeance. 

Ingoldsby.  Maïs  si  cette  lettre  n'était  pas  supposée? 

B.  Cbomwëll,  appelant.  Bobert!  Bobert  I  {Robert  Deagle  entre,)  Allez 
prier  votr«  maltrease  de  Ycnir  un  moment  nous  rejoindre  ici.  [Deaf^ 


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oc   LE  FILS  DE  CROMWELL.  bOl 

rentre  dans  le  cottage.)  La  prdcaulion  de  rcieuir  celle  lettre  en  démoDlro 
]a  fausseté. 

Lngoldsby.  Celui  qui  me  la  présenta  me  di(  que  c'était  son  titre  de 
créance...  un  capitaine  Darncl. 

R.  CttOMWEix.  DarneU  Aitl  Ingoldibj,  nouvelle  preuve  de  irahisoD 
que  le  nom  de  cet  homme.  {Entre  lady  Cromtra//.) 

Lady  Caomwell.  lugoldibj  ! 

li.  Cromwku..  Oui,  ma  femme;  il  vient  répondre  à  une  lettre  qu'il 
croît  af  oir  reçue  de  vous. 

Ladt  Cromwbu..  Voua  n'avez  rien  fait,  n'est-ce  pas?  tous  avez  cette 
lettre?...  vous  l'avez  détruite? 

R.  CaoMWiLL.  Grands  dieui  !..«  Robert!  {Deagle  entre.)  Sellez  mon  che- 
val noir...  (Deagle  vient  et  sort  par  la  grille,)  Quelle  étrange  présomp- 
tion cat  celle  de  l'homme  qui  se  dit  heureux I  Quittez-nous,  Ingoldsby  ; 
les  reptiles  nous  ont  entourés  <le  leurs  tramef,  prenez  garde  d'y  être  sur- 
pris. On  remarquera  votre  absence. 

L%GOLosBT.  Non  ;  le  roi  étant  justement  dans  le  château  voisin ,  c'est 
auprès  de  lui  que  je  »erai  venu, 

R.  CaoMWBLu  Quittaz^iiouf,  mon  ami.  Nous  n'avons  pour  nous  défen- 
dre que  notre  innocence,  il  ne  faut  pas  qu'on  mette  la  vôtre  en  doute... 
AUez  plutôt  nous  dénoncer  que  de  vous  perdre  avec  nous...  Mais  ma 
pauvre  femme,  ah!  se  serait-elle  perdue  elle-même! 

Laby  Chomvtbll.  Apprenez-moi  d'abord  ee  qui  est  arrivé. 

Ingoldsby.  Ces  gens-la  ont  gardé  la  lettre  qui  m'était  adressée  ;  si  vous 
l'avez  réellement  écrite,  ils  en  feront  usage. 

Lady  Crohwbll.  Comment,  et  dans  quel  but? 

Ikgoldsby.  Pour  faire  participer  votre  mari  à  leur  rébellion. 

Ladt  Cromwbll.  Ne  puls-je  me  s.icrifier  pour  le  sauver?  Je  me  sou- 
iplens  de  n'avoir  rien  écrit  qui  puisse  f«ire  penser  qu'il  connût  même  ma 
lettre. 

R.  Cromiivbll,  â  Ingoldsby,  Je  vous  conjure,  mon  ami,  de  pourvoir  à 
votre  sûreté;  je  ne  vcui  pas  avoir  à  me  reprocher  rien  qui  vous  eipofte. 
AUez;  quand  je  saurai  tout,  j'agirai. 

Ingoldsby.  Je  me  retire,  mais  pour  veiller  sur  vous.  (//  sort.) 

R.  Cromwell,  â  part.  Malheureuse  femme  !  que  lui  dire? 

Lady  Crohwell.  Richard,  ne  vous  détournez  pas  de  moi.  J'ai  écrit 
cette  lettre.  Il  est  vrai;  mais  rappelez-vous  dans  quelles  circonstances, 
rappelez-vous  mes  alarmes.  Hélas!  je  vous  croyais  à  la  fois  menacé  et  im- 
prudent peut-être;  j'écoulai  ceux  qui,  menacés  comme  vous,  avaient  in- 
térêt à  vous  sauver  d'un  péril  commun;  mais  par  un  reste  de  défiance, 
en  me  livrant  à  eux,  en  espérant  même  qu'il  y  avait  encore  une  chance  de 
5^  SÉRIE.  — TOME  XII.  26 


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Mtt  M.  CLARiLt, 

vomi  rttïére  la  sécurité  en  vous  rendant  le  trône,  J'eas  hien  soin  den'écrirt 
qu'en  mon  nom. 

n.  OnoM\>'ELL.  Vous  vous  justifiez,  mon  amie  ;  je  ne  songe  pas  à  vous 
accust  r,  mais  à  vous  arraclier  au  nouveau  péril  où  a  pu  vous  jeter  votte 
AiMessc,  votre  faiblesse  qui,  je  le  sais,  n'eut  d'autre  cause  que  voCre  af- 
fection pour  mof  « 

Lady  Chomwell.  Ah  I  vous  m'accordez  votre  pardon. 

R.  CaflfMWELL.  Mon  pardon!  de  toute  mon  èoM;  mait  je  ti*af  rien  à 
vous  pardonner;  je  vous  aime!  {Entrent  Diibrùme,  Ùamei  et  Bwrrg^ 
Ahl  déjà  1  Qtti  veut  avéne  ici,  làcboar  Venez-vous  trionspliv  du  ainli- 
géme  par  lequel  vous  avez  trompé  une  feflitte  trop  créduleT  Après  mom 
avoir  trahis,  avei-iroas  voulu  nous  livrer  noue-nièiiiest  ÉlwfMi'Voas, 
hommes  aussi  bu  que  cruels  1 

DiSBHowi.  Votre  vie  et  la  aîeww,  tous  le  savev,  eMireni  U  inêae  péril 
que  les  ndtres.  H  faut  nous  écouter. 4.  oot,  pour  ello-Biémt. 

Lady  Cromwell.  Richard,  ne  vous  oer«pei  pus  de  mol. 

K.  CiuMiWELL.  Allez  reioiiid#o  nos  Mtes,  —je  le  vevt;  It  ftal  que 
vous  me  laissiez  seul  avec  ces  hommes;  faites  seulemenl  qu'on  ttemus 
interrompe  pas*  Ailei,  ei  ae  fedemes  rien;  je  fierai  Mire  to«i  resseoti- 
fflcot.  {Lady  CnmMell  rmUf  émn»  h  eettog:)  Oui,  Biesaieiin«.-jo  rem 
en  avertis...  j'ai  trop  soulTefl  pour  m  pas  êirr  préparé  à  tMSi.  Je  wtlê 
calme,  mais  vous  ne  devei  qm  redouter  davantage  k  bflloe  ipie  la  raîsaB 
n'a  pu  déraciner  de  nota  ecsnr  i  c'esC  un  combat  à  mort  q«o  vois  veaei 
livrer. 

DisBRowB.  Un  combat  à  mort»  m  eflfiit.  Tous  les  porta  ^'Aagletcne 
sont  fermés  ;  nous  sommes  ici  pour  7  défeidre  notre  vie^^*  Noos  vou 
nvons  cherché  parte  que  voua  élei  notre  dernière  espérance*  Far  mes, 
par  voire  nom  du  moins,  nous  pouvons  ooeere  nous  sauver;  mais  si  mus 
périssons,  vous  serei  entratoé  dans  notre  perte ,  et  votre  femma  dans  la 
vôtre,  ciitcndez-vous  bien?  Nous  vous  offrons  donc  le  chois  :  régnez  encsee 
avec  elle,  ou  mourez  avec  elle» 

R.  CiiouwELL.  C'est  déjà  trop  m'en  dire  ;  voua  parlez  à  oo  eonsmi. 
Je  vous  préviens  que  je  ne  me  croirai  point  obligée  kdre  voa  seeiea; 
gardez-les  donc,  et  partez. 

DisBRowE.  Peut^re  nous  écouterez-voua  quand  vous  saurez  quellei 
chances  et  quelles  ressources  nous  restent  encore.  Vous  n'êtes  pas  seul  es 
notre  pouvoir  :  dans  quelques  heures  peut  être,  Charles  Sluart  lui-ffléaM 
y  sera. 

Dar.\el,  à  DiihrowB.  Partez-lui  plus  clairement...  il  commencée 
écouter. 

DisBRowE.  A  peu  de  distance  de  la  résidence  royale  où  Charles  est  et 
ce  moment  est  un  autre  château  dont  le  maître  a  une  seeur  ou  uns  femoM 


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on  LE  FlU  BB  CBOMWELL.  409 

qoe]e  roi  vient  diaqm  }»«r  visiter  leol  et  laiM  g^ardef...  Le  r^gtomt 
qai  en  es  ftmiiM  dMf  U  ville  est  justement  eeiul  an  eofnmndant 
Falconberg.  dont  tous  les  soldats  vous  sont  déveués. 

9l  CBMnraLL.  Le  régiment  de  Paleenl»erg! 

Ce  réfiawnt  sait  bien  qu'au  premier  jour  il  sera  liceneid 
les  autres.  Nous  avons  parlé  aux  soldats  en  votre  nom,  et  fit  n'*t- 
i  pkM  qu'une  parole  de  vous  pojr  vous  proetamer . 

D18BROWB.  Nom  nous  chargeons  de  nous  emparer  de  la  personne  du 
roi. 

E.  CnoilwcLL.  De  sa  personne? 

Daerbl.  (  A  pari  à  Disbrowe  et  à  Berry,  )  Il  réflédiit  et  cédera. 

DtsBROWB.  Eh  bien!  votre  réponse? 

R.  QncnfWELL.  Et  le  régiment  de  Falconberga  ses  quartlen  dans  la  Tille? 

HMMBt.  Oui,  mykMd. 

Bkmovtb.  Eh  hlenl  neveu? 

Daurbl,  à  DU/^rou>ê.  Donnci^lui  le  temps  de  se  déeider;  il  l'est  déjà 
à  moitié.  (  Haut.  )  Si  le  lord  Richard  veut  nous  permettre  de  nous  re- 
poser dans  ce  pavillon ,  il  nous  fera  bientôt  eommltre  sa  déterminattoD. 

DWMtowB.  Bfnto  le  temps  presse,  neveu.  Les  soMals  peuvent  ae  pronon- 
eer  sans  noua...  noua  entrons.  (  IH  entrent  dans  la  pa^lUm,  ) 

R.  Gromwbix,  atiftl.  J'si  donné  ma  parole  h  Charles  1  mais  ers 
hommes  peu  vent  perdre  ma  femme!...  Si..  raafsm'aasederAeethooMneal... 
Ali!  le  roi  me  fwiralt-il  si  j'allais  loi  déclarer  la  Térilét 

Dbiglb,  du  dehors»  Anétes!  vous  nopasserea  pas.  Il  Isnt  parler  à 
Bwn  maître. 

(  Deagle  entre  par  la  griUs  mvêe  tir  MUehard  WiHie,  qtiU  tUt  me 
reepêet  uuae  un  pUtolet.  ) 

R.  CaenavmL.  Qu'est-ee?  Àh!  cet  autre  traître  kîl  Àlon  tout  est  d^ 
couvert.  ¥oa»él«a  veau  pour  trahir*. • 

WiLLU.  Moi? 

R.  Cbomwbll.  C'est  votre  métier.  Ne  vous  eomiais-je  pas?  Y«Ba  nMven- 
dflea  à  Chartes  eommeTOus  m'aves  vendu  ses  amis.  Parlev,  vil  espion... 
A^I  je  ne  nminHnpe  pas  :  vous  trembles.  Je  ne  eooi lierai  pas  moB-épëe 
d%in  aang  tel  que  le  vôtre;  mais  je  vais  voua  livrera  eaui  que  v«ua 
vonliei  livrer  vous-même  ;  ils  sont  ici.  Vous  savei  quel  sert  tous  altaad. 
au 'milieu  da  ceui  que  vous  «ensea  espionner  •et  trahir. 

WauJB.  Vmb  êtes  traU  vona-oiêae  par  l'un  d'au,  Ikrael«  qui  est  prât  à 
v«if  dén«aoer. 

R.  Câ— watu  Pour  le  aawmr  il  faut  que  vos  soya  d'aececd  avee  loi* 
(  A  Deagle.  )  Âyei  rœtl  sur  cet  homma.  (  Il  prewd  du  Mletiee^  U  émU^ 
Tmb  tamtttrai  oes  laèleues  à  votre  mattcease.  Mon  ehef»!  «t  aaiWf 
RbDr  te  F«rtie  n'est  pas  eneom  peida*.  (if  êerl^) 


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kOk  M.   CLARKIS, 

Dbaglk.  s»  vous  vous  éloigncx  d'un  pas,  vous  èles  mort. 

WiLUs.  Que  Je  ne  sois  pas  vu  de  DUbrowe  et  des  autres,  cela  me  suffit. 
Je  n'ai  nulle  envie  de  vous  quiltor. 

Dbagle.  Ahl  voici  j'istemcnt  ma  maltresse.  [Lndy  Cromwell  entre 
avec  sir  Jacob  et  Ladtj  Chubb)  Aladame,  lisci  ces  tablettes  laissées  par 
mon  msltre. 

I.Anr  CuoMWELL,  lisant.  Vm  du  temps  à  perdre  si  je  ne  veux  pu  être 
prévenue!  et  il  est  parti...  Quel  est  cet  homme  et  queslgoitie... 

Deaglb.  Sir  Richard  Willis. 

Ladt  Cromwell.  Et  vous  avez  l'ordre  de  le  garder  prisonnier.  Mais  qui 
est  dans  ce  pavillon? 

Dbagle.  Lord  Disbrowe  et  ses  amis. 

Lady  Cruhwbll.  Ah  !  il  est  donc  parti  seul  :  je  crois  comprendre  alors .. 
non,  c'était  à  moi  d'aller  me  dénoncer.  Ah!  du  moins  je  puis  me  venger 
de  ces  traîtres  en  les  offrant  à  la  vengeance  de  Charles.  {A  sir  Jeteob.) 
Vous  êtes  un  magistrat;  au  nom  de  votre  fidélité  au  mi,  je  tous  soaae 
de  vous  assurer  des  personnes  qui  sont  dans  ce  pavillon. 

CuuBB.  Moi  !  je  suis  tout  seul. 

LAnr  Cbouwbll.  Craignez  d'être  complice  de  leur  trahiion*  et  soove- 
nez-vous  que  le  roi  peut  vou^  rendre  votre  titre  de  chevalier. 

Lady  Cuobb.  Votre  titre,  Jacob!  Oh!  restez  ici;  je  vais  appeler  tout  le 
bourg  au  secours.  {Mlle  sort  par  la  grille,  ) 

CuuBB.  Ma  Temme  serait  un  excellent  général  :  la  voilà  aux  avanfr- 
postes  ;  mais  que  faire  tout  seul  à  Tarri ère-garde? 

Ladt  Crouwbll,  à  Willis.  Et  vous,  n'aurez-\ous  pas  le  coMir  une 
fois  dans  votre  vie  d'agir  en  honnête  homme? 

WiLLU.  Rtadame,  je  ne  connais  que  mon  devoir...  Cet  homme  est  ub 
magistrat?  En  ce  cas,  monsieur,  vous  avez  vos  fonaions  à  remplir  com- 
plètement :  il  faut  que  vous  arrêtiez  non-seulement  ces  hommea,  mais  en* 
core  cette  femme. 

GnuBB.  Quoi',  mittress  Clarke! 

Willis.  Dites  lady  Dorothée  Cromwell.  femme  du  dernier  PratecCenr. 

CacBB.  Ladj  Cromwell!  et  alors  M.  Clarke...  en  vérité,  cet  ami  da 
roi  serait...  Il  m'a  donc  montré  de  faui  papiers!  Jamais  nugistrat  futnl 
dans  un  pareil  ««ibarras? 

Ladt  Cromwell,  à  WilUs.  Lèche  et  traître  jusqu'à  la  fia.  Kobert, 
qu'il  soit  encore  votre  prisonnier.  (  À  sir  Jacob.  )  Et  vous,  moasieur,  que 
ce  soit  Mrs.  Clarke  ou  lady  Crom^eH  qui  vous  parle,  souveoei^vous 
que  c'est  pour  vous  dire  de  faire  arrêter  les  ennemis  du  roL  Je  tous  laisse 
vos  prisonniers.  (  Elle  sort  par  la  grille,  ) 

Chubb.  Mes  prisonniers.  Mais  où  suis-îe?  Que  fatie?  Le  plus  sur  c'est 
de  les  attendre.  C'est  toujours  du  temps -gagné.  (  Itse  tient  à  ïéeart  et 


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ou  LE  FILS  DE  chomwell.  405 

voit  sortir  du  pavillon  Darnel,  puis  les  autres,  )  Ciel  !  la  laide  figure  de 
ce  malin! 

Darnrl,  qui  remarque  d'abord  Willis.  Quoi!  sir  Richard  Willis! 

Di3BnowE,  étonné  de  voir  Deagle  qui  menace  toujours  Willis  de  son 
pistolet.  Qu'est-ce  que  ccl  homme?  Où  est  volrc  maître  ? 

Dbiglr.  Je  l'ignore. 

DisBROwit.  Eflt-il  dans  la  maison? 

De\gi.b.  Je  ne  crois  pas. 

DiR?sBL.  Réponse  équivoque...  Il  est  parti!  parle,  drdie!  06  en  allé 
ton  mattrc? 

DiSBROWB,  à  Willis,  Et  vous!  qu'étcs-TOUs? 

W1LI.IS.  Je  suis  connu  du  capitaine  Darnel. 

D.IRKBL.  Oui,  vous  l'été!!*  (  Plus  bas.  )  Vous  auriei  tort  de  parier  da- 
vantage. {A  Disbrowe,  \  Nous  n'avons  pas  de  temps  à  perdre.  Richard 
est  peut*ètre allé  agir  sans  uoua;  allont  de  notre  c6\é  faire  échec  et  mat 
aa  roi.  Quoi  qu'il  arrive,  quand  nous  le  tiendrons,  nous  en  tirerons  parti; 
parions.  {A  part.  )  J'agirai  selon  les  cireonitancos. 

Cbubb,  s'a^ionfant,  Jo  serais  complice  si  je  ne  me  montrais  pas;  il  y 
va  du  titre  de  chevalier...  Messicuis,  vous  voyez  un  magistrat:  au  nom  du 
roi,  je  vous  arrête. 

Dar.^el.  Où  sont  vos  satellites? 

Chobb.  Ils  ne  peuvent  être  loin. 

DtsBRowB.  Ils  le  sont  trop  pour  nous  empêcher  de  vous  dlcr  à  jamais 
la  parole  si  vous  dites  un  mot  de  plus. 

Dar?iel  ,  montrant  Willis.  Vous  avez  bien  as<:ez  de  garder  ce  prison* 
nier;  je  vons  le  donne  pour  le  plus  grand  des  coquins.  Adieu. 

DiSBHowB.  Au  roi,  messieurs.  (  /  s  sortent.  ) 

CuuBB.  Je  commence  à  me  croire  dans  un  mauvais  pas. 

(  Lady  Chubb  entre.  ) 

Ladt  CnuBB.  Je  viens  devoir  vos  prisonniers  s'échapper.  Est-ce  ainsi 
que  vous  avez  reconquis  votre  titre  de  chevalier?  Je  vous  amenais  main- 
forte,  toute  la  milice  est  convoquée. 

CuoBB.  C'est  un  peu  tard;  mais  H  nous  en  reste  un ,  et  je  désire  que 
l'autre  m'ait  dit  vrai.  Si  t'est  le  plus  grand  coquin  de  tous,  sa  capture 
nous  vaudra  hien  quelque  chose  Conduisons-le  au  roi. 

WiLLfs.  Oh  !  je  V0U9  sujs  volontiers.  Pourvu  que  ce  Darnel,  au  lieu  de 
se  tourner  une  dernière  fois  du  côté  de  Richard,  ne  nous  ait  pas  dénoncés 
tous,  je  peui  encore  faire  valoir  mon  7èlc. 

Chubb  Marchons,  et  si  vous  venez  réellement  de  bonne  grâce,  je  dirai 
un  mot  pour  vous  à  Sa  Majesté. 


FJN  m  QOATRIÀHB  ACTS. 


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406  U*  GUklIMK» 

ACTE  V.  —  SCÈNB  !'•. 

Apparlcni«Bl  dans  an  château  de  proTiocc.^  Portei  ft  deux  baUsnlt. 

LE  ROI  CHARLES  II  et  LORD  HTÛB  (  Load  Clarkimii'. 

Lb  Roi.  Btli!  WiWi  est  os  ftwrbe  i  c|«i  il  fiai  tovjoiiM  un  oMipfet  à 
dénoncer.  Mon  bon  chancelier,  vous  croyez  vouf  servir  de  ceilHNMBtyCl 
c'est  lui  qui  profite  de  l'auldritéde  Yotr»  nom.  Qui  pféiiod41  tnklr  «v- 
jourd'hui  ? 

LottD  Htm.  Il  dît  que  c'est  quelqu'un  d'une  gmnde  {mportaaoe. 

Lb  Roi.  Quoil  pu  même  un  nom!  Ah l  ah l  vout  «ret  donné  à  es esr- 
•«Ire  des  leltres  de  marque,  il  trouTera  bien  quelque  blUmenià  couler  hai. 

LoBD  Htto.  Je  compte  sur  ses  âotes  et  non  sur  ses  paroles  :  il  assure 
qu'il  a  son  homme  sons  la  main,  le  supplie  seulement  Vutsc  MajesM  de 
me  laisser  la  conduite  de  ces  choses,  et  de  croire  qne  je  n'afiiui  ^e  dam 
totoe  intérêt» 

Le  Roi.  Mon  sage  ministre  semble  se  défier  de  moi.  Quelle  est  rotn 
pensée? 

Lcao  Htdb.  Votre  Majesté  n'est^Ue  défà  pas  intenreane  inqprudein- 
nsent  par  le  sauf-oaoduit  qu'elle  a  deoné  à  un  bomane  tel  que  Richard 
Crorowell  ? 

Lb  Roi.  Encore  la  même  UsCoirel  Kh  h4en,  oaU  j'ai  cru  à  son  homeur; 
j'ai  jugé  rhocnroe  d'un  coup  9i*œiL  S  il  m'a  trasnpë«  ^unltseï  nonssuls 
ment  son  nouveau  crime,  maïs  sa  fausselé.  Je  n'inierviendvai  ni  par  on 
mot  ni  par  un  regard. 

Lord  Htdb.  Je  remercie  Sa  Majesté  pour  elle-même  et  non  pour  noi. 

Lb  Roi.  Vous  voilà  content;  à  mon  tour  je  vous  demande,  mon  ^is 
chancelier,  de  ne  plus  me  gronder  pour  éin  venu  ici.  —  ie  vous  laism  la 
gouvernement  du  royaume,  laissez-moi.  un  peu  de  liberté. 

Lord  Hvdb.  J'ai  seulement  ragrelté  que  Votre  Majeité  n'eût'  ^  (ait 
escorter  sa  royale  personne. 

(  On  entend  au  dékon  la  vote  de  lady  Crammsfi.  ) 

Làdt  CaouvrBLL  II  y  a  danger  pour  le  roi  si  je  ne  péaèlie  jusqu'à  4oi. 
Je  Sfiis  qu'il  est  icL 

Un  Doubstiqob  entre  en  dieant,  Penneitez,  madame,  ^ua  je  fs^ 
Tienne... 

Lb  Roi.  Que  signifie  cela? 

Lb  DouBSTiQCB.  Une  dame,  sire,  implore  la  faveur  de  vous  voir. 

Lb  Roi.  Une  dame!  quVMe  uBMa.  {BmfLaiiy  CromwelL) 


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ou  LE  niS  J>^  GBÛMWELL.  Mf 

ELadt  Cr»iiw«.u  Sice,  c'etl  le  nulbeur  qui  ose  francbîr  tiMitei  les 
litrrières  pour  pâTTenir  jusqu'à  vous*  Sire,  j'implore  voire  loerei. 

Li  Roi.  Pour  qui? 

Lady  Cromweu.  Ohl  pour  vovs-méaie,  sire...  pour  votre jK>yattme. 

Lb  Roi.  C'est  vous  que  ceis  regarde,  moo  lord  chancelier.  —  Et  vous, 
(ati  Domestique)  gardez  uo  peu  mieux  les  portes. 

{Le  Domeitique  sort.) 

Lady  Cromwell.  Écoutez-moi  vous-même,  sire;  je  ne  viens  pas  seule- 
ment demander  une  gr&ce,  ou  du  moins  la  gr&cequeje  réclame  esi  de  celles 
que  les  rois  aiment  à  accorder,  s'ils  sont  généreux  et  sages.-,  s'ils  sont 
justes  surtout.  Mais  il  faut  que  Votre  Majesté  me  l'accorde  d'abord,  pour 
que  j'aie  le  courage  de  tout  lui  dire.  Je  jure  sur  mon  âme,  et  jamaia 
mensonge  n'est  sorti  de  ma  bouche,  je  jure  que  vous  me  remercieret 
quand  j'aurai  parlé. 

Lb  Rot.  Vous  voulez  obtenir  votre  propre  pardon. 

Lady  Cromwbll.  Le  mien!  M  sire,  vous  verrez  que  ce  n'est  pas  le 
mien. 

Lb  Roi.  Parlez  plus  clairement  :  que  voulez-vous  que  je  croie  ou  que 
je  pardonne  ? 

Laot  Cromwell.  Il  eilste  une  conspiration  eontre  vous,  sire,  uia 
conspiration  dans  laquelle  on  voudrait  enlacer  un  innocent,  un  homme 
fii'oB  a  insidieusement  eniouré  de  toutes  les  cireonstanees  qui  pouvaient 
ic  faire  croire  coupable  :  que  la  parole  du  roi  m'accorde  U  liberté  de  cet 
homme,  et  je  dirai  tout. 

Lord  Hvdb.  Quelle  preuve  aurons-nous  de  l4i  vérité  de  vos  parelesY 

Lasy  Guobvtbll.  Une  preuve  qui  m'accuse  tellemeni  que  vous  ne  pour- 
rei  en  douter.  Je  vous  demanda  la  vie  d'un  seul  bomose  pour  sauver  piuf 
que  votre  vie. 

iofto  Hr^B.  Youles-voui  parkr  de  votre  mari?...  quelle  est  cette 

Lamr  Ciumivell  Les  tortures  ue  m'arracberaieui  pas  mon  secret.  Sîea» 
il  y  va  de  votre  sûreté. 

Lord  Hyde.  La  aûreté  d«  rai  eat  garantie  par  l'amour  de  son  peuple. 

Lady  Cromwell.  Quoi!  c'est  là  ce  que  vous  ont  appris  les  levons  du 
§à$séf  Serie^-voua  le  piremier,  sire,  qui,  bercé  par  des  flatteries  sembla- 
bles, vous  réveilleriez  dans  une  ëisgriea  rendue  dix  fois  plus  crsieUe 
^ar  les  graotieurs  de  la  veille? 

Le  Roi.  Femme!  venez-vous  pour  affronter  le  roi? 

IUdx  Gmoiiwbll,  Je  fais  allusion  à  d'autres  grandeurs  que  celles  de 
vatre  famiUe. 

LouD  Hydb.  Je  commence  à  deviner.  Vous  venez  de  vous  révéler  vomr 


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fc06  M.   CLARKE, 

Le  Roi.  A  mon  tour  je  divine  anssi...  C'est  hdy  Cromwell. 

Ladt  Cnov^'RiL.  Vous  venez  de  me  rendre  muette,  quelque  chose  que 
TOUS  vouliez  savoir... 

Lb  Roi.  Je  ne  redoute  ni  vos  paroles  nf  votre  sUenee. 

Lady  CnOMWBL* .  Oh  I  ne  me  méprisez  pas  !  le  désespoir  fait  qurique- 
fois  des  armes  terribles...  Ceux  qui  ont  tramé  ce  complot  vendront  cher 
leur  mort,  s'ils  ne  réussissent  pas...  Je  pouvais  vous  sauver. 

Le  Roi.  Vous  avez  demandé  justice  :  si  votre  mari  est  innocent,  il  est 
libre  ;  mais  c'est  k  lui  de  répondre  à  la  loi,  si  la  loi  l'interroge.  Quant  à 
moi,  j'ai  déjà  pour  lui  encouru  le  blâme  de  mes  amis.  Qu'il  s'adresse  aà 
lord  chancelier;  je  lui  al  remis  tous  mes  pouvoirs...  Je  ne  veux  que  la 
justice. 

Lady  Crobiwell.  S'il  en  est  ainsi,  que  le  ciel  fasse  connaître  la  vérité! 
Je  ne  dis  plus  rien,  et  par  un  regard  de  bonté  royale,  un  oui  ou  un  non, 
vous  pouviez  cmp(^chcr  l'ciïusion  de  beaucoup  de  sang. 

{Le  DomtitiquB  rentré.) 

Le  Domestique.  Trois  hommes,  sire,  demandent  une  AudieDC(yde  Voire 
Majesté,  et  disent  que  c'est  pour  un  service  pressant. 

Le  Roi.  Je  les  verrai...  Us  peuvent  nous  apprendre  ce  que  vous  nous 
taisez. 

Lord  Uydb,  au  Domeilique.  Rassemblez  autant  de  domettiquei  que 
vous  pourrez  ;  qu'on  les  place  dans  l'anticha  ubre,  soyez  tous  prêts  à  ré* 
pondre  au  premier  signal. 

Le  Roi.  Us  ne  sont  que  trois? 

LoRu  il  Y  DE,  au  Roi,  Je  voudrais  que  Votre  Majesté  fût  un  peu  mieux 
gardée,  quand  il  n'y  en  aurait  qu'un.  {Le  Domeetique  sori  après  wjoir 
introduit  Dishrou:e,  Henry  et  Damel.) 

Lady  CnoywELu  Quoil  ce  sont  eux?  ..Viendraient-Us  pour  nous  dé- 
noncer?... Sire,  ces  hommes-là  ^nt  les  conspirateurs  que  jevenais  pré- 
venir. Qu'on  les  arrête!...  Si  je  les  accuse  à  tort,  que  je  sois  punie  de 
toute  la  sévérité  des  lois;  si  je  vous  arrache  à  leurs  mauvais  desseins, 
souvenez-vous  de  celui  pour  qui  je  voulais  plaider  tout  à  l'heure. 

Le  iioi.  Nous  allons  enfin  savoir  la  vérité. 

Lady  Crouwbll.  C'est  mot  qui  vous  la  dis,  sire  ;  ereyei-en  celle  qui 
venait  payer  son  témoignage  de  sa  vie. 

DisBHOWE.  Trêve,  madame,  à  vos  terreurs  de  femme...  Nous  sommei 
toujours  les  amis  de  Richard. 

Lady  CnouwBt.L.  Ses  amis  !.  .  Vous  m'avez  trompée  une  fois,  mais  je 
déclare,  aujourd'hui,  que  c'est  le  calomnier  que  de  dire  qu'il  a  de  tels 
amis. 

DisbrowbJ  Ma  nièce,  si  nous  venions  ici  comme  vous  pour  racheter  no- 


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0(7  LE  FILS  PB  CBOMWELL.  400 

(re  Tic,  nous  n'aurions  qu'à  montrer  la  lettre  qui  vous  rend  notre  com- 
plice. Nous  venons  pour  traiter  et  non  pour  supplier. 

Le  Roi.  Sujets  rebelles,  est-ce  ainsi  qu'on  parle  à  un  rot? 

DisanovB.  11  est  un  roi  auquel  nous  avons  |)arlé  plus  fièrement  encore, 
et  vous  <^ics  son  (Ils  ;  tout  h  Theurr,  peut-être,  ne  dépendrait-il  plus  de 
nous  de  dicter  des  conditions.  C*est  avec  Richard  CromweH  en  personne 
et  à  la  (été  du  régiment  de  Falconberg  que  vous  aurez  à  d<<cider  le- 
quel de  TOUS  doit  régner.  C'est  nous  qui  lui  avons  appris  tout  à  Theure 
même  que  les  soldats  n'attendaient,  que  son  ordre  pour  le  proclamer. 
Vous  êtes  notre  prisonnier,  tous  nous  servez  à  la  fois  de  gage  et  de  ga- 
rantie contre  lui  et  contre  vous..«  H  faut  nous  suivre. 

Ls  Roi.  Je  saurai  résister  en  roi...'llolà  !  quelqu'un  1 
{Entrent  quelques  Domestiqtàes ,  mais  en  même  temps  on  eniehd  un  tu- 
multe au  dehors.) 

DiSBROWE.  Résistez,  si  vous  l'osez.  Je  vous  ai  prévenu,  sire,  que  tous 
n'étiez  plus  le  plus  fort...  Kutendez  ce  bruit  de  chevaui  et  de  soldats... 
Vous  avez  cessé  de  régner. 

{Entrent  Richard  CromweH  et  dex  Officiers.) 

Le  Roi,  à  lady  Crùmwell.  Vous  voyez  la  loyauté  de  celui  pour  qui 
TOUS  demandiez  grAce? 

DiSBROWB.  Et  c'est  à  vous  de  la  demander...  Vive  le  Icrd  Protecteur! 

Lb  Roi.  Ah!  Hjde!  llyde!  ma  folie  m'a  tendu  ce  piège;  mais  il  me 
reste  à  mourir  en  roi...  Qui  de  vous  fait  son  roi  prisonnier?  Il  en  est 
parmi  vous  qui  ne  doivent  pas  marchander  le  »ang  royal.  {A  Richard 
Cromwell.)  Et  vous  monsieur,  à  qui  j'avais  pardonné;  vous,  pour  Tlion. 
neur  de  qui  j'avais  engagé  ma  parole  auprès  de  ceux  qui  vous  connais- 
faient  mieux  que  moi  ;  vous,  qui  avez  ri  de  la  confiance  accordée  par 
UD  Stuarl  à  un  Crom^ell,  que  voulez-vous  de  votre  roi  aujourd'hui? 

Richard  Cboiiwell.  Justice...  Et  Votre  Majesté  me  l'accordera  en  dé- 
pit d'elle-même...  Connaissez-moi  tel  que  je  suis...  Messieurs,  désarmez 
ces  hommes.,    ils  sont  vos  prisonniers.  {Montrant  Disbrowe^  etc  ) 

Lv  Roi.  Kh  bien  !..  que  signifie  eeci? 

R.  CiiOMWELL.  Que  jes'sol'lats  de  Votre  Majesté,  conduits  ici  dans  l'es- 
poir de  vous  servir  par  un  homme  qui  a  eu  autrefois  quelque  autorité 
sur  eux,  et  que  depuis  vous  appelâtes  votre  ami,  sont  venus  pour  vous  dé- 
fendre contre  ceux  qui  avaient  tenté  d'ébranler  ieur  fidélité. 

DAnxKi..  Qu'est-ce  ?  Nous  ont-ils  trahi  ? 

R.  Croxwell.  lis  n'auraient  pas  manqué  d'eiemples  pour  le  faire... 
Sire,  ils  attendent  vos  ordres. 

DisBROWE.  Âme  pusillanime,  vous  pouviez  ressaisir  ce  pouvoir  que  toui 
livrez  à  un  antre  st  lâchement. 

R.  CnoirwEtL.  Ressaisir  le  pouvoir  pour  le  pei^re  encore,  grâce  A  des 


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kiD  M.  CXABU, 

Iwiiniw  lelft  fiie  I>î<l>rewe.  (Le  ihm$$ii%^  »9Âif  U  p€éMe  tir  Jocoè 

Chubb,  lady  Chuhb^  $ir  Miekard,  êU) 

Lk  DoMKsnoi»*  Un  «utre  prUoniiier  qu'on  conduk  à  Votre  Majesté... 
(JSnlmml  ZK«^ofc«  tt  lody  CrofutceU.) 

C^WB.  Quoil  ces  coquuis  sont  ici?...  J'en  demanda  pardon  i  Sa 
U»ieUé;  mais  ces  botniivs-lÀ  sont  mes  prboDniers  légitimes,  capturés 
par  moi.  J'en  appelle  à  mistress  Clarke;  elle  était  venue  prendre  vos  or- 
dres peadani  que  je  remplissais  les  fonctions  dangereuses  de  les  garder.  . 
Hais  peur  Votre  Majesté  que  ne  ferait^oo  pas  ? 

Lb  Roi.  NalurellemeBt  ehaeun  fera  pour  moi  toutee  c|u'U  pourra  lui 
être  utile  à  lui...  Biaia  iie  se  sont  échappés l 

Chubb.  J*ai  reçu  unegraTO  eoAiiwion  en  tombaol  à  la  renvarse  pour  les 
arrêter. 

Lb  Roi.  Sir  Richard  WilUs  prisonnier  aussi? 

WiLUs.  Témoin,  ne  vous  déplaise,  sire,  ua  témoin  dont  oe  saga  ma- 
gistrat a  jugé  convenable  de  s 'assurer  aussi. 

Chubb.  Tout  le  monde  vous  a  traité  de  fourbe...  respère  nut  tous  wa- 
lez  la  peine  d'être  conduit  ici. 

Le  Roi.  0  Miroir  des  magistrats  ! 

Chuub.  Quel  honneur  pour  moi  de  recevoir  ce  titre  de  Votre  Majeaté! 
source  de  tous  honneurs  et  de  toute  justice,  car^voki  de  quoi  eierecr  aassi 
TOtre  roj-alc  vengeance. 

R.  CiiOMWELL.  Sire,  si  j'osais  ajouter  une  parole...  après  avoir  tout  fait 
pour  votre  sécurité,  daignez  ne  rien  accorder  à  la  colère,  le  voas  de- 
mande la  vie  des  coupables,  pour  que  jamais  ma  cause  n'ait  fait  couler 
une  goutte  de  sang. 

Le  Roi  Qu'on  les  emmène...  Nous  j  penserons  dans  notre  royale  sa- 
gesse. [Sortent  Ditbrowê^  Darnel  et  Berry  jfrisonnien.  A  sir  Chubb,) 
Monsieur,  vous  voilà  délivré  de  voire  pénible  charge...  Votre  nom?... 

Chubb.  N'en  dé{tlaise  à  Votre  Majesté...  on  m'appelait  autrefois...  Si 
je  pouvais  encore... 

R.  Cbomwell.  Sir  Jacob  Chubb  ;  s'il  plaisait  à  Votre  Majesté  de  lui 
rendre  ce  titre  qu'il  reçut  de  mon  père,  et  dont  ma  déchéance  l'a  privé. 

Le  Roi,  lui  donnant  V accolade.  Levez- vous,  sir  Jacob  Chubb! 

Chubh.  Ceui  mille  grftces  à  Vpire  Majesti  1  oie  voilà  chevalier  des  dear 
partis  ..  Je  ne  peux  plus  cesser  de  Têtret. quel  que  sait  celui  qui  trîom^e. 
Ah!  si  ladjr  Chubb»  qui  nous  asMiyis,  i^uvaii baiser  les  maw  de  Votre 
Majesté. .. 

La  Bol  Volontiera. 

Chubb.  Et  justement,  la  yoici.  [Entre  Iai4|r  CJM^-i  Veaay,  raies,  aai 
Jwnnelanine^  ^ua  lajaieiiairat>iétmiffaipa..>  Vaue  vaUàaedareawe  ladj. 


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0«7  LB  FILS  m  CftMfWSU.  kH 

Ladt  Cuobb  i'agênoviUe,  en  pUurani,  aux  piedâ  du  roi.  Votre  Ma- 
jesté... 

Le  Roi.  Relevei-vou.. .  Je  vondraf s  sécher  toutes  lei  larmes. 

Ladt  Cuubb.  Votre  Majesté  n*a  qu'à  le  Youloir  avec  les  dames. 

{L«  roi  Vemhraae.) 

Cbl'bb.  J*ai  vu  un  roi,  un  vrai  roi...  embrasser  ma  femme! 

Labt  Cuubb.  Cette  faveur  garantît  à  Votre  Majesté  le  dérooemciit  de 
tout  Quidlinboro. 

Chubb.  Vive  le  roi!  et  vivent  les  Chubb!...  aussi  longtemps  que  nos 
votes  l'emporteront  sur  ceux  des  Chucl(leheads. 

Lb  Roi.  Hjde,  me  voici  un  grand  politique...  Si  je  n'avais  pas  donné 
le  saiil«ondiiit... 

Htdb.  Oui,  sire  :  l'événement  est  heureux. 

Lk  Roi.  Que  de  folies  changées  en  actis  de  sagesse!...  par  la  fortune... 
Un  roi  a  cette  chance  aussi  bien  que  ses  ministres.  {A  Cromicell.  )  Oinnt 
à  rtm»,  qn'est-il  en  notre  pouvoir  de  tous  accorder  encore  ? 

n.  CaoMWfit.  Rien,  Sire. 

Lb  Roi.  Ne  faites  pas  rougir  ma  reconnaissance...  Ce  serait  vous  veiH- 
fer  qne  de  dédaigner  les  henoears  que  je  puis,  que  je  dois  vous  damier. 

R.  Caomwru.  Sire,  je  ne  suis  pas  un  suacborète,  pour  affecter  te  dé- 
djûo  de  la  fortune  ou  des  hoaneurs  ;  mais  l'expérieiicc  ns'a  appris  à  oe 
pas  les  acheter  trop  cher  et  à  y  ronoucer  quand  je  ne  (loiirrais  les  consef- 
ver  qu'au  détriment  des  autres.  Pour  moa  repos,  et  peut-être  pour  celui 
de  Votre  Majesté,  Je  dois  rester  un  simple  particulier. 

Le  Roi.  Vous  retournerez  à  votre  bonheur  champêtre  ? 

R.  CromXvkll.  Je  voudrais  en  effet  retrouver  le  bonheur  ;  mais  ce  ne 
sera  pas  ici ..  Je  suis  le  point  de  mire  d'ef  péranccs  coupables  :  pour  liss 
déjouer  je  dois  quitter  TAngleterre. 

LbRoi  Tous  evîler?... 

R.  Cboshtell.  Oui,  sire.  Quand  les  pères  ne  seront  plus,  quand  je  se- 
v»i  ÎBoeanv  de  leurs  fifs,  je  reviendrai,  j'espère,  passer  les  derniers  jours 
et  um  vieillesse  là  où  fat  mon  berceau.  Je  reverrai  bm  patrie  avec  la  /aie 
4e  reniant  qui  ttiroBve  sa  aère,  et  m'estimerai  haoreux  de  n'avoir  j»- 
saia  déchifféson  sain. 

Ls  Roi.  Mais  jusqa^... 

R.  Cboiiivsix.  Jusftie-là,  je  veux sestar  l'humbla  et  fidèle  aai^e  \0im 
Majesté,  et  m'appelerdu  nom  qu'elle  m'a  donné...  M.  Clarkb. 


FIN  BU  ODIOOHBB  VF  DOHVBB  ACffB. 


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Ri:VUE  ASIATIQUE. 


DEIUXIEUES  NOUVELLES  DE  LIXDE  ET  DE  LA  CHLXE. 


DëccmItTO  lUl. 

Les  relations  officielles  et  les  eorrespondances  parliculières  par^ 
venues  en  Europe  depuis  le  )5  novembre  D*ont  fait  que  confirroer 
rimportanle  nouvelle  du  triomphe  des  Anglais  enCLine.  Le  traité 
est  ratifié  parle  Céleste  Empereur,  les  premiers  payeuienls de  l'in- 
demnité sont  faits  ;  on  altcnd  môme  en  Ani^lelerre  ud  ambassadeor 
chinois,  et  à  1  impatience  qui  accusait  les  délais  de  sir  Henry  Pol- 
tinger  succède  Tenthousiasme  pour  F  ha  bile  té  de  ce  plénipoten- 
tiaire, comme  s'il  avait  tout  prévu,  tout  calculé  ;  comme  s'il  avait 
dirigé  à  son  gré  les  événements  et  amené  le  dénoûment  à  jour  fixe. 
Quoiqu'il  en  soit  de  la  part  qu'il  faut  accorder  au  hasard,  et  de 
celle  qui  est  due  au  talent  dans  ce  retour  de  la  fortune,  les  consé- 
quences en  sont  immenses,  non  pas  seulement  pour  l'Angleterre, 
qui  en  recueille  les  avnnUigcs  immédiats,  mais  encore  pour  toute 
l'Europe;  c«nr,  soit  que  T  Angle  terre  ait  réellement  et  de  bonne  foi 
(  comme  c'est,  selon  nous,  l'intérêt  de  sa  politique)  appelé  tous  les 
autres  peuples  à  la  participation  du  commerce  avec  le  Céleste  Em- 
pire, soit  qu'ils  n'y  soient  d'abord  admis  qu^indirectemenly  la  chose 
aura  lieu;  la  grande  muraille  sera  franchie  par  les  caravanes 
européennes  Quant  à  la  France,  la  seule  puissance  navale  qui 
puisse  rivaliser  avec  TAngletcrre  et  les  Etais-Unis,  nous  espérons 
bien  que  ses  vaisseaux  et  ses  h&timenls  iront  bientôt  chercher  rn 
plus  grand  nombre  ce  nouveau  monde  ouvert  à  son  activité  (i). 

(1)  On  Ht  dans  une  lettre  écrite  de  Nankin,  10  septembre,  par  le  réré- 
rend  Charles  Gutziaff,  interprète  anglais,  que  le  eapitaine  Cécile  de  U 
frégate  française  VErigoM  a  assisté  à  la  signature  du  traité  du  29  août. 
Cet  officier,  qui  porte  à  son  bord  un  agent  diplomatique,  BL  de  Fanci- 


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DBRMI&EE8  N00VBLLB8  DE  L'INDB.        bl3 

La  presseanglaîse.  qui  justement  depuis  quelques  mois  échange 
des  aménitéê  j^vec  la  nôtre,  oe  pouvait  manquer  de  se  relraocher 
dans  les  dêûauces  d'une  naliooalité  exclusive»  et  nous  avons  lu  de 
singuliers  articles  à  ce  sujet.  Cependant  quelques  journaux  ont  eu 
le  bon  scn^  d'exprimer  une  politique  plus  libérale.  Voici  ce  que  dit 
le  Froier's  Magazine^  qui  n'est  pas  plus  bienveillant  qu*il  ne  faut 
pour  lesintéiéts  français,  et  dont  la  polémique  est  même  souvent 
ausssi  étroite  qu*amère. 

a  Quti  les  autres  nations  de  TEurope  participent  ou  ne  participent 
pas  vann  avantages  que  nous  avons  conquis,  c'c>t  une  considéralion 
secondaire.  U  est  clair  que,  dans  toutes  circonstances,  elles  ne  peu- 
vent jouer  que  le  rôle  du  chacal,  et  que  le  nôtre  duit  ôtre  celui  du 
lion.  La  décision  ûnale  de  cette  question  doit  rester,  selon  nous,  aux 
Chinois,  et  il  est  impossible  de  Tanliciper.  Ils  peuvent  fort  bien 
sans  doute,  comme  on  l'a  déjà  dit,  arriver  à  celte  conclusion, 
qu'ayant  été  forâtes  de  communiquer  avec  nous,  ils  n'ont  plus  qu'à 
s'abandonner  à  tous  les  peuples.  D'un  autre  côté,  ne  sauraient-ils» 
par  la  conscience  même  de  la  violence  qu'ils  subissent»  avoir 
honte  de  se  prostituer  ainsi  à  quiconque  spéculerait  sur  leur  fai- 
blesse? Dans  ce  cas,  l'honneur  et  la  politique  nous  commanderaient 
de  les  protéger.  Si  l'Amérique  et  la  France  leur  disent  :  Vous  avec 
admis  l'Angleterre,  donc  vous  devez  nous  admettre,  et  si  la  Chine 
répond  non,  il  y  aurait  lâcheté  à  nous  de  ne  pas  l'appuyer.  Assu- 
rément, ce  n'est  pas  à  nous  de  faciliter  aux  étrangers  l'entrée  des 
ports  chinois,  ce  n'est  pas  à  nous  de  les  y  appeler,  excepté  peut- 
être  dans  celui  de  Canton;  et  si  l'empereur  persiste  dans  sa  haine 
contre  tous,  ne  se  résignant  à  subir  que  ceux  qui  ont  su  s'imposer 
à  lui,  irons-nous  en  ceci  combattre  encore  la  volonté  impériale? 
Toutefois,  nous  le  répétons,  que  les  cinq  ports  de  la  Chine  soient 
ouverts  ou  restent  fermes  aux  autres  nations  de  l'Europe,  ce  n'est 
la  qu'une  chose  d'importance  secondaire.  Aucune  de  ces  nations 
n'est  en  position  de  proQter  d'un  millième  des  avantages  que  nous 


gny,  aurait  m^nic  offert  la  médiatioa  de  la  France,  qui  a  été  écartée  seu- 
lemcut  comme  tardive. 

La  question  est  maintenant  de  savoir  si  le  gouvernement  français  se 
contentera  d'avoir  en  Chine  de  simples  agents  quand  l'Angleterre  y  entre- 
tiendra un  ambassadeur. 


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tmoM  de  BOUS  Msnrer*  L»  Fnr.ce  n'est  pas  et  ne  sm  janutis  «ne 
grande  etentrepraitote  nntleii  eommerciale.  L'Amériqae  pest^étre 
serait  plalôt  en  mcsnre,  et  les  états  de  Fest  poorrnîent  snrtoat 
trouver  en  Chinele  moyen  d'amftier  ta  ruine  qni  les  menace  et  qni  tes 
ficsppera  tôt  ou  lard  qaand  les  états  do  snd  et  de  rnnest  conpre»- 
droal  que  leur  intérêt  est  de  s'en  séparer;  nmin,  après  tout,  naos 
aDinoMS  contai ncas  qoe  ce  traité  de  paix  entre  les  deux  empira 
de  l'Angleterre  et  de  la  Chine  finira  par  être  fltal  à  la  gigantesqne 
démocratie  américaine.  Désormais,  nous  70118  libres  derompre  arec 
otite  répnUtqne  :  nous  pouvons  recevoir  notre  «oton  de  la  Gliiae, 
ei  il  n'est  pas  dans  la  nature  humaine  de  supposer  que  les  étals  du 
sud  se  réduiront  à  la  misère,  et  cenx  de  Touest  k  Tim puissance, 
poor  le  plaisir  de  faire  les  affaires  des  étals  de  l'est  en  se  soumet- 
tant à  leurs  funestes  tarifs. 

»  far  le  fait,  il  est  itnpoesible  de  prévoir  et  de  préciser  toutes  les 
conséquences  d'un  traité  qui  fait  entrer  la  Cliine  dans  ta  vie  esm* 
mune  des  peuples  et  rend  les  Chinois  membres  delà  grande  famille 
humaine^  Une  chose  peut  se  prédire  sans  qu'on  soit  prophète:  dans 
la  Chine  méridionale,  pour  le  moins,  la  dynastie  tartare  aura  cessé 
de  régner  avant  un  demi-siéck.  Le  plan  de  campagne  était  très- 
simple  ;  Nankin,  on  le  savait  depuis  longtemps,  était  la  partie  vul- 
nérabledtt  Céleste  Empire.  Aussi  était-il  absurtie  de  rêver  l'attaque 
de  Pékin.  Être  maître  de  raiidenne  capitale ,  c'était  avoir  vafnca; 
les  Chinois  n'en  doutaient  pas.  Le  noble  fleuve  de  Nankin  est  très- 
afoessâUe;  le  grand  canal  et  d'autres  oeurs  d'eau  y  convergent  En 
wê  mot,  c'est  le  cttar  de  la  Chine,  l'organe  qui  itstriboe  la  vie  à 
tous  les  membres  de  ce  grand  corps.  Les  cinq  ports  suffisent  pour 
nous  metuw  en  eommonicatîon  directe  avec  toutes  les  régions  qai 
produisent  les  thés,  par  les  trois  premiers  ((},  et  avecles  provinces 
où  se  fabriquent  les  soieries,  par  eelui  lies  etnq  qui  est  le  plus  aa 
nord,  etc.» 

Cttoas  maînteiiant  VAnatie  Jotimo/,  Revue  spécirie  et  qui  n'a 
jamais  cessé  de  donner  tort  à  l'Augleterre,  dans  ce  dernier  conflit 
avec  la  Chine  : 

«  Si  dans  cette  guerre  la  justice  avait  été  pour  nous«  la  manière 
dont  elle  se  termine  nous  eût  procuré  une  satisfaction  sans  mélan§e. 

(1)  Canton,  Emoi,  Nimpo. 


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Noos  pouvons  du  moins  noos  réjouir  de  la  nKHk^ratbn  dss  terans 
teposés  fttiit  taîncits.  il  ii*es(  pas  qttesfion  du  trafic  de  l'opluttlj 
fvallc  ôdfeux  abandonné i  la  répression  do  goovernenent  chittoii. 
Btns  les  stipolatidns,  saof  la  cession  de  Hong-Kong  et  Tindemnité 
pèciraftarre,  les  autres  peuples  trouveront  essai  leurs  avantaget, 
ear  il  ne  serait  ni  dans  f  intention  de  rAogleterre,  nî  dans  Tordre 
des  clioses  possibles,  que  le  commerce  des  cinq  ports  ne  fût  ouvert 
qu'aux  marchands  anglais.  Nous  regrettons  même  la  ecssiofi  de 
Houg-Kong,  parce  qu'elle  nous  établit  en  Chine  sur  un  pied  poli- 
tique, et  nous  aurions  voulu,  au  risque  de  perdre  une  garantie  d'a» 
tenir,  n'y  avoir  que  des  élaWîssentcnls  commerciaux.  Le  territoire 
cédé  nous  donne  drs  attributs  et  des  droits  qui  peuvent  nous  engager 
i  intervenir  dans  les  affaires  du  Céleste  Empire.  Nous  pouvons  étw 
entraînés  h  des  actes  capables  de  Wesser  la  vanité  chinoise,  et  de 
nous  aliéner  de  nourcau  ce  peuple  que  nous  voudrions  cuUivet 
comme  un  allié  et  non  comme  un  vaincu,  sans  parler  de  la  jalousie 
excitée  en  Amérhjne,  en  France,  en  Hollande,  etc., etc.» 

On  voit  que  YMiatic  Journal  redofrtesnrioul  Tinlrigue  des  au- 
tres puissances  commerciales,  et  qu'il  voudrait  écarter  jusqu'au 
prétexte  d'une  guerre  nouvelle. 

L'effet  produit  par  la  conclusion  de  la  paix  avec  la  Chine  se  re- 
connaît déjà  sur  les  marchés  anglais;  l'activité  y  revît,  la  spécula- 
tion tourne  les  yeux  vers  la  rivière  Jaune,  et  oubliant  qu'il  y  a 
déjà  bien  des  marchandises  anglaises  eu  consignation  de  ce  c6té, 
les  manufacturiers  des  comtés  do  nord  préviennent  les  commandos. 
te  prt  mier  arrivé  dans  «s  occasions-là  espère  toujours  s'assurer  le 
monopole  des  plus  gros  bénéfices. 

Il  faut  remarquer  encore  que,  dans  toutes  ces  prévisions  et  oes 
caku!s  de  fa  presse  britannique,  clic  élude  de  rappeler  la  co». 
currencc  russe.  Ainsl.YAêintiô  /ouriMif  regrette  i a  eession  40 
Hong-Kong,  parce  que  la  France,  la  Hollande,  lea  E4als-U«ît  pM« 
Tcnt  s'en  inquiéter;  flials,  de  la  Russie,  pas  un  mot  pour  lo  ma* 
aient.  Voici  une  note  du  Moming  Chronitit  qui  preuve  que  Vm. 
eonnatt  eu  Angleterre  toute  l'importance  de  Tintérôt  mssc  dan»  lu 
question  ;  mats  cette  note  est  exclusî'remCTit  statistique  : 

«  Toutlccommerce  entre  la  Russie  et  la  Chine  se  fait  à  la  réunion 
annuelle  des  mai^hands  et  débitants  des  deux  pays  à  Klakta,  à 
rvxtrémilé  centrale  mirklionalo  du  ^ouvçmemeiitd'Irkook*.  Uae 
partie  do  ce  goorertiemcnt  s'appcHe  le  poyavmo  de  Sibérie;  cAb 


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(16  BBBiriËBBS   NODVELLBS^  DE  L'INDE. 

cftofine  arec  les  frontières  de  ia  Cliine  vi  les  désorts  de  la  Mon* 
golie.  Un  autre  commeroc  assez  êlendu  a  élé  ciabli  iiidirecle- 
meni  sur  d*aatrc8  parties  de  la  ligue  de  Sibérie,  et  par  mer,  dans 
les  ports  de  la  Uussic  aiéridionale,  bien  que,  d'après  le  pacte  colre 
les  deux  empires,  Kiakla  doit  élre  le  rentre  unique  des  oféraûons* 

»  Voici  le  relevé  des  opérations  en  1839  et  en  1840  :  £xporlalioDS 
parla  voie  de  Kiaktacn  Chine,  ^»2C;%4iG  roubles  d*urgent  en  I839» 
et  2,287,222  roubles  d'argent  en  i840;  importations  d*ubjcis  ve- 
nant de  la  Chine,  2,4:4,422  roubles  d^^rgent  eu  isas,  et  2,493,669 
roubles  en  1840. 

»  Les  objets  d'exportation  échangés  par  les  Kusscs  consistent 
principalement  en  fourrures  et  pelleleries^soit  provenant  de  la  Rus- 
sie» soit  provenant  du  trafic  avec  les  tribus  nomades  des  frontières 
des  gouvernements  d'Orenbourg  et  de  Sibérie,  Les  objets  de  fabri- 
que russe,  faisant  partie  de  ces  exportations,  sont,  savoir:  Objets 
de  cuton,  en  i840,  2C6,icu  roubles  d'argent;  objets  de  bioe, 
984,403  roubles  Totalji, 247,^12  roubles,  c^st-â-dire  la  moiliéde 
la  valeur  intégrale  des  exportations. 

»  Les  importations  des  Chinois  à  Kiakta  sont  surtout  du  thé. 
En  1839,  la  valeur  totale  des  importations  de  thé  de  diiïcreolcs 
sortes  et  qualités  en  Russie  a  é:é  de  6,89i,438  roubles  d'argeol; 
en  1840,  elle  a  élé  de  9,077,848.  Ce  commerce  est  fait  presque  en- 
tièrement par  (\es  négociants  entreprenants  de  Moscou,  qui  s'en- 
richissont  en  peu  de  temps.  » 

La  Russie  cependant  est  d'autant  plus  à  craindre  pour  l'Angle- 
terre,  que  la  glorieuse  retraite  de  rArr^jhanistan  reporte  de  l'autre 
côté  de  ri nd us  les  frontières  de  l'Inde  anglaise,  qu'on  espcrait  re- 
culer si  audacieusement  par  Toccupalion  de  l'empire  des  DuMrauies. 
Mais  il  semble  que  le  gouverneur  général  n'a  jamais  eu  en  vueqiie 
la  civilisation  des  Affghans.  «  Content  désormais  dos  limitcsqueto 
nafure  para^U  avoir  assignées  à  n;;8  possessions  indiennes,  dit  la 
proclamalioD  de  lord  Ellenbojrougb,  le  gouvernement  de  l'Inde 
ooDsaorera  tous  ses  elTorts  au  maintien  de  la  paix  générale,  à  U 
proltcHon  des  chefs  et  souverains  alliés,  à  la  prospérité  de  ses  pro- 
pres sujets.  9  On  renonce  done  à  l'interyention  anglaise  dans  le 
Penjab. 

Aa  reste,  lillérairemeutj  nous  allons  bientôt  jouir  des  observa- 
tions des  prisonniers  si  beuceusemeot  rendus  à  leurs  compatriotes. 
On  ne  parle  pas  encore  du  journal  qu'écrivait,  disait-on,  l'héraîqae 


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DBlKliHBS  KOUYBLLBS  DB  L^IKDB.        hVI 

lady  Sale»  dans  les  loisirs  de  sa  capliritè;  mais  l'éditear,  M.  Mor- 
njf  annoDoe  la  relation  da  lieulenant  Eyre»  sons  le  titre  de  Diary 
ofapriioner  in  AffghanUtan*  Nous  espérons  qne  cet  onrrage  pa- 
ratlra  à  temps  ponr  que  nons  paissions  en  donner  quelques  ex- 
traits dans  notre  prochaine  livraison,  si»  comme  on  doit  l'espérer, 
Tintérèt  du  livre  répond  à  la  curiosité  excitée  par  son  titre.  Sans 
prétendre  à  l'importance  du  livre»  quelques  autres  personnes  ont 
aussi  publié  déjà  dans  les  journaux  de  Tlnde»  des  lettres  sur  leur 
séjour  forcé  à  Caboul. 


5*  SÉRIE.  »  TOMB  XII.  Sf7 

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NOUVELLES  AE8  gaENGES. 


CORRESPOXDÀPÏCE  POLITIQUE  ET  UTTÉEiilRE 

DE  LA  REVUE  BRITANNIQUE. 

U»  JOURNALISTES  DE  LONDRES.  —  UNE  HISTOIRE  DU  GRAND  CONDÉ.  —  LORD 
HAHON.  ~  BATAILLE  DE  ROCROI.  —  LE  CARDINAL  DE  RETZ.  —  LES  PARLE- 
MENTAIRES. —  CLéMENCE  DE  MAILLA.  —  MADAME,  DUCHESSE  D'aNGOCLÂMI. 

—  DÉFENSE  DE  LA  PRINCESSE  DE  CONDÉ.  —  CHANTILLY  EN  1841.  —  L'HIS- 
TOIRE  MODERNE  EN  ANGLETERRE.  —  UNE  LETTRE  DE  M"*  DE  STAËL.  —  UKI 
LETTRE  DE  M.  DE  LALLJ-TOLLENDAL.— M.  BORROW  ET  BON  MAJOAGB  HANOOi- 

—  BARON  TATLOR,  ETC.,  ETC. 

Londres,  20  dëeembrt. 

AU  moment  où  la  presse  politique  quotidienne  de  Londres 
tire  à  boulets  rouges  sur  la  France,  il  est  peut-être  utile  de 
se  rappeler  que  les  journalistes  anglais  sont  non  pas,  comme 
ceux  de  France,  une  pépinière  de  ministres,  de  conseillers 
d'état,  d'ambassadeurs,  de  consuls,  de  préfets  ou  même  de 
sous-préfets,  mais  les  vrais  parias  de  la  littérature,  qu'on  re- 
çoit à  peine  dans  un  salon  bourgeois,  et  que  jamais  un  homme 
d'état  n'oserait  avouer  quand  par  hasard  il  en  a  quelques-uns 
à  sa  solde.  Jamais  une  injure  partie  d'un  journal  ne  sera  on 
signal  de  guerre  dans  ce  pays-ci.  Naturellement,  cette  posi- 
tion inférieure  au  milieu  d'une  société  aristocratique,  cette 
puissance  anonyme,  et  toujours  anonyme,  donne  auxpubli- 
cistes  quotidiens  une  licence  de  paroles  qui  n'engagent  per- 
sonne, et  surtout  le  gouvernement.  Non  que  la  presse  politi- 
que n'exprime  pas  ici  l'opinion,  ne  soit  pas  surtout  l'écho  de 
la  nationalité  populaire,  mais  c'est  toujours  sons  une  forme 
exagérée.  Les  journalistes  sont  les  chiens  du  logis;  ils  aboient 
pour  avertir  de  l'approche  de  l'étranger  ;  Ils  aboient  au  moin- 


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4lre  bciiit.».  £iat-il  donc  aboyer  pour  leor  répondre? — Mais 
j'en  ai  di^à^  assez  à  ceaujet  dans  qudlqiMMmes  de  œcB 
leUres  {précédantes. 

QinB  dirofti  les  littérateurs  et  les  oritiqaas  iBangais  d'un«ra- 
vmge  quiTiantieide  parattreenficaBçais^iur  nn  siijet  finançaîa, 
firancais  s'il  en  fat?  Un  des  membres  les  pkis  distin^foés  du 
parti  tory,  un  historien  du  plus  haut  mérite,  lord  Mahon,  a  fiiit 
jmpriMipT  arlstoeratiguement  à  cent  texemplaiceB  un  essai  sur 
la  vie  dn  grand  Condé,  valume  de  quatre  cents  pages,  qui  eat 
aen-seulement  un  livre  bien  fût  et  bien  pensé,  mais  un  livre 
écrit  d'un  style  ^pii  raènerait  taut  droit  L'auteur  à  l'Académie 
tnnçmBBj  si  eetie  illustre  ceinyagnie  éfmise  jamais  la  liste 
de  tous  les  honmies  d'état  français  qui  ont  publié  une  lettre 
on  prononcé  un  discours.  Remarquez  tout  ce  qu'il  y  a  de 
kirdi  déjà  à  traiter  l'kistoire  de  Goadé,  après  deux  histoires 
comme  celle  de  la  Fronde  par  M.  de  Saint-Aulaire,  que  locd 
Ifahon  cite  dans  son  avant-propos,  et  celle  de  Mazar in,  par 
M.  Bazin,  qu'il  n'a  pas  lue  sans  doute  encore,  car  il  l'aurait 
dtée  aussi,  quoique  M.  Bazin  ne  sait  qu'homme  de  lettres. 
L'auteur  anglais  a  prouvé  depuis  longtemps  qu'il  aurait  pu, 
s'il  eût  vonlu,  eralffasaer  comme  ses  devanciers  tous  les  événe- 
ments d'un  régne  dans  un  cadre  plus  large.  Je  ne  sais  si  notr« 
ami  M.  Mignet  connaît  son  Histoire  de  la  £iuerr$  de  la  succe»^ 
ma,  Ini  qui  s'occupe  de  cette  ^>oque.  Lord  Mahon  a  traité 
son  sujet  en  petii-fils  d'un  Stanho^  (i).  fieliaaz  donc  le  pitto- 
resque chapitre  du  siège  de  Barcelone;  l'admisabie  appré- 
ciation du  génie  de  lord  Peterborough ,  ce  Dan  Quichotte  de 
tkiUoire^  les  portraits  de  PortocarreiH)»  de  Berwick,  de  Yen- 
d6me,  etc.  L'JBitotrs  d'AmgktÊrrt  dqpuM  iapaiœ  d'-VUreeki 

(1)  n  cil  tout  natard  qm  le  touvenir  Au  iMs  ^'aa  ndetre  a  joué 
dans  l'hif coin  loâiqus  phitdt  os  fii|et  i|tt'an  auire  è  as  écritraiii.  Aiant 
H.  Bam ,  nu  avtm  htaloriea  que  M.  de  Soiat-Aulaiie  avaîl  tait  sur  la 
fnmde;  et  M.  Baitnlui-antee.qnî  s'alMae  pw  do  ia  eiuaou  des  neot 
propres,  f 'eit  cootealé  de  aigoaler  ee  doroBCier,  où  rappdaat  ^n  parod 
las  victimes  de  la  flmde  en  Piofeoee  ftureai  peuins  Ireiie  bourgeêéêmt 
a«if  dû  fnaaw  fm^le,  dont  run  avaii  aaai  ûai^gu. 


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fcao  iroirvEttBS  dbs  scibncbs. 

jusqu'à  la  paix  d'Àiœ-lO'ChapeUe  a  Téclat  de  «rHistoire  de  la 
guerre  de  la  succession,  i>  avec  toutes  les  qualités  d*an  talent 
plus  mùr,  plus  réfléchi.  Mais  ce  qui  distingue  ces  ouTrages, 
c'est  que  la  sagacité  de  l'homme  d*état  et  le  sens  critique  de 
l'historien  n'imposent  pas  silence  à  ces  élans  d'enthousiasme 
et  à  ces  généreuses  prédilections  qui  vont  remuer  le  cœur 
du  lecteur  sans  égarer  son  jugement,  quand  l'auteur,  homme 
de  goût  d'ailleurs,  ne  s'y  livre  qu'avec  sobriété.  Naturelle- 
ment, avec  ces  dispositions  d'esprit,  on  a  quelquefois  besoin 
d'un  héros  en  histoire,  et  voilà  comment  sans  doute,  dans  un 
jour  d'enthousiasme  pour  la  gloire,  lord  Hahon  a  voulu  écrire 
la  vie  du  grand  Condé.  Est-ce  donc  une  biographie  partiale, 
louangeuse?  Non,  le  biographe  reste  historien,  et  ne  vante 
de  son  héros  que  sa  grandeur,  sans  excuser  ses  faiblesses  et 
ses  torts,  sans  être  moins  ému  de  la  gloire  plus  calme  du 
maréchal  de  Turenne.  Il  y  a  plus,  le  nouvel  historien  du 
grand  Condé  lui  préfère  une  femme,  et  cette  femme,  ce  n'est 
pas  la  duchesse  de  Longueviire,  c'est  l'épouse  négligée,  mé- 
prisée, outragée  même  du  prince;  c'est  Clémence  de  Maillé, 
qui,  dans  ce  récit  dramatique,  rivalise  par  ses  aventures  avec 
la  fameuse  intrigante  de  la  Fronde.  Gomme  peut-être  vous 
consacrerez  un  article  spécial  à  l'ouvrage  de  lord  Mabon,  je 
ne  veux  en  donner  qu'un  avant-goût  à  nos  lecteurs  par  quel- 
ques citations.  Voici  un  paragraphe  sur  la  journée  de  Rocroi, 
qui  a  fburni  à  Bossuetunde  ses  tableaux  de  bataUle  les  plus 
passionnés  : 

«  La  nuit  qui  deyait  être  la  dernière  de  tant  de  millien  dliommes,  (ûi 
froide  et  obicure,  et  les  loldata  des  deui  armée»  eurent  reoonn  à  la  forêt 
Yoisine.  Ils  aUumèrent  une  si  grande  quantité  de  feux  que  toute  la  plaine 
en  était  édairée  ;  on  voyait  dans  le  lointain  Rocroi,  le  prix  promis  à  la 
victoire  du  lendemain,  et  les  deux  années  paraissaient  n'en  fbrmer  qu'une, 
tant  les  eorps  de  garde  étaient  rapprochés.  On  eût  dit  qu'une  espèce  de 
trêve  les  unissait  pendant  quelques  heures,  et  rien  n'interrompait  le  calme 
de  la  nuit,  hors  à  de  longs  intervalles  quelques  coups  de  canon  qui  par- 
taient de  la  ville  assiégée ,  et  que  les  édios  de  la  forêt  semblaient  redou- 
bler. Le  duc  d'Enghicn  se  jetant  auprès  d'un  feu  de  garde,  et  s'envel^ipant 


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NOUVELLES  DES  SOENGES.  kSti 

desoD manteau,  s'eDdormit  enpeo  d'iostants.  Son  lommeil  fut  li  profond, 
qu'il  fallut  le  réveiller  le  lendemain  quand  le  jour  eommença  à  poindre; 
c'est  le  même  trait  qu'on  raconte  d'Alexandre  le  matin  de  la  Tictoire 
d'Arbelles. 

9  Se  levant  mus  plus  tarder,  Enghien  se  laissa  armer  par  le  corps,  mais 
aa  lieu  de  casque  ne  voulut  mettre  qu'un  chapeau  garni  de  grandes  plu- 
mes blanches.  Il  se  rappelait  sans  doute  le  mot  célèbre  de  son  cousin» 
le  grand  Henri  :  a  Ralliez -vous  à  mon  panache  blanc.  »  Et  en  effet  lea 
plumes  qui  brillaient  sur  la  tète  d'Bnghien  servirent  dans  la  mêlée  à  ral- 
lier auprès  de  lui  plusieurs  escadrons  qui,  sans  cet  ornement,  ne  l'auraient 
pas  reconnu.  Alors  il  monta  à  cheval  et  parcourut  les  rangs  en  donnant 
ses  derniers  ordres.  Le  mot  de  ralliement  était  «  Enghien.  »  Les  olfiders 
se  rappelaient  avec  plaisir  le  combat  de  Cérisoles,  gagné  un  siècle  aupa» 
lavant  par  un  prince  du  même  sang  et  du  même  nom.  tandis  que  les  sol* 
data,  touchés  de  la  jeunesse  et  de  la  bonne  mine  de  leur  général,  le  re- 
cevaient partout  avec  des  cris  de  joie.  Toutes  les  dispositions  étant  faites, 
les  trompettes  sonnèrent  la  charge,  et  à  l'instant  même  Enghien  partit 
comme  la  foudre  à  la  tèle  de  la  cavalerie  de  la  droite. 

»  Dans  cette  bataille,  disputée  avec  tant  d'acharnement  pendant  six 
heures,  la  perte  des  FraDcuis  est  évaluée  par  eux-mêmes  à  deux  mille 
hommes  tués  ou  blessés,  mais  elle  fut  sans  doute  plus  considérable.  Celle 
des  Espagnols  fut  immense,  et  leur  infanterie  surtout,  qu'on  avait  regardée 
comme  inviociblo  depuis  la  grande  journée  de  Pavie,  fut  détruite  plutdt 
que  vaincue  à  Rocroi.  Telle  élail  la  6erté  de  ces  vieilles  bandes  si  célè- 
bres dans  toute  l'Europe,  qu'un  ofûcier  français  ayant  demandé  le  jour 
suivant  à  un  Espagnol  combien  ils  avaient  été  avant  le  combat  :  a  II  n'y 
a,  répondit  celui-ci,  qu'à  compter  les  morts  et  les  prisonniers.  »  Toute 
l'artillerie  espagnole,  consistant  en  vingt-quatre  pièces,  et  leurs  étendards, 
dont  on  comptait  jusqu'à  trois  cents,  tombèrent  dans  les  mains  des  vain* 
queurs.  Le  duc  reçut  trois  cou[»s  de  feu  dans  la  bataille,  deux  dans  sa 
cuirasse  et  un  autre  à  la  jambe,  qui  ne  lui  causa  qu'une  meurtrissure  ; 
mais  son  cheval  fut  blessé  de  deux  mousquelades.  On  voit  qu'il  n'était 
pas  moins  bon  soldat  que  grand  capitaine. 

»  II  serait  diiGcile  de  décrire  les  transports  de  surprise  et  de  joie  avec 
lesquels  on  reçut  h  la  cour,  encore  mal  affermie,  la  nouvelle  de  cette  vic- 
toire.. On  la  regarda  avec  raison  comme  la  plus  grande  bataille  que  les 
Français  eussent  gagnée  depuis  celle  de  Bouvines.  Ici  commence  cette 
carrière  de  gloire  qui  illustra  le  siècle  de  Louis  IIV,  et  qui  s'arrêta  enfin 
devant  les  épées  d'Eugène  et  de  Marlborough.  Et  si  ce  fut  avec  raison  que 
Louis  ÎIV  prit  le  soleil  pour  sa  devise,  on  peut  dire  que  Rocroi  en  était 
l'aurore,  comme  Hochstedt  en  fut  le  déclin.  —  Pag.  27-37. 


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UB  NOUVELLES  DES  SCIENCES. 

Yoîd  maintenant  le  portrait  du  cardinal  de  Retz,  si  sève* 
rement  jugé  par  M.  Bazin  : 

»  Il  était  Dé  en  1613,  le  cadet  d'une  famille  ancienne  en  Italie  et  iltottre 
en  France.  Foreé,. malgré  son  inclination ,  à  prendre  Tétat  ecdésiastlqne, 
ii  y  avail  apporté  les  vertu»  et  lèaviees  de  Tétat  militaire  —  det  monirf 
rcMehéesy  des  manières  libres;  un  courage  k  toute  épreuve,  et  une  soif 
dévorante-  de  rétoltes  et  dé  guerres.  Un  jour*  parmi  les  troubles  que 
nous  aurons  à  décrire,  Ib  peuple,  voyant  un  poignard  sortir  A  demi  de 
sa  robe,  ne  put  s*empécfaer-  de  s'écrier:  «  Totlà  le  bféviaire  de  noire 
arebevéque!  •  En  effet,  on  pomraiiiHre  de  lui,  que  c'est  plutôt  un  spa<> 
dmsitt  qu'un  soldat-  qu'il  avait  pris  pour  modèle.  Que  penser  d'un  prêtre 
qui  juge  nécessaire  dé  se  défendre  comme  d'une  faiblcHe  de  n'aroir  pat 
donné  de  suite  à  un  projet  d^assassinat  qu'il  avait  formé  autrefois  contre 
le  cardinal  de  Richelieu  f  Gomment  concilier  cette  dépravation  de  ju- 
gement avee  ce  fou  du  génie  et  cette  admirable  puissance  de  parole  qu'on 
remarqua  dans  Bti  vie,  et  qu'on  peut  encore,  même  à  présent,  admirer 
dans  ses  Mémoires  —  ouvrage  dont  le  style,  à  la  fois  vigoureux  et  oraé» 
nppelle  souvent  les  anciens,  dont  l'auteur  s'était  nourri. 

9  Dans  le  temps  dont  nous  parlonss,  Gondy,  prévoyant  les  troubles  et 
espérant  d'y  jouer  le  premier  rdle,  ne  négligeait  aucun  moyen  d'établir 
son  crédit  parmi  le  peuple.  Il  affectait  une  haute  piété  et  s'attachait  les 
dévols.  Il  distribuait  des  sommes  immenses  pour  soulager  les  pauTres.  Les 
dames  galantes  dont  il  était  l'amant  devenaient  pour  lui  des  agents  po« 
ntlques.  Une  vieille  tante  dévote  servait,  sans  s'en  douter,  i  la  même  fin; 
elle  allait  de  quartier  en  quartier  distribuant  ses  aumdnes  parmi  le  bas 
peuple,  et  la  bonne  dame  ne  manquait  presque  jamais  d'ajouter  :  •  PHet 
Dieu  pour  mon  neveu  ;  c'est  lui  de  qui  il  lui  a  plu  se  servir  pour  cette 
benne  œuvre.  »  -^Pag.  S8,  88. 

Lorsque  réponse  de  Condé  se  décide  à  suppléer  son  mari 
dans  la  guerre  civile,  et  cherche  à  intéressera  sa  cause  le 
parlement  de  Bordeaux ,  lord  Hahon  fait  les  réflexions  sui- 
Tantes  sur  les  parlementaires  de  Tépocpe  : 

«  C'était  l'appui  d'une  des  cours  souveraines  du  royaume,  qui  seule 
alors  pouvait  donner  de  la  consistance  i  un  parti.  Sur  un  arrêt  d'un  par- 
lement, les  caisses  publiques  se  vidaient  sans  scrupule,  et  les  parlicuUeis 
payaient  sans  se  plaindre ,  tandis  que  les  grands  seigneurs,  sans  villeSi 
sans  magasins  et  sans  argent  comptant,  ne  pouvaient  en  descendant  de 


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.  N0QTBlii.9g  »B6  SaVMCXSv  43» 

lewt-dM^ans  tnt^  MibêMter  leup  armé«  qu«  ]Mr  le  pillage  el  \eê  paut- 
droiu.  Bien  loin  des  querelle»  d'iniérèt  personnel  ou  des  jalousies  d'a- 
mour frivole  qui  divisaient  sans  cesse  les  gentilshommes,  réunis  un  mo- 
ment contre  quelque  ennemi  commun,  les  magistrats,  fermes,  toujours 
dévoués  â  leur  compagnie,  tongeant  même  quelquefois  au  bien  de  Vétat, 
avaient  pour  eui  la  vénération  des  peuples,  et  savaient  maintenir,  même 
au  sein  de  la  révolte,  une  apparence  de  Tordre  légal.  » 

n  me  semble  que  cet  liommag^e  d'un  lord  anglais  plaira  en 
f^rance  aux  descendants  des  Mole,  des  Pasquier,  des  Brisson. 
L«rd  Mahoa  ajoute  : 

«  U  n'était  pas  difficile  à  la  princesse  de  voir  que  les  secours  dont  on 
la  flattait  raposaicnt  suf  des  espérances  plutôt  que  sur  de»  promesses^  et 
pouvaient  bien  lui  manquer  au  moment  du  danger  :  cependant,  pour  le 
service  de  son  mari  et  de  son  fils,  elle  n'hésita  pas  à  entreprendre  le  rdie 
périlleui  qu'on  lui  proposait,  en  donnant  le  signal  de  la  guerre  civile  et 
se  mettmt  à  la  tète  de  l'armée.  » 

Après  afToir  peint  Clénenfê  do  Maillé  eaptrrant  toutes  les 
classes  à  Bordeaux^  à  la  foie  folne  de^la  i^iHeet  diaposawt  d» 
courage  des  soldats,  lord  Mahon  trouve  un  de  ces  rappro- 
chements et  une  de  ces  digressions  dont  je  parlaiiS  tout  à 
rbeure  : 

«  En  parcourant  les  événements  de  Bordeaux  ea  1680 ,.  on  ne  saurait 
détourner  sa  mémoire  ni  éviter  le  rapprochement  delà  même  ville  en  1818. 
Tandis  que  nous  admirons  le  noble  courage  de  la  princesse  de  Condé  ,i 
pourrons-nous' oublier  celui  de  la  .duchesse  d'Angpuléme^  lorsque  seule  » 
intrépide  et  dévouée  à  son  devoii ,  elle  cherchait  à  balancer  le  aéle  des 
soldats  pour  leur  ancien  chef  et  le  dernier  sourire  de  U  fortune  de  Napo- 
léoa?  Non^  l'histoire  recueillera  ensemble  les  noms  de  Claire-Clémcnoe  de 
Maillé»  et  de  Marie-Thérèse  de  France  l  Toutes  deux  de  la  maison  de  Bour- 
bon» par  naissance  ou  ]^r  alliance;  toutes  deux  encore  plus  illustres  par 
de  nobles  qualités,  eUes  ont  toutes  deux  fourni  l'exemple  que  ni  la  gran- 
deur ni  la  vertu  ne  sauraient  garantir  dans  ce  monde  de  longues  et  pé- 
nibles souffrances.  Honte  à  ceux  qui  ne^  peuvent  jamais  reconnaître  le 
mérite  en  dehors  de  leur  propre  partit  Honneur  à  ces  âmes  généreuses 
qui^  quelles  que  soient  leurs  cro];ances»  savent  se  dévouer,  ett  s'il  le  faut, 
slauBoler  pour  elles»  » 


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hik  N01TVELLES  DBS  8CIBKCE8. 

La  condaite  de  la  princesse  à  Bordeaux  arrache  presque 
un  sentiment  conjugal  au  grand  Coudé  : 

€  Au  fond  de  m  prifon,  le  prince  de  Condé  apprenait  de  tempi  en  tempi 
la  marche  des  affaires.  Malgré  la  garde  rigoureuse  de  Bar»  il  arait  trouTé 
moyen  de  lier  une  correspondance  arec  quelques  amis  au  dehors;  mais 
ces  lettres  étaient  rares  et  incertaines.  Les  principales  lumières  lui  Te- 
naient de  Délencé,  son  chirurgien»  qu'on  lui  permettait  de  voir  quelque- 
fois sous  le  prétexte  de  maladie.  Par  hasard  Condé  arrosait  ses  osilleCs , 
lorsque  Délencé  lui  conta  les  éf  énements  de  Bordeaux  :  Aurais-tu  jamais 
cru»  dit  le  prince  en  souriant»  que  ma  fenune  ferait  la  guerre  pendant 
que  j'arrose  mon  jardin  t  » 

Dans  sa  sévère  véracité,  lord  Mahon  n'ose  pas  même  ici 
prêter  le  moindre  remords  à  ce  mari  injuste;  mais  voici  un 
passage  où  il  se  permet  d'interroger  les  émotions  que  dut  su- 
bir le  prince  rebelle  lorsqu'il  rentrait  en  France,  après  avoir 
prêté  le  secours  de  son  génie  à  l'Espagne  contre  son  roi  :  je 
ne  dirai  pas  contre  sa  patrie»  car  ce  mot  n'existait  peut-être  pas 
dans  le  vocabulaire  des  vaniteux  Coriolans  de  la  fronde  : 

«  Avec  quelles  émotions  dut-il  reToir  ces  étroits  défilés  que  lui-même 
avait  ouverts  à  la  victoire,  ces  sombres  forêts  de  sapins  qui  environnaient 
comme  d'un  cadre  noir  cette  plaine  marécageuse  et  inculte  où  les  tercios 
redoutables  et  renommés  de  l'Espagne  vinrent  succomber  devant  un  héros 
de  vingt  ans!  Cet  arbre  à  l'ombre  duquel  il  s'était  reposé;  ce  clocher 
sous  lequel  on  avait  entonné  le  Ta  Devin  de  la  victoire;  cette  maisonnette 
où  il  était  descendu  pour  écrire ,  d'une  main  frémissante  de  joie  »  son 
premier  bulletin  !  Qui  de  nous  n'a  pas  lui-même  éprouvé  l'influence  des 
lieux  qu'il  revoit  pour  la  première  fois  depuis  sa  jeunesse  t  Combien  de 
souvenirs  déji  à  moitié  effacés  viennent  en  foule  se  présenter  an  cœur  at- 
tendri! Les  années  disparaissent»  l'Ame  reverdit»  chaque  objet  rappelle 
une  ancienne  amitié»  un  espoir  déjà  déçu;  nous  croyons  être  encore  A 
l'époque  où  nous  nous  élancions  vers  la  vie  active  sans  en  prévoir  les 
dangers»  sans  sentir  les  douceurs  de  cette  vie  tranquille  que  nous  quit- 
tions» de  cette  vie  tranquille  que  nous  regrettons  aujourd'hui  et  que  nous 
ne  retrouverons  plus  !  Mais  combien  ces  sentiments  devaient  avoir  plus 
de  force  pour  Condé  que  pour  nous!  combien  ils  devenaient  plus  graves 
et  plus  amers  lorsqu'il  arrivait  sur  les  mêmes  lieux  dans  des  circonstances 
Si  changées.  Rebelle  contre  ce  roi  dont  il  avait  autrefois  affermi  le  trdne! 


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NOtJTELLBS  BBS  SCIENCES.  425 

Allié  de  cett»  Espagne  que  lal-nême  avait  jadis  Taiocae  et  flétrie  !  Cha- 
que objet  qu'il  reDContrait  semblait  loi  adresser  un  reproche  silencieoi, 
mais  sévère;  car,  ainsi  qae  l'a  dit  Tacite,  l'aspect  des  lleui  ne  s'accom- 
mode point  aux  princes  comme  les  visages  des  courtisans.  » 

On  je  me  trompe  fort,  on  il  y  a  qnelqne  chose  de  si  vrai 
dans  cette  poésie,  qne  Tanstérité  de  Thistoire  ne  peut  s'en  ef- 
fiu'oncher.  Écoutons  maintenant  lord  Mahon  se  faisant  le 
champion  chevaleresque  de  la  princesse  de  Condé,  non  pas 
seulement  contre  l'indifférence  du  héros,  mais  contre  son  em- 
pressement à  accueillir  la  calomnie  odieuse  qui  tout  i  coup, 
en  attribuant  deux  amants  à  sa  femme,  le  justifiait  de  deman- 
der contre  elle  une  lettre  de  cachet  : 

€  Comment  concevoir  qu'une  princesse  mariée  depuis  plus  de  trente 
ans«  et  jusqu'alors  à  l'abri  du  moindre  propos,  toujours  respectée  par  la 
calomnie ,  qui  ne  respecte  rien ,  toujours  irréprochable  au  milieu  d'une 
cour  corrompue,  ait  attendu  que  l'âge  des  passions  fût  passé  pour  s'y  li- 
vrer T  Comment  concilier  de  pareils  dérèglements  avec  cette  haute  piété 
soutenue  depuis  sa  jeunesse?  Comment,  sans  preuves,  admettre  une  telle 
accusation  contre  la  femme  qui  se  dévoua  si  courageusement  et  si  cons- 
tamment à  la  défense  du  mari  qui  la  méprisait,  contre  l'héroïne  de  Bor- 
deaux, contre  Clémence  de  Maillé  T  Et  quelle  accusation  encore  I  Non  pas 
seulement  une  inclination  illégitime,  mais  le  partage  honteux  de  êee  fa- 
Tcurs  entre  deux  de  ses  valets  ! 

«Ce  fut  ainsi,  ce  me  semble,  que  le  public  en  jugeait  à  Paris.  On  crut 
trouver  la  source  de  ces  soupçons  dans  la  rancune  de  M.  le  prince  et  dans 
l'avarice  de  M.  le  duc.  Mademoiselle  assure  que  «  M.  le  duc  fut  accusé 
d'avoir  conseillé  à  M.  le  prince  de  cesser  le  traitement  que  recevait  ma- 
dame sa  mère.  11  éUit  bien  aise,  à  ce  que  l'on  disait,  d'avoir  trouvé  un 
prétexte  de  la  mettre  dans  un  lieu  où  elle  ferait  moins  de  dépense  que 
dans  le  monde,  p  Nous  voyons  assex  ce  que  le  duc  do  Saint-Simon  pen- 
sait sur  cette  affaire  par  deux  mots  qu'il  applique  au  duc  d'Enghien  en 
frisant  plus  tard  son  portrait  :  Fiu  n^MATuaii!  L'opinion  qu'on  en  avait 
dans  ce  cerde  spirituel  où  brillait  madame  de  Sévigné,  se  découvre  dans 
une  apostille  de  Carbonelli  sur  les  derniers  moments  de  Condé  :  «  La 
mort  de  M.  le  prince  a  édifié  tout  le  monde,  et  vous  autres  comme  nous; 
mais  j'aurab  voulu  qu'il  eût  donné  quelque  signe  de  vie  au  public  )K>ur 

madame  sa  femme »  Aucune  ressource  ne  restait  à  la  prin<» 

eesse.  Son  père,  sa  mère,  son  frère  étalent  morU;  son  fils  l'avait  aban- 


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4M  NOO^LUBS  Di»  scisveHk 

donnée  :  il  ii^y  av«i  plus  de  famiUe  peur  déneoee.  G*ett  «iati  qQ*dl» 
dat  repaner  en  prieonniére  ee  même  fleuve  de  la  Loire  qu'elle  avait  tm- 
veifé  deui  feis  dent  ia  jeunesse  pour  le  senriee  de  son  époui;  e'csi  ainsi 
qu'elle  dut  voir  eneote  une  fois  les  ooUioes  qui  environnent  Montiond.  tt 
lui  fallut  entrer  dans  cette  tombe  vivante.  «  Elle  y  avait  été  gardée  bien 
longtemps  en  prison,  dit  Mademoiselle»  et  à  préaent  on  lui  donne  seule- 
ment  la> liberté  de  se  promener  dans  laeour»  toujours  gardée  par  des  geos 
que  M.  le.  prince  tient  auprès  d'elle.  » 

Tous  les  mémoires  contemporains  ont  été  religieusement 
consultés  par  lord  Mahon»  qui  a  voulu,  nous  ditril,  se  péné- 
trer de  l'esprit  du  temps  ^  et  citer  textuellement  les  propres 
paroles  des  acteurs  qu'il  met  en  scène  ;  mais  il  paraît  que  le 
Staie  Triais  Office  de  Londres  contient  aussi  des  pièces  ou 
ii  a  puisé  quelque»  renseignements  incomms  aux  auteurs  firan- 
Cais,  entre  antres  les  dépèehes  de  lord  Arran ,  rambaissadev 
anglais.  Enfin  il  s'est  aussi  inspiré  des  lieux ,  comme  il  ayaît 
fait  pour  son  BUioire  de  la  succession  d'Espagne.  En  terminant 
la  vie  de  son  héros ,  il  raconte  qu'il  est  venu  demander  au 
cbAteau  et  aux  jardins  de  Chantilly  ce  q^'ils  conservent  en- 
core de  cette  grande  mteioîre  : 

«  Longtemps  après  lui  on  découvrait  encore  dane  toeosnemenle  ée  Gba»' 
tilly  les  traces  du  héros  qui  les  dirigeait,  a  Son  goÉi^  naturel  povrie  jnr* 
dinage,  dit  son  arriére-petit^GIs,  se  trouvait  un  penplns  à  Tain  qne^quand 
il  niltivait  des  pots  d'oeillets  dana  se  pritoa>de.ViBoenne8t  *  Lai  beaalé 
et  la  symétrie  du  grand  et  du  petit  eli*te«i,  fes  bocnges,  les  berceau» 
les  allées,  les  jsnrdins,  ees  eauv  si  dilree,  si  limpidei»  si  abonânnlai^  ee. 
canal  que  Condé  se  plaisait  à  ereusert  le  nombre  prodigieux,  do  jet»  d'eas- 
qui  se  faisaient  entendre  jour  et  nuit  et  qui  entretenaientla  fmkbonréo 
l'air»,  cette  forât  immense  si  bien  percée,  si  bien  alignée,  ^eal  oal  le  pot* 
traitqu'on  noasMt  de  Cbandlly  aTantlai^folulioik  Depuis»  la  plupart  dio 
eeo  menreili'es.  de  Part  ont  disparu  ;  mais  la  nature  ne  cèdo^  pas  anm^ 
ilRilemeot  à  la  ftolènee  de  l^ommo  et  sait  phis.pwwpiemem  idpmi.> set- 
ratages.  De  nos  joun<eDeeptcnlwvi841)  j'aiieneorepuadminr  oalto  forèi 
faste  et  sau^gci  emeaiK  limpide»  el  jaUMsaolos»  e»  veitt  peuplimi 
de  Hollande  qui  ont  pris  racine  dans  les  dëbrfs  du  grand  sfaHeimi  etqut 
maintenant  les  ontnnreDt  de  leur  oasbrage  ;  ces  sentiem  de  pelonaa  ol 
eeiikaien  d^aubé^ne»  ce  fttîa  Château  eneora  debout  et  < 


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ifCHryHLLS»  MES*  sonaiCK»  c» 

aouvenin  de  Condë,  ce»  jardini  rettaiiréft  avBe  toin  et  oè-  les  fkas  betao 
orangers,  les  fleura  les  plus  bnllaiitea  répandent  de  ooufeai^  lattr  yarfUtt»» 
-  Pag.  432. 

Ce  double  hommage  rendu  à  la  gloire  fratiçaiise  et  à  la  laih- 
gne  française,  ne  peut  que  flatter  la  France ,  ce  me  semble. 
Un  volume  de  plus  de  quatre  cents  pages  ne  s'écrit  pas  comme 
une  lettre  :  le  style  de  Phistoire  offire  bien  d'autres  difficultéar 
que  celui  du  roman.  La  Quarterly  Amew  adonc  bien  raison' 
de  plaeer  lord  Habon  an-dessus  da  spiritnel  correspondant' 
de  M"*  dtt  Befftint,  et  de  l'auteur  de  Yathech';  car  ce  beau  ro- 
man de  H.  Beckford  Art  primitivement  composé. et  publié  eif 
français. 

Maintenant  je  dbis  dire  quelle  est  l'origine  âe  lord  Mabom 
Ce  titre  appartient,  avec  cehii  de  vicomte,  an  fils  aîné  du' 
comte  de  Stanbope.  Son  aïeule  était  une  fille  du  premier  lord' 
Cbatam  ;  la  fsimeuse  lady  Esther  Stanbope  était  sa  tante;  La' 
plus  ancienne  et  la  plus  haute  illustration  de  la  flimillë  fut  le* 
premier  comte  Stanbope ,  à  la  fois  grand  diplomate  et  grand^ 
capitaine  sous  Georges  I".  Le  père  du  comte  actuel  avait  sur* 
tout  le  goût  des  sciences  et  des  travanx  mécaniques.  Dans  la 
polémique  soulevée  en  Angleterre  par  la  révolution  française» 
il  fut  l'antagoniste  de  Burke.  Pendant  son  séjour  à  Londres , 
le  duc  d'Orléans  (père  de  S^.  M.  Lonis-Philippe)  s'était  lié  avec* 
lui,  etc.,  etc. 

Il  s'est  fait  en  Angleterre  comme  en  France,  depuis  vingt  ans, 
ime  révolution  dansles  études  historiques  :  il  y  a  jusquHci  moins* 
de  nouvelles  histoires  que  des  systèmes  nouveaux,  et  de»d0'^ 
caments  pour  servir  un  jour  à  la  mise  en  pratique  de  oes^ 
systèmes.  Cependant  plusieurs  travanx  déjà  publiés  ont  une' 
valeur.  Les  universités  anglaises  ont  aiissî  leurs-  professeurs' 
d'histoire  ;  mais,  en  Angleterre  comme  en  France,  le  professeur 
n'est  pas  toujours  le  meilleur  historien,  parce  que  justement 
dans  la  chaire  on  contracte  volontiers  ces  habitudes  oratoires 
qui  ne  sont  pas  favorables  au  vrai  style  historique.  Je  vous 
signale  en  attendant  deux  cours  d'histoire  [Ltctureè  on  Modern^ 
History  ) ,  qui ,  après  avoir  fait  sensatioa  oralement  à  Gamr-* 


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428  NOUYBLLES  BBS  SCIENCES. 

bridge  et  à  Oxford,  sont  devenus  des  livres.  Le  premier  est 
celai  du  docteur  Thomas  Arnold  d'Oxford;  le  second  celui 
de  M.  William  Smyth  de  Cambridge.  Le  docteur  Arnold  était 
le  plus  jeune  des  deux,  et  il  vient  malheureusement  de  mou- 
rir. Tous  les  deux  ont  de  belles  pages ,  de  ces  pages  i  effot, 
qui  accumulent  les  images,  les  personnifications,  les  descrip- 
tions :  on  voit  que  tous  les  deux,  en  un  mot,  sont  fort  con« 
tents  d'eux-mêmes  quand  ils  ont  composé  un  petit  tableau 
modèle,  comme  trois  pages  sur  le  siège  de  Gènes,  par  le  doc- 
teur Arnold,  ou  un  portrait  modèle,  comme  trois  pages  sur 
Charles  I*',  par  M.  Smyth;  absolument  comme  mon  profes- 
seur de  dessin  au  collège ,  qui  nous  traçait  un  nex  ou  une 
oreilfe,  et  nous  disait  bravement  :  Voilà  comment  vous  ferez 
une  tête.  Mais  enfin  les  préceptes  sont  bons,  les  conseils  par- 
faits, et  la  leçon  ne  peut  certes  égarer  Tèlève.  Ces  professeurs 
ont  surtout  Thonnèteté  de  ne  pas  nourrir  les  préventions  na- 
tionales de  leurs  auditeurs,  et  entre  autres  le  docteur  Arnold 
dit  franchement  que  les  Anglais  n'ont  pas  toujours  battu  les 
Français  (1). 

Quoique  je  vienne  de  citer  pas  mal  de  [français,  je  veux 
vous  en  citer  encore,  du  français  écrit  aussi  en  Angleterre, 
mais  par  madame  de  Staël  et  par  M.  de  Lally-Tollendal.  Ce 
sont  deux  lettres  que  je  trouve  avec  quelques  autres  dans  le 
cinquième  volume  des  Mémoires  de  mus  Burney  dont  vous 
avez  donné  deux  premiers  extraits,  pour  en  donner  encore 
un  pour  le  moins.  Aussi  ne  vous  analyserai-je  pas  ce  volume 
où  la  pauvre  Evelina  obtieni  enfin  sa  liberté  et  s'échappe  de 
la  cour  à  demi  puritaine  de  Georges  III,  joyeuse  conune  une 
feuvette  sauvée  de  sa  cage  et  retrouvant  le  bocage  natal. 
C'était  en  1792...  et  justement  dans  le  petit  asile  où  la  pauvre 

(1)  «  Philippe-Auguste  et  Louis  IX  furent  constamment  heureux  contre 
Jean  Sans-terre  et  Henri  III.  Les  conquêtes  d'Edouard  III  et  de  Henri  V 
furent  suivies  d'une  série  de  désastres,  et  si  nous  descendons  à  dt$  temps 
plus  rapprochés,  Mariborough  fut  toujours  vainqueur;  mais  Guillaume III 
et  le  duc  de  Cumberland  furent  toujours  yaincus,  Tun  par  Luiemboarg, 
Tautre  par  le  maréchal  de  Saie.» 


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NOUVELLES  DBS  SCIENCES.  fcS9 

victime  de  Fétiquette  respire  loin  de  Ctfhèrt,  comme  die 
appelle  Mrs.  Schwellenberg, — le  flot  révolutionnaire  jette  nne 
colonie  d'émigrés  qui  se  nomment  Narbonne,  Lachatre, 
Lally-Tollendaly  Talleyrand,  Broglie»  de  Staël,  etc.,  etc.; 
ultras  de  Coblentz  et  constituants,  tous  réunis  par  le  même 
naufrage.  A  ces  noms  vous  devinez  Tintérét  nouveau  qui 
ravive  le  Journal.  Bientôt  tous  ces  émigrés  français  admirent 
miss  Bumey  ;  Corinne  elle-même  monte  sur  son  trépied  pour 
chanter  Tesprit  et  la  grâce  de  ce  bas-bleu  sentimental  ;  enfin 
un  adjudant  du  marquis  de  la  Fayette,  le  général  d'Arblay, 
en  devient  sérieusement  amoureux,  si  sérieusement  qu'il  1'^ 
pouse  (1).  C'est  au  sujet  de  ce  mariage  que  sont  écrites  les 
deux  lettres  suivantes  : 

MADAMB  DB  8TÀBL  ▲  MADAMB  D'ARBLAT. 

Copet,9aoùt  im* 

Od  me  dit  une  nouvelle  qui  me  fait  un  eitrême  plaisir.  11  appartenail 
à  votre  coeur  de  sentir  tout  le  prix  de  Thérolque  conduite  de  notre  excel- 
lent ami  et  de  justifier  le  sort  en  vous  donnant  i  lui,  en  assurant  ainsi  k 
sa  vertu  la  récompense  que  Dieu  lui  permet  sur  cette  terre.  A  présent  que 
vous  êtes  un  peu  de  ma  famille,  jN  spère  que,  si  je  revenais  en  Angleterre» 
je  vous  verrais  tant  que  je  voudrais,  c'est-à-dire  sans  cesse  :  tous  mei 
regrets  comme  toutes  mes  espérances  me  ramènent  en  Surrey.  C'est  là  le 
fMradis  terrestre  pour  moi  ;  —  ce  le  sera  pour  vous,  je  l'etpére.  Je  ne 
connais  pas  un  caractère  meilleur  à  vivre  que  M.  d'Arblay,  et  je  sais 
depuis  longtemps  combien  il  vous  aime  Vous  nous  deves  à  présent  de 
beaucoup  écrire.  Je  vous  demande  de  m*in Former  de  vos  projets,  de  me 
conGer  votre  bonheur;  et  si  je  trouve  jamais  une  manière  de  vous  servirt 
disposez  de  moi  comme  d'un  bien  à  vous.  Adieu  >  adieu  1 

LB  COMTB  DB  LALLT-TOLLBNDAL  AU  CHBVALIBR  D'ABBLAT» 

Twickenbam ,  9  aoùl  1T9S. 

Je  m'étais  plaint  de  vous,  mon  cher  d'Arblay  ;  et  puis,  par  réflexion» 
J'avais  trouvé  que  vous  faisiez  bien  mieux  de  goûter  votri-  bonheur  que 
de  le  décrire*  L'amour  vous  a  permis  de  consacrer  un  instant  à  l'amitié^ 
et  je  viens  vous  en  deroauder  encore  un  pour  ma  reconnaissance  et  pour 

(1)  NoTB  DU  DiBBCTBUB.  Nous  pubUcrous  en  janvier  cette  partie  du 
journal  de  miss  Burney. 


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(M  miDTHXES  nés  6cnEirGM. 


IfflKpPMrion  def  WDBox  Its  «flot  ardenls  qoi  aieol  janab  été  fomës  panr 
voto«  bonbaur  et  pour  celui  de  l'être  ^  jntéffes«ânt  ^i  viesi  de  doublar 
le  vétct.  Vous  m'ôtez  un  bien  bon  argument  dans  mes  dûputei  politiques. 
«  Citez-moi ,  disais-je  toujours  a?ec  une  assurance  imperturbable,  un 
bomme  qui  ait  gngné  à  la  révolution,  p 

Au  moins,  ne  porterai-je  plus  ce  défi  dans  les  environs  de  Micktebam. 
Les  orages  vous  orrt  eondiftt  dans  un  port  qui  yaut  mieoi  que  la  rive 
Mtale,  et  les  démons  «veus  oat  pi^eipllé  am  pieds  d'un  ange  qui  tous  a 
m\wi.  Votre  sonta  Tmt  œliû  de  si«  Burnegr»  et  tous  le  faitee  auaB 
bmueui  qu'elle  les  écrit  subUnes.  Votre  destinée  test  écrite  dans  Gecilia, 
mon  eber  ami,  et  vous  aurez  autant  de  jaloux  que  Cecilia  a  eu  de  hec- 
teurs.  Vous  voilà  possédant  la  pratique  de  ce  coeur  dont  nous  avons  tant 
admiré  et  chéri  la  théorie;  ces  gr&ces  de  rcsprîl  qui  nous  ont  tant  séduits, 
cette  finesse  de  jugement  qui  nous  a  si  fort  étonnés,  ces  sentiments  déli- 
cieux qui  venaient  remuer  le  fond  de  nos  ceeurs,  cette  pureté  de  morale 
qui  excitait  nos  respects  :  ^  tout  cela  vous  était  destiné  !  Une  si  profonde 
connaissance  du  cœur  humain  devait  conduire  à  juger  le  vdtre,  à  appré' 
cier  votre  noble  caractère  et  ce  charme  de  loyauté  qui  fait  qu'on  se  sent 
vntre  ami  quand  on  a  causé  un  jour  avec  voua. 

Je  suis  sûr  que  miss  Burnej  vous  cura  entendu  parler  du  pauvre 
Louis  XVI  avec  cette  émotion  qui  tirait  las  larmes  des  yeux  de  Malouet  et 
des  miens  la  dernière  fois  que  nous  avons  cheminé  ensemble.  Citec-noat 
tânJt  que  vous  voudrez,  mon  cher  d'Axbiay,  vous  nous  rendrez  justice  ea 
Yous  adressant  à  nous  pour  obtenir  celle  qui  vous  est  due. 

Xt  jour  où  j*ai  reçu  votre  lettre  j'avais  dîné  chez  le  chancelier»  et  pen- 
dant une  partie  du  dlaer«  votre  mariage  Avait  été  le  sujet  de  renlietiea 
général.  C'était  à  moî  tout  oatureJUemeot  k  conter  votre  hUtoire  et  à 
réipendre  à  tout  ce  qui  était  là  du  sort  de  miss  Burn^y.  J'ai  rempli  le  de- 
Yoir,  je  ne  dirai  pas  d'ami,  mats  d'homme  juste;  c'est  tout  ce  quil  voas 
faut 

Enfin  toute  notre  colonie  nU  qu'un  aentimeni  et  qu'une  voix.  Le 
prince  (1)  vous  écrit,  Malouet  vous  écrira,  la  princesse  (2)  se  joint  à  tout  ce 
que  nous  vous  disons  x  voas  «onBaisaezaoa  âaie,  tous  eaToi  qu'elle  se  ré- 
fléchit dans  tout  ce  qui  esi  beau  et  dans  tout  ce  qui  est  bon  ;  vous  aies  va 
son  entraînement  vers  miss  Burney.  Nous  jouissons  aussi  de  la  part  qu'ont 
eue  à  cet  beareui  événement  M.  et  madame  Lock,  de  celle  que  prennent 
H.  et  madame  Phillips.  Tout  ce  queThumanité  peut  atteindre  de  verla  eC 
dbtenir  de  bonheur  est  au  milieu  de  vous  tous.  Jouisse^^n  limglenpf, 
el  que  TOtre  félicité  soit  aassi  incorruptible  qae  votre  «aracterel  Pré* 

(1)  JjB  priacedt  Poix. 
(3)  La  prinoeiio  d'Heaia. 


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irOWELLES  SES  9CXEKCM».  IM 

«Hit€K,  je  Tovs  ptie,  moB  honuuge  ve^eeteein  à  nadai»  d'AïUaj,  H 
9ûm^iti  toujouri  «ur  moi  camme  lur  un  ami  fui  tous  estacquii  â  jamaU» 

LilXT  T0I.LB?a)At. 

p.  s.  Lorsque  mon  père  commandait  dam  Tlnde,  il  fut  fort  mécontent 
d'un  officier  qui,  chargé  d'une  mission  chez  les  HoHandais,  en  avait  eom- 
ipronis  le  succès  pur  la  faute  la  plus  grave.  Mon  pauvse  père,  le  m«ineiir 
des  hommes  en  actions,  mais  le  plus  vif  an  propos,  lui  écrivit  dans  aa 
tolère  :  «  Si  vous  retombez  dans  la  mène  faute,  je  vous  préviens,  qu'eua- 
iiez'vous  la  tète  de  mon  fils  sur  les  épaules  de  mon  père»  je  la  fesai 
sauter.  » 

Comme  il  fermait  sa  lettre  entre  son  maître  d'hdtel  :  «  Que  veux-tu? 
»  —  Monsieur,  je  viens  d'entendre  dire  que  vous  envoyez  un  exprès  chez 
»  les  Hollandais,  et  comme  nous  n'aurons  bienfèt  plus  de  caié,  je  suis 
•9  venu  vous  demander  si  vous  ue  Toudriet  pas  en  faire  venir.  •—  Tu  as 
.9  raison.  »  Fit  voilà  que  mon  père,  qui  ne  sa  souveaaii  déjà  plus  de  aa 
colère,  rouvre  sa  lettre  et  mande  à  son  officier,  en  post-soriptum  au-des- 
ions  de  la  belle  phrase  ci-dessus  :  «  Je  vous  prie,  Caites-moi  le  plaisir  de 
m'envoyer  pnr  le  porteur  un  ballot  de  café.  » 

Où  tend  toute  cette  histoire  î  Â  justifier  par  Veiemple  la  disparate 
tout  aus^i  forte  que  je  vais  me  permettre.  Mon  laquais  vient  d'entrer 
diez  moi  et  m'a  dit  :  «  Monsieur,  on  dit  que  vous  écrivez  à  Mlekleham  : 
la  dernière  fois  que  vous  y  avez  été,  voua  avez  oublié  un  bonnet  de  nnît 
ftune  paire  de  petites  bottes;  si  vous  vouliez  bien  les  demander  ?—>SMt^ 
Et  voilà  que  je  termine  un  épiibalame  en  priant  l'époux  de  vouloir  him 
donner  des  ordre^^,  je  ne  sais  pas  à  qui,  afin  que  ces  petites  bottes  me 
soient  renvoyées  à  Londres.  Norton-street,  n*  17.  Où  se  cache-t-on  quand 
on  écrit  de  ces  choses-là  T 

-^  N'est-ce  pas  que  ee  foêt-êer^ptÊim  «st  ohnrniant?  mais  je 
i»ou6  laisse  nifonx  eneora  poor  rextrait qne  vcws  fwuirez  feîffe 
de  ce  cinqui/^ine  volume,  lequd  «eia  suin  d'un  eisième  ai 
dernier. 

Au  reste,  vous  nepouTaz  vous  plaindre  de  oelte  fin  d'année: 
grâces  aux  ouvrages  nouveaux  que  je  yoas  envoie,  vmis  avez 
des  naatériauK  pour  enrichir  la  Rewiê  en  ISi'S.  Et  d'abord  c'est 
l'auteur  des  ZinealÎMj  ce  M.  Georges  Borrovr  dont  vous  avez 
déjà  tiré  si  bon  parti,  qui  s'ofre  à  tous  avec  trois  curieux 
volumes  dans  If^squels  il  raoonte  toutes  ses  aventures  en 
Espagne,  oi  il  sefait oaiportaurdeBildea.  TheBibkin SpeànsL 


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43S  NOUVELLES  BES  SCIENCES. 

plusieurs  chapitres  dignes  des  plus  amusants  romanciers  pica- 
resques  de  la  Péninsule.  Les  Juifs,  les  Maures,  les  Bohémiens, 
les  mendiants,  les  chercheurs  de  trésors,  viennent  successive- 
ment poser  sous  son  daguerréotype.  Sa  manie  biblique  lui  bit 
courir  toutes  sortes  de   dangers  :  les  sorciers  s'en  mêlent 
comme  ils  font  dans  le  Manoêière  de  Walier  Scott,  où  la 
B^U  est  un  talisman  de  prodiges  plus  ou  moins  sérieui,  y 
compris  le  plongeon  que  fait  le  pauvre  moine  dans  la  Tweed. 
Par  exemple,  cette  amusante  odyssée  biblomaniqne  ne  nous 
&it  pas  connaître  encore  ce  qu'est  précisément  H.  Borrow; 
mais  son  ambition  eût  été  de  devenir  le  Luther  de  la  Pénin- 
sule. Malheureusement  quand  il  offre  des  Bibles  à  ce  peuple 
à  Taumâne,  on  lui  répond  généralement  ;  Vous  seriez  mieux 
reçu  à  nous  offrir  des  balles,  de  la  poudre  et  des  maravédîs. 
Enfin,  à  force  de  se  faire  passer  pour  bohémien,  H.  Bor- 
row court  un  péril  d'une  autre  espèce  :  une  gitana  veut  abso- 
lument Fépouser,  le  suivre  en  Angleterre,  et  lorsqu'il  dit  à  la 
mère  :  Mais  je  ne  suis  pas  assez  riche  pour  nourrir  votre  fille, 
la  mère  ouvre  de  grands  yeux  et  dit  au  grave  agent  de  la 
société  biblique  :  a  Vous  voulez  rire,  mon  caloro  de  Londres; 
pas  assez  riche,  dans  le  pays  des  guinées  et  des  livres  ster- 
lingl  avec  une  adroite  voleuse  comme  ma  fille  I...  mais  vous 
serez  millionnaire  en  peu  de  jours.  »II  parait  que,  de  peur  de 
se  laisser  prendre  dans  une  autre  excursion,  M.  Borrow  vient 
de  se  marier  à  une  Anglaise  qui  n'a  pas  l'adresse  de  la  gitana 
refusée,  mais  qui  ne  l'exposera  pas  à  être  envoyé  à  Botany- 
Bay.  Parmi  les  voyageurs  que  M.  Borrow  rencontra  en 
Espagne  est  le  baron  Taylor,  qui  n'a  guère  l'humeur  moins 
errante  que  le  vénérable  ealoro  de  Londra,  mais  voyageur 
qui  sait,  de  son  aveu,  faire  un   peu  mieux  respecter  son 
rang  et  son  caractère.  Dans  le  fait,  le  baron  Taylor,  avec 
l'élévation  de  ses  idées,  ses  libéralités  de  grand  seigneur,  ses 
enthousiasmes  d'artiste  et  de  poète,  sent  si  peu  le  Bohème, 
que  M.  Borrow  s'imagine  que  le  baron  est  au  moins  un 
prince  :  Taylor  sourira  au  reste  lui-même  le  premier  de  cette 
auréole  royale  dont  son  ami  voudrait  enluminer  son  portrait  : 


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NOUVELLES  BES  SCIENGEâ.  433 

€  Dus  le  eoandemés  YoyagesJ'at  formé  beaueoop  de  liaisons  d'amitié» 
meb  aueane  ((ui  m'ait  plas  intéresié  que  celle  du  baron  Taylor.  Aui  ta- 
ieots  les  plus  aeeomplis  et  de  Tordre  le  plus  élevé*  il  joint  une  bonté  de 
cœur  qu'on  rencontre  rarement.  Ses  manières  sont  naturellement  de  la 
plus  aimable  courtoisie,  mais  il  possède  encore  une  bienTcilIance  si  facile 
qu'il  ne  trouve  aucune  difficulté  à  s'accommoder  de  toutes  sortes  de  com- 
pagnies. Il  7  a  autour  de  lui  un  mystère  qui  partout  où  il  va  ne  contribue 
pas  peu  à  augmenter  la  sensation  qu'excitent  tout  d'abord  son  aspect  et 
•es  manières.  Qui  est-il?  Personne  ne  peut  le  dire  positivement;  on  assure 
tout  bas  néanmoins  qu'il  est  d'origine  royale  (a  tei<m  ofrayalty)  (1.)  Et  qui 
peut  regarder  un  moment  ce  port  plein  de  grâce,  cette  figure  si  intelli- 
gente et  si  originale,  ces  grands  yeux  expressifs,  sans  être  convaincu  qu'il 
n'est  pas  plus  sorti  d'une  race  commune  qu'il  n'est  un  bomme  commun. 
Il  a  été  employé  par  l'illustre  maison  à  laquelle  on  prétend  qu'il  appartient, 
dans  pluf  d'une  mission  délicateet  Importante  en  Orient  et  en  Occident.  Il 
était  alors  occupé  à  faire  une  collection  des  cbefs-d' œuvre  de  l'école  de 
peinture  espagnole  destinée  à  orner  le  palais  du  Louvre.  Partout  où  le 
baron  Taylor  m'aperçoit,  dans  la  rue  et  dans  le  désert,  sous  les  palais  do- 
tés et  sous  la  tente  des  Bédouins,  à  Novogord  et  à  Stamboul,  il  ouvre 
et  étend  les  bras  en  s'écriant  :  0  ciel  I  j'ai  encore  le  bonbeur  de  voir  mon 
cber  et  très-respectable  Borrow.  » 

Je  in*aperçois  que  mes  citations  de  cette  lettre  me  forcent 
de  la  suspendre  ici  :  ce  ne  sera  donc  que  dans  une  prochaine 
que  je  tiendrai  ma  promesse  de  vous  parler  des  théâtres  de 
Londres;  il  me  reste  tout  juste  la  place  de  vous  signaler 
quelques  ouvrages  excellents  qui  paraissent  ce  mois-ci.  C'est 
d'abord  :  l*"  Une  nouvelle  édition  des  Lettres  de  Catlin,  sur 
les  Indiens  de  l'Amérique  du  nord^  2  vol.  in-S"".  — 2°  Un 
ouvrage  de  Mr.  St.-John9  sur  les  tnœurê  et  hê  coutumeê  de 
l'ancienne  Grèce  ^  égal  peut-être  à  YÀnacharsis  de  Barthé- 
lémy. —  3"*  Souvenirs  de  la  Sibérie^  par  Ch.  Herbert  Cottrell, 
2  vol.  curieux  qu'on  peut  lire  après  l'ouvrage  allemand  de 

(J)  Note  du  dirbctxur.  Nous  qui  n'avons  pas  vu  seulement  M.  le  baron 
Taylor  en  voyage,  mais  qui  sommes  de  ses  plus  vieux  amis,  nous  croyons 
que  M.  Borrow  n'avait  pas  besoin  d'expliquer  par  une  naissance  rojale 
tout  ce  qu'il  y  a  de  vraiment  royal  dans  notre  ami  :  son  désintéressement 
et  sa  générosité,  qui  ont  souvent  été  jusqu'à  faire  à  des  rois  des  présents 
comme  les  rois  n'en  font  plus  eux-mêmes. 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  28 


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43fc  NQUVSLU3S  DES  6€IBHGES 

Kolh,  dont  dcM  tsadncttaiw  ai^aises  psffaifiaeat  à  la  lus.— 
1^0  MilaHim  de  ïexfidiUM  de  Chinù^  par  le  docteur  MacplMnoii, 
s¥ec  beaucoup  de  détaihy  d'observatkms  et  d'anecdotes. 
M-Mnrrey  annonce,  onlre  WJûumalérunpriionnierâesA^hant, 
parlelieirtenaatEyTe-.UnFoya^feirfl^ratdir^ira,  par  James 

Abbott. Un  Voyage  en  yacht  dam  la  Miditerranéêf  par  une 

I^dy . Une  seconde  excursion  dans  TAméiique  centrale,  ptf 

Stephen,  etc.  Parmi  4oas  ces  bons  ^  nârieu  Mm»^  les 
romans  ont  un  pra  IobI,  snèma  celai  de  Goopsr,  le  As 
fbUêt  (1),  lAndry  Bmiy  ^b  £ee#r,  €te.  Nmis  parierons  de 
tovt  cela...  Vannée  prerdmne... 

Sooi  leii«re  de  Rickgirckm tgta-  kê  tmiOérM  «uoMbv  wemirm  4$ 
Xor§amMHm^  MM.  Bqmu  et  Cabearsfoat  présenté  dans  l'ane 
des  dernièret  séanoes  de  l'Acadèniie  des  sciences,  un  travatl  fortre- 
marqeable  dont  nous  allons  donner  un  résumé  succinct 

Depuis  longtemps  les  chimistes  ont  signalé  dans  les  animaux 
trois  matières  azotées  neutres,  remarquables ,  soit  par  un  gnnd 
nombre  de  propriétés  communes,  soit  par  leur  abondance  dans  les 
liquides  et  les  solides  de  l'économie,  soit  enfin  par  leur  présence 
dans  nos  aliments  les  plus  essentiels.  Ce  sont  Ta/^umine,  dont  le 
blanc  d*œttf  est  le  type;  la  y?&rtne,*qui  forme  la  portion  coagulable 
4u  sang,  cit  la  coêéine,  qm  cons^Cue  h  partie  animale  du  latt. 

Des  recherobca  {Ans  réoentes  dues  k  Prerost  et  Leroyer,  «înn 
^u'à  Muldety  nous  eut  apprît  (fae  les  plantes  oonliennent  de  Vér 
bumiae  «uî  «e  cenféMl,  par  ses  propriélAsy  avsc  l^albnaHae  de 
Pœuf  ou  du  sérum  4  TéUt  de  eestnlation. 

Braconna^  erou8tetBoullajenfoitwQàr,JepieBikr,  qu'il  .exisU 
dans  les  graines  des  légumineuses,  les  deux  ^MTIite  qn'en  «encontie 
dans  les  amandes  un  principe  analogue  à  la  caséine  du  lait. 

Enfin,  dans  sas  eoars  publics  de  la  Facallé  de  raédecrne,  H.  Ba- 
mas  a  considéré  le  résidu  qu'on  obtient  en  épuisant  le  gluten  brut 
par  l'alcool,  après  l'avoir  privé  de  fécule,  comme  identique  &  la  fi- 
brine. 

(1)  Réimprimé  à  Paris,  clies  BaudQU 


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nomrBUES  ses  scinrcBS.  tn 

Bii-hnit  mois'aTwit  la  pvblkuethm  dn  ntedkreidoiitiMMiBrflaidôns 
complc,  MAf .  Damas  «t  BoranagMilt,  dant  /on  essai  <de  sQiikpM 
diimiqne,  poaèrenl  'a9  priBoife  «que  In  mâiferas  aHnimMtolHoi 
ecistent  dans  tes  plaiites,  ^^aHes  passBnt  tontos  formées  dans  Je 
corps  des  herbivores,  <d/où  oHes  «outtetnulto  laaMppriAea^dapfrefcliw 
des  earniforea.  D'après  oelto  thèerày  ta  plmita  ^oéIbs  aiiffaieiil  le 
prinlége  4e«réer  osa  «a^Ms;;  les  ènriMaorasme  tatéent  qwà  les 
séparer  et  ee  les  «ssioiUcv. 

Si  ron  examine  les  aliments  de  lluBHmaot  desttiîmawfftaaqpwt 
de  me  de  le«r  oonstilaiion  ohimiqve»  e«  obiorvo  qa'ils  rooisr- 
ment,  ontre  les  trois  matières  neaérea  doni  œiisaf  one  parlé»  Inais 
matières  partioalîèreségilennvt  sMstnftci  aasÉèsa»  savoir»  lajltt* 
tee,  qui  ferme  la  pavtie  diiflidmi4>nii8cflidbla  dm»  IVdcool  eoft^ 
eontrè  ;  k  Titeillney  qui  eonslîtfl»  la  majesve  f  aitie  idm  jaiiiie  d'mtl^ 
et  la  légfumÎBe,  f«i  forme  -la  matîèrB  tmAée  M  plus  ^boodanle  dds 
légumineuses  ;  outre  ces  principes ,  on  rencont»  CBCOfie  des  ÊÊÊtf 
tières  fécolenies  grasses  on  aaerèos. 

MM.  Dumas  et  Gabon»  dtaMîasent  les  ^eox  principes  «sîtanli 
de  l'alimentation  ;  savoir  :  i*  (pie  les  matîb'es  aaotées  neutres  sont 
m  élément  nécessaire  k  ralimentalfen  des  animami;  T  qae  osa 
derniers  penvvnt  se  pasaer  de  maliens  grasses  4hi  miorâes ,  anais 
quils  tie  muraient  être  privés  4e84eax  4  la  ft)îi« 

L'obligation  oà  se  trouvent  les  animaux  de  faire  entrer  dsma 
leur  régime  les  matières  azotées  neutres  qni  exigeât  dans  lenr 
organisation,  semble  démontrer  étidemment  qu'ils  ne  peuvent 
créer  par  «ux-mémes  ces  produits.  Or,  si  Ton  sait  ces  matières, 
<lepufs  leur  introduction  dans  Teslomac  jusqu'à  leur  sortie  dn 
corps,  il  est  facile  de  démontrar  qu'elles  se  troevmt  repeésenléos 
par  l'orée,  qui ,  dbez  liionme  et  les  faerlnvoros,  constitue  le  pri»- 
cîpal  prodaf  t  de  l'urine,  et  par  Paoïde  tiriqae,  qm,  abez  les  oisean 
et  les  reptiles,  joneie  même  réie  que  f«iréa. 

Ainsi ,  abstraction  iaiie  des  ptiéDomèiies  qui  se  passent  dans  les 
organes,  «t  en  ne  oonsidémnt  qae  la  balance  d-entrée  et  de  sortie^ 
on  trouve  que  l'bomme  vend  en  wée  k  peu  près  tout  l'azote  qu'il 
avait  reçu  sous  larme  de  matière  aUnuiineasey  ou  fibrinonse,  ott 
casense. 

Toute  tSndustrie  de  l'orgatiisme  smisnad  se  iMMmerait  donc.ès'aa- 
similer  eette  matière  axolée  on  è  la  coawntir  çn  vrée  snianatses 
besoins. 


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186  KomrBLLES  des  scibhges. 

MM.  Dumas  et  Cahoun  donnent  ensuite  le  détail  de  plus  de 
cent  cinquante  analyses  exécutées  avec  tous  les  soins  înagiaabkSi 
qui  leur  ont  servi  à  fixer  d'une  manière  précise  la  composition 
exacte  de  ces  matières.  Nous  laisserons  de  c^  tous  ces  détails  pour 
arriver  aux  conclusions  de  cet  important  mémoire. 

Les  expériences  auxquelles  se  sont  livrés  MM.  Dumas  et  Gahours 
établissent  d'une  manière  certaine  que  l'albumine  possède  la  même 
composition  dans  tous  les  animaux ,  et  à  plus  forte  raison  dans 
tous  les  liquides  d'un  même  animal. 

'  L'albumine  végétale  ne  diffère  en  rien  de  l'albumine  animale, 
sous  le  rapport  de  la  composition  ;  seulement,  tandis  que  l'albu- 
mine animale  est  toujours  accompagnée  de  sonde  libre,  l'albumine 
▼égètale  se  rencontre  dans  les  liquides  acides.  La  caséine,  prise 
dans  les  herbivores,  possède  la  même  composition  que  la  caséine 
de  la  femme,  qui,  par  ses  habitudes  de  vie,  se  rapproche  des  mam- 
mifères carnivores. 

Dans  le  sang  de  bœuf,  il  existe  une  matière  qui  semble  se  con- 
fondre avec  la  caséine  par  la  composition  et  les  propriétés. 

Enfin,  la  farine  des  céréales  renferme  également  une  substance 
qui  paraît  identique  avec  cette  matière.  Du  reste,  toutes  ces  ca- 
séines ont  exactement  la  même  composition  que  l'albumine.  11  n'en 
est  plus  de  même  de  la  substance  qui  fait  partie  de  rémulsion  d  V 
mandes.  Elle  renferme  plus  d'azote  et  moins  de  carbone  que  la 
caséine  animale  et  que  la  caséine  des  cérc^ales.  Elle  se  retrouve 
avec  une  semblable  composition  et  les  mêmes  propriétés  dans  les 
amandes  amères,  dans  celles  de  la  prune,  de  l'abricol,  la  graine  de 
moutarde  blanche,  les  haricots,  les  pois,  les  fèves  et  les  lentilles. 
Cette  substance  se  rapproche  de  la  gélatine  par  sa  composition, 
mais  en  diffère  essentiellement  par  ses  propriétés.  Tout  porte  è 
croire  que  c'est  une  combinaison  d'albumine  ou  de  caséine  avec 
un  autre  produit.  La  légumine  forme  donc  une  substance  analo- 
gue, soit  à  l'albumine,  soit  à  la  caséine  ;  mais  mélangée  ou  mieux 
combinée  avec  un  autre  corps  plus  azoté  qui  la  modifie.  La  fibrine 
^u  sang  des  herbivores  a  toujours  la  même  composition.  Celle  de 
l'homme  et  du  chien  présentent  quelquefois  un  peu  plus  d'a- 
zote. Le  résidu  du  gluten  épuisé  par  l'alcool  et  l'infusion  de  dia- 
stase,  se  rapproche  de  la  fibrine  des  herbivores.  Toutes  ces  fibrines 
renferment  un  peu  moins  de  carbone  et  beaucoup  plus  d'azote 
que  la  caséine. 


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NOUVBLLES  DES  SCIIVOBS.  kVI 

En  traitant  la  fibrine  par  l'eau  bouillante,  il  se  dégage  de  Tarn- 
meaiaqtte  et  il  se  dissout  une  petite  quantité  d'une  matière  azotée» 
tandis  qu'il  reste  pour  résidu  plus  des  neuf  dixièmes  d'un  produit 
insoluble  dans  l'eau»  qui  possède  une  composition  identique  à  celle 
de  l'albumine  ou  de  la  caséine. 

Ainsi,  comme  aliment  la  fibrine  représente  presque  son  poids 
d'albumine  ou  de  caséine;  comme  produit  de  la  vie  animale,  elle 
ae  place  entre  l'albumine  d'où  elle  provient,  et  la  gélatine  qui  se 
forme  dans  les  animaux,  aux  dépens  de  leurs  aliments  azotés. 

Les  matières  albuminoldes  essentielles^  c'est-à-dire  l'albumine, 
la  caséine,  la  fibrine  et  la  légumine,  constituent  l'élément  azoti 
prédominant  de  la  nourriture  de  l'homme  et  des  animaux;  peut- 
être  sont-ce  les  seuls  qui  jouissent  à  la  fois  de  la  propriété  de  se 
brûler  dans  le  sang  pour  se  convertir  en  urée,  et  de  se  fixer  dans 
nos  tissus  par  les  procédés  de  l'assimilation,  après^ avoir  subi  les 
modifications  convenables  dans  leurs  propriétés. 

Il  résulte  de  là  que  si  dans  un  aliment  on  parvient  à  définir 
exactement  la  dose  d'albumine,  de  caséine,  de  fibrine  ou  de  légu- 
mine  qui  s'y  trouve  contenue^  on  aura  précisé  le  pouvoir  de  cet 
aliment  comme  capable  de  satisfaire  aux  besoins  de  l'assimilation* 
C'est  en  mangeant  de  semblables  matières  et  en  les  digérant  que 
nous  formons  nos  muscles,  nos  tissus,  et  que  nous  les  préservons 
des  altérations  qu'ils  auraient  à  subir  d'un  sang  trop  appauvri.  Il 
résulte  de  là  que  la  quantité  d'azote  que  renferment  nos  aliments 
donne  leur  équivalent  sous  le  rapport  de  l'assimilation;  la  matière 
azotée  étant  la  matière  essentiellement  assimilable,  celle  qui  con- 
stitue la  trame  de  l'organisation  toute  entière. 

On  peut  donc  avec  l'exacte  connaissance  de  l'acide  carbonique  et 
de  l'eau  qui  s'exhalent  des  poumons,  et  de  l'urée  qui  s'échappe  par 
les  urines,  calculer  le  régime  alimentaire  indispensable  aux  di- 
verses conditions  de  la  vie,  MM.  Dumas  et  Boussingault  doivent 
publier  prochainement  un  travail  sur  cette  matière,  en  mettant  à 
profit  les  analyses  des  différents  produits  qui  servent  à  l'alimenta- 
tion ;  analyses  qui  devenaient  indispensables  pour  ce  genre  de  re- 
cherches. 

MM.  Dumas  et  Cahours  se  sont  surtout  efforcés  dans  ce  premier 
mémoire,  de  fixer  d'une  manière  certaine  la  composition  de  ces 
différents  produits  qui  présentent  tant  d'importance  en  raison  du 
rôle  qu'ils  jouent  dans  l'économie,  afin  de  s'occuper  ensuite  plus 


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partfciriièramnt  âerétnd«desmod!ficatiitii»-qa'R9S«èîsMiit  soas 
FinflueDce  de  la  rie.  Ces*  saraoCtse  propomnC  d'étaéler  dan»  «ne 
série  dis  mémoires,  dès  questions  de  pliysiologre  cbinîque  du  pin» 
fiant  hiiérêt.  "Sous  aoqs  empresserew  tawfwiw  d*ineéror  dansoo 
recueil  un  résumé  de  travaux  qui  intéressent  si  ▼ivement  ta  science, 
et  d'autant  pltrs  qn'éllH'  sont  un  objet  de  eeniroverse  de  ta  part 
ftnfehimiste  afieraand  Tbrtdfstfngué',  M;  Bîebî^i  qui  de  son  côté 
s^èocupe  de  ces  qoestions'i  quiil  envisage  sovs  un  avire  point  de 
▼ne  (t). 

H  ressortira 'de  cette  llilte>  nom  n^n  deutenepae^  des  fbits  d'une 
Iprande  importance,  tant  souple  point  dk  vue  tÉiéorique  que  soue 
eehif  de  nippttcalion.  Que  nv  doîl-on  pas  attendre  en  eilM  d*utt 
ftontmer  tel  que  H.  Dueras,  qui  dbm^  h,  seienee  de  sa  hante  et 
puissante  intelligence ,  qui*  traite  tous  lèfsujeliy  si  a«Au9  qu'il» 
iofent,  avec  une  Ibcidilé  si*  rare>  avec  une  ftnesso'dUpeiçva  si  ad- 
mirable, et  du  jeune  clritaiîste  qu'il  s^M  a^jeînty  qui  a  déjà  inserît 
«on  nom  dans  la  science  par  d'excellente  ttavaifiz  et  qui  est  si  ptain 
d'avenir. 


(1)  Note  du  dubctbur.  Toir  la  HeviM  Britonni^vs,  numéro  d'octobre 
dernier. 


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CffiU»«IQl>£  LITTÉRAIRE 

sauâ 
fiEVUE  imiTAHNI^i», 

BT  BtrLLETIlf    BIBL  lOOR  AFHYQ'U'S. 

j^iouiiti  1842. 

XfoNsrerm  le  BiRECTÉtTR> 

Je  suis  Anglais...  un  Anglais  vra)^.«  car^ dernâiremttit  eocoM» 
an  honorable  électeur  de  Paris  nous  a  rappaié  qu'il  y  ai  ataii 
d'autres,  et  je  ne  sais  pas  de  cenxrci  :  j'ai  à  cœur  de  le  dire»,  si  par 
hasard  quelcpies-uns  dfi  vos  collaborateurs  avaient  quelques  affaîneft 
à  régler  avec  notre  cour  for  ihe  relief  of  insaheni  dêbioniie  sm» 
UB  Anglais  de  Londres^  et  de  plus  uades  lauréats  d'Oifiscd.  Your 
m'excuserea  donc,  monsieur,  si  j'avais  cru  de  bouns  foi  savoir  mai 
langue  maternelle»  et  si  étant  venu  sur  les  bords  de  la  Seiee  pour 
l'enseigner  grammaticalement  aussi  bien  que  littérairement,  je 
ne  fus  nullement  effr»yé  quand  on  me  dit  que  ht  très-illustre 
universilé  de  France  avait  nommé  un  jury  pour  juger  de  la  capa- 
cité de  tout  maître  de  langue  vivante  qui  prétendait  professer  dans 
ses  collèges,  le  me  présentai  avec  tant  d'autres^  cet  automne,  de- 
vant on  aréopage  d'érudits  llnguisles,  et  j'avoue,  mais  je  ne  fus 
pas  le  seul,  j*avoue  avoir  un  peu  ri  de  la  prononciation  de  quel- 
ques-uns ;  mais,  soit  qu'ils  m'eussent  vu  rire  peut-être,  soit  juste- 
ment parce  qu'ils  auront  pensé  que  mon  accent  n'était  pas  Te  bon, 
attendu  qu'il  ne  ressemblait  pas  au  leur...  je  suis,  monsieur, de  ceux 
qui  ont  été  solennellt^ment  proclamés  inhabiles  à  expliquer  aux 
ècoKers  de  votre  capitale  la  grammaire  de  Siret.  Il  est  vrai  que, 
pour  me  dorer  la  pilule,  on  m'a  gracieusement  attribné  dans  le  rap- 
port de  vastes  connaissances  liltéraires,  et  une  grande  facilitée 
parler  français.  Bien  obligé...  11  ne  me  reste  plus  qu'à  retourner 


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440  cBRomQOB  unràtjdmm  db  la  eitub  BBiTAinn«im« 

à  Londres,  avec  ce  certiflcat  des  illustres  littérateurs  du  jury  uni- 
Tersitaire,  pour  y  enseigner  celte  langue,  qu'à  ma  grande  surprise 
je  me  trouve  savoir  mieux  que  la  mienne;  mais,  en  attendant» 
monsieur,  de  peur  que  cet  indulgent  jury  ne  m'ait  un  pea  flatté, 
je  voudrais  me  franciser  encore  davantage,  et  pour  cela  m'exercer 
à  juger  les  autres,  métier  qui,  dans  ce  pays-ci,  est,  à  ce  qu'il  parait, 
le  plus  facile  de  tous  en  fait  de  langue  et  d*accent...  Pardonna 
encore  cette  dernière  saillie  de  ma  rancune  contre  l'université.  Je 
pourrais  bien  me  proposer  à  quelque  journal  quotidien  pour  faire 
des  romans  en  feuilleton  ;  c'est  encore  assez  aisé,  soit  qu'on  veuille 
imiter  Charles  Dickens ,  comme  fait  M.  Eugène  Sue ,  après  avoir 
épuisé  toutes  ses  imitations  de  Cooper;  soit  encore  que,  comme 
M.  Alexandre  Dumas  lui-même,  on  prenne  dans  votre  Revue  dea 
traductions  toutes  faites  —  par  exemple  le  conte  irlandais  de  3V- 
rence  le  tailleur, — et  qu'on  se  contente  de  changer  le  lieu  de  la  scène, 
en  mettant  la  Sicile  pour  l'Irlande;  soit  encore  qu'on  ne  change 
rien  du  tout,  comme  un  autre  feuilletoniste,  qui  dernièrement  a  tout 
bonnement  signé  de  son  nom  (si  c'est  un  nom)  l'imitation  d'une 
légende  galloise  ;  mais,  monsieur  le  Directeur,  laisserait-on  faire 
i  un  étudiant  anglais  ce  que  se  permettent  ainsi  sans  vergogne  les 
auteurs,  vos  compatriotes,  ces  malheureuses  victimes  de  la  contre- 
façon belge?  Ne  risquerais-je  pas  d'entendre  crier  haro,  comme  le 
baudet  du  bonhomme,  si,  sous  prétexte  que  les  loups  et  les  renards 
littéraires  égorgent  impunément  moutons  et  volailles. 

Je  tondais  d«  vos  prés  la  largeur  de  ma  langue  ? 

Non,  non,  je  serai  plus  honnête,  et  d'ailleurs  mon  examen  mal- 
heureux m'a  aigri  la  bile;  j'ai  besoin  delà  répandre  quelque  part, 
serait  ce  contre  l'université  elle  même...  Voulez-vous  m'a utoriser 
à  faire  un  peu  decrilique? 

II  m'a  semblé  que,  lorsque  vous  citiez  à  voire  tribunal  I^^  auteurs 
contemporains  (avec  toute  votre  courtoisie,  monsieur,  vous  avez  fait 
de  tem  ps  en  temps  quelques  petites  exécutionssommaires),  il  m'a  sem- 
blé, dis-je,  que  vous  aimiez  naturellement  à  vous  placer  à  un  point 
de  vue  britannique,  £h  bien,  qui  peut  mieux  qu'un  Anglais  ju- 
ger ainsi  vos  poètes,  vos  historiens,  vos  philosophes,  vos  roman- 
ciers? 11  s'agit  de  rapprocher  les  deux  littératures  (le  génie  da 
nord  et  le  génie  du  midi,  comme  dirait  un  de  mes  juges),  d'en  faire 


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■T  BOLUTflf  BnuoMuraiftin*  Ml 

ressortir  les  analogies  et  les  contrastes»  etc.»  etc.  £h  hien,  moi^ 
sieur»  je  crois  savoir  ma  Itltérature  anglaise,  et  riuiiveffsilé  mena 
a  déclaré  que  je  savais  fort  bien  ma  littévatore  française;  accepte»* 
moi.  Je  suis  libre  de  toute  coterie;  ma  franehise,  mon /oAfidif* 
lUme  a  perdu  un  pen  de  sa  rudesse  dans  le  monde  de  PariSj  Je  s»* 
rai  vrai  sans  être  cruel,  et  si,  disciple  et  oompatrioie  de  Pope,  je 
ne  répugne  pas  k  faire  uue  Duneiade,  comme  elle  sera  traduite  es 
françau,  vos  Duns  parisiens  se  consoleront  en  disant  qqe  TOtre 
critique  est,  après  tout,  un  fils  de  la  perfide  Albion,  et  un  oandîdal 
refusé  par  le  jury  universitaire. 

Lord;  sir,  a  mère  mechanic  l  Strangely  low, 
And  coarse  of  phrase...  jour  eDglish  ail  are  so. 

Enfin,  monsieur,  si  je  loue  aussi,  et  ce  sera  volontiers  de  temps 
en  temps,  ma  louange  n'en  aura  que  plus  de  valeur.  Je  n'ai  aucun 
intérêt  à  louer;  après  ce  qui  nous  est  arrivé,  à  moi  et  à  quelques 
autres,  j'espère  bien  qu'aucun  de  vos  littérateurs  ne  prierait  un 
critique  anglais  de  lui  faire  la  courte  échelle.  Inconnu  et  invisible, 
je  n'aurai  nul  besoin  de  m'écrier  comme  notre  petit  bossu  du  temps 
de  la  reine  Anne  : 

Shut,  shut  the  door,  good  John;  fatigu'd  I  said, 
Tye  up  ihe  knocker,  say  I  am  sick^  I  am  dead  (!)• 

Ainsi,  monsieur,  si  je  commençait  aujourd'hui,  de  peur  de  paraî- 
tre trop  terrible ,  et  surtout  pour  prouver  toute  mon  impartialité, 
je  choisirais  trois  ou  quatre  ouvrages  que  je  louerais  comme  vous 
pourriez  les  louer  vous-même;  car  je  connais  vos  sympathies,  et  il 
y  a  une  communauté  d*idées  entre  tous  les  gens  de  goût  ;  pardon- 
nez, monsieur,  si  je  me  compte,  mais  on  peut  se  prévaloir  sans 
trop  de  vanité  de  son  goût,  aujourd'hui  qu'on  n'estime  plus  guère 
qne  le  génie.  Si,  par  exemple,  vous  m'autorisiez  à  dire  mon 
avis  sur  les  Petites  misères  de  la  vie  humaine,  ce  n'est  pas 
moi  qui  vous  nierai  que  votre*  ami  Old-Nick  est  un  esprit  du  pre- 
mier ordre.  Ne  fait-il  pas,  et  presque  seul,  dans  la  presse  quoti- 
dienne, de  la  critique  comme  je  voudrais  en  faire?  Sans  appeler 
toujours  les  choses  par  leur  nom,  sans  jamais  chercher  l'homme 

(1)  Éptlre  au  docteur  Àrbuthnot. 


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4tÊ  GHKOKIQUB  ClIlAVAni  W  lA  &IVUB  MliAXHIOinif 

divrièw  Pécrifuif»»  ne-  4tMf  pw  la  térité  nêmri  ses  amis ,  <m 
qoBflé  it  él«derm  peo  de*  1»  dKre  toute  entière,  n'a-t-tl  pas  ds  ces 
nota  tus  ^«î  défendent  au  Itoetenr  d'être  abmè  par  un  semUanr 
éMliogeFDref,  cmmne  lou9  les- esprits  généreux  et  jeunes^,  malgré 
80»  dtaM4qiiesiimêiiii,  n'esl-îl  pas  plus  heureuT  de  troarer  lé  bien 
q«a*lt  nialî  et  tout  eela  d^in  9tyle  françai»^  ^est-Â*4rre,  d'un  styfe 
oMr,  flan» nMogîsme ,  sans  manière;  font  eeh,  sans  se  eroinr 
(Mlgé  d'inrenter  de'nevfeaux  termes  pour  définir  une  lîKéraiure 
qui  «iclÉe'Sr  Mforent  le  tideées  idées  soua  Fétrangeté  de  Ta  phrase. 
Voilà  Totre  Old-Nick,  qui  n'a  du  yiem  iflH^ou  du  dfeMe  que  son 
esprit  passablement  Toltairien.  Ce  critique  a  donc  fait  un  livre  :  je 
Tai  lu  ayidement,  et  si  vous  voulez  mon  opinion  sur  ce  livre,  c*est 
d'abord,  chose  rare,  qu'il  a  fait  réellement  un  livre  avec  un  plan 
et  une  pansée,  livre  qui  n'est  ni  le  pénible  commentaîne  des  ion- 
§ea  qui  l'accompagnent,  ni  un  fotiletaiie  à  caricatures.  Cependant^ 
apsès  avoir  adopté  une  pensée  philosophique  l'autena  n«  yesVîl 
gas  un  peu  trop  préoccupé  de.  la  nécessité  d'être  léger  ei  gai ,  j«B^ 
tement  parce  que  l'artiste  (j'en  demande  panion  à  M*  GnaAnOe) 
ttbt  un  peu  triste?  JCaarais  voulu  que  sa  gaîeié  na  fikt  pas  to«jom 
commandée  ;  pourquoi  ne  pas  avoir  cherché  des  mattffrê  n»  pes 
plus  naïfs,  un  peu  plus  bonnes  gens,  un  peu  plus  de  bonne  foi  dans 
leur  désappointemenits  et  lents  nésanrantnrea;  cela  nous  eût  vain 
quelques  caractères  de  oamédie*,  et  trCs-comiqnes  même  peut-être. 
Trop  souvent  les  martyrs  des  Petiteê  misérei^  quand  ils  nous  font 
les  confidences  des  coups  d*épingle  dont  le  malheur  les  poignarde, 
se  îaîssent  aller  &  la  parenthèse  épîgrammatîqoe,  comme  ce  nuri 
dé  provînce  qui',  en  racontant  h  Faustus  Fhistoîre  de  ses  nom- 
breuses cuisinières,  nous  apprend  plus  malicieusement  que  dé- 
bonai rement  le  secret  des  téte-à-tête  de  sa  femme  avec  l'ingénieur 
du  département.  Or,  c'est  Ti  le  grand  tort  des  auteurs  français^ 
monsfeur,  de  prêter  de  l'esprit  même  à  leurs  plus  naïfs  person- 
nages, et  c'est  surtout  leur  tort  au  théâtre ,  où  les  jobards  de 
ir.  Scribe  rui-toême  disent  si  volontiers  au  parterre  :  <c  N'est-ce 
pas  que  mes  bêtises  sont  bien  spirituelles?»  Les  Gérontes  de  Molièae 
étaient  drôles  sans  le  savoir. 

Sur  ce  type  moitf^  naïr,  moîliè  subtil,  a  été  conçu,  il  me  semble, 
Jérôme  Paturot  à  la  recherche  éTune  position  sociale,  amusante 
satire  de  tous  les  aventuriers  qui  exploitent  aujourd'hui  l'industrie 
et  les  arts,  la  politique  et  la  littérature.  Ce  roman  serait  an  chef- 


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d'oiavresi  faoUiir  s'avâii  pts  qnel^tfbî»  plaié  M  pDopo»  lionis» 
daaA  la  boucbe  éà  «t  konsetier  ambitîevx  et  bel  espiit*.  Qnct  «ti 
oet  aHlear?  je  rîgoora.  Tout  d'abord  cbacuA  a  fait  la  même  qmm^ 
tÎM  :  quel  e>tril ?  car  Paturot  est  adorable;  mak  ehanm  se  dk: 
«Cest  Tauteor  que  bous  iroalaM  eonnaltre';  en  mit^paelè  pèra: 
litiéraire  de  Baturoti  Si'eal  eoicnre  omteBii.  Jkkâ  a'ifa  «?ai£  osé  «foir 
tovie  la  malica  dant'  û  eii  capable!.  »<  Blaga  et  enlifiie  laut  à  la» 
foîS|.  momieiVy.qEe  eetAe  ionpoitaoea  ao^niee  Ion*  àcoAp  par.  l'a»-* 
taor  deçà  satirique  badÂnage^é^rit  af«Q  taaida  vaawi  et  que  y«k 
l^èdans  ma  bibUeibèqua  entia  GuaMd^ek  Bmaphteffi  Chmlmr^i 
mais  taut  en.  faisant  mes  réservesi  paur  dins  kVmximr  lvâ-môm«».aii 
jeûnais  je  le  connaîsj  taut  ce  q^  lui  manqua  paur  iflalar  ruacnt 
UauUe  de  ces  deox  cbe&rd'couvfe*. 

MainlenaiU,  monsieiir,  vous  roifez  quftia  suis  plus  modèrAque* 
iM>ua  ne  pensiez  peu  uétra  dans  mes  èk^es  et  mes  eritiqnes»,  VoHleE'*^ 
TQttS  que  yt  vous  dise  aussi  quelques  moia  sur  un  petit,  valume  qnÂ. 
eal  encore  venu  tomber  comme  une  petita  bombe' au  milieu  de  TOr- 
tre  littérature  mililanta  :  c'est  le  volume  dest  fablesde  M.  Yiennet 

Snr  les  rives  de  fà  Gambie, 
▼ër»  les  pays  oh  les  Anglais 
Expleiteot  i  la  fois,  mn  brave*  des  niais, 
La  traite  et  lapbilaBlhrapie; 

(XaXiof»  m  /a  FSmSoiir.) 

Je  me  hâte  de  citer  ces  vers  pour  vous  prouver  que  si  vous  m'ad- 
mettiez parmi  vos  rédacteurs.  Je  ne  serais  jamais  injuste  par  es- 
prit nationaL  En  effets  malgré  ees  vers  anlibrilanniques,  je  pro- 
clame M.  Yiennet,  non  pas  l'égal  de  votre  la  Fontaine,  maissup4* 
rieur  à  notre  fabuliste  Gay,  qui  fut  notre  bonbomma  à  notfs,  et 
qui  faisait  quelquefois  de  ces  fables  satiriques  comme  les  aimo) 
M.  Yiennet  (i).  Ce  joli  volume  s'ouvre  par  unapcéfaaeq/aiestdéjîà 
uneamusanie  distribution  de  pelits.cou ps de patt^,mais<{ui>. écrite 
par  un bomme  aujourd'hui  pair  de  France  el.n*asaat  pas-été  Bvinia*> 
tre,  a  surtout  quelque  chose  de  très  curieux.  Dans  un  siàcle  oà  tant 
de  Figaoos  politiques  oublient  les  goûts  démocraUques  et  litté- 
raires de  leur  début,  U.  Yiennet  déclare  n'avoir  jamais  eu>  qu'una 
gassion,  la  passion  des  lettres;  qu'une  ambition,  celle  d'être  hammar 

(1>  La  Chenmèet  te  Pàpilion  de  IT  Trennet  est  dnolament  la  mêmr 
ftbia  que  U$  Pa§UUm  0t  9$  HfNOfmde  Gay. 


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444  GHEONIQUB  UTTiftAIlUi  Dl  hJL  UTOB  BMTARiriQUS, 

de  lettres.  «Ce  n'était  pas^ditiï,  uoeambUionvagae  iDdèterminée, 
indifférente  sur  le  but  et  les  moyens.  Je  n'étais  pas  un  de  ceses* 
prits  irrésolus,  prêts  à  se  jeter  à  TaTenture  dans  la  première  lice 
dont  la  barrière  se  trouve  levée,  et  qui  devienneot  des  César  ou  des 
Mandrin,  des  Richelieu  ou  des  Dubois,  suivant  qu'il  plaît  à  la 
fortune.  Non  ;  mon  ambition  était  attachée  k  une  idée  fixe.  Je  ne 
tenais  nullement  à  être  un  César  ou  un  Richelieu.  Si  Dieu  mt 
l'eût  proposé,  je  ne  réponds  pas  que  je  l'eusse  accepté.  C'est  à  la 
gloire  des  grands  poètes  que  je  visais.  Une  statue  de  Corneille,  de 
Molière,  de  Voltaire,  me  tenait  en  extase  ;  mes  yeux  se  mouillaient 
malgré  moi.  Les  statues  d'Alexandre,  de  Louis  XIV,  de  Sully,  me 
laissaient  froid  comme  le  marbre  dont  elles  étaient  faîtes.  Je  n'en- 
viais au  dernier  que  sa  franchise  :  sa  puissance,  sa  gloire  ne  me 
tentaient  pas  ;  il  m'importait  fort  peu  que  l'histoire  parlât  de  moi 
i  la  postérité  ;  elle  est  d'ailleurs  assez  sujette  à  se  tromper.  Cétait 
moi  qui  voulais  parler  par  mes  ouvrages  aux  générations  futn- 
res,  etc.»  Voilà  l'homme  qui  rappelle  quelques  pages plusloin  qu'il 
s'est  vu,  grâce  à  la  politique,  «  chassé,  banni  du  monde  littéraire, 
traité  d'âne,  mais  d'âne  vrai,  à  quatre  pattes,  à  longues  oreilles... 
insulté  par  un  relieur  qui  lança  un  prospectus  où  sa  peau  figurait 
avec  le  prix  à  côté,  entre  le  maroquin  et  la  basane  1...  »  Ah!  au* 
jourd'hui,  quelle  revanche  il  va  prendre,  que  d'oreilles  il  met  k  son 
tour,  dans  ses  fables,  à  maintes  têtes  politiques  et  littéraires,  qui  peu- 
vent bien  s'écrier  comme  notre  satirique  Gifford  : 

Ne'er  talk  of  ears  again . . . 

Mais  toutes  les  vengeances  de  M.  Viennet  sont  des  vengeances 
de  bon  goût;  la  cour  et  la  ville  souriront;  les  hommes  d'état  et 
les  hommes  de  lettres  trouveront  que  leur  confrère  a  eu  bien  de  la 
bonté  de  les  peindre  comme  Granville,  sous  forme  de  bétes,  et  ce 
petit  volume  de  fables  restera  classique. 

J'espère  donc,  monsieur,  que  vous  ne  me  soupçonnerez  pas  d'ê- 
tre de  ces  Anglais  qui  cumulent  les  bénéfices  de  la  traite  et  de  la 
philanthropie. 

Si  vous  vouliez  de  temps  on  temps  encore  me  livrer  les  théâtres, 
je  pourrais  bien  vous  signaler  quelques-unes  des  causes  de  leur 
décadence.  Je  relèverais  aussi  les  singulières  fautes  de  costume 
commises  là  contre  l'Angleterre,  comme  vous  en  avez  vous-même 
relevées  quelques-unes.  Par  ^-xemple,  je  ne  perdrais  pas  mon  temps 


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BT  BULLRIN  BIBUOOMÀFHIQVB.  448 

à  critiquer  sërîensement  une  pièce  aussi  peu  sérieusement  fkiteqae 
V Halifax  de  M.  Alex.  Bumas  ;  mais  comment  ne  pas  exiger  que 
ce  dramaturge,  si  (ler  d'avoir  retrouvé  le  bilboquet  historique  de 
Henri  III  et  je  ne  sais  quelle  médaille  de  Galignla,  nous  mette 
eu  scène  un  John  Dunbar,  qui  est  à  la  fois  un  simple  sir  et  un  duc 
et  pair,  traité  même  de  cousin  par  le  roi  Charles  II!  Les  amis|de 
M.  Alexandre  Dumas  ont  été  cependant  bien  scandalisés  de  voir 
M.  £.  Scribe  donner  une  petite  entorse  à  l'histoire,  à  l'endroit  du 
même  roi  Charles  II.  Mais,  monsieur,  je  ne  veux  pas  faire  une  trop 
longue  lettre,  tant  je  désire  avant  tout  qu'elle  soit  insérée.  Je  m'in- 
terromps donc  pour  avoir  le  droit  de  me  dire  votre  très^évoué  ool~ 
laborateur, 

DiGK  POPBSOH. 

•—Nous  sommes  tout  prêts  à  admettre  H.  Popeson  parmi  nosooUa- 
borateurs,  et  à  lui  envoyer,  quand  nous  saurons  son  adresse,  les 
livres  nouveaux  qui  nous  parviendront.  Nous  recevons  déjà  les 
premières  livraisons  d'un  beau  et  capricieux  voyage  (  le  Voyage  oUt 
il  vous  plaira),  publié  par  M.  Uetzel,  rue  de  Seine.  MM.  Alfred 
de  Musset  et  J.  Stahl  en  écrivent  le  texte,  M.  Tony  Johannot  en 
compose  les  dessins.  Dans  les  premières  livraisons,  nous  avons  re- 
connu l'artiste  à  deux  ou  trois  6gures  gracieuses;  mais  il  nous  a 
révélé  aussi  un  talent  que  nous  ne  lui  connaissions  pas,  un  talent 
de  caricaturiste;  qu'il  se  déûe  seulement  d'exagérer  un  peu  trop 
le  grotesque.  Ouvrir  de  trop  grandes  bouches,  faire  proéminer  de 
trop  gros  nez  comme  des  promontoires,  cela  ne  sufût  pas  pour  ri- 
valiser avec  Phiz,  Leecb  et  Kruikshanks.  Mais  nous  augurons 
beaucoup  de  ce  commencement.  Vienne  quelques  jolis  vers  de 
M.  de  Musset,  rien  n'y  manquera. 


^  En  fait  de  poésie,  M.  Seb.  Rheal  vient  de  terminerses  Divines 
féeries  de  Vorient  et  du  nord,  illustrées  par  M.  Fragonard  et  son 
élève  M""*  Rheal.  C'est  un  beau  volume,  quoique  la  lithographie  ait 
un  peu  mollement  rendu  quelques  figures  de  femmes.  Quant  au 
texte,  M.  Seb.  Rheal,  poète  chréUen  dans  les  Chants  du psalmisie, 
a  voulu  nous  prouver  qu'il  connaissait  aussi  toutes  les  pompes  et 


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4M  CHEOHiQUE  vmÈÊLâmm  m  ia  mirv*  vMTAinnQinr, 
tooteB  les niuplfa  dek  poéfie  |Mffeiiii«.  6«è fers  «or  les  pèKsnp- 
pcHent  ceux  4e  ThMD»  Moope.  ^s  «hauts  41e  la  mythol^^gie  sep- 
teQtrtOMk  den«ieiit  avoir,  «elon  noim,  nm  peu  plus  de  radesse  ;  r4- 
pltiiète  est  quclfoefois  \k  eoimne  nnre  atvoharge  de  i^êtemeBts  ifii 
mût  au  meuvementetà  lafone.  If.'Seb.  Rheal  a  adopté  la  taisae 
tradition  qui  Fait  èoîre  les  enfaiafts  dHDdm  dans  les  crioes  des  «raîn- 
UM.  LesgtterrieiB  da  nord  bavaient  dam  Vmmtmemi  de  fêto  des 
lMBOfs>  ef eA4^tBe  dans  des  ooiipes  de  oovDt.  il  en  test  de  ce  not 
«nnme  dn  :mot  hélireo  qa'mu  :  a  Induit  par  thrnnmu  et  q«i  signîie 
-edMe,  dans  le  passage  oh  «Lest  dît  qu'il  «et  plas  fiKtIe  de  faite 
passer  QnoAble  par  le  iMadtenaaigiiilie,  qo'sn  riche  par  ia  forte 
dn  ciel. 

L'ouvrage  de  M.  Rheal  s'adresse  non-seulement  aux  poètes, 
mais  encore  aux  mythologues.  L'auteur  a  Finspiration  des  senti- 
4Dsads  relifÎBnK  ;  nas  .ne  lai  repnschoas^Mie  cq^nsîM  n  peu 
«rop  Dacile.  11  élût  dangeveas  qiaar  loi  de  se  -liivér  à  l'élvde  de  k 
qioésie  oneatale  :  ilanraîAiMSOMS  pântAtdeaoïideoser  aes  f«sèis 
oqne  de  les  laisaar  «'épaDouir,  seaasU»  mime  «vec  la  grâee  et  la 
«H)esté  dn  palmier. 

—  La  musique  est  aussi  de  la  poésie  :  cda  est  Trai  surtout  de  celle 
qui  compose  V.if75ttm  musical  de  M^  Pauline  Viardot.  Ah  !  si  elle 
pouvait  prêter  quelques  sons  de  sa  toîx  à  tous  les  amateurs  qui 
wuntplacer  vet  allnim  sur  leurspianos!  Nimporte,  ils  essayerom,  et 
quelqueFois  le  souvenir  fnspire.  QaeUe  heureuse  organisation  que 
celle  de  cette  jeane  femme?  Le  don  de  la  musiqae  hii  est-vemi 
comme  11  vient  an  rossignol.  CtA  jilbum  sera  Irès^recherdiè  cet 
bîvcr. 

Le  27  novembre  dernier  a  eu  lieu  l'ouverture  da  cours  annuel 
que  professe  M.  le  baron  Charles  Dupin,  au  Conservatoire  des  arts 
et  métiers;  cours  qui  a  déjà  produit  de  si  heureux  résultats,  avec 
«a  professeur  dont  le  bol  est  de  tniicalissr  le  pcofie  «•  rtnalrnî- 
aant.  Le  discours  inaugural  de  M*  le  baron  Charles  Dopin  a  été 
imiirimé,  et  csommeloiialesiiuTOers  n'ont  piLrenAeiidra^iMiisiaQ- 
drions  qu'au  jooins  tous  imssent  ie  lire.;  car  ce  discours  est  âne 
admirable  catpoaîtioii  saiseoBéa  des  psagaès  4V^a  faits  esi  Fnmce 
riastltuAian  des  caisses  d'i^pargae.  Ce  n'est  pas  aeideaBMil  toalalis- 


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tique  iSMQsn  cbiffres^  qui  parie  par  la  baoclie/dii  pMfiMMvr,  cftal 
anssi  la  plitlosopfaie ,  june  i^ilosophie  praticfne^  i^pujée  à  la  foi) 
sur  It»  laiU  et  aor  le  raisonnemeiU.  J^L  Chades  Dupia  «inat  4ei 
vœux  qui  ne  pen?eftt  être  négligés  du  gouvernement  et  de  la  tilte 
de  Paris.  L'état  et  la  fille  sont  également  intéressés  à  ces  habitu- 
des d'économie  et  d'ordre  dont  le  savant  professeur  fait  si  bien 
apprécier  la  bienfaisante  influence  à  la  classe  ouvrière.  Lisez  son 
rapprochement  ingénieux  des  enteuragements  aceordés  jadis  k  la 
loterie,  et  de  ceux  que  reçoivent  aujourd'hui  les  cais(fes  d'ijpajrgue; 
lisez  ensuite  son  ardente  péroraison,  et  si  vous  avez  quelque  cré- 
dit dana  k^iMuts^naails  de  la  nation*  aa^ans  eeox  de  la  ciié^  vous 
y  puiserez  une  grande  force  de  logique  et  d'éloquence  pour  faire 
triompher  là  celte  cause  au  aecours  de  laquelle  M.  Châties  Dnpin 
■^s  appelle  tans. 


filBUOTHBQUE  D'ÉIiTB.  L'édileor Charles  iSaweliB  neae  emlenle  p« 
de  défendre  la iibnirte française  contre  la  piraterie  belge  dans  lesréoaiaae 
ée  aei  confrères;  il  a  des  premiera,  le  premier  mèiM,  opposé  des  éditioos 
i  bon  marché  aux  contrefaçoas  étrangères,  Soin  ce  rapport,  la  nhOaiM 
f  «e  d'4liu  a  droit  à  toui  lei  encouragementt.  Chaque  jour  de  neoveaax 
«olumes  vieaaeBi  l'earichir.  CeUe  coUeeiion,  quiae  eonyeae  déjà  depAas 
de  cent  volumes,  renferme  u«  choi&  d'ouvrages  dm  meilleun  écrivains 
dans  taas  les  genres,  de  la  belle  liiéraUire  française,  ainsi  que  lei  tcadnc» 
■tiaas  lei  plus  eatimées  des  éorivahis  étrangers.  11  aaffira  de  j«ter  na  oaup 
d'œil  sur  le  caulogue  pour  s'auurer  que  l'habile  éditeur  n'a  ségligé 
d'y  comprendre  aucune  des  illustrations  anciennes  ou  noavelles.  Ainsi, 

rir  la  diéalogie  ei  la  marale,  an  y  vodt  les  oams  d'ibailard,  de  <CalviB, 
LuUier  et  de  Franklin  à  o6té  de  ceux  de  sainte  Théoése ,  de  Jaeipuca 
de  Voragines,  de  M»*  de  la  Valiière,  de  M.  de  KéraUry,  «le.  La  philos»* 
fihie,  la  poUliqae,  les  adeoees  et  &es  arts  sont  tapréseasés  par  Mmitaigne, 
Erasme,  Machiavel,  Pierre  Leraua,  D.  Nisard,  Miclwl  CbevaNar,  G.  Pao* 
Aueur,  fiméric  David,  etc  La  poésie  par  Homère,  Dante,  Tasse,  Camoeas* 
Ossian,  Milton,  Young,  Th.  Moore.  Charles  d'Orléaai,  i^rançilés  l*',  Im^ 
■Mnaoye,  la  Ponuine,  de  Lamartine  et  le  corieui  fecneil  des  -Chants 
frmnçmiê  des  1Â%  13«,  14%  iB\  a6«eti7«  aièdes,  du  JeuaeaAvaBtlI.  U- 
vous  de  Liacy.  Us  ilomafietars,  par  MM.  EagèneJSae,  Frédéric  Beulié, 
A.  DiMsas,  X.  Saintine,  J.  Fiévé,  etc^  et  les  auteurs  élrangem  rinrrsms 
dassèquesv  teU  que  Cervantes,  eic.  Les  €aiifaisrs  oficému  ê(  moéttfkes, 
par  Deapàriers,  Marguerite  de  Valois,  Boccaœ,  Hoffmann,  fialland,  Adrien 
de  Sarrasin,  Michel  Masson,  Scrihe,  etc.  Le  théàlre,  par  CaldiatMi,  Lapa 
de  Vega,  Bbakapeare,  âfaéridan.  Aleiandre  Duama,  etc.  EaBn,  Àm  hialo* 
nens  ei  les  vovagears  sont  représentés  par  Mil.  Philippe  de  ftégur,  da 
Ijamartine,  Gmzot,  de  Salvandy,  Th.  Burette  et  par  M.  Gustave  de  Beaa 
asaot,  doBi  l'ouvrage  sur  1  irloiMis  contsmsc,  aaus  cette  nouvefle  Javme» 
k  obtenir  un  succès  confirmé  par  cinq  éditions  siieoessîycs.  La  atf6itef*éfMa 


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44S         CBmoHiQini  UTTÉKAims  »b  la  mtTOB  BUTAinnouBt 

Sélitê  se  trouve  Bon-feolement  à  Parfif ,  ches  toui  les  libraires,  mais 
dans  tous  les  départements,  chez  les  dépositaires  du  Comptoir  central  de 
la  librairie,  établissement  fondé  par  les  principaux  éditeurs  de  la  capi- 
tale, et  dont  le  but,  en  donnant  une  nouvelle  face  à  la  librairie,  est  de  pla- 
cer constamment  sous  les  yeui  du  public  tous  les  ouuages  annoncés  cha- 
que jour. 


MAGNIFIQUES  ETREmES. 

NAPOLÉON  A  SAINTE-HÉLÈNE 

DICTANT  SES  MÉMOIRES  AU   GÉNÉRAL  GOURGAUD; 

Tres-belle  planche  exécutée  par  M.  Belliahd,  imprimée  sur  papier  grand 
monde,  par  M.  DéNscx.  d'après  le  tableau  de  M.  STSUBBif  père;  c*est 
le  pendant  de  la  planche  à  I'aquatinta,  intitulée  :  Napolbon  et  mni 
FILS,  d'après  le  même  peintre.  —  A  Paris,  chez  TEditeur,  rue  Thérèse* 
il.  -^Gihaut  frire$,  boulevard  des  Italiens.  —  ffoiuar,  même  boule- 
vard. —  Goupil  et  Vibert,  15,  boulevard  Montmartre.  —  Et  chez  tous 
les  marchands  d'estampes. 

On  connaît  le  charmant  tableau  de  M.  Steuben,  représentant  YBtnpe- 
raur  Napoléon  tenant  sur  «sa  genoux  le  roi  de  Roms  endormi  ;  le  pen- 
dant n'a  pas  moins  d'intérêt,  avec  une  expression  toute  différente.  L'Km- 
pereur  est  représenté  dans  la  dernière  période  de  sa  vie,  dictant  ses  im- 
mortels Mémoiree,  Tout  ce  qui  pouvait  rappeler  vivement  les  lieux  et 
l'homme  a  été  réuni  pour  cette  nouvelle  composition.  —  Une  chambre  a 
été  chosié*au  couchant,  c'était  la  position  de  celledu  grand  prisonnier.  On  a 
voulu  tout  reproduire,  même  la  teinte  du  papier  qui  couvrait  les  murs.  Les 
rideaux  placés  aux  fenêtres  de  la  chambre  éuient  ceux  de  Sainte-Hélène. 
Un  peu  au-dessons  de  l'appui  de  la  croisée  est  la  petite  table  de  uavall, 
eelle  que  mutilait  sans  cesse  le  canif  de  l'empereur.  C'est  li  que  le  géné- 
ral Gourgaud  copie  les  paroles  de  l'itluslre  captif.  De  petits  objets,  qui 
ont  encore  appartenu  à  l'intérieur  de  Sainte- Hélène,  sont  la  épars. 
Une  carte  est  ouverte,  l'encrier,  la  tabatière  de  Napoléon  la  Bxent  sur 
le  devant  de  la  Ubie.  Le  tapis,  les  patères,  la  console,  tout  est  venu 
de  Sainte-Hélène.  Il  j  a  li  le  fauteuil  d'osier  sur  lequel  l'Empereur  s'as- 
seyait pour  faire  une  pose  ou  méditer.  Ce  fauteuil  orne  aujourd'hui  le 
foyer  ou  général  Bertrand.  Napoléon  est  debout,  calme ,  mais  occupé, 
cherchant  a  fixer  une  pensée  importante.  Son  attitude  est  vraie.  —  Le 
voilà  tel  qu'il  a  été  pendant  six  ans. 

Le  second  tableau  de  M.  Steuben,  comme  le  premier.  Napoléon  et  son 
/t/s,  n'est  pas  un  tableau  de  genre,  c'est  un  tableau  d'htstoire.  Cette  vé- 
rité simple  et  noble,  cette  fidélité  religieuse  ont  pour  nous  un  grand 
charme;  et  c'est  la  première  fois  que  l'Empereur  est  représenté  ainsi. 

C'est  ce  tableau  si  distingué,  qu'un  de  nos  premiers  dessinateurs, 
M.  Belliard,  vient  de  reproduire  habilement  sur  la  pierre.  M.  Belliard  n*a 
rien  affaibli  du  charme  de  cette  peinture. 

La  bel  le  .lithographie  de  M.  Belliard  va  devenir  aussi  populaire  que  la 
gravure  de  Napoléon  et  ion  file,  dont  elle  est  le  pendant.  On  l'admirera 
encore  comme  un  beau  portrait  de  Napoléon,  le  dernier  que  nous  ayons 
de  luL  Toutes  les  familles  qui  conservent  le  culte  pour  nos  grands  i 
venirs  se  procureront  cette  belle  œuvre  d'art. 


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ST  BULLBTllf  BIBLIOGRAPHIQUE.  449 

EAUX  FORTES  DE  CALAME. 


NOUVEAU  RECUEIL  DE  PLANCHES  IN-4*. 
PATfiA0BB. 

CH£Z  L'ÉDITEUB,  rue  THÉRÈSE,  11 

Les  eaux  fortes  de  Calame  sont  célèbres,  quoique  bien  récentes  ';  ce  sont 
des  tableaux.  Etudier  les  eaux  fortes  de  Calame»  c'est  faire  tour  à  tour  un 
Yojage  dans  les  Alpes,  en  Suisse ,  en  Hollande ,  et  même  en  Normandie. 
C'est  pour  les  peintres,  pour  les  personnes  d'un  goût  très-cultivé,  que  ces 
belles  planches  ont  un  attrait  si  vif;  il  faut  aimer  l'art  en  lui-même,  dans 
ses  beautés  les  plus  neuves,  pour  se  complaire  dans  leur  étude  ;  mais  si 
Ton  s'y  complaît ,  cette  étude  devient  aussi  vivante  que  la  nature  elle- 
même.  Comme  cette  forêt  ravagée  parlera  haut  à  un  paysagiste  întelll- 
Eent!  comme  ces  campagnes  vigoureuses  et  sombres  retracent  avec  force 
I  France  orientale!  Voilà  la  Hollande  plus  vaporeuse;  voilà  la  Suisse 
5 lus  âpre;  voilà  l'Italie  du  Nord  que  le  soleil  touche  déjà  de  quelques 
oux  rayons.  Tantôt  ces  études  sont  jetées  dans  un  point  de  vue  pers- 
pectif qui  les  resserre  pour  l'œil,  qui  les  ravive;  tantôt  les  terrains  sont 
rapproâiés,  et  vous  contemplei  sur  le  premier  plan  cette  belle  nature  des 
montagnes  boisées,  calme  et  grandiose.  Bien  que  Calame  n'ait  rien  tracé 
qu'avee  la  pointe  sèche,  il  a  presque  toujours  autant  de  coloris  que  le 
burin  même,  et  cet  effets  il  le  produit  avec  tous  les  moyens  qui  se  pré- 
sentent à  son  esprit.  C'est  aux  amateurs  les  plus  impatients  de  nouveau- 
tés, aux  personnes  de  goût,  aux  artistes,  à  l'élite  du  public  des  arts,  que 
celte  collection  doit  être  vivement  recommandée.  Le  succès  éclatant  que 
ces  belles  planches  ont  eu  l'année  dernière  dans  le  reeueil  publié  à  la  li- 
brairie  Hauser  présage  une  vive  faveur  au  nouveau  câbler.  Toutes  les 
planches  se  vendront  séparément  au  prix  de  3  francs. 


LES  CHAPEAUX  DE  NAPOLÉON 

ou 
LES  HUIT  GRANDES  ÉPOQUES  DE  SA  VIE, 

PAR  M.   STEUBEN. 

Belle  grainre  au  burin ,  format  in-folio.  —  Prix  :  1  fir.  50  c. 

Il  ftTtit  petit  eha|iean 
Avec  rediogote  iria». 

BÉRiUlOEm. 

Cette  histoire,  faite  pour  le  premier  poète  du  siècle  et  par  un  peintre  su* 
périeur,  M.  Steuben,  vient  d'être  admirablement  gravée  par  M.  Ch.  Bou- 

5*  SÉRIE.  —  TOME  XII.  29 


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4ft  CURORIQUB  UTrtftAMS  Ml  LA  ftBWS  BRttANHlQUB , 

▼ier.  Le  petit  chapeau,  sous  divers  aspects,  est  ici  le  symbole  touchant  des 
huit  époques  ks  pins  ttéaiôrahias  de  celU  vie  liénDiqae. 

Tout  souscripteur  au  Mémorial  de  Sainte^Hélène ,  tout  homme  qui 
possède  une  yie  de  l'Empereur,  Tovdraitti  donner  ce  complément. 

Cette  jolie  gravure  au  burin  ne  co&te  que  1  fr.  50  e.  —  Les  personnes 
qui  réuniuM*  iMa(ll|MS«ii»  feotTtoii  gratis  W  M|HiÉwi  «BtBipUire  ; 
àiei  réditeur»  rue  Thérèse,  11.. 


ALBUM  DES    GENS  DU  MONDE- 


CA^f-cToNiore  ê9  jMtetera  4ai  mm9Ut  d'ItaJU^  4ê  Flmudre^  de  Eol- 
UÊinde^  de  Fraihioe  et  /CÂngïeterre,  reeutHo  fie  gravures  au  burin ,  avec 
notices,  par  M.  F...,  Tun  des  collaiborateursde  V  Artiste.  Un  vol.  in-8s 
)o  ft,  nÂtoufitS ,  ait  ckHouitf  doré  sur  crmtne,  ppor  vadssn ,  ^^it'emiat, 
iLJ^  ftrb^  ili  te  trouve  veulemeift  chet  Dusnlon,  libraire,  rue  UT* 
Hue,  to. 

Atrolr«o«i  4a  mlis  et  pMnrair  à  aoni  biobwbh  «onteMpler  la  lupiaéno» 
#M  dmàMm  <Mvt«s4e  la  ^eifltwe,  «'««l  aniBiéwiinil  imAt  uae  grande 
MMMefd*  jlaMr^  VoM le  mo«éa ne ^peot  pm4fBnm  les  «weéee  de  i' 


i«f«  «I  se  mm^mmAt  les  gatertis  pakiAriièwi;  «nais  «mi  leaMnde  i 
sa  pnoonrsr  mi  wétmm  d'an  IWomI  cwMBttde,  4*nm  pria  «lAdique,  ou  les 
e««vaget  oMmcrés  mm  4e  teaofa ,  «i  tes  pages  4es  plus  «aHiiiées  é%  l'ait 
'  s'offimii  k  laeurîeétoé  mi  «erappàlMut  a«  aoaividr.  £n  fllTrasii 
iMMiffs>  «'MB  oMHiHNais  M  ncMes^  une  <eélMSiesi  #e  # S  ^jn^nme  «att 
.  l'diMeur  %  ««mN  un  waf  service, 
^'ekemt  geao  »âm  men4%  qtt'i1«*idnssse';  «aie  iWMle«mirafai>die«ertgewtt 
dlSiiniayrêpoHiawi^  heurte  buaqueee  faropeaa4taet  wKéseiMWiaftms  des 
ligawiea  «l«ten%«iMaa«lea.^attC  m  «heâ  ^m  anjus,  <  >a  étéiak  «rec 
«Mblde  dUmauieail  qM  éeÉon  goAu  Ils  «oBivmppQmés  asa  aialavs 
damsm  iea  deoles^fieaxiidaa  iwwi|iariiiQiiwdeRaphiaai,'du  Viiie«,d« 
Qaarége,4i«  Oimlii|q«th,  4»  FAlbawa,  4u  ^Gl^^d^  4u  {"««mNk  ide  «drard 
Iwr,  ém  PÊVLmmu,  du  Vaimlln,  dte  yeaiera,  «ne.  ;  des 'paysages  dHIstade, 
é%^(mÂ^9mm^  de  Wemvtwaaas,^  <fliuiiBipiiij»  de  Penesin,  deftenbraadi, 
da<J.  ^^Miely  dn  giiirtMitaav  de  GMMbDnwsgfa^  Jlev9r<y  ^eic*  {  dite  lableanK 
de  David,  Gtrodet,  6«M«>'de«UMk  IfeneM,  «eiidei,âebMla«  de  «oabia, 
Delaroche,  Ary  Scheffer,  Destouches,  Grenier,  Roqueplan,  Picot,  Laurent, 
Dttcis,  M»«  Lescot,  etc. 


SPLENDIDES  tTElMNES  POUR  i8k3. 

CORINNE 

ov 
LITAUS. 

fttR  W^  l/H  ftARONHB  DE  8TABL , 
BdlUoD  iUastrtfe  magnifique. 

Beuk'tfèa^imi  YtAtnnes  lii^«,  gratd  Mpfer  téHn  «nperfin  'flM>,  avec 
plus  «de  -860  gravures-sor  hofa,  ^*aprês  les  tahleaux  «t  destins  <d*«rtlsies 


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Kt  llJU.KTiar  BUU.1ÛGVAMUQU»  iêi 

illuBtreSy  feu  Gérard,  Gudio,  Horace  Vernet,  Graoet,  Schnetz,  Boulan- 
ger, etc.  Prii  des  deux  volumaibcocMll,  avec  une  tréi-belle  couverture 
arabesque ,  imprimée  en  couleur  et  or ,  20  fr.  ;  cartonnés  très-élégaol- 
ment,  35  fr.  ;  reliés  avec  \u\^  docéi  auf  Iftnck» ,  90  fr.  Cbei  Tr^Httel 
et  WOrti,  libraires,  rue  de  LiUe,  n«  17  ;  J.  LaigDier,  éditeur,  rueThé- 
rèse,  11»  à  Paris. 

«  Corinne,  comme  Ta  si  bien  dit  M'"*  Neckcr  de  Saussure,  est  le  chef- 
d'œuvre  littéraire  de  M*°«  de  Staël  ;  c*est  une  composition  de  génie  dans 
laquelle  deux  œuvres  différentes»  un  romui  et  ua  Ubte^a  ék  l  ItaÛQ.  ont 
été  fondues  ensemble.  » 

Aaeune  production  llttéralr»  eonlMBparalM  n#  Méritâll  oiImik  etite 
magnifique  illustration  pittoresque  :  tableaux  de  mœurs,  scènes  dranu- 
tiques,  moBimenu  des  arts,  soofepirt  UH«î(|iMt  delcnalatlgei»  slles 
les  plus  variés  et  les  plus  poétiques  du  monde,  voilà  les  sujets  qu*ont  eu 
k  inierpréler  lae  îUustrea  peintres  ai  kt  arMs(eft  ImltePlt  qui  «a  VÊAmfâ 
ce  travail.  Citer  ces  ueintres  éminents,  Gérard,  Gudiii,  Granet^  SGBNBn; 
Horace  Virnbt.  les  Wbllea  ariisles  Mo9iv«sw ,  Qoqi^nger;  nos  premiers 
dessinateurs  Lavilli,  Saint-Germain,  Dbmoraine,  Cabasson;  les  paysa- 
gistes, Us  «rahit«et0i  Brbton,  Burt,  Yaudqiti»:  les  gitv^iiii  anglais 
Thompson  ,  Jackson  ,  Ohiin  Smith  ,  Willums  ,  Quartlbt  ;  les  graveurs 
français  Lacoste  jeune,  Porret,  Dcjardin,  Ybrdbil,  La  vieille,  Sotbr, 
Godard  9  fUer  ets  atiMwrt  des  YigMttei  da  la  Con'ime  UimtHf  «'fit  an- 
noncer aux  amis  des  arts  et  des  publications  illustrées  on  ouvrage  d'une 
exécution  exquise,  de  la  prMSlèra  distfoelloB. 

Ce  beau  livre,  un  des  monuments  de  l'art  typograpbiqae  et  de  l'art  du 
dessin,  sera  plaeé  au  premier  rang  dans  »••  BibltOHiéqiies* 

Corinne  est  un  magnifique  cadeau  tVétrennei  pour  une  dame.  — -  Les 
reliures,  toutes  fort  brillantes,  soiU  trèa^Tariéas  et  exécutées  avee  un  goût 
parfait. 

m  AnTOnm  CABÉIE  h  pahs. 

L'un  des  cbefs  de  la  cuisine  du  prince  de  Talleyrand;  —  chef  des  cuisines 
du  prinee-régent  d'Angleterre  (George  IV)  ;  —  de  l'empenur  Atandrd 
à  diverses  époques  ;  --  du  prince  royal  de  Wurtembeig  1  «-•  du  bmt- 
quis  de  Londonderry  ;  -^  de  la  prlnoeese  de  Bagraliiiii  -«  dt  M.  le  ba- 
ron Rotsebild,  eie. 

En  vente  ; 
L'ART  DE  U  mmi  FRiHCAISK  At)  W  iMt 

V  partie,  2  vol,  in-S»  ornés  de  12  plancbes  :  10  fr.  —  2*  psrtle,  i  vol. 
In-S»  orné  de  12  planche!  f  10  flr.  80  6. 

Ces  3  premiers  volumes  renfermefit  -«  le  tVaitd  des  BouMMif  GolWDmmés 
en  gras  et  en  maigre ,  des  Essences ,  des  Fumets ,  Potages  français  et 
étrangers;  —  des  grosses  pièces  de  Poissen  de  mer  et  d'eau  douce;  — 
des  grandes  et  petites  Sauces,  des  Ragoûts  et  des  Garnitures  en  gras  et 
maigre  ;  —  des  grosses  pièces  de  Bouehérie,  de  JafldMti  en  griS  «1  vsi^ 
gre,  de  Volaille,  de  Gibier. 

(Sous  presse  :  Les  tomes  IV,  V  et  dernier  (oti  3*  partie) ,  Con- 
tenant près  de  1,000  articles,  les  entrMs  chouacst  les  mtrd^ 
mets  potagers  et  autres, — les  rôts  en  gras  et  en«iat|nre.  16 fr.) 


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452  CHBONIQUB  LITTArAIRB  DB  la   BBTCB  BBITÀHIIIQUB  , 

En  vente  : 

LIS  PATES^miOYAL  PAîMSIÎIEÎÎp 

Troisième  éditioD,  1841.  2  vol.  in-8«  ornés  de  40  pi.  :  16  fr. 

Z>S  PATI3SZSH  PZTTOH333QTTB, 

Quatrième  édit.  1842. 1  vol.  grand  in-S»  orn<  de  126  pi.  :  10  fr.  W  c. 

LE  MAITRE-D'HOTEL  FRAJ^CAIS* 

ô 

Nouvelle  édit.  1842.  2  vol.  in-8o  ornés  de  10  grandes  planches  :  16  fr. 

LE  CUISINIER  PARISIEN, 

Troisième  édition,  1842. 1  vol.  in-8«  orné  de  26  planches  :  9  fr. 


En  vente  également  :  M,S  €^0]¥&tBHWATÉSUM9 
1  fort  vol.  in-8o»  avec  cinq  planches,  contenant  le 

LIVRE  DE  TOUS  LES  MÉNAGES 

Par  feu  Appert, 

Cinquième  édition,  revue  et  augmentée  par  M.  AppBBT*PRiEnR,  son  sue* 
cesseur,  et  par  M.  Gannal; 

LES  ANCIENS  PROCÉDÉS  DE  CONSERVATION  DES  FRUITS, 
DES  LÉGUMES  ET  DES  VIANDES: 

Conservation  des  fruits  dans  les  fruitiers,  des  légumes  dans  les  serres  ;  — 
conservation  par  la  dessiccation;  —  conservation  par  le  sucre  :  con6- 
tures,  fruits  confits,  pâtes,  conserves,  candis,  gelées,  marmelades,  com- 
potes, fruits  à  l'eau-de-vie,  liqueurs,  sirops,  parfums;  par  F.»  ancien 
secrétaire  de  Carême. 

Conservation  des  viandes  par  le  vinaigre,  par  le  sel  et  le  vinaigre,  par  le 
sel,  par  le  sel  et  la  fumée  ;  par  un  nouveau  procédé  dû  à  M.  Gannal. 

DES  CHAMPIGNONS  COMESTIBLES, 
Reeettei  tirées  du  Traité  dei  champignoni,  de  M.  J.  ROQUES, 

DB  LA  lANIfiRI  DB  SOIGNER  BT  DB  SIRYIR  LBS  TIHS. 

PAR  M.   JOUBERT. 

Représentant,  à  Paris,  des  maisons  Barton  et  Guétier,  de  Bordeaai;  — 
Ruinard  père  et  fils,  de  Reims;  —  Ch.  Marej,  de  Nuits;  —  Deinbard 
et  Jordan,  de  Coblentx;  ^  suivi  d'une  Nomenclature  générale  de»  vin$, 
par  M.  Louis  Leclerc  ;  —  d'une  classification  des  grands  vins  de  Bour- 
gogne,  rédigée  sur  des  notes  communiquées  par  MM.  Bouchard  père  et 
fils,  de  Beaune. 


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BT  BULLiTin  BOLtoeftAraiomt.  4S3 

POUR  PARAITRS  PROCHAINBHBIIT  : 

TRAITÉ  DE  L'OFFICE. 

1  vol.  in-8«. 

Tous  les  oarrages  de  Carême  se  vendent  séparément  et  sans  aug- 
menta lion  de  prix.  (11  en  a  composé  et  dessiné  toutes  les 
planches.) 


Les  deux  parties  publiées  de  YÀrt  de  la  euiHne  franpaUe  au  xxix«  tièeU 
contiennent  plus  2ttO  potages  gras  ;  —  plus  de  250  potages  maigres  et 
poissons;  ^  plus  de  150  sauces  maigres;  —  plus  de  150  ragoûu  gras 
et  maigres  ;  —  plus  de  50  garnitures  ;  —  plus  de  500  purées  ;  —  plus 
de  25  essences;  —  plus  de  500  ffrosses  pièces  de  poisson,  et  un  nombre 
considérable  de  grosses  pièces  dfe  boucherie,  de  volaille ,  de  gibier,  et 
autres  de  porc  frais. 


Tout  a  été  dit  sur  Carême.  —  Les  grands  seigneurs ,  les  gastronomes , 
les  praticiens,  tous  lui  ont  assigné  la  première  place.  Il  est  resté  le  met- 
tre de  cet  art  •  de  la  vie  digne  »  qu'on  ue  possèue  qu'à  Paris.  —  «  C'était 
un  homme  dont  les  soins  et  l'activité  d'esprit,  dit  un  de  ses  émules,  n'é- 
taient jamais  épuisés  ;  plus  son  service  était  long  et  difficile ,  et  plus  il 
éUit  brillant. 

M.  de  Cussy  ajoutait  :  «  Il  a  révélé  les  mystères  de  la  science.  »  —  Le 
prince  d'Esterhaiy,  dont  les  avis  peuvent  être  cités,  dtnant  cbes  son  ami 
George  IV,  répondit  un  jour  à  quelaues  vives  questions  du  roi  sur  Carême  : 
«  Il  appartient  à  madame  de  Rotscbild,  on  ne  dîne  plus  à  Paris  que  ches 
elle.  »  —  Cet  autre  grand  seigneur  éminent,  le  marcjuis  de  Londonderry, 
a  comblé  de  marques  d'affection  son  illustre  praticien  (  il  avait  été  deux 
fois  à  son  service,  en  Ecosse  et  à  Vienne).  —  Le  prince  royal  de  Wur«- 
temberg  faisait  le  même  cas  de  Carême.  —  George  IV,  qui  a  tant  aimé  sa 
charmante  table  et  la  conversation,  a  longtemps  regrettié  la  belle  cuisine 
de  son  grand  serviteur.  —  Les  succès  de  Carême  aux  congrès  d'Aix-la- 
Chapelle,  de  Laybach,  de  Vienne,  de  Vérone,  intéressèrent  vivement  le 
monde  gourmand.  —  Plus  tSrd,  il  obtenait  les  spirituels  suffrages  delady 
Morgan,  convive  de  la  maison  Kotschild  ;  —  de  Rossini,  dont  il  flattait  à 
la  même  table  quelques  faiblesses  charmantes;  —  de  madame  la  prin- 
cesse de  Bagration,  dont  il  a  célébré  l'esprit  délicat,  et  qui  disait  de  lui 
à  M.  de  Talleyrand ,  peut-être  même  à  M.  Broussais  :  «  Carême  a  rétabli 
ma  santé.  » 


Fables,  par  M.  Viennet,  un  des  quarante  de  l'Académie  française.  Un 
vol.  in-18.  Ches  Paulin,  rue  de  Seine.  Prix  :  3  fr.  50  c.  Voir  la  ChToniq;ue. 


HiSToma  du  uvrb  db  LluriATioif  de  Jésus-Christ  et  de  son  véritable 
AOTEUR ,  par  M.  le  président  chevalier  de  Gregory.  2  vol.  in-8s  1843. 


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4M         CHKOMiQUB  wrrtmàukm  9m  la  tm^nm  BmiTANNiQOB. 

Prix  :  16  fr.  A  la  librairie  de  la  Société  typograptiique,  Périsse  frères  el 
Gaume,  rue  du  Pot-de-Fw. 

Nous  nous  réservons  de  rendre  compte  de  cet  ouvrage,  qui  paraît  ter- 
miner enfin  toute  poléariqiit  tvtie  Ymti  béaééicUa  Gersen  et  le  chance- 
lier Gersen. 


OBuraw  oouftttm  n  iMm  Inum »  tradirtMi  p«»  M.  Amédéc  Piekai. 
OBsième  édition  (U  smie  conplète]»  Mm  vol.  in-^.  Prit  :  IS  fr.  80  c. 

Chez  Charles  Gosselin  et  Furnci  éditeurs. 


UflO  «{tfatrièflie  édition  de  YBMoinéê  ChéHHnàommré,  par  H.  kwÈaU 
PfCBot,  etl  sotff  jprasM  cher  les  mêmes  édKeari.  Il  do  restait  plos  on  soûl 
fli«np!air«  de  la  troisfétne. 


Les  HTSiiiBs  &■  PAmis,  par  Eagèno  Sue,  tome  ni*.  Paris,  diei  Charles 
GoasdiB.  Prii  1 7  fr«  80  o«  Voir  pour  ccl  ouvragé  la  CbroBiquo  daa  pcécé- 
donte»  livraifOM. 


5oiM  frtste  : 

La  Yn  wt  vn  AvnmiiiBt  di  Mamih  Cmvavtim ,  anc  l'WttoCre  âm  n 
fkmllle ,  par  Bof . 

(  Vn  eœtrait  mu  molfis  d$  eH  owvrofW  paraîtra  i^abwdéam»  ta  Btviie 
Brilannlquo.) 


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TABLE 

noTBKBix  R  dAceiibri  1843.  —  tt«  simu. 


Pages* 
Sciences  morales.  —  Statistique.  —  Les  mendiants  en  An- 
gleterre         & 

Histoire.  —  Philosophie.  —  Xes  premiers  Jésuiles.  —  I. 

Ignace  de  Loyola.  —  François-Xavier 27 

II.  Laynez.  —  François  Borgia.  —  Bellarmin.  —  Acqaa- 

viva 267 

Mémoires.  —  Moeurs  aristocratiques.  —  Le  journal  de  miss 

Burney.  —  §  II.  La  démence  da  roi  Georges  III 72 

Voyages.  —  Moeurs.  —  Esquisses  américaines.  —  Premier 

extrait.  Philadelphie  et  sa  prison -« 108 

Second  extrait.  —  Boston.  —  La  ville.  —  L'université.  — 
Les  tribunaux.— Les  églises.  —  Un  prédicateur  maritime.  339 

IL  La  Russie  et  les  Russes  en  I84f  et  1842 225 

Londres  ancien  et  moderne.  —81-  La  douane 128 

Ethnographie.  —  Histoire.  —  Les  Sephardim,  ou  les  Juifs 

d'Espagne  et  de  Portugal. 310 

Miscellanâes.  —  Journal  d'un  médecin.  —$1.  Le  Distilla- 
teur    141 

S  IL  Le  Coffre-fort  du  bandit 350 

Littératurb  dramatique.  —  M.  Glarkci  ou  le  fils  de  Grom- 
well W» 


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&56  TABLE  DBS  HATIÈBÈS. 

Revue  AsuTiaoB.  —  Dertiiires  noQviU«s  de  Tlade»  de  k 
Cbitae^^te I78el4l2 

Nouvelles  des  Sgishgbs,  de  la  Liitératore^  da  Coamem^  de 
rindttiitrie, etc. .•./.«•  1S5  et  418 


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